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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Khurmag
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 Un mal incurable

Althéa Ley Ka'Ori
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Ven 24 Nov - 17:06
Irys : 540218
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury




« Bonsoir, gente dame. Auriez-vous l’obligeance de me renseigner sur l’arrivée d’une femme il y a de cela quelques heures ? Elle est habillée de noire, et légèrement plus grande que moi.
- C’est possible.
- Elle est … brune, se hasarda-t-elle à déclarer, sans trop de conviction.
- Qu’est-ce que vous lui voulez ?
- Juste la voir.
- "Juste", ouais, mon cul ! J’en ai vu des bonnes femmes toutes polies qui viennent frapper à ma porte pour trouver unetelle, ou untel. Le moment d’après, j’me retrouve avec un cadavre sur les bras, et du sang plein les draps ! Pire que le dépucelage d’une Zagashienne.
- Je ne pensais pas vivre en Als’kholyn…
- Vous ne la verrez pas, sortez d’ici. »

Althéa eut un sourire, témoin discret de sa satisfaction. Elle se félicita mentalement, non sans une certaine fierté bien sentie, d’avoir suggéré cette auberge à Zora. Elle eût pu être renommée sous le syntagme : "le client est roi". L’aubergiste était en effet très peu disposée à vendre ses clients, faisant volontiers fî des lois établies autant que des bonnes mœurs au profit des bons clients aux pièces sonnantes et trébuchantes.

« J’arrête de te faire marcher, Pota, je suis Althéa, du clan Mahere. Je suis venue plusieurs fois avec mon frère lorsque j’étais plus jeune… »

La dénommée Pota leva le regard de son comptoir pour la reluquer sans retenue, puis partit d’un éclat de rire tonitruant, visiblement ravie de retrouver un vestige du passé. Dans son enfance, et début d’adolescence, Althéa s’était rendu de nombreuses fois dans cette auberge Reonienne afin d’y déguiser quelque manigance de Quevven. Pota, fidèle partenaire de ses méfaits, fermait les yeux, et mieux, se faisait fière intermédiaire entre le marché noir et l’aîné Ley Ka’Ori, pourvu qu’elle touchât une somme rondelette au cours de la transaction. Cette alliance prospère se doublait d’une confiance mutuelle, qui prenait source dans le plaisir des crimes sans violence. En bref, les petits délits constituaient des entorses délicieuses à la loi tandis que les grandes agressions n’apportaient qu’inhumanité et culpabilité.

« Althéa ? C’est vraiment toi ? Hahaha, mais… faut croire que t’as pas réussi à grandir après tout ce temps ! »

Althéa lui accorda un nouveau sourire, lequel aurait été plus convaincant si ses sourcils n’avaient été légèrement déformés par l’exaspération. Peut-être tenait-elle ses propres propos acerbes de cette caractérielle tenancière. En prenant cela en compte, la guérisseuse ne pouvait que difficilement se sentir froissée par une telle pique. Il fallait de surcroît reconnaître qu’elle ne se démarquait pas par sa taille, et c’était d’autant plus poignant que l’aubergiste avait la carrure costaude et intimidante des grands mâles de ce monde.

« Je prendrais plaisir à rattraper ce temps perdu (à ne pas grandir entre autres), mais j’ai des affaires à mener. Elles sont presque honnêtes, sinon j’aurais eu recours à toi ! Mais ta part de travail s’arrête à partir du moment où Angélique sort de ce charmant établissement. »

Le matin-même, elle avait proposé à Zora de se rendre seule au palais Reonien afin d’y rencontrer le khorog. Pendant ce temps, la rousse était tenue de trouver Pota, dans la fameuse auberge L’Auberge Inn qu’elle tenait de sa main de fer. Il suffirait alors de solliciter "le traitement spécial de la tenancière", qui incluait de façon synthétique un changement total d’apparence, un bon plat chaud à base de chou, une protection temporaire contre la garde et un lit miteux dans une chambre humide. Quel meilleur forfait pour un individu recherché en tout Khurmag ?

Et à qui devait-elle d’être recherchée ? A Althéa, pour l’heure ! Même si, en sa défense, la nouvelle se serait probablement répandue tôt ou tard, elle n’avait fait pour ainsi dire que précipiter l’inévitable.
La guérisseuse ne regrettait rien à ses agissements toutefois, ne vous méprenez guère. A ses yeux, il s’agissait là du meilleur compromis envisageable pour les deux alliées. Ce qui lui importait pour sa part était de se montrer irréprochable aux yeux de tous quant à ses devoirs envers sa contrée. Si Zora était incriminée et emprisonnée, elle pourrait plaider l’innocence ingénue, puisqu’elle n’aurait été que la messagère, le signe avant-coureur d’une menace rousse, dont les méfaits et le portrait étaient connus grâce à son plus entier dévouement !

Son discours auprès de sa comparse avait été tout autre, il est vrai ; l’honnêteté ne présentait que rarement un intérêt. Elle avait assuré Zora qu’elle défendrait ainsi une reconnaissance de ses mérites, de ses prouesses au nom de Möchlog. Tuer trente Daënars, la chouette devait être fière ! Il fallait que les khorogs et les gharyns en personne chantent ses louanges !
Ce compromis n’empêchait pas, et même au contraire, permettait aux deux femmes de jouir de leur relation paradoxale, de cette amitié controversée voulue par les architectes seulement.

Alors qu’Althéa allégeait sa conscience par des arguments qui ne convaincraient qu’elle, Pota la menait sans plus de cérémonie à l’étage des chambres. Sa protégée se délectait par avance du doux nom d’Angélique apposé sur sa langue ; quelle ironie, un nom si innocent, sur un visage si criminel. Il y avait de quoi ravir ses plus moqueuses tendances ! Une fois arrivée à sa porte, elle frappa néanmoins à la porte dans une tentative de courtoisie éphémère, adoptant sa voix la plus doucereuse pour appeler :

« Angéliiiique ? Allez, sors d’ici, je suis sûre que tu n’es pas si mal en brune ! »


Dernière édition par Althéa Ley Ka'Ori le Ven 12 Jan - 15:49, édité 3 fois
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Zora Viz'Herei
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Mar 5 Déc - 17:12
Irys : 755379
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -2

Elle se redresse, suspicieuse, lorsque des coups répétés contre la porte brisent la monotonie des lieux. Le timbre de voix qui ne tarde pas à les accompagner lui arrache cependant bien vite un soupire de soulagement. Si ça avait été quelqu'un d'autre, les problèmes auraient pu vite s'accumuler. Mais ce n'est qu'Althéa! Zora s'empresse donc d'entrouvrir ladite porte et de jeter un regard à sa comparse. Constatant que cette dernière est seule, elle lui libère l'accès à la chambre avant d'observer une dernière fois le couloir à la recherche d'un éventuel curieux. Rassurée, elle referme avec précaution la porte derrière elle avant de s'y adosser.
"J'ai cru que tu ne reviendrais jamais..." se plaint-elle avant d'adopter un air plus contrit. "Je fais un peu de... heu... ménage!"
Le cadavre coincé dans l'encadrement de la fenêtre et qui bloque la luminosité relative du soleil de Khurmag lui donnera sûrement une idée de la nature du ménage en question. Cet homme l'a irritée dès les premiers instants où elle a posé le regard sur la cicatrice de l'un de ses yeux. Une telle insulte à Möchlog ne pouvait décemment pas être ignorée. Et puis ce n'est pas comme si elle avait une foule d'activités à faire dans un coin paumé comme celui-ci... Elle n'allait tout de même pas rester les bras croisés en attendant que la noiraude daigne la rejoindre, non? Si Möchlog a mis un impure sur sa route, c'est pour une bonne raison de toute façon!
"Il avait un oeil crevé..." explique-t-elle en haussant les épaules.
Elle n'a sans doute guère besoin d'en dire plus à sa comparse. Elle se demande d'ailleurs pourquoi elle est en train de se justifier sans qu'on le lui demande, simplement parce qu'elle a fait ce que la Chouette attendait d'elle. Après un regard entendu à Althéa, donc, elle prend un peu d'élan et décoche un coup de pied dans le postérieur du cadavre qui refuse toujours de quitter la fenêtre. Avec le recul elle aurait peut-être dû le découper en morceaux, ça lui aurait facilité la tâche. Mais il y aurait alors eu du sang partout. Et par égard pour l'aubergiste que la noiraude semble connaître, elle s'est contentée de l'étouffer à l'aide d'un bouclier.

La rouquine - devenue brune pour les besoins de la cause - amplifie une nouvelle fois sa force pour accentuer la pression sur le corps. Il lui faut encore de longues secondes avant de réussir à faire basculer la masse de chair dans le précipice au bord de laquelle l'auberge a été construite. Quelques échos étouffés par la neige témoignent de plusieurs rebonds contre la paroi glacée. Puis le bruit du vent reprend ses droits. Une bonne chose de faite! C'est donc avec un regard satisfait que Zora reporte son attention sur sa comparse avant de lui envoyer la bourse du défunt. De quoi dédommager le tenancier pour ce qui sera officiellement un départ précipité de ce client indigne de vivre. Oui, elle a tout prévu!

Elle s'affaisse ensuite sur le lit et s'enveloppe dans l'une des couvertures, savourant la température agréable de la pièce. Après des jours dans le Khoral et des aventures bien trop mouvementées pour être véritablement agréables, ces instants de repos font le plus grand bien. Et elle les savoure comme il se doit, à grand renfort de boissons chaudes ou de siestes destinées à gommer les affres des dernières semaines. La jeune femme lève le regard vers son alliée et hausse un sourcil interrogateur.
"Alors? Comment ça s'est passé à Reoni?" s'enquit-elle avec une curiosité évidente. "Nous sommes devenues les nouvelles héroïnes de ce trou paumé?"
Ce serait bien la première fois qu'un dirigeant reconnaîtrait ses mérites. Mais Althéa est douée lorsqu'il s'agit de faire preuve de diplomatie ou tout simplement de s'exprimer. Et puisqu'elle lui a promis de vanter ses actes auprès du roi de Khurmag, elle peut raisonnablement espérer que les massacres orchestrés auront trouvé un écho favorable à ses oreilles. Elle s'imagine bien qu'elles n'auront pas droit à une statue. Mais un peu de reconnaissance ne ferait pas de mal, pour changer...
"Raconte-moi tout sans omettre le moindre détail, d'accord?"
La feue rouquine saisit la tasse de thé encore brûlante et s'en sert pour réchauffer ses doigts un bref instant. Elle en prend ensuite une gorgée et ferme les yeux comme pour mieux savourer le breuvage chaud qui coule le long de sa gorge. Elle espère que le récit de sa comparse sera à la hauteur de ses attentes...







Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Althéa Ley Ka'Ori
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Lun 18 Déc - 1:44
Irys : 540218
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
La guérisseuse contempla, désabusée, le cadavre chuter. Elle ne l’aperçut que brièvement, trop interdite pour en détailler les attributs, encore moins les raisons physiques ayant causé son trépas. Par un sens de la déduction absolument phénoménal, elle attribua très vite sa mort précipitée à la jolie rousse qui le pressait de déserter la chambre tel un vulgaire maraud – ou un amant embarrassant, qui sait. En outre, la coupable ne se cacha pas de son méfait. Elle l’assuma pleinement dans une tentative presque risible de se justifier. Quelque part, son attitude lui sembla plus prometteuse que tous ses comportements précédents, et ce même en considérant les rares instants où elle s’était retenue d’égorger, d’éventrer, d’éviscérer, le temps d’un instant.

Une fois n’est pas coutume, Zora cherchait effectivement un motif raisonnable à son meurtre, raisonnable pour les oreilles d’Althéa de préférence, comme un voleur en appelle au ventre vide de sa petit sœur auprès du garde qui l’attrape, et le chef d’industrie plaide pour sa femme agonisante qui requiert des soins onéreux lorsque sa clientèle s’indigne. Cette attitude était loin de signifier que la rousse éprouvait quelconque regret à l’égard de sa victime ! Néanmoins, elle pouvait espérer que de par son intention de dédouanement, elle solidifiait leur alliance en lui octroyant une certaine légitimité. Elle comprenait que ses actes avaient des répercussions sur Althéa, et qu’il lui fallait donc prendre en compte leurs deux jugements pour mener à bien leur mission divine. C’est en tout cas la conclusion à laquelle elle parvint après un bref raisonnement.
C’est donc une Althéa égarée, pensive, et presque réjouie, qui répondit très sérieusement à la question de Zora.

« Raconte-moi tout sans omettre le moindre détail, d'accord ?
- Mais que ferais-tu d’une omelette sans ail ? »

La guérisseuse s’était focalisée sur la première partie de ses propos, et pas tant sur la suite de son monologue. Néanmoins, elle se rendit compte, à l’instant même où elle prononçait ces mots incohérents, qu’elle était bien loin du sujet abordé, et elle le constata à l’apparente incompréhension de son interlocutrice. Aussi, elle s’empressa de rectifier le tir comme elle le put :

« Pardon, c’est ma visite avec le khorog, j’ai dû utiliser toutes mes facultés cognitives pendant mon audience, et je n’ai plus rien dans le crâne. Je reviens. »

Sur ce, elle tourna les talons, bourse en main, pour rejoindre la pièce inférieure. Pota s’affairait à de nouvelles tâches, et elle l’interrompit à regret, l’emmenant dans un coin à l’abri pour lui chuchoter la joyeuse nouvelle. Après tout, qui ne serait pas ravi d'initier des funérailles ?

« Ecoute, ne t’affole pas, mais il y a un cadavre dans ta cour.
- Un qu’wah ?
- Tiens, ça devrait compenser, précisa-t-elle en lui tendant la bourse.
- Non, non, ça ne compense pas, Althéa, tu connais les règles ! protesta-t-elle dans un murmure paniqué. Pas de morts. Le délit oui, le crime non !
- Je sais, mais ce n’est pas un crime, il a essayé de la violer, inventa-t-elle à tout hasard.
- Elle pouvait pas se laisser faire ?
- Ca lui ressemblerait pas.
- Alors juste l’assommer !
- C’était pas volontaire, assura-t-elle avec une franchise feinte. C’est trop tard maintenant, ne me dis pas que tu aurais préféré que je laisse pourrir son cadavre et que je parte sans te prévenir. Là, au moins, je te laisse l'occasion de brûler son corps avant que quelqu’un ne tombe dessus, où que la neige plus fine de l’après-Khoral découvre un macchabée dans ton jardin. »

Pota fulminait dans sa barbe (ce n’est pas une expression, sa pilosité n'était plus à prouver !), jurant autant qu’elle ne proférait des menaces inaudibles. Sans plus attendre, elle se dirigea vers le fond de la pièce, pour ouvrir la porte arrière, s’engouffrer dans le froid, et la claquer derrière elle. Sans son affection pour Althéa, elle lui aurait sans doute fait manger son mort.

***

Quelques minutes plus tard, elle se glissait dans l’autre lit de la chambre, avec un soupir qui en disait long sur son exténuation. Elle laissa couler quelques inspirations, destinées à faire le tri dans ses multiples pensées.

« Je vais commencer par la fin. Le khorog et le primo-gharyn en personne nous intiment d’aller enquêter sur la population malade du village de Tük – je ne sais absolument pas où celui-ci se trouve pour le moment, mais il devrait être dans les environs. C’est un moyen pour eux de nous tester, de savoir s’ils peuvent nous faire confiance, tu me suis ? La raison officielle, c’est qu’ils sont sensibles à notre dévouement pour leur contrée, bla bla bla. La réalité, la version officieuse, c’est qu’ils s’assurent de cette façon de notre loyauté, et même qu’éventuellement ils espèrent en abuser pour s’attribuer notre réussite. Cela importe peu. Ce qui importe, c’est que si nous menons à bien cette mission, nous pourrons très certainement leur demander une faveur en échange. A savoir, servir de porte-parole my’trän en Daënastre. Laisse-moi finir avant de t’indigner ! En échange de quoi je fermerai les yeux sur cet… homme, qui… a fait l’affront d’avoir perdu un œil. »

Althéa fixait le plafond, et la lumière déclinante du crépuscule mettait en valeur les ombres et les cernes sur son visage. Les embûches rencontrées sur leur chemin avaient grandement épuisé la jeune adepte, et le confort relatif de son lit l’appelait à un sommeil profond et sans rêve.

« Zora, reprit-elle. Je sais que ça te déplaît, toutes ces politesses, ces insipidités protocolaires, tu dois avoir l’impression que cette mission est inutile pour notre quête, et qu’il vaudrait mieux prendre le large dès demain. Rassure-toi, tout cela me fatigue également. Mais comprend bien que de cette manière, nous aurons les deux personnes les plus influentes de Khurmag au creux de la main. Avec leur soutien, nous avons de grandes chances d’effacer toute trace de technologie du continent My’trän ! Et ce, simplement en usant de ses alliés ! Ce serait déjà une avancée que les Architectes reconnaîtront à sa juste valeur. Leurs terres, entièrement vidées de cette hérésie qui les souille depuis des décennies !
Si l’on attend encore davantage avant de se rendre en Daënastre, on aura certes perdu quelques jours, semaines, mois à traîner ici, mais le résultat a une chance d’être bien supérieur à celui que nous aurions atteint sans Aldin et Yoris. On irait à Daënastre non seulement pour anéantir la Technologie, mais surtout pour laver notre continent de sa présence. On ne serait pas deux, non, on serait Zora, Althéa, Aldin, Yoris, et indirectement, le peuple my’trän tout entier, contre Daënastre. Möchlog ne nous a pas élues pour que nous luttions seules.
»

La guérisseuse s’assoupissait. Elle rouvrit les yeux, luttant pour décoller ses paupières soudées. Le froid attaqua aussitôt le blanc de ses yeux, légèrement injectés de sang dans un modeste espoir d’endormissement. Elle se redressa, s'adossant contre le mur, pour diriger son regard vers Zora.

« Aussi… Pour cette fois-ci, il faut servir ces deux êtres-là, pour servir indirectement notre Architecte. Dorénavant il faudra que tu utilises une nouvelle identité, celle d’Angélique, comme convenu. C’est important, presque autant que de réussir cette mission. La capitale connaissait déjà tes meurtres lorsque je suis arrivée… Le khorog et le gharyn jugent ces meurtres criminels. C’est hypocrite, je le sais bien. Sous prétexte que nous ne sommes plus officiellement en guerre avec les Daënars, en assassiner un ou deux deviendrait soudainement une atrocité, là où tout cela n’apportait que gloire et honneur en temps de conflits. C’est hypocrite par essence, puisque c’est de la politique. Mais il faut comprendre que ce n’est qu’un jeu d’intérêts, que des calculs masqués sous une façade d'impostures. En pariant à ce jeu, qui sait quelle somme nous récolterons ! Je te demande de bien vouloir te plier à ma volonté pour cette fois. Demain, nous prendrons la route pour Tük, afin d'y découvrir quel mal ronge ses habitants, et mettre en évidence son lien avec les mines Daënars. Pendant tout ce temps, nous serons surveillées, par des subordonnés du khorog et du primo-gharyn. Cela implique une conduite irréprochable. Pas de meurtre, pas de vol, pas de remarque acerbe. Que du politiquement correct. »
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Zora Viz'Herei
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Dim 7 Jan - 11:53
Irys : 755379
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -2

Une omelette sans ail? Mais qu'est-ce qu'elle raconte?! Zora écarquille les yeux et penche légèrement la tête sur le côté comme pour mieux ausculter du regard sa comparse. A-t-elle bu? Il est vrai qu'elle a dû affronter les rigueurs hivernales pendant que la feue rouquine - Althéa la laissera-t-elle à nouveau l'être un jour? - s'ennuyait dans cette auberge. N'aurait-elle pas trompé le froid en vidant quelques gourdes d'alcool? Son aînée hume l'air à la recherche d'une quelconque effluve pouvant confirmer cette hypothèse. Mais... rien! Serait-ce plus grave?

Une part d'elle l'encourage à étendre sa main sur le front de sa compagne de purification tandis que l'autre l'enjoint à ne pas céder à l'inquiétude et à la laisser se débrouiller seule. Après tout l'intéressée est une guérisseuse. Si problème il y a, elle saura le résoudre. Et si ce n'est pas le cas alors c'est sûrement que Möchlog lui a retiré ses faveurs... Dans ce cas, toute aide serait parfaitement inutile. Ce faisant, Zora fait preuve d'une certaine amnésie. Si elle a pu profiter des derniers jours pour se reposer au chaud, c'est en grande partie grâce à l'aide que la noiraude lui a apportée. Sans elle, les choses auraient pu prendre une tournure... désagréable. Et le mot est sûrement faible si le considère le danger représenté par le Khoral.

De l'avis d'Atlhéa cependant, ce moment d'incompréhension est uniquement dû à un abus de ses capacités cognitives. Cette dernière s'empresse d'ailleurs de quitter les lieux en laissant son aînée une nouvelle fois seule. Quelle arachnophobion l'a mordue, celle-là? Zora lâche un soupire résigné en levant les yeux au ciel avant de se laisser choir sur son lit, pensive. Laisser sa comparse se rendre seule au palais reonien n'était sûrement pas une bonne idée...

**********

Il ne faut néanmoins pas trop longtemps à la noiraude pour revenir. Du moins est-ce l'impression que Zora en a puisqu'elle s'est, semble-t-il, assoupie à moitié. Il faut dire que le lit est confortable... Ce qui n'empêche pas la jeune femme de se redresser vivement lorsque sa cadette s'installe à côté d'elle. Elle lui décoche ensuite un regard appuyé pour la pousser à lui délivrer les informations qui lui font tant défaut. Et si elle doit attendre quelques instants pour que sa comparse se mette à table, le récit dont elle est finalement gratifiée est complet, concis et... parfaitement irritant!
"Non mais dites-moi que je rêve..."
Elle se redresse et commence à faire les cent pas dans l'espace réduit, les mains derrière le dos et les sourcils froncés. Laisser Althéa négocier seule fut une grave erreur. Et maintenant elle est liée à Aldin et Yoris. C'est une part de sa liberté qui vient de s'envoler et il semble désormais trop tard pour la récupérer. Zora, si elle comprend la démarche et les arguments exposés par sa cadette, ne les accepte cependant pas. Faire équipe avec elle lui demande déjà nombre d'efforts alors qu'elle a toujours agi seule. Mais maintenant, elle est obligée d'ajouter dans l'équation les dirigeants des terres enneigées...
"Et ce que je veux, moi?" râle-t-elle. "T'es-tu seulement interrogée sur mes attentes?"
Probablement pas! Sans quoi elle n'aurait pas pris la décision de former une alliance - certes bancale - avec les meneurs de Khurmag. Elle n'aurait pas jugé nécessaire d'accepter une mission qui sert leurs intérêts tout en leur faisant perdre un temps précieux qu'elles auraient pu mettre à profit pour attaquer Daënastre. Et elle aurait encore moins accepté que des gens gardent un oeil sur elles. Zora se fiche pas mal de ceux qui prétendent diriger les différents régions de My'trä mais qui sont figés dans l'immobilisme. Elle n'a pas besoin de l'aide ou de la confiance de qui que ce soit d'autre que Möchlog. Elle aurait voulu étendre ce constat à Althéa. Mais la noiraude la déçoit tellement que les mots lui manquent...
"Nous en reparlerons plus tard!" achève-t-elle. "Tu as besoin de repos et moi, j'ai besoin d'un verre! Essaie de ne pas nous allier avec d'autres hérétiques en mon absence, tu veux bien?"
Elle fustige sa cadette du regard et hoche la tête de gauche à droite pour marquer à nouveau une désapprobation qui est pourtant évidente. Après quoi elle quitte la pièce et claque la porte derrière elle avant de descendre dans la salle commune.

**********

Lorsqu'elle remonte, quelques heures se sont déjà écoulées. Il est vrai que le vin chaud a quelque peu calmé l'acerbité de la feue rouquine qui ne ressent à présent qu'une intense lassitude. Et même les allusions étranges de Pota au sujet d'un viol et ses remarques sur l'absence d'éducation n'ont pas réussi à changer cet état de fait. Aussi lorsque Zora pousse à nouveau la porte de la chambre et qu'elle s'assoit à côté de la noiraude, la réveillant en secouant son épaule avec un mélange de douceur de fermeté, ce n'est pas avec l'intention d'attiser les flammes de la discorde. Il lui faut cependant de nombreuses secondes avant d'exprimer clairement son opinion au sujet de ce voyage à Tük et sur ses implications. L'ainée de ce duo ravageur s'est également rendue compte d'une chose: ce n'est pas la colère qui prime mais... la jalousie. Un sentiment qui ne l'a que rarement effleurée jusque là et qu'elle a mis du temps à identifier.
"Je ne veux pas qu'il y ait Aldin, Yoris, Althéa et Zora..." souffle-t-elle. "Je veux qu'il n'y ait que nous deux! Et Möchlog! Nous n'avons pas besoin de la reconnaissance, de l'aide ou de la confiance des autres!"
Elle lâche un soupire avant de décocher un pauvre sourire à la noiraude. À ses yeux, le trio suffit amplement à faire face aux dangers ou à la haine de leurs congénères. Il frôle une certaine forme de perfection. Mais est-ce le cas d'Althéa? Ne lui suffit-elle donc plus? Cette prise de conscience lui fait... mal?
"Néanmoins je comprends le sens de ta démarche! Je ne l'approuve pas. Mais je la comprends, oui..." ajoute-t-elle. "Alors si tu juges qu'elle est nécessaire et que nous en tirerons parti, soit! Daënastre et Technologie ne s'envoleront pas, de toute façon! Et il ne sera jamais trop tard pour réduire l'une et l'autre en cendres! Disons qu'ils viennent d'obtenir un sursis..."
Encore un.. Cela fait si longtemps que l'hérésie insulte les Architectes que le moindre retard semble inopportun. Peut-être même dangereux. Car chaque jour, semaine ou mois supplémentaire accordé aux traîtres renforce leur puissance. On n'attend pas qu'un dragon soit devenu adulte pour l'affronter. On s'en débarrasse lorsqu'il est encore jeune, incapable de se défendre convenablement. La crainte qui anime la jeune femme? Que le temps finissent par réellement jouer en leur faveur. Que cette perte de temps soit celle de trop. Qu'il soit tout simplement trop tard pour faire face convenablement au danger, malgré les propos qu'elle vient de tenir à Althéa...
"Mais qu'on soit surveillées ou non, je ne changerai rien à ma manière de faire. Je peux tolérer, je crois, leur présence. Mais pas au point d'accepter d'épargner un impure qui se balade dans mon champ de vision! Et tu sais ce que ça veut dire, j'imagine?" demande-t-elle. "Si les habitants de Tük sont frappés par une quelconque maladie, ils devront mourir! Möchlog en a décidé ainsi! Et Sa volonté primera toujours sur celle de nos congénères ou sur les... calculs politiques, quels qu'ils soient!"
Si Zora accepte de faire un pas dans la direction de sa comparse, elle se tient pourtant prête à reculer de deux autres. Faire des efforts est une chose, se trahir en refusant de purifier ceux qui doivent l'être en est une autre. La feue rouquine fera ainsi de son mieux pour contenter Althéa et suivre le plan tordu qu'elle a mis en place. Mais seulement tant qu'elle estimera qu'elle peut décemment le faire. Si un choix doit être fait, il sera toujours en faveur de la mission que Möchlog lui a confiée voici des années maintenant, avant même qu'elle connaisse l'existence de sa cadette et que cette union fébrile voit le jour...
"Et la prochaine fois, par pitié, laisse-moi choisir mon prénom d'emprunt..." tente-t-elle de plaisanter. "Je sais bien que le ridicule ne tue pas mais... tout de même!"
**********
"Et ils sont où, tes nouveaux amis?"
Le voyage matinal jusqu'à ce fameux village de Tük a été plutôt plaisant, dans le fond. Il est vrai que le fait d'avoir des chevaux pour faciliter le trajet leur a évité bien des efforts. La bourgade est ainsi en vue, de l'autre côté d'un précipice enjambé par un pont de corde et de bois qui ne lui inspire guère confiance. Et si elle se fie à l'agitation de sa monture, elle n'est pas la seule à ressentir de l'appréhension à l'idée de le traverser.

Le fait est qu'elles semblent seules. Et Zora se surprend à espérer qu'Aldin et Yoris soient revenus sur leur décision et qu'elles seront seules sur ce coup-là. Une perspective séduisante mais qui n'a que peu de chance de se vérifier. Leurs gardes chiourmes doivent simplement avoir du retard. Vu les difficultés à voyager dans cet océan de neige et de glace, ce n'est par ailleurs guère étonnant. Encore une perte de temps...







Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Althéa Ley Ka'Ori
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Mer 10 Jan - 20:23
Irys : 540218
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
L’irritation dans la voix de sa partenaire l’interpela. L’air interdit, elle se redressa sur son lit pour chasser les avances du sommeil, clignant des yeux à plusieurs reprises devant un tel accès de colère et de frustration. En une réponse presque infantile, une irritation miroir à celle de Zora naquit dans ses veines et contamina irréversiblement ses pensées. Si sa voix paraissait tout aussi calme qu’auparavant, elle vibrait également d’une émotion plus profonde, celle de la froide fureur.

    « Il me semblait que mon rôle était celui de la diplomatie, et que tu me faisais suffisamment confiance pour m’en acquitter sans te consulter ! J’ai fait ma part de notre contrat, à toi de respecter la tienne ! fulmina-t-elle. »


Zora eut probablement l’initiative de la maturité - fût l’élan volontaire ou non - puisqu’elle coupa court à cette dispute insensée ; la seconde d’après, la noirouquine s’était éclipsée de la chambre. Althéa frappa le mur du poing, et ses phalanges geignirent dans la douleur qui s’ensuivit. Celle-ci eut au moins le mérite d’apaiser sa rage tout juste contenue. Après un grognement d’exaspération, les bras tendus vers le ciel, elle s’écroula à nouveau sur le lit, et tourna puérilement le dos à la porte, comme pour se détourner de Zora et de ses reproches.

De longues minutes encore, l’incompréhension et l’exaspération l’empêchèrent de sombrer dans un sommeil récupérateur et désiré par toutes les cellules de son corps. Elle ne s’était pas attendue à un tel rejet de ses décisions, et elle s’en voulait d’avoir négligé ce facteur dans tous ses calculs. Elle était si préoccupée par son audience à venir qu’elle n’avait pas pensé à sonder l’opinion de sa comparse. La fatigue pesait sur ses paupières, mais son esprit refusa de se détourner de cette nouvelle contrariété qui suscitait en elle un inexplicable mécontentement. Elle en voulait à Zora ! Ou peut-être s’en voulait-elle à elle-même ?

Après avoir repris le même cheminement de pensées pour la dixième fois au moins, elle parvint finalement à s’assoupir, pour un instant seulement. Déjà on lui secouait l’épaule pour la réveiller, et une impression paradoxale d’avoir dormi des heures mais de s’être endormie la minute passée contraria ses sens. Elle tourna la tête pour faire face à Zora, décidée à en découdre, mais elle se rendit bien vite compte qu’elle n’avait plus en elle la colère nécessaire pour batailler. L’alcool avait sûrement eu le même effet sur son amie, puisque son ton s’était adouci lorsqu’elle prit la parole. Elle partagea une partie de son affliction, et Althéa réalisa progressivement ce qui l’avait tant touchée auparavant. L’absence d’exclusivité.

    « Il n’y a personne d’autre que toi et moi dans cette mission, la rassura-t-elle gauchement, suivant son instinct plutôt que sa raison. Il n’y a que Zora et Althéa, les deux impératrices de l’échiquier, les autres ne sont que des pions à sacrifier pour le maintien de notre empire. »


Elle n’avait aucune volonté de se placer en impératrice my’trän, mais il s’agissait-là de partager une part du rêve de Zora, et l’analogie lui convenait. Si l’heure venait, elle lui laisserait cet honneur avec plaisir ; ce qui comptait à ses yeux n’était autre que leur objectif primaire, à savoir réduire la Technologie à néant. Elle acquiesça docilement au reste de ses paroles, compréhensive plutôt que réprobatrice.

    « Tue les impurs, mais ne m’implique pas directement dans le meurtre de My’träns quels qu’ils soient, c’est tout ce que je te demande. Une fois en Daënastre, tout sera différent, tout sera moins… tranché… »


A sa tentative de plaisanterie, elle eut un sourire amusé, presque compatissant, et carrément taquin.

    « C’est entendu. Dors bien, Angélique ! »


***


Montée sur une jument immaculée, Althéa contemplait le pont qui se dressait devant elles d’un œil critique. Il tenait de guingois, et aucun des quatre compagnons, des deux femmes ou de leurs chevaux, ne semblait enclin à s’y risquer. C’est donc une guérisseuse dépitée qui se dévoua, à la façon d’un chef de tribu menant les siens sur le chemin et s’aventurant là où personne n’ose s’aventurer - cette formulation avait ce côté épique qui la confortait dans sa décision. Elle descendit de sa monture, s’emmitoufla dans sa cape de fourrures, et posa un pied incertain sur la première barre en bois du tablier. L’inconvénient des ponts en montagne, c’est qu’ils sont rarement maintenus par autre chose que de la corde et des piquets : cela leur confère un taux de mortalité supérieur aux ponts usuels !

    « Les gardes qui nous surveillent doivent déjà être arrivés. On s’est perdues trois fois je te rappelle. »


Elle avait insisté sur la fonction et la finalité des ses prétendus nouveaux amis, excédée qu’elle persiste à l’associer à ces parasites. Elle n’avait pas souhaité qu’ils les accompagnent, et ne les portaient pas dans son cœur ! Plus que tout, les gardes représentaient autant de risques potentiels de griller leur couverture. Après une ultime inspiration, elle se lança dans la conquête du pont de bois, menant fermement son cheval inquiet par la bride. Il avait le mérite d’être bien dressé, mais la résistance qu’il créait vers l’arrière l’angoissait. Après quelques minutes d’anxiété, à progresser sur cette construction relativement solide, elle parvint à l’autre bout. Son pas foula à nouveau la surface stable, quoique glaciale, de la neige des sommets. Un soupir de soulagement échappa ses lèvres, et elle crut déceler une exhalation similaire chez son destrier. Elle se retourna pour faire signe à Zora de la rejoindre. Le pont avait supporté son poids et celui de sa monture, Zora et son cheval pesaient sans doute autant ! Cela ne garantissait pas son passage, mais donnait une bonne approximation de ses chances de survie.

Alors qu’elle la regardait s’activer sur le mont opposé, un tapotement désagréable sur l’épaule la fit sursauter. Un homme d’âge mûr lui faisait face, un brin de pivoine dans la bouche - c’était à se demander où il avait pu en dénicher un dans cette poudreuse, ou, en faisant preuve de plus de réalisme, depuis combien de temps il le mâchouillait ! Il lui parut tout à fait irritant, avec ses tâches grises sur les joues, son odeur d’ermite crasseux, et sa peau flasque avant l’âge. Bien en arrière, elle avisa sa pitoyable chaumière, et se maudit de ne pas l’avoir aperçue plus tôt, trop préoccupée par le pont en lui-même.

    « Bien l’b’jour mam’ ! Chuis l’garde du pônt, et ça f’ra 100 Irys !
    - Irys, c’est le seul mot que vous savez bien prononcer ?
    - Parlêz pô môl ! J’vis seul à répôrer s’foutu pônt tous l’y jours, alors vous m’dônnez mon dû ?
    - Je préfère que mon amie paye… En attendant, vous ne sauriez pas m’indiquer le chemin de Tük ?
    - C’pô dur, la gôche de la ‘tastue et droite aprês ! Elle s’dépôche d’y traverssêr la gonz’ ?»


La guérisseuse n’avait rien compris à ses propos, mais elle jugea plus sain de s’en arrêter là dans leur échange improductif. Elle finirait bien par trouver Tük par hasard avant d’avoir déchiffré les paroles de cet énergumène, qui malgré son fort accent, jugeait bon de mâcher sa paille en plus de mâcher ses mots. Pour le moins ses difficultés en langue parlée témoignaient d’un grand isolement, elle se moquait donc bien de ce que Zora voudrait bien lui infliger. Qui n’avait ni famille ni proche ne serait pas pleuré.

***

Tük en vue ! Finalement ! Althéa avait fini par déterminer que la "’tastue" n’était autre qu’une statue à l’effigie de Khugatsaa qui se dressait au croisement de deux chemins, une fine sculpture qu’on aurait presque juré être une illusion si elle n’avait été aussi palpable. Le sentier de droite menait vers les hauteurs de la montagne, tandis que l’autre, le "gôche", chutait drastiquement vers la vallée en contrebas où l’on apercevait les vagues contours d’un village reculé. Pourquoi alors lui avait-il enjoint d’aller à "droite" ? La seule raison valable était que le douanier avait prononcé le "t" silencieux de "droit", car elles parvinrent au village sans jamais emprunter aucun tournant. Si on le côtoyait suffisamment, peut-être que l’on finissait par trouver une logique à ses babillages !

    « Althéa Ley Ka’Ori  et Angélique Shassdo ? »


Quatre gardes patientaient à l’entrée du village, et visiblement elles avaient bien quelques heures de retard sur eux à en juger leur air penaud et las. Althéa hocha silencieusement la tête, tandis que les trois autres gardes se redressaient machinalement avant de s’approcher des deux protagonistes avec un air qu’elle interpréta comme le devoir, ou le professionnalisme, imprimé sur le visage.

    « Je suis Neldoc, mais vous pouvez m’appeler Nel. Vous êtes finalement arrivés à bon port ! Considérez-nous à vos ordres pour la durée de votre mission.
    - A nos ordres, rien que ça ?
    - Oui. Nous assurons votre protection au nom du khorog. Nous sommes également chargés de lui faire un rapport une fois que vous en aurez appris plus sur le mal qui ronge ce triste patelin.
    - Je vois. Et bien, je crois que vous nous avez suffisamment attendues, commençons à examiner les malades dès à présent. »
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Zora Viz'Herei
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Jeu 11 Jan - 17:42
Irys : 755379
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -2

Elle a bien envie de lui rétorquer qu'elles ne sont pas perdues et que des mages n'arrivent jamais en retard, ni en avance d'ailleurs, mais précisément à l'heure prévue. Mais cela n'aurait pas le moindre intérêt si ce n'est provoquer une discussion sur la ponctualité, peut-être. Et puis le froid lancinant qui tente inlassablement de leur ôter la vie a quelque peu tendance à calmer les ardeurs de la nouvellement brune. Cette dernière se contente simplement de hausser les épaules et d'accorder le redoutable honneur à Althéa de traverser le pont en premier. Si elles sont toutes les deux des élues de Möchlog, elles le sont toutefois à différents niveaux. Quitte à ce que l'une des deux périsse, que ce soit la plus sacrifiable...

Zora observe ainsi sa cadette s'engager sur l'édifice brinquebalant tout en se demandant si elle parviendra de l'autre côté. Une part d'elle-même souhaite ardemment qu'elle y parvienne. Et une autre imagine avec un certain délice qu'il lui serait sûrement plus facile de massacrer tout le monde à Tük si elle venait à être débarrassée des exigences de la noiraude. Et curieusement, elle se sent presque coupable d'envisager un tel dénouement. Car Althéa a l'étrange faculté de faire naître dans le cœur même de la feue rouquine - ou du moins ce qui lui sert de coeur - des sentiments qui ne sont guère amenés à se côtoyer.

Le fait que la traversée se passe sans encombre pour sa comparse et qu'un signe de main de cette dernière invite à présent Zora à l'imiter. Lâchant un soupire d'appréhension, elle descend donc de sa monture et en saisit la bride pour la guider à son tour sur le chemin de bois et de cordes. Elle se fait violence pour ne pas considérer le vide qui se devine entre les planches humides. Elle prie ardemment le divin Möchlog de lui permettre d'atteindre l'autre côté du précipice. Et refuse d'envisager le simple fait que son Architecte ait autorisé le passage à la noiraude tout en lui refusant ses faveurs. Ce serait... douloureusement étonnant.

C'est alors que la silhouette qui se trouvait aux côtés d'Althéa décide de venir à sa rencontre. La distance s'égrainant, l’aînée du duo purificateur constate alors que l'homme qui s'approche n'a rien d'un soldat. En réalité il semble allier avec une absence totale de gêne nombre de défauts dont un corps peut hériter. Et lorsqu'il ouvre sa bouche pour exprimer un langage des plus immondes, Zora se rend compte que l'intellect de l'intéressé est à peu près égal à son apparence physique.
"Lô ch'tite dame elle m'ô dit qu'tu pôy'rait pour la chtrôvarsé!"
"Plaît-il?"
Le semblant d'irritation qui s'installe sur le visage de l'impur ne fait qu'amplifier l'irritation de la brune qui, si elle n'a rien compris à ce qu'il tentait de dire, en a pourtant entendu plus qu'il ne le fallait. Et tandis que cette véritable insulte à Möchlog recommence à... heu... s'exprimer en usant de mots qui n'ont ma foi rien de clair, la jeune femme puise dans sa magie pour amplifier sa force et projeter hors de son chemin celui qui agresse à la fois ses sens olfactifs, visuels et auditifs. Le cri qu'il pousse en chutant du pont, quant à lui, est presque mélodieux. Suffisamment pour arracher un sourire de satisfaction à la disciple de Möchlog qui se hâte ensuite de rejoindre sa comparse sur la terre ferme.
"Il a glissé..."
Peut-être est-ce l'habitude qui la pousse ainsi à se justifier avec un haussement d'épaule. Le fait est qu'elle doute sérieusement que la noiraude lui aurait envoyé cet homme si sa survie lui importait d'une quelconque manière. Les deux élues de la Chouette se connaissent à présent assez pour savoir comment elles fonctionnent. Du moins, pour l'essentiel. Et c'est donc un sacrifice humain qu'Althéa lui a envoyé. Une manière de s'assurer que la soif purificatrice de la brune sera en partie étanchée lorsqu'elles parviendront au village qui se devine en contrebas?

**********

Angélique... Shassdo? Zora se pince les lèvres et serre les poings avec une telle irritation que ses phalanges blanchissent. Le regard noir qu'elle décoche à la noiraude, quant à lui, exprime merveilleusement bien ce qu'elle pense de l'imagination de sa cadette. Le prénom n'était déjà guère facile à porter. Pourquoi a-t-elle jugé utile de l'affubler d'un tel nom? Si ce n'est pour entraîner une patience qui n'existe que dans les espoirs de certains, elle n'a pas d'explication. Mais une promesse est une promesse. Et pour l'instant, la brune se sent encore capable de ne pas sauter à la gorge de l'un de ces soldats qui leur font face.

À les entendre, ils sont là en tant que simples renforts. Une manière sans doute élégante de dire que leur vraie mission consiste à les surveiller. Toutefois il n'y a pas que des inconvénients à ceci. Car au final, ils devront tout de même assister les deux demoiselles. Et qui dit assister, dit indirectement servir. À défaut de pouvoir purifier tout ce qui mérite de l'être, la feue rouquine aura ainsi l'opportunité d'exercer une part du pouvoir dont elle héritera lorsqu'elle deviendra Impératrice. Une forme de compensation pourtant bien dérisoire...
"L'un de vous aurait-il l'obligeance de m'aider à descendre de ma monture?" s'enquit-elle. "Le voyage a été parfaitement éprouvant..."
C'est le dénommé Nel' qui s'en charge après avoir échangé un regard avec ses camarades. Satisfaite, du moins en partie, Zora lui adresse un vague sourire accompagné d'un léger signe de tête. Elle trouve une certaine forme de réconfort dans le fait que l'intéressé ne porte pas de cicatrices visibles. Mais il est difficile de vérifier son intégrité physique dans la mesure où ce dernier n'a que le visage d'apparent. Et à moins de les forcer à se déshabiller en plein Khoral, elle devrait s'en contenter.
"Séparons-nous!" propose-t-elle à Althéa lorsque cette dernière fait preuve d'un zèle qui a l'air sincère. "Je m'occupe des bâtisses au nord! Disons que nous nous retrouvons ici dans une petite heure pour mettre nos découvertes en commun et aviser sur la suite des événements?"
La disciple de Möchlog espère ainsi vainement que les gardes suivront la noiraude et lui ficheront une paix royale. Mais c'était sans compter sur les mathématiques et les divisions. C'est ainsi deux soldats qui lui emboîtent immédiatement le pas et arrachent un soupir résigné à la brune. Tant pis...

Le trio remonte à présent une rue aussi déserte qu'enneigée. Mais la lumière qui luit à la fenêtre des différentes bâtisses prouve que le village est loin d'être abandonné. Laissant le hasard s'exprimer - à moins qu'il ne s'agisse du destin? - la jeune femme choisit une maison au hasard et frappe sans ménagement sur la porte de bois. Toc toc toc...
"Qui est là?"
"Angélique, la..."
"Angélique qui?"
"Angélique Shassdo, la soigneuse envoyée par le Primo-Gharyn et son Khorog pour vous prêter assistance!" parvient-elle à préciser, d'abord coupée par la curiosité de l'autre. "Auriez-vous l'amabilité d'ouvrir la porte, je vous prie?"
Lorsque le verrou glisse et libère l'accès à un foyer qui a l'air confortable, Zora ne se fait guère prier pour y pénétrer et fuir le froid ambiant. Elle relève alors sa capuche et avise une femme qui doit avoir à peu près son âge. Cette dernière est déjà retournée au chevet d'un homme plus âgé - son père? - auquel elle applique une compresse humide sur le front. Vu les informations en sa possession, la brune s'attendait à un spectacle nettement plus morbide. Mais ce cas-ci ne semble guère différent de bien d'autres.

Et pourtant le mal incurable qui ronge certains des habitants de Tük ne s'est pas encore révélée pleinement à la curiosité de la comparse d'Althéa. Et tandis que le dernier garde pénètre dans la demeure et referme la porte derrière lui, l'intéressée s'approche du patient sans songer un seul instant que l'infection dont il est victime est bien plus pernicieux que la plus mortelle des maladies...







Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Althéa Ley Ka'Ori
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Dim 14 Jan - 16:25
Irys : 540218
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
    « Il a glissé...
    - Oh, feignit-elle de s’étonner. Et tu l’as laissé tomber avec sa bourse ? »


***


Althéa leva les yeux au ciel, comme à chaque fois que Zora l’exaspérait et la divertissait en même temps par son autoritarisme. Une fois la surprise passée, Neldoc et son admirable patience se chargèrent de répondre aux attentes de la farouche, et elle lui envoya une onde d’allégresse dans l’espoir de solidifier son tempérament calme. Avec un peu de chance, il saurait supporter l’impudence de sa comparse avec la droiture que son poste lui imposait. Sans surprise, il fit partie des deux gardes attachés à Zora, et Althéa les regarda s’éloigner tous trois avec un certain goût âcre dans la bouche dû à l’inquiétude.

Dans quel but souhaitait-elle leur séparation ? Elle doutait que ce fût au nom de l’efficience. Quoique, peut-être que l’idée d’en avoir fini au plus tôt (en dépit de sa bonne volonté à la tâche) la poussait à agir avec rapidité ? Elle haussa les épaules pour elle-même, et suivit les deux gardes qui l’accompagnaient plutôt que de les mener. Elle ne prenait jamais le commandement trop ostensiblement, elle préférait la subtilité de l’ombre.

Les deux frères d’arme, l’un nettement plus âgé que l’autre, à moins que ses cheveux n’aient grisé bien avant l’âge, lui expliquèrent en deux mots les quelques informations qu’ils avaient attrapé au vol dans la matinée. A savoir qu’une mine abandonnée se situait à quelques kilomètres de là à flanc de montagne, et que les premières apparitions de ce mal dataient de bien quelques mois déjà. Lorsqu’elle demanda si les symptômes précurseurs avaient été antérieurs ou postérieurs à la fermeture de la mine, ils ne surent lui répondre. Ce qu’ils savaient en revanche, c’est qu’ils la menaient actuellement vers le premier malade supposé du village. Il était malheureusement le plus accoutumé aux effets de cette maladie, et il semblait en conséquence pertinent de le rencontrer avant les autres.

Ils eurent tôt fait de déboucher sur la petite allée arborée de conifères menant à son humble chaumière. Le village était pittoresque mais pas vaste pour un sou. Althéa fut invitée à frapper à la porte, et elle obtempéra. On entendit du grabuge à l’intérieur, comme si la surprise avait interrompu le citadin au cours d’une activité fort minutieuse, de cuisine ou de bricolage à son avis.

    « Qui va là ?! entendit-on hurler de l’autre bout de la pièce.
    - Althéa ! Althéa Ley Ka’Ori, guérisseuse des Cercles de l’Aube. Je viens…
    - Oui, oui, on m’a prévenu, j’arrive dans un instant ! »


La disciple Möchlog attendit patiemment, étonnée de l’aplomb dont il faisait preuve pour un patient présumé. Une constitution forte, peut-être ? Quelques secondes plus tard, le battant s’ouvrait sur un homme d’âge mûr et de même carrure que les gardes qui l’accompagnaient. Elle le salua d’un signe de tête qui se voulait respectueux, mettant à l’œuvre le comportement aimable qu’elle adoptait dans l’exercice de ses fonctions.

    « C’est pour la perte de mon don, hein ?
    - Oui, c’est bien ça, je ne peux pas vous garantir de le rétablir mais…
    - Oh, vous en faites pas pour ça. Je suis un homme résigné. Entrez, entrez, je vous sers à boire ? »


Althéa ne dissimulait plus son étonnement. Elle s’attendait à un my’trän ravagé par la perte de son pouvoir, alité et en détresse, suppliant les Architectes de lui rendre ce qu’il lui avait été ôté. Mais elle se trouvait face à un individu visiblement en parfaite santé, et manifestement satisfait de sa condition. Elle lui emboîta le pas dans la pièce unique de sa maison, un lit défait dans un coin et un bazar indescriptible sur sa table à manger témoignant presque de son statut de célibataire endurci. Elle demanda poliment un verre de lait s’il en avait, de l’eau à défaut, tandis qu’il s’évertuait à faire un peu de place sur la table en bois sommaire mais au cachet indéniable. Avec sa voix adoucie par les années de service, elle s’enquit tout en prenant place sur la chaise qu’il lui tira :

    « Excusez l’indiscrétion de ma question, mais votre perte de pouvoir n’a pas l’air de vous affecter tant que cela… commença-t-elle avec une réelle hésitation.
    - Hm, au début, si, je l’avoue, j’étais terrassé. Sûr de sûr. Non seulement j’étais mourant, mais en plus personne ne me croyait quand je leur disais que mes illusions avaient disparu ! Alors quand je suis venu à bout de ma convalescence, j’étais heureux de m’en sortir avec la santé, quitte à ne pas m’en sortir avec ma magie. Je me suis un peu isolé de la vie de village, on me prenait pour un givré en manque d’attention ! Et puis lorsque d’autres ont commencé à avoir les mêmes symptômes, puis à voir leur magie se dissiper… J’étais à la fois ravagé pour eux, mais aussi je me sentais enfin compris…
    - Sauriez-vous me parler de votre vie d’alors ? Et de ce qui a précédé la perte de votre don ? Avez-vous essayé de le recouvrer de quelconque manière ? Tout détail, même futile, est important. »


Elle refusait de parler de la mine trop tôt, en l’évoquant elle risquait de limiter les facteurs dans l’esprit de son patient autant que dans le sien. Mieux valait qu’il en parle par lui-même. Par ailleurs, elle posa sur lui un regard ferme mais à l’écoute, les mains posées près de son car c’est ce que font les amis lorsqu’ils sont à l’aise à votre table et sincères dans leurs démarches.
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