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Chroniques d'Irydaë
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 Magie blanche, froide magie (TERMINE)

Meylan Lyrétoile
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Dim 10 Déc - 11:57
Irys : 855310
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
6 février 933, sur une place du quartier commerçant de Darga

Il n’était pas inhabituel qu’en février, l’hiver recouvre Darga d’un manteau blanc.  Manteau qui n’avait d’ailleurs de ce vêtement que le nom, car, contrairement au véritable objet que cette métaphore désignait, le voile de neige qui recouvrait la capitale suhurienne refroidissait les environs plutôt que de les réchauffer.  Mais une température basse ne signifiait pas nécessairement une atmosphère froide, comme le prouvait la scène qui se déroulait en ce moment sur une des (nombreuses) places de Darga.  Encouragée par le temps froid mais clair, une troupe d’artistes occupait l’espace depuis le début de la matinée, alternant chant, danse, illusion, théâtre, et parfois un peu de tout à la fois.  Il était clair à voir leur performance qu’ils n’en étaient pas à leur coup d’essai, et ils remportaient un certain succès auprès des passants.

Même si elle faisait désormais cavalier seul la plupart du temps, Meylan avait temporairement réintégré cette troupe au sein de laquelle elle avait appris une bonne partie de son art.  Elle n’avait eu aucun mal à reprendre ses marques et à se retrouver une place dans leur programme, et elle devait bien admettre que retrouver ses amis lui plaisait énormément.

Le froid, par contre, plaisait un peu moins à la ménestrelle.  Elle portait des vêtements chauds, une écharpe et une cape en laine et même ses bottes étaient fourrées (un luxe qu’elle pouvait se permettre pour la première fois dans sa vie), mais ses mains étaient un cas désespéré.  Impossible de porter des gants quand on jouait de la lyre.  Ce qui voulait dire que, dès que vint le moment de monter sur scène pour elle, le vent mordit ses pauvres doigts avec une force vicieuse.  Bravement, elle entama sa partie tout en accompagnant la chanteuse principale de la voix également.  

Le premier chant fut difficile, mais elle s’en sortit néanmoins avec brio.  Durant le deuxième, elle eut du mal à empêcher les frissons qui menaçaient de saisir ses mains.  Mais le troisième lui infligea le coup de grâce.  Le froid l’emporta, et des tremblements de plus en plus violents agitèrent ses doigts.  Sa lyre n'était plus stable, et pincer les cordes devenait de plus en plus pénible.  Ses doigts crispés dérapaient, serraient les cordes trop fort ou pas assez…et ce qui devait arriver arrivé: une corde, probablement déjà en fin de vie, sauta.  Le son résonna comme un coup de tonnerre dans les oreilles de Meylan et lui fit oublier instantanément l’inconfort que le froid lui causait.

Heureusement pour l’unité de la représentation, un autre musicien sauta presqu’instantanément sur scène et reprit la partie de Meylan comme si de rien n’était.  Quand à elle, la ménestrelle s’éclipsa rapidement de la scène et disparut dans la petite tente où ceux qui ne jouaient pas tentaient (en vain) de se réchauffer.  Son visage défait et la manière protectrice dont elle tenait sa lyre étaient plus éloquent que n’importe quelle description de ce qui venait de se passer.  La honte d’avoir malmené sa partition n’était rien à côté de la douleur presque physique que la vue de sa lyre ainsi diminuée lui infligeait.  Plus qu’un instrument de musique, c’était sa compagne de tout les jours qui était blessée.  La valeur intrinsèque de l’objet (raisonnable, même si loin d'être nulle) n’était rien à côté de sa valeur sentimentale.  Même le nom de la ménestrelle rendait on ne peut plus clair que sa lyre était une part vitale de son identité.

"Mince, ça fait mal!  Donne-la-moi, je t’arrange ça."

Roneï, de cinq ans l’ainé de Meylan, était le seul membre de la troupe dont le talent principal n’appartenait pas aux arts du spectacle.  Néanmoins, personne au sein de leur groupe n’aurait même songé à nier sa qualité d’artiste.  Il avait un véritable don pour la fabrication d’instruments de musique: chacune de ses créations avait sa voix unique et son identité propre.  D’ailleurs, la lyre de Meylan était une de ses créations.  À peine la ménestrelle se fut-elle assise (ou plutôt laissé tomber) sur une des chaises dans la tente, que son ami se saisit de sa lyre.  Normalement, Meylan était parfaitement capable de changer elle-même les cordes de son instrument et ne laissait personne d’autre y toucher, mais Roneï, en sa qualité de créateur de la lyre, avait ce droit et l’entière confiance de Meylan.  Ca ne l’empêcha pas d’observer le moindre de ses gestes d’un oeil attentif frôlant l’inquiétude qui lui valut bientôt d’être expulsée de la tente par un Roneï un tantinet exaspéré.

Chaudement emmitouflée, Meylan sortit donc sur la place, se mêlant cette fois à la foule qui gravitait autour de l’estrade.  Elle voulait à tout prix se débarrasser de ce sentiment de malaise qui la rongeait en pensant au triste état de sa lyre, état dont elle était la seule responsable.  Heureusement pour elle, elle avait beau connaître par coeur le répertoire de ses amis, leur art ne manquait jamais de la captiver.  Elle se laissa submerger par le spectacle, dans le but très clair de noyer les sentiments désagréables qui l’habitaient.  Noyée, elle l’était aussi en quelque sorte aussi physiquement.  Ses chauds vêtements de laine, son ample cape et sa large écharpe faisaient disparaître sa frêle silhouette sous de nombreuses couches de tissus.  Même ses mains disparaissaient maintenant dans d’épais gants et commençaient à se réchauffer.



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Dernière édition par Meylan Lyrétoile le Sam 20 Oct - 12:36, édité 1 fois
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Staèl
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Ven 5 Jan - 19:11
Irys : 64992
Profession : Mage et bourreau des cœurs à ses heures perdue
My'trän +2 ~ Zagash
Tranquillement installé en terrasse d'une taverne, j'observais les vas et viens incessant des badauds et autres amateurs de débauche aux aptitudes plus que douteuses. Heureusement, le froid mordant faisait en sorte que les soiffards ne restaient guère en terrasse, froid que je ne ressentais guère pourtant vêtue de ma légère tenue de moine été comme hiver. Je vis alors un être curieux, petit, emmitoufler dans plusieurs couches consécutives de tissus des pieds à la tête. Elle essayait de se frayer un chemin dans l'amas de débauche et d'extravagance malsaine du festival

C'est alors qu'un hideux personnage l'interpella avec insistance, mettant de toute évidence la jeune femme mal alaise. Le visage rongé par l’alcoolisme et la consommation évidente de stupéfiant dont l'odeur était camouflée par un atroce manque d’hygiène suffocante.
C'est au moment où l'homme se mit à genoux que je décidas d'intervenir.
L'homme, tenant toujours sa proie avec force par les mains, se mit à chanter. Que Dalai m'en soit témoin, nul être dans ce monde ne pouvait produire son aussi horrible, que la jeune femme dut se couvrir les oreilles dans un geste désespéré pour les protéger en fut la preuve.

- Arrête se massacre immédiatement ! Ordonnais-je. Chanter n’est ni ta vocation ni même un passe-temps convenable. Si tu le nies, fais-toi faire un ausculté par un serviteur du grand Mochlog au cas où une tumeur exercerait une pression sur les centres cognitifs de ton cerveau si, toutefois, il t'en reste un.

L'homme resta abasourdi pendant quelques secondes et tout en me considérant du regard, lâcha prise sur la jeune femme.

- Pour qui qu'tu t'prend toa ?

- Moi, juste le génie de la famille Arafin, famille la plus puissante de Foreal.

- Tu croa que par-sque t'es d'bonne famille qu't'es plus intelligent ?


- Mon pauvre ignorant, il faudrait que je perde au moins 60 points de quotient intellectuel pour être classifié comme intelligent. Mais je me doute que tu es du mal à entrevoir le fossé, que dis-je le fossé, le monde qui nous sépare intellectuellement !

L'homme devint rouge de colère et dans une action portée par la haine passa à l’attaque.
Il fallut moins d'une seconde pour qu'il se retrouve projeté à terre et arrosé aspergé d'eau glacée.

- Désolé pour ce bain forcé mais ton odeur corporelle me devenais trop insupportable.

L'homme parti en courant et en grelottant.
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Meylan Lyrétoile
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Mar 16 Jan - 19:14
Irys : 855310
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
Immergée comme elle l’était dans la musique qui remplissait la place, Meylan ne remarqua pas tout de suite la scène qui se déroulait à quelques pas d’elle.  C’était une preuve de plus de l’impact que l’incident récent avait eu sur elle: en temps normal, la ménestrelle était très attentive à ce qui se passait dans ses environs directs.

Ce n’est qu’en entendant une voix assez sonore et très peu mélodieuse s’élever au point de presque couvrir celle des chanteurs sur l’estrade qu’elle tourna la tête vers le côté.  Avant qu’elle n’ait l’occasion d’intervenir, quelqu’un d’autre décida d’aller mettre fin au massacre musical.  Clairement celle qui avait jusque là reçu (sans la demander) l’attention sans partage de l’ivrogne était ravie de voir cette attention tournée vers quelqu’un d’autre.  Meylan, quant à elle, se contenta d’observer.

Si le nouvel intervenant commença plutôt bien, cette première bonne impression dérapa à une vitesse vertigineuse, et la douche glacée qu’il infligea à un homme déjà physiquement vulnérable à cause de l’alcohol dont il était imbibé fut la goutte d’eau (pas si métaphorique) qui fit déborder le vase.  Meylan avait extrêmement peu de considération pour les ivrognes.  Elle avait joué dans des tavernes qui, malheureusement, comptaient leur lot de ces énergumènes, surtout à ses débuts, et elle considérait ce genre de personnages comme une véritable plaie.  Mais il n’y avait aucune gloire à triompher verbalement face à un homme à l’esprit aussi obscurci par la boisson.  Sans compter qu’asperger l’homme par ces températures mettait sa santé en sérieux danger.  Elle aurait bien demandé s’il y avait un servant de Möchlog dans l’assistance, mais l’homme avait déjà déguerpi, à une vitesse surprenante étant donné qu’il était incapable de marcher en ligne droite.  Restait l’autre, et elle avait l’une ou l’autre chose à lui dire.

"Dites-moi, est-ce que votre intellect supérieur avait tenu compte du fait qu’en aspergeant ainsi un homme par de telles températures vous mettriez très certainement sa santé en danger?  Si oui, puis-je savoir comment vous justifiez cette décision, messire Arafin?"

Son sarcasme perçait clairement, trop clairement peut-être, dans sa voix.  Mais il faut dire que l’énervement que la récente scène lui avait causé lui donnait un répit bienvenu de ses précédentes ruminations.  En d’autres circonstances, peut-être aurait-elle été plus diplomate, qui sait?  Clairement, la jeune femme qu’Arafin avait secourue ne partageait pas l’opinion de Meylan: son air outré était presque comique tant il était sincère.  Et malgré cela elle ne prenait pas la parole, jetant un regard plein d’admiration à son sauveur, attendant quelque réplique bien placée de sa part.  Un manque d’assertivité navrant.

HRP:
 



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Songe Aubétoile
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Mar 8 Mai - 10:17
Irys : 100339
Profession : Diplomate - Enquêteur - Agent
My'trän +2 ~ Khurmag
Ah Darga ! Capitale étincelante de My'trä, siège du Conseil de la Convergence, de toutes les manœuvres politiques les plus imaginables et inavouables, immense pot, simple mais qualitatif, hébergeant un mélange culturel faisant la richesse de la Capitale et de Suhury. Théoriquement, c'était désormais ici que Songe devait vivre, récupérant ses ordres de mission à Darga même. Mais vouloir attacher, sédentariser quelqu'un se surnommant l'Arpenteur, est tout bonnement impossible. Ainsi, même la Capitale n'est qu'un lieu de passage pour lui, simple lieu où il obtiendra ses ordres. Elle n'a pas de place particulière dans son cœur, mais cela ne veut point dire qu'il ne peut pas s'extasier devant son art, sa magnificence, sa richesse culturelle. Seul Khurmarg avait une place particulière dans son cœur, seule Tarluru parvenait à le retenir un peu plus longtemps.

Revenant d'une basse taverne sans nom dans le quartier de Delhkii avec laquelle il avait échangé ses informations à un contact anonyme - son correspondant principal étant bien trop occupé pour des informations mineures - Songe se dirigeait vers le quartier de Dalai avant de s'arrêter sur une des multiples places commerçantes, portant son attention sur le spectacle qui se déroulait un peu plus loin. Haussant les épaules, il décida de s'approcher avec lenteur, à visage découvert, masquant simplement son anomalie. Bravant le froid avec suffisamment d'aise pour que cela ne paraisse pas naturel - se donner l'illusion de ne pas avoir froid était relativement simple - il écouta avec attention la jeune ménestrelle jouer de la lyre, avant de secouer de la tête d'un air navré en la voyant partir avec précipitation lorsque le froid eu raison d'elle et d'une corde de sa lyre. S'il avait été plus proche, il aurait sans doute pu arranger la situation, mais il se trouvait bien à une vingtaine de mètres de l'estrade.

Quelques minutes plus tard, Songe entendit quelque chose qui ne manquait jamais de lui arracher un sincère et honnête sourire : le chant faux et tremblant d'un ivrogne. Néanmoins, c'est avec déplaisir et dégoût qu'il remarqua qu'un nobliau vient s'en prendre à lu. Songe aurait pu jurer avoir vu cet homme avec des chevilles grosses comme des pastèques, mais il est probable qu'il ai tant souhaité voir cette scène qu'il se soit inconsciemment influencé par lui-même. Dommage. Ce "génie de la famille Arafin" l'horripilait au plus haut point, et quand il le vit jeter de l'eau glacée sur le pauvre soudard, il du se faire violence pour ne pas l'envoyer à tout jamais au sein d'une illusion de noyades infinies glacées.

C'est avec étonnement - et plaisir - qu'il vit la jeune ménestrelle qui avait du partir de l'estrade de manière impromptue rabattre le caquet à ce nobliau. Songe décida de - pour une fois - apaiser les tensions et donner l'occasion à l'imbécile de fuir avant qu'il ne se fasse tabasser, et que cela ruine définitivement l'ambiance tranquille et légère.

- Allons, allons. Inutile de faire une scène, laissons le nobliau partir, et profitons du spectacle. Cela serait triste de gâcher cette occasion de réjouissance, n'est-ce pas ? énonça-t-il d'un ton doux et posé, sa voix faisant naturellement penser à celle d'un conteur, cadrant parfaitement avec son attitude de voyageur itinérant.

Songe agita alors brièvement un sorte de cigare métallique, qui ressemblait aussi à une baguette, ou à un objet oblong fait de métal, tout du moins. Tout à coup, une agréable chaleur se répandit dans toute la place, jusqu'à l'estrade même. Ni trop chaude, ni trop froide, elle ne forçait aucunement à se découvrir, et effaçait simplement la terrible morsure de ce froid.

Le jeune mage vient alors se glisser près de la Ménestrelle, lui glissant quelques mots, toujours dans ce ton calme, posé, un brin enjoué, agréable :
- Merci d'être intervenue, ce genre de trouble-fête arrogant n'a pas sa place ici. Ce pauvre ivrogne ne voulait que s'amuser, oublier ses problèmes sans doute, il n'avait pas demandé à souffrir, encore. Je parle, je parle, mais je me suis toujours pas présenté, je suis Songe Aubétoile, arpenteur, conteur itinérant, et bien d'autres choses - à force de parcourir les routes.
On retrouvait la nature très loquace de Songe, qui aimait parler, surtout dans des termes élaborés, riches. Ce n'était pas par orgueil qu'il faisait ça, et il transpirait plutôt une impression d’humilité dans ses paroles. Songe aimait tout simplement parler, et trouvait que le langage était une forme d'Art à lui tout seul.
Parler était la seule forme d'Art réelle, sans illusions, qu'il savait effectuer, après tout.





« Qu'est-ce que la Réalité, après tout, sinon qu'une croyance découlant d'une perception ? Qu'est-ce qui fait que je suis là ? Qu'est-ce qui fait que j'existe, que je suis moi ? Rien, sinon des croyances basées sur des perceptions pouvant être trompeuses. La Réalité n'existe pas. »

Songe s'exprime en #a12f2f

Petit discours vidéo issu de Dies Irae (un VN) montrant de quelle manière Songe parle, son ton, ses expressions etc.
ICI

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Jaheera Kya'wan
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Mar 8 Mai - 12:07
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
My'trän -2
Le froid est le pire ennemi de la faune, et lorsqu'il abat son fléau sur les forêts, il n'y a d'autre choix que de migrer vers là où les températures sont plus clémentes. Jaheera passait le plus clair de son temps entre herbe et buissons, arbre et branchages, elle avant tout mortel était concernée par cette vague gelée. A son grand regret, elle s'était contrainte à rejoindre a chaleur de la civilisation pour survivre à la morsure aux teints de blanc et de bleu pâle. La plupart des animaux étaient déjà endormis de toute manière, elle n'avait plus d'amis avec qui parler dans ses contrées sauvages. Ne restaient plus que les hautes structures des humains, en débit des hautes cimes dont elle préférait largement la vision. Passant table rase sur son passé ô si malheureux, pour elle du moins, l'immaculée s'était attelée à une rue agitée qui paraissait chaude d'ambiance, mais le destin ne semblait pas vouloir la destituer de son droit de trembler. Au moins, la musique était bonne ...

La fille d'Orshin l'écoutait d'une oreille distraite, trop occupée à s'ennuyer pour pouvoir se soucier avec un intérêt véritable de l'art qu'ils concoctaient sur scène. C'était une de ces choses sur lesquels elle ne pouvait poser un avis, d'un côté, la mélodie inhibe les sens et permet parfois de mieux méditer lorsque le ton s'y accorde ... mais elle incombe la présence d'un objet matériel. Celui-ci est même nécessaire, faisant de lui le médiateur entre artiste et oeuvre. C'était un rôle important pour un simple objet et bien trop imposant pour que cela ne titille pas la férale qui n'en pouvait plus de constater à quel point les êtres de chair étaient soumis à l'inamovible. Aussi, lorsque la corde se brisa, elle fut soulagée que le plaisir ne dure qu'un instant. L'attraction pouvait parfois s'avérer mortelle, Jahee ne l'avait que trop vu. 

Un chant roque, troublé par le délice de l'alcool sans aucun doute, vint remplacer celui qui pesait jusqu'alors et qui, pourtant, était assez plaisant pour ne pas avoir besoin d'un suppléant aussi affligeant. La jeune femme esquissa un sourire curieux, celui-là, il avait eu une sacrée dose dans le sang. Ce n'était pas un mal, parfois, il n'y avait pas meilleur remède pour atteindre la béatitude, et, une fois encore, le liquide n'était que médiateur. Bien hypocrite qu'elle serait la sauvage, si elle critiquait l'alcool, une fois de temps en temps ça lui faisait du bien aussi, même si elle n'y résistait aucunement. De bien jolies pensées, certes, mais le gosier qui ne demandait qu'à se réchauffer manquait de vin chaud ! Aussi fut-elle pressée d'en satisfaire les demandes en avalant un peu de sa choppe en laissant les deux-trois gouttes d'usage couler le long de son menton, qu'elle essuya bien évidemment d'un revers de la main, accompagné d'une expiration satisfaite. Ce n'était pas si mal la vie chez les civilisés ...

... elle avait pensé trop vite. Comme elle s'en doutait, un salopard de bien-né était venu ruiner l'ambiance. "Génie"... "grande famille" ... quel genre de bâtard était ce chien ? Invoquer le nom de son sang pour faire valoir ses arguments, y avait-il plus grande lâcheté ? Sans doute qu'il se ferait lapider bien assez tôt ... mais apparemment pas. Personne ne bougeait et Jaheera commençait sérieusement à se douter qu'ils étaient effrayés de cet homme, son art ou peut-être son lignage. Ses dents se serraient de mépris envers cette assemblée dont la masse totale de bravoure devait égaler celle d'un Aitah. S'il n'y avait qu'un moyen de rétablir justice, alors la férale ne passerait sûrement pas sur une occasion si belle. Mieux encore, il y avait une chaleur rétablie dans l'allée, le mouvement n'en serait que plus leste. 

Se levant alors que le noblion devait toiser l'étranger aux cheveux opalins, la disciple de Süns, dame de la tempérance, fit démonstration de tout son respect des principes usuels en abattant son lourd manche d'acier dans l'arrière du crâne du bien-né. Ce n'est pas un nom qui allait le sauver de l'inconscience. Quitte à avoir un peu trop d'yeux sur elle, Jaheera était absolument convaincue d'avoir bien agi. Elle tapota le flanc immobile avec le bout de son arme, histoire de voir si le chacal était encore parmi eux. Auquel cas, elle aurait vite fait de corriger ce tort avec un second coup un peu plus puissant sur la tempe. Ca lui apprendra à laisser trop de temps couler entre l'acte d'arrogance et sa fuite. 

- Va donc ausculter le fossé qui nous sépare dans l'inconscience, sale ordure.


Si ce n'était pas un lieu public, elle aurait vite fait de le jeter aux shimegs. Ca aurait été une belle leçon de survie et d'humilité. Quoi qu'il en était, les nerfs de la sauvage s'étaient calmés, alors qu'elle posa le manche de sa lance sur son épaule. Mais la civilité et ses principes de courtoisie ... lâchant un soupir agacé, elle souleva l'inconscient et alla le poser en bordure d'un mur non loin en le traînant par-dessus son épaule. Il se réveillera quand il voudra se réveiller. Pendant ce temps, la femme aux cheveux blancs allait très certainement accompagner ce charmant ivrogne dans son idéologie de beuverie et d'euphorie, bien que malgré la chaleur ambiante, son breuvage ne soit plus du tout adapté. Bah ! Se plaindre du luxe était une chose de bien-né ! 

Avançant vers une direction un peu aléatoire, ou plutôt, revenant vers l'endroit où elle avait assommé le charmant bourgeois, Jaheera se retrouva nez à nez, un peu inconsciemment à deux personnes, dont le moralisateur à la chevelure semblable à la sienne qui semblaient ... entamer un début de conversation ? Peut-être ? Un peu désabusée, et surtout pas trop gênée de s'inviter d'elle-même, la férale prit une gorgée de sa choppe, arme sur l'épaule en gardant un ton neutre.

- Bonjour.


Jahee s'exprime en #cc0066
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Meylan Lyrétoile
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Mar 8 Mai - 22:56
Irys : 855310
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
Pour être parfaitement honnête, quelle qu’ait été la réponse d’Arafin, elle aurait probablement été mal reçue étant donné l’état d’énervement de Meylan.  Mais elle n’eut jamais l’occasion de tester cette probabilité, car un troisième personnage, aux cheveux si clairs que les flocons les parsemant disparaissaient, se mêla à la scène.  Il proposait de laisser l’autre partir?  Pour cela, encore faudrait-il qu’il en ait l’envie.  D’après ce qu’elle avait vu de l’énergumène, elle doutait fortement qu’il capitule aussi facilement.  À nouveau, aucune chance de tester la validité de ses soupçons, puisque l’homme s’écroula par terre, proprement assumé par une nouvelle intervenante.  Ainsi se concluait le face-à-face avant qu’il ait le temps d’escalader, ce qui n’était pas plus mal.  

Comme un bon nombre de personnes, la ménestrelle avait les yeux rivés sur la jeune femme aux cheveux blancs quand la voix de l’aspirant-diplomate se fit à nouveau entendre.  Il savait parler, nul doute là-dessus.  Et, si elle n’était pas forcément d’accord sur toute la ligne, au moins avait-il le bon sens de prendre un ton plus conciliant et moins imbu de lui-même que le précédent phénomène.  Bon, maintenant était sans doute un assez bon moment pour se calmer, sans doute?  Si bien que c’est d’un ton bien moins cassant qu’elle répondit à celui qui venait de se présenter.

"Meylan Lyrétoile.  Vous n’avez pas à me remercier: le désagrément causé par sa victime ne méritait pas un tel châtiment.  L’éconduire de manière plus délicate aurait été suffisant."

Après, elle savait d’expérience que les mots ne suffisaient pas toujours à se débarrasser des plus imbibés, mais alors seulement elle cautionnait des moyens plus…directs.  Et, généralement, ses méthodes à elle ne mettaient la santé de personne en danger.  Elle n’eut cependant pas le temps de développer jusque là, car voilà que l’assomeuse était de retour et s’insérait (assez laconiquement) dans la conversation.  Elle non plus, ça ne lui ferait pas de mal d’apprendre la mesure.  Enfin, une scène venait d’être désamorcée, ce n’était peut-être pas le moment idéal pour en commencer une autre, et elle répondit à la salutation par une légère inclinaison de la tête.  D’autant plus que ses muscles se décrispaient, maintenant qu’elle commençait à se réchauffer…  Quoique, maintenant qu’elle y repensait, elle avait commencé à se réchauffer après l’intervention de celui qui s’était présenté sous le nom de Songe Aubétoile.  Et si elle se concentrait…oui, c’était bien ce qu’elle pensait: le froid n’avait en rien faibli, il avait simplement été effacé.

"Merci pour la chaleur."

Si elle avait été plus calée en médecine, elle aurait sans doute réalisé que ce n’était pas parce qu’elle ignorait le froid que son corps ne continuait pas à se refroidir, rendant cette situation pire que bien.  Mais ce n’était pas le cas, et elle était donc simplement ravie de ne plus être secouée de tremblements et de parvenir à nouveau à bouger ses doigts normalement.



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Songe Aubétoile
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Mer 9 Mai - 7:31
Irys : 100339
Profession : Diplomate - Enquêteur - Agent
My'trän +2 ~ Khurmag
Songe haussa un sourcil, puis le second, lorsqu'il vit la jeune femme dont il partageait la même couleur de chevelure - mais assurément pas les mêmes méthodes - assommer promptement le gêneur, avant de revenir pour leur lâcher un salut d'un naturel désarmant. Le mage dut se retenir de ne pas pouffer de rire devant l'incongruité de la scène, et face au culot de l'assommeuse. Il s'adressa donc en direction de la jeune femme dont il ne savait le nom - chose qu'il comptait bien corriger ici même, afin de graver cette scène dans sa mémoire -  le ton partagé entre l'amusement et une certaine forme de respect :
- Salutations à vous. Sacré méthode que vous avez utilisée, mais bien que ma morale y trouvera sans doute quelque chose à y redire, je ne doute pas de son efficacité. Quel est votre nom ?
Songe se retourna en direction de la ménestrelle, qui portait trop bien son nom pour que cela soit une coïncidence. "Lyrétoile". Probablement un nom de scène, inventé à ses débuts. Certains s'offusqueraient et demanderaient son "véritable" nom, mais le mage n'était guère de cet avis. C'était le type de personne à considérer que si le faux imitait le vrai à la perfection, alors le vrai n'avait pas de valeur supplémentaire. Il aurait même tendance à pencher pour choisir le faux, étant donné tout le mal qu'il s'était donné pour égaler la vérité. La Vérité est une perception, selon lui, tout comme la Réalité. Discours qu'il jugeait typique - enfin il espérait ne pas être l'exception - d'un disciple de Khugastaa. En parlant d'illusions, Songe se devait de préciser quelque chose à Meylan :
- Je préfère vous préciser quelque chose. Je ne suis qu'un maigre illusionniste, la chaleur ressentie n'est qu'une illusion, indigne de l'art des adeptes de Süns. Je vous conseille donc de ne pas vous découvrir, de toute façon vous aurez froid si vous le faites, par mesure de sécurité. L'objectif étant de rendre ces festivités les plus agréables possibles pour tous, non pas de risquer la vie de chacun.
Songe esquissa un léger sourire bienveillant, restant suffisamment humble. Il n'était guère orgueilleux, et avait un profond respect pour les disciples de Süns, et pour l'Architecte même. C'était grâce à son majestueux sacrifice que les humains furent enrichis par ce pactole émotionnel, qui rendait chaque création unique. Une véritable oeuvre d'Art. De plus, le fait que Süns soit la sœur de son Architecte bien-aimé ajoutait encore un peu plus de respect envers elle. Quoi de plus fascinant que les émotions, et quoi de plus ardu de tenter de les imiter ! Les détails ne comptent pas pour les émotions, une foule excessive de détails risqueraient de ruiner l'oeuvre. Pour imiter les sentiments, il fallait en éprouver, car leur ineffabilité n'était pas quelque chose à sous-estimer.

Songe vient alors ajouter, sincèrement, à la ménestrelle :
- Puisque vous êtes suffisamment réchauffée, pourquoi ne pas revenir sur scène ? Votre performance était assez impressionnante, si l'on oublie ce malencontreux détail !
Peut-être même pourrait-il proposer ses services pour la soirée en tant que Conteur. En tant qu'enquêteur, obtenir l'approbation du peuple était vital, et se faire apprécier était plus que nécessaire. Mais Songe avait réellement envie de conter, il aimait parler, il aimait l'art des mots, du langage. En ce qui concernait l'Art, le mage était souvent sincère, son esprit analysant et programmant après coup des plans et objectifs afin de servir ses desseins portés sur le plus long terme.





« Qu'est-ce que la Réalité, après tout, sinon qu'une croyance découlant d'une perception ? Qu'est-ce qui fait que je suis là ? Qu'est-ce qui fait que j'existe, que je suis moi ? Rien, sinon des croyances basées sur des perceptions pouvant être trompeuses. La Réalité n'existe pas. »

Songe s'exprime en #a12f2f

Petit discours vidéo issu de Dies Irae (un VN) montrant de quelle manière Songe parle, son ton, ses expressions etc.
ICI

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Jaheera Kya'wan
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Mer 9 Mai - 15:31
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
My'trän -2
Portant une nouvelle fois la choppe à ses lèvres, Jaheera écoutait son jumeau de chevelure lui adresser un compliment nuancé d'un certain doute ? Evidemment que c'était efficace comme méthode ! C'est d'ailleurs parce qu'elle était tant efficace que personne n'avait osé s'y essayer. Puis le nobliau savait manier la magie en plus de cela, et si son art au combat égalait son arrogance, il aurait pu faire un sacré bon divertissement pour la férale. A voir s'il se réveillait. Au moins, ça initierait un petit duel bien agréable, en règle et en public, sous les clameurs des foules ... comme au "bon" vieux temps. Quelle connerie que c'te nostalgie. C'était pas son genre d'attaquer en traître, mais sérieusement, elle avait tout sauf envie de se battre là maintenant, alors que la joute soit belle ou non, elle s'en fichait pas mal. Dérivant son regard par-dessus sa choppe, dans les yeux grisonnants qui avaient l'air un peu absents, elle se contenta d'une réponse assez brève pour qu'elle n'entame pas son envie de paresse. 

- Fait taire ta morale, elle n'aurait pas persuadé cet idiot de son bien fondé. Tu peux m'appeler Jahee.


Aussi distale qu'elle pouvait en avoir l'air, la fille d'Orshin n'en restait pas moins à son grand naturel. Arrogante au possible, sans cette touche de dédain qu'ont les bien-nés, ses intentions restent pour la plupart du temps basé sur un principe de bien commun. Même si, avant tout, elle agit pour son propre intérêt, et c'était une heureuse coïncidence que cet enfant de bon lignage soit autant détesté par cette foule. Il fallait bien dire que son action était des plus méprisables, et bon sang que ça faisait du bien ! L'immaculée n'osait qu'espérer que ça soulageait autant les passants que ça l'avait soulagé elle. 

Aussi, elle se trouva bien surprise de savoir que l'art du griffon blanc pouvait égaler celui de sa jumelle d'obsidienne à cet égard. Fort heureusement, sa dame, elle, évoque bien une chaleur véritable, et pas seulement une impression. Jaheera n'était pas capable de voir au travers des illusions, et tout cela avait beau être agréable, son orgueil d'ancienne combattante ne supportait pas que ce soit quelqu'un d'autre qu'elle qui assure le devoir qui n'était censé être qu'autre que le sien. De toute manière, elle ne comptait pas aider qui que ce soit avec la magie de sa gardienne, ce n'était ni son genre, ni son problème. Il y avait quelques torches qui traînaient ci et là, le long des murs de certaines chaumières et accrochées aux fondations de bois de quelques stands et autres étales. 

La fille de Süns ne se fit pas prier, elle emprunta à quelques unes de ces lueurs de leur éclat. Des ribambelles de flammes, comme des voiles qui défiaient le vent en de fines ondulations, venaient s'amouracher de la jeune femme et entouraient son corps comme des volutes décorent un monument. Si cette température plus agréable était bien ressentie, la férale se doutait bien que les effets resteraient les mêmes, elle chopperait la crève sans s'en rendre compte. Peut-être qu'elle était assez proche des deux autres pour qu'ils soient sujets à la bénédiction des flammes, ce n'était pas pour autant que c'était dans les intentions de Jahee, et ce n'était pas pour autant qu'elle allait les en priver. Tout de même, elle était bien contente de savoir se servir ainsi du feu. Par prévention, et pour pas qu'on la prenne pour une bonne samaritaine, elle se permit d'ajouter, à bon entendeur.

- Ne me demandez pas d'en faire profiter la foule, ce serait me considérer plus clémente que je ne le suis.


Elle avait très certainement un caractère aussi borné que l'homme qu'elle venait de mettre au banc. Au moins, elle ne ruinerait pas l'ambiance qui régnait, surtout que la nomade était avant tout là pour s'amuser bon sang ! Enfin ... même si chercher la chaleur dans les murs des civilisés était l'idée première ... mais voilà ! Il y avait de l'attraction tout autour et ce n'était pas pour lui déplaire. Elle n'allait ni y contribuer, ni faire en sorte de la gâcher. Aussi, soutenait-elle l'idée du petit blanchon, qu'elle ne fit qu'appuyer d'un petit regard de côté à la ménestrelle qui avait quitté son devoir d'amuser le public, et elle-même par extension. 

- Tu manques à la scène, petite artiste, et à ton audience par la même occasion.


Jahee s'exprime en #cc0066
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Meylan Lyrétoile
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Sam 12 Mai - 13:51
Irys : 855310
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
Le vrai, le faux, voilà bien deux concepts trop mêlés dans l’identité de Meylan pour pouvoir aisément les discerner.  Mais était-ce surprenant que quelqu’un qui vivait de la fiction fasse une fiction de sa vie?  Cela faisait-il d’elle une personne malhonnête?  Non.  Artificielle?  Alors qu’il n’y avait pas plus authentique que la passion qu’elle avait pour l’art?  Question piégeuse à laquelle chacun répondrait différemment.

À propos de différences…ses deux nouveaux interlocuteurs présentaient un contraste intéressant.  L’un, diplomate aux mots choisis avec soins, au comportement mesuré et aux intentions louables tout en ne possédant pas les dons qui lui auraient permis de faire une réelle différence.  L’autre, laconique et franche, personne d’action plutôt que de palabres, pensant avant tout à elle-même malgré la possibilité qu’elle avait d’agir pour les autres.  Meylan ne jugeait ni l’un ni l’autre, mais observait et prenait note de ces différences.  Le duo était intéressant, et c’était peu dire.

Mais pendant qu’elle observait en silence, l’attention des deux autres s’était à nouveau portée sur elle et tous deux l’enjoignaient maintenant à remonter sur scène, chacun dans son propre style.  Un mince sourire naquit sur ses lèvres, causé soit par cette nouvelle disparité, soit par la constatation que même le fiasco sur lequel elle avait quitté la scène n’avait pas trop entaché le reste de la représentation.

"La scène a d’autres occupants ravis de la faire vivre et ‘mon’ audience n’a pas l’air de se plaindre de la prestation de mes confrères."

Et pour cause: sur un entrainant air de flute et rythmé par les battements d’un tambourin, deux danseurs zoliens plus légers que l’air les entourant se livraient à un ballet fascinant par sa rapidité et sa fluidité.  La foule, bon public, était enthousiaste et accompagnait chaque pirouette, saut et lancer d’exclamations éloquentes même si elles se limitaient à des voyelles prolongées et munies d’une intonation admirative.

Mais après, oui, pourquoi ne pas y retourner?  Roneï devait avoir terminé de remplacer la corde de sa pauvre lyre, et il ne resterait plus qu’à l’accorder pour pouvoir remonter sur scène au prochain changement de numéro.  Pour jouer quoi?  Cela dépendrait entièrement de son humeur et de la ou des personnes dont elle serait accompagnée.  D’ailleurs…Songe lui-même ne s’était-il pas présenté comme un conteur?  Cela ouvrait des perspectives…

"En tant que conteur et arpenteur, n’avez-vous vous-même pas de légende lointaine à présenter à un public aussi sympathique?"

Il avait beau ne pas faire partie de la troupe, Meylan savait qu’elle parviendrait à le faire monter sur scène si jamais l’idée le tentait.  Après tout, elle-même avait cessé d’être un membre à part entière du groupe il y a quelques années déjà, et pourtant ça ne l’empêchait pas de coopérer avec eux de temps à autre.  Et avec le service que l’illusionniste leur avait rendu pour la température, ils seraient certainement ravis s’ils pouvaient lui rendre service en retour.  Sans compter qu'elle était curieuse de découvrir son répertoire.



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Songe Aubétoile
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Lun 14 Mai - 10:33
Irys : 100339
Profession : Diplomate - Enquêteur - Agent
My'trän +2 ~ Khurmag
Songe observa Jahee exécuter son Art, se contenta d'un hochement de tête approbateur, inclinant par la suite de la tête, restant totalement humble. Le mage se garda de lui faire remarquer que sa magie était basique, digne d'une novice. Une personne véritablement plus expérimentée n'aurai pas eu besoin d'emprunter les flammes des torches et lanternes environnantes, elle aurait créé le feu à partir de sa propre chaleur, ou de celle dégagée par un la friction entre ses doigts. Néanmoins, compte tenu de l'arrogance de la jeune femme - sans doute lié à un fort complexe d'infériorité, selon lui - et ne voulant point créer de frictions entre lui et la jeune femme à la personnalité enflammée, il préféra ne rien dire. En parlant de personnalité, c'était encore un autre point qui faisait défaut à cette novice de l'Art de Süns. Un véritable mage de Süns savait bien mieux contrôler ses émotions, savant contrôler son brasier interne d'impulsivité mieux que quiconque.

D'ailleurs en parlant de personnalité, Songe se demandait si Jahee ne faisait pas partie de ces personnes ayant - sous couvert d'une apparence sèche et arrogante - un bon fond. Si elle était véritablement égoïste et mauvaise, pourquoi vouloir à tout prix justifier qu'elle l'était, et avoir si peur qu'on se méprenne pour son cas ? Elle aurait dû n'en avoir que cure, et pourtant, elle voulait être certaine de ne pas passer pour quelqu'un de bon. Tout cela prouvait - selon lui - l'artificialité de sa personnalité. Songe se contenta, cependant, de simplement hocher de la tête, souriant légèrement, gardant ses réflexions et son amusement dans un coin de son esprit.

L'Arpenteur se tourna vers Meylan, acquiesçant tout en haussant légèrement des épaules par la suite. Effectivement, le reste de sa troupe faisait un résultat irréprochable, mais Songe considérait cela dommage que la jeune femme aie perdu son droit de poursuivre à cause des conditions climatiques. Si encore sa prestation aurait été mauvaise, il aurait considéré que le froid n'aurai été que justice, mais ce n'était point le cas, au contraire. C'est pour cela qu'il avait donné cette illusion de chaleur, pour ne plus handicaper les artistes.

Heureusement, la ménestrelle semblait avoir changé d'avis. Mieux, elle le proposait de conter une histoire. Quoi de mieux pour Songe que de pouvoir s'exprimer, de laisser les mots glisser telles des perles et autres joyaux le long de son flot de paroles. De plus, cela lui permettrai de gagner quelque peu en popularité, chose importante lorsque l'on était informateur et agent de Darga.
- Assurément, si ce bon public et votre troupe le souhaitent, j'ai de nombreux contes dans mon répertoire. Reste à voir s'ils souhaitent que ce conte soit accompagné ou non de quelques illusions. Et le répertoire évidemment, inutile de raconter une tragédie si le public ne le souhaite pas. Mais je suppose que je ne vous apprends rien de nouveau, n'est-ce pas ? énonça Songe, un léger sourire au lèvres.
Cela promettait d'être intéressant, s'il recevait l'approbation. Finalement, il semblerait qu'il aie bien fait de s'arrêter en passant. Toute opportunité était bonne à prendre.





« Qu'est-ce que la Réalité, après tout, sinon qu'une croyance découlant d'une perception ? Qu'est-ce qui fait que je suis là ? Qu'est-ce qui fait que j'existe, que je suis moi ? Rien, sinon des croyances basées sur des perceptions pouvant être trompeuses. La Réalité n'existe pas. »

Songe s'exprime en #a12f2f

Petit discours vidéo issu de Dies Irae (un VN) montrant de quelle manière Songe parle, son ton, ses expressions etc.
ICI

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Jaheera Kya'wan
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Lun 14 Mai - 11:36
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
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La sécheresse de la réponse de la barde envoya une pique de déception dans la nuque de Jaheera. Un simple "Je vais attendre un peu" aurait suffit, non ? A la place il fallait qu'elle donne dans une semi-ironie, insistée par le "mon". C'était pas comme si la férale avait strictement parlé de son audience à elle, le votre pouvait très bien englober le reste de la troupe ... sérieusement, on ne l'y reprendra plus à dispenser des encouragements qu'elle ne sait formuler, surtout venant de "civilisés". Est-ce qu'elle était froissée ? Un peu, mais loin d'elle l'idée de tout brûler au nom de sa fierté qui venait de prendre un pli. Le court de ses flammes s'accéléra un court instant, cependant, le temps qu'elle digère cette réponse aussi évasive que tranchante. Et puis l'autre souriant qui l'analysait sans cesse avec une expression qui frisait le joyeux sarcasme, c'était vraiment troublant.

Mais la fille de Süns s'en tira à bon compte en trouvant une issue de secours à ce malaise dans lequel elle s'était refourguée. Levant sa choppe, la jeune femme fut prompte à avaler séant les trois quarts d'alcool qui hantaient encore le récipient. Elle retint une toux, peu usée à ce genre de breuvage qui lui brûla la gorge. Enfant des flammes qu'elle était, la maligne se vit bien affligée de subir la morsure d'une chaleur qui ne provenait pas même de l'art de sa gardienne. Mais le contre-coup infligé par cette montée ardente n'était que le vulgaire prémisse d'un état qui n'allait certainement pas arranger les pensées de Jahee. 

Quelque chose la poussa à aller redemander un verre auprès du stand qu'un tavernier avait généreusement déplacé dans la rue, histoire de se faire un bon profit sur le récital devant son enseigne. Alors, exhalant de sa précédente large gorgée, elle prit momentanément congé des deux "artistes" pour s'en retourner à son statut de "personne tout à fait normal et avec un sens réduit des belles choses". Saloperie de bien-nés ... toujours à toiser ceux qui ne sont pas aussi riches qu'eux, autant dans les biens que dans l'intellect. Etait-ce de sa faute si les seules choses que connaissait l'ancienne esclave étaient les animaux, le feu et la lance ? 

Arrivant au comptoir, elle déposa sa choppe et la poussa du bout des doigts jusqu'au serveur, qui semblait ravi de voir cette cliente pour la cinquième fois, malgré sa promesse de plus tôt. Elle lui avait dit qu'elle ne faisait qu'essayer ce breuvage de civilisé, qu'un seul service à moitié rempli suffirait. Mais, bon professionnel qu'était ce tenancier, il se doutait bien qu'il reverra sa jolie trogne bordée de rose jusqu'aux pommettes avant que la journée ne se termine. Et il ne fut pas déçu. Sortant quelques pièces de la bourse, qui ne lui appartenait cependant pas, Jaheera les présenta à son nouveau créancier qui lui servit séant une nouvelle tournée, plus garnie que les autres. Tournant les talons, ignorant le petit geste de main du tavernier qui voulait très certainement dire "à très bientôt", elle s'en retourna là où la musique était forte et les rires étaient nombreux. 

- Maudite boisson tentatrice ... elle en prit une gorgée. Tu as beau être puissante partenaire de joute ... tu fais face à ... Jahee Kya'wan. Je ne saurais être ... endiguée par un si faible fléau, sève de malheur ...


La précédente enfilade, et son dernier "cul-sec", finirent finalement par lui faire monter l'alcool à la tête. Si bien, qu'en marmonnant, elle ne faisait presque plus attention à ses flammes qui commençaient légèrement à trembler autour d'elle. Sa vision se faisait trouble sur la périphérie et les battements de ses cils suivaient un rythme bien trop lent pour qu'il n'en soit jugé comme "éveillé". Et pour se requinquer, la fille d'Orshin eut l'excellente idée de réitérer ses gorgées. Chaque pulsion de sa gorge, témoignant de la descente du fluide semblaient envoyer des ondes dans les ribambelles de feu, qui désormais, n'avaient plus aucun ordre. Elles tournaient toujours certes, mais certaines dessinaient des bosses, d'autres faisaient des cercles.

Expirant ultimement à la suite de cette avalée complète qui en avait suivi une première, le manège infernal autour d'elle fut pris d'une impulsion plus sévère, poussant légèrement les passants entre lesquels elle se faufilait. La plupart avaient été témoins de ce qu'elle avait fait plus tôt, et un coup de lance était si vite arrivé. L'ivresse n'arrangerait clairement pas les choses si quelqu'un osait la réprimander. Mais Jaheera restait pour l'instant calme, seules ses capacités de s'identifier comme étant dans un lieu public furent altérées. Alors, elle prit place sur un des bancs, menton posé sur sa paume gauche, tandis qu'elle s'amusait à calciner sa choppe. Non loin des deux interlocuteurs, un murmure grinçant entre ses dents put se faire entendre.

- Brûle pour tes péchés, boisson de vanité.

Du coin de l'oreille, elle crut entendre l'air passif du chevelu aux teintures d'argent proposer que l'on le laisse conter ses histoires au public. Il avait bien nuancé son propos d'une teinte de modestie qui sonnait comme de l'hypocrisie aux oreilles de la fille des faunes. Mais elle se contenta de grogner, préférant largement la musique à n'importe quel récit venant d'un imbécile au sourire de vipère. Cependant, elle n'avait pas son mot à dire, c'était au choix de la musicienne que de décider si oui, ou non, elle allait laisser ce vieux aux airs de jeunot bercer l'audience de ses mélodieuses, ou pas, paroles.


Jahee s'exprime en #cc0066
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Meylan Lyrétoile
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Lun 21 Mai - 14:52
Irys : 855310
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
Preuve qu’un malentendu est vite arrivé, Meylan n’avait absolument pas l’intention de prendre de haut la jeune femme à la lance.  Une certaine pointe d’ironie faisait tout simplement partie de sa manière d’être, et plus encore quand elle se considérait en représentation, ce qui était le cas en ce moment, même si elle n’occupait pas la scène.  Elle ne s’attendait donc pas à voir Jaheera s’offenser et s’éloigner sans même prendre la peine de répondre.  Enfin, c’était son problème.

Etant donné que l’autre femme était une adulte et en rien sous la responsabilité de la ménestrelle, cette dernière ne la suivit pas spécialement du regard et ne remarqua donc pas qu’elle cherchait à noyer son énervement dans la boisson.  Elle préférait de toute façon se concentrer plutôt sur le plus raisonnable des deux individus, ne fut-ce que pour s’assurer qu’elle-même ne perdait pas une nouvelle fois son calme.  Créer un esclandre en plein spectacle serait de très mauvais goût.

La bonne nouvelle du jour était que Songe Aubétoile (un nom pour le mois évocateur) était ouvert à l’idée d’occuper lui-même la scène dans un futur pas trop lointain.  Et, en plus d’histoires, il proposait d’agrémenter celles-ci d’illusions?  Décidément, voilà qui sonnait fort prometteur.  Bien qu’elle-même n’use de tels artifices qu’avec parcimonie, Meylan était la première à reconnaître qu’une illusion bien réalisée était le chemin le plus rapide vers le coeur de son public.  Les artistes étaient là pour faire vivre un rêve éveillé à ceux qui les écoutait, après tout.  Et son commentaire à propos du choix du sujet révélait qu’il possédait soit une certaine expérience en la matière soit un solide bon sens.

"En effet, aller à l’encontre des préférences de l’audience est un choix pour le moins dangereux.  Audacieux, certes, mais dangereux.  Par contre, je ne peux par contre que vous encourager à utiliser l’art de Khugatsaa."

Son sourire s’étendait maintenant jusqu’à ses yeux et s’était fait plus chaleureux qu’amusé.  Elle-même avait hâte de découvrir quels contes le jeune homme présenterait à l’assemblée.  Certains réflexes se remirent à fonctionner, et elle lui donna pour la première fois un regard plus approfondi que le coup d’oeil qu’elle lui avait accordé jusque là.  Pâle et filiforme, il dégageait une aura qui était due à plus qu’uniquement son apparence.  Il maniait les mots avec aise, tout en donnant l’impression qu’il voyait bien plus que ce qui franchissait ses lèvres.  Oui, il avait assez de présence pour entraîner son public là où il voulait le mener.

Malheureusement, un grommellement interrompit ses réflexions et mit un frein temporaire à ses plans de contes de l’Arpenteur.  La lance et sa propriétaire avaient réapparu à quelques pas des deux illusionnistes, et il était on ne peut plus clair que la boisson avait fait une nouvelle victime.  Meylan retint un soupir assez peu productif.  Pourquoi diable est-ce que certaines personnes s’entêtaient à perdre toute faculté de discernement et à reporter donc cette responsabilité sur leur entourage?  Parce que, à en voir l’apparence que son enveloppe enflammée avait prise, faire confiance à Jaheera pour se contenir était devenu encore plus hasardeux qu’avant cette nouvelle chope.  Formidable.  Et en plus elle réduisait lentement mais surement ladite chope à l’état de bloc de charbon fumant.  Le tenancier serait certainement ravi.

Ses yeux firent rapidement l’allée-retour entre la jeune femme et son interlocuteur tandis qu’elle tentait de déterminer la meilleure ligne de conduite.  Elle fut bien vite forcée de se rendre à l’évidence: il n’y avait pas trente-six solutions.  Quelqu’un devrait s’assurer que la disciple de Süns franchement éméchée ne mettrait pas le feu à son entourage.  Elle refusa le passage à un autre soupir et se tourna à nouveau vers Songe comme si elle se contentait de continuer la conversation en cours.

"Enfin, il serait mal vu d’interrompre le numéro en cours.  Tant que d’autres occupent la place je vous propose de profiter du spectacle."

Et elle commença à marcher vers l’endroit où était assise Jaheera.  En toute apparence, elle allait simplement s’asseoir pour appliquer sa suggestion.  Mais elle ne doutait pas un seul instant que le jeune homme était assez clairvoyant pour déduire ses réelles intentions.

"Votre maîtrise des flammes est pour le moins intéressante.  Est-ce vous qui décidez de leurs mouvements?"


Dans sa voix, elle ne laissait percer qu’une curiosité intéressée, même si son but principal était surtout que la jeune femme remarque à quel point son manteau de feu était erratique.  Elle espérait que l’autre ne prendrait pas la mouche, mais n’était pas franchement certaine d’avoir abordé le problème par le meilleur angle.



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Ingrid & Sigurd
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Dim 1 Juil - 20:44
Irys : 714864
Encore une fois, la ménestrel n’aurait pas de réponse. Ce n’était pas la faute de l’impulsivité de la benjamine du trio ou d’un énième interlocuteur venu parler à l’artiste. La raison - ou devrait-on dire les raisons, puisque c’était une superposition d’événements plus ou moins simultanés qui interrompirent une nouvelle fois l’échange de Meylan- était tout autre. D’ailleurs, l’interruption ne se limita pas au duo, le spectacle lui même en souffrit. Et pour cause : un homme pourchassé par un groupe de protecteurs déboula sur la place, provoquant la surprise chez les spectateurs, puis l’effroi. Ils s’écartèrent vivement de cet individu, qui à l’instar de Jaheera, faisait danser des flammes autour de lui. Bien que dans son cas, il s’en servit de façon offensif pour se frayer un passage à travers les badauds.

« Faites place, dégagez ! »

Le forban, parce que ça devait en être un, tomba providentiellement. Impossible de savoir si le diplomate ou un autre personne présente en était à l’origine. Par la suite, le diplomate eut ses pensées attiré sur un problème bien plus personnel et invisible à autrui, un problème qui l’empêchait de vouloir s’impliquer : son régisseur s’approchait dangereusement de la ville, de lui. Ainsi lorsque le tumulte pris fin, que l’homme fut appréhendé et neutralisé par les protecteurs, que le spectacle put reprendre, Songe avait disparu à la vue de tous. La seule trace de son passage en ces lieux était dans la mémoire du nobliau toujours pas remis de son coup au crâne, celle de la férale et de l’artiste. Une trace bien maigre laissé par l’arpenteur expérimenté. Ce n’était pas la première fois que la danse entre ces deux êtres avait lieu. Elle se passait la plupart du temps de spectateur, s’encombrant quelque fois de figurants. Mais pas cette fois là.

« Ne partez pas Messieurs, Dames ! Cette intervention malvenue ne devrait pas mettre fin à un spectacle tant attendu. Ouvrez grand vos oreilles, voici un chant trop peu récité sur les braves gens qui perdent leur chemin ! »

Sur un air entraînant commença un conte chanté sur Lissandre, une anomalie au destin tragique, comme nombre d’entre elles. L’histoire, véridique ou non, allait de sa transformation à sa mort. Les refrains, marquant la traque cyclique à laquelle elle avait essayé d’échapper, changeaient subtilement à chaque fois. Tout le monde ne suivait visiblement pas les mots accompagnant la mélodie puisqu’ils tapaient joyeusement des pieds ou des mains en cadence.
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Jaheera Kya'wan
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Mer 4 Juil - 12:23
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
My'trän -2
Jaheera ne pensait avoir baissé la tête qu'un court instant, et pourtant, en à peine quelques secondes d'espace, ou du moins l'impression s'y prêtait, il y avait un imbécile en moins et un autre abruti pour le compenser. Bien évidemment, les deux injures susdites désignaient l'arpenteur au sourire de vipère et le nouveau venu qui faisait honte à la mère des émotions de par son indigne maîtrise des flammes. Süns demandait de la tempérance à ses enfants, du calme et de la discipline, en somme, la jeune femme n'était en aucun cas en place de lui reprocher quoi que ce soit. L'ivresse ne l'aidait pas à vrai dire, mais au moins, avec sa choppe allongée sur l'herbe sous la forme de petites cendres grisées, elle ne risquait pas de plus se saouler. 

Lorsqu'elle releva la tête, donc, elle eut un temps de latence durant lequel son regard vint ricocher sur l'évasif individu qui avait bien mal joué son larcin ... ou peu importe ce qu'il faisait. Au final, Jahee s'en fichait pas mal, elle avait déjà bien assez de boulot à maîtriser ses flammes à elle. Puis mener une discussion en même temps, ce n'était pas chose aisée. D'ailleurs où est-ce qu'elle était cette ... Mailman ? Leylan ? Bref elle savait plus. Pas loin sans dou... ah oui, juste devant ses yeux, mais encore aurait-il fallu les lever assez haut. Son regard vide rencontra celui de la ménestrel et s'y posa un instant, cherchant encore quelques repères ... et le silence qu'elle arborait se faisait de marbre blanche qui accompagnait son teint mâte avec un contraste aussi notable qu'un soleil entre des montagnes de givre. L'alcool qui lui courait le sang n'en pouvait plus de tourner dans ses veines, et au final, il était monté jusqu'à la tête. 

Ses pupilles noisettes étaient fixes, ancrées comme navire à la mer et endurant le tumulte des vagues pour ne pas avoir à seulement trembler. Sentant le besoin de délester son cou de la position qu'elle arborait et qui lui laisserait certainement un torticolis si elle devait perdurer, sa tête imita un mouvement de métronome et vint se rabattre sur son épaule gauche. Ses lèvres s'ouvrirent un instant, comme prête à délivrer quelques mots de réponse, mais rien n'en fit. Sa vision embrumée lui donnait l'impression que Neyman, ou peu importe son nom, flottait dans le vide. Alors la perdue ne se fit pas prier et fit hâte de vérifier que ses pieds étaient bien posés au sol, balançant son visage de droite à gauche pour chercher la trace de ses bottes. Après vérification, Neylan ne volait pas, et la terre était toujours aussi ferme ... quoi qu'un peu mouvante quand même !

Finalement, ou plutôt, enfin, son regard se réveilla, comme secoué d'une impulsion qui lui fit redresser la tête et planter une nouvelle fois ses constellations noisettes dans leurs comparses qui habitaient les yeux de Meylan. Un air enjoué vint la prendre, réalisant qu'on lui avait posé une question personnelle, qui ne la regardait qu'elle-même ... et ça, c'était gentil ! Jaheera était très sensible aux attentions qu'on lui porte, l'alcool oblige, mais toutefois, elle restait une sauvage un peu mal à l'aise en société. Mais tant qu'il n'y avait qu'une personne à qui il fallait tenir conversation, qui plus est, une personne aimable, elle n'aurait aucun mal à délier sa langue. Alors d'une voix mélodieuse, quoi qu'un peu cacophonique au niveau des vibratos, elle répondit avec un entrain qui ne laissait aucun doute quant à son engouement. 

- Oui, c'est moi ! Je leur fais faire ce que je veux ! Regardez plutôt.

La disciple de Süns prit une grande inspiration en une tentative de brûler l'alcool qui collait à son esprit. Les flammes commencèrent à se condenser autour d'elle, raffermissant leur consistance en des gerbes à la teinture plus orangée. Après un instant mesuré en minutes, son rythme cardiaque se mit à ralentir, en corrélation avec sa respiration qui se faisait plus calme ... plus posée. Le chant derrière venait insuffler une mélodie dans son coeur, et le noyau de ses émotions laissa filtrer son ressenti au travers de ses flammes. L'immaculée savait les guider, elle savait les faire danser, elle savait leur faire battre la cadence, tant des tambours de guerre que des chants de comptoir. Pendant un instant, et à mesure que le conte en fond avançait, les flammes s'affaissèrent et se rétractèrent derrière son dos, dans le creux de ses omoplates. Jamais son visage n'avait pris une tournure aussi plane dans les dernières heures, sa concentration était réelle et l'alcool ne mettait aucune barrière à ses ressentis, pas de gêne, pas de honte.

Une envolée lyrique survint alors, accompagnée par un crescendo musical qui vint faire se soulever des frissons le long de l'échine de Jaheera qui sentit ses yeux se rouvrirent. Le noyau de feu condensé sous sa nuque explosa en deux gerbes qui s'entremêlèrent et dont la forme évoquait le brin de blé. Le fil ardent suivait la course de leurs extrémités guides, s'effaçant à mesure que le dessin continuait. Au bout de leur ascension, les deux vagues de braise finirent par se rejoindre et de leur collision naquit un oiseau. Durant quelques instants, le volatile embrasé vint dessiner des cercles par-dessus les têtes des passants, usant de sa traînée étincelante pour garder le motif de sa trajectoire. La jeune femme aux cheveux blancs se leva de son siège dans l'optique de garder le contact visuel avec sa création. 

Finalement, après avoir tracé plus de volutes sur les yeux de la foule qu'il y avait de nuages dans le ciel, la projection flamboyante vint se poser sur une main que Jaheera vint tendre. A la base des flammes, sa peau n'était que peu exposée à la chaleur qui elle, remontait vers les cieux. Si la férale avait écouté son coeur, elle en aurait bien suivi le flot, mais il n'y avait pas d'ailes qui pouvait la porter. Cependant ... effleurer l'illusion d'une liberté était toujours plus beau que se persuader qu'elle ne resterait jamais qu'un mensonge. 

Cette pensée à l'âme, la fille des flammes vit ses pupilles rougeoyer de l'ardent brasier qui faisait se mouvoir ses émotions, mais que jamais elle ne laissait s'échapper. Les torches alentours, les braseros et même le reste éparse du feu dont avait usé le malfrat pour s'échapper vinrent orner sa main. En un mouvement circulaire, son poignet fit se soulever l'ode embrasé en un requiem si ardent qu'il en faisait vrombir l'air. Les projections linéaires dansèrent en une valse rythmée par le seul temps qu'imposait Jaheera, des battements en trois, dictés par les collisions qui retentissaient quand se croisaient les gerbes. Une ultime déflagration vint briser leur élévation, et de cette explosion apparut finalement une large plume qui doucement retombait à mesure que les notes de musique annonçaient la fin de ce conte. 

La fille de Süns avait les yeux encore brillants à admirer ce don que lui léguait sa gardienne sans jamais se lasser d'en voir la beauté. Son regard suivait la plume qui retombait entre elle et Meylan, jusqu'à ce que son éclat ne s'estompe complètement. Un soupir inspiré vint gonfler le buste de la jeune femme, qui fit dériver ses yeux redevenus noisettes dans ceux de son interlocutrice. 

- ... qu'est-ce que j'aime ma déesse. 

Obnubilée dans sa propre oeuvre, elle n'avait pas fait attention aux regards qu'elle aurait pu s'attirer, ni même aux éventuels dommages qu'elle aurait pu causer, mais au final, elle pensait avoir bien assez maîtrisé sa magie pour ne pas avoir mis le feu à un bâtiment. 

- Et vous donc, vous faîtes quoi déjà ? Si vous me l'avez dit j'ai dû l'oublier, si vous ne me l'avez pas dit, je ne suis pas sûre que j'aurais écouté de toute manière, mais maintenant, je suis toute ouïe.

Et elle sourit de sa risette distraite, comme si rien ne s'était produit, même si ses halètements épuisés témoignaient du contraire.


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Meylan Lyrétoile
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Ven 14 Sep - 15:13
Irys : 855310
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
La bonne nouvelle, c'était que Meylan avait réussi à ménager l'humeur de la disciple de Süns. La moins bonne nouvelle, c'était que, loin de réaliser que sa consommation d'alcool rendait imprudent de manier les flammes ainsi, elle avait décidé d'offrir une démonstration à celle qui l'avait accostée. Pour être parfaitement honnête, la ménestrelle craignait le pire, en particulier après le spectacle qu'avait donné l'autre disciple de Süns à être récemment passé par cette place.

Et pourtant...pourtant, la démonstration à laquelle elle eut droit fut bien loin de confirmer ses craintes. C'était de l'art, l'art le plus pur qu'il soit puisqu'il provenait directement du lien intime entre un individu d'exception et son Architecte. Une manifestation physique de la bénédiction que Süns avait accordé à sa fidèle. Et elle était aux premières loges pour voir cette merveille danser aux sons des instruments venant de la scène. Meylan ne fit même pas mine de cacher son admiration: elle savait reconnaître une oeuvre d'artiste quand elle en voyait une et n'avait aucune honte à se retrouver fascinée. Et puis, l'art de Süns, si différent de celui de son jumeau et pourtant tout aussi insaisissable, avait toujours eu une force d'attraction particulière sur la jeune femme. Ca n'avait rien à voir avec le lien qui l'unissait à Khugatsaa, mais il y avait tout de même une attirance indéniable. Peut-être était-ce dû à ses fréquentations zoliennes? À la parenté entre les deux griffons? Mais quelle que soit la cause, qu'importaient les "pourquoi" en ce moment? Seule comptait la lumière chaleureuse et changeante qu'elle voyait voler, se transformer, danser...pour finalement mourir paisiblement.

La disciple de Süns semblait encore à moitié en transe, et Meylan ne comprenait que trop bien le sentiment de béatitude dans lequel elle devait baigner.  Elle-même avait un ravissement sincère affiché sur son visage, et, si elle se retournait, elle pourrait voir qu'elle n'était pas la seule. Les artistes occupant la scène récupérèrent bien vite l'attention pendant un temps divisée de leur public, mais la danse des flammes n'était pas passée inaperçue.

"Et, à en juger par ce que je viens de voir, elle vous aime aussi."

Sinon pourquoi aurait-elle fait don d'un tel talent à la jeune femme? Ne disait-on pas que le talent d'un mage était directement proportionnel à l'estime que son protecteur divin avait pour lui? Si c'était le cas, il n'y avait aucun doute: son interlocutrice était bénie de Süns.

Mais on lui avait posé une question, et Meylan laissa là ses interrogations théologiques pour le moment, se concentrant sur la discussion qui avait démarré entre elle et la jeune femme aux cheveux de neige. Elle avait d'ailleurs l'étrange impression d'avoir déjà vu de tels cheveux quelque part...mais pas moyen de se souvenir où. Bizarre, sa mémoire n'avait pas l'habitude de lui faire défaut. Bref. Encore vêtue de son costume de scène, la ménestrelle attrapa gracieusement un pan de cape pour orner la révérence qu'elle esquissa en accompagnement de sa réponse.

"Meylan Lyrétoile, ménestrelle. Et je pense pouvoir avancer sans grand risque de me tromper que je suis en compagnie d'une artiste?"

Un brin de flatterie, une question semi-rhétorique et un sourire, vestige du spectacle auquel elle avait assisté. Pouvait-on l'accuser d'être fausse, elle qui vivait des apparences et du bon mot au bon moment? Pouvait-on reprocher à un ménestrel de jouer un rôle, même hors de la scène? Alors que c'était tomber les masques qui allait à l'encontre même de la nature des individus de cette profession? Des considérations probablement intéressantes pour des esprits portés sur les débats philosophiques, mais sur lesquelles Meylan ne s'était jamais arrêtée. Elle était ce qu'elle était, et ce qu'elle était lui convenait parfaitement.



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Jaheera Kya'wan
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Sam 22 Sep - 18:04
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
My'trän -2
Jaheera n'a jamais été une femme d'apparence, encore moins de scène et sûrement pas d'art. Elle avait pourtant l'habitude d'avoir un public, son passé lui en rappelle l'amer souvenir en continu. Les arènes ne se différencient pas des spectacles que par l'absence de rideaux. Là où la férale aurait préféré user d'artifices, elle n'avait trouvé que sang et douleur on ne peut plus réelles. Elle entendait les applaudissements de la foule autour, les clameurs impressionnées et les exclamations surprises de son audience improvisée. Des souvenirs mauvais commençaient à lui remonter à la tête, le cercle de gens autour d'elle devint l'anneau de piques, les visages souriants commencèrent à virer à la sadique fascination et la personne à laquelle elle s'adressait prit le rôle de sa partenaire de joute dans cette cruelle mémoire. 

Une palpitation au ralenti vint remuer dans ses paupières, le regard qu'elle arborait était perdu dans le sol. Là où il n'y avait que terre gelée, Jaheera, elle, voyait le sable de son adolescence. Les grains parsemées qui de tant d'écarlate se sont ornés, les mouvements de corps chutant inscrits dans les traces délaissées par les duellistes précédents. Les applaudissements roulaient comme baguettes sur tambour, l'écho de la foule vrombissait comme un hurlement de guerre et la vision floutée dont la disciple de la faune n'arrivait à se débarrasser continuait à pulser, d'avant en arrière. D'instinct, et pupilles rivées sur son adversaire présumée, l'ancienne championne porta la main au manche de sa lance ...

La voix de celle-ci la coupa dans son élan, ses doigts ayant à peine approchés ses hanches. Le monde revint à la normale aussi rapidement qu'il s'était enfui. Le souvenir de l'arène était encore bien trop présent dans son esprit, et ces remembrances se faisaient fréquentes. Son regard perdu se figea une nouvelle fois dans celui de la ménestrelle, regagnant progressivement un semblant d'équilibre. Autour d'elle, la foule s'était dissipée et plus aucune clameur admirative ne retentissait pour elle. Aussi étrange que cela pouvait paraître, ces cris vinrent créer un vide dans l'atmosphère. L'espace d'un instant, Jaheera se sentit inutile. 

- Pas vraiment une artiste, non ... mais je travaillais bel et bien sur la scène autrefois. Ou plutôt dans la scène.

Un battement des cils fit se projeter ses pupilles sur le sol, sentant à nouveau le mérite de sa gloire d'antan. Le souvenir du sang sur la lame, la mémoire de l'admiration, le retour d'un visage qu'elle reconnaissait à peine ... Asa et le serment qu'elle lui a imposé. Elle comprenait pourquoi cette interlude lui avait fait tant de bien, désormais. Un esprit enchaîné s'abreuve de chaque goutte de liberté, qu'importe si elle n'est que temporaire, éphémère, irréelle. Ce dont a besoin l'âme, c'est de réconfort, l'onguent de l'oubli. Mais malgré les sentiments que Jaheera ne ressent pas pour la perte de sa soeur, elle est néanmoins tout à fait consciente d'avoir abandonné quelque chose dans son sillage. 

Un sourire se dessinait sur le visage de la férale, une risette, rien de moins qu'une incarnation sarcastique. Ses yeux se serraient, au rythme de son coeur qui revenait lui rappeler tout le poids que le destin avait imposé à ses épaules. Et elle, qu'est-ce qu'elle faisait ? Elle servait de distraction à d'autres imbéciles qui ne se soucient pas de l'utilité véritable d'une entité. Imbue d'une rancune aussi amère que toxique, la jeune femme aux cheveux de neige laissa finalement l'alcool prendre le dessus de ses paroles.

- Je jouais autrefois dans une pièce gigantesque. Ronde. Les gradins nous encerclaient, moi et mon partenaire de scène, car nous n'étions toujours que deux. Nos actes se faisaient en duo et nous interprétions pour notre audience. Il n'y avait aucune répétition, nous y allons à l'improviste, sans même savoir quelle scène nous allions jouer, ni même avec qui nous la jouerions. Et lorsqu'enfin l'acte se terminait, nous n'avions ni rideau à baisser, ni de public à remercier. Nous quittions simplement la scène seuls, sous les applaudissements assourdissements de riches daënars, abandonnant notre partenaire de spectacle sur le sol où on l'a laissé. Elle soupira une pause. Comprenez bien, Meylan. Si le meurtre est un art, alors vous avez devant vous une virtuose.

Ses yeux se baissèrent, le sarcasme fut remplacé par la mélancolie, accentuée par les nombreuses choppes qu'elle avait avalé au cours de la dernière heure. Au final, elle décocha la lance de son dos, fixant le manche sur le sol devant elle et appuyant son front contre sa surface. 

- Mais ce n'est pas quelque chose dont j'aime me vanter, non pas que j'en ai tout de même honte. J'aurais préféré pouvoir dire que je suis ménestrelle, moi aussi, mais je ne connais rien à la musique. Ne trouvez-vous pas cela ironique de mieux manier la lance que le lute ? Plus ironique encore, la première amuse bien plus que le second.

Jaheera tourna la tête vers la scène. Autant qu'elle détestait les étrangers, ou simplement les humains en général, il y avait quelque chose de rassurant, de sain à ce que ceux-ci soient capables de se contenter de musique sans avoir besoin de voir le sang couler des veines des artistes. Un peu plus et elle croirait presque à l'innocence ... douce supercherie que ce spectacle.


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Meylan Lyrétoile
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Ven 28 Sep - 21:35
Irys : 855310
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
Jouer pendant de nombreuses années dans des auberges et tavernes en tous genres avait permis à Meylan d’avoir un aperçu assez exhaustif des divers effets de l’alcool. Il rendait, gai, agressif, mélancolique, désorienté… Chez son interlocutrice actuelle, il avait surtout l’air de ramener une multitude de sombres souvenirs. La ménestrelle pouvait voir son regard se voiler, sa posture toute entière se faire plus tendue et…distante. On ne devenait pas une actrice digne de ce nom sans savoir lire ses congénères.

Au début des explications de la jeune femme à la lance, la Dargienne était un tantinet — non: carrément — perdue. Elle n’était pas une artiste, mais elle avait de l’expérience de scène? Et quelle étrange description elle faisait de cette scène… Ce n’est que petit à petit qu’elle comprit l’horrible spectacle dont l’autre avait été le clou. Qui donc pouvait bien organiser de telles barbaries ou y assister? Surement pas des My’träns, pas vrai? Bien que consciente qu’elle avait une vision du monde assez lacunaire (la faute à son existence assez casanière jusque récemment), Meylan pouvait à peine croire ce qu’elle entendait. Elle était abasourdie…et nauséeuse. Dégoutée par la sauvagerie humaine. Il ne lui venait même pas à l’esprit que son interlocutrice puisse mentir: personne ne jouait aussi bien un traumatisme profond avec autant d’alcool dans le sang. Une fois n’est pas coutume, elle était sans voix et sans mots pour répondre à ce qui ressemblait étrangement à une confession.

Les jambes coupées par une douleur qui pourtant n’était pas la sienne, elle s’assit sur une chaise bordant la table de Jaheera. Paradoxalement, le manque d’expression sur son visage était le plus grand révélateur de la tempête qui faisait rage en elle. Que dire face à un tel épanchement? L’autre parlait d’ironie? Et bien voici une autre ironie: infaillible pour trouver le mot juste correspondant à chacun de ses masques, Meylan n’avait en ce moment aucune idée de ce qu’elle pouvait bien dire une fois les masques enlevés. Machinalement, elle porta la main à son côté pour y caresser sa lyre, mais bien évidemment sa fidèle compagne n’y était pas. Stupide réflexe.

« Mais vous êtes une artiste. Vous êtes une virtuose capable de transformer le plus destructeur des éléments en un spectacle grandiose. Vous êtes bénie par Süns elle-même. Même l’ombre de votre passé ne parvient pas à étouffer la flamme qui brûle en vous… »

Sa voix avait été à peine plus qu’un souffle, mais ses yeux en disaient plus long que les mots qu’elle peinait à trouver. Peine, empathie…mais aussi une admiration non feinte pour ce dont la disciple de Süns était capable. Comment pouvait-elle dire qu’elle n’était pas une artiste? Croyait-elle sincèrement que les seuls à pouvoir revendiquer ce titre étaient ceux qui montaient sur scène pour des numéros bien particuliers? Quelle idée réductrice! Oh, bien sûr, un artiste vivait bien souvent de son public, du qu’en dira-t-on. Mais l’inspiration, la passion, elle venait du plus profond d’un individu, de son essence même, pas du regard des autres. On ne pouvait pas vivre en artiste sans un public, mais on pouvait tout de même en être un.



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Jaheera Kya'wan
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Mar 2 Oct - 18:27
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
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Jaheera avait l'impression d'entendre une mauvaise blague. Une artiste ... sérieusement. De tout mortel, il n'existait pas une âme capable d'égaler son manque de volonté à la besogne, ses aptitudes à l'imagination inexistante, son caractère ardent, impulsif, en dépit de ce que requiert la magie de Süns. Une fois encore, elle ne voulait pas croire qu'une idiote comme elle puisse être capable d'égaler le récital qu'elle écoutait. Si c'était bien le cas, la vie était plus injuste que ce qu'elle pensait, mais peut-être comprenait-elle simplement mal ce qu'était véritablement l'art. S'exprimer, s'imposer, se démontrer, s'animer, se donner en spectacle, tant d'évocations auxquelles la fille d'Orshin ne s'identifiait pas. 

Un sourire se dessina sur les lèvres de la férale, une risette emplie d'un espoir mimétique, rien d'autre qu'une façade à laquelle elle ne croyait pas. Son interlocutrice voulait certainement bien faire, mais malheureusement pour elles, Jaheera n'avait pour seule ambition qu'une vaine rancune à soulager. La vie était hideusement stupide pour la jeune femme, cruelle et sans profondeur. Là où d'autres personnes pouvaient la sublimer, elle, elle devait se cantonner à ce qui n'importe pas, à ce qui n'est qu'une ingrate tâche de vendetta. 

- L'ombre ... héhé. Vous parlez vraiment comme une ménestrel. 

Les images et métaphores n'étaient pas le fort de la maison. Il faut dire que si les fosses étaient des arènes de récitals, la férale s'en serait trouvée bien plus heureuse et elle aussi aurait pu se mettre au niveau avec son interlocutrice. Mais elle n'avait qu'un langage simple à proposer, ainsi qu'un esprit tant limité par l'ignorance que par l'alcool précédemment ingéré. Mais il y avait cette fraîcheur dans cet écart entre les deux jeunes femmes qui amusait beaucoup l'âme enivrée de Jaheera. Elle reprit d'ailleurs.

- C'est tout de même amusant de voir qu'avec toutes les âmes que j'ai prises, Süns ne me haïsse pas encore. A croire que mes tueries lui apportent satisfaction. 

Les voies des Architectes sont impénétrables, mais tout de même, la férale aurait aimé pouvoir savoir que faire de sa vie outre que vivre pour une soeur dont elle a oublié l'amour. Un jour, si elle pouvait lui demander à Orshin, ou même à Süns, elle ne se gênerait pas. Quitte à se faire dévorer par les dents les plus acérées ou à brûler dans un brasier pour son attitude insolente, elle s'y préférerait largement plutôt que de continuer à vivre dans un doute guidé par un destin aveugle. A y penser ... le serment qu'elle avait prêté à sa jumelle était le même voeu glissé à ses gardiens. La loyauté pour un dessein, à la différence qu'elle savait parfaitement ce qu'Asa voulait d'elle.

- Et vous ? Pensez-vous que votre dieu se satisfait de vos spectacles comme la mienne se satisfait de mes meurtres ?


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Meylan Lyrétoile
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Sam 6 Oct - 16:12
Irys : 855310
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
Bien sûr, que Meylan parlait comme une ménestrelle. Contrairement à l'adepte de Süns, elle était consciente d'être une artiste jusqu'au bout des ongles et cela transparaissait dans le moindre des ses mots et le plus subtil de ses gestes. Le monde n'était rien de plus qu'une grande scène où tous étaient tour à tour acteur et spectateur.

Mais cette constatation, pourtant simple, ne plaisait pas à tout le monde. Et pour cause: certains, comme la jeune femme face à la musicienne, se voyaient imposer un rôle qui les blessait, les marquait au fer rouge et dont ils ne tiraient aucune satisfaction, seulement une amertume que l'excès de boisson avait tendance à faire ressortir en force. Car il n'y avait aucun doute pour Meylan que la boisson était en bonne partie responsable pour l'humeur acerbe de son interlocutrice.

Süns se réjouissait-elle des meurtres? Impossible, pour la ménestrelle. Elle avait été aux premières loges pour voir la fureur de l'Architecte lors de l'attentat au bal à Zochlom... Après, il est vrai qu'une des victimes de cette attaque avait été son frère jumeau, donc l'élément personnel avait dû jouer (et sacrément jouer vu la réaction incendiaire, sans mauvais jeu de mots, de la griffonne). Mais, élément personnel ou non, elle voyait mal un Architecte cautionner la barbarie que Jaheera venait de lui révêler. Certains disciples de Möchlog trempaient certes dans des affaires un tantinet... louches, ou avaient une vision de la vie et de la mort particulière, mais même eux ne tueraient probablement pas simplement pour... pour quoi au juste? Pour la satisfaction d'envoyer d'autres au carnage? D'assister à un "spectacle" dénué de sens et d'humanité? Il faut croire qu'on se heurtait là aux limites de l'imagination de Meylan.

"Ou peut-être Süns voit-elle plus en vous que vous n'en êtes capable vous-même? Elle est celle qui insuffle une personnalité et des sentiments à chacun d'entre nous, après tout. Elle ne doit pas avoir de mal à lire en nos coeurs."

Se pouvait-il que sous le cynisme dont faisait preuve la jeune femme se cache un trésor dont Süns seule avait connaissance? Une perle si bien cachée que même son écrin en ignorait l'existence? Tout était possible à un Architecte, après tout.

La dernière question de Jaheera fit naître sur le visage de la musicienne une expression plus distante, presque rêveuse. Le sourire qui ornait ses lèvres était mince, mais les étoiles dans ses yeux étaient on ne peut plus réelles. Oh oui, elle savait que le Griffon Blanc appréciait son art, même si elle n'avait jamais parlé à quiconque de cette rencontre à laquelle elle-même avait encore parfois du mal à croire. À personne jusqu'à présent, peut-être?

"Je suis certaine qu'il s'en satisfait. Mon art est ma manière de l'honorer, c'est lui qui lui insuffle vie."

Elle n'utilisait les illusions qu'avec parcimonie quand elle jouait, comme une touche accompagnatrice plutôt que le clou du spectacle, mais elle savait que même ce subtil ajout pouvait faire toute la différence. Elle tenait cependant à nuancer une part de la question de l'autre:

"Mais la différence est que j'ai choisi comment j'honore Khugatsaa. Vous parlez de vos meurtres, mais ils vous ont été imposés. Ils ne vous représentent pas."

Que le passé d'un individu puisse le définir était un concept que Meylan ne comprenait pas, plus par mauvaise foi, d'ailleurs. C'étaient les choix qui comptaient. Quels choix l'adepte de Süns aurait-elle fait si elle avait été libre de décider elle-même? Quels choix ferait-elle à l'avenir? Voilà les véritables questions, à ses yeux.



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Jaheera Kya'wan
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Mar 9 Oct - 19:35
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
My'trän -2
Jaheera regardait Meylan d'un air contrit, son visage déformé par le poing qui maintenait son menton en place. Elle était plus qu'envieuse de la situation de la ménestrel, elle en était ridiculement jalouse. Quelle chance d'avoir sa propre liberté, de voler d'ailes d'or dans un océan d'argent, croquer une vie à pleines dents sans se soucier de les voir tomber. Si seulement Orshin avait pu faire d'elle un oiseau, tout aurait été bien plus simple. 

- Aaah ... moi aussi je voudrais que Süns m'aime pour de l'art ... malheureusement la reconversion ne viendra pas aujourd'hui.

La férale n'était pas une femme faite pour les affaires, ou bien les problèmes. Elle haïssait que tout soit trop compliqué pour que l'esprit ne suive. L'instinct prévalait sur la conscience et il était bien plus sain écouter son coeur que réfléchir en épuisant son esprit. C'était indéniable, autrement, pourquoi Süns les aurait-elle munis de cette voix intérieure ? Pour se parler à eux-mêmes lorsqu'ils s'ennuient ? 

Ce que Jaheera voulait véritablement pour sa vie était radicalement similaire à cette utopie de liberté qu'elle se concède. Il y avait cette plage qui attendait encore son retour, et qui l'attendrait sûrement longtemps. La promesse à laquelle elle avait été enchaîné lui avait privé de sa seule chance à étouffer le regret par la mort. Son regard, demeuré plongé dans les pupilles de Meylan, avait prit une tournure des plus déplaisantes, pas tant pour la barde que pour l'intéressée elle-même. Sa voix devint plus basse, sur le ton de la confession inavouée.

- Les meurtres que l'on m'a forcé à faire, oubliez-les, ce ne sont pas ceux que je redoute. Parce que je recommencerai, même hors de l'arène ...

... même si c'est Asa qui me tient la main pour les réaliser, voulut-elle ajouter. Non pas que son interlocutrice puisse seulement comprendre ce qu'elle aurait évoqué. Elle haïssait ce serment comme un geôlier, mais ses propres bourreaux, elle les détestait plus encore. Peut-être y avait-il un endroit spécial dans la mort pour ceux qui n'ont aucune parole, mais Jaheera était le type intrépide, si c'était pour sa liberté, elle aurait pris ce risque sans hésiter.

Il y avait autre chose, quelque chose qui n'était pas relié à sa soeur, quelque chose qui attachait un sens personnel au devoir qu'elle s'était décrite comme imposé. C'était un désir bien plus profond, une ancre dans l'âme, pas jetée par Asa, mais dont les chaînes se sont plantées d'elles-mêmes. La férale n'avait jamais été captive d'un serment, juste d'un dilemme. Renoncer à sa conscience, renoncer à sa morale, renoncer peut-être à sa liberté au profit de la justice. L'anathème de la fureur, l'incarnation de l'équilibre, tout ceci n'était-il pas trop poétique pour une femme se disant aussi peu volage ?

- La vérité est que j'aurais voulu mourir avec ma famille à Zagash. Ma soeur serait encore en vie et je n'aurais pas à confesser mes futures erreurs à une étrangère, à moitié ivre sur une place dont je ne connais même pas le nom. 

Jaheera elle-même réalisait bien le ridicule de la situation, si bien qu'elle s'en trouvait elle-même risible. L'alcool dans ses veines fit remonter une colère décuplée dans ses bras, jusqu'à son esprit. Les veines sous ses poignets se gonflaient d'une contraction. Ses paupières s'écartèrent, dévoilant un léger lit larmoyant sur sa paupière inférieure tandis que l'iris de ses pupilles s'étrécissaient à la manière d'une prédatrice. Entre ses lèvres, ses dents se surmontaient, serrant l'une et l'autre d'un grincement inaudible.

- Vous voyez, Meylan, je ne suis plus prisonnière, pas plus de chaînes que de stupides serments. Le seul doute que je me réserve c'est d'ignorer si Süns me pardonnera d'avoir mis ce monde en feu pour retrouver ceux m'ont prise ce que j'avais de plus cher ; ma fierté. 



Ses doigts se crispaient autour de sa lance, ses jambes se dressèrent comme un bond. Le caractère sanguin de Jaheera la rattrapa enfin, l'alcool mauvais qu'on lui attribuait tant se démontrait finalement. Des aboiements surgissaient ci et là, réagissant à l'humeur orageuse de la fille de la faune. 

- Alors, si comme vous dites, Süns ne voit pas en moi le précédent de mes tueries, j'espère qu'elle peut lire au travers mon besoin de vengeance, car je ne dormirai pas tant que je n'aurai pas vu les arènes flamber sous son anathème. Pas une seule chair ne demeurera fraîche lorsque les cendres viendront apporter la paix en Marnaka, plus un seul nordique ne pourra murmurer le nom de leur mère et seulement alors je verrai à quel point ma déesse peut me décrypter !

Après une expiration, les bruits animaliers cessèrent, ne laissant qu'un silence à la tirade de Jaheera qu'elle regrettait déjà. La voix de la férale baissa du ton de la colère à celle de la frustration.

- En attendant, je me contente d'imaginer la scène. Si l'on a forcé mes meurtres, alors pourquoi attends-je avec tant d'impatience les prochains ? Je ne comprends rien à ma vie, vous la voulez ? Je suis toute disposée à l'échange, en plus vous avez l'air assez débrouillarde et j'ai toujours rêvée d'être applaudie pour quelque chose qui n'incombe pas du sang.


Jahee s'exprime en #cc0066
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