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Chroniques d'Irydaë
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 Nécrocodile à Zagashland City

Arianna Torricelli
Arianna Torricelli
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Nécrocodile à Zagashland City EmptyVen 26 Jan - 23:59
Irys : 356585
Profession : Zélote, Soldat, Officier, Chasseuse, Nomade
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Un monstre. Pas une bête sauvage. Pas un grand prédateur. Un véritable monstre.

C’est pour ça qu’elle s’était déroutée du reste de son clan, actuellement de passage dans le sud de Zagash. Les autres devaient de toute manière s’installer pour une semaine aux abords d’une rizière à trois jours de marche de là ; ils seraient très faciles à rattraper, une fois le problème réglé. Eux étaient quatre à s’être portés volontaires pour ça. Quatre chasseurs, dont deux soldats. Qui se trouvaient maintenant au sein d’un petit village Mytran de quatre cent âmes planté aux abords d’une forêt agitée depuis quelques semaines par un mystérieux prédateur, débarqué de nulle part pour faire parler de lui. Un nombre impressionnant d’animaux –prédateurs y compris- s’étaient déportés dans les territoires adjacents, et à voir les carcasses furieusement décharnées qu’on avait retrouvé, on devinait pourquoi. Leurs os étaient rongés de près au point que pas un seul tissu n’en avait réchappé. Pour autant, ça n’était qu’après les premières disparitions de voyageurs que l’on avait réellement commencé à se soucier activement du danger.

Et c’est ainsi que le Gharyn local (sous pression de ses ouailles et surtout de sa Khorog, cela dit) fini par prendre le taureau par les cornes pour résoudre cette affaire. Sans hésiter à recourir à de l’aide extérieure pour ça.

C’était précisément dans ce genre de cas que le système de soldats itinérants des Mytrans se démarquait par sa flexibilité. Ils vagabondaient au même rythme que leurs tribus de nomades plutôt que de rester affectés à une ville en particulier ; la tradition orale étant particulièrement vivace dans leur culture, et les voyageurs circulant à foison sur les routes, il ne s’était écoulé qu'un seul jour entre l’appel du Gharyn et l’arrivée des premiers spécialistes dans le village. Eux étaient arrivés trois jours après le début de la battue, en fin d’après-midi. Et avaient été accueillis par la Khorog du village, qui les réceptionna dignement au même titre que quiconque venait proposer ses services.

-La vaaache. C’est super bon, ce truc. Qu’est-ce que c’est ?
-Rutabagas, de la carotte tempo, de l’oignon, du vinaigre de framboise et…
-Ouah. ‘Ttendez, je prends de quoi écrire, fit le plus jeune des chasseurs de la bande.
-Tu ne sais pas cuisiner,  Harleigh.
-Même.
-… c’est idiot.
-Je donnerai la recette à Lulu’ et...


Les quatre voyageurs s’étaient tous attablés devant la grande cabane dans laquelle la shamane officiait d’habitude. C’était là que la prêtresse de Dalai préparait, quand le temps le permettait, ses décoctions mystiques aux effluves irréelles… ou ses bouillons de légumes destinés à quiconque lui faisait le plaisir d’une visite.

Il lui suffisait presque de claquer des doigts pour que sa marmite se mette à bouillir et à remuer par elle même. Un classique. Mais toujours amusant.

Arianna, qui n’avait pas encore pipé mot tandis que les autres échangeaient les nouvelles avec leur hôtesse, la regardait en cherchant à comprendre. A leur arrivée, ils s’étaient directement présentés comme étant des chasseurs de la tribu Nerassa ; on leur avait tout de suite indiqué la demeure de Namuun, la Khorog du village. Au lieu du Ghoryn. Allez savoir pourquoi. Mais la charmante shamane les avait tout aussi bien briefés sur ce qu'ils pourraient faire. Malgré ça, elle les rendait curieux. Son allure, déjà. Elle portait quelques tresses de saphirs enlacées dans ses cheveux, et en dépit de l’ample robe qu’elle portait, on voyait très clairement à la rondeur de son ventre que…

-Je vous propose de vous reposer pour ce soir plutôt que d'essayer de vous joindre aux autres, ça ne changera pas grand chose, reprit-elle. Mais avant ça... je veux que vous soyez prévenus. Ce qui se trouve en ce moment dans les bois sent et transpire la mort, littéralement. Elle laisse sur son sillage une odeur abominable, et ceux qui s'efforcent de remonter sa trace sont tous pris d'un malaise qui n'est pas naturel. À coté de ça, la forêt semble s'être vidée, le tout prend de plus en plus des allures de cimetière, on ne sait plus où chercher. Je suis sûre que vous voudriez faire honneur à votre nom et nous rendre service en écrasant pronto le grand monstre féroce, mais ça ne sera pas ça. Alors faîtes attention quand vous serez dans les bois. Vous ne ferez pas honneur à Dalaï avec une mort stupide. Et je ne dis pas ça parce que j'ai l'habitude, hein.
-Bah. Les monstres... n'existent pas?, essaya le jeune Harleigh.
-Peut être pas. Le problème, c'est que je n'ai pas souvent de conversations avec Orshinn. Dans le genre, très rarement. Je ne parviens pas à comprendre ce qu'il m'a répondu. Mais je sais que le monstre dont nous parlons n'a absolument rien à voir avec quoi que ce soit qui existe à Mytra. Littéralement. C'est compris?

La Khorog les dévisagea tour à tour, comme une préceptrice qui cherchait à tenir en respect une bande de gamins turbulents. Les chasseurs Zagashiens, elle les connaissait bien - toujours à se fourrer dans le ventre de bêtes quatre fois plus grandes qu'eux.

-Oui Maman!, lâcha le plus jeune chasseur.

Ce qui lui valu une tape sur le crâne de la part d'un de ses aînés.

-Crétin...
-Beh?

-Laisse tomber, lui lâcha Arianna en se levant.
-Vous partez?, questionna la shamane.
-Euh...

Elle manqua de dire oui, mais changea vite d'avis. Namuun s'en était retournée à sa grande marmite, visiblement prête à entamer un deuxième service, et...

-Non. Pas du tout.


Dernière édition par Arianna Torricelli le Mer 31 Jan - 12:18, édité 2 fois
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Flavien Teleri
Flavien Teleri
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Nécrocodile à Zagashland City EmptySam 27 Jan - 15:27
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Profession : Soigneur itinérant - Guérisseur
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Une fois n'est pas coutume, les errances de Flavien l'avaient mené sur le territoire Zagash. Le nomade affectionnait tout particulièrement cette région où, de même qu'en Suhury, la vie foisonnait et la faune active et captivante ne manquait jamais d'égayer sa route. Ou plutôt devrait-il dire que ceci avait toujours été le cas avant aujourd'hui. En effet, voilà maintenant plusieurs heures qu'il marchait sans qu'il n'aperçoive aucun herbivore détaler sous ses yeux, fuyant à l'approche de ses pas. Une chose était sûre : la faune locale semblait avoir plié bagage pour le temps présent. Même Selmac, habituellement le premier à courir au-devant du danger, lui emboitait sagement les talons.

Le nomade pressa le pas, déterminé à quitter au plus vite cette zone morte. Si l'absence de piaillements au-dessus de sa tête n'était pas forcément le signe que quelque chose clochait une fois la nuit tombée, le manque cruel de bruissements dans les feuillages indiquait clairement au soigneur que le silence n'était pas énonciateur de la présence d'un prédateur en chasse, mais plutôt de l'absence de vie dans les environs. Un frisson lui parcouru l'échine et il manqua de soupirer de soulagement lorsque le terrain fit place à une pente, annonçant son arrivée prochaine au village modeste qui bordait la forêt. Encore quelques minutes de marche et il aurait l'occasion de glaner quelques heures de sommeil. Quel que soit le danger incitant la faune à délocaliser ainsi, il s'y intéresserait demain, après une nuit de sommeil.

Accueilli aux portes de la ville par un homme un peu trop enthousiaste à une heure aussi tardive, Flavien hocha brièvement la tête pour lui rendre son salut et coupa court à toute tentative de conversation en prenant le chemin de l'auberge du village. Quelques chevaux s'abreuvaient à l'auge en compagnie d'une ou deux créatures plus singulières, faisant récoltant un haussement de sourcil du nomade. Si la forêt était déserte, le village, lui, avait gagné bien des âmes ce soir. C'était bien simple de comprendre pourquoi : un mot revenait régulièrement dans les murmures animés de la clientèle.

Avant que Flavien ne puisse en demander plus sur les méfaits de cette créature pour laquelle on avait sorti l'artillerie lourde (ou ce qui s'y apparentait, dans une bourgade aussi petite), il fut coupé dans son élan par une voix rauque mais chaleureuse, qui attira directement son attention.  

- Bonjour toi ! Tu es adorable !

Flavien se retourna pour découvrir un homme au visage marqué par des rides de bonheur, qui agitait la main au-dessus de Selmac, entrainant le petit animal à bondir joyeusement pour essayer de lui attraper les doigts. Il observa un instant la scène, interdit, avant de se baisser pour attraper son Aitah et toiser l'inconnu du regard. Une petite voix dans son esprit lui soufflait qu'il avait déjà croisé la route de cet homme, mais vu son manque d'initiative pour chercher à qui il pouvait bien avoir affaire, Flavien n'était pas prêt d'avoir une réponse rapidement.

- C'est le vôtre ?

Flavien ne prit pas la peine de répondre, laissant à l'homme le loisir de se faire sa propre idée en observant l'animal grimper sur son épaule et s'y tapir de tout son poids.

- Oh ! Vous suivez les enseignements d'Orshin ?
- Vous organisez une battue pour retrouver l'animal qui vide vos forêts ?
- Une battue ? Quelle battue ? Demanda l'homme.
- Celle dont tout le monde ici parle ?

L'homme secoua virulemment la tête avant de rire grassement.

- Vous vous méprenez, celle-ci a déjà pris fin ! Plus aucun danger dans ces contrées, non jeune homme. Déclara joyeusement son interlocuteur, Mais vous devez être fatigué après votre voyage ! Venez donc vous reposer, le Gharyn vous offre l'hospitalité.

Ah. C'était donc ça.

Sans avoir le temps de protester, Flavien se retrouva entrainé à l'étage et confié la clé d'une chambre bien au-dessus de ses moyens.

- Ce n'était vraiment pas nécessaire.
- J'insiste, j'insiste. Installez-vous, mon garçon.

Du haut de ses trente ans passés et de sa barbe foisonnante, Flavien n'avait pas grand-chose d'un garçon. Il soupira en avisant Selmac qui somnolait déjà au pied du lit gracieusement offert. Après-tout, pourquoi refuser une telle offre.

- C'est vraiment gratuit ?
- Évidemment. Nous accueillons les visiteurs à bras ouverts chez nous, ah ça oui.
- Bon eh bien... merci.

Les deux hommes restèrent à se toiser, le Gharyn sur le pas de la porte et le soigneur ne sachant pas trop ce qu'il était censé faire. Une voix féminine s'éleva du fond du couloir, offrant à Flavien une fenêtre suffisante pour soigneusement fermer la porte au nez du bon samaritain. La forêt était peut-être inquiétante, mais dans le genre étrange, Flavien l'appréciait bien plus que cet étrange échange auquel il avait pris part.

A une dizaine de mètres de là, à l’abri des regards, le Gharyn se justifiait comme il pouvait à la gérante de l'auberge de la raison de sa générosité si soudaine.

- C'est un familier d'Orshin ! J'ai paniqué !
- Mais enfin ! De là à lui raconter que la bête était terrassée...-!

Accoudé à la fenêtre de sa chambre, Flavien n'entendait rien de tout cela. Il se contenta de classer cet étrange échange dans la catégorie des bizarreries Humaines et se délesta de ses affaires pour profiter au maximum de l'aubaine qui lui avait été donnée. Il s'endormi dès lors qu'Hua se cala contre son flanc, le petit animal surveillant l'univers étranger de la chambre avec une attention presque militaire.

================================

Réveillé de bonne heure comme à son habitude, Flavien rassembla ses affaires pour descendre au rez-de-chaussée en compagnie de ses familiers. L'auberge était étonnement vide et le soigneur se pressa à l'extérieur, déposant au passage les clés de sa chambre sur le comptoir.

Il ne fallut pas très longtemps à sa petite équipe pour découvrir où tout le monde s'était rendu, des commotions s'élevant du centre du village. Le Gharyn, accompagné de sa Khorog, avaient rassemblé un bon paquet de monde autour d'eux. Une excitation palpable électrisait la foule et Flavien fronça les sourcils. Il se plaça silencieusement en retrait, le dos appuyé contre une charrue laissée à l'abandon par un humble paysan qui assistait aux ralliements des troupes plus par politesse pour son Gharyn que par véritable intérêt. Tu parles d'une battue fructueuse.

Le Gharyn l'aperçu dans la foule et grimaça à son levé de sourcil interrogatif. Le discours promettait d'être intéressant.
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Arianna Torricelli
Arianna Torricelli
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Nécrocodile à Zagashland City EmptyDim 28 Jan - 11:10
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Le Gharyn est souvent cité comme étant la pierre angulaire d'une communauté Mytranne. Investi de pouvoirs politiques étendus aussi bien en interne qu'auprès des autres institutions du continent, garant du bien être de ses ouailles et de leur territoire, chef militaire lorsque les circonstances l'exigent, c'est parmi les rangs des meilleurs d'entre eux que sont choisis ceux qui viendront à gouverner le pays, au terme d'un épreuve confrontant leurs talents pour que seul le plus apte triomphe.

Et puis, il y a ceux dont les talents se résumaient à un champ d'expertise très pratique, et dont on n'attendait pas grand chose de plus que d'être un médiateur bienveillant et honnête capable de permettre à un village de vivre paisiblement.

Nous étions dans ce cas.

-Bon... eh bien, je vais laisser Abisgal, Salomé et Lehyo reformer leurs équipes... bon courage, et faîtes très attention!

Oui. Ca allait être tout. Nous étions en face d'un spécialiste des relations de bon voisinage et d'un agronome hors pair, pas d'un chef politique. Ce qui convenait parfaitement pour un petit village tel qu'ici. Heureusement, il savait s'entourer. Les groupes de battue se reformèrent par eux-mêmes en trois points de la place, sous la conduite des trois précités.

Au sein de chaque groupe, un chasseur expérimenté du village pour en prendre la tête. Ils ne tardèrent pas à se répartir les renforts de la veille, au nombre de dix, avant de s'en retourner à leurs groupes. Arianna se retrouva séparée des trois autres, et faisait maintenant face à un quarantenaire solidement charpenté au visage anguleux. Rasé de près, cheveux courts, d'une allure assurée, il lui faisait davantage penser à un formateur militaire qu'à un chasseur nomade qui gagnait sa pitance de ses prises. Il ne fallu toutefois qu'une minute d'échanges à la chasseuse pour comprendre qu'elle faisait face à quelqu'un de parfaitement compétent. Il connaissait très bien le terrain et avait déjà décidé ce qu'il ferait d'elle dans le cordon de la battue.

De son coté, l'homme l'étudia un moment -pas d'un oeil mal luné- tout en l'accompagnant. Torri avait conservé sa tenue de voyage, plus pratique qu'une armure pour ce genre de tâches, et n'eut pas à redire quoi que ce soit que la Khorog avait appris la veille. Ils s'étaient entretenus. Et l'autre la prenait parfaitement au sérieux, ce qui lui convenait bien. Elle ferait ce qu'il dit. Abisgal, qu'il se présenta. Sans grande cérémonie.

Pour autant, ils n'avaient pas l'air de se préparer à partir tout de suite. Au lieu de ça, Abisgal jeta un regard en direction de la place, ou plutôt de sa périphérie. Là où la Khorog s'entretenait maintenant avec un voyageur disposant d'une petite ménagerie avec lui. Et pour cause : le chasseur avait entendu qu'il s'agissait d'un adepte d'Orshin, et compte tenu des circonstances, son support serait très apprécié. Restait à savoir si Namuun parviendrait à obtenir son aide.
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Flavien Teleri
Flavien Teleri
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Nécrocodile à Zagashland City EmptyDim 28 Jan - 17:59
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Flavien se garda bien de piper mot lorsque le Gharyn débuta son discours qui tenait plus d'un professeur briffant ses élèves avant une expédition scolaire (un peu d'attention, restez toujours en groupe, ne vous bousculez pas, suivez les ordres de votre chef de groupe) que d'un chef appelant les siens à réclamer justice au nom de son village. Rarement dans un seul homme, avait-il vu ce degré de détachement par rapport à la réalité. Le Gharyn avait-il seulement conscience du danger que représentait une créature qui avait fait détaler les prédateurs qui avaient eu le malheur de la croiser ?

- Les loups ne s'aventurent pas jusque dans nos terres d'habitude, mais nul doute que de braves chasseurs comme vous mettront rapidement fin à l'agissement de cette bête égarée !

Il fallait croire que non.

Le soigneur observa d'un œil critique le Gharyn qui terminait son discours en invitant les volontaires à se répartir en plusieurs équipes, croisant l'espace d'un instant le regard de la Khorog à ses côtés. La femme avait clairement l'air désabusée, souriant du mieux qu'elle pouvait à son Gharyn lorsqu'il lui adressa un regard plein d'espoir à la fin de son discours. L'homme avait clairement l'air content de lui et celle qui partageait le podium à ses côtés n'avait pas l'air de vouloir contrarier sa bonne humeur. Il souriant avec bienveillance, regardant les différentes équipes se former. Curieux personnage.

La Khorog qui avait capté son attention pendant le discours glissa quelques mots à l'oreille de l'homme, puis se dirigea vers le soigneur. L'une de ses mains posée délicatement sur le haut de son ventre rond, elle salua le nomade en se présentant. Namuun, Khorog de ce petit village au cadre presque idyllique. Flavien lui rendit la politesse sans pour autant la gracier de son nom, ce qui ne refroidit pas le moins du monde la femme qui ne perdit pas de temps pour en venir à l'essentiel.

- Orshin m'est apparu il y a plusieurs nuits afin de me mettre en garde contre ce qui rôdait dans les bois. Dit-elle gravement, ajoutant plus bas. Enfin je crois. C'est toujours un peu compliqué d'interpréter les messages des Architectes.

Namuun secoua la tête comme pour chasser le doute qui lui taraudait l'esprit et leva les yeux vers le nomade. Le regard clair de la Khorog vint soutenir le sien, attendant un quelconque commentaire de sa part.

- Pourquoi ne m'en a-t-il pas parlé, hier ? Questionna Flavien en désignant du menton le Gharyn qui discutait joyeusement avec un agriculteur venu lui demander conseil pour réaliser son prochain semis.
- Il est un peu..., Les mains de Namuun quittèrent son ventre pour tournoyer devant elle, formant des formes intriquées dans l'air devant elle, Vous voyez ?

Flavien fronça les sourcils et la femme soupira.

- Peu importe. Ce qui compte, c'est que pourriez mettre un terme à toute cette histoire en évitant un aut- un bain de sang. Se rattrapa la Khorog avec un sourire. Ecoutez. Les gens d'ici sont volontaires. Tout ce qu'on veut, c'est que le village retrouve la paix, c'est pour ça que j'ai décidé de lancer un appel à l'aide. Mais cette chose tapie dans la forêt... Ce n'est pas un simple loup. Je pense que vous aussi, vous avez dû ressentir cette sensation de malaise en arrivant jusqu'ici. Vous pourriez participer à la battue ? Dompter l'animal et l'inviter à retourner d'où il vient ?

Flavien croisa les bras devant lui. Namuun avait raison sur un point : quelle que soit la créature qui avait trouvé refuge dans la forêt, ce n'était pas un loup. Sa présence même dénaturait la zone, mais elle n'en restait pas moins une créature d'Orshin qui ne faisait que se nourrir. S'il y avait une chance pour que sa participation à la battue augmente les chances de survie d'un animal égaré, il ne rechignerait pas à faire équipe avec une bande de mercenaires, de chasseurs, et de citoyens désireux de pimenter leur matinée.

- Je verrais ce que je peux faire pour cette créature.
- Excellent !, Sourit Namuun, pas le moins du monde prise de court par son indifférence apparente au sort des voyageurs ayant perdu la vie, Vous pouvez rejoindre l'équipe d'Abisgal. C'est un excellent pisteur.

Le nomade inclina la tête et se dirigea vers l'homme que la Khorog lui avait indiqué. Abisgal avait tout d'un meneur de troupe, à en juger par l'attention collective que lui portaient les personnes assignées à son commandement. Il était en plein débriefing sur les agissements de la bête, suite à une question lancée par l'un des membres de la petite équipe. Un jeune traqueur était en train de parler, l'excitation animant sa voix.

- ...sauvage. Il doit être sacrément affamé ! Marty raconte qu'il mange même les vêtements !
- C'est impossible. Nota Flavien qui se plaça à côté d'une nomade qui avait dû répondre à l'appel dont lui avait parlé Namuun.

Il salua Abisgal d'un signe de tête tandis que le jeune homme passionné s'empressait de poursuivre.

- Si, si ! Hein Abi, j'ai raison ?

Abisgal lança un regard critique au plus jeune mais le gracia tout de même d'une réponse.

- Oui. Les vêtements des victimes étaient partiellement dévorés. Pas simplement réduit en charpies mais dévorés. Précise-t-il, avant de reprendre pour l'ensemble du groupe, C'est pourquoi je vous demande la plus grande vigilance. Cette bête est féroce et extrêmement dangereuse.
- Ce n'est pas normal. Marmonna Flavien. Quel genre de prédateur mange les tissus ?

A moins qu'ils aient affaire à une sous-espèce de Croc’culotte qui aurait développé un penchant pour la chair fraiche en plus du tissu, Flavien ne connaissait aucun animal à My'trä capable de digérer les vêtements de ses proies humaines. Même les Tairakh en étaient incapable, et dans le genre vicieux, il n'y avait pas pire qu'eux.
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Arianna Torricelli
Arianna Torricelli
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Nécrocodile à Zagashland City EmptyMar 30 Jan - 11:11
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Il s'appelait Flavien, et n'avait pas décliné son nom depuis qu'il était là. Ni énoncé plus de trente syllabes cumulées en l'espace des quatre heures qu'ils avaient déjà parcouru dans ces bois. Le voyageur qu'Abisgal avait attendu avant qu'ils ne prennent le départ, c'était lui. Un individu particulièrement réservé, non pas que ça ait quoi que ce soit à voir avec de la timidité, devinèrent ses collègues du moment. C'était juste sa façon d'être. A moins que ce ne soit un nomade solitaire qui passait tant de temps dans la nature sans contact avec les communautés humaines qu'il s'était complètement renfermé sur lui-même. Ou encore... un adepte un peu fêlé d'Orshin qui se sentait plus aliéné en compagnie des hommes que d'autres mammifères, il y en avait aussi. Et ce voyageur accordait effectivement plus de petites attentions -et d'attention tout court- à ses animaux de compagnie qu'aux autres membres de la traque.

Ou plutôt, il n'accordait pas la moindre importance à ses congénères, avait conclu Arianna. Ce qui ne lui aurait pas posé le moindre problème s'il n'avait pas semblé aussi... peu communicatif, même pour leur délivrer des informations aussi basiques et appréciables que "attention à la marche". Ce qui aurait épargné une mauvaise chute à Torri'.

Rajoutez-y enfin que l'un des quadrupèdes qui accompagnaient le nomade étaient un carnivore parmi les plus vicieux qui soient, et vous comprendrez pourquoi les autres rabatteurs n'avaient de toute manière pas spécialement envie de se rapprocher de lui. Il avait un Taraikh, aussi hallucinant que ça puisse être. Une boule de poil d'apparence pelucheuse qui s'avérait être un carnivore aux pratiques furieusement malfaisantes, profitant du sommeil de ses proies pour leur administrer d'une morsure un venin anesthésiant. Du genre à s'attaquer volontiers aux humains qui bivouaqueraient sans se méfier et de pouvoir se repaître d'un nouveau-né laissé sans surveillance si l'occasion se présentait. De la vermine de la pire espèce qui était systématiquement déportée de force aux abords de n'importe quelle communauté un tant soit peu salubre.

En fait, Arianna en était à se méfier davantage de cette affreuse bestiole que d'un quelconque monstre jusque-là introuvable. Il ne se passait pas trente seconde sans qu'elle n'ait visé l'animal du regard, prête à le passer au fil de l'épée au moindre signe d'agression.
Mais… il y avait quand même dans le groupe des gens suffisamment avenants pour outrepasser complètement ces détails, et essayer malgré tout d'engager une discussion avec Flavien.

-Alors… vous êtes un autre adepte d'Orshin? Z’êtes le deuxième qu’on croise ces derniers temps, à croire qu’il se passe un truc. Vous faîtes quelque chose de spécial dans la région?

Et après tout ce temps à chercher dans cette étendue de forêt marécageuse de plus en plus éloignée du village -pour la troisième fois pour certains- la plupart des rabatteurs n'étaient plus du tout aussi concentrés qu'au début. En l'occurrence, un jeune homme du village, au pied sûr mais la vingtaine pas encore entamée, essayait d'arracher quelques réponses au mystérieux adepte d'Orshin. Mais le bougre trouvait toujours le moyen de couper court à toute discussion, tandis que l'autre se faisait toujours rappeler à l'ordre au motif qu'ils avaient une mission. Mais plus le temps passait, et moins ceux-ci s'attendaient à trouver quoi que ce soit dans leurs fouilles.

Ils auraient aussi bien pu tourner en rond ou faire de la randonnée, à ce stade. A ceci près qu'ils ignoraient les sentiers et traversaient le terrain de long en large, aussi impraticable et qu'il puisse être, à la recherche de monstres... ou d'indices d'un quelconque acabit.

-Vous connaissez Anaëlle, peut-être?, continua le villageois. On avait un tueur qui sévissait dans la région, pourchassé par des sentinelles de Suhury qui avaient complètement quadrillé la zone, et... ben en fait, il se cachait dans le village, il pouvait devenir invisible. Mais elle, elle s’est ramenée et a subitement invoqué un genre de rataupe à l’odorat super développé, et… ça a fini en course poursuite dans la forêt mais elle a réussi à l’avoir. Treiselwiegh, qu’il s’appelait, le tueur. Ils l’ont eu.
-Yorrick Treiselweigh est mort?

Cette fois, c'était Arianna qui s'était retournée. Malgré sa discipline toute militaire, même elle ne demandait qu'un prétexte pour flancher et se distraire de ces étendues infinies faîtes de bourbe et de buissons ronçonneux.

-Vous le connaissez?
-C'est... un Khurmi recherché pour crimes extrêmement graves, oui. Un tueur de longue date qui s'est surtout fait un nom en allant faire un énorme carton chez les cartels de Suhury. Du coup, c'est Darga toute entière qui a mis sa tête à prix, et tout Mytra qui s'est mis à lui tomber dessus. On nous avait demandé de garder l'oeil ouvert dans le sud de Zagash, des fois qu'il essaie de s'y réfugier. Pas comme si on allait gentiment l'accueillir de toute manière.

A cet instant, le rabatteur jeta un coup d'oeil à l'épée qui logeait à la ceinture de son interlocutrice. Une chasseuse et une soldate du pays, qu'on lui avait dit. En ce qui le concernait, la seule fois qu'il avait eu une épée entre les mains lui avait laissé un souvenir très brouillon. On n'en voyait que rarement, par ici, même sur les voyageurs.

-Il a dû faire plus de quatre cent cinquante morts reconnus à lui seul avec tout son parcours, mais ça pourrait aussi bien être le double ou le triple vu sa façon d'agir, continua Torricelli. C'est un illusionniste. Ou plutôt, un détraqué fanatique de Khugatsaa qui en révère une facette complètement perturbée. Et un des pires, dans le genre qui vous grille le cerveau sur un simple coup de tête. On raconte qu'il se plonge lui-même dans une illusion permanente par ferveur religieuse et que c'est ce qui le rend si puissant. Qu'il manifeste sa foi en consommant des quantités impossibles d'hallucinogènes, et qu'il se fait parfois payer exclusivement en drogues pour ses prestations auprès des mafias de Reoni. Enfin, c'est ce qui se dit en tout cas, parce qu'on a encore jamais pu faire de lien à ce jour. Forcément, les soldats de Khurmag sont des pitres, complètement inutiles dès qu'il s'agit d'aller au-delà que de maintenir l'ordre et les apparences, alors une enquête sérieuse ça serait trop demander. Mais ça pourrait parfaitement être possible. Les Suhuriens avaient déjà réussi à l'attraper deux fois, et ils ont... enfin... il est mort?, se reprit-elle.
-Il... il est mort, oui.

Le villageois la regardait sous un tout nouvel oeil, maintenant. Elle savait beaucoup de choses. Lui savait que ce Yorrick était un homme dangereux, mais... certainement pas à ce point. Et ils avaient côtoyé ça?

-Dîtes, est-ce que...
-AAAAAAAAAAAAAAAH!

Arianna, à nouveau. A marcher en parlant à son voisin de droite, elle n'avait pas vu que le sol devant elle était surtout un tas de vase recouvert de mousse traître, et s'était avancée sans se méfier. Et maintenant, elle se trouvait avec les jambes en angle droit, la gauche enfoncée jusqu'à la hanche dans la fange végétale, l'autre encore sur la terre ferme, mais incapable de lui fournir un appui suffisant pour sortir.

-Euuuh... tu peux m'aider?
-Ca va?
-Rien de mal, oui. Je suis juste bien partie pour perdre ma botte si on me dégage mal, mais à part ça, pas de problème. Je ne m'enfonce pas plus. J'ai pied. C'est juste un trou d'eau.

Et rien qu'en réalisant ce qu'elle venait de dire, elle agita son doigt en direction de la vase. Qui se creusa aussitôt pour la libérer, comme elle l'aurait fait pour n'importe quelle habituée de Dalaï, mère des eaux.
Quelques secondes plus tard et la chasseuse en extirpa une petite masse d'eau claire, ou du moins particulièrement claire compte tenu de sa source, qu'elle utilisa pour se rincer la jambe. Un résultat convenable pour les moyens du bord, jugea-t-elle. Deux sorts de plus suffirent pour qu'elle se sèche artificiellement, en faisant sortir toute l'eau engloutie dans sa botte et sur son pantalon.

Ce n'est qu'une fois ça fait que les deux Zagashiens remarquèrent qu'ils étaient en retard par rapport à la progression aux autres trios de la battue, distants d'une quarantaine de mètres au sud d'eux. Mais surtout, qu'ils n'étaient maintenant plus que deux.

-Euh... où est Flavien?

Le jeune homme se retourna. Regardait à sa gauche, là où il s'attendait à trouver le pratiquant d'Orshin. Puis tout autour de lui, sans le moindre succès.

-Le con, grommela la Zagash.
-Qu'est-ce qu'il y a?
-Quatre vingt pourcents de chances qu'il soit parti seul dans son coin parce que ça lui chantait, je dirais. Je le vois gros comme ça. Ca ou alors il lui est arrivé quelque chose... que ce soit une envie pressante, une très mauvaise rencontre ou... tomber dans un trou d'eau, lui aussi?
-Il n'avait pas l'air du genre à se faire avoir par ces tru...

Le villageois se ravisa, Arianna lui ayant décoché un regard signifiant globalement "parce moi j'ai l'air d'être une cruche blonde, j'imagine?". Mais elle n'insista pas. Au lieu de ça, elle lui indiqua de rejoindre les autres tandis qu'elle chercherait le nomade. Et il accepta vite, la laissant quadriller le secteur à la recherche de Flavien. Ce qui ne prit que quelques minutes, pendant lesquelles elle n'avait pas cessé de réfléchir à voix haute :

-Bon. A priori il n'est pas tombé dans un trou d'eau, en effet. Et il a la gentillesse de laisser des traces derrière lui, idem pour sa petite saloperie venimeuse. De belles traces dans la mousse.

Une pensée pour le Taraikh lui fit froid dans le dos, mais elle se ressaisit. Ces horreurs n'attaquaient que des proies qui dormaient, quitte à les suivre très longtemps s'il le faut. Et même dressé pour attaquer en plein jour, il fallait plus qu'un seul individu pour abattre un humain avec son seul venin.

Même en cas de mauvaise surprise -et elle ne le serait pas, se préparant au pire- elle saurait s'en sortir. Retrouver Flavien, rejoindre les autres, continuer normalement. Avec ou sans lui s'il était réellement parti seul faire sa vie, mais... elle verrait.
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Flavien Teleri
Flavien Teleri
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Nécrocodile à Zagashland City EmptyMar 30 Jan - 23:29
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Dès les premières minutes de la battue, après de brèves présentations histoire que tout le monde repère tout le monde, le groupe avait éclaté en plusieurs groupuscules. Sans qu'une trop grande distance ne s'imprime entre les membres de la battue, chaque groupe y allait de son diagnostic concernant la sordide affaire. Les échanges allaient bon train, pimentant pour certains ce qui s'apparentait pour l'instant plus à une balade champêtre qu'à la traque d'un prédateur sans foi ni loi.

Marchant en retrait, les yeux fixant le haut de la tête de l'homme qui marchait quelques mètres devant lui, on ne pouvait pas dire que Flavien faisait partie de la bande. L'homme avait une façon de faire bien à lui et Abisgal, comme tout bon meneur de troupe, l'avait tout de suite remarqué. Sans aller jusqu'à dire que le nomade flânait sur les chemins, il n'avait pas pris l'initiative de remonter en tête de l'expédition, malgré ses soi-disant qualités de traqueur. Est-ce que son don lui permettait de passer au-dessus des bases de la traque et qu'il savait déjà où se trouvait l'animal... ou bien est-ce que le crâne luisant de son partenaire de battue le contrariait, lui et sa longue chevelure ? Abisgal l'ignorait et à dire vrai, cela ne l'intéressait pas de le savoir. Tant qu'il n'entravait pas son office, il n'était pas plus dérangeant qu'une jeune recrue qui trainerait la patte sans raison.

Le fait est que Flavien ne ressentait toujours aucune présence dans les environs. La forêt n'était pas morte (les plus petits insectes continuaient de grouiller sous leurs pas et le chant de quelques oiseaux se hasardant à faire une halte dans la région suffisait à le rassurer sur ce fait) mais les animaux disposant d'un minimum d'instinct de survie se faisaient tous le plus discret possible, comme si l'ensemble de la faune locale avait fait le choix d'hiberner collectivement. Le rythme de vie de toute la zone semblait ralenti, ce qui ne disait rien qui vaille au nomade. Si seulement il pouvait trouver un petit herbivore capable de le renseigner... mais en se trouvant en bas de fil de ce cortège de chasseurs, pas étonnant qu'il n'arrivait à rien. Lorsque ce n'était pas leur équipement qui s'entrechoquait dans une montée, le bruit de leur conversation le distrayait au point qu'il en perde de fil. C'était particulièrement frustrant.

Bien sûr, comme les Architectes appréciaient aussi l'ironie, c'est ce moment précis que choisi un membre de la troupe pour s'approcher de lui et engager la conversation directement. Il hocha la tête pour confirmer à l'homme qu'il était bien versé dans l'Art d'Orshin, avant de hausser un sourcil lorsqu'il demanda à savoir si les adeptes de l'Architecte avaient un séminaire de prévu dans la région, vu qu'il n'était pas le seul pratiquant qu'il croisait en très peu de temps.

- Je ne connais pas tous les adeptes d'Orshin.

Ça aurait pu être la fin de la conversation, mais c'était sans compter sur la soif d'apprendre de ce jeune villageois. Ou tout simplement sur le profond ennui dans lequel il menaçait de sombrer et contre lequel il était prêt à tout, même à tailler un bout de gras avec un nomade qui n'avait clairement aucune envie de prendre part aux ragots du village. Il lui demandait maintenant s'il connaissait une certaine Anaëlle, fière justicière ayant appréhendé un tueur qui aurait sévi dans la région. Flavien, comme à son habitude, n'avait absolument aucune idée de qui pouvaient bien être les personnes dont il parlait. Il n'avait ni le temps d'écouter les Bardes conter les épopées modernes des héros actuels, ni l'envie de dépenser le peu d'Irys qu'il avait dans une auberge pour y apprendre les petits potins du moment. Et il avait vraiment mieux à faire que d'écouter les rumeurs lorsqu'il était de passage dans un village.

Heureusement pour lui, la jeune femme taciturne qui fermait elle aussi la marche choisi ce moment pour capter l'attention du jeune villageois, reprenant le flambeau de la conversation en demandant à en savoir davantage. Flavien sauta sur l'occasion pour ralentir le pas et les laisser passer devant lui. Il soupira, secoua la tête lentement et bifurqua, empruntant un sentir qui semblait plutôt mener vers les hauteurs. Il avait besoin d'un peu de tranquillité. Marcher en groupe était plus contraignant qu'il l'avait pensé.

"Alors comme ça tu ne m'as pas présenté Anaëlle ?" Ricana une voix à son oreille dès qu'il fut enfin seul avec ses pensées. Bien évidemment.
"Ha. Ha." Renvoya-t-il à la Tairakh qui s'étirait paresseusement pour mieux se repositionner. "Tu ne dors pas encore, toi ?"
"Flav, tu rumines. Tes épaules sont noueuses, comment tu veux que je dorme ?" Grogna Hua. Le ton manquait de vitriol : même la carnivore était troublée. "Et puis... J'aime pas ici."
"Tu peux retourner à l'auber-"
"Non." Coupa net la Tairakh "Je reste. T'es trop borné pour laisser tomber. Et je ne te laisserais pas tomber non plus."
"Je veux juste comprendre pourquoi les animaux fuient cette forêt. C'est pas naturel, je sais que toi aussi tu le sens. Ce danger..."
"Oui. C'est pour ça que je reste avec toi."
"Hua. Tu es tout le temps avec moi."
"C'est parce que tu te mets tout le temps en danger, faut croire."

Flavien leva les yeux au ciel à la taquinerie de son familier. Il est vrai que son mode de vie le conduisait à aller au-devant de nombreuses difficultés, mais il s'en sortait bien. Il n'avait jusqu'à présent perdu aucune partie vitale et avait seulement manqué de finir borgne une seule fois. Globalement, il s'en tirait pas mal.

Les yeux levés vers la cime des arbres, il resta interdit un petit moment. Quelque-chose dans ce tableau le dérangeait.

"C'est pas des traces de griffures, là en-haut ?"
"Un... ours ?"
"Je ne crois pas." Il s'avança vers l'arbre, plaçant ses mains de part et d'autre du tronc. "Je vais aller voir ça."

Flavien indiqua à Selmac, de loin son familier le moins terrifiant, d'attendre en bas. L'expérience était déjà périlleuse pour l'homme, il ne souhaitait pas devoir en plus de cela veiller à ce que la petite créature ne rate pas une prise et aille s'écraser au sol. Hua quant à elle se hâta de sauter dans la poche de son manteau, laissant une plus grande liberté de mouvement à son maître qui débuta la longue ascension jusqu'à l'endroit qui avait piqué sa curiosité : une zone où le tronc était dénudé. L'écorce avait été arrachée voire même... grignotée ?, et marquée par des traces de griffures.

Lorsqu'il fut perché de façon précaire juste devant l'endroit, il confirma ses doutes. La taille ne correspondait absolument pas à celle d'un prédateur connu de la région. Plissant le nez, la main en visière et testant dangereusement son équilibre, Flavien observa attentivement les arbres alentours, espérant y trouver les mêmes signes de maltraitance. Il détailla les arbres les uns après les autres jusqu'à ce que... Bingo. Une créature était bien passée d'arbre en arbre par ici, laissant derrière-elle les marques de son passage. En sollicitant l'aide d'un oiseau de passage, il réussirait sans doute à remonter la piste.

Flavien n'avait aucune évidence que la bête qu'ils cherchaient et celle qu'il avait repéré étaient la même, mais il fallait bien commencer quelque part. Rester avec autant de monde ne servirait à rien mis à part user le peu de patience dont il disposait. Il avait toujours mieux travaillé en compagnie de ses familiers qu'avec un groupe de Mages ou d'Humains. De plus... il venait peut-être de faire la découverte du siècle ! Il n'avait jamais rien vu de tel dans les environs : le diamètre des griffes était incomparable à tout ce qu'il avait pu observer. Orshin l'avait-il conduit ici afin de lui présenter l'une de ses nouvelles créations ? Flavien ne pouvait qu'espérer.

- Selmac ! Selmac je crois que j'ai trouvé un truc ! Annonça-t-il joyeusement en criant du haut de son arbre histoire que son Aitah l'entende.

S'il préférait parler à Hua entièrement par télépathie (bizarrement il préférait éviter de devoir régulièrement dire des choses du genre "Non, on ne va pas lui arracher les tripes." tout fort), il parlait souvent à son Aitah comme tout propriétaire lambda parlerait à un animal de compagnie. Selmac répondit par télépathie ou non. Le petit animal était tellement expressif qu'il n'avait parfois même pas à se fatiguer à parler pour se faire comprendre.

Flavien entreprit de descendre de son perchoir, continuant de parler tout en descendant.

- Tu aurais vu la taille de ces griffures ! La créature qui les a faites doit être plutôt impressionnante. Définitivement pas un loup, on est bien d'accord. Décida Flavien. Je ne comprends quand même pas pourquoi la forêt se vide ainsi. J'ai encore jamais vu ça ! On va devoir faire très attention toi et moi, d'accord ?

Émergeant de sous son couvert de feuille, un sourire au coin des lèvres, Flavien se figea complètement en apercevant Selmac, assis à plusieurs mètres au-dessus du sol. Ce prodige était rendu possible par l'aimable participation de la nomade Zagashienne qui lui servait de perchoir. L'Aitah avait très certainement voulu monter le rejoindre et s'était empressé de grimper sur la tête d'Arianna pour prendre de l'élan, avant que celle-ci ne l'empêche de se rompre le cou. Ce sauvetage héroïque avait motivé l'Aitah à adopter la jeune femme comme perchoir de choix en attendant que son maître redescende sur terre. Dans tous les sens du terme.

Rien de plus rapide pour vous remettre les idées en place que le regard interdit d'un Zagashienne. Flavien ignorait à quel type de réaction il aurait droit (allait-elle lui rendre son Aitah sans un mot ? Exiger des explications ? Lui remonter les bretelles pour avoir quitté la battue ?). Il conserva une main autour du tronc, au cas où un repli stratégique serait nécessaire.
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Arianna Torricelli
Arianna Torricelli
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Nécrocodile à Zagashland City EmptyDim 11 Fév - 16:12
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- D'accord, indiqua-t-elle simplement en faisant face à la mine déconfite du nomade.

Un genre particulier, ça ne faisait plus aucun doute. Taciturne coupant court à toute discussion avec ses congénères, aussi bavard qu'un môme goinfré de sucreries avec ses peluches. Aliéné à l'extrême, donc. En l'entendant déblatérer comme ça, Torri' avait carrément l'impression de l'avoir surpris dans une intimité relevant du jardin secret, comme s'il se promenait nu dans son petit univers. Il avait l'air tellement gêné que...

-Attendez. Alors en faîtes vous savez parler et vous êtes carrément… comment est-ce que je vais dire ça…

…qu'il fallut dix secondes de plus à la chasseuse pour comprendre qu'il avait simplement peur de la réaction qu'elle allait avoir face à... aucune idée. Mais il conservait ses appuis comme un mammifère prêt à prendre la fuite, quitte à grimper aux arbres. En parlant de mammifère, elle délogea pour la seconde fois l’aitah qui avait élu domicile sur son épaule – un peu plus brutalement cette fois, elle n’aimait pas vraiment les animaux de compagnie. Mais heureusement, elle l'avait vu s'approcher et avait surtout pu distinguer qu'il ne s'agissait pas d'un taraikh - sans quoi elle se serait débattue en hurlant tout en s'assurant que l'animal finisse enveloppé dans une boule d'eau bouillante qui l'aurait cuit à vif.

- Selmac, laisse-la tranquille..., Plaida le nomade, Reviens ici.

Ordre ignoré par le petit félin cornu, comme trop souvent aux yeux de son maître. Selmac venait de se trouver une nouvelle partenaire de jeu particulièrement curieuse, et ça faisait si longtemps qu’il n’avait pas vu une humaine de ce genre, aux cheveux tressés en forme de chignon qu’il avait oublié à quel point ces petites choses rondes lui donnaient une folle envie de jouer avec. Cette fois, pourtant, Torricelli accueilli volontiers l’aitah dans ses bras, d’un geste maladroit que le félin corrigea de quelques coups de pattes. Et une fois assurée que l’animal était bien calé contre sa poitrine, et même s’il ne cessait de gigoter et jouer avec les lanières de son sac, Arianna adressa un nouveau regard en direction de l’adepte d’Orshin. Avec un air insupportable luisant dans ses yeux, celui qui claironnait : « Perdu, c’est moi qui l’ai ! ».

- Il n’a pas l’air de vouloir, se moqua-t-elle sur un ton neutre. Pas très obéissant, pour une bestiole qui accompagne un dompteur.
- ..., répondit le nomade, loquace comme toujours, maudissant silencieusement son familier qui le forçait à se socialiser, Je peux savoir ce que vous faites là ?
- Je me posais la même question. Vous avez complètement disparu quand nous ne faisions pas attention à vous, alors je me suis mise à vous chercher… pourquoi vous êtes parti comme ça ?
- Vous ne faisiez attention à rien du tout, pas juste à moi, corrigea-t-il. Vous ne voyez rien, vous faîtes assez de bruit pour informer toute la forêt de notre présence, vous…

L’homme s’interrompit et leva le bras devant son épaule, au moment même où son taraikh pointa le bout de son nez sur ces hauteurs. Après quelques secondes d’échanges informulés avec son protégé, l’animal siffla en affichant une moue contrariée, pour finalement se contenter de jeter un regard noir à la zagashienne. Qui le lui rendit avec au moins autant d’intensité.

- Comment vous faîtes pour vous promener avec une saloperie pareille ?
- Ecoutez, coupa Flavien, passablement agacé. J’ai déjà assez de mal à la persuader de ne pas vous sauter dessus, ce n’est pas la peine d’en rajouter.
- Hein ? Il comprend ce que je d..?
- Oui. Non. Ce n’est pas vraiment comme ça que… Enfin bref, peu importe. J’ai trouvé quelque chose.

Mieux valait couper court à tout dialogue stérile – à fortiori facteur d’hostilité- pour s’en tenir à du concret. Flavien avait vu juste : la chasseuse s’approcha d’un air intéressé, laissant derrière leurs jérémiades pour voir ce qu’il en était. Ce qu’il ne savait pas, c’était qu’elle maintenait tout de même son emprise sur un tas de vase environnante, prête à la faire jaillir au moindre doute.

- Je vous ai entendu crier que… c’était des griffes de quoi ?
- Je ne sais pas. Mais c’est trop gros pour être d’un prédateur de cette région.

Elle l’interrogea d’un haussement de sourcil, ce qui ne le fit pas frémir le moins du monde. Alors la miss leva les yeux, essayant de trouver les marques qui avaient fait crier de joie son interlocuteur quelques minutes plus tôt. En vain. Elle persista pourtant pendant une vingtaine de secondes, changeant plusieurs fois de point et d’angle de vue sous le regard sévère de l’adepte d’Orshin qui ne prit même pas la peine de lui dire qu’elle regardait le mauvais arbre.

- Vous devriez peut être monter voir ?, finit-il par suggérer.
- Je ne grimpe pas aux arbres.
- Soit. Vous auriez vu sur l’arbre que j’ai escaladé que le tronc a été partiellement dénudé, il manque de grands morceaux d’écorce. Arraché à coups de griffes, ça ne fait aucun doute. Et c’est aussi le cas sur cet arbre, fit-il en le désignant du doigt.
- Hum. Un ours arboricole qui marquerait son territoire ?
- Ca n’est pas une espèce connue de cette région, répéta-t-il. Le diamètre des griffes est beaucoup trop important.

Et ça y était : la zagashienne était perplexe. A nouveau, elle scrutait les feuillages sans rien y voir, plongée dans un méandre d’interrogations qui ne la menaient nulle part. Un animal arboricole, quelque chose qu’un spécialiste d’Orshin pourtant assez calé pour dompter un taraikh ne connaissait même pas. Elle ne comprenait pas. Mais c’était déjà quelque chose par rapport à la longue matinée de battue qu’ils avaient faîte sans rien trouver. Aussi décida-t-elle de s’en tenir à ça pour le moment :

- Bon. Il va falloir en informer les autres. Visiblement, c’est par ici qu’il va falloir chercher. Vous venez ?
- Non.

A nouveau, elle fronça les sourcils en signe de désapprobation, geste imité à la perfection par le taraikh et complètement ignoré par son perchoir. Le nomade se contentait de la regarder d’un air égal.

- Et pourquoi non ?
- Parce que ce serait contreproductif. Il y a une bonne raison à ce que les chasseurs se dispersent une fois la traque lancée. Ameuter tout un régiment ne fera que faire fuir l'animal. Parés comme ils le sont, ils sont utiles.

Et extrêmement agaçants, se contenta-t-il de penser à l’adresse de Hua. Mais ça, même Torricelli parvint à l’entendre, pas besoin de télépathie.

- Vous allez partir à la chasse au monstre tout seul, donc, conclu Arianna d’un ton qui soulignait tout l’absurde de la chose.
- Je ne suis pas seul.
- Mmmh, oui. Pardon, je reformule. Vous allez partir à la chasse au monstre accompagné d’un écureuil vénéneux et d’un aitah qui essaiera visiblement de jouer avec le monstre. Et qui ne vous écoutera même pas quand vous lui direz de ne pas faire ça.

Malheureusement, c’était probablement ce que Selmac essaierait de faire, déplora Flavien en son for intérieur. Comble de l’ironie, c’est ce moment que choisit l’animal pour ronronner paresseusement dans les bras de la chasseuse.

- Sans informer qui que ce soit de ce que vous allez faire ni même d’où vous irez, poursuivit l’autre. Sans arme digne de ce nom pour vous défendre, sans armure pour vous protéger. Sans rien qui pourrait vous servir à quoi que ce soit face à un monstre aux griffes plus larges que tout ce qu’on a jamais vu dans la région, assez dangereux pour avoir fait déserté l’équivalent de trois forêts d’animaux effrayés et y compris de prédateurs, un monstre qui a déjà mis à mort une poignée de voyageurs pourtant tout à fait à même de se défendre, un monstre qu’un village tout entier…
- Vous avez fini ?
- Non. Je crois que je pourrais trouver encore beaucoup de raisons pour dire que vous allez faire un truc débile, oui.

- Ne vous inquiétez pas pour moi, je me suis toujours débrouillé seul jusqu'à présent. Vous devriez plutôt aller retrouv…

Flavien s’interrompit. Non, il n’avait pas envie qu’elle retrouve le reste de la battue et surtout qu’elle ramène tout le monde ici pour qu’ils fassent un boucan tel qu’il perdrait toutes ses chances de rencontrer cette nouvelle créature d’Orshin. Car même s’il aurait alors de l’avance, ils progresseraient plus vite que lui. La zagashienne avait déjà prouvé qu’elle était capable de pister ses pas dans cette forêt empreinte d’humidité, tandis que lui aurait forcément des difficultés à remonter la trace laissée dans les troncs d’arbre en altitude. Et si en plus elle ne ramenait que les chasseurs expérimentés du groupe, ce serait beaucoup plus rapide – et serait particulièrement dangereux pour ses propres projets : ce qui l’animait dans tout ça, c’était surtout la possibilité de découvrir un animal jusqu’alors jamais répertorié dans Zagash, peut-être même une nouvelle création de l’Araignée divine. Une créature qu’un troupeau de chasseurs court-termistes se contenterait d’effaroucher ou pire si on leur en laissait l’occasion.

Il devait faire autre chose, de ce fait.

- Je vais venir avec vous, trancha la jeune femme.
- Hein ?
- Oui. Vu ce que vous venez de me dire, vous êtes de loin le plus calé pour vous charger de ça, à quelques détails près.
- Par exemple ?
- Tous les trucs élogieux ce que j’ai énuméré avant.
- Evidemment…
- Et comme vous êtes trop têtu pour être raisonné… et que je ne me sens pas encore de vous assommer de force pour vous ramener aux autres…

La tairakh grogna à cette déclaration. Flavien, lui, se contenta de hausser les épaules.

- Je suppose qu'essayer de vous dissuader est peine perdue ?, Un coup d'oeil à la jeune femme lui suffit à avoir sa réponse. Il soupira, Très bien… mais à une condition.
- …
- …
- Dîtes toujours ?
- Si on retrouve cette créature, vous devrez faire tout ce que je vous demanderai de faire au moment où je vous demanderai de le faire. Et vous ne ferez rien sans que je ne vous demande de le faire au préalable.
- Ca fait deux conditions, ça.
- …
- Oubliez ce que je viens dire.
C’est d’accord.

D’accord, jusqu’à ce qu’elle décide que ça ne le serait plus. De toute manière, elle avait un aitah en otage. Selmac, qu’il avait dit. Le félin avait maintenant réussi à lui faire retomber une mèche qu’il ne cessait de tripoter.
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Flavien Teleri
Flavien Teleri
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Nécrocodile à Zagashland City EmptyJeu 15 Fév - 19:14
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~ Point de Vue de Flavien ~


   La jeune femme en face de lui devait être un peu cinglée sur les bords. Il était bien connu que seuls les plus imprudents se risquaient à insulter ceux qui possédaient un Tairakh comme compagnon. Elle venait pourtant de fleureter avec le danger une fois de plus. Ce qui n'étaient que de simples paroles en l'air pour elle, représentait de réelles menaces pour Hua qui ne voyait pas d'un très bon œil le projet de la Zagashienne d'assommer son Humain.

   " Je m'en vais lui arracher son stupide chignon, moi ! "
   " Hua, tu sais que les cheveux te donnent mal au ventre. ", Pensa doucement Flavien, bien loin de s'offusquer de la réaction virulente de son familier. Il était lui-même agacé. Quant à savoir si son énervement provenait entièrement de lui ou si les émotions d'Hua déteignaient sur lui, c'était une autre histoire, " Calme-toi, s'il te plait. "
   " Je suis calme ! " Grogna la Tairakh qui assassinait la jeune femme du regard. " C'est elle qui me donne mal au ventre ! "

   Flavien haussa les épaules, dépité. Ca ne devait vraiment pas être sa journée aujourd'hui. Entre Selmac qui s'entichait d'une inconnue venue perturber sa traque et Hua qui se sentait le devoir de protéger sa vertu, il aurait peut-être mieux valu qu'il ignore totalement la jeune femme. Engager la conversation ne lui apportait jamais rien de bon, et aujourd'hui il en avait devant lui un exemple flagrant. La jeune femme n'avait pas l'air de vouloir bouger. Elle comptait l'accompagner. Elle était même déterminée.

   - Je suppose qu'essayer de vous dissuader est peine perdue ?, Soupira-t-il en l'observant d'un œil critique, Très bien… mais à une condition.

   Un silence s'installa entre eux. Elle semblait considérer ses paroles un moment, finissant par accepter d'entendre sa requête.

   - Si on retrouve cette créature, vous devrez faire tout ce que je vous demanderai de faire au moment où je vous demanderai de le faire. Déclara le soigneur d'un air las. Il sentait déjà que cette expédition le mènerait au-devant d'ennuis. Et vous ne ferez rien sans que je ne vous demande de le faire au préalable.

   La jeune femme nota qu'il venait de lui imposer deux conditions et non une seule, récoltant un regard froid de la part du soigneur. Finalement, elle accepta ses conditions. Dans ses bras, Selmac n'en avait absolument rien à faire de la tension environnante. Le petit animal jouait joyeusement avec les cheveux tressés de la jeune femme, ne se rendant absolument pas compte du regard outré que lui lançait son maître.

   " Bravo mon grand ! Encore quelques efforts et tu réussiras à la blesser ! Il doit bien y avoir un crâne, même vide, sous ce tas de cheveux ! "
   " Hua, vraiment... "

   Lentement, oh si lentement, Flavien passa une main sur son visage. Heureusement qu'il avait pu bénéficier d'une bonne nuit de sommeil avant de tout ceci ne lui tombe dessus.

   
= = = = = = = = = = = = = = =
   

~ Conscience Collective ~


   Alors qu'Arianna s'amusait des bêtises du félin qui avait purement et simplement délaissé son maître, Flavien reporta son attention sur l'arbre qu'il avait entreprit d'escalader plus tôt. Ils avaient une piste à suivre et la jeune Zagashienne dont il n'avait pas retenu le nom allait pouvoir commencer par prouver son utilité au courant de cette traque en l'assistant dans la démarche. Plissant les yeux, le nomade repéra un passereau qui les regardait curieusement du haut d'une branche. Il hocha la tête avant de s'installer en tailleur contre le tronc d'arbre, se décidant à agir au plus vite. Tout ça sous le regard perplexe de la jeune femme qui en oublia momentanément Selmac.

   L'Aitah sauta de ses bras pour venir se rouler en boule sur les genoux de son maître, comme à son habitude lorsqu'il s'apprêtait à communier avec la nature.

   - D’accord, pourquoi pas… et qu’est-ce que vous faîtes ?
   - Je vais demander à cet oiseau de nous venir en aide. Répondit le soigneur en désignant du menton le volatile qu'il allait essayer de rallier à leur cause.
   - ... ah bah oui. Argument imparable, ça c’est sûr. Ca… vous prendra combien de temps ?
   - Ecoutez, vous voulez trouver cette Créature ou non ?, S'impatienta Flavien. La Zagashienne opina et il ferma les yeux, Je peux prendre possession des animaux qui acceptent de me prêter main forte. Malheureusement, vu que je quitte mon enveloppe charnelle, je suis vulnérable. Habituellement mes familiers se chargent de me protéger, mais si vous êtes là... Bref. Je vais remonter la piste, pendant ce temps tâchez de veiller à ce que rien ne m'arrive. ça ira pour vous ?
   - Vous allez me laisser vous regarder dormir pendant que vous remontrez la piste tout seul ?
   - Exactement.
   -Vous faîtes ça juste pour réussir à me fausser compagnie même en m’ayant sur le dos, ou bien… ?
   - Ecoutez, mademoiselle...
   - Arianna. Intervint-elle. Arianna Torricelli. Vous le sauriez si n'aviez pas passé les présentations de ce matin à ignorer tout le monde !

   Hua, qui commençait à en avoir assez de voir la jeune Humaine dénigrer ainsi son précieux maître, grogna de fureur.

   - Je ne réponds de rien si vous me laissez avec votre petite horreur de poche.
   - Elle ne vous fera aucun mal. Répondit Flavien, las, avant de répéter son impératif, histoire d'être sûr que Hua ne tente rien en son absence. Elle en a l'interdiction. Mais pour l'amour des Architectes, arrêtez de la provoquer.

   Un silence s'installa entre eux et Flavien ferma à nouveau les yeux. Il appela à l'aide le petit passereau qui accepta volontiers de lui prêter main forte. Il était presque sûr de ressentir de la pitié de la part du petit animal à plume. Un vertige le prit brusquement et il ouvrit les yeux, apercevant Arianna et ses familiers au pied de l'arbre sur lequel il était perché. Il savait que son rythme cardiaque diminuait progressivement à mesure qu'il maintenait une possession. S'il ne voulait pas se sentir extrêmement mal en reprenant possession de son corps, il avait plutôt intérêt à agir vite. Sifflant brièvement pour signaler que tout était en ordre, il s'envola.

   Arianna le regarda s'envoler d'un air critique, avant de tourner la tête vers son compagnon d'infortune. Elle se pencha vers Flavien, permettant au passage à Selmac de résumer son jeu. L'Aitah se redressa pour essayer d'attraper l'une des mèches de la jeune femme.

   - Ça a marché ou bien l’oiseau s'est envolé tout seul et vous… ?

   Elle passa sa main devant le visage de Flavien, n'obtenant aucune réaction de sa part même après avoir opté pour des moulinets un peu plus énergiques. Intriguée, elle s'assit en tailleur en face de lui, permettant à Selmac de lui sauter sur les genoux. Oh, le soigneur allait être vert en voyant ça, c'est sûr. Elle posa sa main sur le pelage du petit félin, observant longuement l'homme en face d'elle. Un sourire se dessina sur ses lèvres, un ange passa et elle leva délicatement les mains pour venir les claquer devant le nez de Flavien. Le bruit, retentissant dans le calme de la forêt, manqua de faire tomber Hua de son perchoir.

   La Tairakh plissa les yeux d'un air mauvais et Arianna de se priva pas pour le lui rendre. La bestiole grogna en se tassant sur l'épaule de son maître. Elle n'avait qu'une seule parole, même si ça lui brisait le cœur.

   - Vous êtes vraiment parti, hein ?

   La docilité d'Hua aidant, Arianna osa l'impensable et tapota les joues du nomade avec joie. C'était amusant et molletonné, même s'il fallait bien avouer que la barbe n'était pas forcément agréable au toucher.

   Le sang de la pauvre Tairakh ne fit qu'un tour. Promesse ou non, elle allait faire regretter à cette petite Humaine de se permettre ce genre de geste déplacé. Furieuse, elle s'aplatit de tout son poids sur l'épaule de son maître, prête à sauter à la gorge de cette Zagashienne effrontée. Manque de bol, étant donné que Flavien n'était techniquement plus là pour contrebalancer le poids de son familier, la pression d'Hua sur son épaule fit basculer son corps et il se retrouva tête la première contre le sol humide de la forêt. Hua poussa un cri d'effroi, oubliant momentanément sa folie meurtrière.

   Evidemment, parce que les Architectes avaient un sens de l'humour à toute épreuve, Flavien choisi ce moment pour réintégrer son corps, ayant terminé sa reconnaissance du terrain.

   - Je sais où mène cette pi-, Commença-t-il sans manquer un battement. Ce n'est qu'en manquant de croquer une feuille qu'il réalisa que quelque-chose clochait, Qu'est-ce que... Pourquoi je suis par terre ?
   - Une violente bourrasque !

   Réponse fort peu probable d'Arianna, suivie de très près par une violente pensée de Hua.

   " Elle voulait te faire du mal !"
   - Qu'est-ce que vous avez fait...? Demanda le soigneur en se relevant péniblement.
   - C'est pas moi, c'est votre bestiole.

   Hua montra à nouveau les dents et Flavien, qui n'avait pas rejoint la battue pour se retrouver avec le cadavre d'un autre voyageur sur les bras, préféra laisser couler. Il épousseta son pantalon et retira une feuille de ses cheveux.

   - Vous savez quoi, ça m'est égal. Grinça-t-il. J'ai remonté la piste, jusqu'aux dernières marques visibles sur les troncs. Suivez-moi.

   La petite troupe se mit en route, Hua roulée en boule sur l'épaule de Flavien et Selmac ronronnant de bonheur perché sur la tête d'Arianna.

   Flavien levait régulièrement le nez au ciel, histoire de vérifier qu'il avait bien retenu le bon trajet. Arbres écorchés après arbres écorchés se succédèrent et les deux traqueurs profitaient du silence de la marche pour se ressourcer. Enfin, Flavien s'essayait à l'exercice. Arianna, elle, avait une autre idée derrière la tête. Il fallait qu'elle en sache plus sur la sale bête qui accompagnait ce drôle de voyageur.

   - Ca fait longtemps que vous trimbalez votre peluche carnivore ?
   - Oui.
   - Et vous savez les horreurs qu'elles peuvent faire ? J'ai déjà rencontré des personnes qui se sont faîtes décharner le bras ou pire quand elles étaient plus jeunes, c'est vraiment...
   - Oui.
   - Vous vous en fichez ou vous ne m'écoutez pas ?
   - Oui.

   Flavien répondait aux interrogations d'Arianna par un discours monosyllabique très engagé. Finalement, Arianna abandonna la partie.

   
= = = = = = = = = = = = = = =
   

~ Point de Vue de Flavien ~


   Les Architectes devaient avoir entendu sa prière, car bientôt la Zagashienne qui marchait avec lui se tut et il résuma son observation attentive des arbres. L'oiseau qui lui avait permis de remonter la piste s'était déjà envolé bien loin de la zone et il ne pouvait que faire confiance à sa mémoire pour répéter son trajet. Tout Adepte d'Orshin qu'il soit, son affinité avec la faune ne lui permettait pas encore de ressentir la douleur des végétaux. Il lui fallait donc se concentrer pour repérer les arbres pris d'assaut par la Créature qu'il n'arrivait pas à visualiser.

   Une dizaine de minutes plus tard, le nomade stoppa sa course. Le nez toujours en l'air, il soupira.

   - La piste s'arrête ici, malheureusement.

   Il secoua la tête, désolé. Les arbres alentours ne portaient plus aucune trace de griffure, il les avait pourtant observés avec la plus grande attention. Ils allaient devoir improviser et laisser les Créateurs guider leurs pas. Le nomade reporta son attention sur Arianna qui le regardait avec insistance. Perplexe, Flavien arqua un sourcil avant de suivre la direction indiquée par Arianna.

   Si les arbres ne présentaient plus aucune trace de griffure, ce n'était en revanche pas le cas de ce pauvre ours éventré qui gisait à même le sol à quelques pas de lui. Forcément, il n'avait pas prêté attention au sol lorsqu'il avait quadrillé la zone à la recherche d'indices.

   - Oh. Commenta-t-il très intelligemment.

   Une partie de l'animal avait été trainée vers le Nord, leur offrant une piste que la Zagashienne serait peut-être en mesure de l'aider à remonter. Encore fallait-il savoir s'ils devaient la remonter de suite, ou s'il était plus judicieux d'attendre quelques temps. Enfin ça, seul l'examen de ce qui restait de l'ours le leur permettrait.


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Arianna Torricelli
Arianna Torricelli
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Nécrocodile à Zagashland City EmptyLun 5 Mar - 1:45
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La carcasse piteuse de l’ours ne présageait rien de bon, vu son état. Les nomades s’en approchèrent d’un air inquisiteur, en faisant preuve d’un calme qui trahissait leurs expériences respectives. Aplati sur un tas de ronces et d’épines, le sang de l’animal était sec, mais ses chairs pas encore habitées par les vers – Torricelli s’en assura en tâtant minutieusement l’animal à la pointe d’un bout de bois. Flavien manqua de se manifester à cette occasion, semblant vouloir dire quelque chose qu’il renonça finalement à énoncer. Plus surprenant, le tairakh, qui s’agita légèrement devant cet abondant tas de viande, sans choisir d’y aller. L’odeur qui s’en dégageait était caractéristique d’une dépouille qui datait de plus d’une semaine… ce qui ne correspondait pas du tout à son état physique, en trop bon état pour ça.

Ca faisait à peine un ou deux jours que cet ours était mort, pour elle. A ceci près qu’il aurait déjà dû être rongé par de la vermine. Sans compter le fait qu’un tas de viande pareil ne pouvait pas traîner en pleine forêt sans que la totalité des carnivores du coin ne viennent se battre pour y faire leurs courses jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, même si elle commençait à pourrir. Un avis partagé par l’adepte d’Orshin, qui avait déjà pris soin de remarquer que les insectes ne manquaient pas dans ces bois. Et pourtant, rien de tout ça par ici. Ce qui le laissa infiniment plus songeur que la zagashienne, nullement intéressée par ce genre de mystères. Pour elle, c’était maintenant le fait qu’on avait retiré une cuisse à la bête, de la même manière qu’on aurait fait pareil pour une cuisse de poulet, qui la faisait réfléchir. La même chose sur une cinquantaine de kilos de plus, voilà tout. Mais ça n’était pas tout.

L’ours était délesté de ses deux jambes, en plus d’avoir été comme fendu en deux à hauteur du bassin. Ses vertèbres disloquées traînaient lamentablement à même le sol, pas encore dégoncées du torse de l’ours même s’il s’en fallait de peu. Ses flancs avachis n’étaient que des lambeaux de muscles en charpie sur tout le côté droit, l’autre gisant au sol en grandes pièces grossièrement déchirées avec ses côtes brisées en tous petits morceaux. L’avant de la bête était encore en bon état, exception faîte de la tête et du coup de l’animal… partiellement défoncés et broyés. Le genre de blessures qu’on pouvait infliger à quelqu’un en lui assénant un coup de massue en plein visage, et qui vous déformait le squelette de manière irrémédiable – et mortelle, tant qu’à faire. Mais la forme ne correspondait pas à un choc de ce type. Vu les plaies qu’il y avait, ça relevait de la morsure. Une horrible morsure aux allures de casse-noisette.

-Ca ne donne pas envie, commenta simplement la jeune femme.

L’autre ne répondit pas. Des dizaines d’hypothèses se succédaient en cascade de l’autre côté de son crâne, et les échanges incessants qu’il avait avec sa protectrice –plus distrayante qu’autre chose, compte tenu de son agitation- ne l’aidaient en rien à calmer le flot de ses pensées. Maintenant pratiquement à quatre pattes devant l’animal, Flavien aurait pu rester une heure à reprendre le cadavre de bout en bout pour reconstituer mentalement le profil du prédateur pourtant inconnu qu’ils recherchaient. Il aurait réussi dans les grandes lignes, à quelques erreurs près – des points trop improbables pour qu’il ne fasse davantage que les effleurer. Mais à ce stade, Arianna lui força la main en se tournant vers la piste laissée par la bête, dans la vase, les fourrés et les bois écrasés. L’ours n’avait pas été décarcassé sans raison – tout indiquait que les parties disloquées de son corps avaient été traînées plus loin, vers le sud, en direction… d’une tanière ou d’un garde-manger ? Les deux nomades n’échangèrent que quelques phrases, s’accordant simplement pour suivre cette voie. L’un ne cessa de revisionner mentalement le cadavre qu’ils avaient rencontré, considérant chaque détail comme une pièce de puzzle qu’il pourrait assembler pour comprendre quel mystère Orshin venait de lui soumettre.

L’autre, sensiblement plus pragmatique, se préparait simplement à embrocher au plus vite ce qu’ils chassaient, peu importe ce que ce serait. En pensée, elle répétait déjà ses manœuvres habituelles, tâtant l’environnement du regard et de son emprise pour estimer de combien d’eau elle disposait, et ce qu’elle pourrait en faire. Largement plus qu’assez, conclut-elle, et sans même avoir à se soucier des distances. En fait, la zone contenait beaucoup plus d’eau que ce qu’elle pouvait employer en une fois. Mais après, elle était incapable de manier des volumes conséquents.

Ils progressèrent ainsi pendant un bon quart d’heure, en silence, n’ayant plus grand-chose à se dire maintenant qu’Arianna était devant et n’avait plus à craindre de se prendre des branches d’arbres que Flavien n’aurait pas pris soin de retenir derrière lui. Un manque de délicatesse qu’elle ne lui retourna pas, trop à cheval sur les règles de bonne cordée et pas assez rancunière pour succomber à ce genre de tentations. Pour autant, l’autre se débrouilla assez vite pour revenir à sa hauteur et ne plus avoir à recevoir ce genre de faveur, à moins qu’il ne s’agisse d’un simple hasard. Peu importe, à ce stade.

Ils étaient maintenant tous les deux concentrés, conscients de se rapprocher de plus en plus d’un prédateur extrêmement dangereux.

Ceci jusqu’à ce qu’ils arrivent à hauteur d’un tas de vase près duquel se tenait une masse de fourrure facile à reconnaître – une des deux jambes de l’ours, en encore plus mauvais état que ce qu’ils avaient vu plus tôt.

Abandonnée comme ça, au beau milieu de nulle part, sans aucune trace de rien.

Alors, Arianna fit ce que toute bonne paranoïaque perdue dans la forêt pouvait faire dans ce genre de situation : regarder tout autour, y compris à ses pieds, mais aussi en hauteur.

Un geste simple qui lui sauva la vie. Elle eut tout juste le temps de voir une énorme masse sombre débouler dans les airs, et se jeta sur le côté pour ne pas se faire faucher vive par l’horreur qui lui passa au-dessus en planant.

La jeune femme s’écrasa sur le sol, se cognant le visage contre une racine noueuse sans cesser de rouler. Prise de vertiges, les paumes rougies par la terre, elle se releva pourtant en empoignant son arme, faisant tout de suite face à la bête qui revenait déjà pour elle malgré sa chute. Dans sa confusion, la zagashienne distingua vaguement les traits de l’animal, un monstre aux allures de gargouille décharnée. Crâne exposé à l’air libre, peau blanche comme celle d’un mort, grandes ailes de chauves-souris, quadrupède aux allures de sauterelle diabolique. Elle était…

Pas le temps.

De l’eau.

Arianna étendit son emprise sur les alentours, puisant dans l’ensemble des petites mares qu’ils prenaient soin d’enjamber depuis plusieurs heures. Une multitude de filets boueux s’élevèrent aussitôt pour virevolter dans les airs, pas bien épais mais trop nombreux pour être suivis du regard ; elle-même brandit sa lance et s’avança vers le monstre, espérant presque qu’il viendrait s’embrocher dessus.

L’animal s’élança. Et fut cueilli par un claquement prodigieux avant même d’arriver au niveau de la chasseuse.

-Attaque.

Un filet d’eau se dressa pour le fouetter avec assez de force pour marquer sa chair à vif, lui arrachant un crissement de douleur. Plusieurs autres se succédèrent aussi vite, forçant la bête à se ratatiner pour couvrir ses blessures.

Arianna s’avança pour empaler la créature, sans que ses serpents d’eau ne cessent de la cingler de leur morsure. Elle et ses filins étaient complètement désynchrones, ce qui les rendait d’autant plus dangereux qu’ils étaient illisibles.

C’était pour ça, qu’on tenait les soldats Zagashiens comme étant les mages les plus violents de tous. Peu importe les grands discours qui étaient tenus sur la puissance des vagues de l’océan, en faible quantité, l’eau était un élément infiniment moins dangereux que les autres. A moins que l’on ne cherche à en faire un usage aussi brutal que possible.

Le monstre battit aussitôt en retraite, mettant une bonne dizaine de mètres entre elle et sa tortionnaire. Les coups de fouet cessèrent, les filins se contentant de rester aux cotés de la guerrière.

Une lueur étincela dans les yeux de l’animal, son attitude changeant du tout au tout tandis que sa posture se raffermit. Un trait d’intelligence, ce que comprirent en même temps Flavien et Arianna. Sa magie avait des limites de distance, et la bête l’avait vite intégré à sa façon d’agir. Maintenant, elle testait les limites de la mage, la laissant se rapprocher par à-coups calculés, s’éloignant d’un bond spectaculaire quand le danger se faisait trop pressant. Un jeu que la zagashienne voulait écourter de force, repassant à l’attaque au pas de course.

Et c’est à ce moment que sans crier gare, la créature cracha une pâte brunâtre jusqu’à Torricelli. Peu importe ce que c’était, la nomade s’arrêta sur le champ, par prudence tout d’abord, vite contrainte de reculer. C’était juste… une odeur… impossible.

Le monstre surenchérit en approchant vivement, se contentant d’exhaler puissamment dans son sens. Et contre toute attente, prise de faiblesse, de nausées, rapidement recouverte d’une cascade de grumeaux aux effluves de charogne pourrie, la chasseuse ne réagit pas assez vite quand la bête la désarma d’un coup de gueule. Un coup de griffes la cueilli au flanc droit, creusant jusqu’à ses chairs, l’écrasant sur le sol, pour mieux la…

-BRÛLE !

L'animal se convulsa de douleur, brûlé à vif par les gouttes d’eau maintenant bouillante qui luisaient sur peau. Au point de se rouler au sol et de bondir dans la vase pour se refroidir, oubliant la nomade pour un temps. Cette dernière se redressa, grimaçante, commandant à une autre giclée brûlante de s’écraser sur la bête.

Même immergé dans de l’eau fraîche, le monstre hurla à nouveau à la mort au contact de ça, et ce fut la fois de trop. Il ne lui en fallut pas plus pour déguerpir à toutes jambes, abandonnant les humains pour fuir en direction de l’est.
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Flavien Teleri
Flavien Teleri
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~ Point de Vue de Flavien ~


Il ne leur avait pas fallu longtemps pour retrouver la trace de la jambe disparue de l'ours. Celle-ci trônait au milieu d'une sorte de clairière, un détail particulièrement sordide dans le cadre presque idyllique qu'offrait ce petit coin de nature. Sans le moignon ensanglanté pour entacher ce petit coin de nature, Flavien aurait très bien pu s'imaginer faire une halte à cet endroit précis pour observer la faune environnante. Sauf que pour le moment il avait une Zagashienne pressée qui ouvrait la marche, une Tairakh exaspérée qui marmonnait à son oreille et une créature meurtrière terrorisant tout un patelin qui courait les bois.

Ce n'était pas vraiment le moment idéal pour jouer les naturalistes, quoi.

Alors qu'il s'approchait tranquillement du membre détaché à la hâte, la voix d'Hua dans son esprit se tut brusquement et Flavien sentit un frisson lui courir le long de l'échine. Ce n'était jamais bon signe lorsque la petite carnivore se taisait. En général, cela ne pouvait signifier qu'une chose. Danger. Il n'avait jamais cru si bien dire. A peine cette pensée lui avait-elle effleuré l'esprit que tout alla de travers. Les portes de l'Enfer avaient dû s'ouvrir car ce qui devait être l'une de ses créatures fondit sur Arianna en poussant un cri rauque, prenant la jeune admiratrice de Dalai pour cible et projetant visiblement de lui faire subir le même sort que l'ours qu'ils avaient découvert plus bas.

Arianna accusa un premier coup mais s'en remis avec une rapidité qui aurait pu forcer le respect de son homologue nomade s'il avait eu le temps de rester planté là et d'admirer de telles prouesses au risque de compter parmi les dommages collatéraux. La Zagashienne avait engagé le combat et elle était totalement focalisée sur la créature qui lui donnait du fil à retordre. Projetant lances d'eau après lance d'eau, elle tenait l'animal à distance respectueuse d'elle.

Etonnement, l'être ailé ne cherchait pas longtemps à l'atteindre coûte que coûte. Il avait réalisé que la mage se défendait avec plus d'intelligence que ses proies habituelle et cherchait à la prendre par surprise, s'engageant dans une attaque plus recherchée, moins brutale mais plus sournoise. Veillant à ne pas trop s'approcher de la jeune femme, il tournoyait autour d'elle. Cette clairière était son garde-manger autant qu'elle était devenue son terrain de chasse.

Flavien passa nerveusement une main dans ses cheveux. Il s'était réfugié à l'ombre d'un grand chêne pour observer prudemment la scène. Hua roulée en boule dans son capuchon, il serrait Selmac contre sa poitrine pour empêcher son Aitah un peu simplet parfois de décider qu'aller s'amuser avec le nouveau venu et la gentille Zagashienne était une bonne idée. Il n'avait pas beaucoup de possibilité d'action et les maigres options à sa disposition risquaient fort de créer plus d'ennui. Tenter de calmer la créature était hors de question pour le moment : il finirait avec un membre en moins avant d'avoir pu établir un contact avec elle. Au risque de toucher Arianna ou de perdre la moitié de ses flèches dans un tronc, il lui était impossible d'utiliser la sarbacane induit de venin dont il se servait pour chasser. Invoquer une créature lui demanderait une bonne minute de concentration, temps dont il ne disposait absolument pas.

Le nomade était contraint et forcé d'assister à la bataille tout en restant de côté. Le seul point positif dans toute cette histoire, si on pouvait appeler ça positif, c'est qu'il pouvait dès à présent commencer à réfléchir à quelle créature pouvait bien être ce colosse ailé à l'allure d'un cadavre vieux de plusieurs mois fraichement déterré. Il n'existait pas beaucoup de créations d'Orshin correspondant à ce descriptif, il n'avait plus qu'à l'observer se battre pour éliminer une à une les entrées ne correspondant pas à l'animal qui livrait bataille devant ses yeux. Etaient-ils en présence d'une nouvelle création de l'Araignée ? L'un de ses enfants s'était-il tout simplement égaré sur un continent qui n'était pas le sien ?

Soudain, la bestiole cracha une pâte brunâtre aux pieds de la My'tränne qui se figea avant de reculer face à l'odeur pestilentielle. Flavien pour sa part fronça le nez en même temps que la lumière se fit dans son esprit, l'invitant à sourire. Il afficha donc une tête assez particulière l'espace d'un instant, frappant sa paume de son poing. Ces ailes pareilles à celles de chauves-souris, cet aspect squelettique, maigre et malade, à mi-chemin entre l'Homme et l'insecte, cette peau blanche et ces griffes longues et tranchantes et surtout, surtout, cette capacité merveilleuse à régurgiter une bouillie capable de vous donner la nausée autant par son aspect que par son odeur... Un Zarimdaa. Perdu à des milliers de kilomètres de Zockholm, mais un Zarimaa quand même. Bingo, il tenait enfin le nom de cette créature !

Restait à savoir ce qu'une telle bestiole faisait sur le sol Zagashien. Oh, et à espérer qu'Arianna ne finisse pas embrochée sur une griffe de la créature, c'était important aussi.

Arianna essuya un coup particulièrement puissant de la part du Zarimaa mais ne se laissa pas démonter par la douleur. Profitant de leur proximité, elle commanda à son élément de brûler la peau de l'animal. Le Zarimaa hurla de douleur, cherchant la fraicheur d'une mare pour panser ses plaies. Cette fois-ci l'eau fut bien trop froide. La créature convulsa de douleur et pris ses jambes à son cou, disparaissant vers l'Est.

Flavien grimaça de sympathie en observant le Zarimaa s'éloigner en vitesse. Il y avait une bonne raison à ce qu'il utilise le venin tranquillisant de sa Tairakh pour endormir les créatures qu'il chassait, avant de les abattre. Faire souffrir inutilement une créature n'était pas dans ses habitudes. Arianna n'avait pas eu le choix, malheureusement.

En parlant de souffrance, la nomade avait essuyé plusieurs coups assez importants. Ils n'avaient peut-être pas démarré leur association du bon pied, cela n'empêcherait pas le soigneur de s'enquérir de l'état de la nomade qui venait de l'empêcher de finir en amuse-gueule. Il n'appréciait pas la compagnie, mais cela ne voulait pas non plus dire qu'il aimait voir les autres souffrir.

S'approchant de la jeune femme, il lui tendit la main pour la remettre sur pied.


= = = = = = = = = = = = = = =


~ Conscience Collective ~


Sonnée, Arianna ne réagit pas vraiment en voyant se glisser dans son champ de vision la main de son camarade de randonnée. Elle posa sa main sur son flanc, là où le Zarimaa l'avait touchée, et s'assit par terre. La créature avait disparu mais, autant qu'elle le sache, elle pouvait toujours revenir. Elle devait être prête au cas où une nouvelle salve de coups pleuvrait sur elle. Elle n'avait pas prévue de se faire croquer ce matin, et ce n'était pas un petit coup de griffe qui allait lui faire tourner les talons.

Mine de rien, la Zagashienne était plutôt soulagée d'être tombée sur l'être tenant plus du cadavre exquis que du vivant, ici et maintenant, plutôt qu'en compagnie de la joyeuse bande de chasseurs du dimanche qui se seraient fait cueillir l'un après l'autre. L'ermite désagréable qu'elle avait suivi avait au moins eu la décence de ne pas trainer dans ses pattes durant l'affrontement. C'était d'ailleurs à lui qu'appartenait cette main qui s'agitait devant ses yeux. Ah. Il était de retour. Ils allaient pouvoir reprendre la route et informer les autres. Vu ce à quoi il venait d'assister, il ne devrait pas avoir d'objection, cette fois.

- On doit y aller.
- Oh non, Répliqua fermement Flavien. Bien sûr. Comment en aurait-il pu être autrement ?, Laissez-moi d'abord jeter un coup d'œil.
- Vous voulez comparer les marques à celles trouvées sur les écorces ?, Demanda la jeune femme en entreprenant de rassembler un peu d'eau pour rincer sa plaie, Parce que je pense qu'on tient notre coupable, pas la peine de vérifier.

Le nomade la regarda avec lassitude. Vu sa complexion, on aurait pu croire qu'il faisait la tête. Seul Selmac offrit un peu de sympathie à Arianna en se frottant à ses jambes. Brave bête. Dommage qu'elle avait un compagnon de route aussi désagréable.

- Non, je veux simplement soigner votre blessure. Les Architectes seuls savent dans quoi les griffes de ce Zarimdaa se sont déjà plantées avant. Inutile de risquer une infection alors que vous avez un guérisseur sous la main.
- Vous ? Soigner les gens ?

Elle s'était peut-être cognée la tête plus fort qu'elle le pensait. Cette information était bien plus difficile à accepter que le fait que Flavien venait de nommer la créature étrange qui les avait attaqués. Un Zarimdaa. Bah, ça lui faisait une belle jambe.

- Novice seulement. Mais la plaie n'a pas l'air bien profonde, je devrais pouvoir la refermer facilement dès que vous l'aurez nettoyé.
-Novice, c'est déjà très très bien. Remarqua la my'tranne.

Eh bien. Un novice de Möchlog. L'information n'excusait en rien la froideur de son compagnon de battue, mais ça pouvait au moins expliquer son comportement névrosé particulier. Pas spécialement prête à risquer une infection, Arianna suivit les conseils du soigneur et appela à elle de petites quantités d'eau dont elle se servit pour nettoyer la plaie. Ceci fait, elle présenta la blessure à Flavien qui pinça les lèvres et posa sa main sur le flanc meurtri, formulant le vœu que la peau se ressoude.

Profitant que l'homme était occupé à opérer sur elle, Arianna se concentra sur son environnement pour filtrer l'eau infectée par le Zarimdaa. L'odeur était insupportable et elle se demandait comment l'homme pouvait travailler aussi sereinement sans pincer son nez. Peut-être qu'à force de passer du temps avec les bêtes, il s'était graduellement désensibilisé à la puanteur ?

Ce n'était pas le cas, Flavien grimaçait intérieurement. Aussi fascinant que l'était la capacité des Zarimdaas à vomir le contenu de leur estomac sur demande, c'était tout sauf agréable. Plus vite il aurait soigné la jeune femme, plus vite il pourrait s'éloigner d'elle.

Bientôt la plaie ne fut qu'un ancien souvenir et Flavien hocha la tête, offrant une main à Arianna.

- Vous vous sentez bien ? Demanda-t-il une fois la Zagashienne sur pieds.
- Oui, merci. Répondit la jeune femme.

Flavien ne rajouta rien de plus, s’écartant de la mage pour lui laisser un peu d’espace, se demandant bien ce qu’elle allait pouvoir faire avec toute cette eau. La réponse lui fut donnée bien assez vite, car Arianna fit pleuvoir sur elle l'eau qu'elle avait amassée. Ce faisant, elle réussit à se débarrasser en partie de la substance brunâtre qui collait à ses vêtements.

Une seule douche ne suffirait pas et Arianna se remis à collecter de l'eau. Elle n'allait pas supporter cette odeur, il fallait qu'elle s'en débarrasse. A ce titre, elle arracha l'écorce d'un arbre auquel elle rajouta quelques pétales d'une fleur piochée un peu plus loin pour les faire macérer dans son eau de rinçage, une nouvelle fois portée à presqu'ébullition.

Pendant que la jeune femme était occupée à se doucher de la façon la plus étrange que Flavien ait eu l'occasion de voir, le soigneur s'installa en tailleur au pied d'un arbre et projeta son esprit hors de son corps. Maintenant qu'il savait quoi chercher, il allait pouvoir pister le Zarimdaa, voire même essayer de le convaincre de rentrer chez lui et de laisser la population tranquille. Repérant la créature, il essaya d'entrer en contact avec elle, mais seules des paroles pèles-mêles lui parvinrent.

" Chaleur, brûlure. Eau impure. Douleur, une telle douleur. Une Nymphe ? Furieuse. L'attaquer - Une mauvaise idée. L'eau coléreuse. Une malédiction ? "

Reprenant pieds, Flavien fut accueilli par Arianna qui l'observait curieusement. Elle n'empestait plus la mort, preuve que ses douches avaient été efficaces.

- Vous êtes de nouveau avec nous ? On peut aller prévenir les autres maintenant ? Vous avez dit que c'était quoi, déjà ? Un Zarimlaa ?
- Un Zarimdaa. Corrigea Flavien par habitude avant de répondre, Non ! On ne peut pas prévenir les autres, ils l’abattraient. Cette créature n'est pas d'ici et si elle cause tellement de dégâts, c'est simplement qu'elle n'a rien à faire dans ce coin du monde. Il faut la renvoyer chez elle… A quelques milliers de kilomètres d’ici. Hmm.

S'en suivit une discussion très engageante sur la nature de ces bêtes, la croyance de Flavien en ses Architectes, la souffrance que devait éprouver une telle créature si loin de sa terre et sur la fragilité de l'écosystème d'Irydaë.
Si seulement l'auteure de ce poste n'avait pas déjà trop écrit avant et n'était pas en train de grimacer en réalisant la longueur de sa réponse, elle vous détaillerait sans doute tout ça dans de glorieux, glorieux détails.
Si seulement.

La Zagashienne avait beau entendre le discours du soigneur, elle se posait quand même une question brûlante.

- Bon, admettons. Comment vous comptez la renvoyer chez elle ? C'est en Zochlom, ça fait une sacrée trotte !
- Je ne sais pas.
- Vous ne savez pas.
- Non.
- ...Et vous voulez l'attraper comment, votre Zarimdaa ?

Le visage de Flavien s'éclaircit.

- Il a peur de vous.
- Peut-être, oui, mais...
- Non, non, vous n'y êtes pas !, S'exclama le nomade, Il a peur de vous. Clairement !

Expliquant ce qu'il avait ressenti de la part de la créature à la jeune femme, ils échafaudèrent tous deux un plan pour remonter jusqu'à la tanière de la créature, où Flavien pourrait manifester son don et dompter la créature tout en ayant l'assurance qu'Arianna la tienne à distance le temps qu'il la convainque de les suivre. Ils aviseraient par la suite, une fois la créature sous leur contrôle.

La trace du Zarimdaa fut assez facile à suivre. La pauvre créature paniquée s'était pris pas mal d'arbres au passage et laissait derrière elle une piste claire comme de l'eau de roche. Ou plutôt, boueuse comme un marécage.

- On y est. Chuchota Arianna lorsqu'ils arrivèrent devant une grotte.
- Oui. Il s'est réfugié à l'intérieur, je le sens, ça ne fait aucun doute.

Les deux nomades se regardèrent. Un ange passa.

- J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Lança Flavien.
- Commencez par la bonne.
- C'est bien le repère du Zarimdaa.
- Et la mauvaise...? Pressa Arianna.
- Ils sont trois.


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Arianna Torricelli
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Nécrocodile à Zagashland City EmptySam 17 Mar - 23:42
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Profession : Zélote, Soldat, Officier, Chasseuse, Nomade
My'trän +1
« Bon. Bien joué là-haut. Je ne sais pas quel élan inventif t'a motivé à nous pondre une bestiole pareille mais on peut dire que oui, je ne m'y attendais pas. Je vais forcément demander à Galeone pourquoi ça t’amuse, d'infliger aux my'trans l'existence de ce genre de machins. S'il me présente une réponse en mousse, je te jure que tu seras privé d'offrandes pendant un bon moment, en ce qui me concerne. Pas de dessert non plus. Ça ne serait pas mérité. »

La relation que les my'trans avaient avec leurs architectes était particulièrement intime, personnelle, au point d'adopter des formes extrêmement variées même au sein des différents clans d'une même tribu. Même entre deux individus d'une même famille, bien souvent. Certains considéraient que les architectes n'étaient dignes d'être adressés qu'au travers d'un khorog, à qui était délégué la lourde tâche d'adresser l'équivalent d'une quarantaine de personnes en prières et marques de respect diverses. Pas étonnant, qu'ils obtiennent en retour d'énormes pouvoirs en règles générale - les autres en faisaient peu. Ce n'était pas ça chez elle. Pour Arianna, leur adresser de longs monologues intérieurs -et en fait, pas toujours intérieurs- n'avait rien de surprenant. Depuis maintenant une dizaine de minutes, elle s'entretenait mentalement avec Orshin pour lui râler dessus, saisissant parfois Mochlog à la volée pour l'accuser de complicité dans cette sinistre affaire, avec quelques suppliques ponctuelles tournées vers Khugatsaa dans l'espoir qu'elle oublie rapidement cette horreur - et surtout cette odeur, qu'elle sentait encore coincée dans sa trachée depuis tout ce temps.

-Enfin, on va quand même essayer de faire ça proprement. Pas de raison qu'on abatte une gargouille à vue alors qu'on ne bronche pas quand un dragon mange un troupeau parce que l’animal est divin, hein? Eh bien non, désolée Amisgal. On abat des dragons quand il faut, on épargne des gargouilles quand on peut. On ne discrimine pas.

Pour la huitième fois, la tairakh leva la tête en direction de l'humaine, l'air suspicieux. De ce qu'elle avait pu constater sur Flavien et les quelques mendiants imbibés d'alcool qu'elle croquait de temps en temps, un mytran qui parlait seul n'était jamais bon signe, d'une manière ou d'une autre. Et celle-là le faisait trop. Plus étonnant par contre, elle parlait à Orshin. Ca, elle devrait le répéter à Flavien.

Elles étaient toutes les deux assises l'une en face de l'autre, à l'entrée de la faille verticale insérée dans la roche qui faisait office de grotte. Grotte qui, de ce qu'avait dit Flavien, ne s'enfonçait que d'une vingtaine, peut être trentaine de mètres dans le flan de la colline. Vu la forme de son entrée clairement artificielle, Arianna était convaincue qu'il s'agissait d'une vieille cache mytranne, visiblement abandonnée, comme il en existait des dizaines de milliers d'autres sur tout le continent. Depuis toujours, les nomades prenaient soin de se prémunir du besoin en amassant des richesses et en stockant des denrées de première nécessité, tout comme les sédentaires. La différence étant qu'au lieu de tout garder auprès d'eux ou de troquer ces ressources contre de grandes sommes d'irys échangeable à loisir, les nomades se la jouaient écureuils et cachaient de grands stocks de noisettes sur tout le territoire.

« Et ne t'en fais pas, si je vois que nous n'avons aucune chance de calmer les bestioles, on les tue et point barre. Je ne prends pas de risques, je leur laisse juste leur chance. Dans tous les cas, ça va vite se régler. »

Celle-là, c'était pour Dalaï. Arianna tapota la petite flaque qu'elle avait rassemblée devant elle pour tromper l'ennui, s'amusant jusque-là à lui donner diverses formes - des papillons, des carpes- que Hua lorgnait d'un oeil très méfiant. Contrairement à Selmac, qui ne cessait de jouer avec depuis qu'elle avait commencé ; le félin courait maintenant en cercles depuis trois minutes après une petite roussette qui le taquinait en se dodelinant près de lui. Tout ça sous le regard désapprobateur du taraikh, déterminé à lui faire la morale quand tout ça serait fini : pactiser avec l'ennemi était une chose, mais là ç'allait beaucoup trop loin. Pour sa part, la zagashienne se tournait de temps en temps dans sa direction, vaguement curieuse des pitreries que pouvait faire l'animal quand il s'y essayait. Affectueux, mais vraiment très stupide. A l’inverse, sa création restait une entité indépendante que la nomade pouvait tranquillement perdre de vue, tant qu'elle ne s'éloignait pas de l'influence d'Arianna.

Cela faisait une dizaine de minutes qu'ils étaient tous les trois, installés devant la grotte à attendre Flavien. Le nomade était entré seul à l'intérieur, laissant ses familiers pour qu'ils restent à l'abri (surtout l'aitah, très capable de se jeter dans la gueule d'un prédateur juste pour voir ce qui se cache au fond). En ce qui concernait la fervente de Dalaï, mieux valait la tenir à l'écart des zarimdaas ; ils sentaient qu'elle était à l'entrée et s’en agitaient déjà. La faire entrer les affolerait complètement, probablement pour rien. Mieux valait que le dompteur s'en charge seul. Cela dit, il n’avait pas l’air complètement à l’aise lorsqu’il s’engouffra dans la grotte.

Au bout d’un autre quart d’heure, pourtant...

Un bruissement incita la taraikh à faire volte-face ; ce fut bien son compagnon qui émergeait de la grotte. Intact. Elle se précipita avec une spontanéité qui aurait fait chaud au coeur de n'importe qui... si ça n'avait pas été un carnivore opportuniste se nourrissant de la négligence des voyageurs de My'tra. Leur échange empathique dura trois bonnes minutes, si ce n'est plus ; bien assez pour que la zagashienne se détourne d'eux et en revienne aux provisions de fruits secs qu'elle s'était déballée. Pour sa part, Selmac lâcha un miaulement empli de joie à la vue de Flavien, c'est à dire rien de plus que ce qu'il ne faisait en temps normal. Preuve typique indiquant qu'il se tenait en touriste et n'avait rien compris à tout ça. Et deux secondes plus tard, l'aitah s'en était retourné à ses poissons volants, qui étaient maintenant trois, ne s'octroyant des pauses que pour aller lorgner du côté des fruits secs.

Et enfin, le nomade solitaire s'approcha de la grégaire.

-Vous les avez traumatisés, indiqua-t-il simplement à Torri'.
-Contente de l'entendre. Vous pourrez leur dire que c'est réciproque.
-Il sera fier de l'entendre. Vous lui faîtes peur à ce point.
-Hhh. Ça, ce n'est pas réciproque, par contre.

Pas vraiment une boutade. Elle avait déjà vu pire. Et participé à des chasses qui ciblaient des prédateurs beaucoup, beaucoup plus dangereux que ça.

D'un autre côté, elle s'était déjà retrouvée à patauger jusqu'aux genoux dans les champs de déjections d’un troupeau de Varuthas, et même ça était plus supportable que l'odeur d'un de ces monstres de Zochlom. Comme quoi, elle n'avait pas vu pire.

-Sauf pour l’odeur, rectifia-t-elle.
-Il y a trois zarimdaas. Un mâle, que vous avez déjà vu, une femelle, qui est très énervée, et... un nouveau-né. Qui a moins de trois semaines.
-Ah.
-Ils sont très en colère.
-Forcément….
-Une adepte d'Orshin a obtenu leur aide, et les a fait venir. Sans les ramener chez eux. Ils ne savent pas où ils sont, ni comment y retourner. Et quand je leur ai expliqué la distance qu'il y avait entre ici et chez eux... eh bien, ils n'ont pas trop cerné ce que "trois milliers de kilomètres" voulait dire, mais… ils ont mal réagit.
-Mmh .J'imagine.

À quelques reprises, ils avaient entendu des grincements contrariés en provenance de la grotte. Rien de trop affolant, d'autant plus que Flavien prenait soin de garder ses distances et de fuir très très vite quand ce genre d'exercices tournait mal. Ça devait être ça. Malgré ça, Hua et Arianna ne purent s’empêcher de détailler le solitaire du regard. Bel et bien intact. Un peu taché de terre par endroits, bien qu’il soit impossible de dire depuis quand c’était le cas.

-Et donc... maintenant?, demanda-t-elle.
-Je vais les laisser seuls un moment. Un bon moment, je pense. Ils ont besoin d'un peu de temps avant de nous accepter.
-... nous?
-... moi. Vous, ils ont peur, et savent que vous êtes là. Tant que vous serez là, ils ne sortiront pas. Mais je leur ai dit que vous n'entrerez pas. Que je vous en empêchais.

Ca et un certain nombre d’autres choses qu’il n’allait pas lui dire. Il n'avait pas spécialement cherché à les contredire quand ils avaient demandé ce qu'ils avaient fait pour s'attirer la fureur d'un esprit de la forêt, mais ça, elle n'avait pas besoin de le savoir.

- Ce qui n'est... pas entièrement faux... plutôt vrai.
-Que nous ne leur voulions pas de mal, au contraire les aider.
-Sans aucun doute possible… comment?
-...

Pas de réponse, cette fois. Oui, la maman zarimdaa avait elle aussi formulé cette question. C'était là qu'il avait botté en touche, d'ailleurs. Maintenant encore, il y réfléchissait. Et les premières solutions qui lui venaient à l'esprit étaient toutes... difficiles. Demandant trop de moyens. Ou pas à sa portée.

-Je ne sais pas encore. Je dois y réfléchir.
-Ça sera forcément long.
-...
-Je ne suis pas pressée, précisa-t-elle d’un ton aussi sincère que factuel. Dans un premier temps... juste gagner leur confiance?
-Ça aussi, ça va prendre du temps.
-Je ne suis... pas... pressée, articula la zagashienne pour s'en convaincre. Mais dans ce cas, je voudrais... où est-ce que vous allez?

Le dompteur s'éloignait petit à petit tout en finissant de discuter, au moins en ce qui le concernait. Déjà, il n'était plus avec elle, dans sa tête en tout cas. Il se retourna tout de même vers elle, au prix d’un certain effort infligé à ses habitudes. Il ne tenait généralement pas d’interactions aussi prolongées que ça.

-Je pensais leur ramener de la viande, un morceau de la patte de l'ours. Puisqu'ils vont rester là un moment, et qu'ils ne vont pas sortir, ils auront besoin de manger. D’autant plus que sans nourriture, ils vont finir par sortir si on ne les nourrit pas. Et leur petit a un appétit très vorace.

Il s'interrompit, hésitant un instant. Pour finalement attendre l'objection qu'Arianna allait forcément...

-Pas de problème. Par contre, je vais allumer un feu, si ça ne vous dérange pas.
-Non.
-...
-Non, ça ne me dérange pas, compléta Flavien en pressentant le quiproquo.
-Je vais le faire pour prévenir les autres d'où nous sommes, précisa ouvertement la jeune femme. Et leur envoyer des signaux pour leur indiquer que nous allons bien. Et qu'ils peuvent nous rejoindre.

Communiquer par nuages de fumée à d'autres membres d'un groupe. C’était quelque chose qu’il avait l’habitude de voir au fil de ses pérégrinations, bien qu’il n’ait lui-même jamais eu l’occasion de mettre ça en pratique… faute d’interlocuteur. Il hésita un moment, sentant bien qu’elle n’accepterait pas un refus, peu importe ce qu’il dise. Et à vrai dire…

-Ca va, ils ne chercheront pas à les abattre, imposa la zagashienne sur un ton raisonnable. Vous serez là, et je serais là pour empêcher que ça arrive. La khorog est déjà dans votre poche, c’est elle qui vous a introduit – tout le monde dit d’accord. Ca vaut aussi pour moi. Vous m’avez déjà montré que vous pourriez y arriver, et j’ai pu me rendre compte que je peux contenir ces bestioles pendant que vous faîtes votre part. Ou les tuer moi-même si ça devient nécessaire… ce qui ne devrait pas être le cas si vous faîtes votre office. En plus, vous ne risquez rien avec moi. Je suis très entraînée à faire le chien de garde, ça ne me lassera pas. Vous aurez besoin de temps et d’un peu d’aide pour dompter nos gargouilles … ne serait-ce que pour vous aider à transporter une carcasse d’ours de là-bas jusqu’ici parce que c’est un peu lourd. Alors oui, ça ne sera pas confortable pour les zarimdaas, mais ça ne l’est déjà pas pour eux. Et ça le sera beaucoup plus pour nous. Je pourrais me relayer avec d’autres tout en restant ici si ça dure trop longtemps. Et ça fera beaucoup de bien à tout le monde de savoir ce qu’il se passe. Au bout du bout, je suis sûre qu’Orshin sera très content que l’on trouve un moyen, peu importe lequel, de garder ses protégés de zochlom en pleine forme, et… et je ne comprends toujours pas, pourquoi est-ce qu’Orshin préfèrerait que l’on protège trois prédateurs plutôt que je ne sais combien de my’trans alors qu’une vie vaut une vie, que tout le monde se mange pour vivre et que c’est parfaitement naturel ?
-Ce n’est pas du tout ça. Raisonnement réducteur. Rendez-vous bien compte qu'Orshin a créé ces créatures pour s'épanouir sur les terres désolées de Zochlom. Elles n'ont aucune raison de se trouver ici, si ce n'est la bêtise d'un adepte d'Orshin n'ayant pas tenu sa promesse auprès de ces créatures. Lorsque nous invoquons un être à nos côtés, nous lui faisons le serment de la renvoyer vers les siens, vers sa patrie. Aucun fils et aucune fille d'Orshin qui respecte un tant soit peu les enseignements de notre Architecte ne se permettrait de faire cela à moins d'y avoir été forcé de quelque manière que ce soit. Ces créatures ayant fait le choix de nous aider méritent-elles la mort pour leur simple nature si différente à celle de la faune de notre continent ? Un loup que l'on trainerait de force dans une bergerie et qu'on laisserait livré à lui-même sans voie d'accès vers la forêt qui l'aurait vu grandir serait-il heureux ? Repus, certes. Mais heureux ? Il y a bien une raison qui pousse ces créatures à regarder les forêts après avoir fait un festin dans un cheptel. Et croyez-moi, ce n'est pas la peur de l'Homme.
-Mmmh... donc vous voulez remplir la part de marché de leur invocateur... je comprends le principe.

Et sur ce, Flavien prit congé d’elle, accompagné de Selmac et de Hua qui avaient déjà regagné ses épaules et ses bras il y a un moment. Il s’était laissé convaincre ; au final, les autres n’auraient pas plus ou moins de raisons qu’elle de s’en prendre aux zarimdaas… et probablement moins, vu la rencontre qu’elle avait fait plus tôt. Alors, pourquoi pas.

De son côté, la zagashienne s’affaira à préparer un petit campement, en prévision du temps qu’elle allait peut être devoir passer là – en commençant par le feu. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il était très facile de faire un feu de forêt en sachant manier l'eau - de la même manière que les pouvoirs de Suns aidaient à faire cuire l'eau. Extraire l'eau d'un être vivant pour lui causer du mal était un pouvoir rare et particulièrement agressif, dont l'usage se voulait proportionné aux situations qui se présentaient. En faire de même avec des végétaux, et notamment du bois mort, était par contre bien plus aisé - et bien plus innocent. C'était aussi un excellent moyen de se préparer du bois sec pour faire un très bon feu de camp.

En même pas dix minutes après qu’il se soit éloigné, un nuage de fumée s’élevait déjà dans le ciel, derrière lui.

Un nuage en forme de flèche inclinée vers le bas, rien que ça.

Les nomades de My’tra, leurs techniques ancestrales, ça ne plaisantait pas.


*
* *
*



Au final, il avait prélevé une quinzaine de kilos de viande sur la jambe de l’ours – même pas un tiers de son volume, ce qui ne l’empêchait pas d’être très bien chargé. Et se demandait bien combien de temps s’écoulerait avant que les zarimdaas n’en réclament plus. En tout cas, il appréciait à sa juste valeur leur caractère de charognards, ce que très peu de personnes à part les passionnés d’Orshin étaient capables de faire. Mais chaque chose en son temps. A son retour, il eut la surprise de constater que deux petites huttes – ou plutôt des igloos miniatures faits de branchages et de grandes feuilles enchevêtrées – avaient poussé dans le petit campement, à une distance respectable de la grotte, du feu, et surtout l’une de l’autre.

-Quitte à faire office de mur, autant que je m’installe, expliqua la my’tranne en réponse à sa question informulée. Et je me suis dit que vous préféreriez probablement vous isoler, mais dans le doute… si vous n’en voulez pas, n’hésitez pas, fit-elle en désignant l’autre hutte d’un signe de tête. J’ai fait ça rapidement, ça ne me pose pas de soucis.

Guide technique des nomades, deuxième partie. Ils étaient re-dou-tables. Ca, c’était quelque chose que Flavien avait l’habitude de faire, par contre. Plutôt que de perdre des heures à chercher un abri pour y passer la nuit, un my’tran pouvait s’en fabriquer un lorsque c’était plus simple. Et le travail de Torricelli était d’excellente facture, sans aucun doute. On sentait sa maîtrise de l’environnement zagashien rien que dans ces petites tentes. C’était le genre d’abri qui tenait sous la pluie et le vent, sans laisser filtrer d’eau, en retenant assez de chaleur pour être confortable pour peu qu’on ait une bonne couverture. Non pas qu’il pense qu’ils auraient à camper par ici, mais… peut être que si, s’il ne parvenait pas à apprivoiser rapidement les zarimdaas.

-Dis-lui non, glissa mentalement Hua. On ne dort pas là-dedans.
-On verra.
-Flav’, tu plaisantes j’espère ? Comment ça, on verra ? Tu acceptes des cadeaux de cette cinglée ?
-Je ne pense pas qu’elle soit vraiment mauvaise, en fin de compte. En fait…
-Argh ! Déjà Selmac, mais toi aussi ? Ne te laisse pas avoir, elle est super dangereuse !
-Ca dangereuse, je ne dis pas. Mais…
-C’est une folle, une brute, elle fait de la magie d’eau, elle te traite comme une bouse alors que ça va être à toi de tout faire, elle n’en fait qu’à sa tête même après t’avoir dit qu’elle ferait ce que tu dis, et… elle fait de la magie d’eau, c’est une marque du démon !

-Un instant, indiqua Arianna sans se douter de l’échange qui se tenait devant elle. Je finis juste ça.

Toujours affairée auprès du feu, la zagashienne préparait un dernier nuage de fumée, pour l’instant enveloppé sous une grande couche de feuilles maintenues par une toile qu’elle tirait de dieu sait où. Sûrement d’un pan de son sac à dos, flaira-t-il en voyant que quelque chose y manquait.

-En plus si tu n’as pas remarqué, elle ne nous tourne jamais le dos ! Elle mijote quelque chose.
-Voilà, ce sera bon pour l’instant, conclu-t-elle en revenant auprès de lui. Vous avez besoin d’aide ?
-Ca ira, merci. Je vais leur apporter.
-Tout à l’heure elle marmonnait plein de trucs louches aux architectes, et je te promet que si tu en avais entendu ne serait-ce que la moitié tu…
-Ca ne sera pas dangereux ?
-Je sais y faire. Tant que je garderais mes distances, je ne risquerais rien. Ils savent que nous ne sommes pas ennemis. C’est juste qu’ils ne nous font pas confiance.
-Pfff… elle vous a complètement retourné la tête à tous les deux, c’est n’importe quoi.
-Bon. Faîtes attention quand même. J’aimerais bien pouvoir vous accompagner, mais…
-Ce serait une très mauvaise idée.
-Hey, Flavien, arête de m’ignorer, je te paaaaaaarle ! !
-Evidemment. Bon, eh bien dans ce cas…
-Je vais rester un petit moment s’ils me laissent faire. Ils devraient être plus réceptifs l’estomac plein.
-Hm.
-C’est parce qu’elle est blonde hein, c’est ça ? Tu fonctionnes comme Selmac, lui aussi c’est pour ça qu’il accroche à ce point. Pourtant c’est les rousses que les my’trans adorent, en général.
-Mais pas du tout, enfin.
Allez, maintenant… Selmac, Hua…

Il ne termina pas. A cet instant, un son de grave tonitruant se fit entendre dans toute la forêt, trouvant écho dans la cime des arbres pour retentir longuement dans l’atmosphère environnante. Le son d’un cor de chasse. La réponse type qu’un my’tran pouvait adresser à des signaux envoyés par nuages de fumée. On les avait trouvés. Et maintenant, on allait les rejoindre.

Ca ne prendrait qu’une heure, et peut être même moins.
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Flavien Teleri
Flavien Teleri
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Nécrocodile à Zagashland City EmptySam 5 Mai - 14:19
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My'trän +2 ~ Chimères
Il n'y avait pas à dire, Arianna s'était bien débrouillée avec les moyens du bord pour monter en deux temps trois mouvements un campement digne de ce nom. Pourquoi donc la Zagashienne s'était-elle sentie obligée d'établir un campement durant le laps de temps qu'il lui avait fallu pour rapatrier un beau morceau de viande à offrir en gage de bonne volonté à leurs potentiels futurs amis, Flavien n'en avait absolument aucune idée. De toute manière, vu la fatigue mentale qui commençait à s'accumuler entre les émotions vécues face à un Zarimdaa au bout du rouleau et sa famille, et sa rencontre avec la drôle de créature qu'était Arianna, le pauvre soigneur était plus que prêt à accepter la générosité de l'admiratrice de Dalai. Se mettre quelques heures à couvert ne serait vraiment pas de refus.

Malheureusement son besoin d'isolation devra attendre encore un peu. Il trainait derrière lui pas loin d'une petite quinzaine de kilo de viande qui avait bien pris la poussière et comptait rapidement retrouver les Zarimdaas pour leur présenter le morceau de viande et calmer la faim de leur dernier-né. Se retrouver face à face avec les dents tranchantes du plus jeune des charognards était infiniment plus tentant que de rester tenir compagnie à Arianna. Il avait beau s'être accommodé à la présence de la nomade, il semblait que dès qu'ils tentaient de communiquer l'un avec l'autre, ils finissaient inévitablement par tomber sur un os. Quand Hua ne mettait pas purement et simplement son grain de sel pour lui marmonner de se méfier de la My'tränne.

La Tairakh avait d'ailleurs la main lourde sur la salière en ce moment. Flavien ne savait pas ce qu'Arianna avait bien pu faire subir à son familier le temps qu'il avait passé à parlementer avec la famille de charognards, mais il n'avait pour le moment pas le temps de rester pour se poser davantage la question. Tout ce qu'il pouvait offrir comme alternative à Hua, c'était qu'elle l'accompagne auprès des Zarimdaas plutôt qu'elle tienne compagnie à Arianna le temps du nourrissage. La présence de la Tairakh aurait du bon : il pourra ainsi leurs présenter petit à petit leur fine équipe et surtout ne pas risquer la peau de Selmac avant d'être sûr que le plus jeune des Zarimdaas arrive à contrôler sa faim.

En parlant des charognards, ceux-ci devaient maintenant l'attendre. Cela faisait un petit moment qu'il était parti et il préférait ne pas les faire languir plus longtemps, des fois que l'appétit du plus jeune ne le rende plus retissant à entendre son plaidoyer. Le son d'un cor de chasse l'incita à regarder Arianna. Qu'est-ce que c'était encore que ça ?

- Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Un cor de chasse. Répondit-elle gentiment avant d'enchainer sans laisser à Flavien le temps de lever les yeux au ciel, J'ai prévenu les autres, ils devraient nous rejoindre d'ici peu.
- Comment..., Commença le soigneur, curieux, avant de secouer la tête et de modifier la trajectoire de sa question, Non. Pourquoi les avez-vous prévenus alors qu'on est toujours pas certains de ne pas être bouloté avant la fin de l'après-midi ?
- Pour qu'ils sachent où nous sommes.
- Donc... Même en sachant combien ces créatures sont instables, vous avez décidé d'indiquer leur position aux membres de l'expédition ?
- Vous auriez préféré quoi ? Qu'ils nous retrouvent par hasard tous les deux et ne nous laissent pas le temps de nous expliquer avant de charger la tanière ou les créatures ? Qu'est-ce qu'on aurait bien pu faire pour les convaincre d'entrée de jeu que ces bestioles ne veulent pas notre mort ? Au moins comme ça, je peux les accueillir et leur faire un topo sur la situation avant que quelqu'un ne soit blessé inutilement.

Arianna croisait les bras sur sa poitrine, l'air grave. Elle aurait certainement eut beaucoup de prestance si ses cheveux malmenés par Selmac ne lui tombaient pas en plein dans le visage, mais ce petit détail n'entachait en rien la véracité de ses propos.

- Vous dites que les Zarimdaas commencent à vous croire. S'ils sont capables de vous comprendre, de vous écouter et qu'ils veulent simplement rentrer chez eux, je préférerai les voir rentrer chez eux que finir en trophée de chasse. Laissez-moi m'occuper de parlementer avec nos camarades de battue.
- Si quelque-chose tourne mal là-bas dedans, vous venez essentiellement de présenter aux Zarimdaas un buffet livré à domicile mais... Soit. Faites comme vous l'entendez. Vous le ferez quand même, ajouta-t-il mentalement. Je vais retourner les voir, je vous confie Selmac en attendant.

Flavien s'engagea dans la taverne pour y retrouver les créatures. Pendant ce temps, Arianna s'assit sur une pierre, Selmac installé confortablement sur ses genoux. Si elle espérait aider ces créatures à rejoindre leur continent, il allait d'abord falloir réfléchir à une manière de les présenter sous leur meilleur jour aux chasseurs qui ne tarderaient pas à arriver. Tâche peu aisée quand tout, de leur odeur à leur apparence, en passant par la faim dévorante de leur rejeton, en faisait de véritables créatures de cauchemar.

Le soigneur traina sa charge de viande d'ours jusqu'au refuge des Zarimdaas. Les deux adultes étaient beaucoup plus posés depuis sa dernière visite : le mâle avait retrouvé un semblant de calme et la femelle se contenta de siffler un avertissement lorsqu'il s'approcha d'un peu trop prêt de sa progéniture qui n'attendit pas l'autorisation de sa mère pour se jeter sur la viande gracieusement offerte. Il n'y avait pas à dire, la faim de cette jeune créature était dévorante. Etrange, pour un être à l'apparence cadavérique.

" Tu es revenu. "

Depuis que les tensions s'étaient apaisées, Flavien arrivait à communiquer plus clairement avec les deux adultes. Leur progéniture ne lui avait pas encore adressé un mot et pour cause, elle avait été trop occupée à manger ou à tenter de le manger, lui, pour être intéressée par une quelconque forme de conversation.

" Il va falloir songer à y aller bientôt. Dès que la faim de votre petit se sera calmée. Nous allons faire en sorte de vous reconduire jusqu'en Zochlom, mais d'abord nous devons tirer cette histoire au clair. Il faudra nous rendre au village pour cela."
" Si tu dis la vérité alors, messager. " Annonça gravement le Zarimdaa qui se rapprochait lentement de lui. Flavien fronça le nez et serra les dents pour ne pas reculer d'un pas comme son instinct le lui commandait. " Comment comptes-tu convaincre la nymphe ? "
" La... la nymphe ? "
" Oui. N'a-t-elle pas agi pour me punir de mes actions ? Ne va-t-elle pas me mettre à mort ? "
" Non. En fait c'était... pour vous... tester ? Avant de vous venir en aide. Oui, c'est ça. Elle- "
" Malheureux ! Ne parle pas de cette terrible créature ainsi. Ne sais-tu donc rien de son courroux, même à son service ?! "

Le Zarimdaa se cabra et Flavien fit un pas en arrière avant d'être malencontreusement happé par une griffe.

" Ah... Pardon. La fille... "
" Dame. "
" Dame. La dame de l'Eau " Flavien serra et desserra les poings rapidement plutôt que de soupirer " S'est rendue en ces lieux pour vous porter secours, mais pas sans tester votre force avant. Car telle est sa volonté ? "
" Quel soulagement ! Mère nature a entendu notre prière ! "

Inspiration, expiration, et on évite de grogner audiblement.

" Eh bah merde alors. Moi qui pensais qu'il manquait seulement une case à Selmac." Susurra une petite voix à son oreille "Tu les attires, ou bien comment ça se passe...? "
" Il n'a pas dû rencontrer d'admirateur de Dalai en Zochlom... "
" Attends, attends, attends. Montre-lui comment tu soignes les blessures ! Il t'appellera messire, je suis sûre ! "
" Le don des Architectes n'a pas à être utilisé pour de telles raisons. "
" Mais tu ne te sens pas coupable d'utiliser celui d'Orshin pour raconter des bêtises ? "
" Il s'est convaincu tout seul, je n'ai rien fait. Tant que ça peut le rassurer d'être sous la protection d'une... nymphe " Il avait beau le répéter, ça ne passait toujours pas " Alors tout le monde est heureux. "
" Ouais bah il a quand même pas inventé l'eau chaude. Ha ! T'as entendu ça ! L'eau chaude, tu sais ? "
" C'est toujours pas le moment Hua. "
" C'est jamais le moment avec toi aujourd'hui ! Et puis tu sais quoi, je... "

Flavien essaya d'ignorer le mécontentement de sa Tairakh pour s'intéresser à la famille Zarimdaa devant lui. Heureusement que la conversation précédente avait seulement pu être entendu par Hua.

Le plus jeune des trois charognards avait terminé de manger en un temps records et ses parents avaient dévoré les restes. Il était temps d'essayer de les tirer de leur tanière. Avec un peu de chance, les renforts étaient déjà arrivés et Arianna avait réussi à convaincre le groupe de chasseurs de ne pas fondre sur eux à leur sortie.

" Vous acceptez ? De nous accompagner jusqu'au village ? Une fois les choses tirées au clair, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous renvoyer chez vous. Ce que cette invocatrice a fait est inacceptable. "
" La femme qui m'a amenée ici n'y est pour rien. " Interrompit pour la première fois la femelle " Elle n'y est pour rien. Elle… Elle est morte sous nos yeux. Notre maîtresse… nous a été arrachée. Notre petit étant né avant que nous puissions… retrouver son corps. Lui rendre les honneurs, comme il est coutume. "
" Morte, vous dites ? Attendez… Votre maîtresse ? Vous étiez ses familiers ? "

De plus en plus étrange. Il lui avait pourtant bien semblé que les habitants avaient obtenu l'aide d'une maître Orshin qui était repartie d'où elle venait peu de temps après les avoir débarrassé d'un truand bien connu de tous (sauf, très probablement, de Flavien). Pourtant, voilà que la Zarimdaa disait que sa maîtresse n’était plus de ce monde. Pire encore, elle venait de lui dire, en si peu de mots, qu’ils n’avaient pas non plus de « chez-eux » en Zochlom.

Ils allaient devoir tirer tout ceci au clair en arrivant au village, mais pour le moment plus d'une bonne heure était passée et il était temps de retrouver la lumière du jour. Ou plutôt la grisaille d'une fin d'après-midi.

" Nous… Nous allons vous aider. Etes-vous prêts à rencontrer les villageois ? "

Question on ne peut plus simple, qui impliquait une réponse on ne peut plus simple, mais qui faisait pourtant très peur à Flavien. Malgré l'approbation des créatures, les deux parents lui assurant que leur rejeton se tiendrait tranquille quelques temps et qu'il ne risquait rien tant qu'il continuait de leur apporter de la viande (bien fraîche ou en pleine putréfaction, honnêtement ils n'étaient pas difficiles), tout irait pour le mieux. Ils ne cherchaient pas à se battre, simplement à survivre, et Flavien respectait cela. Il espérait juste que ce soit aussi le cas du groupe de battue qui avait dû prendre possession des lieux désormais.

Prenant son courage à deux mains, Flavien se dirigea vers la sortie, les Zarimdaas sur les talons.

- Arianna déconnait vraiment pas alors ! Ils sont vraiment pas dangereux, c'est certain ?
- Nan, elle a dit qu'ils essayeraient rien tant que le nomade d'Orshin serait avec eux.
- Ils ont quand même attaqué plein de monde.
- Oui mais y avait pas le nomade avec eux avant. Il parait que ces bestioles viennent de Zochlom, t'as pas écouté ? C'est l'Enfer là-bas. Faut les y r'conduire.
- On est obligé ? On pouvait pas... J'sais pas moi. S'en débarrasser ? Elles me filent les boules.
- Ssh parle moins fort ! Fait gaffe à c'que tu dis. Elles sont peut-être effrayantes, mais moins que ce type qui les commande. On dirait qu'il va te les envoyer aux trousses !

A peine sorti de la tanière, le soigneur avait déjà envie de retourner s'y terrer. L'ensemble du groupe de battue s'était rassemblé à l'entrée de la tanière et... il rêvait, ou ils avaient improvisé une table et rassemblés divers mets prêts à être dégustés ? Avançant à grands pas, les Zarimdaas sur les talons, il repéra la Zagashienne dans l'assemblée et se joint à elle. Les créatures s'arrêtèrent derrière lui, à bonne distance de l'admiratrice de Dalai.

- Arianna. Qu'est-ce que c'est que... ça.

D'un vague geste de la main, il désigna la drôle de tablée en bois.

- Comme vous avez parlé de buffet, ça m'a donné une idée. En fait...
- Non. Laissez. La coupa Flavien qui n'avait vraiment pas l'énergie à dépenser pour essayer de comprendre ce qu'il voyait, Je veux pas savoir. Les Zarimdaas ?
- Ils sont d'accord pour nous aider à les ramener en Zochlom. Certains gars n'étaient pas d'accord au début, mais vous savez ce que c'est. Un petit plaidoyer rondement mené et ils étaient prêts à m'écouter. Tant que vous contrôlez les bêtes, tout devrait bien se passer. Vous... Vous les contrôlez bien, pas vrai ?
- Oh. Répondit très intelligemment le soigneur. Non, il ne savait pas à quoi un plaidoyer rondement mené pouvait ressembler. En général, lorsqu'il essayait de parlementer, les esprits s'échauffaient avant qu'il aille au bout de son idée, Merci.
- Flavien. Les Zarimdaas. Reprit Arianna qui ne perdait pas le Nord, Vous les contrôlez, pas vrai ?
- Ah, euh. Oui. Disons que nous nous sommes entendus. D'ailleurs, venez. Il faut que je vous les présente. Et qu’on parle de leur… départ. Ça risque d’être compliqué. Je vous expliquerait plus tard.

Dire qu'Arianna était heureuse de revoir son attaquant aurait été un énorme mensonge. Malgré cela, la Zagashienne était déterminée à remettre les choses à plat avec ces créatures que le soigneur disait incomprises. Mais, par Dalai, la première des trois qui la regardait simplement de travers finirait avec une giclée d'eau bouillante dans la figure, foi de Zagashienne !

La nomade était toujours prête à dépasser ses limites. Aujourd'hui, elle avait l'occasion de le faire en regardant dans les yeux ces créatures tout doit sorties des cauchemars d'Orshin. Etrangement, si la plus jeune la regardait avec intérêt, les deux adultes baissaient les yeux.

- Ils pensent que vous êtes une sorte d'envoyée divin, venu les tester puis les secourir. Souffla Flavien sans préambule, assez bas pour que seule Arianna puisse l'entendre, Faites en sorte de paraitre... céleste dans vos présentations.
- Vous pouvez répéter là ?
- Oui, je suis d'accord, ça m'a pas de sens mais que voulez-vous. Ils pensent que votre colère était un test de mère nature et je les ai persuadés que vous leur accordiez désormais votre protection.
- Mais pourquoi ?
- Parce qu'au moins comme ça ils ne tremblent plus comme une feuille quand je prononce votre nom !, Ou, en l'occurrence, qu'il parlait de la nymphe qui l'accompagnait. Mais ça Arianna n'avait pas besoin de le savoir, Alors jouez le jeu et assurez-leur que tout va bien !

Flavien termina de siffler ses indications et sourit de travers en lançant un coup d'œil aux Zarimdaas qui les regardait bizarrement. Arianna en avait déjà fait, des choses étranges dans sa vie, mais là elle s'approchait facilement du top dix des expériences les plus invraisemblables.

- Euh... Bonjour.

Derrière le dos des créatures, Flavien faisait de petits moulins avec ses mains. Elle avait intérêt à broder. Prenant une grande inspiration, la Zagashienne se lança dans un monologue improvisé sur le tas.

-Je vous salue, créatures de Zokkom !
-Zochlom, souffla Flavien.
-Zochlom ! Et vous souhaite la bienvenue sur Zagash. Vous ne le savez peut être pas encore, vous vous trouvez sur le sanctuaire terrestre de Dalaï, la Déesse Nourricière, que je sers au même titre que l’ensemble du Panthéon de la création. Je suis Arianna, du clan Torricelli, de la tribu Nerassa.

On sentait l’expérience de la my’tranne, habituée à mener des troupes de guerriers et à se faire la porte-parole de ses troupes et de leur hiérarchie. Aussi étrange que cela pouvait paraître, on pouvait littéralement entendre les majuscules lorsqu’elle s’exprimait.

-C’est par Elle que nous sommes venus à votre rencontre, aujourd’hui. Pour vous rencontrer, et juger si vous étiez dignes de recevoir notre aide ou si vous méritiez d’être traités… sous un jour moins favorable. Mais Orshin a exigé que nous vous assistions. Au même titre que Flavien, son émissaire ici présent capable de converser avec vous, et d’autres intermédiaires des dieux qui avaient déjà plaidé en votre faveur avant même que nous ne vous rencontrions.

A la mention de Flavien, elle se demanda d’ailleurs… lui pouvait converser avec eux par son don. Mais elle, alors ? Elle ne devait pas pouvoir. Ca ne servait à rien. A moins qu’ils ne comprennent quand même ? Ou que lui puisse donner ce pouvoir aux créatures environnantes ? Elle savait que les animaux qu’elle avait rencontrés jusque-là ne comprenaient pas ce qu’elle disait. Sans quoi ils auraient eu trop de chance de le lui faire remarquer. Et pourtant… la tairakh comprenait ce qu’elle disait, ça ne faisait aucun doute. Du coup… bah. Compliqué. Et les Nerassa étaient traditionnellement assez peu versés dans les mystères d’Orshin, se contentant de voir en lui le façonneur de corps et celui qui asseyait la loi de la jungle –de la chaîne alimentaire- sur le disque Irydar. Pas un rôle très avenant.

-Et en dépit de la terrible épreuve dans laquelle vous vous êtes retrouvés, vous avez su engager le dialogue avec nous, et nous montrer que tout ceci n’était qu’une lourde méprise de notre part. Nous pensions que vous étiez dangereux pour nos terres. Alors qu’au contraire, c’est nous qui avons été indigne du service que vous avez rendu aux My’trans. Et pour ça, je vous présente nos excuses. Nos plus sincères excuses, continua-t-elle en s’inclinant devant eux, les deux genoux au sol, sans pour autant courber l’échine. C’est nous qui vous devons tout. Maintenant, je sais que votre présence ici n’a rien de naturelle, et que vous ne visiez pas à mal en vous installant dans cette forêt. Au contraire. Vous avez accepté d’être conduits ici pour porter assistance à l’une de nos sœurs, et il aurait été parfaitement normal que vous soyez ramenés à votre terre natale par celle qui vous a convoqué. Ce qui n’a pas été fait. Eh bien soit. Pour honorer le pacte tissé entre les fidèles d’Orshin et les membres de votre race, je vais maintenant parler au nom de tous les My’trans ici présents. Et je vous assure que nous remplirons notre part du marché. D’une manière ou d’une autre, nous vous ramènerons à Zochlom, dans des délais aussi brefs que possibles compte tenu de la distance à couvrir.
- Arianna… Ne nous emballons pas trop vite. Marmonna le soigneur en songeant aux dernières révélations des familiers de feu la maître Orshin.
- …Nous ferons de notre mieux pour vous porter notre aide. C’est la moindre des choses. Et nous veillerons à ce que vous puissiez subsister confortablement en attendant ce jour. J’espère que vous nous pardonnerez cette terrible mésaventure, et que vous ne tiendrez pas rigueur de cet écart à l’ensemble de notre peuple. Merci.

Flavien hocha discrètement la tête pour approuver la mascarade de la nomade, ne grimaçant qu'à de rares occasions au courant de son discours. Ce qu'il ne fallait pas entendre.

" Ainsi soit-il. Nous nous en remettons à vous deux. Votre peuple n'aura rien à craindre de nous tant que nous avons de quoi manger. " Déclara le Zarimdaa " Ce festin... Ce festin est-il en l'honneur de cette épreuve traversée ? "

- Oui, bien évidemment ! D'ailleurs nous allons bientôt passer aux réjouissances, pas vrai Arianna ?, Demanda Flavien avec un grand sourire, ajoutant tout bas, Les Zarimdaas demandent si le buffet est à leur honneur.

Arianna approuva d'un signe de tête, s'excusant pour rapidement faire le point avec les préparatifs. L'heure était à la fête après tout, ils avaient mis fin aux agissements de ces créatures démoniaques.

- Tout le monde a apporté sa contribution ? Questionna Arianna doucement, recevant une myriade de "Oui !" en réponse.
- J'ai cueilli des fleurs pour décorer la table ! Ajouta une petite voix dans le fond de l'assistance.
- C'est bien, Clarence.

Ainsi, aussi bizarre que cela puisse sembler, la troupe de chasseurs du dimanche et d'aventuriers s'installèrent devant la tanière pour festoyer. Les feux avaient rôtis les viandes à cœur et la conversation allait bon train. Pour un peu, on oublierait presque les trois créatures étranges qui dévoraient les os que leur offraient gracieusement les personnes attablées. Seul Flavien faisait la tête, assis en bout de table. Maintenant n'était pas franchement venu le temps de festoyer, mais après tout ils avaient sauté le repas de midi et ils disposaient de quelques heures encore pour rejoindre le village avant la nuit. Tout irait bien.

Evidemment, les Architectes attendirent que cette pensée lui traverse l'esprit pour qu'un bruit suspect attire son attention. Un buisson non loin de là se mit à remuer et Flavien fronça les sourcils, désignant la plante coupable à Arianna qui haussa à son tour un sourcil. Aucun prédateur n'oserait s'approcher d'eux, pas en présence de trois Zarimdaas et encore moins avec autant de monde dans ces lieux. Ce qui arrivait devait forcément être de mauvais augures.

Une tête sortie du buisson, effrayant l'un des jeunes chasseurs qui venait à passer à côté. Le jeune homme cria, provoquant un cri en réponse.

- Eh oh mais ça va pas de gueuler comme ça ?!
- A-ha... Khorog. Je ne vous avait pas vu.

La vieille femme s'extirpa de sa cachette et posa les mains sur ses hanches. Des Zarimdaas, elle passa à la tablée joyeuse, puis à Flavien et enfin à Arianna.

- Orshin m'a fait parvenir un songe étrange que je n'ai pas réussi à interpréter. Comme personne ne revenait, je suis venue m'assurer qu'il ne vous était rien arrivé.

Le noble geste de la Khorog fut diminué par le commentaire d'un membre de la battue.

- Attendez, ça veut dire que vous faisiez une sieste au beau milieu de l'après-midi ?
- Non, bien sûr que non, je... méditais. Oui, je méditais.
- Ouais, bah ça serait plus convainquant si vous vous cherchiez pas vos mots.
- Ecoute mon garçon. Prends ma place pour quelques jours et on verra si tu n'auras pas besoin de sieste avant la fin de la semaine.

Le jeune homme baissa la tête, confus, et la Khorog s'approcha du duo improbable de la journée. Du coin de l'œil, elle continuait de surveiller les charognards.

- Tout le monde va bien ?
- Oui, Répondit Arianna, Personne n'a été blessé.
- Les Créateurs soient loués. Souffla la vieille femme, Dans ce cas, profitons-en pour nous restaurer. Ce faisant, racontez-moi ce qui vous est arrivé.

La fête improvisée s'avéra être un grand succès. Les chasseurs avaient eu la main lourde sur leurs prises et les nombreux restes faisaient le bonheur des Zarimdaas qui ne se privaient pas pour engloutir tout ce que les Hommes voulaient bien leur donner. Vraiment, il ne manquait plus qu'un barde attaché, bâillonné et déposé sur la plus haute branche d'un arbre pour que la scène ait tout d'une festivité My'tränne classique (les trois suppos des Enfers en plus). S'ils ne trouvaient pas de barde, Flavien pouvait toujours se proposer de s'exiler en haut d'un arbre.

Mais notre histoire n'est pas terminée.

En effet, les discussions avaient beau ne pas être la tasse de thé du soigneur, il était coincé entre Arianna, la Khorog et un mystère bien tenace.

- ...C'est vrai que ce qu'ils m'ont raconté de leurs épreuves est assez... alarmant. La Maître Orshin à l'origine du sort serait morte, laissant derrière elles deux Zarimdaas attendant un petit. Il ne s’agit pas d’invocations, mais des familiers d’un haut maître Orshin. Révéla Flavien, l’ai grave.
- Vraiment ?, Questionna la Khorog en fronçant les sourcils, Pourtant je suis convaincue d'avoir vu cette femme en compagnie du Gharyn. C'est lui-même qui l'a remerciée pour les services qu'elle nous avait rendu, avant de s'en aller.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »
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Arianna Torricelli
Arianna Torricelli
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Et enfin, toute la joyeuse bande revint au village de la tribu Elseigh. L’ambiance qui salua leur arrivée s’avéra grandement mitigée : les locaux se montrèrent franchement soulagés que les leurs soient revenus sains et saufs, de même que le problème posé par les prédateurs ait été annoncé comme réglé. Maaaiiis… l’agitation liée à la présence de trois monstres importés de Zochlom fut impossible à désamorcer. Les efforts cumulés de Namuun et Flavien, appuyés par les autres membres de la battue, parvinrent à éteindre l’essentiel des craintes. Le nomade se trouvait, mais on pouvait s’y attendre, sensiblement plus expansif dès qu’il s’agissait de défendre de la faune. Et même si la khorog se montra la première ambassadrice des zarimdaas auprès de ses frères, ce fut probablement le fait que même les guerriers zagashiens appuient leurs propos qui acheva de faire accepter les trois bêtes dans l’enceinte du village. Accepter dans le sens que les villageois restèrent en confiance et s’en retournèrent progressivement à leurs impératifs du quotidien. Savoir que les créatures de Zochlom étaient surveillées par une bonne vingtaine de my’trans armés, dont plusieurs mages, y jouait aussi pour quelque chose.

Mais en fin de compte… elles ne faisaient vraiment pas si peur que ça, se dit Arianna.

-Ils ont quand même une super méga sale gueule, remarqua l’un de ses frères Nerassa.
-Je crois qu’ils comprennent ce que l’on dit, signala la jeune femme. On va éviter de les vexer.
-Hein ?
-Je leur ai parlé, tout à l’heure.
-Ah ?
-Flavien m’a demandé de… me présenter à eux pour les rassurer. Ils avaient peur de nous.

Euphémisme. Mais elle ne ressentait pas le besoin d’expliquer les détails. Ni de fanfaronner sur l’effet qu’elle avait eu sur les bêtes. D’autant plus que sa dernière interaction avec elles l’avait rendue curieuse, aussi continua-t-elle :

-Je ne me suis jamais posé la question, mais… vous savez si les animaux nous comprennent ? Ou si les mages d’Orshin peuvent… partager leurs dons ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, réalisa Arianna, elle trouvait encore à se poser des questions sur des facettes pourtant basiques de pouvoirs appartenant à des gens qu’elle côtoyait régulièrement. Ca n’était pas comme s’il s’agissait d’une aptitude rare, pourtant.

-Aucune idée. Faudrait essayer à l’occasion. Tu veux pas lui demander ? Au Flavien ?
-Plutôt Fianna quand on sera de retour.
-Hahaha. A ce point ? Tu veux pas lui causer ?
-Pas vraiment. Il n’est pas… mauvais ? Mais il préfère être seul. Avec ses animaux, en fait. Si vous le voyez seul avec eux, vous comprendriez. On ne dirait même plus la même personne tellement il devient… enthousiaste, et enjoué. C’est comme s’il était à l’aise avec eux, et vraiment pas avec nous. C’est bizarre. Il est bizarre. Mais pas mauvais.
-Teh. Eh bah moi, j’irai le faire plus tard. Lui poser la question. S’il a besoin que de ça pour sociabiliser… comme en plus il aime bien parler de ses bêtes, le sujet lui plaira. Non ?

Sans surprise, les Nerassa étaient ravis de s’être retrouvés, et ce depuis que tous s’étaient tous rejoints à la grotte. Arianna s’était tout naturellement réunie avec les autres Torricelli, soulageant ainsi Flavien de sa compagnie. Un abandon que l’autre n’avait pas du tout mal pris, y trouvant lui aussi son compte. Il avait néanmoins gardé une position centrale au sein des autres my’trans pendant leur marche de tout à l’heure, trouvant maintenant à discuter confortablement avec les zarimdaas ainsi qu’avec Namuun. La khorog, bien que sans affinité particulière avec Orshin, ou plus exactement sans qu’Orshin ne lui ai accordé la moindre de ses faveurs en dépit de l’attention qu’elle lui portait régulièrement, se montrait particulièrement curieuse en la matière. Bien assez pour avoir pris le relai et décidé de séquestrer le nomade solitaire, qui se trouvait maintenant encore en tête à tête avec elle, devant sa hutte, coincé à attendre qu’elle finisse de faire sa tournée générale de bols de soupe – et elle trouvait bien des clients récidivistes dans l’assemblée – pour que son interrogatoire reprenne.

Ils avaient néanmoins un sujet beaucoup moins trivial à aborder, et s’étaient retirés dans la hutte de la shaman pour en discuter. A l’abri des oreilles indiscrètes. Pas besoin de déclencher des poussées d’inquiétudes pour rien. Pas comme ça, en tout cas.

-Il faut en parler au gharyn, non ?, demanda le nomade. Ca devrait être à lui de se charger de ça.
-Il n’est pas… vraiment disponible, en ce moment.
-Il n’est pas bien dans sa tête, surtout. Comment est-ce que vous avez pu faire pour désigner gharyn un… ahuri pareil ?
-Roshan… n’a pas toujours été comme ça, vous savez ? Ce qui lui arrive est très récent. D’être aussi… lunatique. Absent. Stupide.

Flavien, assis par politesse sur une lourde chaise noyée de coussins, la considéra un instant. Elle avait l’air terriblement gênée, multipliant les gestes machinaux dont un tic de la main qui la faisait tirer sa tunique à hauteur de buste, mais elle s’était lancée sur un sujet qu’elle allait devoir continuer. Le ton qu’elle employait était bien trop hésitant pour qu’il accepte de la laisser sur ça. Et c’était bien ce que l’étincelle qui perçait depuis son regard indiquait à la jeune femme. Mais même ainsi, elle mit bien une vingtaine de secondes avant d’aborder le fond du sujet. Presque à contrecoeur, même si elle allait encore avoir besoin de lui.

-Je ne sais pas si… vous avez entendu parler d’un certain Yorrick Treiselweigh ?
-Pas le moins du monde.
-C’était… un criminel khurmi. Un mercenaire dans le genre gorille, tueur, brute à louer. Non pas qu’il utilise la force physique pour ça, non, il n’employait que sa magie. Mais il restait une sorte… d’homme de main, qui travaillait pour les cartels de Reoni. Un fanatique de khugatsaa. Très pieu, extrêmement pieu… mais aux pratiques… complètement détraquées. Je vous passe les détails.
-C’est le maître illusionniste que la guerrière d’Orshin a combattu… et a vaincu, n’est-ce-pas ?, comprit Flavien.
-C’est ça. C’était il y a un mois. Nous ne le savions pas, mais… il se cachait dans notre village… depuis un certain temps. Nous savions qu’un criminel extrêmement recherché se trouvait dans la région, et que Darga et Shuren avaient envoyé plusieurs mages et guerriers dans toute la région pour le retrouver. Et c’était déjà très désagréable quand on les entendait expliquer à quel point il était dangereux. Et pourtant, nous sentions qu’il se passait quelque chose. Mais de là s’imaginer qu’il se cachait vraiment parmi nous… dans notre village, je veux dire…

Quelque chose n’allait pas. Flavien avait du mal à compatir à son malaise, mais il avait l’impression que quelque chose s’était passé dans le village à cette occasion. Son imagination essaya bien d’improviser des hypothèses, mais… en vain. Un criminel de masse qui se cachait chez eux. Il n’avait fait que se cacher, non ? Et c’était terminé. Alors, pourquoi ? Il hésita un instant, toujours impassible. Cherchant simplement à trouver le meilleur angle pour formuler sa question. Mais au final, il n’en eut pas besoin. Namuun devinait aisément le raisonnement qu’il était en train de suivre. Il n’était pas le premier. Et elle-même aurait eu le même jusqu’à peu.

-Ce n’était pas juste un tueur de masse. C’était… un maître illusionniste, comme vous l’avez dit. Il ne faisait pas du tout que se cacher. Il était chez nous comme chez lui. Il pouvait évoluer librement parmi nous, et faire tout ce qu’il voulait. Et nous faire faire tout ce qu’il voulait. Il était obligé de rester relativement discret pour ne pas attirer l’attention sur le village, mais en fait… la magie de Khugatsaa est vraiment folle. Leurs mages les plus puissants sont capables de modifier vos souvenirs… et il pouvait le faire… et il passait son temps à le faire. Même aujourd’hui, même maintenant, on ne sait pas exactement ce qu’il a fait pendant qu’il était parmi nous. Ni ce qu’on a fait pendant ce temps. On sait qu’il y a eu des morts… et des abus… et… très certainement des viols, même si ça reste flou. Quelques-unes en sont pratiquement sures.

Elle ne détourna pas le regard en prononçant ces derniers mots, même si l’imagination de Teleri lui suggéra des scénarios bien assez sinistres pour que cela suffise. Et quant au fait qu’elle soit enceinte… non, elle l’était sans le moindre doute depuis bien davantage qu’un mois. Pour autant, Flavien senti comme un poids se glisser dans son dos, entre ses poumons et ses omoplates. Tout ce qu’il entendait le dégoutait encore un peu plus de la compagnie des hommes. Dont il avait déjà une piètre estime. Qu’un architecte accorde un tel pouvoir à des humains qui ne le méritaient pas le moins du monde… ça n’était absolument pas le premier exemple qu’il rencontrait à ce jour.

-Et d’autres… mmh. On ne sait pas exactement ce qu’il faisait faire aux gens, mais c’était très… bizarre. Même pas forcément malsain. Mais… il faisait ce qu’il voulait. Il a aussi forcé plusieurs personnes à participer à… des rituels de culte de Khugatsaa. Un nouveau-né a été béni sous l’étoile des Griffons, je ne sais même pas pourquoi. Et certains rituels étaient… à la hauteur de ce que Yorick était capable de faire de complètement tordu. On a retrouvé des restes de scènes de sacrifices… avec des restes de bêtes et de corps humains marqués de symboles et de placets adressés au griffon blanc… des gens dont on ne sait même plus s’ils étaient des nôtres ou pas.
-Il se déplaçait librement dans le village en changeant vos souvenirs au fur et à mesure ?
-Pas exactement, mais… peut être parfois, oui. C’était une période extrêmement perturbante. Pas vraiment comme si nous étions tous devenus amnésiques ou lunatiques en même temps, mais… nous avions presque tous des flous. Des blancs. Des sautes d’humeur. Nous nous retrouvions à faire des choses que nous n’aimions pas du tout… nous reprenions conscience à un endroit, sans nous souvenir comment nous y étions… j’ai failli jeter tous mes totems pour les remplacer par… des babioles de bois taillées n’importe comment dans des morceaux de bois. Et… je ne sais même pas d’où me vient ça.

Namuun se releva et porta ses mains à hauteur de sa nuque, pour dénouer une parties des ficelles qui maintenant sa tunique. Se décalant d’un quart, elle révéla à Teleri une étrange inscription tatouée sur son épaule gauche… faîte de symboles qu’il n’avait encore jamais vus. En fait, même la khorog, pourtant profondément versée dans les enseignements de l’ensemble du panthéon my’tran, ne savait pas de quoi il s’agissait. Les symboles lui faisaient penser à des runes suhurs, sans qu’elle soit exactement capable d’en identifier le sens. Elles n’évoquaient rien de la vie ou de la mort, qui étaient pourtant les thèmes prédominants qu’on associait à Mochlog. Elle le lui précisa, sans que Flavien se retrouve incapable de dire si c’était ou non le cas. Ca ne lui parlait pas.

Surtout, elle lui indiqua également qu’elle s’était découvert d’autres tatouages du même genre… à hauteur de son ventre. Et au ton qu’elle avait adopté, à la lenteur de ses paroles, le nomade ne put que s’assombrir en devinant la terreur indicible qui devait gangréner la jeune femme.

Il chercha un instant des mots qui pourraient, peut-être, lui porter réconfort… difficiles à trouver.

Et c’est à ce moment-là qu’Arianna arriva dans la hutte, prenant le parti de ne pas s’arrêter lorsqu’elle remarqua que la jeune femme venait de partiellement se dénuder. De ne pas rire, non plus. L’intention y était.

-Hum.

Flavien resta de marbre, de même que la Nerassa resta imperturbable. L’Eilseigh, du nom de sa tribu, s’autorisa une grimace amusée avant d’ajuster sa tenue. Et personne ne fit le moindre commentaire pendant bien dix secondes. Torricelli fini toutefois par s’avancer.

-On m’a expliqué que le gharyn était… indisposé. Et que c’était souvent le cas. Et de venir vous demander, vu que vous faîtes l’intérim. Vous pouvez m’expliquer ?
-C’était aussi la question que j’avais, rembobina calmement Flavien.
-Ca j’ai pu constater en arrivant, oui.
-Je l’attendais tellement, celle-là…
-Deserved.
Donc ?
-Eh bien… il va y avoir redite, mais… connaissez-vous Yorrick Treiselwiegh?
-Oui. Et je sais qu’il était là. Et qu’il est mort ici.
-C’est à cause de lui que Roshan est comme ça. Quand il se cachait parmi nous, il le manipulait plus que quiconque. Tout particulièrement quand les chasseurs de Darga passaient dans le village pour poser des questions. Mais même au quotidien. Au tout début, je pense qu’il ne faisait que se cacher chez lui. C’est le gharyn, donc forcément… ce n’est qu’au fil du temps, qu’il a pris plus de libertés dans le village… et a joué avec nous tous.
-Et ça a fini par lui… griller le cerveau, compléta la my’tranne. D’où son état de maintenant.
-Je… crois que nous sommes plusieurs, à avoir quelques morceaux de mémoire qui ont du mal.
-Vous avez demandé de l’aide ?
-Non. Enfin… pas encore. Je ne sais pas…

Namuun leur expliqua avec peine leurs difficultés pour ça. D’un côté, ils espéraient que le temps soignerait de lui-même ces cicatrices… aussi profondes et particulières qu’elles puissent être. Le problème, c’était que les zarimdaas avaient à leur tour plongé la région dans l’inquiétude moins de deux semaines plus tard, que les blessures des Elseigh étaient bien trop fraîches pour qu’ils aient la moindre intention de se tourner vers un autre pratiquant des illusions, et que personne ici ne pouvait plus entendre parler de Khugatsaa, pourtant Architecte des souvenirs et saint patron des mnémologues, sans ressentir un profond malaise. C’était lui, qui leur avait fait ça. Yorrick n’était qu’un conduit, qui avait agi en son nom. Le griffon l’avait laissé faire, sans jamais lui poser aucune limite, sans jamais le priver de ses pouvoirs. En l’état, il n’y avait que Dalaï pour les aider à panser leurs blessures, avec les moyens dont elle disposait : en couvrant leur village de ressources abondantes pour soulager leurs peines, comme elle l’avait toujours fait. Ils avaient pu le constater au cours de ce dernier mois : c’était comme si la nature elle-même avait pris sur elle de faire tout son possible pour alléger leur quotidien, et ce en dépit de l’atmosphère lugubre qui régnait dans la région depuis Yorrick et les zarimdaas.

Ils étaient comme… maudits. Un coup du sort qui les frappait arbitrairement, qui s’acharnait sur leur tribu. Trop de malheurs qui les frappaient les uns après les autres.

-Ca va aller, essaya de la réconforter Arianna, sans trop savoir quel ton adopter vu la situation. Les zarimdaas sont sous contrôle, maintenant. Nous allons trouver quelque chose à faire. Et… vous irez mieux. Je suis sûre qu’un mage de khurmag pourrait…
-Nous n’avons pas la moindre envie de revoir un khurmi.
-Je…
-…
-… comprends.

C’était un point que beaucoup de my’trans avaient du mal à négocier dans le culte qu’ils portaient à leurs dieux. Que deux tribus my’trannes puissent luter l’une contre l’autre pour protéger leurs intérêts, et aient recours à leur magie pour remporter ces conflits était… déjà déstabilisant pour les plus pacifistes d’entre eux. Mais pas une mauvaise chose en soi tant que personne n‘aillait trop loin dans l’usage qu’il en faisait. Mais… pour ça, il n’y avait que les mages eux-mêmes qui jugeaient si l’usage qu’ils faisaient de leur pouvoir était adapté ou non à la situation. Il y avait bien des my’trans qui perdaient la faveur des dieux après un tel abus. Il y en avait au moins autant qui voyaient leurs aptitudes se décupler après avoir commis les pires horreurs, les architectes ayant souvent des raisons qui leur échappaient complètement pour récompenser leurs fidèles même quand ceux-ci représentaient un vrai danger pour leurs communautés – et ils venaient d’en voir le résultat.

Ca n’était pas normal, qu’un architecte donne à un my’tran les moyens de faire ce genre de choses – ni qu’il lui permette de continuer. Quand c’était un mage venant d’un autre pays, les tensions se renouaient naturellement. Quand c’était un mage de son propre pays, le déchirement était beaucoup plus douloureux, parce qu’on ne comprenait pas.

Encore de quoi conforter Teleri dans le vœu d’isolation informulé qui régissait son style de vie.

-Est-ce que vous avez déjà fait chercher des mages d’Orshin ?, demanda Flavien à la shaman en faisant le choix de passer à un sujet moins délicat.
-Pas encore. Mais j’imagine que les personnes capables de ramener les zarimdaas chez eux seront…
-Je ne suis… pas sûr qu’ils aient vraiment envie de rentrer chez eux, en fin de compte, poursuivit le nomade.
-Mmh. Qu’est-ce que vous proposez ?
-Je pensais attendre un petit peu. Leur laisser le temps de s’habituer à ici, et de se remettre de leurs malheurs. Ils pourront alors prendre leur décision.
-Ca… peut, oui. Pourquoi pas.
-Des objections ?, adressa-t-il à Arianna.
-Aucune. Nous resterons aussi longtemps qu’il le faudra.
-Je vais retourner leur parler quand nous aurons fini. Et m’assurer qu’il ne leur manque de rien.
-Et pour le gharyn ?, reprit Torricelli.
-Attendez qu’il redevienne… disponible, demanda Namuun. Ce sera plus facile. Il ne devrait pas y avoir trop longtemps à attendre, il va de mieux en mieux au fil du temps. Je pense qu’à terme, il redeviendra… presque normal. On pourra lui demander ce qu’il s’est vraiment passé avec Yorrick et Anaelle à ce moment.
-Presque ?
-Il n’a jamais été vraiment normal.
-Mmh. Bon, dans ce cas… je vous laisse. Je vais y retourner.
-Moi aussi, indiqua tranquillement Flavien en se relevant.
-Ah ?
-Je vais parler aux zarimdaas.
-Oh. Bon. Et vous partez, mais… pour ce que vous faisiez ensemble juste avant ?
-…
-Je sais que vous m’entendez.
-…
-Tsss. Tsuhuhu.


Alors, elle quitta la hutte, immédiatement suivie de Teleri qui ne tarda pas à la devancer. Sans un geste, sans une parole ou un regard. Non pas que cela la dérange le moins du monde.

Et pourtant…

-Mmh. Juste une remarque quand même, se décida Arianna. Flavien. Peut-être qu’un jour, ça vous servira. J’imagine. Je ne sais pas.
-Je vous écoute.
-Tout le monde a vraiment peur de ce que peut faire un mage de Khugatsaa. Eux. Sont tous terrifiés, décria-t-elle en détaillant le village du regard. Sans aucun doute à juste titre, mais… j’ai toujours considéré qu’ils en faisaient trop. Tous les my’trans. Les gens ont peur des illusions, ils ne peuvent pas s’en défendre comme on se protège d’une flèche ou d’une boule de feu. Mais les khurmis… ont besoin de se concentrer pour maintenir leurs sortilèges, comme tout le monde. Je me suis déjà souvent tirée d’affaire en les attaquant de front, aussi stupide que ça puisse paraître. Oui, je prends leurs illusions de plein fouet. Et eux se prennent mes attaques de plein fouet et perdent leur emprise sur moi. Et ce que je leur fait est beaucoup plus handicapant que ce qu’eux ne peuvent me faire.
-Et ?
-Alors… ça ne vous concerne probablement pas vu que nous ne faisons pas les mêmes choses. Mais je me disais… je ne sais pas si un illusionniste peut affecter un animal de la même manière qu’il ne le fait sur un humain. Je ne suis pas sûre non plus qu’il penserait à le faire non plus, d’ailleurs. Alors vous… entre Selmac et Hua et vos autres amis… pourriez peut être avoir une carte à jouer. Essayez de jouer là-dessus si l’occasion se présente.


*
* *
*


Roshan, gharyn des Eilseigh. Une bien piètre réputation qui n’avait rien de surprenant compte tenu du village insignifiant qu’il présidait – ces villageois avaient un chef à leur image, aussi minable qu’eux. Namuun avait raison, il ne lui avait guère fallu que deux heures pour en revenir à un état qui lui permettait de refaire une apparition publique. Petit, gras, ne disposant d’aucun atour ou emblème pouvant pallier son manque de prestance, il donnait en plus l’impression de s’être significativement dégarni au cours des derniers mois.

Ce qui ne l’empêchait pas de faire preuve d’un aplomb formidable quand il le voulait. Comme aujourd’hui, en fait. Après avoir repris ses esprits et s’être rendu aussi présentable que possible compte tenu de son état étrange, il avait rapidement appris ce qui s’était passé au sujet des monstres de la forêt et des zarimdaas qui étaient désormais parqués au milieu de son village.

Et à ce propos, justement…

-Qu’est-ce qui se passe ?, demanda Arianna.

Elle s’était à peine absentée. Juste le temps d’aller aux cabinets et… elle avait peut-être traîné un peu, oui. Mais à ce point ?

-Il y a, articula machinalement Roshan en s’agitant furieusement, que je ne veux pas de ces monstres dans notre village ! Ce sont des créatures du mal qui sèment la peur et la désolation sur nos terres depuis des semaines ! Je veux leur mort un point c’est tout !
-Ils ne sèment rien du tout, claqua sèchement Flavien d’un air aussi agacé que l’autre était nerveux. C’est vous qui êtes le seul problème ici. C’est à cause de réactions aussi insensées que ça que vous apportez encore plus de malheur à votre village !

La scène était prête, les acteurs récitaient leur texte. Tout allait comme je souhaitais que ça se passe.

-Vous avez vu ces choses !? Bien sûr qu’elles sont dangereuses ! Il faut que nous les tuions. Maintenant !

Elle ne… comprenait pas. Ils étaient tous deux particulièrement échauffés, comme s’ils se disputaient depuis un bon moment maintenant. Ou comme si le gharyn avait chargé les bêtes avec une insistance toute virulente. A moins que ce ne soit le dédain que Teleri portait très visiblement envers le petit personnage, et ce depuis le début, qui expliquait son irritation.

-Vous ne ferez qu’attirer les foudres d’Orshin sur votre village en faisant ça. Et je vous assure que vous n’en avez vraiment pas besoin, vu votre situation.
-C’est du n’importe quoi ! Si nous sacrifions ces bêtes qui troublent la paix dans la région depuis trois semaines, Orshin sera satisfait ! C’est ce que nous cherchons à faire depuis le début. C’est ce que nous allons faire !
-Vous étiez dans l’erreur, Roshan. Et vous vous entêtez !

Dans tous les cas, la tension semblait contagieuse. De nombreux villageois – près d’une centaine- s’étaient massés autour du spectacle avec des bandes plus rapprochées qui se polarisaient auprès des deux hommes, à la différence que le gharyn était entouré de plusieurs guerriers du village, armés et visiblement prêts à s’imposer de force dès que leur chef estimerait qu’il n’y aurait plus lieu de négocier en usant de l’autorité conférée par son titre. En tampon, on retrouvait la vingtaine de chasseurs et guerriers, dont les Nerassa, chargés depuis leur retour de garder les trois animaux. Animaux qui avaient très clairement compris ce qu’il se passait devant eux, à en croire leur posture, leur manière de claquer des crocs, et la façon qu’ils avaient d’étendre leur maigre envergure pour paraître plus imposants. Il fallait les efforts cumulés de plusieurs my’trans, dont la khorog, pour les maintenir en place. Elle aussi avait fait son choix, et su rallier bien des my’trans à sa position.

Et dans tout ça… il n’y avait visiblement qu’elle, Arianna Torricelli, formée au commandement dans les forces de la capitale, pour rétablir un semblant d’ordre. La my’tranne s’avança spontanément, comme elle sentait qu’elle devait le faire. Comme elle avait l’habitude de le faire.

-Ecoutez-moi… calmez-vous tous, adressa fermement Arianna à l’assemblée. Je ne sais pas ce que vous faîtes, mais vous ne parviendrez à rien comme ça. Ecartez-vous l’un de l’autre, tous les deux. Flavien, Roshan. Ce que vous faîtes est…
-Non. Vous, écoutez-moi, ordonna le gharyn. Arianna Torricelli, guerrière des Nerassa. Moi, le gharyn de la tribu des Eilseigh, exige que vous exécutiez immédiatement ces monstres de Zochlom pour que mon village puisse retrouver un semblant de paix après les terribles épreuves qu’il vient de traverser. Je me moque éperdument de ce qu’un frénétique d’Orshin peut avoir à dire sur le sort de créatures qui ont commis une dizaine de morts parmi les voyageurs du territoire dont je suis sensé être le protecteur. J’ai failli à ma tâche. J’ai lourdement failli à ma tâche, et suis actuellement trop faible pour m’en acquitter dignement. C’est pourquoi je vous le demande à vous, guerrière des Nerassa. Accomplissez votre devoir. Venez nous en aide. Libérez-nous de nos maux. Donnez la mort à ces trois monstres.

Elle ne répondit pas. Elle aurait voulu répondre quelque chose, interrompre la requête qu’il lui faisait pour pouvoir reposer les évènements à plat. Mais elle ne le fit pas. Et personne ne le fit – pas même Flavien, pourtant remonté au-delà de ce qu’elle lui aurait suspecté possible de faire. Mais elle… son sens du devoir résonna parfaitement à la supplique du gharyn, et sans même réfléchir à ce qu’elle faisait, elle se retrouva à s’approcher à grandes enjambée des zarimdaas, épée en main, prête à porter le coup de grâce aux créatures affaiblies de Zochlom. Son esprit était affuté dans ce sens, au même titre que sa magie, prête à l’emploi, qui s’imposa naturellement aux points d’eaux qui ne manquaient pas dans la place du village.

Il lui fallut un bref instant pour remarquer, dans une vague saute d’attention, que la khorog s’était interposée pour la retenir dans son approche. Et qu’elle l’avait abattue d’un coup de lame portée en pleine poitrine avant de la repousser aussitôt, complètement concentrée sur sa tâche.

-Qu’est-ce que vous faîtes… qu’est-ce que vous avez…
-Ce qu’elle vous fera aussi, crétin d’adorateur d’Orshin, cracha Roshan à l’adresse de Teleri. Arianna. Ecoutez-moi encore.

La zagashienne venait de tuer Namuun, ni plus ni moins. Pour une raison très simple.

Parce que je le lui avais demandé.

Je.

Moi.

Et tous les autres chiens la regardaient la laissaient faire, en bons crétins désemparés. Ils ignoraient que faire ils ignoraient les ordres, tous hébétés tous abrutis comme ils l’étaient. Tous n’attendaient qu’une chose, que je leur dise quoi faire penser comment agir comme je n’avais cessé de le faire depuis que j’étais arrivé dans ce village hameau coin pittoresque sans aucun intérêt. Ils étaient faibles, et étaient condamnés à l’être comme tous les insectes de la création. Mais c’était justement pour ça que j’avais fait le choix de rester ici de rester parmi eux. Ils avaient besoin de quelqu’un un maître un chef un vrai puissant pour leur dire quoi faire. J’étais le meilleur homme pour ça. J’allais encore le leur prouver ils devaient voir ils comprendraient où se trouvait leur place danser comme des pantins de pauvres marionnettes.

-Ecoutez-moi tous ! Les zarimdaas et le fidèle d’Orshin sont un danger pour la tribu Eisleigh ! C’est de leur faute, ce qui nous arrive depuis le début ! C’est de leur faute, si Namuun s’est détournée de Dalaï pour se consacrer à l’araignée et s’attirer la colère des envoyés de Shuren ! Elle a essayé de s’attirer les faveurs du créateur qui ne l’a jamais remerciée de quelque manière que ce soit, et n’a jamais su s’arrêter quand bien même elle l’offensait en permanence avec ses expériences ratées ! Mes consignes seront donc très simples.

Les zagashiens étaient des faibles. Faciles à exploiter, pour le peu de travail qu’ils portaient à leur discipline d’esprit. Sans grande surprise, pour des crétins qui négligeaient leurs devoirs envers les deux griffons des architectes. Et paradoxalement, c’était ce qui faisait d’eux des outils merveilleux pour se faire la main en matière de domination mentale.

« Courez ! », hurlai-je mentalement au chien d’Orshin et à ses bêtes morbides. « Je veux vous voir lutter. Je veux vous voir souffrir. JE VEUX VOUS VOIR HURLER A L’AGONIE QUAND ILS VOUS DECHIRERONT JUSQU’A CE QU’IL NE RESTE QUE DE MIETTES DE VOS CARCASSES MINABLES. FUYEZ MAINTENANT, DONNEZ LEUR DE QUOI VIVRE PLEINEMENT VOTRE MORT ! »

Je n’avais qu’à presser leurs esprits pour les faire danser à ma guise. Insuffler la terreur dans la bande des fuyards pour que le spectacle de leur mort ait un peu de cachet. Prendre le contrôle des guerriers pour qu’ils agissent selon mes ordres… et apprécier l’abrutissement complet des autres, simples spectateurs complètement dépassés par ce qu’ils voyaient.

Eux qui se croyaient sauvés… ils n’avaient rien compris.

J’étais celui qui les sauverait. Mais pour ça, ils allaient devoir se battre. Fournir de gros efforts. Travailler sur eux-mêmes. Avec mon aide et celle de Khugatsaa, le façonneur des mille réalités, ils pouvaient s’en sortir. J’avais confiance.

-Mes consignes… seront les suivantes…

Ca n’était pas fini.

Leur pénitence, leur châtiment, l’absolution, le chemin du salut…

« A R R A C H E Z L E U R L A T E T E L E S B R A S L E S Y E U X L A L A N G U E L E S D O I G T S E V E N T R E Z L E S D E P E C E Z L E S J E V E U X Q U ‘ I L S C R E V E N T L A G U E U L E O U V E R T E B U V E Z L E U R S A N G M A N G E Z L E U R S T R I P E S V O U S B R I S E R E Z L E U R S O S A V A N T D E L E S E T R I P E R V O U S L E U R C R E V E R E Z L E S Y E U X E T O U F F E Z L E S D A N S L E U R B I L E J E V E U X L E S E N T E N D R E H U R L E R P E N D A N T Q U ‘ I L S C O U R R O N T I L S S E R O N T E G O R G E S A U N O M D E K H U G A T S A A C O M M E D E S C O C H O N S P R E T S A S A I G N E R P R E N E Z L E S E R V I T E U R D ‘ O R S H I N E T F A I T E S L U I B O U F F E R L E S R E S T E S D E S E S M O N S T R E S A V A N T D E L E D E C H I Q U E T E R J E V E U X Q U ‘ I L H U A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A A O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O O E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E E R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R R K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K K. »

Ca ne faisait que commencer.

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Flavien Teleri
Flavien Teleri
Nécrocodile à Zagashland City Empty
Nécrocodile à Zagashland City EmptyDim 19 Aoû - 20:33
Irys : 862830
Profession : Soigneur itinérant - Guérisseur
My'trän +2 ~ Chimères
Flavien était un homme patient. Il fallait l'être, dans son corps de métier. Lorsqu'il n'avait pas affaire à des créatures farouches prêtes à lui bondir au visage, il devait prendre en considération l'inquiétude ou même parfois l'indifférence et la bêtise pure et simple de leurs maîtres; et dans ce cas c'était souvent lui qui devait se retenir de leur sauter à la gorge et de viser la jugulaire. Jamais sans raison, évidemment. Le soigneur ne donnait pas dans la violence gratuite et il fallait se lever de bonne heure le matin pour réveiller en lui une envie viscérale de meurtre comme il en éprouvait à cet instant, regardant Roshan rallier les foules pour envoyer à l'échafaud trois créatures qui ne demandaient qu'à vivre.

Flavien était d'un naturel tout ce qu'il y avait de plus patient, mais il ne fallait pas exagérer. Surtout pas alors qu'il venait de passer une partie de la journée contraint et forcé à être sociable envers les quelques chasseurs qui s'étaient passés le mot pour lui faire causette sur le chemin du retour, en plus d'avoir manqué de se faire réduire en charpie quelques heures plus tôt. Non, vraiment, le soigneur en avait plus qu'assez, et cela se lisait clairement sur son visage. Le nomade était à deux doigts de lever les bras au ciel et d'inviter ses trois protégés à prendre leur envol, quitte à être pris en grippe par ce Gharyn présomptueux.

Cette folle envie de tout envoyer valser et de remettre en question la parole d'un chef de village, Arianna la comprit dès lors que Flavien fronça les sourcils. Elle avait appris à le cerner en très peu de temps, et un froncement de sourcils aussi insistant de la part de ce My'trän distant ne lui disait rien qui vaille. Ou bien avait-elle simplement remarquée Hua, perchée sur l'épaule de son maître et grondant sourdement ? Evidemment, les grognements de la petite boule de poils étaient trop faibles pour être entendus par une autre âme que celle de Flavien, mais Arianna n'avait pas vraiment besoin du son pour comprendre qu'Hua, en parfaite copie carbone de son maître, était furieuse.

Il était temps d'intervenir, de mettre un terme à cet affrontement sans queue ni tête. Si elle avait fait le choix de répondre présente aujourd'hui, c'était pour venir en aide à un peuple, pour protéger ceux qui pourraient un jour lui rendre la pareille ou au moins transmettre le récit des prouesses de ceux de son clan. Au mieux, elle nouerait des liens avec de futurs alliés, au pire elle réaliserait une bonne action. Elle n'était certainement pas venue ici pour assister à une querelle de chiffonniers.

Arianna prit enfin la parole, sereine et ferme à la fois. Diplomate, elle invita les deux hommes à prendre leurs distances. Le ton de sa voix était clair : s'ils ne s'éloignaient pas d'eux-mêmes, la guerrière garderait elle aussi sa position au centre du conflit. Flavien lui en était silencieusement reconnaissant : l'appui de ses camarades My'träns, qui s'étaient ralliés à la Khorog pour protéger les créatures des villageois qui ne demandaient qu'à suivre les ordres de leur souverain, ne suffisait pas à faire entendre raison au Gharyn.

L'homme était clairement dérangé. Sa voix augmenta en volume, en parfaite osmose avec la fréquence cardiaque de Flavien qui s'accéléra face au discours moralisateur de cet homme buté. Son discours accusateur et tranchant fit reculer Flavien d'un pas. Il n'imaginait pas sérieusement qu'Arianna allait exécuter de tels ordres ? L'homme parlait de laver le déshonneur qui planait sur son nom, dénigrant les recommandations d'un adepte d'Orshin comme s'il s'agissait d'un moins que rien, d'un fanatique qui n'avait aucune idée de la nature meurtrière des créatures qu'il disait inoffensives alors qu'elles avaient mis à mort tant d'innocents. Flavien ne s'était jamais senti être le porte-parole des nomades de sa confession, pourtant à entendre Roshan parler ainsi, il ressentait le besoin de rappeler à l'homme pataud ici présent que les admirateurs d'Orshin n'avaient rien d'Hommes sauvages. Que d'eux deux, c'était bien le Gharyn qui se montrait le plus inconscient.

Comment pouvait-il condamner à mort ces créatures qui avaient passées une partie de leur vie à servir une maître Orshin qui les avait, par son sacrifice, protégés des actes vils d'un fanatique de Khugatsaa ? Flavien n'en croyait pas ses oreilles et Arianna devait être dans le même état que lui, à en juger par son silence.

Et puis, tout parti en vrille.

Celle qu'il croyait être son alliée malgré leurs nombreuses différences et la mésentente latente qui existait entre eux, fit volte-face se dirigea vers les Zarimdaas, dégainant son épée. Namuun s'interposa sans aucun regard pour sa sécurité, aussi perturbée que Flavien par la tournure des évènements. Si seulement elle avait croisé le regard d'Arianna plutôt que de la supplier de réfléchir aux actions qu'elle entreprenait. Si seulement elle avait eu le réflexe de se retourner et de fuir en y voyant un voile laiteux qui s'y trouvait, plutôt que de protéger son ventre arrondi... Si seulement elle n'avait pas eu à mourir alors qu'absolument tout en elle appelait à la vie.

" Elle a pété un câble ! ", S'écria Hua, le poil complètement hérissé, " Flavien, fait gaffe ! "

Le nomade abasourdi bafouilla une vague requête, son incompréhension quand à ce qui venait de se passer teintant sa voix. Comment Arianna avait-elle pu faire cela ? Comment cette jeune femme qui avait, quelques heures plus tôt, discuté aimablement avec cette mère en devenir, avait-elle pu commettre l'irréparable ? Flavien était guérisseur de formation, mais jamais ô grand jamais il ne pouvait espérer venir en aide à la Khorog, affalée aux pieds de Zarimdaas désemparés.

Levant les yeux sur l'homme prêt à tout pour se débarrasser des créatures qu'il protégeait, Flavien fut parcouru d'un frisson en croisant le regard sombre du Gharyn. Ce dernier lui adressa un sourire narquois avant de porter son attention sur les villageois et guerriers présents. D'une voix tonnante, il somma à l'assemblée de prendre Flavien et les Zarimdaas en chasse. Qu'ils étaient, à eux seuls, les responsables de la mort tragique d'une Khorog perdue et qu'ils ne méritaient rien de mieux que la mort. Un discours empreint de folie, que seuls des inconscients écouteraient.

" Mais quel enfoiré ! ", Gronda Hua dans son esprit, " Il ne croit quand même pas qu'on va l'écouter ! "

Une première flèche manqua de peu son maître, et la Tairakh planta ses griffes dans l'épaule de son maître, prête à en découdre. Les gens d'ici étaient-ils donc tous des crétins sans cervelle ? Ils n'allaient quand même pas s'attaquer à eux simplement parce qu'un vieux croulant imbu de sa personne le leur commandait, pas vrai ?

" Flav je sais que c'est pas ton fort, mais dit quelque-chose bordel ! "

Le soigneur était malheureusement bien incapable de répondre quoi que ce soit à sa camarade de chasse. Ses yeux avaient croisés ceux du Gharyn et une peur immense l'avait saisi aux tripes. Les Zarimdaas aussi avaient ressenti le même frisson et ne s'étaient pas privés pour prendre la fuite. Une partie des guerriers les pris en chasse, l'autre concentra ses efforts sur Flavien qui fila dans une autre direction.

Le nomade était agile et son désir de survivre en faisait une cible aussi évasive que rapide. Il n'avait aucune raison de discuter avec ces gens. Il ne pouvait pas discuter avec eux, tout simplement. Leur soif de vengeance était bien trop grande et seul du sang frais qui aurait coulé permettrait de l'étancher. Il ne pouvait rien faire face à de tels monstres incapables d'entendre raison là où une meute de loups affamés aurait pu être rendue docile avec le soutien divin de l'Araignée. Tout était perdu. Les Zarimdaas étaient perdus. Lui-même succomberait s'il restait un instant de plus dans ce village de malheur.

Courant le plus vite possible, faisant chauffer ses muscles pourtant habitués à l'exercice physique, Flavien détalait à travers monts et vallées, loin, toujours plus loin de ce lieu infernal et des êtres sanguinaires qui y résidait. Par miracle, ou peut-être par simple chance, il réussit à semer les guerriers à ses trousses et à trouver refuge près d'un lac loin de toute cette folie. Une oasis et un coupe-gorge à la fois : il était bien loin de ces fous furieux mais ne voyait plus que de l'eau à perte de vue. Où se trouvait-il ? Comment était-il arrivé là ?

La gorge sèche et le cœur battant, il étancha sa soif et essaya tant bien que mal de calmer sa respiration. Il devait se calmer, réfléchir comme il y était parfaitement habitué. Il n'y parvenait pas, glissant ses doigts dans ses cheveux humides de transpiration et tirant sur quelques mèches folles dans le vain espoir d'alléger la pression qui oppressait son crâne.

Soudain, une voix aigüe et criarde assailli ses tympans. Flavien grimaça devant le volume sonore mais essaya de ne pas en tenir rigueur à Hua. La pauvre petite Tairakh devait être parfaitement terrifiée après une telle expérience. Lui-même n'était pas confiant. Les immenses arbres qui entouraient le lac auprès duquel il reprenait son souffle pouvaient cacher de potentiels chasseurs. Il devait se tenir aux aguets. Désormais il n'avait plus rien d'un traqueur, il était une proie. Une proie terrorisée, retranchée, et prête à se battre pour protéger les siens.

" Tu fous quoi ?! "
" Nous serons en sécurité ici. " Assure-t-il à sa Tairakh sans trop y croire " Ils ne nous trouverons pas. "
" Non mais tu te payes ma tête là ? Flav je déconne pas, barre-toi ! "
" Ne t'inquiète pas, ils ne nous trouverons jamais ici. Je te protégerais. Je. Je vous protégerais, Selmac et toi. "

Hua grogna de frustration et sauta de l'épaule de son maître, rejointe par Selmac dans le même mouvement. L'Aitah avait pris un air grave, signe de l'impact qu'avait eu leur course folle sur le félin. Flavien tenta un geste d'apaisement envers ses compagnons, blessé mais pas étonné lorsque ces derniers reculèrent d'un bond. Ils avaient peur pour leur vie et cela se comprenait. Ils ne l'approcheraient que lorsqu'ils se sentiraient à nouveau entièrement en sécurité.

" Flav bon sang ! T'as pété un câble toi aussi ?! Tu vas te faire tuer ! Barre-toi ! "

La supplication d'Hua entra dans l'oreille d'un sourd. Flavien n'entendait pas les paroles de son familier, il ne percevait que la peur qui colorait ses mots, nourrissant sa propre frayeur. Il aurait voulu la rassurer, lui dire que tout irait bien maintenant qu'ils avaient quitté le village.

Tout irait bien.
Mensonge.

Semblant apparaitre de nulle part, Arianna s'avançait désormais vers lui. Elle n'était qu'à quelques mètres de lui et, en présence de ce lac qui semblait s'étendre à perte de vue, entièrement dans son élément. Flavien était perdu, il le sentait, mais il refusait de se laisser transpercer par cette lame qui avait si lâchement ôté la vie à une Khorog pleine de bravoure. Tout ce qu'il pouvait faire pour l'honorer, c'était mourir avec la même dignité que cette femme au grand cœur.

Elle l'avait suivi jusqu'ici. La fille de Dalai entendait son élément répondre à son appel. Le lac grondait d'une colère aussi glaciale que ses eaux, prêt à servir la jeune femme qui demandait justice au nom de ce village terrorisé par ces monstres depuis trop longtemps. Ce fou qui souhaitait les préserver, qui les tenait en plus haute estime que ses propres semblables, il fallait qu'elle l'élimine. C'était la seule chose à faire pour permettre aux villageois du hameau voisin de retrouver une vie paisible. Tant d'hommes et de femmes perdaient actuellement la vie en tombant sous les coups de trois monstres qui refusaient de mourir et des quelques mages écervelés qui les protégeaient. Elle tuerait celui qui leur accordait une confiance aveugle, avant de les achever, eux aussi.

- Arianna ! Qu'est-ce qui vous prend ?, Cria Flavien en évitant une première lame d'eau, Vous êtes complètement folle !

La guerrière n'enregistra pas ses insultes. Il répondrait de ses méfaits devant les Architectes. Elle ne devait rien à ce sauvage, pas même une explication. Sans un mot, elle déploya une nouvelle lame d'eau sur le soigneur qui, cette fois, fut touché de plein fouet. L'eau était brûlante, tellement brûlante même qu'elle lui grignota la peau à son simple contact. La douleur était insupportable, forçant le nomade à se recroqueviller sur lui-même pour essuyer les futurs assauts qui le mettait petit à petit à terre.

Flavien n'avait aucune chance au corps à corps face à Arianna. Pourtant, il allait devoir se battre.

Fermant les yeux et joignant les mains en une prière silencieuse, Flavien implora la divine araignée de lui venir en aide, lui qui n'avait de tort que celui d'avoir voulu protéger les enfants perdus de la grande tisseuse de vie. Il ignorait si Orshin entendait ses prières, mais il n'y avait rien d'autre qu'il puisse faire à présent. Des cascades d'eau bouillante l’assaillaient de toute part et il se sentait faiblir de minute en minute. Ses cris étaient si déchirants qu'il ne les reconnaissait même plus.

Tout se passait selon la bonne volonté de Dalai. Arianna en était convaincue. Elle ferait souffrir ce fanatique comme ses précieuses créatures avaient fait souffrir les villageois. La justice. Voilà ce que son Architecte lui commandait. Flavien payerait pour ses crimes sur cette terre avant qu'il ne trouve grâce à ses yeux et qu'elle lui offre la mort.

Soudain, un remous dans le lac vint perturber ce plan si bien établi. Arianna stoppa un instant son assaut pour observer, méfiante, la surface du lac. Sans crier garde, un énorme tentacule jailli de l'eau et balaya la guerrière sur plusieurs mètres. Arianna cligna des yeux, chancelante. Devant elle se dressait à présent un Chotgor, l'un des titans des océans. Une abomination des plus cruelles, un monstre violent et destructeur. Un Zarimdaa des mers, pensa-t-elle.

Flavien de son côté n'en croyait pas ses yeux non plus. Orshin l'avait entendu ! L'Araignée travailleuse lui avait envoyé l'un de ses plus impressionnants ouvrages. Une créature de légende, prête à se battre pour sa cause. Tout n'était pas perdu avec cet être puissant à ses côtés. Regagnant un brin de courage, Flavien laissa libre court à la créature des mers de n'en faire qu'à sa tête. Arianna était hors de contrôle. Il devait s'en débarrasser.

Le Chotgor se dressa de toute sa splendeur et envoya une nouvelle tentacule voler vers la servante de Dalai.

Arianna ferma les yeux, terrifiée par la créature titanesque qui venait d’apparaitre. Que pouvait-elle faire face à pareil colosse ? La voix de son guide lui soufflait de garder confiance en elle, d’avoir foi en l’Architecte qui guidait ses pas. Que Dalai lui vienne en aide, elle n’était qu’un insecte devant ce monstre abject.

Priant la mère des océans de l’aider à accomplir son destin, Arianna hoqueta de surprise lorsqu’une voix céleste lui murmura à l’oreille d’étendre ses mains vers le monstre sans peur. Un pouvoir tel qu’elle n’en avait jamais ressenti auparavant courrait dans ses veines et elle pouvait sentir la toute-puissance de Dalai bouillir en elle. Son Architecte était présente à ses côtés, réconfortant Arianna qui s’exécuta. Une vague de glace s’attaqua aux tentacules du Chotgor pour l’entraver. Le titan des mers luttait contre la glace qui grignotait ses membres, gênant ses mouvements.

Dalai était toute puissante. Elle maitrisait les mers, les océans. Qui était cet homme pour croire qu'une créature vivant dans ce milieu ne puisse être autre chose qu'un simple pion de la fière maitresse des eaux ? Arianna allait lui montrer, à cet impudent, la véritable puissance des enfants de Dalai.

" Mais qu'est-ce qui ne tourne plus rond chez vous ? " Cria Hua sans être entendue.

A quelques mètres d'eux, le maître Khurmi souriait. Qu'ils étaient amusant, ces médiocres insectes, manipulés si facilement. Les blessures qu'ils pensaient subir, les coups qui leur étaient portés... ils étaient réels. Pour leur esprit, en tout cas. Là où il avait laissé libre court aux villageois et aux Zarimdaas de s’affronter pour éliminer les faibles qui ne méritaient pas de le servir, il s'amusait du combat qui déchirait ces deux imbéciles qui avaient cru bien faire de ramener ces créatures de cauchemar au village. Les meilleures blessures, les plus admirables, étaient à son goût celles réalisées sur la psyché. Arianna aurait pu tuer d'un simple coup d'épée ce demeuré de fanatique, mais cela n'avait rien d'amusant. Pour le tort qu'ils avaient causés, pour le désordre qu'ils avaient apportés à sa vie bien rangée, ils devaient payer le prix fort.

Rien n'était plus satisfaisant que d'entendre les supplications de ceux qui osaient se mettre en travers de sa route. Ils n'avaient que ce qu'ils méritaient. Ils méritaient ce qu'ils recevaient. Il serait bien resté admirer le spectacle plus longtemps, mais il y avait plus pressant. Les Zarimdaas tenaient bon et ceci était tout bonnement inadmissible.

Khugatsaa lui vienne en aide, il était vraiment obligé de tout faire dans ce misérable village.

Grommelant, trainant son corps malade qu'il allait pouvoir mettre entièrement au repos une fois cette histoire terminée, le maître Khurmi laissa les deux mages à leur sort. Arianna le rejoindrait plus tard, il en était persuadé. Il sonderait son esprit plus tard pour connaitre l'issu de cette bataille qui tournerait toujours en sa faveur. Qui sait, peut-être même qu'il la garderait auprès de lui au village si elle s’avérait aussi féroce qu’il l’espérait. Il avait besoin de quelqu'un pour assurer sa protection le temps qu’il se remette sur pieds.

Ce que le tout puissant maître Khurmi ignorait en tournant les talons, c'est que Flavien et Arianna n'étaient pas entièrement livrés à eux-mêmes. Réfugiés à l'ombre d'un banc, Selmac et Hua observaient la scène qui se jouait sous leurs yeux d'un air interdit. Cela faisait quelques minutes que le silence était tombé entre les deux familiers, tous deux bien incapable de piper mot.

Ce fut finalement Hua qui brisa le silence la première.

" Selmac. Rassure-moi. Y'a pas que moi qui voit ça ? "
" Moi aussi je voudrais me baigner... ", Répondit simplement l'Aitah, visiblement un peu déçu, " J'aime bien l'eau. "

Hua fit claquer sa mâchoire. Selmac n'était pas le plus brillant des esprits, mais l'Aitah n'avait pas tort. Ces deux crétins (et elle était désolée d'inclure Flavien dans le lot mais honnêtement, elle ne pouvait pas le qualifier d'autre chose actuellement) étaient plongés dans la fontaine centrale du village et se toisaient depuis bien trop longtemps. Les Zarimdaas semaient le chaos autours d'eux, déchiquetant les villageois téméraires qui voulaient s'en prendre à leur petit, mais ni Flavien ni Arianna ne se sentaient concernés.

Son maître qui n'était de mémoire pas effrayé par l'eau, hurlait à chaque fois qu'Arianna l'aspergeait d'une gerbe d'eau fraiche. De même, la guerrière reculait avec un air effrayé lorsque Flavien désignait du doigt un pauvre poulpe qu'il avait invoqué d'Hua ne savait où.

" On est d'accord, ça fait dix minutes qu'ils sont fixés sur ce poulpe ? "
" Oui. " Répondit Selmac qu'une réponse courte n'amusa pas et qui ajouta donc, " J'ai faim... "
" J'ai envie de pleurer. " Grogna la Tairakh qui ne comprenait pas ce qui se passait.

Devant eux, le combat (si on pouvait qualifier ça de combat) faisait rage. Les deux mages hurlaient de douleur à chaque coup qui leur était porté et jamais Hua ne s'était sentie plus seule. Lorsque Flavien attrapa le poulpe pour le coller contre le visage d'Arianna, Hua sentit les derniers fibres de son être s'envoler. Les conneries, ça s'arrêtait maintenant.

" Selmac ! Je sais pas ce qui leur arrive, mais lui faut faire quelque-chose. "
" Je suis d'accord. " Approuva l'Aitah avant de baisser les oreilles " Mais... On fait quoi ? "
" Toi, tu t'occupes de distraire Flav. Moi, je m'occupe de la pimbêche à chignon. "
" J'aime bien Arianna, moi. " Marmonna Selmac, mécontent.
" Oui, oui. Bah je l'aimerais peut-être mieux si elle essayait pas de noyer Flav dans vingt centimètres d'eau, tu vois. Et si elle avait pas passé une partie de la journée à me regarder comme si elle voulait m'étrangler... "
" Huuum. Oh, Hua attends ! "
" ...Quoi ? "

La question était posée à contrecœur. Hua avait besoin du soutien de l'Aitah pour désenchanter les deux humains aux prises dans un combat imaginaire.

" J'ai le droit de manger le poulpe ? "
" Tu sais quoi ? Va demander à Flavien. "

Investi d'une mission, Selmac s'empressa de courir entre les pattes de son maître, le faisant tomber en arrière et, par un heureux hasard, se cogner contre le rebord orné de la fontaine. Hua pour sa part fila jusqu'à un arbre surplombant la fontaine et se jeta sur la tête d'Arianna, en parfait écureuil masqué. La Tairakh planta ses griffes dans la chevelure épaisse d'Arianna et, au prix d'une descente des plus dangereuses, trouva l'emplacement parfait dans le creux du cou de la guerrière. Ni une ni deux, Hua sorti les griffes et trancha de tout son saoul le long de la nuque de la jeune femme. Si elle ne reprenait pas conscience avec la sensation brûlante de ces griffures semblables à des coupures de papier, Hua était à court d'option.

" Aller ! On se réveille, ça suffit les histoires ! "

Arianna essaya de se défaire de l'emprise de la bête féroce qui la prenait d'assaut. Flavien essaya de ne pas se noyer sous les torrents d'eau qui l'agressait et puis... plus rien.

En parfaite harmonie pour la première fois depuis leur rencontre, Flavien et Arianna clignèrent des yeux au même moment et se regardèrent comme s'ils se voyaient pour la première fois. Tel un rideau qui venait de tomber sèchement sur ce qu'ils avaient cru être leur réalité, les assommant comme il se doit au passage, la vision d'un monde dévoré par la colère de Dalai s'évapora comme neige au soleil, les laissant tout deux agars et haletant. Flavien s'était légèrement redressé pour accueillir Selmac dans ses bras sans trop comprendre ce qu'il venait de se passer. Où était passé Némo (le Chotgor héroïque qui avait tenu tête à Arianna) ?

Arianna, pour sa part, attrapa enfin Hua par la peau du cou et écarquilla les yeux devant le regard de la créature. Plutôt que d'y lire la haine à laquelle elle s'était habituée, elle y discernait... de l'inquiétude ? Non, c'était impossible. Pourquoi s'inquiéterait-elle pour celle qui était chargée d'abattre son maître. Attendez. Chargée d'abattre son maître ?

La guerrière secoua la tête, tenant toujours Hua d'une poigne ferme. Elle avait mal à la tête, tellement mal que sa vision se troubla un instant. Que s'était-il passé. Que faisaient-ils ici, au milieu de cette fontaine ? Ils étaient censés se trouver à des kilomètres du village... non ?

" C'est bon, vous avez fini vos conneries ? " Maugréa Hua " Parce qu'entre votre partie de cache-cache sur la place et votre bain de pieds, là, tout part en vrille je vous rappelle ! On doit dégager de là Flav ! "
" Hua... Qu'est-ce que... Qu'est-ce qui nous est arrivés ? "
" J'en sais rien ! Un coup t'engueulais le Gharyn, et puis ta copine a virée cinglée et... "

Flavien passa une main mouillée sur son front. Il devrait vraiment songer à se relever, mais d'une certaine façon l'eau fraiche apaisait les brûlures non existantes qu'il sentait toujours lui dévorer la peau. Rien de tout cela n'avait été réel, et pourtant il avait subi chacune des attaques d'Arianna, encaissant des dégâts pourtant imaginaires et souffrant de leur impacte. Le soigneur frissonna. Les illusions, lorsqu'elles étaient utilisées comme armes, ne pardonnaient pas.

Alors, tout ceci n'avait été qu'un rêve ?
Non. Le chaos régnait autour d'eux. Des gens souffraient.

Les deux mages furent baignés par le halo de la compréhension. Le Gharyn n'était pas celui qu'il disait être. C'était un fou furieux, capable de manipuler la psyché de foules entières, d'altérer la réalité des autres par plaisir sadique de les voir souffrir. Un maître Khurmi, il ne pouvait pas en être autrement possible.

- Le Gharyn. Non, l'imposteur. Il faut le stopper. Je dois... Je dois...!, Marmonna Arianna avant de se figer, Namuun...

Le nom échappa des lèvres de la guerrière qui resserra sa main sur le manche de son épée souillée d'un sang innocent. Elle l'avait suivi, aussi simplement que cela, ne lui opposant pas la moindre résistance. Elle s'en était pris à une Khorog, avait pris en chasse ses propres camarades de battue... Simplement car on lui en avait donné l'ordre. Les maîtres méritaient toute l’admiration et la crainte que le commun des mortels leur témoignait.

- Nous allons nous en occuper. Promis Flavien dans un rare accès de compassion.

Le poil d'Hua se hérissa à ces mots.

" T'es pas sérieux ?! On se casse Flav, c'est tout ! "
" Je ne peux pas fuir maintenant. Le Gharyn... Cet homme. Même s'il disait cela pour nourrir ma peur, il n'a pas entièrement tort. C'est à cause de moi que les Zarimdaas sont entrés au village. Je veux qu’ils en ressortent en vie. Je dois les aider. Aider ces gens. "

Les illusionnistes étaient capables du meilleur comme du pire, et les maîtres de cet Art étaient craints par tous. Il ne laisserait personne végéter sous la coupe d'un mégalomane. Les créatures d'Orshin, quelles qu'elles soient, étaient douées de conscience. Les en priver était un affront à son Architect.

Arianna n'aurait rien pu faire pour résister à l'emprise de cet homme malveillant. En revanche, ce qu'elle pouvait faire, c'était s'assurer de mettre un terme à ses sévices. Aider les villageois à s'échapper de son emprise n'aidera pas sa conscience, mais elle pourrait au moins permettre à ce peuple de retrouver leur liberté.

- Il est imbu de lui-même. Déclara froidement Arianna, Jamais il ne nous pensera capables d'échapper à son emprise. Nous n'y serions pas arrivés sans vos familiers.

Inclinant gracieusement la tête, Arianna témoigna sa gratitude à la Tairakh qui l'avait tirée de son cauchemar. Elle n'aimait toujours pas ces créatures, mais peut-être qu'Hua méritait le bénéfice du doute.

" Hum... Tu peux lui dire d'arrêter ça ? Je peux la griffer encore une fois si elle veut. "

Flavien secoua la tête avant de grimacer. Ah oui, c'est vrai qu'il s'était cogné l'arrière de la tête en tombant.

- Hua vous remercie. Offrit-il à Arianna à défaut de la vérité.

" Dans ses rêves ! "

Arianna hocha la tête et restitua la Tairakh à son propriétaire légitime. Hua se lova directement dans son cou, Selmac ayant pris en otage la capuche du soigneur pour s'y couler avec délice. Cet animal avait le don de passer très vite à autre chose.

" Flaaav ? " Marmonna l'Aitah
" Ah... Oui, Selmac ? "
" Je peux manger le poulpe ? "
" Le... poulpe ? "

Flavien, qui s'était enfin relevé, releva les yeux sur Arianna pour lui partager son incompréhension. Et c'est là qu'il le vit. Tortillé autours du chignon à moitié défait de la guerrière se tenait une pieuvre à l'air franchement blasée. Le pauvre animal ignorait tout de ce qu'il venait de se passer, mais aurait tout donné pour retrouver son récif paisible.

- Oh bon sang, Némo !
- Pardon ? S'inquiéta Arianna en voyant Flavien approcher.

Une explication, une réalisation et une incantation plus tard, et la vaillante troupe composée de deux mages et de deux familiers était prête à reprendre leurs affaires. A savoir : sauver un village de l'emprise d'un imposteur malfaisant, tout en veillant à la sécurité de trois Zarimdaas. Rien que ça.

A l'heure actuelle, les Zarimdaas semaient le chaos aux abords du village, faisant tourner en bourrique les guerriers et autres villageois qui essayaient tant bien que mal de leur mettre le grappin dessus. Yorrick Treiselweigh, le maître Khurmi à l'origine de la vague assassine qui soulevait le village, motivait les troupes en insufflant le courage nécessaire à ceux qui perdaient foi en ses paroles. Il lui fallait des disciples robustes et dévoués pour remettre ce village dans le droit chemin.

Quand à nos protagonistes...

- Nous allons utiliser son complexe de supériorité à notre avantage. Déclara Arianna, Si vous me suivez toujours.
- Dites-moi ce que vous comptez faire. Répondit aussitôt Flavien.

Ils échafaudent un plan à l’abri des oreilles indiscrètes et du chaos environnant, s'étant réfugiés à l'intérieur d'une demeure laissée vacante suite à l'appel aux armes de l'illusionniste.

" Vous êtes pas sérieux là ?! "
" J'aurais bien aimé le manger, Némo... "

Tout cela au grand désarroi de deux familiers, l’un déjà bien fatigué.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »
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Arianna Torricelli
Arianna Torricelli
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Nécrocodile à Zagashland City EmptyJeu 25 Oct - 23:46
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-Bon, j'ai une idée. Mais il va me falloir du sang pour ça, commenta pensivement la Nerassa. Et je ne pense pas qu'on va pouvoir se permettre de se blesser. Maaaaiiiiiiis... je me demande surtout, est-ce qu'on ne ferait pas mieux de fuir très loin très vite pour aller chercher du secours et revenir à plusieurs?
-Vous voudriez abandonner les autres? Vous?

Dans le vestiaire de la petite maisonnette rocailleuse où ils s’étaient réfugiés, Flavien la considéra étrangement. C’était juste de la surprise, à ce stade, pas du dédain ni même pas un jugement. Arianna avait incontestablement son lot de qualités et de défauts, mais à aucun moment de sa vie il n'aurait envisagé être plus courageux qu'elle face à un grand danger. Ou plus imprudent, suggéra son humilité. C'était peut-être ça, en fait. Ce qu’elle lui confirma sans le savoir :

-Je pense au cas tout à fait probable où nous nous ferions écraser le cerveau en nous attaquant à beaucoup plus gros poisson que nous. Et où personne au monde n'aurait la moindre idée de ce qui se passe ici, de ce qui nous serait arrivé, de ce qui risque de suivre. Bon, après ça serait différent, parce que tous les miens savent que je suis ici et qu'ils s'inquiéteront s'ils n'ont pas de nouvelles d'ici quelques semaines, mais ça n'assure pas du tout qu'ils ne se fassent pas embobiner comme on l'a tous été et qu'ils ne trouvent rien. J’imagine qu’on leur dira que nous sommes morts en chassant les trois monstres et que nos corps ont déjà été retournés aux architectes eeet... ils ne pourront rien faire.
-Oui. Mais si on part sans ne rien faire maintenant, que ce soit vous ou moi, il se doutera de ce qu'on va faire et il se fera discret, prendra la fuite, ira refaire la même chose ailleurs… ou même ici après avoir attendu que les choses se tassent. On ne peut pas faire ça. Il faut en finir, aujourd'hui et maintenant.

Elle ne répondit pas tout de suite, se contentant de se gratter les lèvres du bout des dents. Il avait raison, c’était une évidence, elle le savait très bien. Le khurmi avait déjà fait croire à sa mort il y a un mois de ça, et avait pris le rôle du gharyn pendant ce temps… si ça se trouvait, il se ferait passer pour elle, Arianna, ou la recréerait de toutes pièces avec ses artifices si la suite lui donnait un quelconque avantage à le faire. Et ce serait le cas. Ca ou n’importe quoi d’autre. Faire d’elle son esclave. Elle ne voulait même pas imaginer ce qu’il pourrait faire s’il demandait à pouvoir la « garder » près de lui pour défendre le village. Des prérogatives et un crédit considérable au-delà du village, peut-être même…

Tut tut tut.

Il fallait qu’ils fassent vite, avec ce qui se passait. Rapide et efficace. Ne pas perdre de temps, simplement avancer. Trouver des solutions. Elle se claqua la joue, sans violence mais à plusieurs reprises, pour se maintenir concentrée.

-Je sais, reprit-elle en guise de préambule à son idée. Mais... est-ce qu'un de vos animaux... ou les deux, plutôt... pourrait apporter un message à un autre village? La tairakh risque de se faire chasser à vue cela dit, mais Selmac…
-Pas vraiment. Ils n'accepteront jamais de se séparer de moi. Encore moins vu ce qui se passe.
-Ah.
-Mais je peux utiliser un oiseau pour leur porter un message, oui, précisa aussitôt le nomade d’un air décidé. Plusieurs oiseaux et plusieurs messages, ça sera plus prudent. Il va juste nous falloir de quoi écrire. C’est une très bonne idée.

Evidemment. Elle avait brièvement envisagé d’utiliser les oiseaux du village pour porter un message aux communautés alentours, mais ne savait pas du tout où se trouvait la volière… pour peu qu’il y en ait une et que ce ne soit pas une poignée de villageois qui assurent cette fonction. Mais Flavien n’avait pas ce problème, lui.

-Je me charge de trouver ça, approuva-t-elle de suite. Il vous faut du temps pour trouver des oiseaux?
-Pas beaucoup, ça ira. Je peux venir avec vous.
-Bien. Dans ce cas, direction la taverne... ou peut-être chez Namuun. C'est plus près, plus discret, et elle a ce qu'il faut. Du papier, de quoi écrire, et du vin.
-Du vin?
-Elle parfumait sa soupe avec ça. Du rouge. Et ça fera ce que je veux. Ca fera comme du sang.

Les my’trans sortirent de leur abri, traversant la grand place en courant sans que personne ne soit vraiment en état de leur prêter attention. Déjà, à moins que ça n’ait jamais réellement cessé d’être le cas, le village était divisé depuis deux mois comme la khorog le leur avait expliqué avec deux types de villageois. Ceux qui étaient activement acquits à la cause du khurmi du fait de son influence magique, et qui chassaient actuellement les trois monstres de Zochlom. Et ceux qui étaient envoutés au point d’avoir de grosses absences, et qui ne pouvaient que vaquer à leurs occupations quotidiennes en étant soumis à des absences subites et répétées qu’ils peineraient bien vite à distinguer des élans de malaise, d’inquiétude et de peur qui n’allaient plus tarder à regagner le village.

A moins qu’ils ne parviennent, d’une manière ou d’une autre, à se charger de lui.


*
* *
*


Arianna baignait à plat ventre dans la fontaine depuis maintenant près de dix minutes, pendant lesquelles personne ne s'était soucié ni de Flavien ni d'elle. Aux yeux de n'importe qui, elle gisait morte dans l'eau rougie par son sang, qui n'était rien d'autre que du vin qu'elle concentrait auprès d'elle pour en devenir la source. Le baril qui avait contenu l'alcool se tenait sobrement posé à cinq mètres de là, auprès de quelques poteries et une caisse à côté de la fontaine, en essayant de se faire aussi naturel que possible. Et il faisait de son mieux pour être un baril digne de ce nom. Nous parlons de Flavien, qui se tenait embusqué dedans, armé de sa sarbacane, de sa patience infinie, et de ses deux boules de poils favorites qui avaient refusé de le quitter de ne serait-ce qu’un seul mètre. Au début, la zagashienne avait voulu qu'il baigne avec elle dans la fontaine pour faire croire au plus improbable des scénarios : qu'ils se soient littéralement entretués, ce qui aurait vraisemblablement amené le khurmi à venir vérifier et sûrement se gausser au plus près de leurs dépouilles. Le nomade ne pouvait respirer sous l'eau, mais elle lui aurait donné de quoi le faire d’une manière ou d’une autre – en lui façonnant un petit tunnel de vide le reliant à la surface ou en lui alimentant une cloche d’air à hauteur de visage - sans difficulté. Mais en voyant le tonneau vide après qu'ils en aient déversé le contenu, eh bien... leur flexibilité venait de s’exprimer. Et il se retrouvait dedans, légèrement humide, sarbacane à la main, le couvercle non scellé en équilibre précaire sur le tonneau qu’il ne devait surtout pas faire bouger. Un mauvais geste du crâne pourrait gravement le compromettre. L’odeur n’était pas particulièrement à son goût, également.

La nomade avait une situation plus confortable : elle se tenait allongée à plat ventre, pouvait respirer sous l'eau, en apprécier aussi le parfum particulier compte tenu des volumes avinés qu’elle gardait auprès d’elle, et entendre ce qui se passait tout autour de la fontaine le plus naturellement du monde. La magie de Dalaï permettait un peu plus que de ne pas manquer d’air en deçà de la surface. La température, déjà, était quelque chose qu’elle pouvait ajuster sans fournir le moindre effort. Elle n’avait qu’à attendre.

Et pendant cette trêve, elle se retrouva à adresser une succession de pensées à ses dieux, parfois des prières, plus souvent des remarques moins soutenues comme à son habitude. Dans de nombreux clans de nomades, les my’trans s’adressaient bien assez souvent à leurs architectes pour ne plus avoir à draper leurs discours dans de laborieux enrobages qui n’étaient même pas synonymes de respect. Avec la proximité liée à l’omniprésence des dieux dans le quotidien des nomades et la multiplicité des échanges qui se faisaient avec eux, c’était la familiarité qui s’installait dans le discours de chacun. Chez certains plus que d’autres, et les Nerassa s’illustraient assez bien dans le domaine.

« Bon alors si vous voulez faire quelque chose pour qu'on puisse s'en sortir, ça serait sérieusement le bienvenu. Quand vous voulez. On en a bien besoin. »

Sans surprise, Dalaï et Orshin se retrouvèrent les plus sollicités, même si ce fut vers Khugatsaa, en fin de compte, que se tourna davantage la my'tranne.

Pour lui vomir dessus.

« Alors toi, je sais pas ce qui t'a pris de donner tant de pouvoirs à ce mec, mais franchement je peux te dire qu'on va bien t'oublier pour les prochaines cocagnes. Tu as vu ce qu'il fait? Ca veut dire que tu cautionnes? Je devine le discours, « c'est un fléau de dieu envoyé par le destin pour apprendre aux méchants zagashiens qui malmènent les khurmis qu'il y a une justice ». Dans ce cas, je te signale qu'on fait ça pour qu'ils se bougent le cul pour remettre leur pays en ordre, parce que rien d’autre ne marche. C'est une ruine et des loques depuis plus longtemps que ma naissance. Il vaut mieux que ça soit nous que des daenars qui leur rentrent dedans pour qu'ils se mettent en branle et… »

Mais finalement, elle changea de cheval. Monologuer comme ça la déconcentrait beaucoup plus qu'autre chose, et ce n’était pas vraiment comme si elle obtiendrait des réponses… éventuellement de l’aide, mais tant pis. Elle n’avait pas cette prétention. Elle devait rester prête, affutée comme un sabre, pour tuer le khurmi dès qu’il serait à portée.

Et il ne tarda pas. Accompagné de trois autres my’trans, des villageois plus utiles, ou dociles que les autres, qu’il gardait sous son contrôle pour qu’ils lui servent de bras. Trois hommes, à se fier à leur timbre. Elle n’en savait pas plus.

Les exclamations qu’elle entendit indiquèrent qu’en effet, le fou furieux de Khurmag ne s’attendait aucunement à ce qu’elle se fasse tuer par Teleri.

Et les insultes qu’il lui adressa… allaient dans le même sens. Il était bien déçu, visiblement.

Mais au final, il ne s’approcha pas d’elle. Même pas de la fontaine. Il donna seulement l’ordre à deux de ses serviteurs de la récupérer pour la trimballer on ne sait où. Dans une fosse, qu’il ordonna. Ce qui lui fit froid dans le dos, en plus de la desservir.

Nerveusement, elle porta une de ses mains sur la petite idole à l’effigie de Dalaï et d’Amisgal qu’elle portait en bandoulière à hauteur de son flanc. Ses doigts glissèrent ensuite jusqu’à sa ceinture, sur le pommeau de sa dague, hésitant à se relever de suite pour frapper le faux gharyn. Mais non. Pas maintenant. Pas comme ça. Elle n’aurait pas le temps.

Jouant le tout pour le tout, résignée à laisser le hasard décider de son sort, elle se laissa traîner par les deux villageois jusqu’au bord de la fontaine, puis tirer au dehors et soulever à quatre bras comme un sac de patates. Le regard entrouvert, elle parvint à remarquer qu’on la ferait passer assez près de celui qu’elle cherchait à atteindre. Un élan de soulagement lui réchauffa les entrailles : elle avait toutes ses chances. Et avait beaucoup de chance : ils n’avaient même pas essayé de confirmer sa mort, et faisaient ce qu’elle avait furieusement espéré en faisant le pari de se laisser transporter – ils ne se méfiaient pas. Peut-être trop difficile compte tenu de leur état limité par l’emprise de l’illusionniste. Ils étaient malhabiles et traînants, mais l’amenaient doucement… doucement… à côté du fléau de Khugatsaa… qui lui tourna le dos pour partir dans une autre direction.

Il allait s’éloigner.

Jurant intérieurement, elle se dégagea immédiatement de la prise des deux autres, les brûlant de son eau pour leur faire lâcher prise, et se releva aussitôt pour plonger vers la nuque de sa cible, arme en main, déterminée à racler sa chair jusqu'aux vertèbres pour le mettre à mort. Mais après volte-face, Yorrick n'eut qu'à tendre le bras pour qu'un pan du visage d'Arianna ne s'embrase au point de fondre et se détacher par lambeaux jusqu'au sol, la terrassant aussi facilement que ça. La douleur était folle, au point d’avoir tout de suite éclipsé la surprise de la jeune femme devant les réflexes du khurmi – elle n’était plus capable de penser, elle hurla à la mort.

-Pauvre chienne. Saloperie de Dalaï. Alors tu joues à ça, hein? Et tu as cru… que j’étais vulnérable ?

Jamais de toute sa vie elle n'avait subi quoi que ce soit de comparable. Son oeil gauche, sa lèvre supérieure et plusieurs de ses dents gisaient là devant elle, pour certains partiellement liquéfiés, d'autres réduits à l'état de charbons calcinés. Elle sentait ses narines craquelées, son palais consumé et sa langue croustillante exposés à l'air libre, une odeur de viande cuite empestant tous ses sens. Mais dans tout ça, il n’y avait que la douleur indicible pour masquer tout le reste.

Arianna se retrouva prostrée devant le mage sans oser se toucher le visage, parcourue par les soubresauts de la brûlure qui la cuisait aux larmes – mais ses ongles s’étaient enfoncés dans ses paumes jusqu’à les marquer de sang. À côté de ça, elle ne sentit même pas le coup de pied empli rage que le khurmi lui décocha dans le crâne pour se passer les nerfs.

Un claquement de plus, et elle sentit quelque chose s’enflammer en plein cœur de son ventre – quelque chose qui cette fois ne lui causa pas de mal. Ce qui lui laissa tout le luxe de sentir ses entrailles se consumer, se ratatiner comme une feuille de papier l’aurait fait devant une flamme. Puis un autre coup de pied décoché dans les côtes, aussi négligeable que le premier, avec pour seul intérêt de passer les nerfs de celui qui l’avait asséné.

Le gharyn fulminait, ruminant des insultes à l’encontre de la my’tranne, de ses frères, de leur divinité.

Un élan de frustration. Il avait réagi par réflexe, tout simplement. Dans d'autres circonstances, ce n'était pas quelque chose d'aussi simple et rapide qu'il aurait préféré, faire usage de douleur. Il était plus subtil… sauf quand il n’avait pas le choix. Et l'idée qu'on l'ait mit en danger, le seul fait qu'on s'en soit une fois de plus pris à lui...

-Relevez-là, cracha-t-il à ses serviteurs. J'ai besoin qu'elle me regarde. Droit dans les yeux. Je vais lui faire... je vais lui faire bouffer... je vais lui faire cracher… oh, je sais ce que je faire.

Il ne la tuerait pas, il ferait un exemple. Il prendrait tout son temps pour la réduire en miettes, éclater joyeusement la plus petite des parcelles de sa conscience, l'écraser pour qu'elle soit en deçà de n'importe quel animal avant de la rendre à ses frères. Les fidèles de Dalaï, il ne les aimait pas. Leur arrogance, la condescendance dont ils faisaient toujours preuve, il était grand temps que quelqu'un leur rappelle qu'ils n'étaient que des fumiers vaniteux qui pouvaient être remis à leur place en moins qu'un claquement de doigts.

Il en ferait pire qu'une chienne ou une larve.

Déjà, elle le suppliait d’arrêter, des larmes plein les yeux, de la bave plein la gueule.

Il cessa trois secondes, pour reprendre de plus belle en redoublant de rage, enhardit par les cris ravagés de la my’tranne désormais était plus que morte – car les morts souffraient moins que ça, il s’y connaissait bien. Elle se tordait par terre, elle roulait dans la boue, il lui y enfonçait le crâne en pesant de sa jambe.

Et c'est à ce moment que Flavien émergea du baril pour tirer sur le gharyn.

Une fois.

Deux, trois et quatre fois, le temps qu'il réalise, dans sa folie furieuse, qu'une succession de fléchettes s'étaient fichées dans le creux de sa nuque.

Et une dernière, bien que celle-ci se soit coincée dans un pan de la tunique du khurmi, à hauteur de son épaule.

Ce dernier parvint presque à sentir le poison de la tairakh enduit dans les dards se glisser sous sa peau et rejoindre ses veines pour se déverser en lui, affecter son esprit au plus profond de son être. Un calmant. Sédatifs. Somnifère. Son corps déjà gangrené par la fatigue s'alourdit subitement, car touché à la gorge, le venin gagna presque aussitôt son cerveau.

-NON, s'exclama le gharyn.

Teleri sentit son sang se glacer. Yorrick n'avait l'air ni furieux, ni frustré, encore moins abattu. Juste déterminé. Et d'allure beaucoup plus menaçante maintenant qu'il s'avancait vers le my’tran en apprêtant sa magie, la manifestant sous la forme de plusieurs distorsions de lumière qui ne présageaient rien de bon.

-Putrescin de baise-fourrure d’Orshin. Alors tu n’as pas fui. Et tu voulais… tu voulais…

Il ne termina pas, et semblait incapable de le faire tant il était en rage. D’un seul coup, Flavien sentit le sol l’attirer à lui, et il chuta, lourdement, ses deux jambes incapables de soutenir son corps. Il pouvait sentir la magie du gharyn envahir tout son être, et le glacer au-delà de tout ce qu’il avait pu connaître au plus fort de l’hiver.

Contrairement à la jeune femme, pourtant, ce ne fut pas ça qui terrorisa Flavien.

-Ça ne marche PAS sur moi!, rugit fièrement le maître. MON ESPRIT EST PLUS FORT QUE MON CORPS, KHUGATSAA ME PROTÈGE.
-ET DALAÏ VA TE CREVER.

Arianna.

Qui venait de se relever, plus féroce et furieuse qu'une bête acculée, une grimace inhumaine au visage, et seulement à deux pas d'égorger l'illusionniste.

Elle abattit son arme.

Et un homme au physique fin et sec se dressa devant elle pour barrer son attaque. Un cueilleur du village sous contrôle du my'tran de Khurmag, qui porta ses deux mains à la gorge de la guerrière pour tenter de l'étrangler.

-DÉGAGE, ragea la Nerassa.
-Non, TOI TU FERMES TA...

Un coup de poing le cueilli au visage, l'expédiant sur le champ ventre à terre. Mais déjà le khurmi tendait le bras vers elle, avec la ferme intention de lui infliger vastement davantage que l'éclair de brûlure précédent.

Il frappait pour tuer, maintenant.

La my'tranne en fit de même, avec l'avantage d'employer une magie beaucoup plus spontanée que celle de l'autre – rien de complexe, rien d’élaboré, une magie brute et directe. Une grappe de fouets d'eau, incisive et furieuse, alla mordre le visage du gharyn dans un claquement sinistre – le my’tran bascula violemment en arrière, sans lâcher le moindre cri. Juste à temps pour que la nomade ne sente plus ses oreilles bourdonner sous l'effet de la tension grandissante exercée par le khurmi sur son crâne.

Il pleuvait, maintenant. Ce qui n'était pas du tout étranger à l'amulette que Torricelli portait en bandoulière contre son flanc. Sa magie était rudimentaire, bien que très fonctionnelle : simple et expéditive, brutalement efficace mais sans grande envergure. Mais pour ça, sa tribu avait veillé à lui fournir de quoi employer des pouvoirs qui allaient bien au-delà de ses talents personnels.

Déjà, un second, un troisième serpent d'eau se formèrent dans les airs, prêts à mordre le visage du fléau de Khugatsaa pour l’empêcher d’employer à nouveau sa magie.

Et les deux s'abattirent cruellement sur la Torricelli, essayant de lacérer son poitrail sous l'effet de la magie de deux autres villageois.

-MAIS BON SANG, VOUS ÊTES FOUS!? ARRÊTEZ DE L'AIDER! ELLE ESSAIE DE VOUS SAUVER!

Flavien, maintenant. Qui s'était prudemment éloigné du cordon grandissant de villageois qui se formait autour du mage khurmi, venant à son secours contre ses agresseurs. Il avait vaguement hésité à se jeter dans le tas pour distraire le gharyn et aider Arianna à se rapprocher de lui. Une mauvaise idée. Il ne l’avait pas fait.

-C’EST VOUS LES MALADES, QU’EST-CE QUE VOUS FABRIQUEZ ?

L’une des my’trannes, une villageoise enrobée qui devait bien avoir quarante ans, se précipita vers Yorrick pour l’aider à se reprendre. Elle lui permit de s’asseoir et le maintenait comme s’il avait besoin d’aide, comme s’il était chétif et… qu’il méritait ça.

Teleri se sentait halluciner – au point tel qu’il ne répondit pas. Avec la pluie qui battait son plein, il ne discernait plus le détail de ce qu’on lui criait, de toute manière. Plus que tout, ce fut ceci qui le frappa au cœur pour le gorger de désespoir. Ils voulaient les aider, et… il ne comprenait même pas comment eux pouvaient agir ainsi. Les villageois. Un regard alentour lui permit de constater qu’il n’y avait pas qu’eux. Tout autour, c’était peut-être une soixantaine de my’trans qui considéraient le mage d’Orshin avec un air hostile. Ils étaient du côté de l’imposteur. Ca semblait impossible. Ca devait être impossible. Et pourtant, ils étaient seuls, à deux, contre tout un village.

Ils avaient fait fausse route, Arianna et lui. Ils avaient complètement sous-estimé l’influence prodigieuse que le khurmi s’était assuré dans la communauté, en dépit des détails que leur avait longuement expliqué la khorog à peine une heure plus tôt. Les locaux étaient comme… complètement consacrés à sa cause, car il avait eu tout son temps pour les marquer de son influence, et ne s’était jamais réellement éloigné de leurs vies.

Ils auraient dû fuir. Au lieu de ça, ils s’étaient crus capables d’affronter un béni de Khugatsaa.

Et maintenant, ils allaient en mourir.



« Fils des hommes.

Mage d'Orshin.

Qu'est-ce que vous avez fait?
»



Il ne comprenait pas. Il regarda un instant en direction du centre de la place, d'Arianna qui rampait dans la boue pour se mettre à l'écart de ses frères qui lançaient leur magie droit sur elle... en pure perte. Le gharyn n’usait plus de ses pouvoirs, aussi étrange que cela puisse paraître. Voir la zagashienne se faire malmener par la magie des siens lui plaisait davantage, même si maintenant, ses traits étaient durs et sévères, ne montrant plus la moindre forme de colère ou de plaisir dans ce triste spectacle. Désormais, c’était beaucoup plus que ses deux ou trois gardes du corps qui se servaient de leurs pouvoirs face à elle – dans toute l’assemblée, de nombreux villageois ajoutaient leur puissance à l’ensemble pour nourrir son sévice.

La my’tranne avait l’air à bout de forces, même si intérieurement, elle trouvait là-dedans une forme de répit par rapport à ce que le fléau de Khugatsaa lui avait infligé peu avant. Lui aussi en avait bien conscience. Et ne la quittait pas des yeux, pas plus qu’il ne cessait de clouer le mage d’Orshin sur place en gangrenant ses deux jambes d’une lourdeur prodigieuse.

Mais même ainsi, Flavien se détourna du calvaire d’Arianna qui se tenait à dix mètres de lui pour se concentrer entièrement sur la bête qui cherchait à le joindre. Cette voix qu’il venait de percevoir… dans toute cette frénésie, il peina à reconnaître le ton de la femelle zarimdaa.

[NOTE : Bébètes parlent en italique, Flavien parle en normal]



Qu'est ce qu'il y a?

Ils ne nous attaquent plus. Ils ne nous pourchassent plus.

Hein?

Ils ne savent plus quoi faire. Et ils ont peur de nous.

Les humains?

Les my'trans.



Un fracas plus étrange et plus fort que les autres attira l'attention de Teleri. Un bruit de vague et de plage, le son de l’eau qui se frottait sur une berge au rythme de la marée. Lorsqu'il se retourna, plusieurs bâtisses portaient les marques d'un arrosage récent, une grande éclaboussure. Au pied de l'une d'entre elles, la zagashienne se trouvait à genoux, prisonnière d'une large masse d'eau qui la plaquait au sol. Ne cessait de croître autour d'elle, comme pour mieux l'alourdir. Le temps d’une seconde, elle lui parut presque paisible, assise comme elle l’était. Juste avant que les flots ne la brusquent lourdement sur sa gauche, la roulant contre le sol en frottements méthodiques.



Nous avons besoin d'aide. Il va tous nous tuer. Non... il va tous nous rendre fous. Et après nous tuer.

Je sais.

Vous devez nous aider !



Un silence. Elle ne répondit pas. Pas tout de suite, en tout cas.

Mais dix secondes plus tard, c’est la voix des deux membres du couple zarimdaa qui résonnèrent en lui.



Mage d’Orshin.

Fais nous venir.



Il ne se fit pas prier. C’était la première fois que Flavien, loin de devoir entreprendre de convaincre une créature de lui venir en aide, se faisait assister par celle-ci pour les faire apparaître. C’était comme si elles prenaient les devant pour réaliser l’invocation, ce qui n’était pas si surprenant que ça quand on se souvenait que ces créatures avaient longtemps collaboré avec une bénie d’Orshin.

Il ne fallut que dix secondes pour que les zarimdaas apparaissent dans un flash de lumière étincelante, pareil à l’éclat d’une magilithe déployant subitement une grande quantité de magie. C'est d'ailleurs sous la forme de poussière cristalline que les créatures se reformèrent brièvement auprès de Teleri, avant de reprendre leur pleine consistance.


Nécrocodile à Zagashland City R2qc


Une apparition qui ne passa pas inaperçu pour aucun membre de l’assemblée. Tous se tournèrent vers Flavien et les deux bêtes d’Orshin – pas un seul n’avait l’air disposé à ne pas les étriper.



Maintenant, fils des hommes. Nous allons la venger. J'ai besoin de ta magie. Nous allons attaquer. Ramène nous jusqu’à toi quand nous te le demanderons. Nous allons prendre des risques, assure toi d’être prêt.

Prêt à quoi ?

A nous invoquer de nouveau.



Ce faisant, les deux monstres s’élancèrent au-devant de la foule qui recula précipitamment à leur vue – un sentiment de peur, humain et spontané, quelque chose de naturel que le khurmi ne pouvait pas leur retirer. C’était bien là-dessus que comptaient les créatures lorsqu’elles se jetèrent dans les foules en vomissant leur relents de charnière fétide dans les foules – créer un mouvement de dégoût général, employer les outils que la nature leur avait fourni pour se battre. Les quelques guerriers qui étaient encore dans le village s’étaient avancés sans se méfier, et furent les premiers à se faire faucher par la charge fulgurante des deux monstres, conscients de leurs principaux avantages dans ce tableau : pas un seul des natifs de My’tra ne connaissait les zarimdaas, et le plus gros du nombre de chasseurs et de guerriers des Eilseigh se trouvait loin de la place du village, pas encore revenu de leur traque avortée… et peut être dans de meilleures états que ceux encore présents.

Les deux bêtes avaient déjà affronté le khurmi il y a deux mois de cela. Avec leur magicienne. Et ils avaient gagné. Yorrick Treiseilwiegh avait d’immenses capacités, mais trouvait lui aussi ses limites face à certains écueils. Et ils les connaissaient.

L’un des zarimdaas, le mâle, traversa la foule en chargeant au travers des my’trans jusqu’à atteindre une hutte, escaladée en une fraction de seconde. De son promontoire, il crissa en direction de la foule et déploya ses ailes, sans pour autant entreprendre la moindre action à leur encontre. Pas encore.

La femelle s’avança vers le khurmi qui avait lui aussi progressé droit vers elle. C’était un duel qu’ils avaient déjà mené, et qu’il avait déjà remporté d’une victoire écrasante. Pour autant, elle y avait largement trouvé son compte, et se réjouissait presque de voir qu’il allait – à nouveau – la laisser faire ce qu’elle souhaitait.

Elle se jeta droit vers lui, devinant qu’il ne s’agissait que d’un mirage – qui explosa bel et bien dans un concert de flammes sans blesser pour autant la carnassière de Zochlom. Une dizaine de copies apparurent tout autour, sans que la bête soit capable de les distinguer du réel ; même son odorat était floué par les artifices du gharyn imposteur. Comme à son habitude, la bête diffusa ses miasmes de gaz putrides aux alentours, espérant atteindre sa cible en crachant à l’aveugle.

En pure perte, cela dit.

Yorrick. Son esprit était réellement plus puissant que son corps. La zarimdaa supposait qu’il employait simplement sa magie pour éteindre son odorat, parce que toutes les alternatives qu’elle envisageait lui faisaient froid dans le dos. Mais qu’importe, au final. Tout ce qu’elle voulait, c’était qu’il ne cesse d’employer sa magie pour autre chose que d’asseoir son contrôle sur les hommes.


*
* *
*


Elle était épuisée. Meurtrie. Incapable de se relever, de se défendre, de masser ses membres brutalisés, de faire quoi que ce soit d’autre que de reposer étendue sur le sol, vide de toute énergie. Pas vraiment blessée, mais rendue complètement impuissante. Elle se sentait presque morte. Arianna n’avait jamais subi un traitement de ce genre, en dépit de blessures beaucoup plus dangereuses déjà subies par le passé. Et maintenant, elle cherchait à dormir. S’effondrer. Mettre fin à tout ça, peu importe comment. Ils n’y arriveraient pas, pas la peine d’insister. Ils avaient essayé, mais ça ne pouvait pas se faire.

Plus personne ne se souciait d’elle, étrangement. Ils ne l’attaquaient plus. Les cris n’avaient pas cessé, mais elle ne parvenait pas à comprendre – encore moins discerner - ce qui se passait alentour.

Et pourtant…

Il y avait cette chaleur, qui irradiait ses membres. Qui semblait la bercer, de moins en moins timidement. Elle qui voulait sombrer avait le sentiment qu’elle n’y parviendrait pas, comme si elle se tenait éveillée – réveillée – et qu’un bruit parasite empêchait sa conscience de basculer dans le sommeil.

Une chaleur qu’elle connaissait bien. Son sang qui bouillonnait, le flot de ses sens éclairci et fluide, son souffle capable d’apprécier chaque gorgée vivifiante d’oxygène à la moindre inspiration...

Ca ne venait pas d’elle. Ce n’était pas sa magie. En l’état, ça n’était pas la magie d’une personne de précise. Il y en avait plusieurs.



Pas encore, Nerassa.

Maintenant que vous avez commencé votre truc complètement débile, il est hors de question que tu nous lâches comme ça. On attend beaucoup plus d’une fille des clans, c’est pas l’heure de mourir.

Les bestioles d’Anaëlle sont revenues. J’imagine que on peut y arriver. Alors on va t’aider. Ca n’était pas vraiment notre plan, mais putain… je pense que ça va le faire.

On aura ce connard.




*
* *
*




Yorrick n’eut aucun mal à contraindre la bête à plier sous sa charge. Les monstres n’étaient pas sa spécialité, sans aucun doute – ça ne signifiait pas qu’il était incapable de les affecter eux aussi, simplement qu’il n’était pas aussi spontané pour le faire. Mais à force d’insistance, il avait peu à peu réussi à accabler le zarimdaa de sa magie – la créature était presque groggy et peinait maintenant à bondir habilement vers ses cibles… aussi fugaces soient-elles. A aucun moment l’animal n’avait pu percevoir où il était, contrairement à l’autre fois où ses capacités avaient été décuplées par le soutien de sa maîtresse. Mais ici, pas une fois l’imposteur ne s’était senti menacé par le monstre, qui ne faisait que passer loin de lui, invisible et perdu loin de ses doubles illusoires. L’ensorceleur ne pouvait pas contrôler le zarimdaa, ni user des pouvoirs avec la même intensité sur lui que sur un être humain – la douleur, la souffrance, les assemblages complexes ne marchaient pas contre la créature de Zochlom.

Mais eh. Il pouvait aisément l’abrutir au point qu’elle ne représente plus la moindre menace, et se fasse étriper docilement par ses ouailles qui n'auraient aucun mal à la submerger par leur nombre. Profitant de la faiblesse du monstre, ils venaient de lui infliger un coup de pieu en plein visage qui, s’il avait ripé sur la carapace squelettique de la bête, l’avait sonnée beaucoup plus brutalement que d’ordinaire. La faute à sa magie, qui pouvait aussi bien créer des sensations à partir du néant que d’amplifier drastiquement d’autres chocs bien réels. Mis à mal, l’animal s’effondra sur ses pattes, complètement vulnérable.

-Tuez-le. Maintenant.

Et cette fois, il n’aurait pas à composer avec la baise-fourrure pour…

-MERDE.

… extirper le zarimdaa de ses griffes en le faisant disparaître. Sauf que si, justement. La créature s’évapora de la même manière qu’elle était apparue, dans un nuage de poussière cristalline qui s’effondra d’un seul coup – alors même que ses villageois venaient de l’encercler, armes de fortune en main, prêts à la mettre à mort. Ca s’était joué de peu… et on se jouait de lui.

-D’OU ? D’OU EST-CE QU’IL DISPARAIT ? OU SE TROUVE-T-IL MAINTENANT ? ELLE EST MORTE, ELLE N’A PAS PU FAIRE CA !

Mais la réponse lui vint aussi naturellement que son agacement devant cet artifice. Le nomade. Ce Flavien. Il venait de faire exactement la même chose qu’avait faite Anaëlle avant lui : invoquer de nouveau le zarimdaa auprès de lui. Ce qui l’exaspérait au plus haut point. Pas pour n’importe quoi.


Merci. C'était le bon moment.


Teleri se sentait complètement dépassé. Il avait agi sur un coup d’intuition, attendant jusque-là un signal de la zarimdaa qui n’avait rien demandé. Qui ne pouvait rien demander, compte tenu de ce que lui avait infligé le khurmi. Mais ça, il ne le comprit que maintenant qu’elle était auprès de lui, et qu’il pouvait enfin l’observer de plus près. La créature à l’aspect naturellement rapiécé était très clairement parcourue de spasmes qui se ressentaient jusque dans ses intonations mentales. Pour autant, ses paroles et son rythme se voulaient beaucoup plus rassurantes que son état physique.

On recommence. Tu pourras tenir le coup?

Ça dépendra combien de fois. Mais je peux encore le faire, oui.

L'animal crissa d'un air réprobateur. Pour ce que Flavien pouvait en discerner, en tout cas. Ca pouvait également être du fait d’une migraine.

Humain. A chaque fois que tu me fais disparaître, son emprise sur mes sens disparait elle aussi. Tout ce qu’il fait, il doit le recommencer. Il relève de Khugatsaa, pas de Mochlog. Il agit sur l’esprit, pas le corps. Ce n’est pas si facile à marquer… encore moins ceux qui ne sont pas humains. Et ça lui prend du temps, de l’attention, de l’énergie. Beaucoup. Il va se fatiguer. Il va perdre le contrôle. Et tel qu’il se comporte, il ne s’en rend même pas compte. C’est comme ça, que nous l’avons déjà vaincu. Regarde les zagashiens.

-TUEZ-LE. FAITES LE COMME VOUS LE VOULEZ, MAIS TUEZ CE CHIEN D’ORSHIN.

Et ce disant, la bête s’élança à nouveau vers le mage, tandis que l’autre zarimdaa s’abattit lui aussi dans leurs rangs depuis les airs. Quels que soient les talents du khurmi, il ne parvenait pas à atteindre les bêtes aussi vite qu’il l’avait fait pour lui et les autres.

Et en parlant des autres… en dépit du dernier ordre du gharyn, ceux-ci ne tentèrent rien contre lui. Dans un drôle de mouvement de foule, sans aucun doute du fait des zarimdaas, ils s’étaient dispersés en tous sens, certain prenant la fuite, d’autres tentant d’arrêter les deux monstres sans savoir comment faire, d’autres restant à regarder sans comprendre ce qui se passait, et certains… qui se tenaient bizarrement en gardant une expression indéchiffrable. Il y en avait çà et là, quelques-uns, peut être dix dans la soixantaine de villageois qu’il voyait. Certains faisaient clairement usage de magie… et plusieurs le faisaient en le regardant lui, ce qui lui fit froid dans le dos lorsqu’il s’en rendit compte. Pris d’un élan de panique, Teleri commença à reculer en pressentant le pire, ceci juste au moment où une voix le rappela :


Mage d’Orshin. Viens à moi. MAINTENANT.


Il n’y pensa même pas. C’était comme si le zarimdaa faisait le plus gros du travail pour lui, de toute manière. Une fenêtre s’ouvrit vers l’esprit de la bête, et il s’y engouffra.



*
* *
*



Yorrick sentit son sang ne faire qu’un tour en voyant l’animal revenir à la charge. Il comprenait parfaitement ce que la créature d’Orshin avait l’intention de faire, et n’avait aucunement l’intention de la laisser mener son jeu plus longtemps – il devait l’anéantir, sur le champ, d’un seul coup. Les villageois commençaient à paniquer, et le poids du venin de la tairakh dans son crane lui pesait tout autant que le mal qui le rongeait encore… mais lui abandonna le cordon de ses protecteurs pour s’avancer au-devant de la bête. Plus d’illusions, plus de recours aux mages de Dalaï pour se charger de ça – il n’aurait même pas besoin de s’occuper du nomade. Teleri pouvait extirper le zarimdaa de son emprise si celle-ci se faisait insidieuse, mais pas réparer les dommages prodigieux qu’il pouvait infliger à l’esprit d’une victime s’il s’en donnait la peine. Le faux gharyn ne fit pas un geste, n’adressa même pas un regard à la bête qui fonçait droit sur lui. Ce n’était qu’une question de volonté, de pouvoir et de foi. Et il avait les trois.

La créature s’effondra net en pleine course, ployant instantanément sous la pression monumentale qu’il infligea à son être. Ca n’était ni de la douleur, ni une brûlure, ni une quelconque forme de faiblesse qu’il imposa au zarimdaa ; il ne la broyait pas, il ne l’étouffait pas, les cinq sens de l’animal n’avaient rien à voir là-dedans. La nature de son attaque était purement mentale, et se portait sous une forme complètement impossible à appréhender pour quiconque ne relevait pas de Khugatsaa.

Il paralysa le flot de ses pensées, atrophiant l’esprit de la bête de Zochlom au point de la couper entièrement de son corps. De ses muscles, puis de ses sens, puis de sa propre conscience. Elle n’était plus lucide : il avait complètement prit la main sur son âme. Et il la comprimait, asseyant son emprise pour mieux la déch…

L’animal se releva.

Fit trois pas dans son sens. Puis deux de plus. Regagna sa contenance.

Et c’est là qu’il sentit. Oh que oui, il sentit.

Dans ce corps, il y avait deux esprits. Un humain et une bête. Le nomade et la bête. Ils tentaient de se soutenir, donnant tout ce qu’ils avaient pour tenter de surpasser sa magie. Et ils y arrivaient. Tous leurs sens leur revenaient, ils retrouvaient leur aplomb. Et déjà, ils prenaient leurs appuis pour bondir et frapper.

Le khurmi se retrouva à sourire, et gloussa voracement – puis il explosa de rire. C’était neuf. Ce coup-là, il ne l’avait jamais vu. Il avait connaissance des talents des Orshins pour jouer sur ce que d’autres pensaient être la chasse gardée de l’élite de Khurmag – le pouvoir de l’esprit. C’était faux. Les baises-fourrure, comme il les qualifiait, avaient eux aussi ce pouvoir – transférer leur conscience dans le corps d’une bête, user de télépathie, envoûter et contraindre, ils savaient très bien le faire et avec plus d’aisance que les fidèles du Griffon. Auprès des animaux, c’était la différence. A moins que, passé un certain stade, ils se retrouvent à pouvoir faire de même sur des hommes, qui étaient eux aussi des pantins façonnés par le Tisseur.

Il ne le savait pas, et n’avait jamais eu l’occasion de vérifier. La maîtresse de la créature de Zochlom avait multiplié les artifices au cours de leur affrontement, mais sans aller si loin. Elle n’avait même pas fait ce que venait de faire ce mage d’Orshin. Une idée de la bête, à n’en pas douter – l’autre n’était que de la piétaille, même s’il la suivait bien.

Et ce coup de défiance…


Teleri. Et la bête.

Vous pensez sérieusement que vous pouvez me combattre ?


… il le pulvérisa en rognant furieusement sur le lien qui les maintenait ensemble. Pas en renvoyant le my’tran à son corps, non. Les deux âmes se retrouvèrent isolées l’une de l’autre dans le corps de la bête, chacune prise au piège dans un étau distinct. Le mage d’Orshin se retrouvait incapable de rejoindre son enveloppe d’origine, pour peu qu’il s’y essaye. Et le sentir se débattre arracha un grand rire au gharyn imposteur.


J’apprécie la manœuvre. C’était très instructif. J’y penserai à l’avenir, quand il s’agira de me méfier des fidèles du Tisseur.


Cette fois, Yorrick tendit la main, paume levée à hauteur de son épaule. Condensant toujours plus de magie pour étioler la conscience de ses deux prisonniers.

Il n’était plus si sûr de vouloir les tuer, cela dit. Peut-être en faire autre chose. Le my’tran ne l’intéressait pas le moins du monde, mais la bête n’était pas n’importe quoi – partenaire d’une bénie d’Orshin décédée, elle constituait sans aucun doute possible une vraie petite mine d’or qu’il pourrait exploiter. Ce qui le fit hésiter.

Jusqu’à ce que la bête se lève, et se jette contre lui pour le plaquer au sol. Elle lui cracha ses glaires charogneuses au visage et au torse, mais surtout, elle mordit de sa gueule squelettique ses deux bras mis en croix par réflexe pour se prévenir du coup. Pris de court, le my’tran – ce qui fut sans effet sur le monstre déchaîné, qui redoubla d’ardeur pour le lacérer de ses dents.

Car dans le corps du monstre, il y avait…


*
* *
*



Maintenant, Nerassa.

Fais lui bouffer ses tripes.




*
* *
*



… une troisième conscience, qui venait à l’instant de gagner le corps de la bête pour frapper par surprise. Il venait de la sentir. C’était elle qui frappait.

Et tandis qu’il tentait d’encager à son tour ce nouvel agresseur, la bête se replia, fuyant à l’opposée pour se prémunir de l’attaque du gharyn.

Une flèche se ficha subitement dans son bras, arrachant un long cri fait de douleur et de surprise – le sifflement de deux autres projectiles qui l’avaient manqué de peu s’y mêlant rapidement. Il disparut instantanément à la vue de tous, sans comprendre rien d’autre que l’apparition d’ennemis quelque part dans la foule. D’autres ennemis. Ce qui ne l’effrayait pas. Yorrick tenta par réflexe de rejoindre les bords de la place pour pouvoir se reprendre. D’abord se mettre à l’abri, puis frapper, comme à son habitude. Peu importe qui, ni combien ils étaient.

Pourtant, il lui fallut quelques secondes pour remarquer qu’il n’était pas vraiment invisible – des contours fait de brume rouge presque opaque indiquaient sa présence aux yeux de tous. Un adepte du Griffon, un autre illusionniste le marquait soigneusement. Et cette fois, une vague de frayeur traversa tout son être tandis qu’il s’élançait vers un mur. Maintenant, il se savait en danger.

Une vague faite d’eau de pluie se dressa derrière lui, beaucoup plus imposante que tout ce qui avait pu frapper Arianna peu auparavant. Maintenant, il pleuvait à grosses gouttes, ce qui ne faisait qu’empirer de plus en plus à chacun de ses pas. Prit d’un élan de panique, le my’tran déploya son pouvoir, balayant la magie de celui qui le marquait – un simple villageois, ou plusieurs parmi eux ? – pour pouvoir se réfugier à nouveau dans son voile de néant. Il était invisible, indétectable au-delà de tout ce qu’un autre illusionniste pouvait essayer de cerner. Et la vague se fracassa furieusement contre le sol à deux mètres de lui, là où il aurait très bien pu se tenir en tentant de s’écarter de sa trajectoire initiale.

Ce qui mit fin au dernier de ses doutes : c’était peut-être le village tout entier qui venait de se dresser contre lui. En dépit de son succès initial, il était bien trop faible pour pouvoir les contenir et faire ça en même temps.


« AIDEZ NOUS ! ON ESSAIE DE LE CREVER, AIDEZ-NOUS PAR PITIE ! »
« IL SE CACHE ! »
« BALAYEZ TOUT L’ESPACE ! PEU IMPORTE QUAND OU COMMENT, MAIS FRAPPEZ, VOUS ALLEZ LE TOUCHER ! »
« S’IL S’ENFUIT, IL REVIENDRA ENCORE. IL S’EST DEJA FAIT PASSER POUR MORT. TUEZ LE, TUEZ LE ! »
« FILS DE PUTE DE REONI ! TU ES MOOOOORT ! »
« RIEN QU’EN LUI FAISANT MAL, RIEN QU’EN LE FORCANT A UTILISER SA MAGIE, ON EPUISE SES RESERVES ! N’ARRÊTEZ SURTOUT PAS ! ILS COMPRENNENT CE QUI SE PASSE, IL REPRENNENT LEURS ESPRITS ! »
« RETROUVEZ LE ! LES ILLU’, RETROUVEZ LE ET MARQUEZ LE TOUT DE SUITE, QU’ON LE BUTE PUTAIN ! »


Et ce qui se passait, Yorrick comprenait bien qu’ils l’avaient provoqué. Que plusieurs s’étaient tenus à se tapir, à attendre leur heure, pour certains à user de leurs propres talents en matière d’illusions et de mnémotechnie pour se protéger de lui tout en lui faisant croire qu’il avait le contrôle. Et ces chiens avaient juste profité du retour des deux bêtes de Zochlom pour se jeter sur lui. Ce poison de sarbacane qui coulait dans ses veines… c’était ça, qui avait complètement étiolé son contrôle sur les masses. Son esprit était fort, et prodigieusement fort. Mais son corps était faible, épuisé, et malade.

« ON EST QUATRE CENT PUTAIN. TU VAS EN CHIER TAS DE MERDE. TU VAS JAMAIS T’ENFUIR. ET CROIS MOI, CE QUE DALAI RESERVE AUX SALES MERDES DE DAENASTRE, CE SERA RIEN PAR RAPPORT A CE QUE NOUS ON VA FAIRE DE TON CADAVRE »

Et avec ça, il n’avait pas remarqué que pour chaque zagashien qui avait rejoint les rangs de son cordon de fidèles un peu plus tôt, il y en avait eu trois fois plus qui avaient regardé les tourments de la guerrière Nerassa avec un air beaucoup plus dérangés par la scène.

« LES ZARIMDAAS M’ONT PARLE ! »

Cette voix, c’était le mage d’Orshin. Teleri. Il semblait manquer de souffle, mais avait bien assez de tension dans le cœur et les tripes pour crier avec une ardeur tonitruante. Ses paroles enflammèrent toute la hargne des fils de Zagash, pourtant déjà frénétiques.

« ILS L’ONT DEJA VAINCU ! ILS CONNAISSENT SES FAIBLESSES ! ET NOUS AVONS JOUE DESSUS ! LE FAUX GHARYN VA FINIR A BOUT DE FORCE A TENTER D’ABUSER DE SES POUVOIRS ! ILS M’ONT DEMANDE DE VOUS DIRE EN CES TERMES : NOUS POUVONS LE TUER ! »

Non, ils ne pouvaient pas. Il allait fuir. Il allait disparaître. Il avait déjà disparu. Comme à chaque défaite qui avait jalonné son parcours fait de hauts et de bas, il allait juste apprendre et grandir avec cette expérience. Et ça, ils ne pourraient rien y faire. Il était invisible, inodore, et bien plus.

Et pourtant, il y avait cette my’tranne qui allait droit sur lui, une épée à la main, agissant comme si…

Arianna se prépara à frapper, bien consciente du creux que formait le khurmi dans l’averse qui se déversait maintenant furieusement dans le village. Sa magilithe n’y avait plus rien à voir, et elle n’était pas sûre non plus que la magie de ses frères zagashiens soit capable d’autant. Et quand bien même le maître illusionniste prenait soin de remplacer son image par une chute d’eau normale, elle sentait le vide qu’il occupait, et facilement pour ça.

Arrivée à portée, elle arma un coup de taille.

-ET CETTE FOIS…
-NON.

Si. Elle frappa. Et la lame se retrouva à claquer contre une planche trop solide pour qu'on s'enfonce dedans, sonnant le bras de la my'tranne engourdit par ce choc improbable. Improbable car trop loin de la gorge de Yorrick. Trop loin de tout. Elle ne savait pas où est-ce qu’elle se trouvait. Toujours dans le village, mais pas au même endroit. Dans la confusion du village et de ses habitants déchaînés par la peur de ne pas attraper leur bourreau en devenir, Arianna réalisa lentement qu’elle faisait maintenant face à la façade d'une hutte à l'autre bout de la place du village.

Il l’avait…

Déplacée ?

« ECARTEZ-VOUS ! J’AMENE DES ELEPHANTS, ECARTEZ VOUS ! »

Une voix de femme, cette fois. La troisième conscience qui s’était jointe au corps du zarimdaa pour frapper le khurmi, c’était elle. Une autre mage d’Orshin. Pas vraiment conséquente, même si elle n’avait aucunement à rougir de ses talents s’ils étaient comparés à Flavien. D’autant plus qu’elle avait l’avantage sur lui de connaître parfaitement quels étaient les espèces natives de cette région, ainsi que leurs aptitudes.

Et dans le règne animal, il n’y avait pas grand-chose qui pouvait surclasser l’odorat de l’éléphant zagashien – sacré dans tout le pays, sans surprise compte tenu de l’affectation qu’avait le pachyderme pour les étendues d’eau. Si les monstres de Zochlom ne pouvaient pas y arriver, peut-être qu’eux le pourraient.

A son tour, Teleri interpela l’animal invoqué pour le guider jusqu’au point où la bête de Zochlom avait mordu le khurmi – là où le mage avait roulé par terre, et laissé de son sang.

Un deuxième éléphant apparu en réponse à la mage, juste avant que le premier pachyderme n’acquiesce mentalement à la demande de Flavien.

-SUIVEZ-LES!, hurla le nomade. Il est invisible, ils peuvent le sentir! SUIV...

Il ne termina pas. Au lieu de ça, une douleur foudroyante le saisi au visage, de la mâchoire jusqu'au crâne. Mâchoire qu'il ne parvint pas à desserrer, même pour hurler de douleur. Il sentit le contact froid et métallique du poignard qui venait de s'enfoncer dans sa bouche au travers de sa gorge, et ce avant même d'y porter les mains pour empêcher l'arme de s'y enfoncer davantage. Il tenta de balayer l'air de ses mains à la recherche de quelque chose de solide, sans aucun doute Yorrick, qu'il aurait pu écarter ; en vain, car la lame se mouvait par elle-même. Il parvint néanmoins à tirer au plus fort pour la tenir loin de lui.

Un instant de plus, et ce fut une hache qui lui lacéra le tronc. Un autre coup et le fer s'enfonça brutalement dans son ventre, extirpant une partie de ses boyaux déchirés lorsqu'il se dégagea.

La seule chose qu'il put voir avant que la lame ne s'enfonce brutalement en travers de son visage, c'était les éléphants, suivis par près d'une centaine de my'trans, qui couraient toujours plus vite en fonçant à l'autre bout du village, à cinquante mètres de lui.

Et alors, il pria pour que les créatures suivent la bonne direction. Que leurs sens ne puissent pas être bernés par les sorts du khurmi.

Que sa mort, par pitié, ne soit qu'une illusion.
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