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Chroniques d'Irydaë
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 Le roi, la reine et le p'tit prince ♫

Zora Viz'Herei
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Mar 23 Jan - 17:40
Irys : 1715105
Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

Même une cité comme Aildor comporte son lot de désagréments... Zora se fiche pas mal de la criminalité ou des cadavres que cette dernière laisse derrière elle. C'est d'ailleurs précisément cet aspect-là qui l'a toujours séduite. Ici il n'y a pas réellement besoin de se justifier. La seule règle en vigueur consiste tout simplement à survivre. L'absence de morale place les faibles à la merci des forts. Comme il se doit...

Cette ville glaciale se contente simplement d'honorer l'une des faces sombres de la nature humaine quand tant d'autres s'obstinent à la nier. Mais la cruauté ne peut-être ignorée. Et il ne faut pas en avoir honte. Les résidents de la capitale autoproclamée de Marnaka ont bien compris cette évidence. Ils l'acceptent tout autant qu'ils la subissent. Cependant la cruauté peut prendre bien des aspects. Et certains sont incontestablement moins agréables que d'autres.

Zora jette un regard par dessus son épaule et pousse un soupir lorsqu'elle remarque la petite silhouette qui lui colle toujours aux basques. Elle se retourne d'un mouvement sec, dépose ses mains sur ses hanches et décoche un regard glacial au gamin. Un sourire à vocation innocente lui répond avec une aisance déconcertante. La rouquine s'assure une seconde fois que le corps de l'ennuyant parasite ne comporte pas la moindre trace d'impureté, espérant que cette observation lui fournira l'argument nécessaire pour s'en débarrasser. Mais... rien!

Tuer un enfant marqué par Möchlog ne lui pose pas le moindre problème. Le constat est un peu différent lorsque son Architecte ne souhaite pas leur mort. Certains s'obstinent à voir en elle une tueuse affranchie d'une quelconque forme de raisonnement. Si ces mêmes gens pouvaient être là aujourd'hui, ils se rendraient bien compte que ce n'est pas le cas. Mais la patience de l'adepte de la Chouette n'est pas infinie. Et elle fond avec la régularité d'un bloc de glace exposé à la morsure du soleil...
"C'est la dernière fois que je te le répète!" le prévient-elle. "Dégage!"
"D'accord! Mais d'abord, donne-moi des irys!"
"Même pas en rêve!"
Si la perspective d'avoir un têtard qui continue de la suivre partout ne l'enchante absolument pas, celle de devoir s'avouer vaincue l’horripile davantage encore! La jeune femme jette un regard autours d'elle et constate une nouvelle fois que la rue est trop bondée pour qu'elle puisse envoyer ce gamin vers sa nouvelle vie. Même Aildor à ses limites. Le meurtre d'un seul enfant risque de lui apporter davantage de problèmes que si elle purifiait une dizaine d'adultes.

Fort heureusement le problème peut être contourné. Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le chemin emprunté par la demoiselle la mène à présent vers une zone moins fréquentée du quartier dans lequel elle se trouve. Sans témoins pour l'inquiéter elle sera alors libre de se débarrasser de ce rejeton bien trop téméraire à son goût. Et elle pourra alors se concentrer sur les pirates qui captent son attention et subissent son amertume depuis quelques jours déjà.

Quelques mètres plus loin, elle se retourne et observe à nouveau derrière elle avec l'espoir un peu fou que la parasite sera parti à la recherche d'imbéciles susceptibles de lui offrir ce qu'il désire. Mais son espérance se heurte à nouveau à la réalité. Tant pis, elle l'aura prévenu...

~~~~~~~~~~
"Cinq irys?"
"Non!"
"Quatre?"
"Toujours pas!"
"Trois, alors?"
Zora lève les yeux au ciel tandis qu'elle se demande pourquoi elle continue d'alimenter l'intérêt du gamin pour ce petit jeu. Devient-elle masochiste? L'intéressée adresse une prière silencieuse à son dieu, le priant humblement de bien vouloir mettre à sa disposition une ruelle vide. Ou, à défaut, de lui donner le courage nécessaire pour endurer le harcèlement dont elle est victime. Elle arrive finalement au croisement de deux rues et observe ses points cardinaux. Mais là encore, il y a des gens. N'ont-ils donc rien de mieux à faire que de hanter les lieux?
"Deux et demi?"
"Ok tu sais quoi?" cède-t-elle. "Je vais te donner un irys! Un seul! Mais seulement si tu me promets d'aller voir ailleurs si j'y suis!"
"Trois!" tente-t-il de négocier. "Et un sourire!"
"Deux!" corrige-t-elle. "Et tu restes en vie!"
"Mmmh..."
Si elle n'était pas certaine d'être bien éveillée, elle se pincerait sans doute pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'un rêve aux accents cauchemardesques. Est-ce qu'il est réellement en train d'étudier son offre? Elle n'a pas été assez claire? Pense-t-il peut-être qu'elle plaisante en lui offrant de lui laisser la vie sauve? Elle dégaine le petit poignard sculpté dans un os qu'elle a prélevé sur l'une de ses précédentes victimes. Histoire de le motiver à accepter une offre qu'elle juge déjà bien trop généreuse.
"Et si tu nous les donnais plutôt à nous, tes irys?" tonne une voix. "Ou tu préfères peut-être que nous te montrions comment nous, nous négocions?"
Zora relève les yeux pour découvrir un homme de forte stature s'avancer dans sa direction. Il fait claquer dans la pomme de sa main une sorte de massue à l'apparence grossière mais dont elle ne tient pourtant pas à vérifier l'efficacité. Dans la foulée elle remarque également d'autres ombres qui se rapprochent et bloquent sa retraite. Ou du moins, ce qui aurait pu être un échappatoire s'il était dans les habitudes de la rouquine que de chercher à fuir le conflit. Pourquoi le ferait-elle alors qu'elle peut compter sur un allié tel que Möchlog?
"Vous tombez à pic! J'avais justement besoin de passer mes nerfs sur quelque chose!" les défie-t-elle. "Venez donc me montrer vos talents de négociateurs, oui! Et en retour je me ferai une joie de vous familiariser avec les miens!"
Elle décoche un sourire narquois à celui qui semble être le chef de cette bande hétéroclite. Mais elle sait que ce petit échange culturel risque d'être dangereux. Les yeux de la rouquine s'illuminent d'une aura dorée tandis qu'un bouclier aux reflets idoines recouvre son corps. Le gosse, quant à lui, se réfugie derrière la rouquine. Un nouveau soupir quitte les lèvres de la servante de la Chouette. Non content de l'avoir plongée dans les ennuis, voici qu'il compte sur elle pour l'en sortir...




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Enoch Norgrim
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Jeu 25 Jan - 18:54
Irys : 164969
Profession : Chasseur de primes
My'trän +2 ~ Zagash
« Je regrette, mais il ne s’agit pas de Deodat. »

« C’est une plaisanterie j’espère, doc’ ? »

L’individu au crâne chauve reposa lentement ses outils teintés d’un rouge sanglant sur un petit plateau métallique et plongea ses mains gantées dans une bassine d’eau croupie disposée près de la table d’opérations. Enoch fronça des sourcils, plissant son nez tant le parfum de l’encens médiocre utilisé par le nécrologue était bien plus irritant que les effluves de décomposition qui pouvaient imprégner les murs de cette sombre bâtisse qui, à la lumière de la seule lanterne à huile de baleine pendant sur un crochet rouillé, donnait à ce lieu sordide une apparence de pièce cauchemardesque sortie des délires d’un fou habitué aux supplices d’un asile au personnel ne se souciant nullement de l’éthique. Le plus terrible c’était que, au fond, il s’agissait un peu du même scénario de chirurgies sanglantes dignes des contes d’horreur qu’on murmurait dans les bars daënars.

Le nécrologue était un homme habitué à travailler avec les chasseurs de primes. Son rôle était d’identifier les cadavres rapportés par les redoutables traqueurs pour s’assurer qu’ils s’agissaient bien des cibles que les commanditaires désiraient voir morts. Généreusement payé par ces derniers, le docteur ne montrait pourtant aucun signe de fortune, toujours vêtu de son tablier de cuir brun qui lui donnait plus l’air d’un boucher que d’un maître dans l’art de la nécrologie.

« En fait, il s’agit plutôt de frère jumeau, Cavendish. »

« Parce qu’il a un frère jumeau ? Le client n’a pas mentionné cette information … »

Le docteur se contenta d’hausser les épaules tandis qu’il recouvrait le cadavre fraichement disséqué avec un linceul de fortune, puis il prit place sur une vieille chaise poussiéreuse qui poussa un long grincement plaintif en signe de protestation. Cherchant dans les poches multiples de son tablier, il en sortit finalement une frêle cigarette qu’il glissa entre ses lèvres avant de brandir un briquet.

« Ce n’est pas mon problème. Je ne fais que bosser avec les cadavres qu’on me fournit, ni plus ni moins. »

Enoch fronça d’avantage les sourcils, adossé contre l’un des murs de la pièce, une jambe au-dessus de l’autre et les bras croisés. Plongé dans ses propres réflexions, on pouvait deviner une grande frustration à travers ses prunelles d’amande. Ce fâcheux contretemps l’irritait tout particulièrement. L’adepte de Dalaï avait remué ciel et terre pour mettre la main sur cette crapule qui lui avait offert un combat somme-toute honorable pour un simple lascar, mais qui ne pouvait rivaliser avec les duels qu’avait connu le chasseur de primes du temps de ses croisades en terre sacrée. Savoir que tous ses efforts n’avaient servit à rien avait tendance à l’agacer, mais plus encore le fait que son travail était incomplet, chose qu’il ne pouvait  tolérer en bon amoureux du travail bien fait. Si sa réputation risquait d’en pâtir dans le milieu des chasseurs, c’était surtout son image sous le regard de Dalaï qui lui importait le plus. Enoch ne souhaitait nullement décevoir sa déesse adorée et il massa d’un air absent une des fines particules de magilithe cachée sous ses épais vêtements.

D’un mouvement furieux du bras, il envoya un fin arc aqueux qui, telle une flèche, fusa à travers la pièce avant de sectionner la fragile chandelle d’encens qui trônait sur une orange dont la blancheur cadavérique témoignait de son état de décomposition. Le docteur se figea un instant, fixant d’un air inquiet l’encens coupé en deux avant de secouer lentement la tête et de savourer calmement sa cigarette.

« Bien, je suppose qu’il ne me reste plus qu’à reprendre la chasse, si telle est la volonté de Dalaï. »

Tandis qu’il refermait derrière lui la porte de bois qui menait au sombre laboratoire, le docteur se contenta de marmonner dans sa barbe un « fanatique » avant de préparer le four destiné non pas à réchauffer l’ambiance glacée et mortuaire, mais plutôt à le débarrasser de son pâle et silencieux patient. Fredonnant un air de symphonie daënare, il commença à allumer alimenter la bête de fer avec le combustible.

~~

Le chasseur avançait d’un pas lent à travers les nombreuses ruelles boueuses et enneigées de la capitale du crime. Entre ses lèvres reposait une petite pipe traditionnelle, fine et légère. Une danseuse faîte de vapeur s’échappait de la petite cheminée de l’objet d’ivoire, dessinant de langoureuses arabesques dans les airs en courbes douces et voluptueuses avant de s’estomper dans l’air froid et implacable de la capitale de Marnaka. Frottant énergiquement ses mains gantées de mitaines, il avisa un trio d’individus armés qu’il reconnut comme ses concurrents dans le vaste tableau de chasse des chasseurs primes. Sachant que son humeur ne s’apprêtait pas à supporter les railleries de ces malfrats opportunistes, il préféra emprunter une autre ruelle plutôt que de noyer les dalles du sang de ces infidèles indignes de la grâce de Dalaï. Et puis il était le mieux placé pour savoir qu’à Aildor, certains avaient des amis puissants et tuer un de ces amis équivalait à se mettre sur le dos toute une horde d’esprits vengeurs.

Bifurquant sèchement vers la gauche, il remonta le col de son manteau pour se soustraire à un froid certes moins puissant que celui de Vereist, mais beaucoup plus retors, ayant cette insidieuse faculté à s’immiscer sous les pores des vêtements pour engourdir muscles et os de sa froide morsure.

C’est alors qu’il s’arrêta brusquement devant une scène bien anodine en ces lieux corrompus par le crime. Un groupe de malabars encerclaient petit à petit un duo composé d’un jeune gosse effarouché ainsi qu’une femme armé d’une dague et dont la chevelure lui rappelait le carmin du sang. Elle tenait fièrement face aux brutes épaisses qui la menaçaient et Enoch n’en fut nullement surprit, ayant longtemps apprit que les apparences étaient souvent trompeuses. Il se souvenait encore de ces frêles mages de Khurmag dont les illusions avaient trompés tant de soldats daënars sur le front, durant cette maudite guerre qui avait sonné le début d’une longue, longue série de tourments pour le bras-armé de Dalaï.

L’un des molosses à forme humaine remarqua la présence du nouveau venu et s’approcha de lui, pianotant avec ses doigts plus épais que des saucissons le manche qu’un grossier hachoir. Un sourire édenté accueillit Enoch qui resta impassible, son visage caché sous un chapeau de pèlerin d’une couleur de jais.

« Hey bah, on dirait que quelqu’un s’est perdu, hein ? C’est quoi cette tenue, hein ? Un pèlerin ? Un clodo ? Hey, joli chapeau, qu’t’as là. »

Saisissant ce qui couvrait la chevelure grisonnante de l’homme silencieux, l’impoli le porta sur son crâne dégarnis en s’esclaffant de plus belle, sûr de sa domination de part sa stature imposante et intimidante.

« Les infidèles qui osent posé la main sur les enfants de Dalaï se livrent à la perdition. »

« Hein ? »

« Et dans leur aveuglément, ils se croient maîtres affranchis de leurs créateurs, jusqu’à ce que Son épée vienne les pourfendre comme la vague terrasse le rocher qui se croyait immuable. »

« T’es un sacré bavard, l’pèlerin. J’pense qu’tu parleras moins avec la langue en …ugh ! »

Une seconde seulement suffit à faire taire le grossier personnage. Tel un serpent surgissant de son antre pour en chasser un intrus, le bras d’Enoch dessina un arc de cercle horizontal, faisant voleter son manteau telle une cape. Entre les doigts de cette main vengeresse sifflait une arme des plus inédites. Une fine colonne d’eau se maintenait par magie dans la main du chasseur de primes, prenant la forme d’une lame fine et légère. Le sifflement sonore de cette dernière rappelait les canons qui projetaient l’élément liquide à très forte pression, ou encore à ces puissants geysers qu’on trouvait dans certaines régions du nord, loin de la civilisation.

Les mains sur sa gorge, le malabar tentait vainement d’éponger sa gorge afin d’endiguer le flux sanglant qui s’échappait d’une plaie béante. Yeux exorbités, il tenta de crier mais seul un gargouillement hideux s’échappa de ses lèvres charnues. Dans un dernier râle de terreur, il s’effondra, secouant la neige de sa lourde carcasse tandis qu’il baignait lentement dans une flaque écarlate.

Impassible, Enoch souffla lentement un petit nuage de fumée d’entre ses lèvres avant de pointer son sabre aqueux vers les bandits dont la réaction était à mi-chemin entre la crainte et la haine, serrant d’avantage leurs armes tout en marmonnant les pires malédictions.

« Dalaï, donnes-moi Ta force. Accordes-moi ta Main. »
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Zora Viz'Herei
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Lun 29 Jan - 14:04
Irys : 1715105
Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

L'équation se complique lorsqu'une nouvelle inconnue s'y greffe. Zora tourne les yeux vers l'homme qui vient d'attirer l'attention de l'un des détrousseurs. Il tombe au bon moment. Ne serait-ce que parce qu'il soulage quelque peu la pression de l'étau qui menace de se refermer sur l'enfant et elle. Le signe que Möchlog veille sur elle. La distraction offerte par le nouvel-arrivant est forcément le fruit de la volonté de la divine Chouette!

Mais l'inconnu ne semble guère combatif. Il fait même preuve d'une étonnante passivité tandis que l'on agrippe ses cheveux grisonnants. Pense-t-il que dans une ville comme Aildor ce genre de comportement est gage de survie? Que le stoïcisme puisse être récompensé autrement que par la mort? Dévoiler sa faiblesse encourage toujours les fauves à se jeter sur vous... C'est une règle élémentaire du règne animal. Espérer s'y soustraire relève du plus naïf des espoirs. Elle l'a appris à ses dépends...

Et pourtant elle change bien vite d'avis lorsque les mots qu'il prononce effleurent ses oreilles. Davantage encore lorsque la neige aux pieds de son adversaire se teinte d'une teinte carmine caractéristique. Le présent de Möchlog prend alors la forme d'un allié de circonstance. Un allié digne de ce nom. Et si la rouquine se fie à la dernière phrase du grisonnant ou à la lame aqueuse qu'il tient à la main, à un mage. L'association des deux my'träns n'est plus simplement logique. Elle est à présent parfaitement naturelle.

Un sourire malsain s'installe à la commissure des lèvres de Zora tandis qu'elle prend conscience que la balance penche désormais en leur faveur. Leur infériorité numérique est compensée par la foi. Mieux encore: les coquins qui formaient un rempart autours de l'enfant et de la jeune femme semble à présent se focaliser sur le disciple de Dalaï. Une opportunité qu'elle ne se prive pas d'exploiter en faisant un mouvement félin sur sa droite tout en rabattant son bras. Le poignard s'enfonce entre les côtes de sa proie qui relève un regard surpris vers elle. Elle se contente d'un clin d'oeil pour toute réponse.

Puis la mêlée s'engage. Le bouclier de la rouquine dévie un monstrueux coup d'épée de l'une des brutes qui, emporté par son élan, se retrouve bien vite à portée de la lame aqueuse du grisonnant. Mais lorsque la disciple de Möchlog se retourne une violente douleur lui étreint l'estomac. Elle baisse à son tour les yeux vers la lame dont l'extrémité ensanglantée a disparu dans sa chair. Le fluide vital, d'une chaleur étrangement rassurante, commence à couler le long de sa peau tandis que ses jambes se mettent à trembler violemment. Un cri quitte ses lèvres. Un cri de douleur mais aussi de rage.
"Si tu meurs je peux avoir tous tes irys?"
Elle n'a pas besoin de chercher le propriétaire de cette voix trop irritante pour être oubliée. La rouquine ne répond pas, trop occupée à cracher du sang pour être capable de formuler le moindre mot intelligible. Ses genoux rencontrent le sol tandis que l'épée pénètre plus avant dans son ventre. Elle entoure alors de l'une de ses mains le poignet de son opposant tandis que l'autre se referme sur la gorge de l'indélicat. Des coups pleuvent sur son visage tandis qu'il essaie de se libérer de ce qui devient bien vite un étau implacable. Un craquement sinistre annonce finalement le verdict final.

Zora retire alors la lame qui perverti alors son corps d'un mouvement sec. Un filin de sang accompagne le retrait de l'épée, maculant davantage encore la neige. La jeune femme observe le liquide carmin avec une étrange curiosité, surprise de le voir se mêler à ceux de ses assaillants. Quant à ses pensées, elles sont tout simplement trop confuses pour qu'elle puisse réduire au silence la douleur qui l'étreint. Tout au plus est-elle capable de poser une main réconfortante sur sa plaie et à y prodiguer un semblant de soin. Pas assez pour la guérir efficacement. Mais suffisamment pour l'empêcher de se vider de son sang. Elle relève alors le regard vers l'enfant qui observe le scène depuis sa cachette. À savoir un tonneau dans l'utilité défensive est relative.
"Il te faudra... faire preuve de... patience!" halète-t-elle.
Elle voudrait bien lui expliquer qu'elle est immortelle. Que Möchlog, s'il place constamment la douleur sur son chemin, ne permettra pas qu'une telle chose arrive. Qu'elle est vouée à prendre place à ses côtés lorsque Irydaë sera enfin purifiée. Mais une nouvelle cascade de sang quitte ses lèvres, assombrissant quelque peu le sourire assuré qu'elle tente de décocher à l'enfant. La rouquine voit la bouche de l'intéressé formuler ce qui doit être des mots. Des mots qui lui semblent bien lointains, floués par les échos d'une conscience vacillante.

La favorite de Möchlog perçoit également le gamin se mouvoir et ramasser l'épée avant de disparaître de son champ de vision lorsqu'il s'éclipse derrière elle. Un corps s'écroule à côté d'elle. La rouquine l'observe avec une curieuse indifférence. Elle se sent si... détachée de la fureur du combat qui se livre toujours autours d'elle...

~~~~~~~~~~
"Vous nous avez sauvés!"
Sa vision s'affine avec difficulté, soutenue par la magie qu'elle détourne de sa plaie. Elle émerge de sa semi-torpeur comme d'autres reprennent leur souffle après une trop longue apnée, découvrant les corps qui jonchent le sol. Le disciple de Dalaï est toujours debout. Tout comme l'enfant qui vient de lui adresser ces quelques mots.
"Parle pour toi!" proteste-t-elle. "Je m'en sortais très bien toute seule!"
"Tu étais en train de mourir!" rigole le cadet du trio. "T'as rien fait!"
"J'étais en train de les occuper, c'est différent!" se défend-t-elle, mauvaise foi à l'appui.
Le mensonge est effectivement flagrant, motivé par un ego qui rivalise avec les sommets qui ornent les terres de Zaël. Zora tente de donner plus de poids à sa remarque vexée en se relevant avec peine. Elle s'appuie sur le mur à ses côtés tout en tentant de calmer les tremblements qui assaillent ses jambes. Il lui faut de longues secondes avant de retrouver un équilibre satisfaisant. Mais la douleur reste toujours bien présente, lui arrachant de multiples grimaces. Elle l'empêche toujours d'user de sa magie avec une efficacité suffisante et, surtout, satisfaisante!
"Merci toutefois pour ton aide!" glisse-t-elle à l'inconnu, relevant les yeux vers lui. "Que Möchlog soit béni pour t'avoir mis sur ma route! Et qu'il en soit de même pour Dalaï qui s'est pliée à la toute puissance du destin!"
Comprenez: qui s'est pliée aux exigences de la divine Chouette! Comment expliquer autrement la présence de ce disciple de la déesse? Tout ceci répond à une seule logique: celle de Möchlog! Mais Zora ne s'en étonne guère. Il est le plus puissant des tous les Architectes. Les autres ne peuvent que suivre.
"Vous êtes bizarres mais je vous aime bien!" s'amuse l'enfant. "Si vous voulez je peux vous montrer un endroit pas loin d'ici pour vous cacher!"
"Nous n'allons pas nous cacher!" s'irrite-t-elle.
"Ben... il faudra bien! Ces types appartenaient à la bande de Klaudius! Et l'un d'eux a réussi à s'enfuir par là!" explique-t-il en montrant du doigt l'une des ruelles. "Je vous parie tout ce que vous voulez que dans quelques minutes l'endroit grouillera de ses larbins! Il aime pas trop quand on tue ses copains, Klaudius!"
Zora garde son regard rivé dans celui du grisonnant tandis que l'enfant leur expose la nature d'un danger qui semblait écarté mais qui, visiblement, reviendra s'imposer. Elle lâche un soupire accompagné d'une nouvelle grimace. L'offre est alléchante, elle ne peut pas le nier. Mais elle doute qu'elle soit désintéressée.
"Et qu'est-ce que ça nous coûterait?"
"Je veux une épée comme le vieux monsieur!" exige-t-il en pointant du doigt le grisonnant. "Et ta bourse! De toute façon tu ne devrais plus être vivante!"
Ce qui l'irrite le plus? Outre le fait qu'il exige des choses déraisonnables en profitant de sa position de force, c'est sans conteste la façon qu'il a de considérer qu'elle est une simple mortelle parmi tant d'autres. Mais ils n'ont pas vraiment le choix. Du moins en ce qui la concerne. La rouquine n'est plus capable de livrer bataille pour le moment et elle le sait.
"Sale petit enfoiré..."
Quant au grisonnant... Difficile de savoir ce qu'il pense d'une telle offre.




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Enoch Norgrim
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Mer 7 Fév - 23:21
Irys : 164969
Profession : Chasseur de primes
My'trän +2 ~ Zagash
Les infidèles l’encerclent. Des bourreaux épais, aux mines patibulaires, couverts de tatouages intimidants et armés grossièrement mais suffisamment pour provoquer des blessures que tout homme sensé préférerait éviter. La haine et l’instinct de meurtre ce lit dans le regard de ces hyènes humaines qui resserraient un peu plus leur étau autour du loup solitaire. Cependant ils avaient beau avoir le nombre comme avantage certain, ils hésitaient. À leurs pieds, leur camarade mesurait le sol de toute sa taille, une flaque carmin s’étant congelée sous son épaisse carcasse. En face de lui, le mystérieux individu à la chevelure grisonnante se tenait droit, son arme de magie sifflant doucement d’une mélodie cristalline. Pas une goutte écarlate ne venait troubler la transparence liquide de la lame aqueuse qui se dressait comme le plus menaçant des sabres.

Les truands n’arrivaient pas à comprendre comment le liquide insignifiant d’apparence pouvait trancher avec la même aisance que l’acier trempé le plus aiguisé, y voyant une sorcellerie dont seuls les obscurs my’träns en avaient le secret. Ces malheureux incultes ignoraient donc qu’à forte pression, l’eau était à même de couper les métaux les plus solides comme un couteau chauffé à blanc dans du beurre. La quintessence du don de Dalaï reposait entre les mains talentueuses d’un défenseur de la foi, non, d’un ardent croisé. Nulle peur ne faisait trembler ses membres, nulle hésitation ne retenait sa position guerrière, rien ne semblait troubler le chasseur de primes qui était bien décidé à montrer à ses agresseurs que la puissance de l’architecte des eaux les surclassait largement.

Il y’eut un instant de flottement, un silence pesant, un moment où chacun se toisait, attendant un signe, un mouvement, une ouverture. Puis L’une des brutes passa à l’attaque, agitant une batte cloutée. Enoch fit siffler sa lame dans un mouvement fluide, sectionnant en deux l’arme de fortune du bandit et, par le même mouvement, sa bedaine qui laissa tomber un amas sanguinolent sur le sol enneigé. Hurlant d’horreur et de douleur, son adversaire s’écroula, tentant de ramasser ses viscères exposées au froid cruel d’Aildor tandis que ses deux compères assaillaient le mage. Ce dernier se retrouve acculé contre un mur et se prend un méchant coup de chaîne sur l’avant-bras. Animé par une rage froide, il inflige à son agresseur un coup de poing si sévère que le malandrin en perd l’équilibre, la lèvre fendue. L’autre parvient aussi à porter quelques coups de poing contre le visage d’Enoch qui s’en trouve terriblement déstabilisé.

Un éphémère succès pour les bandits, cependant. Le chasseur de primes se ressaisit bien vite avant de séparer la tête du pugiliste de son corps d’un moulinet sec de la lame à pression, puis d’envoyer son pied rencontrer le faciès de l’homme à terre pour s’assurer qu’il n’allait pas se relever pour quelque fourbes actions.

Par sa simple volonté, il mit fin au flux de magie qui alimentait sa lame. Le sabre d’eau perdit sa forme et tomba en une simple flaque liquide qui fut vite absorbée par la neige environnante. Il cracha une petite écume rouge sur le côté avant de rejoindre le duo. La rouquine reprenait conscience après avoir été atteinte d’un coup d’épée qui, en temps normal, l’aurait condamné à une lente agonie. Sa blessure se cicatrisait de façon surnaturelle et elle parvenait même à lancer des remarques qui ne manquèrent pas d’arracher un léger haussement de sourcil comme seule réaction chez Enoch. Ses paroles confirmèrent par contre ses soupçons : Il s’agissait d’une fille de Suhury, adepte de la Chouette. Le chasseur de primes avait toujours trouvé les gens du centre de My’trä étranges et presque indignes d’intérêt, du moins à l’époque où il participait encore à des razzias au nord du continent. Cette fille par contre avait un tempérament bien différent des passifs guérisseurs et s’il aurait put être amusé par son caractère, le fait qu’elle insinue que Dalaï, sa protectrice, s’était pliée à la volonté de Möchlog eut le doux effet de faire trembler l’index d’Enoch l’espace d’une seconde.

Pareil blasphème mériterait bien un châtiment immédiat mais notre mage guerrier n’était pas de ces fanatiques qui sautaient au cou du premier qui bafouait le nom de sa divinité. Si les paroles de la femme à la chevelure sanglante ne manquèrent pas de légèrement l’irriter, il n’en montra aucun signe, gardant sa sévère attitude digne des rigides militaires. Ce qui occupait son esprit, ce n’était son état ou le gamin qui leur tournait autour, mais bel et bien ce que ce dernier venait de déclarer. Ainsi donc ils venaient de mettre en pièces les membres d’un gang dangereux d’Aildor ? Voilà qui est problématique, lui qui désirait reprendre sa chasse à l’homme loin de tous problèmes. Mais si telle était la volonté de Dalaï, c’est qu’il y’avait forcément un but caché qui lui échappait.

« On te suit, gamin. »

Avare en paroles comme à son habitude, il ne tournait jamais autour du pot et réagissait immédiatement à l’urgence de la situation. Et la situation se fit encore plus urgente quand ils entendirent les aboiements sonores d’hommes s’approcher, attirés par les hurlements des agonisants et le son de l’échauffourée.

Le cadet du trio filait déjà vers une destination dont lui seul avait le secret. Enoch allait emboîter les pas du gamin mais il s’arrêta en remarquant que la fille de Möchlog était dans un état qui l’empêchait de bouger convenablement. Sa blessure l’handicapait tant que c’était un miracle qu’elle parvienne à rester debout, si on ne donnait pas crédit à sa volonté de fer. L’altruisme n’était pas une des qualités du chasseur de primes mais cette femme têtue pourrait s’avérer être un allié de circonstance utile, et il n’avait pas exécuté ces damnés pour abandonner celle qui semblait avoir bénéficié de la clémence de Dalaï.

C’est donc sans perdre de temps qu’il saisit la rouquine par la taille avant de la jeter comme un sac sur son épaule, remerciant l’architecte des eaux que la blessée était légère comme une plume. Sans se soucier de quelques protestations ou jurons qui sortiraient des lèvres de la belliqueuse demoiselle, il fusa à toute vitesse à la poursuite de leur guide de circonstance, entendant déjà des exclamations haineuses fuser derrière eux couplés de jurons sonores.

Soudain, il y’ eut une détonation bruyante, puis un sifflement qui assourdit l’oreille gauche d’Enoch avant que le mur d’en face ne soit touché par un projectile, y provoquant un petit trou qui aurait bien put prendre une teinte plus macabre si elle avait touché l’arrière du crâne du cinquantenaire vétéran. Dans un grognement sourd, il redoubla d’effort, emportant son paquet vivant tandis qu’il suivait de près leur minuscule guide à travers le dédale des quartiers d’Aildor, laissant leur destin entre les mains d’une Architecte qui, jusqu’à présent, avait toujours veillé sur son fils et protégé.



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Zora Viz'Herei
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Lun 12 Fév - 17:58
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Profession : Nécromancienne (en formation)
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La main toujours sur la plaie, le teint livide et l'esprit un brin embrumé, Zora ne se rend pas de suite compte de l'urgence de la situation. Et si elle a conscience que cette dernière est précaire, elle n'imaginait pas que les renforts envoyés par le fameux Klaudius seraient si promptes à réagir. Elle grimace et observe sa paume maculée de fluide carmin. D'une certaine façon, elle a l'impression d'être passée de Charybde en Scylla. Möchlog est un dieu qui prend un certain plaisir à tester ses fidèles, elle le sait depuis des années maintenant. Mais à chaque jour suffit sa peine, non? Non!

Le grisonnant, quant à lui, semble être un parfait avare en mots. Tout juste se contente-t-il du nécessaire, accédant à la requête du juvénile maître chanteur. Zora lâche un soupire et se contente de hausser les épaules. Les solutions ne se pressent pas au portillon. Et dans sa position, elle ne compte pas non plus gaspiller son énergie pour exprimer la moindre once de sarcasme. Il s'agit de la garder pour un éventuel futur combat. Un combat qu'elle espère néanmoins reporter le plus possible.

Mais pas à n'importe quel prix. Aussi lorsqu'elle se sent soulevée de sol puis installée comme un sac de patates sur l'épaule du disciple de Dalaï, elle ne réagit pas de suite. Notamment parce que la douleur la force à serrer les dents et à réprimer un cri de douleur. Mais un animal blessé n'est pas dénué d'ego. Et elle finit bien vite par se débattre malgré les grimaces régulières qui viennent perturber sa tâche.
"Repose-moi! Tout de suite!" s'emporte-t-elle. "Tu entends? J'exige que tu me reposes!"
Ses élans libertaires sont toutefois sérieusement calmés lorsque le sifflement caractéristique d'un projectile hérétique annonce un problème bien plus grave que la maltraitance d'une fierté qui, par ailleurs, semble déplacée si l'on considère le danger dans lequel le duo se trouve. Peut-être parler de trio alors que l'enfant ne pense qu'à s'enrichir et à exploiter une situation qui représente sûrement du pain béni à ses yeux?
"Tout compte fait, tu n'es pas si mal dans le rôle de la monture..."
Un peu capricieuse, il est vrai. Et sans doute moins confortable qu'un cheval. Mais il fait l'affaire. Et puis c'est une manière comme une autre de lui faire comprendre qu'elle accepte cette légère humiliation. Ou du moins, qu'elle la tolère. Serrant à nouveau les dents, tentant de faire abstraction de la douleur qui lui déchire les entrailles, Zora s'emploie dès lors à créer un bouclier dans le dos de son destrier. Bouclier qui s'illumine de temps à autre lorsque l'un des tireurs fait mouche. On ne peut pas leur enlever: ils savent viser!

Changement de stratégie, donc! Zora abandonne leur protection et remet son sort et celui de l'inconnu entre les mains de Möchlog. Il la préservera des balles, elle le sait. En sera-t-il de même pour le grisonnant? Le fait est qu'elle ne compte pas le laisser seul acteur de leur fuite. Elle emploie alors sa magie pour amplifier la force et la vitesse de son improbable destrier afin qu'il puisse rattraper l'enfant et distancer leurs adversaires. Pour peu que sa position le lui ait permis, elle aurait peut-être poussé le vice jusqu'à lui donner quelques coups d'éperons imaginaires. Un fantasme? Allons, vous n'y pensez pas!

~~~~~~~~~~

L'endroit n'est pas exactement luxueux. La crasse et les divers débris présents n'invitent pas à la confiance. Sans parler des divers matelas rapiécés qui jonchent le sol et qui inspirent le plus pur des dégoûts à celle qui a pourtant pris place sur l'un d'eux. Certes, les choses auraient pu être pires. Mais il est indéniables qu'elles auraient également pu être nettement meilleures. L'un dans l'autre, ils s'en sortent bien. Mais à quel prix?

Il faut plusieurs instants à la jeune femme pour remarquer la présence d'autres enfants. Plusieurs pairs d'yeux la dévorent du regard et si elle n'y prête guère attention, elle ne peut cependant pas ignorer l'irritation que cette masse de gamins arrivent à provoquer chez elle. L'instinct maternelle? Elle sait depuis longtemps qu'elle ne dispose pas d'une chose pareille. En réalité sa patience est à peine supérieure que celle qu'elle accorde aux adultes lorsqu'ils est question d'enfants. De toutes les créatures qui hantent Irydaë, le gaminus irritus est sans doute la pire d'entre elles.
"Super! Il ne manquait plus que ça..." murmure-t-elle. "Vous vous multipliez ou quoi?"
Elle lâche un reniflement irrité avant de se focaliser sur la guérison de son abdomen. Dans ce relatif calme, la tâche est déjà plus aisée. Suffisamment pour qu'elle s'autorise à espérer un rétablissement plus prompt qu'elle ne l'espérait. Mais sa concentration est de nouveau mise à l'épreuve lorsque une voix bien trop connue s'élève à nouveau pour briser le silence.
"Ce sont mes amis!" clame-t-il fièrement. "Lui c'est Dorgo! Là il y a Mijae, Forel, Isildu..."
"J'ai l'air d'être d'humeur à sociabiliser avec ta meute?"
"La politesse, tu connais?"
Elle relève un regard ampli de surprise vers leur "hôte". De qui se moque-t-il? Est-ce elle qui l'a suivi lors d'une bonne partie de son trajet, quelques minutes plus tôt? Est-ce elle qui a tenté de l'escroquer? Ou qui souhaitait dépouiller son cadavre? Le gamin inverse les rôles avec une efficacité déconcertante. Et ô combien détestable. Zora l'observe quelques instants le môme avant de reporter son attention sur l'homme providentiel envoyé par Dalaï.
"Et maintenant?" l'interroge-t-elle.
"Maintenant?" intervient l'autre. "Toi, tu me donnes ta bourse! Et toi, mon épée ondulante!"
Avec tout ceci elle avait presque oublié le marché conclu à la hâte avant la folle course - chevauchée? - qui a vu le duo de mages se retrouver dans ces lieux insalubres. N'ayant guère la force de refuser - ou de risquer qu'une bande de petits malfrats se jette sur elle pour obtenir son dû, aussi mal acquis fut-il - la rouquine balance sa bourse à l'enfant. Mais quelque chose lui dit que le grisonnant aura plus de mal à donner satisfaction à ce groupe juvénile mais ô combien détestable...




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Dernière édition par Zora Viz'Herei le Mar 20 Fév - 16:38, édité 1 fois
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Enoch Norgrim
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Lun 19 Fév - 12:25
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Profession : Chasseur de primes
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Pas un instant le chasseur de primes ne s’était plaint des gesticulations capricieuses de son chargement humain, poursuivant une course effrénée à travers le dédale sordide et malfamé des ruelles d’Aildor, ignorant royalement les allusions étranges faites par la blessée sur sa personne. Les détonations furieuses des pistolets suffisaient à couvrir tout autre son qui aurait tenté d’atteindre ses oreilles, ébranlant le silence des lieux par un grondement de guerre.

Les truands n’étaient pas à leur premier essai dans l’art du tir en milieu urbain à en juger par la précision redoutable dont ils faisaient preuve, les balles de plomb frôlant de peu l’improbable duo ou venant s’écraser contre les protections magiques dressées par la fille de Möchlog. Une aide bienvenue qui évita à Enoch de finir ses aventures le dos criblé de balles, son sang se mêlant à la neige et la boue.

Une bouffée d’adrénaline inattendue le gagna soudain, son sang semblant être possédé par un feu divin qui lui brûlait les veines tout en boostant sa constitution et son endurance. Gagné par cette énergie surnaturelle, toute fatigue s’estompa à mesure que le chasseur devenait bête de course, véritable sprinteur qui aurait fait pâlir d’envie le plus glorieux des coureurs de l’Olympe. Rapidement, l’improbable trio avait semé leurs poursuivants hargneux qui, à défaut de mettre la main sur les assassins de leurs compagnons, se contenteraient de dépouiller leurs cadavres des quelques biens de valeur qu’ils portaient, aussi maigres soient-ils.

À Marnaka, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se fait piller.

~~

Assit sur une vieille caisse en bois dont la surface était rongée par l’âge et la mousse, Enoch s’adonnait à une de ses activités de détente privilégiées. Une fine pipe traditionnelle reposait entre ses mains, laissant échapper de sa petite cheminée le parfum particulier d’une herbe séchée de qualité, un des rares luxes que se permettait le bras-armé de Dalaï. Lentement, il soutirait à un rythme régulier une longue bouffée de fumée avant de la souffler un instant plus tard sous la forme d’un fin nuage qui venait danser langoureusement vers le plafond avant de s’estomper.

Certains bambins parmi les plus curieux s’étaient approchés de cette véritable statue humaine, encouragés par le semblant de passivité et le peu de réactions qu’exprimait le cinquantenaire. Mais la simple sensation d’indifférence et de dédain qui imbibait l’étrange personnage comme une aura palpable dissuadait les enfants de la rue d’approcher leurs pattes crasseuses dans l’optique de toucher de plus près cette force de la nature déguisée en vagabond aigri et désabusé.

Enfants de la rue. Survivants réels d’Aildor. Fruits d’une relation charnelle discutable, abandonnés par manque de moyens de sustenter toute la famille, orphelins à la mort précaire de leurs géniteurs ou tout simplement fugueurs ayant quitté l’enfer d’une vie familiale oppressante et violente, ces petits gosses se rassemblaient en une seconde famille, véritable confrérie d’apprentis voleurs unis par la nécessité, le besoin et ce sentiment de proximité de par la cruauté de leur existence.

Là où la fille de la Chouette ne voyait en eux que d’insupportables profiteurs et opportunistes, Enoch devinait quant à lui un groupe soudé et prêt à tout pour survivre dans la jungle urbaine. Des enfants qui pourraient être bien utiles pour les sortir d’un problème bien présent, celui du redouté Klaudius.

« Oublies l’épée, gamin. J’ai quelque chose de plus intéressant à te proposer. »

Prenant tout son temps en tirant une nouvelle bouffée de son poison, il ne fit guère attention à l’attitude impatiente du meneur des jeunes orphelins, tapant frénétiquement du pied sur le sol poussiéreux jusqu’à lever un petit nuage sous ses pieds.

« Ton Klaudius, il doit avoir une belle fortune, n’est-ce pas ? »

« Et comment ! Tout le monde le sait, son commerce de drogues li remplit bien les poches. Puis y’a ses hommes qui détroussent les plus imprudents. »

Hochant lentement la tête, le vétéran porta son regard d’amande vers la furie aux cheveux sanglants, n’exprimant qu’une étrange détermination qu’on pourrait presque comparer à la fatalité du destin taillé dans le marbre de chair et d’os. Puis il fit signe au garçon d’approcher. Hésitant, ce dernier décida finalement d’obtempérer avec courage, prouvant ainsi qu’il était le digne leader de sa petite bande de bras-cassés. Un Aildorien pur, le regard déjà luisant de la lueur de la survie et d’une détermination acérée. Le chasseur de primes déposa sa large main sur l’épaule du semi-homme, ses yeux plongés dans les siens.

« Si tu me conduis jusqu’à son repère, je te promets que toi et tes amis, vous aurez tout le butin de Klaudius. »

L’enfant écarquilla des yeux, visiblement incrédule et sceptique.

« Tout son or ? »

« Jusqu’au dernier Irys. »

Reportant son attention vers la my’tränne blessée, il constata que cette dernière faisait l’excellent travail de fermer la plaie qui l’handicapait. Il ne lui faudrait guère beaucoup de temps avant que la blessure ne soit plus qu’un amer souvenir du passé. Certains mages avaient un talent plus poussé vers la guérison, il en avait été témoin. Recoudre les plaies, stopper les hémorragies, ressouder les muscles et les tissus, apaiser les douleurs les plus vives. La furie rouge ne semblait pas bénéficier de cette expertise, ce qui laissait penser que sa compassion pour la vie humaine n’était pas aussi haute que chez le commun des guérisseurs.

Après tout, la magie était le reflet de l’âme d’après certains sages.

« Qu’en penses-tu, toi ? Tailler de l’infidèle, laver l’affront d’avoir sous-estimé nos Architectes, débarrasser le monde d’une vermine de plus. Ça sonne comme un bon plan pour moi. »



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Zora Viz'Herei
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Mar 20 Fév - 10:57
Irys : 1715105
Profession : Nécromancienne (en formation)
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Elle grimace en reposant les yeux sur la plaie. Le halo doré qui l'enveloppe délicatement contraste avec la sauvagerie du coup à l'origine de la blessure. La magie fait des miracles mais elle n'efface pas le souvenir de la douleur ou de l'échec. Zora doute être capable de s'habituer un jour ou l'autre à la première. Le second, quant à lui, parsème sa route depuis son enfance. De mémoire, il a toujours été un ennemi fidèle. Et trop obstiné... Elle savait pourtant que sa destinée n'allait pas de pair avec la quiétude ou le bonheur.

La rouquine se redresse contre la planche de bois qui lui sert de dossier et grimace lorsque son corps meurtri proteste en diffusant dans son corps une onde de souffrance. Elle sert les dents par réflexe et termine son mouvement par un léger soupire résigné. Ce n'est qu'en adoptant sa posture finale qu'elle tourne ses iris ambrées vers le grisonnant et l'enfant qui s'est approché de lui. Non parce qu'elle se sent concernée mais plutôt parce qu'elle ne peut décemment pas se soustraire à la curiosité. Ou à l'espoir que l'inconnu se débarrasse pour elle de cette meute d'enfants.

Elle comprend néanmoins la retenue donc le serviteur de Dalaï fait preuve: la perspective de pouvoir s'enrichir en volant ce Klaudius est tout à fait séduisante. Ne vient-elle pas de donner le reste de ses iris à ces racketteurs en herbe? L'affaire ne sera sans doute pas aisée mais avec un peu de jugeote et une bonne coordination, une bande d'infidèles ne devraient pas poser de soucis à l'étrange duo qu'elle forme avec le grisonnant. La jeune femme envisage d'ailleurs les approches envisageables et évalue le temps qu'il lui faudra pour être parée au combat lorsque l'inconnu décide d'offrir à leurs hôtes la totalité du trésor de leur cible. L'adepte de Möchlog exprime sa pensée par un reniflement de dédain bien trop audible pour être ignoré.

Le fait est qu'on lui demande néanmoins son avis. Ou, plutôt, son assistance. L'homme a négocié les termes d'un accord qu'elle approuve partiellement, certes, mais pour lequel il n'a pas jugé utile de l'interroger. Zora est tentée de refuser, par principe. D'autant plus qu'elle a déjà rempli sa part du contrat en donnant sa bourse aux gamins. Mais peut-elle décemment cracher sur la possibilité de se venger de la bande à l'origine de sa blessure? Peut-elle seulement croire que ces crétins lui ficheront la paix après le massacre de leurs hommes dans cette ruelle? Pour survivre à Aildor, il faut tuer en premier. C'est une règle autant qu'un dogme dans une cité soumise à la vindicte des forts...
"J'en suis..." maugrée-t-elle. "Ne serait-ce que pour le plaisir de rappeler à ces infidèles ce qu'il en coûte de défier les serviteurs des Architectes!"
La purge, en soi, ne l'intéresse que fort peu. Elle se fiche pas mal des gens qui souffrent à cause de Klaudius ou de tous les autres chefs de bande. S'ils ne sont pas capables de se défendre seuls, c'est qu'ils méritent de ployer le dos et de baisser les yeux. Peut-être même de perdre la vie. Néanmoins il convient de rappeler à ces crapules que le monde ne se limite pas à Aildor. Et qu'il y a toujours un prédateur pour venir manger ceux qui se croient au sommet de la chaîne alimentaire!
"J'y mets toutefois une condition: je veux une partie des fonds de Klaudius. Très exactement trois fois la somme que je viens de perdre il y a quelques instants! Je ne m'acquitte pas deux fois d'une dette!" indique-t-elle en posant le regard sur la bourse qu'elle a jetée aux enfants. "Même si c'est plaisant, tuer ces gens ne m'aidera pas à remplir mon estomac ce soir!"
"Il a dit que nous pourrions tout garder!" proteste l'autre. "Alors on garde tout!"
"Vous n'aurez rien du tout s'il n'est pas en mesure de vaincre seul Klaudius et ses sbires!" lui fait-elle remarquer. "Que préfères-tu? Avoir l'assurance d'obtenir une somme qui reste conséquente ou prendre le risque de ne rien gagner du tout?"
Cette possibilité semble fait son bonhomme de chemin dans les avides pensées de l'enfant. Zora, de son côté, doute que le grisonnant lui ait proposé de participer à cette chasse parce qu'il apprécie sa compagnie. Il sait - tout comme elle le sait - qu'un travail d'équipe sera nécessaire pour exterminer ces vendeurs de drogue. Purifier des âmes égarées est un exercice plutôt simple. S'en prendre à une bande organisée, armée, en est une autre...
"Bon, d'accord!" approuve finalement l'enfant. "Maintenant, on passe à la partie amusante!"
Il y a constante parmi tant d'autres dans ce monde: ce qui est amusant pour l'un ne l'est que rarement pour l'autre. Ainsi cracher dans une paume sale et la tendre ensuite à une jeune femme ou à un homme dans la fleur de l'âge ne rentre pas dans les critères ludiques de Zora. Elle observe la main tendue de l'enfant et hausse un sourcil de scepticisme, lui faisant comprendre qu'elle ne la serrera pas. Un air de déception s'affiche sur le visage de l'enfant.
"Alleeeez! C'est la tradition!" insiste-t-il. "Crache dans ta main et serre la mienne!"
"Pas pour tout l'or du monde, non!" réplique-t-elle, catégorique. "Et puis d'ordinaire on se présente avant de faire... ça!"
"Ha! C'est vrai! Moi c'est Nestor. D'Aildor!" glisse-t-il fièrement. "Et toi?"
"Zora!" indique-t-elle simplement avant de tourner le regard vers le grisonnant. "Et vous? Vous êtes qui?"
"Un chic type qui voudra bien me serrer la main!" affirme le cadet du trio. "Hein que oui?"
C'est à présent vers le doyen de l'équipe que Nestor s'est tourné, lui offrant ainsi une paume enduite de glaire. De quoi arracher un léger sourire amusé à la rouquine qui observe avec une attention presque juvénile la réaction de celui qui aura réussi à obtenir gain de cause. Mais à quel prix?




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Enoch Norgrim
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Sam 3 Mar - 0:27
Irys : 164969
Profession : Chasseur de primes
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Laissons les personnes présentes négocier les termes d’un douteux contrat, Enoch était quant à lui plongé dans des réflexions tactiques. Dans son esprit, un chant de guerre silencieux tambourinait. La transe guerrière qui gagnait un homme à la veille de la guerre, la fougue qui enrageait le barbare avant un raid meurtrier, la concentration prédatrice qui imbibait l’assassin avant son coup. Le bras-armé de Dalaï se transportait doucement et subtilement dans la mer du sang et des flammes, en préparation pour une nouvelle croisade contre les impurs, les truands, les infidèles et les blasphémateurs qui parasitaient la terre bénite par leurs créateurs de leur simple présence impie.

Le chasseur de primes portait un mépris profond et presque zélé envers les bandits et autres criminels organisés en véritables hardes unies par la cupidité et la soif de violence. Oh il se remémorait que trop bien lors de ses multiples chasses à l’homme les morbides méfaits commis par ces brutes. Des hameaux réduits en cendre, des coffres éventrés, des bêtes disparues, des orphelins aux visages désolés, des hommes brutalement abattus, laissés à la merci de l’appétit vorace des charognards, des femmes à jamais brisées. La peste dans sa forme humaine, voilà comment Enoch qualifierait les crapules qui pullulaient en ce monde, spécialement dans cette contrée glacée.

Autrement dit, il se ferait presque une joie de taillader les abominables chiens, mais un homme de foi ne devait prendre plaisir dans sa tâche sacrée. C’était Dalaï qui le guidait à travers les vastes terres d’Irydaë pour purger sa surface de toute présence malveillante. Seule la satisfaction d’avoir servit une fois de plus les plans de sa protectrice devrait prévaloir dans son cœur et non le frisson de la chasse qui s’annonçait.

Avisant le duo qui venait de s’adresser à lui, il comprit qu’ils désiraient connaître son nom. Il fut un temps où dévoiler son identité était signe de fierté et d’orgueil, de renommée et de notoriété. On pouvait alors déclarer dans les villages et clans alentours « regardez, c’est Enoch, celui dont les exploits sont … ». Mais c’était du passé. À présent modestie, prudence et piété le poussaient à être une racine agissant dans l’ombre plutôt qu’une rose cherchant l’éclat du soleil pour exposer ses pétales colorées. Ainsi dévoiler son nom était une denrée rare, certes non précieuse mais qu’il préférait généralement taire si on ne venait pas à le lui demander.

« Enoch. »

Un soupir las, un mot unique prononcé dans un ton bas et profond, comme arraché des lèvres d’un agonisant avant son ultime hoquet. Se relevant avec une lenteur rigide, il ignora la main tendue du jeune Nestor sans daigner lui porter un regard, avançant alors d’un pas lourd jusqu’à la porte de sortie où était accroché son manteau fade. Tandis qu’il mettait sur ses épaules l’habit obscur, il parla à travers son épaule à l’intention de celle qui allait devenir sa partenaire de guerre pour le temps de cette expédition :

« Je vais partir en éclaireur afin de jauger un peu le repaire de ce Klaudius. »

Inutile d’en dire davantage. Chaque geste, chaque mot suivait une logique implacable. Zora était clouée sur place l’espace de quelques temps, elle ne lui serait d’aucune utilité tant qu’elle n’aura pas reprit du poil de la bête. Les enfants quant à eux n’avaient aucune expérience militaire ou tactique. Plutôt que se rouler les pouces dans cette bâtisse poussiéreuse, il préférait aller tâter le terrain en personne.

Quittant la pièce en rabattant la porte derrière lui, il s’éloigna rapidement de son repère de fortune, marchant en direction d’une destination bien précise. Il lui fallut moins d’une heure pour rejoindre l’auberge où il avait laissé son fidèle mustang. Avec cette fière monture, patrouiller les environs serait rapide et il aurait aussi à portée un moyen de fuir si jamais les terres de Klaudius étaient étroitement surveillés par des sentinelles.

~

Les heures s’étaient écoulées depuis le départ du vétéran et les petits survivants chuchotaient déjà dans leur coin la possibilité que le silencieux chasseur ait été capturé par les hommes de Klaudius. Nestor leur racontait déjà les rumeurs au sujet de ses terribles châtiments dont un consistant à arracher les doigts des prisonniers pour les obliger à les croquer, arrachant des frissons d’angoisse chez les plus crédules de sa bande.

Plongés dans l’ambiance instaurée par les contes de leur aîné, ils tremblèrent à l’unisson en poussant une exclamation de surprise lorsque la porte s’était soudainement ouverte sur une large stature menaçante, avant de se détendre lorsque la faible lumière d’une lampe à huile éclaira les traits sévères du disciple de Dalaï.

Sans se soucier d’aucune cérémonie ou salut, il s’installa sur la caisse qui lui avait servit ce matin de siège et déplia un papier sur lequel il avait crayonné ce qui semblait être une carte improvisée qu’il tendit à la fille de Möchlog.

« Un ancien abattoir abandonné au milieu de ce qui semble être une vieille colonie daënare. Un pont traverse le lac qui encercle le bâtiment. Aucune fortification mais je n’ai pas put m’aventurer de plus près pour voir s’ils ont déposé des pièges ou des postes de gardes. Le terrain est bien trop exposé pour qu’on s’aventure à découvert le jour. La nuit par contre, nos chances seront plus grandes.»

Se grattant la barbe, il laissa la jeune femme aux cheveux sanglants analyser le croquis offert tandis qu’il débarrassait son manteau de l’épaisse pellicule de neige qui s’était agglutinée sur ses larges épaules.

« Qu’en est-il de ta blessure ? »





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Zora Viz'Herei
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Mar 6 Mar - 4:53
Irys : 1715105
Profession : Nécromancienne (en formation)
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Ce n'est pas l'absence du dénommé Enoch que Zora regrette mais plutôt le fait de se retrouver seule avec une poignée d'enfants et adolescents en tout genre. Il est vrai que l'homme n'est pas du genre bavard. Tout au plus s'est-il exprimé lorsque c'était nécessaire ou qu'on le lui demandait. Tout l'inverse de la bande qui observe à présent la rouquine en échangeant des paroles stériles. Stériles et... bruyantes.

Et pourtant Zora distille vaguement quelques sourires lorsqu'elle perçoit l'innocence qui imprègne certains propos. L'enfance est une période bénie. Elle vous permet d'occulter toute la noirceur de ce monde et vous autorise à percevoir la beauté qui imprègne chaque chose. La disciple de la Chouette n'était guère différente d'eux. Et elle donnerait beaucoup pour revivre ces instants privilégiés. Des instants qui vous appartiennent entièrement. Du moins jusqu'à ce que la mémoire ou l'Oubli les dévore. Que reste-t-il alors sinon des regrets?

La rouquine se retrouve bien vite noyée dans les souvenirs. Elle ne reconnaît pas l'enfant qu'elle était alors. La naïveté qui la caractérisait lui insuffle un profond dégoût. Ainsi qu'une profonde jalousie. Si elle pouvait tout recommencer, changerait-elle quelque chose? La réponse, elle souhaite l'ignorer. Ne serait-ce que parce qu'elle menace les piliers de sa foi. Et pourtant elle ne peut s'empêcher de se demander: que serait sa vie si elle avait refusé l'appel de Möchlog?

Plus paisible. Sans doute plus agréable aussi. Aurait-elle des amis? Un époux? Des enfants sur lesquels veiller? Des âmes issues de la sienne, une chair née de son corps? La rouquine sait ce que l'on ressent lorsque l'on ôte la vie. Qu'en est-il lorsqu'on la donne? Le saura-t-elle un jour? Ou devra-t-elle également sacrifier cette opportunité? Möchlog seul décidera du destin qu'il souhaite lui accorder. Tout est écrit... Que faire sinon suivre les mouvements que le marionnettiste vous impose?

~~~~~~~~~~

Il est tard lorsque Enoch revient enfin. Zora l'accueille d'un regard qui se veut indifférent et qui contraste d'ailleurs avec le soulagement qu'elle ressent: si l'homme avait décidé de se soustraire à cet accord la petite bande aurait pu très mal le prendre. Ce qui aurait sûrement mis la rouquine dans une situation des plus délicates. Un soupire quitte ainsi les lèvres de la jeune femme lorsqu'elle saisit le croquis que son allié lui tend. Croquis qu'elle détaille en écoutant les explications qui l'accompagnent. Les choses ne seront vraisemblablement pas aussi aisées qu'elle l'espérait...

Elle envisage diverses approches mais se heurte à une inconnue de taille. Quelle est donc la puissance d'Enoch? Elle l'a vu combattre et il n'est clairement pas un novice dans les arcanes de Dalaï. Pourtant Zora connaît mal ces mages et leurs pouvoirs. L'homme sera-t-il une gêne? Un atout de valeur? Il se pose vraisemblablement la même question puisque il lui demande alors comment elle se porte. Une manière de s'assurer qu'elle ne sera pas un poids dont il préférerait se passer?
"Je te prête peut-être des intentions que tu n'as pas mais si tu souhaites savoir si je serai une gêne pour toi alors sois rassuré: la réponse est non!" promet-elle. "Et puis de toute façon j'ai besoin de prendre l'air..."
Elle décoche un vague regard en direction des enfants comme pour appuyer ses propos. A-t-il seulement idée de ce qu'elle a enduré pendant ces quelques heures? Il n'est pas question qu'elle reste davantage encore dans cet endroit nauséabond et peuplé d'une faune qui a la faculté de saper la patience avec une efficacité redoutable. La rouquine se redresse alors et titube un bref instant avant de retrouver son équilibre. Elle s'appuie alors contre une poutre proche, croise les bras et interroge Enoch:
"As-tu vu une trace de Technologie?" grimace-t-elle. "Si c'est une ancienne colonie daënar alors il faudra vraisemblablement composer avec la présence de leur fausse déesse. Et avec la gêne qu'elle nous imposera..."
Une perspective des plus dérangeantes. La rouquine a déjà ressenti les maux que Technologie est en mesure d'infliger aux vrais serviteurs des dieux. Un souvenir particulièrement déplaisant. Suffisamment, d'ailleurs, pour leur mettre des bâtons dans les roues et freiner l'efficacité de ce duo. Mais peut-être seulement parler de synergie entre deux êtres qui ne se connaissent pas?
"Si l'on veut profiter de l'effet de surprise nous devons renoncer à utiliser le pont. Et je doute qu'une approche en bateau ne soit pas déjà anticipée. Si nos cibles ont été assez malines pour choisir un endroit comme celui-ci, j'imagine qu'elles le sont aussi suffisamment pour le protéger..." regrette-t-elle. "Nous pourrions peut-être passer... dessous?"
Une proposition qu'elle se sent un brin stupide de formuler. Davantage encore lorsque des sourcils étonnés se lèvent dans la jeune meute qui les écoute. Pourtant Zora se souvient des propos qu'un homme lui a tenu dans sa jeunesse à propos d'Ariun, une cité engloutie dédiée à Dalaï. Une cité qu'elle aurait d'ailleurs eu la chance de visiter grâce à une bulle d'air qu'on lui aurait ménagée. Elle a souvent pensé que cette histoire était issue d'un délire fiévreux. Et pourtant...
"Qu'en dis-tu? On joue à "Visitons Ariun mais à Marnaka"?" s'amuse-t-elle. "Je crois savoir que les daënars adorent les objets cylindriques. Leurs armes, les tuyaux qui surplombent leurs temples sur My'trä... Peut-être qu'ils aiment aussi en construire sous l'eau et qu'en s'y faufilant nous pourrions jaillir en plein coeur de leur camp?"
Un léger sourire s'installe sur ses lèvres. L'idée lui semble plaisante. Presque ludique. Mais il faut à présent voir si une telle magie est dans les cordes de son partenaire...




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Enoch Norgrim
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Lun 9 Avr - 15:56
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Un simple hochement de tête quitte l’attitude rigide du saint guerrier lorsque sa partenaire de fortune lui fait signe qu’elle supportait bravement les blessures de leur précédente escarmouche et ce, même si elle affichait encore quelques signes d’épuisement. Pareille blessure n’était pas à prendre à la légère, même pour un adepte aguerrit de la Chouette. Sa conscience le poussait à clouer l’impétueuse rouquine au lit (ou ce qui pourrait servir de couche en cette baraque miteuse et poussiéreuse) le temps qu’elle récupère complètement ses précieuses forces, mais un simple regard dans les prunelles embrasées de la jeune femme lui avait suffit pour deviner qu’il ne rencontrerait qu’une furieuse obstination et une ténacité à toute épreuve. La flamme de la foi lui donnait la force de poursuivre leur quête sacrée, qui était-il pour s’y opposer ?

Posant son poing fermé contre son menton barbu dans une attitude pensive, il médita brièvement sur les propos de la dénommée Zora. Sourcils froncés, il tenta d’ordonner le peu d’informations qu’il avait réussit à collecter lors de sa ronde tactique autour du repère ennemi sans se faire surprendre par les sentinelles, développant des conclusions qu’il écarta petit à petit pour n’en garder que les idées les plus vraisemblables.

« Nous ignorons encore notre ennemi, qui sait ce qu’ils cachent comme effectifs hétéroclites au sein de leurs rangs. Nous sommes à Als’Kholyn, après tout, le nid de toutes les vermines de ce monde bénit des Architectes. Je ne serais pas surpris qu’on trouve autant d’abominations daënares que de parias my’träns. Prudence. »

Tandis qu’il essayait d’imaginer le meilleur moyen de prendre d’assaut la forteresse de Klaudius sans mettre leurs vies en péril, la disciple de Möchlog proposa un idée des plus … intéressantes. Oui, contrairement aux gamins qui jetaient des regards autant incrédules que moqueurs à la suite de cette audacieuse stratégie, Enoch quant à lui imaginait déjà dans son esprit militaire comment ils pouvaient exécuter ce plan particulièrement dangereux et délicat, mais qui aurait l’immense avantage de leur conférer l’avantage de la surprise totale sur leurs cibles vigilantes.

Il devait reconnaître que l’audacieux plan ne lui déplaisait pas. Le souci, c’était que …

« Le plan est intéressant, mais le principal inconvénient reste la froideur de l’eau. Je doute qu’on puisse tenir plus d’une minute avant que nos corps ne soient totalement immobilisés par l’engourdissement. Seuls les maîtres qui ont atteint la perfection dans l’art sacré du domaine de Dalaï arrivent à supporter ces rigoureuses chutes de température. »

Un niveau de maîtrise qu’il n’avait pas atteint, hélas. Lui qui arpentait les continents dans une sainte guerre contre infidèles et païens, après d’aussi longues années à vivre dans les conditions les plus difficiles, il n’avait eu pour seule récompense que le fardeau d’un état qu’on attribuait aux créatures incomplètes, un sceau de la honte, une condamnation à mort. Chaque jour il pouvait sentir, au fond de son âme, le regard prédateur d’une entité supérieure, un limier surnaturel dont le seul but était d’atteindre sa proie désignée. Purger la terre de l’incohérence comme il purgeait Irydaë des mécréants et des brutes. Des idées qui pouvaient le hanter pendant des jours et des jours, s’il n’avait pas entraîné son esprit à ignorer ses doutes comme les murmures d’un serpent conspirateur prêt à distiller son venin dans ses veines. Il était le bras vengeur de Dalaï, la « marque » qu’il portait était son fardeau et son testament. Il devait la traîner avec lui et en souffrir les terribles conséquences, comme un phare dans la nuit au milieu des loups affamés.

Penser au phare lui rappela le problème de chaleur qui faisait défaut à l’idée de Zora. Puis une idée, certes étrange, lui effleura l’esprit. Il hésita, pesant le pour et le contre, se doutant de la possibilité de mettre au point une chose pareille. Mais si elle avait confiance (si l’on pouvait parler en ces termes) en ses capacités, il devait aussi avoir confiance en elle et les pouvoirs accordés par son architecte.

« J’ai peut-être une solution. Dis-moi, serais-tu capable de faire en sorte que nos organismes régulent convenablement notre chaleur le temps de la plongée ? J’ignore si c’est dans tes cordes mais l’idée c’est de faire en sorte que nos corps parviennent à maintenir un semblant de chaleur, le temps de quelques minutes. »

Les jeunes enfants fixaient l’étrange duo avec une incompréhension totale, confus qu’ils fussent devant les plans extravagants et suicidaires que chaque membre de cette équipe de l’au-delà inventait grâce à leur imagination tordue et fanatisée.

Ils étaient fous, voilà ce qu’ils étaient. Du moins aux yeux du commun des mortels. Mais le sage savait que ces deux individus n’ignoraient pas que l’existence et l’adversité étaient une seule et même chose.



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Zora Viz'Herei
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Mer 18 Avr - 22:34
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Elle n'avait guère envisagé le problème inhérent à la température glaciale de l'eau. Le froid aura tôt fait d'avoir leurs peaux. D'autant plus qu'il est difficile d'évaluer le temps qu'il leur faudra pour trouver un chemin d'accès à cette forteresse. Dans ces circonstances il serait sans doute plus sûr d'attaquer frontalement l'adversaire. Il est toujours plus aisé de lutter contre un ennemi en surnombre que contre un adversaire que l'on ne peut distinguer. Pourtant Zora n'est pas encore prête à reléguer son idée aux oubliettes. Et elle considère à présent les options qui s'offrent à eux pour contrecarrer la morsure fatale du froid. Chaque problème n'est-il pas assorti d'une solution? Ou, du moins, sensé l'être?

La fanatique s'adosse à nouveau au semblant de sommier de la couche sale sur laquelle elle repose, écartant au passage une mèche de cheveux rebelle de son visage. Elle entrevoit bien une façon de tromper le froid des abysses. Mais elle est en revanche moins sûre de ses capacités. La blessure focalise depuis quelques heures maintenant une partie de son énergie. Et elle devra davantage encore puiser dans ses réserves physiques et arcaniques pour tenir sur ses jambes et, plus tard, affronter l'ennemi. Peut-elle décemment en sacrifier davantage pour contrer le problème posé par le froid? La témérité n'est pas une alliée sur laquelle on peut compter...

La rouquine continue de garder le silence tandis que ses pensées s'agitent. Enoch, de son côté, semble avoir exploré la même solution qu'elle. Il l'exprime d'ailleurs à merveille lorsqu'il reprend la parole pour demander à la jeune femme si elle est en mesure de réguler la température de leurs corps. L'intéressée réfléchit encore quelques instants, prenant conscience qu'elle n'a de toute façon guère le choix. Si elle ne tente rien, ils deviendront de nouveau les proies qu'ils étaient quelques heures plus tôt. Parfois il est inutile de raisonner en ce qui est possible ou non. Certaines choses doivent simplement être faites.
"Les tremblements qui se manifestent lorsque nous sommes soumis au froid est un mécanisme de défense du corps. Avec l'aide de Möchlog, je pense être capable d'accentuer le phénomène." finit-elle par répondre. "Mais l'effort consenti par nos muscles sera violent. Et la dépense d'énergie de nos corps sera également conséquente. Nous ne succomberons pas au froid mais cela ne signifie pas pour autant que nous serons aptes à nous battre lorsque nous aurons atteint notre destination..."
Et ça, c'est également un problème. À moins, bien sûr, qu'ils trouvent le moyen de se reposer quelques temps avant de passer à l'action. Il leur faudra probablement quelques heures pour recouvrer leurs capacités. Et ce, seulement si elle parvient à maintenir une emprise magique sur leurs deux corps pendant de longues minutes. Le tout en espérant que sa blessure et la douleur qui en résulte ne viendra pas briser sa concentration. Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg...
"Nous serons obligés de nous reposer une fois sur place. Et comme nous ne savons pas exactement ce que nous trouverons là-bas, on ne peut qu'espérer trouver un abris avec une température suffisamment confortable pour nous permettre de reprendre des forces. Ou tout simplement de rester en vie..." glisse-t-elle en haussant vaguement les épaules. "Disons que c'est quitte ou double, sur ce coup-là!"
Et pourtant malgré le danger dont elle a conscience, Zora n'arrive pas à ignorer une évidence qui rend caduque la plus avisée des prudences. Elle lève son regard d'ambre pour croiser celui de son allié imposé par les circonstances. La retenue est un don fait aux plus faibles, à ceux qui sont obligés de renoncer à tant de choses pour espérer vivre quelques jours de plus. Lui elle, ils n'appartiennent pas à ces gens-là qui sont, au demeurant, bien souvent des infidèles ou des âmes perdues semblables à celles qui errent à Aildor.
"Mais Möchlog et Dalaï sont avec nous!" glisse-t-elle en agrémentant sa remarque d'un sourire encourageant. "Plaçons nos espoirs entre leurs mains bienveillantes et tentons cette traversée!"
La conviction s'inscrit dans le regard de la rouquine tandis qu'elle l'ancre plus profondément dans celui, aux reflets amande, qui s'obstine à lui répondre. Ils sont tout deux différents. Et pourtant unis par l'amour qu'ils éprouvent pour leurs divinités et la confiance qu'ils placent en eux. Oui, ils sont de la même trempe. Et cette similitude leur permettra probablement d'abattre les obstacles qui se dresseront face à eux. Qu'ils soit anticipés ou impromptus. Ils vaincront! Car c'est là le rôle qui est dévolu aux Enfants des Architectes...

~~~~~~~~~~

L'obscurité les enveloppe tandis que le lac se dresse comme un rempart face à l'ambition du duo. De temps à autre un rayon lumineux projeté par une étrange hérésie glisse sur la berge à la recherche d'intrus. Leurs ennemis veillent. Et tôt ou tard, ils remarqueront la présence des deux mages. Fort heureusement il n'y a plus à tergiverser. La décision de traverser ce lac a été prise bien en amont, quelques heures plus tôt. Il est désormais tant d'agir.

Zora se rapproche d'Enoch et capture son bras droit de ses mains. Ses yeux s'illuminent d'une douce aura dorée lorsqu'elle affermit son emprise sur les muscles du noiraud tout en faisant pareil avec les siens. Elle est prête à déployer la magie nécessaire aux endroits requis de leurs anatomies lorsqu'ils auront plongé dans les profondeurs sordides de ce berceau aqueux. Et pourtant les ongles qu'elle enfonce dans la peau de l'homme prouvent que l'idée est toujours aussi désagréable...
"Je... J'ai toujours eu un peu de mal avec les endroits clos!" avoue-t-elle lorsqu'elle se rend compte de la pression relative qu'elle exerce sur la chair de l'homme. "Ou recouverts de plusieurs tonnes d'eau, par exemple!"
Elle conclue sa remarque d'un léger sourire contrit avant de prendre une longue bouffée d'air et d'adresser un regard entendu à Enoch. Un petit signe de la tête encourage ensuite son allié à déployer sa propre magie pour leur ménager un passage. Zora se colle davantage au barbu comme si sa survie en dépendait. Ce qui, dans le fond, est précisément le cas...




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Enoch Norgrim
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Mer 6 Juin - 20:44
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Un lent hochement de tête fut la réponse offerte par le vétéran envers l’impétueuse fille de la Chouette quand cette dernière plaça leur destin commun entre les mains de leurs protecteurs célestes. C’était, pour Enoch, la meilleure réponse que pouvait formuler un vrai fidèle. Qui étaient-ils sinon les instruments de déités vastement supérieures ? Craindre pour sa vie relevait de la méprisable stupidité quand on savait que les parents tout-puissants veillaient sur leurs enfants dans leur ultime sagesse. Qu’importe les obstacles, ils fonderont comme des murs de neige face à leur foi ardente.

Un détail qui ne lui échappa pas fut l’utilisation des deux noms de leurs Architectes respectifs par la dénommée Zora, la même personne qui, il n’ya pas si longtemps, blasphémait presque le nom de Dalaï lors de leur échauffourée musclée avec les sbires de Claudius. Une preuve de confiance ? Bien que sur ses gardes tel le léopard sur sa branche, Enoch apprécia silencieusement cette fonte de glace qui se manifestait timidement entre eux. La tension entre les deux zélés défenseurs de My’trä se tournait vers une cible commune et les dieux seuls savaient ce que cette force commune pouvait déchaîner sur les hordes damnées des infidèles.

La main gauche du bras-armé de Dalaï glissa doucement le long de son flanc, son index et son majeur effleurant le bout du manche de bois couvert de cuir de son couteau de chasse. Le contact avec cette vieille arme qui ne l’avait jamais trahit, qui l’avait accompagné depuis bien des années, lui insuffla une détermination nouvelle ainsi qu’une féroce anticipation du bain de sang qui les attendaient. Une nouvelle croisade pour les fidèles des dieux face aux agents de la corruption et de l’hérésie.

~~~~~~~


L’eau est un allié, pas un ennemi. L’élément ne cherche pas à engloutir, mais à étreindre. Il ne tue pas, il donne la vie. Dompter l’eau, c’est dompter la vie. Apprivoiser l’eau, c’est s’ouvrir un passage dans son royaume défendu.

Enoch entrait lentement dans cette forme de concentration mentale, de transe, ce moyen d’élever son esprit un peu plus vers sa Protectrice, de se libérer des entraves de la chaire pour libérer le potentiel magique que leurs créateurs ont accordé à leurs fidèles. La confiance que portait le mage envers sa protectrice ne devait connaître aucun doute ni aucune faille, la connexion entre le mortel et l’immortel devait aboutir à une communion sacrée, une transcendance du corps et de l’âme. L’homme visualise l’élément de Dalaï, sa force et sa douceur, ses dangers et ses bienfaits, ses courbes épousant parfaitement son corps. Puis il visualisa un écran, un bouclier qui maintiendrait l’élément en retrait, qui lui permettrait de s’immiscer dans cet univers farouche en compagnie de sa partenaire de chasse.

Un picotement sur son bras l’arrache à sa sensation de flottement et il cligna à plusieurs reprises des yeux avant de remarquer la présence de la jeune femme à la chevelure vermeille à ses côtés. Les ongles plantés dans sa chaire, loin de lui faire mal, lui donnaient plutôt un indicatif sur le stress apparent de sa partenaire, qu’elle s’empressa rapidement d’exprimer avec un sourire peu rassuré.

« Les Architectes veillent sur nous. Tu n’as rien à craindre tant que tu les laisses veiller sur toi. »

Le zagashien n’avait jamais été très doué pour rassurer les gens. C’était un homme d’action plutôt qu’un grand orateur, peu doué avec l’art des mots. Il avait eut une éducation martiale au sein de sa tribu nomade, quant au reste des années ils les avaient passées à chasser les pires déchets de l’humanité dans les recoins les plus sordides d’Irydaë. Ses interactions avec les autres humains se résumaient donc à des relations hostiles et tendues, chose qui avait durci petit à petit le comportement déjà renfrogné du guerrier jusqu’à en faire un esprit de pierre guidé par une mission sacrée. Une arme redoutable.

Inspirant profondément, il glissa son bras le long de la taille de sa partenaire de chasse, ferma les yeux un instant pour se concentrer, puis d’un commun accord avec la jeune femme, ils plongèrent dans l’eau glacée. Un écran liquide semblait envelopper les deux aventuriers tel un manteau translucide, empêchant l’élément liquide de s’infiltrer dans leurs vêtements et de mordre leur chaire, leur épargnant son contact glacé. Cependant le froid état bel et bien omniprésent et sans l’aide magique offerte par la disciple de Möchlog, Enoch aurait déjà perdu sa force sous le joug du froid. Tenant bon, il commença à battre de son bras libre, se mouvant alors avec Zora sous l’impulsion magique du don de Dalaï tel un poisson.

Restait maintenant à découvrir un moyen de pénétrer cette antre du mal et vite. Les profondeurs du lac étaient obscurs, les formes floues et peu visibles. Discerner quelque chose à travers ce voile aquatique relevait du défi, mais cela ne découragea nullement l’homme qui avait déjà eu à mener des embuscades sous couvert d’une rivière ou d’un point d’eau pour mieux surprendre un ennemi. Après plusieurs secondes de ronde autour de l’île, le duo parvinrent à découvrir le passage tant désiré : une bouche d’égout assez large pour leur permettre de s’y faufiler à deux. Trois barres de métal rongées par la rouille gardaient l’entrée du tunnel. S’approchant d’un mouvement des jambes, Enoch frappa à plusieurs reprises contre le métal fragile, s’aidant de sa maîtrise de l’eau pour fragiliser les supports de ces obstacles de métal. La ténacité de l’anomalie finit par payer, les barres se brisant pour leur livrer passage. Sentant que le froid commençait à se faire sentir de plus en plus insistant malgré le soutien fournit par la rouquine, il sentit le danger qui les enveloppait comme les brumes de la mort au bord de l’inconscience. Poussant dans ses retranchements magiques, il exerça une pression sous forme d’un nuage de furieuses bulles qui les propulsèrent aussi rapidement qu’une torpille daënare, leur permettant de dévorer la distance les séparant de l’air libre.

Le duo parvint au bout du chemin lorsqu’ils se retrouvèrent au centre de ce qui paraissait être un vaste bassin ou plusieurs autres tuyaux déversaient un flux constant et bruyant d’eau. Le grondement aquatique fut salvateur, car en sortant la tête de l’eau, les deux my’träns aperçurent un couple de bandits portant les tatouages distinctifs de la bande de Klaudius. Quant à ce qu’ils faisaient, les soupirs et autres sons obscènes ne laissaient aucun doute quant à pourquoi ces deux truands s’étaient caché à l’abri dans ce lieu humide et froid.

Bien qu’épuisé par l’effort fournit par leur infiltration discrète, Enoch savait pertinemment qu’ils devaient se débarrasser de toute menace pour leur plan, aussi peu honorable pouvait être la tâche de mettre au silence un couple en pleine réunion romantique. Après tout, il ne s’agissait que de deux scélérats, quels remords pouvait-il en tirer ?

Tirant son couteau à la lame affutée comme un rasoir, il tourna son regard déterminé vers les prunelles dorées de Zora, attendant un quelconque signal de sa part.



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Zora Viz'Herei
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Ven 8 Juin - 8:08
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Elle apprécie la tentative de son allié pour la rassurer. Cela fait bien longtemps que personne ne s'est pas comporté ainsi en sa présence. Ne serait-ce que parce qu'elle s'obstine à ne pas s'attacher aux gens. Elle n'a guère besoin de marques de gentillesse pour avancer inlassablement sur le chemin que lui a imposé Möchlog. Un chemin marqué par la solitude et le rejet. Elle le comprend et ne s'en offusque pas. Cela fait bien longtemps qu'elle n'attend plus grand chose de ses congénères de toute façon. Mais la tentative d'Enoch reste malgré tout appréciable. Et ce, même s'il est passé à côté de l'essentiel:
"Je ne doute pas un seul instant que les dieux veillent sur nous!" s'amuse-t-elle vaguement. "Ce qui m'inquiète, c'est ta capacité à nous garder en vie..."
Möchlog veille sur elle, elle le sait. Mais Dalaï est une déesse capricieuse. Se livrer ainsi aux griffes de l'eau lui semblait une bonne idée quelques heures plus tôt. Désormais, la rouquine se demande si elle n'est pas en train de commettre une forme de suicide en s'abandonnant ainsi à l'optimisme. Ou, plutôt, à la folie. Elle reste néanmoins convaincue d'une chose: la Chouette ne la destine pas à mourir ici, dans les profondeurs de ce lac. Elle se repose finalement entièrement sur sa foi tandis qu'elle avance aux côtés du noiraud vers l'élément liquide.

La morsure du froid est aussi immédiate qu'implacable. Les poumons de la fanatique semblent se figer et refusent obstinément d'avaler l'oxygène salvateur. Elle doit d'ailleurs se faire violence pour continuer à animer leurs muscles et produire la chaleur nécessaire à leur survie. Tromper le corps est un art qui ne lui réserve plus de grandes surprises. Mais maîtriser ses émotions est un exercice autrement plus compliqué. Et qui devient davantage ardu encore lorsque l'eau finit par les engloutir.

Le froid devient vite une véritable plaie qui affecte bien vite la capacité de concentration de Zora. Elle pensait qu'Enoch allait leur ménager un semblant de bulle protectrice, pas que l'eau lécherait avec cette désagréable douceur leurs corps. L'obscurité ambiante achève de compléter un tableau qui n'encourage guère à l'optimisme. Les doutes reviennent. La rouquine ne tarde ainsi pas à enfoncer de nouveau ses ongles dans la chair de son allié comme si elle craignait qu'il l'abandonne à la merci de l'élément liquide.

Mais les choses ne se passent pas aussi mal qu'elle le craignait. Elle retrouve même un semblant d'optimisme lorsqu'ils découvrent un point d'accès. Mais le métal qui en barre l'accès lui rappelle que l'espoir est une alliée dangereuse. Et pour ne rien arranger le froid se fraie peu à peu un passage dans leur passage malgré les efforts soutenus de la fanatique pour le repousser. Elle envisage un bref instant de focaliser sa magie sur elle et d'abandonner Enoch avant de se rappeler que sa survie garanti la sienne. Elle se souvient à présent pourquoi elle n'aime pas se reposer sur les autres...

Néanmoins l'obstacle est rapidement balayé par le noiraud qui leur permet alors de progresser davantage vers le salut. La cadence de leur nage semble même s'accélérer sans qu'elle parvienne réellement à l'expliquer. Mais les secondes, elles, n'ont jamais parues aussi longues. Une faible luminosité vient disputer le terrain aux ténèbres et un instant plus tard le duo finit pas à rejoindre la surface de ce qui semble être un étrange bassin.

Zora ne perd guère de temps à observer les alentours. Elle est bien trop occupée à inspirer à nouveau de l'air, tout nauséabond soit-il. Elle est prise d'une quinte de toux que le tonnerre ambiant de l'eau se charge de camoufler. Et heureusement. Car elle remarque alors ce qui n'a pas échappé à l'homme qui se tient à ses côtés. Des bruits... particuliers. Il y a donc bien un comité d'accueil. Mais elle était loin d'imaginer qu'il serait de ce genre-là...

Elle perçoit la lame qu'a tirée Enoch. Le froid reste toujours d'une rare violence. Et pourtant il lui faut encore quelques secondes pour détacher son regard des ébats de ce couple. De la curiosité malsaine? Ce n'est pas la première fois qu'elle voit des gens s'accoupler. Et pourtant ce rituel nécessaire à la vie captive toujours autant son attention. Ce n'est que lorsque son corps proteste davantage encore qu'elle daigne finalement se hisser hors de l'eau et abandonner ce semblant de voyeurisme.
"Hey! Vous deux!" hèle-t-elle le couple. "Il y a des auberges pour ça!"
Elle a suffisamment accentué sa voix pour qu'ils puissent l'entendre, cette fois-ci. Une simple manifestation d'un plaisir sadique. La mort ne doit pas leur tomber dessus trop vite. Il faut qu'ils aient le temps de la... vivre. Qu'ils comprennent que le plaisir va laisser place à la souffrance et que leur existence présente est terminée. Toujours est-il que la rouquine ne leur laisse guère le temps de réagir et de saisir les armes déposées sur leurs vêtements, à leurs côtés.

Elle forme un bouclier en forme d'anneau autours du couple, les compressant fermement l'un contre l'autre. Puis elle le tire d'un mouvement sec en direction du bassin et, donc, d'Enoch. Un sacrifice dédiée à Dalaï et exécuté par son disciple. Une manière de remercier la déesse pour le semblant de bienveillance dont elle a fait preuve quelques secondes plus tôt...


Elle ne s'est guère préoccupée de la façon dont ils sont morts, trop occupée qu'elle était à retrouver un niveau de chaleur corporel acceptable. Elle s'est blottie contre Enoch dès qu'il est sorti de l'eau. Le contact de deux corps est une puissante manière de vaincre le froid. Il n'y a rien de sensuel ou de tendancieux dans cet acte dédié uniquement à la survie. Et qui permet également à la fanatique d'économiser quelque peu ses forces et sa magie pour le combat qui s'annonce.

Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'elle quitte cette source nécessaire de chaleur pour apporter de l'attention aux vêtements délaissés par leurs adversaires. Elle pousse du bout du pied l'arme de la femme jusqu'à ce qu'elle tombe dans l'eau tout en affichant un air dégoûté. La nausée disparaît sensiblement mais reste attisée par les hérésies proches qui canalisent l'eau. Bien qu'elle ne puisse pas les voir, elle soupçonne la présence de quelques-unes de ces satanés machines dans les environs.
"Ces infidèles avaient des goûts discutables mais ils nous ont au moins fourni les moyens de nous faire plus discrets!" remarque-t-elle en ramassant les vêtements féminins. "On trompera plus aisément leur vigilance avec ça! Je suis prête à parier qu'ils ne sont pas tous aussi indisciplinés que ces deux-là..."
Möchlog veille sur elle puisqu'il a visiblement décidé de lui offrir une victime ayant plus ou moins la même corpulence qu'elle. Mais elle remarque bien vite qu'elle aura de la peine à enfiler les vêtements de l'infidèle par dessus les siens. Pas particulièrement enjouée à l'idée de se dénuder dans un endroit aussi frais que celui-ci, elle tente malgré tout de tenter le coup. Et pour détourner l'attention du noiraud, elle décide de poursuivre leur petite discussion.
"Que te dit l'eau?" s'enquit-elle. "Tu arrives à... percevoir la direction qu'il nous faut prendre pour remonter à la surface?"
Ce ne sont pas moins de quatre couloirs circulaires qui s'offre à leur curiosité. Elle doute qu'ils mènent tous à l'intérieur de la forteresse et n'a guère envie de crapahuter à l'aveuglette. D'une façon ou d'une autre, Enoch trouvera probablement le moyen de tirer son épingle du jeu en se fiant au circuit de l'eau. Du moins l'espère-t-elle.

Les échos d'une discussion lui signalent la présence d'une petite ouverture au sommet de la pièce dans laquelle ils se trouvent. Et les ombres qui sont brièvement projetées sur le mur la poussent à la prudence. Elle se plaque contre le mur jusqu'à ce que le danger d'être découverte soit écarté. Puis elle se résigne à retirer ses propres vêtements avant d'enfiler ceux, douteux, du cadavre.
"Retourne-toi, tu veux?"
Elle ne s'amuse pas à vérifier s'il obtempère ou non, ils n'ont pas le temps pour ces bêtises. La rouquine commence donc à se changer en tentant de repousser à nouveau la fraîcheur ambiante. Aildor est une cité formidable. Mais le climat, lui, est décidément bien détestable...




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Enoch Norgrim
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Sam 16 Juin - 18:24
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L’eau engloutit les deux corps inertes des bandits dans ses noires entrailles. Deux âmes souillées sacrifiées à Dalaï l’Indocile. La joie sauvage de purger l’hérésie brillait comme une flamme infernale dans les prunelles dorées de Zora, mais seule la satisfaction du travail bien fait animait les traits du chasseur des eaux. Ne portant plus aucune attention sur les deux formes qui se faisaient avaler par son élément de prédilection, il rangea son arme blanche avant de rejoindre la terre ferme, poussant un long soupir qui libéra une buée épaisse devant son visage ruisselant.

« Évites d’attirer l’attention de l’ennemi la prochaine fois. Nous faire repérer est la dernière chose qu’on souhaite ici. »

Sermonner la jeune femme pour sa provocation quelque peu audacieuse lui semblait nécessaire, comme un mentor gronderait son élève durant un exercice particulier. La ténacité belliqueuse de sa partenaire pouvait vite se retourner contre eux dans le pire moment possible, autant contrôler la tempête avant qu’elle ne se déchaîne.

Après s’être collés l’un contre l’autre pour bénéficier d’une mutuelle chaleur humaine, la jeune femme alla examiner les habits laissés par les défunts amants tandis que le chasseur de primes se focalisait plus sur les nombreux tuyaux qui s’enfonçaient dans la roche, tels des veines et artères de métal alimentant un cœur artificiel gigantesque. Ces canaux d’irrigation se révélaient être des atouts de choix pour un mage de l’eau expérimenté, Enoch le savait et Zora aussi à croire sa question pertinente. S’approchant d’un des longs tuyaux métalliques, l’homme à la chevelure poivre et sel posa la paume de sa man contre la froide surface du fer et ferma lentement des yeux, laissant son esprit entrer en contact avec l’élément grondant qui circulait dans un flux incessant à travers la veine artificielle. Les minutes s’écoulèrent à mesure que le vétéran sondait le chemin prit par l’eau, les bifurcations et nombreuses voies qui s’entrecoupaient encore et encore à travers la terre, puis qui rejoignaient un même point.


« Les canaux qui circulent à l’Est remontent vers l’édifice. L’eau est plus propre que celle des tuyaux qui s’enfoncent ailleurs, j’en conclue que ce sont des canaux de vidange d’eau sale et que l’eau potable nous mènera vers l’ennemi. »

Ils connaissaient à présent leur destination, mais ils devaient reprendre un peu leur souffle, chacun ayant puisé dans sa magie respective afin d’en arriver là. Quand elle en donna l’ordre, Enoch s’était déjà retourné, guetteur infatigable surveillant cette petite trappe au dessus de leurs têtes. L’idée de porter les vêtements des morts ne lui donnait guère envie, d’autant qu’il doutait de l’efficacité d’un déguisement sans doute sommaire et à l’utilité douteuse.

D’un air distrait, il posa ses doigts sur son haut humide, caressant légèrement une faible excroissance qui apparaissait sous forme d’une bosse à travers le tissu. Le contact était dur et froid, rien à voir avec les ossements de son corps. Non, il garderait ses vêtements plutôt qu’exposer le châtiment du martyr qu’il portait sur son corps. La marque était son fardeau, personne ne devait le partager avec lui. C’était son épreuve, sa tragédie et sa destinée. Soudain, il commença à fumer, à libérer de fines volutes de vapeur comme s’il sortait d’un bain chaud. Sa magie le libérait de l’emprise glacée de l’eau, desséchant ses vêtements trempés.

Une fois complément sec, il s’empara du seul vêtement digne d’intérêt délaissé par sa précédente victime, à savoir une longue cape miteuse dotée d’une cagoule assez grande pour cacher dans son ombre les traits du vagabond.


« Bien, allons-y. »

Enoch ouvrait la marche, empruntant le couloir humide et circulaire qui l’obligeait presque à pencher la tête. Outre les vers et autres limaces visqueuses et rampantes, le duo devait parfois s’arrêter brusquement, sur leurs aguets, avant de se détendre quand ils découvraient que la source du bruit n’était autre qu’un rat chassant quelques imprudents cafards. Leur long chemin à travers ce sordide canal obscur fut enfin éclairé par ce qui semblait être une ouverture au dessus de leurs têtes. Une échelle métallique disposée à même la surface du couloir permettait l’accès à cette sortie. Quitter ce tunnel au parfum fort désagréable se faisait plus pressant que jamais et c’est sans hésiter qu’il grimpa jusqu’à la surface.

« Z’avez finit votre affaire, les deux tourtereaux ? »

Enoch se figea, à deux doigt de passer à l’offensive. Dans son esprit, les pires scénarios d’embuscades l’avaient effleuré, réflexe d’un homme ayant passé son existence à affronter ses pairs humains. Cependant il remarqua qu’un seul individu était présent dans ce qui semblait être les bas étages d’une boucherie où les carcasses congelées de bovidés pendaient sur des crochets métalliques. La pièce était glaciale, sans doute parce qu’elle n’était pas alimentée par les tuyaux à vapeur que l’on trouvait dans les demeures d’Aildor pour supporter le froid, d’où l’utilité de cette salle comme stock de viande pour ces malfrats. L’individu qui l’avait interpelé lui tournait le dos, occupé à décortiquer des quartiers de viande douteuse à grands coups de hachoir. L’homme était massif, un épais tas de chaire graisseuse tatouée portant un tablier de cuir qui arrivait à peiner à faire le tour de sa large bedaine.

« Je te le dis, Joe, je vais pas couvrir tes sauteries à chaque fois. Tu te débrouilles, hein, et c’est pas un paquet de cigarettes qui va me faire changer d’avis. »

Reniflant bruyamment, le boucher repoussa les morceaux finement découpés avant de s’emparer d’une cuisse épaisse qu’il martela à son tour.

« D’ailleurs, Barney est passé tout à l’heure. Ils vont organiser un combat dans la cage dans pas longtemps et y’a La Teigne qui y participe. Tu ne voulais pas le voir, celui-là, déjà ? »

Enoch avisa les nombreux pics de glace qui pendait à même le plafond, au-dessus de leurs têtes, figés par la rigoureuse température. Avant que le grand boucher ne se retourne vu l’absence de réponse de la part de l’intrus qu’il confondait avec son camarade, le zagashien avait déjà enfermé l’emprise de sa magie sur l’un des stalactites, le détachant brusquement de son support gelé. Telle une épée de Damoclès, le projectile s’enfonça dans le crâne dégarni de sa victime qui n’eut pas l’occasion de pousser une exclamation épouvantée, seul son visage ce figea dans une expression de totale stupeur avant que sa lourde masse ne s’effondre aux pieds du chasseur de primes.

Saisissant le cadavre pesant, il le traîna à l’abri des possibles regards, laissant le soin à sa partenaire d’examiner les lieux tandis qu’il camouflait leur intrusion forcée.



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Zora Viz'Herei
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Sam 30 Juin - 10:27
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Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

Zora n'a pas pour habitude d'envier les capacités des mages qui ne se sont pas tournés vers Möchlog. Outre le fait qu'elle considère que l'apport spirituel des dieux qu'ils ont choisis ne saurait égaler celui offert par la Chouette, elle n'a que rarement trouvé leurs pouvoirs séduisants. Certes, ils sont utiles. Mais ils reposent sur les éléments et non sur l'équilibre sacré unifiant la vie et la mort. Bien qu'elle ne les porte pas particulièrement dans son coeur, la fanatique s'est ainsi toujours sentie plus proche de ceux qui servent Khugatsaa ou Orshin, par exemple. Sans toutefois leur accorder la même place que les disciples de la Chouette, évidemment...

Toutefois elle ne peut nier qu'Enoch et ses dons sont particulièrement utiles depuis qu'ils se sont aventurés dans l'eau glacée puis dans ce semblant de bastion. La rouquine aurait sans doute eu toutes les peines du monde à investir si discrètement les lieux sans son aide. Et elle aurait sûrement perdu un temps précieux à errer dans ce dédale souterrain avant d'en trouver la sortie. Sans parler du fait que l'homme, lui, n'a pas besoin de livrer sa peau à la morsure du froid pour se délester de ses vêtements mouillés. La preuve que les dons de Dalaï, dans un environnement comme celui-ci, ne sont pas à prendre à la légère.

Une constatation qu'elle se promet d'ailleurs de garder à l'esprit au cas où elle devrait se retourner contre son précieux allié. À vrai dire elle ne sait pas grand chose de lui. Les amis d'hier ont souvent tendance à devenir les ennemis de demain si elle se fie à ce qu'elle sait des rapports humains. Et la confiance est un cadeau qu'elle ne peut décemment pas accorder à un homme dont elle ne sait rien. Qui sait s'il ne serait pas prêt à la sacrifier pour peu qu'il y trouve un intérêt? Elle, elle le ferait bien sans hésiter après tout...

Mais pour l'heure elle n'a aucune raison de remettre en cause leur alliance mutuellement profitable. Et malgré la remarque quelque peu irritante qu'Enoch lui a adressée au sujet de la façon dont elle a interpellé les deux cadavres à leurs pieds, elle est satisfaite par l'apport du grisonnant. Avec lui, la victoire n'est pas illusoire. Ce qui l'inquiète, c'est davantage ce qu'il pourrait se passer une fois qu'ils l'auront obtenue. La fanatique chasse néanmoins ces pensées funestes de son esprit tandis qu'elle termine d'ajuster ses nouveaux vêtements.

Suite à qui elle emboîte le pas au vagabond lorsqu'il lui propose de reprendre leur route. Aussi alerte que dégoûtée par cet environnement nauséabond et obscure, elle se contente dans un premier temps de faire de son mieux pour ne pas glisser et tomber dans des détritus dont elle ne veut même pas imaginer la provenance. Les fausses alertes se succèdent jusqu'à ce que le duo atteigne une échelle ruisselante. Leur porte de sortie?
"Je commençais à me demander si tu ne t'étais pas perdu..." le taquine-t-elle. "Allez, quittons cet endroit!"
Elle grimpe à sa suite en faisant de son mieux pour ne prêter attention au métal froid ou aux protubérances glacées qui mettent à rude épreuve la chair de ses paumes. Elle oublie néanmoins bien vite ce tracas lorsqu'elle rejoint à son tour l'étage supérieur. La clarté ambiante, ténue mais contrastant malgré tout avec l'obscurité de ces égouts, l'aveugle suffisamment pour l'empêcher de prendre conscience du danger qui leur fait à présent face. La voix graveleuse qui les accueille se charge de corriger cette latence.

L'homme qui leur tourne le dos est d'une sacrée carrure. Il lui évoque le géant qu'elle a croisé quelques jours plus tôt et qui a bien failli lui ôter la vie. Venir à bout d'un tel adversaire ne sera probablement pas aisé. Ce qui n'empêche pourtant pas Zora de dégainer doucement sa lame et de trahir ainsi son désir de violence. Tout imposant qu'il soit, cet homme ne saurait être capable de rivaliser avec la magie combinée du duo. Et Enoch le prouve tout en la devançant, usant de ses dons pour décrocher une lame de glace du plafond qui ne tarde pas à régler le problème posé par ce boucher.
"Ils organisent des combats?" s'étonne-t-elle, animée par une réelle curiosité. "Je suppose qu'on peut reprocher beaucoup de choses à ces infidèles mais au moins ils savent s'amuser!"
Elle est à présent animée par l'excitation tandis qu'elle imagine des affrontements sauvages sublimés par l'abondance de sang. Et à vrai dire elle n'a qu'une seule envie en cet instant: rejoindre l'endroit indiqué et profiter du spectacle qu'il abrite!
"Et puis j'imagine que la plupart des membres de cette bande y assisteront!" ajoute-t-elle en guise d'argument. "C'est plutôt aimable de leur part de se regrouper pour nous faciliter le travail! Si on arrive à s'en débarrasser d'un seul coup on n'aura plus qu'à achever ceux qui sont dispersés sur l'île, non?
Elle détache finalement son regard de la plaie captivante du boucher pour le poser un bref instant sur le grisonnant. Zora semble émettre une simple idée et offrir à son allié la possibilité de refuser. Et pourtant dans son esprit elle sait déjà qu'elle assistera à ce fameux combat évoqué par le cadavre. Car elle aussi, dans le fond, elle sait s'amuser...

Et donc tandis qu'Enoch s'octroie la tâche ingrate de cacher le corps et que la perspective de l'aider ne lui effleure même pas l'esprit, la rouquine visite brièvement les lieux à la recherche d'un aliment digne de ce nom et susceptible d'être mangé cru. Peine perdue... Elle se contente donc de saisir le hachoir du boucher avant de l'observer un bref instant. Suite à quoi elle ouvre prudemment la porte rouillées qui donne sur un couloir vaguement éclairé. Elle s'y aventure, estimant que le disciple de Dalaï la rejoindra bien assez vite. Rester sur place et attendre, ce n'est pas réellement son genre de toute façon.

Elle fait peut-être une dizaine de mètres avant d'arriver à une bifurcation. Elle tombe alors nez à nez avec un duo d'infidèles qu'elle n'a tout simplement pas entendu arriver. Un instant de flottement souligne la surprise qui règne dans les deux camps. Et ses adversaires sont plus promptes à réagir. Un formidable coup de poing s'écrase sur la joue de la rouquine avant même qu'elle ait pu esquisser un geste hostile. Un deuxième choc, plus violent, se charge de la faire sombrer dans les ténèbres. Elle n'a ainsi que vaguement conscience du pied qui s'écrase dans son abdomen.


Il y a différentes façon de renouer avec la réalité. Certaines sont douces et agréables. Et d'autres sont aussi violentes qu'un volcan en éruption. Le seau d'eau glacée à l'avantage de l'extirper du néant. Mais le retour à la conscience s'accompagne immédiatement d'une puissante impression de froid qui la paralyse aussitôt. Le souffle cours, les sens encore troublés par un environnement qu'elle ne reconnaît pas, il lui faut quelques instants pour comprendre où elle se trouve et la teneur des mots prononcés par un homme à la voix amplifiée. Ou encore que le grondement ambiant incarne une quinzaine de voix vociférantes.

La fanatique se passe une main sur le visage et se relève avant de chercher son équilibre. Ce n'est que lorsqu'elle le trouve qu'elle s'autorise à observer  les environs avec le peu d'attention que son mal de crâne lui autorise. Elle est dans une cage. Probablement la cage, d'ailleurs. Un homme au crâne tatoué lui fait face. Les nombreuses cicatrices qui barrent son torse dénudé semble bien pathétique à côté du bras d'acier qui remplace l'original. Le regard de la rouquine s'arrête sur l'amoncellements de lames ensanglantées qui termine la prothèse et s'y arrête un long moment.
"Veuillez maintenant accueillir comme il se doit Laaaa Teiiiiiiiiiiiiiiigneeeeee!" annonce la voix métallique. "Il sera opposé à une invitée de dernière minute! Une intrépide étrangère qui a eu la merveilleuse idée de s'offrir en sacrifice à notre champion! On la remercie bien fort!"
En guise de remerciements, ce sont des huées et des insultes qui pleuvent sur la cage. Zora tente de les ignorer tandis que son regard se balade sur les personnes présentes à la recherche d'un certain grisonnant. L'ont-ils eu, lui aussi? Et si ce n'est pas le cas, tentera-t-il de venir l'aider ou se contentera-t-il de rebrousser chemin? Moult questions viennent assaillir la fanatique tandis qu'un gong annonce le début de l'affrontement.

Elle relègue bien vite ses doutes aux oubliettes et se jette sur l'une des armes déposées au sol, optant pour la première qui lui tombe sous la main. À savoir une étrange épée recourbé trop lourde pour elle. Puis elle se jette en arrière pour éviter une première attaque adversaire avant de puiser dans sa magie. Sans succès...

Elle remarque alors les divers morceaux de roches qui forment la base de la cage. De la magilithe? Et en quantité suffisamment importante pour perturber son usage de la magie! Ce n'est probablement pas la première fois qu'un my'trän termine son voyage à Aildor dans cet endroit. Ce n'est évidemment pas un hasard si la pierre des dieu est employé ici. Où que soit Enoch, son aide n'a jamais souhaité aussi souhaitable qu'en cet instant...




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Enoch Norgrim
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Dim 8 Juil - 23:39
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Profession : Chasseur de primes
My'trän +2 ~ Zagash
Deux personnes entrent dans la cage, un seul en ressort. Une loi simple, compréhensible, logique et basique. La cage était une arène de guerre, un lieu dédié à assouvir les pulsions sanguinaires des forts et à amuser la soif de sang des spectateurs enjoués. L’homme oubliait ainsi sa propre fragilité, la futilité de son existence et à quel point la mort pouvait le faucher à tout moment. Contempler ses frères et sœurs s’entredéchirer dans la haine et la souffrance avait un effet sidérant, à même de transporter les spectateurs dans un état de flottement et de frénésie mêlés. Les couards pouvaient satisfaire leur désir de voir les autres souffrir grâce à ces jeux perfides. L’organisateur, tel un parasite affamé, se gavait des applaudissements et des exclamations de son audience captive. Le champion de l’arène était l’acteur principal, acclamé par les brigands et bandits, transporté dans un état de galvanisation céleste. Il était juge, jury et bourreau. Tant qu’il exerçait l’art de la cruauté en poussant le meurtre en mise en scène glorieuse, il était assuré d’être constamment arrosé par ce manteau de victoire factice, d’amour et de renommée illusoire. Chaque personne ici présente, dans ce trou sombre et poisseux, n’était qu’une victime de plus dans le cercle vicieux d’une grande illusion née de la part sombre et maligne de l’humanité enchaînée par ses besoins les plus corrompus et ses pulsions les plus réprimées, à présent délivrées de leurs chaînes.

Enoch se tenait légèrement à l’écart de la foule, dissimulé autant par son capuchon miteux emprunté au défunt libertin que par les ombres d’une colonne en ruine où étaient accrochés différents tableaux sur lesquels de grossières notes étaient inscrites à la craie, donnant une idée du programme des prochains jeux que la cage allait accueillir. Le mage d’eau fixait d’un regard inquisiteur l’agglomération des pires déchets de l’humanité festoyer, boire, se battre et copuler dans une fantasmagorie grotesque et bruyante, tel un anneau de péchés encerclant l’enfer qu’était l’arène métallique.

Combien de fois avait-il juré silencieusement quand il avait perdu de vue son alliée de circonstance ? Son indiscrétion couplée par sa nature trop confiante lui avaient couté sa liberté, voir pire. C’est par miracle qu’Enoch avait réussit à se dissimuler dans une bassine d’eau, laissant les deux hommes qui avaient capturé Zora penser qu’il s’agissait d’une intruse unique qui avait eut l’audace de s’aventurer seule dans le royaume de Klaudius. Son imprudence risquait fort de causer sa perte maintenant qu’on l’avait jeté en pâture à La Teigne, un pauvre orphelin accueillit dans ce palais sordide où il a été remodelé en machine à tuer sans cervelle.

Tout le monde parlait de ce combat, à tel point que plusieurs criminels s’étaient rassemblés pour assister à la mise à mort de cette délicieuse fleure qui ravissait les regards de plus d’un pervers. Ce qu’ils désiraient, c’était une lente mise-à-mort, se doutant qu’une frêle rouquine puisse se défendre convenablement face au colosse armé jusqu’aux dents.

Klaudius n’avait pas jugé la menace d’une présence étrangère au sein de son repère au sérieux, ce qui devait expliquer son absence dans les parages. Sans doute profitait-il de ses quartiers en toute impunité, bien indifférent quant au sort d’une tête-en-l’air à la merci de ses limiers voraces.

Enoch envisagea l’opportunité de profiter de l’agitation ambiante pour s’éclipser discrètement et atteindre sa cible au moment où elle était la moins encadrée par ses sbires. Tout assassin jugerait la situation comme avantageuse et remercierait le destin de lui avoir accordé cette aubaine inespérée sans aucun remords ni scrupule envers son compagnon. C’était la meilleure décision à prendre, celle qui avait le plus de chances de succès. Terrasser Klaudius et quitter rapidement les lieux avant que les scélérats ne soient lassés de leurs dérangeantes distractions.

Et pourtant …

Le vétéran pesta en son fort intérieur. Que Dalaï lui pardonne, il avait décidé de retarder sa Sainte Mission afin de faire ce qu’il jugeait juste : sauver l’âme en peine des griffes de ces tyrans. Plus facile à dire qu’à faire, hélas. L’arène en soit était encerclée par de la magilithe grotesquement empilée, interdisant toute utilisation de la magie à proximité. Le don de Dalaï ne pouvait transpercer l’écran de négation qui émanait des pierres. De plus, chaque homme présent était armé et dangereux. Un acte de folie de la part du chasseur de primes et il se retrouverait rapidement noyé sous le nombre de ses ennemis.

Seul l’environnement allait jouer en sa faveur, restait à savoir comment. Tandis que Zora s’évertuait de survivre aux furieux assauts de son adversaire enragé, Enoch avisa les nombreux tuyaux de canalisation qui parcouraient les murs comme autant de veines d’acier. La sensation furieuse qu’il ressentit au sein de ces canaux lui rappela la colère de son élément. De l’eau bouillante ? Il se souvenait qu’au sein d’Aildor, les gens supportaient la froideur sévère de l’environnement grâce à un complexe dispositif d’eau vaporisée grâce à de grands fours pour les habitants les plus aisés du continent. Ainsi donc même ce lieu reculé disposait de cette source de chaleur particulière. Un atout de taille pour le disciple de l’architecte des grands océans. Mais cet élément était instable, animé par les abominations infatigables des technologistes, troublé et arraché de son cours naturel pour servir le confort de ces odieux mécréants. Parvenir à dompter à nouveau cette dame outragée et blessée était chose difficile, apprivoiser une bête blessée tant bien dans son corps que dans son orgueil pourrait aboutir à un échec cuisant, ou pire. L’idée de déchaîner accidentellement la fureur de Dalaï au risque d’emporter celle qu’il désirait secourir ne lui donnait aucune forme d’optimisme, distillant plutôt un doute aussi insidieux que le venin d’une perfide araignée.

Il inspira profondément, essayant de se concentrer, de se détacher de la réalité pour élever à nouveau son esprit vers les plans supérieurs, vers la voix de Sa Protectrice, toucher sa Grandeur ou du moins, l’effleurer. Les railleries et jurons qui pleuvaient autour de lui s’atteignaient lentement à mesure que son esprit ne faisait qu’un avec le grondement ténu des eaux qui parcouraient les lieux, du ruissellement cristallin au sifflement aigu. La mélodie changeante de la vie résonnait clairement dans ses oreilles, à présent. Un chant plus vieux que ce monde, racontant à ceux qui étaient assez proches de Dalaï les contes d’un monde azuré, gorgé de vie, abritant une paix insoupçonnée mais aussi une tempête furieuse.

Un grondement sourd se fit entendre, coupant brutalement les hurlements des spectateurs inquiets. Des regards confus et terrifiés se tournèrent à l’unisson vers les grandes canalisations qui semblaient être parcourues de boursouflures, comme si quelques créatures tentaient de surgir de leurs entrailles de fer. Puis le métal atteignit son point de rupture, cédant à la prodigieuse pression qu’avait crée le vieux disciple zagashien. Un torrent d’eau bouillonnante et fumante fondit sur l’indigne assemblée, balayant les premiers rangs dans une écume douloureuse et impitoyable. Les cris d’horreur et de douleur ainsi que les gouttes brûlantes qui lacéraient leurs chaires suffirent à faire fuir le reste des bandits dans un chaos indescriptible, abandonnant l’arène épargnée par ce déluge fumant. L’eau semblait s’écarter au passage d’Enoch, docile, avant de reprendre sa course imperturbable à travers la vaste pièce. Un épais écran de vapeur commençait à envahir les lieux, troublant la vision des personnes encore présentes. Une couverture pour Enoch et une distraction de premier choix pour Zora.



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Zora Viz'Herei
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Lun 6 Aoû - 11:19
Irys : 1715105
Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

Le choc de l'acier contre l'acier est sublimé par une volée de petites étincelles. La lame levée, une main sur sa poignée et l'autre à son extrémité pour absorber la violence de l'impact, Zora ne peut que constater que ses capacités martiales sont loin d'être suffisantes pour menacer le colosse qui lui fait face. La seule arme dont elle dispose à présent se résume à son agilité supérieure. Elle se borne donc à esquiver les assauts enragés mais maladroits de La Teigne. Et, lorsqu'elle n'a guère le choix, tente de les parer comme elle vient de le faire avec cette dernière attaque. Pourtant les nombreuses coupures ou plaies qui parsèment à présent son corps témoignent des limites d'une telle stratégie.

La fanatique tombe à genoux, soumise à une gravité qui n'a jamais semblé aussi pesante. Le souffle court, la peau recouverte d'une pellicule de sueur contrastant avec le fraîcheur ambiante, elle parvient à garder son équilibre en prenant appui sur sa lame. Que fait Enoch? Qu'attend-t-il pour lui apporter son aide? Est-il seulement dans les parages? Elle n'a guère le temps de deviner sa présence dans l'ombre de l'un des piliers, trop occupée qu'elle est à plonger sur le côté pour éviter un coup destiné à la trancher en deux. Comme si elle n'était qu'un vague morceau de beurre. Comme si, ici, elle n'était rien de plus qu'une brebis à la merci des loups. Privée de magie, dénuée des compétences nécessaires pour menacer le bretteur accompli qui la domine, elle ne peut que se contenter de retarder l'inévitable.

Mais malgré sa situation peu enviable, Zora reste animée par un espoir. Ou plutôt, une certitude: peu importe le danger qui la menace, Il ne la laissera pas tomber. Möchlog veille, elle le sait. Les insultes qui fusent depuis le public ne l'atteignent pas. Pas plus que la peur ou les doutes qu'une personne sensée devrait ressentir en de telles circonstances. Car le cauchemar est destiné à se dissiper d'une manière ou d'une autre. Si La Teigne a un public pour le soutenir, la fanatique, elle, peut compter sur l'aide inestimable d'une divinité. Une conviction qui lui arrache un sourire marqué par les efforts consentis pour éviter d'être tranchée en deux...

Quelques instants plus tard, lorsque l'adepte de Möchlog réussit à porter un coup maladroit à son adversaire en profitant d'une ouverture généreusement offerte par ce dernier, elle se risque même à supposer que l'aide de son Protecteur ne sera plus nécessaire. Mais le colosse avise la plaie de son bras avec un curieux mélange de surprise et d'indifférence avant de reprendre sa pataude danse à vocation mortelle, enterrant dans la foulée les vagues espoirs de son ennemie. Le relâchement coupable de cette dernière lui coûte alors vite très cher. Zora se fait désarmer d'un coup puissant et une main puissante se referme autours de sa gorge pour la soulever du sol.
"Tu moins faire maline maintenant, hein, petite brebis?" clame-t-il dans un français douteux. "Tu maintenant rester bien sage pendant je ouvrir toi!!"
Si le faible volume d'air entrant encore dans les poumons de la proie prise au piège le lui avait permis, la rouquine se serait sans doute moquée de la syntaxe douteuse de son opposant. Une défiance qui ne l'aurait sans doute pas aidée à échapper à son étau de fer mais qui aurait incontestablement soulagé l'ego de la captive. Mais la pression est-elle que le visage de la fanatique se teinte d'une inquiétante teinte rougeâtre témoignant des difficultés que cette dernière éprouve à respirer. Ses main se contentent donc de battre le vide ou de s'écraser mollement contre la masse de muscles. Une tentative désespérée et fort infructueuse.

Elle finit par lever les yeux en direction du ciel - ou, en l'occurrence, du plafond! - à la recherche de son Maître. Elle ne trouve aucun plumage divin et pas la moindre trace de bec de rapace. Mais remarque les boursouflures inquiétantes, semblables à des furoncles, qui naissent sur les tuyaux rouillés qui parsème les hauteurs de la salle. Le grondement sourd qui ne tarde pas à les accompagner à le mérite de calmer les cris barbares de la foule et même de détourner l'attention de La Teigne qui jette à présent des regards emplis d'incompréhension aux alentours. Peut-être se demande-t-il pourquoi son fidèle public a cessé de l'encourager?

Lorsque les canalisations cèdent et déversent leurs chargements aqueux sur les premiers rangs de la foule, la confusion est totale. Les cris des malheureux ébouillantés se succèdent aux encouragements sanguinaires qui régnaient en maître à peine quelques secondes plus tôt. Cette douce litanie caresse le sens auditif de Zora qui se fait alors un devoir d'en savourer chaque note. Le nuage de vapeur qui ne tarde pas à envahir les lieux et la surprise évidente du colosse lui offrent dans la foulée l'occasion de faire ce qu'elle sait faire de mieux: elle se saisit de l'épée et fonce sur la masse de chair avant de lui asséner des coups répétés. Certes maladroits et manquants de puissance, mais suffisamment nombreux pour saper la résistance de son adversaire.

Il finit par chuter au sol tandis que la vie quitte peu à peu son corps. La rouquine ne s'arrête pourtant pas et, tenant la poignée de sa lame des deux mains, l'abat encore à de multiples reprises sur le colosse. Elle daigne uniquement s'arrêter lorsque, le souffle court, elle ne sent plus la force de soulever la pesante arme. Elle se passe alors une main sur le visage pour écarter une mèche de cheveux trempés de sueurs et, dans la foulée, nettoyer le fluide vitale qui macule ses traits tremblants, déformés par la colère.
"Je t'en foutrai de la brebis!" murmure-t-elle.
Elle tombe ensuite à genoux. La chaleur étouffante achève d'affaiblir celle qui aura été privée longuement d'oxygène quelques instants plus tôt. Sans parler de la fatigue ou des vestiges de la blessure héritée de sa première rencontre avec les sbires de Klaudius. Elle doit déployer des trésors de motivation pour se forcer à se relever, sachant pertinemment que la distraction savamment orchestrée par Enoch - qui d'autre pourrait être responsable d'un si charmant spectacle - ne durera qu'un temps. Le nombre reste toujours largement en leur défaveur, après tout. Et la surprise qui empêche encore leurs ennemis de réagir ne tardera pas à se dissiper, elle aussi.

La disciple de la Chouette se dirige donc vers l'un des flancs de la cage et le cadenas imposant qui la prive encore d'une relative liberté. C'est alors qu'elle distingue une silhouette désormais familière épargnée par la morsure de la vapeur. Le spectacle offert par Enoch est parfaitement séduisant. L'eau s'écarte littéralement sur son passage et sublime le calme de son allié. Elle lui adresse alors un sourire soulignant à la fois son soulagement et sa gratitude. Le cadenas, quant à elle, ne tarde pas à céder sous leurs efforts conjugués et permet ainsi à la captive de quitter sa sanglante prison.
"J'imagine que des remerciements sont de rigueur?" demande-t-elle, rhétorique, au grisonnant. "Si tu continues à me sauver la mise je serai bientôt tributaire d'une dette que j'aurai bien de la peine à rembourser, tu sais?"
Sa fierté exacerbée l'empêche néanmoins de lui adresser clairement lesdits remerciements. Ou même de s'excuser pour l'erreur qu'elle a commise quelques minutes - heures? - plus tôt et qui a forcé le serviteur de Dalaï à lui porter assistance. Il lui semble également inutile de lui préciser que l'aide inestimable qu'il vient de lui apporter a été ordonnée par Möchlog. Il ne partagerait peut-être pas cet avis qui minimise son apport personnel à la cause de Zora. Et l'heure n'est pas aux discussions métaphysiques, loin de là. Ils n'ont qu'une petite fenêtre pour fuir. Pour fuir ou... pour régler définitivement le problème posé par cette bande qui s'est mise en tête d'éradiquer les deux mages du paysage d'Aildor.

Toujours est-il que les portes désormais grandes ouvertes de la salle laissent entrer un froid lancinant qui ne tarde pas à calmer les ardentes ardeurs de l'eau. Il dissipe peu à peu la vapeur et fait frisonner la jeune femme recouverte d'une pellicule de sueur. Zora désigne alors à son allié des escaliers en colimaçon qui mènent vers les hauteurs. Les gens comme Klaudius ne se terrent pas dans les profondeurs de la terre mais en hauteur, là où leur position hiérarchique est symboliquement représentée. Et si elle en est si sûre c'est qu'elle et lui, dans le fond, ne sont guère différents: ils ne vivent que pour dominer les autres.
"Prenons un peu d'altitude!"


Les portes cèdent sous les assauts combinés des deux mages. Les deux battants claquent violemment lorsque le mur fissuré les arrête en pleine course. Zora enjambe le cadavre du garde qui se trouvait en faction devant la porte sans lui prêter davantage d'attention qu'il n'en a déjà reçu. La pièce, circulaire, semble confortables. Une table, dans un coin, est recouvert d'un tapis de pièces dorées sublimées par quelques pierres aux éclats fascinants. D'autres parties du mobilier accueillent des armes de différents type. Zora n'a jamais vu certaines d'entre elles, probablement daënars. Mais ce qui retient son attention ce n'est pas l'hérésie qu'elle a sous les yeux mais plutôt la jeune femme qui les domine depuis un semblant de trône. Ou encore le fauve au pelage aussi blanc que la neige qui agite la queue à ses côtés, visiblement dérangé par l'arrivée impromptue des deux assaillants.

La rouquine échange un regard avec son partenaire. Klaudius est... une femme? Ce constat semble dénué du moindre sens. Mais elle mentirait en disant que toutes les subtilités d'Aildor lui sont familières. Peu importe l'âge ou le sexe de leur adversaire, dans le fond. Cette dernière les prend à nouveau à contre-pieds tandis qu'elle commence à applaudir les nouveaux arrivants. Loin d'être apeurée ou décontenancée, Klaudius semble plutôt sincèrement amusée par la situation. A-t'elle seulement les moyens de se montrer si désinvolte?
"Je suis impressionnée!" avoue-t-elle. "Ça faisait longtemps que mes gars n'avaient pas été poussés dans leurs retranchements. Combien en avez-vous tués? Cinq? Dix? Davantage encore?"
"Nous avons bien vite arrêté de compter!" lui répond la rouquine, narquoise.
"Cela n'a de toute façon pas la moindre importance. Ce qui est cassé - ou tué - est appelé à être remplacé. N'est-ce pas le fondement même de la nature?" relève Klaudius. "J'ai une proposition à vous faire! Une proposition particulièrement... lucrative!"
"Nous ne sommes pas intéressés!"
"Est-ce au nom de votre duo que tu t'exprimes, gamine?"
Surprise par l'audace de leur cible, Zora se résout au silence. Se faire traiter de gamine par une femme qui doit tout juste avoir quelques années de plus qu'elle la pousserait sans doute à sourire si le point soulevé par l'intéressée n'était pas aussi important. Est-ce qu'Enoch pourrait être intéressé par cette offre? Est-ce que leur alliance, profitable, est appelée à mourir sur l'autel du profit. Elle refuse d'envisager une telle option. Et pourtant elle est forcée de considérer un détail d'importance: elle ne sait pratiquement rien du grisonnant. Klaudisu, estimant peut-être que le serviteur de Dalaï est plus raisonnable que sa cadette, concentre d'ailleurs son regard émeraude sur l'intéressé.
"Je pourrais faire de vous des gens craints et respectés à Aildor et bien au-delà!" avance-t-elle. "Je ferai votre richesse et votre gloire, soyez-en assuré! Tout ce que je demande en retour, c'est votre loyauté!"
"Notre loyauté est déjà acquises aux dieux!" se moque la rouquine. "Et nul être vivant ne peut prétendre s'y substituer!"
"Ce n'est pas à toi que je m'adresse..."
La fanatique prend alors conscience que le vouvoiement employé par Klaudius était avant tout destiné à Enoch et pas à leur prolifique duo. La femme se lève de son trône et tire une longue épée effilée qu'elle jette alors aux pieds d'Enoch. La rouquine ne peut que constater la beauté ravageuse de l'intéressée et l'inquiétude commence à se manifester dans les tréfonds de ses pensées. Et si le grisonnant décidait de prendre le parti de leur adversaire plutôt que le sien?
"Tout ce que vous avez à faire, c'est de nous débarrasser de cette importune!" indique-t-elle au mage de Dalaï. "Et ensuite nous aurons toute la nuit pour parler de votre... récompense!"
La disciple de Möchlog jette un regard d'incertitude à Enoch avant de faire quelques pas pour s'en écarter. Elle fait à présent face à son allié - mérite-t-il encore d'être qualifié ainsi - et à Klaudius. Et à nouveau, l'évidence revient s'imposer dans ses pensées: elle connaît trop peu le grisonnant pour ignorer la perspective qu'il puisse accepter cette offre alléchante...




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Enoch Norgrim
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Sam 25 Aoû - 16:42
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Avisant le corps horriblement lacéré du champion d’arène terrassé, le chasseur de primes se pinça légèrement les lèvres tandis que son regard se tournait vers sa partenaire de fortune, le visage maculé de sang et les yeux tremblant d’une lueur meurtrière. La fiévreuse intensité d’un combat étouffait toute compassion ou hésitation, pouvant pousser le plus doux des êtres à faire preuve d’un instinct de survie animé d’une panique brutale. Combien de jeunes recrues au sein d’une armée s’étaient acharnés avec terreur sur les corps d’ennemis déjà morts, traumatisés à vie par l’orchestre sanglant de la bataille ?

Cependant le ton utilisé par la furieuse boule de feu rousse démontre clairement qu’elle a encore l’esprit aiguisé et les sens en alerte, ce qui laissait penser que la mise à mort exécutée avec un style brutal était plus un acte de colère qu’un mouvement de panique. Cette femme était dangereuse, plus dangereuse qu’il ne l’avait pensé. Si à première vue il l’avait imaginé comme une aventurière un peu trop belliqueuse et tête-brûlée, Enoch se méfiait un peu plus à mesure que Zora affichait petit à petit des signes d’un appétit pour le meurtre et la violence.

« Une bonne bière, ce sera un bon début. » Fut la réponse du vétéran quant à la remarque de la fille de la Chouette. Il fallait apprécier les petits plaisirs de la vie, après tout.

Un coup de feu mit rapidement fin à leur brève entrevue, la balle de plomb ricochant contre la magilithe qui encerclait la cage et envoyant bon nombre de petits éclats scintillants se disperser comme autant d’étincelles. Les loups blessés reprenaient leurs esprits et criaient vengeance, brandissant leurs armes avec une haine meurtrière brillant dans leurs yeux porcins. Un spécimen particulièrement belliqueux enjamba la flaque fumante des eaux, armé d’une longue hache à l’apparence meurtrière. Mais la bête assoiffée de sang n’intimida nullement le duo de guerriers de la foi, protégés contre toute forme de menace psychique par leur implacable confiance envers leurs protecteurs célestes. La brute mordit la poussière en un temps record et avec une brutale chorégraphie qui dissuada, l’espace d’un instant, ses congénères de s’approcher de peur de subir le même sort.

L’impétueuse mage de Suhury indiqua au vieux loup un chemin qui les mènerait à coup sûr vers le siège du terrible Klaudius. Une expression féroce gagna le visage d’Enoch l’espace d’un instant à l’idée de mettre la main sur le chef de ces fous furieux. La fin était proche, justice allait être faite. C’est à peine si sa main ne tremblait pas par anticipation du moment où elle étranglerait le coup du vicieux scélérat, délivrant le monde d’un nouveau fléau.

« Prudence, il peut avoir piégé les alentours. »

Mais Zora s’était déjà précipitée vers les escaliers, tel un bélier chargeant les malheureux qui lui barreraient la route. Soupirant, l’anomalie alla lui emboîter la marche, bien désireux d’en finir avec cette histoire une bonne fois pour toute.


La sueur perlait à son front, sa respiration était rauque, difficile, ses muscles endoloris. L’effort magique, la lutte acharnée et quasi constante contre les suppôts vengeurs, la course interminable à travers escaliers et couloirs de cette résidence infernale … Enoch avait beau s’entretenir et garder un rythme de vie pour le moins sportif, autant de péripéties vécues en si peu de temps avaient sapé ses forces aussi surement qu’un long et insidieux poison. Il jetait de brefs regards vers son acolyte, se demandant si elle aussi peinait à garder le rythme martial de leur avancée à travers les entrailles de ce repère de damnés. Dents serrées, il tentait tant bien que mal de garder ce tempo qu’ils s’étaient infligés, de tenir bon et ignorer la douleur et la fatigue.

« La douleur est éphémère … la gloire des dieux est éternelle. »

C’est en se répétant cette citation datant d’une époque révolue de son passé que le chasseur de primes parvint jusqu’aux portes de leur Némésis. Plié en deux, les mains sur les cuisses et le souffle court, ses cils alourdis par la sueur qui y perlait semblaient lui jouer des tours. Illusion ? Tromperie ? Mystification ? Devant leurs regards incrédules se tenait non pas un chef de guerre patibulaire et intimidant mais une femme d’une beauté déroutante.  Installée sur un trône composé de divers matériaux précieux, une rare espèce de félin blanc à ses pieds, elle portait des soieries exotiques et des bijoux resplendissants, sans compter les murs de la vaste pièce qui renfermaient autant d’armes daënares que de trophées de toutes sortes : têtes d’animaux venus des quatre coins d’Irydaë, des tapisseries, des statues et autres trésors pillés sans merci.

Si sa partenaire fusait toute son attention vers leur ultime adversaire, le barbu quant à lui portait un regard méfiant aux alentours. Qui sait quels pièges diaboliques ou assassins étaient tapis dans les ombres, dangers silencieux mais aux aguets ? Exténués, serrés dans l’ombre, souris au cœur d’un labyrinthe. Enoch commençait à se dire qu’ils s’étaient « légèrement » emportés dans leur ferveur guerrière en sous-estimant les effectifs ennemis. Mais leur proie était face à eux, à portée. Si proches du but, si proches d’honorer une nouvelle fois le nom des Architectes en purgeant le monde d’un énième parasite.

Mais Klaudius ne démontrait aucun signe de peur ou de crainte. Impériale et arrogante, elle se comportait comme la reine de ce domaine de glaces et de crapules, transpirant une aura de prestance insoupçonnée de la part d’un leader de brigands et pirates. Méfiant, le chasseur de primes essayait de deviner quelle force, arme ou sorcellerie cachait cette dangereuse sirène dans ses atours séduisants. Cependant il laissa son regard se porter vers l’épée jetée à ses pieds, contemplant étrangement le tranchant resplendissant de la lame, le fourreau argenté couvert de joailleries, les arabesques qui enveloppaient le plat de l’acier avec subtilité. Quelqu’un capable de jeter avec une telle nonchalance une pièce de fortune aussi précieuse ne pouvait qu’être un personnage puissant, peut-être même un des grands barons mystérieux qui dominaient secrètement Als’Kholyn, dirigeant un véritable empire sous-terrain à l’abri des regards indiscrets.

Se penchant lentement, presque tragiquement, le disciple de Dalaï tendit une main tremblante jusqu’au manche de l’épée, sous le regard satisfait et moqueur de Klaudius. Ses doigts se refermèrent lentement autour de l’arme, admirant avec une étrange lueur dans le regard l’épée argentée. Légèrement, il posa son pouce contre le fil de la lame et fut surprit de voir le sang perler sur sa peau. Puis ses prunelles se portèrent vers Zora, qui le fixait comme s’il n’avait jamais été son allié, mais toujours une menace potentielle.

Un moment de flottement prit place. Un silence oppressant et lourd, le temps se figeait lui-même comme s’il coupait son souffle en attente de la suite des événements. Les trois personnages formaient presque un triangle parfait, si ce n’est que Klaudius était hors de portée des deux croisés. Möchlog et Dalaï se faisaient face à travers les entraves physiques de la chaire et du sang de leurs champions respectifs, se scrutant, se jaugeant.

Puis le plus vieux du trio soupira longuement, levant lentement la tête au plafond. Puis un sourire éclaira ses traits, chose extrêmement rare chez cet individu si sombre, sévère et peu communicatif. Mais ce sourire n’avait aucune joie ni amusement. Dans son esprit, il savait pertinemment quelle était la meilleure décision à prendre pour satisfaire amplement Dalaï. Il savait ce qu’il allait lui en coûter mais était prêt à embrasser ce triste destin.

« Désolé … partenaire. »

La main gauche, qui soutenait son flanc endoloris l’espace d’un instant, se porta rapidement vers la gourde d’eau qui pendait à sa ceinture, tirant en un éclair le bouchon de lichen. Stimulée par la magie du my’trän, l’eau à l’intérieur fusa sous forme d’une épaisse buée qui enveloppa les deux personnages, troublant la vision de Klaudius qui plissa le regard avec méfiance, telle une panthère à l’affut d’une fourberie bien trop classique pour qu’elle en soit victime. On entendit un bruit de lutte, bref mais intense, un hoquet de surprise, puis le son d’un corps qui s’écroulait lourdement. Quand la brume se dissipa, le vétéran contemplait d’un regard vague la rousse à ses pieds, une tâche écarlate sur son ventre similaire à celle qui s’écoulait lentement de la lame de l’épée sacrificielle et de la main qui la portait.

Klaudius applaudit vivement, semblant ravie et amusée.

« Je regrette de ne pas avoir eu le plaisir d’assister à sa mise à mort, mais vous me voyez ravis de votre docilité. »

Le tigre blanc grogna lentement, reniflant l’air lourd de sang avec appétit, agitant vivement sa queue près de sa maîtresse. Le chasseur de primes tomba sur ses rotules, épuisé, laissant tomber l’épée vengeresse sur la pierre dans un bruit métallique.

« Ne regrettez pas votre décision, car s’était le seul choix raisonnable pour vous. Et je suis une femme de parole et vous serez récompensé pour votre bon sens. »

La splendide femme tapota délicatement des mains, attirant alors deux personnages qui, jusqu’à présent, étaient cachés derrière les épais rideaux de la pièce. Ces hommes, si l’on pouvait les qualifier ainsi, étaient de véritables  abominations. Des montagnes de muscles recouverts de pièces métalliques enfoncées à même leur chaire et remplaçant certains de leurs membres, des masques de cuir cloués à même leurs visages, ne laissant transparaître qu’une mâchoire d’acier et des yeux injectés de sang. Des excroissances de cuivre ressemblant à quelques tuyaux semblaient injecter de suspicieuses substances dans l’organisme des deux géants, les alimentant avec une énergie impie qui semblait gonfler leurs veines au point d’éclatement. Les colosses encadrèrent l’ancien esclave en silence, le dominant massivement de leurs statures monstrueuses.

« Mais avant de faire de toi mon précieux servant, je dois d’abord laver l’affront fait en supprimant bon nombre de mes larbins. N’ayez crainte, mon doux ami, mes doigts de fée auront vite fait de vous faire apprécier la douleur de mes subtiles traitements. »

L’un des gardes du corps de Klaudius frappa le principal intéressé d’un revers de la main d’apparence nonchalante, mais qui rejeta violemment le grisonnant sur le sol, la lèvre inférieure saignant abondamment.

« Abel, doucement mon grand, ce n’est pas une manière de traiter mes hôtes privilégiés. Amène-moi plutôt notre cher ami dans ma chambre. Quant à toi Caïn, débarrasse-moi du corps de la gamine. »

Abel grogna sous son masque épais avant de saisir un Enoch à moitié assommé par la nuque, puis le traîna comme un vulgaire sac à travers la pièce, s’éclipsant en compagnie de Klaudius et son fauve dans un couloir couvert de tapisseries. Caïn quant à lui avança d’un pas lourd vers ce qui semblait être un fourneau énorme dont il commença à l’alimenter avec d’épaisses bûches de bois, préparant un terrible feu qui consumerait sans doute le cadavre de la défunte Zora.

Mais ce qu’ils ignoraient, c’est que …


Quelques instants plus tôt.

Dans la brume magique, Enoch perça l’épais brouillard devant Zora, la lame étincelant entre ses mains. Mais il n’entama aucun assaut, aucun mouvement agressif à son égard. Sans explications, il glissa le fil de l’épée le long de la paume de sa main, s’entaillant la chaire jusqu’au sang qui commença à s’écouler abondamment.

« Vite, couches-toi et fais la morte. »

La paume mutilée se posa contre le ventre de la fanatique, souillant sa tenue du sang frais et chaud comme un shaman appliquait sa marque à un élu lors d’un rituel sacré. La diversion était basique, peut-être banale, peut-être ingénieuse et inattendue. Enoch, à ce moment précis, ignorait si cette idée folle allait les sauver, ou du moins sauver l’adoratrice de la Chouette. Mais c’était son choix, son sacrifice, sa décision. Il savait que Klaudius avait encore d’autres atouts secrets et il ne pouvait risquer de s’aliéner la puissante femme. S’il devait en payer le prix du sang, alors c’était avec joie qu’il laisserait son âme reposer au sein de Dalaï.

Mourir en martyr avait toujours été une douce destinée à ses yeux, à mesure que l’âge avait flétrit sa joie et que son état d’anomalie avait fait de sa vie un calvaire de tous les jours.

Allait-il enfin trouver le repos tant attendu ? La fin rêvée pour un guerrier de la foi ? Ou n’était-il qu’un stupide vieillard qui s’était condamné à une éternité de souffrances et d’esclavage ?

Après tout, rien ne garantissait que son alliée allait venir l’aider maintenant qu’elle était laissée pour mort.




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Zora Viz'Herei
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Ven 21 Sep - 18:13
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Elle grimace lorsque la lame lacère la paume du grisonnant. La douleur qu'il peut ressentir ou même la noblesse de cet acte ne lui inspirent rien sinon de l'indifférence. Mais la vision d'un homme se mutilant et s'infligeant volontairement la marque de l'impureté - fusse-ce pour une bonne raison! - déchire l'âme de Zora avec la même puissance qu'une vague de fond. C'est la première fois qu'elle est la cause d'une telle chose. Et c'est bien trop inhabituel pour lui permettre de faire face avec des mots. Ou, tout simplement, de réagir autrement que par un regard alliant une puissante désapprobation et un profond regret.

Elle finit finalement par hocher tristement la tête de gauche à droite comme pour davantage exprimer son état d'esprit tandis qu'elle caresse des doigts la brume qui les entoure. Si l'environnement et les circonstances étaient différents, elle aurait probablement pu s'émerveiller de cette manifestation de la magie offerte par Dalaï à ceux qui lui vouent leurs existences. Mais en l'occurrence la pellicule d'eau protectrice lui rappelle surtout que l'heure n'est pas aux débats.

Lorsque la brume se dissipe, donc, elle est allongée sur le sol frais de la vaste pièce. Elle se rend alors compte que ce ne n'est pas si aisé d'endosser le rôle d'une trépassée. Ce qu'elle entend lui donne envie de hurler. Ce qu'elle imagine, davantage encore. Il lui faut déployer des trésors de patience et un brin de magie pour continuer de donner le change jusqu'à ce que les lieux se vident. La fanatique se retrouve alors bien vite avec le dénommé Caïn. Une montagne de muscles troués d'hérésies qu'elle n'arrive pas à identifier mais qui lui soulèvent le coeur.

Elle referme la paupière qu'elle a imprudemment ouverte et attend le moment qu'elle juge opportun pour "ressusciter". C'est ainsi lorsque l'homme - le terme est-il adéquat? - se penche pour allumer les bûches enfoncées dans la grande structure de métal qu'elle passe à l'action. Elle puise à nouveau dans sa magie pour amplifier sa force avant de se ruer à l'assaut de son adversaire. Elle le heurte de plein fouet avec la ferme intention de le faire basculer dans le fourneau.
"Mmh..."
Dire que le résultat obtenu n'est pas celui qu'elle escomptait est un doux euphémisme. Caïn ne vacille que vaguement tandis que la fanatique a l'impression d'avoir percuté un mur en courant de toutes ses forces. Le revers de la main qu'il lui décoche dans la foulée l'envoie percuter un vrai mur, cette fois-ci. Le souffle court, elle retombe sur le sol avec la désagréable sensation d'être un vague fétu de paille soumis aux caprices d'un vent bien trop violent.

Et pourtant elle tente à nouveau de lutter contre son adversaire lorsque ce dernier la saisit par la gorge avec une vitesse étonnante si l'on considère sa masse. Il la soulève à nouveau du sol frais avant de l'observer d'un regard étrange, dénué d'intelligence mais empli d'une forme de curiosité malsaine. Il finit néanmoins par hausser les épaules avant de la rapprocher des flammes qui crépitent de fureur dans leur foyer d'acier.

Zora, comprenant ce qui l'attend, tente évidemment de résister. Elle s'accroche avec l'énergie du désespoir tandis que la chaleur commence à mordiller son dos de manière inquiétante. Ses ongles lacèrent furieusement le visage de l'homme de main. Partagée entre la crainte et la colère, elle ne parvient guère à user de sa magie comme elle devrait. Ce n'est que lorsque les premières flammes lèchent sa chair et lui arrachent un cri de douleur que l'adrénaline lui offre la concentration et la clarté d'esprit dont elle a besoin. Elle sait alors précisément ce qu'il convient de faire!
*Tu veux jouer avec les flammes? Très bien! On va jouer avec les flammes, donc!*
Elle cesse de se débattre et accompagne même le mouvement imposé par le colosse. Ce dernier, déséquilibré, emporté par son propre élan et surpris par le changement de stratégie de la rouquine se soumet à la gravité. Ils basculent tout deux dans le bain chatoyant...


La fanatique se laisse tomber sur le sol et tousse à de nombreuses reprises comme pour soulager sa gorge de la morsure persistante de la fumée âcre. Ce n'est qu'une fois hors de portée des flammes qu'elle dissipe le bouclier qui lui a permis d'échapper à leur étreinte. Ce Caïn a mis du temps à mourir. Bien plus qu'il lui en aurai fallu, à vrai dire. Mais il a fini par succomber à l'appétit de Süns comme bien d'autres avant lui. C'était prévisible. Et, d'une certaine façon, amusant! Sans parler du fait que c'était parfaitement mérité! Cette... chose ne méritait pas de vivre!
"Merci d'avoir placé cet impur sur ma route, ô Möchlog!" prie-t-elle. "Et merci de m'accorder le privilège de vous servir avec une telle régularité, Maître!"
Que Sa présence soit décelable ou non, Il reste toujours d'une aide aussi précieuse. Que ferait-elle sans Lui? Que serait-elle sans la Chouette? Elle se fait autant une joie qu'un devoir de remercier celui qui guide chaque jours ses pas lors de ce périlleux voyage qu'est l'existence...

Zora se retourne ensuite pour considérer les flammes qui tentent inlassablement de dévorer l'acier qui les retient captives. Ne devrait-elle pas les libérer afin qu'elles engloutissent tout l'endroit dans un océan chatoyant? Ces lieux ne méritent pas de finir en cendres au même titre que Klaudius et ses sbires? Elle s'avance déjà vers le foyer tout en dressant un bouclier autours de sa main et de son avant-bras pour se saisir d'une bûche susceptible de lui permettre de bouter le feu aux draperies.

Et pourtant elle se ravise tandis que le visage d'Enoch se manifeste dans son esprit. Ne s'est-il pas condamné lui-même à l'impureté dans le seul but de lui venir en aide? N'a-t-il pas pris son parti alors qu'il aurait eu plus à gagner en suivant véritablement Klaudius? Il a pris nombre de risques pour elle depuis les premiers instants de leur rencontre. Et elle? Qu'a-t-elle fait pour lui?
"Foutus zagashiens!" murmure-t-elle. "On peut toujours compter sur vous pour compliquer les choses..."
Elle abandonne donc l'idée de quitter les lieux en étant la seule en vie et décide d'étendre ce privilège au grisonnant. Mais où est-il? Que fait-il? Ou, plutôt, que lui fait Klaudius? Elle a entendu cette dernière parler de sa chambre. Mais où se situe-t-elle? Vu la taille de l'endroit, elle pourrait perdre un temps précieux à chercher le lieu en question. Puis elle se rappelle qu'elle perd déjà un temps précieux à tergiverser et opte pour un couloir proche aussi richement orné que la caricature de salle du trône dans laquelle elle se trouve.

Où es-tu, Enoch?




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Dernière édition par Zora Viz'Herei le Mer 26 Sep - 19:44, édité 1 fois
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Enoch Norgrim
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Mer 26 Sep - 19:38
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La chambre des plaisirs de la reine des lieux était une pièce tout droit sortie des fantasmes d’un tortionnaire imaginatif. Sombre, faiblement éclairée par quelques chandelles d’une cire rouge sang, des bâtonnets d’encens distillaient un parfum étrange tandis qu’ils libéraient de suaves volutes de fumée. Les murs glacials étaient recouverts de fines couches de tissu d’un pourpre mystérieux et inquiétant, mais ce n’était en rien comparable à l’incroyable attirail d’outils dont disposait Klaudius. Ce qu’elle surnommait avec amusement ses « petits jouets » était une large collection de pinces, tenailles, fouets de toutes sortes de cuirs, de tisons et autres appareils bien plus imposants et intimidants.

Mais tous ces outils d’horreur étaient destinés à ceux qui devaient, indubitablement, périr après de longues heures de folie humaine. La patronne des brigands n’avait guère envie de terrasser définitivement son nouveau pantin, loin de là. Elle cherchait juste à le … marquer, de façon certes bien permanente et douloureuse, mais c’était sa façon de s’assurer la loyauté indéfectible de ses nouveaux sujets. En tout cas, c’est ce qu’elle ne cessait d’expliquer au chasseur de primes bâillonné tandis qu’il était enchaîné à une table curieusement confortable au centre de la pièce par le terrible garde-du-corps muré dans son silence.

Klaudius tâtonnait avec une sordide sensualité ses jouets les moins extrêmes, particulièrement une série de fouets aux multiples queues que le zagashien préférait ne pas les voir en action. La dame chantonnait d’une voix d’ange tandis que ses doigts pianotaient contre le manche d’une longue dague, puis elle s’approcha d’un pas enjoué vers son prisonnier privilégié, caressant du bout des angles son torse avec une lenteur calculée. Si elle souriait avec amusement, c’était surtout face au regard étincelant de fureur de l’homme qui se débattait furieusement malgré ses blessures et sa fatigue, agitant les chaînes à la manière d’un fantôme dans un manoir hanté dans une cacophonie métallique.

« Chut, chut. Ne te fatigue point mon cher ami. Tu gâches tes forces et, crois moi, tu en auras besoin pour la suite. »

Donnant une fugace pichenette du bout de l’index sur le nez froncé du vétéran, la terrible femme posa le bout de sa dague effilée contre la poitrine de son prisonnier, perçant légèrement le fin tissue qui le recouvrait, perlant de sueur.

« Que voilà un corps solide et puissant. Je ne peux qu’imaginer ce que ces modestes tenailles cachent comme surprise. Mais je n’ai jamais été très patiente avec mes cadeaux alors autant les déballer sur le champ. »

Malgré les grognements de protestation du guerrier de Dalaï, Klaudius commença à arracher lentement le justaucorps du solitaire de bas en haut, révélant lentement sa peau, ses muscles, ses cicatrices de guerre, les bleus récoltés lors de cette éprouvante croisade et … le visage de la brune se décomposa lentement et ses yeux s’écarquillèrent avec un mélange de surprise et d’horreur quand, finalement, elle tomba sur ce que l’homme essayait de cacher à l’humanité. Son fardeau, son testament, l’épreuve des Architectes plantée dans son corps, le rappel de sa sainte mission et sa quête de rédemption céleste.

Klaudius recula de deux pas, laissant tomber son arme tout en faisant accidentellement chuter une des tables alourdie par les nombreux outils de torture, produisant un vacarme qui se répercuta sur les murs et le couloir adjacent. La main posée sur son buste, elle semblait pâlir, ne pouvant détacher ses yeux des fins cristaux qui recouvraient une portion du torse bombé du soldat de la foi. Personne ne pouvait se tromper quant à l’identité des porteurs de ce fléau plus redouté que n’importe quelle peste ou maladie à travers Irydaë, un symbole de malheurs et de misère.

« Tu es une anomalie ! »

Les mots prononcés étaient plus lourds qu’une injure, que n’importe quelle sentence, aux oreilles du loup solitaire. L’homme regardait avec une froide colère la femme qui le contemplait avec dégoût et épouvante comme s’il n’était ni plus ni moins qu’un effroyable lépreux que tout le monde évitait de peur de s’attirer les germes néfastes. C’était ça, ce qu’il haïssait le plus dans sa malédiction : la peau engendrée par son fardeau, ce sentiment d’abandon et de rejet. Être un paria sans avoir fait le choix. Banni, exclu, exilé, coupé de toute forme d’affection ou de compréhension, chassé parce qu’il était une menace malgré-lui. Une fureur profonde gagnait le mage aquatique tandis que sa tortionnaire se retournait vers le géant humain.

« Abel, débarrasses-moi de cette abomination avant qu’il ne soit trop tard ! Vite ! Je ne veux pas qu’un régisseur m’anéantisse parce que j’ai gardé ce … ce … cette chose ! »

L’esclave de chaire et de métal obtempéra d’un pas lent, approchant ses larges paumes autour de la tête du détenu dans l’effroyable optique de lui écraser le crâne entre ses puissantes poignes sous le regard de sa maîtresse !

Le principal intéressé répliqua avec de sévères coups de pied, parvenant à se libérer partiellement de ses liens et à donner un coup de botte à son exécuteur sans pour autant le secouer. La montagne humaine, le visage inexpressif, se contenta de retenir sa victime par une ferme prise, l’arrachant littéralement de la table de torture pour le serrer dans une étreinte plus terrible que l’étau de la pince d’un crabe géant. Les grognements de douleur d’Enoch se changèrent en hurlements de douleur à mesure que son bourreau l’enserrait davantage, le broyant encore et encore, si près de le briser, le réduire en un misérable tas d’os brisés retenus par une chaire meurtrie. Se débattre était inutile, sa fin s’approchait rapidement à mesure que l’air lui manquait atrocement.

Etait-ce sa fin ? Le dernier acte de sa vie ? Allait-il enfin connaître la paix tant désirée ? Ne plus être attaché à la lourde existence qu’était la sienne, de devoir combattre, tuer, se sustenter, vagabonder, éviter les contacts et recommencer indéfiniment ce cycle odieux. Sa mission sacrée touchait à sa fin dans un bien triste spectacle, mais il ne regrettait pas de mourir au combat, surtout après avoir purgé le monde de quelques malfrats sans foi ni loi. Il aurait put sourire si la douleur actuelle n’était pas aussi intense.

Dalaï, ton modeste serviteur peut-il reposer l’épée et te rejoindre, finalement ?



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