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Chroniques d'Irydaë
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 Un petit texte créé à l'occasion d'une belle partie!

Nätchakar la Gâchette
avatar
Dim 17 Déc - 0:46
Irys : 314947
Profession : Bandit
Daënar -2
Spoiler:
 

Il est un peu plus de midi. Je regarde la troupe autour de moi. Nous sommes quatre vingt. Une force d'escarmouche envoyée depuis la Grande Armée Française pour reconnaître et sécuriser un terrain. Un petit village, sans grande importance, près d'une rivière dont le nom m'échappe. Sauf que ce hameau contenait en son sein de grosses quantités de munitions, de poudre et de bois de chauffage, entre autres denrées laissées là lors d'une retraite précipitée d'une armée autrichienne.

La neige vient de cesser de tomber mais tout le terrain est recouvert d'un beau manteau blanc. On aperçoit que le petit fleuve est aussi parsemé de grandes plaques de glaces, le traverser sera difficile, heureusement un pont est juste à côté du hameau.
Un éclaireur revient vers nous: une force anglaise de puissante équivalente à la nôtre se rapproche depuis l'autre rive, ils ont visiblement le même objectif: s'emparer des provisions.

Nous nous concertons avec les sergents présents sous l'égide du commandant, lequel dirige la cavalerie, à propos de la stratégie à adopter. La première phase est simple: s'emparer du village puis du pont, ils sont plus proches de nous que d'eux, ce sera facile. Ensuite il faudra remonter le long de la rivière pour les frapper de flanc ou de face. C'est risqué, mais nous n'avons pas tellement le choix.

Nous nous mettons tous en route, la cavalerie va rester à l'arrière et observer la situation avant de se lancer. Plus d'une soixantaine de soldats dont les miens atteignent le village. Je regarde une dernière fois ma petite dizaine de grenadiers de la Garde de l'Empereur. Ils ont chacun leurs explosifs à la ceinture, j'ai les miens, ils seront pratiques.
Nous investissons le hameau et fouillons les maisons. Nous trouvons les vivres mais pas les anglais. Un clairon retentit au dehors et une foule de cavaliers britanniques surgit et charge en plein centre du village. C'est le chaos: les mousquets crachent la mort et d'immenses volutes de fumée, la poussière des chevaux envahit tout, on ne voit plus rien. Je perds mon pistolet dans la pagaille, je prends mon épée et je frappe, dans le vide. Notre propre cavalerie organise la contre-attaque juste après, il n'y a plus que du brouillard brun-gris autour de moi, je reconnais notre tambour dans la cohue, je l'attrape et l'emmène, le forçant à jouer dans le même temps. Le son doit guider les soldats dans cette purée de pois.

Je parviens à m'extirper et à atteindre un muret à l'extérieur du village, face à la rivière. Quatre de mes hommes me rejoignent ensuite suivi d'un autre qui ne fait pas partie de ma troupe mais à dû se perdre. Quand la brume se lève je constate que la cavalerie des puddings a été écrasée et que notre armée a déjà traversé mais que l'armée anglaise est introuvable. Je réfléchis et décide de prendre le rôle d'éclaireur. J'emmène mes six subalternes longer la rivière et nous les apercevons: les rosbifs! Ils étaient retranchés dans un manoir lourdement fortifié par leurs sapeurs. Qu'ils soient maudits!

Nous sommes rapidement repérés et des dizaines de mousquets nous tirent dessus sans merci. Deux hommes tombent, j'ordonne le repli. Heureusement à une distance de cent mètres la précision n'est plus suffisante pour toucher des cibles mobiles et protégés par le décor. En passant je constate la présence d'un gué couvert, sans doute l'endroit où la cavalerie ennemie a traversé, il donne pile sur la demeure.
Revenu derrière le muret avec les survivants, je saisi ma longue-vue et observe leur bord. Ils sont une quarantaine, bien couverts, bien préparés. Nos hommes n'ont aucune chance! Grave, je me retourne vers mes soldats, me demandant que faire. Je vois leurs grenades, la solution me vient. Je lève haut mon épée pour leur donner du courage:


-"Nous allons charger leur position, une fois à portée, jetez vos grenades. Vivons avec honneur et mourrons avec gloire!"

Je mène la charge, grenade à la main. Quelques tirs de mousquets viennent nous chercher mais ils se tarissent rapidement: notre armée donne l'assaut, nous ne sommes plus une menace, pensent-ils; trop loin, de l'autre côté de l'eau.
Nous profitons du chaos qui s'installe pour traverser le gué à toute vitesse. Quelques tuniques rouges nous ont remarqués et de l'acier tombe à nos pieds. Je hurle une dernière fois, prenant pied sur le bord:


-"Vivons avec honneur et mourrons avec gloire!"

Je lance mes grenades sur leurs fortifications, mes hommes m'imitent. Des corps volent dans tous les sens, des britanniques tombent à terre, les défenses affaiblies s'effondre et leur troupe se désorganise. Notre cavalerie, auparavant matée, prend un second souffle et frappe leur flanc désorganisé. Nous continuons la charge, je saisis un mousquet et sa baïonnette sur un cadavre anglais, mes hommes meurent autour de moi, fauchés par les derniers conscients des britanniques, furieux et vengeurs. Une balle m'atteint au ventre, j'ai juste le temps de planter mon arme dans le cœur du tireur avant de m'effondrer.

Je me traîne contre le mur du manoir, qui se couvre de sang. Notre infanterie fait le sale boulot et achève les survivants désorganisés par la fumée des grenades et la mort de leurs premières lignes. Nos pertes sont élevées, mais la Bannière Impériale flotte fièrement au-dessus des corps de l'adversaire.
Alors que je mes yeux se ferment, j'entends les félicitations, les applaudissements l'héroïsme de ma troupe, de ma personne.

Je suis mort avec gloire.


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Finn Kalagann
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Jeu 12 Avr - 20:52
Irys : 144978
Profession : copiste
My'trän 0
Les meilleurs partent en premier, qui disait.

Un nouveau jour mourait en beauté, riche en larmes, en péripéties et en souffrances. Un ciel assombri et infini s'offrait à ma vue tandis que deux gaillards transportaient mon corps meurtri sur un brancard puant. Mais son odeur n'était rien à côté de celle des cadavres. Baignant dans leur propre sang, ils avaient rendu leur dernier souffle il y a quelques heures maintenant.

Cette victoire avait un arrière-goût amer. On chantait le nom de ceux qui avaient passé l'arme à gauche et qui n'étaient plus qu'un tas de chair en putréfaction. On se réjouissait de leur mort car on les pensait immortels, tant leurs exploits résonneront longtemps encore parmi les anecdotes de la Grande Armée Française. Et moi j'étais là, inerte, allongé, n'ayant que mes yeux pour pleurer mes frères d'armes dont on louait le sacrifice au nom de l'Impérialisme.

Nous faisons la guerre pour servir des hommes qui nous regarderont trépasser à leur place, nous faisant bonnement croire que nous nous battons au nom de valeurs factices, hypocrites, pour l'amour de notre soi-disant patrie, au nom d'une gloire qui n'existe que dans la tête de vingt pécores ou plus. J'y ai cru un temps. Je croyais donner un sens véritable à ma piètre existence de soldat. Je pensais avoir formé une meute avec ma bande décimée ; en vérité nous n'étions que des saprophytes dociles à la solde d'un Pouvoir qui écrase les plus faibles.

J'avais la trentaine, la vie devant moi, et une jambe en bois. Je ne leur servais plus à rien et ma pension peinait à subvenir aux besoin de mon épouse et de mes deux enfants. Ah, que j'aurais aimé mourir avec gloire, moi aussi ; qu'on inscrive mon nom dans le marbre éternel ; grondant quelque Légende à travers les temps immuables. Au lieu de tout ça, je n'étais qu'une pauvre merde incapable de se torcher le cul. Je n'existais plus que pour une famille qui n'avait pas conscience des sacrifices que j'avais faits pour l'Empire. Chaque jour je voyais l'envers du décor, l'autre versant de la Montagne. Les classes les plus pauvres étaient opprimées, et l'idée que je fusse autrefois l'un de ces oppresseurs faisait naître en moi une nausée.

Je me haïssais. J'ai même tenté de me pendre, mais ma chère et tendre m'a tiré d'affaire. C'était la première et dernière fois que je commettais cette ineptie. Jamais je ne l'ai vue pleurer. Et je ressentis une compassion pure et sincère de sa part. Les larmes que j'avais versées pour mes défunts camarades n'étaient pas les mêmes. Pour la première fois je comprenais que l'Amour véritable était la solution aux maux qui me rongeaient de l'après guerre. Et je sentis poindre en moi cette lueur dorée, trop longtemps enfouie, surgir des entrailles d'une terre aride. Je renaquis.

Le vrai courage consiste à vivre lorsqu'il est juste de vivre et à mourir lorsqu'il est juste de mourir. Il me fallait vivre tant que je le pouvais encore. Je n'avais plus les jambes d'antan qui pouvaient m'élancer puissamment et ardemment sur le champ de bataille, mais je me découvris une plume délicate, capable de coucher les alexandrins qui ravirent le cœur de ma chère et tendre, tandis que je m'efforçai à raffiner mon art du pinceau sur une toile pour immortaliser l'éphémère beauté dans ce monde de laideur. Tel un bouton de rose s'évanouissant au milieu d'une civilisation désolée.

Mais si la nuit succède au jour, le jour succède à la nuit. Mon corps pourrissant et mes muscles atrophiés peinaient à supporter l'épave que je devenais ; le fardeau que j'étais pour cette société malade. Je regrettais les jours heureux où je pouvais encore ressentir la douleur d'un coup de poing, où le froid mordillait le bout de mes doigts un rude soir d'Hiver. Le bon temps où je pouvais sentir mon corps et mon esprit m'endurcir. Mais maintenant, je n'étais qu'une grossière limace. Mes mains fébriles peinaient à guider la plume d'un défunt élan de Création. L'orthographe avait divorcé de moi. Et mes peintures n'étaient plus qu'horribles gribouillis infâmes dont les toiles finissaient déchirées.

Au crépuscule de ma vie, je me demandais : qu'est-ce que j'avais réellement accompli ? Quel a été mon impact dans ce monde déchiré par la haine et la violence ? L'ai-je rendu meilleur ? N'avais-je pas décidé de me tourner vers les Arts par dépit au vu de ma condition physique condamnée ? Parce qu'il ne me restait somme toute que peu de temps ? N'était-ce pas une fuite pour éviter de faire face à l'inévitable, à la vérité qui stipule que je suis et resterai une sous-merde, oublié de tous ?

C'était la deuxième fois qu'elle pleurait. Les deux autres pleuraient aussi. Dans cet ultime instant, je compris que leurs larmes étaient réelles et que j'étais passé à nouveau à côté du plus important ; de l'Amour que ma famille m'avait porté. Et de l'Amour que je m'étais porté fut un temps et que je me porte à nouveau dans cet instant fatidique. Si ces trois-là me rendaient fier, j'étais le seul à pouvoir me rendre heureux. Alors, avant de clore mes paupières une ultime fois, je leur offrais un sourire radieux et faisait rayonner une ultime fois cette gerbe lumineuse en moi. Mon temps était venu, et j'avais accompli ceci d'extraordinaire que d'avoir partagé mon existence avec une femme aimante et d'avoir donné la vie à deux enfants merveilleux.

Je suis mort avec gloire.

Enterré au cimetière du Père Lachaise parmi les défunts membres de mon ancienne unité. J'étais devenu ange, et je m'étonnais de voir les générations futures de ma descendance nettoyer mon autel là où la mousse avait enseveli la tombe de mes camarades, si bien qu'il était impossible d'y lire leur épitaphe ou leur nom.

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