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Chroniques d'Irydaë
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 Travaux pratiques (2nde partie, terminé)

Sakari Naasoqineq
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Sam 3 Fév - 21:19
Irys : 732966
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
la traversée sur le navire fut agréable et tranquille. Mais certainement pas pour Aemy. Sakari avait à cœur de faire bien son travail, et comme son élève s’était montrée  déterminée, on allait pouvoir passer directement à un entraînement musclé.
    « La force. L’agilité. La détermination. L’observation. Tout cela est important. Mais la valeur qui commande toutes les autres, en combat, c’est l’endurance. Elle doit être là, et là. » Et à chaque fois qu’elle répétait cela, son index allait sur le front et sur la cuisse.

    Pour être clair, Sakari allait renforcer son corps en le mettant à l’épreuve comme on bat un fer pour en sortir une lame. Le voyage fut donc une longue série d’échanges épuisants pour Aemy, à qui Sakari n’accordait que peu de pauses. Elle devait répéter en boucle les mêmes gestes, sans faillir. Estoc. Taille latérale. Se fendre. Parer le coup de bâton envoyé à l’improviste. Encore, et encore. On avait que quelque heures tranquilles pour faire la base de la base, après, ce serait une autre paire de manche.
    Elle lui apprit la théorie de la feinte, de l’esquive, à utiliser le terrain à son avantage, et d’autres choses encore. Ce n’était pour l’instant qu’une transmission orale, mais qui avait vocation à être transformée en actes. Pour l’instant, elle n’était clairement pas prête pour les subtilités. Il lui faudrait encore du temps.

    Arrivés au port, Sakari acheta des vêtements de voyage chauds et les donna à son apprentie. Puis elle emmena Aemy le long de routes, qui devinrent les sentiers, puis ce fut une promenade en pleine forêt. Sakari avançait vite.
    « Ne perds pas le rythme ! C’est maintenant que l’entraînement commence. On va s’occuper de ton corps, avant tout. Tu te souviens, quand j’ai dit que le terrain doit toujours être à ton avantage ? Hé bien, essaie de me suivre en ne te foulant pas la cheville, et tu verras ce que c’est en pratique ! »
    Et toujours ce ton enjoué. Elle adorait son métier.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »


Dernière édition par Sakari Naasoqineq le Dim 4 Mar - 16:20, édité 1 fois
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Ophélia Narcisse
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Sam 3 Fév - 21:48
Irys : 1171243
Profession : Fugitive, Meurtrière, Barmaid
Pérégrins -1 (femme)
Les manières de Sakari n'étaient définitivement pas à revoir. La courtoisie n'avait pas duré longtemps, les vrais mots étaient ceux qui étaient échangés à travers le langage du corps. Aemy l'avait compris à ses dépends, la cadence était déjà bien forte pour seulement une introduction. Il n'y avait eu que peu de réelle théorie, elle était déjà en train d'activer son corps bien assez tôt. C'était une bonne chose pour l'anomalie, dont la conscience se menuisait face à l'instinct. En revanche, elle n'était pas prête à s'entraîner sur un bâtiment en mouvement et les quelques exercices auxquels elle fut soumise la fit dégurgiter par-dessus bord, mais jamais elle ne brisait sa détermination. Ce n'était pas tant de la résilience, juste une docilité à toute épreuve. Et à chaque fois qu'elle vidait ses intestins dans la mer, elle ne revenait qu'avec une seule phrase en bouche.


Encore, s'il vous plait. 


Elle prenait des coups, mais elle savait endurer la douleur. La jeune fille espérait que cela lui serait bénéfique, c'est que l'asile avait le don de briser les nerfs, autant que de les rendre durs comme fer. Lorsque le voyage prit fin, Aemy avait plus que jamais envie de dormir. Mais il y avait tant à faire, et si elle souhaitait revenir auprès de Kelmina le plus tôt possible, elle devrait se déchirer les muscles à l'exercice. Elle ne grommela donc pas lorsqu'elle reçu un manteau en fourrure, apprenant qu'il allait accompagner de longues randonnées à but de forger son corps. Les paysages variaient, et le sol n'était pas clément, mais les yeux de l'anomalie parvenaient tout de même à trouver un certain plaisir, non exprimé, dans les vues qui s'offraient à elle. 



La dame Naasoqineq avait définitivement une volonté d'acier, sans doute aussi formée que les muscles de ses jambes. Rien que suivre le rythme rapide des marches n'était pas tâche facile pour les fines jambes de la pupille. Montagnes pentues, côtes graveleuses et parfois même terrains enneigés lui apprenaient la différence entre territoire hostile et territoire pavé. Elle avait ignoré la différence entre les deux pendant bien trop longtemps, et l'apprentissage s'était démontré des plus enrichissants. La douleur était cependant comparable avec celle d'une torture, mais Aemy était volontaire, exposée à cette souffrance. Même lorsque ses cuisses défaillaient, elle rampait pour ne pas céder ne serait-ce qu'un pas de trop à sa formatrice. Bien souvent, elle finissait inconsciente, à bout de souffle, mais lorsqu'elle se réveillait, elle se refusait de rester couchée pendant plus de cinq minutes. 


Au bout de plusieurs jours d'entrainement, la forme physique de l'anomalie s'était améliorée. Etait-ce un progrès significatif ? Bien évidemment, les rues et les montagnes n'avaient que trop de distinctions pour que le changement de climat ne soit pas décisif. La seule chose qu'attendait désormais la jeune fille, c'était l'autorisation d'utiliser ses armes. A titre éducatif, bien évidemment, mais elle savait pertinemment que ce serait à sa tutrice de jauger si elle était prête ... alors, elle se taisait, s'entraînait et attendait.


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Sakari Naasoqineq
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Dim 4 Fév - 18:16
Irys : 732966
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
La détermination d’Aemy était presque inquiétante. Plus Sakari pouvait pousser la difficulté, plus elle la poussait, et à chaque fois, son apprentie se montrait d’une docilité à toute épreuve. D’un autre côté, c’était tant mieux, et même, ça poussait Sakari à plus de prévenances. Certes, ses exercices étaient très difficiles, notamment quand elles durent passer par un col enneigé et battu par des vents violents, et là ou le maître prenait ça pour une promenade de santé, l’élève, qui avait un sac épais à porter, de la neige jusqu’aux genoux et des heures de marche sans pause derrière elle sur un terrain traître et pentu ne devait pas autant apprécier le paysage. Mais dès que la pause venait, Sakari se montrait douce, aimable, généreuse – pour tout dire, elle lui massait souvent les articulations.
    Cela faisait maintenant une semaine et demie qu’elles crapahutaient dans la nature, vivant de leurs provisions de viande séchée, d’eau de source, de menu gibier et des fruits que la nature estivale consentait à leur laisser.

    Leur camp de la soirée avait été dressé dans un beau pin, un vieux représentant de son essence, avec de fortes branches épaisses et longues. Sakari avait en effet pour habitude, afin d’éviter les surprises nocturnes, de dormir dans un arbre, à l’abri des prédateurs et parasites. Elle se nouait pas une corde au tronc et faisait de même avec Aemy, puis elles dormaient blotties l’une sur l’autre pour se tenir chaud.
    Après avoir avalé au sol un ragout de lapin et être monté, Sakari dit quelques mots. Elle avait pour habitude de dispenser régulièrement de la théorie à son apprentie, mais ça allait être différent, ce soir. Le ton de la voix seul l’indiquait.
    « Demain, on va arriver à proximité d’une route souvent empruntée. Il y a souvent des convois. On va prendre nos fusils et en arraisonner un. Les survivants te feront de bons entraînements. »
    Le plan était assez vicieux, voire complètement inhumain, mais avait l’avantage de proposer un environnement d’entraînement très correct et sans grand danger. En bref, Sakari allait proposer aux civils qui ne se seraient pas pris une balle un contrat simple : ils tentent de vaincre un par un Aemy, et s’ils réussissent, ils sont libres. Ce qui était naturellement faux.

    Dans la matinée, après un repas, les deux compagnonnes avancèrent en direction d’une route aux bords boisés. Aemy avait le Vulcain et Sakari le Goliath. Cette dernière avait passé quelques jours à lui apprendre à l’utiliser correctement. Elles se mirent en embuscade. Une caravane arriva après une petite heure d’attente. Il y avait à l’intérieur un marchand, sa femme et ce qui devait être sa fille, de 16 ans environ.
    D’un geste de main, Sakari ordonna à son apprentie de faire feu sur les chevaux. En quelques tirs, ils furent abattus par les canons. Leurs propriétaires hurlèrent, pleurèrent. Le père sortit une épée et la mère un arc. Cette dernière se fit presque arracher le bras par un tir de grenaille de Sakari. C’était la panique. Les Khurmis ne sont pas des magiciens de combat, aussi leur art était inutile ici.
    Les deux embusquées sortirent de derrière les buissons.
    « On se calme… On se calme. Le premier qui bouge se prend un tir. »
    Cris d’horreur, entre la vue de la mère effondrée dans son propre sang et qui hurlait de douleur et celle des armes impies. Sakari leur laissa quelques instants pour se remettre de leurs émotions et bander la mère. Le père, qui avait lâché l’épée de fer après avoir compris le rapport de force, parla avec une voix tremblante.
    « Que voulez-vous ? Prenez tout ce que – »
    – Taaa chut toi. Je t’explique la situation. Discute pas ou c’est la balle dans la tête. Bon, alors. Je veux que vous combattiez elle, là. Ta femme va prendre ton épée et attaquer. Si elle gagne, elle est sauve. Sinon… Ben, sinon elle meurt. Interdiction de la tuer, vous ne faites que la mettre hors de combat. Après ta femme, ce sera ta fille, puis toi. Allez. »
    Cris, supplications, air lassé de Sakari qui aurait préféré crapahuter dans la neige et ne prenait aucun plaisir à torturer mentalement de pauvres types qu’elle allait tuer de toutes façon.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Ophélia Narcisse
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Dim 4 Fév - 19:46
Irys : 1171243
Profession : Fugitive, Meurtrière, Barmaid
Pérégrins -1 (femme)
C'était une charmante introduction, trois innocents voyageurs, qui n'avaient rien demandé à qui que ce soit. Une famille de surcroît. Aemy avait regardé le convoi se faire stopper de la plus efficace des manières. Elle n'avait pas l'habitude des fusils, mais ce n'était pas la première fois qu'elle accoudait le tuyau de fer nommé "Vulcain". L'impact avait donc creusé un bel impact dans l'encolure du cheval, qui se vit supporté par d'autres tirs, menant la première pauvre bête à s'écraser sur le froid sol qu'elle foulait de ses sabots majestueux, quelques secondes avant. Le convoi s'arrêta net, laissant sortir les trois êtres de chaire et de sang. Sans sourciller, l'anomalie vint à la suite de sa tutrice qui toisait les voyageurs. En retrait, elle écoutait.


Elle était familière avec le plan, aussi, avait-elle enlevé son manteau qui la gênait bien trop. Il faisait froid là-dehors ... mais la mort n'avait pas de chaleur à offrir de toute manière, il était inutile de s'accoutumer à un confort qui pourrait ne pas durer. La neige tombait, ne faisant que contraster avec le rouge de l'abondante hémorragie que subissait la femme. Ce devait être une paisible journée pour ces gens, où se dirigeaient-ils donc ? Allaient-ils voir de la famille, plus loin ? Et si c'était le cas, combien de temps les attendrait-ils avant qu'ils ne constatent qu'ils sont passés de vie à trépas ? Tant de questions qui auraient traversé l'esprit d'Aemy ... si elle avait eu le moindre sens empathique. A la place, elle s'approcha d'eux, miséricorde en main. S'adressant à eux d'une voix aussi douce que l'étreinte glaciale qui les attendait.


Approchez ... vos vies vont servir un dessein plus noble que vos survies.


Si elle ne s'apprêtait pas à les tuer, elle aurait pu paraître si innocente. Même dans ses yeux il n'y avait pas la moindre once de rancune, de colère, ce n'était que son devoir, et jamais elle ne s'y esquiverait. Elle n'était pas impressionnante, ni intimidante, ni même charismatique, elle n'était qu'une jeune fille neutre qui tuait pour ce qu'elle aimait, aussi ridicule que cela puisse paraître. 


La femme se leva alors, un regard déterminé dans les yeux, malgré sa blessure. Elle murmura quelques doux mots à son mari et à son enfant, et, épée en main, elle vint vers celle qu'elle s'était jurée d'éliminer, pour leur propre survie. Elle semblait accoutumée au port de la lame, mais sa plaie n'allait pas lui rendre les choses faciles. La mère chargea, manche tenu fermement par sa main encore valide. Ses gestes étaient rapides, mais bien maladroit. C'est que la douleur de la balle empêchait un comportement digne du mot "martial", et peu importait les points de vue, la maternel était bien trop mal en point pour espérer l'emporter. Mais, aussi calme l'anomalie était-elle, elle ne comptait pas laisser ne serait-ce que la moindre chance à ses adversaires. Et, dès que l'ouverture se présenta, elle ficha sa lame dans la plaie creusée par le plomb. La retirant dans l'instant même, elle fit un tour de talon qui fit la pointe du couteau, caresser la gorge de la mère. Une entaille s'y creusa, et la misérable se retrouva au sol, agonisant. 

Les yeux à moitié fermés, comme par un respect que seul elle comprenait, la pupille attendait son prochain duel. Mais, l'enfant ne venait pas, et Aemy se refusait à bouger tant que son adversaire n'était pas armée, quel aurait été l'intérêt de l'exercice alors ? Mais là-bas, la gamine pleurait, cachant ses yeux dans la manche de son père qui, avec tout le chagrin de leur perte, arrivait à peine à parler. Ils étaient comme deux cerfs qui se blottissaient l'un contre l'autre et qui attendaient que les flèches du chasseur ne les perce.


Papa ... je ne peux pas y aller ... je ne veux pas y aller ! 


Ca va aller ... ça va aller ... tu peux ... tu peux ... 


Et tremblante, terrifiée jusqu'à la moelle, la jeune fille approchait, poussée par le fusil que Sakari gardait en main. Et, une fois que l'adolescente était assez proche de l'anomalie, le canon se redirigea vers le paternel, collé à sa femme. Les larmes coulaient le long des joues de l'innocente, elle était bien trop jeune pour mourir. Sa posture était touchante, elle savait à peine tenir le manche et le fer n'était même pas droit. Cette arme était trop lourde pour elle, ses bras en faisaient l'affligeante affirmation. Dans le doute face à une adversaire de si peu de valeur, la pupille chercha le regard de sa formatrice. Il n'y avait pas d'erreur, c'était bien son devoir, et ce n'était pas le peu d'années qu'avait vécu la larve devant elle qui allaient stopper sa lame. Elle était là pour supprimer ses émotions ... elle devrait respecter son engagement. Obéir, sans réfléchir, juste pour cette fois, juste pour deux mois. Son avis n'importait pas, elle n'en avait pas de toute manière.


Alors, l'innocente abattit l'épée comme l'on manie un rouleau à farine. L'anomalie n'était même pas à portée, et de simples pas de côtés suffisaient à esquiver les vulgaires fentes verticales que faisaient l'enfant. Le père pleurait en silence à côté, le coeur accroché à des ficelles. Aemy ne tirait aucun plaisir de cela, aussi, mit-elle un terme à cette comédie aussi vite qu'elle le put. Entre deux coups qui fouettaient l'air, elle lui ficha sa lame dans l'aisselle, pour toucher l'organe vital qu'abritait ses côtes. Sa mort fut instantanée, les battements dans son corps s'estompèrent et tout son poids croula sur les bras de sa meurtrière. Elle déposa lentement le cadavre sur le sol gelé, dont le sang s'en était orné. Les paupières à moitié close, son assassine se releva, posant son regard impassible sur le seul survivant qui hurlait au milieu de la route. Il voulait rejoindre la dépouille de son enfant et de son épouse, aux pieds de la jeune femme, mais le fusil de la chasseresse lui en persuada autrement. Le père voulait les charger, les étrangler et arracher leurs yeux ... mais il était impuissant. Ce fut donc l'élève qui vint à lui, munie de l'épée familiale. Elle s'approcha doucement du paternel, toujours son expression vide sur le visage et lui tendit la lame. Et d'une voix toujours aussi innocente, elle murmura.


C'est à vous ...


... à moi ? ... pourquoi ... pourquoi ma famille ...? POURQUOI DEVAIENT-ELLES MOURIR !?


... pour la mienne.


Le pauvre diable n'ajouta pas de mots inutiles, il empoigna l'épée et tenta dans l'instant d'entailler la gorge d'Aemy avec un beuglement sauvage. Mais aussi ignorante était-elle, la jeune fille avait de l'instinct et un bon pas en arrière la sauva de l'éviscération. Mais le paternel était énervé, à juste titre, et ses mouvements, sa vitesse et sa force étaient décuplés par la haine. Il ne comptait en rien laisser la meurtrière respirer après avoir massacré son amour et sa lignée, ni lui laissait le bénéfice d'un combat équitable. Dans les oreilles de l'anomalie, des bruits venaient siffler un véritable raffut qui venait de tout autour. Encore étrangère à la magie de l'illusion, elle ne réalisa pas que c'était dans sa tête, et elle encaissa une entaille bien profonde au niveau de sa hanche gauche. Elle grogna de cette supercherie qu'elle n'avait pas du tout apprécié, et cette fois, son regard se couvrit de haine. 



Eh bien ... si l'on peut tricher.


Et de sa manche elle activa le mécanisme de son arbalète dissimulée, touchant le père sans enfant à l'épaule droite. Elle ne lui laissa pas le temps de se redresser, lui bondissant dessus, miséricorde au poing. L'anomalie lui tailla d'abord le poignet droit, qui tenait l'épée en un coup sec d'une précision qui n'aurait pas dû lui appartenir. Cette qualité était un des nombreux vestiges de sa vie d'avant, dont elle n'avait pas le moindre souvenir. Mais une seule taillade n'était pas assez, se tenant sur son adversaire, genou enfoncée dans son diaphragme, elle n'en finissait plus de le poignarder. Elle s'arrêta lorsqu'enfin il cessa de se remuer.



Et Aemy se releva en se tenant la hanche, il l'avait bien coupée, du sang jaillissait même de ses vêtements assombris par la plaie. Serrant les dents pour ignorer la douleur, elle redirigea son regard vers sa maîtresse d'arme, cherchant l'approbation de ses actes dans son regard. La colère avait disparu de ses yeux, elle avait retrouvé son ton inexpressif, innocent. Rangeant son arbalète dans sa manche et son couteau dans son fourreau, elle se rapprocha à nouveau de sa tutrice. Elle boitait, secouée par la souffrance qui lui enserrait le ventre. Et lorsqu'elle arriva devant Sakari, elle se tint droite devint elle, attendant un quelconque commentaire, la fixant de ses yeux qui commençaient à se troubler, mais elle respirait encore. Tout ce qu'elle espérait maintenant, c'était qu'elle avait bien accompli son devoir et qu'elle n'avait pas déçu la chasseresse.


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Sakari Naasoqineq
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Mer 7 Fév - 16:29
Irys : 732966
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
C’était vraiment dégueulasse. Alors oui, certes, ils étaient des étrangers, mais ils restaient des humains, avec leur histoire et leurs proches. Tout cela avait été anéanti pour entraîner une petite inconnue. Mais bon, Ludounet l’avait demandé. Et s’il l’avait demandé, c’est qu’il devait y avoir une excellente raison, et de toutes façon, en plus d’avoir forcément raison, son patron était assez sage pour comprendre la finalité de ces actes. Sakari, elle, se bornait à les exécuter.
    Là où elle avait pris un grand plaisir à crapahuter dans la nature sauvage, Aemy, au contraire, semblait avoir bien plus apprécié ces meurtres. Elle avait de belles blessures, mais avait su utiliser quelques techniques de combat que Sakari lui avait apprises à la volée, donc c’était plutôt encourageant.
    « Ben écoute c’est pas mal du tout. Bon, ça doit picoter méchamment, mais on va trouver le moyen de soigner ça. Tiens, cherche dans mon sac, je dois avoir des bandages et cataplasmes. Tu fais ça en vitesse et on s’arrache. »
    Naturellement, Sakari lui avait appris les bases du soin : il faudrait faire chauffer de l’eau, rougir une lame, l’appliquer sur la pluie pour cautériser, puis bander avec une purée d’herbes médicinales. Du basique, et qui allait mieux pour la constitution solide de Sakari que pour sa frêle apprentie, mais c’était ça ou plusieurs jours de convalescence, dans un milieu hostile.
 
    Pendant que l’élève faisait bouillir de l’eau, le maître fouillait la caravane. Des tisserands, dommage. Le tissu est très dur à transporter. Bon, au moins, il y avait quelques objets de valeur, du matériel, un arc et des flèches de qualité moyenne. Le charriot consciencieusement pillé fut signé en grosses lettres noires : « Le Baron ». Un ordre de son patron.
    Sakari aida pour la cautérisation : son propre couteau avait une plus grande lame, et c’est vraiment très impressionnant de le faire soi-même quand on y est pas habitué. Elle donna à Aemy un bout d’étoffe dans lequel mordre et lui bloqua la jambe.
    « Ne regarde pas. Ne regarde pas ! Ça va faire mal, je te préviens. Évite juste de t’évanouir. Attention, j’applique. Voilà. Voilà… Encore un peu… C’est bientôt fini… Voilà. Hé ben. Ça va aller ? Attends, je retire le bâillon. Tu t’en es bien sortie. Bon, on va bander ça vite fait, histoire de… Oh. »

    Alors que les deux femmes étaient l’une sur l’autre, en plein milieu de la voie, deux messagers à cheval avançaient dans leur direction. Il étaient assez loin, mais pas assez pour ne pas voir que le charriot était arrêté et que du sang rougissait les bêtes qui gisaient au sol. Ils tirèrent leurs épées. Les messagers ne sont en général pas d’excellents combattants, mais leur rapidité était un problème. Et si le combat ne se révélait pas être très aisé, ils pouvaient fuir et prévenir les autorités.
    Qu’est-ce qui était le mieux ? Pour l’instant, ils semblaient assez indécis. De leur point de vue, il était impossible de savoir si les deux femmes étaient les assaillantes ou les assaillies.
    « Deux gugusses à monture. C’est l’occasion de briller au fusil. Ouais, t’as mal, mais en combat, tu devras rester concentrée après des coups plus violents encore. C’est pas grave s’ils fuient, on pourra toujours les distancer dans la forêt. Mais si tu pouvais en tuer un… Ce serait pas mal. Prend le Vulcain et essaie de le percer. Il ne faut pas qu’il devine tes intentions, donc vise avant de monter le canon. T’as un seul coup. Vise l’animal ; c’est la plus grande cible. »
    Et pour le faire s’approcher, Sakari fit de grands gestes. Seuls les victimes feraient ça. En Mÿ’tran, on avait pas l’habitude des armes à feu qui pouvaient tuer quelqu’un à grande distance avec une bonne précision, aussi les messagers devaient avoir suffisamment confiance en leur monture pour s’approcher et leur permettre de fuir. Dans leur esprit, ils ne risquaient rien, ou presque. Nul doute qu’un Daënar aurait pris des jumelles, tout compris et fui aussi sec.
    Sakari avait supposé cela sans le formuler, d’instinct, mais il s’avéra que ça fonctionna, car les messagers s’approchèrent. Elle glissa un mot à Aemy.
    « Quand tu veux. »


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Ophélia Narcisse
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Mer 7 Fév - 19:00
Irys : 1171243
Profession : Fugitive, Meurtrière, Barmaid
Pérégrins -1 (femme)
Aemy, sans aucune résistance, s'était laissée administrer ses soins. L'entaille était profonde, et elle faisait un mal de chien, sans même mentionner le sang qui coulait le long de sa hanche. Relevant ses fourrures, dévoilant sa peau pâle au vent froid, exposant sa plaie à la morsure du gel, elle s'était apprêtée à faire bouillir de l'eau, comme sa tutrice l'avait ordonné. Retournant la tête, elle la vit signer d'étranges caractères sur le convoi dont la symbolique était inconnue à la pupille. Elle se contenta juste de penser que Sakari n'avait pas que la formation comme motif pour visiter My'tra. Après tout, des services aussi professionnels que ceux qu'offraient la chasseresse étaient sans aucun doute bons marchés. Il n'y avait pas eu un seul écart pour le moment, ou du moins, pas d'erreur assez grave qui en aurait été jusqu'à risquer leurs vies. 

Elle la vit alors revenir, lame chauffée en main, l'approchant dangereusement de sa blessure. Mordant le bout d'étoffe de ses dents les plus reculées, elle se sentait obligée de devoir poser des regards sur les gestes de son instructrice, bien que les ordres dictaient du contraire. Mirant le ciel, tenant son vêtement à hauteur de ses côtes, elle sentit la chaleur lui brûler la chair. Un grognement étouffé par son bâillon s'éleva aux cieux et à travers les feuilles en un lugubre écho. Un crépitement fondait dans l'air, produisant un son des plus désagréables qui soufflait dans les oreilles d'Aemy. Ses paupières s'étaient grandes ouvertes et son corps entier se contractait. Mais elle restait collée au couteau, sachant parfaitement que c'était le moyen le plus rapide d'être rétablie. Et enfin, lorsque la plaie avait été cautérisée, la souffrante se laissa tomber en avant. Même l'asile n'avait pas été si douloureux, dire qu'elle pensait ne jamais pouvoir plus souffrir ...

Mais son répit fut de courte durée, deux cavaliers s'étaient approchés et voyait parfaitement tout ce qu'il se tramait devant le convoi. Les trois corps tués n'en laissaient aucun doute. Relevant faiblement le visage, la jeune fille encore blessée grinça des dents. Contorsionnant son torse pour se relever, elle grogna du fond de sa gorge pour se remettre sur pieds. Se redirigeant vers l'arbre où elle avait laissé le fusil, assez éloigné de leurs positions, elle savait pertinemment qu'elle n'aurait pas tué le cavalier avant qu'il n'atteigne les dix mètres. Elle s'accroupit derrière le tronc, et mira la coeur de la monture. Ignorant la douleur, ne fut-ce que pendant une paire de secondes, elle tira la gâchette qui fit fuir la balle hors de son logis. Un impact sanguin se creusa dans le col de la monture qui éclata en une rosace écarlate, dénichant son cavalier de selle. Habile aux prouesses, celui-ci parvint à se rattraper sur ses pieds, dégainant un sabre d'acier poli. Le combat au corps à corps allait être de rigueur, mais l'anomalie savait pertinemment qu'avec sa blessure, elle n'aurait pu jouer à qui frapperait le plus vite. 

Alors, elle plongea dans la pente qui suivait le terrain aménagé de la route. Il y avait bien un moyen de tuer sans avoir à se battre. Aussitôt que sa peau toucha la neige, elle se couvrit de sa blancheur, fondant en quelques secondes avec le décor. Si bien, que lorsque le messager arriva, il ne put distinguer sa forme qui rampait à même le sol, il s'avança, au risque de laisser son confrère se faire abattre par la maîtresse d'arme. Dans son déguisement naturel, Aemy remettait silencieusement un carreau dans la fente de son arbalète. Le messager s'approchait dangereusement, et elle n'aurait pas tout son temps avant qu'il ne remarque sa silhouette camouflée. Lorsqu'elle eut armé la munition, elle se roula sur le ventre, prenant appui de sa main droite pour se soulever du sol. D'un simple geste du pouce, les ficelles se détendirent et la pointe vola au travers du vent, finissant son errance dans le poignet de l'étranger. Ce n'était pas la réussite espérée, puisqu'elle visait le coeur, mais c'était bon à prendre. Elle se remit sur pied et, encore blanche comme neige, attrapa le pied de celui qui la traquait pour le faire choyer de ses jambes. Allongée, dos aplatit sur le sol, la pupille en profita pour le surmonter et lui trancher la gorge de sa miséricorde. Une traînée de sang en découla, ornant le blanc pur d'un rouge écarlate qui ne faisait que ressortir de plus belle. 

L'anomalie remonta la butte, pour voir si sa formatrice s'était chargée du second cavalier, ou bien si elle était en besoin d'assistance. Elle espérait aussi que le seul témoin de son pouvoir caractéristique des anomalies était l'étranger dont elle venait d'arracher la vie. Bien que sa maîtresse devait s'en douter, à cause des cristaux sur son dos, elle aurait préférée en garder le secret le plus opaque possible. Posant enfin le pas sur sol plat, elle avait encoché un second carreau, prête à tirer si jamais Sakari devait se trouver dans une situation malheureuse, ce dont elle doutait fort, mais elle avait assimilé le principe de prudence et de précaution au cours de son périple. Elle était prête à agir, au moindre mot d'ordre donné par sa tutrice, et elle agirait bien.


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Sakari Naasoqineq
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Lun 12 Fév - 21:48
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    Généralement, le fusil l’emporte sur l’épée. Voilà une leçon que les gens de magie n’oubliaient que trop souvent. Mais les gens de technologie oublient eux aussi qu’une lame tue aussi sûrement qu’une balle, pour qui sait s’en servir. Aemy était ici pour se former à cet art, et elle avait choisi de poursuivre l’affrontement au corps-à-corps. C’était honorable. Le Vulcain était pourtant étudié pour permettre de tirer plusieurs coups à la suite.
    Sakari n’allait pas s’embarrasser de cela. Elle se prépara donc à faire tonner le feu de son Goliath. En un tir, le cheval s’effondra. Le cavalier était moins bon, et surtout, l’arme que portait Sakari était un véritable petit monstre. Tombant sur le flanc, le messager se coinça le pied sous le cadavre de sa monture.
    C’était embêtant pour lui, mais ça permit à Sakari de recharger paisiblement, puis de s’approcher de l’infortuné à pas lents. Il se débattait toujours, avait sorti son sabre. Son agitation avait quelque chose de comique, et de triste un peu.
    « Hé bien hé bien. Te voilà bien dans la merde.
    -Salopiote de technophile ! Argh !
    -Holà, holà… Je mange pas de ce pain là, moi. Non, je suis aildoraine, rien à voir. Je fais pas ça par haine ou quoi, hein, tu sais. On m’a payé suffisamment, c’est tout.
    -Quel genre de peuple… Engage des monstres pour faire le sale travail à sa place ?
    -Écoute, mon p’tit pote, tu vas crever là, maintenant. Alors oui, je te coupe dans ton élan tragique, mais bon. Un dernier mot, peut-être ? Attends, je sort un papier un crayon. Ah, oui. Et pour l’instant, j’aimerais que tu restes en vie. Donc. »

    Elle sortit son pistolet de paume de sa manche et le pointa sur le messager, qui blanchit à vue d’œil. Il comprit assez vite, et alors qu’une larme de rage dégringolait sa joue, il lança son sabre dans la neige. Sakari rangea son arme de poing et sortit de quoi écrire. Sous la dictée, elle nota ses dernières paroles. Elles allaient à son fils, à sa femme, à sa mère.
    La raison d’être de cet accès de gentillesse était double. D’abord, Sakari avait du temps à meubler avant que son apprentie ne revienne. Car oui, le plan était bien entendu de lui faire affronter les deux. Tant qu’à faire, une proie vivante, ça ne se gâche pas. Il faut apprendre à saisir les occasions. L’autre raison était que Sakari avait quand-même mené à l’exécution et à la torture morale de quatre personnes, en moins d’une heure. C’était donc là une tentative un peu pathétique de mettre du sable de l’autre côté de la balance.

    Aemy refit surface. Elle était en vie et ne dégoulinait pas de sang ni ne titubait.
    « Ah, tu l’as vaincu, bien ! Partante pour un second ? »
    « Pardon ? »
    « Le plan, c’est que tu te dégages de là, que tu ailles chercher ton épée et que tu essaies de la vaincre. Interdiction de la tuer, sinon cette balle, là, ira ici, dans ta tête. Contente-toi de la mettre hors de combat. Si tu gagnes, tu es sauf. Sinon, bah, t’es mort. »
    Il ouvrit de grands yeux. Mais au bout d’un instant assez long et de quelques incitations à base d’extrémité de canon, il s’exécuta. Pour se faire exécuter.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »


Dernière édition par Sakari Naasoqineq le Sam 24 Fév - 18:51, édité 1 fois
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Ophélia Narcisse
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Lun 12 Fév - 23:39
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Profession : Fugitive, Meurtrière, Barmaid
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Et c'était reparti ... non pas que l'élève ne s'en plaigne, mais elle aurait au moins espéré que leur temps ne soit rentabilisé. Quoi qu'il en fut, elle avait sa miséricorde toute prête à boire du sang fraîchement prélevé. Son air neutre au regard, elle vit d'abord les lettres écrites, puis le moucheron qui s'empressait sur son épée. Elle gardait son arbalète en manche, il ne fallait pas gâcher tout le concept de l'entrainement, et elle affectionnait tout particulièrement le fait de tuer elle-même. Baptisant la neige des restes sanguins du collègue de son adversaire, elle n'attendait désormais plus que la charge du pauvre désespéré. C'est qu'il était désormais condamné à mourir, le bougre, par la lame ou la balle, il rejoindrait les abîmes. 

Mais, aussi rustre était My'tra, le continent et ses enfants n'en regorgeaient pas moins de surprises. Le messager était un fidèle d'Amisgal, maîtresse des vents, et l'anomalie ne le vit pas venir lorsque, d'une célérité insoupçonné, il lui fonça dessus à vive allure, lame en main. Sa blessure qui datait d'à peine quelques minutes faisait souffrir la jeune pupille. Mais elle se tenait toujours debout, tremblante, mais debout. Cela ne durerait probablement pas, cependant. Elle encaissa d'abord le genou du messager, puis son manche dans la tempe. Le front ensanglanté, la jeune fille avait été envoyée à terre. Elle se releva, peu prête à abandonner si tôt. Elle esquivait les assauts contondants comme elle pouvait, ripostait comme possible, tout cela pour la mener une nouvelle fois à terre. Son ennemi était trop rapide, c'en était presque injuste. Après tout, il utilisait la magie. 

Convulsant au sol, de par les nombreux coups de genoux qui lui avaient écrasé les os, l'anomalie était allongée, mains jointes devant ses yeux. Son regard était blanc, presque mourant, elle allait avoir vite fait de tomber inconsciente. Elle ne sentait presque plus les coups de pieds que lui assénaient son adversaire, alors qu'elle était recroquevillée sur elle-même ... c'était un sentiment si horrible. Elle se sentait inférieure à lui, elle se sentait impuissante, elle se sentait comme les moucherons qu'elle avait massacré durant toute sa vie. Et ça, son ego ne pouvait pas l'accepter. Elle attrapa la jambe du messager et arracha l'un de ses carreaux au carquois qu'elle dissimulait sous ses fourrures. La presque inconsciente le lui ficha dans le creux du pied. Et, tirant sur son membre, elle fit dès lors choir. A cheval sur son ventre, elle tendit le poing gauche vers son menton et de sa manche sortit un nouveau projectile qui vint mettre un terme à la vie de ce salopard.

Elle se releva difficilement, boitant presque vers sa maîtresse, se tenant les côtes pour ne pas qu'elles lâchent. Traînant sa jambe, elle vint faire face à celle qui l'avait gardée sous son aile tout ce temps durant. Regard laiteux dans les yeux, la pupille les releva faiblement dans le regard de son instructrice.
En ... core ...

Et son corps lâcha sous le poids de la douleur et de la fatigue. Mais ses mots, elle les pesait. Et les jours qui suivirent, malgré sa convalescence, elle avait redoublé d'efficacité. Ses tueries étaient désormais instinctives et visaient les parties vitales, sans même passer par des douleurs préliminaires. Les my'trans devenaient de plus en plus faciles à éliminer, et leur sang ornait la neige de Khurmag. Aemy ne comptait pas s'arrêter avec un si bon début ... et pourtant. L'un des raids sur de simples maisonnées dont l'objectif premier était de faire sortir les quelques habitants un à un pour les affronter en duels s'était vu compromis. Là où les huttes ne laissaient penser qu'à un maximum de quatre personnes, ce furent une demi-douzaine qui en sortit, arcs en main et prêts à contrer l'offensive. L'anomalie fut incapable de rejoindre sa maîtresse, l'attention des chasseurs s'était portée sur sa propre personne. Elle dût fuir au plus profond des bois, pour n'y trouver qu'un geôlier avec lequel elle partagea presque une semaine de vie ... et en sept jours seulement, elle ramena de nombreux souvenirs de sa captivité.
~~~~~~~~~~ 


La jeune "prisonnière", pour le peu qu'elle l'était, avait fini par s'échapper presque contre sa volonté. Ce qu'il l'avait forcé à sortir n'était autre que la mort de son ravisseur, tué par une de ces vermines, esclaves des Architectes que l'on appelle; my'tran. Cette perte lui fit développer une profonde haine des citoyens du continent occidental. Mais, à part cette rancune, elle ramena d'autres mémoires de cette hutte qui l'avait hébergé une semaine durant. La louve de son ancien amant s'était retrouvée sans maître, et, comprenant ce que pouvait ressentir l'animal, la pupille à en redevenir l'emmena avec elle. Son nom était Nilfeïm, son pelage était de blanc et elle était démesurément grande. Elle arriva déjà aux hanches de sa maîtresse malgré ses deux années de vie. Et cette fille là, elle avait été entraînée pour la chasse, Aemy était convaincue qu'elle serait on ne peut plus utile. 


Au sortir de la maisonnée, l'invitée devenue propriétaire avait repris ses affaires. Sa formation n'avait été que trop interrompue, et elle avait tant de sang à faire couler, tant de têtes à faire tomber. Miséricorde au fourreau, arbalète en manche, fourrures sur le dos, elle était prête à retrouver sa tutrice. Elle reprit le Vulcain que les conséquences lui avaient forcé à garder, malgré le peu d'utilité qu'elle lui trouvait. La jeune fille dut cependant bien s'incliner. Exposant l'odeur qui traînait sur le fusil à l'odorat de sa nouvelle amie, elle lui fit confiance pour retrouver la piste de la véritable propriétaire de cette arme. Toutes deux marchèrent dans le vide pendant de longues heures, Aemy avait choisit évidemment la direction où elle s'était séparée de Sakari, vers le Nord. 

En lieu et place de sa maîtresse, elle trouva les chaumières qu'elle aurait dut annihiler la première fois qu'elle les avait vues. C'était la même famille que celle qui avait assassiné son aimé. Courroucée par ce fait, et nourrie au sein par la vengeance, la jeune femme décida que ces raclures avaient vécu bien assez longtemps. Nilfeïm grognait, elle reconnaissait l'odeur du meurtrier de son véritable propriétaire. Elles ne firent pas d'embûches, ni de stratagème. Les arcs étaient disposés au côté de l'entrée, facile d'accès, pour peu que les occupants ne sortent. La furie vint simplement frapper à la porte. Ce fut un homme qui vint ouvrir, l'un des chasseurs qui, une semaine auparavant la mirait avec les armes disposées à son côté. 

Bon sang Rodhrig, on ne t'attendait ...

Sa phrase se termina en gargouillis atroces, causés par la lame que la jeune fille vint lui enfoncer dans la gorge. Elle dégagea son cadavre sur le côté, et analysa brièvement la pièce. De visu, ils n'étaient plus que quatre à l'intérieur. Trois femmes et un homme. L'une d'entre elles s'était mise à hurler lorsqu'elle vit celui qu'Aemy devina être son époux, tomber derrière son assassine. Ce fut cette même femme qui se fit attaquer par Nilfeïm, qui lui sauta au cou et lui rompit les os de par ses puissantes canines. L'anomalie, quant à elle, se résolut à utiliser l'arme à feu. Elle la glissa hors de son dos et mira l'homme à sa droite, dont la balle vint creuser un trou béant dans la cage thoracique. Jetant le fusil sur le côté, elle entre pleinement dans la pièce, s'approchant des deux survivantes. Les rouages de son arbalète cliquetaient alors que le carreau s'amusait à s'échapper de sa manche, en allers et retours. 


Vous ! Sale catin ! J'espère que Khugatsaa aura justice, que votre tête fini...

Le projectile de poing finit dans le crâne de l'impudente. La furie vengeresse vint s'accroupir devant la dernière de la maisonnée. Elle était terrifiée, paralysée par la disparition soudaine de ses proches, cela se sentait sur son visage, et même son odeur puait la peur. La louve avait fini de tourmenter sa victime qui était depuis longtemps passée de vie à trépas, et, avait rejoint le côté de sa nouvelle maîtresse. Celle-ci arborait un regard si noir, si sérieux. Sa psychose d'autrefois s'en était presque exilée au profit du désir de revanche. Elle toisait la chienne qui avait osé aimer celui qui avait donné la mort à l'une des seules personnes à laquelle elle vouait tant d'affection.
 

Tu diras à Khugatsaa que ses enfants vont le rejoindre par milliers. Vous six, n'êtiez que de la courtoisie.

Elle se leva, tournant le dos à la veuve qu'elle avait laissé tremblante, et désormais proie aux crocs acérés de Nilfeïm. Et sous ses hurlements, elle traîna les corps déjà meurtris de ceux qu'elle avait tué au centre de la place en pierre qu'ils avaient créé pour faire flamboyer le feu. Mais, cette fois, ce ne fut pas le bois qui fut utilisé comme combustible, mais bien la chaire. Une fumée noire et mortuaire s'élevait de par-delà les pins et l'odeur de mort ornait l'air si frais de la forêt. Tout ce qu'attendait désormais la pupille, c'était que sa maîtresse à elle ne revienne. Elle était excellente traqueuse après tout, elle avait toute confiance qu'elle la retrouverait avec de telles pistes. Et, assise devant la flamme, caressant le poil de sa louve, la jeune chasseresse se jurait tant de fois qu'elle éliminerait chaque enfant des dieux qui croiserait sa route, jusqu'à ce qu'il ne reste plus un seul pour respirer.


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Dernière édition par Ophélia Narcisse le Ven 18 Mai - 7:28, édité 2 fois
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Sakari Naasoqineq
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Lun 19 Fév - 22:40
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Profession : Homme de main
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Pendant le combat de son apprentie, Sakari avait longuement hésité à intervenir. La bouche de son canon n’attendait qu’à pouvoir tonner pour libérer Aemy de cette souffrance. Au fond d’elle, elle espérait qu’un événement, un coup du sort, une friction inattendue fasse pencher le duel en la faveur de cette petite. Ce fut naturellement le cas. Ces heures passées régulièrement à s’entraîner à l’arme de poing avaient diffusé de bons réflexes. Elle avait encore beaucoup à apprendre, ceci dit.
    L’attaque, dans un combat, est quelque chose d’aisé. Pourfendre son adversaire est la partie la plus simple. Ce qui est réellement difficile, c’est de pouvoir se défendre. On reconnaît un grand guerrier non pas à sa capacité à tuer nais à sa capacité à rester vivant. Tout le monde, même un paysan armé d’une fourche, peut tuer quelqu’un et mourir glorieusement sur un champ de bataille. Il est bien plus difficile de survivre. C’était du moins ce qu’on enseignait chez les Nunaqortoqut, pour qui le moindre mort dans leurs rangs était une perte grave, au vu de leur faible population.
    Ce combat permit à Sakari de savoir qu’il faudrait centrer son enseignement sur la parade, la garde, l’esquive et l’utilisation du terrain. Des disciplines ardues et techniques, mais la pugnacité dont faisait preuve son apprentie était si belle à voir – et en même temps si terrifiante ; aucun humain ne réagirait comme ça – que cela ne faisait aucun doute qu’elle y arriverait.

    On sait qu’un élève est dévoué et compétent quand il apprend par lui-même, indépendamment du professeur. Jamais Sakari n’aurait voulu enseigner à Aemy la façon directe, précise et chirurgicale qu’elle avait de tuer. C’était avant tout un professeur de survie, pas de meurtre ; un chasseur et pas un guerrier.
    Elle aimait de plus en plus son apprentie. Elle lui faisait penser à un jeune enfant un peu perdu. Ce qui était assez cocasse, vu qu’elles avaient le même âge. Pour avoir un tel caractère, Aemy devait être passée par le feu et la mort, et sa résolution martiale attirait le profond respect de Sakari, qui en règle générale aimait les jeunes et les combattants de talent.
    Ce fut donc pour elle une grande tristesse et une grande source d’inquiétude quand elles furent séparées. Ça aurait dû être une mission normale. Sakari ne saurait pas dire ce qui avait coincé. Un manque d’observation de sa part, une réaction plus efficace que prévue des locaux, la contingence. Aemy devait nettoyer une maison pendant que Sakari s’assurerait arc à la main que personne ne les dérange. L’assaut des gens de magie avait été soudain, invisible. Les arts khurmis étaient réellement fascinants pour ça. Dès que Sakari se rendit compte du rapport de force, elle dut fuir dans la forêt, où elle était très à l’aise, laissant son apprentie dans leurs griffes.

    Les jours suivants furent une traque. Sakari poursuivit sans relâche les ravisseurs. Elle avait une responsabilité envers Aemy, et son manque de jugement avait causé la capture de celle qui était sous sa charge. Certes, les My’trans n’étaient pas les Khashans, qui dévoraient leurs prisonniers, aussi elle était presque certaine que si elle avait été capturée vivante c’est que ses ravisseurs entendaient bien qu’elle le reste. D’un autre côté, les terribles exactions commises par les deux femmes pouvaient très bien pousser ces gens à se venger de façon exemplaire.
    Hélas, elle ne connaissait pas aussi bien le terrain que ses proies, et ceux-ci pouvaient utiliser leur science de l’illusion. La magie. Quel art fascinant. Plus Sakari y était confrontée, plus elle l’appréciait. Elle aussi, avait à apprendre beaucoup de choses.
    Le tempérament des chasseurs de son peuple est tel qu’on s’interdit de penser au sort de ceux qu’on cherche. Aussi dur que cela puisse être, quand on est en mission pour sauver quelqu’un, on se doit de bien dormir, d’être prudent et concentré, car surtout quand on est en grave sous-nombre, la moindre erreur est souvent fatale. Sakari se refusa donc de s’inquiéter pour Aemy. Ce ne fut pas aisé, bien au contraire, mais les années d’expérience avaient profondément ancré en elle que se tourner et retourner sous sa couette en imaginant les pires scénarios n’aide pas à sauver quelqu’un. Et à dire vrai, la résolution sans faille dont avait fait preuve Aemy la poussait à être au moins aussi forte dans l’adversité.

    La traque de Sakari se trouva être infructueuse. Du moins, pour ce qui était des poursuivants. Après des semaines de recherche, elle eut vent, dans un petit village isolé où elle avait fait une halte afin d’obtenir des rumeurs sur une Daënare capturée, que des attentats atroces avaient été commis pour la seconde fois au village où l’élève et le maître s’étaient séparés.
    Intelligent. Aemy avait réussi à s’en sortir, et pensé à revenir à leur dernier point de rendez-vous, puis à signaler qu’elle était passé par là. Du pur génie. Jamais Sakari n’y aurait songé. C’était aussi très courageux, car elle avait pris d’assaut le lieu à elle toute seule. Bon, certes, elle avait son Vulcain, qui était un compagnon inestimable dans les situations d’urgence, mais tout de même. Au moins, ce temps de captivité n’avait pas été perdu, si on pouvait dire.

    Une fois arrivée au village maintenant vidé de ses habitants, Sakari commença à traquer son apprentie. Le fait qu’elle soit une amatrice aidait, à dire vrai. Elle n’excellait pas dans l’art de dissimuler ses traces. Et semblait accompagnée d’un canidé. Après encore quelques jours à crapahuter dans la neige, les deux femmes se retrouvèrent.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Ophélia Narcisse
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Mar 20 Fév - 12:32
Irys : 1171243
Profession : Fugitive, Meurtrière, Barmaid
Pérégrins -1 (femme)
Les terres paisibles qu'étaient les contrées de Khurmag avaient perdu leur teinte blanche, s'ornant d'une pigmentation écarlate qui se brisait sur le sol, subtilisé à leur propriétaire de la moins subtile des manières. Les maisons ne vivaient plus, et les habitants étaient devenus muets. Il y avait une odeur de mort dans l'air, accompagné par une odeur de charogne, comme des intestins que l'on laisse exposés au gré de la brise, aussi froide fut-elle. Les braises étincelantes s'envolaient vers les cieux, accompagnants les âmes fauchées dans ce bas lieu. La torche qui servait autrefois à allumer la réconfortante flamme qui réchauffait les chairs du village, était devenue un outil pour purifier les habitations, autant le bois, que les corps destitués de vie. Il ne restait plus que cendres, sang et décomposition. Depuis leur perchoir, les dieux attestaient de l'extinction de leurs enfants, ne pouvant que laisser tomber la neige sur leurs peaux meurtries. 

Aemy, elle, se baladait entre les maisons pour trouver des survivants, la moindre trace de vie à éliminer. Avec une ardente véhémence, proche de la folie, elle fouillait chaque recoin, chaque meuble, le moindre lit et la moindre couverture pour trouver ne serait-ce qu'un seul être qui respirait encore. Sa purge s'était prolongée sur de longues heures, après qu'elle se soit assurée que tous ceux qui étaient aptes à manier une arme avaient été renvoyé vers les nuages. Il ne restait plus que les jeunes gens, pourvu qu'il y en ait seulement des survivants. Derrière ses pas, la pupille laissait des êtres gisants, les yeux tournés vers leur destination prochaine, un filet de bave ensanglanté leur coulant de la bouche. Eventuellement, lorsqu'un chanceux rescapé devait se faire retrouver par l'anomalie, elle mettrait fin à ses jours avec une vitesse qui ne laissait pas même une seconde d'hésitation transparaître. Non, elle avait été bien trop douce avec ces misérables rats, et elle avait perdu un être tant aimé. Jamais, plus jamais les my'trans n'auraient de seconde chance, plus jamais un miracle ne surviendrait, pas tant que la cendre recouvre la neige. 

Et elle marchait, trouvait un survivant, le renvoyait à Khugatsaa, et continuait à marcher. De sa main gauche, la jeune femme caressait l'encolure de sa louve qui s'était révélée être aussi dissuasive que meurtrière. De par sa grande taille, elle disloquait les cous avec une puissante emprise, sa mâchoire impitoyable passant aussi bien à travers la chair que les os. Nilfeïm avait fait ses preuves en tant que chasseresse, mettant fin aux courses de ses proies avec bien plus d'efficience qu'une traqueuse moyenne. Tout comme sa nouvelle maîtresse, elle était animée d'un sanglant instant, guidé par l'odeur du meurtrier de son véritable propriétaire, qui hantait le village. Chaque habitant en portantla marque, et chacun d'entre eux s'était vu distribuer leurs légitimes punitions. 

Toutes les deux continuaient le long du chemin central du petit hameau. Regardant à gauche, elle vit cadavres et cendres, regardant à droite, elle vit sang et ruines. Il semblait bien que le ménage avait été fait, du moins, sur le plan visuel. La louve, elle, savait bien mieux comment pister les rats. Elle reniflait l'air, chassant la moindre empreinte olfactive d'un être vivant qui respirerait encore. Après quelques secondes d'immobilité, elle se mit à courir dans une direction fixe, derrière une des cabanes qui avait été la moins ravagée par le feu. Un hurlement se fit entendre depuis la façade extérieure, alors qu'un grognement retenti. La pupille s'y dirigea avec hâte, Vulcain en main. Et, derrière la maison, elle vit sa fidèle amie retenir la gorge d'une jeune femme adulte entre ses crocs. Nilfeïm l'avait maintenue en vie, sa nuque ne s'était pas encore faite brisée. Elle était incroyablement bien élevée, habituée à garder ses proies vivantes pour que le chasseur décide de son sort. Alric avait fait un incroyable travail de dressage. Prenant sa miséricorde dans sa main droite, elle s'agenouilla au côté de son animal, toisant la condamnée avec un regard suintant de mépris.

Dis-moi où sont tes amis et tu vivras.


Vous ... V ... tous ... vous les avez tous ... tous ... Elle bégayait, prise entre la peur et la mort.


Vraiment ? Bien.


Elle ne sali pas sa lame, elle n'en avait pas besoin. Elle se releva simplement et laissa sa fidèle amie s'occuper de sa captive avec un seul mot d'ordre.

Nilfeïm. Tue.


Et avec un grognement féral, la louve s'exécuta de briser le cou de la pauvre fille qui s'éteignit en une complainte désespérée, alors que ses sanglots s'envolaient vers les cieux. Ce n'est qu'à ce moment-ci qu'elle remarqua que sa tutrice l'avait enfin retrouvée, elle était certaine qu'elle lui reviendrait. Elle était plus douée qu'elle pour survivre, et aussi pour traquer. Alors, sa pupille se releva et dirigea son regard vers elle. Non plus de la docilité à toute épreuve, c'était une haine nouvelle qui s'était immergée dans ses yeux. Si elle n'avait rien contre ses victimes autrefois, désormais, elle avait bel et bien une raison de massacrer les moucherons. La louve commença alors à grogner en voyant la formatrice, s'approchant doucement. Mais une douce main sur son pelage vint l'en dissuader, elle ne pouvait pas clairement lui expliquer que c'était une amie, mais le toucher tendre sur le dos indiquait qu'elle devait se calmer. La pupille revint alors à sa maîtresse, la canidé à sa suite.

Sakari ... encore. J'en veux, encore.


Ce n'était plus la même supplique de continuer l'entrainement, désormais, les massacres avaient une double visée, déferler sa vengeance, en plus d'apprendre l'art du meurtre. Si les rumeurs s'étaient élevées, cela était pour le mieux. La terreur devrait s'installer, la peur devrait venir mordre les intestins, le sang devrait jaillir dès la plus maigre entaille. L'hémorragie allait bientôt surgir, la plaie était encore si peu entamée, mais le couteau remuait dans la chair de Khurmag. Ce n'était pas assez.

Vous vous souvenez de ces hommes qui maîtrisaient l'air ? Je veux les tuer, eux. Tous. Tous autant qu'ils sont. Chaque enfant des dieux doit mourir.


Ses yeux étaient brillants, comme si elle allait pleurer, mais ils étaient tout aussi rouge de la rage qui l'envahissait. Non, elle avait définitivement perdu de vue la visée première de cette formation. Seul le génocide importait désormais, seule la mort pourrait répondre de celle d'Alric. 


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Sakari Naasoqineq
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Mer 21 Fév - 21:20
Irys : 732966
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
Étant un modèle de constance, ayant su rester inaltérée par les changements drastiques qui avaient parcouru sa vie, ayant érigé comme principe de rester solide et inébranlable dans l’adversité, le moins qu’on puisse dire, c’est que Sakari fut terrifiée de voir qu’elle avait retrouvé un monstre. Instinctivement, elle serra le poing sur son couteau. Certes, la vie des étrangers n’avaient pas une grande valeur à ses yeux, mais on peut tout de même conserver un certain sens de la mansuétude. Surtout que ses crimes porteraient la marque de son professeur.
    Il n’est pas foncièrement grave de tuer, c’est un acte normal, mais ce qui dégoûtait profondément Sakari, sans qu’elle sache l’exprimer, c’était sa suggestion de génocide. De tuer pour tuer. De rompre un équilibre. Si Sakari n’appréciait pas particulièrement les Mÿ’trans, elle ne les haïssait pas non plus, et respectait leur culture et leur science. Le monde avait produit de façon étrange la dualité entre les gens de technologie et ceux de magie, et même si l’un devait un jour prendre l’ascendant, il serait très néfaste que les deux disparaissent. Ce serait priver le monde de la moitié de son savoir.
    Aemy proposait en sus un crime contre la vie elle-même, pas contre ses seuls représentants. Dans les guerres khashanes, les Nunaqortoqut n’exterminaient pas ; ils limitaient la population. Il ne fallait pas briser l’équilibre en place. C’est en partie grâce à cette menace permanente que les gens de son peuple étaient aussi forts et nobles. La guerre était un bienfait pour leur société, car elle la réunissait, et faisait se tisser des amitiés et coopérations dans le cœur de la bataille qui seraient impensables en temps de paix.

    Mais la guerre n’avait rien à voir avec l’extermination. La volonté d’Aemy était totalement contraire en tout ce en quoi Sakari croyait. Elle ne pouvait pas ne pas agir. Heureusement, elle avait gardé des balles en bois pour cette occasion. Tâchant de feindre au mieux l’amicalité, elle s’approcha de sa disciple.
    « Hé b-ben… Ça f-fait du bien de voir que t-tu vas b-bien… »
    Un étrange mélange de colère et de peur faisait trembler sa voix. Il était impensable, la connaissant, d’accuser le froid. S’en rendant compte, Sakari inventa une excuse.
    « C’est rien, c’est… L’émotion… Je ne suis f-faite un s-sang d’encre. »

    Il fallait la distraire le temps de changer ses munitions. Il faudrait aussi endormir ce gros loup.
    « Bon, c’est bien, mais par mesure de sécurité, on va gagner les bois. T’as l’air plus solide que quand je t’ai quitté, mais on ne va pas prendre de risques. »
    Parler de son domaine d’expertise aide à se remettre en confiance. Sa voix se fit plus assurée, ses gestes plus précis et sa perception plus claire. Sakari conduit Aemy à l’écart du village, où elles seraient plus tranquilles.

    Alors qu’elle assurait l’arrière,garde, supposément pour veiller à ce qu’aucun poursuivant ne les repère, elle changea ses balles en plomb contre des versions en bois, qui provoquaient de très vives douleurs mais ne pouvaient percer la peau. Elle attendit le moment propice, et tira deux coups rapides. Le premier sur le crâne de la louve, ce qui l’assomma sur le coup, et le second dans l’omoplate d’Aemy. Malgré la très faible distance, elle avait loupé son tir dans la tête, qui aurait pu la faire tomber dans les pommes. Le coup fut suffisamment fort pour faire basculer Aemy vers l’avant, surtout vu sa faible constitution.
    Sakari se précipita sur elle et décocha une autre balle dans le front. Ça avait dû être extrêmement douloureux. Un peu comme prendre un coup de poing, à 330 mètres par seconde. Elle s’en tirerait avec une bosse de très belle taille.

    La louve fut saucissonnée, muselée à la grosse corde et attachée à un arbre, auquel Aemy fut à son tour ligotée. Sakari était à ses côtés, entretenant son matériel en attendant qu’elle se réveille. Elles auraient à discuter, un peu.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Ophélia Narcisse
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Mer 21 Fév - 22:26
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L'attitude de la tutrice était bien étrange, mais rien d'extraordinairement ressortant. Aemy se contenta de pencher la tête lorsqu'elle entendit les tremblements dans la voix de Sakari, elle était loin d'être mentaliste, et lire sur les visages, elle ne savait le faire qu'avec trois émotions, la peur, la douleur et l'affection. Ce dernier trait n'est qu'un récent ajout, du aux nombreuses rencontres qui ont forgé un semblant d'humanité à l'anomalie. Mais, dans son état, c'était comme si elle avait tout oublié,  comme si elle avait oublié l'asile, comme si elle avait oublié l'Alizé, comme si elle avait oublié Kelmina et même Alric. Ce n'était pas de sa faute, tout ce qu'elle savait c'était que les my'trans avaient tué son amant. Elle était si ignorante, elle s'était trouvée une raison de tuer dans la rage. Oui, elle n'était plus qu'un monstre avide d'âmes. Cependant, elle esquissa un fin sourire lorsque sa tutrice lui évoqua la vivacité de ses émotions. C'était assez touchant, de savoir que quelqu'un se faisait du soucis pour soi. 

Et la traque allait aussi reprendre, désormais. Nilfeïm avait toujours les crocs échauffés pour du sang, innocent ou non, peu importait. Les enfants des dieux étaient condamnés. Alors, hâtive dans ses pensées, la pupille s'en prit les devants sur ordre implicite de sa formatrice. Le compliment était bon à prendre aussi, mais les flatteries n'étaient pas vraiment de l'ordre de la jeune fille. Evidemment, elle ne s'en vexa pas pour autant. Cependant, elle n'accordait plus autant de valeur à ses progrès. Une semaine auparavant, cette simple remarque lui aurait fait redoubler d'efforts, juste parce qu'elle savait qu'elle serait en mesure de mieux protéger ce qui lui était cher. Mais la cause n'était plus là, ce qui comptait désormais était l'objectif. 

Ses pas résonnèrent donc en écho à ceux de sa louve qui reniflait le sol de la forêt, vérifiant la présence d'autres éventuels rescapés qui, par un instinct de survie, avaient rejoint les bois pour échapper à leur mort. Il était presque certain que les rats devaient s'être cachés entre les feuilles, alors, le regard d'Aemy vadrouillerait sur chacune d'entre elles jusqu'à ce qu'un bout de chaire ne se fasse voir. Le projet sécuritaire de Sakari avait été confondu avec "projet de raid", l'interprétation qu'en avait fait la pupille avait très clairement été biaisée par sa haine aveugle. 

Mais la traque ne dura pas plus longtemps, un impact avait retenti derrière elle, et sa louve en paya les frais. En un couinement, la pauvre bête fut envoyée valser dans le royaume des rêves. Fixant son animal, n'identifiant aucune plaie ouverte, l'attention de la jeune femme ne s'était même pas porté sur le coup de feu derrière elle. Un second retenti, et Aemy se sentit projetée en avant, sans même sentir de douleur à son dos, sur lesquels se parsemaient ses cristaux de magilithe. Elle trébucha sur la neige, sans comprendre ce qui venait de la pousser et tentant de se redresser. C'est alors qu'elle vit le fusil de sa propre tutrice se pointer sur elle. Ses yeux s'élargirent le court d'un instant, laissant sa formatrice apercevoir son regard sanguin. Mais il ne dura pas. La balle la mit complètement hors d'état de raisonner, ni même de bouger à vrai dire. Elle tomba inconsciente, son visage se noyant dans l'amas de neige au sol.

Lorsqu'elle se réveillait, elle se retrouvait attachée par de nombreuses cordes qui maintenaient ses mains derrière son dos. Plus que ses poignets, tout son corps était noué. Grognant, elle tenta de secouer les cordes pour s'en soustraire, en vain. Son regard se déposait frénétiquement autour d'elle. Elle vit d'abord sa louve, dans le même état qu'elle, puis, elle vit celle qui était responsable de ceci, en train de faire l'entretien de ses propres ressources. Aemy entendit ses cristaux frotter contre l'écorce d'un train qui était bien plus large que nécessaire. Cet arbre là, elle ne pourrait jamais le briser. Elle remua pendant encore de longues secondes, avant de voir Nilfeïm l'imiter. Ce simple fait lui fit s'arrêter, déposant des iris tristes sur la pauvre fille qui se débattait en vain.

Nilfeïm ! Calme ! Nilfeïm !!


Elle ne reçut en réponse que des couinements qui lui perçaient le coeur. C'était absolument intenable à entendre, l'anomalie pouvait à peine supporter les complaintes de la bête. Celle-ci avait émise les mêmes lorsqu'elle avait assisté au meurtre de son propriétaire, de pleurs férals qui étaient lourds de sens pour Aemy. Elle aussi, elle avait tant pleuré, et ces râles bestiaux lui firent se remémorer le cadavre de son bien-aimé. La captive serra les dents, redirigeant un regard de foudre vers sa tutrice, expirant de lourdes brises par le nez. 

Explique-moi.


Le ton était de marbre, l'intonation d'acier et le message on ne peut plus clair. La confusion s'était semée dans l'esprit de l'anomalie, qui se pensait avoir été trahie. Ses pensées firent la plus basique des connections ; elle n'était pas censée survivre à ce raid. Mais elle était bien vivante, grâce à Alric, et Sakari avait été rachetée pour recorriger le tir. Ce raisonnement émis devint la ligne de raison de la pupille qui mirait désormais sa formatrice comme l'on toise la dernière des raclures. 


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Sakari Naasoqineq
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Sam 24 Fév - 17:30
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L’apprentissage de Sakari n’avait manifestement pas été inutile, car Aemy avait su instantanément apprécier le rapport de force, mais garder sa dignité ; deux qualités indispensables en combat. Son regard était traversé d’un mépris suintant, qui n’étonnait Sakari que à cause de son intensité. C’était étrange qu’elle ressentit une répulsion aussi profonde et violente pour sa tutrice, car pour autant qu’elle le sache, ça ne pouvait être là qu’un exercice surprise. Si cette idée n’avait pas ne serait-ce que frôlé l’esprit d’Aemy, c’est que toute la servilité dont elle avait fait preuve s’était envolée. Et avec elle, une forme d’amitié, ou du moins d’appréciation, entre les deux femmes. Du moins, pour minimiser autant que possible leur relation, un certain respect mutuel.
    Son ton indiquait assez clairement qu’elle se sentait trahie. Sakari, qui avait longuement travaillé à Aildor, savait le repérer avec une grande exactitude, et en connaître toutes les nuances. Ce n’était pas un simple coup du sort infligé par un employé quelconque. Aemy avait reçu un choc à l’esprit d’une inimaginable violence : celle à qui elle avait confié sa vie et que manifestement elle avait cherché pendant longtemps lui tirait une balle dans le dos vingt minutes après leur rencontre.
    Il devait y avoir beaucoup de confusion dans son esprit, qui se muait en haine irréfléchie. Le langage corporel d’Aemy dévoilait qu’elle avait le cerveau en ébullition, et que sans aucun doute, si les liens se desserraient, il allait la pousser à tenter d’attaquer Sakari à main nue et avec toute sa fureur. Mais même la rage la plus aiguë serait insuffisante pour vaincre une professionnelle en permanence sur ses gardes. Et même si Aemy le savait, et ce devait sans doute être le cas, sa haine semblait bien trop profonde pour être inhibée.

    Que pouvait Sakari face à cela. Elle avait été élevée dans l’idée que tout est harmonie et équilibre. Son peuple massacrait des Khashans, les Khashans dévoraient les siens, c’était ainsi depuis des siècles et rien n’y changerait jamais. À Aildor, on se trahissait et se trahissait encore en retour, puis on s’alliait à nouveau. Tout était intérêt, tout était calcul. Dans ces deux univers, il n’y avait que peu de place pour la haine.
    Ce sentiment n’avait été rencontré qu’à deux reprises. Chez les gens de ville et les gens de magie ; qui ne pouvaient pas se supporter et abhorraient tout ce que l’autre faisait, et chez les faibles écrasés par les forts. On a pas besoin de la haine, quand on peut se venger à l’aildoraine ; en faisant un coup fourré. Mais pour y arriver, il faut au moins de l’intelligence et du temps.
    Ainsi, pour Sakari, la haine était réservée à ceux qui étaient aveuglés ou à ceux qui étaient faibles. Aemy lui semblait appartenir aux deux catégories.

    Elle était venue vers elle pour devenir plus forte. L’entraînement n’était à la base sensé qu’être physique, pas tellement mental, ou que en surface. Au vu du carnage précédemment perpétré, la partie physique semblait au point. Ces semaines d’isolement avaient été mises à profit pour mettre en application tous cet apprentissage. Maintenant, il allait s’agir de lui donner un enseignement plus important. Avoir une puissance demande à savoir comment s’en servir. Ce n’était pas pour rien, que, à Nunaqortoq, on apprenait à tuer, et à se comporter comme il fallait devant le fait d’ôter la vie, avant d’apprendre à combattre.
    Le problème étant que c’étaient les mères et les pères que se chargeaient de cet enseignement, et sur de très jeunes enfants. Or, Sakari n’avait jamais porté d’enfant. Elle avait eu à faire la nounou pour des amies à elle, ou à être le garde du corps de quelque poupon héritier, mais ça s’arrêtait là. Comment adapter à une adulte ce qu’on enseignait à des enfants quand on ne sait même pas comment l’enseigner tout court ?

    Réponse simple, pour Sakari, car elle était incapable de produire le raisonnement ci-dessus : en suivant son instinct.
    Elle se leva, laissa ses armes dans la neige, hors de portée d’Aemy – mais pas d’elle-même –, se pencha sur son apprentie et la prit dans ses bras. La fourrure épaisse, et la poigne de Sakari, tendre mais ferme, ainsi que sa masse qu’augmentait le manteau blindé, interdisait tout geste de la part d’Aemy, qui était ainsi blottie dans le chaud et le doux.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »


Dernière édition par Sakari Naasoqineq le Dim 25 Fév - 6:19, édité 1 fois
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Ophélia Narcisse
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Sam 24 Fév - 18:37
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Un ... câlin. Rien qu'une étreinte. Une marque d'affection en somme. Qu'est-cela signifiait ? Aemy avait clairement demandé une explication, pas la moindre pitié, ou bien une sommation à la forme incertaine. Non, elle voulait que les choses soient claires, elle voulait savoir pourquoi sa louve et elle avaient du être mises hors d'état de nuire. Et à la place de formalités verbales lui exposant le comment pour en terminer par le pourquoi, elle recevait ... ça. Qu'est-ce que c'était simplement ? Pas le geste, mais ce saut d'humeur, elle connaissait très bien le principe d'une étreinte, c'était pour montrer une certaine forme d'amour, mais la situation ne s'y prêtait pas ! Elle était prête à se détacher, à lui sauter dessus et à lui arracher la gorge, comme la traitresse qu'elle était. L'anomalie sentait déjà la sanguine odeur de sa chair alors qu'elle lui romprait le cou. Alors ... pourquoi ? 

Qu'est-ce que tu fais ?! LÂCHE-MOI !


Sa voix grognait du fond de sa gorge, à la manière de son animal. Sakari se tenait juste là, juste devant elle. Il aurait été si simple de la mordre jusqu'à lui briser les os, et les dieux savent que ce n'était pas l'envie qui manquait à la captive. Mais, rien n'y fit, peu importe à quel point elle serrait les dents, tout était bien trop confus. Prise dans la tourmente, la jeune fille ouvrait sa mâchoire et la refermait aussi sec et à chaque fois que ses canines frottaient les unes contre les autres, elle regrettait de ne pas les avoir refermé sur les clavicules de sa formatrice. Son regard était inondé de rage, mais oscillait vers le ciel, perdus dans le tumulte de ce qu'il se produisait. Victime d'une colère, succombant elle-même à une étrange suffocation, elle dériva ses pupilles le cou de la tutrice. Pourquoi est-ce que cette idiote agissait de la sorte ? Pourquoi est-ce qu'elle agissait comme ... comme ...

... elle s'était débattue jusqu'à ce que cette pensée ne vienne lui effleurer l'esprit. Tout lui revint, comme si tout avait disparu, alors que rien ne s'était jamais enfui. Elle avait oublié qu'il y avait des gens qui lui avaient autrefois porté de telles marques d'affection, et pas une fois elle n'en avait compris les causes. Que ce soit Alric, ou bien Kelmina, et même ces abrutis de Pedro et Eylhor, tous l'avaient aidé d'une certaine manière. Et, encore une fois, elle se retrouvait bien impuissante face à ce geste. Noyée dans sa confusion, sa voix s'enrouait alors que la jeune fille ne bougeait que sobrement entre les bras de sa formatrice. 

Po ... pourquoi vous me faîtes ça ...?!


Elle criait encore, toujours énervée de s'être faite traitée comme la pire des charognes. Méritait-elle vraiment de se faire punir ainsi ? Qu'avait-elle jamais fait d'autre que de venger de la plus légitime façon une mort innocente ? Et ceux qu'elle avait tué auparavant, tous étaient les pires des rats, de son docteur, jusqu'à l'idiot du village que Nilfeïm avait renvoyé à Khugatsaa. Aucun d'entre eux n'avait mérité la moindre once de pitié, ni dans le jugement d'Aemy, ni même  dans celui des dieux ! Ils avaient envoyé le meurtrier de son amant, ils avaient tout autant de sang sur les mains qu'elle s'en était tâchée ! Et de quel droit ... de quel ... bon sang !! Et la chasseresse qui ne s'arrêtait pas de resserrer son emprise ... Mais qu'est-ce qu'elle essayait de faire ...?

A ... A ... rrêtez ...


Sa voix tremblait de plus en plus, alors qu'elle avait complètement abandonné l'idée de se soustraire à l'étreinte. Son buste se secouait de violentes pulsions, alors que son coeur commençait à lui remonter dans la gorge. Elle sentait ses battements jusqu'à son palais, et son crâne se resserrait, lui infligeant une profonde migraine. Ses yeux se troublèrent, perdus dans l'horizon de ses pensées qui ne faisaient que s'amonceler dans un esprit si tourmenté. Il n'y avait toujours pas d'explication, toujours pas de raison valable. Mais Aemy s'en fichait. Elle en avait marre, si marre d'être toujours celle qui devait servir de monstre pour que les autres puissent se sentir humains. Elle en avait si marre que les cristaux dans son dos soient la seule raison pour laquelle l'anathème du destin ne soit tombé sur elle. Si marre ... de devoir pleurer à chaque fois qu'elle recevait la moindre marque d'affection.

... je v-vous ... dé ... teste.


Sa voix était bien plus paisible, mais bien plus attristée. Aussi, les mots qu'elle venait de prononcer ne laissait que sous-entendre le contraire à son instructrice. Une larme coulait le long de sa peau vitrée, aussi blanche que la neige sur laquelle elle avait fait couler tant de nuances de rouges. Elle gémissait, tentant de restreindre ses pleurs. Dans l'encolure de son habit, il y avait un petit bijou qui se balançait. Une sphère de verre, dans laquelle se noyait une petite plume noire ... c'était un cadeau, un présent de sa mère. Elle avait oublié à quel point sa protectrice aimait sa déesse, elle avait oublié que la personne qu'elle aimait le plus sur ces terres était elle-même une enfant des dieux. Aemy laissa sa tête se cogner contre le tronc derrière elle, levant les yeux vers les cieux qu'elle avait repeuplé. Ce n'était pas ce qu'elle voulait. Elle voulait juste vivre paisiblement au côté de ceux qui l'aimaient, c'est ce qu'elle avait essayé de faire avec Alric, et une fois encore, quelqu'un lui en avait privé. 

Elle ne savait pas pourquoi elle vivait, à part pour sa famille. Sa seule utilité est d'avoir été aimée par une personne qui était saine d'esprit, elle. N'y avait-il donc pas autre chose qu'elle pouvait faire ...? Tuer, tuer, tuer, tuer, tuer, encore tuer. Non, le sang avait perdu sa saveur, il n'y avait plus de plaisir à le répandre, il n'y avait même plus de raisons. Elle avait cherché la force dans le meurtre, elle n'y a trouvé qu'une faiblesse supplémentaire. Sa migraine s'était renforcée, alors que ses yeux étaient ancrés du rouge caractéristique des larmes d'une jeune fille. 

Je ... veux rentrer ... je suis fatiguée ...


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Sakari Naasoqineq
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Lun 26 Fév - 1:12
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L’étreinte dura longtemps. Déjà parce qu’Aemy mit un certain temps avant de l’accepter, mais aussi parce que Sakari était crevée et trouvait là un réconfort bienvenu, et enfin parce qu’elle aimait ça. Il était doux, de sentir son souffle, qui se calmait et s’adoucissait lentement. On pourrait presque croire qu’il se calait sur celui, imperturbable, de sa tutrice, mais on ne saurait dire si ce n’était pas plutôt l’inverse.
    Les deux étaient dégoûtées du sang. Les raisons profondes d’Aemy étaient inconnues pour Sakari, mais elle connaissait les siennes propres très bien. Tuer, oui, c’est dans l’ordre des choses. Mais la question du pourquoi, du but, restait vivace. Alors certes, parce que Ludounet l’avait demandé. Mais elle avait accepté de mettre sa lame à son service, et n’avait pas agi sans une extrême cruauté. Elle aurait tout aussi bien pu retourner chez elle. Son patron était de toutes façon inaccessible, et un étranger.
    La question sous-jacente, c’était pourquoi avoir quitté Als’Kholyn. Elle n’avait pas trouvé quoi que ce soit à protéger, à aimer, dans ce monde. Alors qu’elle avait tant voyagé, nulle lieu , dans ces terres inconnues, ne pouvait être appelé un foyer. Ce devait être pareil pour son apprentie. Rentrer. Mais où ? Elle était du pays des villes. Avant même de savoir où elles devaient précisément se rendre, il faudrait déjà parvenir jusqu’à la côte.
    Heureusement que la vie de Sakari était faite d’action et de tension aussi grandes que de devoir traverser la moitié du pays poursuivie par une armée. Sinon, elle cogiterait trop.

    Il fallut desserrer l’étreinte et se relever, détacher les deux nouvelles compagnonnes, préparer son équipement, établir un plan dans sa tête, et reprendre la marche. Il faudrait être discret et rapide. Depuis déjà plusieurs jours, des troupes de locaux traquaient les bandits, et la destruction du village n’allait pas les dissuader dans leur quête. À force, Sakari commençait à bien connaître les lieux, mais pas autant que ceux qui y avaient vécu toute leur vie.
    Ça n’allait pas être une mince affaire. Chaque jour, pendant des semaines, les deux femmes et la louve se déplaçaient en suivant un chemin complexe qui passait à travers bois, monts, vallées et cours d’eau, pour brouiller les pistes. Ça requérait de l’endurance, beaucoup d’endurance. Plusieurs fois, Aemy se trouva trimballée comme un sac à patates sur le dos de Sakari. Il n’était plus question de formation, ici, mais de fuite. Ce n’était pas la santé de son apprentie que était en jeu, mais leurs vies. Le temps n’était plus à la discutaillerie, à la théorie ou aux exercices. Les repas étaient froids, pris en marchand, la seule chaleur venait de petits gibiers tués et mangés crus alors que leur sang n’était pas encore gelé.
    Elles dormaient blotties, fourrure contre fourrure contre fourrure, en haut des arbres, pour échapper aux prédateurs nocturnes, accrochées à des cordes au tronc. Ces moments paisibles étaient mis à profit par Aemy pour recouvrer s a fatigue, et dormir profondément, et par Sakari pour veiller et ne dormir que d’un œil. Elle devait la protéger, durant ce voyage du retour, et rien ne devais l’en empêcher. Pas même la faiblesse physique d’Aemy elle-même.

    Après plusieurs interminables journées de marche dans le froid qui était encore plus mordant à cause de la lenteur de progression, les deux femmes arrivèrent enfin en vue de la côte. Elles avaient réussi sans se tailler un chemin dans le sang, et en se faisant à peine remarquer.
    C’était étrange. La dernière fois que Sakari avait eu son sens de la survie aussi aiguisé, c’était quand elle devait escorter sa famille, ses proches, à travers les blizzards de Nunaqortoq, lors d’une incursion khashane. Ses tripes et son cœur avaient déjà adoptés Aemy comme faisant partie des siens, et ce n’était pas peu dire. Et quand elle s’accordait un léger instant de réflexion, Sakari en venait à la réflexion que oui, son apprentie était devenue plus que cela. Elle était à sa charge. Elle se devait de la protéger. Voilà que, pour le temps d’une traversée, elle avait trouvé un but.

    Elles établirent un campement de fortune, dans un bosquet à l’écart de toute route. Une petite sieste de quelques minutes ne serait pas de refus.
    « Bon. On a atteint la côte. Le plus dur est passé. Tu veux que je t’emmène où ? C’est pas bien compliqué, on choppe un bateau de pêcheurs, on vole ce qu,il faut en bouffe, et on y va. En cabotant, on arrivera à un port, et de là, en s’infiltrant de nuit, on devrait pouvoir pénétrer un plus gros bateau qui fait la traversée. »
    Bien plus facile à dire qu’à faire, il est vrai, mais pas impossible pour autant.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Ophélia Narcisse
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Lun 26 Fév - 8:47
Irys : 1171243
Profession : Fugitive, Meurtrière, Barmaid
Pérégrins -1 (femme)
Le voyage du retour avait été long, sinueux, et périlleux. Partout, les deux "voyageuses" étaient recherchées et le seul couvert dont elles disposaient, c'était la nature qu'elles avaient hanté durant ce mois de formation. Si Sakari arrivait à tenir le rythme, Aemy, elle, pesait ses mots lorsqu'elle avait dit être fatiguée. Elle était beaucoup plus frêle que lors des formations, son énergie meurtrière, son instinct carnassier, il n'y avait plus rien, plus rien qui ne la poussait à rester debout, et les inconsciences étaient fréquentes. Dans son sommeil, elle pleurait de plus en plus souvent, et de plus en plus silencieusement. Elle voyait les visages de ceux qu'elle avait tué, l'implorant de les ramener à la vie, la tourmentant avec d'incessantes niaiseries de jugement et de rétribution. La jeune fille n'y connaissait rien à toutes ces choses, mais d'une certaine manière, elle les comprenait, son âme en saisissait les principales clauses, et sa propre signature s'était apposée d'elle-même sur le contrat de sa damnation. 

Mais, en dépit de cela, elle marchait, autant que ses jambes le lui permettaient, et lorsqu'elles la trahissaient, elle se reposait simplement sur sa tutrice, qui, elle, tenait  bien mieux. L'anomalie trouvait un réconfort dans les bras de Sakari, comme un souvenir qu'elle ne faisait que retrouver à chaque fois qu'elle se faisait porter. Heureusement qu'elle n'était pas plus lourde qu'un sac de vivres, la pauvre femme aurait eu bien du mal si elle avait été plus charnue. Mais, en dépit de l'environnement, de la traque incessante et du froid des plaines, la côte s'offrait aux deux voyageuses. Aemy savait parfaitement où elle voulait aller, elle voulait rentrer, rentrer chez Kelmina, elle avait vu assez de paysage pour les prochaines années. Maintenant, le seul pèlerinage qu'il lui restait, c'était jusqu'à l'Alizé. Aussi, la question de la formatrice trouva bien vite une réponse.

Au Tyorum, s'il te plaît ...


Elle était tellement plus calme, tellement plus apaisée, mais infiniment plus triste, aussi. Ses regrets ne s'arrêtaient pas de la toiser, la prenant des hauts et lui rappelant sa place en tant que mortelle. Tout ce qu'elle voulait désormais, c'était qu'on arrête de la chasser, bien que ce jour ne viendrait jamais. L'anomalie savait pertinemment que la seule liberté qui s'offrirait à elle serait celle de sa mort. Mais elle avait tant à faire avant que la faucheuse ne vienne l'effleurer, tant à protéger avant qu'elle ne rejoigne les cieux, ou les abîmes. Si son âme se concluait à sa passion sanguinaire, alors, elle devait l'avoir laissée à côté des cadavres des innocents qu'elle avait massacré. Elle n'attendait plus que le retour sur les flots.

Le plan était clair, comme il l'avait toujours été. Voler, s'en aller, mais cette fois, tuer ne serait pas une option, Aemy n'en avait plus le coeur. Il faisait nuit, ou bien assez sombre pour que l'on s'y confonde. Sur les quais improvisés, il y avait trois barques, l'une vide d'occupants comme de nourriture, l'autre vide de nourriture, et la troisième emplie des deux. Ils se limitaient à une paire de pécheurs, rien de dangereux au premier abord, mais la prudence était toujours de rigueur. Elles attendirent que la nuit soit complètement noire, laissant le temps au couple d'innocents d'aller se réfugier dans leur chaumière. Les deux femmes s'infiltrèrent sur l'un des radeaux, et commencèrent à en défaire les cordages pour qu'il s'amarre. Mais l'un des propriétaires, tiré de son sommeil par les quelques minces bruits qu'elles faisaient s'en était sorti de leur cabane, et avait commencé à courir vers sa barque. Si les voleuses avaient du sang froid, la louve, elle, avait de l'instinct. Du minuscule pont, elle commença à courir, avant de sauter à la gorge de l'étranger. A son habitude, elle le maintenait jusqu'à ce que sa maîtresse lui donne l'ordre de lui rompre le cou. Mais, cette fois, il fut tout autre. Alors que les voiles du bateau étaient prêtes, l'anomalie lança pour la première fois, une commande qu'elle n'avait jamais daigné prononcer.

Nilfeïm ! Reviens ! 


La canidé lâcha la gorge de l'étranger pour tourner la tête vers sa nouvelle propriétaire. Incompréhensive pendant une demi-seconde, elle regardait le bateau s'éloigner. Elle comprit alors que sa maîtresse allait la quitter, si jamais elle devait rester à terre. Alors, elle courut sur le bois de la passerelle, et sauta sur la barque, la faisant presque chavirer vu le gabarit de la bête. Voyant sa fidèle amie revenue à elle, la pupille prit son encolure dans ses bras et plongea les yeux dans son cou.

Assez tué, d'accord ? Assez. Plus jamais, d'accord ?


Et elle lui psalmodiait ces paroles au creux de l'oreille, alors que la barque s'en allait au gré de la lumière de la Lune. La louve, elle se laissait étreindre par la jeune femme. Celle-ci comptait la garder jusqu'à la fin, il était hors de question qu'elle la laisse s'en aller. Alors, sous les rayons de la nuit, Aemy s'endormit sur le pelage de l'animal.


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Sakari Naasoqineq
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Ven 2 Mar - 12:39
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Pérégrins -1 (femme)
Elle était mignonne, quand elle dormait. Impossible de ne pas éprouver une tendresse particulière pour Aemy, bien qu’elle eût le même âge que sa protectrice, et qu’elle s’était baigné dans des litres de sang, avec une frénésie qui avait quelque peu effrayé Sakari. Au moins, quand il s’agissait de meurtres, celle-ci évitait de se poser trop de questions et ne s’en félicitaient ni ne s’en blâmait. Après tout, elle faisait ça parce que sinon, c’eut été sa propre survie qui aurait été mise en danger. Aemy, c’était clairement autre chose. Et peur preuve : elle avait un foyer. Un point de rebli en cas d’urgence. Tous ne pouvaient pas en dire autant, dans cette barque. Enfin si, mais celui de Sakari ne pouvait être atteint en volant une barque.
     Les deux femmes accostèrent dans le port d’Éoril de nuit, et plutôt que de prendre des risques excédentaires en devenant des passagères clandestines, elles prirent un billet troisième classe. Leur poursuite s’arrêtait assez naturellement à la frontière de Khurmag. Finalement, Sakari, qui n’avait pas manqué de pester contre la division artificielle du monde en États et ères d’influences, trouvait bien commode que les lois s’arrêtassent passés une ligne imaginaire.


     La traversée fut sans histoire. Pour s’occuper, Sakari transmit un peu de savoir pratique à Aemy, tel que repriser un manteau, vider un lapin, entretenir ses lames, travailler le bois et le cuir, faire des nœuds, et quelques autres menues choses. Et elle s’amusa avec la louve, il faut le dire.
     Le navire accosta à Prorig. Sakari n’était jamais allé au Thyorum, aussi découvrir qu’il existait un endroit aussi chaud dans le monde ne manqua pas de la surprendre. Elle dut mettre son manteau dans son sac, ce qui vu son poids n’était pas vraiment idéal. Non, finalement, il y avait toujours des endroits à découvrir, dans ce monde, et des lieux qui étaient dignes d’intérêt. Elle ne connaissait pas le combat en terrain chaud, et ça allait sans doute être nécessaire à l’avenir.
     De voir ces paysages inconnus et tropicaux, ça l’avait requinqué ; elle était repartie pour un tour. Il y avait encore beaucoup à apprendre, à faire. Se vêtir des os d’un dragon, connaître la magie, manger une mangue.


     Mais pour l’instant, accompagner Aemy en lieu sûr.
     « Bon ! À partir de là, je te suis. J’vais tout de même m’assurer que tu arrives chez toi en un seul morceau. »

     La condition d’Anomalie de sa protégée n’avait pas échappé à Sakari, elle bien qu’elle ignorât en grande partie ce que ça signifiait réellement, elle n’était pas sans savoir que ces gens étaient soumis à une menace permanente. Naturellement, si elle eut su quoi que ce soit sur les Régisseurs, elle aurait emmené Aemy au-delà des montagnes de Marnaka, là où rien ne pourrait plus jamais l’atteindre.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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