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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Le Tyorum
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 Montre brisée et âme tourmentée,

Sanaë Eshfeld
avatar
Ven 23 Fév - 11:07
Irys : 476217
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Skingrad, le 18 mai 933,

-Et dormez-vous mieux à présent?

Les questions semblaient toutes les mêmes… À chaque séance le psychiatre l’interrogeait sur son sommeil, son appétit et même si cela semblait aller mieux, en particulier grâce à Hypérion, d’autres sujets la préoccupait.

-Je dors, répondit-elle de façon plus qu’évasive peu désireuse d’avouer la vérité à cet homme.

Ses nuits, elle les passait dans les bras du jeune homme auquel l’ancienne horlogère avait offert son coeur sans la moindre retenue. Sa présence auprès d’elle semblait chasser ses songes morbides, ou tout du moins, les tenaient assez éloignés pour lui permettre de se reposer… Un progrès donc, puisqu'elle affichait une mine bien moins maladive qu’il y a peu, même si son visage paraissait encore bien amaigri.

-Concernant votre activité professionnelle, y a-t-il des progrès à noter?

Sanaë soupira tout en baissant la tête observant ses mains calmes à présent, mais qui se révélaient tremblante, maladive, chaque fois qu’elle s’emparait d’un outil… Plus encore lorsque celui-ci avait un rapport plus ou moins direct avec l’horlogerie. Imaginer, confectionner, rêver, construire, développer… Autant de choses qui constituaient sa vie jusqu’à ce sombre jour. Depuis, Sanaë tournait en rond dans cette agréable maison perchée sur une colline offrant une vue idyllique. Un bien joli tableau, un rêve pour nombre de jeunes femmes… Pas le sien toutefois… Malgré cela, il fallait noter un léger changement, un progrès évident pour Hypérion qui y voyait une source de joie incommensurable…

-Le manque est là, bien présent… À vrai dire, je n’aspire qu’à cela… Et même si cela s’avère encore impossible dans l’immédiat, je me suis aperçue que rien ne m’empêche de concevoir… Mon imagination fonctionne toujours, à plein régime… Finalement, il ne me manque que mes mains...

Sanaë referma ses paumes, avant de les rouvrir, répétant le manège plusieurs fois.

-Chaque fois, je repense à ce jour, à ses mots et tout ce qu’elle m’a forcé à faire… Ces atrocités... sa voix se brisa, revoyant pour la énième fois le visage de son frère... Je le revois lui, j’entends ses plaintes... une nouvelle pause afin de reprendre une certaine contenance, ce n’était pas le moment de craquer. Je revis l’instant, la douleur ne s’est pas estompée, pas même d’une once… Mes mains ont apporté la douleur et la mort, comment pourraient-elles fabriquer quoique ce soit après cela?

Comme à son habitude, le psychiatre, faux amis, faux confident, annota méticuleusement dans son carnet tout ce que la jeune femme venait de lui raconter. Ces séances, Sanaë ne les suivait que pour respecter une décision juridique, car il fallait bien avouer que celles-ci ne lui apportaient rien. Ses progrès, elle ne les devait qu’à Hypérion, à sa patience, son amour, sa douceur, sa présence. A elle-même… Car malgré tout l’ancienne horlogère se battait, chaque jour, contre elle-même… Contre ses propres démons… Contre sa peur. Et même si extérieurement la jeune femme n’en laissait rien paraître, la douleur était toujours là, persistante, tenant ses entrailles dans un étau se serrant de plus en plus.

Reprendre une vie normale… Voilà tout ce qu’elle désirait finalement. Pas celle d’avant, Sanaë l’avait laissé derrière elle et n’aspirait à présent qu’au renouveau, avec l’homme qu’elle aimait… Se sentir vivante, libre de toute souffrance parasite, pouvoir créer de nouveau, retrouver ses mains expertes et assurées… Vivre…

La séance se termina comme toutes les autres. Le médecin lui fournit une nouvelle ordonnance pour diverses plantes qu’elle irait bien évidemment chercher chez l'apothicaire, mais qu’elle ne prendrait pas tant celles-ci endormaient son esprit… Paix illusoire brièvement offerte par des herbes étranges qui ne lui apportaient finalement rien mis à part un état léthargique qu’elle trouvait méprisable.

Arrivée en bas des marches, Sanaë retrouva l’agent Neal, toujours fidèle à son poste. L’homme silencieux rangea son journal tandis que la jeune femme s’empara de sa montre… Elle eut un mouvement de recul en s’apercevant qu’il ne s’agissait pas de la sienne, celle-ci appartenant à une jeune fille rencontrée dans une autre vie…

Quel étrange vestige de sa vie passée que voilà… Hypérion l’avait tiré des décombres et son boîtier portait encore les marques du brasier ayant consumé la boutique en son entier.

Sanaë en caressa délicatement le métal meurtri, noircit par endroits… Et même si celle-ci fonctionnait toujours, la pauvre marque portait les mêmes cicatrices que sa bienfaitrice brisée. Le petit appareil représentait à lui seul tant de chose… Son passé… Celle-ci fut façonnée par les mains de son père, vendu ensuite à la mère de l’adolescente… Brisée, réparée par l’horlogère d’alors, celle-ci fut oubliée par sa jeune propriétaire… Pourquoi la garder ? Elle n’était pas à elle après tout…

Ses pensées se portèrent vers cette enfant, cette jeune fille généreuse, débordante d’énergie qui lui avait porté secours au moment où tout semblait perdu… La main de Sanaë ne portait plus aucune marque de cet événement malheureux uniquement grâce à Katharina qui l’avait conduite à la seule personne susceptible de l’aider… Alors que tous semblaient l’ignorer… Enfin, cela n’était pas tout à fait vrai, les badauds l’observait, se régalant d’un spectacle bien sinistre tandis que la main de l’horlogère se consumait sous la flamme du dragonnet… La jeune fille, une adolescente, l’en avait tiré pour la conduire auprès d’un mage, vénérant le même architecte que celle qui serait son bourreau… Et qui l’avait soignée, effaçant ainsi, de sa peau toute marque de cet épisode… Sanaë leur avait offert un cadeau à chacun, Katharina avait refusé le sien, une montre, expliquant qu’elle en possédait déjà une, bien que brisée… L’horlogère avait aussitôt reconnu le travail de son père et, en guise de remerciement, avait proposé de la réparer… Mais la jeune femme n’était jamais venue la chercher… Il était pourtant grand temps que celle-ci retrouve sa propriétaire.

-Tout va bien mademoiselle ? murmura doucement l’agent Neal en affichant un visage inquiet.

S'était-elle perdue si longtemps dans ses pensées pour mériter pareil regard ? Sanaë l’observa un instant, réfléchissant à tout cela… L’agent Neal, par sa position, savait beaucoup de choses et pourrait probablement l’aider.

- Sauriez-vous où vivent les Strauss ? J’ai une livraison à faire… Un peu tardive, cela dit.

Il ne fallut guère de temps au milicien pour trouver l’adresse de la famille et comble de l’ironie, celle-ci vivait à Skingrad. Quelle chance, Sanaë s’était imaginée devoir envoyer un paquet à Alexandria, puisque la capitale daënarre semblait être un lieu de résidence bien plus logique pour une telle famille… Mais le hasard en avait voulu autrement… L’ancienne horlogère s’en voyait ravie. Elle aurait peut-être la possibilité de voir la jeune fille et s’en réjouissait d’avance.

Aussi, c’est d’un pas décidé, bien que mal assuré par son genou blessé, que la blonde se dirigea vers le lieu de résidence de la famille Strauss… Au bout d’un certain temps, le duo se retrouva devant une immense bâtisse en pierre blanche. Celle-ci se dressait fièrement derrière d’imposantes grilles… Nerveuse Sanaë? C’était peu dire tant elle ne se sentait pas à sa place… L’endroit lui donnait envie de faire demi-tour afin de regagner au plus vite sa modeste maison perchée sur la colline… Elle resta un moment interdite, fixant tour à tour la montre dans ses mains et la luxueuse demeure face à elle…

C’est le désir de revoir ce doux visage angélique, plein de vie et de joie qui la poussa à pénétrer sur la propriété… Lentement, cette fois, elle se dirigea vers l’imposante porte de bois sombre… Courage… Prenant une grande inspiration, elle tira sur la cordelette accrochée sur le côté, laissant le tintement résonner dans le vide…

Quelle étrange sensation que d’avoir envie de fuir, d’être persuadée que rien de bon ne l’attendait derrière ces portes… Pourtant, Sanaë ne bougea pas, attendant que quelqu'un ne vienne lui ouvrir… Pendant un temps qui semblait interminable… Finalement, le lourd battant s’ouvrit sur un homme d’un certain âge, un domestique à l’air revêche qui lui lança un regard empli de curiosité…

- Que puis-je pour vous mademoiselle ?

- Pardonnez-moi cette visite impromptue, je me nomme Sanaë Eshfeld, je suis... hésita-t-elle un instant avant de se reprendre. Je suis horlogère, la jeune femme qui vit ici m’avait laissé une montre à réparer, je suis venue la lui livrer. Pourrais-je la voir?

- La jeune femme dites-vous?

Sanaë opina timidement, s’attendant à ce qu’il ne s’empare de la montre afin de la remettre à sa maîtresse. Ce qui aurait été parfaitement logique…

- Veuillez me suivre, je vous prie, déclara-t-il finalement contre toute attente.

Sanaë s’exécuta, abandonnant l’agent Neal devant la porte. L’homme la conduisit jusqu’à un “petit salon” avant de l’y abandonner. Le malaise de la jeune femme s’intensifia, tant et si bien qu’elle se tétanisa… Attendant que la jeune fille apparaisse devant elle… Vite Katharina...


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Aurore Seraphon
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Dim 25 Fév - 13:34
Irys : 1194113
Profession : Agriculture/Chasse
My'trän +2 ~ Khurmag


Installée au bord de la fenêtre, assise, les jambes dans le vide, Aurore regarde le jardin, l’environnement entretenu avec minutie par des hommes et des femmes de plantes.  Elle ne connaît par leurs noms, ni prénoms, d’ailleurs, il semble que personne ne possède une identité ici, chacun à une tâche, qu’il fait sans relâche, chaque jour qui passe. La my’tränne laisse échapper un soupir qui se fait emporter par une brise légère qui vient lui caresser le visage. L’action aussi bénigne soit-elle lui fait monter les larmes aux yeux, sans qu’elle ne puisse expliquer pourquoi. Son regard se perd une nouvelle fois sur l’occupation des individus entretenant le « petit » jardin de Ludwig et elle se sent à ce moment précis, terriblement différente, terriblement étrangère, atrocement intruse. Aurore laisse son regard vadrouiller encore un peu sur l’extérieur, la certitude au fond du ventre de ne pas être à sa place. Cela faisait quelques jours qu’elle n’a pas prié, qu’elle n’a pas exprimés, idolâtrés davantage sa foi qui définissait qui elle était. Alors, sans vraiment comprendre pourquoi, elle récite la prière des architectes, comme pour se donner l’illusion d’appartenir encore à ce monde de « normalité ».

Grâce à vous, je ne manque de rien.
Je mange ce que vous m’offrez avec délectation,
Je me repose sur l’herbe fraîche,
Sans ne jamais craindre aucune menace.
Car vous veillez sur moi, sur mon âme
Et sur mon avenir auprès de vous.
Je travaille la terre au nom de Delkhii,
Je me baigne dans l’amour de Dalai,
Orshin nous sculpte, Möchlog nous anime,
Et Amisgal nous abreuve généreusement.

Soyez bénis, Architectes !

Bâtisseurs de tous les mondes,
Votre règne est prospère.
Vous nous rendez heureux,
Et votre justice est celle des pères
A leurs enfants innocents.
Comme eux, vous nous châtiez
Avec fermeté et bienveillance.
Nous sommes nés en votre sein,
Et nous imprégnons de votre
immense amour.

Soyez bénis Architectes !

Elle reste immobile, laisse sa voix se faire emporter une nouvelle fois par le vent et attend. Encore. Toujours. Tout ceci lui semble si loin et les paroles ne reflètent plus son quotidien, elle ne mange plus de sa chasse, ne travaille plus la terre et n’espère plus protéger son âme de quoi que ce soit. Comment est-ce qu’ils pourraient lui pardonner de sortir avec le responsable de bien des maux. Elle sent son cœur se serrer dans sa poitrine, avec une force nouvelle. Partir est impensable, ne plus le revoir lui, inimaginable, alors elle ne bouge pas et accuse le coup. Sa silhouette est plus fine qu’un mois auparavant, elle s’est vu alléger d’une paire de kilos sans ne pouvoir rien n’y faire. Son visage n’est plus aussi rayonnant qu’auparavant, bien que ses lèvres forment presque en permanence un sourire. Joli masque d’apparence qui se voulait rassurant. L’était-il seulement ? Passant ses doigts dans sa longue chevelure rousse, elle remonte le tout en une queue de cheval haute. Ce n’est pas une coiffure qu’elle aime particulièrement, mais une femme de chambre lui avait dit que ça faisait plus sérieux, moins sauvage. Alors, Aurore le faisait tout le temps, sans jamais constater que la flamme de vie animant le fond de ses yeux était en train de s’éteindre. Jamais, elle n’aurait pu penser sincèrement un jour se perdre dans un océan de tourment, de souvenir qui ne lui appartenait pas forcement et pourtant.

- «  Réalité » souffla-t-elle pour elle-même.

La my’tränne avait mis une stratégie en place, un peu enfantine, un peu naïve sans doute aussi. Chaque action qu’elle entreprenait, chaque pensée qui se formaient dans son esprit étaient analysées, puis elle déduisait si c’était une réalité, un fantasme, ou quelque chose de ne pas réel qui relevait de l’esprit de Ludwig qu’elle avait visité. La cloche avait fini par se faire entendre, douloureuse réalité. Elle coula un regard en arrière, avisa la porte de sa chambre fermée. Encore une visite pour Ludwig, certainement, dont elle aurait préféré ignorer l’existence. Se mordillant la lèvre inférieure, elle avise le vide, longuement, ça serait tellement plus simple. Fermant les yeux, elle chasse cette idée stupide, se contenta d’aviser ses vêtements étendus sur le lit, ceux que la femme de chambre lui a choisis plus tôt. Une robe longue, qui fait ressortir sa chevelure de feu, un corset qui l’empêchera certainement de respirer et des chaussures à talons, qu’Aurore ne supportait déjà plus. On frappa à la porte, elle ne répondit pas et l’homme entra, en précisant la façon de procéder dans ce genre de situation.

- «  Madame, vous devez m’autoriser à entrer pour que je puisse le faire» souffla-t-il d’une voix légèrement irritée
- «  Ah bon ? » dit-elle en pivotant sur le rebord de la fenêtre. « J’y penserai »

L’homme était plus âgé qu’elle, c’était celui qu’elle nommait affectueusement, l’homme de la porte. Celui qui prenait le plus la peine de lui donner certaines recommandations. L’avisant à moitié nu sur le bord de la fenêtre, il ne put s’empêcher d’avoir un mouvement de recul, de surprise puis d’inquiétude, qu’était-elle en train de faire ? Que penserait son patron s’il savait sa compagne s’exposant ainsi… Bien qu’elle soit en sous-vêtement, ce n’était pas une pratique respectable pour une dame.

- «  Vous avez de la visite… Dame Sanaë Eshfeld »
- « Je ne la connais pas. »

Il se racla la gorge avec un peu plus de force, il était impensable pour cet homme de redescendre et faire partir cette femme sous prétexte que la my’tränne ne voulait faire aucun effort pour se souvenir. Il ne bouge pas d’un centimètre, détournant néanmoins le regard de la silhouette féminine, précisant :

- «  Habillez-vous convenablement et descendez, je vais l’informer que vous arrivez »
- « Mais »
- « Non, s’il vous plaît madame… Faites un effort »

La phrase marqua profondément la rouquine, qui se pinça avec force la lèvre inférieure. Faire un effort. Encore. Elle ne dit rien, laissa la porte se refermer, attend d’être certaine que l’homme de la porte est redescendu pour descendre de son perchoir. Elle aurait dû l’envoyer voir ailleurs, elle aurait dû, oui, mais elle ne l’a pas fait. Son regard se dépose sur les vêtements, sur cette robe qu’elle n’affectionne pas, sur ses talons et cette fois-ci, elle refuse catégoriquement de s’habiller convenablement. Elle ouvre son placard, prend SA tenue, celle qu’elle avait pour arriver ici, celle qui lui ressemble le plus et l’enfile, met des chaussures tout aussi confortables, puis descend. En bas des marches, elle sent le regard des domestiques sur sa personne, mais personne ne dit rien jamais. Tout est dans la fausseté, tout le monde fait comme-ci de rien n’était, mais qui oserait vraiment l’ouvrir et défier l’autorité d’un homme aussi influent que Ludwig ?

- « Quoi ? » dit-elle sèchement en direction de celui qui lui avait recommandé de s’habiller convenablement
- «  Rien madame. N’oubliez pas, on utilise le nom de famille, on serre la main d’une façon ferme… On évite de tutoyer trop rapidement. »
-       « C’est bon, homme de porte. Je sais » dit-elle une expression espiègle sur le visage.

Aurore à l’impression d’être redevenue une enfant. Peu importe l’argumentation, peu importe le regard, elle prend doucement conscience qu’elle est tout simplement incapable de continuer comme ça. Elle ne comprend rien aux coutumes de la région, à la façon de se comporter, de se tenir droite, de sourire en montrant seulement que les trois dents de devant, elle ne sait pas pourquoi il faut s’infliger des douleurs au dos et marcher avec les talons et semble être sur le point de tout abandonner. Traîner dans la boue lui manque, chasser aussi, même le fait de profiter d’une cascade pour se laver. Se raclant doucement la gorge, l’homme finit par ouvrir la porte et pousse discrètement Aurore dans le salon.  Il referme et elle se retrouve seule, face à cette femme plus loin qu’elle ne connaît pas. La my’tränne se répète les recommandations : pas de tu, se présenter sous le nom, merde… Elle n’a pas retenu le nom. Elle passe une main derrière sa nuque, s’approche doucement, se place devant la jeune femme, oublie de tendre la main.

- « Je suis Aurore » dit-elle «  Tu m’as demandé, semble-t-il ? » elle se rend compte de son erreur, réajuste «  Vous, vouliez me voir visiblement ? »

D’un geste de la main, elle lui fait signe de s’installer, même si elle essaie d’avoir des mouvements fluides de paraître détendue et avenante, comme on ne cesse de lui répéter, elle n’y arrive pas. Le tout n’est pas franchement une réussite. Puis finalement elle compare sa à une visite avec un client, comme elle pouvait avoir lorsqu’on lui offrait un contrat. Ça, elle connaît, alors fait exactement comme elle l’aurait fait chez elle, et c’est tout de suite plus agréable.

- «  Vous voulez quelque chose à boire peut-être ? Je suis navrée, ma mémoire me fait peut-être défaut, mais je ne crois pas vous connaître… Vous êtes certaine de ne pas vouloir vous entretenir avec Lud…monsieur Strauss ? »





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Aurore s'exprime en #ff9999


Dernière édition par Aurore Seraphon le Mar 27 Fév - 13:21, édité 1 fois
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Sanaë Eshfeld
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Lun 26 Fév - 16:17
Irys : 476217
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Durant cette attente, qui lui parut affreusement longue et angoissante, la jeune femme blonde parcourut la pièce de regard. Partout, où se posaient ses yeux d’azur se trouvait un objet, tableau, bibelot étranges, livres… Utile ou simplement décoratif, chacun d’eux ornait à sa manière bien particulière la pièce bien trop grand pour être qualifiée de petit salon. N’étant nullement matérialiste, Sanaë ne saisissait pas ce besoin de possession exacerbé. Elle n’y voyait finalement qu’un moyen de consommation bien fade destiné à combler le vide de l’âme des propriétaire à travers cette décoration poussée, calculée à l'excès… De la poudre aux yeux, rien de plus, destinée à rassurer les visiteurs quant à la santé mentale des occupants de lieux.

La jeune femme se contentait de peu, comme le prouvait sa tenue particulièrement simple probablement triste pour certaines femmes de son âge qui accordent beaucoup d’importance à leur toilette, au point même de perdre un temps considérable devant un miroir à devoir choisir entre une robe verte ou une autre bleue. Ses belles-soeurs lui avaient souvent reproché, cette propension à ne pas s’attarder sur ce genre de détails purement superficiels aux yeux de l’ancienne horlogère.

En ce monde où règne l'éphémère, pourquoi s’attarder sur les détails qui se dégraderont inévitablement, avec le temps, comme toute chose. Ou pire, ils lasseront la multitude de regards perdus et désoeuvrés qui auront eut le malheur de s’y attarder trop longtemps. Éphémère et interchangeable à l’infini, un objet peut être remplacé par un autre... Rien ne reste finalement, sinon les souvenirs. Combien y en avait-il dans ce décor ? Ces objets représentaient-ils tous un moment important de la vie du propriétaire? Impossible… Les humains sont incapables de se rappeler autant d'événements personnels, assez important du moins pour se voir représenter par un objet.

De ses souvenirs à elle, combien d’entre eux mériteraient de se voir ainsi exposés? Quand bien même, lesquels choisir ? Y en avaient-ils d’ailleurs de suffisamment heureux pour cela ? Ses pensées allèrent vers Hypérion, plus particulièrement la montre qu’elle lui avait offert et qui représentaient tant de choses à elle seule. De leur rencontre, leur premier partenariat, leur amitié qui avait tant évolué depuis. Y avait-il pareils objets dans cette pièce?

Sans même le réaliser , l’ancienne horlogère se laissa totalement aller à ses réflexions bien étranges, même pour elle. Lorsqu’elle s’aperçut d’où celles-ci l’avaient conduite, elle se figea, essayant de comprendre le cheminement logique… S’il y en avait un. Pourquoi pensait-elle à tout cela… Par ennui ? Inquiétude ? Impatience, peut-être ? Sanaë continuait d’observer cette pièce, ce décor d’apparat avec des yeux de plus en plus affolés. Malgré la beauté indéniable de l’endroit, la jeune femme ne ressentait que le vide, le froid, l’angoisse. Elle n’y était clairement pas à sa place.

Puis elle songea à Katharina, à la douceur qu’elle dégageait, sa gentillesse, son humanité. Si une jeune fille aussi exceptionnelle avait pu grandir dans une maison comme celle-ci, alors cela ne pouvait être si mauvais. Tous ces sentiments, ces émotions ressentit alors, n’étaient peut-être dûes qu’à son imagination bien trop fertile et tout aussi volatile…

Finalement, c’est le bruit de l’ouverture de la porte qui finis à la sortir de ses élucubrations parasites. Sanaë se tourna alors, pour se retrouver face à une femme qu’elle ne connaissait pas. Jamais elle n’aurait pu oublier pareils yeux, ni ses cheveux roux flamboyants. La blonde resta interdite, en réalisant son erreur. Peut-être s’était-elle trompée d’endroit, ou y avait-il plusieurs jeunes filles vivant sous ce toit.

La jeune femme, face à elle, ne semblait guère à son aise elle non plus. Jonglant entre tutoiement et vouvoiement avec un air fort peu naturel… Aurore, juste un prénom… Ce qui ne lui apportait aucun indice sur le lieu où elle se trouvait réellement…

- Euh...c’est que... hésita-t-elle en observant la jeune femme l’inviter à prendre place sur l’un des sièges.

Sanaë ne savait plus où se mettre, savoir si elle devait, comme elle lui indiquait, s’asseoir ou simplement s’excuser avant de prendre ses jambes et sa canne à son cou. Bon sang, mais quelle idiote elle faisait. Pourquoi ne pas avoir simplement donné le prénom de Katharina ? Cela lui aurait épargné un moment de gêne évident, sans déranger en plus cette demoiselle qui ne semblait pas plus à l’aise qu’elle.

Elle resta donc bouche bée, toujours debout, tenant fermement de pommeau de sa canne entre sa main hésitante. Elle était si gênée que même son propre nom lui échappait littéralement. Son malaise, ce mutisme étrange qu’elle s’était imposée avait laisser installer une atmosphère bien particulière. Le regard que la jeune femme lui portait, l’intimidait presque au point même qu’il lui fallut rassembler tout son courage pour s’exprimer.

- Pardonnez-moi mademoiselle, il doit y avoir une erreur, osa-t-elle finalement avouer. Nous ne nous sommes effectivement jamais rencontrées. J’étais venue rendre visite à mademoiselle Katharina Strauss… Je me suis peut-être trompée de maison...

Nerveuse, Sanaë passa une main fébrile dans ses cheveux, attendant qu’Aurore ne lui réponde. Probablement pour la mettre à la porte, elle la visiteuse gênante qui osait troubler le calme étrange de cette demeure anormalement figée. Pour n’avoir que très peu fréquentée le monde de la haute bourgeoisie, l’ancienne était incapable de savoir s’il s’agissait là d’une normalité ou si cela était propre à celle-ci, mais il dégageait une étrange énergie de ces lieux. Comme si la simplicité et l’extrême normalité n’y avaient aucune place et se voyait même rejetée. Encore une sensation qui ne pouvait provenir que d’elle, car cette jeune femme rousse paraissait bien différente. Elle n’affichait nullement l’air hautain ou guindé de l’homme qui l’avait accueillit un peu plus tôt. Bien au contraire, elle lui semblait alors bien petite au milieu de ce luxe excessif… Ce constat, quelque peu tardif, poussa la trentenaire à poursuivre:

-Je suis simplement venue lui remettre un objet lui appartenant. Il me semblait qu’elle y tenait beaucoup… Pourtant, Katharina n’est jamais venue la récupérer… J’espérais pouvoir la voir, mais si elle est absente...

Sanaë porta alors la main à sa poche pour en tirer le petit appareil à l’apparence bien misérable… En un sens, la montre ressemblait à sa détentrice provisoire. Ses fonctions premières remplissaient leur humble office. Les aiguilles parcouraient le cadran à leur rythme dans un ensemble harmonieux de cliquetis impliquant les multiples mouvements en actions… Mais le boîtier portait bien en évidence les marques du traumatisme que le dispositif avait enduré, tout comme elle. Tout du moins, concernant Sanaë, cette différence ne pouvait être notable que pour les personnes la connaissant avant l’événement. Pour cette femme inconnue, elle ne devait paraître que comme une simple boiteuse, un peu éteinte sans que cela n’ai réellement d’importance.

Après l’avoir observé un instant, peut-être un peu long, l’ancienne horlogère tendit l’appareil à son hôte involontaire, lui offrant par la même un sourire désolé de lui rendre l’objet en pareil état. Aussi, elle se sentit obligée d’ajouter :

-Le boîtier est un peu abîmé, ma boutique n’existe plus, consumée par les flammes… La montre à été retrouvée dans les décombres… Mais la montre fonctionne et la gravure est encore parfaitement visible..



Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Aurore Seraphon
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Mar 27 Fév - 13:25
Irys : 1194113
Profession : Agriculture/Chasse
My'trän +2 ~ Khurmag


Aurore se retrouvait debout, face à une parfaite inconnue qui semblait se mouvoir à l’aide d’une canne. Ses deux perles émeraude détaillaient l’accessoire sans savoir s’il était utile ou simplement là à titre esthétique. C’est qu’elle avait vu des choses étranges depuis qu’elle était ici, des hommes avec un verre sur l’œil qui n’avait pour autre but qu’une forme d’esthétique poussée. Si la rouquine n’était absolument pas à l’aise vis-à-vis de la situation, la blonde ne le semblait guère davantage, accentuant involontairement le malaise de la my’tränne. Prenant une légère inspiration, elle l’invita à s’asseoir tout en s’installant elle-même, sans qu’elle ne trouve visiblement écho dans les gestes de son invitée. La maîtresse des lieux improvisés la détaillait sans pour autant la juger, sincèrement curieuse d’avoir affaire à une personne différente des autres daënar et daënare qu’elle avait rencontrée jusqu’ici. Elle ne semblait pas pleine d’assurance, ni particulièrement dangereuse –même si Aurore apprenait doucement qu’il ne fallait pas se fier aux apparences-. Elle était muette, parfaitement silencieuse et visiblement tendue. Le silence avait pris pleinement possession du lieu et Aure ne savait pas réellement quoi faire pour aider l’invitée surprise à se détende, à s’exprimer. Aurait-elle dû préférer qu’elle garde le silence. Une phrase fut prononcée et ce fut comme un véritable coup de poignard qui s’enfonçait dans le cœur de la rouquine. Si elle avait partagé le souvenir de Ludwig, et si son souvenir à lui avait été atténué, celui d’Aurore était encore bien trop vif pour être ainsi secoué. Ses doigts s’enfoncèrent dans le tissu du canapé, alors qu’elle tâchait de conserver un visage neutre et non déformé par le sentiment négatif qui prenait doucement possession de son être.

Aurore conserva le silence, intensifiant l’atmosphère particulière de la pièce. Détaillant cette femme insouciante qui sans le vouloir, venait de replonger la my’tränne dans un passé, un tourment sans limites. Son esprit refaisant naître devant ses yeux les souvenirs, la peine, la douleur, l’envie presque suicidaire de l’homme qu’elle aimait suite à la perte de sa fille. Aurore avait dégluti, discrètement, prise de nouveau dans une grande perdition. Son attention fut soudainement attirée par la sonorité de la voix maladroite de la visiteuse. Déposant ses mains sur ses cuisses, la chasseuse la détaillait une nouvelle fois, avec plus de force au fond des yeux. Un objet que Katharina avait fait réparer ? Il n’y avait rien de tel dans le souvenir d’Aure qui était encore ignorante sur beaucoup de choses. Impossible pour elle de déterminer si oui, ou non cela serait un choc trop important pour Ludwig ou quelque chose qu’il au contraire chérirait énormément. Laissant son regard descendre jusqu’à la main contenant la montre, Aurore sentit son ventre se retourner, une fois, puis une autre signe que l’objet représentait une forme de cette technologie dont elle était allergique. Passant une main discrète sur son ventre, elle tenta d’y faire abstraction. Son visage, lui, ne devait guère tromper, sa pâleur soudaine ne dévoilant que davantage son malaise.

Aurore tendit la main en direction de la femme se déplaçant avec une canne, récupérant l’objet, profitant de ce contact physique des deux mains s’effleurant pour explorer le souvenir à peine évoqué. L’instant dura une fraction de seconde, le choc fut rude à encaisser pour celle qui venait de revivre en très peu de temps un condensé de cruauté. Refermant sa main sur la montre, sans prendre la peine de la regarder, Aure fut prise d’une affection pour celle qui avait vécu énormément de tourment à cause d’une my’tränne.

- « Cela a dû être terriblement difficile » souffla la rouquine d’une voix pleine de sincérité « Vous devriez vous asseoir, je ne peux pas vous forcer, mais s’il vous plaît… Ça me ferait plaisir de dialoguer un peu en votre compagnie. »

Aure s’était relevée, indiquant de sa main fermée contenant la montre, sa place, afin que Sanaë s’installe confortablement. L’objet se retrouva bien rapidement dans une des nombreuses poches de sa tenue, se promettant intérieurement de la remettre à Ludwig quand le moment serait venu. Elle se dirigea vers la porte, l’ouvrit pour se retrouver nez à nez avec le domestique qui devait, sans aucun doute vérifier qu’Aurore s’en sortait. Passablement agacée, elle fronça les sourcils avant de s’exprimer, toujours avec calme.

- « Pouvez-vous rapporter deux jus de pommes s’il vous plaît, homme de la porte. »

Il opina et disparut, elle referma la porte, puis pivota pour lui faire face à l’invitée. Aure fut néanmoins sujette à un léger tournis, qui l’obligea à se rattraper dans l’encadrement de la porte. Difficile d’explorer les esprits sans y avoir obligatoirement des conséquences, elle n’avait pour l’heure aucunement interféré avec le souvenir, non. La my’tränne avait simplement observé ce qu’elle devait voir, sans trop souffrir, sans faire souffrir. S’approchant de la non-mage, elle s’installa sur un autre fauteuil, un individuel cette fois. Elle devait lui annoncer la mort de Katharina, mais aussi trouver un moyen de la soulager, sans être trop impliqué.

- « Vous êtes dans la bonne demeure, vous êtes chez la famille Strauss. » Précisa-t-elle pour débuter « Malheureusement, je ne pourrai pas remettre votre technologie à Katharina… » elle se pinça la lèvre « Elle est morte, il y a quelques mois. » Termina-t-elle le visage beaucoup plus fermé, crispé. « Je suis certaine que son père sera heureux de récupérer cet objet… Serait-il, cependant possible… et ceux malgré la terrible épreuve que vous avez traversée de la rendre plus… moins… souffrante ? J’ai peur que son aspect le tourmente plus que le souvenir en lui-même. »

Elle joua doucement de ses doigts sur sa cuisse, cherchant à trouver les bons mots pour ne pas l’effrayer, elle avait promis à Ludwig de ne pas parler de sa condition, de ne pas dévoiler qu’elle était une mage. La révélation pouvant avoir de bien trop grave conséquence. Elle garde donc le silence, réfléchissant encore un instant, avant de faire une nouvelle fois entendre la sonorité de sa voix.

- « Avez-vous quelqu’un sur qui compter ? Votre souffrance… » fit-elle en se pinçant les lèvres « elle va s’estomper, vous savez… Il suffit d’y croire… Juste un peu… Là où il y a de la douleur, il y a toujours de l’espoir… Avez-vous ouvert une autre boutique ? »

La porte s’était ouverte, obligeant Aure à refaire silence, l’homme avait un plateau en main qui tenait dans un équilibre parfait. Dans un sourire purement fictif, il déposa les deux verres de jus de pommes devant les deux jeunes femmes, avant d’incliner le buste pour disparaître une nouvelle fois, refermant la porte. Attrapant le verre, prenant le temps d’avaler une gorgée, puis le redeposant sur la table, Aurore prit le temps de réfléchir davantage à ce qu’elle pouvait formuler dire. Glissant une main dans la poche, où se trouvait la montre, elle l'a sortie, la regarda en laissant un doigt de sa main libre glisser sur la cadran. Son visage pâlit davantage et une irrésistible envie de vomir semblait vouloir surgir de son bas ventre.

- « C’est un travail de qualité, semble-t-il, il serait fort dommage que le mal remporte la guerre en vous empêchant de faire perdurer l’art familial, n’est-ce pas ? » elle releva les yeux vers Sanaë, offrant un sourire voilé de tristesse « Pensez-vous que pour un homme aisé un tel objet ferait un bon présent, quel genre d’amélioration êtes-vous capable d’apporter à cette chose ? »

Aurore était maladroite, soufflait le chaud, puis le froid, mais ne savait guère comment s’exprimer, comment faire comprendre ce qu’elle avait vu. Elle pensait naïvement qu’en lui offrant la possibilité de créer, jouant sur le sentimentalisme d’un père ayant perdu sa fille pourrait lui donner la force. À moins que la force soit déjà là, qu’il ne suffisait juste de lui insuffler un peu de courage pour donner à cette femme brisée, une envie de créer.




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Sanaë Eshfeld
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Mar 27 Fév - 16:41
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Sanaë ne s’était pas aperçu du trouble qu’elle avait bien involontairement provoqué chez son hôtesse. Et pour cause, celle-ci, bien trop gênée par cette atmosphère pesante, fixait désespérément le sol comme s’il pouvait lui assurer une certaine contenance ou lui inspirer un courage perdu depuis longtemps. Finalement, la jeune femme finit par ressentir la chaleur des regards de la rouquine posaient sur elle, ce qui la força à redresser la tête, par simple curiosité. Elle lui semblait alors si différente, une créature perdue en terre inhospitalière…

Sanaë se mit alors à la détailler à son tour, observant avec attention les réactions de son hôtesse face à une simple montre. Cette pâleur intense qui dévorait rapidement le rose de ses joues… Elle avait déjà été témoin de ce genre de comportement involontaire. Un choc, un dégoût inscrit directement dans le cœur et les racines de ceux en étant victime. Une my’tränne? Ici ? Loin d’être effrayée, ou horrifiée, comme l’aurait probablement été nombre de ses semblables, Sanaë vit sa curiosité redoubler d’intensité… Ce qui se manifesta par une tête penchée légèrement sur le côté, comme celle d’un chiot se trouvant face à une action incompréhensible. Toutefois, par peur de froisser celle qui semblait tout faire pour s’adapter à cet étrange environnement, l’ancienne horlogère ne releva pas. Se contentant de l’observer en silence jusqu’à ce que celle-ci ne se décide à le briser.

Difficile… Pour celle qui accordait une importance somme toute particulière aux mots, celui-là paraissait bien trop faible. Horrible, traumatisant, cauchemardesque, la somme des trois, sinon plus. Aucun mot ne parut assez fort pour décrire l’événement dont l’inconnue ne savait rien. Sanaë se contenta de baisser la tête, à nouveau, avant d’accepter l’invitation à s’asseoir de la rouquine qui lui proposait bien gentiment sa propre place.

Dialoguer… Parler… Autrefois particulièrement bavarde et facilement enjouée à l’idée de converser avec une personne issue d’un peuple qui l’avait tant passionné, l’ancienne horlogère semblait à présent se confondre dans son mutisme. Elle observa donc la scène se déroulant devant elle. La rouquine se dirigeant elle-même vers là porte où attendait le maître d’hôtel pour commander deux boissons plutôt atypiques. Sanaë n’allait certainement pas s’en plaindre, car si les normes bourgeoises dictaient habituellement que l’on consomme du thé, l’ancienne horlogère, sans en sentir réellement le goût, préférait de loin la texture du jus de pomme… Et le parfum fruité qu’il dégageait, la ramenant à quelques souvenirs d’enfance des plus agréables.

L’état de sa jeune hôtesse la préoccupait néanmoins. État forcément provoqué par la montre qu’elle tenait bien trop près de son organisme hautement allergique. Sanaë se sentait impuissante face à cette réaction, naturelle certes, mais probablement des plus handicapantes pour cette femme… Quelles raisons l’avaient-elles conduites en pareil lieu, territoire ennemi et agressif avec toute personne différente. La tolérance n’était nullement l’apanage des daënars, bien au contraire et Sanaë en avait été régulièrement victime. Qualifiée de bizarre, évitée par ses semblables. Elle ne pouvait donc que deviner ce que cette Aurore pouvait ressentir au milieu de ces loups… L’allergie, en revanche, elle ne pouvait qu’en observer les conséquences… Souvent peu ragoûtantes d’ailleurs.

Néanmoins, par politesse, mais surtout par respect pour la bataille que la rouquine semblait mener, Sanaë ne bougea pas, se contentant de lui offrir un sourire de soutien. Sourire qu’elle garda tandis que la mage commença à parler… Sourire qui disparut bien vite à l’entente d’une nouvelle à laquelle elle ne s’était certainement pas attendue.

-Morte ?... laissa-t-elle échapper dans un murmure étouffé, étranglé... Mais… c’est...

Quoi? Impossible ? Injuste ? Incroyable ? Intolérable ? Sanaë savait pourtant bien que de telles choses arrivaient parfois… Trop souvent même. La raison de sa disparition brutale ne l’intéressait pas, cela ne lui apporterait rien de bon. Katharina n’était qu’une enfant, son décès ne pouvait donc qu’être source de souffrances, pour elle, pour ceux qu’elle avait laissé derrière… Connaître les causes de sa disparition ne changerait rien au fait qu’elle n’existait plus à présent. Et à nouveau, le coeur de l’horlogère se brisa. Son corps fut alors parcouru de multiples spasmes qu’elle tentait vainement de contrôler, de même que ses larmes que Sanaë peinait à contenir. Elle n’avait pas le droit de pleurer la perte de cette jeune fille qu’elle n’avait connu finalement que quelques minutes. C’était là un acte injurieux vis-à-vis de la personne en face d’elle, qui devait souffrir atrocement de cette perte. Mais la tristesse de Sana était parfaitement sincère, réelle, presque tangible. Katharina dégageait tant de douceur, de bonté… Une âme pure et charitable probablement brisée, souillée par la douleur, par la mort voir pire. Comme elle espérait que la pauvre enfant n’ait pas quitté ce monde, si injuste, toute seule… Bien que cela ne change absolument rien. Chaque humain se retrouve inévitablement seul face à la mort, à son destin. Sanaë l’avait côtoyé d’assez près pour pouvoir l’affirmer sans se tromper. Face à la mort, plus rien n’existe, plus personne… Seul reste l’espoir d’une libération rapide. Était-ce ce que la jeune fille avait elle-même ressentit ?

Sanaë bataillait contre elle-même, contre ses émotions, cherchant à reprendre contenance afin de répondre à la demande d’Aurore. Demande impossible d’ailleurs, à la simple idée de devoir reprendre un outil, ses mains se mirent à trembler violemment. Afin de n’en rien laissé paraître, l’ancienne horlogère serra ses mains l’une contre l’autre tout en regardant le sol…


-Je… Je vous présente...Toutes mes sincères condoléances, à vous, comme à son père. Je n'ose imaginer la douleur que cela doit être... Concernant l’apparence du boîtier, j’ai bien essayé de le rendre plus présentable, mais malheureusement, je n’y suis pas parvenu. Il faudrait le changer, le remplacer par un nouveau, mais...

Je ne peux pas, pas moi, c’est impossible, hurla-t-elle intérieurement. L’acte en lui-même ne représentait pas grand chose et ne prendrait guère de temps, n’importe qui pouvait le faire… Sanaë, elle, en était incapable.

-Je suis navrée, mademoiselle, mais je ne peux hélas satisfaire votre demande, déclara-t-elle tandis qu’un rictus sincèrement désolé étira doucement ses lèvres.

Les mots suivant, ceux prononcés par la jeune femme assise en face d’elle, perturbèrent profondément l’ancienne horlogère. Elle parlait de souffrance… Un mot des plus puissant pour qualifier ce qu’elle ressentait alors que Sanaë s’évertuait constamment à n’en rien montrer. Comment l’avait-elle su, sans même la connaître auparavant. Comment voyait-elle quelque chose qui restait pourtant invisible aux yeux des autres. Après tout, rien ne la différenciait des autres jeunes femmes timides, réservées et bien éduquées… Pourquoi ce choix de mot ? Trop bien trouvé, trop facilement prononcé pour tenir du hasard… Mot qui la percuta en plein cœur, la ramenant à une réalité qu’elle veillait à ignorer. La renfermant au plus profond de son âme comme pour la museler et lui permettre de marcher la tête haute, malgré tout.

-Pourquoi ce mot-là ? Vous avez choisi celui-là, parmi tant d’autre sans aucune hésitation… Pourquoi ?

Sa voix s’était enrouée sous les sanglots qu’elle retenait depuis longtemps...Trop… Une larme coula le long de sa joue petite traîtresse qui osait dévoiler à elle seule ce que sa propriétaire essayait de cacher, de contrôler. Elle attendit patiemment, silencieusement que l’intrus au plateau ne disparaisse avant de s’exprimer enfin...

-J’ai effectivement quelqu’un pour me soutenir. Un ange gardien, en quelque sorte. Je ne sais plus ce qu’est l’espoir, Aurore. Je me contente simplement de poursuivre ma vie comme je le peux, savourant la chance d’avoir trouvé une personne qui m’aime malgré tout. Je ne pense pas non plus à l’avenir, l’espoir, les rêves, ils sont faits pour être brisés, car trop fragile et abstrait. Je m’en préserve en savourant, comme je peux, l’instant présent… Je n’ai pas d’autre boutique, je n’en ai pas le désir… ni même les capacités. Mais vos paroles me touchent, je vous en remercie.

Tout le long, le regard d’azur de Sanaë était resté concentré sur ses mains… Il serait faux d’affirmer que la fabrication ne lui manquait pas, terriblement faux. Elle avait vécu pour cela durant trente ans, et se voyait à présent dépossédée de ce qui avait constitué jusque-là toute sa vie… De tout ce qui avait été dit à cette inconnue aux cheveux roux, l’ancienne horlogère ne l’avait jamais exprimé. Pas même à Hypérion, par crainte de l’effrayer ou simplement le décevoir... De le perdre aussi...Car si lui gardait confiance en l’avenir et espérait encore voir celle qu’il aimait tant renaître de ses cendres, Sanaë, elle n’y croyait plus…

La suite de ses affirmations invoqua de nouvelles interrogations chez la blonde. Les mots, toujours les mots, si bien choisit… Encore… Comment savait-elle tout cela… Trop… Puis une autre question, sortant légèrement du contexte perturbant dans lequel elles s’étaient plongée avant d’y revenir avec puissance, la frappant à nouveau, comme un coup porté à une blessure infectée. Les tremblements parcouraient à présent tout son corps et Sanaë se contentait de la fixer avec un regard mêlant hébétude et profonde souffrance.

-Je... les mots, les questions, se mélangeaient dans sa tête, s’entrechoquant contre la barrière invisible de sa gorge. Elle essaya de commencer par le plus simple, le plus logique... Ce serait un beau cadeau, d’autant plus s’il s’agit d’un souvenir douloureux… Mais encore… Je ne peux rien faire...

Les idées étaient là, par centaines, par millier, se bousculant, s’entrechoquant à l’infini sans pouvoir jamais s’exprimer. Plus rien ne naîtrait par ses mains...C'était un fait, un constat malheureux, mais réel. Elle devait partir, quitter cette maison, s’éloigner de cette femme qui semblait lire en elle. Toutefois, Sanaë ne pouvait pas partir, pas de cette façon, pas sans savoir...

- Comment savez-vous tout cela, Aurore alors que mon psychiatre ne peut rien affirmer sans lire mon dossier? osa-t-elle lui demander finalement, en soutenant son regard émeraude cette fois. Puis, même si elle se doutait que la rouquine ne lui dirait rien pour des raisons évidentes, elle ajouta sur le ton de la confidence. J’ai bien vu votre réaction de rejet tout à l’heure… J’y ai déjà été confronté. N’ayez crainte, je tairai votre secret. Malgré tout ce… que vous savez, je ne ressens aucune animosité pour votre peuple. Je vous respecte, comme je respecte vos croyances, soyez-en certaine. Mais autant jouer cartes sur table...

Elle espérait ne pas la brusquer, ou même la choquer, néanmoins Sanaë avait besoin de savoir… Que cette femme lui dise qu’elle n’était pas folle, qu’elle ne s’était rien imaginé...


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Aurore Seraphon
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Mar 27 Fév - 23:16
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Oui. C’était horrible, atroce, injustifié et douloureux pour celui qui avait juré de la protéger, par extension, également pour Aure qui avait été plongée dans les sentiments, les tourments, les images. Se pinçant les lèvres, se mordant l’intérieur de la joue, la my’tränne tachait de faire bonne figure, sans pour autant mentir et se faire passer pour ce qu’elle n’était pas. Qu’était-elle d’ailleurs ici ? Fermant les yeux une fraction de seconde, elle chercha une réponse sans être certaine de l’avoir trouvé et reporta son attention sur celle qui était anormalement affectée par tout ça. Si certains se saurait offusquer, Aure n’en fit rien, mettant cette hypersensibilité sous le compte des événements tragiques qu’elle avait vécu. La rouquine resta silencieuse, détaillant de l’œil cette femme qui ne rentrait dans aucune case qu’elle avait créée mentalement pour catégoriser les non-mages. Penchant très légèrement la tête sur le côté, la my’tränne ne sembla pas comprendre la phrase prononcé, chez elle, il était naturel d’oublier les morts, il n’y avait pas ce système de condoléances. Aurore n’était d’ailleurs pas certaine de comprendre l’intérêt de la chose. La rousse fronça les sourcils instinctivement, un peu déstabilisée par la phrase de politesse qu’elle n’identifiait pas comme telle. Son froncement s’accentua quand elle annonça de pas pouvoir répondre à sa demande en repérant la montre. Pourtant ce n’était pas une surprise pour Aurore, qui avait parfaitement entraperçu la souffrance de la jolie blonde.

- «  Katharina n’était pas ma fille » souffla-t-elle «  Je suis… » quoi ? c’était atroce à formuler, déstabilisant « la compagne de son père, je suis arrivée un peu après le décès de Katharina. »

Aurore n’aurait pas pu imaginer à quel point formuler sa phrase, l’officialiser à quelqu’un d’extérieur aurait pu lui retirer une épine du cœur. Soulagée, elle prit une confiance toute relative vis-à-vis de son interlocutrice. Son regard l’avisait une nouvelle fois, cherchant à trouver ce qu’il posait problème, si c’était le souvenir douloureux, la culpabilité d’avoir offert la mort à qui espérait vivre encore ? La my’tränne se détendit légèrement, s’enfonçant davantage dans son fauteuil, croisant ses mains sur ses cuisses. Pleine de réflexion, la rouquine avait fini par lui demander naturellement si elle avait quelqu’un pour affronter sa souffrance et la réaction silencieuse de Sanaë lui indiqua qu’elle avait vu juste. Elle était comme elle, seule. Malgré les paroles prononcées, Aure avait la certitude qu’elle se mentait à elle-même pour mieux protéger ceux qu’elle aimait encore. La question en guise de réponse ne fut que la renforcer dans sa certitude. La larme et la voix s’enfermant dans un tremblement parfaitement perceptible cette fois finit de convaincre Aure qu’elle avait vu juste. L’homme de la porte était finalement entré, brisant la conversation sans même s’en apercevoir. L’interlude fut de courte durée, mais suffisamment longue pour instaurer un silence, un calme ni agréable ni désagréable.

La blonde avait repris la parole, cherchant à comprendre la façon de penser de la my’tränne, une logique derrière des phrases, une méthode d’analyse derrière des simples de question. Il était peu probable que Sanaë comprenne qu’Aurore était en mesure de lire les souvenirs à partir du moment où elle touchait un individu. L’argumentation prêta à sourire, si Aure était la professionnelle du mensonge et de l’illusion, cette femme, juste en face d’elle n’était pas mauvaise non plus. Elle était même beaucoup plus performante pour ainsi se manipuler elle-même. La non-mage regardait ses mains, comme-ci elles étaient en mesure de lui apporter des réponses, la my’tränne plissa le nez, simplement. Tout s’enchaîna ensuite beaucoup trop vite, de manière beaucoup trop intense pour que l’ancienne chasseuse conserve sa garde jusqu’au bout de la conversation. Elle parlait du cadeau, puis revenait sur sa vie personnelle sur un psychiatre qui n’était visiblement pas très bon, puis elle dévoilait avoir compris l’origine de la rouquine. Celle-ci resta silencieuse, encore, laissant un nouveau silence s’installer alors que pour la seconde fois ses sourcils se fronçaient.


- « Il est facile de parler de quelque chose que l’on connaît. Vous ne pensez pas ? »

Aurore n’avait pas perdu le fil de sa réflexion, ni même de la discussion, elle avait décroisé ses mains de ses cuisses, pour se relever lentement afin de progresser dans le salon. Son regard se perdit un instant sur la vitre donnant sur l’extérieur, sur le devant de la demeure tout aussi protégé et entretenu. Elle hésita un instant, avant de murmurer de façon à ce que seule Sanaë ne puisse entendre les mots qu’elle formulait.

- «  Je sais ce que ça fait de tout perdre et de refuser de croire au lendemain. Je sais ce que ça fait de se regarder dans une vitre et de ne voir qu’un monstre, un responsable d’atrocité. Je sais ce que ça fait de se mentir à soit même pour espérer survivre encore un peu… Ne pas vivre, juste survivre. Avoir l’illusion que l’air qu’on respire ne nous empoisonne pas. Ouais, je sais ce que ça fait de regarder un moment de joie et feindre de le ressentir, alors qu’au fond tout est vide et qu’on ne sait pas si on arrivera encore à se raconter des bobards longtemps. »

Elle croise les bras sous sa poitrine, se retourne lentement vers Sanaë. Ses yeux la détaillent un instant, sans pour autant qu’elle ne raconte davantage ce dont elle était capable, ce qui faisait que sa situation lui donnait l’illusion de ressentir. Aurore avait choisi d’avancer, de se battre, de croire qu’un équilibre était toujours possible, jamais de souffrance sans positif, jamais de positif sans souffrance.

- « Je n’ai pas choisi les mots, c’est ce que j’ai vu, ce que vous pensez au plus profond de vous-même. À quoi bon avoir un ange gardien si vous n’êtes pas en mesure de jouer… cartes sur table avec lui ? » la fin de la phrase fut légèrement plus tremblante, c’était la base de son accord avec Ludwig, sa règle de conduite « Regardez-vous et dites-moi ce que vous voyez… Regardez-vous une minute. »

Lentement l’apparence de la my’tränne changea, lentement, elle fut une copie conforme de cette femme blonde boitant, de ses mains tremblantes, de ce visage qui se voulait froid, faux, rassurant alors que tout son être hurlait pour qui savait observer. Sa voix elle aussi avait pris la même sonorité que celle de son interlocutrice.

- «  Que voyez-vous ? » questionna-t-elle « Est-ce que vous voyez une raison physique ? »

Elle bougea ses doigts qui tremblaient, plia ses bras, releva légèrement le menton, tourna sur elle-même pour démontrer que rien n’expliquait cette incompétence hormis sa propre volonté.

- «  Pour passer outre la douleur, il faut l’accepter. La souffrance n’est pas votre ennemi, elle est celle qui vous fera vous pardonner, accepter… » elle reprit avec une tonalité plus calme, plus douce « Pourquoi vos mains tremblent ? Dites-moi, que voyez-vous ? Oubliez ce que vos yeux vous montrent, oubliez ce que vous vous racontez… Dites-moi ce que vous voyez là maintenant, tout de suite. »

Aurore attendit sagement, elle lui laissait le temps, ne faisait pas de geste brusque. Ne voulait pas l’agresser, son comportement ne laissait rien paraître de plus qu’un calme à toute épreuve. La my’tränne c’était mis en tête de l’aider, si elle le justifiait par de l’intérêt pour préserver Ludwig de la vision d’une montre dans un tel état, ce n’était pas la vérité. La rousse avait simplement été touchée par celle qui lui semblait être d’une gentillesse sans faille.




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Sanaë Eshfeld
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Mer 28 Fév - 8:49
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« Il est facile de parler de quelque chose que l’on connaît. Vous ne pensez pas ? »

Connaître… Un autre mot qui prit plaisir à venir trouver résonance dans son crâne. Évidemment…

Sanaë tourna légèrement la tête, affichant un petit rictus ironique qui lui était directement adressé. Elle ne savait rien de cette femme assise face à elle, de son passé, de son présent, des étapes heureuses ou douloureuses qu’elle avait eut à traverser… Parler d’elle, de ce qu’elle ressentait réellement, n’avait jamais été dans sa nature. Sanaë ne se livrait pas, jamais, préférant tout contenir, cacher… Ce n’est pas qu’elle se souciait du regard des autres, de cela, l’ancienne horlogère s’en avait que faire. Elle le faisait pour elle, par habitude, par pudeur, par volonté de préservation… À vrai dire, la raison même de cette façon d’agir lui échappait. Le fait est que personne ne la connaissait réellement ou n’était simplement capable de la comprendre…

Pourtant, elle n’eut aucun mal à se reconnaître dans les propos d’Aurore…

Plusieurs fois, Sanaë avait pensé à la mort, la sienne. À l’époque où elle se trouvait encore coincée dans son lit d’hôpital à revivre, à ressasser encore et encore ces moments où son âme s’était vu écorchée,petit à petit, à chaque coup de lame, à l’image de son frère. La jeune femme avait souhaité la mort, l’avait appelé désespérément sans pour autant agir dans ce sens… Simplement parce que Lui était là, lui offrant son épaule, ses bras, son cœur. Nul doute que sans Hypérion, Sana aurait fini par trouver le courage de mettre fin à ses jours simplement pour ne plus ressentir sa peine, cette culpabilité, cette peur et surtout pour ne plus voir le monstre dans son reflet.

Sanaë avait fini par puiser dans le soutien d’Hypérion pour rassembler l’énergie et là volonté qui lui manquait pour continuer à avancer, malgré tout. Aujourd’hui elle arrivait à profiter des moment de bonheur, même ceux paraissant insignifiants aux yeux des autres. Évidemment, ses émotions paraissaient encore étouffées, contenues… Subissant une certaine retenue venant de ce sentiment de culpabilité qui ne l’avait pas quitté.

Voilà où se tenait le paradoxe. Sanaë avait envie de vivre, d’être heureuse, de continuer à avancer. De ne pas laisser cette femme lui retirer plus que ce qu’elle lui avait déjà enlevé par sa lame, par sa folie, par son fanatisme hypocrite. L’ancienne horlogère y parvenait, la plupart du temps du moins… Lorsque Hypérion était à proximité. Mais même à lui, même si elle avait fait des efforts en s’ouvrant à lui, lui livrant sans retenue tout ce qu’elle gardait au plus profond de son cœur et de son âme… Il y avait encore quelques détails qu’elle gardait pour elle d’une façon probablement égoïste par peur de le perdre alors que tout semblait aller entre eux.

La conversation prit alors une tournure des plus inattendue. Sanaë se figea devant cette inconnue si familière. Elle était elle… sans l’être toutefois. L’ancienne horlogère fuyait toujours les miroirs de peur de réaliser ce que la rousse s’efforçait à lui montrer en empruntant ses propres traits. Rires et larmes se succédèrent sans qu’elle ne puisse les retenir avant de se renfermer de nouveau pour se concentrer sur cette vision, cette illusion venant de la mage… Une illusion montrant la réalité brute… entière. Sanaë s’observa elle-même avisant ses mains tremblantes puis celles de son double. Elle se trouvait encore bien amaigrie, pâle, les yeux ternes…

-Une bien triste copie... murmura-t-elle. Voilà donc ce que les autres voient? J’ai moi-même bien du mal à me reconnaître… Je me trouve face… à une ombre...


Disparu son regard pétillant d’autrefois, ses joues roses, même ses cheveux semblaient ternes et malades… L’ombre de Sanaë… Et ses mains… Celle-ci ne tremblaient habituellement que lorsqu’elle tenait un outil, pourtant, cette fois elles semblaient ne pas vouloir se calmer, sans qu’elle n’en comprenne la raison…

C’était pourtant simple… La my’tränne l’avait mise à nue lui montrant tout ce qu’elle ne voulait pas voir… Elle essayait de l’aider, Sanaë en avait pleinement conscience… Alors elle se laissa aller… Observant ce double et surtout ses mains… Mais lourdes à porter sous le poids du sang… D’une quantité incroyable de sang s’écoulant généreusement de ses paumes ouvertes pour se changer, peu à peu, en chaînes écarlate reliées au sol.

Ses mains, la clé de tout..

Celles, qui jadis, furent source de créativité, fabriquant chaque jour tant de merveilles appréciées de tous… Puis la féline les avaient contrôlées, les maintenant dans un étau mêlant chair et acier entre les siennes… On lui en avait retiré la propriété, l’usage volontaire et personnel, pour commettre ces atrocités… et Sanaë ne les avaient récupérées que pour mieux abréger les souffrances de celui qu’elle torturait.

-Du sang… je sens son poids… lourd...si lourd... avoua-t-elle péniblement entre deux sanglots qu’elle ne prenait plus la peine de contrôler.

Cette souffrance… Ce constat… Cette réalité… Tout était bien trop lourd pour celle aux épaules bien trop fines, trop faibles… Tout cela faisait partie d’elle, même si elle le réfutait. Cette souffrance, ce manque, ces chaînes invisibles, cette prison qu’elle s’était imposée… Sana les réfutait tous. Elle voulait redevenir celle qu’elle fut jadis. Cette jeune femme pleine de vie et d’insouciance. Celle qui avait le rire facile, celle qui se passionnait, s’émerveillait de tout. Celle qui courait partout, le cœur léger et l’âme libérée…

Sanaë devait s’approprier tout cela ? Faire le deuil de son passé? Accepter l’être abject et méprisable qui se trouvait en face d’elle ?

À nouveau, elle avisa ses mains, toujours prisent de tremblements… La rouquine avait raison, pour avancer, il fallait accepter… Cette sombre expérience, bien que traumatisante, l’avait éveillé à d’autres choses… Un univers inconnu, vaste, tendre, doux... Qu’elle s’efforçait bien involontairement à garder prisonnier entre ces chaînes immatérielles… En continuant d’agir ainsi, Sanaë finirait par tout étouffer comme elle le faisait avec sa propre personnalité… Hypérion l’aimait… mais combien de temps cela allait-il durer lorsqu'il comprendrait que cette femme à qui il avait tout donné n’allait jamais redevenir comme avant. Le perdre Lui serait atroce, un dernier coup porté à son âme déjà à vif. Elle l’aimait, sincèrement, plus que tout… Sanaë voulait tout lui offrir, le rendre heureux… Lui apporter, lui rendre tout, comme il le méritait… Mais était-ce seulement possible en l’état actuel des choses ? Comment apporter le bonheur quand elle-même croulait sous une souffrance qu’elle tentait vainement de repousser?

-Comment accepter ça? murmura-t-elle en tendant ses mains devant elle en direction de son double. Croyez-moi, je ne demande que cela, je suis fatiguée de me battre contre l’invisible, contre moi-même… Mais je ne sais pas comment m’y prendre...



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Aurore Seraphon
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Jeu 1 Mar - 12:54
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La réaction de la blonde fut sans appel, des larmes, des rires nerveux, puis des larmes, et un écarquillement des prunelles dévoilant la surprise intense qu’elle ressentait. Contrairement à ce qu’Aurore craignait, elle n’avait visiblement pas peur, ne se questionnait pas réellement sur les capacités de la my’tränne. Elle savait qu’elle était une étrangère, l’acceptait sans la juger. Cet état de fait tira un certain réconfort dans l’esprit de la rousse, qui fut satisfaite de constater que sa première impression était la bonne, qu’elle n’avait pas fait fausse route et que l’être humain se trouvant juste devant elle était foncièrement bon. Tous les pores de sa peau le criaient de toute façon. Elle était pure et innocente, bien trop pour supporter la cruauté du monde. Aurore s’identifia certainement à elle, sans se l’avouer, elle non plus n’était pas prête à passer du côté plus sombre, plus froid, plus obscur de la vie et pourtant… Pourtant, c’était bien ce que son âme lui avait fait choisir. Les minutes s’écoulèrent, sans que la maîtresse des lieux de substitution ne démontra physiquement une quelconque empathie pour le comportement violemment triste de son interlocutrice. Immobile, elle la laissait comprendre, entrevoir observer ce qu’elle renvoyait au monde, ce qu’elle dévoilant, cette suffocation, ce visage malade alors que son cœur était saint de tout être étranger l’affaiblissant. Le visage pâle, la maigreur –qui n’était pas qu’une illusion, Aurore ayant perdu du poids depuis son arrivée dans la demeure-, les cernes sous ses yeux, cette fatigue et ses mains tremblants excessivement sans que cela ne soit justifié, sans que cela soit juste.  

Une ombre ? Le mot était plutôt juste, bien que la my’tränne était simplement incapable de montrer l’avant l’événement tragique, n’ayant pas souhaité explorer l’esprit de la jeune femme plus en profondeur par peur de se perdre. Elle inspira une seconde, accentuant un peu le reflet sur un critère logique de dégradation, histoire de choquer, de dévoiler vers quoi elle se dirigeait. Aurait-elle dû faire la manœuvre pour elle-même, pour comprendre qu’en réalité, elle n’essayait pas uniquement de sauver cette parfaite inconnue, mais bien de se sauver un peu elle-même. De se faire réagir, d’éviter de continuer à sombrer, n’était-ce pas son âme qui parlait, mais bien sa conscience, son tourment incessant.


- «  Du sang ? » questionna Aurore qui n’avait pas perçu cette raison-là

Immédiatement, elle fit apparaître du sang sur ses doigts, de façon à visualiser physiquement ce que l’esprit plaçait de façon imaginaire. Elle bougea légèrement sa main désormais rougeâtre, lourde de sens, cruellement déstabilisante. Avisant la blonde, la mage hésita avant de faire un pas vers elle, afin de lui permettre de visualiser entièrement les mains d’une teinte écarlate. Elle aurait voulu lui dire, regarde, regarde ça, c’est de ta responsabilité, tu as fauté, tu as apporté l’obscurité. Parce qu’elle était certaine que c’était ça, la pensée de Sanaë, que c’était ça le responsable de ce tremblement. Avait-elle pourtant fauté, réellement ? Était-elle responsable de la folie meurtrière d’une fanatique ? N’en voulait-elle pas au mauvais coupable ? Face à elle, elle redressa légèrement les yeux, le menton afin de l’aviser le plus sérieusement du monde. Aure était consciente que ce visuel, que ce sang était un véritable choc, qu’elle la mettait au pied du mur, d’un souvenir scellé qu’elle aurait préféré ne jamais rouvrir, mais il fallait, il fallait sans quoi, plus jamais elle ne pourrait avancer. Elle serait enfermée à tout jamais dans ce cercle, dans cette douleur qu’elle s’imposait en boucle.

- « Peut-être en commençant par essuyer le sang de tes mains… » répondit la rousse dans une douceur, la voix cassante « Regarde, tu as de quoi le retirer sur la petite table. Retire-le. »

Cette fois-ci, c’était réellement là, l’enjeu psychologique de toute l’action, montrer au cerveau une sorte de patron, montrer au psychique le geste physique du pardon. Retirer le sang de manière volontaire, ne plus offrir la possibilité d’entrevoir du sang sur les mains –plus que celui-ci aurait été retiré, que le visuel sera acté dans la mémoire de l’inconnue-. Sur la petite table était en effet, juste à côté du verre de jus de pomme, présent une serviette. Serviette complète illusoire, plus qu’à chaque fois qu’elle passerait sur le liquide rougeâtre, celui-ci disparaître sans imbiber le tissu, comme-ci celui-ci n’avait jamais existé. Aurore laissa le temps à la blonde de choisir, d’essayer ou de renoncer, au fond, ce n’était qu’à elle de décider. On ne pouvait pas sauver ce qui refusait de l’être. La teinte écarlate s’intensifia légèrement sur les paumes de la my’tränne, qui conservait évidemment toujours l’apparence de Sanaë.

- «  Peut-être que pour combattre, il faut justement arrêter de se battre ? » formula-t-elle comme une question, qui attendait une réponse «  Je pense qu’on est constitué de deux façons… Notre cœur et notre raison… Pour être stable, pour avancer, il faut que les deux parviennent à trouver un commun accord… Une explication commune qui convient au deux. » Elle émit un léger sourire «  Qu’est-ce qu’il vous dise, vos deux êtres ? »  

Aurore ferma les yeux un instant, se concentrant sur les paroles de son interlocutrice, lui laissant le choix, le temps de s’exprimer, mais aussi de réfléchir. Si c’était possible, elle illustrerait physiquement, les dires, les propos. Si ce n’était pas possible, elle se contenterait simplement d’écouter de répondre en sa mesure. Aurore partait du principe qu’il fallait que la blonde se recentre sur elle, sur sa volonté, sur ce qu’elle se reprochait, le tout en actant la parole aux gestes, en retirant ce qui lui semblait si lourd, ce qui semblait provoquer les tremblements de ses mains, le tout aurait juste besoin d’un peu de temps par la suite, pour fleurir délicatement dans son esprit, comme une graine qui a besoin d’amour, jusqu’à émerger, puis réagir en fonction des nouvelles données. C’était très spirituel, très ancré dans le soi, mais c’était ainsi qu’on parvenait à avancer, en étant honnête avec soi-même, en arrêtant de se mentir et en regardant la vérité en face.

- « Personne n’est jamais tout noir, ou tout blanc, le bien ne peut exister sans le mal. La vie sans la souffrance. Le tout est lié, douloureusement lié, c’est vrai… Mais, en acceptant de vivre dans un monde gris teinté de couleur, on accepte de ne pas être la perfection qu’on aurait voulu voir dans les yeux de nos proches… »

Elle ouvrit doucement les yeux, l’avisa une nouvelle fois. Se perdant un instant dans ce visage si fin, si plein d’une tristesse sans limites, sincèrement vécu, sincèrement ressenti, honnêtement caché à qui voulait encore bien la regarder. Aurore se perdit un instant dans cette silhouette, dans cette façon d’agir qui sembla lui crier au visage à quel point elle lui ressemblait à quel point actuellement elle essayait de conserver la tête hors de l’eau, tout en se faisant entraîner dans les profondeurs. Une légère grimace, furtive, rapide s’était dévoilée sur son visage avant de réajuster une attitude neutre. Non, elle, elle ne se mentait pas… Évidemment, elle ne faisait qu’écouter ce que son cœur lui dictait, sans pour autant installer le principe de l’équilibre dans sa propre vie.





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Aurore s'exprime en #ff9999
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Sanaë Eshfeld
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Sam 3 Mar - 9:09
Irys : 476217
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Incapable de détourner le regard à présent, Sanaë fixait de ses yeux emplies de larmes les mains blêmes et délicate de son double. Son visage restait de marbre, un calme si froid, impersonnel qui lui donnait des airs presque inquiétant… Ce sang...Celui de son frère qui s'écoulait lentement de ses paumes ouvertes... Fluide vital qui représentait la vie qu’elle avait arrachée, simplement pour le soulager, le préserver de cette mort ignoble et humiliante qu’il n’avait aucunement méritée et qui l’attendait pourtant. Sanaë en voulait à la féline, cette fanatique hérétique de lui avoir imposé, bien involontairement, ce choix atrocement difficile, douloureux aussi… Tellement douloureux…. Comment aurait-elle pu laisser son frère, son aîné, son second père quand le premier les avait quitté, souffrir ainsi plus longtemps ?

Mais plus que tout, c’est à sa propre faiblesse que la jeune femme en voulait. À cette incapacité à se défendre, à protéger ceux qu’elle aimait tant… C’est elle qui lui avait dicté, imposé ce choix, de faire en sorte que seul moyen restant de sauver son aîné fut de le tuer… Voilà la réalité, elle le savait. Une coupable innocente ou une innocente bien coupable… Néanmoins, Sanaë aurait simplement aimé avoir la force d’empêcher tout cela, sans forcément avoir à tuer qui que ce soit, chose dont elle se croyait d’ailleurs incapable jusque-là.

Gentille, douce Sanaë. On la disait innocente, inoffensive, angélique… Parfaite Sanaë... Incapable de faire du mal à une mouche… Et pourtant, ils se trompaient bel et bien. Tout ceci n’était que sornettes, balivernes. De simples des idioties illogiques et irréelles imposées par des normes humaines stupides. Comment avaient-ils simplement osé se l’imaginer ainsi ? Elle leur en voulait à tous d’avoir essayé de lui faire jouer ce rôle ridicule dont elle n’avait jamais voulu, contre lequel elle s'était battu et se battait encore. Pourquoi avaient-ils ce besoin de coller sans cesse des mots à sa nature pour la justifier ? Des étiquettes préétablis, imposées dès l’enfance, comme pour modeler l’humain à sa guise. Gentille. Douce. Maladroite. Curieuse. Pure.... Balivernes. Mensonges.

Et maintenant ? Qu’était-elle à leurs yeux aveugles ? Voyaient-ils la détresse cachée derrière ses yeux bleus ? Bien sûr que non. Personne ne l'a voyait elle, petite chose meurtrie à l’âme brisée qui tentait vainement de nager à contre-courant pour se retrouver. Voilà pourquoi Sanaë ne se préoccupait jamais de ce que les autres pensaient, ils se trompaient systématiquement, ne voyant finalement que ce qu’ils voulaient voir, sans se soucier du reste, de la vérité… Celle invisible, mais que cette inconnue avait su voir… Par magie ? Par humanité ? Qu’importe… Elle avait vu l’invisible, entendue le silence… Malgré tout, Sanaë n’éprouvait nullement l’envie de la repousser, ni même de lui mentir. A quoi bon dans tous les cas, cela semblait bien inutile.

Ses mots continuaient de la frapper violemment, mais elle n’éprouvait pas le besoin de fuir pour autant. Au contraire, elle les acceptait, s’en imprégnait même ce qui lui permit de réaliser… De tout comprendre. Ce sang qui coulait abondamment le long des mains le son double, si épais, si lourd… Sanaë en sentait le poids dans ses propres paumes, les poussant alors vers le bas tandis qu’elle s’acharnait à les tirer vers le haut, cherchant un équilibre qui semblait se refuser à elle.

L’essuyer?

L’ancienne horlogère l’observa un instant, écarquillant les yeux afin de s’assurer du sérieux de la mage aux traits familiers.

L’essuyer…

Cela paraissait si simple…trop simple, mais à la fois si logique… Retirer ce sang, ce poids mort dans ses paumes délicates… Le poids de ses choix, de ses décisions, de ses pertes… Calmement, Sanaë haussa les yeux vers la table, à l’endroit que lui indiquait la my’tränne. Elle avisa la fameuse serviette attendant sagement à côté des verres auxquels elles n’avaient pas touché. Serait-ce réellement suffisant ? Comment un simple bout de tissu pourrait-il venir à bout de tout ceci ? Ridicule… Logique…

-Ce qu’ils me disent...murmura-t-elle en réfléchissant.

Depuis combien de temps ne s’était-elle plus écoutée? Étouffant chacune de ses émotions par crainte de sombrer et de tout perdre pour de bon… Toutefois, elle ressentait un manque, évident et douloureux. Celui qui avait constitué à lui seul sa nature jusque-là, façonnant sa personnalité, sa vie. Celui qui l’avait conduite à rencontrer tant de personnes, ami, amour, malheurs … Et qui l’avait également mené à rencontrer Aurore. Bonheur, malheur, amour, haine, tout s’exprimait en même temps, deux facettes d’une même pièce. Toute sa vie avait été guidée par cette faculté à créer, à imaginer, à accepter. Accepter les autres, voir par-delà les étiquettes, ne voir que l’humain en oubliant tout le reste… Et elle ne se voyait pas elle-même… Quelle ironie…

-Je ne sais pas... avoua-t-elle, honteuse. Je n’arrive pas à détacher les mots dans mes sentiments… Je ne fais qu’entendre “créer”, mais il me semble que ce n’est pas ce que vous m’avez demandé.

A nouveau, elle observa ses paumes écarlates, lourdes, maladroites, tremblant depuis si longtemps et si intensément maintenant que ses doigts la faisait souffrir… Nettoyer le sang? Le faire disparaître…

Pourquoi ne pas essayer ? C’est si simple, retire le…

Alors, sans plus réfléchir, Sanaë attrapa le linge blanc, immaculé. Et tandis que la my’tränne parlait de sa voix si neutre et si juste, la daënar s’appliquait à nettoyer ses mains. Les paroles de la mage entraient en résonance avec son âme, la faisant vibrer toute entière. Le sang disparaissait petit à petit sans jamais en souiller le tissu qui conservait sa blancheur immaculée. Chaque passage l’allega d’un poids, la poussant même à redresser sa colonne vertébrale. Son âme même semblait plus légère, presque libérée. La douleur était toujours présente tout comme son sentiment de culpabilité, mais ne s’exprimaient plus que de manière sourde, hurlant au loin permettant à l’ancienne horlogère de les entendre sans pour autant se voir submerger pour tout ceci. Au bout de quelques minutes de cette toilette d’illusion, Sanaë observa ses mains calme, vierge de toute trace écarlate. Elle en sentait toujours un poids, léger, celui de sa responsabilité afin de ne pas l’oublier.

Rire, pleurer… Que faire? Sanaë ne savait plus que penser, que ressentir. C’était trop… Les paroles de cette femme, rencontrée quelques minutes auparavant , résonnaient encore en elle… Tant de vérité qu’il était bon de réaliser… Un doux sourire se dessina sur ses lèvres, le plus sincère depuis bien longtemps. Reconnaissance, bonheur, surprise se lisaient aisément dans ses prunelles azurées. De tout ce qui avait été dit, Sanaë n’en oublierait rien… Jamais… Elle l’avait toujours su… Son propre père l’avait élevé en lui servant pareilles paroles, à quelques nuances prés… Elle-même les avait exprimés à son compagnon quelques mois plus tôt, lors d’une autre occasion…

“. J’ai moi aussi ma propre tâche sombre, parce que je suis toute aussi humaine que toi. Et même si elle ne s’est jamais manifestée, rien ne garantis que ce sera toujours le cas…”

Tout cela ressemblait à un bien sombre présage… Elle le savait et avait tout simplement refusé de l’accepter… Accepter cette part sombre de son humanité, mais qui pourtant lui appartenait, la composait pour faire d’elle la femme qu’elle devait être… Aurore lui avait rappelé tout cela, à sa façon quelque peu brutale peut-être, mais ô combien efficace. Sanaë avait besoin d’affronter la réalité, d’ouvrir grand les yeux pour mieux la comprendre et enfin l’accepter.

-Merci, sanglota-t-elle en souriant.Je ne saurais jamais assez vous remercier, Aurore...

Elle avait envie de la prendre dans ses bras, lui transmettre avec sincérité toute sa reconnaissance sans bornes. Quelque chose la retenait toutefois, lui demandant bien silencieusement de garder ses distances afin d’épargner quelques souffrances à la my-tränne. Comment avait-elle compris tout cela ? En lisant dans ses yeux ? Dans ses paroles ? Dans ses mains ? Elle ne le saurait probablement jamais.

A présent les yeux grands ouverts, dans une vision encore légèrement troublée par ses larmes, Sanaë observa plus attentivement son hôtesse. Cette lueur dans ses yeux… Elle l’avait déjà vu… Était-ce dû à ce moment, aux traits familiers qu’elle lui avait emprunté un instant… Peut-être se trompait-elle, elle qui avait été aveugle et sourde à son entourage durant si longtemps, trop pour être certaine de ce qu’elle avançait. Néanmoins, les mots s’échappèrent bien involontairement de ses lèvres :

-Et toi… Contre quoi te bats-tu Aurore ?





Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Aurore Seraphon
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Lun 5 Mar - 12:09
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Profession : Agriculture/Chasse
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- « Créer ? » répéta-t-elle dans une certaine douceur « Pourtant, c’est un mot important, celui que vous mettez actuellement en lien avec incapacité »

Son âme lui hurlait de crier et elle, elle restait figée derrière ce mur, derrière son non-vouloir, derrière sa culpabilité et ses mains tremblantes, refusant de s’écouter, d’entendre ce que son âme tentait de faire pour la sauver ? Cela devait être extrêmement douloureux à vivre, à entendre. La rouquine, actuellement blonde n’eut cependant pas le temps de réfléchir pleinement à la question, puisque son interlocutrice avait finalement pris sa décision. Attrapant le linge blanc purement imaginaire, elle avait entamé de retirer le sang de ses propres mains, du moins de celle d’Aurore qui s’appliquait à faire disparaître le tout, petit à petit. Si la my’tränne avait eu l’espoir de la voir agir ainsi pour qu’elle se libère enfin, d’une certaine manière de son blocage, elle n’avait pas cru sincèrement avoir la chance de réussir, ou tout du moins, de la voir réaliser l’action en abandonnant sa réflexion. L’acte pouvait paraître stupide, inutile pour quiconque prenait le temps d’y réfléchir, mais le plus important, c’était ce que l’esprit conserverait comme image, le fait de retirer le sang, donc ne plus l’avoir sur les mains. Pour Sanaë cela changerait tout, peut-être pas d’un coup, mais petit à petit, elle se surprendrait certainement à parvenir à refaire ce dont elle n’était plus capable de faire. D’abord pas longtemps, puis de plus en plus, jusqu’à retrouver entièrement ses capacités, du moins, c’est ce que la my’tränne espérait.

Le temps s’était écoulé, les mains avaient fini par ne plus trembler, Sanaë pleurait tout en souriant, semblait réfléchir, semblait perdue au milieu de ce choc qu’Aurore lui avait imposé un peu malgré elle. L’action était moins épuisante que vadrouiller dans un esprit, mais tout aussi rude psychologiquement. Accepter de voir, d’imiter de prendre possession d’une douleur, d’un événement traumatique pour mieux l’utiliser pour ou contraire une autre personne, ce n’était jamais simple. Un léger soupir avait fini par s’échapper de ses lèvres alors que la jolie blonde au teint encore un peu trop pâle la remerciait. Aurore avait fini par s’éloigner de quelque pas, s’appuyant sur le rebord de la fenêtre, dos à son interlocutrice, reprenant lentement son apparence originale, sa vraie apparence. Merci pour quoi ? Aure n’avait pas eu l’impression de faire quoi que ce soit d’exceptionnel, elle était même convaincue d’avoir dépassé les limites. Rester discrète qu’on lui avait dit… Encore une belle réussite. Son regard se perdit sur le jardin, sur la grille parfaitement dressée dont les hauteurs formaient des piques redoutables, cette impression d’être enfermé dans une jolie prison dorée, celle que sa conscience tentait de la faire fuir coûte que coûte. Jamais…

La question sincère la déstabilisa un instant, l’obligeant à resserrer l’emprise de ses doigts sur le bord de la fenêtre. Aurore n’était pas aveugle, savait pertinemment contre quoi elle se battait… C’était certainement le plus douloureux, avoir conscience de tout, sans trouver de solutions, sans accepter, sans se mentir de ce qu’on était en train de réaliser. Une âme et une conscience qui se déchirent, ça fait du bruit, ça vous broie l’être, ça le secoue aussi fortement qu’une tempête en pleine mer, ça vous entraîne vers le fond, vous prive de l’air salvatrice de la vie, l’envie de vivre, la volonté de combattre pour obtenir ce que l’on souhaite.


- « Vous n’avez pas à me remercier. Ou alors, vous devriez vous remercier vous-même, le travail vient de vous et devra continuer par la suite…. Cela ne sera pas si simple, vous en avez conscience ? Mais je suis certaine que vous y parviendrez… Et peut-être devriez-vous en parler avec votre ange gardien ? Il n’est jamais bon de ne pas être entièrement transparent avec la personne que vous aimez. » Elle fit une pause, puis rajoute « Une personne qui vous aime sincèrement acceptera tout, parce que la douleur de vous perdre serait beaucoup plus intense que celle d’accepter, simplement. »

Aurore se retourna lentement vers son interlocutrice, décrochant un sourire faiblard, mais sincère. Elle l’avisa un long moment, glissant la main dans la poche où se trouvait la montre. Ses doigts l’effleurant légèrement provoquèrent presque immédiatement un sentiment de malaise, pourtant elle reprit le plus honnêtement du monde.

- « Vous savez, beaucoup d’individus pensent que la fuite est la solution parfaite, qu’elle sauve des âmes et évite des conflits. En réalité, c’est le choix le plus atroce qu’on peut s’infliger. On se détruit silencieusement, on se laisse bouffer par le poids de la culpabilité, du regret, de la tristesse… Oh, si on a de la chance, notre esprit va nous protéger, mettre sous le tapis l’événement qui nous consume, mais c’est encore plus vicieux, parce que ça entraîne des réactions incontrôlées qui semblent être déterminées par des raisons inconnues. » Elle prit une légère inspiration « Fuir, c’est se suicider à petit feu, tout en ayant conscience… Alors, s’il vous plaît… »

Aurore s’était rapprochée de quelques pas, attrapa la main de Sanaë pour ouvrir ses doigts et y déposer la montre brûlée.

- « Ne fuyez plus. Ce serait fort dommage que la plus belle âme que j’ai eu l’occasion de rencontrer jusqu’ici se termine d’une atroce manière. Les personnes gentilles sont si rares, surtout ici. »

Aurore referma les doigts de la jeune femme sur la montre, retirant sa main par la suite, elle afficha un sourire.

- « Essayez s’il vous plaît… Prenez votre temps… Ce sera aussi une manière de vous réparer… Je ne peux pas rendre la montre à un père en deuil, pas dans cet état en tout cas. »

Aurore s’était reculée d’un pas, la proximité n’étant pas une chose qu’elle parvenait à accepter rapidement. D’autant plus depuis qu’elle avait réussi à accepter ses sentiments pour Lud et qu’elle tentait tant bien que mal de glisser sous le tapis les informations qu’elle avait à son sujet, le tout dans un espoir maladroit de parvenir à avancer comme ça, sans se consumer trop rapidement, sans sombrer trop rapidement. Elle décrocha un sourire mi tendre, mi-triste à la jeune femme qui qui se trouvait face à elle.

- « Quant à votre question, il est difficile de répondre, je suppose que je me bats contre ma propre conscience, mes propres limites. » Elle eut un moment d’hésitation avant de se laisser retomber sur son fauteuil « Jusqu’où êtes-vous prêtes par aller par amour ? »

La question ne nécessitait pas de réponses, personne n’était en mesure de répondre à ça sincèrement, du moins, pour Aurore, c’était impossible d’y répondre avant d’être confronté à un choix des plus complexes. Elle balaya simplement l’air de sa main, conscience que personne ne pourrait jamais imaginer ce qui animait son esprit, elle n’en parlerait certainement jamais non plus, soucieuse de protéger celui que son cœur avait choisi.

- « Peu importe » reprit-elle calmement « Est-ce que vous habitez loin ? Avez-vous besoin que je demande à quelqu’un de vous raccompagner ? »

La question était sincère, Aure ne prendrait pas le risque de la laisser repartir pour la voir s’écrouler une fois le portail passé. Tout comme elle ne se voyait pas débattre sur sa propre personne, l’ignorance était souvent la plus belle manière pour une personne de conserver un semblant d’espoir.




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Sanaë Eshfeld
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Lun 5 Mar - 22:52
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Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Contrairement à ce que la my’tränne semblait penser, Sanaë avait toutes les raisons du monde de la remercier. Elle lui avait permis de voir, de comprendre réellement ce qu’elle ressentait tout au fond de son âme. D’apercevoir enfin son bourreau, celui qui la torturait sans cesse jusqu’à l’étouffer et qui n’était autre qui elle-même. Aurore lui avait ainsi donné une vision. Une image tangible bien qu’illusoire de ce poids mort. Ce poids si lourd à porter que Sanaë ne pouvait en apercevoir que quelques brides obscures et incompréhensibles, qu’elle essayait d’ignorer sans jamais y parvenir.

- Vous avez rendu la vue à une aveugle, Aurore, ce n’est pas quelque chose que j’aurai pu faire seule. Pas dans cet état-là du moins, déclara la jeune femme en penchant légèrement la tête sur le côté en signe d’incompréhension. Pour mieux l’expliquer, disons que c’est comme si je me trouvais le nez collé à un mur… Je n’étais donc capable de voir que ce qui se trouvait devant moi, ni même de savoir de quoi il s’agissait exactement. Vous m’avez permis de prendre le recul nécessaire qu’il me fallait pour me rendre compte que ce que je fixais aveuglément, et qu’il y avait autre chose derrière et autour. Pour moi, ce n’est pas rien.

Elle repensa alors à Hypérion, son ange gardien qui veillait sur elle, lui offrant chaque jour son amour et sa protection… Lui avait-elle seulement rendu assez ? Sanaë s’était confiée à lui, tout du moins en partie de peur de l’inquiéter ou de le faire souffrir inutilement. Pourtant, elle savait bien qu’il ne la jugeait pas, jamais, l’aimait comme elle était sans se préoccuper des à-côtés… Il n’avait que faire de ces faiblesses qu’elle méprisant tant.

-Vous avez raison... déclara-t-elle finalement dans un murmure un peu gêné. Je devrais lui en parler, mais je lui ai fait la promesse de me pardonner à moi-même, seulement, elle est plutôt difficile à tenir. Je ne veux pas qu’il ait à s’inquiéter pour moi, ni même à avoir à me rassurer sans cesse. Je ne veux plus être traitée comme une petite chose fragile qu’il faut protéger… Je voudrais simplement lui apporter aussi mon soutien. Redevenir, au moins en partie, celle que j’étais… Me trouver sur un pied d’égalité. Lui rendre ce qu’il m’apporte...

Jamais Sanaë n’avait parlé autant d’elle-même, de son ressenti personnel, en particulier à une inconnue. Pourtant, c’est tout naturellement qu’elle se confia, sans retenue, comme si elle se trouvait face à une vieille amie qui la comprenait mieux que personne. L’ancienne horlogère se trouvait bien incapable d’expliquer ce phénomène, elle qui d’ordinaire se serait refermée sur elle-même, n’affichant qu’un sourire timide pour toute émotion. Néanmoins, cette fois, l’exercice ne lui demandait aucun effort, elle aurait pu lui raconter sa vie, ce que renfermait son âme sans ciller. Peut-être parce qu’elle avait déjà vu le pire… Peut-être pas… Mais elle se sentait libre de le faire.

Une fois encore, les paroles de la rouquine la touchèrent profondément… Fuir… C’était effectivement le cas, en un sens. Se cachant volontairement, étouffant toujours plus sa souffrance sans jamais la laisser s’exprimer ouvertement… Pour la laisser se transformer peu à peu en colère… Que deviendrait-elle si elle continuait ainsi ? Se laisserait-elle se faire consumer par une haine aveugle et sourde au point de faire souffrir les autres… Le faire souffrir lui… Sanaë refusait cette éventualité qui allait contre sa nature… La réalité la percuta brutalement. L’ancienne horlogère l’encaissa comme une gifle, une révélation, un présage d’un avenir odieux dont elle ne voulait pas.

Puis, un geste doux, quelques mots empreints d’une extrême gentillesse et là montre meurtrie se retrouva à nouveau dans ses mains…

-Je... sembla-t-elle hésiter en observant l’objet reposant dans sa paume. Je n’ai rien de tout cela… Avant cette… Histoire… je n’étais qu’une femme des plus banale, et je suppose que je le suis toujours... lacha-t-elle finalement avant de resserrer ses mains sur la montre. Mais soit, j’essaierai, je ferai de mon mieux, je vous dois bien cela, que ce soit à vous ou à Katharina… Il serait dommage que son souvenir soit ternie à cause de moi...

Katharina… S’il existait une âme véritablement pure en ce monde, c’était bien la sienne… Et pourtant, cela ne l’avait pas empêcher de disparaître bien trop tôt, dans des circonstances probablement horribles que ce soit pour elle ou pour son père qui devait probablement se morfondre dans cette vaste demeure bien vide… Sanaë se rassurait à se disant que sa compagne devait être un soutien de taille… Mais comment se sentait-elle en pareil lieu? Si loin de chez elle, une terre hostile peuplée d’étrangers qui devaient l’être tout autant, en particulier avec le récent attentat de Zochlom qu’elle avait elle-même évité de peu en refusant de se rendre à ce fameux bal.

Le destin à une bien curieuse façon de s’amuser… Tout comme le temps, il nous joue des tours. songea-t-elle alors en observant la my’tränne face à elle. Cette femme semblait si triste, si seule, si perdue… Et ses paroles… Cette fois, elle parlait d’elle… Non, elle l’avait toujours fait, mêlant ses propres émotions à celles de Sanaë… Elle lui semblait alors si familière, plus encore que lorsqu’elle lui avait emprunté ses traits. Semblables et différentes à la fois… La daënar voulait la rassurer, lui apporter son aide, son soutien comme elle-même l’avait fait plus tôt… Mais peut-être se trompait-elle. Il pouvait aussi bien s’agir d’une vue de son esprit écorché, cherchant désespérément quelqu’un qui lui ressemble… Pourtant, c’est tout naturellement qu’elle répondit:

- Je ne sais pas ce que je serais capable ou non de faire pas amour. Personne ne peut anticiper ce genre de chose. En revanche, je sais ce dont j’ai été capable de faire : survivre.

Baissant les yeux vers ses mains à présent calmes et toujours serrées l’une contre l’autre, Sanaë repensait à ses épreuves traversées, à ses cauchemars, à tous ces souvenirs qui la hantaient à chaque instant. Si aujourd’hui, elle réussissait à les tenir à l’écart, tout du moins assez pour continuer à vivre son semblant de vie,  cela n’avait pas toujours été le cas, et c’est avec honte qu’elle avoua pour la première fois:

-J’ai pensé à la mort, fortement, au point de n’aspirer plus qu’à cela, en particulier lorsque je me retrouvais seule à l’hôpital. Je n’avais pas envie de me battre, pas après ça. Vous dites que mon âme est pure, hors ce genre de chose n’existe pas, pas pour nous. On a tous une part d’ombre en nous, je l’ai toujours su, mais je ne voulais pas accepter la mienne, tout simplement parce qu’elle m’a été imposée… Comme une sorte de viol, une souillure dont je ne me débarrasserais jamais. Je voulais en finir… Puis j’ai pensé à lui… Lui qui m’a sorti des flammes, qui m’a soutenue et qui me soutiens encore, qui éloigne chaque nuit ces horribles cauchemars me rappelant ce jour-là… Ce qu’elle a fait, ce que j’ai fait. Lui qui m’a tout apporté, une nouvelle vie, un nouvel espoir qui peine à naître en moi… Mais qui pourtant est là. Avant même d’avoir pu mettre des mots sur mes sentiments… Je voulais rester avec lui, ne pas lui causer de peine, ne pas l’abandonner, le perdre. Alors je suis restée… J’ai refusé la mort.

La chose était bien difficile à avouer, en particulier pour celle qui ne comprenait pas encore tous les rouages de l’amour. Le principe restait flou bien que plus naturel, il suffisait simplement de lâcher prise… Ce qu’elle n’avait réussi à faire que très récemment.

- Il n’est pas aisé d’aimer finalement. C’est accepter d’abandonner une part de soi pour l’offrir à l’autre, puis d’accepter celle qu’il nous offre en retour. Elle peut-être belle, chaleureuse ou paraître très sombre. J’ai eut beau chercher, je n’ai rien trouvé de rationnel dans les sentiments amoureux. Il n’est pas logique d’avoir autant besoin de l’autre ne serait-ce que pour respirer. Enfin… Je m’égare un peu, mais le principe est là. L’amour, c’est se perdre, se retrouver… Pas demi-mesure, pas de logique…

Sanaë reprit son souffle, elle ne s’était plus laissée emporter dans une conversation depuis longtemps… Et jamais sur un sujet pareil. Avant, son cœur allait à l’horlogerie, à ces petits mécanismes auxquels elle tenait tant. Aujourd’hui, la daënar voyait les choses autrement…

- Vous savez, je suis convaincue que si chacun de nous possède une part sombre au sein de son âme, alors il doit exister l’inverse pour ceux qui semblent monstrueux au premier abord. Le bien, le mal sont des notions aussi abstraites que l’amour, aussi peu rationnelles à mon sens. Dans un couple, chacun apporte sa personnalité dans la nouvelle entité qui s’est formée, liée grâce aux sentiments venant de l’un et de l’autre… Alors, il n’est pas rare que ces personnalités d’influences l’une l’autre. Vous l’avez dit vous-même : pas d’ombre, sans lumière, pas d’amour sans haine, etc. Par ce que nous sommes tous humains...

L’ancienne horlogère se mit alors à rougir, pensant à Hypérion qu’elle considérait à présent comme sa propre moitié. Comme si l’un ne pouvait plus exister sans l’autre. La chose pouvait paraître ridicule, ou parfaitement stupide, mais c’était ainsi qu’elle voyait les choses.

Puis face à la réaction d’Aurore, apparemment pressée d’en finir avec cette conversation dérangeante, Sanaë se sentit gênée, honteuse d’en avoir probablement trop dit…

- Oh… Je vis de l’autre coté de la baie, dans un petit village reculé. Ce n’est pas bien loin, mais ne vous en faite pas pour moi, il y a quelqu’un qui doit me raccompagner.

L’agent Neal attendait depuis longtemps devant la maison à présent, décidément ce pauvre homme n’avait pas hérité de la mission de sa vie. Sanaë sortait peu, seulement pour rendre visite à ses médecins et passait le reste du temps dans son bureau pencher sur ses plans…

-Je vous remercie une fois encore, pour votre accueil… Pour tout. Je vais tout faire pour rendre cette montre présentable, rendre justice à Katharina, que son père puisse avoir un souvenir correct de sa fille...

Sanaë lui tendit alors la main tout en lui offrant un sourire sincère.

-J’espère vous revoir bientôt, Aurore. Au revoir.


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Aurore Seraphon
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Mar 6 Mar - 10:20
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- «  Je n’ai rien fait de tel » répondit la rouquine dans un demi-sourire « Je n’ai fait que montrer un reflet que vous refusiez de voir. Pour le reste, vous êtes la seule et unique responsable de votre prise de conscience. »

La my’tränne s’était légèrement penchée, récupérant son verre de jus de pomme pour y tremper ses lèvres, pour terminer le jus. Elle n’était pas une adepte du gâchis et cherchait surtout un moyen de se concentrer sur la réponse de son interlocutrice, sans trop s’y pencher. Aurore avait conscience qu’elle ne pouvait pas continuer à agir ainsi, sans quoi, trop de monde finirait pas être au courant de ses origines. Si en soi, ce n’était pas quelque chose de dérangeant pour elle, cela restait un risque non moindre que le couple n’était pas forcément prêt à prendre, du moins pour l’instant. La rouquine fronça légèrement les sourcils, écoutant des propos qu’elle jugeait encore bien trop maladroits. Une promesse était un ensemble de mot, qui en fonction de l’interlocuteur pouvait avoir une définition bien différente. Aux yeux d’Aurore, Sanaë avait entièrement respecté sa promesse, se pardonner signifier vivre, essayer du moins, réfléchir à une façon d’avancer. Tous les critères étaient donc cochés pour celle qui n’était pas née dans ce continent.

- «  C’est une question de perception, je suppose. » Débuta-t-elle avant de clarifier sa pensée « Vous avez promis de de vous pardonner, c’est bien ça ? Le pardon à plusieurs formes et l’acceptation est sa première. Personnellement, je vois une femme qui essaie d’avancer, de comprendre et de se trouver un but tout en tolérant son passé et ses actions. Pour moi, vous respectez pleinement votre engagement. »

Elle cessa son argumentation, qui lui semblait largement suffisante, il ne fallait pas trop brusquer cette jeune femme, qui l’air de rien en quelques heures à peine avait dû passer par bien des étapes psychologiques. Il ne serait pas surprenant qu’elle soit épuisée, retournée ou un peu perdue au milieu de tout ça. Ne venait-elle que simplement rendre une montre, se retrouvait-elle avec une façon de penser radicalement différente que celle de son arrivée. Un sourire avait fini par prendre possession des traits du visage de la my’tränne, satisfaite de voir que finalement et malgré la situation, la montre allait être réparé refaite proprement sans la dénaturé. Ludwig serait très certainement troublé et touché de retrouver cet objet et cette unique constatation suffisait largement à conforter Aure dans le comportement qu’elle avait eu vis-à-vis de cette invitée quelque peu étrange tout de même.

- «  Merci pour elle et pour son père, je suis certaine qu’il sera très touché de retrouver la montre de sa défunte fille. »

Se pinçant la lèvre inférieure devant la conversation qui finalement avait dangereusement changé de point d’intérêt. L’amour qu’elle drôle d’idée qu’elle avait eu d’aborder le sujet, difficile pour la rouquine de faire abstraction de ses sentiments, de ses doutes et cette perdition qui commençait lentement à la ronger. Croisant les jambes, croisant les bras sur ses genoux, elle adoptait à présent une attitude beaucoup plus fermée, moins encline au dialogue, signe que le sujet soit ne l’intéressait pas, soit au contraire la touché beaucoup pour qu’elle tolère ou participe activement à la conversation. Le verre désormais vide entre ses doigts se retrouvait davantage serré, ses doigts jouant doucement sur l’objet, cherchant à se détendre. Survivre. Elle l’avait fait par amour, certainement aussi par instinct de survie, la vie reprenait toujours ses droits, toujours, peu importe le temps que cela prend. La suite de la conversation déstabilisa quelque peu Aurore qui sembla avoir du mal à conserver un visage neutre, ou un sourire sur ses lèvres. Accepter ce que l’autre offre, rester pour ne pas voir l’aimé se perdre. N’était-ce pas ce qu’elle avait fait elle-même ? N’avait-elle pas fait le choix de se sacrifier sur l’hôtel des condamnations de la trahison pour espérer voir Ludwig vivre encore un peu, pour espérer le voir à nouveau aussi grand et plein de force, exactement comme elle l’avait connu la première fois ?

Un soupir s’échappa de ses lèvres, furtivement, camouflant une émotion qui commençait à lui tordre le bas ventre, à lui donner la nausée. Difficile de savoir où elle se positionnait actuellement, était-elle coupable de trahison ou simplement complice par son silence, son acceptation ? L’amour lui faisait fermer les yeux sur des actes non acceptables, non tolérables et pourtant, sa conscience n’avait de cesse de lui rappeler avec toujours plus de violence à quel point elle était pitoyable, faible. Prenant une légère inspiration, elle balaya l’air de sa main, comme pour clore un débat, une conversation qu’elle n’était pas entièrement prête à entendre.


- «  Vous avez certainement raison. » Conclut-elle «  L’équilibre est ainsi fait. Chacun à un degré de lumière et d’obscurité différente… Le tout est de trouver celui ou celle qui complète presque entièrement la nôtre. Un équilibre, je crois que c’est ce qu’on recherche tous, absolument tous. »

Le silence ensuite. Bêtement. Prenant. Absolument pas dérangeant. Les regards qui se croisent, des sourires un peu gênés et puis une parole, une explication prononcée. Elle vivait non loin d’ici, dans un petit village, mentalement, Aure nota l’information, certaine qu’elle finirait par lui être utile. Après tout devrait-elle sans aucun doute s’y rendre pour récupérer la montre fraîchement redonnée à la jeune femme. Elle haussa un sourcil à l’évocation d’une personne l’attendant à l’intérieur, la rouquine supposa à juste titre qu’il devait s’agir de l’homme qu’elle avait entre aperçus en regardant par la fenêtre précédemment.

- «  Cela ne doit pas être simple d’être suivi partout. » Pensa-t-elle oralement sans forcément démontrer un jugement dans sa voix « Merci à vous, je suis certaine que vous allez faire un travail plus que convenable et que… le père de Katharina vous sera très reconnaissant de l’attention. »

Elle se releva en douceur, avisa la main qui était à présent tendue dans sa direction. Elle n’avait guère l’habitude de ce genre d’acte, mais finalement elle le lui la serra sans geste brusque, sans s’autoriser une visite psychique, avait-elle eu aussi, suffisamment d’émotion pour la journée.

- «  A très bientôt Sanaë, je vais vous raccompagner jusqu’à la porte. »

Ce qu’elle fit sans hésiter sous le regard surpris de l’homme de la porte. Une fois Sanaë plus loin sur le sentier menant à la sortie, une fois cette femme qui l’avait sans le savoir profondément touché sortit de son champ de vision, elle referma la porte d’entrée, pivotant vers la petite domestique qui était déjà en train de tout débarrasser.

- «  Laissez, je vais m’en occuper. »
- « Mais madame.. »
- « Je vais m’en occuper » répéta-t-elle «  J’ai deux mains, comme vous, je suis capable de laver deux verres. »

La domestique fit les gros yeux, visiblement nullement habitués à ce qu’une invitée lui emprunte son travail. Ce qui aux yeux d’Aurore était perçu comme une simple marque d’attention, un pied d’égalité entre elle et l’employé, était perçu d’une manière bien différente par l’autre jeune femme qui garde le silence en lui remettant les deux verres. Aurore fit évidemment ce qu’elle avait proposé, nettoyant le tout avant de regagner l’extérieur, le jardin, pour s’aérer un peu l’esprit pour réfléchir.


~ RP Terminé ~





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