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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Zochlom
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 [Terminé] [Event mondial] La salle du bal

Lizzie Seavey
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Mar 23 Jan - 21:13
Irys : 308721
Profession : Chasseuse de primes - Pirate
Pérégrins -1 (femme)
Lizzie regarda Ludwig et Aurore s'éloigner en souriant. Malgré les réticences de la rousse, ils formaient un joli couple sur le pas de danse, et la belle brune fut presque déçue de voir qu'ils ne dansaient pas si mal que ça, malgré leurs pas maladroit. Pas assez pour qu'elle puisse se moquer gentiment d'eux, alors elle décida de les laisser bavarder et d'aller se chercher un nouveau verre de champagne. Il était peut-être temps pour elle de quitter enfin cette soirée et de retourner à sa vie de paria, loin de ce beau monde. Une dernière coupe de champagne, puisqu'elle n'avait pas pu profiter de la première à cause de son stratagème, et elle disparaîtrait loin de Zochlom pendant quelques temps. Delkhar devait être impatient de la retrouver, et son équipage qui l'attendait plus bas sur le continent aussi. Ils pourraient partir dans de nouvelles aventures, loin des manigances et des explosions, et cela réjouissait d'avance la louve des cieux.

Malheureusement, puisque jamais rien ne se passe comme on l'entend, c'est à ce moment-là que Lizzie fut abordée par deux gardes. L'un des deux hommes faisait partie de ceux qui l'avaient héroïquement secourue lors de son prétendu malaise. La jeune femme leur sourit avec bienveillance, s'apprêtant à expliquer qu'elle était finalement restée un peu plus longtemps, se sentant mieux, quand le premier homme, celui qu'elle ne connaissait pas, lui demanda de la suivre pour se faire examiner.

- Nul besoin de m'examiner, monsieur, je vais très bien maintenant ! Je m'apprêtais de toutes façons à quitter la soirée, je suis un peu fatiguée...

Devant l'insistance de l'homme, et apprenant que les portes avaient de toutes façons étaient bouclées - fait assez étrange, pour éveiller la suspicion chez Lizzie, elle comprit que quelque chose avait dû se passer - elle se résolut à les suivre calmement. Si elle ne faisait pas de vagues et qu'elle leur sortait son discours habituel, la jeune femme devrait réussir à s'en tirer rapidement. Ensuite, il lui faudrait trouver une façon de sortir rapidement du bal, avant le fameux discours...

S'éloignant de la piste, encadrée par les deux gardes, Lizzie jeta un regard vers Ludwig, toujours avec sa partenaire. Lui adressant un sourire qui se voulait rassurant, persuadée qu'elle se sortirait facilement de cette situation, elle l'encourageait par ce geste à continuer à profiter et à ne pas s'inquiéter de son sort. Marchant d'un pas élégant dans le couloir où on la menait, conversant de tout et de rien avec Théo, le garde qui était à côté d'elle dans le jardin, la louve élaborait dans sa tête un plan d'attaque et un alibi. Lilas de la Ronce était parfaite pour ce rôle, la jeune noble d'Alexandria, en quête d'un second mari après le décès du premier pour reprendre le négoce de son père. Son sourire aguicheur sur les lèvres, elle savait qu'elle avait déjà convaincu les deux gardes, qui ne cessaient de répéter que ce ne serait qu'une simple formalité, et qu'elle pourrait retourner ensuite dans la salle. Ils poussèrent la porte d'une petite salle dans laquelle un médecin devait apparemment l'ausculter, et Lizzie tourna la tête vers l'intérieur pour voir ce à quoi elle devait s'attendre.

Le temps sembla se figer alors que son regard se posait sur Luka, Faye et Althéa. Les questions se multipliaient dans la tête de la Lizzie, sans qu'elle ne puisse y mettre de l'ordre. Que faisaient-elle là ? Toutes les trois ? Au même endroit ? Se connaissaient-elles ? Luka et Faye, évidemment, mais Althéa ? Etait-ce une mauvaise blague ? Un piège ?

Une main dans son dos la poussa à avancer, et elle entendit en écho, dans le lointain, son prénom prononcé, alors que les gardes se tournaient vers elle, surpris. D'autant plus que le visage de la brune s'était complètement métamorphosé. Disparu, le sourire aguicheur et les yeux de biche, l'effroi et la surprise avait pris place. Les questions continuaient à tourner en boucle, mais une pensée vint transpercer son esprit et prit toute la place: elle devait les prévenir. Il fallait que les femmes quittent le bal. Ces trois femmes qu'elle avait rencontré cette année étaient certainement ses seules amies, parmi les rares que Lizzie s'était jamais faites. Plongée dans un monde d'hommes où les femmes ne sont que des esclaves, la rencontre qu'elle avait fait de ces trois dames fortes avait été pour la pirate libérateur et inspirant. Pour la première fois, elle ressentait une véritable empathie, et ne pouvait les laisser souffrir.

Oubliant tout de son petit jeu et de ses manigances, Lizzie se précipita vers elles, dans l'espoir de leur faire comprendre le danger imminent. Attrapant le bras de Luka et posant son autre main sur l'épaule de Faye, elle tremblait de tout son être, perdant toute contenance.

- Vous devez quitter les lieux. Partez, vite, éloignez vous de Yeronkhii, tout de suite.

Comment leur faire comprendre sans se trahir ? Cette idée restait présente dans un coin de son esprit, mais disparaissait petit à petit, laissant sa peur s'exprimer. Elle se tourna vers Althéa. Elle pourrait comprendre ce qui les attendait, puisqu'elle avait déjà vu le gaz à l'oeuvre. Celui qu'elle avait fourni à Ludwig, celui qui avait servi à fabriquer la bombe.

- Althéa, le gaz ! Ça va exploser, tout le monde risque d'être affecté ! Vous ne pouvez pas rester ici. Quittez la ville, toutes les trois !

Ses mots étaient saccadés, elle était en panique, comme jamais elle ne l'avait été. Vouloir sauver la vie de quelqu'un était un sentiment qu'elle n'avait pas l'habitude de connaître. Soudain elle fut saisie fermement par les gardes, et elle reprit conscience de ce qui se passait autour d'elle. Elle venait tout juste de faire exploser son alibi, ses explications, son rôle, peut-être même les manigances de Ludwig. Si elle n'était pas tout de suite abattue par les autorités de Zochlom, son employeur s'en chargerait certainement. Elle lâcha les deux femmes alors qu'on la forçait à reculer. Tandis qu'on la poussa à s'asseoir, Lizzie se rendit compte qu'elle avait perdu tout le contrôle de la situation, et ses yeux emplis de désespoir s'accrochaient en vain aux trois femmes, espérant qu'elles lui obéissent aveuglément, sans se poser de questions, et sans la juger. Elle devait certainement avoir perdu toute la maigre estime qu'elles avaient pu avoir pour elle, et rien qu'à cette idée, quelque chose d'extraordinaire se produisit: les yeux émeraudes s'humidifièrent. Impossible de se souvenir la dernière fois qu'elle avait pleuré, puisqu'elle évitait ce genre de situation depuis bien longtemps...



Chibi Lizzie
Paroles de Lizzie: #33ccff
Paroles de Emshaï: #339900
Paroles de Akhir: #cccc00
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Eskarina Hellaraxë
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Mar 23 Jan - 22:54
Irys : 322600
Profession : Assassin
Guilde +1 (femme)
Avec Aamu et Ophé



Eskarina attrapa - ou plutôt arracha des mains, le verre si ardemment désiré, et le vida d’un trait, si vite qu’elle manqua de s’étouffer. Elle ferma à nouveau les yeux, laissant la sensation du liquide s’écouler dans son corps finir de l’apaiser. Elle avait encore soif. Mais elle se sentait tout de même mieux, et elle pouvait à nouveau réfléchir à peu près normalement.

Elle posa des yeux encore embués de larmes sur sa sauveuse, et la gratifia d’un sourire reconnaissant, dont la sincérité naïve n’était pas feinte. Elle considéra cependant d’un oeil moins innocent la jeune femme. Elle vit son attitude protectrice et la compassion se refléter dans ses yeux. Bon. Elle allait peut-être pouvoir les aider à se tirer de ce mauvais pas. En effet, comme Esk reprenait conscience de la réalité, l’urgence de la situation lui paraissait plus vive que jamais. Elles devaient sortir. Rapidement et discrètement. Eskarina se leva et fit mine de se diriger vers la fontaine d’où Ophélia avait rapporté le précieux liquide, bien décidée à étancher complètement sa soif. D’un regard, elle invita Ophélia à la suivre. Elle mit un moment avant de répondre à ses questions : elle devait trouver une justification à sa présence et à son empressement à partir qui n’éveillerait pas les soupçons de la jeune femme. Comment allaient-elles faire pour sortir ?

« Je m’appelle Eskarina, et je suis en effet un peu jeune pour être ici, commença-t-elle avec un sourire timide. »

Son interlocutrice semblait avoir pitié de l’enfant qu’elle voyait devant elle, Eskarina décida donc de jouer là-dessus pour acheter sa sympathie et son aide :

« J’ai à peine quatorze ans. Je suis la confidente de cette dame, dit-elle en pointant Aamu du doigt. »

Bon ce n’était pas très attendrissant comme histoire… Mais il fallait maintenir la cohérence de leur alibi. Eskarina rajouta cependant :

« C’est ma première sortie dans le monde… Je n’ai pas l’habitude d’avoir autant de gens autour de moi. Ma maîtresse apprécie beaucoup ma compagnie et a tenu à ce que je l’accompagne; mais mon excitation a vite laissé place à un mal de crâne foudroyant, et j’ai fini par me sentir mal. Merci de m’avoir secourue, ma maîtresse a été un peu dépassée, je pense. »

Eskarina eut un sourire d’excuse, comme si elle se sentait navrée pour Aamu. Elle arriva enfin à la fontaine et rempli plusieurs fois son verre pour le boire goulûment. Chaque gorgée d’eau fraîche diminuait son mal de tête et lui rendaient les idées plus claires. Quand elle n’eut plus soif, elle se tourna à nouveau vers sa sauveuse :

« Les odeurs entêtantes de parfum m’indisposent et me donnent une nausée permanente. Je voulais tout à l’heure - avant d’échouer à vos genoux - sortir de la soirée. Ma maîtresse m’a prise en pitié et m’a assurée qu’elle voulait rentrer, certainement pour abréger mes souffrances. J’ai envie de partir de cette soirée, je ne m’y sens pas à ma place, et je sens une autre crise arriver. Mais les portes sont gardées et ils ne laissent sortir personne. J’ai besoin de votre aide, je veux rentrer dormir, je vous en prie, finit-elle, les larmes à nouveau aux yeux. »

Cette affliction n’était pas factice. La nausée avait reprit la jeune fille, et elle sentait à nouveau poindre la panique alors qu’elle ne voyait pas d’issue à cette mission qui devenait trop ardue pour elle. Elle ne s’en sortirait pas seule.




Esk parle en 33cc00
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Ophélia Narcisse
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Mer 24 Jan - 12:42
Irys : 1356960
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
C'était bien touchant. La malheureuse jeune fille semblait tant en détresse qu'elle en aurait fait venir les larmes à Ophélia, si elle n'était pas si inexpressive. Mais, en contraste à sa face rigide, son coeur bougeait en elle, étrange chose à dire pour une personne si peu empathique. Elle regardait l'autre convive que la jeune fille aux cheveux platine lui avait montré. Elle n'était pas bien plus âgé, ou alors son physique était très jeune. Et puis, ce n'était pas vraiment comme s'il était tôt ... peu importait, la bourgeoisie était bien trop compliquée à comprendre de toute manière.  

Ce qui, en revanche, était contraignant, était le fait que les gardes ne la laisseraient pas sortir. Apparemment, elle reprendrait son fil de fer que bien plus tard. Franchement ... quel ignoble supplice que d'enfermer des pauvres innocents dans un bal aussi affligeant. Et puis, Ophélia avait aussi envie de s'en aller, sa boutique et Lamelle lui manquaient sévèrement. Mais, au rythme des choses, il ne fit aucun doute qu'elle devrait dormir ici de toute manière. Après tout, quitte à rester ici pendant un jour de plus, autant aider de pauvres enfants à ne pas endurer une telle peine. 

Bien. Vous voulez sortir. Moi aussi, mais, bienveillante comme je le suis, je vous cède la priorité. 

Et elle s'avançait dans la salle du bal, revenant progressivement vers l'entrée. Elle zieutait les murs, cherchant ce qui ferait l'objet d'un joli mouvement de foule. S'assurant que les deux jeunes dames la suivaient, elle marchait, mains jointes devant elle. L'air était déjà plus respirable sans les moucherons qui envahissaient la piste. Il y avait de bien jolies statues ici, vraiment, des travaux admirables. La dame en noir s'arrêta devant l'oeuvre intitulée "L'Ode à la paix". 

Soyez gentille, et ne me faites pas gaspiller ma journée dans cette salle pour rien. Soyez prêtes à décamper dès que j'aurai tous les yeux sur moi. 

Elle attendit que les deux jeunes innocentes s'écartent d'elle, sans oublier de reprendre son verre, et restait devant la sculpture, comme en admiration. Il y avait quelques plateaux qui passaient dans son dos, portés par des serviteurs, et, comme elle en était invitée, elle se servit de plusieurs victuailles. Tout de même curieuse, elle en goûta une de la quelques demi-douzaine qu'elle avait emprunté. Et soupirant, elle laissa sa voix porter.

N'y a t-il donc rien de réussi dans ce fichu bal ?!

Le premier amuse-gueule vola et atterrit en plein sur le nez de marbre de la représentation masculine de My'tran. Constatant le succès de son lancer avec une fierté certaine, elle fit jongler une seconde victuaille dans sa main droite, et la fit exploser sur le torse de cette même figure. En soi, elle s'amusait de ce petit défoulement sommaire qui lui était offert. Et l'adrénaline lui fit lancer le verre qu'elle avait emprunté à l'inconnu sur la sculpture, et, se brisant sur la statue, l'écho des éclats brisés parcourut le hall. Ophélia ne regardait pas autour, elle ne savait rien de ceux qui la regardaient ou non, mais elle avait encore environ quatre amuse-gueules dont elle devait se débarrasser, et l'oeuvre était encore à peine assez tâchée. Si seulement les fruits au pied de celle-ci étaient réels, cela aurait été bien plus amusant, mais les petites restaurations faisaient aussi un bon effet de style sur la sculpture. 

Et, derrière ses lèvres, la boutiquière souriait sarcastiquement. C'était sa petite vengeance pour s'être ennuyée pendant presque une journée entière. Et elle adorait ça.


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Ophélia s'exprime en #9966cc
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Meylan Lyrétoile
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Mer 24 Jan - 18:31
Irys : 810318
Profession : Ménestrelle
My'trän +1
Même si la supposition de Meylan s’était avérée erronée, elle soupçonnait que son interlocuteur minimisait ses compétences dans le domaine de l’illusion.  Qu’importe: chacun avait le droit de décider souverainement ce qu’il révélait ou non à son sujet, droit dont la ménestrelle faisait souvent usage elle-même.  Elle se contenta donc d’être ravie que l’homme (qui n’avait pas décliné son identité, chose qui ne lui avait pas échappé) soit ouvert à la conversation.  Un commentaire à propos du spectacle que le Ciné’ranma avait offert était la porte ouverte à une envolée enthousiaste de la part de Meylan, porte ouverte dans laquelle elle ne manqua pas de se précipiter.

"S’il existe d’autres mondes, c’est eux qui en possèdent la clef.  Avez-vous assisté à leur interprétation de l’Epopée des Songes?  À couper le souffle, et le second volet en particulier était d’une beauté…"

Un sourire rêveur naquit sur ses lèvres alors que la fin de sa phrase mourait.  Il n’arrivait pas souvent à Meylan de manquer de mots pour exprimer ses pensées, mais voir une de ses pièces favorites littéralement prendre vie sous ses yeux semblait avoir eu cet effet.  Le second volet, une scène de crépuscule qui même sous forme uniquement musicale suffisait à la charmer, avait clairement fait forte impression sur elle.  Les images qui resurgissaient dans son esprit lui firent momentanément oublier le bal et seuls les applaudissements de son interlocuteur la ramenèrent dans le présent.  Quant à la pique d’une inconnue de passage…  Très honnêtement, elle n’eut d’autre effet sur la ménestrelle que de lui faire lever les yeux au ciel.  Ce n’était pas la première fois qu’elle était la cible d’un commentaire motivé au moins en part par l’alcohol, et il y avait longtemps que cela ne l’atteignait plus.

En entendant son interlocuteur commenter son maniement des mots, la ménestrelle leva un sourcil interrogateur.  Elle voyait mal comment il pouvait se former un avis sur le sujet alors qu’ils avaient à peine échangé quelques phrases.  Quand il mentionna le duel dans lequel elle s’était retrouvée impliquée quelques mois plus tôt, son second sourcil rejoint son premier, cette fois soulevé par la surprise.  Les chances de croiser pendant l’exposition, à des miles de Darga, un membre du public qu’elle avait eu ce jour-là étaient…faibles, et c’était peu dire.  Faibles, mais pas nulles apparemment.  Pour la seconde fois de la soirée, elle n’était pas tout à fait sure des mots à choisir, partagée comme elle l’était entre le plaisir de voir qu’elle avait fait une impression positive (et durable!) et un reste de colère causée par certains coups bas de son adversaire.  L’usage qu’il avait fait de sa magie pour ridiculiser son intervention, en particulier, lui restait en travers de la gorge.

Finalement, elle n’eut à se décider ni pour l’un ni pour l’autre, prenant à la place la main que son cavalier lui tendait.  Un sourire mince mais sincère avait à nouveau pris naissance sur ses lèvres et s’étendait jusqu’à ses yeux.  Probablement à son insu, cet homme venait d’ajouter la dernière touche qui manquait à la soirée pour que Meylan la considère parfaite.  

"Avec plaisir.  C’est moi qui suis flattée que cet incident vous ait laissé une impression aussi favorable."

Fausse modestie?  Non.  La formule avait beau être conventionnelle, le ton était sincère.  Comme toute personne aimant ce qu’elle faisait, Meylan était sensible aux compliments que son art attirait, même (ou était-ce "surtout"?) quand ceux-ci arrivaient alors qu’elle s’y attendait le moins.

Une fois sur la piste de danse, quiconque aurait eu des doutes pourrait constater que Meylan suivait la musique avec autant d’aisance qu’elle la créait.  Ses mouvements étaient fluides et légers, conformes à ce qu’on pouvait attendre d’une personne de sa taille.  Elle avait dans le passé été initiée à divers styles de danse et, plutôt que d’en choisir un seul, elle s'était au fil du temps approprié chacun d’entre eux, les fondant en un tout harmonieux qui n’appartenait qu’à elle.

"Vous vous prononcez au nom de l’Immaculé et vous prédisez l’avenir, dites moi: êtes-vous khorog ou devin?"

Même si l’humour perçait dans le ton de la ménestrelle, sa question n’était ni plus ni moins qu’une manière d’en apprendre plus au sujet de son cavalier.  Car, pour le moment, elle ne savait pour ainsi dire rien, si ce n’est qu’il était un maitre mage affilié au même Architecte qu'elle et qu'il s’était trouvé à Darga durant le mois d’aout précédent.  Ah, et il faisait clairement partie de ceux qui étaient en faveur du rapprochement entre My’träns et Daënar.  Mais à part cela, elle ignorait tout de lui, que ce soit ses origines, son occupation, ou même son nom.  Une situation pour le moins hors du commun, car d’habitude c’était Meylan qui mettait son point d’honneur à conserver un voile de mystère.  Tout en se laissant entraîner par la musique et les mouvements de son partenaire, elle gardait une part de son esprit en éveil pour tenter de résoudre l’énigme avec qui elle tournoyait parmi les autres danseurs.



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Hex Hekmatyar
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Jeu 25 Jan - 21:51
Irys : 126594
Profession : Soldat de fer
Daënar +3 ~ Vereist (homme)
Le bal continuait lentement et cette fois avec toute le sérénité d'une danse calme. La musique enveloppait les danseurs faisant presque s'envoler les tensions qui avaient pu exister. Je faisais danser l'élue de mon cœur avec un large sourire, posant mes mains sur ses hanches, enchaînant les pas de danse comme si tout cela avait fait partis d'une grande chorégraphie.
Mais alors que quelque chose semblait changer dans la salle, je préférais me rapprocher d'elle, peut être un peu trop pour une danse chaste, me perdant une fois de plus dans ses yeux avant de finir par craquer.

-La danse est plaisante, mais si ce sont nos retrouvailles j'aimerais ne pas les partager avec tout ces gens qu'en dit tu ?

Et sans un mot de plus je la fis doucement se décaler au rythme de la musique, profitant de l'espace entre les danseurs pour déplacer notre petit couple. Je comptais bien l'emmener hors de ce petit chaos ou beaucoup trop de tensions se faisaient jour. Retirant les gants blancs qui me couvrait une mains, je pris la sienne l'emmenant par les même escaliers que plutôt, mais cette fois pas question de rester seulement au dessus de la foule, non j'avais repéré des endroits bien plus hauts et surtout le plus éloigné possible de la foule, à l'opposé même de la piste de danse, là ou très peu de personne se rendaient.
Monter les escalier était un peu comme gravir une montagne, à la différence prêt que l'objectif n'était pas le sommet mais bien la jeune femme près de moi. La galanterie m'imposa de passer devant elle ouvrant le chemin doucement. Il n'y avait pas besoin de se presser ainsi je profitais de chaque instant avec elle avant que mon pied ne se pose sur la dernière marche.
La encore il y avait le choix des alcoves, l'une d'elle était la plus éloignée de toute, et donnait sur l'exterieur plutôt que la salle de balle. Je poussais doucement la porte avant de la refermer à clé derrière la jeune femme.
Quel intérêt y avait t-il à regarder des danseurs quand la seule personne qui importait vraiment était à côté de moi.
Deux élégants divans étaient placés de chaque côté surement pour permettre une discussion à la vue du désert qui s'étendait hors d'ici. Mais la discussion n'était peut être pas au programme maintenant. Car je préférais tout simplement m'approcher de la jeune femme avant de l'embrasser tendrement.
Ce devait être une sorte de destin étrange qui nous ramenait ici à chaque fois mais j'avais d'autres pensées en tête, en fait le simple contact des lèvres de la jeune femme suffit à me faire oublier le bal, les Mytrans, Daenastre, l'armée
Rien ne comptais vraiment à part elle.
Le désert dehors reflétait doucement la lune, donnant une lueurs douce et intime à cette alcove isolée du monde et les cheveux de la jeune femme paraissait décidément encore plus beau ainsi.

-Voilà... C'est tout de même mieux qu'une salle remplie de personne indiscrète qui ne manquent pas de te dévorer du regard.

Car oui j'avais suivi nombre de regard qui c'étaient fixés sur la jeune femme à mon grand déplaisir, allant même jusqu'à adresser un regard de biais à un Mytran qui avait commencé à se penser à la hauteur de la jeune femme.
C'était étrange, jamais une femme ne m'avait inspiré de la jalousie, et voilà maintenant qu'un simple regard déplacé vers elle me mettait dans tout mes états... C'était quelque chose de bien étrange qui c'était emparé de moi, sans compter mon cœur qui semblait ne plus pouvoir s'arrêter d’accélérer depuis que j'étais proche d'elle.
Notre dernière entrevue remontait à cette mage que nous avions sauvés, et nous nous étions séparés sans même un au-revoir....

Peut être était-il temps de rattraper le temps perdu.





Rose x 12
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Zaël
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Sam 27 Jan - 12:16
Irys : 912219
Profession : Gharyn de Busad
My'trän +3 ~ Kharaal Gazar (homme)
Il ne savait pas s’il devait être soulagé, ou inquiet de sa réponse, étant incapable de voir quand elle mentait. Dans l’immédiat, il supposait qu’elle n’avait vraiment aucune mauvaise intention. Par contre elle n’avait clairement pas abandonnée l’idée de tuer des daënars. Dommage que son énergie pour les comprendre soit alimentée par la haine et non pas par l’amour. Que pouvait-il répondre face à tant d’animosité ? Cette attitude, cette violence, l’attristaient profondément. C’était-il fourvoyé en voulant lui parler ? L’entendre dénigrer sa position lui fit mal. Décidément, ils n’avaient rien en commun de ce côté.

« Puis-je cependant espérer un geste de votre part? Retirez la prime que vous avez mise sur ma tête aux Kharaal Gazar! Nous ne serons sans doute jamais alliés, vous et moi. Mais nous n'avons pas pour autant besoin d'être ennemis... »

Devant l’incongruité de la demande, il sortit de ses pensées. Les sourcils froncés, un sourire surpris, il mit quelques secondes à lui répondre.

« Vous ne pouvez être sérieuse ? Si vous acceptez de vous rendre et d’accepter la peine qui incombe à vos nombreux crimes, nous pourrons discuter. »

Bien qu’il fut fort peu probable que ça débouche sur sa liberté inconditionnelle et la suppression de la prime. Il ne savait sur quel pied danser, dans tous les sens du termes. La brune, autrefois rousse, le déconcertait trop. Une fanatique déconnectée du monde. Cela l’ébranlait plus qu’il ne s’en rendait compte. Lui aussi l’était d’une certaine manière. Il n’y avait pas beaucoup de pas entre un idéologiste convaincu et une extrémiste de son type.

« Et par pitié... implora-t-elle. Apprenez à danser!

-Ne pouvez-vous le faire ? »

Apprendre quelque chose à quelqu’un ne pouvait qu’être positif. Il était indéniable qu’elle se débrouillait mieux que lui dans ce domaine. Lancer ce défis était un maigre moyen de détourner la conversation qu’il avait souhaité et de se détourner des réflexions dérangeantes, pour un temps. Bien sûr, il aurait pu juste la laisser partir ou la faire arrêter mais ça ne résoudrait pas son conflit intérieur. Il voulait comprendre tout en ayant peur de le faire. Kazushi y serait sûrement mieux parvenu lui...


x8
Code couleur : #cc00ff
Darim s'exprime en #00cc00
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Bolgokh
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Dim 28 Jan - 23:39
Irys : 305013
Profession : Créateur de monde à temps partiel
Administrateur
Lizzie avait bien essayé. Ses propos avaient volé jusqu’à ses interlocutrices par-delà les quelques miliciens présents, et l’incompréhension régnait dans la salle. De quoi pouvait-elle parler… ? Il faisait chaud sur les côtes de Zochlom, une nuit tropicale dont on aurait pas même rêvé la tranquillité, à peine le chuintement des grillons et le chant d’amour des grenouilles, un air chaud et doux qui vous embrumait la peau au rythme de la musique ce soir. Les danseurs allaient bon train, leurs chaussures claquaient sur les dallages et esquivaient habilement les ruisseaux colorés qui s’étendaient paresseusement le long du hall comme tout autant de précieuses oasis. Oh bien sûr, cette soirée avait son lot d’empêcheurs de tourner en rond, ses dépravés, ses pervers et ses frustrés. Preuve en était du cadavre retrouvé dans une alcôve et les soins psychologiques qui ne manqueraient pas d’être dépensés pour le pauvre témoin de cette trouvaille. Un verre jeté ici à la face d’un amant outrecuidant, un croche-patte d’un My’trän à l’attention d’un Daënar… Là étaient les menus tracas de cette nuit mémorable. Qui se serait donc soucier des propos embrumés d’une étrange jeune femme dont les émotions ne faisaient pas grand sens... ? Ils vivaient hors du temps. Ils étaient tous immortels, loin de cette guerre.

Aussi les miliciens présents mirent un temps infini à réagir. Déjà, la rumeur du discours grimpait dans la salle principale, invitait les convives à se rassembler devant la scène. Tout était prêt, murmurait-on, Gustave Wilson s’apprêtait à célébrer l’exposition universelle comme il se devait et à la hauteur de son immense succès. Un pont entre les mondes, un pont entre les continents et ces deux cultures qui persistaient à s’entre-tuer. Des visages souriant et des rires épars se dirigèrent donc vers la célèbre sculpture représentant une Daënar et un My’trän conjoint, les mains tendues et croulant sous des offrandes de bon augure. La scène, vaste, avait été placée sous elle en tant qu’hymne à la paix et symbole fort de l’ère qui s’annonçait. La mise en scène avait toujours été une part importante de la politique. Les serveurs et miliciens se chargèrent de rameuter les derniers retardataires, un mouvement de foule au flux plus irrésistible qu’une vague dans la mer. Et dans tout ce courant, un brin d’écume… Trois hommes affolés tentèrent vaillamment d’arrêter les personnes passant à leur portée, et leur voix aussitôt étouffée par le bruit qui résonnait à tout va dans la salle se perdirent en protestations et avertissements muets : les interpellés ne comprenaient pas ce qu’on leur voulait et s’empressaient de se détourner avec un sourire vaguement gêné. Ce que la sécurité était angoissée et étrange cette année ! Personne ne vit non plus les quatre jeunes filles qui s’échinaient à l’arrière de la foule à briser le mouvement contraire. Mais les raz de marée ont cela d’inarrêtable que leurs flots suffisent à briser tout obstacle.

« Mes chers invités… ! résonna la voix de l’illustre Gustave Wilson à l’autre bout de la pièce, roulant ample et lourde comme un coup de tonnerre. »

Les convives se turent en décalage, et beaucoup entreprirent de se tordre en tous sens dans l’espoir de saisir un aperçu de l’homme rondouillard à monocle qui entreprenait son discours sur scène. Les mains croisées sur sa bedaine, il arborait un immense sourire jovial et le charme d’une moustache bien taillée – un homme délicat et bien de sa personne, cela allait de soi.

« Quel bonheur pour nous de vous recevoir ce soir aussi nombreux, désormais réuni autour d’un même attrait pour la vie ! Et le champagne, j’en conviens. »

Il y eut un rire de foule, et Monsieur s’accorda le luxe d’un verre levé sous la forme d’un clin d’œil malicieux.

« L’exposition universelle est un succès que nous n’aurions pu escompter sans votre aide. Nous subissons des jours sombres, vous le savez tous, et la paix semble parfois bien loin lorsque nos populations sont en proie aux plus terribles des doutes… Mais il ne faut pas prendre peur, car l’ignorance et la haine sont justement la cause de nos problèmes. Vous Madame, craignez-vous désormais les capacités enchanteresses de votre partenaire qui est si bel homme ? Vous Monsieur, la mise  de votre accompagnatrice vous parait-elle toujours aussi détestable lorsqu’elle met si bien en valeur sa prestance féminine ? Technologie ou magie, nous avons tous à y gagner un monde meilleur et profitable. Si nous faisions le pas nécessaire pour apprendre les uns des autres… »

Il s’avança en une parodie de danse, traduisant son propos, levant une main en direction de l’immense statue qui le surplombait de son halo bleuté :

« Alors Irydaë serait un monde en paix, où j’ose croire que plus personne n’aurait à souffrir de la moindre perte, de la faim, de la soif, et tout ce qui constitue les travers de nos sociétés. »

Oh oui, Lizzie avait bien essayé de les prévenir. Mais cela ne fut pas suffisant. La toile savamment tissée par Ludwig Strauss et la mise en œuvre de Sakari Naasoqineq portèrent leurs fruits. Gustave Wilson, savant hautement réputé à Daënastre et avant-gardiste de son époque, n’eut que le temps d’esquisser un sourire que la scène fut instantanément soufflée sous ses pieds. Le bois éclata en une myriade de copeaux tranchants, dévastant les alentours d’une pluie mortelle, tandis qu’un souffle d’air titanesque ébranlait les murs telle une main de géant. Alors, l’univers explosa et il ne fut plus guère possible de discerner le moindre détail dans ce carnage. Le bruit terrible de l’explosion recouvrit un instant les hurlements des premiers rangs du public qui tombèrent quasiment tous dans un même ensemble parfaitement orchestré. Ceux qui déjà ne bougeaient plus furent cependant les mieux lotis de cet attentat…

Car une fraction de seconde plus tard, et une fumée lourde d’un bleu cyan profond s’écrasait sur les pavés, longeant les pieds de table comme un monstre sournois, une reptation silencieuse et vivace. L’air s’empuantit d’une étrange fragrance, et l’on ne vit bientôt plus à moins de deux mètres de soi. Moins d’une minute plus tard et les hurlements se firent atrocement disparates, beaucoup trop espacés, étouffés, déformés… Il y avait là quelque chose, une présence invisible et innommable qui rôdait dans les ombres. Ô cher public, de quoi avez-vous donc peur ? Quels sont vos regrets, vos scrupules, vos cauchemars inconscients tapis dans les replis de votre esprit ?

Les miliciens jusqu’à présents vaillants se figèrent, bras ballant. Leurs bouches tordues dans des cris qui jamais ne franchiraient leurs lèvres, les doigts écartés pour se préserver d’on-ne-savait quelle menace, ils tombèrent comme des mouches oubliées sur le dallage. Une étonnante galerie de statues de sel, des individus tordus dans une peur terrifiante qui leur avait coûté la vie, perdant malgré eux tout réflexe de survie initial. Une apocalypse artistique, menée avec le doigté d’un expert, un musée d’horreurs plongé dans la plus pure des couleurs : toujours ce bleu environnant et omniprésent. Ses proies pouvaient être heureuses, elles avaient atteint l’immensité du ciel.

A présent, chers invités, quelle est votre place dans ce tableau mirobolant ? Êtes-vous de ceux qui sont parvenus à survivre, rejoindre l’air sain extérieur si proche et pourtant si lointain dans cette brume mortelle ? Ou luttez-vous toujours pour votre vie sous les gravats de la scène… ?


IMPORTANT A SAVOIR :
 


~ N'hésitez pas à adresser vos questions par MP à Asmigal, Khugatsaa ou Möchlog, ils se feront un plaisir de vous aider ! ~
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Khugatsaa
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Dim 28 Jan - 23:40
Irys : 114977
Administrateur
Guidant sa cavalière jusqu'au cœur de la foule, évitant habilement d'un pas feutré les danseurs les plus maladroits, il prit le temps de saluer respectueusement sa partenaire avant de l'inviter à se rapprocher, se laissant alors guider par le rythme parfois langoureux, parfois effréné de la musique sans jamais que ses talents de danseurs ne puissent être remis en question. Étrangement, la foule semblait glisser autour d'eux, comme un cours d'eau incapable de rivaliser avec le rocher qui lui fait front. Tantôt timide, tantôt sensuel, presque érotique, la personnalité de cet homme ne semblait avoir aucune limite dans sa capacité à ne faire qu'un avec la mélodie, faisant littéralement vivre celle-ci dans le cœur et le corps de Meylan. Ses pas, ses mots comme son souffle éveillait en elle des souvenirs qui lui étaient chers, des instants qui se gravaient au fil de chaque seconde profondément dans sa mémoire.

- Vous vous prononcez au nom de l’Immaculé et vous prédisez l’avenir, dites moi: êtes-vous khorog ou devin ? -

~ Je dirai simplement ... un éternel optimiste. ~
lui répondit-il avec un sourire chaleureux et bienveillant.


Et alors qu'ils s'apprêtaient à reprendre de plus belle, l'on fit interrompre la musique afin d'annoncer l'arrivée du tant attendu Gustave Wilson. L'attention de la salle toute entière fut alors focalisée sur l'éminent personnage, qui dans sa bonne humeur habituelle, remerciait et encourageait chacun des convives vers la voie du pacifisme. Le jeune homme était ravi d'entendre un tel discours, et encore plus d'apercevoir qu'il touchait, ne serait-ce qu'un peu, les plus réticents des invités. Cependant ... une sensation étrange lui chatouilla la nuque, un frisson pareil aux oiseaux qui s'ébouriffent. Les sourcils froncés, il posa une main protectrice sur l'épaule de sa compagne du soir et se retourna, cherchant la source de cette angoisse soudaine. Et le drame se produisit. Le souffle emporta les premiers rangs, et fit tomber les suivants, lui et sa partenaire y comprit. Par Bolgokh sait quel réflexe, il parvint malgré tout à protéger la jeune femme des nombreux éclats qui se fichèrent dans son dos. Malgré ses blessures, aucun rictus de douleur ne venait entacher son visage imperturbable. Il se releva, observant le nuage bleuâtre s’immiscer partout autour d'eux, et comme tous les autres, il n'eut d'autre choix que de respirer l'air vicié.

A l'abri des douleurs physiques, les effets du gaz sur son esprit furent pourtant bien réels. Le dieu chancela, tomba à genoux en répétant à haute-voix "Je ne dois pas rester là", sans qu'il n'ait plus aucune maîtrise de ce corps d'emprunt. Dans un ultime effort il tendit sa main vers Meylan, l'enveloppant elle et tout ses enfants d'un halo lumineux :


~ Bi khüükhdüüdiinkhee sünsiig ustgakhgüi ~
(Je ne détruirai pas l'esprit de mes enfants)

Puis il hurla, un cri inhumain qui se transforma petit à petit en un croassement d'agonie. C'est alors que le gaz devint le cadet des soucis de Yeronkhii toute entière. La déferlante de magie distordue de Khugatsaa transperça de part en part tout les êtres vivants à des kilomètres à la ronde, rendant on ne peut plus réels les phobies les plus profondes de tous. Dans la salle du bal, certains prirent feu, d'autres virent une entaille se profiler le long de leur gorge, d'autres se faire torturer par l'apparition fantomatique d'un être cher. Mais ce désastre fit également resurgir, le temps d'un instant, les souvenirs de tous les My'träns et de leurs proches ayant rejoint le cycle. Parfois, les souvenirs se mélangèrent entre les convives et les animaux environnant, avant d'éclater en mille morceaux. Tous souffrirent, sauf ses enfants.
Ce cauchemar éveillé dura de longues minutes, avant que l'enveloppe charnelle de l'Architecte n'implose en un flash lumineux, laissant découvrir, gisant au sol, l'immense griffon immaculé, le plumage tâché du sang de ceux que son corps avait écrasés. Malgré son inconscience, les effets de sa magie se poursuivaient, et lorsque le gaz se dissipa, ceux à l'extérieur purent voir un phénomène aussi terrifiant qu'inoubliable. Des nuages parcourus d'éclairs écarlates se formaient au-dessus de la salle du bal, et lorsque la pression atteignit son paroxysme, une colonne d'éclair fit exploser le plafond du bâtiment. A l'intérieur, un épais nuage de poussière recouvrit le corps inanimé de Khugatsaa, tandis que la silhouette d'un griffon noir d'ébène se dessinait petit à petit, ailes déployées et le corps en position d'attaque devant son jumeau. Des yeux flamboyants percèrent la fumée, et alors que la température de tous les alentours devenait insoutenable, un croassement qui coupa le souffle de tous les habitants raisonna dans la ville toute entière. Certains tissus prirent feu, l'eau environnante entra en ébullition, et dans la tête de tous un message de mise en garde, que peu de personne furent en mesure de comprendre, s’immisça au plus profond de leur être :


~ Dugui ni ta naryn, emkh zambaraagüi khüükhdüüdiinkh baikh bolno. ~
(Le Cycle aura raison de vous, enfants du chaos.)

Une colonne de lumière illumina les deux griffons, faisant trembler le sol tout autour d'eux, avant de disparaître, purement et simplement.




Effets à prendre en compte:
 
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Ophélia Narcisse
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Lun 29 Jan - 1:10
Irys : 1356960
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Ophélia n'était pas peu fière d'elle, l'attention des gardes s'était bien portée sur sa petite esclandre et elle avait été emmenée dans une charmante petite pièce proche de l'entrée, qui visiblement n'avait pas beaucoup de visiteurs. A vrai dire, elle était seule là-dedans, que la porte fut verrouillée ou non, elle n'en savait rien, et il aurait été de mauvaise augure d'essayer seulement de sortir. Alors, la dame en noir se posa contre un mur et attendit, espérant que les deux fillettes eurent le temps de s'échapper pendant que les vigiles étaient en train de s'occuper de son cas. Ceux-là l'avaient d'ailleurs prise pour une ivrogne, et l'avaient jeté dans la salle avec un charmant;

Allez ! à la décuve !

Quelle ironie qu'elle n'avait pas touché à une seule goutte d'alcool, et qu'elle fut pourtant la seule isolée. Mais ce n'était pas plus mal, l'air était irrespirable dans cette salle avec tous les vermisseaux qui gambadaient sur le carrelage et qui se piétinaient dans d'affreux mouvements grotesques que eux jugeaient être de la "danse". Accroupie sur le sol, Ophélia attendait simplement que l'on revienne la chercher, tant qu'il n'y avait pas de barreaux devant elle, cela voulait sans doute dire qu'elle n'était pas considérée comme "prisonnière" à proprement parler. Juste une convive dérangeante peut-être ? Peu importait, elle imaginait le moucheron faire son discours devant les statues qu'elle avait si finement décoré, et cela la faisait bien rire. 

Mais son sourire s'effaça bien vite. Les paroles incessantes s'étaient immergées en une explosion, suivies de cris et de mouvements de foules. Dehors, quelque chose avait dût mal tourner, pour ne constater que l'évidence même. Elle posa l'oreille sur la porte, percevant à quel point la panique des invités était appuyée. Mais ... il y avait autre chose, l'explosion se répéta, mais en un bruit différent, ce n'était pas une bombe, ou alors ce n'était pas la même que celle qui venait de retentir. Les détails sonores fusaient dans les oreilles d'Ophélia, mais elle ne voulait pas risquer d'ouvrir la porte. Elle recula simplement contre le mur du fond. Un écho vide résonna dans sa tête, comme si elle allait s'endormir, mais pas une fois n'avait-elle fermé les yeux. Et, vraisemblablement, elle était bel et bien éveillée. Sans doute l'angoisse ... mais pourquoi les murs de la salle bougeaient-ils ?

Tremblants, remuant comme des vagues les parois de la pièce avaient disparues pour ne laisser qu'un océan de ténèbres autour de la jeune femme. Tendant la main, elle voulut atteindre l'une des façades disparues, mais elle n'effleura que le vide. Dans son dos, des choses bougeaient, marchaient à pas de velours. Quelqu'un passa alors à côté d'elle, et elle aurait pu jurer qu'elle s'était faite bousculer. Mais, même en agitant son regard tout autour, il n'y avait rien. Les bruits de pas commençaient à combler l'obscurité, se faisant de plus en plus nombreux. Cela ne pouvait être réel ... si ? La cadence s'accélérait, de plus en plus de personnes marchaient sans qu'elle ne puisse les voir. Tournant sur elle-même, Ophélia était désorientée et ne savait plus même où elle regardait. Le silence vint alors que la clameur était à son paroxysme. Se retournant, elle distingua une silhouette qui se tenait juste là, immobile et calme. Cette personne ... la dame en noir prit le temps qu'il fallait avant de le reconnaître, car elle n'aurait jamais pu y croire.

... Père ...?

Elle fit un pas, et ne prononça qu'un mot. L'image de son paternel sourit ... et un filet de sang vint couler le long de son menton. Ses yeux s'injectèrent eux aussi d'un rouge vif, avant que son corps entier ne commence à convulser. Les souvenirs d'Ophélia lui revenait, la mort de son père, elle la revivait, dix-sept ans après ... C'était l'exact même vision qu'à ses douze ans. Des hoquets s'emparèrent du corps de la tenancière alors qu'elle regardait, horrifiée, son père qui s'écroulait sous le poids de la maladie. Lorsque son corps tomba au sol, la pièce revint à la normale. Les murs s'étaient replacés et la porte était réapparue. Mais le cadavre lui ... il était resté, laissant sa fille choir devant la vision qu'il lui avait été offerte.

Elle était dans un état végétatif, frissonnant alors qu'elle venait d'assister une deuxième fois à la perte de la personne qui lui était la plus chère. Ses joues s'ornèrent de larmes enfantines, bercées par le tumulte de son esprit embrouillé. Mais, le corps devant elle commença à se remuer, secoué par de violentes spasmes. Doucement, il se releva, comme accroché à des ficelles et posa un regard vidé de pupilles sur son rejeton. Des murs, des étrangers envahirent la pièce, traversant les tapisseries comme si elles n'était que des flaques d'eaux ... des paroles valsaient dans la salle, sans rythme aucun, juste la clameur d'une foule qui envahissait une si petite pièce. Peu à peu, les visions d'Ophélia s'avançaient vers elle, la masse se resserrait et tout autour se dessinèrent une véritable cohorte d'étrangers. 

- Bonne à rien ...

- Tu ne vaux pas la vie de ta mère ...

- La mort est ta seule délivrance ...

- Tes créations te méprisent ...

- Les gens te méprisent ...

- Ton père te méprise ...

- Qu'attends-tu donc pour mourir ? 

Les âmes perdues parlaient, parlaient et parlaient. La foule qui s'était formée autour d'elle ne semblait pas s'arrêter. Ophélia ne pouvait pas le supporter, elle avait si peur des autres. Et, lorsqu'en relevant les yeux elle constata l'abondance de regards méprisant dont elle était sujette, ses nerfs défaillirent. Sentant son coeur se déchirer, elle fondit en larmes et criait à plein poumons.

- LAISSEZ-MOI !!! 

Mais sa voix était étouffée par la clameur de la foule qui n'avait cesse de marcher vers elle encore, et encore, et encore jusqu'à ce qu'elle en sentit même la chaleur de leurs corps. Elle entendait son propre père lui dire de mourir, elle le voyait se pencher sur elle avec des yeux blancs et un sourire cruel. Alors, elle posa ses mains sur ses yeux, pour ne plus les voir. En lieu et place de la foule, elle voyait un par un les visages ensanglantés d'étrangers qui passaient devant son regard, juste devant elle, si près qu'elle pouvait sentir leurs haleines mortuaires. Et la jeune femme criait de son désespoir, elle hurlait de sa souffrance, pleurait de son impossibilité d'échapper à la tourmente. Et seule dans sa salle, Ophélia vivait sa crainte la plus abjecte, s'écorchant la gorge en de vaines plaintes que personne n'entendrait.


 x17

Ophélia s'exprime en #9966cc
En ligne Voir le profil de l'utilisateur

Adramus
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Lun 29 Jan - 10:28
Irys : 629641
Profession : Aventurier, maître d'armes
My'trän +2 ~ Mistral
La douce cohue d’une soirée qui se passe bien continua d’envelopper la salle de bal comme le fera, dans quelques minutes, cette étrange substance qui ruinera toute l’œuvre de ce pauvre Gustave Wilson. Mais pour le moment, on continuait de danser, de rire, boire et manger. Adramus, lui, avait épargné à sa dulcinée de continuer une danse qui la fatiguerait plus que de raison, elle qui souffrait déjà d’un épuisement étrange depuis quelques semaines. Le couple s’était donc éloigné de la piste de danse, prenant d’assaut les larges buffets garnis de mets qui avaient déjà refroidis vu les longues minutes passées sous les yeux des convives.

Il est vrai que le guerrier avait un peu faim, de son côté. Il se laissa picorer çà et là des fruits, ou bien des fruits de mer exotiques qu’il décortiqua minutieusement. Il s’amusa aussi à donner quelques petits amuse-bouche à Mary et ils rirent tous les deux. Deux futurs mariés, bientôt parents malgré le fait qu’Adramus n’ait aucune idée du destin que Möchlog avait tissé pour sa famille. Il était déjà suffisamment heureux ce soir, l’effervescence ayant peu à peu effacé les pressentiments qu’il nourrissait à l’égard des Daënars, leur préférant une douce quiétude qui allait bon train dès qu’il regardait sa fiancée et le bonheur qui s’échappait de ses prunelles.

Puis tout bascula dans un souffle qui n’avait rien envié à ceux d’Amisgal.

Le discours de l’organisateur de tout ceci commença dans la bonne humeur. L’homme ne manquait pas d’humour, et le couple l’écouta attentivement tout en continuant de partager quelques collations bienvenues en gloussant comme des enfants. Un peu d’alcool avait-il arrosé ces réjouissances ? Assurément. Dans tous les cas, les mots de Wilson respiraient l’optimisme et bien qu’Adramus était empli de bonnes intentions en cette soirée, il continuait d’émettre une réserve timide à l’ampleur de cette soirée arrosée dans l’Histoire de ce monde. Toutefois, lorsqu’on applaudissait, il applaudissait, lorsque le rire contagieux se répandait dans la foule, il riait.

Quand la scène explosa, comme beaucoup, il hurla.

- Couche-toi, Mary ! Couche-toi !!

Qui sait si elle avait entendu. De toute façon, il la contraignit à se jeter au sol tandis qu’il faisait rempart de son corps. La poussière, les débris, déferlèrent dans la salle et donc son dos. Toutefois, ils étaient suffisamment éloignés pour que les débris ne fondent pas sur eux à la vitesse d’un carreau d’arbalète. Mais le bruit assourdissant, le souffle, la poussière, tout cela fit tout de même souffrir les deux mages et Adramus poussait de puissants râles tandis qu’il serrait la jeune femme dans ses bras, les yeux clos et assombris de poussière. Un autre bruit suivit de près celui de la bombe. Sachant que le souffle s’était calmé, l’adepte d’Amisgal s’autorisa à ouvrir les yeux pour regarder le carnage qui venait de se produire. Certes, il y avait des corps, certes, il y avait des blessés, certes, nombreux étaient les agonisants, mais il vit surtout cette déferlante. Un nuage bleu énorme, qui tomba sur la scène et les trop peu nombreux survivants et qui se rapprocha d’eux à une vitesse alarmante.

- Khoron muug dorduuldag !! (Repousse le mal)

Ce cri de terreur, réminiscence d’une langue que le guerrier connaissait depuis sa naissance et qu’il avait manié durant quelques années de sa vie, notamment pour produire l’Erel Kheg, s’échappa dans une éructation incontrôlée. Adramus tandis vivement les bras, en même temps, vers ce brouillard épais et terrifiant, dressant un courant contraire, invisible, mais qui se vit très clairement lorsque le nuage tenta de submerger le guerrier et sa fiancée. Grâce à la magie d’Amisgal, il les contourna, purement et simplement, repoussés par les courants magiques dressés par le mage dans toute les directions, comme un bouclier.

Malgré tout, au milieu de tout ce chaos, un hurlement perça toutes les barrières, les frontières-mêmes de ce continent, submergeant bien plus de terres que cette pauvre arme chimique. C’était le cri d’un dieu, qui plongea même ceux qui étaient loin de tout ceci dans une illusion terrifiante, tellement réelle que n’importe quel esprit y aurait succombé. Les plus sages, les plus entrainés, s’effondreraient sous la magie de l’Architecte. Adramus, qui était loin de faire partie de ces érudits, ne pourraient s’en protéger non plus.

Son crâne fut comme vrillé par une foreuse daënar, sa magie commença à flancher tandis que son cerveau venait de produire une somme astronomique de visions cauchemardesques, mélange opaque de souvenirs anciens, de peurs actuelles, d’appréhensions futures, mais rien n’égala la terreur qui frappa Adramus lorsqu’il détourna les yeux vers Mary pour s’assurer qu’elle allait bien. Là où se trouvait auparavant sa fiancée, il n’y avait plus qu’un cadavre achevé d’un coup de lame perfide dans le cœur. Elle était agonisante, n’émettait plus que des râles étouffés tout en levant une main implorante et sanglante vers le guerrier.

- Pourquoi… pourquoi tu ne m’as pas sauvé ? Demandait-elle, au désespoir.

Adramus n’avait plus de voix. Etait-ce l’œuvre d’une terreur si grande, si monstrueuse, qu’elle coupait jusqu’à sa propre respiration, ou bien était-ce à cause d’un cri poussé, si puissant qu’il condamnait celui qui l’avait émis à se taire devant le spectacle de tous ses cauchemars. Là où, lors de son émission, la magie de l’Architecte avait fait faiblir Adramus et le bouclier qu’il dressait, la colère envers le poseur de cette bombe, l’artisan de ce gaz, l’assassin de Mary, une colère aussi fulgurante que puissante, cette colère se mit à nourrir sa magie. Ses yeux, qui ne pouvaient se détacher du corps à la vie fuyante de sa compagne, se teintèrent d’un voile blanc luisant. Des larmes ou une surcharge de magie dans le sang de ce guerrier. Dans tous les cas, son bouclier s’étendit, prenant la forme d’un tourbillon qui se mit à tourner autour du couple, repoussant le gaz jusqu’à plus de deux mètres autour de l’adepte d’Amisgal. De l’air qui tournait, comme un cyclone en formation, tandis qu’Adramus venait enfin de fermer les yeux, de baisser la tête, et de subir, toujours muet, le courroux de Khugatsaa.

Un malheur n’arrivant jamais seul, le ciel s’embrasa alors. Le tonnerre divin s’abattit sur cette assemblée, jusqu’à en percer le toit de la salle. De nouveaux débris, encore plus de poussière tomba sur les convives. Adramus ne regarda que d’un œil lointain et embué de larmes l’immense griffon noir descendre vers son frère au plumage maculé de sang. Dans l’esprit du guerrier, tout n’était plus que brouillard, tandis que le tourbillon dressé par sa colère le vidait peu à peu de son énergie. Lorsque les deux frères Architectes disparurent, il était toujours à genoux, au-dessus de sa fiancée bien vivante, mais qu’il continuait de voir morte par l’effroyable sort jeté par Khugatsaa. Encore une fois, une illusion l’avait abattu.
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Faye Toen
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Lun 29 Jan - 13:15
Irys : 427500
Profession : Chasseuse d'artefacts - Danseuse
My'trän +2 ~ Zolios
Des dizaines d'années d'entraînement n'eurent aucun impact sur la situation : la Flamboyante constata impuissante les centaines de personnes venues assister aux festivités subir les effets du Gaz qui se répandait partout dans la salle. Puis, sans qu'elle n'en comprenne l'origine, la jeune femme se sentit comme transpercée par une énergie inconnue qui semblait n'avoir épargné que quelques individus isolés. Décontenancée, elle constata qu'aucun dégât n'avait été occasionnés sur son corps. Seule une sensation de malaise s'emparait d'elle tandis que des milliers d'informations ressurgissaient dans sa mémoire. Sa main vint se poser sur sa tête et un terrible mal de crâne la fit tressaillir un instant. Que diable se passait-il ici ?

« Te revoilà. » fit une voix familière, surgissant de ses souvenirs les plus lointains.  « Tu n'as pas tellement changé. Je suis déçu. »

Faye frissonna. Après l'explosion son corps entier s'était pourtant mis à bouillir mais en cet instant, elle ne ressentait plus qu'une vague sensation désagréable, froide, lui parcourir l'échine. Elle se retourna et fit face à Georges Toen, son premier maître dans l'apprentissage de la magie de Süns. Son regard n'était pas bienveillant, tout le contraire ! Dévisageant son apprentie d'un temps, il ne cachait guère la déception qu'il ressentait devant la vision de son ancienne protégée.


« Tu es tellement faible, tellement... Insignifiante. Je me demande encore pourquoi j'ai perdu mon temps avec toi. Luka se serait révélée une bien meilleure adepte que tu ne le seras jamais. » lui fit-il amèrement constater. « J'ai été brisé lorsque tu es partie. Au fond, c'était peut être mieux ainsi... J'avais ce sentiment permanent de honte à ton égard, et malgré tout mes efforts je ne pouvais également oublié ce dont tu es coupable. Maiza, ma fille, ta mère... Pourquoi t'aurait-elle abandonnée, si ce n'est parce que tu es différente du reste de la famille ? Si brisée, elle m'a confié ta sœur avant de disparaître. Je ne l'ai plus jamais revue depuis, et c'est entièrement ta faute. »

La flamboyante voulut rétorquer mais aucun mot ne parvint jusqu'à ses lèvres. Elle pouvait désormais sentir sa mâchoire trembler à répétition, ses dents s'entrechoquer chaque secondes et une fine fumée s'échapper de sa bouche lorsqu'elle se risquait à une respiration. Respiration si froide qu'à chaque bouffée d'air qui s'engouffrait jusqu'à ses poumons, celle-ci laissait sur son passage la désagréable impression que son corps était plongé dans l'eau glacée...


« Je constate que tu es une anomalie. Pourquoi cela ne m'étonne guère ? Ton existence même est un malheur. Ne vois-tu pas autours de toi, tes amis, tes proches, ceux que tu aimes : aucun d'eux n'a d'estime pour toi. Ils sont effrayés par ce que tu es. Ta sœur la première. »

« C'est faux ! »

« C'est la vérité. » répliqua-t-il aussitôt sans la laisser s'exprimer. « Elle n'est pas encore aussi forte que toi, mais au fond d'elle brûle le désir ardent de se débarrasser de celle qui l'a privé d'une enfance merveilleuse. Elle aussi n'a pas eu l'occasion de connaître ses parents, mais à ta différence, elle n'a même pas connu la chaleur d'un foyer et la douceur de parents de substitution, comme tu en as eu le droit de ton coté. Luka ne t'aime pas. Luka te déteste. Tout comme tout ceux présents ici... »


En levant le bras, il désigna un à un chacune des personnes présentes dans la salle et connues de l'adepte de Süns. Parmi eux, bien vivants - et réellement à ses cotés - elle aperçut principalement Lizzie et Althéa. Une mine déconfite sur leurs visages, elles restèrent à distance de la rousse et tournèrent dans un même mouvement la tête afin de ne plus lui faire face. Alors s'éloignèrent-elle doucement, laissant sur place une Faye traumatisée par cette illusion si réaliste qui semblait toucher chacun des points les plus sensibles de son être. Le tempérament de Süns sembla soudainement s'évaporer et de nombreuses larmes perlèrent sur ses joues avant qu'elle ne se laisse tomber assise sur le sol.

Khugatsaa est bien cruel envers les adeptes de sa bien-aimée soeur.

« Ton amie et également celle que tu aimes, reprit alors Georges, elles t'ont toutes deux trahis. Comment, sinon, pouvaient-elles  paraître si renseignées sur ce qui vient de se passer ? Ai-je besoin d'autres preuves pour que tu comprennes enfin à quel point ta pathétique existence n'est appréciée de personne, si même les êtres que tu chéris agissent contre toi ? Tu n'existeras jamais pour aucun d'entre eux. Jamais. »


Alors que l'illusion de Georges s'approchait d'elle inexorablement, Faye sentit une nouvelle énergie surgir non loin d'elle. Bien qu'en manque cruel de volonté, sa tête bascula légèrement sur le coté afin d'apercevoir, pour la première fois de sa vie, la beauté de sa vénérée architecte de feu. Griffon noir d'ébène, elle s'était dressée aux cotés de son frère pour le protéger puis, après avoir usé de l'ancienne langue afin de proférer ce qui semblait être une menace, avait fait apparaître une inquiétante colonne de lumière qui illuminait la salle du bal dévastée par les flammes.


« Elle est magnifique. » constata Faye, désintéressée de l'inquiétante illusion qui se jouait d'elle quelques moments plus tôt.


Code couleur dialogues de Faye : #ff6600
Code couleur alternatif : #33cc99

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Althéa Ley Ka'Ori
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Lun 29 Jan - 22:15
Irys : 850225
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
    « Qu’as-tu fait… ? »


La question n’était en l’occurrence que pure rhétorique ; après une telle révélation, nulle interrogation ne méritait qu’on lui donne la réplique. Elle saupoudra toutefois la panique de Lizzie d’un lancinant désespoir. En cet instant, l’émotion n’était plus à l’accusation stérile, mais seulement à la triste incompréhension et l’inexorable fatalité. Inconsciemment, ses nerfs se tendirent d’horreur, et ses pensées tournoyèrent à la recherche d’une échappatoire, d’un indice qui prouverait que les propos de la pirate n’étaient qu’un tissu de mensonges. Mais la vérité transparaissait dans sa voix, et la guérisseuse s’y adonna toute entière, s’extirpant de sa torpeur pour plonger dans un cauchemar ô combien réaliste. A cet instant, elle ne comprenait pas les motifs de la brune, et n’avait pas en main le temps nécessaire pour le lui reprocher, ni même s’en vouloir à elle-même d’avoir été trop négligente à l’égard de ce gaz. Cependant, elle était en mesure d’agir de concert avec elle pour prévenir un cataclysme, dont elle ignorait jusqu’à la portée.

    «  Réagissez, évacuez la salle ! s’écria-t-elle en direction des gardes. Sauvez les convives, faites-les fuir avant qu’il ne soit trop tard ! »


Althéa tira le mouchoir brodé qu’elle conservait toujours sur elle, et tenta tant bien que mal de le déchirer en plusieurs morceaux. Elle y parvint après quelques tentatives, et en tendit un morceau à chaque sœur ainsi qu’à Lizzie, quand bien même sa rancœur aurait voulu qu’elle l’ignore. Lorsqu’elle reprit la parole, l’exaspération de voir la mollesse du corps de garde adoucissait son timbre, comme si en l’absence d’autorité militaire, elle s’octroyait le calme vibrant du commandement. Elle s’exprimait avec mesure, mais certes pas avec sérénité.

    « Protégez-vous la bouche avec ça, surtout respirez le moins possible. Et ne paniquez pas. Je vous en supplie, ne paniquez pas, ça vous tuera à coup sûr. C’est un gaz qui stimule vos phobies, et vous tétanise jusqu’au trépas. Respirez le moins possible ! »


La seconde d’après, le groupe se précipitait à l’extérieur de la salle isolée et s’évertuait à inverser le sens de la marche imposée par la foule. Mais il n’y avait plus rien à faire, on ne pouvait lutter contre l’inertie de la masse. Althéa abandonna très vite ces vains efforts. Elle quêtait Zora, et se maudissait de l’avoir teint en brune pour la soirée, car l’écarlate vif de sa chevelure aurait facilité ses recherches. Mourait-elle par sa faute ? Déjà elle allait à l’encontre de ses propres conseils, et elle s’affolait, noyée par ses regrets, noyée par sa peine anticipée, noyée somme toute par une vague injuste de sentiments délétères. L’idée-même qu’elle avait du gaz la faisait paniquer. C’était tout comme recevoir une piqûre : on se crispe d’appréhension à la vue de l’aiguille. On a beau avoir conscience que la crainte ne fait qu’amplifier la douleur, on ne peut s’empêcher de la redouter. De la même façon se targuer de connaître le gaz et ses effets ne faisait qu’intensifier l’anticipation qu’elle avait de le respirer, cela aggravait l’anxiété tant redoutée. Avait-elle bien fait de les prévenir ? Elles devaient fuir à tout prix, elles…

    « ZORAAA ! »


Son acolyte resta sourde à son hurlement, et elle s’élança à contresens de la foule pour l’intercepter. Elle se fit bousculer de toute part par des citoyens inconscients de la mort vers laquelle ils marchaient avec la désinvolture des ignares. Toute cette foule n’était qu’une procession funéraire, une randonnée vers la mort, et son rôle, en tant que disciple de Möchlog, adepte de sa vie et de sa mort, était de sauver ce qui pouvait encore l’être, de modifier un tant soit peu le cours des choses. Elle saisit Zora par le bras et se fit bousculer sans ménagement. Se redressant avec peine, les yeux embués de panique, elle servit un regard suppliant à son alliée, et rarement on entendit tant d’émotions dans sa voix ; un sincère effroi et une touchante désolation.

    « On s’en va, eut-elle seulement la force de prononcer. »


De toutes ses forces, elle tira sur le bras de Zora, pour rejoindre les trois femmes, qu’elle chérissait toutes, mais dont il ne resterait plus rien si elles s’attardaient encore. Elle tenait dans sa main, sa raison d’existence, elle voyait sur le bord, trois modèles de vie. A l’instant où elle atteignit Faye, le gaz commença sa ô combien létale propagation. Elle couvrit sa bouche et ses narines d'un pan de sa robe, faisant fî de la pudeur. Il était l’heure de partir, l’heure de fuir, de rejoindre la vie qui leur tendait les bras au dehors. Althéa enjoignit comme elle put un moral d’acier aux quatre femmes qui l’entouraient, désolée que leur nombre réduise l’effet individuel de sa magie. Elle voulait leur donner la force de courir, l’apaisement pour ne pas prendre peur, mais quand la vague d’illusion les submergea, elle se sentit bien impuissante face à ce nouveau fléau. Le contrôle lui échappa, elle constata plus qu’elle ne comprit que les consciences se perdaient dans les méandres d’un labyrinthe spirituel, où elles gaspilleraient un temps précieux, voire salutaire. Khugatsaa marquerait donc leur trépas ? En quête d’une solution pour traîner hors de portée du gaz les quatre autres, elle poursuivit son avancée en direction de l’entrée qu’elle ne voyait plus à cause du nuage azuré, mais dont elle devinait encore la présence. Alors, elle se retrouva nez à nez avec…

    « Yecht ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu m’as dit que tu restais à My’trä ! s’indigna-t-elle auprès de son frère.
    - Finalement on a décidé de venir avec Quevven et Leryan ! On voulait pas manquer un tel événement.
    - Qu’est-ce que tu racontes ? Où sont-ils ? IL FAUT QU’ILS S’EN AILLENT !
    - Oh quoi, à cause de la jolie fumée bleue ?
    - OUI ! ELLE VA VOUS TUER ! VA-T-EN JE T’EN PRIE !
    - C’est trop tard, Althéa, ils sont morts tous les deux. Tu les as tués. Quelle tristesse, voilà des mois que tu refusais d’adresser la parole à Quevven… Et maintenant tu ne lui parleras plus jamais. C’est un comble.
    - Non, ne me mens pas !
    - Quelle bonne idée de laisser un échantillon du gaz à Lizzie, hein ? Tu as perdu ton discernement ? A se demander ce que Quevven a pu t’apprendre au cours de ces longues années. Tu es si faible, petite sœur ! Et maintenant, nous mourrons tous les quatre, parmi une foule d’autres mourants, et tu n’auras jamais pu briller à ses yeux.
    - Je n’ai vécu que pour vous plaire…
    - Tu n’as vécu que pour nous tuer. Puisses-tu survivre pour t’en rappeler à jamais. »


Le gaz… Le gaz ? Althéa tendit la main vers son frère pour le secouer, le faire taire, démentir ses propos qui arrachait des torrents de larmes à la petite fille demeurant dans son cœur. Une sensation insupportable d’ardente chaleur lui parcourut la main et elle hurla de douleur en se rendant compte que les flammes avait léché sa dextre là où se situait jusqu’alors son aîné. Elle le chercha du regard, stupéfaite, et prit garde à retenir son souffle comme elle l’avait si bien avisé ses camarades auparavant. Son regard tomba sur Luka, et elle eut la sensation étrange de savoir voler. Oui, c’était bien en elle, cette capacité de faire battre ses ailes luminescentes, de fendre l’air, de chuter et de planer. Les souvenirs de sa vie de libellule affluaient, paisibles, tranquilles, en dépit de la souffrance qui s’exprimait tout près d’elle, si contrastée avec la scène d’horreur à laquelle elle venait de prendre part.

    « Luka, tu as vu Yecht ? Il était juste là… »


La guérisseuse entendit une vague réponse, alors qu’elle essayait péniblement d’avancer, tout en traînant derrière elle un lourd fardeau, comme si le bras de Zora qu’il lui semblait tenir encore, et la main dont elle s’était saisie au hasard en voulant poursuivre leur progression, lui opposaient toutes deux résistance dans la panique généralisée. Sa main brûlée lui donnait la sensation que son corps tout entier n’était plus qu’un cadavre éveillé tant sa souffrance était obsédante. Comment pouvait-elle encore être en vie alors que son corps éprouvait une telle douleur ? Quelque part, n’était-ce pas là la définition de la vie, être à même de ressentir la douleur et de ne pas s’en voir délivrée ? Elle ne savait plus si les personnes à son contact étaient matérielles, ni de qui il s’agissait, mais elle marchait quand même, déployait sa magie en un halo incertain autour d’elle pour insuffler la volonté de ne pas abdiquer. Et alors qu’elle avançait, elle se rappela un instant de sa vie qui l’avait marquée durablement.

Il se débat. Elle, elle persiste. Elle s'obstine à garder ses mains sur cette bouche capricieuse qui entend recracher la petite sphère qu'elle y a glissée. Elle s'acharne à libérer cet homme de ses maux et à lui offrir une nouvelle existence. Elle le tue pour son bien. Par pur altruisme. Et ce geste lui fait mal. Horriblement mal. Les larmes noient quelque peu le sourire à vocation rassurante qu'elle adresse à celui qui tente de préserver une vie qui n'a plus le moindre sens. Elle souffre avec lui. Elle souffre pour lui. Et si elle ne ressent pas les effets néfastes d'un poison qui tarde à se manifester, son âme vibre en écho avec celle du blessé.

Et pourtant elle ne voulait pas qu'il souffre, lui. Elle voulait simplement l'aider. L'adolescente était certaine que les choses se passeraient bien. Peut-être même qu'il lui adresserait un sourire ou un regard de remerciement. Mais ses yeux sont emplis de peur et de colère. Il n'y a pas de gratitude. Pas la moindre lueur d'approbation. Et encore moins de compréhension.

    « S'il te plait..., l'implore-t-elle. Laisse-moi t'aider... »


De nouvelles perles transparentes roules sur ses joues tandis qu'elle mordille ses lèvres tremblantes pour mieux retenir ses sanglots. Sa vision se brouille davantage encore mais elle continue à puiser dans sa magie pour garder le frêle ascendant que la surprise lui a offert. La résistance faiblit. Le souffle chaud qui lui brûle ses paumes, également. Il ne reste bientôt plus que le silence et les battements perturbateurs d'un cœur délesté de son innocence.

Elle n'ose cependant pas retirer ses mains. Comme si elle craignait que le corps reprenne vie et se jette sur elle pour lui faire payer son acte de bonté. Alors elle reste ainsi de longues secondes, ne sachant réagir autrement que par l'immobilisme. Elle a froid. Elle a chaud. Elle tremble d'espoir et de peur. Et à présent elle se rend compte que la foi - la vraie foi - exige du courage. Qu'elle n'est pas offerte à ceux qui veulent croire mais la récompense d'une dévotion qui demande des sacrifices. Cette foi-là est douloureuse. Sans concessions. Mais elle sublime pourtant l'existence.

Elle se laisse finalement choir à côté du corps, posant la tête sur l'épaule du cadavre. Sa main caresse délicatement cette joue encore empreinte de chaleur. L'appréhension et l'hésitation sont encore présentes. Tuer n'est pas aussi facile qu'elle l'espérait. Ce n'est pas sans conséquences. Quelque part elle sait qu'elle n'est plus la même. Et elle n'ose pas affirmer qu'elle préfère ce qu'elle est à présent devenue.
Une assassine ? Une sauveuse ? La définition exacte lui échappe tandis que ses pensées se heurtent avec violence. Elle ferme les yeux et enfouit son visage dans le creux de ce cou docile. Les secondes puis les minutes s'écoulent, imperturbables. Les tremblements qui parcourent encore son corps ne sont que de vagues échos du séisme qui ravage toujours son âme.

    « Pardonne-moi ! »


Elle souffle sa requête à l'oreille de la dépouille mais c'est pourtant bien à la Chouette qu'elle s'adresse. Cette dernière est là. Elle le sait. Elle le sent. Oui, puisse-t-elle lui pardonner... Elle n'est que l'outil de Sa volonté. Et un outil n'a pas vocation à remettre en question la main qui le manie. Il se contente d'accomplir ses désirs. Oui, elle ne doutera plus et acceptera le destin que Möchlog lui a attribué. Et elle le fera avec joie...


Dernière édition par Althéa Ley Ka'Ori le Jeu 1 Fév - 20:10, édité 1 fois
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Zora Viz'Herei
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Mar 30 Jan - 1:58
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My'trän -3

Se rendre? Zora s'écarte quelque peu de Zaël pour mieux le dévisager. Elle ne perçoit pourtant pas la moindre trace de plaisanterie. S'il trouvait sa requête étrange, que dire alors de ce qu'elle pense de sa proposition? Pour peu qu'elle accepte de se rendre, elle ne se fait pas d'illusions: elle serait exécutée. La feue rouquine aurait peut-être l'occasion de justifier ce que le roi qualifie de "crimes" mais les gens ne comprendraient pas. Ils ne comprennent jamais. Le fait est qu'elle n'a pas un goût très prononcé pour le suicide.
"Je m'acharne à rendre le monde meilleur! Est-ce cela que vous qualifiez de crime?" s'indigne-t-elle. "Une innocente ne devrait pas avoir à se rendre ou à répondre d'actes qui relèvent du bon sens. Et encore moins à endurer le jugement de ceux qui se complaisent dans l'inaction!"
Elle l'observe encore quelques instants. Comme si elle cherchait à percevoir dans le regard de son cavalier une quelconque lueur indiquant une prise de conscience. À défaut, elle se contente d'un soupir et d'un mouvement négatif de la tête. Pourquoi cherche-t-elle à nouveau à lui faire entendre raison? Ce roi s'obstine dans le déni. Il voit en elle une menace et non la prophétesse qui libérera les Kharaals de l'impureté. Qu'espérait-elle, dans le fond? Une douce illusion n'a pas vocation à devenir réalité...

Et pourtant, un jour, elle imposera sa vision à ceux qui prétendent diriger My'trä en ces temps troublés. Zaël pourra-t-il profiter des bienfaits de son règne? Lagachette l'aura-t-il déjà abattu selon les termes de l'accord qu'elle a passé avec lui? Ou est le daënar, d'ailleurs? Est-il seulement en vie? À supposer, bien sûr, que le terme soit adapté à la chose qu'il est à présent devenue... Toujours est-il que la disciple de Möchlog ne tient pas réellement à apprendre à danser à ce souverain dépassé par une époque qui exige le plus cruel des pragmatismes.
"Je vous apprendrai à danser le jour où vous serez apte à diriger un pays!" maugrée-t-elle. "Dans l'intervalle, veillez simplement à ne pas m'écraser les pieds!"
La jeune femme lui décoche un regard entendu. Presque menaçant. Sans réellement se rendre compte qu'un insecte est bien imprudent de s'en prendre ainsi à la botte qui pourrait l'écraser. La musique dure encore quelques instants puis s'achève pour laisser place à l'annonce du discours de ce fameux Gustave Wilson. L'instigateur de tout ceci, bien qu'elle ne le connaisse pas, lui inspire du dégoût. Comment ose-t-il parler de paix alors qu'il appartient au peuple responsable des guerres qui ont déchiré Irydaë?
"Je vous accompagne!" le prévient-elle. "Qui sait quelle autre hérétique pourrait encore vous sauter dessus..."
Ce n'est pas réellement pour la réputation de Zaël qu'elle s'inquiète. Elle ne peut s'en préoccuper à sa place. Néanmoins elle ne tient pas à ce que certains daënars puissent penser que la présence de l'une des leurs aux côtés du souverain est un signe encourageant la paix. Une considération bien dérisoire puisque la seule présence du Primo-Gharyn abonde dans ce sens. Mais ce sera toujours mieux que rien...

Le duo se retrouve donc à remonter le long de la rivière humaine qui entend écouter le fameux discours. Un discours qualifié par certains de point d'orgue. Zora, elle, se contente de le considérer pour ce qu'il sera immanquablement: une ode à l'utopie! Elle redoute déjà le difficile exercice de patience auquel elle sera confrontée. Puis tend l'oreille lorsqu'elle croit entendre une voix familière prononcer son prénom. Elle laisse son regard vagabonder sur la foule environnante. L'alcool lui joue-t-il des tours?

Mais lorsqu'une main se referme sur son bras et qu'elle découvre Althéa dans un équilibre précaire, la disciple de Möchlog fronce les sourcils tout en jetant un regard d'incompréhension à sa comparse. Quel aracnobion l'a mordue, celle-là? Mais la fausse noiraude remarque bien vite le regard suppliant de son alliée. Et l'effroi qui teinte le ton de sa voix lorsqu'elle la presse de s'en aller avec elle. Zora oscille quelques instants entre le désir d'obtenir des explications satisfaisantes et celui de se fier au jugement de sa comparse.
"Veuillez m'excuser!" glisse-t-elle à Zaël.
Voilà qui marque la fin de ces retrouvailles moins productives qu'elle ne l'espérait. Toutefois elle mentirait si elle lui affirmait alors qu'elle regrettait de se soustraire à sa compagnie. L'homme ne représente pas grand chose pour elle. Sur la balance de l'estime, Althéa l'emporte largement. Et c'est précisément ce qui motive la fanatique à suivre sa cadette et à remonter la marée humaine en sa compagnie. Jusqu'à rejoindre un étrange duo qui ne lui évoque rien sinon de la jalousie.
"C'est qui, celles-là?" s'enquit-elle. "Je te manquais tellement que tu as essayé de me remplacer avec les premières rouquines venues? Ne me dis pas que tu voulais me présenter à tes nouvelles copines!?"
Une considération qui manque vite d'intérêt lorsqu'une lourde explosion retentit et lui vrille les tympans. Le souffle de la déflagration fait voltiger ses cheveux tandis qu'un éclat de bois laisse une traînée sanguinolente sur sa joue. Elle effleure la plaie du bout des doigts et observe le sang qui les macule avec un mélange de curiosité et d'incompréhension tandis que l'odeur de chair brûlée se mêle aux cris de ceux qui, contrairement à elles, se trouvaient aux premières loges pour assister au discours.
"C'est la guerre!" clame-t-elle avec la joie propre à une enfant. "C'est la putain de guerre!"
Peu importe qui est à l'origine de cette explosion. Peu importent combien de My'träns sont tombés. Tout ce qui compte c'est que la paix n'osera plus être évoquée sans être associée au désastre qu'est devenu cette soirée. Un large sourire s'installe sur les lèvres de la jeune femme tandis que son regard découvre avec un plaisir évident les différents blessés qui tentent de fuir le carnage. Elle ne prête attention à l'étrange fumée que lorsque celle-ci se rapproche trop dangereusement pour être ignorée.

~~~~~~~~~~

Elle tombe à genoux, la bouche entrouverte de stupeur. Ses mains se glissent, crispée, dans sa chevelure noiraude tandis qu'elle observe avec terreur Möchlog. Ce dernier, imperturbable, l'observe d'un regard sévère. Elle se sent écrasée par sa simple présence. Et cette rencontre est bien loin de celle qu'elle s'est imaginée tout au long de son existence. Le dieu ne parle pas. Mais elle n'a pas besoin de paroles pour comprendre une évidence qu'elle refuse pourtant d'accepter.
"Tout ce que j'ai fait, divin Möchlog, je l'ai fait pour vous!" balbutie-t-elle. "Ne faites pas ça. Je vous en prie! Non, je vous en supplie!"
Elle se prosterne au sol tandis que sa vision se brouille, déformée par l'abondance de ses larmes. Elle hoquette à chacun des sanglots qui quittent sa gorge. Et elle n'ose se relever tandis qu'elle attend que la voix de son Architecte vienne honorer son ouïe. Et pourtant seuls les cris des mourants et des blessés lui parviennent. Möchlog s'obstine dans un silence plus tranchant que le plus acerbe des reproches. Plus mortel encore que la plus aiguisée des lames kharaaliennes.
"Continuez de me guider, Maître! Montrez-moi la voie que vous souhaitez me voir emprunter! Je ferai tout ce qu'il faudra. Je ne ménagerai pas mes efforts!" promet-elle. "Mais pas pitié: ne m'abandonnez pas! Sans vous je ne suis... rien!"
Mais ce n'est pas réciproque et elle le sait. Elle n'est qu'un insecte face au plus grand dieu que ce monde ait jamais connu. Ses larmes continuent de s'écraser sur le sol poussiéreux contre lequel son front repose tandis qu'elle prend conscience de son insignifiance. Elle ne s'est jamais sentie aussi seule qu'en cet instant. Cette impression ne fait que s'accentuer au fur et à mesure que le temps passe. Et bien qu'elle ne soit plus capable de le mesurer, la rouquine subit de plein fouet son caractère implacable.

La Chouette, quant à elle, ne s'exprime toujours pas. Zora rampe alors dans sa direction, tendant une main tremblante vers le dieu. Mais aucune plume ne vient se glisser dans sa paume. Malgré sa présence écrasante, Möchlog brille par son absence. Une absence qui inflige souffrance et désarroi à celle qui s'est toujours vantée d'être la favorite de l'Architecte.
"PITIÉ!"
Elle hurle ce dernier mot comme s'il pouvait changer une décision qui semble pourtant indiscutable. Et c'est un regard suppliant que la fanatique relève alors vers sa raison de vivre. Mais cette dernière n'est déjà plus là...

~~~~~~~~~~

Elle se sent happée, tirée vers l'avant par une force dérisoire mais volontaire. La noiraude redécouvre Althéa à travers l'opaque fumée. Puis elle tousse avec violence alors que cette dernière pénètre dans ses poumons. Les dangers de la réalité se mêlent à la violence du souvenir de sa rencontre avec Möchlog. Les larmes qui continuent de rouler sur ses joues témoignent d'ailleurs de la véracité de ce tête à tête.

Zora se retourne et tente de s'enfoncer dans le brouillard bleuté, véritable incarnation de la mort. Elle doit retrouver la Chouette. Elle doit trouver un moyen de retrouver ses faveurs. Une façon de la contenter et de la convaincre de l'épauler à nouveau dans le difficile combat qu'est sa vie. Mais le dieu souhaite-t-il vraiment qu'elle continue à vivre?
"Je... Je crois que je dois mourir ici, Althéa!" lâche-t-elle péniblement. "Möchlog ne... Il ne veut plus de moi!"
Alors pourquoi son instinct, régit par l'Architecte en personne, lui commande pourtant de ne pas céder à l'appel de la mort? Pourquoi son corps se presse-t-il d'avancer, soutenu par la magie d'Althéa, quand son esprit tente de la guider vers cette colonne de flammes dont elle n'explique pas la présence? Il en va de même pour les tremblements qui animent le sol et mettent en péril son équilibre déjà précaire.Qu'est-ce qui est vrai? Qu'est-ce qui est faux? Vit-elle seulement cet instant présent? Le doute l'assaille, labourant ses pensées. Que se passe-t-il véritablement?

La disciple de la Chouette puise alors dans sa propre magie et lâche un soupire de soulagement lorsqu'elle constate qu'elle n'en est pas privée. Möchlog ne l'a pas abandonnée, tout compte fait. Ce n'était... qu'un rêve? Ou, plutôt, un cauchemar? Elle remet ses questions à plus tard. Du moins tente-t-elle de le faire tandis qu'elle s'emploie à purger son corps de la puissante toxine qui entend le soumettre. Elle étend sa magie curative à Althéa, profitant de leur contact physique pour alterner les soins entre sa cadette et elle-même. Un privilège qu'elle refuse bien évidemment aux deux autres rouquines...

Mais alors qu'elle s'acharne à lutter contre un poison aux effets bien trop néfastes pour être efficacement contenus, la feue rouquine se fait percuter par un jeune homme. Il lui évoque quelque chose. Un souvenir.

~~~~~~~~~~

Elle se retourne, interpelée par la violence dans sa voix. Ses ongles s’enfoncent dans sa paume déjà meurtrie, et elle contient difficilement la rage qui croît en elle. Son calme n’a toujours été que façade inébranlable, elle perçoit la rage qui s’infiltre dans ses veines aussi aisément qu’elle s’entend respirer. Sous une peau d’apaisement manifeste se tapissent des transports susceptibles d’engendrer la prochaine catastrophe naturelle au compteur.
" Tu ne le comprends pas" réplique-t-elle sèchement. " Tu juges ce que tu ne comprends pas. Pire, tu voudrais me convaincre que ta vérité prévaut sur la mienne! Et tu te prétends bien intentionné. "
"Je dis simplement que je l’ai fréquenté six ans de plus que toi, et que je suis bien plus lucide. Il est dans ta tête, et je ne parle pas que d’une manipulation basique de tes convictions, je parle de ses dons de Khugatsaa. Il insinue en toi des émotions irréelles, une affection chimère, rien de tout cela n’est vrai. "
" Tu es… jaloux? "
"Ja… quoi? Mais non ! Pourquoi tu refuses de m’écouter? Il sévit dans le crime, il manipule sa propre fratrie au nom de son avidité, et tu le défends encore! Tu prendras la même peine que lui lorsqu’il sera condamné, la justice ne fait pas de différence entre les influenceurs et les influencés. "
" C’est ta cécité, pas la mienne, qui est en jeu. Il ne le fait que pour nous protéger du besoin, pas par vice. Et je ne reste à ses côtés que dans l’espoir de tempérer son affiliation au crime, et lui remémorer ses idéaux…"
Et peut-être, aussi, que j’admire le crime… songe-t-elle. Il me répugne et me séduit. Il m’effraie et me caresse. Comme un amour impossible attise la tendresse et l’aversion en égale mesure. Il y a de l’extase à servir la malice, pourvu que la cause soit grande. Le peuple est bien incapable de déterminer pour lui-même ce que la raison lui dicte pourtant. Tous les criminels ne sont pas des héros, loin de là, mais certains le sont pour le bien-être commun. J’en fais partie. Möchlog m’accompagne à chacun de mes pas, et son jugement sera celui de mes intentions, et pas de ma morale. Il verra l’accomplissement de sa volonté, et pas la bassesse humaine ainsi exprimée, et que l’on réprime tous, un peu hypocritement, dans les tréfonds de notre âme.




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

Spoiler:
 


Dernière édition par Zora Viz'Herei le Mar 30 Jan - 12:17, édité 2 fois
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Tashinär Vélacen Malphà
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Mar 30 Jan - 11:47
Irys : 169971
Profession : Courtisane
Daënar +1
J'étais prête à partir quand j'appris que le discours allait enfin commencer. Je cherchais alors parmi la foule à rejoindre mon cavalier, ce fameux roi complètement stupide et incapable de me défendre face à une...enfin bref. J'écoutais le discours quand soudain une explosion...

Ne pouvant poursuivre, le narrateur omniscient que je suis, se doit de remplacer la voix de Tashinär. Une explosion effroyable fut la dernière chose qu'elle vit qui fit sens à ses yeux. Elle se mit à tousser et sans comprendre d'où cela venait fut confronter à ses pires cauchemars. Elle entendait des voix :

- Tu es seule ! Tu n'es rien ! Qui est-ce ? Rien ! Ce n'est rien ! Rien ! Une mère ! Une femme ! Vous voulez rire ! Cette personne a tout perdu par sa folie et la folie la ronge ! Elle a perdu sa position ! Elle n'est plus rien !

Dans sa folie, elle rampait et hurlait. Heureusement pour elle, elle se dirigeait vers la sortie malgré les coups de pieds des gens et le fait qu'elle se retrouvait avec plusieurs côtes fêlées, cassés et le visage légèrement tuméfiée. Elle hurlait :

- J'existe ! J'existe !

Il était impressionnant de voir pour une fois cette femme rampante, en larmes, hurlante. Cette femme si froide, si élégante en toute circonstance se retrouvait à crier et à hurler avec la plus grande des vulgarités. Son esprit lui représentait ses enfants et sa vie de famille qui lui était refusé. Elle revoyait son époux et une vie paisible qui somme toute lui manquait. Deux craintes venaient d'être mise à jour : sa peur d'être ignorée et son besoin de sécurité car finalement sa vie de courtisane ne la satisfaisait pas.
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Ludwig Strauss
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Mar 30 Jan - 14:23
Irys : 1018791
Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
Daënar -2
« Mais pourquoi gâcherions-nous ce début d’amitié, hm ? Laissons-nous plutôt guider par cette douce mélodie. J’aimerais profiter de cet instant de paix … après tout, c’est pour la paix que nous sommes tous ici présents, non ? »

Oui, il était venu pour la paix. Il n’y avait nul mensonge dans les paroles de Ludwig et cela justifiait à quel point l’homme pouvait être terrible et redoutable dans sa désarmante honnêteté. Il ne mentait pas tout en cachant les sombres miasmes qui formaient son aura par un manteau de noblesse dorée. Manipuler les mots était un art où le mafieux excellait tout particulièrement et sa seule présence vivante en témoignait, lui qui avait passé la majorité de son existence à orchestrer des crimes toujours plus audacieux et complexes. Mais ce soir, en ce moment-même, il allait atteindre la quintessence absolue de son œuvre d’art. Le cheminement d’une toile finement tissée, la dernière pierre du temple de la guerre, du chaos et le cor qui sonnera le début de l’ère des loups et des boucliers fracassés.

Oui, il était venu pour la paix. Mais pas pour la glorifier et la soutenir. Le Baron escomptait bien faire de la paix un rêve utopique et intouchable, le briser en miettes écarlates qui formeront le tapis rouge livrant un passage d’honneur à sa Némésis tant adorée par le marchand d’armes : la guerre.

« Oh, je sens que ce cher Wilson va nous honorer d’un beau discours ! Mais la foule risque d’être trop encombrante à ses pieds. »

Fixant sa charmante cavalière dans ses prunelles de pures émeraudes pétillantes de vie, il sourit avec une douceur naturelle et lui saisit les deux mains entre ses gants.

« Venez, nous allons monter tout en haut. Nous aurons une vue imprenable et on ne souffrira point de l’étroitesse des admirateurs de notre beau parleur. »

Entraînant Aurore avec lui, ils gravirent rapidement les nombreuses marches menant aux étages supérieurs avant de s’accouder doucement sur un garde-feu taillé dans un matériau qui lui rappelait étrangement l’or sans pour autant en avoir l’éclat quasi-sacré. Bien entendu, il n’était pas motivé par une volonté de s’éloigner de la foule pour profiter du spectacle à sa compagne et encore moins, dans l’esprit de certains coquins, de l’entraîner dans une alcôve en toute discrétion pour s’adonner à une autre forme de réjouissance. Caressant doucement sa moustache, il se réjouissait d’avance de la suite des événements.

Détrompez-vous, il n’avait aucun plaisir à provoquer le malheur et la souffrance chez les enfants d’Irydaë, oh non. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agissait pas d’un fils du chaos, d’un psychopathe assoiffé de sang ou d’un tyran qui se réjouissait à écraser l’humanité sous sa botte. Ludwig était le pragmatisme incarné dans sa plus froide enveloppe et selon lui, la fin justifiait les moyens. Pour atteindre une fortune qui lui vaudrait une vie digne des plus grands de ce monde, il fallait faire des sacrifices. Pour que sa vente dans le domaine des armes atteigne des sommets, il fallait créer l’envie de s’armer chez les nations.

Nous détenons l’offre, nous allons manufacturer la demande.

Il aurait préféré quitter les lieux plutôt que rester dans cette salle qui allait bien vite se changer en tombeau pour ces malheureux idéalistes mais un fâcheux contretemps l’obligeait à risquer sa présence au sein de cette future hécatombe. Heureusement pour lui il avait prévu cette éventualité et pensait y survivre sans la moindre difficulté, allant même jusqu’à penser que sa partenaire de danse mériterait qu’il la secoure aussi. Elle lui était sympathique, cette jeune mage spontanée. Et puis un peu d’altruisme était un des mots clés qui définissaient un gentleman !

Puis vint le grand moment tant attendu. Un instant de flottement. Un grondement titanesque. Un souffle monstrueux. Puis les cris, hurlements et glapissements. La mélodie du désespoir débuta dans sa plus grande atrocité, un spectacle que Ludwig regardait sans jamais détourner le regard. Il se devait de voir chaque victime agonisante, chaque personne traumatisée. Car si l’humain pouvait oublier les morts, eux ne vous oubliaient pas. Quand le nuage bleuté se mit à lentement dévorer les invités de sa sinistre présence au-dessous d’eux, il jugea bon d’intervenir. Glissant sa main dans son manteau, il en brandit deux mouchoirs pliés dont il tandis un à Aurore.

« Mettez cela sur votre nez, vite ! Nous devons éviter d’inhaler ce gaz. »

Portant son propre mouchoir contre sa bouche, il inspira lentement, gardant un calme exemplaire. L’arme chimique était un gaz lourd et de ce fait se concentrait plus sur le rez-de-chaussée plutôt que sur les étages supérieurs. Ainsi seule une faible quantité de ce fléau soporifique grimpa vers eux et les mouchoirs finement préparés par Ludwig leur permirent d’échapper aux néfastes effets de cette perfide arme.

Cependant …

Une statistique imprévue. Un élément perturbateur. Le hasard, le destin, la fatalité. Quelque chose qui avait réussit à échapper aux années de préparation et d’élaborations du conspirateur. Une seule personne mais dont l’impact sur la suite des événements allait bouleverser toutes ses attentes et lui faire goûter l’amer sensation de l’imprévu. Un Architecte venait de libérer une force psychique telle qu’elle souffla l’esprit d’acier de l’homme d’affaires tel un cyclone balayant les murailles les plus solides. Dans un hoquet de surprise et d’effroi, le gentleman tomba comme si on venait de lui asséner un coup terrible, le souffle coupé.

Ludwig venait d’ouvrir la boîte de Pandore et en subissait les catastrophiques conséquences. Bien vite sa raison fut happée pour ne laisser place qu’à son seul et unique cauchemar, la seule chose qui parvenait à faire défaillir son mental implacable et trébucher son cœur de pierre.

« Katharina ? »

L’homme à terre tandis une main désespérée vers ce qui semblait être sa tendre et bien-aimée fille, la prunelle de ses yeux, sa perle précieuse et la seule belle chose qu’il avait offert à ce triste monde. Mais cette dernière ne se retourna pas, ne bougea pas. Elle était livide et immobile, le regard absent semblant fixer un horizon invisible, le corps affaissé tel un pantin privé de ses fils.

« Oh non, mon trésor … non non non. »

Il rampa misérablement sur la surface froide et polie, traînant un corps qui lui semblait lourd et encombrant. Tel un naufragé aux muscles engourdis par l’eau glacée, il traînait sa masse de chaire et d’os, les yeux écarquillés de peur et de désespoir, tendant toujours une main vers sa fille qui semblait s’éloigner d’avantage, emportée par un courant surnaturel qui le privait de la caresse qu’il escomptait. Il voulait la tenir dans ses bras, embrasser sa douce chevelure et la bercer, lui promettre que tout ira bien. Mais plus il tentait de lui venir en aide et plus elle était hors de portée.

Une procession funèbre encerclait désormais Ludwig, et quelle procession ! C’était les Architectes en personne qui le fixaient d’un regard coupable et inquisiteur, dédaigneux et furieux. À l’unisson, leurs voix divines lui susurraient à quel point sa vie était un fléau pour l’humanité et que sa présence même avait condamné la pauvre innocence de Katharina.

« Silence ! Je vous ordonne de vous taire ! Rendez-la-moi ! Rendez-moi ma fille, maudits démons ! »

Il trembla puissamment tandis qu’il se sentait cloué sur place par le simple regard de tous ces êtres supérieurs qui le jugeaient, le méprisaient, lui infligeaient le divin châtiment qu’il méritait, lui l’instigateur de tous ces malheurs, lui qui dans sa cupidité et son orgueil avait semé la discorde et condamné les années qui suivent à être le théâtre des frères et sœurs s’entretuant pour des querelles futiles aux yeux de leurs tristes créateurs.

Se retournant sur le dos, essoufflé, vaincu, ses yeux de givre furent aveuglés par l’apparition divine de l’Architecte des flammes et il tenta de cacher cette vision d’apocalypse tout en se protégeant les yeux de la clarté aveuglante de ce feu dévorant.

Puis un rire le secoua. Faible, sans joie. Il pensa à ce conte qu’on lui avait raconté quand il était jeune à propos d’une fière nation de nains riches et puissants mais dont la cupidité n’avait aucune limite et, dans leur folie, il creusèrent si profondément dans les mines de leur royaume sous la montagne qu’ils condamnèrent ce dernier en découvrant des ténèbres et des horreurs jusque-là emprisonnées dans la pierre. Quelle ironie.

Dans une dernière forme de clairvoyance, il fixa Aurore à ses côtés et murmura faiblement, tel le dernier souffle d’un mourant :

« Tel est le fardeau des mortels. »


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Aurore Seraphon
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Mar 30 Jan - 19:48
Irys : 938007
Profession : Agriculture/Chasse
My'trän +2 ~ Khurmag
- «  Amitié ? Je ne dois pas avoir la même définition que vous concernant ce mot » rétorqua la rouquine dans un sourire plus froid, une amitié avec des étrangers, cela ne pouvait pas exister « Pour la paix, mh, oui, ou pour la curiosité simplement n’est-ce pas ? »

Un pas sur le côté, des souffles qui s’effleurent à distance, des regards plus appuyés sans pour autant que quoi que ce soit d’affectueux ou d’intriguant soit transmis. Aurore était une femme honnête, qui ne réfléchissait pas toujours avant de parler, pour ne pas dire jamais et n’eut même pas la sensation d’être désagréable en s’exprimant de la sorte. Il parlait de paix, elle, ne voyait qu’un mélange désordonné, comme-ci une ligne imaginaire venait se placer entre les mages et les non-mages. La salle de danse en était la preuve, rares étaient les couples mixtes et ceux qui avaient la désagréable idée de le faire, comme eux, se faisaient dévisager du coin de l’œil. Difficile de savoir ce qu’en pensait sincèrement Aure, qui offrait des sourires sincères, accompagnés de parole beaucoup plus froide, plus tranchée. Au fond, peut-être n’était-elle elle-même pas encore certaine de la position qu’elle devait adopter vis-à-vis de ces autres, de ces non-croyants qui avaient délaissé par le passé ceux pour qui elle dévouait sa vie. La my’tränne offrait néanmoins une confiance limitée à son partenaire de danse, qui fallait-il l’avouer menait la danse d’un pied de maître sans pour autant n’avoir jamais aucun geste déplacé. Aurore s’amusait réellement, appréciait l’instant et n’oublierait pas de sitôt ce moment où elle avait l’espace d’une seconde abandonné sa crainte de l’autre pour ne passer qu’un échange agréable avec un humain, comme elle.

- «  Ne veniez-vous pas pour la paix et donc pour ce discours ? Le fuir ne serait pas un peu… étrange ? » questionna-t-elle en le stoppant dans son élan.

Le bras tendu vers lui, la rouquine l’avisa un moment, plissant de cette manière spécifique son nez comme à chaque fois qu’un élément la perturbait ou la dérangeait. Elle se laissa finalement amadouer par ce regard qu’elle jugeait hypnotisant, ce visage quelque peu touché par le temps qui passe et le léger mouvement que pouvait faire sa moustache lorsqu’un élément ne semblait pas aller dans la direction qu’il voulait.

- « Je crains malheureusement que le plus beau, beau parleur de la soirée se trouve juste en face de moi » souffla-t-elle dans un sourire en coin, taquine.

Au fond, Aurore pensait sincèrement ce qu’elle venait de dire, l’homme avait semble-t-il une maîtrise des mots qui la dépassait quelque peu. Bavard plus que de raison, l’œil brillant, la dégaine séductrice, le minois charmant, tout chez lui avait ce petit quelque chose en plus, visible et invisible en même temps. Sans le perdre dans la traversée de la foule, la my’tränne l’avait suivie, sans en comprendre forcement la raison. Il voulait monter sur les hauteurs, elle voulait éviter de se retrouver étouffé entre des dessous-de-bras puant la transpiration et éviter l’hilarité d’une foule qui ne partagerait même pas la philosophie de vie du certain Wilson. Montant les escaliers dissimuler sur les côtés, afin d’attendre les petits balconnets.  Une fois en haut, il s’appuya contre un garde-feu, observant avec cette étincelle dans le regard, les personnes écoutant le discours qui allait débuter dans une fraction de seconde. Curieuse, la jeune femme s’était approchée prudemment, détaillant les visages qu’elle pouvait surveiller de cette hauteur, cherchant potentiellement des silhouettes familières.

- « Il y a du monde » murmure-t-elle surprise par l’attrait qu’avait eu cet événement «  Dire que personne ne croit sincèrement à cette paix… » conclut-elle oralement sans se douter que cela serait les dernières paroles qu’elle prononcerait durant cette conversation.

Le reste fut plus complexe à analyser, plus difficile à comprendre pour l’esprit pourtant normalement agile de la my’tränne. Une explosion, des corps qui se retrouvent projetés et cette sensation de revivre un élément passé. Il était là son cauchemar, le seul, l’unique pour celle qui ne supportait pas d’être impuissante, ne supportait pas le contact de la mort. Le sol sous les pieds de l’incroyable duo s’était mis à trembler. En bas les gens mourraient, la vie s’envolait vers d’autres terres, d’autres lieux. Les quintes de toux étaient omniprésentes et le vent de panique fut si dense et impressionnant que le regard de la rouquine dû donner l’impressionner de s’écarquiller démesurément. Elle ne comprenait pas, elle, qu’il y avait un gaz, qu’il était responsable de la vague de folie. En revanche, Aurore sentie, que son architecte était là, ou tout du moins une personne importante, en difficulté… Puis l’improbable se réalisa alors que la main de Ludwig l’entraînait encore dans un autre endroit. L’homme lui tendit un mouchoir, visiblement spécifique, avec un filtre. Une nouvelle fois Aurore ne comprit pas. Il lui parlait d’un gaz responsable, qu’il ne fallait pas respirer. La my’tränne opina par réflexe, comme une enfant qui se laissait trimballer par un parent sans mesurer encore les conséquences de tout ça. Portant l’objet à son nez et à sa bouche, elle suivit encore silencieuse, prenant la fuite malgré elle, alors que tout son être lui soufflait de faire demi-tour. Elle avait fini par se stopper, le bloquant lui au milieu des marches qu’ils étaient en train de descendre.

- «  Attend » maugréa-t-elle « On doit les aider, non ? »

Son esprit se brouilla, un instant, alors qu’elle percevait cette vague de magie de l’illusion sans pour autant en être affectée. Une explosion encore, le feu partout et la terre tremblait à nouveau alors qu’une menace venait d’être formulée. Elle toussa, une fois, puis une autre avant d’entraîner cette fois-ci le technologiste en direction du couloir des escaliers, vers une potentielle sortie providentielle.  Le feu encore partout et des débris, des morceaux de verres provoqués par les fenêtres qui avaient cédés, si bien qu’elle chuta, lâchant malencontreusement la main de son partenaire qui lui semblait vivre des moments de calvaires. Allongée sur le sol, Aurore eut la première réelle inspiration du gaz, légère, mais suffisante pour la détourner de la réalité, pour l’amener à la frontière du réel et du non réel. Il était là, elle le savait, mais elle voyait autre chose et le cri d’un homme en feu se jetant sur elle n’aida en rien la my’tränne à faire la part des choses. Chutant une nouvelle fois à peine relevée, elle se retrouve brûlée de manière importante à plusieurs endroits du corps. Hurlant de douleur, elle succomba à sa paranoïa, tout en agrippant la main de son partenaire dans un élan de volonté ultime. Il n’avait plus son mouchoir, elle avait encore le sien, il succombait à l’illusion pas elle. Agrippant son visage entre ses doigts, Aurore fit preuve d’une force qu’elle n’avait jamais eue :

- «  Tu gardes ça sur le nez. Tu le tiens. Ce que tu vois ce n’est pas réel t’entends ?! Ce n’est pas réel ! Accroche toi à quelque chose de réel un souvenir, une pensée, une personne accroche toi à ça. Juste ça pour revenir avec nous. Si tu lâches le mouchoir et qu’on survit, je te tue t’entends ?! T’entends ?! »

Parler, respirer, ne plus avoir de protection. La my’tränne venait de faire un choix impensable, quitte à ne pas pouvoir sauver les autres, elle en sauverait au moins un, aurait sa conscience pour elle, même si elle devait mourir pour ça. Le cycle était ainsi fait. Aurore se précipita dans les marches, profitant du minuscule temps nécessaire au gaz pour se déclencher dans le corps pour descendre le restant des marches. Elle mémorisa qu’à présent elle devait aller toujours droit devant elle, toujours, peu importe ce qu’elle verrait, peu importe comment, elle ne devait pas lâcher la main de l’industriel et devait marcher tout droit. Rapidement autour d’elle, tout disparu, ne restaient que la mort, les corps et cette difficulté à respirer. Une silhouette masculine se releva, brûlé elle avançait vers elle, lui murmurant qu’elle ne l’avait pas sauvé, lui demandant pourquoi elle ne l’avait pas sauvé. La voix prononcée lui rappela le hurlement, le premier mort qu’elle avait vu, celui lors du sauvetage d’une my’tränne face à des draënars.

- «  Laissez-moi » hurla-t-elle, alors que le nombre de corps mort se relevant augmentait de plus en plus «  Laissez-moi » hurla-t-elle encore «  J’ai pas pu, j’ai pas pu vous sauvez.. Je ne pouvais pas ! Je ne pouvais pas ! »

La rouquine resserrait son emprise sur la main bien réelle qu’elle tenait, alors qu’elle poussait de son autre bras, les cadavres en feu, les morts pas vraiment morts et ceux hurlant à quel point elle était mauvaise, à quel point elle était un monstre sans cœur, sans attache inhumaine qui privilégié des vies à une autre. S’écroulant dans le jardin, hurlant de douleur vis-à-vis des brûlures, elle relâcha enfin la main de celui qu’elle venait de sauver involontaire. De son côté, tout son corps la suppliait d’abandonner. Juste une fois de lâcher prise. Lentement, Aurore s’écroula face contre terre, un demi-sourire sur les lèvres en constatant qu’elle était parvenue à traîner l’homme jusqu’à l’extérieur. Pour le reste, plus rien ne semblait réellement avoir d’importance, elle succomba par la suite au sommeil, à ses yeux lourds et son envie d’abandonner, juste d’abandonner.



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Aurore s'exprime en #ff9999
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Allys Terasu
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Mar 30 Jan - 22:03
Irys : 1017994
Profession : Ingénieur mécanique
Daënar +1
Tout aurait du bien se passer. Tout aurait dû être parfait...

Elle était dans ses bras, peau contre peau, ne s'écartant que pour tournoyer. Les pas des deux amants s’enchaînaient la piste comme une chorégraphie parfaitement orchestrée. Allys noyait littéralement ses prunelles dans le bleu lagon de l'homme qui persistait à faire chavirer son cœur malgré cette étrange relation en dent de scie qu'ils partageaient. La jeune femme était au comble du bonheur et se félicitait d'avoir choisie une si belle tenue pour l'occasion. Malgré sa fuite en octobre, son cœur ne désirait pourtant que lui plaire, toujours et encore. Et alors qu'il se rapprocha un peu plus, elle sentit poindre la déception de ne pas recevoir de baiser. Au lieu de cela, Hex lui proposa de s'éloigner de la scène et de cette foule inconnue. L'ingénieure hocha doucement la tête en signe d'approbation. Si cela pouvait lui permettre de profiter davantage...

Main de la main, le couple encore non officiel s’enfuit alors vers les escaliers. Ils les escaladèrent avec cette impatience caractéristique aux amoureux. Ce soir, Allys avait réellement envie de passer du temps avec le soldat et peut être même d'en faire une soirée voire une nuit inoubliable. L'amour donne des ailes ? Si seulement cela pouvait suffire...

Allys suivait Hex, les yeux pétillants et le sourire aux lèvres et ce fut par une pointe de passion qu'elle répondit à son baiser dans l’alcôve. Baiser qu'elle jugea alors trop bref. Cependant, Hex ne manqua pas de lui tirer un sourire amusé lorsqu'il exprima d'une certaine façon sa jalousie.


« Voilà... C'est tout de même mieux qu'une salle remplie de personne indiscrète qui ne manquent pas de te dévorer du regard. »
« Je n'ai que faire de ces inconnus. Il me semble que c'est avec toi que j'ai choisi de passer la soirée, non ? »

Portant les mains sur le visage chéri à son cœur, la jeune femme l'embrassa à nouveau. Il lui avait manqué bien plus qu'elle ne se l'était imaginé. Et pourtant... Malgré la distance qu'ils avaient essayé de mettre entre eux et les autres, ils furent rattrapés par le bruit glaçant de l'explosion dont les vibrations ébranlèrent le plancher. Hoquetant de surprise, Allys se détacha à regret des bras de son amant.

« Hex il... Il se passe quelque chose. De grave. J'en suis sûre. »

Écarquillant les yeux, elle s'imaginait déjà le pire. C'était le cas. Voir même bien plus terrifiant. Ils avaient été hors de danger du soufflet, du feu et des débris volants mais l'onde magique et les gaz toxiques ne tarderaient pourtant pas à les atteindre eux aussi s'ils ne s'échappaient pas rapidement d'ici. Le temps était compté pour tout le monde. Seulement, ils ignoraient encore la portée du désastre.

Allys n'écouta que son instinct. Elle saisit le poignet de son amant et les tirèrent aussitôt vers la porte qu'elle ouvrit sans ménagement. Il fallait trouver une sortie. Ses yeux se portèrent sur les balcons ouverts vers les jardins mais une fois à portée, elle fut saisit d'un violent vertige. C'était trop haut... La derrière fois qu'elle avait fait un saut de l'ange, de l'eau l'avait accueillit. Ici ce serait bien plus mortel. Il fallait faire demi-tour, descendre. Peut importe ce qu'ils trouveraient. Le choix des escaliers n'était plus une option mais une nécessité.

Et puis... C'est là que l'illusion la frappa de pleins fouet. Alors qu'elle se trouvait à nouveau au cœur du bâtiment, dans la pièce principale, elle ne put que constater le désastre. Des flammes, des corps sans vie... Et... Sous ses yeux se matérialisa quelqu'un, piégé dans des décombres. Il appelait à l'aide, désespérément.


« Papa ! Je suis là ! »

Prise soudainement d'horreur, Allys ne réfléchis plus. Peut importe qu'il l'ait abandonnée ni même ce qu'il faisait ici. Elle devait le sauver. Avec désespoir, elle tenta de soulever ce qui l'entravait mais hélas, la jeune femme n'avait pas assez de force. C'était bien trop lourd.

« Je n'y arrive pas ! » Sanglota-t-elle.
« Alors tu comptes me laisser là ? Rend-toi utile pour une fois. »
« Mais j'essaie ! » Allys attrapa le bras d'une survivante qui tentait de s'échapper. « Aidez-moi je vous en supplie ! Il est coincé ! »

En vain...

« Tout ça c'est de ta faute. Tu n'avais qu'à rester avec nous ! C'est toi qui est responsable. Tu n'étais qu'une erreur de parcourt pour ta mère et sans toi elle m'a quitté ! Tu as brisé notre famille ! »
« Papa non... Ne dis pas ça... »

Soudain, la tête de la jeune femme se mit à lui tourner. Elle tentait toujours et encore de le sauver mais ses mots assassins et ces débris si lourds... Pourtant inexistants aux yeux des autres allaient la tuer si elle restait ici.




Ma couleur : #9999cc
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Luka Toen
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Mar 30 Jan - 23:52
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Le temps que la compréhension se fasse dans son esprit, son visage avait considérablement blêmi. Durant d’interminables secondes, elle ne put qu’assister impuissante à la débâcle d’Althéa, les larmes qui roulaient sur les joues de Lizzie, et l’immobilité saisissante du personnel de garde. Hors d’elle-même et de ses capacités, elle attrapa docilement le mouchoir que la brunette lui tendait, et se fit la réflexion lointaine que ce n’était pas un morceau déchiré d’une poignée de centimètres qui allait retarder l’inévitable. Néanmoins elle absorba les quelques données qu’Althéa avait eu le temps de leur livrer comme autant de gouttes d’espoir dans une marée noire… Gaz, tétanie des muscles, ne pas respirer. Phobie.

« Phobie, répéta-t-elle cette fois-ci à haute voix, pensive. »

Alors, lentement, ses prunelles s’arrondirent. Oh oui. Luka savait présentement ce qui allait lui arriver dans les dents, trop consciente de ses recoins ombrageux pour les avoir négligés. Elle se connaissait aussi bien qu’une pièce close qu’elle avait fouillé à tâtons de nombreuses années durant, unique avantage d’un passage par la case Anomalie, forcée de se reclure dans les replis les plus nébuleux de ses pensées. Une ridule se forma au coin de ses prunelles, tandis qu’un éclat d’acier s’y réverbérait en une conviction naissante. Le vert d’ordinaire tendre de ses iris s’obscurcit d’une nuance abyssale, et ses lèvres, détachées de sa conscience, traduisirent d’un calme imparable :

« Un stylo-plume, donnez-moi un stylo-plume. »

Impétueuse et inébranlable, sa main se tendit en direction du secrétaire de l’un des deux miliciens, chargé jusqu’alors de saisir les notes de cette entrevue inattendue.

« Donnez. »

Que l’ordre n’exigeât aucune réponse négative ou que la lueur terrible qui brûlait dans son regard l’ait impressionné, le jeune homme n’émit aucune réplique et fournit l’ustensile tant désiré à sa quémandeuse. Elle attrapa l’une de ses manches de tissu brumeux, une réussite textile parmi les plus fines de son temps, et l’arracha tout bonnement jusqu’à l’épaule. Coinçant les restes de tissu indésirables entre ses dents, elle entreprit de recouvrir avec fougue sa peau nue d’encre noire et de mots tiraillés, biffés, gribouillés tant bien que mal à la va vite, par trop pressée par le temps pour viser l’art de la lettrine qui était d’ordinaire le sien. Lorsqu’elle jugea que ce fut satisfaisant tout à la fois en termes de temps pris et de phrases déroulées, elle jeta tout simplement négligemment le stylo-plume sur la table et revint s’ancrer face à Lizzie comme un mât dans la tempête.

« Lizzie, il faut que tu nous aides. »

Elle s’accroupit à sa hauteur, saisit ses épaules le visage à quelques centimètres du sien comme s’il se fut agi d’aspirer son essence vitale pour mieux la lui rendre revigorée. Les prunelles d’un calme de lac hivernal, elle arrima sa voix au ton grave et posé que seule la plus pure vérité possédait, vibrante d’une amitié sans faille :

« Lizzie, nous sommes toutes là encore en vie, et nous allons le rester grâce à toi. Nous n’avons que peu de temps, peut-être est-ce déjà trop tard, mais nous pouvons encore faire beaucoup. Alors survis je t’en prie à ce qui va suivre ! Rendez-vous après la fin du monde. »

Un sourire, à peine une esquisse enjôleuse et malicieuse, puis elle fit volte-face à la suite de sa sœur. Dehors, le discours battait d’ores et déjà son plein malgré leurs essais infructueux pour stopper la foule. D’Althéa, plus guère aucune trace, sa voix aux accents proches du désespoir s’était perdue quelque part sur sa droite, dévorée par les robes de soirée luxueuse et le pétillant du champagne. A sa gauche, sa moitié, sa lubie, et son univers résumé en une seule personne…

« Faye ! Ne… »

La décharge d’air phénoménal qui s’ensuivit arracha ses derniers mots, emportés loin par-delà la verrière de la salle de bal. Renvoyée au plancher des vaches, Luka fut prise d’une quinte de toux qui eut au moins pour effet bénéfique de l’extraire de sa torpeur. Elle se ramassa sur ses appuis, parvint à se relever péniblement, fort heureusement uniquement recouverte de plâtre et de poussière : elles s’étaient tenues trop loin de la scène pour écoper des débris de bois qui jonchaient présentement le sol. Mais ce n’était pas là l’épreuve la plus terrible, elle le savait grâce aux efforts conjoints de Lizzie et Althéa. Son regard ne tarda donc pas à s’arrimer aux anneaux bleutés qui glissaient au sol jusqu’à elle, et ses prunelles n’eurent que le temps d’adresser une dernière parole muette à l’égard de Faye. Amlalti, je te le jure. Et que le monde en revienne au chaos.

Elle ferma la tenture de ses cils, les rouvrit sur un décor en perdition, une chute phénoménale de la civilisation. Elle vint calmement nouer son mouchoir sur le bas de son visage, protection dérisoire si ce n’est psychologique contre le mal invisible. Alors, environnée de ce gaz bleu qui s’étiolait pour laisser paraître une première hallucination, Luka se mit à chanter à pleins poumons.

« Soyez bénis, Architectes !
Grâce à vous, je ne manque de rien.
Je mange ce que vous m’offrez avec délectation,
Je me repose sur l’herbe fraîche,
Sans ne jamais craindre aucune menace !
»

Car ce n’était pas Selhan qu’elle craignait par-dessus tout, pas la mort de sa sœur à laquelle elle vouait une confiance au-delà de ces considérations par trop prosaïques. La mort était une part intégrante de la vie, un cycle relatif établi depuis bien des aubes par les Architectes, et que d’autres avant et après elles auraient le soin de goûter. Elles boiraient toutes ces âmes, elles boiraient ensemble très bientôt le vin divin des dieux, loin de l’impudeur et de la souffrance, loin de ces débris qui leur avaient zébrés la chair.

Non, la véritable phobie de Luka, celle qui rampait désormais sur sa peau et lui arrachait d’invisibles frissons, égarait sournoisement les mots sur ses lèvres et trempait son esprit de terreur, était l’oubli. L’oubli de tout, l’oubli des Mogoï, l’oubli de la nature, de ses études, de ses explorations, de son grand-père, du soleil, jusqu’au goût de l’air les matins d’automne. Savoir le My’trän ancien et l’amour des Zagashiens pour l’eau qui mousse, savoir l’industrie des trains et la couleur de la bière les nuits à Alexandria, savoir que les fruits sont sucrées et que leur peau glisse sur la langue. Des doigts comme des serres s’ancraient déjà sur sa nuque, longeaient ses pommettes, lorgnaient toutes ses connaissances savamment, précieusement acquises qu’elle avait conservées dans son esprit telle une vénérable encyclopédie. Son encyclopédie. Car nul ne pouvait mourir si elle se souvenait d’eux, Selhan ne pouvait pas partir en fumée si son souvenir persistait, et Faye était immortelle à jamais dans les contours de son esprit. Et pourtant toutes ces paroles jetées au vent s’égrenaient, son souffle haletait, sa voix se perdait en murmures insipides. Qui, qui était-elle… ?

« … Car vous veillez sur moi, sur mon âme,
Et sur mon avenir auprès de vous.
Je travaille la terre au nom de Delkhii,
Je me baigne dans l’amour de Dalai…
Dalai…
»

Son esprit flancha, et l’espace d’un cruel instant le désert dans sa tête effondra les planches distordues de son âme. Elle n’était plus rien qu'un abime, néant, gouffre béant, vide de tous sens et condamnée à boire l’eau d’une avarice jamais repue… Puis son regard tomba sur ses bras ballants, affaissée au sol telle une âme en peine, papillonnants d’un regard effréné. L’encre. L’encre était encore là, une ancre temporelle pour se souvenir, repère mnémotechnique. Et ses mots, tous ces mots qu’on espérait lui arracher, revinrent sur sa langue péniblement tout d’abord, puis de plus en plus familièrement au fur et à mesure qu’elle les lisait et les redécouvrait :

« … Orshin nous sculpte, Möchlog nous anime,
Et Amisgal nous abreuve généreusement.
Soyez bénis, Architectes !
Bâtisseurs de tous les mondes,
Votre règne est prospère.
Vous nous rendez heureux,
Et votre justice est celle des pères
A leurs enfants innocents !
»

Elle serrait les dents à présent, un fin liséré qui lui entailla la lèvre d’un filet vermeil, front contre front face à la remontée titanesque qu’elle se forçait à entreprendre. Perdue à ses illusions, tant et si bien qu’elle ne vit pas la frontière verser vers le réel ni l’immense griffon blanc cloué au sol. Ses prunelles hallucinées ne parvinrent à se heurter qu’à celle d’Althéa. Althéa. Et Yecht. Quelle étrange vision, songea-t-elle, égrenant toujours son incessante litanie du folklore my’trän, son éducation et ce qui avait forgé son enfance pour se rappeler d’elle-même et du monde. Yecht ? Que faisait le frère d’Althéa en pareil endroit ? Cette vision improbable matérialisée par les soins de Khugatsaa ouvrit une brèche subite dans son esprit tant il fut saisi par la surprise. Un infime instant détachée de sa triste destinée, Luka eut le réflexe premier et enfin vivant d’attraper la main de Faye effondrée à côté d’elle. Cette main qu’elle connaissait par cœur, doigts entremêlés aux siens avec la force des survivants, un désir absolu de vivre encore, et toujours, en dépit des coups de burin qui perçaient son crâne. Elle serrait à s’en blanchir les jointures, un instinct familial du fond des âges : les animaux se rattachent spontanément à ce qu’ils connaissent et ce en quoi ils ont le plus confiance.

Alors elle prit conscience de deux choses : d’une, elle était littéralement en feu, elle brûlait vive pour ainsi dire, et de deux, une créature majestueuse et imposante régnait sur la salle quelques mètres plus loin. La voix qui résonna dans sa tête à cet instant précis, précédant la formidable colonne de lumière, acheva les soupçons qu’elle n’osait émettre. Émue par la présence de cette Architecte dont elle empruntait la puissance ou en proie à un geste survivaliste conditionné par ses mois d’entrainement, Luka plongea à perdre haleine dans ses réserves magiques pour en extraire le remède à tous ses maux. Grondant sous l’effort, ses doigts vinrent brasser les flammèches qui recouvraient sa robe pour en constituer une pelote vrombissante et chatoyante de lumière, désormais inoffensive pour sa peau encore fragile. Elle n’était pas ignifugée, elle. C’était doux, et cela lui chatouillait les mains de picotements fugaces, feu-follets joueurs que son esprit parvenait à aiguiser selon son bon vouloir.

« Faye, Faye j’ai réussi... »

Son ton satisfait n’eut d’égal que la pâleur absolue de ses traits et la fièvre dans sa voix. Mais qu’importe, sa sœur aussi paraissait livide, comme passée sous les rails d’un train et trois fois lessivée ensuite. Elle étouffa les flammèches dans son poing fermé, malgré elle admirative de ses nouvelles capacités. Un peu plus, et elle resterait subjuguée ici jusqu’à la fin des temps si l’urgence de la situation n’avait guère primée…

« Il faut qu'on sorte. »

... Avant que cela ne recommence. Car elle n'y survivrait pas.


Apparence complète de Renkhii
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Dernière édition par Luka Toen le Sam 17 Fév - 16:54, édité 1 fois
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Mary E. Burrowes
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Mer 31 Jan - 3:35
Irys : 695059
Profession : Messagère
My'trän +2 ~ Chimères


Je ne regrettais pas une seule seconde d'être venue. La danse, les verres, la complicité que nous échangions tous les deux, un tableau que même Zora n'avait pas su assombrir ne serait-ce qu'un instant dans cette soirée de faste très différente de celles que je connaissais. Si les soirées de Darga n'avaient rien à envier pourtant, j'étais de ceux qui adorent la nouveauté, sortir des sentiers battus pour découvrir de nouvelles choses, de nouvelles formes et de nouveaux modes façonnés par les architectes et leurs enfants. Chaque fois qu'il présentait quelque chose à mes lèvres, je caressais la peau de mon futur époux des lèvres tout en riant à la fois de cette promesse muette ou du goût étrange qui passait alors sur ma langue. Je jouais à le faire boire dans mon verre, quand il ne pouvait plus se défendre les mains pleines de coquillages en guise de revanche.

Quand le discours s'amorça j'étais encore dans ce doux cocon de bonheur que seule sa présence était capable de créer autour de moi. A côté de lui, je voulais y croire. Même si ce n'était que pour ce soir, même si j'avais vu en parties, les atrocités que certains pouvaient commettre. Je voulais croire qu'une ère de paix serait possible. Peut être pas tout de suite, peut être même pas pour nous, mais maintenant que j'avais une famille dans le futur -plus proche que ce n'aurais pu le songer- je voulais absolument les mettre à l'abri.

Un jour.... mais c'était encore assurément trop tôt. Quand l'explosion retentit, je ne vis que les lèvres d'Adramus bougeaient alors qu'il se tournait vers moi pour me protéger de son corps sur le sol. Une sorte de bruit aiguë me vrillait les oreilles, une douleur qui occulta pendant quelques secondes tous mes autres sens. Je sentis presque mes poumons s'emplirent du gaz en le voyant fondre sur nous. Première vision que j'avais eu en rouvrant les yeux, seule chose que je voyais derrière le dos du guerrier que je serrai presque instantanément plus fort contre moi, en refermant les yeux. Si le gaz ne venait pas, je savais que c'était grâce à lui et s'il en avait encore la force, alors il allait bien. C'était la seule chose à laquelle je voulais me raccrocher alors que mon don reprenait lentement sa place. Le désespoir, la colère, la terrible détresse autour de nous... Non, Adramus allait bien !

Mon amour ...

Juste pour reprendre pied, juste pour me sortir de l'enfer qui déferlait dans ma tête, je voulais me raccrocher à lui. Seulement un cri m'en empêcha. Le cri violent que je n'aurais su reconnaître d'où j'étais. Un architecte blessé, trop naïf d'être venu ? On y réfléchirait plus tard. Dans un sursaut, je jetais pourtant mon regarda dans la direction sans rien pouvoir voir que l'épais nuage bleu repousser par Adramus.

Cette fois, je commençais à reprendre mes esprits. Je ne savais pas ce qu'il s'était passé, mais je sentais une colère montée de plus en plus proche et nous devions partir, absolument ! Je relevais les yeux vers mon fiancé avant de tout arrêter. Je ne sais même pas combien de temps je restai figée, éteinte, incapable de comprendre ce que je voyais et ressentais, le visage tourné vers ses yeux blancs, vides, ce corps trop lourds dont je ne pouvais pas me dégager. Sans sentir sa respiration régulière que j'avais tant observé en dormant. Je n'avais jamais ressentie pareille panique ou angoisse. Même face au Mogoï, même en étant attaquée, même petite, jamais aucune vision ne m'avait parue si effrayante que le corps d'Adramus au-dessus de moi.

Erreur stupide j'avais instinctivement lancé mon don. Mais je ne pouvais rien capté d'autre que cette même peur, angoisse, horrible vide qui faisait écho à celui que le ressentais. Je n'avais même pas la force de le repousser. Je refusais simplement d'y croire. C'était impossible ! Pourtant même le nuage bleu qui s'éloignait, même la colère et la chaleur croissante dans la pièce, n'arrivait à me détacher de cette idée qu'il était là au-dessus de moi sans vie.

Tu vois, tu aurais dû suivre la voie de Süns...
Avec son pouvoir à elle, tu aurais pu le protéger...
Mais vous savez bien, c'est comme d'habitude, Mary avait besoin de faire son intéressante !

Les voix des membres disparus de ma tribu, ceux qui avaient pris soin de moi, ceux qui étaient les premiers à avoir accepté que je sois proche d'Orshin plutôt que du griffon d'ébène. Leurs formes au-dessus de moi, floues à cause des larmes qui inondaient mes yeux et mes joues. J'avais envie de rejeter leurs accusations, et pourtant, aucun mot ne passait mes lèvres, même mon esprit n'avait plus la force de se rebeller, sans oublier cette pensée qui pour la première fois me vriller l'estomac : comme eux avant, j'allais finir par l'oublier ! Un simple bonheur passé, étaient, alors qu'il était tellement plus pour moi ! Est ce que j'étais capable d'accepter que les Architectes me le prenne ? Est-ce que j'étais seulement assez forte pour ne pas devenir folle d'en être responsable ?

Combien de temps j'étais restée prostrée sur le sol, pleurant cette âme qui m'avait semblé perdue pour toujours, avant qu'un infime souffle me permette de sortir de cette terreur. Je n'en avais aucune idée. La magie de Khugatsaa, la chaleur de Süns, la détresse et la colère des architectes. Tout cela n'était passé qu'un deuxième plan dans mon désespoir égoïste mais trop fort pour avoir la volonté d'en sortir tout de suite. Un cri de détresse, un râle difficile, je ne savais pas ce qui m'avait fait rouvrir les yeux pour me retrouver contre lui. Est-ce que le spectacle était meilleur certainement pas, pourtant je me jetais à son cou avec le soulagement de celle qui l'aurait perdu pendant des siècles.

Adramus... Adramus, c'est moi... quittons cet endroit, je suis là... Tu es là !

Une véritable supplique, qui lui demandait autant de sortir de la torpeur provoquée par l'architecte que de la salle qui n'était maintenant qu'une fosse commune...


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Meylan Lyrétoile
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Mer 31 Jan - 12:13
Irys : 810318
Profession : Ménestrelle
My'trän +1
Parfois, la réalité rattrapait la fiction, puis la dépassait à une vitesse telle que personne n’avait même le temps de la voir passer.  Et cette réalité-ci, dans laquelle Meylan tentait tant bien que mal de trouver une prise, était plus surréaliste que les illusions du Ciné'ranma, et infiniment plus cauchemardesque.  En ce qui semblait une fraction de seconde, une soirée parfaite avait tourné à l’horreur la plus complète.

Mais revenons quelques moments en arrière.  Après la réponse, toujours délibérément vague tout en restant plaisante, que son cavalier lui offrit, Meylan renonça à obtenir verbalement des informations précises.  Et quelle importance, après tout?  Elle était bien placée pour savoir qu’une part de mystère avait son charme aussi.  Petit à petit, elle se laissa submerger par la musique, les mouvements de la danse et sa présente compagnie.  Elle savourait l’instant présent, et c’était encore peu dire.  Ainsi, même devoir quitter la piste de danse pour assister au discours de l’organisateur de l’événement n’entama pas sa joie de se trouver là, tout simplement.  Le discours, bien qu’un poil trop optimiste pour entièrement convaincre Meylan (on ne se débarrasse pas de 28 ans de préjudices en quelques jours), avait le mérite de sonner sincère.  Sans compter que sans des idéalistes croyant vraiment à ces mots, ni My’träns ni Daënars ne pourraient espérer se rapprocher de cette paix si cruciale pour tous.  

Et puis soudain, tout se passa très vite.  Cet univers dans lequel tout semblait possible explosa on ne peut plus littéralement, et Meylan ne dut qu’aux excellents réflexes de son cavalier de ne pas être transpercée par les débris.  Son dos et sa tête heurtèrent violemment le sol, expulsant brutalement tout l’air qu’elle avait dans les poumons et faisant perler aux coins de ses yeux quelques larmes de douleur.  Le temps qu’elle cligne des paupières pour éclaircir sa vision et aspire frénétiquement de quoi remplir à nouveau ses poumons, son partenaire s’était relevé, d’une impassibilité qui jurait avec le drame qui venait de se produire.  Meylan aussi se releva, avec plus de difficultés, mais elle était loin d’être au bout de ses frayeurs.  Encore haletante pour compenser sa quasi-asphyxie récente, elle inhala une quantité non négligeable de l’étrange nuage qui avait fondu sur eux.  Une douleur violente, imaginaire mais terriblement réaliste, lui serra la gorge.  Elle vit son cavalier tomber à genoux, clairement soumis à un supplice comparable, et voulut lui dire de se lever, de quitter cette scène de massacre, mais aucun son ne sortit de sa bouche.  Muette.  Elle, une ménestrelle, privée de ce qui, bien plus que son gagne-pain, était sa raison de vivre.  Elle tomba elle aussi, sans savoir si la douleur qui la faisait le plus souffrir était physique ou émotionnelle.

Un nouveau rebondissement la tira de sa torpeur: une voix où l’effort perçait déclamant dans une langue que si peu parlaient.  Elle ne remarqua pas le halo qui l’entourait désormais, trop déchirée par le cri qui le suivait.  Elle était entièrement dépassée, à mille lieues de pouvoir aider celui avec qui elle avait passé une si belle soirée, celui qui venait de lui sauver la vie.  Et puis le monde sembla exploser une nouvelle fois, sans toutefois que Meylan elle-même ne fut affectée.  Elle voyait la pagaille qui régnait autour d’elle, mais elle-même ne ressentait rien si ce n’était une colossale vague de magie, infiniment plus puissante que ce qu’elle imaginait même de la part d’un maitre.  La transformation du jeune homme avec qui elle avait dansé en un immense griffon couleur neige lui arracha un hoquet de surprise, confirmant en même temps qu’elle n’avait pas perdu sa voix.  Elle se serait bien demandé comment elle avait été aveugle au point de ne pas se douter de cette réponse, mais son esprit était trop occupé à essayer de suivre le déroulement des événements.  Elle était comme figée, incapable de quitter des yeux son Architecte tutélaire, son protecteur dans le sens le plus littéral du terme ce soir.  L’arrivée de Süns, splendide malgré sa colère, fascina autant qu’elle terrifia la ménestrelle.  

Enfin, après la disparition des deux êtres divins, elle récupéra un semblant de mobilité.  Encore tremblante, elle se leva, tenta de se repérer au milieu des ruines de la salle.  Elle devait partir, fuir, s’éloigner de toutes ces horreurs.  Mais où était la sortie?  Des volutes de gaz obscurcissaient son champ de vision, rendant l’orientation pour le moins difficile.  Au moins, les deux apparitions divines avaient chassé de son esprit les chimères du produit, lui permettant de récupérer une certaine prise sur la réalité.  À quelque distance d’elle, elle aperçut une silhouette familière.  Adramus.  Comment rater la silhouette de l’adepte d'Amisgal?  Et s’il était là, Mary ne devait pas être bien loin.  Aussi vite que ses jambes chancelantes le lui permettaient, Meylan mi-marcha, mi-courut vers le guerrier.  Elle traversa tant bien que mal le tourbillon qui l’entourait lui et sa fiancée, entendant en arrivant la fin de la supplique de cette dernière.

"Le gaz, il ne faut pas le respirer."

Elle devrait probablement clarifier pourquoi, être plus spécifique, mais elle ne pouvait pas.  Elle réalisait seulement maintenant qu’elle avait instinctivement retenu ou du moins limité sa respiration après sa première inhalation du produit toxique.  Maintenant, dans l'air pur dégagé par la magie d'Adramus, elle prenait enfin de profondes respirations pour combler le manque qu’elle avait accumulé.  Tremblante, haletante, les cheveux en pagaille et tout son corps recouvert de poussière et de minuscules débris, elle avait probablement piètre mine.  Mais c’était bien le cadet de ses soucis, et tous ceux qui avaient survécu aux récents bouleversements étaient dans un état similaire, voire pire.



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