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Chroniques d'Irydaë
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 Bonsoir les étoiles !

Loën
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Jeu 8 Mar - 21:45
Irys : 117783
Profession : Verrière - Challumeuse
My'trän +2 ~ Zolios
Octobre commence à peine. Le ciel est toujours aussi violemment bleu, les plaines aussi hystériquement rouges. Quelques brumes colorées retombent lentement dans le lointain : la seule chose qui indique l'hiver à venir, c'est le vent frais. Il souffle paresseusement encore, dessine avec mollesse de fines ridules sur la poussière de pigments. Bientôt, il amènera les lourds nuages de pluie, prêts à crever la surface des déserts et des dunes, et ne s'en ira qu'une fois le paysage totalement redessiné.

Mais pas encore, pas encore. Pour le moment il est doux ce vent, il est sage. A peine dérange-t-il les tresses savamment disposées de Loën, qui profite de la caresse rafraîchissante de l'alizé.  Le jour est brûlant, épaisse comme du beurre, sèche comme une vieille peau de chèvre oubliée au soleil. C'est une journée exceptionnellement chaude, toute comme au mois solaire. Le clan s'est arrêté. Au matin, le vieux Khorog est sorti, a regardé le ciel : il a su, aussitôt.  « Aujourd'hui, nous célébrons la Tente ! » Les vieilles ont soupiré de soulagement, les gosses se sont répandus en cris de joie. Oui, aujourd'hui le clan restera dans la tente, à l'abri de la fureur de Süns et du sable brûlant. Plus haut, les pigments ne gardent pas la chaleur et l'on peut marcher sans crainte. Mais ici, le sol est de sable fin et blanc qui déjà réverbère les rayons et éblouit. On ne peut marcher sans se brûler : on restera donc, paisiblement, à boire le thé et à rendre hommage à Süns, bien à l'abri de sa joie solaire. Rien ne presse, car la foire d'octobre est dans cinq jours.
Déjà, on creuse le sable sous la tente pour atteindre la fraîcheur. Le soleil n'est pas encore tout à fait apparu à l'horizon que déjà le vieux Khorog appelle. C'est son honorable Gharyn qu'il appelle, de sa voix lente et grave. « Envoie ta fille seconde à Eoril. Elle ira prévenir de notre arrivée. Elle est forte en Süns, bénie soit la Très Solaire, elle supportera le soleil sans peine. »
L'honorable Gharyn acquiesce d'un mouvement de tête et s'en va.

Le soleil est maintenant sorti de son sommeil et darde ses langues de feu sur le désert blanc. Loën Tol'un, fille seconde du Gharyn Loën, est en route depuis deux heures. Sur ses yeux un voile léger, sur ses épaules sa cape ülten. Les soutes de Spoërri, sa Salkhi, sont légères : de l'eau, de la nourriture pour une semaine, son luth, quelques babioles. Elle marche, tranquillement. Rien ne presse. Le clan est ne partira pas avant demain, le clan est lent. Trois jours pour le clan, au rythme des chameaux, c'est un jour et demi pour Loën. Un jour et demi de marche lente et paisible, bercée de silence. On ne peut chanter car il faut économiser l'eau. On ne peut lire car la lumière violente efface les caractères et abîme les yeux. Loën se laisse bercer, dès lors, bercer par ses pensées.

A quoi pense-t-elle, Loën ? Ses yeux sombres errent sur les dunes pourpres qui brodent l'horizon à l'Est, sur les brumes de chaleur au Sud. La chaleur qui monte, elle l'ignore. Elle ne sent pas le filet de sueur qui glisse le long de sa colonne vertébrale pour mouiller le haut de son pantalon. Elle oublie le cœur qui bat entre ses jambes, lentement, toc, toc, toc.

A quoi pense-t-elle, Loën ?


Le soleil du midi passe. La brise fraîche arrive. Comme une gifle, elle réveille la jeune femme de sa torpeur. Elle se redresse, elle s'étire, descend de Spoërri. Ankylosée, elle atterrit en déséquilibre et tombe les deux mains en avant dans le sable blanc. Aussitôt, l'animal s'arrête et frôle d'un museau inquisiteur le visage de sa cavalière. S'abaisse pour mettre à porter de main les soutes et créer un peu d'ombre. Sonnée, Loën met quelque temps à réagir. Elle se ressaisit finalement, boit un peu, s'étire, se relève et continue son chemin, cette fois à pieds. Le mal du désert peut frapper même les plus expérimentés...

Finalement le soir vient, tôt déjà. Le cœur du monde s'apprête à avaler le Soleil quand Loën s'arrête. C'est assez pour une journée. Cette nuit, ce sera à la belle étoile.
Loën a traversé le désert de sable blanc. Depuis longtemps maintenant la terre est rouge, rouge comme le sang et ça et là surgissent quelques arbustes maigrelets. Au loin se dressent les blanches tours de verre d'Eoril sur lesquelles éclate un dernier rayon. Déjà le ciel est piqueté de milliers de lucioles...

La flamme éclate dans la nuit rouge sombre et la théière siffle joyeusement. Et Loën, accompagnée de son luth, de se mettre à chanter...


   
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Eléonore Steinfort
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Dim 11 Mar - 13:48
Irys : 465233
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2

Le soleil disparaissait à l'horizon, baignant la plaine rouge d'une douce lumière orangée qui ne tarderait pas à laissait sa place à l'obscurité de la nuit. Mais, soyons francs, Eléonore n'éprouvait qu'un intérêt très limité pour le bucolique théâtre de son exode transcontinental. A vrai dire, la jeune femme était même plutôt ravie de voir l'astre du jour se terrer pour la laisser souffler un peu. Une bonne idée, cette traversée du désert sous le cagnard. Surtout quand on est aussi peu habitué à ces conditions et aussi peu préparé pour son voyage comme l'était l'anomalie, qui avait atrocement souffert de la chaleur qui régnait la journée sur ces terres arides et qui ne rêvait que d'une gourde remplie et d'un coin à l'ombre. Non, Eléonore ne profitait pas du lyrisme de son environnement à son plein potentiel.

Quand bien même la météo ne l'aurait pas autant meurtrie, la demoiselle aux yeux de jade avait de toute façon les pensées trop occupées par d'autres inquiétudes pour pouvoir se permettre de s'extasier devant un coucher de soleil. Depuis des mois maintenant, elle vagabondait dans My'trä sans autre fin que d'échapper à un prédateur façonné par les Architectes eux-même pour mettre fin à son existence. Cette errance ne mènerait jamais à rien et elle devait cesser. Alors de deux choses l'une : soit elle affrontait le Régisseur à ses trousses et peu importe l'issue du combat, il mettrait fin à sa fuite, soit elle se reprenait et essayait de redonner un sens à sa vie. Sa fierté de Zagashienne l'orientait vers l'une de ces alternatives, ses tripes, son instinct de survie et littéralement chaque parcelle de son anatomie vers l'autre.

Eoril. Son port, surtout. Telle était devenue sa destination. De là, Eléonore pourrait mettre les voiles -littéralement- pour... eh bien pour réaliser son désir d'en apprendre un peu plus sur la technologie daënare. Une destination. Voilà bien longtemps qu'elle n'avait pas eu le luxe de savoir où elle allait. Vue la distance qui la séparait encore de la cité de Zolios, la blondinette devrait encore passer une nuit à l'extérieur de ses murs. La journée du lendemain serait probablement suffisante pour rallier la ville, sauf contretemps majeur. Maintenant, il lui fallait trouver un endroit où passer la nuit. La solution à ce problème se présenta d'elle-même alors qu'au détour d'un monticule, une douce mélodie parvenait à ses tympans. Une voix, accompagnée d'un instrument de musique, se chargeait de produire cet air en profitant de la chaleur prodiguée par un feu de camp. Une main sur la garde de son épée, Eléonore s'avança dans le dos de la chanteuse pour s'arrêter à quelques mètres d'elle et l'interpeller.

-Tu n'as pas froid au yeux pour faire autant de bruit et de lumière seule au beau milieu de nulle part.


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Loën
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Dim 11 Mar - 18:36
Irys : 117783
Profession : Verrière - Challumeuse
My'trän +2 ~ Zolios
Musique:
 

La scène est belle. Fermez les yeux un instant, et imaginez. Imaginez la nuit d'un noir d'encre, où la lune peine à se faire entendre. Qu'importe : les étoiles remplissent son office. Elles sont autant de faisceaux bleutés : on y voit comme en plein jour, ou presque. Leur lumière découpe un paysage lunaire. Bleu le ciel, violet la terre, grises les dunes qui se dessinent dans un horizon si lointain mais si proche.  A l'Ouest, la forêt se devine en une masse indistincte et menaçante. A l'Est, le désert de sable blanc, effroyable le jour, éblouissant la nuit. Au milieu ? La poussière. Cette poussière si fine, devenue pourpre dès que le soleil tourna le dos. On frotte le sol du pied et on ne tarde pas à traverser cette fine couche de pigments pour atteindre le roc. Encore unes de ces bizarreries géologiques dont Zolios regorge : si la plaine est en une, c'est qu'elle n'est qu'une gigantesque plaque minérale, dure et massive, que le vent érode depuis des siècles et des siècles. Quelques dunes, ici et là, un arbre rachitique ou deux. Rien d'autre ne vient consoler le regard.

Et au centre de tout cela, Loën. Adossée contre la selle rigide de son Salkhi, assise sur un tapis, elle a trouvé refuge au pied d'un monticule de sable. A ses pieds nus se trouve un feu qui palpite, consumant on ne sait quoi. Il est anormalement proche de ses plantes de pied, mais qui pour le voir ? Ses épaules dénudées dansent au rythme lent de la musique et le sifflement de la bouilloire l'accompagne.

Spoërri semble apprécier. Allongée sur le flanc, les yeux mi-clos, l'animal ne bat pas une oreille. La poussière rouge semble monter à l'assaut du poil court et gris de l'animal, comme une marée rouge venue lécher une plage palpitante. Elle respire lentement, la tête posée derrière le dos de sa maîtresse.

Loën s'abandonne à la musique. Peu à peu, son corps se relâche, se dénoue. Ce sont les rênes de cuir qui ont labouré ses mains, non les cordes des luths. Ce sont les cris des troupeaux qui ont amplifié sa voix, non  les douces mélopées à Süns. Pourtant, elle joue bien, Loën. Sa chanson est joyeuse et son timbre plein est doux. Après tout, quand le Gharyn son père n'est pas là, c'est à elle que les enfants Loën viennent réclamer des chants et des histoires. Le Sacrifice de la Très Aimée, la fable de l'Impudent, les histoires de Cyril le Doré, les Jours Sombres : tous, elle les chante, comme on les lui a chanté. Mais ce soir, c'est pour Spoërri qu'elle chante, qu'elle entonne le conte du Shuurga repenti. Comment le jeune Salkhi vient au monde d'abord, puis comment on lui assigne un jeune maître particulièrement naïf. S'en suit de nombreuses péripéties durant lesquelles le rusé animal ne manque jamais de tromper son maître, sans que celui-ci ne se rende jamais compte de rien. Loën en aurait juré : à chaque fois, elle semblait deviner un rire au fond de ses yeux de son amie-cœur.

Un crissement dans la poussière. Spoërri qui lève une oreille inquisitrice. Loën continue à chanter. Après tout, on fait vite le calcul. La plaine est vide comme le dos de la main : quelques végétaux, trois souris, rien pour faire du bruit. Du vent ? Pas un souffle. Un prédateur ? Spoërri aurait levé plus qu'une oreille. Un humain ?

Criss, criss, criss. Des pas légers, rapides, directifs, qui contournent la dune maintenant. Bipède. Un humain. A pied et seul, par Süns ! Jamais un Zolien n'irait voyager de telle manière. Un étranger, donc. Et Loën qui chante, tout d'un coup bien plus concentrée sur sa flamme. Qui brille, qui brille...

Les pas s'arrêtent. Une voix.

« Tu n'as pas froid aux yeux pour faire autant de bruit et de lumière seule au beau milieu de nulle part. »

Une voix jeune, féminine. Rugueuse de soif et d'arrogance. Une étrangère, pas de doute. Spoërri, qui la voit arriver, relève la tête et se rassoit lentement en sphinx. Loën, elle, ne bouge pas. Mécaniquement, ses doigts frôlent les cordes, dans une mélopée de plus en plus lente... Elle ne chante plus, mais elle ne répond pas encore. Elle la sent, cette énergie bouillonnante qui se déploie, aussi pressée que l'eau dans la bouilloire. Elle la sent vivante, menaçante, prédatrice. Et aussi, et surtout, qui a besoin.

« Mon amie, à Zolios, nous n'avons jamais froid. »

Da sa voix profonde et douce, elle insiste délicatement sur le mot « amie ». Et de se tourner d'un mouvement d'épaule vers l'inconnue, sans s'arrêter de jouer.

« Les nuits sont fraîches, ici. Puisque le désert nous réunit, viens t'asseoir près de mon feu. »

Et la flamme qui brille, qui brille...


   


Dernière édition par Loën le Jeu 22 Mar - 20:06, édité 1 fois
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Eléonore Steinfort
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Mar 13 Mar - 18:09
Irys : 465233
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2

La musicienne mit un certain temps à répondre à son interjection. Eléonore était pourtant certaine qu'elle avait conscience de son apparition, étant donné que sa monture, un Salkhi à l'air nonchalant, avait clairement réagit lorsqu'elle s'était approchée. Alors, peut-être que la jeune femme voulait terminer son morceau avant de daigner rejoindre la conversation. Ou bien peut-être avait-elle simplement décidé de l'ignorer. Bien qu'imprudent de sa part, cela n'aurait pas été si improbable. Après tout, n'apprenons-nous pas à nos enfants à ne pas parler aux inconnus dès leur plus jeune âge ? En attendant, la Zagashienne patientait toujours comme une idiote, les deux pieds plantés dans le sol. La mélodie était belle, c'était certain. Envoûtante, presque. A vous donner envie de plonger votre regard dans l'âtre de ce feu si séduisant. Mais Eléonore n'était pas réputée pour sa patience, et cette absence de parole -à défaut de pouvoir parler de silence-, maintenant que la fille qui lui tournait toujours le dos avait cessé de chanter, mettait à mal le peu qu'elle possédait.

Au moment où elle allait se lasser et passer son chemin, une voix. Une voix que tout opposait à la sienne, aussi douce et sincère que son timbre à elle était sec et ironique. Une voix qui lui répondit d'un trait d'esprit -Eléonore doutait que la demoiselle ait pu mal interpréter sa propre phrase- qui lui arracha un sourire. Elle n'hésita pas à la qualifier d'« amie », statut que l'adepte de Dalai aux cheveux d'or n'avait ni reçu ni attribué depuis bien longtemps, et certainement pas à une parfaite inconnue, avant de finalement se retourner et de carrément l'inviter à la rejoindre à son bivouac de fortune. Son visage collait curieusement avec sa voix. Comme un tout harmonieux, presque trop lisse.

L'anomalie marqua une hésitation, surprise par la chaleur de l'accueil qui lui était réservée. En bonne Zagashienne, elle était de nature méfiante, voire belliqueuse. Si elle ne cherchait pas nécessairement le conflit -elle ne l'avait d'ailleurs pas fait ici- Eléonore adoptait vis-à-vis des étrangers une attitude plutôt défiante. Et elle avait pris l'habitude qu'on le lui rende -à raison, connaissant sa personnalité. Aussi, que Loën montre autant de bienveillance à son égard sans la moindre once d'hésitation éveilla en elle une foule de soupçons probablement excessifs. Après tout, que pouvait-elle bien avoir à craindre d'une pauvre joueuse de mandoline, elle la grande guerrière de Shüren qui avait reçu les faveurs de l'illustre Dalai ? Un petit sourire ironique vint se nicher à la commissure de ses lèvres à cette idée. Mais ce n'était pas en sous-estimant ses rencontres qu'Eléonore avait survécu jusqu'à présent.

L'habit ne fait pas le Khorog, comme le dit le dicton.

-Pour que tu puisses m'y pousser ?

Le ton de sa voix était emprunt d'un curieux mélange où la plaisanterie le disputait à mise en garde. Elle voulait croire en la bonne foi de cette invitation -un peu de pacifisme ne serait pas de trop dans une vie sinon pavée d'ennemis, mais avait vu trop d'hommes tomber dans des traquenards tendus par des personnes aux premiers abords inoffensifs pour baisser sa garde aussi facilement. La main toujours posée sur la garde de son sabre (troisième répétition du mot « garde » (quatrième) en trois phrases. Bien joué, moi), Eléonore fit tout de même un pas dans sa direction, exposant ainsi un visage angélique au sourire luciférien à la lueur dansante du feu de camp.

-Et si tu me disais d'abord ce qu'une musicienne fait, seule, dans une région aussi déserte du pays ?


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Loën
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Mar 13 Mar - 19:12
Irys : 117783
Profession : Verrière - Challumeuse
My'trän +2 ~ Zolios
Un rire, aussi léger qu'une flamme. Un léger haussement d'épaules.

« Que tu es méfiante ! Par Süns, tu n'es vraiment pas d'ici. Regarde-toi un peu. »

Loën pose son luth à son côté, prend la bouilloire qu'elle pose à côté du feu et se relève lentement, comme si de rien n'était. Debout sur le tapis, sans faire un pas en direction de l'inconnue, elle croise les bras et la dévisage avec douceur. Une blonde menue, aux yeux verts et perçants, qui semble animée d'une flamme plus vive que celle qui crépite derrière Loën. Un uniforme qui ressemble fort à ceux des hommes qui accompagnent les marchands de Zagash. Mais seule ? Si loin de tous et sans bagage ? A peine une gourde, bien légère, et un petit sac. Un déserteur, sans doute. Mais si loin au Sud ?

« Qui va dans le désert ainsi ? Tu n'as même pas de couverture. A moins que Süns t'ait honorée de ses dons ? »

Loën s'arrête, et scrute d'un œil perçant les vêtements sales et déchirés de la jeune femme, son visage marqué par la fatigue d'une longue journée de marche sous le soleil, la flasque qui pend mollement à son côté, presque vide. Non, décidément, quelque chose cloche chez cette jeune femme. Loën se garde bien de le montrer, mais elle ne perd pas un instant de vue son interlocutrice, qui a toujours la main sur la garde de son épée.

«Non, non. Le feu brûle en toi, mais pas celui de Süns. » Elle se redresse alors de sa haute taille et, les mains sur les hanches, continue d'une voix sévère.

« Ecoute, inconsciente ! Toi qui t'engage dans les dunes de poussière sans regarder où te mènent tes pas. Ton seul ennemi, ici, c'est le désert. As-tu chaud ? Et bien bois ! As-tu froid ? Et bien couvre-toi. Mais regarde-toi ! Ta gourde est vide et ton feu n'est pas. Tu es comme un enfant qui sort de la tente de sa mère. Tu vas dans la dune et tu jettes un coup de pied au lion qui dort. Tu pourrais te nourrir de ses restes, mais non : tu frappes. Inconsciente ! Tu entres dans une maison dont tu connais pas la loi. La coutume veut que je t'offre l'hospitalité. Je l'ai fait, je le fais encore. Mais si tu n'en veux pas, tant pis pour toi ! Tu peux passer ton chemin. Süns garde tes pas, car tu en auras besoin. »

Loën ne s'est pas départie de son visage impassible. Si sa voix est forte, elle n'est pas vraiment en colère. La preuve : Spoërri n'a guère fait plus que lever la tête, suivant avec intérêt l'échange. C'est qu'elles sont à Zolios, et les lois n'y sont dictées par snobisme. Il s'agit de survie, et y contrevenir est une faute grave. Cependant, l'étrangère est une étrangère. Laissons-lui le bénéfice de l'ignorance.

« Quant à mon identité, la loi est claire : mon feu est tien, ma gourde t'est ouverte, mais tant que tu n'auras pas réalisé le rituel d'introduction, je ne te devrais pas plus. »
Ce disant, elle se penche et attrape d'un geste vif dans les soutes de la selle un petit pot de terre cuite fermé glaçuré d'opale, qu'elle lance nonchalamment en direction de l'inconnue.


   


Dernière édition par Loën le Dim 20 Mai - 20:04, édité 2 fois
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Eléonore Steinfort
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Mar 20 Mar - 0:18
Irys : 465233
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2

Absolument tout semblait opposer dans leur attitude respective les deux jeunes femmes qui se faisaient face. L'une était méfiante, presque agressive, tandis que l'autre ne montrait que passivité et retenue. L'une était sage, visiblement aguerrie et préparée aux intempéries du désert, là où l'autre n'avait que sa fougue et les ailes que lui donnait la peur de son poursuivant pour survivre. L'une était hagarde, vraisemblablement à court d'énergie tandis que l'autre paraissait à peine apaisée par une journée de marche. Et si leurs conduites étaient drastiquement contraires, il en allait de même de leur apparence. Maintenant qu'elle s'était approchée, Eléonore pouvait discerner un peu plus distinctement la silhouette de son interlocutrice. Celle-ci la dépassait pratiquement d'une tête -ce qui ne l'intimidait pas vraiment, et ses yeux couleur chocolat s'accordaient à merveille avec sa peau dont le teint laissait suggérer une enfance bercée par le soleil, là où son épiderme blanc comme neige à elle lui donnait un teint presque blafard en comparaison.

Les deux jeunes femmes se dévisagèrent pendant un moment, semblant jauger à qui elles avaient affaire. L'attitude méfiante de la blondinette ne sembla pas plaire à la Zoliosienne qui ne se priva pas de le lui faire remarquer, lui arrachant une moue silencieuse peu convaincue. Eléonore avait ses raisons d'être méfiante, d'autant plus étant donné le vortex de chaos qu'était devenue sa vie, et ce n'était certainement pas à une étrangère d'en juger. Prudence est mère de sûreté, comme on disait, et l'anomalie avait bien besoin d'un peu de sûreté ces temps-ci. Juger, Loën ne se refusa pas ce loisir tandis qu'elle enchaînait sans attendre sur l'inconscience dont Eléonore faisait preuve à s'aventurer de la sorte, fragile créature qu'elle était face aux terribles dangers de cet aride désert. Un flot de réprimandes s'abattit alors sur elle et en l'espace d'une dizaine de secondes, elle était rhabillée pour l'hiver.

Tout le long de l'admonestation, Eléonore resta muette de surprise, ses grands yeux verts écarquillés rivés sur Loën. Elle semblait presque pétrifiée par la réprimande, n'osant interrompre le torrent de paroles qui lui était servi. Personne, personne n'avait osé lui parler de la sorte depuis... Depuis bien longtemps. A part ses parents, ils devaient être un ou deux -ses précepteurs à l'académie- à s'y être risqués. Ou en tout cas, à ne pas avoir subi son courroux ensuite. Car l'ire de la demoiselle aux cheveux d'or était peut-être plus effrayante encore que son habileté au maniement de l'art de Dalai, et elle avait appris à se faire respecter en empêchant quiconque de lui marcher sur les pieds. Lorsque le déluge fut terminé, Le visage choqué d'Eléonore quitta sa stupeur pour retrouver un air féroce, ses sourcils froncés faisant écho aux frémissements des arêtes de son museau.

-Dis donc toi, espèce de petite...

La phrase mourut au fond de sa gorge alors que l'attention de ses iris de jade était détournée par l'arrivée d'un petit pot en terre cuite qu'elle parvint à peine à attraper par pur réflexe. Sa curiosité sembla prendre le pas sur son tempérament belliqueux l'espace d'un instant et elle plongea son regard dans l'étrange boîte. Étrangement, cela sembla l'apaiser. Avait-elle enfin compris que Loën avait raison sur toute la ligne ? Que son épopée était plus proche du suicide et que cracher sur l'hospitalité qui lui était offerte comme elle le faisait était non seulement grossier -cadet de ses soucis- mais surtout masochiste -... dans ce contexte, embêtant- ? Peut-être. Dans un calme et un silence qui ne lui ressemblaient pas, Eléonore dévissa le couvercle du pot pour y découvrir ce à quoi elle s'attendait plus ou moins ; un enduit qui ressemblait fort à ces pigments utilisés comme maquillage -ou ornements. Son visage se releva en direction de Loën, ses yeux émeraudes désormais animés d'une profonde teinte de curiosité.

-Désolée, la route a été longue et épuisante. Quel est donc ce rituel dont tu parles ?


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Loën
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Mer 4 Juil - 15:23
Irys : 117783
Profession : Verrière - Challumeuse
My'trän +2 ~ Zolios
L’étrange inconnue semble revenue à de meilleurs sentiments. Après tant de bravache et de menace, la voilà qui dévisse le pot sans se poser de question, sans s’inquiéter de son contenu mystérieux. Comme si la tempête qui dirige les pas de l’étrangère se calmait un instant, lassée de tant de violence et de remous. Comme si son esprit, soudain rattrapé par la fatigue du voyage et les privations, oubliait sa défiance naturelle l’espace d’un instant pour s’en remettre à l’Inconnu.
L’Inconnu, en l’occurrence, s’agenouille sur le tapis de laine rayée. D’une main, elle écarte les babouches de cuir souple posées à son côté et de l’autre, fait signe à la jeune femme de s’asseoir devant elle. Quitte à devoir expliquer les politesses à la jeune femme, autant le faire bien.

« Met-toi à genoux en face de moi. Oui, comme ça. Pose les mains sur les cuisses. »
En même temps, Loën saisit dans les mains de son interlocutrice le pot qu’elle lui a lancé et le pose ouvert entre elles. Un rapide coup d’œil sur les paumes de son interlocutrice. Les mains petites et bien faites sont marquées des cals de l’épéiste. Une militaire, sans doute originaire de Zagash, à juger de son parlé et de sa morgue insolente. Car il faut être fou ou Zagashien pour s’engager dans le désert dans un tel appareil… Les mauvaises langues diront que l’un ne va pas sans l’autre.

« Voilà comment nous nous saluons, ici dans le désert. » De l’index et le pouce pincés, elle attrape un peu de poudre irisée qu’elle dépose tour à tour sur son front, ses lèvres et au niveau de son cœur, avant d’esquisser un vague geste de la main vers Eléonore. « Par ce geste, la seconde fille du Loën Po M’Bak te salue. » Quelques secondes d’attente, d’hésitation. Puis l’inconnue de répéter lentement les gestes de son interlocutrice, un soupçon de méfiance toujours niché au fond des yeux. « Je suis Eléonore Steinfort et je te salue. »

Le silence retombe. Pas le vent : il arrache quelques particules colorées au front de Loën, qui ne quitte pas de son regard impavide Steinfort. Que cache-t’elle donc, ce petit bout de femme ? Serait-elle l’avant-garde d’une mission zagashienne ? Ce serait surprenant. Les adorateurs de l’eau, tout bravaches qu’ils sont, ne se risqueraient pas à attaquer la Nation du Feu, et surtout pas par la route du désert. Si un raid avait été prévu par un clan du Sud en manque de chaleur humaine, le plus pratique serait de passer par les jungles de l’Ouest. Or, le clan Po M’Bak ne se trouve guère qu’à trois jours de marche au Nord-Est de la capitale… Jamais les esclavagistes ne s’engagent si loin dans le Sud. Le réseau des clans itinérants et des villages est trop serré pour le permettre.
Non, la femme est seule. Eut-elle été un éclaireur, on lui aurait fourni un chameau ou une bête de leur pays, capable de supporter le climat. Et elle serait armée d’une gourde bien plus conséquente… Cela ne tenait pas debout. Elle ne pouvait qu’être seule. Une déserteuse alors, certainement. Au cours de ses voyages en Darga, elle a eu l’occasion de croiser quelques unités de soldats de l’eau. La passion pour la guerre de Dalaï n’est un mystère pour personne, et les Zagashiens font des mercenaires réputés : souvent, les caravanes empruntées par la jeune verrière sont protégées par des personnages comme Steinford. Pour les avoir vu à l’œuvre, Loën les sait brutaux, efficaces et sans pitié. Des corps de garde unis et entraînés des années ensemble pour se soutenir en toutes circonstances : ce n’est pas un hasard s’ils forment la majorité des mercenaires du pays… Et cela pouvait expliquer la fuite en avant désespérée de la femme. Une telle cohésion a un prix : déserter, c’est la mort. Et les Zagashiens ont la mémoire longue...

« Le geste que tu viens de faire signifie que tu entres sous ma tente dans la vérité, - un geste vers son front « le don réciproque – vers son coeur – et l’amour de Süns » Un fin sourire de renard. Le regard qui pétille soudain. Voilà une bonne façon de confirmer sa théorie !

Quoi qu’il se dégage des prunelles de la jeune femme une lueur décidément déplaisante. Et s’il s’avérait qu’elle était effectivement membre de la soldatesque, il faudra être prudente. Malgré son état de fatigue avancé, rien n’empêcherait la jeune fille et son grain de chercher à la dépouiller de ses biens. Les Shuurga étant rares en Zagash, elle ignorait sans doute que lui voler sa monture ne serait guère possible… Et le désespoir pousse à toutes les sottises.

« L’eau est chaude. Un peu de thé ? »


   
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Eléonore Steinfort
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Mer 25 Juil - 0:44
Irys : 465233
Profession : Fugitive - Névrosée
My'trän -2

Si la tension entre les deux jeunes femmes semblait avoir momentanément diminué, on ne pouvait pour autant pas vraiment parler d'une relation de confiance absolue. Eléonore avait fait amende honorable en s'excusant explicitement pour son attitude belliqueuse, mais si ses intentions avaient réellement changé, la même lueur de méfiance qu'auparavant brûlait toujours autant au fond des pupilles de ses yeux de jade. Et qui pourrait bien l'en blâmer ? Les voyageurs seuls -telle qu'elle l'était elle-même, soit dit en passant- n'étaient pas monnaie courante dans le désert et l'éventualité d'un traquenard ou d'une embuscade n'était pas à écarter. Ceci étant dit, jusqu'à preuve du contraire Loën lui offrait simplement une hospitalité des plus bienvenues aussi elle n'allait pas cracher dans la soupe.

L'indigène invita l'anomalie à se joindre à elle, ce que celle-ci s'empressa de faire, lui retournant au passage la jarre qu'elle lui avait lancée quelques secondes plus tôt. Les gestes d'Eléonore étaient hésitants, emprunts d'une sorte de réticence inconsciente à se plier à ce rituel chamanique dont elle ne connaissait ni la signification, ni l'utilité. En attendant, veillant pour l'instant à ne pas manquer une fois de plus de respect à son hôtesse, elle s'exécutait sans aucune forme de protestation. C'est ainsi que notre guerrière se retrouva à genoux, les mains sur les cuisses. Son regard olive alternait entre les mains de Loën qui s'agitaient pour lui dessiner à même la peau du visage des symboles qu'elle ne pouvait distinguer et le regard de cette dernière tandis qu'elle lui donnait des explications succinctes.

-Et vous vous dites toujours bonjour comme ça ? Ça a l'air assez relou quand même, non ?

La remarque, plus taquine que véritablement acerbe, s'était échappée de ses lèvres sans qu'Eléonore ne puisse -ou ne veuille- vraiment y faire grand chose. Une fois encore, elle peinait à comprendre l'intérêt de cette cérémonie et, aussi profonde était sa foi en Dalai, elle n'en était pas moins relativement sceptique quant aux rites et autres croyances tribales. Imperturbable face à sa réplique désobligeante, la jeune métisse enchaîna en lui dévoilant finalement son nom. Ravalant son cynisme, Eléonore lui rendit son introduction non sans avoir pris une seconde pour se reconcentrer.

-Je suis Eléonore Steinfort et je te salue.

Un ange passa suite à ces présentations pour le moins protocolaire. La peinture commençait à atrocement démanger Eléonore qui parvint par un miracle inexplicable (hello, pléonasme) à se retenir de l'effacer purement et simplement. Le rituel continua lorsque Loën lui offrit quelques informations supplémentaires sur sa signification. Pour être tout à fait honnête, la blondinette ne comprit pas grand chose au charabia qu'elle lui servit mais se garda bien de la gratifier d'une autre remarque pouvant mettre à mal pour de bon sa patience à son égard. Elle se contenta donc d'un léger haussement de sourcils interrogateur et d'un hochement de tête tout aussi peu convaincu. Sans transition aucune, sa bonne étoile du soir lui proposa alors une tasse de thé. Nouveau signe affirmatif du chef. Toujours un peu perplexe, Eléonore la quitta finalement des yeux pour plonger son regard dans les lignes de ses mains que Loën tenait encore quelques secondes plus tôt. Ne sachant trop si elle pouvait quitter sa position inconfortable sans à nouveau froisser l'adepte de Süns, elle releva simplement la tête pour la dévisager à nouveau.

-Ca y est, je l'ai passé, ce... « rituel d'introduction » ?

Si la question pouvait sembler agressive, ou au moins aigrie, il n'en était en fait rien. Le ton impatient de l'anomalie témoignait simplement de l'irritation qu'elle éprouvait à se retrouver à imiter les mimiques d'une étrangère comme une vulgaire marionnette, tout ça pour pouvoir profiter d'un coin de feu et d'une infusion pour lutter contre le froid glacial des nuits désertiques. Sa fierté en prenait un coup et sa patience s'en trouvait nécessairement affectée de même. Loën lui servit finalement le liquide tant convoité dans un autre bol en terre cuite et Eléonore s'en saisit. Avant d'y tremper ses lèvres, la Zagashienne ne put s'empêcher cependant s'empêcher de réitérer la question qui les lui brûlait.

-Tu peux me dire ce que tu fais dans le désert toute seule, maintenant ?


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