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Chroniques d'Irydaë
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 Rétrocommissions en sacrifices humains

Sakari Naasoqineq
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Mer 21 Fév - 2:15
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
Le printemps. Une saison qui n’avait absolument aucune signification chez les Nunaqortoqut, car la variation de climat était infime dans cette région polaire, mais qui chez d’autres peuples signifiait le retour de la vie. L’existence de Sakari en était l’antithèse. Aucune saison n’apportait autre chose que plus de cadavres. Et ça n’allait pas en s’améliorant. Quand elle était à Aildor, elle essayait de limiter les victimes autant que possible, d’autant que dans ce monde de mercenaires et de bandits, tuer quelqu’un pouvait signifier perdre un associé plus tard, ou se faire suriner dans son sommeil lors d’un règlement de compte. À son arrivée à Daënastre, cette habitude était restée, mais commençait déjà à s’étioler. Dans ces mondes immenses, peu importait le nombre de victimes qu’on faisait, car il y avait tellement de gens, et des criminels bien pires.
    Mais à mesure que les meurtres se multipliaient, Sakari commençait à se rendre compte qu’elle n’était pas qu’une goutte d’eau dans l’océan, comme elle l’avait cru au départ. Il fallait se rendre à l’évidence : contrairement aux Aildorains ou aux Nunaqortoqut, tous les gens de ce monde n’étaient pas des combattants. Certains, chose impensable pour elle, n’avaient jamais porté une arme. Sakari était donc une exception ; pas une généralité comme elle l’avait été durant la plus grande partie de sa vie.
    Mais d’un autre côté, si les coutumes et les savoirs des étrangers la fascinaient, leurs vies et leurs lois ne l’intéressait pas une seconde. Le principe même de la justice de papier lui était totalement étranger, elle savait que ça existait mais peinait à concevoir comment cela fonctionnait. Leurs guerres, leurs conflits de propriété, leurs problèmes d’argent, leur relations sociales, tout cela n’était d’aucune valeur à ses yeux. Elle était un chasseur dans un territoire hostile et étranger, dont elle tirait sa subsistance mais n’avait aucune envie d’y vivre.
    Et puis bon. Quand on sait un peu le récit de leurs guerres, et quand on connaît la puissance de l’industrie et de la magie déchaînée, ces étrangers semblent bien plus violents quoique plus hypocrites que les gens du peuple de Sakari.

    C’est donc dans un état d’esprit mitigé entre le doute et une forme de lassitude, mais un certain entrain motivé par la perspective d’expériences nouvelles que Sakari se rendit au Thyorum, encore une fois. Sfingrad était une ville bien commode, pour la rencontre prévue. Son port avait une infrastructure parfaitement étudiée pour la contrebande et l’anonymat – que la capitainerie le veuille ou non.
    Le but de cette rencontre était triple. D’une part, Sakari avait fait mention auprès de Ludounet de son intention d’apprendre la magie, et celui-ci lui avait dégotté une amie à lui qui ferait un formidable professeur. D’autre part, cette même personne avait témoigné de son envie de recevoir une formation dans le domaine d’expertise de Sakari, à savoir le combat. Et enfin, naturellement, ça allait être l’occasion lorsqu’on passerait aux travaux pratiques de commettre des attentats signé My’tra et d’augmenter ainsi la tension belliciste entre les deux nations.

    Les deux femmes s’étaient donné rendez-vous sur le port, en face de la capitainerie. Sakari avait reçu un nom prononcé à l’oral ; Zora Viz’Herei, ainsi qu’une sommaire description physique, et celle-ci une lettre.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »


Dernière édition par Sakari Naasoqineq le Jeu 22 Fév - 11:40, édité 1 fois
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Zora Viz'Herei
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Mer 21 Fév - 6:45
Irys : 1540139
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -3

Sa main se porte sur son bras gauche. Ses doigts se referment délicatement sur le cuir qui englobe sa chair et un vague soupire quitte ses lèvres. La douleur est toujours présente. Amoindrie et reléguée au rang du supportable, certes. Mais elle reste sous-jacente, tapie dans les recoins de son corps comme dans les tréfonds de son âme. Technologie est plus puissante qu'elle le pensait. C'est... frustrant. Et si ce constat renforce la détermination de la rouquine, il n'en reste pas moins qu'il ébranle toutefois l'optimisme dont elle a fait preuve jusqu'à maintenant. À quoi s'attendait-elle?

Des éclats de voix la tirent de ses pensées. Un duo de marins s'avance dans sa direction. Elle détourne les yeux et baisse légèrement le visage de manière à ce que ça capuche couvre ses traits. Elle se sait recherchée depuis qu'elle a tenté de soustraire l'horlogère des griffes de l'hérésie. L'apparition de Technologie, épaulée par la milice locale, n'a fait que précipiter les choses. Nombres de portraits d'elles sont affichés sur les murs de la cité. Se déplacer de jour est devenu particulièrement difficile. Et la nuit n'est pas non plus gage de sécurité. L'altruisme semble bien mal récompensé sur un continent comme celui-ci.

En réalité elle ne serait d'ailleurs probablement plus dans les parages et serait partie retrouver Althéa si une lettre ne lui était pas parvenue. Le fameux "Baron" étant à l'origine de cette dernière, Loud'wig Strauss, lui a fait une requête des plus étranges. Une requête qu'elle a d'abord pensé refuser tant elle lui semblait incongrue. Puis au fil du temps et après une longue réflexion, elle a toutefois décider de s'y plier. Ou, du moins, de rencontrer Sakari comme le préconisait l'homme à l'origine de ce rapprochement.

Il est vrai que l'idée de convertir une étrangère aux préceptes de la vraie foi n'est pas si insensée. À défaut de distiller la mort dans les rangs daënars, ne serait-il pas plus efficace de leur offrir l'opportunité de renouer avec les Architectes que leurs ancêtres ont trahis? Ils sont enfermés dans un monde sans le moindre espoir, privée de la magie octroyée par les dieux. Mais peut-on imputer aux enfants les erreurs de leurs parents? S'ils pouvaient renouer avec leur passé, le feraient-ils? S'ils pouvaient ressentir à nouveau l'amour des Architectes, ne tourneraient-ils pas volontairement le dos à Technologie? La carotte, finalement, ne vaut-elle pas mieux que le bâton?

La jeune femme lève les yeux en direction du ciel lorsqu'elle se retrouve à nouveau seule et y noie son regard. Elle doute. Non de sa mission. Mais plutôt de la façon dont elle pourra l'accomplir. L'extermination semblait la seule solution envisageable. Et maintenant... Les daënars peuvent-ils changer? Le souhaitent-ils seulement? Laisseront-ils leur fierté perdurer? Ou au contraire le bon sens l'emporter? Elle ne sait finalement rien de ces gens-là. Les certitudes dans lesquelles elle se nimbait volent en éclat au fur et à mesure que le temps s'écoule. Elles sont semblables à ces montagnes de glaces qui flottent sur la mer et qui, tôt ou tard, y disparaîtront. Et elle? Disparaîtra-t-elle avec elles?

L'arrivée d'une femme lui fait à nouveau baisser la tête et réajuster sa capuche. Toutefois la silhouette ne lui est pas inconnue, cette fois-ci. Zora s'approche donc de celle qui deviendra peut-être son élève et l'observe un instant comme pour mieux évaluer le présent de Loud'wig. La rouquine se souvient à présent où elle l'a rencontrée.
"Je me souviens de toi. Et je suppose que la réciproque est vraie..." glisse-t-elle en guise de salutations. "Notre ami commun a rendu cette rencontre possible. Mais il n'appartient qu'à toi de me convaincre que je ne suis pas en train de perdre mon temps!"
La foi, la magie et les dieux forment la pierre angulaire de l'existence pour les Enfants des Architectes. Ils sont indissociables. Croire en l'évidence est un don qui est offert à tous ceux qui sont élevés dans l'évidence. Mais qu'en est-il de ceux dont les pensées ont été longuement contaminées par Technologie? Peuvent-ils choisir de croire comme certains peuvent choisir de manger un plat plutôt qu'un autre. Peuvent-ils ressentir une foi sincère?
"Que sais-tu de Möchlog? Et que recherches-tu vraiment?" lui demande-t-elle dans la foulée. "Est-ce ses intérêts que tu souhaites servir ou... les tiens?"
Si elle se montre digne de la Chouette et que ses intentions sont sincères, alors l'Architecte lui octroiera probablement certains dons. Il saura si la foi de son interlocutrice est sincère et décidera de sa récompense: le pouvoir ou la mort. La réponse sera de plus en plus claire au fur et à mesure que le temps s'écoulera. Toutefois Zora entend également évaluer cette femme. Pour l'heure, elle n'est rien de plus qu'une étrangère aux ambitions bien obscures...




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)



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Sakari Naasoqineq
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Jeu 22 Fév - 12:14
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
Ladite Zora l’avait reconnue. la réciproque n’était pas vraie. Jamais elle n’avait vu quelqu’un aux cheveux rouges comme ça. Certes, il y avait bien eu cette femme, qui tournait autour de Ludounet à Zochlom, et elles avaient un petit air de ressemblance, mais ce n’était pas tout à fait ça non plus. Et puis, ni la tenue, ni l’attitude, ne les cheveux ne correspondaient tout à fait. Sakari avait gardé le souvenir d’une petite fofolle qui tournait autour de son patron et le taquinait. On avait là une fière combattante à la détermination sans faille et qui avait le feu dans le regard.
    Mais bon, Sakari était une personne assez atypique, et elle le savait. Si elle avait été reconnue, ce devait être bien d’elle que Zora parlait, et pas d’une personne lui ressemblant. Peu importait, de toute façon. Les impressions qu’elles s’étaient laissées ne devaient pas avoir été très fortes.

    Ses questions, par contre, la désarçonnèrent. C’était une vraie mage, pour sûr. Heureusement que Sakari avait pensé à ranger pour le voyage son fusil Vulcain démonté dans son sac, ainsi que son Goliath, et de laisser son pistolet de paume dans sa manche. Sinon, l’apprentissage allait être grillé tout de suite.
    Et en plus de ça, Zora vénérait un des très rares Architectes que le peuple de Sakari tenait pour pernicieux. C’était vraiment pas de chance. Alors certes, Nassasialuk, la chouette maléfique qui apporte la pluie, n’était sans doute pas perçue comme telle dans ces pays où la météo ne se résumait pas à des blizzards violents, mais il allait tout de même falloir désapprendre toute une série de réflexes.
    Ça allait être compliqué. D’autant plus que, bien que les croyances des deux femmes reposaient sur le même substrat, on pouvait commencer à en mesurer la profonde divergence. Il faut dire aussi que, pour les Nunaqortoqut, les Architectes, qu’ils appellent les Savuviniqut, ne sont pas vraiment des dieux surpuissants, mais oscillent entre le statut d’allégorie et d’ancêtres communs, tout aussi révérés que des personnages pseudo-historiques, mais bien humains, ayant fondé des clans et des tribus.
    Que recherchait Sakari… Comment dire à une fanatique qu’elle connaissait déjà la technologie et voulait simplement élargir son champ de connaissance, car elle était incapable de faire une échelle de valeur entre un sort et un pistolet, autre que celui de l’utilité. Quand ce mot résonna dans son esprit, un début d’argument commença à naître en elle pour la tirer de cette mauvaise passe.
    Vint ensuite la question des intérêts. Le principe même, pour une ressortissante d’un peuple isolé et que les dieux avaient oubliés, que les Architectes puissent avoir des intérêts, alors que pendant toute sa vie on lui avait appris que les Savuviniqut existent, mais de part leur nature transcendante ils n’ont cure des petits problèmes des humains comme les humains n’ont cure des problèmes internes des colonies de rongeur, lui était complètement impensable. Pourquoi des entités toutes-puissantes et immortelles partageraient-elles leurs centres d’intérêts avec des mortels fragiles ?
    Naturellement, qu’elle ne visait que son intérêt propre. Les dieux, comme ils se foutaient des humains, Sakari se foutait d’eux. Elle voulait seulement leurs pouvoirs. D’un autre côté, ces mêmes pouvoirs étaient la preuve de leur majesté et de leur toute-puissance, donc ils méritaient largement l’adoration pour leurs bienfaits. Mais une adoration gratuite, pas un contrat passé, ou une servitude.

    Mais comment une personne qui n’avait pas l’outillage intellectuel pour mettre des mots sur des idées aussi précises et habituellement impensées, allait-elle pouvoir les mettre en ordre et les présenter sous un jour qui plairait à une dévote ?
    En ce moment précis, Sakari ressentit l’angoisse. Puis elle fit ce qu’elle fait le mieux : elle improvisa, et advienne que pourra.
    « Heum, ben… J’avoue que je suis très ignorante à ce sujet. En fait… En fait, disons que, je suis de Marnaka, vous voyez. Pas Aildor, plus au nord, mais pas Khashin non plus, plus à l’est. Et en fait, nous avons les mêmes dieux que vous. Mais c’est pas pour autant qu’on sait grand-chose sur eux. Pour tout vous dire, avant de quitter mon pays, la magie n’était pour moi qu’un conte. La technologie aussi, d’ailleurs. Mais bon, j’ai visité votre pays de l’ouest, et j’ai vu les actions des mages. Je dirais… »
    C’est là qu’il allait falloir prendre gare à ne pas se planter.
    « Je dirais que leurs dons sont la preuve de leur grandeur. Donc, il tout naturel de se mettre à leur service. »
    « En tout cas si c’est le prix à payer pour avoir cette magie. » Sakari pensa cela tout bas. Pas sûr qu’appliquer des notions du mercenariat à de la théologie de bac à sable allait passer. Ça avait du sens pour elle, par ailleurs. La technologie se paye avec de l’argent qui s’obtient en travaillant. La magie s’obtiendrait alors en travaillant. Finalement, c’était la même chose, avec une étape en moins.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Zora Viz'Herei
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Lun 26 Fév - 15:56
Irys : 1540139
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -3

Les bras croisés, le regard résolument ancré dans celui de son interlocutrice, Zora s'obstine dans le silence. Elle n'est guère convaincue par l'explication de la jeune femme. Comment peut-elle vouloir croire à quelque chose dont elle ne sait rien? La rouquine comprend que la magie puisse impressionner. Et davantage encore, convoitée. Néanmoins elle est inhérente à la foi, indissociable de la confiance que l'on place en tel ou tel Architecte. Et pourtant Sakari prétend vouloir servir une divinité qui échappe à sa compréhension.

Tout simplement parce qu'elle a vu les pouvoirs des mages à l'oeuvre? Parce qu'elle a été séduite par la puissance octroyée par Möchlog à celles et ceux qui le servent avec dévotion? Non, Sakari n'est pas digne de servir la Chouette. Du moins est-ce l'intime conviction de Zora. Pourtant elle sait que cette décision ne lui incombe pas. Pas entièrement, du moins. Ce sont les Architectes qui choisissent leurs disciples, non l'inverse. Personne ne peut se soustraire au destin. Et personne ne peut le tromper...
"Juste pour que les choses soient claires: tu ne peux pas tromper Möchlog! Il saura si ta foi est réelle ou motivée par une quelconque ambition!" explique-t-elle. "Si tu es sincère et qu'il te juge digne de lui, il saura te récompenser! Dans le cas contraire..."
C'est bien une menace que la rouquine adresse à la noiraude: qu'elle n'espère pas garder la vie sauve si Möchlog lui refuse ses faveurs. Sakari est en sursis, rien de plus. Le verdict, quant à lui, sera délivré bien plus tard. Car la magie ne s'apprend pas en un claquement de doigt. Elle demande de la rigueur et de la patience.
"Le chemin que tu souhaites emprunter est long et sinueux!" précise-t-elle. "Il est sans fin et n'autorise pas le moindre retour en arrière! Si tu t'y engages, tu l'arpenteras pour le reste de ta vie. Comprends-tu ce que cela implique?"
Elle en doute. D'ailleurs la réponse ne l'intéresse pas particulièrement. Zora observe encore quelques secondes la jeune femme avant de lui adresser un signe de tête pour l'inviter à la suivre. Le duo progresse ainsi en silence jusqu'à un entrepôt désaffecté - ou du moins fort peu fréquenté - en retrait de ce que les daënars appellent une "zone industrielle". Elle y a passé les deux derniers jours. Pour guérir son bras autant que pour échapper à une milice survoltée. L'endroit est sale mais calme. Et il a surtout été vidé de toute trace de Technologie.

De quoi calmer quelque peu les nausées de l'adepte de Möchlog. Normalement, du moins. Le regard ambré de la rouquine se pose sur le sac de celle qui entend devenir son apprentie avant de détailler les vêtements de l'intéressée. L'avantage - certes relatif - de la Technologie, c'est qu'il n'y a pas besoin de pouvoir la voir pour en ressentir les effets néfastes. Ce qui amène d'ailleurs Zora au point qu'elle souhaite aborder avec la noiraude:
"Tu suivras chacun de mes ordres!" la prévient-elle. "Que tu les comprennes ou non, que tu les approuves ou pas! J'ordonne, tu obéis! C'est aussi simple que ça!"
Les prochains jours seront déjà bien assez compliqué comme ça! Il n'est pas question de composer avec la fierté de Sakari. Et encore moins avec ses désirs personnels. Zora fixe les règles qu'elle juge appropriées. C'est à prendre ou à laisser...
"Tu es venue avec des présents de Technologie! Je les sens!" affirme-t-elle. "Détruis-les maintenant, devant moi! Puis déshabille-toi entièrement!"
Cette dernière requête peut sembler étrange, elle le conçoit volontiers. Mais l'avantage c'est qu'elle n'a pas besoin de fournir une quelconque explication pour la justifier...




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)



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Sakari Naasoqineq
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Mar 27 Fév - 21:39
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
     Dans le cas contraire, dans le cas contraire… Mouais. Aussi puissants qu’ils puissent être, jamais un mage n’avait réussi à vaincre une balle de pistolet. Certes, les adeptes de Nassasialuk pouvaient déployer des boucliers, selon la légende, mais ça ne pouvait pas être aussi puissant qu’on le présumait. Suffisant pour parer le petit pistolet de paume, mais certainement pas pour faire face à un Goliath, le bien-nommé canon portatif, à bout portant.
     Sakari était aussi là pour enseigner à Zora la science du combat. Voilà la première leçon qu’il faudrait donner : savoir juger un rapport de force.

     Mais outre ces considérations, le fanatisme de son professeur faisait plaisir à voir. Pas en soi, mais pour ce qu’il apportait. Plus que tout, Sakari aimait la compétence et la puissance, et une telle assurance ne venait pas de nulle part, cela était certain. Dans ces conditions, suivre ses ordres aveuglément semblait tout à fait justifié. Chez les siens, c’est ainsi que les plus jeunes devaient opérer, envers les anciens. Pour leur propre survie, certes, mais aussi pour celle de tous les leurs et des générations futures. L’obéissance, dans le feu de la bataille, avait une importance primordiale. C’est elle qui faisait la différence entre un retour glorieux ou servir de dîner à des semi-humains.
    Mais Sakari n’était pas un guerrier. Elle était un chasseur. Chez les chasseurs, il n’est pas question d’obéissance aveugle et de rapports de domination. Il n’est question que d’harmonie et d’égalité. Soi, son compagnon, la colline qui nous abrite, la proie qui nous fait face, les prédateurs qui nous concurrencent. Tout est compris dans un tout, et tout est ce tout. Tout est dans tout, et inversement.
     Voilà une autre chose à apprendre : concevoir le combat comme un absolu et comme un élément de l’ensemble ; la différence entre tactique et stratégie.

     Il était dès lors tout naturel que sa demande soit inacceptable.
     « Bon, alors. »
    Ça allait être long. Sakari s’assit sur un baril vide.
     « Zora Viz’Herei de l’Est, vous êtes celle qui va m’apprendre les voies de la chouette. »
    Pas la peine de tenter de prononcer « Möchlog ». Pourquoi ces gens ne l’appelaient-ils pas d’un nom simple, qui tout le monde pouvait comprendre ? Nassasialuk, c’est pourtant parfait !
     « Quant à moi, Sakari Naasoqineq du Nord, je suis ici pour t’apprendre le combat. Pas la survie, ça, vous n’en avez pas besoin. Pas la guerre, ça, c’est autre chose. Non, je parle du combat. Vous savez peut-être vous battre, je n’en doute pas, mais il faut toujours s’assurer que les bases sont solides. On va commencer par le début. Le combat, c’est soi, son ennemi, son arme, et l’environnement. Ils ne sont pas séparés. On peut être son ennemi, l’ennemi peut être une arme, l’arme peut être l’environnement, l’environnement peut être soi. Il faut protéger le premier contre le deuxième avec la troisième et au sein du quatrième. Ça a l’air d’être des abstractions, mais ça ne l’est plus, en combat.
     » On va commencer par l’arme, puisque vous abordez le sujet. L’arme est ce qui fait la différence, ce qui fait l’intermédiaire : la connexion et la séparation. Une arme, ce n’est pas quelque chose de banal, même s’il ne s’agit que d’un pied de chaise ramassé à la va-vite, ou son propre poing, ses propres dents. C’est l’outil de vie et de mort. Sans son arme, on n’est plus rien. Il faut donc respecter ses armes, et les préserver autant que faire se peut. Car sinon, elle nous rendront notre négligence en provoquant notre mort ; en nous faisant défaut au moment critique. La confiance n’est pas aveuglement : plus que tout, il faut les connaître, pour savoir ce qu’elles peuvent et ne peuvent pas faire. »

     Sakari sortit son couteau, et le planta dans le sol. Puis son pistolet de paume, et le posa. Puis son Vulcain, qui fut remonté et prêt à l’emploi en quelques secondes, puis son Goliath, puis sa lance courte.
     « Mon couteau vient de chez moi. L’acier y est très rare, aussi, quand on en a, on le chérit. Un couteau, c’est à la fois une arme et un outil. Il a le pouvoir de création et de destruction en lui. Il peut faire, défaire, et en menaçant ; faire faire. Le couteau, c’est la puissance. C’est l’objet que possèdent les adultes, pour les différencier des enfants.
     » Mon pistolet vient d’Aildor. J’ai vécu longtemps là-bas, et cette arme roublarde, qui peut être cachée partout et qui surgit d’un pli de vêtement m’a appris que la combat n’est pas une question d’honneur, mais de rendement.
     » Mes fusils viennent de Daënastre. J’y ai vécu moins longtemps, il est vrai, mais j’y ai appris que la puissance vient d’outils puissants. Et ceux-ci sont très puissants. Grâce à leur force, j’ai pu augmenter la mienne, car il m’ont fourni un modèle. Utiliser ces armes, ça veut dire n’être pas capable de faire autrement. Mon but était donc de les utiliser le moins possible.
     » Ma lance vient de Mÿ’tra, mais est à la mode de celles que portent les guerriers de mon peuple. Je l’ai acquise alors que j’étais au point le plus éloigné de chez moi sur ce monde, pour me souvenir, pour créer un lien. Pour devenir un guerrier, aussi, et pas seulement un chasseur. Car c’est une arme, et pas du tout un outil. La lame est trop grande pour être un couteau, le manche trop grand pour être une machette, mais trop petit pour être une pelle, et elle est trop lourde pour être une lance de chasse. Mais elle est aussi plus solide qu’une rapière, plus rapide qu’une hallebarde, et plus maniable qu’une lance. »

     Elle se leva et ramassa ses fusils.

     « Si c’est le prix à payer, soit. Mais là, j’enterre de vieux compagnons en qui j’ai cru et qui me l’ont rendu. L’intimité est le minimum, pour les laisser partir. »
     C’était sans appel. Sakari quitta l’enceinte du bâtiment pour se diriger vers un cours d’eau, en prenant garde à ne pas être suivie – elle excellait en la matière.

    Non mais ça va pas. Balancer ses armes, il faut être frapadingue pour proposer ça. Sakari les enterra dans un coin à l’écart, puis tâcha d’inscrire le lieu dans sa mémoire. Elle reviendrait les chercher, pour sûr.

     Elle revint, avec un air contrit, qui n’était pas vraiment feint, car se séparer de ce qui faisait sa puissance, ça reste dur.
     « C’est fait. »


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Zora Viz'Herei
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Jeu 1 Mar - 21:48
Irys : 1540139
Profession : Purificatrice fanatique
My'trän -3

Elle plisse les yeux tandis qu'elle suit Sakari du regard. L'intéressée finit par disparaître entièrement de son champ de vision, laissant la rouquine seule dans le vaste espace de l'entrepôt. Elle n'est que partiellement satisfaite: les ordres qu'elle a donnés à la jeune femme étaient on ne peut plus clairs. Et ils ne supposaient pas un quelconque laxisme quant à la façon de les interpréter. Ainsi donc cette demoiselle du Nord entend enterrer ses armes au lieu de les détruire. Peut-être juge-t-elle que c'est suffisant. Un avis que ne partage évidemment pas la rouquine...

L'apprentissage de la magie reprendra lorsque son élève aura décidé d'exécuter à la lettre ses ordres. Autrement dit: tant que les armes n'auront pas été détruites par celle qui souhaite servir Möchlog, Zora ne partagera pas la moindre petite parcelle de son savoir avec Sakari. Et cela tombe plutôt dans la mesure où cette dernière semble pressée de l'aider à perfectionner son maniement des armes. Un constat dont la fanatique ne peut que se réjouir. Prendre sans donner en retour... Le concept convient parfaitement à la disciple de la divine Chouette!

La jeune femme s'installe donc sur l'un des vieux tonneaux métalliques qui trônent au centre du massif bâtiment. Elle adresse une prière silencieuse à son Architecte sans se questionner une seule seconde sur la pertinence des propos que Sakari lui a tenus au sujet des armes et du combat. Un ramassis de conneries dont elle se passera bien et sur lesquelles elle ne compte pas s'attarder. Car contrairement à la noiraude, Zora ne dépend pas des armes. Bien au contraire. Elles ne sont qu'une assurance au cas où elle serait privée de magie. Ou simplement une alternative amusante pour faire souffrir les infidèles de daënastre. Ni plus, ni moins. C'est bien la prudence qui a poussé Zora à demander des leçons, certainement pas le sentiment d'un quelconque manque à combler...

Toujours est-il que Sakari revient quelques instants plus tard et lui annonce que le travail a été fait. L'air contrit qu'elle affiche semble prouver que se séparer de ses armes impies ne fut pas un exercice aisé. La rouquine se fend d'un léger sourire en coin: elle n'a pas fini d'en voir! Mais la fanatique hoche lentement la tête de gauche à droite, marquant alors sa désapprobation. Juste avant de l'exprimer plus clairement:
"Non, ce n'est pas fait! Je t'ai demandé de les détruire devant moi! Non à l'abris des regards! Pensais-tu vraiment que j'allais me fier à ta parole?" se moque-t-elle. "Je t'ai également demandé de te déshabiller! Là encore, je ne peux que constater que tu portes toujours des vêtements..."
La rouquine croise alors les bras sur sa poitrine sans quitter du regard la noiraude. Il ne tient qu'à elle de choisir de se plier aux règles ou de les modifier en fonction de ses propres attentes. Zora sait que cette rencontre n'est pas à sens unique et axée sur le réciprocité. Pourtant il ne saurait être question d'équivalence. C'est bien une faveur que la fanatique fait à la noiraude - ou plutôt à Loud'wig - en acceptant de la guider partiellement sur la voie des arcanes. Une faveur qui ne saurait être remboursée par un simple cours sur le maniement de bouts de métaux aiguisés...
"Je vais donc tâcher d'être un peu plus claire: si tu souhaites que je t'apprenne la magie, va chercher les armes que Technologie t'a offertes et détruis-les devant moi! Ensuite de quoi tu te déshabilleras pour que je puisse examiner ton corps!" se répète-t-elle. "Refuse et notre collaboration s'arrête ici!"
Elle hausse les épaules pour lui signifier le peu d'importance qu'elle prête au dénouement de la situation. La balle est dans le camp de Sakari. Et quelle que soit la décision que la noiraude prendra, il semble évident qu'elle sera de toute façon dictée par Möchlog lui-même. Les choses sont déjà écrites... Et cette femme ne fait que jouer le rôle que la divine Chouette a décidé de lui accorder...




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)



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Sakari Naasoqineq
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Dim 4 Mar - 16:09
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Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
Alors ça. Quand on allait passer au moment ou il faudrait lui apprendre le combat, elle allait douiller, cette mage imbue d’elle-même. Sakari n’était pas quelqu’un de particulièrement rancunier, mais quand on se donne de tels airs, il faut les assumer ensuite, à moins de passer pour un sac de vent. Et en général, les moins humbles forment les pires ; lame à la main.
     Elle ne souhaita pas discuter outre-mesure, car des petites imbéciles qui passent leur temps à hurler pour un oui et un non pour se faire respecter, elle en avait vu des pires et des plus riches, et à force, on sait comment gérer ça. Tout se paye, de toutes façon. Le nombre de Mÿ’trans qui allait souffrir suite à l’acquisition de ces pouvoirs serait un bon exemple de rétribution – si tout autant de Daënars n’allaient pas en pâtir également.
     Avec le temps, Sakari savait parfaitement comment rendre une arme inutilisable, sans pour autant la détruire complètement. Pas mal de pièces étant remplaçables à peu de frais, « détruire » ses armes allait être simple. Après quinze minutes le temps de refaire l’aller et le retour en maugréant, Sakari revint auprès de Zora, creusa un petit trou, démonta consciencieusement ses armes, feignit de casser certaines parts et en brisa quelques unes qui n’étaient pas cruciales. Espérer pouvoir tromper une personne qui avait vécu par le fusil dans ce domaine relevait de la naïveté.


     Vint le temps de sa seconde réclamation. Se mettre à poil ? Mais n’importe quoi. Enfin. Il y avait bien le souvenir de tatouages et de marques que les chamans appliquaient sur les corps des guerriers pour leur donner une armure spirituelle, mais jamais Sakari n’aurait pensé que cette coutume avait ses origines chez les gens de magie. Sans doute car elle ignorait que son peuple était un de leurs descendants directs.
     « À poil, à poil… C’est bien parce qu’il fait pas froid. »
     Elle enleva donc son manteau, qui tomba avec un bruit sourd de métal qui chute, car il était blindé sur sa couche intérieure, puis elle se défit de ses ceintures et fourreaux, puis se déshabilla complètement. Il n’y avait personne à part celle qui l’avait expressément demandé, mais tout de même, c’était un peu la honte. Et la fragilité. Naturellement, le couteau de Sakari était planté à distance suffisante pour finir dans sa main puis dans une gorge très vite. Réflexe de mercenaire.
     Elle arborait pas mal de cicatrices. Beaucoup étaient de très petites tailles, et au moins douze étaient assez grandes pour êtres notées, quoique n’étant pas visibles de loin. Enfin, il y avait des balafres de taille respectable, mais rien de monstrueux. Après tout, Sakari était taillée pour la survie, pas pour la guerre : ces marques étaient liées à des incidents mineurs et des tâches manuelles, comme en témoignaient ses mains et ses jambes. Eût-elle été plus portée sur l’affrontement que ses cicatrices auraient été plus grosses, et proches du torse.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Zora Viz'Herei
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Mar 6 Mar - 4:53
Irys : 1540139
Profession : Purificatrice fanatique
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Dire que voir une part de Technologie être réduite en miette plait à Zora relève du plus simpliste des euphémismes. La déesse impie souffre-t-elle lorsque l'un de ses enfants est détruit? Elle ne peut que l'espérer tout en regrettant que ses créations ne soient pas capables d'exprimer la douleur. Là encore, elle savourerait avec grand plaisir l'agonie de ces armes. Tout comme elle savoure le semblant de docilité dont fait à présent preuve Sakari.

La disciple de la divine Chouette garde néanmoins le silence jusqu'à ce que les hérésies soient enfouis dans le sol, hors de sa vue. Elle note alors que le fait qu'elles soient détruites n'efface pas entièrement la nausée qu'elle ressent. Tout au plus l'atténue-t-elle. Si ces choses sont capables d'infliger des maux de tête aux mages même après leurs destructions, il conviendra de les réduire entièrement à néant. Reste à savoir comment. Ce qui caractérise l'hérésie, c'est bien souvent sa ténacité...

Zora finit par gratifier Sakari d'un regard indifférent lorsque cette dernière se déshabille, arguant que la chaleur clémente joue en faveur d'une telle décision. La nudité semble poser problème aux däenars. Une preuve s'il en est que leur rapport à la nature est altéré. Encore une curiosité que la rouquine ne cherche même pas à comprendre. Il n'est que rarement question de logique lorsque l'on fraye avec des infidèles. Et puis certains combats ne valent pas la peine d'être livrés.

Toujours est-il que l'adepte de Möchlog entame alors une longue observation du corps de l'amie de Loud'wig, notant au passage chacun des défauts qui le maculent. Un témoignage des erreurs commises par l'effrontée et des insultes adressées à Möchlog. Des insultes qui méritent maintenant d'être réparée. En tant normal Zora se contenterait de purifier cette impure. Mais la situation exige une autre approche malheureusement...
"Douze..." glisse-t-elle. "Tu as douze cicatrices!"
Le dégoût est perceptible dans le voix de la rouquine alors qu'elle dresse ce constat évident. Elle revient alors se prendre place face à Sakari et l'observe un instant en se demandant comment il convient de corriger le tir. Ces sillons sont trop anciens pour qu'elle puisse les faire disparaître. Mais même si elle le pouvait, elle n'accorderait pas cette chance à la noiraude. Les faveurs se méritent. Tout comme la rédemption...
"Tu ne peux pas servir Möchlog par les mots et l'insulter de ton corps!" poursuit-elle. "Tu as commis des erreurs qu'il convient maintenant de réparer. Fort heureusement pour toi il se trouve que Möchlog est conciliant envers ceux qui se repentissent sincèrement de leurs fautes..."
Zora ne juge pas utile de détailler davantage ses propos. Sakari n'a pas besoin de comprendre pour se plier à la demande qui suivra. C'est au contraire un excellent moyen de mesurer sa détermination. Elle souhaite recevoir les bénédictions de Möchlog? Qu'elle s'en montre digne. La foi ne s'explique pas. Elle se vit. Un fait que la noiraude ferait mieux d'intégrer au plus vite si elle espère bénéficier des enseignements de la rouquine.
"Douzes däenars!" finit-elle par ajouter. "Je veux que tu m'apportes douze daënars ici, demain soir. Des impurs portant comme toi la marque de l’infamie. Ce n'est qu'au prix de leurs âmes que tu pourras racheter - ou du moins atténuer - tes pêchés. Prouve ta dévotion. Et je serai alors encline à te guider sur la voie de la vérité..."
Si Sakari ne peut pas payer le prix de ses pêchés, il convient à d'autres de le faire pour elle. Ce compromis est loin d'être satisfaisant aux yeux de Zora. Mais peut-être que la Chouette l'estimera digne. La rouquine ne peut pas lire dans le coeur de cette femme. Mais la Chouette, elle, en connaît chaque détail. Et c'est à l'Architecte de juger celle qui se présente à présent sur le seuil de sa demeure spirituelle.
"D'ici là nous n'avons plus rien à nous dire!" glisse-t-elle avant de faire un vague signe de la main. "Tu peux disposer..."
Les exigences que la rouquine impose à celle qui entend devenir son apprentie ne sont pas anodines, loin de là. Capturer et amener deux demi-douzaines de daënars dans cet entrepôt sans se faire remarquer relève presque de la gageur. Mais la disciple de Möchlog n'entend pas faciliter la tâche à celle qui s'est davantage montrée défiante que conciliante jusque-là.




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Sakari Naasoqineq
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Mer 7 Mar - 22:55
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
On ne pouvait pas vraiment dire quelque chose ayant moins de sens aux yeux de Sakari. Sauf, peut-être, en lui expliquant la notion de nationalisme. Heureusement qu’elle n’avait pas porté plus grande attention à ses mains, qui à force de travaux manuels, ce qui impliquait défoncer des crânes à main nue, étaient couvertes de cals, de petites coupures et étaient aussi rugueuses que celles d’un charpentier. Des dignes mains de combattants, et qui restaient assez menues pour pouvoir coudre.
     Mais il est vrai que les adeptes de la chouette maîtrisaient le soin, donc si on adoptait une logique tirée par les cheveux et complètement biaisée, tous ceux qui n’avaient pas un corps intact ne pouvaient se soigner, donc ne vénéraient pas la chouette, donc étaient des hérétiques. Ça faisait beaucoup de monde.
     Mais Sakari n’allait pas perdre du précieux temps de cerveau à essayer de comprendre ces décisions étranges. Insulter un dieu, par le corps qui plus est, le principe même du repentir, l’impureté religieuse, le fait qu’il existe une voie de la vérité, et ainsi de suite, tout cela n’avait absolument aucun sens à ses yeux. C’était dure de suivre, quand elle parlait.
     Ce qui fit le moins de sens fut cette histoire de pêche. Les Nunaqortoqut étaient un peuple qui ne voyait jamais la mer, et quand c’était le cas, elle n’était qu’une morne banquise infranchissable, sauf pour aller dans les tréfonds du pays de leurs ennemis. Qui plus est, malgré sa connaissance certaine de la faune, jamais Sakari n’avait entendu parler de chouette pêcheuse. Métaphoriquement, Zora aurait pu vouloir dire que douze Daënars devaient être pêchés pour nourrir la chouette, mais ça n’avait aucun sens symbolique.


     Au moins, il était clair que douze gens de ville devaient être tués. Ça au moins, c’était clair. Sans doute pour quelque rite théologique. N’ayant cependant pas vraiment saisi le ton de l’échange, qui était un ordre plus qu’autre chose, Sakari se sentit obligée de donner une consigne en retour à son apprenti.
     « Ouais, ça, je peux faire. De votre côté, mm, histoire qu’on gagne du temps, je vous propose ceci : fabriquez-vous un arc qui soit efficace en combat. Je pense que… Mm, je ne me souviens plus de son nom, mais il a les feuilles qui ressemblent à des aiguilles souples, de cette taille environ, rangées en peigne. Et des petitse baies rouges, en cette saison. C’est pas très commun, mais un jour et demi, ça vous laisse le temps. Pour la corde, Attendez… Non, pas ça… Oui, ah, non, ça c’est pour autre chose. Ah, voilà, Tenez. »
     Elle lui tendit une corde en lin.
     « Il faudra la huiler et la régler à la bonne taille. Pour les flèches, ben du bois taillé, calibré à la bonne taille, taillé en pointe et avec des plumes. Ça a l’air d’être très idiot, ce que je vous demande, mais en fait, c’est capital, et vous allez comprendre ça demain. J’rigole pas, hein. Bon, ben, salut. »


    Son attitude, pour le moins étrange, voire parfois difficilement supportable, faisait douter à Sakari qu’elle le ferait vraiment. Auquel cas, ce n’était pas vraiment important. Elle ne prévoyait pas de s’investir si en face la suffisance faisait barrière. Elle était maître d’arme, pas maman. Et puis, dès qu’elle en saurait suffisamment sur la magie, elle pourrait la laisser, indépendamment de ses progrès.


     Toujours est-il que Sakari ne connaissait pas vraiment le coin. Elle avait un peu en tête la localisation de villages alentours, et connaissait les routes, mais vaguement. Ce n’allait cependant pas être impossible de trouver un village, en attendant un peu sur le bord d’une route, puis en demandant à une diligence de passage de nous prendre en route. Et naturellement de massacrer l’intérieur sauf un.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Zora Viz'Herei
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Ven 9 Mar - 7:49
Irys : 1540139
Profession : Purificatrice fanatique
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Elle observe d'un air dubitatif la corde de lin glissée entre ses mains. Qu'est-ce qu'elle ferait d'un arc? Il semblerait que ses désirs n'aient été que partiellement compris par Sakari. Ou par Loud'wig. Que ce soit en amont ou en aval, le bât blesse. Zora a toujours considéré ceux qui se battent à distance comme des lâches incapables de faire face directement à leurs adversaires. Elle ne remet pas en doute l'efficacité des armes de jet. Simplement leur moralité et la faiblesse qu'elles supposent. Il ne faut donc guère de temps à la rouquine pour agir comme sa fierté le lui commande.

La corde finit ainsi bien vite dans un coin du large hangar. Après quoi la fanatique s'emploie à nettoyer avec une certaine tendresse l'arme fournie par son mécène moustachu. L'entretien est primordial, elle est en consciente. Mais ce qu'elle a tout d'abord perçu comme un objet encombrant et inutile est devenu au fil du temps une amie docile. Une amie qui ne remet pas en question ses choix et ses doutes. Et qui, surtout, accompli sa volonté avec une obéissance des plus appréciables. Cette compagne d'acier lui évoque également des souvenirs joyeux. La rencontre avec Technologie, bien sûr. Mais aussi la purification de Sanaë et les morts qui ne sont plus qu'un vague écho dans les méandres de sa mémoire. Des gens qui sont désormais libres de vivre une nouvelle vie et de saisir une nouvelle chance.

Elle s'adresse ainsi les remerciements de ces âmes qui, grâce à elle et contre leurs grés, sont à présent libérée du fardeau imposé par la déesse impie des daënars. Peut-elle les rencontrera-t-elle de nouveau au fil des années. Et peut-être alors qu'ils éprouveront une saine gratitude à l'égard de la rouquine sans réellement savoir pourquoi. Oui, abattre l'hérésie sera une chose bien plus compliquée qu'elle ne l'escomptait. Peut-être même impossible pour les favorites de Möchlog. Mais elle ne peut nier le bien qu'elle a déjà propagé au sein de la société daënar.

Une montée de sa nausée lui rappelle que sa déambulation sans but à l'intérieur du hangar l'a rapprochée de l'endroit où Sakari a enterré ses hérésies. La gêne est moins forte que lorsqu'elles étaient encore intactes. Mais sa présence reste malgré tout désagréable. Suffisamment pour pousser Zora à déterrer les dits objets puis à envelopper sa main dans le tissu de sa cape avant de les saisir avec dégoût. Une furieuse envie de vomir lui étreint le coeur mais elle se force malgré tout à poursuivre son oeuvre. Ce n'est qu'en arrivant sur le quai proche et en balançant la source de ces maux dans l'eau sombre qu'elle retrouve un brin de sérénité.

Elle retourne ensuite dans l'entrepôt désaffecté, satisfaite de cette bonne action et du petit geste dans la bonne direction qu'elle représente. La légèreté qu'elle ressent, bien qu'amoindrie par la présence plus ou moins proche des enfants de Technologie qui hantent la zone portuaire, l'empêche néanmoins de faire preuve de sa prudence habituelle. Elle ne sent ainsi par la pair de regards posés sur elle...

~~~~~~~~~~

Assise en tailleur dans la poussière, les mains liées et les yeux clos, elle prie avec ferveur le dieu qui a désiré sa présence sur le continent daënar. Elle s'ouvre entièrement à lui, lui dévoilant son âme et son coeur avec l'assurance que la Chouette les lit avec attention. Le silence qui lui répond ne la déstabilise pas. Il est même rassurant. Tant qu'elle suivra la bonne voix, l'Architecte ne se manifestera pas. Car le silence est approbation.

La pensée de l'illusion dans laquelle elle a été plongée quelques mois plus tôt, au fameux bal de l'exposition universelle, lui revient en mémoire. Elle tremble quelques instants tandis que ses pensées s'agitent. Mais la méditation l'aide à retrouver un semblant de contrôle. La rouquine souhaite ardemment pouvoir effacer ce souvenir de sa mémoire. D'autant plus qu'elle sait qu'il est biaisé, n'est basé que sur sa crainte de l'échec. Mais elle n'est pas capable de l'ignorer.

Elle ne sait pas si c'est une bonne chose, à vrai dire. Bien qu'il s'agisse d'une hallucination, elle est également un rappel de ce qu'elle pourrait subir si jamais elle venait à ne plus contenter Möchlog. Le désespoir qu'elle a ressenti est parfaitement déplaisant. Se le remémorer n'est pas aisé. Mais il constitue néanmoins une puissante motivation. Si tant est, bien sûr, qu'elle en ait besoin. Servir My'trä en purifiant  des daënars était déjà son vœux le plus cher après tout...

Un bruit l'arrache de sa méditation. Un bruit évoquant le pas. Et même plusieurs. Zora se redresse et fait glisser dans sa paume son arme de prédilection. Ainsi donc Sakari a décidé de revenir. Le signe qu'elle est peut-être véritablement motivée par le désir de servir la Chouette. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que sa présence est un bon point pour elle. La rouquine n'aurait pas particulièrement apprécié de traquer cette femme bizarre pour s'assurer de son silence. Son temps est précieux. Et se doit d'être utilisé pour des occupations plus dignes qu'une bête chasse.
"Je reconnais que je ne pensais pas te revoir..." glisse-t-elle, un sourire au coin des lèvres.
Elle se retourne alors vers la porte qui vient de s'ouvrir. S'apprêtant à découvrir une vision conforme à ses attentes. Ou peut-être des problèmes?
lancer de dé:
 




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)



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Bolgokh
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Ven 9 Mar - 7:49
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Administrateur
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'Dé 10' : 4


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Sakari Naasoqineq
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Lun 19 Mar - 20:06
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Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
     Douze meurtres, ce n’est pas ce qu’il y a de plus difficile. À Aildor, il y avait des journées qui finissaient plus mal. Bien qu’assez vide, cette région côtière était tout de même souvent empruntée par des caravanes, car elle permettait de ne pas s’engager dans le dangereux intérieur des terres, parfois mal dominé par les Daënars. Sakari se contenta donc pour commencer le massacre de se poser devant une route et de faire signe à la première diligence de passage, comme le ferait une voyageuse quelconque. D’autant plus que sans ses armes, elle ne paraissait pas très dangereuse.
     À l’intérieur, elle paya un ticket au cocher et s’assit sur le toit, comme trois autres voyageurs ayant une petite bourse, pendant que quatre passagers étaient à l’intérieur. Avec le cocher, ça faisait huit personnes. Ce ne serait naturellement pas aussi simple, car comme tout habitant du pays des villes qui se respecte, ils portaient des armes.
     Après une petite demi-heure de trajet, suffisante pour que les passagers du haut – un garçon de ferme un peu excité, une femme qui devait être vendeuse itinérante et un petit artisan, sans doute un apprenti maréchal-ferrant – endorment leur vigilance naturelle à l’égard d’une étrangère, Sakari commença le travail.
     Elle regarda la ceinture de la vendeuse à côté d’elle, et poussa un petit cri d’étonnement.
     « Oh mais ça alors ! Je connais ce pistolet ! C’est un Strauss, non ? »
     Honorée de parler à une connaisseuse qui avait remarqué son bon goût en matière d’ornement de ceinture, l’interpellée répondit avec un ton qui répondait à celui enjoué de Sakari.
     « Tout à fait ! Un modèle récent. Je l’ai acheté il y a deux jours.
     Ah oui ? Je ne le connais pas. Il est beau. Vous permettez que je le regarde ?
     Je vous en prie. Tenez.
     – Ah oui, et vous l’entretenez bien, dites. Six coups, beau canon… Vous avez eu l’occasion de le tester ?
     Pas encore, non ! Je vais à Saäderta pour ça. »
     Pendant qu’elles papotaient, Sakari avait subrepticement préparé son couteau, qui attendait dans sa manche de glisser dans sa main et de trancher. Elle ne tenait évidemment pas le pistolet par la poignée, mais après avoir vérifié qu’il était chargé à bloc, pour complimenter le choix des munitions, d’un geste rapide et maîtrisé, elle le saisit dans le bon sens et plaça le doigt dans la gâchette, puis tira à bout portant sur les deux autres passagers. La vendeuse ne put rien tenter, car elle reçut un coup de poing dans le nez, puis se fit planter dans la cage thoracique. Le cocher se retourna et se prit la lame dans l’orbite gauche.

     Privé de chauffeur et en proie à la panique suite aux coups de feu et aux déséquilibres que provoquaient les cadavres ballants qui pendaient, la diligence perdait l’équilibre. Sakari abattit un cheval d’un tir. Son corps s’effondra, bloqua les roues et fit brutalement chavirer le véhicules sur le côté gauche. L’autre cheval tomba lui aussi à la renverse. La tireuse avait eu le temps de s’accrocher aux barres de cuivre qui bordaient l’habitacle du plafond. Elle tomba au sol quand-même, mais ne fut pas propulsée dans de décor.
     L’adrénaline aidant, elle se releva et commença à escalader le véhicule. Des passagers à l’intérieur, un homme d’affaire courroucé et avec un pistolet vraiment gros avait commencé à escaladé et avait ouvert la porte. Hélas pour lui, le côté le plus pratique à escalader se trouvait être le sol. Quand il sortit la tête, il regardait donc vers la droite. Arrivant par derrière, soit par le toit, Sakari le poignarda et d’un geste brusque fit retomber son corps en contrebas pour qu’il écrase les autres passagers.
     Ça fonctionna : on entendit des hurlements, un cri de douleur et des injures. Puis les trois dernières balles de Sakari, qui tuèrent encore deux personnes. Il en restait une dernière. Elle était protégée par les corps des voyageurs, et tenta de riposter en tirant quelques coups.
     Sakari descendit, alla chercher la carabine du cocher et revint pour finir le travail.

     Elle sortit les corps, ravagea les plaies faites avec des balles au couteau, pour masquer le type originel de blessure, ôta les plombs, et traça des marques qu’on pourrait aisément assimiler à une signature mÿ’tranne avec le sang des victimes sur la diligence.
     Il fallut ensuite trouver des preuves de ce massacre sanglant qui pourraient être ramenées à Zora. Sakari arracha les pouces des victimes, quitta la route pour se cacher dans la forêt, puis avec son couteau dépiauta lentement les doigts pour leur ôter leur chair et tout tissu organique. Elle lava ensuite les ossements dans un ruisseau. Enfin, elle relia les deux carpes ensembles avec du fil, pour donner l’impression que les deux os étaient encore liés. Il y avait donc seize trophées de la sorte.

     Le reste de la journée fut occupé par le trajet à pieds jusqu’à un gros bourg proche. Arrivée sur place, elle se dirigea vers la poste du coin. En effet, Sakari avait acheté il y a quelques semaines une arme plus adaptée au combat silencieux, ou simplement acceptable pour des Mÿ’trans. Elle ne la gardait cependant pas sur elle en permanence, et surtout quand elle allait en Daënastre, car elle était volumineuse et bien moins pratique qu’un fusil. Par contre, elle la faisait suivre par la poste partout où elle allait. Il faudrait d’ailleurs trouver un moyen de la garder sur soi, car ça coûtait cher et ça obligeait d’aller dans une ville avant de s’en équiper, alors qu’elle aurait été bien utile, avec cette Zora.
     Sakari ne pensait pas que son professeur serait aussi fanatique. Elle avait déjà croisé des gens de sa race, mais aucun n’avait eu de réaction aussi violente vis-à-vis de la technologie. Ou n’avaient été en position de force pour imposer sa non-utilisation.
     L’arme en question était un chu-ko-nu. Une arbalète à rechargement rapide. Elle l’avait déjà testée en occident, et savait donc que les mages pouvaient la supporter. En même temps, ce n’était qu’un savant agencement de pièces de bois et de mécaniques basiques.

     Il lui restait quatre victimes, et à revenir. Cela n’allait pas être si difficile cependant. Bien que de taille modeste, Saäderta était suffisamment vaste pour avoir des ruelles avec des mendiants isolés.
     Le premier était à l’arrière d’une boulangerie. Il était en train de fouiller dans les poubelles, et se prit un carreau. Un vieux bonhomme qui ne poussa pas un cri. Sakari lui ôta les pouces, le planqua dans une poubelle, et ajouta une petite pointe de flèche d’artisanat mÿ’tran. Vieux réflexe.
     Le deuxième fut un enfant qui vint de lui-même lui demander une pièce de cuivre. Il reçut de l’acier et perdit ses pouces.
     Le troisième était un charpentier qui travaillait sur la palissade de la cours intérieure d’une maison. Le chêne fut souillé de sang assez vite, après que Sakari se soit approché pour lui demander la direction de la gare. Il prit aussi une pointe de flèche.
     Le quatrième était une prostituée que Sakari alluma, conduisit dans un coin obscur et planta dans le dos sans prévenir, puis la cacha derrière un tas d’ordures.
     Les raisons des mises en scène de ses meurtres étaient assez simples. Son patron avait spécifiquement ordonné qu’elle fasse croire que ses meurtres en Daënastre soient d’origine mÿ’trane, et que ses meurtres en Mÿ’tra soient d’origine daënare. Ce n’était là que de la politique, et les finalités, si Sakari pouvait très bien les imaginer, elle n’en avait cure.
     Pour finir son trajet en ville, elle acheta des jumelles. Sans armes efficaces, Sakari n’avait pas le droit à l’erreur. Et le savoir permet de limiter grandement la marge d’erreur. 300 irys, c’était pas peu, mais pas cher non plus.

     Il ne restait plus qu’à revenir vers la zone industrielle. Pour gagner du temps, Sakari prit la diligence. Elle passa devant un autre convoi de voyageur qui allait en sens inverse, renversé et placé sur le côté par la milice. Sûrement des bandits, ou des animaux sauvages. Soucieux de voir un collègue sans doute mort, le cocher ouvrit encore plus l’œil et garda son fusil gardé encore plus proche.
     En chemin, Sakari ne put s’empêcher de lancer la rumeur comme quoi ce devaient être des Mÿ’trans. Elle se présenta comme une Aildoraine qui avait fait du commerce chez les voisins détestés de d’occident, et déclara que les marques qu’elle avait aperçue sur la diligence semblaient être de leur fait. On corrobora ses dires quand une fermière du coin, qui revenait de la ville, déclara que le bruit courait qu’une dangereuse meurtrière mage rôdait dans la région. En une demi-heure de trajet, des ragots furent échangés et le sentiment d’insécurité et de haine envers les gens de magie devint presque palpable dans l’habitacle. Naturellement, patriotisme oblige, Sakari ne put manquer de déclarer que beaucoup à Aildor, en cas de guerre, rejoindraient le camp daënar, pour laisser une image positive de sa cité d’adoption dans la mémoire de ces gens.
     Elle demanda à être débarquée au milieu de nulle part, à peu près là où elle avait trouvé la diligence de l’aller. Puis il fallut marcher jusqu’à son professeur. Naturellement, elle était toujours sur ses gardes. On ne sait jamais, d’autant que visiblement, Zora était recherchée dans ce pays.

     Ça ne loupa pas. Alors que les toits de la zone industrielle portuaire se dessinaient sous ses yeux, elle aperçut des formes humanoïdes se déplacer dans sa direction. Elle se cacha, repéra le sens du vent, vit qu’il était en sa faveur et s’approcha lentement, dissimulée par les broussailles.
     C’était clairement des humains, mais ils étaient nombreux et avaient une démarche étrange. Comme s’ils étaient ivres. De loin, sur une petite colline, Sakari ne pouvait voir que leurs silhouettes. Au moins vingt, voire trente. Ce ne pouvaient être des miliciens, car ils avaient une formation qui manquait clairement de professionnalisme, mais ils étaient clairement une troupe de guerre, car ils avançaient en encerclant le bâtiment. Zora devait encore être à l’intérieur et ne se doutait de rien.
     Utilisant ses jumelles, Sakari tenta, à travers les trous dans le toit, de repérer où était son professeur. Elle ne la vit pas, mais aperçut un endroit ou la terre avait été retournée. Elle reconnut là le leu où elle s’était assise. Ainsi, cette petite fouine avait déterré ses armes. Il fut assez évident de comprendre ou elle les avait emmené : la terre était meuble, sinon ce trou n’aurait pas pu être creusé facilement, et il laissait les empreintes de pas assez visibles. Elles se dirigeaient vers la mer. Bon, au moins, l’acier ne rouillait pas. Par contre, les balles étaient foutues. Il faudrait récupérer son matériel quand elle reviendrait.
     Elle observa ensuite les ennemis, et manqua de pousser un cri d’horreur. Ce n’étaient pas des humains, mais des Shimegs. Il y avait peut-être eu des miliciens, mais ils étaient mort, comme en témoignaient leurs jambes avec des treillis locaux qui servaient de membres arrières à quelques-uns de ces insectes dégueulasses. Sakari n’avait jamais combattu ces créatures, elle en avait seulement entendu parler. Il est rare qu’ils arrivent aussi près des côtes, cependant. Un groupe de miliciens faisait beaucoup de bruit, ils avaient dû jouer de malchance et tomber sur un groupe de Shimegs, qui les avaient sans doute pris par surprise et massacrés.
     C’était un problème. Sakari avait assez de carreaux pour tous les tuer, mais ce ne serait pas aussi simple. Il fallait extrader son prof en toute discrétion, car il est impossible de jouer au plus rapide avec des animaux en chasse.

     Elle enleva son manteau, le mit dans son sac, ne laissant à l’air que sa cotte de maille, et recouvrit celle-ci de terre humide et d’herbes, pour masquer autant que possible son odeur. Ses nattes furent garnies de feuillage, et elle arracha quelques branches qu’elle coinça dans la maille pour se donner un camouflage primaire.
     Sakari écrivit ensuite un mot simple qu’elle enroula sur un carreau : « Fuyez – trop nombreux – ouest – je vous couvre »
     Elle se dirigea vers le point de la formation ennemie où ils étaient les moins nombreux et se prépara à tirer. Un Shimeg plus jeune avait pris les devants et entrait dans le bâtiment. De son nouvel angle de vue, Sakari pouvait voir Zora. Elle ne se doutait de rien. Et n’avait pas d’arc, regrettable, surtout dans cette situation. Avant qu’elle ne puisse apercevoir sa proie en tournant au coin du mur, la bestiole se prit un carreau en pleine poire, qui le fit s’effondrer devant Zora. Le message était bien en vue. Si son professeur se hâtait de rejoindre son alliée, elles pourraient toutes deux fuir en passant par les hautes herbes. Bien qu’il y eut plut il y a peu, cette végétation serait propice au départ de feu. Et le feu est bien la seule chose qui peut faire reculer ces monstres. Il s’agirait seulement de ne pas cramer avec eux.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Zora Viz'Herei
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Mar 27 Mar - 6:59
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En se retournant elle ne découvre pas Sakari. Ni même des gêneurs daënars. Mais bien une créature étrange semblant sortir tout d'un droit d'un cauchemar. Ses jambes semblent humaines mais la partie supérieure de son corps évoque l'insecte. De quoi arracher une grimace de dégoût à la rouquine qui recule instinctivement d'un pas. Un comportement évoquant sûrement une forme de faiblesse et que la créature exploite en bondissant en direction de la mage avec une rapidité déconcertante.

La surprise et la vitesse de l'attaque permettent uniquement à Zora de lever instinctivement un bras devant elle pour se protéger. Et si elle commence à déployer un bouclier il n'en est qu'au stade embryonnaire lorsque les pattes hérissées de piques de la créatures menacent de s'abattre sur elle. Un sifflement caractéristique vient toutefois étouffer la tentative de l'oeuf. Emportée par son élan, la créature glisse alors de quelques mètres sur le sol avant de s'immobiliser définitivement. Un sursit que la mage exploite en dégainant la faux offerte par Loud'wig. Avec un brin de retard, certes.

La surprise ne se dissipe pas pour autant. À celle inhérente à l'apparition de cette créature s'ajoute celle du carreau décoché depuis les ténèbres. Carreau accompagné d'un mot qu'elle se hâte alors de dérouler pour en prendre connaissance. À peine est-elle arrivée à la fin du message que d'autres bruits résonnent dans le calme relatif de l'entrepôt. Oui, il semblerait bien que cette chose n'était pas seule. Zora recule alors davantage et décoche un dernier regard à l'insecte qui gît à ses pieds. C'est sûrement l'une des plus étranges créatures d'Orshin qu'elle ait eu l'occasion de voir...

Toujours est-il qu'elle ne tient pas spécialement à voir d'autres spécimens vivants de plus près. Et il serait dangereux - suicidaire? - de se dresser face à des adversaires dont elle ne connaît rien. La témérité a souvent un prix: la mort! Partant de ce constat, il lui semble des plus judicieux de suivre la recommandation qui accompagnait le trait salvateur. Elle se dirige ainsi vers l'ouest, décidant de se fier aux recommandations de celle qu'elle suppose être Sakari. Il ne saurait être question de fierté en pareilles circonstances après tout!

La fanatique ouvre la porte et plonge immédiatement pour éviter un coup de patte, faisant une roulade sur le sol avant de se réceptionner maladroitement un peu plus loin. Elle dresse alors un bouclier pour bloquer l'attaque d'une seconde créature avant de se relever en titubant et entamer une course peu glorieuse en direction des hautes-herbes. Lorsque d'autres créatures se mêlent aux deux autres, elle abandonne définitivement l'idée de les affronter.
"Je hais ce continent!"
Une remarque guère utile mais qui a l'avantage de lui faire du bien. La jeune femme se résout ensuite à économiser son souffle tandis que la course se prolonge, sapant peu à peu ses forces. Le stress est d'ailleurs si intense qu'elle n'arrive pas réellement à effectuer les gestes capables de lui insuffler davantage de force et, donc, de vitesse. La... meute, quant à elle, se rapproche d'elle inexorablement.

La rouquine s'accorde toutefois une vague pause et se retourne pour dresser un bouclier à l'entrée de la petite allée qu'elle vient d'emprunter. De quoi ralentir un instant les insectes. Du moins l'espère-t-elle. Mais la protection crée à la hâte ne tarde pas à succomber aux assauts furieux des créatures, rendant cette tentative infructueuse.

Zora perd peu à peu son avance et le combat qu'elle espérait éviter semble devenir la seule option digne de ce nom. Quitte à dépenser son énergie, autant que ce soit pour se défendre et non pour fuir honteusement face à de simples animaux. Ou peu importe ce dont il s'agit...

Mais les hautes-herbes s'étalent à présent devant elle. Et avec elles, la promesse de l'assistance promise par les mots sur le carreau. Elle n'aime pas se reposer sur une inconnue. Encore moins lorsqu'elle est aussi irritante que Sakari. Mais elle n'est guère en mesure de refuser de l'aide. Reste à espérer qu'elle soit suffisante pour lui permettre d'éviter le pire!




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Sakari Naasoqineq
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Jeu 29 Mar - 23:29
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Une motte de feuillages sort des hautes herbes.
     « Ah, vous voilà ! »
     Sakari avait mis à profit le temps gagné par la fuite de Zora pour préparer quelques carreaux enflammés. Assez simplement, elle avait attaché du tissu imbibé d’huile aux pointes et placé une torche à la bouche du chu-ko-nu. Un bricolage sommaire, mais on n’avait pas le temps de faire plus efficace.
     « J’vais tirer, vous pouvez nous protéger des flammes avec votre bouclier ? Il faut ralentir leur progression. On peut pas tous les tuer, mais on peut les éloigner. »


     Sans attendre de réponse, car les Shimegs n’avaient aucune courtoisie, elle commença à tirer. Comme elle n’avait cette arme que depuis peu, et qu’elle s’entraînait rarement avec, elle put effectivement tirer les dix carreaux en moins de dix secondes, leur faisant décrire des trajectoires légèrement obliques, mais ils tombèrent trop loin. De plus, seul trois d’entre eux avaient effectivement réussi à prendre feu. La meute ennemie était ralentie et coupée en deux, mais il restait bien une dizaine de ces créatures, sans parler du fait que les autres ne tarderaient pas à trouver le moyen de faire un détour. C’est très con, ces bestioles, mais ça tente tellement de truc que statistiquement à un moment il y a bien quelque chose qui va fonctionner.
     Il allait falloir combattre, ou fuir. Dans le premier cas, ça revenait à massacrer des dizaines de ces monstres qui allaient arriver par vague. Elles avaient le désavantage de la technique et de l’intelligence, mais le nombre suffit, parfois. Surtout à plus de quinze contre un.
     Ordinairement, fuir aurait été la solution envisagée par Sakari. Elle ignorait que c’était complètement idiot, car le milieu forestier est justement celui que les Shimegs affectionnent, or le seul point de repli était à travers les bois. Il faut donc croire qui c’est son instinct qui lui fit sortir sa lance courte et son couteau.
     « Pas de repli, on les tue tous. Vous êtes grande-mage, et protégée par le dieu, je sais qu’avec vous on ne peut pas perdre. »


     Quoi qu’elle en dise, Sakari aurait bien aimé superviser ce combat. C’était en effet tout à fait le genre d’affrontement qu’on pratiquait à Nunaqortoq, contre les Khashans. Pour ce qui était de la bestialité, de l’odeur et de l’hostilité, il n’y avait par ailleurs qu’une différence mineure.
     « Je sais comment combattre comme ça. On se met dos à dos, je protège votre flanc gauche et vous le mien, et surtout on bouge beaucoup. Vous menez la danse, je me maintiens à votre niveau pour vous couvrir. »
     Elle laissait à Zora le rôle le plus facile, en vérité, car Sakari devait s’adapter aux déplacements de sa coéquipière et la protéger. Cette formation avait aussi l’avantage de forcer une coopération en combat, donc à se faire confiance. Le cas échéant, les deux mourraient dans d’atroces souffrances.
     Onze shimegs s’approchèrent, les encerclant en vitesse. Ils allaient attaquer d’un instant à l’autre. La lance de Sakari était prête à frapper. Elle la maniait avec assez de force pour perforer leur chitine, en taille ou en estoc. Il en allait de même pour son couteau, et elle savait attirer l’ennemi très près pour le priver de mobilité, car la distance permet de donner de l’élan aux coups, ce dont un couteau a bien moins besoin. En somme, elle avait l’habitude de coller l’ennemi pour bloquer ses mouvements et frapper. Ça allait être moins faisable avec les mandibules de ces monstres, mais sa couche de maille pouvait lu éviter ces tracas.
     Ce serait aussi l’occasion de voir l’arme curieuse de Zora en action, ce dont elle trépignait d’impatience.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Zora Viz'Herei
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Mer 4 Avr - 6:00
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Comme il fallait s'y attendre, c'est bel et bien Sakari qui l'attend sur place. Zora ne peut s'empêcher de balayer rapidement les alentours à la recherche des sacrifices sensés accompagner celle qui prétend vouloir servir Möchlog. Mais... rien! Pourtant elle ne peut guère faire la fine bouche en cet instant. La présence d'une alliée - ou plutôt d'un bouclier humain - est bienvenue. La rouquine regrette simplement de devoir se reposer en partie sur une inconnue plutôt que sur Althéa. La confiance n'est-elle pas le ciment d'une collaboration? Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce sentiment manque atrocement en cet instant.

La fanatique se contente ainsi d'un vague signe de tête lorsque la femme lui demande d'utiliser un bouclier pour les protéger des flammes. C'est effectivement ce qu'elle avait en tête. Néanmoins Zora n'avait pas spécialement prévu d'en faire bénéficier Sakari. L'aide de la rouquine se mérite. Et si la noiraude souhaite lui apporter son soutien, cela ne signifie pas pour autant qu'elle lui accordera le sien en retour. À ses yeux, l'étrangère n'est rien de plus qu'une perte acceptable. Néanmoins elle garde le silence, la situation ne se prêtant guère à un quelconque échange de civilités ou d'opinions.

Les flèches fusent avec une précision insatisfaisantes, arrachant un reniflement de dédain à l'adepte de Möchlog. C'est bien le soucis avec les armes: elles ne sont guère dociles. La magie, elle, est une alliée bien plus fiable. Et plus constante. Ainsi après lui avoir annoncé que tuer toutes ces créatures n'était guère possible considérant leur nombre, Sakari annonce à présent qu'il faut toutes les tuer. De quoi arracher un sourire narquois à la mage. Sait-elle seulement ce qu'elle fait ou se contente-t-elle simplement d'improviser en espérant pouvoir impressionner la disciple de la Chouette?
"Tu ne sais rien du tout! Que ce soit à mon propos, au sujet des dieux ou encore sur la magie!" corrige-t-elle sèchement la noiraude. "Et, surtout, il n'y a pas de on!"
Ils ne forment pas une équipe. Pas encore, du moins. Elle n'est pas sa disciple. Pas encore, du moins. Elle n'a pas encore mérité cet honneur. Croit-elle qu'une simple salve de flèches et un avertissement bienvenue suffira à gagner respect et estime? L'idée même prête à sourire. Malgré tout Zora se hâte de dresser un bouclier. Un bouclier qui englobe sa seule et unique personne. Sakari veut survivre? Qu'elle le fasse par ses propres moyens!
"Möchlog te regarde!" souffle-t-elle. "Si tu souhaites le servir, prouve-lui que tu en es digne!"
La rouquine s'avance alors dans les flammes qui se répandent dans les hautes herbes suite aux tirs enflammés de la noiraude. Ce faisant, elle plante profondément sa lame dans le corps d'une créature entendant lui barrer le chemin. Elle se remémore alors sa rencontre avec Adramus et les instants passés dans le dispensaire en sa compagnie. Et de la sensation que l'on ressent quand la mort cherche à vous embraser. Ce jour-là, son bouclier avait tenu. Et elle sait qu'il en sera de même aujourd'hui.

Zora se retrouve ainsi bien vite au milieu de la protection octroyée par les flammes. Les créatures ne tardent pas à se désintéresser de cette proie qui leur est désormais inaccessible. La fanatique croise alors les bras et penche la tête sur le côté, observant Sakari. Si elle n'est pas capable de survivre aujourd'hui elle ne mérite pas de prier Möchlog demain. Ce privilège revient à ceux qui sont assez forts pour survivre sans se préoccuper des autres.

La divine Chouette estime-t-elle que la noiraude est digne d'intérêt? Le verdict ne devrait pas tarder à tomber...




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Sakari Naasoqineq
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Mer 4 Avr - 14:50
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     Des quelques mots que prononçaient Zora, celle à qui ils étaient destinés n’en comprit que des bribes, auquel elle ne porta même pas attention, pour tout dire. Elle se concentrait sur autre chose. Et puis, vu son ton, elle ne devait pas dire quoi que ce soit de vraiment intéressant. En fait, on aurait dit qu’elle paniquait. Sakari manqua de peu de de rire sous cape. Allons, il n’y avait rien à craindre, certes, elles étaient en infériorité numérique totale, mais ça aurait pu être pire.
      Sa maîtresse alla jusqu’à se cacher derrière son bouclier, au milieu des flammes, c’est à dire exactement là ou elle ne risquait rien. Mais, que…? Non vraiment, Sakari ne comprenait pas. C’était donc ça, qu’on appelait avoir les foies. Bah. Elle adressa un regard plein d’incompréhension à Zora, puis haussa les épaules. Si son dieu devait observer, alors c’est lui qui jugerait. En ce moment, Sakari se sentait sous le regard de ses très glorieux ancêtres, qui avaient combattu dans des guerres autrement plus difficiles, dans un milieu autrement plus âpre et contre des adversaires autrement plus sauvages. Il ne s’agissait même pas de leur faire honneur, là, mais simplement de ne pas passer pour la dernière des incapable.
     Une lance courte et un couteau. La seule arme qu’elle portait en plus de ses ancêtres était son manteau blindé. Il aurait été inconvenant de ne pas se mesurer à ses ennemis sur un pieds d’égalité. Après tout, ils ne portaient pas d’armure eux non plus. Elle poussa d’ailleurs jusqu’à se montrer totalement torse nue, exactement comme ses adversaires qui portaient en effet les pantalons encore accrochés aux jambes de leurs victimes.
     Son armure lui aurait bien servi si elle avait quelqu’un à protéger. Mais là, il ne s’agissait plus de faire du combat une coopération où on allait alterner entre défense et attaque pour se protéger autant que possible. Là, il s’agissait d’exterminer tous ses ennemis.


     De tout temps, il existe en ce monde trois types de combattants.
     Les premiers sont les plus courants, car ils sont les civils en armes, les citoyens-soldats, qui défendent leur terre et leur famille. Des paysans qui ne s’entraînent jamais, car ils n’ont pas le temps et passent tout leur temps à faire des choses bien plus passionnantes que la guerre, comme travailler pour nourrir leur famille. C’est ainsi le seul type de combattant que peut produire Daënastre. Certes, ce pays a une armée professionnelle, mais elle n’est qu’une subtilité supplémentaire apportée à ce modèle. La substance même du citoyen-soldat − qui est évidemment le mot « citoyen » − reste inchangée. Quand on combat un soldat daënar, on ne le combat pas lui personnellement, on combat toute sa nation. Ce modèle moderne se retrouve aussi largement chez les Mÿ’trans.
     Le deuxième est les mercenaires, ceux qui vendent leurs talents et pour qui les exercer est un acte mercantile. Se battre n’est alors une question de vie ou de mort que chez ceux qui sont des incompétents, car le principe même du mercenaire est que si vous pouvez le garder sans qu’il vous trahisse, vous avez déjà gagné, car il suivra ceux qui ont une chance de vaincre, et pas ceux qui présentent un défi tactique intéressant.
     Le troisième est bien différent et bien plus rare. Il n’est pas là question de combattre parce que sinon votre famille est réduite en esclavage ou est anéantie, ou parce que sinon vous ne serez pas payé. Les guerriers qui en est un car il appartient à une caste le fait pour des raisons religieuses. Leur vie toute entière est vouée à faire du combat un art. Certes, la finalité reste la défense de son peuple et de sa paie, mais il faut y voir moins une différence de nature qu’une différence de degré telle qu’elle en devient une différence de nature. Pour eux, se battre n’a rien de différent à une danse, avec ce que ça contient d’artistique.
De ces trois modèles, seul le premier peut gagner des guerres, mais en un contre un, celui qui vous voit comme une prière à ses dieux et qui ne veut pas seulement vous terrasser, mais aussi vous accomplir et faire de vous une offrande est bien plus terrifiant. Quand ils frappent, la lame qui vous traverse est aussi celle de tous ceux de sa caste de guerriers, qui sont ainsi honorés.
     À défaut d’armes puissantes, Sakari pouvait frapper avec une profondeur historique et mythologique. Les Nunaqortoqut n’avaient rien qui ne ressemblât exactement à une société de caste, car ils étaient une seule caste de guerriers, qui concevaient leurs organisations sociales comme celle des armées qui traversaient des étendues hostiles – ce qui était exactement le cas.


     Les premiers Shimeg apparurent. Ils étaient trois. Profitant de sa mobilité acquise grâce à son abandon des vêtements, elle se mit en garde ; lance courte vers l’avant coincée sur sa poitrine et couteau protégeant le flanc droit. Elle chargea, utilisant toute sa force et son accélération pour empaler le premier ennemi jusqu’à la garde et parer un coup de mandibule en le tranchant de son couteau, puis elle fit une roulade pour esquiver le troisième.
     Elle avait à peine blessé deux ennemis qui déjà trois autres étaient à portée de combat. Ce n’était pas bon. Elle était encerclée et ne tuait pas encore assez vite. Elle empala un jeune Shimeg entreprenant, se servit de son cadavre pour parer, regretta immédiatement son geste défensif, manqua de peu une éraflure dans le dos, décrivit un moulinet de sa main gauche et abattit son arme sur un crâne, puis un autre.
     Ce n’était pas encore bon. Ils étaient encore trop nombreux et elle n’était pas encore pleinement à ce qu’elle faisait. Il fallait déployer sa science martiale plus encore.


     Toujours transformer les avantages des ennemis en inconvénients et exploiter à fond ses désavantages.. Ils étaient agiles et nombreux, mais peu résistants, craignaient le feu et n’étaient pas très rapides. Voilà tout ce qu’elle savait, et c’était suffisant.
     Un groupe un peu compact d’une petite dizaine de Shimegs s’était formé devant elle. Elle les chargea, empala un ennemi, essuya quelques coups, mais se retrouva bien vite au milieu des ennemis, qui ne savaient plus où donner de sa tête, et donnaient de grands coups qui blessaient leurs alliés plus que Sakari, qui paraît et tranchait. Un Shimeg tenta de lui bondir dessus, elle fit s’interposer un autre insecte entre lui et elle, et il percuta son congénère, puis se fit percer le crâne d’un coup de couteau.
     Les ennemis s’accumulaient, et Sakari rampait sous les cadavres à mesure qu’elle les massacrait. Les piles de morts et le fait qu’elle soit couverte de lymphe, ce qui perturbait grandement, aidait beaucoup, il faut dire, car ces bêtes avaient une très mauvais vision. Elle s’extirpa d’un tas de cadavres remué par les Shimegs, envoya sa lance comme un javelot se ficher sur le torse d’un insecte pour les attirer à elle. Mais ils n’avaient pas eu le temps de repérer sa position qu’elle s’était déjà interposée entre eux et les flammes qui protégeaient Zora.


     Elle en avait tué neuf. C’était trop peu, beaucoup trop peu. Il ne fallait pas encore sentir la fatigue, ce qui passait par refuser de prendre un instant pour se reposer. Les flammes se répandaient un peu partout, mais faiblissaient à vue d’œil. Zora aurait encore au moins cinq minutes de tranquillité, puis ce serait fini. Il fallait donc tous les abattre entre temps, pour protéger cette mage qui ne semblait pas taillée pour des combats d’une telle intensité.
     Les Shimegs étaient des bêtes malignes et couardes. Elles avaient bien vu que Sakari allait être une proie coriace. Ils allaient donc combattre différemment. Mais il était hors de question pour qu’elle les laisse penser à une nouvelle tactique d’approche. Déjà, elle bondissait sur un ennemi, profitant d’un rocher saillant et lui tranchait le cou, atterrissait en une roulade dans les herbes brûlées et découpait de son couteau une mandibule qu’elle utilisait ensuite pour empaler un autre Shimeg.
     Elle se tailla ainsi un chemin sanglant jusqu’à sa lance. Elle tournoyait, bondissait, dansait avec une grâce et une finesse inhabituelle pour sa taille et sa corpulence plutôt trapue. Aucun de ses mouvements ne supposait la défense ou la protection de soi. La meilleure manière qu’elle avait trouvé pour finir ce combat tôt, c’était de prendre l’initiative à chaque engagement individuel et de tuer l’ennemi d’un seul coup avant qu’il ne puisse réagir et la blesser.


     Sakari était presque en était d’auto-hypnose. Elle voyait ses ennemis comme des formes abstraites où les parties qu’elle devait frapper afin de les pourfendre d’un coup étaient plus nette que jamais. Sa couleur de peau avait viré au marron, alors qu’elle était couverte de sang d’insecte jaune et de terre.
     Tous ses gestes étaient prévus à l’avance, comme si le temps était devenu saisissable, et elle n’avait qu’à utiliser toute sa force pour finir le geste et passer au suivant, alors qu’elle pensait déjà à celui d’après.
     Ses coups étaient assez puissants pour la propulser en avant à chaque fois, un peu comme une poupée désarticulée, ce qui lu permettait ainsi d’ajouter de l’aléatoire à ses mouvements et lui faire esquiver les coups plus aisément. Il était impossible pour ses bêtes à la vision peu claire de frapper correctement un ennemi qui se dérobait sans cesse sous leurs coups.
     Un s’avançait, entrait dans son champ de vision ou était entendu, et l’instant d’après, il pouvait sentir l’acier entrer dans ses chairs. Il en fut ainsi jusqu’à ce qu’elle récupère sa lance, et alors la danse mortelle devint une chasse furieuse, où elle se précipitait sur ses adversaires et les pourchassait jusque dans leurs entrailles qu’elle ravageait par des coups d’une puissance redoublée, utilisant tout son art pour bloquer les ennemis en utilisant toutes les maigres ressources du terrain contre eux. Y avait-il un rocher qui dépassait qu’il lui servait de tremplin pour qu’elle se jette pieds en avant sur un ennemi et utilise son corps pour se propulser sur un autre, le pourfendre et enchaîner en une roulade et un moulinet de couteau qui taillait la chitine. Y avait-il un tison encore ardent qu’elle le saisissait, éloignait un insecte et se servait de ce précieux instant pour abattre celui qui tentait de l’attaquer dans le dos. Quand elle se rapprochait des arbres, elle y grimpait et utilisait un cadavre fraîchement tué pour redescendre en combinant son corps avec celui de sa victime et briser dans la chute tout ce qui se trouvait en-dessous. Y avait-il un tronc épais qu’il lui servait de bouclier pour parer les coups de cinq ennemis simultanément.


     C’était merveille, pour qui sait apprécier ces choses-là, que de la voir combattre en tournoyant comme un éclair d’acier et de chair souillée. Elle était couverte d’éraflures, et dès qu’elle frappait après un moulinet, ses nattes et les gouttes jaunes et rouges parfois qui s’échappaient ajoutaient à la tornade.
     Bientôt, il n’y eut plus que des cadavres. Les derniers Shimegs fuirent, ou du moins tentèrent, car Sakari ne comptait pas laisser le moindre survivant. Ils moururent des les hautes herbes, dans les ruines du bâtiment, dans le sous-bois. Malgré toute sa bonne volonté, elle ne parvint pas à tous les achever, mais le peu qui restait ne serait pas une menace, même pour Zora.


     Le contrecoup. Il allait être violent. Enfin immobile, Sakari sentit des sensations lui revenir. La douleur, la fatigue, l’engourdissement de ses membres qui tremblaient, ses paupières qui chutaient, ses jambes qui lâchaient, les mille plaies qui piquaient, la souillure de son corps couvert de sang et de boue.
     Elle poussa une longue inspiration, qui lui fit atrocement mal aux côtes, manqua de tomber, alla chercher la chemise qu’elle portait sous son manteau et se dirigea vers la côte. Avant toute chose, il fallait laver ses plaies, du moins tant qu’elle était capable d’avoir une pensée un peu cohérente.
     Ses ultimes forces suffirent à grand-peine pour la faire atteindre l’eau et la faire s’y plonger. Le froid revigora encore un peu son corps. Elle prit un galet, s’essuya avec, ponçant les saletés dont elle était couverte, éliminant ainsi de trop graves risques d’infection. Le sel marin attaqua ses blessures et les stérilisa dans la violence, mais elle n’avait même plus assez d’énergie pour crier de douleur.


     Enfin, Sakari enfila sa chemise et se laissa tomber dans l’herbe, où elle s’endormit, tenant ses armes à pleine main. Ça avait été un combat honorable, et d’une violence rare. Les récits qu’elle avait eu de sa mère et de ses ancêtres combattant les Khashans étaient bien pires, mais elle espérait au moins pouvoir les regarder en face et se dire qu’elle arrivait à la cheville des divinités et des chefs de guerre de son peuple.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Zora Viz'Herei
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Jeu 5 Avr - 6:40
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La rouquine, tête penchée sur le côté, observe la jeune femme assoupie à ses pieds. Elle est forcée de constater que cette étrange noiraude est plus coriace qu'elle l'avait tout d'abord imaginé. Les mots n'ont que peu de valeurs mais les actes, eux, sont parfaitement révélateurs de la volonté qui anime une personne. Était-ce le désir d'honorer Möchlog qui animait la noiraude lorsque cette dernière découpait la chair de ses ennemis? Ou le désir trivial mais parfaitement compréhensible de vivre? La réponse, dans le fond, n'a que peu d'intérêt pour l'instant. Tout ce qui compte c'est qu'elle a survécu. Et donc que la divine Chouette ne souhaitait pas la voir trépasser ce soir face à cette repoussante horde d'insectes.
"Votre Volonté est loi..."
Ces quelques mots se perdent dans le vent d'Amisgal mais Zora sait que son Architecte, omniprésent, les aura entendus. Avait-elle seulement besoin de les prononcer? Son coeur et son âme n'ont pas le moindre secret pour Möchlog. Et la relation privilégiée qu'elle entretient avec le dieu se passent volontiers des affres du langage. Le fait est que la fanatique n'a guère remarqué qu'elle s'exprimait à voix haute. Car la plupart de ses pensées sont orientées vers le dilemme qui se pose désormais à elle: doit-elle soigner Sakari ou la laisser ici, sur place, à la merci d'un éventuel autre groupe de ces créatures?

La réponse met un certain temps à se dessiner dans l'esprit dans la rouquine. Son bras la fait toujours souffrir et les maigres capacités de soin dont elle dispose encore ne peuvent être gaspillées inutilement. Si l'élève mérite de vivre, la maîtresse ne doit pas se mettre inutilement en danger. Et spécialement pour une chose aussi futile qu'apporter de l'aide à celle qui aura tout juste réussi à franchir le premier pallier de son estime. Non, l'épreuve n'est pas terminée. Elle ne le sera que lorsque Sakari se présentera à nouveau devant elle.

De plus les flammes qui se propagent dans les hautes herbes et menacent à présent d'engloutir la forêt proche ne tarderont pas à alerter les daënars. La zone grouillera bientôt d'infidèles. Et la rouquine est recherchée... Autrement dit: s'éterniser dans le coin n'est pas une bonne idée. Zora n'hésite finalement que brièvement avant d'extirper de l'une de ses sacoches de quoi écrire. Elle s'emploie ensuite à poser de nouvelles instructions sur un morceau de papier:

Citation :
Si tu lis ces lignes c'est que tu as survécu. Et que nos chemins seront donc liés quelques temps encore. Retrouve-moi dans trois jours à l'endroit que les infidèles appellent Prorig. Tu me trouveras dans un lieu semblable à celui qui a abrité nos premiers échanges. Si Möchlog le souhaite, il te suffira de suivre les signes qui te mèneront à moi!

J'ose espérer que tu n'as pas oublié le prix qu'il te faudra payer pour ton impureté. Et que tu auras compris que les plaies que ces créatures t'ont infligées nécessitent des sacrifices supplémentaires. Si tu te présentes à moi, veille donc à avoir le nombre adéquats d'offrandes.

Z.

Elle plie soigneusement cette lettre improvisée avant de la placer à côté de la noiraude. Elle dépose ensuite un galet à sa surface pour l'ancrer au sol. Et après un dernier regard à celle qui aura fait preuves de ressources insoupçonnées, Zora tourne les talons et continue de longer la côte. Il lui faut maintenant quitter Skingrad pour rejoindre Prorig. Un voyage qui nécessitera un moyen de transport suffisamment rapide pour rejoindre Prorig dans les délais.

~~~~~~~~~~

C'est une cité différente. Mais Technologie y est tout aussi présente. Quoique avec une certaine forme de pudeur cette fois-ci. Les différentes machineries sont moins visibles. L'emprise de la déesse impie - que les daënars appellent industrialisation - semble moins puissante en ces lieux. La divinité des infidèles aurait-elle de la peine à étendre son influence partout sur le continent? Zora n'explique guère cette légère différence.

D'autant plus que les nausées sont à peine atténuées. Et peut-être davantage mises en exergue par les deux jours passés loin des villes de la région. Ce retour à une certaine forme de nature fut des plus agréables. Même si les créatures qui hantent ces terres n'ont semble-t-il rien de bien commode. Fort heureusement la rouquine n'a pas eu la malchance d'en croiser une. Le signe évident que Möchlog continue de veiller sur elle.

Elle repense un bref instant au bal de l'exposition universelle et à la rencontre avec son Architecte. Ou, du moins, le mirage de son esprit qu'elle considérait comme tel. Un souvenir impossible à effacer et qui, malgré son évidente imposture, reste toujours terrifiant. La jeune femme met ainsi quelques secondes à calmer les tremblements de son corps et la crainte dans son esprit. Peut-être qu'un disciple de Khugatsaa pourrait l'aider à se défaire de ce fardeau?

La porte à moitié défoncé du nouvel entrepôt où elle a élu domicile vacille et s'ouvre. Elle dévoile alors une silhouette devenue familière. Une constatation qui arrache un soupir de mépris à la fanatique. Le champ lexical de la famille ne saurait décemment s'appliquer à quelqu'un d'autre qu'Althéa. Cette dernière lui manque, d'ailleurs. Et quelque part Zora espérait que ce soit sa comparse qui se présent à elle. Mais les retrouvailles n'auront pas lieu avant quelques jours encore...
"Ravie de voir que tu as survécu!" ment-elle sans prendre la peine de le cacher. "As-tu amené de quoi honorer Möchlog?"
En d'autres termes: les sacrifices l'accompagnent-ils?




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Sakari Naasoqineq
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Jeu 5 Avr - 22:30
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Les nattes n’étaient pas le privilège de Sakari. À dire vrai, c’était même un type de coiffure relativement courant. L’obscurité de cet entrepôt avait empêché Zora de se rendre compte des différences de style vestimentaire et capillaire entre son apprentie et la personne qui se tenait devant elle. Cette dernière était plus grande, habillée plus légèrement, ses nattes étaient plus courtes et fines, et ses cheveux châtaigne. Il n’y avait là qu’une proximité qu’accidentelle entre cette mercenaire et Sakari.
     « Elle est là les gars ! »
     Un coup de feu ponctua son avertissement qui résonna dans le bâtiment. Il y avait peu de chance que Zora puisse l’esquiver à cette distance. Heureusement pour elle, quelqu’un se chargea à sa place de dévier la balle, en la présence de Sakari, qui avait profité de l’obscurité pour se glisser dans le faux plafond et tomber comme un oiseau de proie sur la mercenaire. La balle rentra dans le sol, puis la mâchoire de celle qui tenait l’arme, enfoncée d’un grand coup de pieds.
     Il y avait encore trois chasseurs de prime, mais l’affrontement fut très bref. En quelques secondes, ils étaient tous morts, l’un la gorge tranchée, l’autre empalé par une lance, et le dernier avec une lame de couteau dans le cœur.
     L’obscurité fit place à une lumière vascillante, quand Sakari craqua une allumette.
     « Ah, c’est vous. Bonjour. Enfin, plutôt bonsoir. »
     Elle éteignit son petit feu après avoir exprimé son soulagement. Le temps n’était hélas pas aux retrouvailles.
     « S’il y en a ici, il doit en avoir d’autres. Suivez-moi, on n’a pas le temps de discuter, et je dois vous mettre en sécurité. On va dans la plaine. »


     La plaine désignait cet espace peu boisé et d’ailleurs peu urbanisé qui formait l’arrière-pays de Prorig. Il était tout de même bien balisé par des patrouilles de miliciens et même de l’armée, installée plus au sud. C’était vraiment folie que de se diriger dans le cœur de la civilisation daënare, quand on est activement recherché.
     Heureusement, après quelques heures de marche rapide dans les hautes herbes caillouteuse de ce pays, les deux femmes arrivèrent à une fermette abandonnée et en ruine, dont même le toit n’avait pas survécu au temps. L’endroit était très isolé et difficilement perceptible, même en dirigeable, mais avait été repéré presque par pure chance quand Sakari s’était dirigée vers sa maîtresse.
     L’endroit idéal pour prendre une pause nocturne. D’autant que Sakari avait imposé une vitesse de marche rapide, et si elle avait une très bonne tenue de terrain et savait se déplacer avec célérité dans un milieu caillouteux où tout était un prétexte pour trébucher, d’autant plus qu’il faisait nuit, ce ne devait pas être le cas de Zora.

     « On est plus en sécurité, ici. »
     Il y eut un petit silence.
     « Enfin, vous êtes plus en sécurité. Moi, ça va. Vous savez comment je vous ai retrouvé ? En suivant les rumeurs. »
     Il serait difficile de ne pas y lire un léger ton de reproche, mais il n’y en avait en vérité aucun. C’était là une simple constatation de la part de Sakari. Elle avait en effet entendu parler de badauds qui avaient cru voir quelqu’un ressembler à cette femme dont la presse de faits divers faisait grand bruit, et ensuite, il lui avait suffi de faire le tour des tavernes et de se renseigner pour savoir s’il n’y avait pas une bande de chasseurs de prime mieux informée qu’elle qui saurait où elle se trouvait. À Aildor, c’est ainsi qu’on opérait, souvent. Plutôt que de chercher soi-même, on laissait les autres chercher.
     « Ah oui ! Les offrandes ! Attendez. Je les ai là. »
     Elle commença à fouiller dans son sac.


  *
*    *


     Alors qu,elle se réveillait de son petit somme, Sakari fut prise d’une grande soif. Etd’une grande faim. Et elle avait froid, aussi. Et mal partout. L’après-midi était déjà bien avancé. Avant même qu’elle puisse émettre la moindre pensée cohérente, et avant même qu’elle puisse subvenir à ses besoins, ses sens la mirent en alerte. Elle serra le poing sur ses armes. On parlait.
     Au loin, elle aperçut une silhouette. Puis deux, puis trois. Sur la colline qui surplombait le squelette de l’entrepôt, une escouade avançait, visiblement l’arme à la main. Sakari plongea à l’eau pour se dérober à leurs regards, et resta dissimulée sous les pontons en ruine, alors que les miliciens investissaient le bâtiment. Avec eux, un véhicule faisait crisser ses roues sur la boue. Des quelques bribes de conversations que Sakari put comprendre, il y avait le feu, et on tâchait de l’éteindre. Ce devait être un camion pompier. La fumée avait attiré des curieux.
     Ce qui allait jouer pour Sakari, c’était qu’il faisait presque nuit. Le soleil était maintenant juste au-dessus de la mer. Manifestement, les soldats allaient dresser le camp ici, et sans doute se servir de ces structures comme d’un poste de recherche avancée pour trouver Zora. Elle devait s’être enfuie, depuis le temps, Sakari n’en doutait pas, et elle eut l’espoir qu’elle serait plus intelligente que ses ennemis, à défaut d’être plus forte.


     À la nage, elle gagna un coin isolé de la côte, non loin de la forêt, qu’elle rejoignit alors que son orée finissait d’être éteinte. D’une position surélevée, c’est à dire dans les branchages, elle put mieux apprécier la situation.
     On avait retrouvé son chu-ko-nu et son manteau, et ils étaient sur des caisses. Il y avait très exactement vingt-cinq miliciens, deux camions et un camion-citerne, avec cinq pompiers. Ceux-ci repartirent dès que leur boulot fut terminé, laissant la petite troupe seule.
     La nuit tombait.


     Au cours de cette journée, Sakari avait montré son talent dans la bataille, alors qu’elle affrontait avec honneur et courage un ennemi plus nombreux qu’elle. Ce combat avait moins été un affrontement qu’un rituel, dans lequel le souci religieux avait été aussi présent que l’efficacité martiale.
     Là, cette première préoccupation s’effaçait complètement. Il s’agissait d’éliminer tous ces gardes, afin déjà de récupérer ses affaires, et aussi d’en savoir plus sur Zora, et de la retrouver. Elle avait excellé de jour, mais le défi était là tout autre.
     Sakari allait devoir combattre dans le noir. Être l’ombre. La mort invisible. Faire croire qu’elle était légion quand elle n’était que seule. Ce n’était là plus l’affrontement à la mode des Nunaqortoqut, avec ce que ça comportait de ritualisé et de digne. C’était à la mode aildoraine, où le coup bas est le seul coup autorisé.


     Elle se fabriqua un camouflage sommaire, de la même façon que avant son combat contre les Shimegs, et après une longue reconnaissance, elle put commencer l’infiltration.
     D’abord, il fallut créer la panique et les ténèbres, et donc, éliminer les lampes sur trépied, alimentées par un groupe électrogène embarqué sur un des camions. Sakari fit un large détour afin d’arriver en face du véhicule. Deux gardes en faction surveillaient les alentours, qui étaient encore loin d’être sûrs. Une escouade de dix étaient parti organiser une battue dans les bois, avec lampes et chiens, car ils pensaient pouvoir trouver des traces de la fugitive s’ils ratissaient la région, et un messager était parti en moto vers la ville la plus proche. Cela réduisait le nombre d’ennemi, et c’était tant mieux. Par contre, cela signifiait qu’il fallait faire vite, car la nouvelle allait se répandre.
     Attendant un moment de distraction, Sakari se faufila dans les hautes herbes, neutralisa les deux gardes au couteau, et pénétra le camion. Elle y trouva bien vite ce dont elle allait avoir besoin : un jerrycan d’essence, au cas ou le véhicule tomberait en rade momentanée. L’excès de prudence est parfois un défaut, et c’est exactement ce qu’on pourrait penser, alors que Sakari dévissait le conteneur, plantait dans le goulot une mèche faite d’herbe tressée, et l’allumait avec son briquet, juste avant de disparaître dans les hautes herbes.
     Très vite, la panique s’empara des miliciens. Ils ne crurent évidemment pas à une défaillance technique, prirent des lampes à gaz et se mirent à chercher, l’arme au poing, dans les alentours, les ennemis qui étaient potentiellement là. Avec une extrême lenteur et prudence, Sakari répéta un mode opératoire simple sur ses ennemis. Elle se dissimulait en profitant de son camouflage et de l’obscurité, analysait les mouvements, se plaçait sur leur chemin, les supprimait et déguerpissait aussi vite que possible.


     Elle avait tué au moins quatre personnes avant de pouvoir approcher le bâtiment en ruine. À l’intérieur, un coup d’œil furtif lui révéla qu’il y avait cinq miliciens, dont l’officier qui devait gérer le groupe. Comme elle connaissait le bâtiment, elle l’escalada par le mur qui faisait face à la côte, et n’était qu’à peine surveillé, puis passa par les poutres qui soutenaient les restes du tout pour arriver au-dessus du groupe.
     Comme prévu, ils étaient à proximité des objets récupérés. Il y avait aussi une lettre. Tiens tiens tiens. Peut-être que Zora avait laissé un message que Sakari n’avait pas eu le temps de récupérer ? C’était fâcheux, car les autorités daënares savaient maintenant où trouver Zora.
     Elle propulsa sa lance dans le torse d’un milicien, ce qui provoqua un grand émoi chez les quatre autres, qui dégainèrent et mitraillèrent le plafond, dans l’obscurité. Naturellement, Sakari s’était déjà déplacée. Elle avait utilisé sa lance pour attirer l’attention des soldats à un autre endroit qu’au-dessus de leur tête, ce qui lui permit de leur bondir dessus et de combiner à sa science du combat sa force cinétique.


     Dehors, des hurlements déchirèrent la nuit. Ce n’était pas seulement des cris de stupeur suite aux coups de feu, mais d’horreur. Sakari récupéra un fusil et sortit pour observer la scène.
     Tout ce raffut, et sans doute un esprit de vengeance, avait attiré d’autres Shimegs, qui s’en prenaient aux miliciens débordés. Parfait.
     Le fusil fut vite emmitouflé dans des linges épais, de sorte à masquer le bruit qu’il produisait. Sakari se positionna sur le toit du hangar, où elle pourrait apprécier toute la situation ; et venir en aide aux deux bords jusqu’à ce qu’ils finissent de s’entre-tuer.
     Les Shimegs avaient l’avantage, aussi elle en abattit plusieurs. Sa position de tireur isolé lui permettait d’être au calme et de se concentrer sur les lumières des miliciens et les mouvements brusques des Shimegs. De plus, quand ils atteignaient un groupe de miliciens et le massacraient, ils restaient souvent proche de la lampe, à dévorer les cadavres, ce qui permettait à Sakari de les voir clairement, et de les abattre.
     Cette tactique de régulation porta ses fruits. Après une heure de combat, il ne resta plus que quelques combattants des deux côtés. Fidèles à eux-même, les Shimegs détalèrent dès qu’ils furent en trop grave sous-nombre. Sakari eut à essuyer plusieurs tirs de la part des miliciens, qui avaient fini par comprendre qu’ils mouraient aussi à cause d’armes à feu, mais elle était dans une position tellement facile à défendre que ce ne fut pas un réel problème que de les tuer tous.
     En fin de compte, elle n’avait descendu dans cette soirée qu’à peine une quinzaine d’individus, laissant la nature faire le reste.


     Enfin tranquille, elle redescendit, récupéra la lettre, son équipement, puis des phalanges. Alors qu’elle découpait quelques doigts, elle se souvint que ses armes étaient encore sous l’eau. Après vingt bonnes minutes de recherche, elle réussit à récupérer les principales pièces. Ses pauvres fusils étaient inutilisables tels quels, mais ça ne coûterait pas bien cher de les réparer. Sakari n’aurait qu’à les laisser dans une consigne et les récupérer plus tard.

     Elle avait été blessée de très nombreuses fois, contre les Shimegs, mais seule une petite dizaine de blessures étaient vraiment importantes. En trois jours, les autres auraient le temps de guérir. C’était moins leur gravité que leur nombre, qui était problématique. Et la plupart s’étaient rouvertes, lors de cet ultime combat. Sans parler de sa fatigue profonde.
     La patrouille envoyée un peu plus tôt dans les bois devait revenir d’un moment à l’autre. Il fallait quitter les lieux, et c’est ce Sakari fit. Sans oublier de signer le massacre, afin de rappeler qu’il était le fait de Mÿ’trans.


     Les jours la séparant du moment choisi pour le rendez-vous avez Zora furent occupés à dormir, se restaurer, stocker ses armes, réparer son manteau, se faire discrète, et en apprendre plus sur une magicienne activement recherchée par la milice qu’on aurait aperçue dans les parages.
     Elle avait bien cicatrisé, mais ne s’était pas encore tout à fait remise de l’effort fourni, quand elle se présenta devant Zora pour la seconde fois.

  *
*    *


     Sakari sortit de son sac un collier fait de 42 phalanges de pouces humain, et le tendit à sa maîtresse.
     « Douze, plus neuf. Multiplié par deux, parce que les humains ont deux pouces. On doit filer, vous êtes recherchée et il y en aura d’autres. On peut passer la nuit ici, mais c’est risqué. »


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Zora Viz'Herei
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Mer 18 Avr - 22:33
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Il ui faut quelques instants pour remarquer sa méprise et comprendre que la personne qui vient d'apparaître dans l'entrepôt n'est pas Sakari mais l'un de ces militaires daënars. Elle écarquille les yeux lorsque l'intrus ose lever une arme impie dans sa direction. L'appréhension et le dégoût se mêlent tandis que la rouquine prend conscience qu'elle n'aura probablement pas le temps d'ériger un bouclier salvateur. Mue par l'instinct davantage que par une réelle science du combat, Zora lève les bras devant elle avec l'espoir un peu fou que cela suffise à la protéger du projectile qui ne demande qu'à lacérer sa chair.

Mais une ombre surgit du plafond et ôte la vie à l'infidèle qui tient la fanatique en joue. La vraie Sakari décide ainsi de faire son apparition à point nommé Et, dans la foulée, de débarrasser l'entrepôt de la poignée d'autres daënars présents. Un semblant de calme s'installe et sublime l'oeuvre de la mort. Puis la noiraude brise cette silencieuse ode en craquant une allumette et en agissant avec une condescendance des plus irritantes. La mettre en sécurité? Pense-t-elle réellement que la rouquine a besoin de lui pour survivre dans un environnement aussi malsain que Daënastre? Encore une fois, Möchlog a guidé les actes de Sakari. L'instrument aurait tort de s'accorder trop d'importance...

Mais l'heure ne se prête guère à un quelconque débat métaphysique ou à une mise au point. D'autres infidèles sont peut-être en route. Et la prudence commande une retraite stratégique. La rouquine n'a de toute façon plus aucune raison de s'attarder en ces lieux. Et c'est pourquoi elle n'hésite que brièvement avant de quitter l'entrepôt décharné à la suite de la noiraude. Et lorsqu'elle s'arrête brièvement sur le pas de la large porte rouillée et qu'elle regarde en ailleurs. ce n'est pas pour admirer la savoureuse vision des cadavres mais bien pour sonder sa mémoire à la recherche d'un nom. Comment s'appelait-il, déjà? Arzov?

~~~~~~~~~~

Elle plonge ses mains dans l'eau clair et ne tarde pas à épancher sa soif. Elle se débarbouille ensuite le visage tandis que Sakari lui explique comment il l'a retrouvée. Le regard de la rouquine ne s'attarde pas sur celle qui entend devenir son élève et préfère vagabonder sur les environs comme pour s'assurer que l'endroit est aussi désert qu'il semble l'être. Le voyage pour rejoindre ce lieu ne fut guère aisé au milieu de cette caillasse. Elle espère simplement que ça en valait la peine.

Ce n'est que lorsque noiraude lui présente fièrement un collier constitué de pouces humains que la disciple de Möchlog daigne poser les yeux sur elle. Elle hoche alors brièvement la tête de gauche à droite avant de reprendre sa toilette. Oui, elles passeront la nuit ici. Elle n'a de toute façon pas envie de continuer à progresser dans l'obscurité au sein d'un région rurale dotée d'une faune aussi dangereuse que les idées qui règnent sur le continent.

Zora garde encore le silence quelques instants puis se redresse et toise son élève avec une forme d'indifférence. La plupart des gens profiteraient sans doute de l'accalmie ambiante pour remercier celle qu'ils pourraient considérer comme leur sauveuse. Il est vrai que l'irruption de Sakari dans l'entrepôt lui a évité nombres de désagréments. Mais ce n'était rien de plus que son destin. Et l'on ne remercie pas une personne qui se contente de suivre - consciemment ou non -le chemin que les dieux lui ont imposé.
"Connais-tu la différence entre une erreur et une faute?"
La réponse, Zora la connaît déjà. Et il semble évident que l'envoyée de Loud'wig est incapable de faire la différence. Sans quoi ce ne serait pas un collier d'un mauvais goût certain qu'elle serait en train de lui tendre...
"Une erreur, lorsqu'elle n'est pas corrigée, se mue en faute!" précise-t-elle peu après. "Et toi, Sakari, c'est bien une faute que tu viens de commettre aujourd'hui!"
La rouquine se demande ce que Loud'wig peut bien trouver à cette servante incapable d'exécuter des ordres pourtant simples. Cherchait-il à s'en débarrasser en la lui envoyant? Peut-être espérait-il qu'elle finirait par s'en débarrasser? L'homme est doté d'une forme vicieuse de pragmatisme qui donne ses lettres de noblesse à cette idée. La noiraude sait se battre, c'est indéniable. Mais ce n'est pas suffisant pour en faire une disciple digne de ce nom. Loin de là!
"Je t'ai demandé explicitement de m'amener un nombre de daënars équivalant au nombre de tes cicatrices! Et il me semblait évident qu'ils devaient être vivants!" lui rappelle-t-elle. "Et je me retrouve avec un... collier de pouces? Que suis-je sensée faire de ça?"
Ce qui dénature au passage l'essence-même d'un ordre. Sakari semble incapable d'accomplir la volonté de la rouquine. Cela s'est déjà vérifié avec les armes qu'elle lui a demandé de détruire quelques jours plus tôt et qu'elle s'est contentée d'enterrer en espérant probablement les récupérer un jour. Et cela se confirme à nouveau aujourd'hui avec ce pathétique collier de pouces qu'elle ose fièrement lui présenter. Quelle conclusion en tirer? Au mieux, elle est simplement dotée d'une capacité de compréhension limitée...
"Je n'ai que faire d'une élève rebelle!" conclue-t-elle. "Demain, nos chemins se sépareront!"
Elle attarde encore un instant son regard sur la noiraude avant de rejoindre l'intérieur de la ferme délabrée. Un véritable palace considérant les entrepôts dans lesquels elle s'est cachée ces derniers jours. Technologie est également moins présente que dans les centres urbains et sa nausée se manifeste moins violemment. Les éléments pour passer une nuit digne de ce nom sont réunis. Mais elle ne pourra sans doute guère en profiter. Il ne serait pas sage de fermer les oeils en présence de la noiraude au vue des circonstances.




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Sakari Naasoqineq
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Jeu 17 Mai - 20:31
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Profession : Homme de main
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Les paroles de Zora avaient défilé sur l’incompréhension de Sakari, sans n’avoir aucune prise sur son esprit. Les concepts évoqués étaient eux-même incompréhensibles à ses yeux. Tout partait d’une distinction qui paraissait futile et déniée de sens, une subtilité du langage des gens du sud des montagnes. Il y avait bien un équivalent, dans son patois, mais qui regroupait les deux mots.
     Quoi qu’il en soit, il n’était pas le temps pour parler philosophie. L’essentiel était là : elle n’allait pas respecter sa parole. Sakari avait été élevée dans des règles d’honneur guerrier strictes. Son peuple respectait le savoir, qui était une denrée plus importante que tout le bois, le fer et la nourriture qu’on pouvait posséder. Un échange de cette denrée avait été proposé, il était donc sacré au regard des anciens dieux et des ancêtres, qui n’avaient survécu qu,avec cette valeur de partage. La trahison de Zora n’était donc pas une simple expression de son caractère insupportable, mais une insulte. Sakari avait consenti à partager ses arts martiaux, convoités et respectés par tous ceux qui les connaissaient.


     Hélas, plus que la discipline qu’ils exigeaient, ce fut la colère qui l’emporta. Un coup vif de lance manqua de peu le cou de la magicienne honnie, ne taillant qu’une estafilade. Sakari avait mésestimé les capacités de combat de son ennemie. Elle sortit son arme exotique et frappa au flanc. L’impact ne fut pas suffisamment violent pour projeter Sakari, mais celle-ci effectua tout de même une roulade sur le côté. Elle ne connaissait pas bien cet outil au nom impossible, mais savait qu’il était très efficace à courte portée.
     Il y eut une petite seconde durant laquelle Sakari chercha une tactique d’assaut, puis elle se souvint des pouvoirs de son ancien professeur. Plus le temps passait, plus elle allait utiliser sa magie pour se renforcer, et l’écart, déjà bien comblé par la blessure et la distance mise entre les deux femmes, allait être comblé très vite.
     L’honneur guerrier, ce n’est pas de mourir dans un combat sans témoin au milieu de la nuit qui couvrait une plaine paumée de l’arrière-pays d’une contrée étrangère et que Sakari ne portait pas vraiment dans son cœur. Profitant de la nuit, et du fait que son ancienne apprentie n’avait même pas pris la peine de se munir d’une arme à distance, elle quitta la ruine et détala dans la plaine, utilisant les légers escarpements naturels pour se dissimuler à sa vue.


      Son endurance, bien qu’entamée par sa perte de sang et le fait qu’elle avait passé les derniers jours à produire exploit physique sur exploit physique, fut cependant suffisante pour lui permettre de fuir sans encombre. Toutefois, la blessure, qui n’était que minime, grâce à son manteau blindé qui avait absorbé la plus grande partie de l’impact, s’aggrava durant la course. Une bonne semaine de rétablissement allait être nécessaire, et en pays ennemi.
     Bah. Il aurait pu neiger. La situation avait déjà été pire. Du moins physiquement. Mentalement, Sakari était partagée entre de la tristesse et de la déception, car tous les efforts qu’elle avait fourni pour espérer toucher du doigt ce précieux savoir occidental étaient maintenant réduits à néant en une petite série de paroles absconses, de la colère brute, pour des raisons évidentes, et par un tout nouveau sentiment, issu du raffinage et de l’alliage des deux précédents. Pour la première fois de sa vie, Sakari était emplie de haine.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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