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Chroniques d'Irydaë
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 Ce coeur qui battait pour moi.

Ophélia Narcisse
avatar
Mer 7 Fév - 0:59
Irys : 1356960
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Cela faisait plusieurs jours que j'étais à Khurmag, sous le motif d'une formation martiale, un entrainement, pour mon corps, comme pour mon âme. Car, si de l'innocence je n'avais que l'aspect, fatalement je m'en approchais de par ma faiblesse. C'était une erreur que je n'aurais su tolérer, et moins encore lorsque j'avais une vie à protéger. Rien qu'une seule, mais elle en valait tous les tourments que j'endurais, que j'infligeais. Mon voyage, mes actions, mes meurtres. Il n'existait pas une chose en ce monde qui n'aurait su me détourner de mon chemin, car pour l'existence qu'elle m'a offerte, j'en aurais fauché des milliers d'autres. Pas de regrets, pas de remords, ces sentiments, je les ai laissé à Hinaus, dans un coin de ma cellule. Et même après tout ce que j'ai fait, jamais je ne me suis sentie plus humaine. Je n'entendais pas les cris des innocents que j'abattais, je ne voyais pas le sang couler de leurs lèvres alors qu'ils me maudissaient dans un dernier soupir. Je ne voyais même pas à quel point les vies que j'achevais s'en retournaient en vain vers leurs créateurs. Ils mourraient, pour que je puisse vivre auprès de ma famille et je ne regrette pas la moindre fente que j'ai creusé dans leurs chairs. 

Dans le tumulte d'un conflit, ma formatrice et moi avions été séparées. Ce n'était censé n'être qu'une routine, un exercice de plus pour moi. Nous visions deux chaumières, l'une de bois et l'autre recouverte de paille. Torches en main, le plan était clair, brûler les deux habitations, et massacrer ceux qui les habitaient. Mais, les murs cachaient bien des choses à nos yeux, et il y avait du monde dans ces bâtisses, et, seule dans mon entrainement, je dus abandonner la tâche qui m'avait été donné. La neige entourait ces cabines, et de là où j'étais positionnée, je ne pouvais pas rejoindre mon instructrice sans m'exposer aux flèches des pauvres misérables qui avaient fui le feu. Mon seul refuge se trouva être une bute de neige derrière laquelle j'avais plongé. Laissant mon corps ne faire qu'un avec la blancheur du sol, je m'étais fondue dans l'étendue gelée. Les chasseurs m'avaient perdue, après que je ne dus ramper pour ma vie. 

Je ne me relevai que lorsque je fus assez loin, et que seuls des animaux ne subsistaient autour de moi. Laissant mon teint laiteux s'estomper, je repris mon aspect naturel, et mes vêtements chauds redevinrent ceux qu'ils avaient toujours été sous leur fausse apparence. L'or blanc s'était mêlé avec mes cheveux, et je sentais l'humidité gagner le haut de mon visage, puis couler dans ma nuque, envoyant un frisson tout le long de mon échine. De ma manche gauche j'activais mon arbalète, vérifiant que le mécanisme n'ait pas été altéré par mes précédentes erreurs, mais tout semblait en place. Ma miséricorde était toujours dans son fourreau, et ce dernier s'accrochait toujours solidement à ma ceinture. Essuyant la neige de mes épaules, je me mis à chercher ma formatrice du regard, mais je ne la vis nulle part. Je partais donc pour un long périple, pour tenter de retrouver celle qui était censée tout m'apprendre de l'art de tuer, et qui, jusqu'à présent se trouvait être excellente à son travail. 


Mais je ne fis jamais le premier pas dans la neige. Un sifflement vint de par derrière mon épaule gauche, et avant que je ne puisse me retourner, je sentis mes pieds quitter le sol. Ce fut le tronc d'un arbre qui récupéra mon dos, avec un craquement qui témoignait de la force du choc, l'écorce même en avait tremblé. Le vent, qui jusqu'à présent soufflait doucement entre mes doigts s'était levé soudainement, et son emprise contre la surface rugueuse ne s'estompait pas. J'étais captive d'un sortilège, le genre de maléfices dont ma tutrice m'avait dit d'éviter tant que je n'étais pas prête à les affronter. Je vis cet étranger s'avancer vers moi, arc et carquois dans le dos, et loup dressé à son côté. Il se cachait sous une capuche de fourrure grise suivie d'un long manteau noir. Son pas était assuré, pas même dérangé par l'absurde quantité de poudreuse qu'il foulait. Il s'avançait vers moi, sans même prendre la peine d'encocher une flèche, sans même prendre la peine d'empoigner son arc. Lorsqu'il fut à deux mètres de mon perchoir, il releva le visage et je vis deux yeux tempétueux qui m'auscultaient. 

Le poids du vent s'affaissa et l'arbre ne me retenait plus. De mon perchoir je choyai et tomba sur mes fesses le long du tronc. Après une courte grimace, je repris mes réflexes meurtriers. Cet homme là était une menace que je me devais d'éliminer dans les plus brefs délais, jouer de mon innocence était désormais une cause perdue, l'agressivité était de rigueur. Alors je levai le poing et le mira de mon arbalète dissimulée, mais jamais je n'eus le privilège de n'osciller ne serait-ce qu'un doigt. Mes genoux tombèrent au sol et mes mains furent attirées par la terre même. C'était comme si le monde m'aspirait, me retenait plaquée, visage écrasé contre la neige. Je ne voyais que les chaussures de l'étranger et son loup qui me reniflait en dégageant mes mèches brunes de son museau. Et, même malgré ma réaction, l'animal n'avait même pas grogné. On m'avait averti des différents talents des my'trans, et c'était la première fois que j'en payais les frais. Je n'en vis pas plus, un coup sur la tempe que je ne sentis que brièvement, me fit fermer les yeux. 


Je ne dus les rouvrir que bien plus tard, dans une pièce éclairée par la seule lumière des étoiles qui brillait par la fenêtre. Je tentai  de me lever, mais je sentis l'acier froid de chaînes qui me retenaient au mur. J'avais donc été capturée, pensais-je. C'était sans aucun doute la logique des choses, après toutes les vies que j'avais volé. Mais mes liens eurent vite fait de me rappeler mes semaines enfermées, dès le début de ma naissance. Avec rage je tirais dessus, espérant que le mur ne se brise, ou au moins mes poignets, ainsi j'aurais au moins eu une chance d'en extirper mes mains, et l'entreprise semblait plus envisageable que la mort. Je n'avais aucune idée de comment briser mes propres os, mais cela viendrait sans doute en forçant, m'étais-je dite. Alors en hurlant,  j'enfonçais mes mains dans les menottes d'acier qui me retenaient, et, trop concentrée dans l'ouvrage, je n'avais pas remarqué la porte qui, derrière moi, s'était ouverte. Survint alors le bruit sourd du bois d'une gamelle, me faisant enfin me retourner. Mais je ne fis qu'entrevoir mon geôlier, des cheveux châtains clairs et une silhouette formée par les voyages.

Arrêtez de vous torturer. Vous n'êtes pas prisonnière.


Il ne laissa derrière lui que des mots volages, et de la viande cuite. Sa voix était profonde, comme si elle était posée sur un perchoir et que l'air en transportait l'écho. Je ne compris rien des premiers mots qu'il m'avait adressé, mais la simple vibration du son arrêta ma lutte que j'avais deviné n'être qu'une futile perte de temps. Tout autour de moi se dressaient des murs de pierre, isolés et chauds. Le sol sous mes pieds était entièrement recouvert par des fourrures d'animaux, et pas une seule fois mes orteils n'avaient senti de quelconque froideur. La pièce n'était pas même vide, derrière moi, il y avait un lit, dressé et bordé. Un placard à ma droite, dont la porte était entrouverte me laissa voir où était passé mon manteau dont on m'avait dévêtit pour ne laisser que mon haut noir et mon short gris que je portais sous mes fourrures et les vêtements que ma tutrice m'avaient donné. C'était plus une chambre d'invité qu'une cellule. Accroupie, je me traînai jusqu'à l'assiette que l'on m'avait apporté, reniflant le plat pour déceler une trace de poison. Mais tout ce que sentait la viande, c'était des herbes parfumées. Si j'avais compris les paroles de l'étranger, j'aurais encore moins compris ma situation. Mes pieds n'étaient même pas attachés, seules mes mains étaient reliées au centre du plafond. 

Je n'étais pas effrayée, après tout, j'avais tant vécu ... et en si peu de temps. Je m'étais convaincue que mes émotions s'en étaient allées avec les vies que je renvoyais aux cieux. Je m'étais tant trompée. Mon geôlier ne revint pas dans la soirée, et je dus attendre, faute de sommeil à investir. Mais j'étais patiente, les docteurs me l'avaient toujours dit. La nuit vint fuir l'aurore, et le soleil se remit à briller de son habituel éclat azuré sur les plaines enneigées, que depuis mon lit je ne pouvais pas voir. Malgré ma détermination, je m'étais endormie alors que le ciel était encore noir, et à mon réveil, je trouvais une miche de pain devant mon nez. Les faibles rayons de lumière étaient ceux de l'après-midi, et il ne restait que quelques heures au soleil. L'ennui qui occupait mes minutes ne me torturait pas, j'étais plus intriguée de savoir pourquoi je n'avais pas encore rejoint mes victimes. Lorsque vint le soir, j'entendis enfin des pas monter des marches. Je laissai donc ma peau s'imprégner de la couleur du mur du fond de la salle, cachée par la pénombre. Et l'étranger entra, en contre-jour par rapport à des bougies qui éclairaient le couloir derrière lui. Je ne voyais pas son visage, et lui ne me distinguait plus ... et pourtant.


A rien ne sert de jouer, je sais que vous êtes là.

 Expliquez-moi.


Il n'y a rien à expliquer. il déposa une gamelle, et me tourna le dos.


Attendez !


Mais c'était inutile, la porte se referma sur ma supplique. Je sentais que les jours que j'allais devoir endurer ainsi se répéteraient souvent. Alors, je posai simplement mon visage contre le lit, et me laissa sombrer dans les bras de mes rêves. Mais même ce privilège m'avait été volé. Cette nuit-là, je m'étais éveillée dans une plaine de neige, les bras enchaînés à des parois qui étaient si lointaines que je ne pouvais même pas les voir. Il y avait une tempête devant moi, un ouragan qui s'approchait. Les vents menaçants se changèrent en une tornade qui passa sur moi, me faisant m'envoler en son centre. Il y avait un oiseau qui volait tout autour, suivant le tumulte des vents. Mais, lorsque l'orage s'arrêta, je vis ses ailes qui s'arrêtèrent de battre, et tous deux nous étions retombés au sol, moi à genou, lui, les ailes écartées. Il ne bougeait plus, il était mort. Je fixais sa charogne, mais étrangement, je me sentais si triste pour cette chose, je crus même sentir une larme couler sur ma joue. Et du cadavre du moineau sortit une ombre qui m'attrapa la gorge et me fixait d'yeux vides comme le néant. Je fus renvoyée à la réalité avec un hurlement de terreur. Mais je n'étais pas seule dans ma chambre, l'étranger était là, assis sur une chaise, m'analysant d'un regard que je ne pouvais pas même percevoir. Mais il ne disait rien.


C'est avec ce même silence qu'il vint à moi. Il était grand, des mains de braconnier et des jambes de chasseur. C'était tout ce que la pénombre m'autorisait à voir. Il s'agenouilla devant moi, ramenant mes mains vers lui. Il déposa ma miséricorde sur la table à notre côté. J'entendis alors un bruit de loquet, comme s'il tournait une clé dans mes liens d'acier. Je vis alors mes chaines tomber à terre, et, sans même hésiter je pris mon couteau et plaqua l'étranger au sol. Je lui glissai la lame sous son menton alors que je le fixais de mes yeux vairons, armée d'un regard meurtrier. Mais il ne réagit pas, pas la moindre expression, pas la moindre contestation, ni la moindre supplique. La lumière du couloir me permit de mieux l'observer. Il avait des yeux gris, contrastant avec sa chevelure colorée de châtain. Sa mâchoire était carrée et recouverte d'une fine barbe taillée, son nez s'ornait d'une cicatrice sur l'arête et plus important encore, ses traits étaient doux. Même en danger de mort il me regardait avec des yeux détendus.



C'est étonnant ... j'aurai cru que vous m'auriez égorgé à la première occasion.


La ferme.


Après tout, je suis l'un de ceux que vous massacrez par dizaines.


Tais-toi ! je forçais sur ma lame.


Savez-vous seulement pourquoi vous tuez ? 


Pour ma famille ...


Vous croyez à votre mensonge ? Si vous deviez absolument nous tuer, pourquoi ne suis-je pas encore mort ?


J'étais si confuse, je n'étais pas le genre à poser de questions, je m'étais contentée d'obéir à Sakari pendant tout le long de mon séjour en My'tra. Mais j'avais tant d'interrogations en tête, et son attitude ... c'était comme s'il voulait que je le tue. Je ne compris que bien plus tard qu'il n'avait agi que par une extrême bravoure. Alors, dans l'espoir de pouvoir abandonner ma confusion, je laissai le plus vil côté de mon âme s'emparer à nouveau de moi. Mon sourire spastique revint à mes lèvres et mes yeux s'arrondirent de démence, fixant l'étranger dans le noir de ses iris. 

Par caprice ...?


Je vous ai vue pleurer comme une enfant, il n'y a pas moins de trente secondes. Vos joues sont encore rouges de vos larmes. Votre numéro ne prendra pas.


...


Si vous comptez me tuer, vous pouvez glisser cette lame le long de ma gorge. Sinon, je m'appelle Alr...




J'avais recommencé à appuyer la lame sur sa peau ... cet étranger, il pensait pouvoir échapper à la mort avec d'habiles mensonges. Mais je ne comptais pas m'y laisser prendre ... alors, je commençai à lui entailler la chaire ... mais, dès que je le vis contracter ses yeux sous la douleur, quand je vis son expression calme se plisser d'une souffrance qu'il se refusait de devoir me faire supporter, j'avais jeté mon couteau. Je n'avais aucune idée de ce qui m'avait fait abandonner mon idée, le cauchemar, ou ma confusion. Toujours était-il que j'étais restée à le surmonter pendant de longues secondes, respirant lourdement, ébahie par ma propre folie à laquelle j'avais mise un terme de par moi-même. 


... Alric ... je disais. Ravi de vous rencontrer. 


Je l'ignorai et retourna sous les draps de mon lit, m'abritant de la vision de l'étranger comme on se réfugie du froid. Consterné par mon silence, il s'extirpa de la salle, fermant doucement la porte. Et moi, sur le matelas, je serrai mes poings contre ma poitrine. C'était comme si lui faire du mal avait fait accélérer les battements de mon coeur. Pour la première fois, et sans savoir ce que c'était, je ressentais de la culpabilité pour avoir blessé autrui. Et, sans même oser y penser, je me surprenais à espérer que l'entaille que je lui avais infligée n'était pas si profonde. Deux jours durant je restai immobile dans le lit. Je crois que moi même j'avais du mal à me comprendre. Le sang, la lame, le meurtre, j'étais persuadée que ce n'était qu'une routine. Alors, pourquoi je n'avais pas réussi à le tuer. Il n'était qu'un moucheron, comme les autres, rien de moins qu'un cafard à écraser ... Deux lunes durant je réfléchis à pourquoi Alric n'était pas encore mort. Et lui, à chaque heure, venait m'apporter à manger, et à chaque heure, il ramenait des gamelles toujours remplies en bas. Le lendemain, il vint à mon chevet, pour une raison que seul un fou aurait pu comprendre.

Vous aussi, vous ne comprenez pas pourquoi je suis en vie ?


...


Moi non plus, à vrai dire. Je m'attendais à mourir de votre main. Vraiment.


...


Je peux savoir au moins le nom de mon invitée ?


Vous hébergez souvent des meurtrières ? 


Eh, il y en a bien un qui vit dans cette maison ...


Son ton s'était aggravé. Ce n'était pas dur de deviner qu'il parlait de lui-même. Cependant, je ne me retournai pas pour autant. Mais ... 
... Aemy ...


J'entendis derrière moi un pouffement, comme un soulagement que mon hôte ne put retenir et qui se filtra à travers un sourire que je ne pouvais pas voir. J'avais tant envie de me retourner, mais cela aurait été comme abdiquer face à l'ennemi, et ma fierté ... je n'en avais aucune. Alors, je retournai mon visage vers lui, je le vis esquisser une moue désolée, comme s'il venait de se moquer de moi. Je devais sans doute avoir l'air vexée, mon visage n'est pas des plus accommodants. Pourtant, sur le moment ... mes pensées étaient toutes autres. Mes yeux étaient sans doute trop usés à fusiller les autres, je n'avais aucune idée de comment arborer l'expression qui correspondait à mes émotions de l'instant. A la place, je levai mes pupilles innocentes dans les siennes, sauf que ce regard n'était ni une illusion, ni une tromperie. 

Joli nom ...


Et il ne fit qu'esquisser un sourire. Mais même ce simple geste était trop pour ma maigre conception de la courtoisie, ou bien de l'amitié. Je ne comprenais rien à ce que je faisais. Je le regardais donc, fixement, longuement. Le pauvre devait être embarrassé. Et, au bout de plusieurs jours, ce dialogue gestuel devint notre quotidien. J'appris qu'il était un adepte du vent et de la faune, sans pouvoir retenir les noms de ces divinités qu'il vénérait. Il s'était fait exilé de son village après avoir abattu un homme qu'il suspectait d'avoir assassiné sa soeur. Elle avait été violée, et tuée à à peine dix sept ans, et lui, avait dû s'exiler pour échapper à sa punition. Il vivait sur cette plaine de neige depuis maintenant quinze ans, se nourrissait seul et survivait seul. C'était devenu une habitude pour lui de venir me parler dès le réveil, à me raconter son passé, me posant des questions sur le mien, auxquelles je ne répondais qu'à moitié. C'était étrange mais il lui rappelait la femme qu'elle considérait comme sa mère adoptive et qu'elle avait laissé à l'Alizé. Un soir, Alric vint dans ma chambre, assiette en main, et moi, je l'attendais, assise sur le matelas, menton posé sur mes genoux et genoux encerclés par mes bras. Et je l'écoutais parler de son animal ... fascinée.

... et Nilfeïm elle, je l'ai trouvée un peu à l'Est, abandonnée sous une racine.


Il parlait de son loup gris qui gardait toujours le rez-de-chaussée, et que j'avais vu pour la première fois dans la forêt, le jour où nous nous sommes rencontrés ... 

Pourquoi vous ne m'avez pas tué ...?


...


J'ai abattu tant des vôtres.


Lorsque l'on m'a exilé de Reoni, je ne souhaitais pas la vengeance. Je l'avais déjà eue. Je ne souhaitais pas du mal aux gens qui m'ont contraint à fuir ma famille, non plus. La seule chose que j'aurai espéré, c'est que l'on me donne une seconde chance. Un essai pour prouver que je ne suis pas que le meurtrier qu'ils bannissaient... je n'ai jamais eu ce privilège. Mais vous ... j'ai décidé de vous laisser ce auquel je n'ai pas eu droit. J'avais l'espoir de vous changer. 


... Est-ce que vous le regrettez ...?


Sans réfléchir, ni même savoir ce que je faisais, je m'étais mise à quatre pattes sur le lit, faisant toujours face au chasseur. Je m'approchais lentement de lui, posant mes mains sur ses cuisses et approchant mon visage du sien. Entre mes côtes, je pouvais sentir mon coeur qui battait contre ma peau, jamais je n'aurai cru qu'il pouvait se remuer si violemment. Et pourtant, je ressentais ses pulsations jusque dans mon ventre, et chaque flot dans mes veines ressemblaient à une chaude étreinte qui réchauffait ma chaire.


... pas le moins du monde.


Et il attira mes lèvres contre les siennes, me faisant élargir mes yeux pendant un court instant avant qu'ils ne s'enfuient derrière mes paupières. C'était comme si sa bouche était un reliquat, quelque chose de précieux, d'inviolable sur laquelle il m'avait convié. Et moi, faible comme je l'étais, je me suis laissée entraînée par des émotions qui dépassaient ma simple conception même. Me portant par les hanches, il me déposa avec tendresse sur le lit, allongeant son corps contre le mien sans jamais libérer ma langue de la sienne. Il était si chaud, mais si doux en même temps, mes membres tout entiers s'offrirent à lui, et j'étais devenue, au moins l'espace d'une nuit, une femme comme toutes les autres. L'étreinte se porta dans des plaisirs que je n'avais jamais connu et en savoura la pleine découverte. Et lorsque le matin vint, et pour la première fois dans ma vie, je me réveillai calmement et en sécurité, dans des bras accueillants. C'est alors que quelqu'un vint frapper à la porte. 

Mon conjoint m'embrassa avant de quitter le lit dans lequel je me blottissais, encore empreinte de la chaleur de mon amant. J'entendis la porte grincer en bas, et des voix s'élevaient. Je n'avais jamais entendu qui que ce soit entrer dans cette maison auparavant, et je n'aurais jamais pensé qu'Alric recevait des visiteurs. Et j'avais bien raison.


Tu es fou Man'Sheleï ! Je sais qui tu héberges ! 

Qu'est-ce ... mais de quoi vous ...

Ne joue pas à l'ignorant ! Laisse-moi passer  !


Mais, attendez ! Qu'est-ce qui vous prend, qui êtes-vous ?


Où est cette garce ?!


Je remis mes vêtements et m'approchait de la porte que je n'avais jamais traversé en une semaine de captivité. En bas, il y avait un étranger, épée en main. Neihlflem grognait, et Alric, de sa main, l'empêchait d'attaquer.
Je ne sais ...


Quoi ? Tu ne sais pas qu'une putain d'anomalie tue nos familles comme du gibier ? Beh moi je le sais ! Et je sais aussi que c'est toi qui la cache, sale rat ! 


Cet ... homme ... au premier regard que je posai sur son visage, je m'étais promise qu'il mourrait dans l'heure. Mais il était armé, et Alric lui n'avait rien, et même s'il avait eu son arc, il ne l'aurait jamais utilisé. Le visiteur importun se tourna alors vers les escaliers et se pressa à l'étage dans lequel j'étais, malgré les protestations de mon amant. S'il me voyait ... je ne devais pas y penser, pas maintenant. Je me dépêchais de courir vers le mur du fond, posant ma main contre sa surface. Je me voyais me changer en pierre, mais le nouvel arrivant pénétra dans mon espace avant que je ne termine de me camoufler.
Te voilà, sale CHIENNE !!


Arme en main, il me chargea, prête à l'abattre sur mes clavicules pour mieux pouvoir séparer mon corps en deux. Mais Alric l'en empêcha, le maintenant sur place en l'encerclant de ses bras. Mais le visiteur, lui, il était un des chasseurs dont j'avais brûlé la chaumière, je me souvins de son visage au travers des flammes qui m'avait miré comme une promesse de mort. Il n'était pas aussi clément que l'exilé, et il ne comptait pas le laisser l'empêcher d'avoir ma tête. Je me précipitai sur ma miséricorde, comme un réflexe, lorsque j'entendis sa lame glisser dans le ventre de mon protecteur. Couteau au poing, lentement je tournai la tête, pour voir le sang de mon aimé suinter de l'épée. De ces lèvres que quelques minutes avant j'embrassais coulait l'un des rares sangs que je n'aurais jamais voulu voir couler. L'étranger tenait l'épée, mais Alric continuait à s'accrocher au manche ... même dans l'agonie ... il me protégeait.
Dans mon esprit, tout devint blanc. Autour de moi, il n'y avait plus rien. 

Mon visage s'était déformé d'une expression de haine, mes yeux s'étaient braqués sur le misérable enfoiré qui avait osé porter la main sur cet homme que j'admirais tant ... couteau en main, je me ruai sur lui, déposant ma gauche sur son visage comme si j'essayai de déchirer sa peau. Je lui ai enfoncé la lame de mon poignard dans la chair plus de fois que je n'aurai pu compter. Il ne resta de l'étranger qu'un corps charcuté, troué de toutes parts. Je me précipitai alors sur mon amant, lui déposant une main sur le front. Des gerbes sanguines s'étaient déposées sur son menton, et ses paupières étaient closes. Il ne respirait plus.

Serrant son visage contre mon poitrail, j'hurlai à m'en briser les poumons, j'hurlai à en faire fuir la forêt, j'hurlai à en maudire les Architectes. Car ils venaient d'emporter l'âme de l'être le plus innocent et doux qui subsistait sur ces terres. Des heures durant je psalmodiais des injures adressées aux dieux pour qu'ils me le ramènent. Et, lorsqu'enfin la nuit vint, je me retrouvai seule dans la chaumière avec Nilfeïm qui pleurait avec moi. Je comprenais ce que ressentait la pauvre bête, tous deux nous perdions quelqu'un qui nous avait sauvé ... d'une manière ou d'une autre. 
Car, pour la première fois de ma courte vie, j'avais rencontré quelqu'un qui ne craignait pas les cristaux dans mon dos, et qui avait vu par-delà l'assassine que j'étais devenue. Maintenant ... j'avais une raison de vivre. My'tra l'avait rejeté, My'tra l'avait chassé. My'tra l'avait tué ... alors je comptais bien tuer My'tra. 


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Ophélia s'exprime en #9966cc
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