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Chroniques d'Irydaë
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 Un grand jour [RP libre]

Henry Farstadt
avatar
Lun 4 Déc - 18:38
Irys : 165975
Profession : Colonel en chef de Rathram / Haut-fonctionnaire
Daënar +3 ~ Rathram (homme)
Il se trouvait qu’on était un jeudi.
Pour beaucoup cela aurait signifié qu’on se rapprochait de la fin de la semaine. Une bonne raison de se réjouir, le jour sabbatique n’était pas loin! Pourtant, alors que le reste de la population partait travailler pour l’après-midi, soupirant que la quille viendrait vite, Farstadt ronchonnait.

Parce que, voyez-vous, le jeudi dans l’armée de Rathram c’est le jour du bilan pour les comptables, un tas de paperasse longue et ennuyeuse débarquait sur le bureau en bois fin du colonel, lequel, en finissant son verre de grand cru rouge, fixait nerveusement sa montre. La finance militaire l’agaçait déjà au plus haut point. Mais alors que le primo-gouverneur Mareno décide que le jeudi après-midi était définitivement la date parfaite pour un rendez-vous, ça c’était le pompom.

Il regarda une dernière fois l’horloge qui trônait au-dessus de sa petite cheminée, allumée en ce froid mois d’octobre. Quatorze heures moins le quart. D’ici quinze minutes, le carrosse républicain dépasserait le poste de garde au bas de la forteresse d’Ivantin et il devrait descendre l’accueillir. Ce primo-gouverneur était un con fini et moins Henry le voyait, mieux il se portait, malheureusement sa fonction de gouverneur ne lui permettait pas d’esquiver les rencontres. En plus, avec sa malchance habituelle, il serait accompagné du gouverneur de Cerka Polan, un parvenu. Résigné, Henry leva son bras mécanique et appuya sur un petit bouton situé à gauche de son bureau.

Quelques secondes plus tard un soldat vint toquer à sa porte, son valet à la forteresse, l’aide-de-camp Niechleim . Sèchement, Henry l’invita à rentrer. L’homme se mit au garde à vous et attendit, avec une neutralité absolue dans la voit, le colonel s’exprima :


-« Le primo va arriver. Ramenez deux fauteuils style classique, un Ünellia 922 blanc, un seau d’eau froide pour la bouteille et des cigares , les Fameux de Skingrad seront parfaits. Prévenez les cuisines de commencer à préparer des financiers pour la collation.»

A l’arrêt de sa voix, le valet hocha la tête et allait se retourner quand d’étranges bruits de course et des aboiements envahirent le couleur. Tout à coup, le pauvre Niechleim fût renversé et complètement écrasé par une masse de quatre-vingt kilos et une autre de quarante qui lui passèrent dessus comme un guerrier en armure dynamique. Sans aucune attention pour son aide de camp au sol, Henry bondit de sa chaise et eut un cri de joie :

-« Möchlög ! Süns ! Mes amours ! »

Les deux belles créatures se jetèrent à ses pieds pour réclamer des caresses, ce qu’Henry leur offrit bien volontiers ! Quelques secondes plus tard, l’aide-de-camp Rauleim apparut sur le pas de la porte, exténué. Il articula avec peine :

-«Pardon… Co… Colonel… Ai… Pensé… Faire plaisir… Mais… Sont trop… Trop lourds… Ai lâché… »

Mais Farstadt ne l’écoutait déjà plus et flattait le sublime molosse au poil gris et le berger Rathramais (allemand) beige. Niechleim, lui se relevait péniblement et râlait un peu, sans doute s’était-il froissé quelque chose. Quand il entendit ces plaintes, le colonel se retourna vers lui et asséna avec colère :

-« Exécution des ordres, Niechleim! Cessez de vous reposer! »

Henry allait demander à Rauleim comment il avait bien pu aller chercher ses chiens alors qu’ils étaient censés être à Cerka avec son épouse, mais il n’en eut pas le temps, un garde se précipita aussi à son bureau. Tout d’abord le colonel songea qu’il faudrait qu’il fasse mettre un espace de tempérance avant le couloir, car là son lieu de travail devenait un moulin. Ces pensées immobilières lui sortirent bien vite de l’esprit quand le troufion lui annonça que le primo-gouverneur et le gouverneur étaient en train d’arriver et se mettaient déjà devant la porte.

Las, Henry ordonna à ses chiens de ne pas bouger et il fonça à toute vitesse vers l’entrée du fort. Il jeta au passage un coup d’œil à Rauleim qui se remettait de sa course. Il était connu que Mareno avait peur des chiens… N’aurait-ce pas été là l’objectif de l’aide-de-camp ? Alors qu’il passait la porte, il entendit un petit gémissement plaintif de Möchlög, visiblement déçu de le voir déjà repartir. Se laissant convaincre, Henry fit demain tour pour lui gratter le front avant de redescendre.

Arrivé en bas, il demanda à ce qu’une haie d’honneur avec levée de fusils soit faite, comme le voulait le protocole, pendant que l’huissier militaire annonçait fièrement :


-«Monsieur le Primo-Gouverneur Mareno et monsieur le Gouverneur de Cerka Polan »

Résistant à son envie de le gifler, Farstadt serra la main tendue de son interlocuteur privilégié. Le Primo-gouverneur actuel était un homme politique dans toute sa splendeur : démagogue, plus intéressé par lui-même que par ses concitoyens, sans doute quelque peu corrompu… Tout le contraire d’Henry, qui ne pouvait pas le supporter, c’était d’ailleurs réciproque. Encore qu’il songeait que Mareno, bien que pourri par l’argent, ne soit pas un véritable malfaiteur, plus un profiteur, le gouverneur Polan, par contre…

Ce n’est pas qu’il était méchant, mais il était un lèche-botte, un suiveur prêt à toutes les bassesses pour s’assurer une place au soleil. D’ailleurs en parlant de lui, le petit moment de plaisir d’Henry allait pouvoir arriver. En effet, Polan, gaucher, avait pour habitude de serrer de sa main forte pour déstabiliser ses interlocuteurs, il n’avait pas songé, bête qu’il était, que c’était une main particulière pour le colonel… Quand il sentit sa poigne enferrée dans l’acier de la prothèse, ses yeux fuyants s’écarquillèrent et il sût qu’il était trop tard. L’étau se referma et la poignée de main arracha quelques petits cris de douleur à l’homme politique. Moreno jeta un regard mauvais au militaire, mais ce dernier haussa juste les épaules : il avait vu la guerre, un rat de bureau ne l’effrayait plus.

Après avoir lâché la main endolorie du gouverneur, Henry invita sans joie ses invités à rejoindre son bureau. Prenant la marche, il entendit ses hôtes qui grognaient dans leur coin. En passant la porte de sa salle de travail et en s’asseyant à son bureau, Henry pensait qu’une nouvelle bataille allait commencer dans la vie du colonel Farstadt, surtout quand il constata que ses chiens s’étaient assoupis derrière sa table.
Ni le vin, ni les cigares n’étaient encore arrivés, seulement les fauteuils. Henry n’eut même pas le temps de s’asseoir que déjà Mareno passait à l’attaque :


-«Farstadt ! Votre comportement est inacceptable ! Ces affiches sont intolérables… Je vais vous…»

Inutile de jouer à l’imbécile qui ne sait pas ce qui lui est reproché, aussi Henry se contenta-t-il de le couper :

-«Notre peuple en a gravement besoin, la paix a affaibli les cœurs et les esprits, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser l’opinion publique baisser sa garde. »

-«Vous ne me ferez pas croire que ce n’est pas pour voir votre photo dans les journaux, Farsadt ! »

Le primo-gouverneur était rouge de colère et Polan à côté lui chuchotait des « bien dit, monsieur ! », ce petit fayot… Enfin, les soldats arrivèrent avec cigares, vins et verres, coupe-cigare, cendrier et table pour poser tout ça. L’agitation des événements fit sortir Möchlög et Süns de leur petit somme et ils levèrent la tête en poussant un aboiement interrogatif. Mareno sursauta en découvrant les bêtes énormes qui se déplaçaient maintenant vers lui, curieux de connaître l’odeur de ces étranges invités. Le mastiff, affectueux, se leva sur ses pattes arrière et plaça ses avants sur les genoux du primo-gouverneur puis entreprit de lui lécher le visage en guise de salutations. Paniqué, le phobique se contorsionnait dans tous les sens, ce qui excitaient les deux chiens, pensant à un jeu.

-«Farstadt ! Farstadt ! Enlevez-ces deux monstres de moi ! »

Le militaire se calla dans son fauteuil et tendit son verre à un valet pour procéder à la vérification. Prenant tout son temps, il fit tournoyer une petite lampée du liquide capiteux en observant Moreno et Polan s’acharner à essayer de convaincre le berger de lâcher la chaussure du premier et le mastiff de cesser ses caresses baveuses. Quand les soldats furent sortis, non sans avoir ri dans leur barbe, Henry assena un coup de poing métallique sur la table.

-«Möchlög, Süns ! Au pied ! Assis ! »

Les chiens relevèrent la tête, ennuyés d’être ainsi dérangés pendant leur petite partie de jeu et se dirigèrent au pied du bureau du colonel où ils s’assirent, droits comme des piquets, les regards plantés sur les invités. Pour les récompenser, Henry leur décerna à chacun une caresse à chacun ainsi qu’une petite friandise qu’il gardait caché dans un tiroir. Ravi, il constata que les soldats avaient bien remplis les verres de chacun et que les cigares étaient ouverts, prêts à être fumés, sans se faire prier, il en attrapa un, en découpa l’embout et l’alluma avec un petit jet de flammes de sa prothèse. Satisfait de son effet, il tira une énorme bouffée de fumée qu’il relâcha aussitôt, faisant disparaître son visage dans un nuage. Il n’en sortit que deux mots secs :

-« Servez-vous. »

Finissant de remettre ses habits en état et pestant tout son saoûl, Mareno attrapa rageusement son vert et s’alluma son propre bâton de tabac. Les joues écarlates, le regard brûlant d’une colère contrôlée, il éructa :

-«Vous savez très bien ce qui nous amène. Vous vous croyez malin, c’est ça ? A faire vos petites affaires et à nous les coller sous le nez comme si personne n’allait rechigner ?»

Dans le même temps, Henry appuya encore sur sa petite sonnette, cette fois ce fût Rauleim qui apparut à la porte.

-«Une carte de Cerka et une bûche pour le feu. »

A la seconde où l’aide-de-camp eut refermé la porte, le primo-gouverneur hurla:

-«Cessez de m’interrompre! Je lis en vous comme dans un livre ouvert, Farstadt ! Je vous briserai si jamais vous faites ce défilé ! »

Le ton particulièrement agressif et accusateur toucha visiblement les canidés qui grognèrent de concert. Möchlög, notamment, découvrit ses crocs et eut un bruit rauque et profond qui fit bondir les politiques.

-«Vous n’auriez jamais accepté si je vous l’avais demandé à la régulière. »

-« Précisément parce que c’est une idée stupide, Farstadt ! Nos concitoyens veulent la paix, la tranquillité ! Vous leur bourrez le mou avec My’trä, la guerre, comme si ça allait arriver demain…»

Quelqu’un toqua à la porte. C’était Rauleim qui venait apporter bûches et carte. Il déposa ce qu’il devait amener puis salua et sortit. Le colonel reprit, en dépliant la carte sur son bureau qu’il s’ingéniait à vider.

-«Foutaises monsieur le primo-gouverneur, foutaises. La guerre est imminente et vous le savez. Les mages se préparent à lancer un nouvel assaut. Des fous font des attentats dans nos villes, l’hôpital de Cerka a été attaqué et il n’est pas le seul. Vous le savez bien, monsieur le gouverneur, non ? »

-«Arrêtez votre charlatanisme ! Ces attaques ne sont que le fait d’éléments marginaux et fous furieux ! Aucune preuve ne permet d’avancer qu’ils sont pilotés... »

-« Secret-défense. »

-« Vous bluffez, colonel. »

-« Qui sait ? »

Attrapant un crayon, l’officier commença à tracer sur la carte une grande ligne passant à travers la ville, devant les monuments les plus importants –et aux rues les plus larges. Finalement, Henry dessina des carrés noirs devant la place de la mairie, qui laissait le plus d’espace. Dessus, il marqua simplement « gradins ».

-«Voilà, messieurs, le trajet du défilé. Il passe devant tous les monuments importants, les quartiers riches comme pauvres et permettra l’installation des plus hauts dignitaires de la région et d’au-delà… »

Le gouverneur Polan sauta de sa chaise et se jeta presque sur la carte.

-«Et tout ça dans MA ville, sans mon accord ? Et qui va payer pour l’organisation, l’aménagement des espaces, la milice… »

-«L’armée prendra tout en charge sauf la Milice, voilà des années que j’économise sur les bouts de chandelle pour un tel événement… »

-« Et vous voulez nous faire croire que ce n’est pas pour votre gloire personnelle ? »

Fâché, Henry se replaça sur sa chaise.

-«Je vous l’ai dit messieurs, tout cela nous dépasse. Nous devons raviver la flamme militariste. »

-«Vous êtes fou, Farstadt. »

-«Non, je connais simplement mes dossiers. »

Il tira encore une bouffée de son cigare et termina son verre, Mareno l’imita ainsi que Polan, bien que ce dernier ne réussit qu’à s’étouffer avec la fumée. Le primo-gouverneur reprit alors :

-«Et quoi ? Vous vous attendez à ce qu’on ferme les yeux, le petit doigt sous la couture du pantalon ? Nous interdirons ce défilé, Farstadt.»

Le colonel eut un sourire de façade et se versa une nouvelle rasade de vin, qu’il goûta du bout des lèvres. Fumant encore un peu, il eut un petit rire ironique.

-«Grand bien vous fasse, messieurs, mais il est déjà trop tard. Vous l’avez vu vous-même : les affiches annonçant le défilé pour le nouvel an ont été dispersées dans tout Cerka, j’ai même pris la liberté de contacter quelques sommités journalistiques pour leur annoncer la nouvelle. Je comptais sur votre approbation avant de contacter les personnalités publiques… »

Les visages des deux hommes politiques devinrent blancs alors qu’ils comprenaient qu’ils avaient été roulés. Mareno, hors de lui, explosa :

-«C’est une trahison, Farstadt ! L’Etat-Major entendra parler et l’O’Meara aussi ! Je vous ferai démettre de votre poste et vous vous retrouverez au niveau de simple troufion ! »

Henry massa ses phalanges, la discussion allait se compliquer. A côté, les chiens s’énervaient à nouveau et le colonel dût tenir le collier de Süns pour qu’il ne saute pas sur l’officier civil.

-«Faisons simple : qu’est-ce qu’il vous faudrait pour que vous acceptiez ? »

Les regards des politiciens se croisèrent. Ils semblèrent peser intérieurement le pour et le contre. Sur le coup, Henry savait qu’il pariait gros, mais si sa formation à la tactique lui avait appris quelque chose, c’était que les hommes cherchaient surtout leur propre intérêt. Celui des gouverneurs, en l’état, était d’avoir une place confortable dans un quelconque conseil Théodule à la fin de leur mandat et pour ça il leur fallait une popularité au plus haut... Et quoi de mieux pour ça qu’un bon événement bien glorieux? Après quelques secondes de discussion à voix basse, Mareno releva la tête.

-«Un discours chacun et le crédit pour le défilé. Bien sûr, juste un second rôle pour vous.»

Le colonel serra les poings et serra les dents si fort qu’il manqua d’en couper son cigare. Certes, il avait déjà prévu ce cas de figure, mais l’entendre de vive voix… Il aurait voulu se lever et hurler à ce prétentieux qu’il était encore le chef de l’armée à Rathram, mais, conscient de son rôle, il se tut. Il avait déjà prévu ce cas de figure. Entre ses mâchoires passèrent les mots :

-«Bien… »

Un sourire satisfait s’afficha sur le visage du primo-gouverneur. Polan, par contre, devait se douter de quelque chose car il ne se fit pas aussi positif. Il jetait des regards soupçonneux au colonel, pensant sans doute que tout cela était bien trop facile. Avec une embellie de bonne humeur, Mareno continua:

-«Allez-y Farstadt, donnez donc le détail de votre… Pardon, notre défilé. Polan, prenez des notes.»

-«Environ sept mille hommes défileront à Cerka. Parmi ceux-ci quatre mille soldats à pieds dont deux cents officiers, mille soldats à cheval et deux mille marins et artilleurs terrestre. Les mille hommes restant feront partis des fanfares, des forces de logistique et bien sûr de l’aéromarine qui passera au-dessus de la ville.»

Le gouverneur de Cerka écrivait toutes les données sous le regard inquisiteur de son supérieur civil.

-«Un défilé d’importance donc… Soit. Autre chose, Farstadt ? »

-«Les fanfares joueront l’hymne de Rathram et seront placées à bonne distance les unes des autres pour que la musique ne soit jamais interrompue. Au début je comptais faire un petit texte d’introduction et un grand discours à la fin… »

-«Je m’en occuperai personnellement. »

-«Comme vous l’entendez, monsieur le primo-gouverneur… »

Aucun sourire ni aucun geste amical ne parcoururent les traits du politicien. En renard rusé, il trouvait la situation de plus en plus sujette à caution. Jamais le colonel n’avait acquiescé comme ça et il ne croyait pas une seule seconde à un revirement d’opinion de sa part.

-«La parade durera donc de dix heures du matin jusqu’à midi environ, les discours sont prévus pour durer jusqu’à quatorze heures, ensuite il sera temps d’aller déjeuner en attendant les festivités du soir… »

-«Car vous comptez faire une fête en plus ? »

-«Non. Ce sera simplement le Nouvel An. »

-«Vous pensez à tout. »

-« C’est ma fonction. »

Les deux hommes se jaugèrent une dernière fois du regard, alors que Polan murmurait des imprécations à l’encontre de Möchlög dont la queue frétillait sous son envie de courir. Finalement, Mareno se leva, attrapa son chapeau et prit son cigare à la bouche en sortant.

-«Je veux un rapport dans moins d’un mois avec tous les détails. Je nous vous salue pas, Farstadt. »

-« Et moi non plus ! »

Ce fût Polan qui eut ce dernier mot d’esprit, prouvant par là-même qu’il en manquait. Ils sortirent aussitôt, claquant même la porte et laissant Henry seul dans son bureau, les deux chiens le fixant d’un air inquisiteur, ne comprenant pas pourquoi deux compagnons de jeux étaient partis si brusquement. Le militaire se massa et les tempes et appela les deux chiens à ses pieds. Il les gratta un peu et ils roulèrent sur le dos en demandant plus. La masse énorme de Möchlög s’agitait quand la main métallique de l’officier lui flatta la peau du ventre. Intérieurement, Henry se jurait qu’il préférait les chiens aux hommes, ils étaient plus faciles à satisfaire…

Mais il fallait revenir aux affaires. Ces fiches de budget n’allaient pas se signer toutes seules. Avec un soupir de lassitude, il attrapa une plume et se mit au travail. Une page, deux pages, trois pages… Rien à faire, ça n’avançait pas. Chaque seconde de flottement le poussait à repenser à ce qu’avait dit ce politicien véreux : les attentats à Cerka n’étaient rien. Comment pouvait-il être aussi naïf ? Ne voyait-il pas que c’était bien la marque des my’träns que de vouloir semer le chaos et la désolation dans le monde civilisé ? Décidément, ces deux fous prouvaient à eux seuls que le monde politique daënar était tombé bas, très bas. Il faudrait de l’ordre, quelqu’un qui puisse y remettre la discipline qui sied à la fonction d’homme d’Etat…

Quelques heures plus tard, alors qu’Henry finissait un long dossier et que ses amis canins se prélassaient devant la cheminée, on toqua à la porte. Aussitôt, les chiens se levèrent et commencèrent à aboyer tout leur soûl. Le colonel eut bien du mal à les faire taire et laissa Rauleim rentrait. Il était pâle.


-«Le sergent RA est de retour, colonel… Suis-je… Dois-je le faire monter ?»

Le supérieur lâcha un début de sourire. RA avait toujours terrifié Rauleim et, à vrai dire, Henry le comprenait fort bien.

-«Oui. Sans tarder.»

Il n’y eut pas longtemps à attendre avant que la stature lourde de RA n’entre dans la pièce. Les chiens, d’habitude si prompts à foncer sur le premier passant, restèrent en retrait. Il émanait de cet homme en uniforme complet, gants inclus, une sensation de malaise. Ses mouvements n’étaient pas assez naturels, sont expression trop droite et trop digne, même pour un militaire. Il claqua des talons en se mettant au garde-à-vous.

-«Permission de faire mon rapport, colonel.»

-«Accordée.»

-«Les terroristes ne sont pas encore identifiés. Des groupes prévoient déjà de perturber le défilé. »

-«Des menaces létales ? »

-«Négatif. L’Ordre se tient tranquille pour le moment, l’opposition aussi et aucun signe de mage. »

-«Bien, je veux être informé de chaque développement. Et à propos de votre mission secondaire ? »

-«Les canons à pression peuvent passer à travers des boucliers d’énergie. Pour un adversaire non-averti, même très entraîné, les jambes-tornades sont presque imparables. »

-«Vous ferez un rapport complet au département de recherche approprié. Et l’assassin ? »

-«Éliminé. Cadavre détruit. Aucune preuve.»

Cette voix monocorde et quasiment sortie d’un gramophone était dérangeante, même pour un militaire peu habitué à exprimer ses sentiments comme le colonel. Il y avait cette constante impression d’être face à une machine désincarnée, une chose créée uniquement pour servir, sans se poser de question ni éprouver de sentiments. Ce trait était apparu après la pose de ses quatre prothèses, les scientifiques avaient d’abord cru à une folie de faible niveau, mais il semblait parfaitement sain d’esprit. Peut-être n’était-ce qu’un masque…

-«Transmettez les ordres aux unités Légionnaire et Renaissance : je veux un rapport sur la situation chaque semaine, les menaces peuvent être abattues uniquement sur mon ordre. La Milice ne doit rien savoir, l’échec ne sera pas toléré.»

Le sergent salua et, quand on lui en intima l’ordre, reparti, avec ses étranges tics de mouvements dû aux lourdes prothèses.
Henry soupira et reprit un verre de vin ainsi qu’un nouveau cigare. Süns le regarda avec son air de chien battu qui veut obtenir des caresses, ce que le colonel lui offrit bien volontiers.



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Les jours s’écoulèrent dans l’attente fiévreuse de l’événement. Les commandes et les ordres pleuvaient à toutes les strates de l’armée Rathramaises alors que la nouvelle année approchait. Le gouverneur Polan multipliait les déclarations sur les liens entre l’armée et l’administration civile pendant que le primo-gouverneur Mareno déclamait à qui voulait l’entendre que l’événement couvrirait de gloire sa glorieuse contrée.
Evidemment, à part le gouverneur de Cerka qui devait assurer un minimum
l’organisation civile de l’événement, notamment au niveau de la Milice, il n’y avait que peu d’actions des deux politiciens. Le gros du travail était fourni par l’armée elle-même, qui se pliait en quatre pour essayer d’arranger le maximum de détails dans le minimum de temps. Les différentes sections faisaient quotidiennement leur rapport et assuraient le colonel que tout serait fait dans les temps, mais que les fonds seraient plus importants que prévu. Alors Henry accordait. Qu’importait un dépassement de dépenses quand il s’agissait d’unir la patrie autour d’un idéal commun ?

En tout cas, dans le froid de Décembre, le grand jour était arrivé. Tout était prêt. En s’habillant de son costume d’honneur de colonel de Rathram, tout le symbole de sa personne, et en attachant ses médailles à son torse, Henry le sût : c’était le grand jour.
Alors que sa femme Séverine se vêtissait de la robe blanche et bleue qui devrait symboliser la ville aux côtés de son mari, le colonel se répétait le discours qu’il avait lui-même écrit. Il y abordait différents sujets mais surtout mettait l’accent sur le besoin d’une réunion des citoyens et de la lutte contre l’adversaire my’trän. De plus, il s’inquiétait de savoir si son plan allait marcher…

Alors que son épouse terminait ses derniers préparatifs, ce qui devait correspondre à encore une heure d’attente, Henry calma son inquiétude avec ses animaux préféraient qui jappaient d’inquiétude avec lui. Ces petites bêtes étaient de véritables éponges à émotions…
Quand le majordome et cocher Johan vint les chercher, Séverine était resplendissante pour son âge. Sous son air sévère de haute-bourgeoise, sa tenue mettait ses formes d’oisive en valeur et lui conférait un aspect noble. L’officier songea que, de toute façon, au prix où il avait payé cet ensemble, il pouvait bien faire ça…

Dignement, il lui tendit son bras à entremêler alors qu’ils passaient la porte pour arriver jusqu’à leur carrosse ainsi qu’à la petite escorte qui l’accompagnerait jusqu’à l’amphithéâtre où son discours aurait lieu. Il y aurait tout un rituel suivre avant d’aller au défilé proprement dit. Il eut toutefois une pensée pour ces pauvres soldats qui risquaient de l’attendre une à deux heures à cette température. Il relut une dernière fois son texte et songea que ce serait peut-être le discours le plus important de toute sa vie. Pour le rassurer, son épouse posa une main sur sa jambe et lui sourit : elle avait beau être une femme aussi autoritaire que lui, elle savait toujours comment l’aider.

La salle qu’on avait réservée pour l’occasion avait une capacité de deux milliers de personnes environ. Rien de bien folichon mais tout de même, l’endroit était suffisamment grand pour que le premier rang puisse être garni du gratin de la société militaire et médiatique et que le reste de la salle soit occupée par des artisans riches, des patrons plus ou moins aisés, des ingénieurs, etc… Tout le monde avait été contrôlé plusieurs fois par crainte d’une attaque et des soldats armés surveillaient la zone avec attention. Quelques légionnaires, cachés dans la foule, montaient la garde depuis l’intérieur.

En arrivant devant le bâtiment, des groupes de journalistes tentèrent d’arracher quelques mots au couple militaire. Les miliciens les repoussèrent sans ménagement !
A l’intérieur, dans les coulisses, des techniciens et le régisseur affirmèrent à Henry que tout était prêt et qu’on attendait plus que les gouverneurs pour faire leur discours. Le colonel eut un sourire. Il constata ensuite la présence de RA, défini comme « garde du corps » de son supérieur. Celui-ci lui dit simplement :


-« Ils ne viendront pas.»

En effet, les gens ici ne le savaient pas encore mais le train qui ramenait les deux hommes politiques à Cerka avait été brusquement arrêté en pleine brousse par un troupeau d’Erveekhei sur les voies. Voilà des semaines que les chasseurs vivants autour d’une forêt au Sud avaient été « encouragés » à pousser ces petites bêtes plus loin dans la forêt que d’habitude. Le résultat avait été atteint : une colonie s’était installée sur les rails et il faudrait bien plusieurs heures pour les dégager.

Ce n’était pas la première fois que ce genre de choses arrivait et, plus d’une fois, Henry s’était fait avoir au même piège. D’ailleurs en y réfléchissant il n’était pas impossible que quelques-uns de ses retards n’avaient pas été eux aussi des complots. Dans tous les cas, la chose était si commune, même en hiver, qu’il doutait que les compagnies de chemin de fer ne bougent le petit doigt. Dans le pire des scénarios, celui où une enquête dure serait menée, les chasseurs ne savaient rien si ce n’est qu’un paysan qu’ils ne connaissaient pas leur avait donné quelques pièces pour qu’ils fassent mieux leur travail que d’habitude. Impossible de remonter jusqu’à qui que ce soit ni même d’affirmer qu’il s’agissait d’autre chose qu’un accident bête.
Tout avait été pensé depuis des mois, avec le minimum de papier possible et le moins d’hommes, bien entendu, tout était brûlé depuis longtemps une fois que chacun avait eu ses instructions.

Patient, Henry laissa passer une bonne heure et demie d’attente dans les coulisses avant de monter en scène. Qu’importe que le défilé ait du retard, il fallait que personne ne puisse penser que la chose avait été prévue tout du long.
En tout cas, quand il fût acté que le retard des politiciens était intolérable et que le public s’impatientait, le colonel négocia à la force du bras avec les conseillers et les personnalités politiques présentes pour s’imposer comme discoureur du jour, au lieu d’être le second rôle de l’ombre. En le voyant rentrer il y eut une rumeur dans la salle. Evidemment, la plupart des gens présents connaissaient son visage et sa fonction mais il ne devait pourtant pas parler aujourd’hui…

Sa femme, RA et d’autres officiers se placèrent à deux pas derrière lui et son pupitre, enfin son discours allait pouvoir commencer.


-«Bonjour à tous, heureux de vous retrouver ici.
Je dois d’abord vous informer que nous ne savons toujours pas, à l’heure actuelle, où sont les gouverneurs Mareno et Polan. La Milice est partie à leur recherche et j’ai personnellement envoyé un groupe de mes meilleurs hommes pour les retrouver. Nous espérons évidemment qu’il ne s’agit que d’un simple retard…
Je peux vous le dire, le discours que vous allez entendre devait être prononcé au début de la parade. Je comptais profiter de la présence du public pour le prononcer au nez et à la barbe de nos gouverneurs… Mais comme je ne souhaite pas que vous avoir fait attendre pour rien, je vais me permettre de le prononcer maintenant. »

Il y eut quelques rires dans la sale et Henry eut un sourire forcé. Certes, cette révélation n’allait pas forcément faire plaisir aux concernés, mais en soit il doutait que ses relations avec le primo-gouverneur puissent tomber plus bas.

-« Mes chers compatriotes.
C’est un honneur que de me tenir devant vous en cette belle journée de trente et un décembre pour célébrer à vos côté la nouvelle année et la grandeur de la nation.
Pour commencer, je voudrais vous féliciter, tous sans exception, pour votre dévouement à la patrie et à son essor. Je sais que vous avez travaillé dur cette année encore pour permettre à chacun de vivre mieux, pour renforcer la puissance de notre beau pays, pour éradiquer la détresse et apporter le bonheur à vos concitoyens.
Pour tout cela, l’Union des Nations Évoluées vous remercie et je le fais personnellement. »

Il laisse passer la première vague d’applaudissements qui suit son arrêt. Il aime donner un ton paternaliste à ses discours, ça fait toujours son effet. Mais la récréation est déjà finie, il va falloir passer à la partie dure.

-« Mais je sais que dans vos cœurs et vos têtes, le doute et la crainte demeurent. La peur de l’inconnu nous assaille, les temps sont troubles et l’obscurité est à nos portes. L’attentat de notre hôpital, lieu de vie et fraternité entre les rathramais, nous hante encore, sans parler des autres qui mériteraient pourtant autant de considération et de peine! Vous vous demandez comment se protéger des terroristes, comment assurer la sécurité de vos familles, comment assurer le futur de vos enfants.
Citoyens de Rathram et d’ailleurs, j’ai réponse à vos questions! Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin d’unité, d’ordre, de fraternité ! Vous connaissez mon opinion sur le sujet, vous savez qui je soupçonne être à l’origine de cette attaque inouïe et infâme sur nos valeurs, notre héritage et notre fierté! »

Une nouvelle rumeur parcouru la salle. Certes, les troubles qu’avait connus la ville étaient peu communs, mais de là à sous-entendre une intervention extérieure de My’trä… Cela étant, les citoyens étaient depuis longtemps habitués aux sorties extrémistes de leur colonel, aussi l’annonce ne fut pas un coup de tonnerre.

-« Je vous affirme qu’aujourd’hui encore, nos troupes se tiennent prêtes à intervenir aux côtés de la Milice en cas de nouvelles attaques. Nos soldats seront désormais entraînés à assister les forces civiles si la sécurité de notre nation s’en trouve menacée. De plus, j’annonce que je compte mettre sur pied avec l’approbation du gouvernement central des exercices pour des interventions armées sur notre territoire via nos groupes militaires. De plus, j’irai plaider en mes qualités de colonel et de citoyen de notre beau pays une mise sous surveillance constante par la Milice secondée par l’armée des principaux groupes criminels et des my’träns présents sur notre territoire.»

Des applaudissements, souvent gênés. La mise sous surveillance des étrangers et des criminels n’était pas une idée nouvelle vu qu’Henry en avait déjà fait part dans un entretien quelques années plus tôt. Par contre si certains applaudissent vivement, d’autres soupirent qu’il ait voulu transformer le défilé en tribune de propositions politiques, même si assurément les gouverneurs en auraient fait de même.

-« Aussi, mes chers compatriotes ! Je vous invite maintenant à aller saluer les plus grands défenseurs de notre patrie ! Ceux qui donnent leur vie et leur force pour nous protéger tous : notre glorieuse armée !

Vive Cerka, vive Rathram et vive Daënastre !»


Cette fois les applaudissements sont plus vifs alors que le colonel quitte la scène pour se rendre jusqu’à l’artère principale en contrebas saluer les officiers supérieurs. Les applaudissements n’ont pas été aussi forts qu’il l’eut voulu mais ce n’était pas l’important. Avec ce discours il avait rappelé au public qu’il existait et que sa carrière politique était toujours d’actualité malgré son poste de fonctionnariat. Les éléments les plus pro-militaristes auraient de quoi parler et la presse moins favorable à ses idées n’aurait rien de concret à lui reprocher. Tout était parfait. Descendant du pupitre, un aide-de-camp vint le chercher pour lui dire qu’un télégramme urgent avait été reçu, il informait la situation des deux gouverneurs, coincés dans le train à quelques heures de Cerka. Avec un air soucieux et concerné, Henry ordonna qu’on envoie un aéronef les chercher immédiatement. Intérieurement il songea qu’avec un peu de chance ils en auraient pour deux ou trois heures encore…

Prenant le bras de sa femme, il entra dans son carrosse personnel et se laissa guider par le cocher jusqu’au début du défilé. Pléthore de commandants et capitaines l’attendaient. Les uns après les autres ils se mirent au garde-à-vous, serrèrent sa main et lui dirent quelques mots sur leur fierté d’être là. Très protocolaire en réalité, mais important pour l’image de marque. Son fils était là aussi, Michaël Farstadt, capitaine, mais Henry ne lui donna pas meilleur traitement qu’aux autres. Bien sûr, les journalistes tentaient de passer les cordons de sécurité pour demander à Farstadt ce qu’il savait à propos de l’attentat et de l’implication des mages dans le complot.
Une fois que tout le monde fût salué, on l’amena jusqu’à la tribune qui se trouvait sur la Grand-Place. Là, RA l’attendait déjà, sourire aux lèvres, ce qui était rare. Son air renfrogné habituel avait laissé place à une joie enfantine. Il avoua au colonel qui passait à côté de lui qu’un mercenaire avait été arrêté et qu’on le soupçonnait d’avoir voulu attaquer le défilé…

En tout cas, la parade commençait. Dans toute la ville résonna les pas des soldats, dans les airs les premiers aéronefs faisaient leur apparition. Des milliers de pas frappaient le sol à l’unisson sous les accords de l’hymne de Rathram.
La foule était immense, des acclamations de joie et des applaudissements retentissaient çà et là, à d’autres endroits on chantait l’hymne à l’unisson ou on l’accompagnait en frappant en rythme dans ses mains. Malgré le froid qui s’abattait sur la ville, il semblait bien que tout le monde se soit décidé à venir admirer l’armée dans toute sa gloire.
Arrivés devant la tribune, les soldats saluaient un Henry constamment au garde-à-vous, qui observait avec fierté ces hommes qui, peut-être demain, donneraient jusqu’au plus grand des sacrifices sur une terre étrangère.

C’est en voyant ces milliers d’hommes et de femmes amassés avec leurs parents et leurs enfants que la flamme du colonel se raviva : pour tous leur assurer un meilleur avenir, My’trä devait tomber, quel qu’en soit le prix.

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Katharina Strauss
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Mer 6 Déc - 1:54
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“Le propre du militaire est le sale du civil.”
- Boris Vian


Les secondes semblent rythmées par l'écho des rangées de militaires défilant au pas dans les rues de Cerka. Le coeur de l'adolescente, quant à lui, semble battre encore plus vite. Elle n'est guère à l'aise dans cette foule dense et qui semble en grande partie acquise à un spectacle qui n'a pourtant rien de réjouissant. Les drapeaux de Rathram ou de l'UNE sont agités avec une conviction qui effraie Katharina. Il en va pour les cris qui trahissent fierté ou confiance et qui s'élèvent puissamment vers les cieux, tels un message d'avertissement adressés aux  dieux qui sont vénérés de l'autre côté de l'océan. Les entendent-ils?

L'étudiante masse nerveusement ses doigts comme pour calmer l'appréhension qui s'empare d'elle. Elle a longuement hésité avant de venir jusqu'ici. Davantage encore avant de se décider à faire ce qu'elle est sur le point de faire. Elle regrette profondément de ne pas pouvoir être en compagnie de son père pour fêter la fin d'une année et accueillir la suivante. Tout comme elle regrette d'avoir quitté la demeure de Ludwig sans même le prévenir de ses intentions. Comment prendra-t-il la chose? Est-ce que cela changera la façon dont il la regarde? C'est sa plus grande crainte...

Et pourtant il y a cette force en elle qui lui commande de ne pas vaciller, de poursuivre sur une voie qui lui semble aussi naturelle que nécessaire. A-t-elle tort? A-t-elle raison? Est-ce important? Que l'on questionne ou non son instinct, il n'est pas si aisé de l'ignorer. Katharina ne sait pas si elle agit bien. Mais elle est certaine que ce qu'elle fait est juste. Et, dans le fond, n'est-ce pas la seule chose qui importe? Doit-on nécessairement disposer d'une autre raison que celle du cœur pour agir? Là encore, elle espère que Ludwig comprendra qu'elle ne cherche pas à faire du tort mais simplement à suivre sa conscience...

Elle lève les yeux vers les aéronefs qui survolent en formation l'artère dans laquelle elle se trouve et s'émerveille un instant de la majestueuse puissance de ces engins. Puis elle distingue les armes dont ils sont hérissées et le spectacle perd de son attrait. Un parfait exemple du gâchis orchestré par l'armée. Ces armes pourraient servir à resserrer les liens entre Daënastre et My'trä, être les traits d'union entre deux cultures qui gagneraient à se connaître mais que certains s'obstinent à garder opposées. Elle baisse tristement le regard et se perd un instant dans les regrets. Puis un léger coup de coude dans son flanc la ramène à une réalité qui ne lui a jamais vraiment convenue.

L'adolescente pose alors les yeux sur l'un de ses camarades et sur ceux qui se tiennent à ses côtés. Des hommes, des femmes, affirmés ou en devenir. Tous unis par leur haine de la guerre et la conviction qu'il existe une autre alternative pour Daënastre. Elle peut lire de la détermination dans les regards qui lui répondent. Tout comme elle, ils connaissent les risques. Et tout comme elle, ils s'en moquent, convaincus de servir une cause qui dépasse les individus qu'ils sont. Ce constat arrache un sourire reconnaissant à Katharina qui leur répond par un signe de tête affirmatif. Le signal!

Elle soulève alors à moitié les plis de sa robe et leur libère l'accès aux écriteaux qui s'y cachent. Puis la dizaine de protestataires se ruent au centre de l'artère. Deux ou trois d'entres eux sont interpellés au moment même où ils sortent de la masse des spectateurs et plaqués au sol sans le moindre ménagement. La jeune Strauss, de son côté, à la chance d'échapper à cette première vague d'arrestations musclées et peut se glisser entre deux régiments qui défilent. Elle brandit alors une pancarte vantant les mérites de la compréhension mutuelle entre les technophiles et les Enfants des Architectes.

Elle ne dit pas le moindre mot. C'est en silence qu'elle brandit son écriteau sous l'oeil avisé des journalistes. De puissants flash l'aveuglent à moitié tandis que le magnésium qui les produit brûle en un éclair. Elle est ensuite entourée par deux rangées de soldats qui continuent de défiler à ses côtés. Elle perçoit le mépris ou la surprise dans les regards qu'ils posent sur elle. Mais puisqu'elle ne s'oppose pas directement à leur progression et se contente de meubler l'espace entre la colonne armée, ils se contentent de poursuivre dans une discipline absolue.

Elle comprend les raisons de ce stoïcisme lorsqu'un coup violent dans son dos la projette au sol, lui coupant instantanément le souffle. L'adolescente lâche son écriteau et se retrouve à observer les bottes qui défilent à hauteur de ses yeux. Elle a l'impression se noyer dans un océan de militaires imperturbables. Indifférents. Elle tente de reprendre son souffle mais l'air semble longuement refuser de rentrer dans ses poumons. Elle se force malgré tout à se relever puis remarque que ses camarades protestataires sont également au sol. Les coups pleuvent sur les rares parmi eux qui sont encore debout. Elle espérait qu'ils auraient plus de temps...

Le garde de l'adolescente se pose sur le Colonel Farstadt situé dans les tribunes, un peu plus loin. Elle observe quelques secondes l'hommes régulièrement caché par les militaires qui continuent de défiler à côté d'elle. Et lorsqu'elle se retourne, encore sonnée par le coup qu'elle a reçue, c'est pour faire la rencontre - fort désagréable - avec une la crosse d'une arme qui s'écrase contre sa tempe. Elle a vaguement conscience du sang qui perle immédiatement au niveau de son arcade avant de couler avec fluidité le long de sa joue. Et elle ne ressent pas vraiment le choc violent consécutif à sa chute sur le sol.

La dernière chose qu'elle perçoit réellement avant de sombrer dans l'inconscience, ce sont les cris violents des spectateurs. Et ceux, minoritaires, qui semblent s'insurger contre la violence de la répression. De quoi lui arracher un vague sourire qui s'efface bien vite au profit du néant...



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Invité
Mer 6 Déc - 21:20
Dire que l’annonce du défilé avait provoqué une grande panique serait un doux euphémisme. Il n’y avait pas de crainte du coup d’État, en UNE, mais ce n’est pas parce que la classe politique, notamment le gouverneur Polan et le primo-gouverneur Mareno, qui pourtant seraient les premiers à avoir la tête qui roulerait au sol, ne montrait aucun signe d’inquiétude que ce n’était pas le cas de l’armée.
    L’armée, elle flippait. En urgence, et en secret, on avait ordonné la mobilisation aux alentours de Cerka de toutes les troupes à proximité, pour intervenir rapidement et fournir des rapports détaillés.
    Comme Yssaé était de retour de patrouille dans les eaux séparant le continent d’Aildor, c’est tout naturellement que les bâtiments sous son commandement furent expressément ordonnés de se rendre dans la rade de Cerka.
    Mais Yssaé ne croyait pas que montrer sa flotte – et surtout son faible nombre, qui n’aurait rien pu faire en cas de réel coup d’État – était une tactique judicieuse. Aussi, elle fut éparpillée au large et dans quelques criques visitées seulement par des pêcheurs. Tous les navires restaient naturellement à portée de communication, formant ainsi une sorte de vaste croissant encerclait le port au large et pouvait ainsi contrôler les allées et venues. Le savoir, c’est le pouvoir, répétait souvent Yssaé a ses lieutenants. Qui étaient d’une ignorance crasse mais d’une fidélité sans borne.

    Désirant avoir un pied à terre pour ainsi contrôler au mieux ce qui allait ce passer, Yssaé déploya plusieurs de ses soldats, en tenue civile, un peu partout dans la ville. Assez vite, un réseau d’observateurs se forma, pouvant certes contrôler le défilé, mais surtout ce qu’il cachait. Tout l’art du magicien est de capter l’attention par force de pirouettes à un endroit pour faire ses manigances à un autre. Et comme Yssaé avait la sale habitude de faire son travail bien, l’éventualité que Farstadt préparait réellement un sale coup fut au cœur de ses préoccupations tactiques.
    Pourtant, de son avis, le colonel n’était pas quelqu’un qui pourrait réellement commettre un tel acte. Ce serait une folie imbécile, déjà, et Henry était un patriote, donc au pire, il prévoyait un grand ménage des institutions locales pour les tailler dans un bois plus belliciste. Et comment Yssaé aurait pu s’opposer à cela ? Au contraire, s’il s’avérait que là était son plan, il faudrait soutenir au mieux et au plus vite son supérieur. Pour le bien de la nation, naturellement, mais aussi pour son propre avancement.

    La toile était tissée. Un de ses fils produisit une résonance inhabituelle. Yssaé se terrait dans les cales d’un bateau faussement civil amarré au port, dont une des pièces de la cale était aménagé en bureau. Il avait le double avantage d’être fort discret et fort pratique. Un de ses agents toqua à la porte.
    « Entrez, ma chère. On est en mission, pas de protocolâdreries superflues.
    – Pardon. Il y a une sorte de manifestation pacifiste qui se prépare. Je crois qu’elle va tenter d’interrompre le défilé. Ils sont trop peu nombreux, cependant. On les a repéré il y a vingt minutes, ils planqu…
    – Passez directement à la partie où j’en aurai quelque chose à foutre.
    – Euh, oui, pardon. Je crois qu’il y a une certaine Katharina Strauss parmi eux. Ce nom me dit quelque chose, alors…
    – Pardon ? Strauss ? Ah. Oh. Uh. Ouh. Il y a des policiers municipaux dans le coin pour la sécurité ?
    – Oui. Dont… Trois-quatre de corrompus par nous et qui nous aident à surveiller.
    – Excellent. Choppez-moi cette petite, les autres manifestants je m’en tamponne. Ramenez-là ici avec toutes les exigences de discrétion que ça comporte. Donc oui, assommez-là, pas envie qu’elle braille à l’enlèvement sur tous les toits. »
    Yssaé avait spécifiquement ordonné qu’on ne devait pas faire le salut protocolaire en se présentant et en quittant la pièce, pour gagner du temps. Aussi, le soldat partit en vitesse, laissant Yssaé jubiler comme une gamine à son anniversaire.

    Net, précis, sans bavure. Katharina Strauss fut emmenée sur le bateau amarré. Quand elle se réveillé, elle était dans la cale, assise devant une table, menottée. Il y avait comme seuls autres agréments dans cette sombre pièce une bougie, une bouteille d’eau et des petits biscuits. Des rations militaires, donc durs comme la pierre, naturellement. Dans un coin, le corps caché par l’obscurité, Yssaé en grignotait un. Katharina commença à émerger de son hébétude.
    « J’adore ça. Ces biscuits de merde. Pas tellement pour le goût. Plutôt pour les souvenirs de jeunesse que ça charrie avec soi.

    Mademoiselle Katharina… Strauss… Vous me voyez dans l’obligation d’utiliser un lieu commun pour commencer notre discussion, mais, vous avez un nom qu’il n’est pas aisé de porter. C’est grâce à lui que vous êtes ici, et pas en garde à vue avec deux ivrognes et un tire-laine.

    Vous allez bien ? Ne vous offusquez pas pour les menottes. N’y voyez là qu’un symbole de la position dans laquelle je me trouve, et de celle dans laquelle vous vous trouvez. Je peux les enlever, si elles vous
incommodent. »

    Si Katharina pouvait identifier d’où venait la voix, et son timbre doux et chaleureux, presque maternel, elle ne pouvait en revanche pas deviner à qui elle avait affaire.

Katharina Strauss
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Jeu 7 Déc - 6:10
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“L’avenir est inconnu et source d’inquiétude: seuls les condamnés à mort sont rassurés.”
- Francis Duponchelle


Il lui faut de longues secondes pour se remémorer les événements l'ayant conduite dans cet endroit qu'elle ne connaît pas. Peut-être tout autant pour s'habituer à la clarté pourtant bien relative de la bougie qui représente la seule source de luminosité en ces lieux. Luminosité néanmoins plus que suffisante pour éveiller un violent mal de crâne. Elle remarque d'ailleurs qu'on l'a menottée tandis qu'elle lève les mains pour effleurer du bout des doigts le pansement qui recouvre la tempe que la crosse a percutée. Le seul souvenir du choc lui arrache une grimace qui se couple à un frisson désagréable.

Sa vision, quant à elle, s'affine peu à peu. Elle avise alors avec envie la bouteille d'eau qui semble narguer sa gorge desséchée. Elle fait en revanche plus aisément abstraction des biscuits. Peut-être est-ce là le luxe de ceux qui n'ont pas à endurer la moindre privation alimentaire? Toujours est-il qu'une voix surgit des ténèbres, la faisant sursauter. Elle écoute avec toute la concentration que son esprit embrumé le lui permet les propos tenus tout en cherchant à percer la muraille d'obscurité qui cache l'identité de celui qui les prononce.

Elle savait que ce genre de situation pouvait arriver. C'était un risque qu'elle était malgré tout disposée à prendre. Mais la théorie et la pratique, s'il s'agit de termes que l'on aime souvent associer, n'ont pourtant pas grand chose en commun. L'adolescente en fait ainsi l'amère constatation. Quant à cette voix qui est pourtant caractérisée par un timbre bienveillant, elle ne fait qu'accentuer le malaise provoqué par cette situation inconnue. N'est-ce pas, d'ailleurs, le but recherché par l'homme qui se trouve avec elle?

Elle envisage un instant l'offre qu'on vient de lui faire: retirer ses menottes. La sensation d'être ainsi privée d'une part de sa liberté est naturellement déplaisante. Son instinct lui souffle d'accepter ce qui semble être une généreuse proposition. Mais elle doute que ses compagnons aient droit au moindre traitement de faveur. Postulat qui a d'ailleurs été confirmé quelques instants plus tôt par l'inconnu qui se tient derrière cette muraille insondable de noirceur. Peut-elle décemment accepter?
"Elles m'incommodent moins que l'idée d'avoir droit à un traitement de faveur." répond-t-elle finalement.
Elle les gardera. Même si elle pressent que c'est probablement l'une des seules marques de considération qu'elle recevra. Si elle doit à son nom ce relatif traitement de faveur, ce dernier ne semble cependant pas l'exempter de cette désagréable situation. Elle ne semble ainsi pas pouvoir compter sur l'influence de son père. Pas entièrement, du moins... Partagée entre l'appréhension de l'avenir et la surprise d'une telle mise en scène, elle garde encore quelques instants le silence. Après s'être jetée volontairement dans les ennuis, voilà qu'il s'agit maintenant de trouver un moyen de s'en échapper. L'ironie de la chose ne lui échappe évidemment pas...
"Il semblerait que nous soyons ainsi tout deux les acteurs d'une pièce de théâtre dans laquelle nous sommes désormais obligés de jouer..." ajoute-t-elle laconiquement. "Soyez assuré que je regrette l'inconfortable position dans laquelle je vous ai mis!"
Il n'y a pas la moindre trace d'ironie dans ces propos. Simplement de l'honnêteté. L'inconnu ne lui a-t-il pas fait comprendre que tout ceci est indépendant de sa volonté. Il ne fait probablement rien d'autre que suivre les ordres. Si elle est captive de ses liens, il est prisonnier de la chaîne de commandement. Le clou peut-il décemment en vouloir au marteau qui l'écrase plutôt qu'à la main que le manie? Katharina soupire et baisse les yeux, tentant de faire abstraction des coups de butoirs qui assaillent son crâne.
"J'imagine que mes avocats auront de la peine à me trouver dans un endroit comme celui-ci, hein?" souffle-t-elle, un pauvre sourire au coin des lèvres. "À quoi dois-je m'attendre?"
Ou, plutôt, que doit-elle craindre?



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Invité
Jeu 7 Déc - 13:51
    Katharina ne pouvait pas le voir, mais Yssaé souriait de toutes ses dents, ce qui aurait presque pu faire peur. Qu’elle ne veuille pas retirer les menottes montrait ainsi sa solidarité avec les siens. Et un individu solidaire est plus propice à se faire manipuler, car il suffit de se servir dudit groupe. Et quoi de plus aisé à manipuler qu’une bande d’adolescents urbains, aisés et pacifistes ?
    « Une pièce de théâtre… Allons, ne soyez pas si baroque. »
    Elle semble avoir de la compassion pour Yssaé. Adorable. Peut-on être aveugle à la menace au point de ne pas la voir quand elle est littéralement devant soi ? Remarque superflue ; elle souhaite voir le rapprochement entre les deux irrémédiables irréconciliables.

    Néanmoins, elle ferait un pion de qualité supérieure.
    « Vous êtes très charmante, de vous inquiéter de moi. Laissez-moi vous exposer le rapport de force, vous comprendrez mieux mes intentions, et votre position ici. »
    Cela ne risquait pas d’arriver, du moins pas dans son fond réel, mais les meilleurs mensonges sont simplement la vérité, moins des détails techniques insignifiants.
    « Comme vous, je me méfie fortement des actes de notre ami commun Farstadt, pour ainsi dire. Ne croyez pas que l’armée est un bloc monolithique et uni qui n’a qu’une seule pensée. Vous n’avez pas le monopole de la peur de la guerre. Loin de là. Après tout, nous sommes tous les deux, j’imagine, de grands patriotes : rien ne compte plus que l’intérêt de notre noble UNE, et la sauvegarde de ses citoyens. J’ai pu vous récupérer vous, et pas vos amis qui doivent croupir dans quelque cellule de commissariat, parce que je ne pouvais pas faire plus. »
    C’était faux, naturellement. Si telle était sa volonté, tous les manifestants auraient été mis en sécurité quelque part ; ou balancés dans la rade avec des chaussures de pierre. Mais comme aucune de ces deux suggestions ne plaisait à Yssaé, le compromis d’une nuit au trou avait retenu son attention.
    « Donc oui, vous devez votre présence ici à votre nom. Je sens que cela vous répugne, d’avoir ainsi un traitement de faveur. Mais c’est ainsi. Et non, vous ne me mettez pas dans une situation inconfortable… Bien au contraire… »
    C’était peu dire ; Yssaé déployait une énergie folle pour ne pas se mettre à glousser comme un gosse qui arrache les ailes d’une mouche.

    « Enfin bref. Je n’ai pas des capacités opérationnelles illimitées, certes, mais vous aussi, et vous le savez autant que moi : le savoir est le pouvoir. Je pense que nous pourrons nous entendre. Vous pourriez avoir envie de savoir ce que je sais, et moi ce que vous savez. »
    Sans s’en rendre compte, sa voix était passée de celle maternelle d’une personne attentionnée et soucieuse à celle plus rigide d’un vendeur qui propose une offre. En même temps, ce n’était rien de plus que cela : une offre.

Katharina Strauss
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Lun 11 Déc - 7:03
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“La nécessité nous délivre de l’embarras du choix.”
- Vauvenargues


Elle écoute l'inconnu lui exposer plus en détail les raisons de sa présence en ces lieux et ses attentes. En réalité - et c'est étrange - elle appréhende davantage cette discussion que la douleur physique que cet homme est sûrement en mesure de lui infliger. Katharina fait de son mieux pour comprendre les intentions qui doivent probablement se cacher derrière les mots que son geôlier a employé. Mais la surprise et la crainte des prochaines minutes l'empêchent de réfléchir aussi convenablement qu'elle le voudrait. Sans parler de ce mal de crâne qui semble bien décidé à rendre les choses plus compliquées encore...

Mais le plus ennuyant est sûrement la tournure que prend cette conversation. Elle ne connait pas cette personne qui se cache dans l'ombre et ne peut donc que faire des hypothèses à son sujet. Lui, en revanche, semble parfaitement comprendre à qui il a affaire. Comment peut-elle espérer faire jeu égal avec une personne dont elle ne sait rien? Elle n'a définitivement pas l'avantage. Si le savoir est gage de pouvoir, l'incertitude est source de faiblesse. Et de défaite.
"Le patriotisme..." souffle-t-elle. "J'ai toujours pensé que ce mot perdait un peu de son éclat dans la bouche d'un militaire."
Le ton employé est celui du regret, non du reproche. Katharina sait qu'elle a encore beaucoup à apprendre de la nature humaine. Le temps est gage d'expérience et elle n'est qu'une gamine, dans le fond. Mais elle a souvent l'impression que la patriotisme sert de justificatif à la plupart des actes que la morale réprouve. Il suffit de l'invoquer pour les rendre plus acceptables. Presque nécessaires. Comme si la violence et le fait d’œuvrer pour sa nation étaient deux concepts indissociables...

Elle ne peut cependant pas reprocher grand chose à cet inconnu pour l'instant. Si la situation n'a rien de bien conviviale ou conventionnelle, elle n'oublie pas que les choses auraient pu être bien pires. Et si ça ne signifie pas pour autant qu'elle est effectivement hors de danger, elle ne peut pas non plus ignorer la possibilité que les intentions de l'homme soient louables. Plus, en tout cas, que celles de ce Farstadt dont les penchants belliqueux ne sont plus un secret pour personne.
"Je suis désolée mais vous vous trompez sur mon compte: la chose qui importe le plus à mes yeux, ce n'est pas l'intérêt de l'UNE et de ses citoyens mais celui d'Irydaë et de ses habitants." nuance-t-elle avec douceur. "De tous ses habitants..."
Elle sait que cette idée n'est pas très bien acceptée dans une nation durement éprouvée par les attentats. On l'a déjà qualifiée d'utopiste. Et parfois de traîtresse. Est-ce ce qu'elle est? Est-ce ainsi que cet homme la considérera? Simplement parce qu'elle refuse de résumer le monde aux frontières et aux nations qui le composent? L'adolescente soupire doucement. Oui, elle est peut-être une rêveuse! Mais quel mal y-a-t-il à ça? Pourquoi faut-il que ce soit toujours le rationalisme qui l'emporte? Pourquoi?
"Mais si vous cherchez à éviter une guerre alors nous n'avons pas besoin d'être semblables pour nous comprendre." ajoute-t-elle. "Quelle est la nature exacte de votre offre, Monsieur? Que pensez-vous que je sois en mesure de vous apprendre?"
Toute la question est là, dans le fond: que veut-il savoir? Katharina a peur qu'il la surestime et qu'il soit déçu en comprenant qu'elle ne pourra pas contenter sa curiosité. Que se passera-t-il alors? Aura-t-elle toujours droit à tel... égard de sa part?



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Invité
Mar 12 Déc - 22:41
Quoi qu’en dise Yssaé, le rapprochement qu’avait fait Katharina avec le théâtre n’était pas si sot, car justement, elle était bel et bien sujette à une mise en scène travaillée, qui ne manquait pas d’effets. Yssaé, restant au couvert de l’obscurité, se plaça derrière sa captive, puis avança doucement.
    « Votre naïveté honore votre jeunesse. Ne croyez pas que c’est parce que vous clamez que vous êtes leurs amis que ces bêtes à demi humaines ultra-marines le deviendront. J’ai eu l’insigne honneur d’avoir comme professeur des vétérans de la dernière guerre, et il pourraient vous entretenir comme ils nous le firent pendant de longues veillées sur la bonté d’âme de ceux qui nous voient comme des hé – ré – ti – ques. Prenez le temps de savourer chacune de ces syllabes, et de les laisser décanter sur votre langue, vous comprendrez peut-être qu’elles justifient pour eux les pires atrocités, et expliquent pour nous des atrocités… Disons, au moins aussi grandes, mais les enfants peuvent difficilement égaler leurs parents. »
    Sa tirade finit au moment où son menton arrivait au-dessus du crâne de Katharina. De dos, assise, menottée, elle était dans une telle position d’infériorité que ça en devenait furieusement malsain. Et comme de bien entendu, Yssaé s’en délectait.

    « Je souhaite moins éviter une guerre que maintenir la sécurité des miens. Si le seul moyen est l’incinération de chaque mètre carré de Mÿ’tra, dormez tranquille, mon bras ne faiblira pas et vous pourrez vous lever le lendemain sans avoir été sacrifiée, étripée et dévorée par des sauvages pour honorer quelque fausse divinité. »
    Léger rire. Ses mains frôlèrent la nuque de Katharina.
    « Mais cela n’arrivera pas. Nous n’avons pas besoin d’attaquer ces gens. Ils peuvent vivre chez eux, et nous chez nous. Pourquoi envoyer de bons soldats en Mÿ’tra alors qu’ils pourraient être avec leurs familles ? Et le meilleur moyen pour se prémunir des velléités expansionnistes de nos voisins, c’est d’être capable de se défendre correctement. Car si nous ne leur voulons aucun mal, qui dit qu’ils partageront ces nobles sentiments ?

    Enfin. Je dois vous rappeler votre père, à parler ainsi. Veuillez me pardonner. Venons-en aux faits.  Vous devez vous en douter, mais en tant que militaire, ma fonction première est de maintenir la sauvegarde de nos concitoyens. Et donc, d’identifier les menaces contre eux, et de les contrer. Farstadt en est une, mais votre père aussi. Or vous êtes toute indiquée pour les approcher tous les deux. N’ayez crainte, je ne veut aucun mal à monsieur votre père. Sinon, vous seriez déjà dans une cellule secrète en Hinaus et sujette à un interrogatoire dont je vous passe le protocole réglementaire. Car il n’y en a pas. À dire vrai, j’admire votre père. Un grand homme, qui a comme seul défaut d’être plus loyal à lui-même qu’à sa nation. »

    Consentant enfin à montrer son visage, caché jusqu’ici car le rictus presque démoniaque qui le défigurait avait pris un temps fou pour se muer en un sourire franc et avenant, Yssaé s’assit aux côtés de son hôte.
    « Je ne vous demande en vérité rien de bien compliqué. Tâchez d’avoir un contact permanent avec votre père et contentez-vous de m’informer de ses faits et gestes. Je pourrais aussi vous introduire à Henry Farstadt ; vous êtes de la même classe sociale aussi ce sera des plus aisé. En échange, je pourrais m’arranger pour protéger tous vos compagnons qui risqueraient de faire les frais de la politique militariste de notre chère UNE. Et de même, dès que vous aurez besoin de mon support, ou d’informations, je serais là. J’ai bien conscience que vous êtes bien jeune pour vous voir embarquer dans des intrigues, mais je sans que vous vous en porterez à merveille. Et je pourrais toujours vous protéger, ne serait-ce que par amitié avec votre père. »

Katharina Strauss
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Mer 13 Déc - 10:47
Irys : 159973
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“L’hypocrisie est seulement un hommage à l’intérêt.”
- Eduard Douwes Dekker


Elle frisonne. Mais cette fois-ci, ce n'est pas de peur. La colère. Une sensation bien étrange qu'elle n'a ressenti que rarement. Et pourtant il n'y pas de doute: c'est bien ce sentiment qui prédomine tandis que l'inconnu lui expose ses attentes et sa vision du monde. Elle serre les dents et ferme les yeux, tentant d'ignorer cette manifestation naturelle de désapprobation. Des mots qui n'ont rien de convenable lui brûlent les lèvres. Et ses poings se resserrent si fort que ses doigts en tremblent.

Il lui faut de longues secondes avant d'être capable de retrouver le calme nécessaire à une conversation. Elle ne les met pas à profit pour peser le pour et le contre de cette offre qu'elle est fermement résolue à refuser fermement. Mais bien pour se détacher d'une colère qui ne peut être que mauvaise conseillère. Et lorsqu'elle s'efface peu à peu, c'est au profit d'une forme de pitié pour cet homme qui ne semble pas avoir le moindre principe. Il se revendique militaire mais réussit pourtant l'exploit de faire honte à l'uniforme qu'il doit sans doute porter...
"Dites-moi, Monsieur..." reprend-t-elle finalement, la voix plus tremblante qu'elle l'aurait souhaité. "Comment les my'träns pourraient-ils considérer avec bienveillance un peuple qui a décidé de les envahir? Ils ont le droit d'avoir le rancœur à notre égard. Peut-être même le devoir!"
Cette propension a accuser les my'träns de tout et n'importe quoi est parfaitement irritante. Mais leur donner le mauvais rôle dans une guerre dont ils ont été les principales victimes relève de la mauvaise fois la plus nauséabonde. Si un peuple est coupable, ce n'est certainement pas le leur. Et si un peuple doit s'excuser, c'est de ce côté-ci de la mer qu'il se trouve. L'argumentation boiteuse de son geôlier pourrait être risible si seulement elle ne semblait pas emplie de convictions.

Elle se souvient encore du contact de cette main dans sa nuque. Elle se sent souillée. Mais aussi et surtout impuissante. La seule chose qu'elle souhaite davantage que sa liberté, c'est peut-être l'occasion de pouvoir confronter du regard l'inconnu qui semble la considérer comme un jouet. Et qui s'imagine qu'elle est une poupée écervelée prête à gober ce qu'il dit sans le moindre esprit critique. Oui, décidément ils n'ont pas grand chose en commun...
"Les seules velléités expansionnistes sont de notre fait, non du leur!" rappelle-t-elle. "À moins que les cours d'histoire de mon précepteur aient été incomplets, je ne crois pas me souvenir d'une quelconque tentative d'invasion de la part des Enfants des Architectes! Avez-vous seulement des preuves de ce que vous avancez ou vous contentez-vous de les accuser avec l'aisance qui sied tant à ceux qui cherchent des boucs émissaires?
Si elle ne ferme pas totalement la porte à l'idée que My'trä cherche effectivement à raser Daënastre, elle n'est pas prête à croire sur parole un homme qui semble se complaire dans l'anonymat. Il est vrai qu'elle ne sait pas grand chose de la vie et qu'elle n'a pas eu l'occasion de côtoyer autant de gens qu'elle l'aurait souhaité. Jusqu'à peu de temps, elle était encore coupée du monde. Mais les livres sont instructifs. Et ils ne l'ont pas laissée aussi dépourvue de bon sens que cet inconnu semble le croire.
"Quant au fait d'espionner mon père pour votre compte, c'est tout simplement non!" ajoute-t-elle sur un ton catégorique. "Si c'est ainsi que sa manifeste l'amitié que vous dites avoir pour lui, je crois qu'il pourrait aisément s'en passer. Tout comme je m'en passerai!"
Comment peut-il allier avant tant d'insolence un concept tel que l'amitié avec le fait d'espionner la personne qui est sensée en jouir. Comment ose-t-il arguer que son père n'est pas un patriote alors qu'elle est convaincue du contraire? Ce n'est pas un salissant l'honneur d'un homme aussi formidable que Ludwig qu'il parviendra à obtenir l'aide de l'adolescente. Et tant pis si cette dernière doit en retour faire une croix sur celle de cet inconnu qui ne lui inspire décidément pas confiance. Et presque de la pitié...
"Je sais que vous avez les moyens de me pourrir la vie. Peut-être même de me l'enlever!" achève-t-elle, faisant preuve d'une lucidité qui relève pourtant de l'évidence. "Mais de nous deux, vous êtes sûrement celui qui est le plus à plaindre..."
Même s'ils ne seront probablement pas salvateurs, Katharina a des principes. Peut-il en dire autant?



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Invité
Sam 16 Déc - 0:56
Une micro-expression parcourut le visage d’Yssaé l’espace d’un instant. Son sourire qui tentait autant que faire se peut de rester amical s’élargit et dessina des rides de pure, violente et furieuse méchanceté. Peut-être que Katharina avait-elle relevé cet instant très fugace, où Yssaé avait voulu la tuer, là, tout de suite.
    « Hé hé hé… Soit. Vous savez quoi ? On va dire que – »
    Le dialogue fut interrompu par quelqu’un qui toquait à la porte. S’il se le permettait, c’est que ça devait être important. Yssaé se leva – ce qui est inusuel et fort peu protocolaire ; ce sont les messagers qui doivent venir et non l’inverse – et glissa sa tête dans la porte à peine entrouverte. On discuta à voix basse.
    « M’okay. Bon, vous connaissez la procédure d’extraction et ce qui s’en suit. »

    Et sans dire au revoir à Katharina, ni même la regarder, Yssaé partit, s’étant trouver un nouveau jouet à manipuler dans tous les sens.
    Le messager haussa les épaules, quitta le champ de vision de Katharina un instant puis revint avec un mouchoir imbibé de somnifère. Sans aucune espèce de ménagement, il plaça le tissu sur le visage de la captive presque jusqu’à l’étouffer, puis quand elle ne fut plus qu’un corps inerte, il la prit sur son dos.
    Elle devait se réveiller deux heures plus tard, dans une chambre d’hôtel, à Cerka, payée pour une nuit. Un petit mot était présent dans la pièce : « Sans rancune. J’avais autre chose de plus important à faire. Bisou. » Et naturellement, un espion qui la suivrait partout à la trace était en train de lire un journal dans le salon de l’entrée. Yssaé n’avait pas le temps de la retourner comme une chaussette pour en faire son pion docile, alors plutôt que d’être une espionne volontaire, elle serait une espionne involontaire. Après ce coup de pression, il serait étonnant qu’elle n’entre pas en contact avec son père. Et donc qu’elle signale sa position. Le reste ne serait plus qu’une question de temps.

    Le départ précipité d’Yssaé avait surtout eu lieu car l’attraction principale de la journée, Henry Farstadt pour ne pas le nommer, avait pu être rendu accessible. Un des officiers présents dans la tribune avait pu être joignable, et convaincu, par des échanges de plis discrets, qu’il se chargerait d’introduire le commandant auprès du colonel.
    La parade avait fini de battre son son plein, sans le moindre incident, Yssaé y avait veillé, quand ses pieds foulèrent enfin le parquet de l’estrade. Maintenant que le réseau de surveillance était en place, et que tout indiquait que cet événement ne finirait pas en coup d’État, le colonel devenait une personne des plus fréquentable.

    « Colonel Farstadt ? J’aimerais vous présenter une personne qui m’est chère… »
    C’était plutôt ce capitaine d’infanterie qui avait été cher à Yssaé. Mais au moins il savait bien mentir.
    « Je vous laisse seuls, je sens que vous allez beaucoup vous apprécier. »
    Yssaé avait enfilé son plus bel uniforme, soigné son visage et mis du parfum sobre mais agréable avant de venir.
    « Colonel, c’est un honneur. Je me présente ; commandant Yssaé. Vous nous offrez là un spectacle ravissant et fort à propos. Espérons qu’il éveillera la conscience populaire. »
    Outre ces salamalecs, il était évident, de part son introduction mais aussi par son ton complaisant quoique pressé qu’Yssaé n’était pas ici pour simplement passer de la pommade, mais aussi pour parler affaires.
    « J’espère que je ne vous dérange pas. »
    Et cette seule phrase indiquait que la discussion allait être plus que du badinage protocolaire.

Henry Farstadt
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Mer 27 Déc - 14:01
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Profession : Colonel en chef de Rathram / Haut-fonctionnaire
Daënar +3 ~ Rathram (homme)
Ils étaient beaux, tous, dans leurs rutilants habits de parade. C'était une rivière ininterrompue de fusils pointés vers le ciel et de tonnerres d'applaudissements pour les célèbres compagnies qui défilaient. Là, la 3ème division qui s'était couverte de gloire à la bataille des Monts, ici, la 5ème division d'artillerie qui avait défendue avec audace et efficacité Fort Chabrol, là-encore, acclamée par le public, la 22ème division d'infanterie, les célèbres Survivants des Plaines. Ils avaient reçu ce titre et des armoiries adaptées sur leur blason en tenant pendant 26 jours contre une horde deux fois plus nombreuses de mages de Süns et de Delkhii, permettant à la 2ème armée d'opérer un repli stratégique réussi. Mieux encore, ils avaient, à la faveur de la nuit, réussi à détruire les réserves de nourriture des mages, leur permettant ainsi de s'échapper sans être poursuivi.

Henry eut une larme en y repensant. Cette 2ème armée, il en avait fait partie, en tant que commandant. C'était grâce à eux qu'il avait réussi à s'enfuir et à rejoindre les côtes pour organiser la riposte. Malheureusement, ce maudit assassin l'avait refroidi peu après...

Le défilé s'éternisa quelque peu sur la fin, lorsque le dernier millier d'hommes passa. Dans l'ensemble, tout s'était bien passé. Bien sûr, au début il y avait eu quelques débordements, sans doute ces "pacifistes", ces traîtres qui désiraient la paix entre les peuples, mais rien que quelques coups de matraque et de crosse ne sussent arrêter.
Malgré le froid, la foule était heureuse et les soldats avaient le sourire aux lèvres. Les festivités pour le Nouvel An commenceraient dans moins de deux heures et les premières notes de musique civile se répercutaient déjà sur les hautes tours de Cerka. Un peu ankylosé dans sa position, Henry fût assez ravi de voir enfin les derniers soldats et les derniers saluts. La foule quittait lentement la place, dans le calme et l'ordre assurés par la Milice.

Enchanté de l'expérience, Henry prit le bras de sa femme et hocha la tête vers RA pour lui indiquer qu'il allait partir. Les officiels militaires et civils faisaient de même et chacun repartait vers sa voiture pour aller à la réception organisée le soir-même chez les Farstadt. Le colonel priait toutefois pour que les domestiques n'aient pas oublié d'attacher Möchlög et Süns dans le grenier, au risque de les voir démolir le mobilier.

L'officier supérieur fût toutefois interrompu par le capitaine Lopuits, accompagné d'une étrange personne qu'il lui présenta. RA, derrière Henry, renifla, il n'appréciait pas qu'on importune son VIP, il laissa couler cependant. La dite-personne se présenta comme le commandant Yssaë. Ce nom n'était pas celui d'un de ses subordonnés directs, aussi Farstadt répliqua:


-"J'aimerais vous donner le salut que vous méritez, mais je ne crois pas savoir à quelle région vous appartenez, commandant."

Il sentit RA qui posait déjà une main sur son revolver, flairant un piège. Henry lui intima d'un regard noir d'arrêter. Pas de bain de sang ici, surtout pour de telles bêtises.

-"Mais je ne vais pas me montrer grincheux. Nous sommes en un jour de liesse où le pardon est primordial et le patriotisme, la clé. Je peux donc vous accorder un peu de temps, commandant, mais soyez bref, je suis attendu."

Autour d'eux la foule commençait à s'éclaircir et Henry laissa sa femme rejoindre leur cocher. Il préférait la laisser en dehors des discussions entre militaires. RA renifla à nouveau, tout cela finirait mal, il le sentait.


Dernière édition par Henry Farstadt le Mar 2 Jan - 0:09, édité 1 fois
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Invité
Jeu 28 Déc - 21:57
RA fut accueilli, suite à sa menace à peine voilée, par un sourire épais, gras, large et suintant de malveillance dont Yssaé avait le secret. Mais pas qu’il fut agressif, d’ailleurs rien dans ses gestes ne le suggérait. La distance de sécurité et de respect avec Farstadt était maintenue, aucune arme n’était visible et ses mains étaient dans son dos, absolument pas en position de combat. Non, c’était seulement pour le mettre mal à l’aise.
    Mais au demeurant, Yssaé se montrait fort prévenant, sa voix indiquait un respect sincère et son expression était des plus douce quand elles étaient adressées au colonel.
    « Pardonnez-moi. Ma région se trouve être Skingrad. Je devrais d’ailleurs y être, mais on m’a spécifiquement ordonné de me rendre à Cerka sans attendre dès qu’on sut pour votre défilé. Vous avez provoqué un amusant petit vent de panique. »
    Léger gloussement, presque enfantin. Il était clair que le ton du badinage de balade dans le parc n’était qu’un effet de style, accompagnant une volonté de camaraderie et de dé-dramatiser des événements. Après tout, l’heure était à la fête.
    « Je suis ici pour vous surveiller, à la base, je ne vous le cache pas, et je n’ai me rien tant que le travail bien fait, mais il serait impossible de ne pas soutenir votre initiative, ô combien salutaire en ces temps de ramollissement. Si on me demande ; tout c’est très bien passé. Dire qu’on a presque cru au putsch, pour les membres de l’État-major les plus impressionnables ! D’un cocasse ! »

    « Mais bref. Je tenais surtout à venir recueillir l’avis d’une personne que j’admire. Voyez-vous, je suis en contact permanent avec des organisations nationalistes qui n’oublient pas, comme certains adolescents écervelés de nos jours, que les mages ultra-marins sont un danger permanent. Ma présence parmi eux est autant un moyen de s’informer de l’opinion que de les surveiller. Et justement… Récemment, une idée fait son petit bonhomme de chemin, elle séduit, elle tente, elle éprouve la bravoure de ceux qui l’embrasse. Figurez-vous qu’un groupe de volontaires, une sorte de, mm, groupe para-militaire disons, est en train de se former et qu’il ambitionne d’aller attaquer nos voisins éloignés. Pour tester leur force. Comme je ne sais pas trop quoi en penser, je suis venu chercher conseil auprès de quelqu’un de plus expérimenté et savant. Que pensez-vous de cela ? Naturellement, tout se fera à leurs frais, et je ne transmettrais que vos conseils ou réprobations. Je trouve que des opérations de ce genre sont des preuves de patriotisme qu’il faut encourager. Qui sait, si on leur fournissait un encadrement militaire, ils pourraient même constituer des troupes d’élite, en cas de guerre. »
    C’était naturellement un immense tissu de fadaises, quoique vrai à certains moments. Juste assez.

Henry Farstadt
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Mar 2 Jan - 0:07
Irys : 165975
Profession : Colonel en chef de Rathram / Haut-fonctionnaire
Daënar +3 ~ Rathram (homme)
Devant un tel discours, surtout prononcé en plein air, bien que sur une tribune, le colonel leva un sourcil. Avec un soupir, il regarda ensuite sa montre, cherchant à se rassurer sur le retard que toutes ces âneries engendreraient. Le surveiller? Tiens donc. Certes, ses relations avec l'Etat-Major n'étaient pas toujours au beau fixe, encore que la plupart des généraux et colonels partageaient ses inquiétudes voire son antipathie à l'égard des my'träns. Par contre, le soupçonner d'un Coup d'Etat, c'était bien mal le connaître! Certes, Henry ne cachait que rarement son agacement envers la politique politicienne et le carriérisme républicain, mais frapper le pays dans ses fondations et le déstabiliser dans cette période de trouble géopolitique... Voilà qui aurait été bien hasardeux.

Et surtout, le surveiller pour le compte de qui? Venant d'un militaire il était douteux de penser que le cerveau était un officiel gouvernemental. Le colonel du Tyorum? Possible.


-"Et bien vous direz à celui qui vous envoie que s'il cherche des informations sur ma personne il peut venir me les demander en personne. Je ne suis pas une starlette que l'on épie pour quelque feuille de chou avide de ragots."

Autant la première partie l'avait vexé sans qu'il n'ose l'avouer, autant la deuxième était étonnante. Ce n'était pas la première fois, en trente-cinq ans de carrière militaire, qu'on venait le voir pour qu'il aide des groupes militaristes, mais c'était bien la première fois que quelqu'un lui déballait tout aussi facilement!

Et en réalité, ce n'était pas qu'intriguant, c'était même franchement inquiétant.


-"Qu'est-ce donc, jeune femme?"

RA jeta un regard inquiet à son supérieur dont le ton s'était fait dur. Il l'avait déjà vu plusieurs fois dans cet état et cela s'était rarement bien terminé.

-"Me prenez vous donc pour le mécène du tout-venant de Daënastre? Devrais-je m'intéresser aux premières têtes brûlées qui arrivent et qui se proclament du nationalisme envers notre glorieuse patrie? Non, par la poudre noire, rien n'est si simple!"

Fébrile d'énervement, il attrapa une pipe qu'il se fit allumer par son garde du corps. Il en tira une large bouffée.

-"Des troupes d'élite venant de nationalistes, que de toupet, que d'impatience! Vous rendez-vous compte de ce que vous avancez? Tout cela est trop hâtif, bien trop hâtif!"

Il se souviendrait toujours des premières "brigades franches" qui étaient nées peu après la "victoire" sur les mages. Des jeunes gens, qui avaient perdu un ami, un père, un frère et qui voulaient faire payer les responsables du fiasco final, qu'ils soient daënars ou my'träns. Depuis cette époque, Henry avait appris à se méfier des nationalistes, même s'il en était un. Mal encadrés ou trop vite jugés, ils pouvaient être néfastes.
L'odeur âcre du tapé haché le ramena au présent. Il ne fallait pas oublier la véritable demande du commandant: un soutien pour former ces jeunes gens. Pourtant, tout n'était pas si clair. Pas de précision sur sa personne ni sur les concernés, aveux bien trop immédiats... Tout cela ressemblait fort à un piège de Mareno ou d'un autre pour prouver la dangerosité de Farstadt. Il fallait être prudent.


-"Malgré tout, je pense qu'en effet il faut soutenir les initiatives populaires. Parlez-moi un peu de ces... Patriotes. J'apporte mon appui à ceux qui aiment leur pays et haissent nos ennemis, mais il me faut du détail."
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