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Chroniques d'Irydaë
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Si malgré cela, des doutes subsistent, n'hésitez pas à adresser vos questions aux Administrateurs.

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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Zolios
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 Quand l'eau rencontre la terre et le feu

Lycinia Aurès
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Ven 19 Jan - 19:39
Irys : 261810
Profession : Forgeronne itinérante
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar
A l'ouest de Zolios, en contre-bas d'une colline escarpée, entourée d'herbes sauvages et d'arbres éparses, était une construction à deux étages qui semblait faire partie du relief. Creusée dans la roche, ses murs présentaient les strates colorées d'usage dans la région. Aucune fumée ne s'échappait de cette habitation troglodytique, les fenêtres et la porte étaient autant d'ouvertures béantes sur l'intérieur dénué de présence qui laissaient la lumière de l'astre solaire pénétrer les lieux sans aucun mal, baignant l'endroit d'une douce clarté.

Tout visiteur aurait pu déterminer qu'il se trouvait dans une forge en dépit de l'absence du maître des lieux car il y avait des signes qui ne trompaient pas. Prenez par exemple, sur la gauche, ce foyer en pierre, trop gros pour n'être destiné qu'à chauffer l'habitation-caverne. Tout à côté, ces lingots de minerais différents qui trônaient en pyramide sur une table d'artisanat. Ou bien encore cette quantité astronomique d'armes et armures qui jonchaient d'autres tables en pierre, emplissaient des amphores et débordaient des caisses. Pourtant, de forgeron il n'y avait point. Une fine couche de poussière rouge était même présente sur l’entièreté du mobilier en pierre, le sol et les équipements n'étant pas non plus épargnés. Seul tranchait avec le reste de la pièce un bac en pierre qui accueillait de l'eau cristalline en bonne quantité. Mais où était donc passé le forgeron ?


***

Le forgeron ou du moins la forgeronne était en fait à quelques dizaines de mètres en dessous de son atelier. Elle avait creusé à travers les couches de la colline afin de se retrouver en son centre et de là était partie vers le bas. Elle était maintenant assise en tailleur à même la roche, concentrée à étendre sa volonté, aussi loin qu'elle le pouvait. Sentant la terre autour d'elle, les minéraux qui la parcouraient, la vie qui y foisonnait. Entourée de roches et de terre de la sorte, elle était dans son élément, au plus proche de Delkhii. Quant à la chaleur étouffante qui régnait ici-bas, ce n'était pas sans lui rappeler Süns.

Lycinia entreprit d'étirer son dos sans quitter sa position. La flamme qu'elle avait entre les mains vacilla un peu sous ce mouvement d'air, jetant des ombres dansantes sur les murs de roche exiguë et sur son faciès humecté. Des gouttes de sueurs perlaient d'à peu près tous les endroits de son corps, causant ses cheveux et ses vêtements de lui coller à la peau. Ce n'était pas le plus agréable, mais elle y était habituée. Cette routine lui était nécessaire afin d'analyser en profondeur les sols et décider s'il serait intéressant de miner ici. Cela lui permettait également de se recentrer sur sa foi.

Mais, elle s'y sentait tellement bien qu'elle ne savait plus combien de temps s'était écoulé depuis qu'elle avait commencé sa méditation. Quelques heures ? Un jour ? Deux jours ? Il était peut-être temps de remonter, les besoins de son corps se faisant ressentir.

La jeune femme se releva dans un craquement de jointures. La flamme toujours dans une de ses mains, telle une torche. Elle avisa la lumière d'une autre flamme qui brillait une dizaine de mètres plus haut et prit son élan. Grâce à sa force inhabituelle et quelques combustions bien placées, remonter ne fut pas une dure affaire. Certes, il aurait été plus facile de se faire une plate-forme de sable pour atteindre son objectif, mais, cette méthode-ci avait pour mérite de dégourdir des muscles trop longtemps ankylosés. Arrivée en haut, elle s'étira plus longuement dans un soupire reconnaissant, puis entama les courtes minutes de marches qui la ramèneraient dans son atelier.

La flamme qu'elle avait en main peinait à éclairer l'obscurité épaisse du  tunnel, mais c'était elle qui l'avait creusé et il n'y avait qu'un seul chemin, aucun risque de se perdre donc. Pourtant, à la fin de la galerie, ce fut un mur de pierre qui l'accueillit. Ce n'était pas une erreur. Le mur était signe qu'elle avait atteint la forge.

Sa main se posa sur la pan de mur strié et des fissures apparurent petit à petit, partant du centre de sa main au quatre coin de l'obstacle. Un instant plus tard, au prix d'un petit effort, le mur s'effondra comme s'il ne fut qu'un château de cartes. Lycinia aveuglée par la lumière jaillissante se protégea les yeux un instant à l'aide de son coude, le temps de les laisser se réhabituer progressivement. En dépit de sa cécité temporaire, elle remarqua que quelque chose ne tournait pas rond. Ses yeux verts se plissèrent afin de discerner des formes dans ce kaléidoscope lumineux. Contre toute attente, une silhouette se tenait devant elle. Étant pacifiste, la seule réaction qui lui vint fut de s'adresser à cette forme :
    « Qui êtes vous ? »

Demandant cela, elle avait passé l'ouverture qu'elle venait de créer et s'était redressée de son mètre quatre-vingt. Sa vision était toujours trouble, mais elle se tenait tout de même prête à se défendre à l'aide de sa magie si l'inconnu était belliqueux.


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Eléonore Steinfort
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Sam 20 Jan - 11:35
Irys : 406589
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2

Eléonore arqua amplement le sourcil droit lorsque, se soustrayant à l'obstruction d'une colline quand elle arriva au sommet de cette dernière, une bâtisse fit son apparition. C'était une mimique de laquelle la jeune femme à la chevelure d'or était coutumière, son visage faussement lisse et doux étant son principal vecteur d'expression. Quand ce n'était pas l'un de ses sourcils qui formait un arc de cercle ou sa bouche qui se fendait en une risette moqueuse et condescendante, c'était carrément ses narines qui frétillaient d'excitation. A cet instant précis cependant, ce fut le tour d'une expression d'incompréhension de prendre possession de son minois. Qu'est-ce que cette baraque pouvait bien faire ici, au milieu de nulle part ? L'ancienne militaire s'arrête un instant en haut de sa butte pour observer les environs. Aucun signe de vie à côté, aucune fumée ne s'échappant de son toit, il y avait toutes les chances du monde que cette bicoque ait été abandonnée il y avait de cela des années. Haussant les épaules en signe d'indifférence, Eléonore se mit à descendre en sa direction. Elle ne perdrait rien à aller jeter un œil.

Depuis combien de temps maintenant avait-elle quitté Shüren dans la précipitation ? Une semaine, deux, un mois ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Sa notion du temps -et l'attention qu'elle lui portait, semblait s'être étonnamment dégradée, en échange de quoi la Zagashienne avait obtenu ce « lien », cette connexion avec l'entité divine à ses trousses. A tout instant, elle était en mesure de donner avec plus ou moins de précision la position du Régisseur qui voulait sa peau. C'était pratique, mais, on ne va pas se mentir, un peu stressant aussi. Les arrêts d'Eléonore se faisaient de plus en plus rares et de plus en plus courts, si bien que cette dernière passait le plus clair de son temps sur les routes. Tantôt à cheval, tantôt à pieds, se dirigeant sans trop savoir vers où, avec pour seul but de mettre de la distance entre elle et le Régisseur. Alors elle avait bien mérité une petite pause dans cette maisonnette à deux étages qui semblait avoir poussé spontanément sur son chemin. Une faveur de Dalai ? Ce n'était pas impossible.

Au bout de quelques minutes, la blondinette arriva à l'entrée du bâtiment, bien évidemment ouverte. Son visage se fendit d'un large sourire alors qu'elle découvrait son intérieur. Définitivement, c'était son Architecte qui lui avait envoyé cet abris pour qu'elle y passe la nuit. Comment expliquer autrement qu'elle se soit retrouvée dans une forge abandonnée ? Des armes gisaient dans tous les coins de la grande pièce et un immense bac d'un liquide transparent comme euh... bah de l'eau de source trônait là. La guerre et l'eau. Les symboles de Zagash, et en particulier les seules véritables croyances d'Eléonore. Le message était clair, les signes étaient là. La jeune femme plongea ses deux mains jointes dans le bac et en extirpa un peu d'eau qu'elle porta à ses lèvres, buvant avec plaisir ce cadeau des Architectes. L'adepte de Dalai n'imagina pas un seul instant que ce présent aurait pu ne pas être potable. Cette dernière s'apprêtait à reproduire son geste lorsqu'un vacarme assourdissant survint au bout de la pièce et que le mur se mette subitement à... se casser la gueule. Du trou qui en découla s'extirpa une forme humaine.

Le sourire béat d'Eléonore disparut instantanément pour laisser place à une expression d'extrême contrariété, le bout de ses narines se mettant aussitôt à frétiller. De quel droit cette grande perche débarquait, la gueule enfarinée, dans son sanctuaire ? En pétant le mur, de surcroît. La jeune femme replongea l'eau qu'elle venait de prendre dans le bac et posa la main gauche sur la garde de son épée. Tu parles d'une déception. Et voilà qu'elle l'apostrophait, avec sa tronche d'aveugle. La Zagashienne retrouva finalement un petit sourire, plus féroce cette fois-ci.

-Par Dalai, je te retourne la question...

Elle allait peut-être devoir mériter son repos avant de pouvoir en profiter...


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Lycinia Aurès
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Dim 21 Jan - 15:43
Irys : 261810
Profession : Forgeronne itinérante
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar
A mesure que le flou artistique s'évanouissait, les formes de la silhouette se faisaient plus nettes, plus cohérentes. Des couleurs par-ci, des traits par là, des jambes, des bras, une tête, puis tous les détails lui apparurent. Oui, c'était bien une personne qui avait pénétré dans son atelier. Une femme pour être plus précis, cheveux blonds, petite stature, physique attrayant... Très attrayant, et un visage qui n'était pas en reste.

La beauté de la personne en face d'elle n'échappa pas à Lycinia, ni sa main posée sur la garde de l'épée ceignant sa taille d'ailleurs, ou encore ces yeux verts profonds qui la toisaient fixement. Ce sourire en coin qu'elle affichait finit de la dissuader de toute contemplation à laquelle elle se serait certainement adonnée dans une autre situation.

La visiteuse esquiva sa question par une autre question, invoquant le nom de Dalai au passage. Cette femme était donc une disciple de l'Architecte des eaux. Si Lycinia n'avait rien contre cette Architecte qu'elle aurait plutôt tendance à respecter (qui était-elle pour juger une Architecte ?), elle considérait ses disciples comme des My'träns de la pire espèce. Le genre de personne qui clamait vouloir une My'trä unie, mais attaquait ses voisins à la première occasion. Son clan avait déjà eu l'occasion de croiser le fer avec des Zagashiens en quête d'agrandissement du territoire nationale au sein des Tsagaan Oi. Or, un Kharaalien sur son territoire était un Kharaalien fort. D'autant plus lorsque le feu de Süns brûlait dans leurs cœurs. Leurs attaques bien que violentes furent donc repoussées à chaque fois. Non sans pertes.

Lycinia mit de côté tout ce qu'elle pensait de la communauté de sa visiteuse. Elle n'était pas du genre à mettre tout le monde dans le même panier ou à utiliser la violence comme premier moyen de communication. Elle traiterait donc cette disciple de l'eau comme n'importe qui d'autre. Du moins avec un brin de vigilance en plus.

Ce fut l'expression impassible que la forgeronne lui dit :
    « Dalai ? Ce n'est pas un nom qu'on entend souvent prononcé par ici. »

Disant cela, elle avisa à l'autre bout de la pièce le bac d'eau devant lequel l'inconnue était placée. Comme elle convoitait une bonne toilette rafraîchissante ! Si ce n'était pour cette personne, elle serait déjà entrain de se raviver à cette source et à se changer dans une meilleure tenue que celle-ci qui lui collait à la peau. Pourtant, elle devrait prendre son mal en patience. Qui se risquerait à s'approcher d'une source d'eau en présence d'un Zagashien dont les intentions étaient inconnues ?

Sans jamais tourner le dos à la blondinette et l'esprit toujours alerte, elle s'éloigna d'elle un peu plus pour se diriger vers une étagère en gré d'où elle tira une ficelle. Avec celle-ci elle attacha ses cheveux en arrière dans une queue de cheval. Au moins, ils ne lui colleraient plus au visage.

D'aucun dirait qu'elle était complètement folle d'agir de la sorte en face d'une Zagashienne. Pour la jeune femme, une telle attitude était naturelle. Après tout, elle était ici chez elle. Ce n'était donc pas à elle d'être inquiète. Les murs et sol de son abri était autant d'armes et boucliers à sa disposition si le besoin se faisait ressentir. Et puis, avec l'écart qu'il y avait entre elles, Lycinia ne se ferait pas surprendre par un de ses mouvements. Si les fidèles de Dalai étaient violents et impulsifs, ceux de Delkhii étaient calmes et réfléchis. Et la forgeronne n'était pas une exception parmi les fidèles du golem. Raison pour laquelle, elle affichait un si grand calme.

Après quelques secondes, elle répondit à sa question, sans sourire certes, mais sans malveillance non plus. La fixant simplement avec expression impassible :
    « Je suis Lycinia du clan Aurès, forgeronne de profession. Vous êtes ici dans mon atelier. »

Elle ne cacha pas le nom de son clan qui aurait pu la relier directement à Delkhii parce qu'il y avait peu de chances qu'une Zagashienne connaisse ce nom et puis, c'était sûrement déjà trop tard pour cacher ce fait. Son apparence physique était assez typique d'une des ethnies Kharaaliennes, que ce soit sa peau ocre ou sa taille. Ces caractéristiques n'étaient certes pas exclusives à l'endroit d'où elle venait, mais coupler à ça le fait qu'elle était arrivée en défonçant un mur sans le moindre outils et il ne restait plus grand chose à deviner.

Elle continua, fixant toujours l'inconnue de son regard vert cristallin :
    « Serait-ce un besoin des services d'un forgeron qui vous aurait amené ici ? Ou simplement l'envie de vous reposer ? »

Comment la Zagashienne répondrait serait déterminant de l'attitude que prendrait la forgeronne envers elle.


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Dernière édition par Lycinia Aurès le Mar 23 Jan - 11:26, édité 1 fois
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Eléonore Steinfort
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Lun 22 Jan - 12:33
Irys : 406589
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2
Tous les sens aux aguets, Eléonore attendit plus ou moins patiemment que l'intruse qui venait de faire irruption ne réponde à sa question. La jeune Zagashienne avait imperceptiblement modifié sa position pour en adopter une plus propice au combat, une posture parmi toutes celles qu'elle avait apprises à l'académie militaire de Shüren. Elle ne tarda pas à obtenir sa réponse, son interlocutrice s'étonnant -à raison- de voir une disciple de Dalai aussi loin des terres d'adoration de la divinité aquatique. A l'écoute du nom de son Architecte, Eléonore fronça les narines comme si elle jugeait que Lycinia l'avait écorché. On dit souvent que la première impression est toujours celle sur laquelle on reste et, manque de bol pour l'adepte de Delkhii, dans le cas présent celle-ci était catastrophique ; notre blondinette était venue chercher dans cette bâtisse un peu de tranquillité et de communion avec la raie divine, et voilà qu'une mal-croyante venait lui traîner dans les pattes. Le sang chaud de Zagash combiné à l'insanité de l'anomalie parlaient une fois de plus, et elle était à deux doigts de se jeter sur cette indésirable rencontre sans plus de sommation. De la réaction de Lycinia dépendait la tournure des événements.

Cette dernière, à l'inverse, restait d'une impassibilité à toute épreuve. Elle entreprit tranquillement de s'attacher les cheveux avec une ficelle, prenant tout le temps qu'elle avait à sa disposition pour décliner son identité, augmentant un peu à chaque seconde la tension qui régnait dans la pièce. Eléonore profita de cet instant pour examiner sa rencontre fortuite du jour. Elle la dépassait pratiquement d'une tête et avait une carrure bien plus imposante que la sienne, même si cela n'était clairement pas suffisant pour intimider notre ex militaire (existait-il seulement quelque chose pour l'intimider ?). Une longue chevelure d'un blanc de nacre assez peu naturel encadrait un visage d'une neutralité perturbante au milieu duquel trônaient deux yeux dont la teinte émeraude n'était pas sans rappeler la couleur de ses propres iris. La jeune femme avait la peau sombre, ce qui couplé à sa carrure imposante laissait présager des origines orientales, ces caractéristiques physiques étant typiques des natifs de Kharaal Gazar.

Lorsque finalement, Lycinia daigna répondre à sa question, Eléonore ne put se résoudre à détourner son attention d'une partie spécifique de sa phrase. « Vous êtes ici dans mon atelier ». Non. Définitivement pas. Elles étaient dans son sanctuaire. Son présent de la part de Dalai. Et ce que dirait cette grande perche à l'air condescendant n'y changerait rien. L'espace d'un instant, pendant une fraction de seconde tout au plus, la surface de l'eau dans le bac juste à côté de la Zagashienne se mit à onduler. A peine quelques minuscules vaguelettes, venant perturber le calme plat qu'elle arborait jusqu'à présent. Largement suffisant cependant pour comprendre que la blonde platine n'était pas loin de perdre son calme. Celle-ci parvint cependant à conserver un semblant de contrôle même si dans un discret chuintement métallique le pouce de sa main droite, qu'elle avait entre temps posée sur le fourreau de sa lame, amorça le dégainer de cette dernière en poussant la garde de quelques centimètres. Le sourire de la jeune femme prit une teinte amer.

-Je crois qu'on va pas être potes, toi et moi. Ouais, j'suis venue pour chercher du repos. Seule.

Le tutoiement continuait à fuser. Eléonore avait perdu toute forme de protocole social lors de sa transformation en anomalie, tout comme elle avait en contrepartie obtenu une sorte de névrose. Et l'ennui avec la névrose, c'est que parfois ça altère le jugement. La jeune femme aux yeux olives s'était mis dans le crâne qu'elle était ici chez elle, et Lycinia allait devoir travailler d'arrache-pied si elle voulait essayer de lui ôter cette idée de la tête, et elle ne s'en sortirait pas simplement en clamant qu'elle était la maîtresse des lieux.

-J'ai déjà ma petite idée sur la question mais dis moi, quel Architecte vénères-tu pour m'empêcher ainsi de profiter du présent que m'a fait la mienne ?


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Lycinia Aurès
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Lun 22 Jan - 22:09
Irys : 261810
Profession : Forgeronne itinérante
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar
L'expressivité de la fidèle de Dalai contrastait avec la placidité de l'expression de l'adepte de Delkhii. A mesure que les secondes s'égrenaient, Lycinia sentait la tension monter chez la blonde et ses traits se changer en quelque chose de plus féroce, tel un animal sauvage prêt à défendre son territoire. Oui, « animal », était le qualificatif adapté car la forgeronne peinait à trouver une lueur de raison dans son regard. Même là, elle sentait que c'était faire peu de cas de beaucoup d'animaux. Elle se questionna sur l'utilité de parlementer avec elle et se conforta dans l'idée que si ça avait été véritablement inutile, cette femme se serait déjà jetée sur elle. Non qu'un possible affrontement lui faisait peur. Lycinia n'était certainement pas la plus pacifique des suiveurs du golem, mais voilà, elle était devant un dilemme. Il n'y avait pas de doute, quoique l'inconnue pouvait penser, elles étaient dans SON atelier. Ici étaient entreposées beaucoup de ses créations qu'elle comptait bien revendre dans des villes de Zolios. Sans compter tous les matériaux qui valaient bien leur pesant d'Irys, à eux tous seuls, et pour finir, cette colline était une véritable mine d'or. Au sens propre du terme. C'était ce qu'elle avait déterminé lors de sa méditation. Alors non, même si, la blondinette souhaitait se reposer « seule »  (de ses mots), Lycinia ne bougerait pas, à moins de la dédommager gracieusement. A noter que le tout valait bien une centaine de milliers d'Irys. Face à ce constat, plusieurs dénouements étaient possibles : la mage de l'eau pouvait décider de partir de son propre accord. Elle pouvait aussi accepter de se reposer ici, Lycinia n'y voyait pas d'inconvénient, mais elle ne serait pas « seule ». Ou alors, elle décidait de s'obstiner et c'est là que les choses se compliquaient car elles devenaient un peu plus violentes.

Un léger soupire exaspéré passa la barrière des lèvres de la forgeronne. Elle avait bien remarqué le son qu'avait émit l'arme de l'inconnue. Signe qu'il avait été légèrement sortie de son fourreau. Non décidément, elles n'allaient pas être « potes ». Surtout si elle continuait à la menacer de la sorte. Un fait qu'il fallait savoir sur la forgeronne c'était qu'elle avait beau être une fidèle d'un Architecte dont la paisibilité était notoire, lui permettant de garder la tête froide dans beaucoup de situations, son esprit, lui était le pur produit du feu Zolossien, cadeau de l'autre Architecte en qui elle avait placé sa foi. La somme des deux faisait d'elle un volcan la majeure partie du temps endormie, mais dont le réveil pouvait avoir bien des conséquences dommageables. Pour ne parler qu'à demi-mot.

Pour couronner le tout, son corps avait besoin des nutriments qu'elle lui avait longuement refusé. Pendant que la jeune femme qui n'avait pas bougé d'un iota lui demandait quel Architecte elle « vénérait », Lycinia détermina, sans bouger la tête, la position de son arme de prédilection, un bâton de métal. Il était là, à l'autre bout de la pièce, reposant contre la table d'Artisanat. Donc plus proche de l'autre mage que d'elle. Ce n'était pas un soucis pour la forgeronne, tant qu'il n'était pas trop loin.

Tout de même, revenant à l'interrogation de la mage de l'eau, elle pensa que c'était beaucoup de questions pour une personne qui n'avait toujours pas décliné son identité. Et puis, il y avait étrangement, une quantité non-négligeable de choses qui n'allaient pas dans sa phrase.  Premièrement, Lycinia ne vénérait pas les Architectes. Pour les siens, elle leur vouait un profond amour, proche de celui que l'on donnait à ses parents et pour les autres, elle les respectait simplement. A aucun moment elle ne les craignait, sentiment qu'impliquait la notion de « vénération ». Deuxièmement... De quel présent parlait-elle ? Cet endroit avait été construit entièrement grâce à la magie de Delkhii. Il était étrange qu'elle ne vît ne serait-ce qu'une petite touche de la divine action de Dalai. L'eau présente dans le bac mise à part. Ça devait être cette manie qu'avait les Zagashiens de se comporter en maître des choses qui ne leur appartenaient pas qui parlait. Lycinia se décida tout de même à lui répondre :
    « Je respecte tous les Architectes de ce monde. Mais j'ai placé ma foi en Süns et en Delkhii de manière égale. Et tout ce que vous voyez ici est le fruit du don qu'ils m'ont octroyé. »

Dans la même tranquillité qu'auparavant, elle brisa le statu quo dans lequel elles se trouvaient pour maintenant se saisir d'un emballage de tissu qui contenait des morceaux de viandes séchés. Ces gestes à l'air anodins étaient en fait parfaitement calculés. Cette nourriture ne contenait pas une once d'eau. Pas de risque qu'elle se fasse lacérer la gorge si l'envie prenait d'un coup à l'autre inconnue. Et ses sens étaient toujours en alerte, bien qu'elle ne la regardait plus, un mur était prêt à se dresser en cas de toute attaque inopinée. Elle en mâchonna un et l'avala avec délice. La situation était tendue, mais par tous les Architectes, qu'elle avait faim ! Histoire tout de même de ne pas trop envenimer la situation, elle s'excusa, osant enfin un sourire aimable :
    « Pardonnez mon manque de politesse. Je n'ai pas mangé depuis un bon moment. »

Et maintenant, elle avait soif. Tant pis. Elle continua :
    « Par contre, si vous pensez qu'en effet votre Architecte a mis cet endroit sur votre chemin, qui suis-je pour dire le contraire ? Les voies des Architectes sont impénétrables comme on dit souvent. Aussi, suis-je ouverte à ce que vous vous y reposiez autant que vous le voudrez, mais j'ai bien peur de ne pas pouvoir quitter cet endroit. J'y ai beaucoup à faire. »


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Eléonore Steinfort
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Mer 24 Jan - 12:44
Irys : 406589
Profession : Fugitive - Névrosée
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La réponse de Lycinia ne fit que corroborer ses doutes. Avec un calme et un pacifisme pareils, elle ne pouvait qu'être une adepte de ce mollasson de Delkhi. Eléonore n'avait en revanche pas deviné son affiliation à l'Architecte du feu mais elle n'en fut pour autant pas surprise. Les épaules de l'anomalie s'affaissèrent légèrement alors qu'elle relâchait une partie de la pression qu'elle avait accumulée depuis le début de cette entrevue. Avec de telles croyances, on comprenait mieux pourquoi la jeune femme au teint halé préférait fabriquer des armes que de s'en servir. Pas étonnant qu'elle ait cherché à tempérer les ardeurs de la Zagashienne plutôt que de rentrer dans son jeu, ce qui aurait invariablement mené à un affrontement direct pouvant se terminer dans le sang.

Sans qu'elle ne sache trop pourquoi, l'envie de combattre d'Eléonore disparut presque instantanément. Un petit rire mesquin s'échappa brièvement de sa bouche tandis qu'elle fermait les yeux et haussait les sourcils tout en hochant négativement la tête, d'un air de dire « c'te blague quoi... ». C'était presque grotesque. Si son architecte lui faisait une farce, ce n'était pas franchement de très bon goût. Alors quoi, Dalai et Delkhii passaient leur temps à se chamailler, donc elle allait devoir tailler en pièces une de ses adeptes ? Non. C'était trop gros. Ne vous méprenez pas. Le culte du golem de Lycinia ne faisait qu'exacerber l'aversion que notre anomalie avait pour elle. C'était exactement à cause de ce genre de personnes que Daënastre avait encore le droit d'exister aujourd'hui. Mais sérieusement, Eléonore se querelle pour savoir quel Architecte doit être remercié pour cette bâtisse et elle tombait sur une Kharaalienne ? Un peu d'imagination que diable. Même la mythologie n'était pas aussi cliché.

-Dans ce cas...

C'est sur ce raisonnement totalement absurde que la blondinette mit fin à toute velléité d'affrontement et rangea avec le même bruit métallique caractéristique qu'un peu plus tôt son arme dans le fourreau à sa ceinture. Ceinture qu'elle entreprit ensuite... d'enlever. Une fois la boucle défaite, elle la posa au sol, juste à côté de la cuve remplie d'eau puis, avec des gestes nonchalants, presque négligés, retira un à un ses vêtements jusqu'à se retrouver en sous-vêtements, révélant ainsi un certain nombre de cicatrices, cadeaux de son passage dans l'armée. Chacun d'entre eux subissait le même sort, si bien qu'un petit tas d'habits apparut rapidement à ses pieds. Une fois pratiquement nue, Eléonore qui ne semblait pas être gênée le moins du monde par la pudeur se glissa dans le bain, d'abord avec précaution puis plus franchement dans un soupir de plaisir. Ce faisant, elle gardait tout de même un œil attentif à sur la Kharaalienne, qui se tapait un en-cas dans son coin.

Un petit sourire de satisfaction s'empara du visage de l'anomalie. Les Architectes voulait un conflit ? Très bien. Elle allait le leur donner. Mais il ne se ferait pas à coups d'épée. Voir une inconnue squatter sa baignoire sans demander la permission devait être une épreuve particulièrement agaçante, d'autant plus lorsque l'inconnue en question venait de débouler et de la menacer. Non, ce serait une guerre de nerfs. On allait voir si la patience des adeptes de Delkhii était à la hauteur de sa réputation. Les deux coudes sur le bord de la cuve, un sourire volontairement grossier aux lèvres, Eléonore reprit.

-Je t'en prie, mange donc ce que tu veux. Fais comme chez toi...


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Lycinia Aurès
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Ven 26 Jan - 18:03
Irys : 261810
Profession : Forgeronne itinérante
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar
Décidément, la Zagashienne ne savait pas sur quel pied danser. Un moment elle menaçait la forgeronne et l'instant d'après elle laissait tomber toute attitude hostile pour se dévêtir. Lycinia l'avait soit dit en passant regardé faire du coin de l’œil, sentant un autre appétit monter au fur et à mesure que la pile de vêtements s'agrandissait. Si son invitée n'avait pas de pudeur, elle n'avait aucune raison de s'en embarrasser de son côté. Son regard cristallin avait donc lentement parcouru de bas en haut chaque courbe de son corps, s'arrêtant sur tous les détails qui lui plaisaient.  Elle imaginait déjà ses mains faire le même chemin que ses yeux, mais la Zagashienne n'aurait très certainement pas apprécié son geste, à raison. Ainsi, quand elle eut fini son en-cas, aucune trace de sa pensée lubrique n'était visible sur ses traits. Simplement un sourire aimable et un ton tout aussi affable pour s'excuser de son manque de politesse total quant à sa collation impromptue. Elle avait continué en invitant la jeune femme à rester sous son toit aussi longtemps qu'elle le souhaiterait. Cependant, là ou d'autres se seraient épanchés en remerciements, son invitée n'en donna aucune suite. Lycinia s'imaginait bien que dans la tête de cette femme, leur situation était inversée. C'était la présence de la forgeronne qui était tolérée dans cet endroit et pas le contraire.

Comme pour conforter sa pensée, la blondinette, non sans un soupire d'extase, s'était glissée dans le bac d'eau, comme s'il eut été un bain. Cette suite d'événement quoique logique (pour quelle autre raison se serait-elle dévêtue?) fut contrariante pour la Kharaalienne. Ce bac contenait en fait sa réserve d'eau potable. Réserve qui venait tout juste d'être anéantie par l'adepte de l'eau. Celle-ci toutes dents dehors, attitude ostensiblement décontractée, l'invita même à faire comme chez elle. Un défi. Cette blondinette lui lançait clairement un défi. Combien d'affronts vas-tu encore laisser passer ? Semblait-elle lui dire de son sourire. Bien sûr la Zagashienne ne devait attendre que ça, qu'une confrontation ouverte éclate entre elles. Qu'il en soit ainsi. Lycinia était joueuse aussi accepta-t-elle son défi. Sauf que, dans la pensée de la forgeronne, ça serait à un tout autre jeu qu'elle jouerait et elle s'imaginait déjà entrain de raconter à son frère comment elle avait conquis une adepte de l'eau. Elle n'était désormais plus guidée par ses racines Kharaaliennes, mais par son côté Zolosien.

Contre toute attente, Lycinia tourna le dos à celle qui prenait son bain et tira de son sac de voyage, posé à côté de l'étagère, une gourde en métal. Se saisissant ensuite d'une tasse sans anse en terre cuite, elle y versa le liquide vert pâle que contenait la gourde. Du Rah'kah. Boisson venant tout droit des Tsagaan Oi. Un alcool fort pour palier à la rudesse du climat montagnard. Lycinia affectionnait particulièrement l'état dans lequel la plongeait cette boisson. Une clarté d'esprit et un bien-être générale. Puisqu'il fallait maintenant rationner la seule eau qui restait dans sa gourde, autant boire du Rah'kah pour épancher sa soif.

Deux piliers jaillirent du sol. Un plus grand que l'autre. Elle s'installa sur le plus petit, tasse dans sa main droite tandis qu'elle s'accoudait sur le plus grand pilier. Dans cette position, elle faisait directement face à la blondinette qui prenait encore son bain. Le menton calée sur son poing fermée, elle observait la jeune femme un sourire malicieux sur les lèvres. Et après avoir un peu siroté sa boisson, elle brisa le silence, la voix faussement révérencieuse :

    « Maintenant que nous avons décidé que nous passerions un moment ensemble. Aurais-je un jour l'honneur de connaître le nom de celle qui prend les réserves d'eau pour des bains ? »


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Eléonore Steinfort
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Sam 27 Jan - 18:40
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Les impertinences de la Zagashienne semblait ricocher sur son homologue Kharaalienne sans aucun effet ou presque. Celle-ci parut tout de même un chouïa ennuyée de la voir se dévêtir ainsi pour se plonger dans la cuve d'eau froide mais n'avait pas tiqué plus que cela, n'y prêtant pas autant d'attention que la blondinette l'aurait souhaité. Elle lâcha un petit soupir dépité, faisant écho à celui qui avait exprimé un profond plaisir lorsqu'elle s'était immergée dans le liquide transparent. Il allait falloir qu'elle redouble d'efforts si elle voulait faire sortir la jeune femme aux cheveux blancs de ses gonds. Et ce n'était pas si étonnant que cela. S'il en avait été autrement, l'anomalie aurait pu clamer haut et fort que la réputation de Delkhii était usurpée. Et elle s'en serait donné à cœur joie. En attendant, elle devait trouver des idées.

Tout en réfléchissant aux tours qu'elle pourrait jouer à Lycinia, Eléonore observa cette dernière faire fi de son petit barbotage et se mettre à son aise, allant chercher une petite gourde métallique de son sac à dos pour en verser le contenu dans une tasse en terre cuite. A cette distance la blonde aux yeux émeraudes ne pouvait sentir l'odeur qu'avait le breuvage en question et, avec pour seul indication sa couleur vert clair elle ne pouvait deviner exactement de quoi il s'agissait, attisant au fond d'elle un léger sentiment de curiosité et d'envie. Après une petite démonstration de magie terrestre, voilà Lycinia installée confortablement à prendre son goûter. C'est qu'elle avait pris la pose, en plus. Le sourire taquin d'Eléonore s'agrandit encore un peu alors que sa camarade d'infortune reprenait la parole, lui reprochant de n'avoir toujours pas daigné se présenter tout en lui indiquant que ce qu'elle avait pris pour une baignoire était en fait une réserve d'eau potable, provoquant un rire étouffé chez l'ancienne militaire.

-L'eau c'est l'eau. Je ne pense pas que Dalai avait fait une différence entre eau « potable » et eau « du bain » lorsqu'Ils ont créé ce monde. Enfin je dis ça, j'en sais rien hein. « Les voies des Architectes sont impénétrables », paraît-il.

Elle lâche un clin d’œil provocateur après cette citation ironique. Comme pour illustrer son propos, Eléonore but une longue gorgée de l'eau dans laquelle elle baignait. Pas question de perdre la face pour une erreur de jugement. Il n'était pas facile de savoir si elle croyait vraiment ce qu'elle venait de dire ou si elle faisait preuve d'une horrible mauvaise foi pour sauver les apparences. Toujours accoudée à la cuve, elle pointa la tasse que tenait la Kharaalienne du menton.

- « Beaucoup à faire », hein ?

Avec un nouveau rire fugace, la blondinette se leva et entreprit de quitter sa baignoire improvisée. Après quelques instants de silence, elle lâcha finalement :

- Eléonore.

Au moment où elle prononçait son nom, deux colonnes d'eau s'élevèrent brièvement dans son dos. C'était comme si ces geysers voulaient rendre hommage à la disciple de Dalai. Celle-ci s'était seulement adonnée à une nouvelle gaminerie, et on pouvait très clairement lire au fond de ses yeux olives quelque chose comme : « Regarde, moi aussi je sais faire de la magie ». Jubilant intérieurement de sa petite blague, elle s'extirpa finalement de la cuve et, non sans avoir au préalable essoré ses cheveux sur le sol en les tordant en mode « serpillière », se dirigea d'un pas tranquille vers une rangée d'armes posées sur une table en pierre un peu plus loin, tournant ostensiblement le dos à Lycinia. Sans se donner la peine de se rhabiller -elle n'avait de toute façon pas de quoi se sécher, autre erreur de jugement de sa part, Eléonore se saisit d'un poignard et le tira de son fourreau pour examiner l'équilibre de la lame. Sans bien sûr demander la permission à celle qui l'avait sans doute forgé. Son regard de jade plongé dans le métal étincelant, la jeune femme brisa alors à nouveau le silence.

-Qu'est-ce que tu bois ?


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Lycinia Aurès
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Sam 3 Fév - 14:31
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Profession : Forgeronne itinérante
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    "L'eau c'est l'eau. Je ne pense pas que Dalai avait fait une différence entre eau « potable » et eau « du bain » lorsqu'Ils ont créé ce monde. Enfin je dis ça, j'en sais rien hein. « Les voies des Architectes sont impénétrables », paraît-il."

La forgeronne arqua un sourcil devant cette réponse, un petit sourire moqueur étira même ses lèvres. Pour elle, la fidèle de Dalai nageait en pleine mauvaise foi. Elle poussa d'ailleurs le vice plus loin lorsqu'elle commença à boire l'eau de son bain. Loin d'être décontenancée par ce qu'elle considérait être un jeu d'actrice, Lycinia la regardait toujours faire silencieusement, buvant de temps à autre une gorgée de son rah'kah. Le breuvage était véritablement rafraîchissant et avait d'ores et déjà chassé toute soif de son gosier. De seconde en seconde, son esprit s'éclaircissait tandis que sa fatigue précédente s'effaçait. L'état d'ébriété, lui, viendrait bien plus tard, après la quatrième tasse de rah'kah, là où il en faudrait qu'une pour une personne moins habituée à l'alcool. Son invitée qui la regardait en retour pointa alors sa tasse de son menton :
    "« Beaucoup à faire », hein ?"

Un ton railleur, un rire amusé. A croire que toute trace d'inimité entre elles deux avait disparu. Lycinia haussa les épaules, affichant le même sourire que tout à l'heure.
    « Comme on dit là d'où je viens : Livre au repos ton corps de travail épuisé ; livre au travail ton corps par le repos blasé. », lui répondit-elle sans plus s'épancher.

Alors qu'elle lui répondait, la blondinette avait entrepris de sortir de son bain, livrant une nouvelle fois son corps presque entièrement dénudé à la vision de la forgeronne. Une fois n'est pas coutume, elle l'observa faire ouvertement. Une lueur de désir dansait dans ses iris cristallins et elle ne tentait pas de le dissimuler. Un instant passa sans mot prononcé de leur part, puis, la Zagashienne décida enfin à révéler son nom, à grand renfort de sa magie qui fit s'élever deux colonnes d'eau derrière son dos. Lycinia ne put retenir un léger rire devant cet étalage de  personnalité. Elle ne se moquait pas, elle la trouvait réellement désopilante. Pourtant avec un tel caractère, elle n'avait pas imaginé qu'elle aurait un nom aussi noble qu'Éléonore.

La dite Éléonore s'essora les cheveux et, encore dégoulinante de l'eau de son bain, se dirigea vers les armes que Lycinia avait fraîchement forgées. Ça aurait été un mensonge de dire que la forgeronne l'avait calmement regardé faire. Son corps qui avait été relâché jusque là, se tendit imperceptiblement. Elle surveillait chacun de ses gestes, sa tasse en suspend au bout de ses lèvres. Mais celle qui venait du nord se contentait simplement d'examiner l'une de ses dagues et sans quitter la lame des yeux, elle lui demanda ce qu'elle buvait. La forgeronne eu un soupire et se détendit légèrement :
    « Du rah'kah, un alcool des Tsagaan Oi. »

Sur ces mots, la jeune femme alla se saisir d'une autre tasse en terre cuite qu'elle posa près de la gourde qui était en face d'elle. Et alors qu'elle se rasseyait, un pilier similaire à celui sur lequel Lycinia était, s'éleva du sol à son opposée. C'était une invitation, même si la forgeronne ne la nomma pas. Au lieu, elle finit les quelques centilitres qui restaient dans sa tasse avant de se resservir.

Elle observa un temps les rayons du soleil couchant donner une teinte ambrée au breuvage naturellement vert. Dehors, la nature se préparait lentement à passer une nouvelle nuit tandis que le ciel s'assombrissait peu à peu. Troquant son voile rougeoyant, pour un manteau étoilé. Un vent très frais qui portait encore quelques effluves de sels marins, passa les ouvertures béantes de l'habitation troglodytique. Soucieuse du bien-être de son invitée (bienveillance héritée de son côté Kharaalien) qui était nue comme un vers alors que la température commençait à descendre, Lycinia entrechoqua ses bagues. Les étincelles provoquées furent attisées à l'aide de sa magie et elles volèrent jusqu'au foyer, passant par la même occasion dans le dos de la blondinette. Bientôt un feu puissant empli la pièce de sa chaleur salvatrice.
    « Vous sécherez plus vite comme ça. », lui dit-elle dans un ton légèrement moqueur.


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Eléonore Steinfort
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Dim 4 Fév - 23:37
Irys : 406589
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2
Il fallait le reconnaître, en ce qui concernait la forge -Eléonore avait abandonné l'idée que ces armes soient un cadeau de Dalai, cette Kharaalienne savait de quoi elle parlait. La lame que l'anomalie avait en main était d'une qualité appréciable, et elle s'y connaissait. L'équilibre du métal forgé était impressionnant. A la réflexion, elle pourrait très facilement faire bon usage d'une arme de ce type, qui avait les avantages de la discrétion et de la légèreté par rapport au sabre que la Zagashienne portait à la ceinture. Celle-ci commençait à réfléchir à un moyen d'emporter le couteau en douce lorsque son hôte malgré elle lui répondit, soustrayant son attention de l'objet brillant qu'elle rengaina pour se retourner, daignant cette fois-ci faire face à la propriétaire de la forge.

-Rah... quoi ? A tes souhaits.

La petite blonde connaissait la région des Tsagaan Oi, mais n'avait jamais entendu le nom de cette boisson jusqu'à présent -et elle s'y connaissait (aussi). Une petite étincelle de curiosité s'installa dans son regard émeraude tandis qu'elle lorgnait sur la bouteille. Lycinia « fabriqua » alors un siège vraisemblablement à son intention et la fugitive s'empressa de s'y installer et de se servir du liquide verdâtre en quantité. Toujours en sous-vêtements, elle plongea ses iris dans son verre afin de décortiquer le breuvage, comme si elle voulait en apprendre un peu plus avant de l'ingurgiter. La dague n'avait pas quitté sa main, bien que rangée dans son fourreau et donc plus ou moins inoffensive en l'état. Ses lèvres trempèrent de manière éphémère dans la boisson et rapidement une sensation agréable mêlée de fraîcheur -sans doute due aux plantes que contenaient le Rah'kah- et de chaleur -celle-ci étant provoquée par l'alcool– lui parcourut l’œsophage.

-C'est... sympa.

Le mot s'extirpa de ses lèvres avec difficulté. On pouvait assez aisément comprendre que dire quelque chose de gentil -même aussi simple que ça, lui arrachait la gorge. Mais malgré l'aversion incontrôlable qu'elle éprouvait pour cette étrangère, Eléonore ne pouvait le nier ; cette boisson était sympa. Alors même que l'anomalie appréciait une nouvelle gorgée du breuvage, Lycinia mit à nouveau sa magie en action -magie du feu, cette fois-ci. La blondinette se rappela alors qu'elle avait mentionné vénérer Süns au même titre que Delkhii. Ceci expliquait cela. Toujours était-il qu'en un claquement de doigts -littéralement-, un foyer naquit dans l'âtre de la cheminée, des étincelles venant au passage caresser le dos d'Eléonore qui frissonna sous l'effet bref de chaleur que cela lui procura.

La dernière phrase de Lycinia la tira cependant de sa torpeur, lui tirant un soupir de lassitude et un nouveau sourire railleur. Depuis le début de leur entrevue, la Zagashienne avait été odieuse avec elle, agissant comme si elle était chez elle, ruinant sa seule réserve d'eau potable et tripotant sans aucune gêne le fruit de son dur labeur, et elle trouvait encore le moyen de lui offrir de quoi se réchauffer. Avec un grand haussement de sourcils et en levant les yeux au ciel, Eléonore termina son verre d'une traite avant de se resservir, perpétrant ainsi sa marotte d'être la plus impolie possible. C'était toujours la même avec les Kharaaliens... Au fond d'elle, l'ex-militaire ne pouvait qu'éprouver de la gratitude pour ce geste -elle était frigorifiée, comme en témoignaient ses frissons réguliers et sa chair de poule, mais son tempérament vindicatif ne pouvait comprendre comme elle pouvait faire preuve d'autant d'hospitalité à son égard.

-Tsss... C'est à cause de gens comme vous, les Delkiistes, qu'on doit se farcir une guerre avec Daënastre. Qu'on doit se farcir Daënastre tout court d'ailleurs. Vous êtes beaucoup trop gentils. M'est avis que si on leur avait cassé les genoux dès le début, on en serait pas là...

Ce faisant, l'Adepte de Dalai faisait encore une démonstration impressionnante de sa drôle de manière d'exprimer sa gratitude. Et de sa classe on ne peut plus distinguée, par la même occasion...


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Lycinia Aurès
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Mer 14 Fév - 16:05
Irys : 261810
Profession : Forgeronne itinérante
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar
Ni une, ni deux, la femme blonde en sous-vêtements prit place en face d'elle, emportant avec elle la lame qu'elle était auparavant entrain d'observer. Ce détail ne passa pas le moins du monde sous le radar de la forgeronne qui comprit le jeu de la Zagashienne. Elle lui avait peut-être offert l'hospitalité, ce qui donnait droit à Eléonore de faire comme chez elle, mais Lycinia changerait de ton si son invitée tentait de la délester d'une de ses armes (sans payer) ou si elle s'en prenait à elle. C'était en vérité les seules actions qui la pousseraient à un changement radical d'attitude. Maintenant, qu'elle se servit allègrement du Rah'kah, qu'elle fusse complètement ingrate ou qu'elle ne cacha pas son animosité envers sa personne, la forgeronne n'en avait cure. L'hospitalité des Kharaaliens était légendaire et elle avait appris auprès des meilleurs comment s'occuper de son hôte avec brio.

Trempant ses lèvres dans sa tasse, Lycinia regardait attentivement la réaction de la blonde qui goûtait de la première fois de cet alcool. Son visage était tellement expressif (à l'inverse du sien) qu'elle saurait si le Rah'Kah était à son goût ou pas. Bingo. Eléonore changea d'expression. Peut-être dû à la surprise quant au goût du breuvage, la plupart du temps on ne s'y attendait pas. Une fraîcheur éphémère qui rendait le liquide aussi rafraîchissant que de l'eau et tout de suite après, suivait la chaleur d'un alcool de 70°. Ce qui se passait dans la bouche et dans le corps était un véritable paradoxe, trompant les sens et les élevant par la même occasion. Lycinia eu un sourire moqueur à son commentaire. Pour quelqu'un originaire de Zagash, ça devait sûrement lui arracher la bouche de dire quelque chose de positif sur quelque chose qui venait de Kharaal Gazar.

Toujours par soucis du bien-être de la fidèle de Dalai et également parce qu'il commençait véritablement à faire froid, conséquence de la tombée de la nuit, elle avait allumé le feu de la forge et eu un commentaire sarcastique envers son interlocutrice. Commentaire qui sembla l'exaspérer au plus au point. Sa gentillesse et celle de son peuple lui fut reprochée, tout comme la présence des Daënares en My'trä. La réponse d'Eléonore l'ennuya passablement. Non parce qu'elle se sentait particulièrement touchée par ces mots, mais parce qu'elle n'avait aucune envie de partir dans un débat sur la politique My'träne envers les Daënars et surtout pas avec une personne qui semblait avoir de la mauvaise foi à revendre. En vérité, tout ce qu'elle dirait pourraient être retenu contre elle.

Un rictus apparut à la commissure de ses lèvres tandis qu'elle observait toujours le l'alcool de sa tasse.
    « Un simple merci aurait suffit. », lâcha-t-elle simplement.

Elle but une grande rasade, finissant entièrement le liquide qui avait la couleur de ses yeux et s'en resservit allègrement.
    « Et ne vous méprenez pas. Pêcher par excès de gentillesse n'est pas dans mes habitudes, ni dans celles des Kharaaliens, bien qu'il y ait toujours des exceptions. Voyez-vous, ma chère Eléonore, cette dague que vous tenez vous coûtera 1900 Irys si vous souhaitez la prendre avec vous, sinon j'ose espérer qu'elle retrouvera sa place avant que vous ne me quittiez. »

Le prix habituel pour une telle lame était de 1200 Irys. Elle l'avait grandement majoré à cause de l'attitude de la blondinette. Preuve de ce qu'elle avait avancé. Mais, elle se gardait bien de le dire. Tout comme elle se garda de répondre à la pique lancée sur l'attitude des Kharaaliens face aux Daënares. Elle n'en pensa pas moins. Selon elle, c'était bien de la faute des Zagashiens, ces extrémistes ou leurs ancêtres, qu'on en était arrivé là, s'ils ne s'étaient pas lancé dans ce génocide, les Daënares ne seraient pas venuss armes en mains apporter le feu et le sang dans leur contrée. D'ailleurs, ce n'étaient même pas eux qui avaient récolté le fruit de leurs actions, mais les Kharaaliens, les Zolossiens et les Khurmis. Avec l'effet du breuvage, son esprit commençait à s'échauffer et elle pensa sur le coup qu'il était préférable de mener la discussion autre part.
    « La situation est ce qu'elle est. Mais, vous pouvez être assurée que si leur terres sont en dangers, les Kharaaliens sauront faire front. Toute gentillesse et passivité de côté. »

Elle ajouta, sautant du coq à l'âne :
    « Qu'est-ce qui vous amène aussi loin de Zagash ? Aussi peu préparée. »

Lycinia avait une vague idée. Elle n'avait pas d'habits de voyage, ni de sacs contenant le nécessaire à une longue route, du moins ne l'avait-elle pas vu. Ses habits avaient un air martial, pourtant elle ne semblait pas accompagnée. Etait-elle en mission ? La Zagashienne ne semblait pas pressée, ni même préoccupée. Enfin, elle ne semblait pas du genre à être préoccupée par quoique ce soit. Quoiqu'il en soit c'était louche. Bien que Lycinia ne fusse pas suspicieuse, juste véritablement intéressée.


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Dernière édition par Lycinia Aurès le Sam 17 Fév - 21:15, édité 1 fois
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Eléonore Steinfort
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Jeu 15 Fév - 19:21
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Profession : Fugitive - Névrosée
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Enfin. C'est non sans une surprise teintée de satisfaction qu'Eléonore remarqua les premiers signes d'agacement chez la Kharaalienne. Cette dernière commençait finalement à saturer du comportement imbuvable de l'anomalie, qui avait déployé une énergie tout à fait disproportionnée dans la réalisation de cette tâche. Pour accomplir quoi, me demanderez-vous ? Il y avait un bon paquet de raisons, toutes plus valables les unes que les autres, pour expliquer l'attitude d'Eléonore ; parce que Lycinia l'avait privée du havre de paix qu'elle s'était imaginé à la vue de cette bicoque, parce qu'elle était une adepte de Delkhii, dont la philosophie laxiste avait le don de la foutre en rogne. Par pure mesquinerie. Toute une pléthore de motifs largement suffisants pouvait donc facilement justifier ce comportement, aussi le prochain qui m'emmerde avec cette question aura le droit à une descente de coude façon Steinfort.

En attendant, ses efforts semblaient commencer à porter leurs fruits. Comme on pouvait s'y attendre, s'en prendre à son travail avait été l'élément déclencheur de cette irritation. Lycinia n'avait pas apprécié la manière avec laquelle la blonde platine s'était approprié la dague trouvée sur son atelier, et avait instantanément compris son petit manège -loin d'être discret, il fallait l'admettre. Elle lui lâcha enfin une réflexion sur sa manière bien singulière d'exprimer sa gratitude avant de se défendre d'être trop gentille -ce dont la Zagashienne n'était pas convaincue, pour finalement mentionner l'arme que celle-ci tenait toujours dans sa main. Eléonore n'était pas dupe. En tant qu'ancienne militaire, elle avait une notion assez précise du prix d'un tel objet. Et ce n'était certainement pas celui-ci. Elle la gratifia d'un petit rire moqueur tout en haussant à nouveau les sourcils, les traits de son visage se déformant pour exprimer une offuscation très exagérée.

-1 900 Irys ?! A ce prix-là, j'espère que le service est compris. Même le vieux Rochfield était moins cher. Et Dalai sait qu'il avait des Shishülions dans les poches, ce vieux rapia.

Le vieux Rochfield était un forgeron de Shüren, réputé aussi bien pour son aigreur et son avarice que pour la qualité de ses créations. Avoir une lame frappée de son sceau était à la fois un signe d’opulence et de finesse. C'était la classe, quoi. Eléonore, bien qu'elle n'ait jamais eu la chance d'en posséder une, avait eu plusieurs fois l'occasion de tester les épées de sa forge lors de sa formation dans l'armée, et à chaque fois elle en était sortie ravie. La dague de la Kharaalienne avait beau être de bonne facture, ce tarif était tout bonnement aberrant. Elle le savait probablement et voulait simplement punir la blondinette pour ses affronts répétés. Celle-ci estima que c'était de bonne guerre, et décida qu'elle reviendrait à la charge à ce sujet plus tard.

Lycinia fit une nouvelle démonstration de la sagesse des adeptes du golem en changeant promptement de sujet avant que les offenses de la Zagashienne n'envenime le débat pour de bon, se targuant que son peuple serait à même de défendre ses frontières en cas de danger. Elle enchaîna, sans laisser le temps à Eléonore de déverser une nouvelle fois sa bile ni d'exprimer son scepticisme quant à cette affirmation, en lui demandant ce qu'elle faisait aussi loin de ses terres, aussi peu équipée pour le voyage. La question était on ne peut plus légitime, la réponse extrêmement délicate. Si la jeune femme à la peau hâlée avait vu juste en ce qui concernait le manque de préoccupation globale de l'ancienne militaire, elle avait mis le doigt sur le seul sujet à pouvoir l'angoisser : sa fuite de Zagash. Le souvenir de la sensation qui l'avait envahie à la proximité du Régisseur, lorsqu'elle était encore dans la capitale de son pays natal, lui revint momentanément, provoquant un frisson qui lui parcourut l'échine d'épouvante. Ceci dit, pas question de montrer le moindre signe de vulnérabilité à cette Kharaalienne. Elle n'en ferait que trop bon usage. Aussi, une fraction de seconde d'hésitation mise à part, Eléonore n'avait rien perdu de son panache lorsqu'elle reprit la parole.

-Je suis... en vacances, anachronisa-t-elle sans vergogne.

Sans rien ajouter, l'anomalie se leva de son siège de fortune pour se diriger vers ses affaires, toujours posées un peu plus loin. Elle remit uniquement sa chemise, qui s'humidifia aussitôt au contact de sa peau pas tout à fait sèche. La jeune femme vint ensuite s'asseoir au plus près du foyer, le menton dans les genoux, avant de reprendre.

-J'ai dû partir rapidement. Mais tu n'es pas tout près de chez toi non plus, chère Kharaalienne. Que fais-tu dans un trou aussi paumé que ça à forger des armes, seule ?


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Lycinia Aurès
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Mar 27 Fév - 2:24
Irys : 261810
Profession : Forgeronne itinérante
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    En vacances ? *

La réponse de la fidèle de Dalai lui sembla manquer cruellement de crédibilité. Pourtant, elle ne pousserait pas l'interrogation plus loin, sa curiosité n'était pas si forte qu'elle était prête à incommoder la Zagashienne pour la satisfaire. Surtout, ça aurait peut-être eu pour effet de la braquer et ça, Lycinia ne le souhaitait pas puisqu'elle avait encore dans l'idée de réussir le pari qu'elle s'était posée, à savoir, la séduire. Au lieu, elle lança un bref « Je vois. » avant de se lever en même temps que son invitée.

Pendant que la femme blonde se rhabillait, elle en profita pour « sceller » leur abri. Il n'avait aucune porte ou fenêtre, aussi fallait-il y remédier pour la nuit. Devant chaque ouverture, là où ses mains passèrent, la roche stratifiée s'étira pour pouvoir colmater les fenêtres à la manière de barreaux en pierres. Pour la porte, elle opta pour une différente manière. Histoire que la blondinette ne se sente pas prise au piège, la « sceau » ne fut pas de la pierre cette fois-ci, mais de la terre que la Zagashienne pourrait détruire, au prix d'un petit effort, si l'envie lui prenait de lui fausser compagnie en plein milieu de la nuit. Peut-être n'était-ce pas une brillante idée, elle pourrait très bien décider de la dévaliser pendant son sommeil. Cette pensée ne lui échappa pas, mais elle ne pouvait décemment pas la séquestrer. Par contre, elle se fit une note mentale de ranger ses armes plus tard, afin d'éviter toute mauvaise surprise.

La tâche ne lui prit pas beaucoup de temps, mais c'était assez pour que Eléonore finisse d'enfiler sa chemise et se caler devant le foyer de la forge. La jeune femme l'observa un temps. La position dans laquelle elle était, dos à elle, genoux ramenés contre elle, lui donnait un air délicat. Sa petite stature accentuée par le tissu qui lui collait à la peau ajoutait à cette apparence et Lycinia se demanda, très fugacement, s'il y avait plus dans le caractère de la jeune femme que ce qu'elle lui avait montré jusque là. Comme si elle avait sentit son regard, la Zagashienne brisa le silence pour expliciter ce qu'elle avait dit plus tôt avant de lui renvoyer sa question.

Lycinia y réfléchit sérieusement. Son clan était nomade et se déplaçait souvent à Zolios. Pour elle, en terme de géolocalisation, elle était chez elle. Mais cette réponse ne lui sembla pas satisfaisante.

Tout en réfléchissant, elle alla finalement faire une brève toilette (qui s'apparentait plus à une ablution), maintenant que la cuve était vide de toute intruse. Puis, elle se changea pour une tenue plus confortable et propre, consistant en une tunique aussi fine que souple, teintée au bleu de Zolios. Ce tissu révélait tous ses atouts, sans pour autant être outrancier.
    « La solitude m'aide à me concentrer. C'est ce que requiert ma technique de forge : La méthode aurassienne. » expliqua-t-elle finalement. On pouvait facilement entendre la touche de mélancolie dans sa voix.

Il était vrai que la méthode Aurassienne avait besoin d'une grande concentration, surtout la sienne en particulier, mais elle aurait très bien pu le faire en ville. Non, la véritable raison tenait entre ces murs et accessoirement à l'extérieur. L'abri avait été construit il y a de ça plusieurs années par elle, son frère et sa sœur. Elle y était retournée par pure nostalgie. Son clan lui manquait et en particulier sa famille et c'était sa façon d'y remédier. Dans une touche un peu moins sentimentale, la colline sur laquelle l'abri était creusé contenait bien des métaux précieux. Par contre, cette information ne passerait pas ses lèvres.

Elle se décida enfin à la rejoindre près du foyer, quitte à se faire rabrouer par une de ses remarques narquoise. Pour l'adoucir, elle ne vint pas les mains vides. Telle une offrande ou un signe de paix, elle lui tendit une tasse remplie de rah'kah.
    « Quoique soient nos raisons, l'on peut tout de même boire à notre rencontre. Seul Möchlog sait comment ça se finira, mais rien ne nous empêche de bien la commencer : Dans l'alcool et la bonne humeur. »

A deux tasses du breuvage montagnard (elle entamait la troisième), Lycinia commençait à être désinhibée et sa personnalité se faisait plus chaleureuse. La Zagashienne le prendrait comme elle voudrait, la forgeronne, de son côté, était bien partie pour se détendre. Ça voulait dire dans un premier temps, mettre leur différence de côté.


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Eléonore Steinfort
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Mer 28 Fév - 23:45
Irys : 406589
Profession : Fugitive - Névrosée
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Sa réponse était loin d'avoir satisfait la curiosité de Lycinia. Eléonore pouvait le sentir, et pouvait-elle véritablement l'en blâmer ? Elle n'était pas vraiment convaincue elle-même. Peut-être que le fait que ce n'était qu'un tissu de mensonges n'aidait pas. En tout cas, la raison de son départ l'était. La précipitation avec laquelle elle avait dû quitter son pays natal, elle, était véridique. C'était même presque un euphémisme. Fort heureusement, la Kharaalienne décida de ne pas insister sur la question. Et en toute honnêteté, ce choix était presque salutaire dans la quête de cette dernière d'établir des liens sinon amicaux, au moins cordiaux. S'il y avait bien un sujet que l'anomalie ne voulait pas aborder, c'était celui-ci, et l'y forcer aurait pu avoir des conséquences désastreuses sur la suite de cette entrevue.

Tandis qu'Eléonore remettait sa chemise, Lycinia s'affaira à... les enfermer. Durant une fraction de seconde, la blondinette fronça les sourcils. Était-elle en train d'essayer de la prendre au piège, ici dans sa forge ? Sa main gauche se porta machinalement vers la garde de son arme... Qui était toujours accrochée au pantalon qui trônait au milieu de la pièce, juste à côté de la cuve dans laquelle elle avait eut la bonne idée de faire trempette un peu plus tôt. La Zagashienne se maudit d'avoir baissé sa garde, même pour un instant seulement. Ce n'était pas dans ses habitudes, et cela pourrait lui coûter gros. Ses muscles à nouveau crispés se détendirent lorsqu'elle réalisa que non, blandine n'avait pas prévue de la séquestrer mais qu'elle préparait simplement la forge pour la nuit. La nuit ?

Il n'était pas dans les plans originels de l'ancienne militaire de dormir ici. Enfin, si, mais c'était avant de réaliser que l'endroit était habité. Et de toute façon, parler de « plan » pour décrire les actions de la jeune femme était très largement exagéré. Tout au plus, le « plan » qu'elle avait suivi jusqu'à présent était le plan « mettre-le-plus-de-distance-entre-ce-fou-furieux-et-moi » (ou mlpddecffem pour les intimes) et il portait son nom à merveille. Dans ces conditions, passer la nuit ici pouvait facilement s'envisager. Même si sa confiance envers son hôte n'était toujours pas à son top niveau. Eléonore remit ces considérations à plus tard tandis que Lycinia se débarbouillait dans la fameuse cuve et lui offrait une réponse qui, si elle était acceptable, était plus qu'ennuyante. La jeune femme aux yeux de jade lâcha un soupir bruyant tout en rejetant sa tête en arrière pour venir s'allonger sur le sol froid, les jambes toujours pliées.

-Ah ouais, je vois... T'es du genre ermite bizarre, c'est ça ? Ca va, tu te fais pas trop chier, toute seule à longueur de journée ?

Elle faillit ajouter une référence obscure à un animé qu'elle avait vu n'avait pas vu du tout parce que les animés n'existent pas dans cet univers, qui parlait d'un ermite qui pouvait invoquer des grenouilles et qui buvait de l'alcool bizarre, mais se retint finalement de peur de passer pour une nerd parce que ça.n'existe.pas. D'autant plus qu'elle était bien placée pour parler, la vagabonde fugitive qui avait autant d'ami qu'un disciple d'Amisgal avait d'honneur. Aussi elle n'insista pas et jeta un œil curieux à l'adepte de Süns lorsqu'elle vint s'asseoir à ses côtés pour lui proposer un nouveau verre de son alcool montagnard. Eléonore se hissa sur ses coudes histoire de pouvoir boire dans une autre position que complètement allongée. Elle attrapa la tasse que lui tendait Lycinia et plongea son regard olive dedans pendant quelques secondes, comme si elle réfléchissait aux dernières paroles de celle-ci et essayait de savoir si elle allait accepter la proposition de trêve ou continuer à faire son emmerdeuse. Ou les deux.

-Je suis sûre que c'est Dalai qui l'a soufflé à Möchlog....

Tout en trinquant avec elle, l'anomalie lui lâcha un clin d’œil provocateur avant d'éclater de rire et de porter la tasse à ses lèvres pour s'enfiler une grande gorgée de rah'kah, dont la chaleur caractéristique lui parcourut l’œsophage dans un nouveau frisson tandis que sous le même effet, ses joues semblaient commencer à légèrement s'empourprer.


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Lycinia Aurès
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Ven 2 Mar - 16:52
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Alors qu'elle s'humectait le visage, goûtant avec délice l'eau fraîche de la cuve, un soupire bien trop bruyant se fit entendre dans son dos. Lycinia était maintenant habituée aux éruptions de personnalité d'Eléonore, elle ne ressentit donc pas le besoin de satisfaire sa curiosité quant à la raison de son exaspération. La fidèle de Delkhii en était certainement la source, une nouvelle fois. Cette pensée l'amusa. En fait, tout le personnage l'amusait. A partir du moment où elle avait cessé de la menacer, la Zagashienne était devenue beaucoup plus appréciable et ce malgré le fait que Lycinia fusse la cible d'une animosité constante, à peine dissimulée. Au contraire, loin de gêner ou de froisser la forgeronne, elle en souriait de bon cœur car, pas de chance pour son invitée, les mots n'avaient que très peu d'emprises sur elle. Ils glissaient sur son extérieur de pierre comme des gouttes d'eau sur un carreau. Pourtant, il suffirait d'une fissure pour que l'eau s'immisce et envahisse les lieux. Ainsi n'était-elle pas infaillible, simplement résistante. Jusqu'à ce qu'elle trouve ce point faible, elle rirait de ses piques et s'amuserait de ses soupires d'exaspération.

Malgré l'absence de curiosité de Lycinia, la blondinette ne tarda pas à faire suivre son soupire d'une réplique lâchée dans son langage ô combien familier et bardé de provocation :
    « Ah ouais, je vois... T'es du genre ermite bizarre, c'est ça ? Ça va, tu te fais pas trop chier, toute seule à longueur de journée ?
    - Ha, me faire chier» , répéta-t-elle une pointe de rire dans la voix.

Cette expression semblait grandement déplacée venant de la bouche de Lycinia, mais elle avait eu la grande envie de la répéter. Mettez ça sur l'effet du rah'kah. Elle prit tout de même quelques secondes pour réfléchir à la question. Elle ne pensait pas être une ermite car Süns savait à quel point elle ne pouvait pas se passer de chaleur humaine trop longtemps. Mais bizarre, elle était très certainement du point de vue de la Zagashienne. Tout les opposait et leur différence de langage était très certainement le plus frappant.
    « Je ne me faisais pas encore "chier", non. Mais je remercie la puissante Dalai de m'avoir envoyer l'une de ses fidèles pour me tenir compagnie et empêcher que cette terrible affliction ne me frappe. »

Pendant qu'elle se changeait, elle employait un ton solennel à outrage, se moquant un peu de la remarque d'Eléonore. Elle reprit, marquant une pause dans son affairement :
    «  A moins que... Serais-je celle censée te tenir compagnie ? Je ne vois personne d'autres avec toi. »

Un clin d'oeil vint ponctuer la fin de sa phrase tandis qu'elle mettait une touche finale à son habillement, délivrant son épaisse tignasse blanche qui vint retomber en cascade dans son dos et autour de ses épaules. Puis, elle rejoint Eléonore auprès du foyer, les deux tasses à nouveau bien remplies et la gourde sous le bras. La forgeronne fut accueillit par un coup d'oeil curieux auquel elle répondit par un sourire radieux et par une proposition de trêve. Contre toute attente, la femme blonde accepta, et la tasse qu'elle lui tendait et sa proposition, non sans une nouvelle de ses réparties et un clin d’œil provocateur. Lycinia en rit volontiers et leurs tasses s'entrechoquèrent dans un bruit sourd avant que les deux femmes portent le récipients à leur lèvres dans un même mouvement. La grande femme accueillit à bras ouvert l'alcool qui petit à petit assujettissait ses sens. Un regard à celle qui était à ses côtés lui informa qu'elle n'était pas la seule à subir les effets de l'alcool. En effet, les joues d'Eléonore avaient pris une légère teinte rosée. Lycinia était curieuse de voir combien de tasses la Zagashienne pourrait encore supporter. Normalement, deux tasses de rah'kah suffisaient à rendre ivre un homme de grand gabarit, alors qu'elle soit encore potable après la première la surprenait et suscitait passablement son admiration.

Après sa gorgée, Lycinia lui posa une question qui lui trottait dans la tête.
    « Toutes ces cicatrices sur ton corps, à quoi sont-elles dues ? A ta profession ? J'imagine que tu n'es pas une simple marchande. », supposa-t-elle.

Elle ne voulait pas simplement satisfaire sa curiosité, mais en apprendre plus sur elle.


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Eléonore Steinfort
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Lun 5 Mar - 23:31
Irys : 406589
Profession : Fugitive - Névrosée
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L'impertinence de la Zagashienne trouvait en Lycinia une forme de répondant qui rendait les joutes verbales qu'elle lançait avec ses piques encore plus amusantes. La Kharaalienne lui rétorqua ainsi avec une ironie non dissimulée qu'elle célébrait sa présence sans laquelle elle serait peut-être morte d'ennui, avant de pointer du doigt la réflexion qu'Eléonore s'était elle-même faite : celle-ci ne semblait pas particulièrement entourée de proches non plus. La remarque tira un nouveau petit rire à la blonde qui inclina la tête d'un air de dire « Touché ». La fugitive commençait à ressentir les effets de l'alcool sur son organisme, et si d'ordinaire l'ébriété avait tendance à exacerber son tempérament belliqueux, la réaction inverse semblait se produire, comme si les efforts de Lycinia pour être une hôte courtoise et agréable portaient finalement leurs fruits.

Celle qui n'était au début de leur entrevue qu'une présence nuisible dans ce qu'Eléonore avait identifié comme étant un oasis changeait petit à petit de statut à ses yeux pour devenir une camarade de jeux de mots et une compagnie appréciable pour la soirée. Comme quoi, toute anomalie zagashienne -et par conséquent doublement propice aux accès d'humeur- qu'elle était, une petite ambiance « feu de camp » ainsi que « de l'alcool et de la bonne humeur » comme l'avait si bien dit la jeune femme aux cheveux de neige pouvaient défier les probabilités et la rendre un peu moins imbuvable.

Lycinia relança la discussion sur un sujet un peu plus sérieux que les railleries d'Eléonore sur sa prétendue solitude en lui demandant d'où venaient les cicatrices sur son corps. La question surprit dans un premier temps la blondinette, qui se rappela ensuite qu'elle avait eu tout le loisir du monde de se rincer l’œil pendant qu'elle-même rinçait son corps (j'ai pas réussi à caser un zeugma ici, je suis déception). Le regard de la vagabonde s'assombrit subitement avant de se plonger dans le fond de sa tasse à moitié vide. D'un mouvement des épaules, Eléonore fit légèrement tomber sa chemise un peu en dessous des omoplates, révélant ainsi le haut de son dos effectivement bardé de cicatrices. Elle passa l'index de sa main libre -celle qui ne tenait pas sa tasse de rah'kah- sur l'une d'entre elles, frissonnant au contact de l'aspérité de sa peau.

-Oh... ça ? Elle marqua une pause. Ce sont les séquelles des scarifications que je m'inflige en guise de flagellation lorsque je fais quelque chose qui pourrait irriter Dalai.

Sa voix s'était faite plus grave, plus sérieuse. Son vocabulaire avait également gagné un registre, histoire de bien marquer le coup. Pendant un long moment, rien ne vint briser le silence qu'Eléonore avait laissé s'installer suite à son explication. Puis elle explosa de rire. Un rire franc, joyeux. La jeune femme termina sa boisson d'une traite puis, tout en remettant sa chemise, tenta de se relever. La tâche s'avéra être plus ardue que prévu, les méfaits de l'alcool jouant avec son sens de l'équilibre, si bien qu'elle dut se rattraper à l'un des tabourets de terre que Lycinia avait façonnés un peu plus tôt pour ne pas tomber. Un bras tendu sur le côté pour tenter de rester debout, elle jeta un regard à la Kharaalienne, visiblement très fière de sa blague.

-J'déconne, blandine ! Tu m'as crue ? T'as tout bon, elles viennent de mon taf. J'suis... J'étais soldate, et une bonne partie d'entre elles vient même du ciel. Mais t'aurais vu la tronche des mecs en face...

Son débit était à la fois extrêmement rapide et étrangement hésitant, nouveau signe que l'heure n'était plus à la sobriété. L'allusion à son expédition dans les îles célestes n'allait sûrement pas être comprise par Lycinia, en tout cas pas tant qu'elle ne lui aurait pas expliqué plus en détails, ce qu'elle s'abstint évidemment de faire. Mais entre ses références célestes et sa foi manifeste pour Dalai, il aurait été compréhensible que son interlocutrice adhère à sa première explication. Vue son excentricité, Eléonore aurait aisément pu s'adonner à ce genre de pratiques fanatiques. Et cela sans parler de son statut impie d'anomalie, information dont la Kharaalienne ne disposait heureusement pas. La blondinette tendit une main peu assurée en direction de cette dernière, sa concentration désormais entièrement dévolue à l'articulation de plus en plus difficile de ses mots.

-Mets moi la p'tite sœur. Nouvelle pause. C'est vrai que j'ai pas vraiment beaucoup de compagnie. Faut dire que... J'suis plus vraiment la bienvenue par chez moi.

Le rah'kah aurait-il, en plus d'offrir cette douce euphorie, la propriété de délier les langues ?


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Lycinia Aurès
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Jeu 8 Mar - 19:14
Irys : 261810
Profession : Forgeronne itinérante
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar
D'un bref mouvement d'épaules, la chemise de son interlocutrice glissa sur sa peau blanche, révélant sur son passage des sillons qui traversaient çà et là son dos. C'était la deuxième fois que Lycinia les voyait, pourtant la fascination pouvait se lire dans son regard à défaut de se lire sur son expression. Même en tant que forgeronne, elle n'en avait jamais vu autant sur les nombreux clients qu'elle avait eu et elle-même n'était pas guerrière, ni ne possédait-elle de cicatrices -mises à part les parties décolorées de ses mains qui témoignaient de brûlures passées. Que la fidèle de Dalai en soit bardée était signe de résilience. Une survivante que de telles blessures n'avaient pas pu abattre. Seule la possibilité que ces entailles lui aient été infligées par des ennemis lui venait à l'esprit. Elle ne soupçonnait pas une seule seconde que la Zagashienne pouvait en être la source.

« Oh... ça ? Ce sont les séquelles des scarifications que je m'inflige en guise de flagellation lorsque je fais quelque chose qui pourrait irriter Dalai. », lui dit elle d'un ton grave alors que son doigt suivait la ligne d'une de ses crevasses.

La tasse que la forgeronne avait une nouvelle fois ramenée à la frontière de ses lèvres resta en suspend. Pour une fois, Lycinia resta interdite devant Eléonore. Elle essayait de déceler le vrai du faux dans la réponse qu'elle lui avait donné. Malgré sa supposition, tout la poussait à croire en la véracité de ses dires. Sa première pensée était que les disciples de Dalai étaient assez fanatiques pour qu'une telle chose soit possible, sa deuxième pensée allait aussi dans ce sens car son invitée ne lui avait aucunement montré qu'elle était différente de ses congénères. N'avait-elle pas employé le mot « vénération » un peu plus tôt lorsqu'elle lui avait demandé envers quel Architecte allait sa foi ? Elle ne trouva rien à redire. Voir une personne en faire souffrir une autre réveillait sa morale qui se dressait contre de tels actes, mais que dire contre une personne qui décidait de son bon vouloir de s'infliger de telles souffrances ? Chacun vivait sa foi comme bon lui semblait, ce fut la conclusion qu'elle tira.

L'alcool qui embrouillait de plus en plus ses sens n'enrailla pas ses pensées philosophiques sur la question. Par contre, sa partenaire de beuverie le fit lorsqu'elle s'esclaffa soudainement. Lycinia comprit qu'elle l'avait fait marché. Elle aurait dû s'en douter. La femme qu'elle avait devant elle n'avait pas été un modèle d'honnêteté depuis qu'elles s'étaient rencontrées. Loin d'être mauvaise perdante, un mince sourire éclaira l'expression de la nomade qui n'eut que pour seule réponse de boire de la tasse qui était restée en suspend pendant tout ce temps. La plaisantine pas peu fière de son coup, vida sa propre tasse et entreprit de se relever. Tâche rendue délicate par les centilitres de rah'kah dans son sang. L'un des piliers de terre qui était toujours là, fut reconvertit en troisième jambes pour la blondinette qui n'en avait plus assez de deux pour tenir debout.

De son langage si unique et familier, elle lui révéla alors la vérité sur ses cicatrices, ne manquant pas de lui demander si elle avait crû à sa plaisanterie. Sa question lui sembla être rhétorique, le silence qu'avait suscité sa fausse révélation avait été assez criant de sa crédulité du moment. Concernant la seconde partie des propos, elle s'attacha surtout à comprendre ce que la Zagashienne avait voulu dire en parlant de ses cicatrices qui venaient du ciel. L'allusion au ciel lui fit tout de suite penser aux disciples d'Amisgal. Si les Architectes n'étaient pas incarnés, ça serait à Dalai que sa supposition aurait été, même si cela semblait grandiloquent. Par contre, la supposition des adeptes de l'air semblait plus vraisemblable. Après tout, les habitants de la contrée de l'eau étaient connus de tous les My'träns comme étant avides de nouveaux territoires. Peut-être en tant que soldate, Eléonore avait eu affaire à eux ? Elle ne pouvait que supposer.

La survivante lui tendit une main qui semblait peiner à exister par soi-même. Lycinia se questionnait sur la raison de son geste jusqu'à ce que la Zagashienne s'exprime à nouveau :
    « Mets moi la p'tite sœur. »

Elle marqua une pause, le temps que l'hôte se mette sur ses deux jambes -avec beaucoup plus de réussite que la blonde- et qu'elle se saisisse de la gourde métallique. Son poids avait grandement diminué.
    « C'est vrai que j'ai pas vraiment beaucoup de compagnie. Faut dire que... J'suis plus vraiment la bienvenue par chez moi. »

La jeune femme s'arrêta un instant. Ses mots lui rappelaient sa situation. Son exile sous forme de voyage initiatique. Lycinia ne connaissait pas l'histoire d'Eléonore, mais elle ne pouvait que compatir. Elle avait beau être Kharalienne et elle Zagashienne, elles étaient finalement semblables en ce point qu'elle ne pouvait pas demeurer parmi leurs congénères. Elle déversa le restant du contenu de la gourde dans la tasse restée sur le sol de pierre et s'en saisit pour la mettre dans la main tendue de sa compagne. Tandis qu'elle lui remettait le récipient terreux, sa main libre se posa délicatement sous la main tendue de l'ex-soldate, initiant leur premier contact physique depuis qu'elle conversait. Son pâle regard vert fixa celui d'Eléonore, tout aussi pâle.
    « Voilà au moins quelque chose qui nous rapproche. », affirma-t-elle d'une voix douce.

Le contact était bien trop long pour être considéré comme simplement banal. Lycinia espérait convier toute la sympathie qu'elle avait pour la blonde avec en plus une partie du désir qu'elle avait à son égard depuis qu'elle avait prit son bain impromptu. Ce ne fut qu'après de longues secondes qu'elle brisa le contact. Elle leva sa propre tasse en direction de la jeune femme :
    « Buvons en l'honneur de Dalai qui a permis que tu passes cette nuit en bonne compagnie. » dit elle d'une voix beaucoup plus expressive, avant de boire d'une traite le restant de sa troisième tasse.

A nouveau, derrière cette phrase résidait un peu plus que le premier sens. Peut-être serait-ce un peu trop subtile pour cette Zagashienne éméchée. Süns savait qu'elle-même n'était plus en possession de toutes ses capacités conversationnelles et intellectuelles. Par exemple, elle aurait pu se demander pourquoi l'ex-soldate ne l'était plus justement ou encore pourquoi n'était-elle plus la bienvenue parmi les siens. Cependant, pensées et raisonnements logiques n'avaient plus leur place dans son esprit à ce stade de la soirée. Elle ne se demandait pas non plus si la blonde aimait les femmes. Cela ne l'avait jamais arrêté avant.


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Eléonore Steinfort
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Sam 10 Mar - 18:50
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Profession : Fugitive - Névrosée
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Bien que son esprit embrumé n'ait jusqu'à présent même pas envisagé la chose, Eléonore fut en réalité assez chanceuse que son interlocutrice ne prenne pas la mouche suite à sa plaisanterie pour le moins douteuse. Au lieu de cela, elle lui offrit un nouveau sourire amusé, avant d'accéder à sa requête en remplissant à nouveau sa tasse pour la troisième fois. Ou quatrième ? Peu importait, la gourde était à présent vide et les deux jeunes femmes s'étaient déjà abreuvées plus qu'il ne le fallait. Les sens de la Zagashienne étaient désormais très largement émoussés et elle se balançait imperceptiblement d'avant en arrière, ayant toutes les peines du monde à conserver une position debout stable. Cela ne l'empêcherait pourtant certainement pas d'enquiller une dernière tasse. En tant qu'ancienne militaire, la blondinette avait connu des cuites d'un autre niveau, et ce n'était pas quelques shots d'un alcool exotique -à ses yeux- qui allaient la mettre trop mal.

Alors que le liquide transitait entre la gourde et sa tasse de terre cuite, la sensation du contact de la peau sur la peau l'envahit tandis que Lycinia posait une main affectueuse sur le dos de la sienne. Pendant un instant, les deux my'trannes restèrent immobiles, la phrase prononcée par la Kharaalienne effleurant l'esprit de l'anomalie sans vraiment y pénétrer. Cette dernière parut légèrement troublée par la caresse, quittant son expression insolente et espiègle pour un masque indéchiffrable, image suffisamment rare pour être soulignée. Son cerveau imbibé d'alcool s'agita avec difficulté, cherchant une réaction à avoir ou une phrase à prononcer. Mais rien ne lui vint. Alors elle resta coite, sans doute pour la première fois de cette rencontre. Qu'est-ce qui, dans un contact aussi simple, pouvait la désarçonner à ce point ? La petite blonde était bien incapable d'y répondre. Heureusement pour elle, Lycinia rompit le lien qui les avait brièvement unies pour porter un toast à l'Architecte de l'eau.

Eléonore retrouva quasiment instantanément une contenance, levant à son tour sa tasse bien au dessus d'elle avant de la porter à ses lèvres, appréciant l'hommage fait à la divinité qu'elle révérait. Sans surprise, les premières gorgées de cette dernière tasse semblèrent bien plus douces que les précédentes, son corps s'étant habitué à l'âpreté du breuvage. La demoiselle aux yeux de jade essaya de mettre un peu d'ordre dans ses idées, sans grand succès. Finalement, elle se rappela quand même de la dernière phrase prononcée par sa compagne de la soirée. Une pointe de curiosité fit son apparition sur son visage et dans son esprit alors qu'elle reprenait la parole après une nouvelle gorgée.

-Ah ouais ? Kesstafé pour... Pour te faire jeter de ton clan ?

La question avait encore une fois été posée avec le tact légendaire de la fugitive, celle-ci voyant sa franchise encore décuplée par l'ébriété qui la saisissait désormais. Décidant -ou observant simplement les signaux que son corps lui envoyait pour le lui faire comprendre- que se remettre debout n'avait pas été l'idée du siècle dans son état, Eléonore se rassit devant le feu. Presque aussitôt, elle bascula en arrière et se retrouva allongée, sa main libre posée sur sa poitrine qui se soulevait au rythme plus élevé qu'à l'ordinaire de sa respiration. Cette « chute » était-elle volontaire ? Était-ce là une recherche un peu abrupte de confort ou alors un nouvel accident sans conséquence provoqué par l'alcool* ? Encore aujourd'hui, la jeune femme s'évertue à soutenir la première théorie. Mais personne -et certainement pas elle- ne connaît la vérité à ce sujet. Dans un geste un peu étrange, comme si elle avait oublié momentanément la présence de Lycinia, Eléonore leva sa main devant ses yeux olives pour l'observer avec attention, la tournant et la retournant dans tous les sens comme si elle cherchait à y déceler quelque chose en particulier.

-C'est... C'est bien le seul truc qu'on a en commun, j'crois...

************************************
* : L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération


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Lycinia Aurès
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Ven 30 Mar - 19:44
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Appuyée contre une table d'artisanat soigneusement ordonnée, la Kharaalienne sentait la chaleur lui monter au visage et gagner l'extrémité de ses membres. Cette douce fièvre anesthésiait ses sens et lui faisait passablement tourner la tête. Elle était plus saoule qu'elle l'avait calculé, faute d'avoir un estomac bien rempli, l'alcool avait fait son chemin plus rapidement qu'à l'accoutumée.

Sa main gauche, posée contre la table qui supportait déjà son poids, était venue en renfort de ses jambes endormies. Tentant de reprendre ses esprits, elle inspira lentement tout en passant une main dans sa tignasse blanche, qu'elle chassa à l'arrière de ses épaules. Puis, elle eu un regard scrutateur pour la fidèle de Dalai. Elle tanguait en face d'elle. Le rose avait remplacé le blanc de sa peau au niveau des joues et son regard vert s'était humidifié. Nul doute était-ce la faute de son ébriété. Et sans doute, également, était-ce à cause de la sienne que Lycinia trouvait l'ex-soldate de plus en plus désirable : de ses fins cheveux à la couleur du blé qui encadraient un visage que les Architectes avaient parfaitement façonné, à son corps dont l'ouvrage rivalisait avec les plus belles créations Aurassiennes. Également, cette chemise qui était son seul habit, ajoutait une note plus que sensuelle aux formes que l'on pouvait deviner en dessous. Tout chez Eléonore poussait le sang-froid de la forgeronne dans ses derniers retranchements.

Une goutte solitaire perla du haut du cou de la Zagashienne jusqu'à sa clavicule. Ce petit événement n'alerta pas Lycinia sur la température de la grotte-forge. Les flammes du foyer, qui avait un temps servi à réchauffer Eléonore, montaient graduellement en température, attisées par les émotions non-contrôlées de la forgeronne. Mais, elle était bien trop accaparée par son observation et bien trop grise pour s'en rendre compte. Au lieu, elle suivait les changements d'expression d'Eléonore qui n'avait plus aucune trace de son décontenancement passé. A cet instant, elle la regardait d'un œil intrigué.
    « Ah ouais ? Kesstafé pour... Pour te faire jeter de ton clan ? Lui demanda-t-elle, revenant sur leur précédente discussion.
    - J'ai refusé de me marier. », lui confia la Kharaalienne qui détourna le regard vers le feu de la forge.

Elle songea à se laisser aller et lui raconter toute l'histoire, lui dire à quel point, parfois son choix était lourd à supporter. Vider son cœur et se soulager d'un poids. La tentation était forte, renforcée par une ivresse persuasive qui aurait pu délier la plus secrète des langues. Heureusement, Eléonore brisa son enchantement chimique quand, voulant se rasseoir devant le feu, elle se retrouva étalée de tout son long sur le sol. Le comique de la situation ne lui échappa pas et elle partit dans un rire franc, se moquant ouvertement de sa maladresse. Cependant, du côté de la victime, il y eu un manque total de réaction, si ce n'était qu'elle leva sa main devant elle, la scrutant sous toutes ses coutures, avant de dire, énigmatique :
    « C'est... C'est bien le seul truc qu'on a en commun, j'crois... »

Son rire mourut aussi rapidement qu'il était né et à la place, un sourire, tout aussi mystérieux que les mots de son invitée, apparut sur les lèvres de Lycinia. Elle se rapprocha de la blonde, pour s'asseoir à quelques centimètres d'elle. A cause de sa proximité avec Eléonore, quand elle se baissa, des mèches blanches vinrent frôler, au passage, la main tendue en l'air. Bien installée, une main contre le sol, au dessus de la tête de l'ex-soldate, pour se maintenir, elle saisit la main de la jeune femme, entrelaçant lentement ses doigts aux siens, puis riva son regard dans les iris de jade de la femme couchée.
    « Ah oui ? Qu'est-ce qui te fait croire ça ? », souffla-t-elle d'une voix suave.

Les flammes qui dansaient lentement, quoique ardemment, dans le foyer, ajoutait à l'intimité de la scène. Lycinia, sûre d'elle, pensait déjà à la suite des événements.


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Eléonore Steinfort
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Sam 7 Avr - 10:32
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My'trän -2
Si la chute de la Zagashienne n'avait pas échappé à Lycinia -comment l'aurait-elle pu ?-, le fou rire qu'elle arracha à cette dernière fut de courte durée. Eléonore était atteinte de ce si banal sérieux des gens soûls qui essayent d'avoir une conversation constructive et ont l'impression que leur perception de la vie s'est transcendée dans le processus d'assimilation de l'alcool, lucidité toute chimérique qui n'aboutissait généralement qu'à des discussions sans queue ni tête. Même si pour l'heure les sujets choisis par la blondinette restaient terre à terre, on était à l'abri de rien et il n'était pas exclus que l'échange finisse par dévier sur une dissertation sur la Volonté divine et ô combien mystérieuse des Architectes.

Mais pour l'heure, blandine lui offrit une réponse aussi succincte que précise. Luttant contre ses paupières qui cherchaient à se fermer de leur propre chef -nouvelle séquelle de sa consommation excessive d'alcool-, Eléonore haussa les sourcils d'un air mi amusé, mi intrigué, un vague sourire venant à nouveau flotter à la commissure de ses lèvres. Refuser de se marier ? Voilà qui n'était pas banal. Et surtout, cela semblait être un peu léger comme raison pour renier quelqu'un, non ? L'ancienne militaire n'était clairement pas une experte en la matière, ses penchants se trouvant à des années lumières de ce que l'on pouvait qualifier de « romantisme » ou d'« amour », mais de son point de vue tout le monde avait le droit de choisir qui bon lui semblait comme mari ou femme.

Cela étant, elle ne connaissait ni l'histoire, ni les origines de la Kharaalienne. Peut-être que celle-ci venait d'une tribu où les us et coutumes ne laissaient pas le choix aux jeunes femmes de choisir leur parti. Peut-être que son récit n'avait rien à voir. Dans d'autres circonstances, Eléonore se serait probablement jetée à cœur joie dans une discussion sur le sujet avec son légendaire tact et son mépris des sensibilités des uns et des autres. Mais son cerveau embrumé et fatigué n'avait plus envie de faire traîner aussi elle opta pour un trait d'esprit aussi subtile que de bon goût.

-... Il était moche ?

Riant seule à sa bêtise, Eléonore observa sa compagne du jour la rejoindre au coin du feu -avec certes plus de brio et de grâce qu'elle ne s'était elle-même exécutée. Elle vit cependant à son tour son rire mourir dans sa gorge alors que Lycinia mêlait ses doigts aux siens, la prenant de court par ce geste si intime. La jeune femme aux yeux olives resta l'espace d'un instant interdite, mais son trouble fut bien vite balayé, effet de sa désinhibition ou simple réaction à la nouvelle question de son homologue aux cheveux de neige. Pour quelles raisons pensait-elle que les deux femmes étaient si différentes l'une de l'autre ? Elles étaient pour ainsi dire nombreuses. Leurs croyances et allégeances allaient à différents Architectes, pour commencer. Il était évident que leurs caractères s'opposaient dans les grandes lignes. Si Lycinia avait été un tant soit peu aussi belliqueuse que la Zagashienne, cette rencontre aurait probablement tourné à l'affrontement en un claquement de doigts. Elle était dotée d'une patience et d'une hospitalité qu'Eléonore ne pouvait même pas imaginer tant les siennes étaient minces, et tant qu'on en était à mentionner l'évidence il n'y avait pratiquement aucune chance pour que Lycinia soit pourchassée par un Régisseur.

Alors qu'elle réfléchissait auquel de ces arguments elle allait avancer en premier, l'anomalie ne fit pas vraiment attention aux effets de l'approche pourtant peu subtile de la Kharaalienne sur son comportement. Son rythme cardiaque s'était accéléré tandis qu'inconsciemment, elle s'était mise à chatouiller la paume de la main entrelacée de la forgeronne de son pouce qui l'effleurait en petits mouvements circulaires au rythme de ses pensées. Eléonore quitta finalement sa position sur le dos pour se tourner vers son interlocutrice, leurs regards rivés l'un vers l'autre alors que son visage empourpré pour un paquet de raisons se tenait désormais à une dizaine de centimètres tout au plus du sien, prête à lui sortir tout un exposé en trois parties sur leurs différences.

-... Tu fais au moins une tête de plus que moi !


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