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Chroniques d'Irydaë
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 Les bons contes font les bons amis

Zora Viz'Herei
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Jeu 1 Fév - 15:49
Irys : 1575132
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -3

Quoi que l'on puisse en dire, Zora n'est pas imperméable aux arts lyriques ou poétiques. Et s'il est vrai qu'elle ne porte pas particulièrement les ménestrels dans son coeur, elle mentirait en affirmant qu'elle n'apprécie pas écouter les chants et récits dont ils gratifient ceux qui veulent bien y prêter attention. Déjà parce qu'il s'agit d'un excellent moyen de se tenir informée des différentes rumeurs qui circulent en My'trä. Mais aussi parce que la musique a l'étrange faculté de faire voyager l'esprit quand votre corps, lui, reste bien ancré dans la réalité.

Elle glisse un morceau de viande entre ses lèvres et en savoure les tons épicés. Ses yeux se ferment comme pour mieux capturer les notes gustatives qui caressent ses papilles. Puis elle sublime le tout d'une gorgée de cidre frais qui trompe quelque peu la chaleur de ce mois de juin. Le choix de cette auberge n'est pas un hasard. Outre la qualité des repas qu'on y sert, elle est également réputée pour le choix des artistes qui s'y produisent. Il fallait bien de solides arguments pour que la rouquine accepte de rejoindre une zone située si proche de Darga.

Darga... Cette capitale qui s'est offerte le droit de la répudier. Qui lui a tourné le dos dès les premières années de sa quête divine visant à nettoyer le continent de l'impureté qui le ronge. Elle ne peut pourtant s'empêcher de considérer Suhury comme sa patrie, son chez-soi. Elle aime cette région peut-être autant que cette dernière la méprise. Et personne ne pourra briser ce lien sacré, apprivoisé dès l'enfance, qu'elle entretient avec ces plaines et ces forêts. Oui, elle est ici chez elle. Et personne - pas même le Conseil de la Convergence - ne pourra changer cet état de fait...

L'adepte de Möchlog termine son repas et applaudit négligemment la noiraude qui vient de terminer sa prestation. Elle possède cette voix claire et assurée qui sépare les vrais artistes de ceux qui se contentent de les imiter. Cela fait maintenant plusieurs minutes que Zora a jeté son dévolu sur elle. De tous les bardes qui se sont produits ce soir, c'est incontestablement celle qui recueille ses faveurs. La rouquine repousse son assiette à présent terminée et s'approche de la noiraude, chopine en main et capuche judicieusement rabattue sur le visage.
"Vous nous avez gratifiés d'une bien agréable prestation ce soir!" lâche-t-elle à la ménestrelle. "Et vous pouvez me croire quand je vous dis que je ne suis pas de celles qui ont le compliment facile!"
C'est le moins que l'on puisse dire. La disciple de la Chouette n'est pas spécialement douée lorsqu'il s'agit de reconnaître le mérite des autres. Comment le pourrait-elle alors que Möchlog l'a naturellement destinée à s'élever au-dessus de la masse formée par ses congénères? La fanatique adresse finalement un léger sourire à celle qui a ainsi ravi les oreilles des quelques clients présents.
"Meylan Lyrétoile, n'est-ce pas?" s'enquit-elle. "Je m'appelle Zora Viz'Herei. M'accorderiez-vous un peu de votre temps? J'aimerais vous conter à mon tour une histoire qui, j'en suis sûre, ferait une délicieuse ballade. Une histoire que vous seriez d'ailleurs la première à entendre! Mon histoire!"
La curiosité a toujours été une puissante motivation. Que ce soit pour les explorateurs, les intellectuels ou, dans le cas présent, les ménestrels. N'est-ce pas elle qui les pousse à étoffer leurs répertoires? N'est-ce pas la curiosité, justement, qui motive les badauds à s'arrêter pour les écouter? Sans la curiosité, le monde serait sans doute bien plus terne qu'il ne l'est aujourd'hui.
"Alors? Intéressée?"
Ou devra-t-elle trouver une personne plus réceptive?




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Meylan Lyrétoile
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Jeu 1 Fév - 21:56
Irys : 725335
Profession : Ménestrelle
My'trän +1
Depuis la nuit des temps, les My’träns avaient été un peuple nomade par excellence, ne fondant des villes qu’avec parcimonie, villes comptant d’ailleurs assez peu d’habitants permanents.  Meylan était une exception à la règle, ce qui rendait sa présence dans cette auberge à quelques heures de marche de Darga assez hors du commun.  Elle avait cependant une excellente raison de s’y trouver: sa profession.  Qui voulait percer en tant que ménestrel et se maintenir à un bon niveau devait sans cesse renouveler non seulement son répertoire, mais aussi son public.  Plus on marquait les esprits, plus les retombées positives étaient nombreuses.  Et cette auberge, un peu excentrée de la capitale, était une référence que de nombreux artistes rêvaient d’ajouter à leur palmarès.  Une telle récompense valait bien quelques heures de trajet.  Le repas et la nuit offerts par l’établissement étaient un bénéfice non négligeable aussi.

Arrivée dans des vêtements de marche, elle s’était changée avant de monter sur scène et portait désormais son éternelle cape bleue et argent sur une chemise blanche, un pantalon bleu marine et des bottes hautes.  Un large chapeau à plumes complétait sa tenue, ainsi que bien sûr sa compagne de chaque instant, sa lyre.

Dans cet établissement où les artistes se succédaient, tous rivalisaient d’audace et de virtuosité pour régaler leur public, et Meylan n’était pas une exception.  Elle remplit le créneau qui lui avait été accordé de morceaux très divers tout en gardant un enchainement fluide.  Quelques illusions subtiles rehaussaient les passages les plus poignants, mais la plupart du temps elle se reposait entièrement sur sa voix et celle de sa lyre pour transporter son public.  Les applaudissements qui suivirent son salut final lui confirmèrent qu’elle avait bien fait.

Une fois descendue de la scène, la ménestrelle se serait probablement assise à une table pour faire honneur au repas offert par la maison, mais quelque chose (ou plutôt quelqu’un) s’immisça entre elle et ledit repas.  Qu’importe, elle était loin d’être affamée, et elle mettait son point d’honneur à poursuivre à entretenir sa relation avec son public hors de ses représentations.  Question de principe…et de réputation.  Elle adressa donc un sourire à la silhouette encapuchonnée qui l’avait abordée, ouverte à ce qui suivrait.

La suite des événements élargirent le sourire de Meylan (elle n’était pas vaine, mais des compliments faisaient toujours plaisir), même si ses sentiments à l’égard de cette nouvelle rencontre étaient assez mélangés.  Elle était flattée, bien sûr, comme toujours quand quelqu’un louait son art.  Amusée aussi, que son interlocutrice se sente obligée de préciser qu’elle était avare de compliments.  Et pour la dernière partie de ses sentiments…très honnêtement, elle n’en était pas sûre.  La proposition (ou était-ce une requête?) face à laquelle elle se trouvait était une première.  Jamais personne ne lui avait commandé une composition originale, et certainement pas en se proposant comme sujet d’une telle composition.  Clairement, la jeune femme dont elle ne pouvait que deviner les traits à cause de sa capuche avait une haute opinion d’elle-même.  En même temps…elle avait une assurance, une certitude d’être une digne matière de légende qui piquait la curiosité de la ménestrelle.  Sous son expression avenante qui ne trahissait pas ses pensées, l’irritation et la curiosité se livrèrent une brève bataille, avant que la curiosité ne vainque, assez prévisiblement.

"Un bon public et des sources prometteuses sont ce qui donne vie à une ménestrelle comme moi.  Je serais folle de passer à côté d’une personne incarnant ces deux extrémités."

Pour faire bonne mesure, elle accompagna sa réponse d’un salut chapeau en main rappelant celui qu’elle avait fait en fin de spectacle.  Elle ne se départait toujours pas de son sourire, décidée à ne pas juger trop durement son interlocutrice malgré ce qui ressemblait fort à une certaine arrogance.  Personne n’était parfait, peut-être était-elle juste un peu trop sûre d’elle-même.  Ou peut-être avait-elle vu juste et son histoire était-elle en effet faite de la même matière que les légendes, et dans ce cas-là Meylan ne pouvait décemment se permettre de passer à côté.  Le nom que la jeune femme avait annoncé avait aussi piqué sa curiosité.  Zora Viz’Herei…  Elle était sûre de l’avoir déjà entendu quelque part, sans pour autant que les détails lui reviennent.  Raison de plus pour écouter ce que l’autre avait à dire: peut-être que cela produirait un déclic bienvenu.



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Zora Viz'Herei
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Lun 12 Fév - 17:59
Irys : 1575132
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -3

Zora réplique à la révérence de la noiraude par un léger signe de tête. Un acte de politesse moins évident que celui de la ménestrelle mais qui a l'avantage de ne pas être empreint de fioritures inutiles. Le fait est qu'elle est satisfaite par la réponse de son interlocutrice. Bien qu'elle soit largement prévisible. Quel artiste cracherait décemment sur un récit susceptible de le départager de la masse de ses confrère? Se faire remarquer... N'est-ce pas la raison d'être de cette profession quelque peu étrange?

La rouquine invite la jeune femme à la suivre jusqu'à la table qu'elle vient de quitter. Elle attrape ensuite le pichet de terre cuite et le soulève en évidence pour attirer l'attention du tenancier. Sa commande désormais prise en compte, elle reporte son attention sur la ménestrelle et l'observe un bref instant. Cette situation est tout à fait nouvelle pour l'adepte de Möchlog. Des deux, c'est bien elle la novice dans l'art de conter des récits...

Dans les premiers temps de la large inquisition qu'elle a lancée au nom de son Architecte, la rouquine prenait soin de se justifier lorsque ses victimes lui demandaient des comptes. Avec le temps, elle a appris à les ignorer et à n'y prêter qu'une attention relative. Mais maintenant les circonstances sont différentes. Elle doit simplement raconter une histoire. Son histoire. Et de manière objective.

Un exercice qui peut peut-être sembler simple à nombre de gens mais qui revêt un aspect particulièrement compliqué pour elle. Notamment parce que l'Oubli est omniprésent dans son existence. Elle a oublié nombres de personnes. Ils ne sont plus que des ombres hantant des lieux gravés dans sa mémoire. Comment donner une vision d'ensemble à la noiraude alors qu'elle est incapable de se souvenir correctement? A-t-elle été trop ambitieuse? Ou, peut-être, trop confiante?
"Je dois bien avouer que c'est la première fois que je me plie à un tel exercice!" reconnaît-elle, un sourire contrit sur les lèvres. "Et pour être honnête, je ne sais pas vraiment par où commencer..."
Par le début? Cela semble logique, certes. Mais cela ne serait probablement qu'une perte de temps. Le message qu'elle souhaite adresser aux gens à travers cette balade n'a pas vocation à traiter de son existence. Plutôt à mettre en évidence certains détails qui sont - volontairement? - ignorés par ceux qui propagent les rumeurs. On parle de ses actes. Non de ce qui les motive. Et c'est suffisamment dérangeant pour expliquer la présence de Zora dans cette auberge et celle de la ménestrelle en face d'elle.
"Je souhaite avant tout à rétablir la vérité en ce qui me concerne. Que l'on se comprenne bien: je me fiche pas mal de l'opinion des gens à mon sujet ou des rumeurs qui me concernent." explique-t-elle. "Néanmoins le message que je cherche à délivrer est obstinément ignoré. On se concentre sur la forme et non sur le fond. Et ça, voyez-vous, ça ne me laisse pas indifférente..."
Comment peut-on la juger sans avoir toutes les cartes en main? Quelque part, Zora caresse la possibilité qu'elle puisse être comprise. Peut-être même épaulée. Si les gens savaient exactement pourquoi elle répand la mort alors peut-être qu'on la traiterait en héroïne. Car après tout, que peut-on lui reprocher? Elle ne fait rien de plus qu'oeuvrer en faveur de ce peuple qui la rejette. Pour Möchlog, par Möchlog!
"Vous savez qui je suis, n'est-ce pas?" s'enquit-elle finalement. "Alors peut-être que vous pourriez me dire ce que vous avez entendu à mon sujet? J'imagine que cela serait un bon point de départ, non?"
L'amorce de son récit se fera sur les rumeurs qui circulent à son sujet. Ou comment bâtir un monument de vérité sur des fondations pourries... Le pichet de vin arrive finalement à leur table et Zora en hume le parfum avant d'en vider une partie dans sa coupe, le tendant ensuite en direction de la noiraude pour l'inviter à lui tendre la sienne si le coeur lui en dit...




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Meylan Lyrétoile
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Ven 2 Mar - 19:46
Irys : 725335
Profession : Ménestrelle
My'trän +1
Même si son interlocutrice ne semblait pas s’être départie de son assurance, Meylan sourit en la voyant hésiter maintenant qu’elle était assurée de l’attention de la musicienne.  Un sourire d’ailleurs plus encourageant que moqueur.  Tant qu’elle ne parvenait pas à mettre le doigt sur la raison pour laquelle le nom de l’inconnue lui semblait familier, elle lui accordait le bénéfice du doute et un traitement amical.

Son sourire s’accompagna de pétillements amusés dans ses yeux quand Zora souleva le point délicat du rapport entre la forme et le fond.  En effet, elle comprenait bien à quel point l’exercice était difficile.  C’était après tout de et pour ce délicat équilibre qu’elle vivait.  Sur ce point, la jeune femme avait bien choisi la personne à recruter.  Elle ne laissa cependant pas à la ménestrelle l’occasion de relever ce sujet, préférant revenir à celui de sa réputation.  Décidément, elle était bien certaine que celle-ci la précédait!  Mais les quelques allusions glissées dans ses précédentes explications avaient eu le mérite de rafraichir un peu la mémoire de Meylan.  Mémoire qu’elle avait d’ailleurs excellente, nécessité de sa profession.

"Je suis bien placée pour savoir que la rumeur, bien que divertissante, n’est pas la plus fiable des sources."

Il y avait un brin de légèreté dans sa voix.  Le peu qu’elle avait glâné au sujet de cette Dargienne la dépeignait certes sous un jour peu favorable, mais elle voulait au moins lui donner une chance.  Peut-être était-elle en effet la victime d’une erreur, voire d’une campagne de diffamation née de divergences religieuses.

"Je dois admettre qu’il m’a fallu un moment pour situer votre nom.  La plupart des rumeurs à votre sujet vous surnomment ‘Le Faucheuse’.  Car c’est bien de vous qu’il s’agit, n’est-ce pas?  Je me dois de saluer la créativité de ceux qui colportent ces rumeurs: elles sont d’une diversité certes morbide, mais tout de même impressionnante.  Les différentes versions font de vous une dangereuse hérétique, une tueuse imprévisible, une Anomalie particulièrement peu discrète, une créature insaisissable capable de se fondre dans l’ombre des nuits sans lune, voire même l’incarnation d’une perturbation dans l’essence d’Irydaë lors du sacrifice de Süns.  À vous de me dire à quelle version je devrais me fier."


Afin d’éviter de blesser son interlocutrice par cette énumération, Meylan avait conservé un sourire complice tout au long de celle-ci.  Le message était clair: elle avait beau avoir entendu ces rumeurs, elle ne se fiait pas à l’esprit en quête de sensationnalisme qui les avait inspirées.  Il était peut-être étrange qu’elle n’ait pas encore entendu parler du dernier coup d’éclat en date de la rousse, cette fameuse lettre envoyée à non moins que le Conseil de la Convergence.  L’explication était cependant on ne peut plus logique: elle avait été trop occupée à préparer son départ pour cette auberge quand la nouvelle avait commencé à se répandre, et le temps qu’elle gagne en ampleur, elle avait quitté Darga.  Sans doute en entendrait-elle parler une fois de retour en ville et réaliserait-elle seulement alors avec quel personnage elle avait dîné la veille au soir.

En parlant de dîner, celui de la ménestrelle arrivait et accompagnait à merveille le vin que son interlocutrice lui avait versé.  Elle entama donc les deux, et un oeil attentif pourrait sans difficulté relever qu’elle mangeait avec la retenue de quelqu’un qui sait que chaque bouchée compte.  Meylan avait beau avoir connu maintenant quelques belles années, les réflexes pris durant l’enfance étaient longs à disparaître.  Elle gardait également ses yeux fixés sur la jeune femme assise en face d’elle, curieuse de voir ce qu’elle aurait à dire au sujet des rumeurs et à son propre sujet.



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Zora Viz'Herei
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Mar 6 Mar - 4:52
Irys : 1575132
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -3

Les propos tenus par la ménestrelle plongent Zora dans le silence. Et pourtant elle aimerait pouvoir répondre quelque chose de satisfaisant à la noiraude. La surprise et la déception l'empêchent tout simplement de mettre des mots sur ses pensées. Est-ce ainsi que le peuple la considère? La rouquine savait qu'elle ne jouissait pas d'une excellente réputation, certes. Mais elle était loin d'imaginer que les gens répandaient de telles rumeurs à son sujet. Des rumeurs parfaitement infondées, révoltantes. Et particulièrement blessantes...

L'adepte de la Chouette finit par baisser les yeux et noyer son regard dans les reflets délicats de son vin. Elle se rend compte que le peuple prête davantage attention à la forme qu'au fond. Le message qu'elle tente de faire passer auprès des siens n'est pas seulement mal perçu: il est ignoré. Tant d'efforts... Et on s'acharne encore à la considérer comme un monstre. Et pire encore!
"Une hérétique? Une... anomalie?" relève-t-elle. "Est-ce donc ainsi que l'on me considère?"
Un soupir empreint de lassitude s'extirpe de ses lèvres tandis que ses épaules s'affaissent légèrement. Est-elle condamnée à endurer le mépris de ceux-là même qu'elle essaie de sauver? Les siens ne peuvent-ils voir au-delà de la violence et de la mort? Ne perçoivent-ils pas la lumière éclatante qui se cache derrière les ténèbres qu'elle propage? Les apparences peuvent-elles donc tromper si aisément les gens? Pourquoi refusent-ils la vérité? Pourquoi la condamnent-ils alors qu'elle ne fait qu'appliquer la volonté de la divine Chouette?
"Ne vous fiez à aucune de ces versions..." lâche-t-elle finalement à l'intention de la ménestrelle. "Je ne suis probablement pas l'incarnation de la bonté dans ce monde, d'accord. Et oui, je n'ai certainement rien d'une héroïne vertueuse. Pourtant je suis loin d'être le monstre que les gens perçoivent en moi!
Mais peut-être que le peuple a besoin de résumer le monde à deux extrémités pour l'appréhender plus aisément? Peut-être qu'il a besoin d'ennemis pour pouvoir savourer la présence d'amis? Les ténèbres n'ont-elles pas l'étrange faculté de mettre la lumière en valeur? Les doigts de la rouquine se serrent autours de son verre tandis qu'elle prend conscience que sa lutte ne lui apportera probablement jamais la reconnaissance des siens. Un constat qu'elle soupçonnait mais qui n'a jamais semblé aussi réel qu'aujourd'hui.
"Nous vivons dans un monde qui exige le plus implacable des pragmatismes. Nier cette évidence, c'est faire preuve de naïveté..." reprend-t-elle. "Le bien et le mal sont intrinsèquement liés. Ce sont les deux facettes d'une même pièce et non deux adversaires. La morale que l'on adore évoquer n'est rien de plus qu'une perception arbitraire de la réalité et l'ennemi du bon sens le plus élémentaire!"
Zora prononce ces mots sur le ton de l'évidence mais elle ne se fait guère d'illusion: se dresser contre la moral est un exercice périlleux. Peu de gens comprennent cette nécessité. Ils sont les esclaves volontaires de cette dictature de la bonne conscience. Leur ouvrir les yeux n'est pas seulement compliqué: c'est souvent impossible. Meylan fait-elle partie de ceux qui défendent ce concept erroné ou est-elle capable de voir au-delà du mirage?
"La tragédie de ce monde, je crois, c'est qu'il pousse les bonnes personnes à faire de mauvaises choses. Des personnes qui sont condamnées à subir le jugement des autres alors que leur seul tort peut se résumer à de l'altruisme..." regrette-t-elle. "Dites-moi Meylan: si je vous demandais à présent de tuer une personne dans cette auberge et que je vous offrais en retour l'assurance que les autres seraient épargnés. Le feriez-vous?"
La rouquine lève son verre de vin à ses lèvres et en prélève une légère gorgée. La réponse semble évidente à ses yeux. L'est-elle pour Meylan?




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Dernière édition par Zora Viz'Herei le Ven 20 Avr - 20:41, édité 1 fois
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Meylan Lyrétoile
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Sam 10 Mar - 18:35
Irys : 725335
Profession : Ménestrelle
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Pour être honnête, Meylan avait totalement sous-estimé à quel point une énumération pareille blesserait son interlocutrice.  En fait, elle n’avait même pas imaginé que cela pourrait être le cas.  C’était trop absurde pour que quiconque y croie sérieusement après tout, n’est-ce pas?  Mais clairement, les deux femmes avaient une attitude radicalement différente par rapport aux calomnies.  Là où l’une se riait d’elles et les désarmait en les tournant en ridicule, l’autre les prenait à coeur.  Une erreur de calcul considérable que la ménestrelle ne réalisait que maintenant.

Il lui fallait donc rectifier le tir d’une manière ou d’une autre, mais la rousse ne lui en laissa pas la chance et décida à la place de passer directement à la justification de ses actions, comme si elle pensait que Meylan croyait à ces théories abracadabrantesques qu’elle venait d’énumérer.  Une justification qui aurait d’ailleurs été un peu plus claire si la ménestrelle avait eu la moindre idée de la part de réalité derrières toutes ces rumeurs.  Elle devait jouer aux devinettes sur ce point.  Et bien soit: elle jouerait donc aux devinettes.  Les Architectes étaient témoins que les masques, ça la connaissait…ainsi que diverses manières de les faire tomber.

Le discours qui suivit eut ceci de particulier qu’il ballottait constamment Meylan entre approbation et rejet complet.  Elle aussi se considérait comme quelqu’un de principalement pragmatique, et ce malgré sa profession.  Pour une artiste, elle gardait les pieds bien plantés sur terre pour faire face aux défis qu’elle rencontrait.  Et pourtant, elle ne pouvait pas accepter l’idée que bien et mal étaient purement et simplement une question de perception.  Liés, ces concepts l’étaient forcément, mais ils n’en étaient pas moins fondamentalement opposés.  De même, elle n’avait aucun mal à accepter que parfois des personnes foncièrement bonnes se retrouvaient parfois contraintes et forcées à agir de manière moins qu’honorable, mais à ses yeux cela ne suffisait pas à démanteler catégoriquement les concepts de bien et de mal.  Voilà des réflexions sans doute un brin plus philosophiques que ce à quoi elle se serait attendu quand elle avait été abordée quelques instants plus tôt.  La question qui clôtura le plaidoyer de son interlocutrice était elle aussi inattendue et fit lever un sourcil interrogateur à Meylan.

"J’espère bien que votre question est rhétorique.  La première réponse qui me vient à l’esprit est que non, je ne tuerai pas cette personne, pour la simple et bonne raison que je n’ai aucune idée de comment m’y prendre."

Et c’était la stricte vérité: elle n’était pas une combattante, et encore moins une tueuse.  Cependant, une telle réponse qui prenait la question au pied de la lettre tout en oubliant le but avec lequel elle avait été posée n’était probablement pas ce que la femme assise en face d’elle attendait.  Il lui faudrait autre chose qu'une pirouette verbale.

"Mais j’imagine que cette réponse ne vous satisfait pas?  Ma conscience refuse l’idée de tuer quiconque, un simple calcul mathématique me répondrait que le nombre l’emporte.  Mais au fond, si j’étais placée dans cette situation concrète, il est fort possible qu’aucun des deux n’ait son mot à dire et que l’instinct prenne alors le dessus.  Je ne peux donc pas trancher la question, navrée.  En revanche, je serais curieuse de savoir quel rapport votre prise de position assez…marquée a avec votre récit."

Aussi calmement qu’elle s’était exprimée, elle prit une gorgée de son verre, les yeux fixés sur son interlocutrice.  Même si un bon nombre d’hypothèses commençaient à prendre forme dans son esprit, elle voulait d’abord prendre le temps d’éliminer les fausses pistes avant de se former une opinion sur la personne en face d’elle.  Après tout, elle n’avait plus d’obligations ce soir, donc rien ne pressait.

HRP:
 



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Zora Viz'Herei
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Mar 27 Mar - 6:59
Irys : 1575132
Profession : Purificatrice fanatique
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Elle hausse un sourcil de scepticisme lorsque la noiraude semble vouloir éluder la question, arguant qu'elle ne saurait guère comment s'y prendre pour ôter la vie à l'un de ses congénères. Y'a-t-il seulement besoin d'apprendre à tuer? Donner la mort est un acte parfaitement naturel, relevant du plus primaire des instincts. Pour peu que les circonstances l'exigent, la morale s'efface galamment au profit de la survie. On ne commande pas ces choses-là. On y succombe. C'est aussi simple que cela...

La rouquine adresse donc un regard entendu à son interlocutrice lorsque cette dernière suppose très justement que la réponse fournie ne la satisfait guère. Meylan complète alors son raisonnement par une pensée plus rationnelle. Et extrêmement révélatrice. La disciple de Möchlog comprend dans la foulée que l'artiste n'a vraisemblablement pas été confrontée au danger. A-t-elle seulement déjà senti le souffle glacé de la mort dans le creux de cou? Zora est brièvement tentée de menacer directement l'existence de la noiraude pour lui permettre de considérer les choses avec plus de justesse. Mais elle s'abstient. Ce serait, au mieux, contre-productif.
"L'instinct prendrait à coup sûr le dessus!" affirme-t-elle. "Vous n'hésiteriez pas une seule seconde à sacrifier une personne pour en sauver d'autres. Pour éviter le regard de ceux que vous pourriez soustraire à la mort et que votre indécision condamnerait. Ou simplement par pragmatisme. Et au cas où votre existence serait directement remise en cause par votre choix, vous le feriez avec une conviction qui pourrait même vous étonner. La morale serait alors votre dernière préoccupation..."
La fanatique glisse à nouveau le bord de son verre entre ses lèvres et en prélève une gorgée. Le ton employé transpire la patience mais aussi la résignation. L'humanité - et la nature en générale - brille par sa cruauté. La plupart des gens tentent de se convaincre du contraire, de faire preuve d'un optimisme qui frôle souvent la folie douce. Il y a ceux qui refuse de voir les choses en face et se murent dans l'espoir. Et ceux qui acceptent la réalité. Lorsque l'on connaît la vérité, on ne peut d'ailleurs plus l'ignorer. C'est ce qui est beau et dramatique à la fois. Et pourtant - et bien qu'elle ne l'avouerait jamais - Zora donnerait beaucoup pour retrouver l'ignorance qui la protégeait autrefois des affres de ce monde...

Toujours est-il que Meylan ne semble pas spécialement enchantée à l'idée de poursuivre sur le sujet. Du moins tente-t-elle de recentrer la discussion sur le sujet qui les a toutes deux réunies autours de cette table. La disciple de la Chouette ne s'attendait pas à ce que l'artiste comprenne immédiatement le rapport - pourtant évident - entre le cas de figure exposé et le passé de la rouquine. Malgré tout ce préambule quelque peu étrange était nécessaire. Et il convient d'abord de l'expliciter entièrement pour donner à Meylan l'opportunité de saisir la subtilité qui se cache derrière les actes barbares de son interlocutrice.
"Admettons maintenant que vous choisissiez de tuer une personne pour sauver les autres..." continue donc la rouquine. "Les survivants vous verraient incontestablement comme une héroïne. Personne n'oserait vous reprocher un acte si altruiste. Il est même probable que les gens feraient preuve de compassion à votre égard en imaginant le fardeau qui pèserait jusqu'à la fin de votre vie sur vos épaules. Car votre meurtre serait alors justifié. Acceptable. Certains diraient même nécessaire..."
Zora hausse alors les épaules comme pour souligner l'évidence de son raisonnement. Elle n'imagine d'ailleurs pas une seule seconde qu'il puisse être remis en doute. Elle connaît trop bien ses congénères pour songer à une éventuelle faille dans sa façon de penser. Et puisque elle subit de plein fouet l'incompréhension - et les jugements - de ses compatriotes, elle est d'ailleurs bien placée pour savoir que la frontière est mince entre un crime et un acte charitable. Tellement mince...
"Mais imaginons un instant que vous soyez la seule survivante. Que personne ne puisse témoigner du choix difficile que l'on vous a imposé. Vous ne seriez plus qu'une vulgaire meurtrière. Vous pourriez arguer que vous avez fait ce qui est juste, que votre acte reposait sur l'altruisme et non une pulsion qualifiée d'immorale. Pourtant personne ne vous croirait. Car les apparences sont parfois plus fortes que la vérité." soupire-t-elle. "En fait, elles le sont tout le temps..."
L'adepte de Möchlog se laisse choir contre le dossier de sa chaise et laisse un instant son regard vagabonder sur les personnes présentes. Une manière de s'assurer que personne ne lui adresse un regard trop insistant. A-t-elle été reconnue? Rien ne semble l'indiquer. Mais après sa déclaration sur les apparences, elle aurait tort de les laisser supplanter la prudence dont elle doit faire preuve en toutes circonstances. La rouquine reporte alors son attention sur la barde.
"Si je tue, Meylan, c'est par altruisme. Certains doivent être sacrifiés pour que d'autres puissent vivre. Les daënars doivent mourir pour que les my'träns puissent s'épanouir. Et ceux qui insultent les dieux doivent périr au profit de ceux qui les honorent d'une vraie foi. Ce sont les règles du jeu... Möchlog a souhaité faire de moi un instrument de vengeance. Je mentirais si je disais que cette destinée me déplaît. Pourtant on ne peut décemment me réduire au rôle d'une simple criminelle qui se complaît dans le meurtre." conclue-t-elle. "Le soucis, voyez-vous, c'est que personne ne peut témoigner de la bonté qui motive mes actes. Du moins jusqu'à aujourd'hui..."
Meylan pourra-t-elle l'aider à rétablir la vérité?




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)



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Dernière édition par Zora Viz'Herei le Ven 20 Avr - 20:41, édité 1 fois
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Meylan Lyrétoile
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Sam 14 Avr - 15:38
Irys : 725335
Profession : Ménestrelle
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Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette femme n’avait pas besoin de se faire prier pour parler d’elle-même et de ses actions.  Elle exposait sa vision sans hésiter, s’appuyait dessus pour justifier son comportement et ne semblait pas douter un seul instant que son interlocutrice ne pourrait qu’approuver.  Et d’ailleurs, pourquoi douterait-elle?  Meylan garda le même regard calme, le même sourire aimable tout au long du discours de la rousse, ne brisant le contact visuel que de temps à autre pour avaler une bouchée ou une gorgée.  Ses pensées étaient bien cachées derrière le masque de son visage.

Et des pensées, il y en avait, et pas seulement un peu!  Elle s’était attendue à devoir creuser pour cerner la jeune femme assise en face d’elle, mais celle-ci lui offrait sur un plateau les réponses à une bonne partie de ses questions.  Petit à petit, le portrait de son interlocutrice prenait forme…et le résultat était assez mitigé.  Zora croyait en ce qu’elle disait, aucun doute là-dessus.  Sans doute était-elle même persuadée d’agir pour le bien commun, d’être cette justicière, cette héroïne incomprise qu’elle décrivait.  La partie purement artistique de la ménestrelle reconnaissait qu’il y avait là un fort potentiel pour une tragédie.  Mais d’un autre côté…la rousse avait beau se justifier à grands renforts d’idéaux, elle plaidait pour le meurtre systématique de ceux qui ne remplissaient pas certains critères fixés par…par qui au juste?  Par elle-même?  Elle clamait faire la volonté de Möchlog et il n’était pas rare que des disciples de la Chouette aient des convictions étranges.  Mais la rencontre ce soir atteignait tout de même un sommet pour Meylan, et ce malgré 28 ans de vie à Darga.

Et bien sûr une question restait en suspens: que Zora soit l’âme charitable qu’elle était convaincue d’être ou le monstre que la rumeur avait fait d’elle, trouverait-elle ce soir l’aide qu’elle cherchait?  Très honnêtement, même la musicienne ne connaissait pas encore la réponse à cette question.  Attablée autour d’un bon repas, au beau milieu d’une discussion calme, à mille milles des derniers exploits de la tueuse, il n’était pas si difficile d’éprouver une certaine empathie pour elle, à défaut d’être entièrement convaincue par ses arguments.  Mais bien sûr, comme la rousse l’avait fait remarquer, les apparences étaient tout.  C’était vrai pour elle, et c’était très certainement vrai pour une artiste qui vivait en majeure partie du bouche-à-oreille comme Meylan.  Si elle décidait d’aider quelqu’un avec la réputation qu’avait Zora, signerait-elle l’arrêt de mort de sa carrière?  Il y avait de quoi hésiter…  Quoique, personne n’était jamais allé bien loin sans prendre de risques.

"En effet, les apparences priment sur les faits, car seul compte ce que le public voit.  Et le public voit rarement l’envers du décor."

Une métaphore facile qui révélait que celle qui l’utilisait connaissait parfaitement ce phénomène.  Après tout, qui était Meylan Lyrétoile sinon une toile tissée avec soin par la porteuse du nom?  Contrairement à la femme qui venait d’en révéler tant à son sujet, Meylan, elle, se gardait bien de percer l’écran de fumée qui l’entourait.  Et, contrairement à son interlocutrice, Meylan avait un excellent contrôle sur les apparences, ce qui faisait d’elle une excellente candidate pour réaliser les plans de Zora.  À condition qu’elle accepte, bien sûr…

"Evidemment, dans votre cas, montrer l’envers du décor est dans votre intérêt…  Bien sûr, plus vous ferez parler de vous, plus vous aurez de détracteurs…mais qui n’en a pas?"

Elle n’offrait pas de solution miracle pour faire taire ceux qui colportaient les rumeurs actuelles et à venir.  Ca, c’était tout à fait impossible.  Mais elle donnait à la rousse une chance d’ajouter son point de vue en la matière, de nuancer le débat.  Cependant, avant de s’engager pour de bon, elle voulait clarifier un point.

"Quand vous parlez de la mort des Daënars pour le bien de notre peuple, visez-vous uniquement ceux présent sur notre sol, ceux qui présentent un danger pour nous?"



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Zora Viz'Herei
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Mer 18 Avr - 22:34
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Le fait que Meylan soit encore attablée face à elle est un signal des plus encourageants. Zora redoutait quelque peu le départ de la noiraude. Un départ qui aurait été fort dommageable considérant les efforts déployés pour la convaincre de rester. Dans l'esprit de la rouquine, une étape cruciale vient d'être franchie. Reste maintenant à convaincre l'artiste de propager ses idées avec, si possible, un brin de conviction. Un chant révèle sa véritable beauté lorsque les mots qui le composent viennent du coeur. Du moins, le suppose-t-elle.

Le fait est que la disciple de Möchlog se détend quelque peu. Juste assez pour savourer à sa juste saveur le plaisir d'une simple discussion. Mais le regard qu'elle porte régulièrement sur les environs et plus précisément la porte boisée qui marque l'entrée de l'auberge témoigne également que le relâchement dont elle fait preuve ne saurait être qualifié de coupable. Répétant à de multiples reprises le geste, la fanatique prête néanmoins une attention particulière aux déclarations de son interlocutrice.

Ce qui lui confirme que leur avis sur les apparences s'accorde. Rien d'étonnant à cela puisque la majeure partie des gens capables d'un minimum de discernement sont probablement arrivés à la même conclusion. Et lorsqu'il est question des détracteurs de la rouquine et que la noiraude gratifie l'intéressée d'une question rhétorique, cette dernière se contente d'un signe positif de la tête.

La suite, cependant, appelle une réponse. Les daënars... Il est vrai qu'elle aurait pu être plus explicite sur le sujet. Zora pressent d'ailleurs que le sujet pourrait devenir une source de divergence. Elle n'explique pas la tolérance dont font preuve nombre des siens envers les infidèles qui ont causé tant de ravages et de souffrances à My'trä. Et pourtant elle ne peut que constater l'évidence: le ressenti envers leurs ennemis ne semble pas assez fort pour pousser le peuple à prendre les armes et à imposer la perspective d'une guerre aux primo-gharyns. Ou encore pour les amener à détruire les mines qui défigurent les côtes du continent...
"Hum... Tous les daënars représentent un danger pour nous!" affirme-t-elle. "C'est dans leur nature même. Ils ont trahi les Architectes et notre peuple. Ils sont venus porter une nouvelle fois la guerre sur nos terres quelques décennies plus tôt. Et à présent ils prélèvent les pierres sacrées de notre sol avec l'arrogance de ceux qui croient être chez eux. Les daënars sont des nuisibles qui se nourrissent de notre passivité..."
Le pire étant sans aucun doute que ce sont les dirigeants my'träns eux-mêmes qui renforcent la puissance de l'ennemi. Lorsqu'il faut abattre un dragon, on s'emploie à l'achever avant qu'il n'atteigne sa taille adulte et qu'il soit en mesure de vous griller sur place ou de vous déchiqueter dans ses mâchoires. Les daënars se développent. Les my'träns, eux, stagnent. Un constat contre lequel Zora se bat de toute la force de son âme. Sans grand succès, pour l'instant.
"Et les nuisibles doivent être exterminés. Tous, sans la moindre exception!" conclue-t-elle. "C'est le seul moyen de régler le problème. La liberté a un prix, malheureusement. Et il est trop tard pour espérer résoudre la situation à l'aide des seuls bons sentiments. Pour que My'trä prospère, Daënastre doit brûler!"
Là encore, le ton qu'elle emploie n'invite guère au débat et évoque davantage une personne ancrée dans ses convictions qu'ouverte à un éventuel débat sur le sujet. C'est simplement de la logique. La guerre fait partie de la nature humaine. C'est une évidence que l'Histoire se charge de mettre en évidence. Mais elle est toujours suivie de la paix. Zora espère simplement lui donner une chance d'être durable. Est-ce un crime?
"Si vous le permettez j'aimerais vous montrer quelque chose, Meylan!" propose-t-elle, changeant de sujet. "Votre travail est de manier les mots et je ne saurais vous égaler sur ce point. Alors je voudrais illustrer mes propos par l'exemple..."
Il est cependant hors de question de lui en dire davantage. La confiance... N'est-ce pas ce dont l'une et l'autre auront besoin pour que leur projet ait une chance d'être mené à terme?




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Meylan Lyrétoile
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Sam 28 Avr - 15:17
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Profession : Ménestrelle
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Les fréquents coups d’oeil vers la porte n’échappèrent pas à Meylan et, même si elle ne fit pas grand-chose de cette observation pour le moment, elle en prit néanmoins bonne note.  Donc, Zora n’était pas aussi à l’aise qu’elle voulait s’en donner l’air?  Evidemment, sa réputation devait lui causer des complications de temps à autre.  Il fallait un certain cran pour s’aventurer dans un lieu certes un peu à l’écart de Darga, mais toujours relativement public.

Le point des Daënars était…oui, comme elle aurait pu (dû?) s’y attendre le futur point de friction, si friction il devait y avoir.  Catégorique jusqu’au bout, la rousse était prise au sein d’une vision du monde assez manichéenne.  Pas de place pour les nuances, les demi-teintes et le clair-obscur dans le tableau qu’elle peignait…et c’était bien dommage, car aux yeux de la ménestrelle, c’étaient ces nuances qui rendaient une image intéressante.  Alors oui, elle rejoignait Zora dans son manque d’enthousiasme à l’idée de voir des engins d’outre-mer déchirer le sol de My’trä pour en extraire les précieux minéraux.  Et elle connaissait assez de récits à propos des guerres contre Daënastre pour très sincèrement espérer ne pas vivre de tels événements en tant que témoin direct.  De là à parler de brûler Daënastre…il y avait un pas qu’elle n’était pas franchement prête à faire.

Peut-être aurait-elle dû creuser encore, peut-être même aurait-elle pu réfuter certains points du raisonnement de son interlocutrice…mais elle ne le fit pas.  Désintérêt?  Lâcheté?  Ou peut-être avait-elle simplement décidé de laisser de côté les sujets pouvant fâcher pour le moment.  Une confrontation pourrait signifier la fin de l’entrevue, et elle ne souhaitait pas voir cela arriver.  Pas encore, pas tout de suite…

Et pour finir une question, enfin, une proposition.  Etait-ce bien raisonnable de l’accepter?  Quelque part au fond de son esprit, une part de Meylan était consciente qu’elle jouait avec le feu et pourrait très vite perdre le contrôle de ce petit jeu.  Mais quel dommage cela aurait été de tourner les talons maintenant!  Quelle perte, quelle occasion manquée et quels regrets en perspective!  La ménestrelle avait entendu la rumeur dépeindre Zora comme une folle furieuse, une tueuse sans pitié, et découvrait maintenant que la réalité était (heureusement) bien plus complexe.  Soit experte dans l’art du déni, soit foncièrement convaincue d’oeuvrer pour le bien commun.  Dans un cas comme dans l’autre…oui, bien tourné, elle pouvait avoir le profil d’une héroïne tragique.  Convaincue du bien-fondé de ses actions, tout en sombrant inéluctablement dans l’obscurité.  Etait-ce un peu trop théâtral comme vision?  Certainement.  Cela allait-il arrêter Meylan?  Certainement pas.  On ne se refaisait pas (enfin, elle si, mais c’était une autre histoire).

"Dans ce cas, à défaut d’être toute ouïe, je suis toute vue."



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Zora Viz'Herei
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Dim 29 Avr - 8:47
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Profession : Purificatrice fanatique
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L'absence de réponse au sujet des daënars semble souligner une forme de désaccord. Il est difficile d'évaluer la largeur du gouffre qui vient de se créer entre les deux femmes. Mais pour Zora il semble à présent évident que son avis n'est guère partagé par la splendide noiraude. Elle n'est pas réellement étonnée. Les gens qui osent ouvertement prôner l'extermination des daënars sont rares. Et ceux qui sont prêts à se battre pour atteindre cet objectif, davantage encore. Toutefois elle espérait peut-être un signe de tête affirmatif ou un regard entendu. Ou n'importe quel autre signe discret qui aurait pu corroborer un certaine complicité idéologique. Tant pis...

Cependant Meylan est toujours assise en face d'elle et n'a ainsi pas mis un point final à la discussion. Est-ce la curiosité qui la pousse à rester? C'est un sentiment extrêmement puissant, apte à vous pousser dans les bras du danger ou à vous dépouiller de la plus élémentaire prudence. La fanatique décide donc d'interpréter la présence de la noiraude comme un signe encourageant. Elle ne l'a peut-être pas convaincue mais il semble pourtant que la porte de ses convictions ne soit pas totalement fermée. La rouquine est venue ici dans l'idée de trouver une personne digne de rétablir la vérité. Se pourrait-elle qu'elle puisse trouver une alliée?
"J'apprécie votre ouverture d'esprit!" glisse-t-elle à l'artiste accepte de l'accompagner. "Peu importe ce qui la motive..."
La rouquine fouille son flanc, sous sa cape, et en retire une bourse modeste qu'elle dépose négligemment sur la table. Elle contient davantage que ce qu'elle devrait payer pour la nourriture et les boissons. Certains verraient là le signe d'une certaine forme de générosité. Mais cette dernière ne fait que souligner un profond désintérêt pour la richesse et la plupart des formes de matérialisme. Le tenancier se réjouira vraisemblablement de ses gains mais il passera à côté du plus important: ces irys appartenaient à un impur qui gît à présent dans une plaine fleurie de Suhury.

Après avoir réglé la note, Zora se redresse et invite la ménestrelle à la suivre hors de l'auberge. Les flagrances estivales caressent à nouveau bien vite le nez de la disciple de Möchlog. L'intéressée marque un temps d'arrêt devant l'établissement pour les savourer, fermant les yeux pour saisir avec plus d'aisance leurs subtilités. La liberté qu'elles lui évoquent font naître un sourire absent sur ses lèvres de la rouquine. La faune est caractérisée par nombre d'imperfections. Mais la flore, elle, incarne le penchant végétal du monde qu'elle tente de bâtir au nom de Möchlog...

Une série d'éternuement compulsifs l'arrachent de cette agréable contemplation olfactive et elle se tourne de trois-quart pour dévisager le garçon d'écurie. Son nez et ses yeux rougis sont révélateurs: il a le rhum des foins. La fanatique observe un bref instant Meylan, hésitante. Il semble plus ou moins évident que tuer cet impur sous ses yeux ne servirait guère ses objectifs. Elle se résout donc à l'épargner pour le moment. De temps à autre, certaines concessions sont nécessaires. L'adepte de la Divine Chouette se promet néanmoins de revenir sur place à l'avenir pour corriger cette erreur en souffrance.
"Allons-y!"
Ce n'est pas vers la route qui borde l'auberge qu'elle s'avance à présent mais vers l'écurie jouxtant l'établissement. L'impur ne lui aura pas uniquement fait don de sa bourse mais également d'une jument docile. Meylan possède-t-elle également une monture? Si ce n'est pas le cas et si elle le souhaite, elle trouvera également sa place sur l'animal. D'autant plus que le chemin a parcourir n'est pas anodin...

~~~~~~~~~~

Elle lui désigne de temps à autre des détails du paysage à l'artiste. Elle les rattache à son histoire pour offrir à l'intéressée davantage de chance de la comprendre. Cherche-t-elle à lui prouver que derrière la criminelle dépeinte sur les affiches ou dans les informations distillée par les crieurs publics se cache une personne comme les autres? Une personne dont le seul tort est d'avoir été désignée par Möchlog en personne pour accomplir sa divine volonté? Quelque part ce semblant de tentative pour s'abaisser au rang du peuple sonne faux. Même aux yeux et aux oreilles de la rouquine.
"J'ai grandi dans un dispensaire un peu plus au nord, derrière cet amoncellement de collines. Il se trouvait au sommet d'un promontoire rocheux qui surplombe un petit lac. L'endroit est sublime. Très calme." explique-t-elle à la noiraude avant de lâcher un petit soupir. "Du moins, il l'était il y a quelques jours encore. J'ai dû détruire le bâtiment et tuer ses occupants. Par nécessité, je vous prie de le croire. La matrone avait mis une prime sur ma tête et des mercenaires me sont tombés dessus. J'ai été forcée de régler ce problème avant qu'il prenne des proportions plus... dramatiques, vous comprenez?"
Elle tourne le regard vers la noiraude, ne jugeant guère utile de préciser qu'elle n'était pas seule et omettant de stipuler que la démarche servait avant tout ses intérêts. Et, donc, ceux de Möchlog. L'artiste n'est pas encore prête à entendre ce genre de choses. Du moins est-ce là l'intime conviction de Zora. La fanatique caresse doucement l'encolure de sa monture et montre ensuite une bâtisse à peine discernable à son aînée.
"C'est l'orphelinat de Bisseflor. Lorsque j'étais plus jeune, mon maître et moi nous rendions de temps à autre sur place pour y dispenser des soins ou effectuer de simples contrôles de santé. Ses pensionnaires les plus âgés étaient alors privés de leurs parents à cause de la guerre provoquée par les infidèles." poursuit-elle. "Mais ils sont loin d'être des cas isolés, n'est-ce pas?"
Simple question rhétorique. Pourtant la fanatique observe une nouvelle fois la ménestrelle dans l'espoir de discerner au fond de son regard les germes de la rancœur. Puis elles poursuivent enfin leur route tandis que l'obscurité tardive des soirs d'été commence à envelopper My'trä. La rouquine, tout au long de la route, gratifie l'artiste de récits semblables, évoquant le passé et ravivant des souvenirs souvent incomplets et frappés par l'Oubli. Elle s'emploie ainsi à dresser un tableau plus complet de son passé et à détailler l'esquisse qu'est son futur. De quoi fournir à Meylan la matière dont elle aura besoin pour chanter ses louanges...

~~~~~~~~~~

Les voici arrivées à destination. Plusieurs tentes entourent un chapiteau de taille modeste. Une configuration habituelle pour une caravane de soigneurs itinérants. Elles sont davantage éloignées de Darga qu'elles l'étaient lorsqu'elles se trouvaient dans l'auberge. Et si les régions périphériques sont généreusement dotées en dispensaires et temples, les populations les plus excentrées compte davantage sur les disciples nomades de la Divine Chouette pour répondre à leurs besoins.

Zora avait repéré l'endroit la veille et l'avait jugé trop peuplé pour tenter de purifier ses occupants. Malgré tout la nécessité l'a ramenée sur les lieux. S'il existe une chance de convaincre Meylan, c'est ici qu'elle se trouve. Mais avant de songer à convaincre définitivement la noiraude, il faut avant tout éviter de trop attirer l'attention. Et il serait peut-être de bon ton, également, de fournir une explication à la ménestrelle.
"De ce que j'en sais, il semblerait qu'une épidémie se soit développée dans la région! Elle ne tardera pas à être annihilée par ceux qui prétendent servir Möchlog, j'imagine." regrette-t-elle. "Mais sa présence doit encore être décelable dans les endroits comme celui-ci!"
Les maladies sont nées de la volonté de Möchlog pour séparer le grain de l'ivraie. Elles régulent la population et s'assurent que les plus faibles soient délestés d'une vie dont ils ne se sont pas montrés dignes. Et bien entendu les hérétiques qui se flattent de vénérer la Divine Chouette se font un devoir de les éradiquer. En pensant honorer l'Architecte, ils ne font rien de plus que se dresser contre ses desseins. Pathétique...
"Les tentes excentrées servent à promulguer les soins. Le chapiteau, quant à lui, sert souvent de lieu de repos. C'est là que sont regroupés les patients en rémission jusqu'à ce qu'ils soient aptes à s'en aller!" détaille-t-elle. "Et c'est également là que nous allons! Du moins, si nous parvenons à tromper la vigilance des guerriers qui ont pris l'habitude de protéger les lieux..."
L'heure matinale leur facilitera probablement la tâche. Mais la présence d'un garde à l'entrée du chapiteau prouve que le relâchement n'est pas total. D'ordinaire Zora se serait contentée d'esquiver la vigilance des personnes réveillées et de bouter le feu aux tentes avec l'espoir de consumer quelques impures. Mais le but recherché aujourd'hui exige davantage de subtilité. Et peut-être que Meylan pourrait l'y aider?
"Dites, vous ne m'avez pas dit vers quel Architecte se porte votre foi en particulier!" se rappelle-t-elle. "Maîtrisez-vous une forme de magie qui pourrait nous être utile pour atteindre notre destination ou détourner la vigilance de ces gêneurs? Nous formons une équipe, après tout..."
Elle ne croit pas elle-même aux derniers mots qu'elle vient de prononcer. Toutefois un peu d'aide ne serait pas vraiment du luxe. Reste maintenant à savoir si Meylan possède d'autres talents que sa fibre artistique. Et puis dans le pire des cas elle sera probablement apte à accaparer l'attention sur elle. Les impurs qui hantent ces tentes ne cracheraient probablement pas sur une quelconque forme de distraction. Mais la noiraude est-elle encore séduite par la curiosité? Ou entrevoit-elle une raison de rebrousser chemin?




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Meylan Lyrétoile
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Ven 4 Mai - 21:16
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C’est donc toujours vêtue de sa tenue de scène que Meylan emboita le pas à la rouquine.  Au moins avait-elle eu la prévoyance de descendre l’étui de sa lyre, qu’elle portait désormais en bandoulière.  Il y avait plus pratique comme accoutrement, mais le moment était mal choisi pour monter se changer.  Son chapeau en particulier promettait de lui donner du fil à retordre pour peu qu’il y ait du vent.  Une fois à l’extérieur, elle put constater qu’au moins cette dernière crainte n’avait pas lieu d’être: le temps était calme et agréable, une parfaite nuit de début d’été.

Meylan elle-même n’avait pas de monture et, pour être honnête, elle pouvait compter sur les doigts d’une seule main les fois où elle en avait enfourché une.  Elle n’était donc pas forcément rassurée en grimpant sur l’animal, même si celui-ci (celle-ci?) avait l’air d’une brave bête.  Heureusement, elle ne devait se préoccuper ni de la vitesse ni de la direction, seulement s’accrocher à sa guide et accompagner le mouvement.

Ladite guide semblait d’ailleurs prendre cette fonction très à coeur, puisqu’elle lui faisait découvrir en même temps le paysage et sa propre histoire.  La ménestrelle, elle, restait silencieuse, préférant ne pas arrêter Zora dans son élan d’une remarque qu’elle pourrait mal prendre.  Parce qu’à nouveau, même si Meylan ne pensait pas la jeune femme aussi malfaisante que la rumeur populaire le voulait, elle n’approuvait tout de même pas ses méthodes, en particulier le peu de scrupules qu’elle avait à donner la mort.  Elle sentait qu’il lui faudrait bien à un certain point accepter d’entamer une discussion à ce sujet…mais elle redoutait ce moment, car il marquerait probablement leur séparation.

Elles arrivèrent enfin à leur destination, et Meylan bénit sa résistance aux nuits blanches, car déjà le soleil pointait le bout de ses rayons à l’horizon.  La ménestrelle tiqua en entendant le mépris évident que l’autre avait pour les soigneurs.  Elle-même avait un profond respect pour ces véritables faiseurs de miracles qui peuplaient sa ville en grands nombres.

Elle écouta avec attention les explications quant au plan du campement, mais à nouveau une certaine perplexité monta en elle à la mention de gardes armés.  D’accord, elles étaient à quelque distance de Darga, mais tout de même, n’était-ce pas un peu superflu comme précaution?  Quel danger les malades et leurs bienfaiteurs pouvaient-ils courir?  Et pourquoi diable Zora tenait-elle tant à recourir à la magie pour les déguiser…enfin, non, ça c’était assez facile à deviner: elle n’avait pas spécialement bonne réputation dans le coin.  N’empêche, avant d’aller plus loin, il y avait l’un ou l’autre détail à régler.  Elles formaient une équipe, disait la rouquine?  Dans ce cas Meylan voulait savoir dans quoi elle mettait les pieds.

"Je sers Khugatsaa, et oui: j’ai l’une ou l’autre compétence de mise en scène.  Mais une tromperie telle que vous me demandez comporte de gros risques.  Nous ne pourrons fonctionner en tant qu’équipe que si chacune sait à quoi s’attendre.  Dites-moi ce que vous avez en tête, et je vous dirai comment l’art du Griffon Blanc pourra nous venir en aide."

Elle gardait un ton conciliant, mais il y avait néanmoins une pointe de détermination dans son petit discours.  Elle voulait bien laisser l’autre mener la danse, tant qu’elle connaissait l’air et les pas à venir.  Sa coopération sans questions avait des limites, et celles-ci avaient été atteintes avec la dernière demande en date.



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Zora Viz'Herei
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Dim 6 Mai - 18:02
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Profession : Purificatrice fanatique
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Elle continue d'observer les tentes et le chapiteau qui s'étalent docilement dans leurs champs de visions. Mais elle écoute pourtant attentivement la réponse fournie par Meylan. Cette dernière vénère donc le Gryffon. C'est un bon point. L'art de l'illusion est extrêmement pratique pour tromper le monde qui vous entoure. Et en l'occurrence, il pourrait être d'une aide inestimable pour pénétrer dans le chapiteau sans éveiller l'attention de celui qui en garde l'entrée. Zora a ainsi des raisons de croire qu'elle pourra montrer à la noiraude ce qui a nécessité une nuit de chevauchée.

Pourtant c'est davantage la méfiance que l'espoir qui titille à présent les pensées de la rouquine. Les serviteurs de Khugatsaa ne sont que rarement dignes de confiance. Comment leur accorder un tel sentiment alors qu'ils sont en mesure de travestir la réalité à leur convenance? La rouquine se fiche pas mal que Meylan emploie ses dons afin de tromper son auditoire. Que sa musique soit réelle ou non, que son talent existe ou pas, elle est tout à fait en mesure de conter la véritable espoir de la disciple de la Divine Chouette.

Mais la simple idée que cette femme puise user de sa magie pour la tromper elle, c'est une autre histoire. Qui sait ce qu'elle pourrait tenter de faire si la réponse qu'elle exige ne convient pas à ses attentes? Il n'est pas toujours aisé de lutter contre les armes ou les manifestations visibles de la magie. Alors comment contrer des arcanes invisibles? Sa prudence lui commande de tuer sur le champ la noiraude. Peut-être en lui enfonçant sa dague dans le flanc alors qu'elle ne s'y attend pas. Car les seuls mages dont Zora se méfie réellement sont bien ceux qui servent le Gryffon. Il n'existe aucun bouclier pour contrer leur art pernicieux. Du moins, pas à sa connaissance.
"Je me sens maintenant obligée de vous adresser une mise en garde, Meylan!" lâche-t-elle d'une voix douce avant de tourner le regard vers elle. "Ne pénétrez pas mon esprit! Si vous tentez de me manipuler à l'aide de votre magie, je vous tuerai!"
Ou du moins, elle tentera de le faire... Elle regrette de devoir préciser une telle chose mais cela n'enlève rien à sa véracité. Le fait est que la ménestrelle lui est plus précieuse vivante que morte. Et qu'après les heures passées ensemble, la rousse se plaît à croire qu'il n'y a pas de place pour la duplicité dans leur semblant de relation. Sans avoir dit toute la vérité, Zora ne lui a pas menti. Et elle estime qu'elle est en droit d'attendre la même chose en retour.
"Nous sommes ici pour que vous puissiez voir de vos propres yeux les affres de l'impureté. Ceux qui prétendent servir Möchlog pensent que leurs soins aident le peuple et honorent la vie. Ils ne pourrait pas être plus loin de la réalité!" souffle-t-elle. "Tout ce que je vous demande, c'est de faire en sorte que la sentinelle ne me reconnaisse pas! Et si cela peut vous rassurer je ne ferai pas le moindre mal aux personnes présentes. Vous avez ma parole!"
Et pourtant c'est bel et bien un sourire qui se dessine sur les lèvres de la fanatique. Le bien et le mal ne sont rien de plus que des concepts erronés, tributaires de la personne qui les appréhende. Elle l'a d'ailleurs déjà dit à la noiraude quelques heures plus tôt. Le fait est que la balle est dans le camp de l'artiste à présent. En ce qui concerne Zora, une chose est cependant certaine: elle n'a pas fait tout ce chemin pour renoncer ici. La façon dont elle pénétrera dans le chapiteau, dans le fond, dépend de la décision de sa compagne de route.
"Dites... Vous vous rappelez des morts?" lui demande-t-elle. "Qu'est-ce que ça fait? Je veux dire... Que ressentez-vous lorsqu'ils hantent votre mémoire?"
C'est uniquement la curiosité qui motive cette question. D'ordinaire - et pour des raisons évidentes - la rouquine ne fréquente pas les serviteurs de Khugatsaa. Mais les circonstances sont différentes. Et l'occasion est trop belle pour ne pas obtenir des réponses à certaines des questions qu'elle se pose depuis longtemps maintenant.




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Meylan Lyrétoile
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Jeu 10 Mai - 22:13
Irys : 725335
Profession : Ménestrelle
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Eh bien, on pouvait décidément dire que Zora était une personne pour le moins directe.  Aucune ambiguïté possible dans son avertissement, et aucune hésitation dans sa voix ou son regard pendant qu’elle le formulait.  Il suffirait que Meylan brise cette règle qui venait de lui être imposée, et elle signerait son arrêt de mort.  Très bien, si la rousse voulait jouer sur ce ton, la ménestrelle s’adapterait.

"Si cela peut vous rassurer, je n’ai recours à l’art de Khugatsaa que pour illustrer mes représentations ou en cas de légitime défense.  Vous avez ma parole que je n’en userai pas sur vous tant que vous ne m’obligez pas à me défendre."

Son ton était conciliant, mais ses yeux sombres s’étaient durcis lors des derniers mots.  Meylan avait beau être généralement diplomatique, profession oblige, elle était loin d’être naïve ou stupide.  Elle savait utiliser les mots tant pour obscurcir un discours que pour le rendre clair comme de l’eau de roche.  Quand elle faisait une promesse, elle s’arrangeait pour la formuler de manière dépourvue de toute ambiguïté pour qu’on ne puisse pas l’accuser de la briser par la suite.  Un pacte de non-aggression, voilà ce qu’elle proposait à la servante de Möchlog.  Ce n’était pas vraiment une amitié ni même une alliance durable, mais c’était tout ce qu’elle pouvait proposer pour le moment.  Elle ne connaissait pas son interlocutrice assez bien pour lui offrir plus.

Avait-t-elle raison de faire confiance à Zora, de croire qu’en effet elle ne nuirait pas aux convalescents dans la tente?  Sans doute cette décision était-elle influencée par sa propre habitude de se tenir strictement à la lettre de ses propres promesses.  Défaite par un jeu sur les subtilités de la langue.  Quelle ironie pour quelqu’un qui vivait de ces subtilités et se targuait d’en avoir apprivoisé toutes les nuances!  Mais, à tort ou à raison, toujours est-il qu’elle décida de partir du principe que la rousse était sincère dans sa promesse.

Elle se mit donc à réfléchir à la manière la plus efficace de changer radicalement son apparence sans un coût trop élevé en concentration, mais ses pensées furent interrompues par une question qui paraissait sortir de nulle part.  Ce n’était pas la première fois qu’on la lui posait, mais, comme à chaque fois que c’était le cas, elle allait devoir décevoir la personne qui le faisait.

"Qu’est-ce que se souvenir ou oublier?  J’ai connu des personnes qui sont mortes aujourd’hui, mais ça ne m’empêche pas de dormir la nuit.  Est-ce parce que l’Immaculé ne m’a pas fait don de mémoire, ou est-ce parce que ces personnes me laissaient indifférente même de leur vivant?  Je serais bien incapable de le dire."


Pour être parfaitement honnête, la question taraudait Meylan aussi, et ce depuis un bon moment.  Mais elle était assez satisfaite de la situation actuelle qui lui épargnait la douleur que la croyance populaire attribuait aux enfants de Khugatsaa.  Il était rare qu’elle soit aussi directe et franche dès que son passé entrait dans la discussion, même indirectement.  Mais tout depuis que Zora l’avait abordée sortait de l’ordinaire, de toute façon.

Ce point éclairci, elle se concentra à nouveau sur le changement d’apparence de la rousse.  Elle était entre-temps arrivée à une décision concernant le déguisement qu’elle lui offrirait.  Un changement assez drastique, mais qu’elle maîtrisait bien pour l’avoir appliqué à d’autres ou à elle-même à plusieurs occasions.  Elle prit une profonde inspiration, puis ferma les yeux pour se concentrer et tendit son esprit vers son Architecte tutélaire.  Guidée par des notes de musique qui n’existaient que dans son esprit, elle tissa son illusion délicatement, couche par couche, jusqu’à la rendre plus vraie que nature.  Bon, étant donné son échelle, sa durée s’en ressentirait, mais pour le moment la transformation était saisissante.

Une apparition légèrement translucide apparut à hauteur des yeux de Zora, visible d’elle seule et lui permettant d’apprécier son apparence temporaire.  Des cheveux d’un blond qui tenait plus de l’or que du jaune, des yeux d’un vert saisissant et des lèvres d’un rouge profond trop éclatant pour être naturel étaient les traits attirant le plus l’attention.  De plus, sa peau blanche s’était couverte d’un léger hâle propre à celle qui passait de nombreuses heures exposée au soleil.  Voyante?  Oui.  Méconnaissable?  Assurément.

"Ne vous étonnez pas si vous attirez les regards: c’est normal.  Le meilleur déguisement est celui qui marque les esprits pour en chasser le reste.  Tous se souviendront de la blonde aux yeux verts qu’ils ont vue, personne ne fera le lien avec vous.  Vous l’avez dit vous-même: les apparences sont cruciales."

Moralité: pour passer inaperçu, se faire remarquer.  Elle laissa la doublure de la désormais blonde flotter en l’air pendant encore un moment, puis la fit disparaître.  Autant garder sa concentration pour ce qui était vraiment nécessaire.  La bonne nouvelle était qu’elles étaient assez éloignées des rares personnes déjà hors des tentes pour que la transformation soit passée inaperçue.



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Zora Viz'Herei
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Mar 15 Mai - 10:18
Irys : 1575132
Profession : Purificatrice fanatique
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Elle jauge quelques instants la noiraude comme pour chercher une trace de duplicité au fond de son regard. Un réflexe davantage motivé par l'habitude que par un quelconque espoir de réussite. Les disciples de l'Immaculé sont des maîtres de la tromperie. Pourtant Zora choisit de se fier la sincérité qu'elle perçoit dans les propos de la ménestrelle. Notamment parce que cette dernière ne lui a pas donné de raisons de douter d'elle jusqu'à présent. La rouquine hoche donc la tête pour sceller le pacte proposé par l'artiste. Il lui convient parfaitement! Reste à savoir s'il sera véritablement honoré...

La fanatique écoute ensuite avec attention les explications de son éphémère camarade quant à aux souvenirs et à l'Oubli. Elle est d'ailleurs étonnée qu'elle n'ait pas le don - la malédiction? - de mémoire. Elle pensait que tous les disciples de Khugatsaa possédaient cette étonnante faculté. Comme bien souvent, elle prend conscience des vastes connaissances qui échappent encore à sa perception. Malheureusement les circonstances de son existence ne lui laissent que peu d'opportunités lorsqu'il s'agit de se familiariser avec les autres domaines de magie.
"Peut-être que l'Immaculé voulait vous épargner la douleur et le chagrin?" se hasarde-t-elle. "L'ignorance est une bénédiction, dans le fond..."
Une réponse mesurée accompagnée d'un léger sourire. Zora a souvent imaginé ce qu'elle pourrait ressentir si le poids des morts distillées au cours des ans venaient à peser sur ses épaules. Elle sait qu'elle ne regretterait pas ses actes puisque ils n'ont d'autre vocation que de servir Möchlog. Mais pourrait-elle chasser de ses pensées les regards suppliants des enfants qu'elle a purifiés? Qu'en est-il de leur cris ou de leurs pleurs? À quoi bon avoir des rêves s'ils sont constamment hantés par les cauchemars de la réalité?

Ces pensées l'abandonnent lorsque une une silhouette translucide se matérialise en face d'elle. Elle effectue déjà les premiers gestes destinés à invoquer un bouclier protecteur avant de comprendre que ce n'est à un fantôme ou à un quelconque spectre du passé qu'elle est confrontée mais bien au talent de Meylan. Rassurée bien que toujours méfiante, elle observe alors l'apparence qui sera sienne tout en écoutant les explications de la ménestrelle. Il est vrai qu'elle avait imaginé quelque chose de moins... visible. Mais elle reconnaît la valeur des arguments de la disciple de l'Immaculé.
"Et moi qui pensais que les roux attiraient toujours un peu trop l'attention..." s'amuse-t-elle. "Je vois que les choses auraient pu être nettement pires!"
Les hommes étant des hommes, Zora imagine déjà fort bien leur réaction lorsqu'une demoiselle à la crinière blonde comme le blé et dotée d'un magnifique regard émeraude croisera leurs chemins. Elle se demande une nouvelle fois si attirer autant l'attention est une bonne idée avant de se raviser et de se rappeler les propos de Meylan. Elle hausse alors les épaules comme pour marquer son approbation. Très bien, elles feront ainsi.
"Allons-y!" lâche-t-elle en ordonnant à sa monture d'avancer. "Nous ne sommes pas venues jusqu'ici pour faire de la figuration et puis j'imagine que vous avez toujours autant de questions en tête, non?"
Les surprises - fussent-elles mauvaise - ont le don d'exacerber la curiosité. À la place de la ménestrelle, Zora aurait déjà posé des milliers de questions. Mais elle demande encore un peu de patience à la noiraude. Elle comprendra bien vite ce qui motive leur présences en ces lieux. Quant à savoir si elle appréciera... La rouquine est plutôt réservée sur la réaction de l'artiste. Mais cela contribue aussi à rendre l'instant présent plus attrayant. Et plus amusant, aussi.

Le duo s'avance bien vite parmi les premières tentes et met pied à terre à l'entrée du chapiteau. Le soldat qui en garde l'accès les interroge bien vite d'un regard qui évoque autant le désir que la méfiance. Une preuve que Meylan gère parfaitement la situation. Ou que cet homme n'est décidément pas doué lorsqu'il s'agit de reconnaître la nuisible que les autorités voient en elle. Peu importe, dans le fond...
"Je suis Ælycia Zo'Virei, du dispensaire d'Arnaya." se présente-t-elle avec assurance. "Ma disciple et moi-même avons été chargées d'évaluer la situation puis de faire un rapport à Darga!"
"Mais l'adepte Evrunn a déjà fait un rapport il y a deux jours! L'un de mes frères d'armes l'a lui-même porté à la capitale, d'ailleurs!"
"En effet, oui!" réplique-t-elle en jetant un regard à Meylan. "Si tant est qu'un document aussi succinct que celui rédigé par Evrunn puisse être considéré comme un rapport digne d'intérêt! Je souhaite d'ailleurs voir cet homme un peu plus tard! Mais pour l'heure ce sont les patients qui requièrent notre attention! Les réprimandes peuvent attendre!"
Le doute persiste un instant dans le regard du garde. Mais l'autorité avec laquelle Zora s'est exprimée semble finalement en venir à bout. Mais peut-être est-ce simplement sa maigre solde qui pousse cet homme à ne pas contester une décision supposée de l'Ordre? Ou encore Meylan qui a usé d'un autre de ses dons pour faire disparaître l'empreinte du soupçon? Le fait est que le soldat finit par écarter le pan de toile qui délimite l'entrée du chapiteau.

À présent à l'intérieur, les deux femmes ont le loisir d'observer un spectacle plutôt désolant. Des rangées de paillasses mises en valeur par des lampes à huiles accueillent les malheureux en rémission. La progression de la maladie a été stoppée mais ses stigmates sont encore visibles sous la forme de croûtes noirâtres maculant les différents corps présents. Les gémissements qui s'élèvent de temps à autre viennent rythmer un silence écrasant. Un silence qui permet d'ailleurs à l'adolescente - sans doute une novice - chargée de veiller sur les patients de prendre un repos qui ne semble guère mérité. Zora observe un bref instant cette fautive et lâche un reniflement de dédain.
"Dites-moi Meylan... Que voyez-vous?" s'enquit-elle après s'être tournée vers la noiraude. "Quels sentiments ressentez-vous lorsque vous voyez tous ces malheureux éprouvés par les souffrances de la maladie? De la peine? De la pitié? De la compassion? Peut-être du dégoût?"
La rouquine hausse un sourcil, curieuse de connaître la position de l'artiste. Elle fréquente les lieux dédiés à la convivialité et aux rires. Mais a-t-elle déjà vu des spectacles similaires?




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Meylan Lyrétoile
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Mar 15 Mai - 13:52
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Profession : Ménestrelle
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Pour être parfaitement honnête, Meylan s’était déjà interrogée plusieurs fois à propos de cette absence d’une quelconque douleur quand elle repensait aux morts.  Elle ne savait pas ce que cela signifiait.  Avait-elle eu la chance de ne jamais perdre d’être cher?  Etait-ce, comme Zora le suggérait, un geste de clémence de la part de son Architecte tutélaire?  Mais dans ce cas, pourquoi recevait-elle cette clémence et pas la plupart de ses autres fidèles?  Un sacré hic dans cette hypothèse, qui amenait naturellement les pensées vers la dernière possibilité: elle n’avait en rien attiré l’attention de son protecteur divin et avait déjà de la chance d’atteindre les plus accessibles de ses arcanes.  Une belle leçon d’humilité, en somme.

De retour dans l’instant présent, Meylan fut satisfaite de constater que la rousse-devenue-blonde lui faisait confiance en ce qui concernait la mise en scène.  C’était son domaine, après tout.  La boutade que Zora lança lui tira un sourire.  Oui, les cheveux roux aussi avaient tendance à marquer les esprits, tout comme n’importe quel trait sortant de l’ordinaire.  Si la ménestrelle voulait se faire remarquer, elle devrait plutôt compter sur son langage, son comportement et ses tenues plutôt que sur son physique.  Quoique son visage soit assez typé, avec ses pommettes hautes, ses yeux sombres et son nez fin.

Enfin, Zora avait raison: elles étaient venues ici avec un but en tête.  Et elle avait également raison de supposer que Meylan s’interrogeait toujours.  Elle voulait savoir ce qui lui avait valu cette chevauchée nocturne et pourquoi diable elle avait été amenée à cet endroit.  Elle hocha donc la tête et emboita le pas à sa guide.

La confrontation avec le garde permit à l’artiste de découvrir les talents d’acteur de l’autre jeune femme.  Son ton était juste, sa posture irradiait la confiance et l’autorité et elle improvisait avec brio pour réagir aux protestations du garde.  Il y avait cependant aussi des faiblesses dans son jeu, qui révélaient qu’il ne s’agissait pas de son activité principale.  Première erreur: elle avait certes modifié son nom, mais quelqu’un de plus attentif que ce garde aurait pu y reconnaître les consonances de son véritable nom.  Seconde erreur: présenter Meylan comme sa disciple.  Encore en tenue de scène, celle-ci n’avait pas vraiment l’apparence d’une servante de Möchlog.  C’est d’ailleurs peut-être ça qui fit hésiter le garde quant à la véracité de leurs propos.  Il hésita un moment, puis, probablement de guerre lasse et fatigué car arrivé à la fin de son tour de garde, il laissa passer les deux jeunes femmes.  Sans doute partait-il du principe qu’aucune d’entre elle n’avait l’air bien dangereuse et que, même s’il y avait du grabuge, ce serait le problème de celui qui prendrait bientôt son quart.

Le spectacle qui les accueillit était en effet assez désolant, mais là s’arrêtait toute ressemblance entre les pensées de Meylan et celles qui traversaient la tête de l’adepte de la Chouette.  Une chape d’épuisement semblait régner sur l’endroit, semblable à l’épuisement qui assaillait les soldats au terme d’une bataille rudement gagnée.  Pendant trop longtemps ils avaient dû résister à la fatigue, et la disparition du danger permettait à leur organisme d’enfin y succomber sans réserve.  Ce n’était pas le sommeil serein de personnes en bonne santé qu’elles avaient sous les yeux, mais bien le résultat d’avoir été exténué pendant trop longtemps.  Une question la tira de ses observations.  Question étrange, mais elle ne voyait pas de raison de ne pas y répondre.

"De la peine pour eux et ceux qui n’ont pas eu la chance de survivre et aussi une certaine empathie.  Une légère appréhension que les soigneurs se soient trompés et que certains d’entre eux soient en fait encore contagieux.  Mais surtout du soulagement que l’épidémie touche à sa fin, que ses victimes soient en voie de guérison et qu’il ne devrait pas y avoir de nouveaux malades."


Un mélange de sentiments assez banal en somme.  Des sentiments mitigés, certains qu’on accepte de reconnaître et d’autres qu’on préférerait nier car ils ne sont pas vraiment charitables.  Cette question était-elle un test?  C’était du moins ce que Meylan soupçonnait.  L’avait-elle réussi?  Impossible à dire, mais elle en doutait fortement.  N’importe qui aurait pu donner une réponse correspondant à la sienne dans les grandes lignes.  Réponse qui reflétait d’ailleurs assez bien certains aspects de sa personnalité: certainement pas insensible, mais pas altruiste au point de se mettre au service des autres avec autant de dévotion que les soigneurs.  Cela ne l’empêchait pas d'avoir un profond respect pour ces personnes et leur art.



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Zora Viz'Herei
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Mer 16 Mai - 7:16
Irys : 1575132
Profession : Purificatrice fanatique
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Meylan lui fournit la réponse qu'elle attendait. Ce n'est guère étonnant dans la mesure où la plupart des gens semblent considérer le monde selon le même angle qu'elle. Les malades ont la faculté d'accaparer l'empathie comme le sucre attire les insectes. Zora comprend parfaitement ce sentiment puisque elle l'a elle-même ressenti il y a maintenant des années de cela. Lorsqu'elle n'était encore qu'une adolescente idéaliste, pressée de venir en aide à son prochain. Mais beaucoup d'eau à coulé sous les ponts depuis cette époque. Il n'en subsiste plus que des souvenirs incomplets et, le plus souvent, dénués de sagesse.

La rouquine ne répond pas de suite à Meylan. Son regard se perd même un instant dans le costume de scène de l'artiste comme si elle en découvrait les détails pour la première fois. Puis elle lâche un soupir qui trahit une certaine forme de résignation. Il semble à présent clair que la noiraude ne comprendra pas ce qu'elle s'apprête à faire. Mais la fanatique lui a accordé bien trop de temps pour baisser les bras si vite.
"Ceux qui sont morts n'ont que faire de la peine de ceux qu'ils laissent derrière. Les vivants, quant à eux, considèrent bien trop souvent la mort comme une fatalité. Peu sont ceux qui sont capable de la considérer comme ce qu'elle est: une chance!" explique-t-elle. "Une chance de renaître et de vivre à nouveau les joies réservées à la jeunesse. De laisser ce monde émerveiller leurs yeux d'enfants. De découvrir toute la gamme des sentiments qui définissent un être humain. De savourer la plénitude de l'amour et les premières caresses d'un homme ou d'une femme. Non, les morts ne sont pas à plaindre..."
Elle reporte brièvement son attention sur la ménestrelle et lui décoche un vague haussement d'épaule comme pour souligner l'évidence des propos tenus. Zora s'approche ensuite de l'un des hommes allongé au sol et dépose sa main sur son front. Elle le sonde ensuite à l'aide de sa magie comme pour vérifier l'éradication du mal. C'est le cas pour celui-ci. Un autre soupir quitte ses lèvres puis elle revient prendre place à côté de Meylan, au centre de la tente.
"La vie ou la mort sont à la fois des antagonistes et des compléments essentiels. Les deux facettes d'une même pièce, si vous préférez. On ne peut considérer l'une sans accepter l'autre. Tout comme on ne peut pas accepter les bénédictions de la première et refuser celles octroyées par la seconde." poursuit-elle. "La fin de cette épidémie vous soulage? Pourquoi donc? Les maladies ne sont-elles pas un présent de Möchlog au même titre que l'âme qui vous anime? Pourquoi se réjouir que la volonté divine exprimée à travers les fléaux soit contrecarrée? Cela revient à se dresser ouvertement contre la Chouette!"
Là encore cela semble tomber sous le sens, non? On s'obstine à considérer Möchlog comme le dieu de la vie mais on oublie trop souvent qu'il incarne également la mort. L'hypocrisie témoignée par tous ces fidèles qui prétendent privilégier l'une et s'opposer à la seconde est parfaitement irritante. Et n'a pas le moindre sens. Pourtant le raisonnement de la rouquine est à priori bancal. Et elle en est consciente. C'est pourquoi elle s'empresse de reprendre la parole.
"Vous me direz probablement que si le Maître du Destin avait souhaité que la mort fauche aisément les âmes alors Il n'aurait pas doté ses disciples de pouvoirs capables de lui damer le pion." semble-t-elle concéder. "Mais cet argument n'a du sens que si l'on considère que les arcanes médicales existent dans ce but. Ce sont les Hommes qui ont décidé d'étendre leurs bienfaits à ceux qui ont pourtant choisi de ne pas placer leur foi en Möchlog! Ils ont privilégié l'altruisme à l'égoïsme! Un choix arbitraire, découlant de la volonté des mortels et non de celle de la Chouette. Croyez-vous qu'ils se soient réellement demandés si cette dernière approuvait? Non, bien sûr que non! Ils étaient bien trop occupés à récolter l'admiration, la reconnaissance et le respect de ceux qu'ils soustrayaient à la mort..."
Et peu à peu cette pratique est devenue une coutume défendue par les Maîtres de Möchlog en personne. Ou, du moins, ceux qui osent s'accaparer ce titre. Des personnes davantage préoccupées par leurs positions dans la hiérarchie des mages ou par leurs réputations que par les désirs du dieu qu'il ont l'arrogance de défier. Et dire qu'ils osent la traiter d'hérétique...
"Vous voulez savoir ce que je vois lorsque j'observe ces malades?" souffle-t-elle. "Des gens qui étaient destinés à mourir mais qui ont été sauvés par l'arrogance de ces prétendus disciples de Möchlog. Suis-je supposée fermer les yeux alors que les désirs de mon dieu sont ignorés?"
Ce n'est pas de la folie ou de la cruauté qui imprègne le regard de la rouquine en cet instant. On la présente comme un monstre ou une dégénérée qui suivrait des quelconques pulsions meurtrières, comme si elle était semblable à ces criminels qui sèment la mort sans la moindre raison. Tout ce qu'elle souhaite, c'est corriger les fautes commises par ceux qu'elle considérait encore comme ses pairs quelques années plus tôt.

Elle effectue quelques gestes et les lampes à huiles qui pendent sous les supports du chapiteau se décrochent une à une, poussées hors de leurs écrins par de petits boucliers. Elle déversent bien vite leurs contenus sur le sol et les flammes jouissent alors d'une totale liberté. Elles se répandent parmi les blessés et le long de la toile avec une rapidité effrayante. Mais le bouclier que Zora a maintenant dressé autours de l'artiste et elle les repoussent avec une étrange douceur.
"Je ne vous ai pas menti lorsque je vous ai dit que je ne ferai aucun mal à ces gens, Meylan!" insiste-t-elle en saisissant avec un mélange de douceur et de fermeté les épaules de l'intéressée. "Je fais simplement ce qui doit être fait pour que la volonté de Möchlog soit respectée..."
La fanatique décoche un regard alliant espoir et supplique à la noiraude. Pendant que, autours d'elles, des silhouettes embrasées rampent sur le sol ou fuient les lieux, propageant le feu aux tentes alentours. Les cris des malheureux dévorés par l'appétit vorace de Süns forment une litanie déchirante. Mais, là encore, nécessaire...




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)



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Meylan Lyrétoile
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Sam 19 Mai - 23:31
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Profession : Ménestrelle
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Alors que la vie et la mort étaient pour la majorité des habitants de My’trä plus des concepts abstraits qu’une véritable préoccupation, et ce grâce à l’Oubli miséricordieux dont ils bénéficiaient, les disciples de deux Architectes échappaient à cette règle.  Le premier des deux était Möchlog, bien sûr, la Chouette régnant sur ces deux opposées et dont les adeptes étaient souvent vus comme des excentriques (dans le meilleur des cas).  Ambivalents, possédant parfois des fascinations un poil étranges, voire carrément morbides, les servants du Maître du Destin recevaient de leurs compatriotes tantôt un respect sans mesure, tantôt un suspicion pas forcément infondée.  Le discours de Zora était d’ailleurs un bel exemple du grand écart d’allégeance entre les deux pôles de son protecteur.

Mais la rousse oubliait (ou ignorait consciemment) qu’un autre Architecte dotait lui aussi ses fidèles d’un rapport à la mort particulier.  Et cet autre Architecte n’était autre que Khugatsaa, le Griffon Blanc, à qui la ménestrelle dédiait sa foi.  Là où Zora voyait un délicat équilibre né de l’opposition éternelle entre vie et mort, Meylan, elle, voyait la déchirure d’un adieu définitif et de nombreuses années de souffrance après cela.  Pas étonnant, donc, que leurs points de vue soient très différents et que l’une accepte la mort avec un flegme et un détachement que l’autre était loin de partager.

Et comme si ça ne suffisait pas, il fallait que la disciple de la Chouette appuie encore sur le clou en dénigrant ceux dont la vocation était le service des autres et la protection de la vie.  Ses arguments pour le moins douteux étaient loin de convaincre la ménestrelle, et le mépris évident qu’elle affichait ne faisait qu’aggraver la situation.  Elle ne l’interrompit cependant pas, sans doute trop estomaquée de voir ainsi traîné dans la boue le nom d’une profession pour laquelle elle a un profond respect.  Elle prêta donc malheureusement assez peu d’attention au plaidoyer qui suivit et qui aurait pu éveiller en elle des soupçons par rapport à la suite des événements.  Elle avait l’esprit trop occupé pour tirer les conclusions qui s’imposaient…et, soyons honnêtes: leurs mentalités étaient trop diamétralement opposées pour qu’elle puisse anticiper efficacement les actions de Zora.

Quand elle vit une lampe tomber, elle crut un bref instant à un accident.  Mais le nombre des départs de feu était trop élevé pour être une simple coïncidence, et l’admission pure et simple de la rousse scella cette impression.  Elle avait délibérément mis le feu à la tente.  Elle était si enfermée dans son monde qu’elle se mentait à elle-même et niait la nature de son geste, de son crime.  Elle venait, de sang froid et sans le moindre remord, de condamner à mort des personnes coupables uniquement d’avoir été des malades ou d’en avoir aidé.

Meylan ne dit rien, ne bougea pas.  Figée, c’est à peine si elle cilla.  Mais son manque de réaction n’était pas dû à de l’indifférence, loin de là.  Ses entrailles étaient plus nouées qu’un filet de pêcheur zagashien, une sueur froide lui parcourut le dos tandis qu’une chaleur brutale prenait possession de son visage.  Devant ses yeux, un voile d’ombre passa et obscurcit l’image du brasier qui s’était créé autour d’elle.  L’illusion qui recouvrait Zora était tombée aussitôt après le début de l’incendie, et même si elle en avait été capable, Meylan ne l’aurait pas rappelée.  Hors de question d’être sa complice dans ses conditions.

Une odeur de brûlé nauséabonde et les hurlements des victimes de la pyromane rappelèrent brutalement sa complice involontaire à la réalité.  Boucliers ou pas boucliers, elles devaient quitter les lieux dans les plus brefs délais si elles ne voulaient pas être arrêtées.  Oh, pour être parfaitement honnête, si Zora devait être incarcérée pour ses actions, la ménestrelle considérerait cela un juste retour des choses.  Mais pour quitter les lieux, il fallait traverser l’incendie, et pour traverser l’incendie, il lui fallait la protection qu’offraient les boucliers de la de nouveau rousse.  Sans prendre le temps de palabrer, Meylan empoigna sa voisine par le poignet et entreprit de la tirer en direction de la sortie.  L’urgence de la situation, l’énergie du désespoir, donnait à sa poigne une force inattendue venant d’un membre aussi délicat.

Elles ne tardèrent pas à atteindre l’extérieur, où déjà ça s’activait pour éteindre l’incendie.  Dans la confusion ambiante, elles parvinrent miraculeusement à s’éclipser sans se faire intercepter.  Sans ralentir l’allure ni lâcher celle à qui elle avait (un peu plus que) deux mots à dire, elle avança sans hésiter vers l’endroit où elles avaient laissé leur monture (enfin, techniquement, celle de Zora).  Une fois à côté de l’animal, Meylan lâcha enfin sa prise et se tourna pour faire face à l’autre pour la première fois depuis qu’elle avait déclenché l’incendie.  Ses yeux lançaient des éclairs qu’elle n’essayait même pas de contenir.

"Depuis le début de notre rencontre, je vous ai accordé le bénéfice du doute, j’ai écouté vos explications, j’ai même accepté ce voyage à l’improviste et accepté votre décision de préférer l’exemple à la parole pour soutenir vos propos.  Je vous ai promis de ne pas faire intrusion dans votre esprit et j’ai tenu parole.  Mais jamais, jamais je n’ai accepté d’être la complice d’un tel acte."

Elle était furieuse, tant du crime auquel elle avait assisté que de ce qu’elle considérait comme une trahison, quoi que Zora elle-même en dise.  Et elle n’avait pas fini.

"Votre foi en votre Architecte est tout à votre honneur, mais dites-moi: de quel droit vous proclamez-vous juge, partie et bourreau de l’humanité?  Möchlog lui-même est le Maître du Destin, mais vous êtes humaine, ni plus ni moins.  Qu’est-ce qui vous élève au-dessus de vos congénères au point que vous prétendez savoir tout sur ceux qui mettent leurs dons au service de ceux qui en ont besoin?  Vous dites qu’ils font mauvais usage de leur art.  Si c’était le cas, cet art ne leur serait-il pas purement et simplement retiré?"

Question assez évidente à laquelle Zora avait tout intérêt à avoir une réponse cohérente et convaincante.  Mais à nouveau Meylan ne lui laissa pas le temps de répondre.

"Ceux qui sont affaiblis, qui dépendent de l’aide et des soins des autres ne devraient pas être secourus, dites-vous?  C’est la volonté de Möchlog que leur vie s’achève?  Eh bien en suivant votre logique, j’aurais dû mourir à l’âge de quelques mois de faim, de soif et de manque de soins sur les pavés de Darga.  Mais il se trouve que des servantes de la Chouette qui ne partagent pas vos convictions en ont décidé autrement et ont permis que je me trouve aujourd’hui devant vous.  Sans elles, je n’aurais pas vécu. Sans elles, vous auriez dû trouver quelqu’un d’autre pour présenter vos convictions au grand public. Sans elles, je ne me trouverais pas face à vous en ce moment-même."


Plus encore que le ton enflammé de la ménestrelle ou son expression de fureur pure, c’était le fait qu’elle livre d’elle-même une information aussi personnelle qui révélait à quel point son plaidoyer était guidé par des émotions profondes.  Cela n’arrivait tout simplement jamais.  Son passé était un chapitre qu’elle avait clôturé quand elle avait adopté définitivement son nouveau nom.  Même à ses connaissances les plus proches elle n’en parlait que rarement.  Et voilà qu’elle venait de donner une information aussi capitale à une personne avec qui elle n’avait pas le moindre atome crochu.  

"Alors, qu’allez-vous faire?  Me tuer moi aussi, pour rectifier le tir 28 ans plus tard?"


Elle avait enfin regagné un certain contrôle sur ses émotions.  La fureur qui illuminait ses yeux s’était faite plus contenue.  Quant à sa voix, elle aussi s’était faite plus calme, laissant la place à un froid sarcasme.  Elle mettait Zora au défi de réaliser sa prédiction sans croire un instant qu’elle pourrait le faire pour de bon.  C’aurait été un geste totalement absurde, après tout.



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Zora Viz'Herei
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Mar 22 Mai - 17:17
Irys : 1575132
Profession : Purificatrice fanatique
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Elle imaginait bien que Meylan n'apprécierait que modérément le spectacle. Sans doute n'est-elle pas habituée à côtoyer la mort. Les ménestrels sont des pourvoyeurs de rêves et d'espoirs. L'ambiance d'une auberge ne saurait être comparée à la beauté de la mort. La noiraude et la rouquine sont issues de deux mondes bien différents.  Zora en avait conscience à l'instant même où elle a abordé l'artiste. Mais elle espérait malgré tout que sa camarade prendrait conscience du bien fondé de ses actions. Qu'elle accepterait une logique morbide mais néanmoins nécessaire. Et si elle se fie à la pression que la disciple de Khugatsaa exerce sur son poignet, le résultat est loin d'être celui qu'elle escomptait.

Elle imagine déjà la discussion qui viendra immanquablement conclure leur fuite. Elle sera probablement animée par les reproches et un refus catégorique d'accepter la vérité. La fanatique ne peut pas discerner le regard de Meylan mais elle suppose que la curiosité qui s'y devinait aura été remplacée par le dégoût et la désapprobation. Zora est évidemment déçue. L'échec n'a rien d'agréable. Mais ce ne serait pas la première fois qu'une personne s'autorise à la juge. La morale a nombre de défenseurs...

Le duo rejoint finalement le cheval, profitant de l'agitation ambiante pour échapper à la vigilance relative des sentinelles. La rouquine se demande si sa camarade y est pour quelque chose ou si le feu aura suffit à détourner l'attention d'elles. La réponse n'a que peu d'importance finalement. La servante de la Chouette lâche un léger soupir résigné et attend que l'orage s'abatte sur elle. Ce qui ne tarde évidemment pas à arriver puisque Meylan ne manque pas de lui exprimer ce qu'elle pense de tout ceci.

Zora ne s'attendait cependant pas à ce que le premier point soulevé par la noiraude évoque sa complicité dans cette affaire. Se soucie-t-elle davantage de sa réputation que du sort de ces gens rattrapés par le destin? Un sourire se dessine sur les lèvres de la fanatique sans que cette dernière s'en rende réellement compte. Il exprime davantage la surprise qu'un quelconque désir de se moquer. Meylan a décidément le don de l'étonner. C'est d'ailleurs ce qui fait son intérêt. Outre le fait, bien sûr, qu'elle soit appelée à chanter ses exploits...
"Vous n'avez rien d'une complice, rassurez-vous!" s'amuse-t-elle malgré elle. "Tout au plus vous considérera-t'on comme la spectatrice involontaire des caprices d'une folle!"
Les gens lui offriront leur sympathie et leur pitié. La noiraude n'aura qu'à prétendre qu'elle ne souhaitait pas être sur place et que la rouquine lui a forcé la main. La plupart des gens le croiront. Et peu réussiront à faire le lien entre ses talents magiques et l'incendie qui a honoré Möchlog. Et si les souvenirs sont trop durs à supporter, elle n'aura qu'à les effacer de sa mémoire. Même si, évidemment, le problème ne se limite pas aux simples états d'âmes de l'artiste...

Mais le coeur du problème ne se résume pas à une chose aussi triviale que la réputation. La discussion s'oriente ainsi rapidement sur le bien fondé des actes qui viennent d'être commis. La colère de Meylan est bien naturelle. La fanatique ne s'en offusque d'ailleurs pas tandis qu'elle garde le silence. Il convient de laisser la ménestrelle s'exprimer et de vider son sac. Elle en a sans doute besoin, d'ailleurs. Zora s'emploie donc à caresser l'encolure du cheval tandis que sa camarade soulève des points intéressants et va même jusqu'à évoquer son propre passé.

Si la disciple de la chouette était capable de ressentir une chose aussi dangereuse que la compassion, sans doute aurait-elle adressé un regard empli d'empathie à sa camarade. Mais elle se contente maintenant d'envisager la possibilité de tuer Meylan. Elle relève d'ailleurs les yeux vers elle et l'observe comme si elle la découvrait pour la première fois. Néanmoins elle abandonne bien vite l'idée de mettre fin aux jours de la noiraude. Si Möchlog avait souhaité sa disparition, il n'aurait pas envoyé un hérétique pour la recueillir alors qu'elle n'était qu'une enfant.
"Je vous l'ai dit, Meylan: la vie et la mort sont les deux facettes d'une même pièce. Diamétralement opposées et pourtant intimement liées!" soupire-t-elle. "Les hérétiques qui prétendent servir Möchlog n’œuvrent pas dans l'intérêt de la vie, c'est vrai! Mais ils restent néanmoins nécessaires au maintien de l'équilibre. Et tout comme vous, je suis obligée de composer avec cette réalité!"
Il faudrait sans doute des heures pour lui exploser clairement le fond de sa pensée et les nombreuses subtilités qui régissent l'équilibre imposé par la volonté divine. Mais pour l'heure il convient avant tout de ramener Meylan à de meilleures sentiments. Elles auront tout le temps d'approfondir le sujet. Pour peu, bien sûr, que l'artiste le souhaite. Cela dit elle est probablement encore sous le choc des derniers événements. Rien de bon ne peut sortir d'une discussion dictée par l'instinct davantage que par la raison.
"Débarrassez-vous de cette morale qui biaise votre vision du monde! Il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises personnes. Pas de bourreaux ou de sauveurs! Nous ne sommes que des instruments desu destin! Des vecteurs à travers lesquels s'expriment la volonté divine!" nuance-t-elle. "Vous pouvez me reprochez mon comportement, c'est votre droit! Mais n'oubliez pas que si j'existe, c'est parce que Möchlog la souhaité! Et à ce titre, vous devriez vous montrer moins prompte à juger mes actes!"
Les cris de souffrance ont cessé depuis peu. La preuve que les flammes ont emporté les malades dans leurs sillages. Il faudra encore un peu de temps aux personnes présentes pour contenir l'incendie. Mais ils vont commencer à se questionner sur sa cause. Et probablement chercher d'éventuels responsables. Pour peu que le garde en faction à l'entrée du chapiteau soit encore vivant, il fera aisément le lien entre les deux visiteuses et ce qu'il considère peut-être encore comme un accident. Rester ici, c'est s'exposer au danger.
"Si la Chouette ne vous a pas placée sur ma route avant aujourd'hui, c'est sûrement parce qu'il ne souhaitait pas votre mort! Mais si vous voulez mon avis il ne vous prédestinait pas simplement à animer la vie des auberges!" affirme-t-elle. "Vous avez aujourd'hui l'occasion de mettre votre talent au profit d'une cause bien plus noble! De donner un sens à votre existence! Un véritable sens, je veux dire! Allez-vous gâcher cette chance?"
Zora enfourche le cheval et prend quelques instants pour calmer l'animal. Que ce soit la vision encore vive des flammes ou l'agitation des êtres vivants dans le camp, il perçoit vraisemblablement l'ambiance nauséabonde. Les êtres inférieurs créés par Orshin se fient volontiers à leur instinct. Meylan ne pourrait-elle pas en faire de même!
"Je serais ravie de poursuivre cette conversation dans un endroit plus calme!" indique-t-elle à la noiraude, lui tendant la main pour l'aider à monter en croupe. "À moins que vous ne préfériez rester ici pour tenter d'expliquer à ces gens ce qu'il s'est passé ici? Je me dois toutefois de vous prévenir: ne comptez pas trop sur leur mansuétude!"
Une main tendue au sens propre comme au figuré. Meylan n'est pas son ennemie. Tout au plus une personne qu'elle souhaite à présent éveiller aux subtilités du destin. Zora lance donc à la noiraude un regard insistant pour l'inciter à la suivre.




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)



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Meylan Lyrétoile
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Ven 8 Juin - 19:27
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Il y avait une chose qui jouait fortement en la faveur de Zora dans toute cette situation: Meylan avait une assez bonne maîtrise de soi et n’était pas prompte à avoir recours à la violence physique (avec sa carrure, ça lui aurait attiré plus d’ennuis quatre chose). Par conséquent, elle n’agressa pas Zora, pas plus qu’elle ne jeta les mains en l’air pour se débarrasser au moins d’une partie de la frustration qui s’accumulait. À ses yeux, il y avait tant de points plus que douteux dans le raisonnement de la meurtrière, tant de contradictions ou de reproches infondés…

Enfin, le dernier point que soulevait la jeune femme était correct: aucune d’entre elles n’avait intérêt à trainer dans les parages. Quoi que Zora en dise, Meylan était bel et bien sa complice, même si elle n’avait jamais demandé un tel rôle. Car c’était elle qui avait permis à la rousse de pénétrer sur les lieux de son crime. Oh, on pouvait toujours dire que sans l’illusion de la ménestrelle, elle aurait trouvé une autre solution pour entrer dans la tente…mais les faits étaient là: c’était bel et bien l’illusion qui lui avait permis de passer le garde. La musicienne ravala donc sa critique pour le moment et saisit la main qui lui était tendue pour enfourcher une nouvelle fois la monture de son…alliée?  Un bien grand mot, mais malheureusement d’application pour le moment.

Dès que l’animal se mit en mouvement, Meylan referma instinctivement ses bras autour de la taille de la rousse. Pas question de faire un aller simple pour le sol si elles devaient échapper au triple galop à d’éventuels poursuivants. Pour un moment encore, elles étaient bien obligées de faire équipe. Dire que la soirée avait si bien commencé…et voilà qu’elles fuyaient une scène de crime à l’aube, avec comme souvenir du méfait l’odeur de fumée qui s’était accroché à leurs vêtements. Comment diable s’était-elle fourrée dans un pétrin pareil?

Le trajet, l’air frais du petit matin, la disparition de l’odeur nauséabonde des corps calcinés ou des cris des victimes du feu… Tout cela permit à Meylan de récupérer un semblant de calme, de mettre un peu d’ordre dans son esprit. Une fois que cela fut fait, elle pensa enfin à regarder un peu autour d’elle. Etant donné que Zora avait mis son point d’honneur à pointer de temps en temps vers différents éléments du paysage à l’allée, la ménestrelle n’eut pas de difficultés à déterminer qu’elles ne suivaient pas le même trajet. Sans compter qu’elles n’allaient pas dans la bonne direction pour regagner l’auberge: elles laissaient le soleil levant derrière elles au lieu d’aller à sa rencontre.

Enfin, elles arrivèrent en vue de ce qui ressemblait fort à une cabane abandonnée, perdue au milieu du paysage. Et plus elles se rapprochaient, plus Meylan pouvait confirmer qu’ils s’agissait, en effet, d’une cabane abandonnée, perdue au milieu du paysage. Les motifs qui avaient guidé leurs pas jusqu’ici, au milieu de nulle part, devinrent on ne peut plus clairs. Après un crime, il était prudent de se terrer dans un endroit assez peu fréquenté. Formidable, elles en étaient là. Elle mit pied à terre en réprimant un énième soupir.

Un nouveau regard circulaire lui confirma ce qu’elle soupçonnait: elles pouvaient tout aussi bien être seules au monde. Apparemment, elle devrait encore composer avec Zora pendant un moment. Elle secoua la tête et se tourna vers la jeune femme. Elle, elle avait probablement son paquetage attaché à la selle de son cheval. Meylan, par contre, n’avait rien de plus avec elle que les vêtements qu’elle portait et la sacoche qui renfermait sa lyre. Elle ouvrit d’ailleurs ladite sacoche, soucieuse de vérifier si son précieux instrument avait souffert de leurs aventures. D’un main délicate, elle sortit la lyre à la lumière du jour et caressa le bois du bout des doigts, avec la délicatesse qu’une mère aurait pour son enfant. Heureusement, la prunelle de ses yeux semblait intacte. Elle en tira quelques accords, autant pour s’assurer que tout allait bien que pour calmer un peu ses nerfs un peu malmenés ces dernières heures. Elle tenait à éviter un nouvel éclat, réaction à la fois peu productive et dangereuse de par le peu de contrôle qu’elle avait alors sur ses paroles.

"Très bien, je ne suis pas moi-même une experte des arcanes de Möchlog, mais je reste une Dargienne et je connais l’une ou l’autre chose à leur sujet. Permettez-moi de récapituler. La vie et la mort sont deux facettes diamétralement opposées et pourtant intimement liées. Très bien, ça, je l’avais déjà entendu. Il existe un équilibre naturel qui doit être respecté, jusque là je veux bien suivre. Möchlog lui-même vous commande d’éliminer tout ce qui risque de rompre cet équilibre… Sachez que je n’approuve pas vos méthodes ni la manière dont vous vous êtes jouée de moi. Enfin, imaginons qu’en effet vous accomplissez une tâche divine encore justifiable dans le tableau que vous avez peint jusque là. J’imagine que le simple fait que la Chouette ne vous ait pas retiré vos pouvoirs plaide en faveur de cette thèse."

Elle avait rangé une nouvelle fois sa lyre et faisait les cent pas tout en parlant, ses mains traversant l’air comme si elle dirigeait des musiciens invisibles. Elle ne regardait pas Zora directement, ne regardait d’ailleurs rien en particulier. Toute son attention était dirigée vers le raisonnement qu’elle tentait plus ou moins de reconstituer histoire de voir si elle en avait mal interprété une partie. Sa voix était à nouveau plus calme et assurée, bien que teintée de quelques restes d’énervement. Une fois arrivée au dernier point de son monologue, elle se tourna à nouveau vers la rouquine et planta ses yeux sombres dans les siens.

"Venons-en maintenant à ceux que vous appelez 'hérétiques'. Ils reçoivent pourtant du Maître du Destin des dons, au même titre que vous. Et même vous admettez qu’ils sont nécessaires au maintien de l’équilibre. Alors, dites-moi, sur quoi repose votre condamnation, au juste? Vous me demandez de ne pas juger vos actes, qu’est-ce qui vous donne le droit de juger les leurs?"

Elle tentait tant bien que mal d’approcher la question du point de vue de l’autre plutôt que de son propre point de vue. Car il était très clair que la jeune femme ne serait pas réceptive au point de vue de Meylan. Elle préférait donc pointer les failles qu’elle voyait dans son raisonnement, plutôt que de continuer à attaquer la question depuis un angle voué à l’échec. Restait à voir si cette nouvelle tactique fonctionnerait.



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