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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Zagash
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 [Terminé]Petites histoires au coin du feu

Eskarina Hellaraxë
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Dim 10 Déc - 16:49
Irys : 302604
Profession : Assassin
Guilde +1 (femme)
« Terre en vue ! » s’écria au point du jour le mousse au sommet du mât.
« Enfin. » pensa Esk.

Le voyage, qui durait maintenant depuis plus d’un mois, avait été éprouvant. Eskarina n’avait pas l’habitude de rester inactive ou de voir son espace autant restreint pendant aussi longtemps. Par prudence, elle avait choisi de s’embarquer sur un voilier zagashien. En effet, n’ayant pas l’habitude de la mer, quel meilleur moyen de s’assurer du bon déroulement du voyage que de le faire aux côtés des adeptes de Dalai, l’Architecte de l’eau ?

Elle avait néanmoins profité du voyage pour se renseigner sur Zagash et Shüren, car rien n’est plus imprudent que de débarquer dans un contrée inconnue. Son premier contact avec l’équipage lui avait appris une bonne chose : mieux valait éviter de les froisser. En effet, un des autres passagers avait un jour osé pester contre les flots, qu’il trouvait trop capricieux, et avait eu tôt fait de se retrouver par-dessus bord. Comprenant que les Zagashiens étaient d’une grande fierté et que critiquer leur dieu revenait à signer son arrêt de mort, surtout sur un bateau où les possibilités de fuite étaient somme toute assez réduites; Eskarina adopta dès lors une attitude de petite fille curieuse et influençable. Les marins ne se firent alors pas prier pour lui parler de Dalai, de sa puissance et de sa grandeur, ou encore de leur région, à l’image de leur Architecte, si on les en croyait. Au bout de quelques jours, l’équipage avait adopté Eskarina. Cela convenait parfaitement à la jeune fille : ils lui enseignaient les rudiments de la navigation, compétence qui pourrait se révéler utile dans le futur; et ses repas étaient plus copieux que ceux des autres passagers.

Sur le quai de Shüren, avant qu’elle ne s’en aille, le capitaine prit Esk à part, et lui tendant ce qui ressemblait à une perle, lui dit :

« Petite, tu nous as dit que tu comptais rester quelques jours à Shüren. Va à l’auberge de Morinehtar - elle n’est pas bien loin d’ici - et montre lui ceci, il saura bien t’accueillir. »

Bien. Une auberge sûre n’était pas pour déplaire à Eskarina, qui avait effectivement prévu de rester quelques jours sur place pour se renseigner sur le peuple my’trän avant de continuer son voyage.

La jeune fille quitta donc l’équipage, non sans que ce dernier ne lui ait une dernière fois conseillé de s’initier à la magie de Dalai, et de surtout éviter les adorateurs de Delkhii, personnes peu recommandables d’après eux. Elle se rendit donc à l’auberge que lui avait conseillée le capitaine. Elle s’attarda un peu en chemin, toute à sa contemplation de la ville : toutes les maisons qu’elle croisait étaient sur pilotis, architecture totalement inédite pour elle, habituée aux sous-sols d’Aildor. Elle la trouvait d’ailleurs tout à fait intéressante : cela donnait aux maisons une certaine élégance, et les canaux qui quadrillaient la ville n’enlevaient rien à la magie du lieu, bien au contraire. Eskarina dû en outre faire plusieurs détours avant de parvenir jusqu’à l’auberge, car plusieurs ruelles débouchaient en cul-de-sac sur un des canaux. Mais sa fascination était telle qu’elle ne s’en irrita même pas.

Elle parvint enfin à la fameuse auberge qui se situait dans une petite ruelle à l’air relativement calme. Eskarina montra la perle au tenancier, qui, méprisant au premier abord, se montra d’un coup bien plus chaleureux. Il lui proposa sa plus belle chambre, et ce, pour le même prix que les autres, selon lui bien moins accueillantes. Eskarina s’y installa, et, si le mobilier de la chambre se résumait à un lit, un placard et les commodités; la pièce était tout à fait propre, la vue sur le port tout à fait charmante et le lit tout à fait confortable. Esk était satisfaite. Même plus que cela à en juger par le large sourire non calculé qu’elle affichait. Mais un assassin doit faire fît de ses émotions et Esk ne pouvait s’avouer que toute cette nouveauté la rendait absolument folle d’excitation. Et puis la bonne humeur correspondait justement au personnage qu’elle avait adopté jusque là et avait décidé de garder, vu ses bons résultats. Elle redescendit donc l’escalier d’un pas guilleret en milieu de matinée et demanda à l’aubergiste de lui indiquer les curiosités de la ville, mais surtout la bibliothèque - il ne fallait pas oublier le but principal de son séjour. L’homme lui indiqua le tout d’un air réjoui, certainement ravi qu’une étrangère s’intéresse à sa ville, et lui proposa même de mettre à sa disposition - et ce gratuitement - une barque afin de faciliter ses déplacements dans la ville.

Le maniement de la barque se révéla plus ardu et fatiguant que ce qu’avait imaginé Eskarina. Elle utilisait trop d’énergie pour un résultat peu satisfaisant. Heureusement, la bibliothèque n’était pas trop loin de l’auberge, et Esk finit par pousser sa porte en début d’après-midi.

« Le rayon civilisation, s’il vous plaît. » demanda Eskarina, le souffle court et s’appuyant de tout son poids sur le comptoir de la bibliothécaire. Cette dernière releva le regard, eu une petite moue désapprobatrice à la vue de l’étrange jeune fille, les cheveux désordonnés et la sueur ruisselant sur son front.

« Deuxième étage, à gauche » répondit-elle d’un air pincé.

Eskarina la remercia d’un signe de tête, monta l’escalier en colimaçon - effort qui faillit l’achever - et arriva devant l’étagère qui l’intéressait.

« Alors… 2000 recettes my’tränsPetits secrets entre Architectes… Ah ! Civilisation my’trän : des Architectes à l’organisation du continent. Parfait. »

Elle s’empara de l’ouvrage et alla s’installer dans un des fauteuils en cuir près de l’âtre.


Dernière édition par Eskarina Hellaraxë le Sam 13 Jan - 12:54, édité 3 fois
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Benedict O'enhärt
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Lun 11 Déc - 17:49
Irys : 182876
Profession : Historien - Homme de Science - Ecrivain
My'trän +2 ~ Suhury
Shüren. Une ville si belle et pourtant si méconnue. Et la méconnaissance s'étendait autant sur le plan culturel que sur le plan historique. Lui connaissait quelque détails mais l'histoire de la région en elle même restait toujours aussi inatteignable, à un point tel que Benedict s'était finalement persuadé qu'un évènement avait eu lieu dans cette même ville et que des dizaines et des dizaines de connaissances avaient été perdues ce jour là. En toute franchise, ce n'était pas dur à imaginer en connaissance du tempérament des disciples de Dalaï. Pour autant, Benedict appréciait énormément ces gens, bien qu'ils soient parfois un peu trop explosif, on ne pouvait leur retirer la grâce des gestes fluides et léger de leur élément. Benedict laissa son regard se perdre les canaux divers, sur les bâtiments, puis plus loin sur la grande place qui semblait bondée devant lui.

Une autre chose qu'on ne pouvait reprocher à Shüren était sans doute son architecture. Au final, peu de My'träns avait déjà vu de ses propres yeux les maisons sur pilotis de Shüren et ses canaux au fonctionnement si ingénieux qu'ils se placent sans nul doute à la pointe des technologies du monde. La voilà la véritable technologie, issue des Architectes, façonnée par leurs nobles adeptes dans le but de survivre, et davantage encore de vivre. A l'image de n'importe quelle créature, nous avançons et nous survivons en nous protégeant avec ce que nous avons. Là où les Daënars ressemblent bien davantage à des poissons se défendant en allumant des feux.

Benedict s'arrêta au croisement de la route avec la place, le souffle coupé par le spectacle qui se présentait alors à lui. Tant de personnes réunies ne pouvaient l'être que pour peu de raisons, mais là en l'occurrence il s'agissait d'une troupe musicale, dont les douces mélodies portaient vibrations et chants et les laissaient éclatés dans la place circulaire. L'endroit était tout particulier car sa conception permettait au son de perdurer et presque de rester en écho, en adéquation avec cet effet le style musical utilisé par la troupe était légèrement plus lent qu'à l'accoutumé, de sorte que les échos complétaient simplement la mélodie. Benedict se fendit d'un large sourire, il avait bien fait de venir à Shüren. Il aurait voulu rester davantage auprès des musiciens, mais malheureusement son séjour n'avait pas un but vacancier. Devant son propre rappel à l'ordre, il quitta le groupe dans un léger soupire, et repris son chemin.

Il continua sa route, en direction de sa destination, de la raison de sa présence : La bibliothèque. Il aurait pu emprunter les canaux, cela ne faisait aucun doute mais là où il n'avait pas tout le temps du monde il désirait tout de même en profiter, et cela passait notamment par la contemplation de la ville des eaux et de son architecture si atypique. Il se revoyait quelque années auparavant à fouler les mêmes chemins à la recherche de la même bibliothèque avec un objectif en tout point semblable. Et face à tant d'écho du passé, il se surprit à penser que seul lui avait pris de l'âge, car face à lui la cité des eaux, cité millénaire des adeptes de Dalaï ne semblait pas avoir pris la moindre ride.

- "Cette cité représente à la perfection votre beauté et votre force millénaire, que même les pires déluges ne parviendront jamais à éroder, Vénérable Dalaï" pensa t-il alors qu'il continuait sa marche.

Il fut arrêté net dans sa progression à l'entente d'un pleurs, provenant de l'une des rues adjacentes à la route. Il observa brièvement autour de lui pour s'assurer ne pas avoir été le seul à l'entendre, et alors il vit les divers regards jetés vers la ruelle. Non, il n'avait pas été le seul, mais visiblement personne n'avait l'intention d'aller vérifier. Benedict poussa un soupire en ravalant l'indignation qui naissait dans sa gorge, puis s'élança dans la ruelle d'où provenait de réguliers sanglots. Il arriva rapidement au niveau d'un passage entre deux canaux, hors de portée de la rue principale, là se tenait à jeune homme qui ne devait pas dépasser les vingt ans, plié en deux.

- "Tu peux te redresse mon garçon.. ? Je suis soigneur, dis moi où tu as mal"


Alors, le jeune homme vient lentement retirer sa main de son dos, son corps était tremblé et il semblait retenir les pires gémissements, qui s'expliqueraient facilement au vu de la blessure. L'index de sa main gauche était tordu, de sorte que les deux phalanges supérieures étaient déboités, et que toute la partie supérieure de ses épaules et de sa joue gauche était maculé de sang et égratignée. Au vu de l'endroit, il y avait fort à parier qu'il s'agissait soit d'un règlement de compte, soit d'un jeune aventurier ayant tenté une escalade maladroite. La témérité de la jeunesse, sans doute. Benedict s'accroupie à son niveau, puis se fendit d'un léger sourire qui se voulait rassurant, puis il tendit lentement sa main et banda sa volonté. Il murmura à portée de voix de l'enfant quelque mots que l'enfant pris soin de répété à son tour, ce qui emplie le cœur de Benedict de chaleur.

- "Ô, vénérable Möchlög, donne moi le pouvoir de soigner les plaies, de guérir les blessure, de curer les maladies. Donne moi le pouvoir de rendre la santé à ceux qui l'ont perdu injustement en forgeant leur expérience. Ils apprendront de leurs erreurs pour mieux te servir, toi et les tiens."

En parlant, une douce chaleur effervescente se laissait discerner a niveau de la peau de Benedict, qui reconstitua peu à peu la peau du jeune homme, sa joue redevint alors rosée et ses épaules reprirent une teinte plus naturelle, enfin ses phalanges se replacèrent dans un craquement brusque qui arracha au jeune homme un gémissement qu'il encaissa en serrant les dents.

- "Tu as été courageux, mon garçon. Qu'est-ce qu'il t'es arrivé ?"

Alors même que Benedict finissait sa phrase et que le jeune homme s'apprêtait à répondre, des bruits de courses se firent entendre dans la ruelle, Benedict fit volte-face et se retrouva face à une jeune fille du même âge que l'ancien blessé, ainsi que deux hommes dont l'allure avait quelque chose de martiale. Il se fendit d'un léger sourire.

- "N'ayez crainte, messieurs, je me suis occupé de ses blessures, il ne risque rien de bien grave si ce n'est celle de la fatigue."

Les deux hommes observèrent Benedict d'un air circonspect, puis le jeune homme hocha doucement, et alors ils s'écartèrent d'un geste lent.

- "J'aimerais avoir votre nom, pour pouvoir vous retrouver au cas où ce serais nécessaire."
- "Bien entendu. Je suis Benedict O'enhärt, je loge à l'Auberge de la Fleur Aquatique proche de l'entrée Sud."
- "Je vous remercie, ne quittez pas la ville avant demain, si nous avons besoin de votre témoignage."

Benedict hocha donc lentement, avant de s'éloigner d'un pas lent. Il espérait que rien de grave n'arriverait, et que le jeune homme trouverait solution à ses problèmes, il ressortit dans la rue, et reprit la route de la bibliothèque, qui n'était plus qu'à quelque pas. Il poussa la porte, et se dirigea avec un grand sourire auprès de la bibliothécaire qu'il avait déjà eu l'occasion de rencontrer plusieurs années auparavant.

- "Toutes mes salutations. Je souhaiterais consulter le manuscrit sur les légendes Zagashienne anciennes d'Edrick Rom'da. On m'a dit qu'il n'était pas en exposition mais que je pouvais le demander si je me contentais de le consulter sur place"

La bibliothécaire l'observa quelque instants, avant de lentement pivoter pour s'éloigner en direction de la réserve de son pas lent et de son dos courbé. Le travail et le temps semblaient avoir eu raison d'une partie de sa jeunesse, même si lui n'était pas mieux lotie, il faut dire, il avait conscience de vieillir, c'était un fait. Il prie le livre lorsque la bibliothécaire lui tendit en lui assurant qu'il respecterait toutes les dispositions qu'elle avait cité, puis se dirigea vers le deuxième étage où il s'avait placé un âtre et dont le confort des fauteuils était resté gravés dans sa mémoire.

Il s'approcha alors de l'âtre, et remarqua alors une personne assise au même endroit, bien que légèrement sur le coté. Benedict lui adressa un large sourire, avant de s'assoir en face d'elle, assez proche de l'âtre pour en profiter. Il ouvrit le manuscrit poussiéreux et aux airs vieillis et entama sa lecture lentement, sans oublier de jeter parfois un regard à la personne face à lui.

- "Si vous cherchez à en apprendre plus sur les Architectes, vous devriez chercher des manuscrits religieux, celui-ci est bien davantage porté sur l'approche géographique et topologique de leur œuvre."

Benedict releva les yeux en parlant, adressant un énième sourire à la personne avant de reposer son regard sur les lignes manuscrites.


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Eskarina Hellaraxë
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Mar 12 Déc - 20:03
Irys : 302604
Profession : Assassin
Guilde +1 (femme)
Quelle barbe ! Cela faisait à peine une vingtaine de minutes qu'Eskarina s'était installée - ou plutôt vautrée -  dans le fauteuil, choisi avec soin pour son confort, et qui ne trahissait décidément pas ses promesses. Tezca s'était tranquillement installé dans le fauteuil d'en face, ronronnant de plaisir. Elle s'était ensuite péniblement mise à la lecture de l'énorme livre. Enorme était le terme approprié. Déjà, en l'attrapant sur son étagère, Esk s'était trouvée déséquilibrée par le volume. A présent, il pesait sur ses cuisses et la jeune fille sentait le sang quitter petit à petit le bas de son corps. De plus, Esk le présentait, l'effort n'allait pas être seulement physique… La langue un peu vieillie de l'ouvrage et le contenu loin d'être divertissant annonçaient une lecture méritoire. Sa bonne humeur était vite retombée. Elle avait laissé un long moment son regard vagabonder. D'abord sur le livre. Si le contenu était - dans tous les sens du termes - assommant, le volume était une véritable oeuvre d'art. La couverture, en cuir épais et rembourré était orné d'une multitude de symboles - des runes ? - incompréhensibles pour la jeune fille, qui ne s'était pourtant pas privée de les contempler, en faisant courir son doigt sur le cuir, suivant les contours et perdue dans ses pensées. Ces symboles racontaient-ils une histoire ? Celle de l'auteur peut-être. Ou bien était-ce une formule magique au pouvoir terrifiant ? Peu probable. Ou peut-être que l'éditeur les trouvait jolis et avait décidé que ça ferait une jolie couverture.

Au fond, Eskarina aimait lire. Tout en la lecture était passionnant : l'aventure des personnages certes, mais pas seulement. L'univers que l'auteur avait réussi à construire et auquel il avait réussi à insuffler la vie. Les aventures qu'il avait peut-être lui même vécues et qui auraient pu l'inspirer pour écrire. Que de mystères ! Que d'histoires à jamais perdues ! Cela provoquait chez Eskarina une combinaison de sentiments, plus ou moins contradictoires : tristesse d'abord, excitation ensuite, joie aussi, et enfin une pointe de nostalgie, qu'elle ne s'expliquait pas elle-même.

Eskarina essayait donc de se concentrer depuis vingt minutes - qui lui paraissaient déjà des heures, lorsqu'un homme vint s'installer à côté d'elle. Sa lecture commençait déjà à l'exaspérer, et, pour ne rien arranger à sa concentration, l'intrus n'arrêtait pas de lui lancer des sourires, comme s'il tentait de capter son attention.

"Mais qu'est-ce qu'il veut à la fin ?!" se demanda Esk.

En fait, l'homme arrivait à point nommé. Il fournissait à la jeune fille à la fois un prétexte de distraction et un parfait exutoire à l'exaspération qu'elle sentait poindre en elle. Finalement, l'inconnu prit la parole :

"Si vous cherchez à en apprendre plus sur les Architectes, vous devriez chercher des manuscrits religieux, celui-ci est bien davantage porté sur l'approche géographique et topologique de leur œuvre."

Mais de quoi se mêlait-il nom de nom ? Et pour critiquer son choix de lecture qui plus est ! Quelle insolence ! Critiquer un de ses choix était pour elle une véritable déclaration de guerre. Farouche, Eskarina tourna soudainement la tête vers lui pour répliquer :

"Et à qui ai-je l'honneur je vous prie ? Vous devez certainement être un grand savant pour conseiller ainsi une parfaite inconnue. Et puis d'abord, qu'est-ce qui vous dit que les Architectes m'intéressent ?"

Eskarina arrêta sa tirade à cette endroit, se sentant un peu bête. En effet, le titre du livre était assez évocateur, et ce n'était clairement le genre d'ouvrage que l'on lisait pour le plaisir. Mais ce sentiment d'embarras ne fit finalement qu'augmenter la colère de la jeune fille. Il osait la tourner en ridicule, comme si l'interrompre n'était pas suffisant ! Mais quel toupet !

"Maintenant, si vous le permettez, Monsieur, reprit-elle en insistant bien sur le qualificatif de façon à lui donner un caractère un peu ridicule, je voudrais retourner à ma lecture, qui est ma foi tout à fait passionnante et correspond tout à fait à ce que je recherchais."

Elle conclut son discours par un haussement de sourcil soutenu et ponctué par un petit rictus, qui devaient lui donner l'air tout à insupportable; mais, elle l'espérait, dissuaderaient l'homme d'engager plus loin la conversation. Ou bien peut-être désirait-elle qu'il lui réponde sur un ton tout aussi cinglant, et que l'échange dégénère, elle sentait une envie folle de se défouler. Elle ne le savait pas trop elle même… Elle se sentait tiraillée entre le devoir et l'ennui.

Elle profita de sa pose grimaçante pour observer l'inconnu. Une trentaine d'année certainement, le teint un peu cireux - ou peut-être était-ce la lumière du feu - et assez maigre. Une pensée traversa alors l'esprit d'Eskarina : et si c'était un Zagashien ? La probabilité d'en croiser un dans leur capitale était pour le moins élevée. Et si c'était effectivement un Zagashien, et qu'il se sentait insulté, elle allait passer un sale quart d'heure, même si l'homme ne semblait pas particulièrement dangereux. D'ailleurs, son regard vert pétillant d'intelligence et de bonté ainsi que son attitude calme rassura Eskarina. Si c'était effectivement Zagashien, ça n'avait pas l'air d'être l'un des plus féroces. Elle se pinça tout de même la cuisse, en guise de punition pour son imprudence. Elle avait laissé sa frustration la dominer, et chercher les ennuis n'aillait lui apporter… Eh bien, que des ennuis.

Gênée par le regard de l'homme, Eskarina, qui avait repris son calme, reporta son attention sur sa lecture, et un soupir involontaire lui échappa. Mais quelle barbe !




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Benedict O'enhärt
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Mer 13 Déc - 18:55
Irys : 182876
Profession : Historien - Homme de Science - Ecrivain
My'trän +2 ~ Suhury

Benedict n'avait eu le temps de lire que quelque mots lorsque la personne assise en face de lui pris la parole d'un ton qu'il identifia rapidement comme étant agacé. Par ses regards ou par le manuscrit dans ses mains, il était certains qu'on ne lisait pas ça sans rechercher des informations. Benedict pensait lui avoir prodiguer un simple conseil ayant pour but de lui faire gagner du temps, mais elle l'avait visiblement prit comme une pique, et une critique acerbe.

- "Et à qui ai-je l'honneur je vous prie ? Vous devez certainement être un grand savant pour conseiller ainsi une parfaite inconnue. Et puis d'abord, qu'est-ce qui vous dit que les Architectes m'intéressent ?"

Benedict fut pris d'une envie soudaine de rire, mais il se retint, autant pour préserver la patience de son interlocutrice que par respect pour les autres lecteurs de l'endroit. Il ne savait vraiment comment interpréter l'air de la jeune femme, était-elle frustré de ne pas trouvé l'information qu'elle trouvait ? Lui aussi avait connu ça, il s'imaginait initialement trouvé des trésors à chaque page de manuscrit mais la vérité était bien différente puisqu'il s'écoulait parfois des mois entiers avant de trouver une piste qui ne menait souvent à rien. Enfin, visiblement la jeune femme n'avait pas pris son conseil pour un conseil et afin quelques raisons de laisser éclater une colère et une rage qui n'eu pas la moindre atteinte au calme de l'historien. Il avait déjà traité avec de jeunes gens arrogants et bien trop fier pour valoir quelque chose, avec le temps ils s'assagiraient comme aimait à le penser Benedict. L'âge leur apprendra la patience et l'humilité. Mais le cruel manque de respect dont il venait d'être témoin pouvait autant être dû à de l'arrogance qu'à un simple manque de manière. Ou peut-être était-elle trop fière et sûre d'elle pour accepter le conseil d'une personne.. ?

"Maintenant, si vous le permettez, Monsieur, je voudrais retourner à ma lecture, qui est ma foi tout à fait passionnante et correspond tout à fait à ce que je recherchais."


Encore une fois, Benedict eu une légère difficulté à contenir un rire, mais se contenta de se fendre d'un sourire amusé au caractère ridicule de la jeune dame. Soit ce livre était effectivement ce qu'elle cherchait, soit il était tout autre et cette dernière était trop fière pour admettre s'être trompée. Dans tout les cas, Benedict ne comptait pas insister. Si un simple conseil était naturellement bienveillant et respectueux, chercher à la contredire et à imposer son avis ne l'était pas du tout, d'autant dans un lieu réservé à la mémoire et à l'étude des temps anciens, héritage de nos ancêtres. Il fût soudain pris de l'envie ce qu'elle cherchait exactement, puisqu'elle refusait admettre s'intéresser aux architectes, mais qu'importe au final, elle avait clairement refusé son aide et ses conseils, ce qui était bien dommage par ailleurs. Benedict se demanda brièvement si il lui était arrivé de refuser de l'aide sous motif de sa fierté, et il ne lui sembla jamais avoir fait telle chose, aussi il accepta le fait de ne pas pouvoir comprendre ce qui poussait cette jeune femme à refuser toute aide. Il espérait en tout cas qu'elle trouverait son bonheur et ne se désintéresserait pas de la réflexion sur les architectes, notre rôle et notre histoire.

- "Pour répondre à votre question, je suis Benedict O'enhart. Je suis homme de lettre et homme de science. Toutes mes excuses pour avoir interrompu votre lecture, je ne voulais que vous conseiller un recueil plus adapté."


Sur ces belles paroles, Benedict replongea son regard dans l'épais volume sur ses cuisses, et repris sa lecture. Peut-être la jeune dame allait encore plus mal le prendre, mais au moins il n'avait rien à se reprocher. La jeunesse était parfois un peu trop compulsive se dit-il, en se remémorant ses propres actions, une vingtaines d'années auparavant. Enfin, aujourd'hui il était tout à fait disposé à aider qui le souhaitera, d'autant dans un domaine qui le concernait personnellement mais visiblement il n'était pas tombé sur une personne qui appréciait les mains qu'on lui tendait.

Benedict reporta son attention sur le livre, il commença par en faire une rapide analyse. Il le savait écrit par Edrick Rom'da, un grand historien Zagashien qui avait passé de nombreuses années de sa vie à l'œuvre qu'était les mythes et la culture Zagashienne ancienne. Bien sûr, Benedict ne trouvera dans ce recueil aucun fait réel, ou alors les faits réels trouvés seraient probablement très modifiés, cependant il s'attendait à trouver des noms de lieux, de routes, peut-être des indices spatiaux quand à de grands évènements de l'histoire régional, et aussi sans doute des descriptions nouvelles et plus Zagashiennes des architectes et de leurs relations. Le papier de l'ouvrage était vieilli et presque cassant, aussi Benedict sortie des gants qu'il enfila précautionneusement, pour ne pas risque de déchirer l'une des pages sur un mouvement brusque. Perdre un tel ouvrage serait terrible, aussi espéra t-il que quelqu'un avait eu la patience de faire une copie des quelque 600 pages que contenaient l'ouvrage. Il n'aurait pas le temps de lire tout l'ouvrage, aussi devrait-il choisir précisément les chapitres qui l'intéresseraient, il en choisit plusieurs, notamment ceux relatifs aux légendes pouvant être inspirées de faits réels, et aux chapitres relatant des faits d'histoire pur, enfin, si il réussissait à trouver ces derniers.



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Eskarina Hellaraxë
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Jeu 14 Déc - 21:21
Irys : 302604
Profession : Assassin
Guilde +1 (femme)
Zut. Eskarina se mordit la lèvre inférieure et se tassa significativement dans son fauteuil. Elle l'avait encore fait. Sa fierté maladive se retournait contre elle. Esk se mit mentalement une bonne paire de gifles. Son maître l'avait pourtant prévenue : son incapacité à accepter les reproches et à en tirer des leçons, parce que cela porterait atteinte à sa fameuse "fierté", allait lui jouer des tours. Cela pouvait pour l'instant être mis sur le compte de sa jeunesse, mais si elle persistait à toujours vouloir avoir raison, elle passerait à côté de beaucoup de choses. Et puis la fierté n'a aucunement sa place dans le métier d'assassin, et peut même franchement nuire au bon déroulement des missions. Il fallait qu'elle change. Mais c'était plus fort qu'elle. Remettre en cause son jugement, c'est laisser la place à l'opinion des autres, et ce n'était pas dans les habitudes. L'avis des autres ne comptait que quand ça l'arrangeait. Un gros défaut, et un sacré manque de maturité.

Et voici qu'arrivait un autre inconvénient de son comportement borné : une fois que la timide raison avait rappelé l'insupportable fierté à l'ordre, Eskarina était prise d'un vif remord, et tentait de rattraper - maladroitement - la situation. Mais bien entendu, son orgueil n'avait pas dit son dernier mot, et, à chaque fois, Eskarina vivait un véritable combat interne, et elle finissait en général par maugréer d'un air tout à fait renfrogné des propos le plus souvent inintelligibles pour son interlocuteur. Et qui tenaient rarement lieu d'excuses, n'arrangeant donc pas souvent la situation, qui plus est.

C'était donc ce qu'Eskarina vivait à cet instant-là. Il y eu un moment de silence qui paru une éternité à la jeune fille, et l'homme replongea dans sa lecture. Elle ouvrit plusieurs fois la bouche avant de la refermer, n'ayant pas le courage de parler pour demander pardon de son impolitesse, ce qui lui donna sûrement l'air complètement ahurie. Ou d'un poisson, c'est selon. Mais elle ne pouvait pas se permettre de laisser passer l'occasion. L'homme se disait érudit et, puisqu'il l'avait conseillée sur sa lecture, il devait bien connaître la culture my'trän. Il pouvait donc constituer un gain de temps significatif; et, s'il pouvait épargner à la jeune fille la lecture de l'énorme manuscrit qui se faisait douloureux sur ses jambes, elle pouvait bien consentir à subir une petite humiliation. Finalement, Eskarina avala sa salive, prit une grande inspiration, serra les poings et se lança :

"Puisque je ne lis pas le bon ouvrage, qu'est-ce qu'il faudrait que je lise, hein ?"

Bon ce n'était pas encore tout à fait ça, question politesse. Mais c'était tout ce qu'Eskarina pouvait faire. Elle soupira. Mais pourquoi était-elle aussi obstinée ? Dans sa tête, elle reconnaissait ses torts sans trop de problèmes, mais, dès qu'il s'agissait de présenter des excuses à haute voix, il n'y avait plus personne. Elle avait encore de gros progrès à faire. Au moins sur le plan du paraître. Elle ne pouvait se permettre d'être aussi insolente en public, même si elle n'en pensait pas moins. Elle croisa les bras, telle une gamine trop gâtée, et repencha sa tête vers le livre. Si on lui avait parlé ainsi, elle n'aurait jamais accepté d'aider celui ou celle qui aurait eu le toupet de s'adresser à elle sur ce ton. Elle ne voyait donc pas pourquoi l'homme lui proposerait à nouveau son aide, même s'il avait l'air plus indulgent qu'elle. Elle allait donc devoir se résigner à avaler cette lecture indigeste. Ca lui apprendrait, tiens. Et puis, elle n'avait plus le temps de traîner: elle n'allait pas non plus passer sa vie dans cette bibliothèque. Avant de renoncer définitivement, elle tenta quand même une dernière fois sa chance avec l'homme assis à côté d'elle :

"Vous savez, si vous pouvez me dispenser de cette lecture qui m'est déjà pénible, je suis ouverte à vos propositions."




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Benedict O'enhärt
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Lun 18 Déc - 10:26
Irys : 182876
Profession : Historien - Homme de Science - Ecrivain
My'trän +2 ~ Suhury
Fût un temps, Benedict aurait sans doute ignorer la jeune femme, et l'aurait laissée se débrouiller avec sa fierté. Mais les années écoulées avait pour lui été symbole de maturité. Si une personne requérait son aide, a fortiori dans son domaine de prédilection, il était en partie de son devoir de lui porter assistance. Mais face au silence qui suivit, long silence pendant lequel Benedict n'observa que peu la jeune femme, elle ne sembla pas décidée à revenir sur sa décision ou sur son comportement. Aussi, pourquoi Benedict s'inquiéterait-il de la laisser dans l'ennui que ce livre semblait lui inspirer ? Il se promit cependant que si elle lui redemandait poliment son aide, il lui donnerait bien volontiers.

En réalité Benedict fût presque surpris de la réaction de la jeune femme, elle qui semblait si jeune d'une part, et dont l'apparence ne présageait pas la moindre violence autant verbale que physique d'autre part. Il se demanda brièvement si il avait déjà croisé un tel paradoxe, et ne fût pas surpris de se dire que non. Enfin, elle était vraiment jeune, il est probable qu'au fil et à mesure du temps elle murisse et développe un physique plus en adéquation avec ce caractère, ou du moins qui le laisse présager. Que pouvais bien faire une fille si jeune seule.. ? Ses tuteurs l'avaient-ils laissés à la bibliothèque avec l'ordre formel de ne pas en sortir ? Voilà qui semblait une manière maladroite de forcer un enfant à s'intéresser aux livres. Tout enfant aime à braver les interdictions, ou du moins à s'y opposer au moins moralement, il en savait quelque chose ! Non, le plaisir de la lecture, de l'apprentissage, devant venir de lui même, du temps, de la maturité, de l'intérêt. Il ne suffisait pas de prendre un gros volume et d'essayer d'en lire la première page pour devenir un savant, et encore moi en connaître le contenu entier.

Le recueil que Benedict avait en main était un bon exemple, en vérité. Epais et riche. La première page avait présenté brièvement le contenu du livre, mais ne l'avait que survolé à l'aide de titre brefs. Bien sûr, le nom de l'auteur apparaissait clairement sur cette première page, ainsi que le premier aperçu de son écriture manuscrite soignée. Le papier utilisé était lui aussi de qualité. Benedict se mit à réfléchir brièvement au temps que son auteur avait dû mettre pour l'écrire. Au vu de sa propre vitesse, il supposait l'écriture complète de l'œuvre à plusieurs années, au moins. Autant dire que le travail en amont pour se renseigner sur les sujets abordés et y trouver source d'intérêt devait avoir été long, colossal. Enfin, Benedict en vint à être déçu de n'avoir plus de temps pour le lire dans sa totalité, mais il se promit de revenir dans quelque mois pour finir l'ouvrage.

- "Puisque je ne lis pas le bon ouvrage, qu'est-ce qu'il faudrait que je lise, hein ?"

Et voilà que la jeune femme revenait encore un fois à la charge, bien que Benedict nota l'effort qui avait été fait, celui de simplement accepter de recevoir un peu d'aide, même si elle était demander avec bien peu de politesse alors même que Benedict s'était montré plutôt avenant et tout à fait disposé à l'aider initialement. Enfin, ce n'était pas l'important. Bien que Benedict appréciait à recevoir un peu de respect, ce n'était pas là un critère nécessaire pour que lui, fasse preuve de respect. Comme il aimait à le dire : Un homme sage sait montrer du respect sans s'attendre à en recevoir, car l'on ne reprochera jamais à quelqu'un d'avoir fait preuve de respect, mais on lui reprochera toujours d'en avoir manqué. Pour cette raison, Benedict s'apprêtait à lui répondre lorsque la jeune femme se fit entendre de nouveau, mais avec un ton bien plus calme qu'auparavant, forçant Benedict à relever le nez des fines lignes manuscrites de son recueil.

- "Vous savez, si vous pouvez me dispenser de cette lecture qui m'est déjà pénible, je suis ouverte à vos propositions."

Benedict observa la jeune femme dans les yeux de longs instants. Cette soudaine politesse était-elle l'œuvre intéressé d'une personne ayant besoin d'informations, ou celle d'une personne qui se reprenait humblement pour, avec grande sagesse, tenter d'obtenir une aide qu'elle jugeait utile ? Toute la question qui pourrait se poser était de savoir si elle portait son intérêt sur les connaissances en elles mêmes, ou sur le moyen de les obtenir au plus vite. Enfin, Benedict s'était promis de lui porter assistance si elle lui en faisait la demande, et ce revirement l'avait conforter dans cette décision. Aussi il referma aussi délicatement que possible l'antique ouvrage sur ses propres jambes, avant de poser ses mains sur la reliure de cuir, le regard posé sur la jeune femme.

- "Que cherchez vous à apprendre ?"


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Eskarina Hellaraxë
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Jeu 21 Déc - 18:50
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Lorsque Benedict prononça ces mots, Eskarina écarquilla les yeux. Il voulait bien l'aider, malgré le manque de civisme dont elle avait fait preuve. Bon, cela pouvait signifier deux choses : soit il voulait quelque chose en échange, et Esk voyait mal quoi, soit il faisait preuve d'une grande patience. Dans les deux cas, il ne devait pas tenir Eskarina en très haute estime. Elle décida donc de jouer la carte de l'immaturité. Elle n'avait qu'à continuer dans sa lancée, en étant cette fois-ci un peu plus aimable : toute patience a ses limites. Elle adressa un grand sourire à l'homme :

"Je m'appelle Eskarina. Je viens d'arriver à My'trä avec mes parents. Ils sont allés faire une course pour laquelle ils ne pouvaient pas m'emmener et, plutôt que de rester seule à l'hôtel, j'ai préféré me rendre à la bibliothèque pour découvrir la culture my'träne."

Bien, faire preuve d'un peu de curiosité motiverait peut-être Benedict. Personne n'a envie d'enseigner à une ado récalcitrante qui ne sait pas reconnaître la valeur des efforts fournis. Avant de se lancer dans ses questions, elle se souvint du poids qui pesait sur ses cuisses. Elle replia l'ouvrage dont elle pensait ne plus avoir besoin.

"Je reviens."

Elle se leva, vacilla à nouveau par le poids de l'ouvrage qu'elle n'arrivait décidément pas à anticiper, puis se dirigea d'un pas un peu moins sautillant qu'elle ne l'avait prévu vers l'étagère pour reposer le manuscrit. Délestée de son fardeau, elle revint rapidement vers Benedict, tourna son fauteuil vers lui, puis sauta dedans plus qu'elle ne s'assit. Elle replia les jambes qu'elle commençait à sentir à nouveau, puis se pencha dans un enthousiasme enfantin vers son interlocuteur.

"Je viens d'Als'kholyn, lança-t-elle d'un ton enjoué. Je n'avais jamais voyagé jusque là et je ne connais rien de la culture my'träne. Mais comme on va vivre ici pour un bon bout de temps, je voulais un peu connaître vos coutumes et votre Histoire… Mais ce bouquin - elle pointa du doigt l'étagère - m'a bien refroidie… Je suis désolée pour mon comportement de tout à l'heure et merci beaucoup de bien vouloir m'aider, dit-elle en baissant les yeux l'air contrit."

C'est fou comme c'était plus facile de s'excuser quand on joue un personnage. Esk releva le regard en papillonnant un peu des yeux d'un air innocent et reprit :

" De là où je viens, les légendes sont au coeur de nos coutumes, c'est à la fois notre passé et notre manière de le raconter. Et parfois, elles sont la seule Histoire que nous connaissons. Je me demande si c'est la même chose à My'trä… Vous devez avoir plein de contes sur les Architectes, d'épisodes de vos guerres que vous aimez raconter parce qu'ils ont construit votre culture, non ? Je pensais trouver cela ici mais j'ai mal dû choisir ma lecture. Ou bien l'auteur ne sait vraiment  pas raconter les histoires… Est-ce que tu pourrais me raconter -elle était passée au tutoiement qui collait mieux à son personnage enfantin - les contes qui élèvent vos enfants ?"

Les paroles d'Eskarina n'étaient pas entièrement hypocrites : elle affectionnait effectivement particulièrement les légendes et c'était bel et bien selon elle un des piliers les plus solides d'une culture. De plus, elle les considérait comme presque aussi fiables que l'Histoire, car si les faits avaient été déformés dans le but d'être plaisants à écouter, l'Histoire l'était également souvent mais à des fins plus sournoises telle que la manipulation politique. Enfin, il semblait naturel à Esk de débuter ses recherches par ces contes, car, dans un pays aussi intimement lié à la magie des Architectes, source inépuisable de fables, les légendes devaient être légions et lui permettraient de bien approcher la culture my'träne. Ainsi elle espérait que le savant possèdait une vaste connaissance sur le sujet.

Cependant, Esk avait appris à ne pas baser ses recherches sur une seule source, souvent trop incomplète ou subjective, et elle contait bien comparer les légendes à l'Histoire.

"Je me demandais… Est-ce que tu connaîtrais aussi un peu l'Histoire du continent ? Je trouve amusant de comparer les légendes à celle-ci : il y a souvent des différences mais aussi des différences qui se recoupent et on a ainsi une meilleure idée des faits tels qu'ils se sont réellement passés."

Elle s'interrompit un instant.

"Mais je ne voudrais pas te retenir trop longtemps : ta culture doit être très riche et tu n'aura pas le temps de tout me conter cette après-midi."

Eskarina espérait en effet ne pas devoir subir les radotages d'un vieil homme qui ne la mèneraient nulle part - les hommes de lettres aiment souvent s'écouter parler - et voulait, par sa remarque d'une finesse discutable, inciter Benedict à aller à l'essentiel, pour ne pas perdre son temps.

"Quand tu en aura assez, ou qu'il sera temps pour moi de rentrer, je ne voudrais pas inquiéter mes parents, - Esk pensa alors à la perspective du pénible voyage en barque qu'elle allait devoir faire pour ramener cette dernière à l'auberge - est-ce que tu pourrais m'indiquer des ouvrages sur ce sujet, qui soient un peu plus abordables ? "




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Dernière édition par Eskarina Hellaraxë le Sam 23 Déc - 23:37, édité 1 fois
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Benedict O'enhärt
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Sam 23 Déc - 14:42
Irys : 182876
Profession : Historien - Homme de Science - Ecrivain
My'trän +2 ~ Suhury
Cette réponse avait été un peu courte. En vérité Benedict s'inquiétait de ce que pourrait penser la jeune dame, il espérait ne pas avoir été trop froid dans sa réponse excessivement brève. Le sourire qu'elle lui adressa suffit à effacer ses inquiétudes : Non, elle ne l'avait pas mal pris, peut-être passeraient-ils tout deux un agréable moment à parler d'histoire et de légendes, c'était sans surprise le type de conversation qui plaisait grandement à Benedict.

- "Je m'appelle Eskarina. Je viens d'arriver à My'trä avec mes parents. Ils sont allés faire une course pour laquelle ils ne pouvaient pas m'emmener et, plutôt que de rester seule à l'hôtel, j'ai préféré me rendre à la bibliothèque pour découvrir la culture my'träne."

Une intéressée, simplement ? A son âge, c'était plutôt une bonne chose. Non seulement elle était jeune et intéressée, mais elle avait l'esprit d'initiative nécessaire pour se rendre d'elle même à la bibliothèque, et ce parfaitement seule dans un pays inconnu. Benedict ne pû s'empêcher de sourire, et de se demander si il était pareil, étant adolescent, avec Clara bien sûr. Au final, il supposa que oui, sans le moindre doute, puisqu'il passait ses journées à étudier de vieux recueil et le premier à faire le mur pour aller tirer des aventures de la bouche des voyageurs dans les tavernes.

La jeune dame se releva lentement, pour aller ranger l'épais volume, il était certains qu'il était trop lourd et trop dense pour une jeune femme à peine initiée à la culture my'träne et aux architectes. Qu'elle s'en délaisse assurait au moins à Benedict qu'elle serait attentive, même si il n'en doutait pas du tout, à vrai dire. Étrangement malgré le vif revirement de la jeune femme, il était persuadé qu'elle écouterais attentivement chaque parole lui permettant de gagner du temps d'une part, et d'en apprendre plus d'autre part. Alors qu'elle revenait s'assoir, Benedict pris la parole, souriant.

- "Comme je l'ai dis, je suis Benedict O'enhärt. Je suis un homme de science et de lettre, ainsi qu'un adepte de Möchlög. Je suis ravi de faire ta connaissance Eskarina. Il est rare de croiser des esprits intéressés par les cultures étrangères, parfois."

- "Je viens d'Als'kholyn. Je n'avais jamais voyagé jusque là et je ne connais rien de la culture my'träne. Mais comme on va vivre ici pour un bon bout de temps, je voulais un peu connaître vos coutumes et votre Histoire… Mais ce bouquin m'a bien refroidie… Je suis désolée pour mon comportement de tout à l'heure et merci beaucoup de bien vouloir m'aider."

Et la voilà qui s'excusait, il va sans dire que la jeune femme semblait désireuse de se racheter une conduite, ce que Benedict accueillit avec un sourire qu'il espérait agréable et chaleureux. Il hocha doucement la tête à ses paroles, en se contentant de retenir les quelques détails de cette surprenante rencontre, pourtant bien amusante, il faut le dire. Ainsi elle était originaire d'Als'Kholyn ? Benedict n'avait que rarement voyagé vers ces terres, il n'y avait passé qu'une ou deux semaines dans sa vie pour l'étude d'une plante particulièrement vigoureuse.

- "Ne vous en faites pas. Croyez le ou non, j'ai été adolescent aussi." Il ponctua sa phrase par un léger rire, avant de reprendre. "Mais de rien, c'est aussi mon rôle de renseigner les rares intéressés. J'espère que notre culture sera à la hauteur de vos attentes."


- "De là où je viens, les légendes sont au coeur de nos coutumes, c'est à la fois notre passé et notre manière de le raconter. Et parfois, elles sont la seule Histoire que nous connaissons. Je me demande si c'est la même chose à My'trä… Vous devez avoir plein de contes sur les Architectes, d'épisodes de vos guerres que vous aimez raconter parce qu'ils ont construit votre culture, non ? Je pensais trouver cela ici mais j'ai mal dû choisir ma lecture. Ou bien l'auteur ne sait vraiment  pas raconter les histoires… Est-ce que tu pourrais me raconter les contes qui élèvent vos enfants ?"

Benedict hocha lentement, le soudain passage au tutoiement n'était pas pour le déranger, en réalité il n'en avait pas grand chose à faire. Il aimer à ce que la jeunesse marque un certain respect pour sa personne, mais dans une discussion sur un sujet précis et complexe, s'encombrer des convenances ralentissait généralement le rythme et freinais l'avancée d'un débat, d'une explication, ou même d'une étude, c'est pourquoi il passa à son tour au tutoiement, bien décidé à raconter l'une des plus anciennes légendes my'träne.

- "En My'trä, l'histoire est aussi grandement véhiculée par les prières et les odes à l'honneur des Architectes. C'est la raison pour laquelle je t'avais conseiller un manuscrit religieux. Bien que dirigé et donc un peu décalé, ils permettent de bien s'informer sur le passé ou sur les événements, même si il faut ensuite revérifier les faits derrière. Il y a un conte particulièrement connu, sur ce continent. C'est celui de la Fontaine d'Ethan. Souhaites-tu que je te le racontes ? Il a plus pour but de faire retenir certaines leçons aux jeunes enfants, ou au moins jeune, c'est une sorte d'outil d'éducation en plus d'un repère simplement historique."

- "Je me demandais… Est-ce que tu connaîtrais aussi un peu l'Histoire du continent ? Je trouve amusant de comparer les légendes à celle-ci : il y a souvent des différences mais aussi des différences qui se recoupent et on a ainsi une meilleure idée des faits tels qu'ils se sont réellement passés."

Benedict hocha lentement, une nouvelle fois. Il releva une certaine vivacité d'esprit de la jeune femme, il est certains qu'elle serait particulièrement intelligente, avec une telle démarche. Du moins si elle parvenait à la reporter dans diverses domaines qui lui portaient particulièrement à coeur. Il se prit alors à espérer qu'elle deviendrait une savante, qui ajouterait sa pierre à l'édifice, car l'Histoire était encore bien sombre, de même que la géologie, ou encore la zoologie actuelle. Il fallait plus de personnes pour en tracer les contours avec finesse et précision.

- "Tu m'as l'air particulièrement vive d'esprit pour ton jeune âge. Oui, je connais pas mal de faits et traditions nées de certains événements, ainsi que des morceaux d'histoire, qui ont tendance à rendre compréhensible certains évènements présents ou futurs."

- "Mais je ne voudrais pas te retenir trop longtemps : ta culture doit être très riche et tu n'aura pas le temps de tout me conter cette après-midi."

- "Quand tu en aura assez, ou qu'il sera temps pour moi de rentrer, je ne voudrais pas inquiéter mes parents, est-ce que tu pourrais m'indiquer des ouvrages sur ce sujet, qui soient un peu plus abordables ?"

Benedict se fendit d'un sourire, avant d'hocher lentement, il caressa lentement la couverture de l'épais manuscrit vieillit sur ses jambes, avant de lentement le soulever pour le poser sur l'un des accoudoirs solide du fauteuil, prenant bien soin à ne pas le faire tomber. Il vient ensuite joindre ses doigts, en croisant lentement les jambes, le regard posé sur la jeune fille.

- "Tu n'auras qu'à m'arrêter quand tu le souhaiteras, je ne compte pas m'en aller de si tôt pour ma part, j'ai encore un manuscrit à consulter. Je vais essayer d'être concis pour que tu aient déjà des bonnes pistes à creuser si ça t'intéresse. Concernant les manuscrits, je ne peux que te conseiller la série de : "Mythes & Légendes" qui trace un peu les contes et légendes inhérentes à chaque architecte. Ils sont peu épais généralement, et agréable à lire. Va donc les prendre, puis nous pourront commencer. Tu souhaites que je commences par un ou deux contes, ou par des faits historiques important ?"


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Eskarina Hellaraxë
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Mar 26 Déc - 19:52
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Guilde +1 (femme)
C’était gagné. La petite comédie d’Eskarina était passée inaperçue et avait été efficace. Benedict semblait maintenant totalement disposé à lui fournir les renseignements qu’elle désirait, et ce, sans trop tourner autour du pot. De plus, Eskarina avait la confirmation d’une de ses présomptions : le savant ne paraissait décidément pas dangereux. Une sérénité totale semblait l’habiter, et il avait l’air animé par une passion des connaissances et de leur transmission. Il consacrait à Esk toute son attention, comme le prouvait le fait qu’il ait délaissé sa lecture au profit de l’enseignement qu’il allait prodiguer.

La légende de La Fontaine d’Ethan, cela n’évoquait rien à Eskarina, si ce n’est une indescriptible envie de savoir. C’était la même chose à chaque fois qu’on lui parlait d’une histoire, elle avait envie de savoir, et si on lui refusait le conte, c’était pour elle une réelle source de frustration.

Maintenant que sa curiosité avait suffisamment été titillée pour ne plus pouvoir se rendormir, le choix entre les contes et l’Histoire était vite fait :

« Je veux bien que tu me racontes l’histoire de La Fontaine d’Ethan, et qu’ensuite tu me décrives le contexte historique qui va avec, et que l’on progresse ainsi dans le temps… Ca te va comme manière de procéder ? »

Elle se leva pour aller chercher les ouvrages que lui avait demandé Benedict. Cependant, elle ne trouva rien dans la section Civilisation comme elle l’avait espéré, car celle-ci ne semblait occupée que par des ouvrages semblables à celui qu’elle venait de reposer. Cette constatation ne fut pas pour lui déplaire : si la série Mythes & Légendes s’était constituée de plusieurs volumes semblables au pavé qu’elle avait eu entre les mains, elle aurait été bonne pour une dépression.

Elle redescendit donc l’escalier en colimaçon qui menait au rez-de-chaussée, ne voulant pas à nouveau déranger Benedict qui semblait avoir repris sa lecture. Elle retourna donc voir la bibliothécaire, qui l’accueillit avec un nouveau regard désapprobateur.

« De quoi avez-vous besoin… ? grinça-t-elle, comme se retenant de justesse de rajouter un « encore » agacé. »

Esk la dévisagea. L’envie de lui faire une réponse désagréable la démangeait terriblement. Quelle vieille chouette ! Aigrie par de vieux livres assommants et par de longues journées de solitude, probablement.  C’était à cause de personnes comme elle que la réputation des bibliothécaires était aussi lamentable. Esk renonça et baissa les yeux, mettant fin à l’affrontement. Elle avait eu de la chance avec Benedict. Il ne lui fallait pas tenter le sort, d’autant plus que la femme semblait autrement plus récalcitrante que le savant, et que la bibliothèque était bien trop grande pour chercher à l’aveuglette.

« Je cherche la collection Mythes et Légendes, répondit-elle, sans parvenir à totalement faire disparaître l’irritation qu’elle ressentait. »

Un sourire narquois qui déplut tout à fait à Esk se dessina sur le visage de la bibliothécaire.

« C’est dans la section dédiée aux enfants. Elle est au rez-de-chaussée. On a préféré ne pas la situer à un étage, car ils se blessent facilement, les petits bouts de choux. »

Esk leva les yeux au ciel et eut l’impression de faire un effort surhumain pour retenir un soupir d’exaspération. Ce n’était pas le fait de lire des livres pour enfants qui la dérangeait : quand on ne connaît rien à une culture ou à une matière de façon générale, alors qu’elle est enseignée dès le plus jeune âge aux autochtones, il est normal de commencer au niveau le plus bas. Et puis, son âme de gamine adorant les contes n’était jamais trop fière pour un livre d’images. Non, ce qui l’agaçait au plus au point, c’était la bêtise de la réaction de la bibliothécaire. C’était horriblement mesquin de rabaisser et de se moquer de ceux qui cherchaient à apprendre. Mais ce genre de comportement était trop familier à Esk pour que cela la décourage : beaucoup de ses professeurs, lorsqu’elle était encore débutante dans l’art de l’assassinat, abusaient de leur supériorité et étaient coutumiers des humiliations.

Sans prendre la peine de répondre - et franchement, c’était préférable pour la bibliothécaire, Esk se dirigea dans la direction que la femme avait indiqué d’un mouvement de tête. Et dire qu’on lui reprochait souvent sa grossièreté.

Benedict ne s’était pas moquée d’elle, contrairement à ce qu’elle aurait pu penser avec la réaction de la bibliothécaire : la collection Mythes & Légendes était certes au rayon enfant, mais n’était tout de même une petite série de livres que l’on met dans le berceau des nourrissons pour qu’ils passent le temps. En feuilletant les livres, Esk aperçut certes quelques images, mais ils étaient en grosse partie composés du texte. Les ouvrages étaient triés par Architectes et à l’intérieur de chaque livre, les contes étaient ordonnés par région. Eskarina sourit. C’était parfait. Des heures de lecture passionnante en perspective. Elle s’empara de la collection - qui pesait dans son ensemble plus que le rébarbatif Civilisation my’trän : des Architectes à l’organisation du continent - et remonta à grandes enjambées l’escalier jusqu’au deuxième étage, impatiente d’écouter les contes. Elle se rassit dans son fauteuil, posa la pile de livres à côté d’elle et attendit - avec une fébrilité palpable - que Benedict daigne s’intéresser à nouveau à elle.




Esk parle en 33cc00
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Benedict O'enhärt
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Sam 30 Déc - 16:02
Irys : 182876
Profession : Historien - Homme de Science - Ecrivain
My'trän +2 ~ Suhury
Spoiler:
 


Benedict hocha lentement à sa proposition, l'air amusé. Puis il l'observa se lever pour se diriger d'un rayon à l'autre à la recherche des manuscrits qu'il lui avait conseillé. Il se souvint alors de ces mêmes manuscrits, dans ses propres mains, quelque années auparavant. Ils n'étaient certes plus très récents, mais leurs contenus était resté au même point de sorte qu'ils n'avaient pas pris une ride, à son inverse. Benedict faillit rire, voilà qu'il se plaignait de son âge, pourtant il n'était pas encore vieux, loin de là, et il était encore en excellente forme physique. Enfin, il espérait que la jeune femme trouve son bonheur dans ces ouvrages, malgré qu'ils soient adapté à un public jeune, il fallait tout de même s'intéresser au domaine pour que le livre ne semble pas tout à fait rasoir, enfin à priori il n'y avait pas à trop s'en faire de ce coté là, la jeune femme semblait sinon intéressée au moins désireuse de passer le temps. Les contes semblaient particulièrement lui plaire également, Benedict ne pu s'empêcher de sourire à cette remarque, il était parfois facile d'oublier qu'il avait en fasse d'elle une jeune fille qui ne devait pas dépassé les seize années. Il lui restait encore tant de chemin à parcourir, en y réfléchissant, il n'était lui même pas sûr d'avoir parcouru tant de chemin que ça...

Il battit des paupières, alors que la jeune femme se trouvait de nouveau devant lui, perdu dans ses pensées il l'avait faite patienter quelque minutes avant de se reprendre. Il toussota en lui adressant une grimace d'excuse.

- "Hm.. Vous avez été rapide. Excusez moi, je me suis perdu dans mes pensées. Bien... la Fontaine d'Ethan."

Benedict pris quelque instants pour recentrer ses pensées, en venant lentement gratter son bouc de ses ongles. La Fontaine d'Ethan était un conte très ancien, mais disons que le replacer dans le contexte historique était assez compliqué, de par les informations données.

- "Ethan était un protecteur de la cité de Busad, un bourreau. Une jeune femme vagabonde, elle, était le vice qui assaillait la cité. Alors de son rôle, Ethan dû l'exécutée. Tout le monde trouvait ça juste, sauf Ethan qui lui était épris de la jeune femme. Alors en secret, dans les geôles, tout deux s'unirent par des promesses mensongères. Lui promit de la libérer alors qu'il dû l'exécutée, elle lui promit de rester à jamais alors qu'elle aurait dû s'enfuir. Comme elle l'aurait dû, elle essayer de s'enfuir par plusieurs fois, mais à chaque fois Ethan la rattrapa et alors que le temps passait et qu'ils se promettaient maison et enfants, Ethan ne pu offrir à sa dulcinée que quelque parole et l'acier. Il s'enfuit hors de la ville près d'un rocher, où il se laissa aller à son chagrin et pleura des nuits durant. Elle n'avait jamais cru ses promesses, et elle ne lui en voulait pas. Lui avait cru à chacun de ses mots et ne se pardonnerait pas. Encore aujourd'hui, à Busad, Ethan pleure la perte de sa bien aimée, disciple de Dalaï exécutée. Pendant un bref instant, les adeptes de Delkhii et de Dalaï furent unis. Encore aujourd'hui, Ethan pleure la perte de sa bien aimée, ayant reçu les bénédiction de Dalaï. On le dit heureux, seul avec sa bien aimée loin de ceux qui lui avaient donné l'ordre de l'éteindre."

Benedict resta silencieux de longs instants, il n'avait pas répété le Conte à l'identique, ce qui lui en avait fait perdre de son charme, mais il ne voulait pas surcharger la jeune femme de détail alors même qu'elle aurait sans doute des difficultés à comprendre cette version simplifiée. Dans un profond silence, il se remémora alors sa propre visite à la fontaine d'Ethan dans un léger déglutissement, avant de se redresser dans son fauteuil avant de joindre ses doigts lentement.

- "Les régions du Kharaal Gazar et de Zagash ont toujours été fonciérement opposées. Delkhii et Dalaï, deux des grands Créateurs, ne se sont jamais bien entendu, et cette tension s'est répercutée sur leurs disciples. Ainsi il y a fort à parier que la jeune femme du Conte n'ai rien fait qui mérite la mort, si ce n'est de vagabonder depuis Zagash. Busad est la capitale de Kharaal Gazar, si tu t'y rends, tu pourras voir de tes propres yeux la Fontaine d'Ethan. Ce conte s'inscrit dans un grand problème géopolitique My'trän. Concrètement, bien que nous soyons tous des disciples des architectes, il peut arriver que nous soyons opposés, parce que nous ne sommes pas un tout solide et uni. Nous sommes au contraire plusieurs régions, avec des gouvernances légèrement différentes et des croyances semblable mais différentes qui nous sommes unis en un bloc. C'est là l'une des choses primordiales sur notre culture. Nous sommes un mélange d'un grand nombre de traditions, d'histoire, de croyances. Ce qui explique qu'il est parfois si dur de tracer la chronologie des évènements. Les habitants de Zagash vénèrent Dalaï. Ceux du Kharaal Gazar vénèrent Delkhii, ceux de Zolios vénère Süns, ceux de Khurmag : Khugaatsa, et enfin ceux de Suhury comme moi vénérons Möchlög. Mais il y a des exceptions, en quelque sorte. Les Disciples d'Orshin et d'Amisgal sont des nomades, c'est à dire qu'ils ne sont généralement attachés à aucune région. Quand aux habitants de Suhury, la région étant centrale, on retrouve généralement des disciples de tout les architectes, notamment à la capitale My'träne, Darga, où tu as des quartiers pour chaque architecte."

Benedict se fend d'un léger sourire, il espérait avoir été assez clair, alors il invita sa jeune élève à poser ses questions d'un simple geste de la main. Il espérait ne pas avoir pris un ton trop professoral, mais il ne s'en faisait pas trop, au final la jeune femme était là pour apprendre, et il lui semblait avoir plutôt bien compilé les informations sur le contexte du Conte, si elle souhaitait des précisions, elle n'aurait qu'à demander.


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Eskarina Hellaraxë
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Mer 3 Jan - 23:52
Irys : 302604
Profession : Assassin
Guilde +1 (femme)
Eskarina écouta attentivement le conte de Benedict, et comprit tout à fait en quoi il illustrait les différends entre les adeptes de Dalaï et de Delkhii. Ainsi, les My’trän étaient loin d’être un peuple uni. Maintenant qu’elle avait appris cela, une foule de questions se pressaient dans sa tête. Puisque Benedict semblait disposé à y répondre, elle se lança :

« Donc si j’ai bien compris, les régions de Kharaal Gazar et de Zagash sont ennemies. Est-ce que c’est le cas pour d’autres régions ? Y-a-t-il des guerres ouvertes ? Ou est-ce qu’il s’agit plus de complots fomentés dans l’ombre ? J’avais aussi appris que lors de l’invasion daënare, aucune des régions n’était venue en aide aux adeptes de Khugaatsa. Je dois dire que je n’ai jamais vraiment compris pourquoi, les Daënars sont forts et si vous ne faites pas front commun ensemble, le résultat aurait pu être catastrophique, non ? C’est vraiment si difficile d’oublier les vieilles rancoeurs ? Surtout si celles-ci peuvent causer votre perte. »

Eskarina s’interrompit : ce n’était peut-être pas des plus avisés de faire la morale à un My’trän, surtout s’il était en train de vous aider. Mais Benedict avait l’air d’un sage, et semblait prêt à écouter son point de vue. Ce ne serait après tout pas la première fois qu’il essuierait son insolence. Elle reprit alors :

« Si les Daënars reviennent, et qu’ils sont cette fois-ci mieux préparés, et plus déterminés, si vous ne vous alliez pas, vous risquez de perdre très rapidement la guerre. Le semblant de paix qui règne pour l’instant repose sur un commun accord, et rien ne vous dit que l’esprit de conquête des Daënars ne vienne un jour le briser. Eparpillés et aussi peu organisés, vous ne résisteriez pas longtemps. »

Bon, il était temps de changer de sujet. Insister trop longtemps pourrait finir par irriter son interlocuteur, surtout qu’elle était loin d'être un expert en matière de stratégie. Elle savait que la situation devait être bien plus compliquée, même si la bêtise humaine a souvent tendance à empirer les choses, et à les compliquer inutilement. Le pouvoir et l’argent avaient hélas bien trop d’influence sur le monde, et étaient la source de nombreux conflits.

Cependant, il lui fallait mieux comprendre les Architectes. Elle feuilleta quelques instants les livres qu’elle avait apportés avec elle. Si certains contes ne semblaient avoir qu’une portée moralisatrice, porteurs de messages universels et communs à bon nombre de cultures; quelques uns retinrent l’attention d’Eskarina :

« Oh ! Je vois un conte sur la ville de Dyen ! Il y a des dragons là-bas non ? Tu t’y connais en dragons ? »

L’enthousiasme d’Eskarina n’était pas feint. Les dragons étaient des créatures qui la passionnaient. Elle rêvait d’en voir de ses propres yeux. Ils étaient dangereux, nobles et intelligents. Elle continuait à parcourir distraitement les ouvrages, la tête remplie de monstres cracheurs de flammes. Soudain, elle reprit ses esprits : elle se mordit la lèvre et releva le regard. Elle était tellement excitée qu’elle n’arrêtait pas de parler. Les moments de silence étaient très brefs. Elle devait avoir l’air d’être une gamine de six ans, à jacasser sans arrêt. Et puis, elle était en train d’oublier le but de sa visite : se renseigner sur la géopolitique my’träne. Si elle s’écoutait, elle dévorerait tous les ouvrages, lirait tous les contes, même les plus insignifiants, car même si elle la morale était toujours la même, l’histoire était à chaque fois différente. Elle adorait ça.

Un peu calmée, elle reprit :

« Les histoires répertoriées dans ces ouvrages semblent se dérouler avant la fondation du continent daënar. Est-ce que tu pourrais aussi me raconter certains épisodes qui se sont passés postérieurement, comme des batailles entre les deux nations, s’il te plaît ? »

Eskarina s’interrompit et sourit, un peu gênée : il était largement temps de laisser Benedict en placer une.




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Benedict O'enhärt
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Jeu 4 Jan - 16:31
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Profession : Historien - Homme de Science - Ecrivain
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En écoutant la jeune femme, Benedict ne pû s’empêcher de remarquer une nouvelle fois la vivacité d’esprit dont elle faisait preuve malgré son jeune âge. D’aussi loin qu’il se souvenait, il n’avait jamais réellement été intéressé par autre chose que sa petite personne avant ses dix sept ans… Seize si l’on était généreux. Il ne pût s’empêcher de plonger dans le futur, si elle continuait de s’intéresser au monde et à ses mystères, elle pourrait en savoir autant que lui autour de ses vingt cinq ans, elle aurait plus de temps encore que lui pour faire des découvertes et faire avancer le monde. Elle pourrait peut-être faire une découverte qui changerait le visage du monde, ou nous le présenterait sous un nouveau jour. Au fond de lui, Benedict espérait qu’elle choisirait une vie d’érudition et de noblesse étant donné qu’elle en montrait les capacités certaines. Quoi que ses parents en disent, elle avait un esprit brillant, scientifique et rigoureux, mais imaginatif à la façon des plus grands littéraire.

- Ne vas pas t’imaginer des guerres de mage avec des centaines de bataillons courant vers l’ennemie en hurlant. Ce qui forge cette… rivalité, entre les disciples de Delkhii, et les disciples de Dalaï, revient au fait que Delkhii, créateur de la Terre, s’est vu envahir par Dalaï, créatrice de l’Océan. L’un est aussi important, indispensable, et puissant que l’autre, tu comprends ? C’est ce qui a forgé cette rivalité. Autrefois il a peut-être été question de guerres, mais aujourd’hui, il s’agit surtout d’une rivalité culturelle et idéologique. Les disciples de l’un ne vont pas taper gratuitement sur les disciples de l’autre, ou du moins les régions ne cautionnent pas ces actions déviantes. Et ce sont les seules régions qui sont réellement opposées, d’autres sont en désaccord, mais rarement au point de Zagash et du Kharaal Gazar qui ont un motif de rivalité… ancestral.


Benedict s’accorda alors quelque instants pour réfléchir au second problème soulevés par sa jeune élève. Il vient lentement se gratter son bouc dans un léger son de réflexion. En réalité Benedict ne s’était jamais posé la question de savoir si les Daënars viendrait un jour les envahir, pour lui il était clair que ce ne serait pas le cas… Les My’träns étant protégés par les Architectes, même si les Daënars parvenaient à faire des percés décisives, les Architectes interviendraient. Déjà qu’ils tolèrent leur existence, ils n’iront pas jusqu’à tolérer la disparition de la branche raisonnée de l’espèce… Enfin.. Il se fendit d’un léger sourire, jugeant que l’explication serait un peu trop complexe prise dans ce sens, il se redressant lentement dans son fauteuil, souriant alors à sa jeune élève.

- Tu as raison, si les Daënars revenaient mieux armés et plus déterminés, nous aurions du soucis à nous faire. Mais n’oublie pas qu’eux n’ont plus ne sont pas une seule et même entité, et même si ça en a l’air, il se joue de compromis au sein de leur fédération. Certaines régions Daënar refuseront toujours de se lancer en guerre alors qu’ils sont en paix et sur un territoire où aucun My’trän ne met le pied. Egalement, tu sais que certaines régions ont aidé les exilés Daënars.. ? Prend le Kharaal Gazar pour exemple. Les Disciples de Delkhii sont d’une patience et d’une tolérance à la hauteur de leur hospitalité, certains ont aidé les exilés à survivre. Si demain ces mêmes exilés revenaient pour s’emparer de nos terres ancestrales, ils se retrouveraient confronté à une région supplémentaire, et les disciples de Delkhii ne sont pas un atout négociable. Malgré tout l’or du monde, rien ne peut retirer aux My’trän leur foi, retient bien ça, chère élève.

Benedict se fendit d’un lent sourire alors que son élève se perdait en palabre et tirades. Amusé par son monologue, il la laissa s’exprimer avec bienveillance et patience. Il ne s’était jamais vraiment considéré comme un professeur, mais il se pensait finalement assez doué pour ça, au fond. Transmettre ce qu’il avait lui même appris lui semblait quelque chose de si essentiel… a quoi bon faire des découvertes pour qu’elles soient perdues et oubliées, puis redécouvertes et altérées ? C’était aussi là la raison pour laquelle il mettait ses pensées et ses aventures sur papier, pour ne pas lui même oublier. Un jour il ferait des ouvrages pour que tout my’trän connaisse l’histoire de son peuple, de ceux qui l’ont précédé. Sans savoir pourquoi ni comment, Benedict était persuadé que cela rendrait le monde meilleur. Sans doute parce qu’une personne ne saurait reproduire sciemment une erreur déjà faites dans le passé. Alors que la jeune femme lui adressa un sourire gêné, il lui adressa à son tour un sourire qu’il voulait bienveillant, il hocha doucement du chef, avant de se redresser dans son fauteuil, il avait au fil de la tirade de son élève glissé en avant, de sorte à poser son coude sur son genou, et sa main autour de son menton. Alors qu’il se redressait, il porta la main à son bouc, qu’il gratta longuement alors qu’il réfléchissait au sujet abordé.

- Aucune ne me vient réellement… il faut savoir que le peuple My’trän et le peuple né des exilés - les Daënars -, ont toujours connu des tensions de par les évenements passés. Alors, lorsque les Daënars ont mis sur pied leur technologie, ils ont formé une armée, et on fondu sur Zolios. Nous n’étions pas préparé, et la technologie nous était parfaitement inconnue, alors les Daënars ont pris Eoril, la capitale de Zolios, puis ils ont avancé vers le nord pour tenter d’atteindre Darga. Mais dans leur soif de vengeance inépuisable, ils avaient négligé que deux septièmes des forces My’trän sont des nomades qui voyagent à travers les pays et les terres, alors les nomades situés en Nislegiin et au Sud de My’trä se sont réunis, et ont pris les forces Daënars à revers, de sorte qu’elles ont été forcés de battre en retraite puis de quitter my’trä. Les deux nations ont perdu beaucoup de plumes, et nous, My’trän, avons vu beaucoup de nos civils, des femmes, des enfants, périrent dans une ville prise d’assaut sans déclaration de guerre… Honnêtement, si un jour nos deux pays entre en guerre, je prie les architecte pour que les miens aient pitiés des nouvelles générations Daënars… embrigadés dans l’idée de leurs ancêtres sans même connaître la voie des Architectes. Ils ne méritent pas d’être exécutés pour les erreurs de leurs parents. Et pour Dyen, plus qu’une histoire, c’est sa culture qui est intéressante.. Vois-tu, Dyen est une cité libre. Ni My’träne, ni Daënar, mais la ville a une tradition très ancrée autour des Dragons, ces créatures majestueuses à l’image de la Grande Amisgal. Malgré qu’ils ne soient pas my’trän, leur foi se trouve en Amisgal.

Benedict se fend d’un sourire, admirant du même temps l’attention que porte la jeune femme à ses récits, elle semblait réellement intéressée. Si seulement plus de monde était comme elle.

- Souhaites-tu une autre histoire, jeune Eskarina ? Mais n’oublie pas que l’heure tourne, évite d’inquiéter tes parents.


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Eskarina Hellaraxë
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Sam 6 Jan - 12:00
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Eskarina réfléchissait. Ainsi, les My’träns ne seraient pas autant désunis qu’elle l’avait cru… Elle voulait bien le croire, mais nota quand même que certaines rivalités étaient exploitables. Et surtout, il apparaissait que c’était grâce à l’aide des peuples nomades que les envahisseurs avaient été repoussés lors de la dernière guerre. Les autres My’träns - ceux qui n’avaient pas directement été touchés par le conflit - ne semblaient pas avoir levé le petit doigt.

Elle répondit au sourire de Benedict par un sourire plus franc que le précédent. Effectivement, il commençait à se faire tard, et il lui fallait encore rentrer en barque - ce qui s’annonçait pas tâche aisée. Elle était satisfaite de ce qu’elle avait appris. C’étaient de bonnes bases de la culture my’träne, elle apprendrait le reste au fur et à mesure de ses voyages. Tout ne pouvait s’enseigner dans les livres. Benedict lui avait fait gagner un temps considérable. Elle qui avait prévu plusieurs jours pour se renseigner à la bibliothèque, elle n’en avait eu finalement besoin que d’un seul. Elle pourrait repartir plus tôt, tout en prenant le temps de visiter un peu la ville, et d’approfondir les connaissances que lui avait données Benedict. Elle remercia sincèrement le sage :

« Merci beaucoup Benedict, grâce à toi, j’ai pu apprendre beaucoup de choses sur la culture my’träne, et je continuerai à apprendre avec l’expérience. J’ai pris beaucoup de plaisir à t’écouter, tes histoires étaient passionnantes ! »

Elle se leva pour déposer un léger baiser sur sa joue, toujours dans son rôle de petite fille naïve, mais le contact ne lui provoqua aucun dégoût, contrairement à ce qu’elle ressentait d’habitude dans des situations similaires. Elle appréciait vraiment le philosophe. Non content de ne représenter aucune menace pour elle, il avait été patient et doux avec elle et lui avait donné beaucoup de son temps. Elle lui était sincèrement reconnaissante.

« J’espère que l’on se reverra ! »

Ce souhait lui venait du fond du coeur. Elle ramassa les ouvrages qu’elle avait empruntés, puis, avec un dernier signe de la main en direction de Benedict, redescendit les escaliers jusqu’au rez-de-chaussée. Devant l’étagère d’où provenaient les ouvrages, elle ne put résister à s’arrêter un instant pour lire un conte supplémentaire - elle avait le temps. Elle reposa ensuite soigneusement les ouvrages à leur place et se dirigea vers la sortie.

En passant devant le comptoir de la bibliothèque, elle ne put s’empêcher de lancer, sur un ton sardonique :

« Merci pour votre chaleureux accueil ! »

La femme lui jeta un regard noir, qu’Eskarina ne se priva pas de retourner avant de franchir les portes de l’édifice.

Elle se surprit à espérer que quelqu’un ait volé sa barque, pour ne pas avoir à subir le chemin du retour; mais elle retrouva l’embarcation là où elle l’avait trouvée. Bon, se dit-elle dans un soupir, ça lui éviterait d’avoir à la rembourser…

Le chemin du retour fut finalement moins pénible qu’elle l’avait pensé : elle avait fini par prendre le coup. Elle arriva néanmoins épuisée à l’auberge, rompue par l’effort de l’aller-retour et de la concentration dont elle avait dû faire preuve pour retenir les informations que Benedict lui avaient données. Elle avala rapidement une soupe dont elle apprécia grandement la douce chaleur puis monta dans sa chambre où elle prit un long bain tiède pour se détendre. La fatigue se faisant encore plus présente une fois ses muscles relâchés, elle se traîna jusqu’à son lit. Elle s’endormit comme une masse.




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Benedict O'enhärt
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Dim 7 Jan - 17:36
Irys : 182876
Profession : Historien - Homme de Science - Ecrivain
My'trän +2 ~ Suhury
Benedict observa la jeune femme de long instant, avant de se fendre d'un sourire sincère. Il était pour le moins comique de mettre côte à côte ses premières paroles à son encontre, et ce qui semble être ses dernières pour cette rencontre. Plus que comique, Benedict aurait même caractériser ça de paradoxal, mais il mit ça sur le compte de l'adolescence. Les fines lèvres de l'adolescente effleurèrent sa joue, et alors qu'elle se redressait, il se laisse peser sur le dossier de son fauteuil, en lui adressant un lent signe du chef.

- Ce fût un plaisir, tu as été une élève attentive. Dit-il d'un ton emplie de sincérité.

- J'espère que l'on se reverra !

- Oh, j'espère aussi, oui.

Benedict l'observa s'éloigner après l'avoir remercier une fois encore, alors il se fendit d'un sourire en posant son regard dans les flammes. Était-ce de la tristesse qu'il ressentait.. ? Non.. autre chose. De la déception, oui. Il aimait dispenser des cours de cette façon, mais était-il déçu que ce soit terminé, ou était-il déçu de ne pouvoir apprécier le résultat de cet enseignement sur sa personne.. ? Lui même n'aurait su le dire, mais il observa encore longuement les flammes s'agiter dans l'âtre avec un mélange de déception et d'amusement. Benedict avait toujours eu cette sensibilité quand il agissait pour ou avec un autre être vivant, cette sensibilité qui le poussait à toujours se demander si il avait bien fait les choses, et à réfléchir sur ce que ses actions auront comme conséquence sur lui même, ainsi que sur le reste de son environnement. La plupart du temps, la conséquence était surtout personnelle, comme cette fois. Il se promit de ne pas oublier la jeune fille, ne serait-ce que pour pouvoir se rassurer du fait que l'érudisme ne meurt pas derrière le fer des armes.

Benedict soupira doucement, le temps passait, et lui non plus n'avait pas tout son temps. Il saisit le vieux manuscrit, afin de retourner à son contenu, il prit soin de déplier une feuille blanche, et d'y inscrire les événements qui lui semblaient les plus marquants, des dates, des repères, des lignées de Gharyn, des noms, des décisions importantes. Même si le livre n'était au final qu'un recueil de conte, de légende, et très peu d'histoire, des références y seraient sans le moindre doute disséminé.

Une fois satisfait, il se releva, et retourna reporter l'ouvrage à la bibliothécaire en lui adressant un léger sourire qu'il fût ravie de se voir retourner. Il quitta la bibliothèque lorsque le soleil disparaissait lentement dans des éclats rouge et orangés, alors il soupira. Demain il repartirait en direction de Zolios... Décidément il n'aurait aucun repos. Il se mit à marcher en direction de l'auberge, avant de s'immobiliser à quelque rues de là, fronçant les sourcils. Il se maudit alors de s'être arrêté, mais il ne pourrait pas dormir sans avoir pris des nouvelles du jeune homme blessé. De plus si il voulait pouvoir partir demain sans accroc, il devrait d'abord se présenter au bâtiment des protecteurs. En se massant lentement les paupières, il pivota lentement pour se rendre au bâtiment, déjà qu'il n'allait pas dormir, il n'était plus à ça près, il prendrait d'abord des nouvelles des garçons et de cette histoire, puis irait se reposer avant le départ.


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Lloyhr & Kalysta
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Mar 23 Jan - 0:59
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Profession : Tueur d'anomalies bénévole
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L’œuvre d’Edrick Rom’da avait cela d’exceptionnel qu’elle recelait d’innombrables trésors de l’Histoire Zagashienne, imprimés à l’encre sur le manuscrit et pourtant ignorés de beaucoup. L’auteur avait le mérite et la disgrâce d’avoir fait preuve d’une curiosité à toute épreuve, et d’une rigueur sans précédent dans son domaine, en récoltant des témoignages au-delà de sa contrée. Des éléments de l’histoire apportés par des non natifs de Zagash figuraient dans ses écrits au même titre que ceux fournis par la population locale, et justifiaient du rejet tacite de sa science par le peuple de Dalai.

De cet ensemble résultait un ouvrage démentant nombre des victoires de certaines tribus actuelles aux dépends d’autres, invariablement étrangères. Si certains intellectuels s’étaient indignés du déni du peuple de l’eau, ils avaient vite déchanté devant la fibre patriotique qui s’était dressée sur leur chemin. Le manuscrit avait donc été relégué à une étagère poussiéreuse de la bibliothèque de sa ville de naissance, où on portait encore ses efforts dans son cœur, et ce malgré son ineffable blasphème. Peut-être dans l’espoir que les pages se gâteraient sous l’effet du temps, ou qui sait, qu’il convainque les rares curieux parcourant ces pages du fait que les historiens faisaient leur pain sur leurs mensonges, et quêtaient la controverse plus qu’ils ne retraçaient les aventures réelles auxquelles seules les légendes transmises depuis des siècles rendent justice ! C’était une morale illogique que le fameux Rom’da s’évertuait par ailleurs à démonter dans les toutes premières pages qu’il rédigea, puisque s’il n’avait aucune preuve concrète de son honnêteté, il tenait néanmoins à rendre crédibles les faits exposés.

Pour la première fois depuis longtemps, au moins autant d’années qu’un menuisier à la retraite ne compte de doigts, on ouvrit ce manuscrit en piteux état, abîmé par trop de négligence et de mépris davantage que par le sablier qui se déverse. Benedict s’adonna par exemple à la lecture de paragraphes épars, effacés en certains endroits par le papier effrité, tels que :

... Lorhei, contre toute attente, sauvera l’assassin, et achèvera l’orphelin ... déchu, déçu, il cédera à l’inconscience, pour se réveiller dans la pénombre humide d’un lieu souterrain. Ne découvrant nulle issue à sa cellule et à sa solitude, il sombrera dans la noirceur environnante, non sans gratter les murs de sigles occultes. Autrefois fier combattant, il périt de son corps affaibli mais surtout de ses délires ... Devenu anomalie de par sa tragique mélancolie, l’injustice voulut que seul son régisseur fût à même de retrouver sa trace, perdue bien des années auparavant. Lorsque le régisseur en question apparut à ses yeux rendus perçants d’avoir dévisagé trop longtemps la reine obscurité, il n’était plus qu’une épave de lui-même ... Il se laissa mourir sans protester, malgré dix ans de lutte acharnée pour survivre dans ces conditions déplorables que l’on connaît ... ‘rhei a assurément existé, et mit un terme par son déshonneur à un conflit de plusieurs générations. Si son histoire est fabuleuse, la conviction du vieillard qui me l’a contée est trop véhémente pour ... L’oubli aurait dû effacer les bribes de sa mémoire. Il y a davantage que ce que les mythes racontent, car Lorhei n’est pas mort comme on le croit. Les martyrs plaisent à notre sensibilité, mais ils le sont rarement dans les faits.

A l’inverse, quelques pages plus loin, le texte ressortait trop vif, comme si quelqu’un s’était appliqué à en retracer les courbes à l’encre nouvelle. Aucun mot ne manquait, et cela saurait peut-être satisfaire davantage la soif inconditionnelle de connaissances de tout érudit digne de son nom. Que valent quelques phrases jetées au hasard, et sans cohésion pertinente, après tout ?

L’on peut abhorrer comme adorer les rimes de Paa’al Trazar, le plus illustre poète de notre ère et de nos terres selon moi, mais l’historien se fascine moins de ses prouesses littéraires que de la richesse de ses textes insolites. Dans une variante de langue ancienne que l’on ne saurait décider si elle est propre à une tribu en particulier (celle de Trazar à tout hasard) ou si elle est entièrement constituée de néologismes crées par ses soins, il écrivit le poème suivant, dans le courant de l’année 891 :

Tengis dalaid,
Zovooj tüünii ui gashuug jivüülj,
Dalai aral deer shürshikh,
Tengeriin davalgaa ni zalgij,
Nuutsyn Vidd zovlontoi öngörsön,
Domogoo tööröldöj, tüükhiig büteekh,
Tüünii möljlögt temdegle.
Lorhei-yan ni yariagüi züilsiig gerchlekh bolno.


On pouvait noter à côté des vers anciens, repassés à la plume par un scribe contemporain, de multiples annotations. Il s’était vraisemblablement essayé à la traduction des quelques vers, car l’encre semblait dater de la même époque. De nombreuses ratures témoignaient de la difficulté de la tâche ou de l’inexpérience de l’interprète. Avec peu de respect pour le papier proprement rédigé, les annotations s’accolaient aux vers, jurant par leur aspect empressé avec la rigueur des caractères initiaux. Ils étaient une injure à l’alignement parfait des mots de Rom’da et à son écriture appliquée.

Dans une mer tortueuse,
Le tourmenté noya sa peine,
Un banc de raies, par une tempête,
L’engloutit dans les flots exquis.
Gardien des secrets d’un passé troublé,
Troubla la légende et façonna l’histoire,
Et par l’empreinte de ses exploits
Lorhei témoigne encore de l’Inconnu (?).

Pour le reste, Benedict se renseigna sur de longs paragraphes relatant les conflits d’une époque pas si lointaine, puisque contemporaines au tulaan khonzo. Le volumineux ouvrage s’expliquait par la multitude de batailles diverses et variées qui sévissaient à Zagash et décidaient de sa paix et de ses conflits.

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La mort révèle l'amour, c'est l'inconsolable qui pleure l'irremplaçable.
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