Revenir en hautAller en bas
Chroniques d'Irydaë
Bonjour, et bienvenue sur les Chroniques d'Irydaë. Déjà inscrit ? N'attends plus, et connecte-toi dès maintenant en cliquant sur le bouton "Connexion" ci-dessous !

Vous êtes nouveaux, que ce soit sur ce forum ou dans le monde du RPG ? Le choix d'un forum sur lequel vous pourrez vous épanouir n'est pas anodin, et il vaut mieux pour cela connaître l'univers dans lequel vous vous trouvez ! Nous avons pensé à vous, en vous préparant un guide qui vous permettra de découvrir pas à pas le monde des Chroniques d'Irydaë.

Si malgré cela, des doutes subsistent, n'hésitez pas à adresser vos questions aux Administrateurs.

En vous souhaitant une agréable visite !
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet


 :: Les terres d'Irydaë :: Au-delà du monde :: Lieux spéciaux
Page 1 sur 1


 Trois nuances d'exécrabilité

Althéa Ley Ka'Ori
avatar
Mar 19 Déc - 22:36
Irys : 540218
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury



Par un soleil de plomb et un ciel dépourvu de nuage, les deux partenaires quittaient finalement les étendues désertiques de Zochlom. Les jours qui avaient précédé s’étaient déroulés presque sans encombre, comme un présage de bon augure quant à leur quête en Daënastre. Althéa rayonnait. Son sourire se devinait davantage dans le pétillement de ses iris que dans la plissure de ses lèvres. D’une main légère, elle soupesait son arc, avançant d’un pas décidé qui trahissait sa fierté. Ces quelques jours avaient été un franc succès, couronné au bal par un coup de maître, le pinacle de sa fourberie.

Trop ravie de sa supercherie pour en dévoiler les détails, elle s’était bien gardée d’en parler à Zora. Elle s’était contentée de lui annoncer leur départ immédiat, au lendemain du dernier jour de l’exposition. Les circonstances ayant mené à l’obtention de deux places à bord d’un bateau, elle les raconterait une fois embarquées, et certaines qu’elles le resteraient durablement.
Les deux alliées arrivèrent au port le plus proche, plus armées qu’à leur arrivée, et plus résolues que jamais. Althéa chercha du regard le navire auquel elles étaient promises, jetant un bref coup d’œil sur les tickets fournis. Un mot y figurait nettement, le doux nom de l’Allégeance. Le sort savait se montrer ironique ! Un Daënar serait responsable de la venue des deux plus grandes catastrophes du siècle en ses propres terres, et on parlait bien d’un navire évoquant la loyauté et le patriotisme !

Son air présomptueux fut prestement remplacé par une expression de détresse non feinte lorsqu’elle lut les dix lettres apposées dans le bon ordre sur la coque d’un immense bateau. Dans les faits, sa taille était standard ; à ses yeux, il était titanesque. Elle avait donc mésestimé son commandant, associant nécessairement sa personne à une galère médiocre et rafistolée de toute part. Une foule de questions lui vint spontanément en même temps qu’elle assimilait cette vision. Combien d’argent fallait-il pour acheter un tel navire ? Pour maintenir un équipage ? Loin d’imaginer que Daënastre finançait intégralement sa flotte, elle se vit contrainte à revoir son jugement. Et mieux, envisagea sérieusement de cambrioler la banque de ce monsieur von Richter en lui proposant de nouveaux "soins". Il n’y a pas de petits profits en ce monde. Plus que tout, il n’y a pas d’abondance d’or qui vaille d’être refusée !
Zora s’impatientait, et Althéa s’empressa d’expliquer son désarroi, désignant d’une main gantée le vaisseau qui leur faisait de l’ombre :

« C’est celui-là. Un monstre de technologie, j’en ai peur. J’ai entendu dire que les My’träns devenaient verts de maladie sur ce genre d’engins, jusqu’à préférer le suicide. Je ne demande qu’à voir. »

La guérisseuse employait le ton de la désinvolture, mais elle n’en menait pas large. On l’avait souvent mise en garde contre le malaise provoquée par la technologie, les jours à venir seraient loin d’être paisibles. Pour le moins, le voyage avait le mérite d’être gratuit, elle espérait que ce gain d’argent surpasserait le désagrément. Un instant, elle s’interrogea sur cette tendance à l’avarice qui se révélait soudain comme partie intégrante de son caractère. Mais elle parvint très vite à la conclusion qu’elle prenait source davantage dans son plaisir à ruiner les Daënars qu’au simple bonheur d’amasser des biens.
Elles furent introduites sur le navire sans trop de difficulté, aidées par leurs tenues daënares. Elles partageraient une cabine sans luxe et au mobilier sommaire, mais qui du moins proposait deux couchettes distinctes. Une clef et une serrure garantiraient leur intimité. Jusqu’alors, la nausée restait fugace, largement tolérable, et Althéa en profita pour tester le confort du matelas.

***

Tolérable, qu’elle croyait ! Quelques heures plus tard, alors que les moteurs s’étaient mis en marche et que des sons similaires aux cornes de brume s’étaient faits entendre (Althéa avait frôlé l’arrêt cardiaque), toute la bâtisse s’était soudainement ébranlé. Au tangage naturel causé par les vagues s’ajoutait maintenant le terrible mouvement du navire. Althéa s’était précipitée sur le pont, et régurgitait à présent tout le contenu de son estomac par-dessus bord. Elle tentait vainement de se rassurer en mettant son mal-être sur le dos d’un mal de mer supposé plutôt que sur son aversion pour la technologie.

« Zora… j’vais mourir je crois… Quel être sain d’esprit créerait un engin pareil ? »

Quelque part, à quelques mètres de là, un mousse qui s’exerçait aux nœuds pouffa de rire. Althéa s’apprêta à le balancer du mauvais côté de la barrière, mais le commandant en voulut autrement. Il sortit comme de nulle part, telle une apparition divine, et passa ce qui semblait être le savon de sa vie au jeune mousse. Non pas parce qu’il s’était moqué d’une passagère nauséeuse, cela ne l’atteignait probablement pas, mais plutôt pour corriger son évidente paresse. La scène dura plus longtemps que nécessaire, et l’accalmie qui s’ensuivit était tout sauf sereine. Il disparut comme il était apparu, et tout l’équipage sembla soudain très affairé. Le mousse lui-même, tremblant de peur, et la démarche chancelante, chargea précipitamment un des sacs qu’il était chargé d’aller remettre aux cuisines et disparut pour le moment. Althéa, une fois le choc passé, dut faire face à une nouvelle remontée gastrique. L’avantage, c’est que bientôt, elle n’aurait plus rien d’assez consistant dans l’estomac pour vomir.

« Cet homme m’insupporte. Tu vois la suffisance avec laquelle il parle à ses hommes ? C’est un rustre de première, j’ai eu le droit au même comportement alors même qu’il quémandait mon aide ! Tu sais quoi Zora, maintenant qu’on est passé du côté Daënar, il faut qu’on apprenne à se divertir et à laisser de côté les trucs trop diplomatiques. Tu vois le gamin, par exemple. Je parie qu’on peut le retourner contre son capitaine en moins d’un jour. »

Apparence d'Althéa en Daënare:
 


Dernière édition par Althéa Ley Ka'Ori le Ven 12 Jan - 15:29, édité 2 fois
Voir le profil de l'utilisateur

Zora Viz'Herei
avatar
Mer 20 Déc - 16:24
Irys : 755379
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -2

Certains ressentiraient de l'appréhension en étant sur le point d'embarquer pour un continent sous la coupe de Technologie, cette idole impie si chère aux coeurs des daënars. Ils considéreraient le malaise qu'ils ressentiraient constamment en présence de ces machines bruyantes, véritables insultes aux Architectes. Et ils auraient raison d'un point de vue strictement logique. Pourtant Zora est de bonne humeur, ce matin. La promesse de pouvoir enfin commencer une purification à grande échelle est largement suffisante pour suffire à son bonheur. Depuis quand ne s'est-elle pas sentie aussi bien? A-t-elle seulement ressenti une telle sensation de félicité par le passé? La croisade destinée à ramener ordre et foi en Irydaë commence! Enfin!

Pourtant son enthousiasme prend très vite un coup dans l'aile lorsqu'elle pose le regard sur la silhouette imposante du navire sur lequel elles vont devoir embarquer. Althéa lui tient alors des propos qui ont le don de l'irriter mais également de lui insuffler une forme de crainte. Les my'träns se suicident à bord d'un tel engin? Vraiment? Elle n'a pas réellement envie d'en faire la constatation par elle-même. Mais cette rumeur sonne comme un défi qu'elle entend toutefois relever.
"Nous ne sommes pas de simples My'träns!" relève-t-elle sur un ton qui se veut assuré. "Et si j'en venais malgré tout à envisager un suicide - ce dont je doute! - il serait plutôt du genre collectif!"
Elle coulera ce navire avant de se donner la mort. Mais cela signifierait alors un échec. Et elle n'y a pas droit. Möchlog ne laissera pas leur quête divine se terminer de manière aussi abrupte. Zora ne doute pas que les prochains jours seront déplaisants. Mais ils sont également nécessaires. Bien qu'elle ait considéré l'option, il est impossible de rejoindre Daënastre à la nage. Alors il faudra faire avec... La rouquine se promet toutefois de ne plus laisser Althéa négocier leur prochain moyen de transport.
"Allez!" tente-t-elle de se motiver. "Nous savions que ça ne serait pas facile de toute façon!"
Mais peut-être pas à quel point ce serait déplaisant...

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

La nage est rapidement devenue une option qu'elle aurait préféré, tout compte fait. Elle se demande inlassablement ce qui lui est passé par la tête en montant à bord de ce bateau au nom provocateur. Les bras ballants contre la coque du bastingage, affalée sur ce dernier avec une absence de grâce évidente, Zora est partagée entre une colère noire et le dégoût. Mais la première ne peut guère s'exprimer tant le second est violent, implacable. La rouquine a bien tenté de faire appel aux dons octroyés par Möchlog pour résorber cette nausée omniprésente. Mais il semble impossible de s'en débarrasser.

Alors elle se contente de bouger le moins possible et de relâcher le contenu de son estomac dans l'océan. Au diable la décence ou les apparences. La seule chose qu'elle souhaite en cet instant, c'est retrouver la terre ferme. Et pour l'instant, l'horizon semble entièrement recouvert d'eau. Comme s'il s'amusait à narguer l'impudente qui pensait que rejoindre Daënastre serait une simple formalité. La voix d'Althéa résonne dans son esprit et lui arrache une grimace. Zora lève péniblement le regard vers elle.
"Hérésie!" murmure-t-elle. "C'est de... l'hérésie!"
Si la réponse ne semble guère pertinente au vue de la question, elle exprime cependant bien l'état d'esprit de la rouquine sur le sujet: un daënar ne saurait être sain d'esprit puisque son jugement est altéré par les arguments trompeurs de leur fausse-déité. Tout ce qui naît de leurs mains est perverti, insalubre et immoral. Le fait que ce navire porte les stigmates de cette folie répond à une logique perverse. Et difficilement qualifiable autrement que par le terme qu'elle vient d'employer.

Des éclats de voix la forcent à tourner davantage le regard. Constatant que son champ de vision semble atténué par la nausée, elle se contente alors de poser la joue sur la rambarde pour observer un homme engueuler l'un des hommes d'équipage. Considérant la tenue qu'il porte, il ne peut s'agir que l'un des responsables de cette saloperie flottante. Elle parvient toutefois à trouver un certain réconfort dans cette scène qui a le mérite de se dérouler à portée de son regard. Au contraire de sa camarade...
"Je le trouve plutôt sympathique pour un Daënar, moi..."
Pour un daënar, s'entend. Ne vient-il pas de s'acharner sur un homme de son propre peuple? L'idée qu'un hérétique puisse s'en prendre - ne serait-ce que verbalement - à un autre hérétique lui convient parfaitement. Si seulement ils pouvaient s'entretuer... Cela éviterait bien des ennuis au duo d'élues de Möchlog. La rouquine se penche alors subitement en avant et déverse à nouveau le contenu de son estomac, s'étonnant au passage du nombre de bile que ce dernier peut contenir.

Puis la réalité la rattrape et les mots de la noiraude résonnent à nouveau dans son esprit. Vient-elle tout juste de lui proposer d'abandonner l'exercice de la diplomatie, ce talent dont elle s'est fait la défenseur tout au long de leur collaboration? Est-ce la maladie qui pousse sa camarade à se détourner ainsi de la retenue? Ou a-t-elle enfin compris qu'on ne se montre pas diplomate envers des animaux? Zora, au prix d'un effort surhumain, adresse finalement un sourire amusé à sa comparse.
"Il t'en aura fallu du temps... Retourner ce type contre son supérieur, mmh? Pourquoi pas!" souffle-t-elle avant d'exprimer une certaine crainte. "Mais... on le tuera quand même après, hein?"
Le livre de Zora nous enseigne qu'il n'existe nul plaisir sans mort. La rouquine se voit mal perdre du temps à raisonner ce jeune homme si elle ne peut pas lui ôter la vie à la fin d'un processus qui prend des allures sociale. La rouquine, appâtée par l'odeur du sang qui caresse déjà ses narines, se redresse avant difficulté. Elle tangue un instant au même rythme que le navire avant de se rattraper de sa main gantée contre la paroi métallique d'une des constructions ornant le pont.
"Allez, on va créer une rébellion!"
Et c'est avec une forme d'enthousiasme retrouvé qu'elle se traîne à la suite de la cible qu'Althéa leur a désignée. Le rejoindre est particulièrement difficile, ne serait-ce qu'à cause du temps qu'il lui faut pour progresser le long du bâtiment. Et c'est finalement lorsque le jeune homme ressort des entrailles de ce monstre d'acier qu'elle l'interpelle d'une façon tout à fait inopportune, se plaçant simplement sur son chemin avant de pointer un doigt désapprobateur dans sa direction.
"Toi! Pourquoi te laisses-tu traiter ainsi par ton Maître?" l'accuse-t-elle. "N'as-tu donc aucune fierté? Pourquoi ne vas-tu pas l'égorger séance tenante?"
"Je vous demande pardon?!?"
Les yeux ronds comme des soucoupes de l'intéressé et l'incompréhension dont ils témoignent arrachent un soupir agacée à la rouquine qui se voit mal expliquer les subtilités du bon sens à un abruti pareil. Et à supposer qu'elle veuille faire cet effort, elle ne le pourrait de toute façon pas. Une poussée de nausée la force à courir vers le bastingage et à déverser une nouvelle fois un flot gastrique.
"Althéa! Explique-lui!" s'irrite-t-elle. "C'est ton plan, après tout!"
Si Zora n'est guère capable de diplomatie, il en va de même lorsqu'il s'agit de faire preuve de subtilité...







Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)



Dernière édition par Zora Viz'Herei le Mer 20 Déc - 19:18, édité 1 fois
Voir le profil de l'utilisateur

Althéa Ley Ka'Ori
avatar
Mer 20 Déc - 19:03
Irys : 540218
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
Althéa se révélait sous un autre jour, un jour comme un solstice en l’honneur de la perfidie. Il fallait admettre que cela lui allait à ravir, la sournoiserie. Etrangement, à partir de l’instant où cet objectif de vengeance avait pris place dans son esprit, son état lui avait soudain paru acceptable, même mieux, tout à fait supportable. Comme si l’enthousiasme psychique impliquait nécessairement un bien-être physique. Rares étaient les témoins d’un sourire si mesquin pour parfaire son regard calculateur, mais ceux-là pouvaient avancer sans mal qu’ils suffisaient tous deux à esquisser la pâleur due à son malaise. L’ivresse alcoolisée ne serait pas arrivée à la cheville de l’euphorie qui stimulait à présent ses sens ! Lorsque Zora se rallia à sa cause, elle atteignit son paroxysme, et elle sourit plus largement encore. Elle en devint presque effrayante d’exécrabilité. A l’égard de sa partenaire de délit, toutefois, elle adopta un ton rassurant, presque cajoleur :

« Evidemment qu’on pourra le tuer, Zora. Je ne voudrais pas t’interdire ce plaisir. Mais seulement à la fin, lorsque nous aurons si bien mené notre affaire que sa mort représentera un soulagement aux yeux de tous. »

Elle tut cependant l’origine de son aversion pour le capitaine. Elle ne voulait pas risquer de révéler qu’elle ne se l’expliquait pas soi-même. Force est de constater que Zora avait raison de l’apprécier, ils partageaient tous trois une mission commune ; terroriser les adeptes de la Technologie. Pourquoi alors ressentait-elle le désir ardent de lui faire manger sa casquette par les narines, et de lui faire lécher ses bottes ? Un jeu de pouvoirs, tout simplement ! Elle était fière, et cet homme-là ne se soumettait qu’à sa propre volonté. Or, de la même façon qu’elle avait souhaité faire plier la jeune Eskarina quelques semaines plus tôt sous le prétexte que sa témérité l’incommodait, elle voulait que ce mécréant éprouve une certaine forme de respect en son endroit. Plus simplement encore, il servirait de bouc émissaire pour sa nausée autant qu’il servirait d’exemple pour tout le peuple Daënar.
Satisfaite de cette conclusion, elle emboita le pas à une Zora plus audacieuse que jamais. Rien de mieux qu’une promesse d’assassinat pour lui redonner un peu le moral ! C’était aussi efficace que d’agiter une banane devant un singe récalcitrant !

La guérisseuse savoura l’assaut sans finesse de Zora sur l’adolescent qui se remettait tout juste de son altercation avec son capitaine. Elle se délecta de sa surprise, puis du refus instinctif qui transparut dans son corps ; le haut de son buste s’était incliné vers l’arrière, et son pied droit avait entrepris un demi-pas vers la droite comme pour se préparer à battre en retraite. Il n’eut pas réellement le temps d’agir, car la rouquine lui faussa aussitôt compagnie pour aller enlacer le bastingage qui lui manquait déjà. Inséparables, ces deux-là. Les yeux au ciel, Althéa protesta contre son hypocrisie :

« C’est mon plan ?! Ah bah tu te dégonfles vite, c’est peu de le dire ! »

Mais quelque part, cela ne la dérangeait pas outre mesure. D’une main rassurante, elle engloba l’épaule du jeune mousse (qui la dépassait bien d’une demi-tête), et l’entraîna avec elle, comme pour l’accompagner dans son travail. A dire vrai, elle usa sans vergogne de sa magie pour mettre le jeune homme dans de bonnes dispositions à son égard. Il se détendit visiblement, alors qu’elle s’efforçait de retirer tout vestige de son accrochage avec son imposant supérieur. Il fallait qu’il en garde les souvenirs, mais pas la terreur, le sentiment d’injustice, mais pas l’épouvante, qu’il conserve le motif de son antipathie, mais pas l’appréhension d’agir.
Ses airs pédants l’auraient insupportée elle-même si elle avait pu s’entendre prendre la parole ;

« Ecoute, petit, mon amie n’a pas soigné la forme, mais dans le fond… je plussoie son avis. Comment veux-tu t’épanouir dans ton métier, qui représente par définition ta raison d’existence, si on t’opprime de la sorte ? Où est l’apprentissage si seule la peur te tétanise, et toute envie de progresser t’abandonne ? »

Le jeune garçon ne semblait convaincu que d’une oreille, l’autre fuyant déjà vers la loyauté passive, solution la plus favorable pour les esprits fragiles. Althéa lui sourit avec bienveillance, et l’aida à soulever puis à déposer un des lourds sacs sur ses épaules. Le garçon parut surpris de lui découvrir une telle vigueur physique, mais elle prenait en réalité source en sa magie. L’effet n’en demeurait pas moins celui escompté ; susciter son admiration et sa sympathie à tout prix, avec ou sans le soutien de sa magie – mais plutôt avec. Elle devait se montrer plus persuasive que l’appel de la hiérarchie établie sur ce vaisseau.

« Comme te nommes-tu, petit ?
- Overton. Thomas Overton.
- Très bien, Thomas. Je vais te dire une chose, et tu en feras ce que bon te semblera. Je ne suis pas là pour te commander, seulement pour te conseiller. Tes supérieurs ne conservent leur statut que dans la mesure où tu leur obéis. Si tu décides de te rebeller, c’est toi qui prend le pouvoir en renversant l’ordre des choses. L’important, c’est de ne pas sombrer dans la solitude, mais au contraire, de rallier les autres victimes de la tyrannie mise en place par ton capitaine. Vous devez agir de concert, c’est ainsi que tu te libéreras de tes entraves. Tu me suis ? A dire vrai, il n’est pas impossible que ce soit même un moyen pour ton commandant de tester ton courage et ton aptitude à unir l’équipage… pour déterminer par exemple, si tu es un élément prometteur pour ta patrie ! »

Le dénommé Overton affichait maintenant un air pensif. Nul doute qu’il lui faudrait du temps pour assimiler ce discours et en faire sa propre opinion, mais il n’est nul gamin réprimé qui ne désirerait pas croire à une si plaisante éventualité. L’ego refoulé est indomptable et s’insinue dans le moindre interstice si l’espoir de s’accomplir existe. Elle doutait en revanche de son courage, mais préférait ne pas la remettrait en question.

« Bien, je t’ai déjà trop retenu… Ça te laissera le temps d’y réfléchir, après tout, c’est à toi de décider de prendre ta vie en main, ou non… Bon courage avec la manutention, Thom.
- Me… Merci. »

Elle avait jeté un regard presque de dédain à la pile de sacs qui patientait docilement à quelques mètres de là. Elle haussa gracieusement les épaules avant de lui administrer un dernier sourire. Là, elle s’en retourna vers son amie qui crachait plus qu’elle ne vomissait le peu de bile que daignait encore produire son estomac. Elle eut un haut-le-cœur à la vue de la substance écœurante, mais elle détourna le regard à temps. Ce fut donc en regardant l’horizon, qui lui semblait plus éloigné que jamais chevauchant cette monotonie sans forme et sans fin qu’était l’océan, qu’elle put se retenir de vomir une minute supplémentaire.

« Je me sens déjà mieux ! Pas sûre qu’il en fasse quelque chose, mais il a l’air assez simplet pour se laisser prendre au jeu ! Je lui fais confiance, moi. (…) Allez, Zora, reprend-toi par Möchlog ! Qu’est-ce qu’on fait ensuite, hein ? Ça ne peut pas être notre seule idée, on a encore cinq jours à tuer ! »
Voir le profil de l'utilisateur

Zora Viz'Herei
avatar
Dim 7 Jan - 14:45
Irys : 755379
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -2

Toute la perversité d'Althéa transparaît dans les propos qu'elle tient à ce Thomas. L'hérétique est visiblement assez stupide pour prendre en considération le poison qui teinte les paroles de la noiraude. Un véritable abruti! Zora, quant à elle, savoure le talent certain de sa comparse lorsqu'il s'agit de manipuler les autres. Et elle ne peut s'empêcher de se questionner: fait-elle de même avec elle? Agit-elle en adéquation avec les désirs de son alliée sans même s'en rendre compte? Sa fierté lui commande de rejeter cette hypothèse. Mais le rationalisme lui intime de ne pas l'écarter. Cette incertitude contribue partiellement à rendre leur relation intéressante. Sans ce mélange de confiance et de défiance, d'amitié et d'inimitié, elle serait sûrement moins intéressante. Moins passionnante?

Elle décoche un regard noir à Althéa lorsque cette dernière lui commande de se reprendre. Et qu'est-ce qu'elle essaie de faire, à son avis? Croit-elle que cracher ses tripes est l'un de ses passes-temps préférés? Elle donnerait n'importe quoi pour ressentir la légèreté qu'elle éprouve sur la terre ferme. Ou même pour fouler de ses pieds un sol stable...
"Si cet hérétique arrive à fomenter une rébellion, je fais définitivement une croix sur le possible intellect des daënars! Tu es une vilaine fille, Althéa!" la complimente-t-elle. "Vraiment vilaine!"
À présent c'est à elle de trouver une activité susceptible de tromper l'ennui de cette traversée. Cinq jours? Jamais ce laps de temps ne lui aura semblé si long. C'est une éternité sur un navire forgé dans l'hérésie comme celui sur lequel elles naviguent. Elle ne tiendra pas! Elle le sent! Il lui faut impérativement organiser une activité susceptible de la détourner des hauts-le-coeur qu'elle ressent. Pourquoi doivent-elles être les seules à souffrir?

Cette simple pensée marque le début d'un raisonnement pervers qui débouche sur une évidence: il n'y a effectivement aucune raison qu'elles subissent ce dont d'autres s'accommodent. Tout le monde doit être malade! On peut dire qu'il s'agit d'une forme de solidarité qu'elle compte bien imposer aux passagers et à l'équipage de ce bateau. Et elle a une idée plutôt précise de la façon d'agir!
"J'ai trop une bonne idée!" glisse-t-elle avec fierté. "On va empoisonner tout le monde! Ça va être génial!"
La simple perspective de voir des poignées de personne cracher du sang sur le pont lui insuffle à nouveau du courage. Son sourire s'accentue, rêveur, tandis qu'elle s'imprègnent de ces visions. Le seul soucis? Et bien si tout le monde meurt, elles vont être bien embêtée: qui fera fonctionner l'hérésie flottante? Tout irritants qu'ils soient, ces daënars doivent rester capable de faire fonctionner les machines qui leur permettront de rejoindre Daënastre. Indirectement, ces dernières contribuent d'ailleurs à la chute prochaine de Technologie. L'ironie de la chose ne manque pas de ravir Zora...
"Viens, on va chercher la cuisine!" l'enjoint-elle en lui saisissant la main et la traîner à sa suite. "Ce ne doit pas être bien compliqué à trouver! Il n'y a qu'à suivre la fumée!"
Le soucis c'est que de la fumée, il y en a partout sur un navire qui fume! À plusieurs reprises elle s'échappe des divers tuyaux qui jalonnent les différents couloirs qu'elles empruntent à l'aveuglette. Le petit manège dur un certain temps, jusqu'à ce que la noirouquine pousse une porte fermée par une sorte de serrure ronde en son centre et qu'il s'agit de tourner pour déverouiller! Hérésie!

Et là, le bruit devient assourdissant! De grandes machines au centre desquelles trônent des flammes emplissent leurs champs de visions tandis qu'une odeur de brûlé assaille leurs narines. Pas une odeur agréable de chaire purifiée, non. Quelque chose de plus dérangeant, nettement plus agressif. Zora referme immédiatement la porte et tourne les talons, tenant toujours la main de sa comparse. Manquerait plus qu'elles se perdent de vu...
"Je peux vous aider?"
La jeune femme se retourne et découvre alors un jeune homme - encore un! - vêtu comme l'hérétique Thomas! Qu'est-ce que c'est que cette mode de s'habiller pareil? Où est la fantaisie de tous ceci? La disciple de Möchlog détaille de la tête au pied l'intervenant avant de hausser les épaules. Oui, il peut aider!
"Nous cherchons les cuisines!"
"Au fond du couloir, puis à droite et une nouvelle fois à gauche! Mais c'est un endroit interdit au public! Vous ne pouvez pas y aller!"
"Ha parce que les femmes sont interdites dans les cuisines, maintenant? Non mais ça va pas bien, oui?!"
Elle décoche au mâle un regard noir: de quel droit ose-t-il interdire aux femmes de faire ce que les hommes peuvent faire, visiblement? Et, plus simplement, comment ose-t-il prétendre l'empêcher d'aller où que ce soit? Non mais ho! La fausse noiraude peste en chemin sur le machisme, les hérétiques et souvent les deux à la fois avant que le duo arrive finalement à destination.

Lorsqu'elles entrent, on leur adresse des regards ronds et suspicieux. Ce qui ne décourage pas pour autant Zora de s'imposer, profitant de la perplexité ambiante pour faire entendre sa voix à la fois mélodieuse et impérieuse. Enfin.. Sûrement plus impérieuse que mélodieuse, à vrai dire...
"Tout le monde dehors! La nourriture est infecte alors nous prenons les choses en main!"
"Vous n'avez pas..."
"TOUT LE MONDE DEHORS, J'AI DIT!"
N'importe quelle personne la connaissant et doué d'un minimum de jugeote éviterait de la contrarier lorsqu'elle est convaincue d'être dans son bon droit. La noirouquine est bien loin d'imaginer que des règles régissent chaque aspect de ce bâtiment militaire et qu'elles s'appliquent évidemment à la bonne marche de la cuisine. Mais les règles n'existent-elles justement pas pour être transgressées? Quel serait leur intérêt, sinon?

Bien loin des considérations propres à la rigueur militaire, donc, Zora se penche en avant et lâche un flot de vomi. Flot aussitôt suivit d'un juron bien senti!







Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

Voir le profil de l'utilisateur

Althéa Ley Ka'Ori
avatar
Ven 12 Jan - 18:53
Irys : 540218
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
Etait-ce pure immaturité, ou un désir insatiable de se venger des Daënars ? Une crise de la vingtaine ou les simples représailles des épreuves passées ? Au cours de l’année qui avait précédé leur voyage vers les terres hostiles, elle avait enduré à plusieurs reprises la bêtise de ses ennemis, sur son propre territoire, fallait-il le préciser.

Entre autres, ils avaient réduit à l’esclavage nombre de ses compatriotes, et elle avait été témoin d’un de ces raids malhonnêtes. Même dans le plus grand péril, à savoir le danger imminent de se faire piétiner par un Mogoï, les Daënars privateurs de liberté avaient fait preuve d’une cruauté indicible, même sur une échelle Althéenne. Bien entendu, elle préférait la mettre sur le compte de leur perfidie que sur celui de leur panique d’alors ! Tout prétexte était bon à prendre pour blâmer un Daënar... Par ailleurs, leur exploitation du magilithe en Khurmag était un blasphème autant qu’une catastrophe humaine, nul besoin d’épiloguer sur la question.
Leurs torts se comptaient par milliers, et leur imbécilité était innombrable.

Avec cette kyrielle de méfaits en tête, comment ne pas leur en vouloir au point de leur rendre la pareille, même à petite échelle ? Il leur était donné l’occasion de prendre leur revanche au nom de My’trä, alors si cela impliquait suivre Zora dans son plan d’attaque contestable - dont l’inconvénient majeur était sans hésiter leur manque de discrétion - elle le ferait et avec le chauvini… patriotisme qui la caractérisait ! Pour une fois, elle mettrait de côté son verbe et sa raison, pour se précipiter à sa suite dans les cuisines d’un navire Daënar dont l’équipage n’avait pourtant pas grand-chose à voir avec ses propres revendications. Elle l’écouterait s’époumoner dans sa volonté de mettre dehors le personnel de cuisine, et elle se planterait à ses côtés avec le même regard noir que celui de sa comparse.

    « Bordel, mais expulsez-moi ces bouffonnes d’ici. »


Le cuistot en chef avait jeté un regard plein de dédain à la furie qui se donnait des airs de princesse corroborées d’un pouvoir qu’elle ne possédait pas. Il avait à faire, par la sainte moustache ! Et se laisser enquiquiner par deux crétines n’en faisait pas partie. Un des massifs plongeurs s’exécuta dans l’instant, s’approchant de Zora pour lui saisir le bras. Althéa s’empressa de saisir un récipient vide sur une table voisine qu’elle rejoignit en deux pas afin de régurgiter à nouveau la bile qu’était parvenu à produire son corps depuis sa dernière nausée. La vision de Zora malade avait réanimé en elle les relents de son propre malaise. Quelles fières perturbatrices elles faisaient ! Piètre impression que cette apparition !

L’instant d’après, on les enfermait à double tour dans une salle de permission à en juger par les tables rondes et les quelques paquets de carte rangées à la va-vite en leur centre. Althéa s’essuya la bouche dans son mouchoir, et le glissa dans la poche d’un manteau qui avait été oublié là, avant de s’asseoir presque posément à une des tables. Au préalable, elle se saisit d’un vase sur une commode, et examina le contenu. Ou plutôt, le vide à l’intérieur. Elle avait encore un goût âpre dans la bouche, et elle ignorait si sa nausée était passée. De plus, ce trou noir qu’elle contemplait l’intéressait davantage que la pièce où elle se trouvait contre leur gré.
S’habitueraient-elles jamais à cet infernal périple ? Y’avait-il un moment désigné où le mal-être lié à la technologie les quitterait ? Heureusement, tous les Daënars ne vivaient pas en mer ! Elles auraient bien peiné à leur rendre la vie dure avec aussi peu de crédibilité que lors de leur entrée dans les cuisines.

    « Ça valait le coup de se faire enfermer ! »


Sa voix n’était pas réprobatrice, bien au contraire, elle jubilait. Elle ne prêta pas attention au regard incrédule de sa camarade, et se saisit d’un des paquets de cartes sur la table pour s’occuper les mains avec son contenu. Certaines lui étaient étrangères, mais elle reconnaissait la racine d’un jeu vieux comme le monde, et par extension d’origine my’trän. Elle en jouait une variante dans son enfance. Cette similarité lui déplut, les Daënars ne méritaient pas que leurs loisirs s’apparentent autant à ceux de son peuple. Ne savaient-ils inventer que la Technologie, et rien de plus ? Créer le divertissement était au-delà de leurs moyens ? Elle jeta un œil à Zora, et se résolut à lui expliquer sa joie manifeste.

    « J’ai échangé une herbe de cuisine avec une en ma possession ! Et elle ne fait pas que donner du goût… »


Rien de bien méchant, le but n’était pas de décimer l’équipage, sans quoi elles n’avaient aucune garantie d’arriver à bon port. Non, simplement des maux de tête et des vertiges, et secrètement elle espérait que le commandant de bord serait le premier à se régaler du plat qui inclurait ces quelques herbes exotiques, que ce soit le soir-même ou dans plusieurs jours ! Elle avait hâte d’en constater les effets de ses propres yeux ! Mais quelque part, plus le cuisinier tardait à les mettre dans son menu, moins les Daënars sauraient faire le lien avec les deux parasites qu’elles étaient… On aurait tôt fait de négliger leur irruption des les cuisines dans cinq jours… Althéa eu un sourire satisfait, et ce ravissement nouveau la fit se relever pour se diriger vers la porte. Elle souhaitait trouver un moyen de l’ouvrir de force, l’ennui commençait déjà sa sournoise infiltration.

A sa connaissance, personne n’avait été posté dans le corridor pour les surveiller. Elles étaient des moucherons, pas des dangers publics ! Ils les avaient seulement enfermées temporairement pour les ramener à l’ordre, se convainquit-elle. Aussi elle tira sur la poignée, plus pour déterminer le mécanisme de fermeture que dans l’espoir de l’ouvrir. Le tout paraissait plus que solide, et la frustration joignit ses efforts à ceux de l’ennui pour contaminer sa précédente allégresse. Elle soupira, la main dans les cheveux.

    « Ils vont nous tirer la gueule combien de temps tu crois ? Je n’ai aucune envie de croupir ici éternellement. »
Voir le profil de l'utilisateur