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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Zolios
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Mark von Heïnster
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Dim 14 Jan - 22:15
Irys : 89988
Profession : Gouverneur
Daënar +2 ~ Skingrad (homme)
Voir Eoril soûl et mourir.

Mark était rempli d’une ivresse toute spirituelle au sein de la cité mythique. Elle représentait beaucoup pour lui, comme pour tout Daënar prêtant encore du crédit aux textes de l’Exode. Après tout, la divinité tutélaire d’Eoril, Süns, déesse du feu et du soleil, était celle qui s’était sacrifiée pour accorder à l’humanité le libre-arbitre. Les hommes, plus tard et sous l’Augure, mirent ce dernier à profit pour se libérer des chaînes de l’oubli, s’émancipant dès lors des Architectes et fondant leur nation loin de leur joug. Des siècles plus tard, sa lointaine cousine Lenora Boëlyn était revenue en fracas. A la tête de milliers de braves, elle avait réclamé Eoril pour l’Union et s’y était imposée pendant plus de cinq ans. La capitale de Zolios était alors devenue la base arrière de la glorieuse campagne daënare contre les ignorants My’Träns. Le feu avait cessé depuis, mais les royaumes des suppôts des Architectes restaient encore dans l’ombre de Daënastre.

En plus de cette ivresse spirituelle, Mark était également soûl de façon standard. Son repas avec le haut général des Forces Extérieures ne l’avait guère comblé. Etant en Zoliosie, il avait favorisé les vins aux dépens des aspects plus solides du manger, si bien qu’à la fin du midi, le gouverneur, ni rassasié, ni sobre, avait décidé de partir à la découverte de la glorieuse capitale zoliosienne, ainsi que de ses bouges. Ce tourisme avait début de manière respectable. On parcourait les places où les Martyres avaient été mis à mort et on ne buvait que les millésimes locaux. Mais peu à peu, l’aventure pris une tournure moins bon enfant, si bien qu’en fin d’après-midi, après plusieurs heures d’arpentage de la cité, Mark, deux officiers chargés par le haut général de sa sûreté ainsi que son daguerréotypiste avaient terminé dans les pires rues du Triangle supérieur.

« Le Vilain Griffon » n’avait effectivement pas fière mine. Les fenêtres étroites de cette taverne sans saveur donnaient sur l’orient. Cette exposition vers l’est aurait pu offrir de la luminosité à l’établissement si le soleil de l’aube n’était pas toujours – toujours – obstrué par l’ombre des murailles de l’enceinte supérieure qui avoisinait ce bouge-là. Lorsque l’après-midi s’entamait et que l’astre passait à l’ouest, l’affaire n’était pas meilleure : le bâtiment, accolé à un autre sur son mur occidental, ne recevait guère de soleil de cette direction. Il en résultait une pénombre et un froid ambiants perpétuels que quelques bougies et un âtre modeste tentaient tant bien que mal de combattre. La faune était à l’image de cet environnement peu accueillant. Passé les patrons, un couple de vieilles gens aussi pingres qu’antipathiques, la clientèle se constituait majoritairement de matelots sans le sou et, quand la saison s’y prêtait, de manœuvres rongeant leur frein jusqu’aux saisons des travaux agricoles.
Echouer dans ce rade tenait donc du calcul de la part de ceux qui voulaient se faire oublier des autorités ou, comme c’est le cas de Mark et de ses compagnons de beuverie, d’une très grande stupidité par ceux qui voulaient simplement faire le tour des grands ducs de la bourgade.

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Eléonore Steinfort
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Lun 15 Jan - 0:22
Irys : 455085
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2
La mine renfrognée d'une gamine à qui on avait refusé un caprice vissée sur le visage, Eléonore poussa la porte grinçante de l'auberge miteuse dans laquelle elle espérait trouver un peu de tranquillité et, si pour une fois Dalai était avec elle, un équipage pour rallier Daënastre. La fugitive leva les yeux au ciel en constatant la misère de l'établissement où elle venait de mettre les pieds. En être réduite à ça, quelle disgrâce pour une guerrière avec ses ambitions, qui revenait -excusez du peu- d'une guerre dans les îles célestes. Cela faisait maintenant plus d'une semaine que la jeune femme aux cheveux d'or était en cavale. Une longue, ennuyeuse et frustrante semaine durant laquelle elle avait traversé le pays du Nord au Sud. Quelle plaie. Pas une seule petite invention daënare à se mettre sous la dent, rien que la solitude inhérente à son nouveau statut de paria absolu de la société My'träne. Sans parler de l'entité semi-divine dont la raison d'être était de rayer purement et simplement son existence de ce plan de l'univers qui était à ses trousses. Si l'on devait donner une note sur vingt à cette semaine donc, c'aurait probablement été « bien mais pas top ».

Le regard de jade de la demoiselle ignora avec classe les clients miteux de cette taverne miteuse pour aller se poser directement sur le couple de tenanciers bedonnants derrière le comptoir crado. A tous les coups, le houblon de ce taudis ne valait guère mieux que de la pisse de chat frelatée. Toujours le même problème avec ces sudistes. Il n'y en avait pas un qui tienne la route par rapport aux vrais hommes de Zagash. Tout juste un ramassis de ces extrémistes de « modérés ». Mais après la semaine qu'elle venait de passer, Eléonore ne pouvait s'offrir le luxe de faire la fine bouche et tant que leur bière avait des bulles et lui permettait de se retourner convenablement le crâne pour oublier sa traque, un chouïa stressante il fallait l'admettre, elle s'en contenterait. La jeune femme s'assit sur un des tabourets au comptoir et commanda sa boisson d'un ton las, avant de déposer quelques pièces en échange. L'instant d'après, une odieuse et exubérante grimace vint subtilement déformer son délicat minois alors qu'elle trempait ses lèvres dans le breuvage qu'elle venait de payer une misère. C'était dégueu mais ça cognait. Parfait.

-Hey, tavernier ! Tu saurais pas où j'pourrais dégotter un bateau pour aller discrètos à Daënastre d'ici ?

Discrètement étant ici un mot à prendre avec des pincettes, vu comment Eléonore venait de beugler dans la taverne. Tous les clients l'avaient probablement entendue, mais elle s'en foutait pas mal. Le seul « type » que la blondinette ne voulait pas savoir au courant était ce foutu Régisseur. Et tant que personne ici ne savait qu'elle était une Anomalie, cela ne devrait pas se produire. Le tavernier, qui était en train d'essuyer une chope avec un torchon crasseux, arrêta son geste subitement pour se tourner, interloqué, vers l'insolente gamine qui venait de l'apostropher comme s'il avait neuf ans. Il cligna plusieurs fois des yeux mais ne daigna pas lui répondre. Après tout, c'était lui le patron et il ne se laisserait pas parler de la sorte par une petite effrontée. Cette absence de réaction mit à rude épreuve la patience déjà éprouvée par une semaine de voyage à cheval d'Eléonore, qui haussa encore un peu plus le ton après avoir vidé la moitié de sa pinte d'une traite.

-Eh, le sudiste. J't'ai posé une question.
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Mark von Heïnster
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Mer 18 Avr - 12:49
Irys : 89988
Profession : Gouverneur
Daënar +2 ~ Skingrad (homme)


Le patron ne prêtait guère d’attention aux insistances de la guerrière zagashie pour diverses raisons. S’il ne se sentait premièrement pas d’humeur à répondre aux requêtes très directes de l’intruse par fierté mal placée, comme celle-ci l’avait soupçonné, il y avait autre chose qui l’effarouchait. Aussi, entre deux silences et regards outré à sa femme, le tenancier essayait plus ou moins subtilement de faire comprendre à l’arrogante virago qu’aujourd’hui était jour d’exception. Les questions qu’elle posait en toute indiscrétion risquaient de lui attirer des ennuis. Et pour l’en convaincre, l’aubergiste reportait ses yeux vers la table des étrangers, qui était de moins en moins bruyante.

Car avant même que l’Anomalie n’ouvre sa jolie grande bouche, les officiers daënars avaient repéré son châssis. Il était après tout difficile, dans cet établissement peu achalandé voire carrément morne, parmi cette clientèle aussi parsemée que laide, de ne pas avoir l’œil attiré par l’entrée fracassante de la pouliche. Le prince, qui ne l’avait quant à lui pas remarquée faute de l’avoir vue, fut rapidement alerté par les regards de ses sabreurs-escorteurs. Ils s’étaient mis à étinceler dès son arrivée et la suivre de concert. Il se retourna pour apercevoir l’objet de leur intérêt et découvrit la fuyarde, ou du moins son dos. Cette partie-là suffisait à laisser une impression sympathique à sa mâle nature.

Il s’agissait d’un jeune corps souple dont la minceur nerveuse était mise en valeur par des habits serrés. Malgré quelque chose de fatigué qui sourdait d’elle et la salissure de ses guenilles, la femme avait une allure preste.

« Quel nez ! » remarqua d’abord le photographe.
« Quel cul ! » compléta le premier officier, plus prosaïque.
« Quelle épée… » conclut, plus professionnel, le second.
Le prince quant à lui n’ajouta rien. Guère observateur, il s’était focalisé sur la physionomie divine de l’arrivante avant que cette dernière remarque ne fasse bifurquer son attention. Et avant qu’il pût contribuer à leur conversation à sens unique, la jeune blonde commençait à gueuler à tue-tête qu’elle cherchait à passer à l’est. La requête, puis le coup d’œil qu’elle leur lâcha après avoir remarqué les mouvements d’yeux de l’aubergiste, achevèrent de refroidir les Daënars.

L’attentat de l’exposition universelle n’était en effet pas vieux vieux. Un mois plus tôt, un feu d’artifice aussi dantesque qu’infernal souffla mortellement la moitié d’une assemblée comble et plongea dans des cauchemars irréels les restes. Les frontières avaient, en conséquence, été fermées à double-tour et la sécurité quadruplé. La défiance et les pogroms avaient quant à eux octuplé. C’est donc dans une hostilité diffuse quoiqu’épaisse que les billes folles rencontrèrent les regards quelque peu crispé de la bande daënare. 





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Eléonore Steinfort
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Sam 21 Avr - 10:59
Irys : 455085
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2
Cet établissement n'avait décidément pas grand chose pour lui. En sus d'une décoration douteuse et d'une bière au goût exécrable, il semblait avoir été doté d'un tavernier muet. Ou sourd. Ou sourd-muet. Ou juste complètement crétin. Reposant sa chope à moitié pleine -ou à moitié vide, selon si l'on observait sa partie basse ou sa partie haute- d'un air exaspéré, Eléonore posa l'index et le majeur de sa main droite contre sa tempe, signe, si ce n'était celui d'une migraine naissante, d'une lassitude profonde. Il semblerait que la poisse avait décidé de l'accompagner pendant encore un moment. Dans son immense mansuétude, la demoiselle prit la décision magnanime de laisser au propriétaire de l'auberge une ultime chance. Si elle n'obtenait pas satisfaction -ou a minima une réponse intelligible- d'ici la fin de son verre, la Zagashienne irait dépenser ses Irys ailleurs. Alors qu'elle s'apprêtait à réitérer sa demander, en l'appuyant cette fois de gestes supposément explicatifs, insultants en réalité, cette dernière remarqua finalement l'air tendu et le regard fuyant du tenancier.

Suivant des yeux ledit regard, Eléonore constata non sans surprise qu'il était dirigé vers un groupe d'hommes attablés à quelques mètres de là, tous en armes ou presque. Son expression contrite se mua en une surprise amusée, tandis qu'un large sourire étirait le coin de ses lèvres. Tiens, tiens. Vu leur accoutrement, ces gars n'étaient pas My'trans. Non, ils avaient des tenues de soldats venant tout droit de l'endroit où elle voulait précisément se rendre. Voilà qui était intéressant. L'ex militaire remarqua que sa curiosité envers les daënares était réciproque, et s'en flatta fort injustement, la médiocrité moyenne du niveau de charisme des clients de l'auberge la plaçant bien évidemment dans une position d'intérêt largement supérieure sans qu'elle n'y soit véritablement pour autre chose que la chance d'avoir été affublée d'un physique agréable à l’œil. Cela étant, leur présence et l'intérêt -a priori purement pervers cependant- qu'ils lui portaient changeaient la donne.

Emportant (ce qu'il restait de) sa bière avec elle, l'anomalie s'approcha du quatuor en essayant avec peine de dissimuler sa toute nouvelle excitation. Son regard de jade croisa celui de l'un d'entre eux, le seul qui ne semblait pas se complaire dans un voyeurisme grossier. Etait-il le leader de ces lourdauds ? Eléonore posa sa chope devant une chaise vide de la tablée et tout en tirant celle-ci, entama les hostilités.

-Messieurs. Je vois que je ne suis pas la moins appropriée de ce...

Sa phrase resta en suspend, à l'instar de son geste, tandis que ses iris olives se posaient avec délectation sur l'objet que l'un des types portait autour du coup. Oubliant ses velléités de s'inviter impoliment pour donner le ton, la blonde posa ses mains sur la table et se pencha avec vigueur dans la direction du possesseur de l'objet qui avait occulté tout le reste à ses yeux. Son nez se mit à frémir d'excitation alors qu'elle dévorait du regard cette merveille de technologie. C'était la première fois qu'Eléonore rencontrait un daguerréotypiste et l'effet fut immédiat. C'était comme si le reste de son environnement avait disparu. Une lueur de cupidité malsaine au fond des yeux, son bras s'était inconsciemment levé pour se tendre avec une lenteur toute dramatique vers l'appareil.

-Qu'est-ce que c'est ?

Décidément, cette soirée venait de prendre à ses yeux une tournure bien plus agréable qu'elle ne l'aurait imaginé à l'origine.


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Mark von Heïnster
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Mar 24 Avr - 23:12
Irys : 89988
Profession : Gouverneur
Daënar +2 ~ Skingrad (homme)


L’intruse n’avait visiblement pas envie de limiter son sans-gênisme au comptoir et son tenancier. Non, l’intruse avait décidé, en plus d’emmerder la faune locale, de se faire envahissante du côté des quelques, et rares, touristes étrangers qui avaient franchi la porte de cet établissement déjà peu confort. Remarquant, bien tard, les regards daënars qui la déshabillaient pour certains, l’inspectaient plus professionnellement pour d’autres, elle fit fi, si tant est qu’elle le vît, de la crispation que sa présence semblait produire chez ces gens-là, et en trois enjambées fut sur eux. Sans autre forme de procès, voilà la belle Zagashie qui s’affale sur un siège vide, s’interposant entre Mark von Heïnster et son photographe, lequel, surpris de voir cette inconnue ainsi mettre les pieds dans le plat et sous la table, ne put empêcher un petit bon de recul.

C’est-à-dire que tout le monde était choqué, du moins surpris, par cette soudaine incrustation. Les deux officiers qui lui faisaient face ouvraient de grands yeux ronds quand le daguerréotypiste, lui, achevait de prendre deux pas de distance du tabouret où s’était engoncée la jeune sauvage. Mark pour son cas était partagé entre la curiosité et la crainte de faire quelque chose de peu diplomatique, et luttait donc entre l’envie de se rapprocher de la jolie fille et celle d’imiter son photographe. Bien que peu observateur, il put renifler le relent de mauvaise bière qui sortait de la bouche de la guerrière ainsi que de sa chopine, ce qui lui laissait penser que celle-là n’était vraiment pas du pays pour commander, dans la ville des vignes pamprées et des libations effrénées, du jus de houblon certainement inférieur.

Son regard alternait donc de ses deux gardes du corps à la blonde sans façon. Il était en train d’interroger d’une œillade le second officier quand il lut que celui-ci s’étonnait plus encore qu’avant de quelque chose. Et comme il portait ses yeux vers la blonde, le prince reporta derechef sa paire à lui vers l’intruse, qui, avec quelque chose d’hypnotisé, tendait lentement les bras jusqu’au daguerréotype de son voisin. La fille, sans même lever les yeux de l’objet de tous ses désirs, demanda à ce dernier ce qu’était cet instrument. Celui-là, qui n’avait jamais rencontré d’aussi près un My’Trän, enveloppa son appareil comme une mère apeurée son bébé, incapable de rien dire à son sujet et envoyant partout autour des regards effarés.

Le prince quant à lui, sûrement excité par le ralenti tout dramatique du mouvement d’accaparement de la malvenue, ne demanda aucun conseil aux officiers, pourtant plus habitués à la population locale que lui, et, par instinct, donna une légère gifle de remontrance à la curieuse effrontée sur le bras qui s’allongeait. « Bas les pattes ! » s’écria-t-il et, quand il eut l’attention de la sauvage, se drapa dans une gravité tout feintée. « Fais attention, malheureuse, car avec cet engin, l’homme que tu vois ici pourrait s’en servir pour ravir ton âme ! » gourmanda le très digne, très péremptoire gouverneur qui, mu par une envie de jouer une farce à l’ingénue, se gaussait déjà sous cape.



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Eléonore Steinfort
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Dim 6 Mai - 16:16
Irys : 455085
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2
La séparation physique entre la table à laquelle elle venait de s'inviter et les autres s'était muée en un schisme au sein même de l'esprit d'Eléonore. Cette dernière n'avait plus d'yeux que pour les quatre Daënares, et tout particulièrement l'homme à l'objet si particulier suspendu autour de son cou. Elle était devenue totalement imperméable à tout le reste de l'audience, comme hypnotisée. Le frisson d'excitation qui lui parcourut l'échine et la sensation de malaise qui commençait à naître dans son corps ne pouvaient signifier qu'une chose : elle était bien en présence d'un artefact de la conception de leurs cousins honnis. C'est là que ses penchants que d'aucuns qualifieraient de masochistes, et d'autres de carrément hérétiques entrèrent dans la danse.

L'homme en possession dudit artefact sembla vouloir protéger ce dernier des griffes de la blondinette en mettant ses mains en opposition. Celle-ci s'apprêtait à le lui arracher sans une once d'hésitation, mais elle fut interrompue par l'intervention inattendue du quatrième laron -celui qui était resté discret jusqu'à présent. Il lui administra une tape autoritaire sur le poignet, l'empêchant ainsi d'atteindre l'objet de tous ses désirs. Le bras en suspend, Eléonore s'immobilisa pendant une fraction de seconde. Fraction de seconde durant laquelle le temps sembla se suspendre lui aussi. Ses yeux de jade se détournèrent finalement du daguerréotype pour venir se braquer avec férocité sur le malheureux.

La jeune femme était sur le point de le punir pour son impudence lorsque celui-ci eut la présence d'esprit -et la bonne inspiration- de lui donner la raison de son geste, tout en essayant de l'embobiner en prêtant à l'appareil des pouvoirs quasi mystiques. Probablement au courant des origines my'tranes d'Eléonore, il ne cherchait sans doute pas à l'impressionner. « Ravir l'âme » des gens n'était pas si improbable dans une culture bercée par la magie et les ensorcellements. Non, le prince avait plutôt perçu son intérêt -assez peu discret, j'en conviens- et cherchait à attiser sa curiosité. Et peut-être à l'effrayer un peu, aussi. La peur cependant ne traversa même pas l'esprit de notre blondinette. Celle-ci ne semblait désormais être plus animée que par une curiosité maladive. Son regard olive avait pris une teinte presque inquiétante, la flamme douce de la folie brûlant en son fond.

-Ravir mon âme, rien que ça ? Dis-moi en plus.

Eléonore décala légèrement sa chaise pour faire face au type qui venait de prendre la parole. Le menton enfoncé dans sa main, elle s'appuyait à présent sur un coude qu'elle avait posé sur la table dans son habituelle impolitesse. La Zagashienne affichait toujours un grand sourire provocateur et semblait attendre avec impatience la réponse du soldat. Au fond se ses pupilles on pouvait lire comme une sorte de message, un avertissement disant clairement « si tu me bullshit, je te les coupe », tandis que les narines de son nez aquilin s'était mise à frétiller d'excitation.


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