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Chroniques d'Irydaë
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 l'Auberge de l'Erch Blanc

Thorleif Gunnar
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Mer 10 Jan - 23:07
Irys : 24998
Profession : Dragonnier
Pérégrin 0
Tarluru, une soirée de début novembre de l'an 932 à l'Auberge de l'Erch Blanc.

Une poignée de jour auparavant, Thorleif Gunnar était devenu un traître, un dissident, un ennemi politique, un meurtrier, un individu indigne de confiance. Les montagnes de Dyen avaient été secouer par une bataille fratricide durant laquelle l'un des quatre Gunnar avait connu une mort atroce. Les Gunnar ? Ils étaient au nombre de trois, désormais. Hulf était tombé face à Thorleif. Il demeurait en vie son autre frère et sa sœur, nommés Bjorn et Freyja. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Comment était-ce possible de se détester ? D'autant se haïr ? Il y avait bien des facteurs communs. Les ambitions des uns étaient peut-être incompatibles avec celles des autres. De plus, le départ éternel du patriarche de la famille, Einar, avait entrouvert une porte. Celle des hostilités, des coups bas, des trahisons. En effet, le trône de la famille Gunnar, attendait un nouveau meneur, un nouvel alpha. Peut-être une nouvelle ? Non, Freyja était défavorisée en tant que plus jeune sœur, bâtarde qui plus est, de la famille. Hulf, sa mort le prouvait, était peut-être un brin trop idiot pour cela. Thorleif était incapable de se sentir désolé pour ce frère qui l'avait détesté pendant toutes ces années mais il sentait au plus profond de lui une immense colère envers Bjorn. Certes, Thorleif ne connaissait pas toutes les aventures, ni les péripéties complètes de ses deux autres frères mais sa mémoire ne lui jouait pas de tour. Hulf avait été fidèle et brave mais idiot et stupide. Comment Bjorn s'était-il montré capable de se servir de lui, quitte à le sacrifier comme il l'avait fait, pour l'atteindre ainsi ? Concrètement, Thorleif était coupable de deux choses : premièrement, on l'accusait d'être responsable de la mort de leur mère lorsqu'elle le mit au monde. Secondement, en tant que plus jeune frère de la fratrie, il avait simplement essayé d'exister, d'honorer son nom de famille. Son cœur était en proie aux flammes de la haine, l'histoire était en train de retenir de lui des mensonges puérils et sordides alors qu'absolument rien ne le justifiait à ses yeux. A l'aube de la fondation de Dyen, sa famille s'était érigée comme étant un soutien absolu au Roi-Père et à la Reine-Mère en place, générations après générations. Il n'arrivait pas à justifier la trahison de Bjorn, à mettre des mots dessus. Ils s'étaient aimés, avec une certaine cordialité car pendant des décennies, l'un et l'autre furent capable de reconnaître leurs accomplissements mutuels qui servaient à rendre honneur à leur famille. Alors… Pourquoi… ?

« Après tout ce temps, dois-je réellement payer ce pourquoi je ne suis pas responsable… ? Comment le destin peut-il s'acharner autant contre moi… ? Je devais devenir le Roi-Père. Je devais apporter l'ultime consécration sur la famille Gunnar. Je devais posséder quelque chose qui n'avait jamais été atteint après tant de générations ! ... » pensa-t-il.

Thorleif devait sa liberté à sa sœur Freyja. Lorsque Bjorn et son escouade le mirent face au fait accompli, le meurtre de Hulf, elle intervint en sa faveur et lui procura l'occasion de prendre la fuite avec Nitthog, son dragon noir de poids en moyen. En vérité, le combat entre les deux dragonniers et leurs montures fut plein de combativité et d'incertitude. Du plus profond de son cœur, Thorleif avait essayé de faire entendre raison à Hulf mais sa haine vis à vis de lui avait été la plus forte. Après tout, Bjorn lui avait glissé que son frère cadet était en train de préparer un coup d'état et que s'il aboutissait, il les éliminerait tout les deux. Cette brillante tactique porta ses fruits puisque dans la précipitation la plus totale, Thorleif quitta à vol de dragon les terres de Dyen, laissant derrière lui à contrecœur sa sœur comme otage de son frère. Dans ces circonstances, Thorleif s'était volatilisé avec ses possessions les plus familières. Fort heureusement, son dragon Nitthog ainsi que son armure et diverses armements, sans oublier une généreuse bourse d'irys. Peut-être de quoi l'aider à survivre dans le monde hostile et impitoyable comme il l'imaginait pendant quelques jours. Pensez-vous, Thorleif n'avait jamais vraiment quitté les terres de Dyen jusqu'à présent. En effet, il avait été élever dans l'idée selon laquelle sa nation pouvait répondre à la totalité de ses besoins. Dyen lui avait apporté connaissance, savoir, protection, force, richesse, gloire et bien d'autres choses positives. Le reste du monde ne servait donc pas à grand-chose ou du moins, il avait pu l'ignorer jusqu'à présent. Ses frères étaient comme lui sur ce sujet, il était à peu près certain que Bjorn ne se lancerait personnellement pas à sa poursuite. Freyja était différente, en tant que coursière, elle avait eu l'occasion de visiter bien des endroits et s'il s'était souvent moqué d'elle pour cela, il lui avait toujours fait le respect d'écouter ses petites aventures. Toutefois, ce n'était pas suffisant pour prétendre connaître la géographie du monde comme un érudit. Lors de sa fuite, il avait eu deux solutions apparente : prendre la direction de My'trä ou de Zochlom. Presque au hasard, il avait estimé que le premier choix était préférable. S'il était lui-même un fervent admirateur d'Amisgal, il avait quelques connaissances au sujet des autres Architectes. Au fond de lui, il espérait qu'on pourrait lui apporter de l'aide quelque part à My'trä même si paradoxalement, il ne pouvait faire confiance à personne. Dans les jours, dans les semaines qui suivraient, il y avait fort à parier que des avis de recherches à son effigie apparaîtraient par-ci par-là. Après tout, Thorleif avait tué un dragonnier et la seule sentence possible était d'être défait de toutes ses possessions et relâché dans les montagnes de Dyen pour être jugé par Amisgal. C'était ainsi qu'on réglait les litiges les plus gravissimes dans la cité-état draconique.

« Hulf, je n'ai jamais douté de ton amour pour Mère. Contrairement à moi, tu as eu la chance de la connaître… Est-ce réellement sa perte qui t'as poussé à mener une vie de ressentiment et de haine vis à vis de moi ? Depuis quand Bjorn projetait-il de briser en mille morceaux le peu semblant d'amour qui liait nos quatre âmes… ? Je peine à me souvenir de moments heureux avec toi… Ne la reproche pas à Nitthog, là où tu puisses être. Tu as sérieusement menacé ma vie et son souffle a mis un terme à la tienne, c'est tout. » se dit-il.

Nitthog avait mené Thorleif jusqu'à Khurmag, le pays des neiges et des illusions. Avec un peu plus de jugeote et de connaissances, il aurait pu anticiper un phénomène qui frôlait pourtant chaque année les frontières de Dyen. L'arrivée du Khoral. Concrètement, le dragonnier n'avait nul part où aller. Si sa sœur devait certainement connaître du monde par-ci par-là, ce n'était pas son cas et elle n'avait pas pu lui donner la moindre adresse où se rendre en ami. Que ce fusse Khurmag, Zolios, Kharaal Gazar, Suhury ou encore Zagash… Thorleif était sur des terres qui lui étaient étrangères. A première vue, si on ne lui voudrait pas nécessairement du mal, peut-être que personne ne souhaiterait son bien. Cacherait-il son appartenance à Dyen ? Son honneur en déciderait partiellement au moment voulu. Bientôt, d'ici quelques semaines, la présence d'un dragon récurrent dans les cieux et montagnes de My'trä ne serait plus un secret. Cela attirerait sûrement quelques curieux voire même des convoitises. Stratégiquement parlant, le dragonnier n'avait pas fait de halte à Reoni. La frontière avec Dyen était bien trop rapprochée et il craignait que l'on ne fasse des recherches sur lui là-bas. Ils avaient plutôt longé à vol de dragon la côte de l'océan, pouvant laisser songer qu'il se rendait à Zolios après avoir semé les potentiels poursuivants. En définitive, il s'arrêta à Tarluru, le Phare de Khurmag. Instinctivement, Nitthog fut peut-être attiré par la grandeur de ce dernier, intrigué par ce que pouvait bien être cette chose ô combien plus massive que lui. De plus, en cas de nécessité de fuite précoce, Thorleif pouvait prendre plusieurs directions. Il ne se condamnerait pas bêtement dans une cuvette.

« Ces gens-là ne t'accepteront pas. Tu n'es qu'un étranger, tu débarques sur leurs terres et aspire à prendre possession de leurs ressources pour répondre à tes propres besoins…? Ici, tu n'es personne… Mais… Personne ne pourrait-il pas devenir… Quelqu'un...? Donne-toi le temps, donne-toi la force, donne-toi l'énergie de reprendre ta vie en main. Tu es un battant. Un honneur bafoué peut encore être sauvé… Tu le sais, Thorleif… Tu le sais. » pensa-t-il à nouveau, comme s'il s'agissait d'une profonde conversation à cœur ouvert avec lui-même.

Cela faisait deux jours que Thorleif Gunnar était à Tarluru. Étrangement, ses premiers doutes ne se réalisèrent pas. Personne n'était déjà à l'attendre, prêt à rendre une quelconque forme de justice. Au contraire, on lui avait immédiatement conseillé quelques auberges pour se loger et montré deux, voire trois boutiques pour s'acheter des vêtements adaptés à l'hiver. Exit l'armure de chevalier-dragon, le colosse l'avait très soigneusement empilée et rangée dans un coffre prévu à cet effet qu'il entreposait dans sa chambre d'auberge. Scellé, il en détenait l'unique clé et il faudrait également avoir l'idée de pénétrer dans sa chambre pour espérer tomber dessus et percer ses vraies origines à jour. Des habits chauds, le tout recouvert d'une grande toge à capuche sous laquelle dormait patiemment son épée dont le pommeau était une tête de dragon fabriquée en bois de chêne et recouvert de cuir de drake. Ainsi, il ne donnait pas clairement l'allure d'être un maître-lame aguerrit mais plutôt d'un mystérieux voyageur en quête de quelque chose ou de quelqu'un. Quant à Nitthog, il n'y avait pas la moindre chance de tomber nez à nez sur lui aux alentours de Tarluru. En effet, il était de notoriété publique que les dragons préféraient les endroits chauds et secs. En conséquence, surtout Nitthog, s'était suffisamment éloigné de Khurmag pour éviter de subir le Khoral. Intrinsèquement, Thorleif ne le reverrait pas avant deux ou trois semaines. Pendant ce temps, jusqu'à preuve du contraire, son principal repaire porterait le nom de « l'Auberge de l'Erch Blanc.  » Si vous demandiez au tenancier du coin, il répondrait probablement qu'il existerait quelque part à Khurmag un petit troupeau de ces herbivores au pelage blanc qui ne quitterait les montagnes qu'au tout début du Khoral pour annoncer sa venue. Du moins, il ne s'agissait peut-être que d'une légende, d'un conte pour enfant. En ce début de soirée d'un jour de novembre de l'an 932, Thorleif Gunnar était donc en train de boire une choppe de bière au comptoir de l'Auberge de l'Erch Blanc. Portant soigneusement sa capuche, elle laissait dépasser sa barbe et en l'observant de près, on pouvait y observer ses yeux teintés d'une couleur bleu nuit.
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Althéa Ley Ka'Ori
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Sam 13 Jan - 15:51
Irys : 540218
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
Althéa sirotait son petit lait, avachie sur une des tables rustiques près de l’entrée, le regard rêveur et l’expression paisible – trop paisible, si on la connaissait un tant soit peu. Son immobilité témoignait de son profond ennui, et à sa décharge, les quelques jours qui avaient précédé se démarquaient par leur désarmante futilité. Depuis sa rencontre avec Faye, et les événements qui l’avaient menée à quêter l’aventure, elle était avide d’adrénaline et de l’euphorie qui en résultait invariablement, et à défaut, de divertissements quels qu’ils soient. Dans l’immédiat, le menton tout contre sa dextre qu’elle avait plaquée sur le bois rugueux de la table, elle trouvait plus de raisons de plonger son regard dans la lactescence que de contempler l’insipidité des habitués de la taverne.  

Sa lassitude se dissipa dans le long soupir qui s’échappait de ses lèvres. Un colosse qui l’aurait surplombée de presque deux têtes si elle s’était tenue à ses côtés faisait son entrée dans l’auberge calmée par ce soir d’hiver. Son corps se redressa dans l’intérêt qu’elle lui porta, comme requinqué par l’afflux de pensées se substituant au précédent vide cérébral. Elle le dévisagea sans retenue, non seulement parce qu’il y avait peu de risque qu’il lui porte plus d’attention qu’à la bière qu’il commandait, mais surtout parce que la bienséance n’avait aucune emprise sur son jugement. Avec une lenteur mesurée, pour lui accorder quelques instants de répit avant d’assaillir son homme, elle ramena le verre vers elle, et se dirigea sur le tabouret haut inoccupé à son côté droit. Posant son lait et son audace sur la table, elle prit la parole sans plus attendre.

    « Salutations, mon sieur, est-ce qu’un peu de compagnie vous siérait ? »


Sa question était plus rhétorique qu’inquisitrice. Sa voix était presque sans appel, et elle s’installait déjà de biais pour faire face au mystérieux encapuchonné. Si elle ne paraissait pas intimidée par sa carrure, intérieurement une pointe d’appréhension titillait sa raison. Leur position assisse réduisait considérablement leur différence de taille, mais il n’en demeurait pas moins titanesque.

Néanmoins, la nécessité de s’occuper l’esprit prônait l’action en cet instant. Depuis plusieurs jours déjà elle errait sans but dans les rues de cette ville, qu’elle trouvait sans charme à présent, occupée à sauver la veuve et l’orphelin, ou plus vraisemblablement, les agonisants et les hypochondriaques. L’avantage de nouer le bandeau des Cercles de l’Aube autour de son avant-bras, c’est qu’on ne manque jamais de clients ! L’inconvénient… c’est qu’on ne manque jamais de clients.

Pas plus tard que la veille, on l’avait mandée afin de trouver un remède aux soucis "charnels" d’un couple récemment marié. En apprenant la raison de sa venue, elle avait levé les yeux au ciel et avait grandement hésité à fuir ce calvaire. Mais paradoxalement, elle n’avait rien de plus intéressant à faire. Elle avait bien côtoyé quelques badauds et fait connaissance de deux marchandes de soie, mais aucun ne retenait son intérêt durablement. Invariablement, elle finissait par leur fausser compagnie, courtoisement mais fermement, et quêter la nouveauté ailleurs. Sa tribu aurait dû franchir les portes de Tarluru une semaine auparavant, et pourtant, nulle trace de leur présence dans la ville ne parvenait à ses oreilles, encore moins de leur imminente approche. L’attente commençait à se faire longue pour la jeune femme.

    « Je me présente, Althéa, du clan nomade des Mahere. Et également troisième cercle de l’Aube depuis peu. »


Dans le doute, elle partait du principe que l’homme à qui elle s’adressait était un résident de la ville au mieux, de Khurmag au pire, et qu’il avait probablement entendu parler des Mahere, ces rares commerçants à faire la navette entre les villes malgré les vents hurlants de l’hiver. De fait, par temps de Khoral, rares sont les aventuriers qui se hasardent à explorer les contrées khurmis, et elle n’avait fréquenté que des résidents de Tarluru au cours des derniers jours ! Celui-ci, toutefois, avait à ses yeux un intérêt bien supérieur aux autres, et elle s’efforça de lui expliquer la raison de son intrusion au sein de sa relative bulle de tranquillité.

    « Est-ce qu’à tout hasard vous louez votre protection ? »


La guérisseuse tentait tant bien que mal de contenir l’inquiétude latente qui s’insinuait dans ses pensées au fur et à mesure que les jours s’égrainaient. L’absence de son clan ne pouvait signifier que deux choses. D’une part, ses frères avaient pu être retardés par un des imprévus usuels. Une route condamnée par la neige, un retard dû au ralentissement des affaires dans la dernière ville où ils avaient commercé, la mort d’une de leurs bêtes de bât, et la liste présente était loin d’être exhaustive. D’autre part, il se pouvait que l’un d’entre eux ait trépassé, et cela impliquait plusieurs jours de rites funéraires pour honorer une dernière fois sa mémoire avant de céder à l’oubli des Architectes. Cette idée lui faisait froid dans le dos plus sûrement que le Khoral lui-même, pour des raisons inhérentes à tout être humain doté d’émotions et de sensibilité. Aussi, elle se refusait catégoriquement de ne serait-ce que songer brièvement à la deuxième éventualité. Il était peu de gens pour qui elle était loyale, et chacun de ses frères en faisait partie sans exception. Aucun n’avait le droit de s’éteindre sans son aval ! S’humectant les lèvres, elle refoula une nouvelle fois cette anxiété dans son inconscient, l’amplifiant par la même occasion pour la prochaine fois où elle se révélerait, et explicita plutôt sa demande :

    « Les miens ne devraient plus tarder à rejoindre Tarluru, c’est une étape majeure de leur itinéraire. Nous prendrons ensuite la direction de Forëal pour y écouler les biens non vendus. Seulement, il y a quelques clans qui nous sont hostiles sur le chemin qui relie les deux cités, des brigands pour être parfaitement honnête avec vous. Ils portent rarement atteinte aux hommes directement (sinon, ils n’auraient plus de marchands à agresser !), ils en profitent simplement pour nous piller. Si vous nous accompagniez, ils fuiraient assurément juste en croisant votre regard ! Mon frère était chargé de la défense autrefois, mais il s’en est allé sur son propre chemin. J’ai bien cru avoir trouvé un candidat au poste pour cette année, mais il m’a semblé bien arriéré pour un protecteur, ajouta-t-elle d’un ton pensif. »
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Thorleif Gunnar
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Dim 14 Jan - 22:02
Irys : 24998
Profession : Dragonnier
Pérégrin 0
Thorleif Gunnar descendit lentement mais sûrement sa choppe de bière gorgées après gorgées. A cette heure-ci, l'endroit ne connaissait pas encore son pic d'affluence et s'il l'ignorait car c'était la première fois qu'il venait ici, ce dernier n'aurait lieu que dans une heure. Bientôt, gens de passages et habitués mêleraient leurs conversations et cela provoquerait un brouhaha ambiant dont l'aubergiste était habitué et friand. En effet, cela signifiait que son lieu de travail était à la fois populaire et rentable. Alors que le précieux nectar contenu dans la choppe disparaissait petit à petit, Thorleif effectuait une rotation de l'extérieur vers l'intérieur avec son poignet pour provoquer un effet de remous et petit à petit, le liquide commença à tourbillonner. Curieuse façon de passer l'ennui, n'est-il pas vrai… ? Cela ne se voyait pas encore mais le grand gaillard était très mal à l'aise. Il était loin de sa tendre et chère Dyen et il n'avait aucune idée de quand et comment il pourrait y retourner. La blessure dans son cœur était encore très vive et bien fraîche, il n'arrivait pas à faire disparaître de sa tête l'image de son frère, mort et à terre. Il cligna des yeux et secoua légèrement la tête comme pour chasser ses idées noires.

« Dites-moi… Pourquoi l'Auberge de l'Erch Blanc ? Je ne connais pas ces créatures. » demanda-t-il à l'aubergiste.

L'aubergiste en question sourit en coin. Ce n'était certainement pas la première fois, ni la dernière, qu'on lui posait une telle question. Peu importe, l'homme prenait toujours autant plaisir à conter l'histoire à sa clientèle. C'était un moment de partage comme un autre, après tout.

« Vous n'êtes pas d'ici, n'est-ce pas ? Je m'en doutais… Vous ressemblez à un… voyageur…?  » rétorqua-t-il à Thorleif. Ce dernier lui rendit un regard froid, peu avenant. En fait, il lui faisait clairement comprendre qu'il ne souhaitait pas répondre à cette question-là et qu'il attendait la réponse à sa propre question. « Bon, bon… Vous n'êtes pas trop commode pour un étranger ! Faudrait penser à sourire, parfois. Mais bon, je vais répondre à votre question... » lui dit-il, tout sourire. La bonne communication, pour un vendeur, ça passait d'abord par le sourire après tout.

Ainsi, l'aubergiste raconta à Thorleif l'histoire de l'Erch Blanc. Tout d'abord, il fallut sans nul doute lui faire une description physique de l'animal. A vrai dire, cette espèce était inconnue à Dyen et à moindre d'étudier la faune et la flore des contrées aux alentours, ce qui n'était certainement pas le point fort de la cité-état draconique, il n'était pas surprenant de voir Thorleif patauger ainsi dans la marre de la connaissance extérieure.

« Donc, vous attendez une foule de gens qui va s'organiser pour partir à la recherche de ce légendaire troupeau pendant toute la durée du… Khoral ? Vous ne craignez pas que l'un d'entre eux parvienne à ses fins ? Vous pourriez faire faillite avec la récompense que vous proposez, ce n'est pas rien. »

Thorleif ne trouvait pas si curieux que cela que l'on puisse avoir un tel passe-temps. Pour le moment, il se garderait bien après tout de révéler qu'il s'était rendu jadis dans les hostiles montagnes de Dyen pour dérober un œuf de dragon sous les yeux acerbes de sa génitrice. Au moins, on avait découvert l'origine de l'expression « Ce dragon de belle-mère ! » La conversation entre Thorleif et l'aubergiste coupa très court car ce fut au tour d'une nouvelle intrigante d'entrer en scène.

« Plaît-il ? De la compagnie ? ... » questionna-t-il.

Le colosse, comme elle l'avait si bien analysée malgré qu'ils étaient tout les deux assis se tourna brusquement vers elle. Ce petit morceau de sotte l'avait surprise à sortir ainsi de son angle mort même si c'était un peu de sa faute, il n'avait pas abaissé sa capuche. En ce temps de Khoral, il lui lança un regard froid comme la glace et il n'eut même pas l'occasion de songer à refuser cette opportunité qu'elle se présentait déjà à lui. Il s'agissait donc d'Althéa, membre du clan Nomade des Mahere. Devait-il être… honoré ? Non, sa méconnaissance du clan de la jeune demoiselle lui suffisait à déduire qu'elle ne venait pas de Dyen. L'espace d'un instant, il pensa qu'il ne s'agissait pas d'un hasard si elle était venue l'aborder aussi impunément. Son pays d'origine avait-il déjà envoyé quelqu'un à ses trousses… ? Au fond de lui, la question méritait d'être posée. Sa vigilance baissa d'un cran dès qu'elle aborda les cercles de l'aube. Où avait-il déjà entendu ce nom… ? Ses yeux s'écarquillèrent tant le souvenir le frappa comme un condensé de foudre et de tempête. Aussi loin était-il capable de s'en rappeler, Luka Toen était un membre de cette organisation. Était. A ses yeux, elle était morte.

« Enchanté, je suis Thorleif. » répondit-il sobrement. « Louer ma protection… ? Je ne sais pas... »

Elle était bien bonne, celle-là. Comment pouvait-elle imaginer une seule seconde qu'il était prêt à lui louer ses services ? Ressemblait-il à un mercenaire en quête de contrat ? La requête semblait très sincère et la façon dont elle l'avait formulée avec autant de simplicité parvint à ébranler un temps soi peu le colosse. Effectivement, il avait été bien incapable de répondre par un non catégorique et en d'autres circonstances, il n'aurait pas hésité à l'envoyer paître.

« Je me dois d'être honnête avec vous, mademoiselle. Je suis un étranger, je viens tout juste d'arriver à Khurmag. J'apprécie la sincérité qui se dégage de votre demande, vous m'expliquerez certainement pourquoi vous pensez que je suis le candidat pour répondre à votre besoin immédiat ? »

Il devait se rappeler pourquoi il était-là. Banni de Dyen, le frère benjamin de la famille Gunnar recherchait du soutien, des gens qui pourraient l'aider à survivre dans un environnement qui lui paraissait ô combien hostile. Ce n'était pas par hasard s'il s'était arrêté à l'Auberge de l'Erch Blanc, du moins, ce n'était pas seulement pour se reposer. Cependant, là, maintenant, répondre par l'affirmative demeurait du domaine de la folie pure. Il ne savait pas grand-chose d'Althéa mais elle avait l'air de savoir là où elle allait. Au fond, Thorleif n'avait pas l'intention de rester à Tarluru et il était impatient de voguer vers une nouvelle destination. Pour le moment, il avait besoin de trouver un sentiment de sécurité, savoir qu'il s'éloignait de Dyen, là où on voulait désormais son « mal », le soulageait. Par conséquent, Althéa ne méritait pas un refus catégorique.

« Vous vous rendez à Forëal ? Qu'est-ce qu'un étranger pourrait y trouver d'intéressant ? J'ai besoin de m'offrir du temps. »
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