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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Le Tyorum
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 [Terminé] Ce que l'on redécouvre ne nous apporte que des maux

Flavien Teleri
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Sam 17 Mar - 20:44
Irys : 592926
Profession : Soigneur itinérant
My'trän +2 ~ Chimères
Au risque de défrayer la chronique et de brosser les Daënars qui y avaient élus domicile dans le mauvais sens du poil, Flavien ne pouvait pas se mentir. De toutes les régions de Daënastre qu'il lui avait été donné de découvrir, le Tyorum était de loin la plus empreinte de magie. Cette essence de vie s'infiltrait dans les épis qui dansaient dans les grandes étendues de champs céréaliers, se mélangeant à la terre nourricière et courait la les racines pour enrichir et fortifier la flore qui croisait à un rythme tranquille.

Riche de couleurs et de vie, le Tyorum était une région à part entière en Daënastre. Le climat y était aussi changeant d'un côté que de l'autre de l'incroyable baie d'eau salée qui grignotait les terres qui l'entouraient. La baie de Tyor n'avait de rivale que l'impressionnante jungle de Carter, repère d'une faune aussi dangereuse que diversifiée.

Le Tyorum était réputée pour être l'une des régions les plus fertiles de tout le continent et Flavien n'avait pas mis longtemps à comprendre pourquoi. La nature, sauvage par endroit et parfaitement contenue par l'Homme par d'autres, lui rappelait un peu son hameau natal.

Était-ce ce sentiment qui avait poussé Lize à s'établir en Suhury, il y a tant d'années de cela ?

Tout comme dans ses vertes contrées natales, la région était loin d'être désertée par la population. De nombreuses villes et villages se dressaient aux abords de la baie de Tyor et Flavien avait eu du mal à trouver sa voie jusqu'au petit village côtier qui l'intéressait. Une bourgade très modeste quand on la comparait aux villes qu'il avait visité jusqu'à présent, à peine une fraction de Skingrad et tout juste aussi peuplé que Blumar, qui lui avait semblée bien déserte après les foules croisées dans les capitales.

Comme si le destin avait eu pitié de lui, ce village était parfaitement rural. La technologie était belle et bien présente, mais elle n'était pas exposée aux yeux de tous comme un symbole de richesse, d'intégrité et de pouvoir. De liberté. Elle était un outil, utile et intégral à la société, mais un outil tout ce qu'il y avait de plus discret.

Flavien remercia les Architectes pour leur clémence.

Il touchait enfin au but et savoir qu'il tenait enfin une piste solide l'emplissait d'un sentiment qu'il se défendait de décrire. Oserait-il appeler cela de la nostalgie ? Regrettait-il de mettre un terme à cette quête, à cette découverte d'un nouveau continent et de ses mœurs ? Certainement. Non. Obligatoirement. Il le fallait, car si le sentiment s'avérait être une nostalgie quelconque, il décevrait ses protecteurs et se décevrait lui-même.

Le journal qu'il transportait avec lui allait être remis à la famille de la défunte et il serait enfin libéré d'un poids qu'il trainait depuis de trop nombreuses années.

Le commerçant de Blumar qui l'avait gentiment renseigné l'avait orienté vers un village tranquille en baie de Tyor. La mère de Lize y avait apparemment de la famille et celle-ci pourrait certainement l'aider à remonter jusqu'aux parents de la défunte. Une horlogère qu'un incendie avait poussé à changer de décors. Une jeune femme bien sous tous rapport, répondant au nom de Sanaë Eshfeld.
Il n'avait retenu ce nom que parce que l'homme y avait accordé une attention toute particulière, répétant combien les montres de facture Eshfeld étaient d'excellente qualité et s'étaient très bien vendu avant la disparition tragique de l'enseigne.

Depuis qu'il avait troqué ses vêtements typiquement My'trän pour des fripes plus communes à Daënastre, les gens semblaient beaucoup plus ouvert à la conversation. Il recevait toujours un petit haussement de sourcil de temps à autre, son Aitah toujours un peu trop familier avec des personnes à peine croisées.

Actuellement, Selmac avait quitté le perchoir que constituait son épaule pour trottiner joyeusement quelques mètres devant lui. Il s'arrêtait parfois pour humer l'odeur de sel que portait la légère brise agréable qui soufflait sur le village, insouciant comme à son habitude. Peu de monde croisait sa route, et les rares personnes qu'il avait rencontrées pour l'instant hochèrent négativement la tête lorsqu'il leur demanda si elles connaissaient une demoiselle Eshfeld. Ou bien cette dernière était de nature discrète, ou bien Flavien écorchait son nom plus que de raison.

S'arrêtant à un embranchement, il observa longuement le panneau des différentes rues, essayant de deviner laquelle d'entre elle pouvait bien être la rue commerçante. Même dans un village, il devait y avoir une place autour de laquelle devait se tenir quelques commerces, boutiques ou auberges. Il débutait en général ses recherches par ces dernières qui avaient toujours l'air d'en savoir beaucoup sur ce qui pouvait bien se passer dans le secteur.

La tête légèrement penché sur le côté, les sourcils froncés, Flavien observait les panneaux d'un air dubitatif. Peut-être que s'il s'était un peu plus penché sur l'histoire de Däenastre, il serait en mesure de reconnaitre le nom de ces illustres inconnus ayant fièrement transmis leurs noms à des rues. Qui sait, l'un d'eux était peut-être un marchand de renom. Malheureusement, le soigneur avait totalement fait l'impasse sur ce genre d'information. Lequel de ces trois personnage aurait pu vouloir donner son nom à un quartier commerçant ? Il n'en avait pas la moindre idée.

Selmac s'installa à ses côtés, ses grands yeux curieux tournés vers le panneau indicatif. Dans une parfaite imitation de son maître, il pencha la tête sur le côté.

Dire qu'il était si près du but et pourtant complètement perdu.

- Je peux vous aider mon garçon ?

Flavien se retourna lentement pour se retrouver face à une dame âgée et souriante. Elle avait de nombreuses rides au coin des yeux, ses pattes d'oie le signe d'une vie qui l'aura vu sourire de nombreuses fois.

- Bonjour. Dit-il poliment avant d'ajouter, Oui. Je cherche Sanaë. Sanaë... Eshfeld ? Essaya-t-il de prononcer le plus correctement possible. J'ai une question à lui poser.

Le visage de la vieille dame s'éclaira encore plus si c'était possible.

- Sana ? Oh vous la trouverez sans doute chez elle à cette heure-ci. Je suis sûre qu'elle pourra répondre à toutes vos questions. C'est un sacré brin de femme, cette petite !

Lui indiquant rapidement la route à suivre, précisant qu'il ne pourrait certainement pas rater la bâtisse qui se dressait une petite colline surplombant le village, elle lui souhaita une bonne journée et s'en alla d'un pas tranquille. Elle ne s'était pas inquiétée de sa question, comme si elle avait l'habitude que des gens demandent à voir celle qu'il allait rencontrer dans peu de temps.

Il ne lui fallut pas plus de cinq minutes de marche pour apercevoir la colline sur laquelle avait élu domicile Sanaë. Deux bâtiments distincts s'y dressaient côte à côte, l'un plus modeste, l'autre d'apparence assez ancienne, comme si elle avait été préservée du temps. Assis sur le perron de l'ancienne maisonnette se tenait un homme aux cheveux noirs. Légèrement recroquevillé, faussant l'impression qu'on pouvait se faire de lui sur sa taille, il lisait tranquillement un ouvrage. L'homme releva la tête en l'entendant approcher.

Aussitôt, Flavien inclina légèrement sa tête, saluant ce parfait inconnu qui l'observait d'un air interrogateur, attendant qu'il parle.

- On m'a dit que Sanaë était chez elle en ce moment ?, Risqua-t-il, J'aurais besoin de la rencontrer.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »

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Dernière édition par Flavien Teleri le Lun 28 Mai - 20:48, édité 1 fois
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Sanaë Eshfeld
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Dim 18 Mar - 10:32
Irys : 625446
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Il est coutume de dire que les jours se suivent et se ressemblent. Une réalité probablement triste et ennuyeuse pour certains… Comme pour l’agent Neal, assigné à la surveillance de Sanaë Eshfeld, ancienne horlogère de Blumar… À vrai dire, le milicien commençait à se demander si sa présence était réellement utile. La jeune femme menait une existence paisible, passait ses journées à travailler, ne sortant que pour rendre visite à ses médecins ou pour faire quelques courses. Et même si elle s’était rendue, une seule fois, à la demeure des Strauss, Neal ne lui avait compté aucune connaissance étrange ou même suspecte de quelques façons que ce soit. Aussi, l’agent passait ses journées à attendre que quelque chose ne se produise, s’ennuyant dans sa tâche inutile qui l’avait déjà conduit à terminer une bonne dizaine de romans… Lui qui avait choisi ce métier pour l’action, l’aventure, la justice, en venait à se demander si cette attribution n’était pas une sorte de punition émanent de ses supérieurs.

Ce jour-là, comme tous les jours, Sanaë s’était enfermée dans son bureau. Il ne savait pas réellement ce qu’elle y faisait mis à part dessiner divers plans d’objets plus étranges les uns que les autres. Comme cette “lessiveuse”, qui était en fait une sorte de bâtiment construit en bord de cours d’eau ressemblant extérieurement à un quelconque moulin à eau. Les femmes du village s’y rendaient, ravies de voir “la lessiveuse” faire le travail ingrat et épuisant à leur place… La journée s’annonçait donc toute aussi ennuyeuse que les précédente…

Tout du moins, c’est ce que le milicien avait naturellement supposé, jusqu’à ce qu’il vit un homme à l’allure bien étrange, accompagné de “bestioles” s’avancer sur le sentier, venant jusqu’à sa rencontre.

Neal ne le connaissait pas, il savait qu’il n’était ni un proche de l’horlogère, ni un villageois… De ce fait, le milicien se montra prudent, avisant l’inconnu d’un œil inquisiteur en se demandant ce qu’il pouvait bien vouloir à la jeune femme. Après tout, le couple ne recevait que peu de visiteurs depuis leur arrivée, souvent des habitant du coin venant demander quelques services au jeune couple, quelques amis aussi, même si ceux-ci semblaient peu nombreux… L’homme, quant à lui, ne s’était pas présenté, se contentant de demander à voir Sanaë, à la “rencontrer” plus exactement… Il ne la connaissait donc pas ?

-Quel est votre nom? demanda-t-il d’un ton peu commode en croisant les bras comme s’il s’agissait d’un garde du corps… Ce qu’il était finalement peut-être devenu, par la force des choses. Il est d’usage de se présenter avant toute chose, monsieur. Que lui voulez-vous?

Durant ce temps-là, la principale intéressée achevait son plan étrange, qu’elle seule ne pouvait comprendre. Shaïa, l’oursonne paresseuse, dormait paisiblement sur ses genoux, ne s’éveillant que lorsque sa maîtresse s’étira en s’éloignant de sa table de travail. L’animal avait déjà bien compris les habitudes de la jeune femme et savait interpréter cela comme “l’heure du biberon”... Chose qu’elle fit bruyamment comprendre à sa maîtresse en poussant quelques jappements bruyants que Sanaë accueillit en souriant. Prenant alors l’oursonne encore minuscule et légère comme une plume dans ses bras, la daënare se releva, lentement, avant de se saisir de sa canne pour rejoindre le monte-charge qui la conduirait à la surface.

Toutefois, la jeune femme fut surprise de découvrir dans la cours, un homme inconnu face à un agent Neal qui ne semblait guère de bonne humeur… Boitillant, Sanaë alla à leur rencontre, curieuse de découvrir qui pouvait être cet homme.

- Bonjour, lança-t-elle en s’approchant. Que ce passe-t-il ?

- Cet homme demande à vous voir, vous le connaissez ?

- Pas encore, déclara-t-elle en souriant au visiteur. Que puis-je pour vous, monsieur ?

Dans le doute, Sanaë observa l’homme avec attention, cherchant à savoir s’il s’agissait de l’une de ses connaissances de Blumar… Un ancien client de l’horlogerie, peut-être ? Un habitant du village ? Non… À l’évidence, elle ne l’avait jamais vu… Sans quoi, elle se serait souvenue du détail trônant fièrement sur son torse… Et qui serra son cœur à l’instant même où elle l’aperçut.

- Ce collier, dit-elle en désignant l’objet unique autour de son cou. Où l'avez-vous eu ?

Sa voix s’était brisée. Elle connaissait très bien le bijou, revoyant encore le visage de sa propriétaire légitime s’illuminer à l’instant où elle le découvrit reposant encore dans son écrin de velour. Cela datait de nombre d’années , Sanaë n’était encore qu’une enfant rêveuse… Tout comme sa cousine, alors prisonnière d’un corps malade avec qui elle discutait souvent… Lize… Elle qui avait disparu depuis longtemps, abandonnant sa famille pour une destination inconnue de tous…

- Lize, murmura-t-elle alors réalisant alors que l’homme ne lui apporterait certainement pas de bonnes nouvelles. Entrez donc, je vous en prie...


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Flavien Teleri
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Dim 18 Mar - 23:55
Irys : 592926
Profession : Soigneur itinérant
My'trän +2 ~ Chimères
L'homme qui faisait le piquet devant la petite demeure croisa les bras, signe universelle que la conversation ne s'était pas bien engagée. Méfiant et autoritaire, il se dressa de toute sa stature pour observer le soigneur d'un air suspicieux. Même les petits sauts de cabris de l'Aitah qui accompagnait celui qu'il fixait d'un regard calculateur ne réussirent pas à le dérider. Il lui demanda son nom et ce qu'il faisait ici exactement, et Flavien se cru à nouveau en présence d'un membre des forces de l'ordre, pressé de contrôler son identité et les raisons qui le poussaient à fouler le sol Daënar.

Si ça ne tenait qu'à ça, il se présenterait le plus courtoisement possible.

- Je me nomme Flavien. Teleri. Ajouta-t-il après-coup. Autant mettre toutes les chances de son côté, l'homme avait déjà l'air bien assez suspicieux comme ça. J'ai des questions à lui poser. Je cherche à retrouver des membres de sa famille et je pense qu'elle pourrait m'aider.

Il aurait tout aussi bien pu expliquer noir sur blanc ce qu'il faisait là, sortir le journal de sa besace et montrer à cet homme méfiant la raison matérielle qui le poussait à être ici en ce jour. Ses explications auraient sans doute été plus claires et moins tordues que ce qu'il offrait à son vis-à-vis, mais rien ne lui disait qu'il serait plus au courant que lui de toute cette histoire. C'était de Sanaë dont il avait été question, pas de cet homme.

- Et vous êtes ? Demanda-t-il naturellement.

Si l'homme était aussi à cheval sur les règles de bienséances, il allait bien finir par lui répondre. Peut-être était-il le frère de la jeune femme, ou bien même son compagnon ? Quoi qu'il en soit, il devait bien la connaitre, vu qu'il ne l'avait pas simplement redirigé vers une autre bâtisse. La vieille dame croisée au centre du village avait vu juste : Sanaë habitait bien dans cette maison.

Apparemment sa réponse sincère n'avait pas été au goût de l'homme qui fronça les sourcils, visiblement prêt à se lancer dans un véritable interrogatoire.

L'arrivée d'une jeune femme blonde qu'une canne aidait dans sa démarche, avorta les questions de l'homme aux cheveux noirs qui se retourna complètement vers elle lorsqu'elle les salua tout deux agréablement avant de demander ce qu'il se passait. La blonde portait un petit ourson grommelant dans ses bras, son visage avenant et ouvert. D'une voix douce, elle balaya l'inquisition inquiète de l'homme qui lui avait bloqué la route jusqu'à présent, demandant à Flavien la raison de sa venue ici.

Il s'agissait de Sanaë à n'en pas douter.

La Daënare l'inspecta un instant, comme quiconque le ferait en rencontrant quelqu'un pour la première fois, puis écarquilla légèrement les yeux en promenant son regard sur le bijou qui ornait son cou. D'une voix tremblante, elle lui demanda où il avait trouvé son collier et Flavien fut momentanément dans l'incapacité de lui répondre. "Sur sa commode" aurait été la réponse la plus proche de la vérité, mais à voir le visage pâle de la femme, il valait mieux se taire pour le moment.

- Il lui appartenait ?, Demanda-t-il, surpris sans vraiment l'être, A Lize ?

Sanaë répéta révérencieusement ce nom, comme s'il avait quelque-chose de sacré. Un peu perdue, elle l'invita à entrer dans la maisonnette. Après un dernier regard à l'homme qui semblait veiller sur les lieux, il opina et suivit la femme à l'intérieur, talonné de près par Selmac qui découvrait avec joie un potentiel nouveau terrain de jeu. Flavien pour sa part jeta un rapide coup d'œil à la pièce sans vraiment s'attarder sur la décoration. Il passa sa main derrière sa tête, s'apprenant à gratter la base de sa nuque comme il le faisait souvent lorsqu'il était gêné. Ses doigts frôlèrent le ruban renforcé d'une cordelette, qui reposait autour de son cou et il suspendit son geste. Le précieux bijou qui l'accompagnait depuis tant d'années n'était finalement pas le sien.

- Excusez-moi, je n'avais pas de moyen de vous prévenir de mon arrivée. Offrit-il en guise d'introduction, Je me nomme Flavien. J'aurais aimé savoir si vous saviez où je pourrais trouver quelqu'un de la famille de Lize Brandtner.

Il avisa le jeune animal qui réclamait l'attention de sa protectrice et secoua lentement la tête. Vu le nombre d'années qu'il avait passé à poursuivre un spectre, on aurait pu croire qu'il aurait bien plus à dire à la première personne qui semblait personnellement touchée par sa requête.

- Je... vous dérange peut-être. Reprit-il en désignant d'un geste de la main la petite ourse, Je peux attendre.

C'était l'histoire de quelques minutes. Le temps pour la femme de reprendre un peu de contenance et pour lui de remettre ses pensées dans l'ordre. Que représentait un petit quart d'heure sur une décennie ?


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Sanaë Eshfeld
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Lun 19 Mar - 8:19
Irys : 625446
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Sanaë invita son mystérieux visiteur à prendre place autour de la table trônant au milieu de la pièce à vivre qui ne servait pour ainsi dire jamais. De ce fait, celle-ci ne comprenait pas grand chose, deux fauteuils près de la fenêtre sur lesquels l’ancienne horlogère ne s’était jamais assise, une bibliothèque ne contenant qu’une dizaine de livres, tout au plus. La jeune femme en achetait régulièrement depuis leur emménagement, mais il faudrait encore du temps pour refaire sa collection disparue. La maison en elle-même ne servait que très peu, le couple passait ses journées dans l’atelier et ne se souciait guère de l’allure de leur domicile. Il n’y avait donc aucune décoration, pas un seul tableau sur les murs, aucun vase remplie de fleurs, pas même un bibelot. Des objets inutiles pour la jeune femme qui n’avait dans tous les cas guère de temps à perdre en la contemplation d’objets inertes qui ne représentaient finalement rien à ses yeux. Ses souvenirs à elle étaient immatériels, ce qui était d’autant plus vrai depuis que tout ce qui avait constitué sa vie s’était vu réduit à l’état de cendres.

- Vous ne me dérangez pas, mais laissez-moi juste le temps de lui préparer son biberon, lança-t-elle en désignant l’oursonne râleuse lovée contre elle. Vous avez l’air d’avoir fait un long voyage, peut-être puis-je vous offrir quelque chose ?

Sa phrase achevée, Sanaë avisa ses mains, l’une maintenait Shaïa, l’autre servait à prendre appuie sur sa canne devenant d’ailleurs de plus en plus encombrante.

- Je peux vous la laisser quelques minutes ? Si cela ne vous dérange pas évidemment... demanda-t-elle timidement en déposant son précieux paquet dans les bras du jeune homme sans attendre sa réponse.

Abandonnant sa canne contre la table, Sanaë disparut ensuite dans la cuisine d’un pas lent et maladroit pour revenir quelques minutes plus tard avec un plateau contenant tasses et théière, le biberon de l’oursonne, une assiette de biscuits et un bol d’eau. Arrivée aux abords de la table, la jeune femme déposa doucement le plateau, mesurant ses gestes tremblant avant de poser le bol au sol pour que les animaux de son invité puissent aussi se désaltérer. Elle remplie ensuite les deux tasses de thé fumant et parfumé avant de récupérer l’oursonne afin de lui donner ce repas qu’elle attendait tant.

- Pardonnez-moi pour l’attente, mais quand elle a faim, même avec sa taille minuscule, Shaïa peut être redoutable commença-t-elle en observant l’oursonne avec un regard attendri avant de se reporter vers Flavien. Ce collier appartient bien à Lize, je ne peux que le connaître, car c’est le seul et unique bijou que j’ai fabriqué. Lize est ma cousine, son père étant le frère de ma mère. Malheureusement, ma tante est morte depuis une bonne dizaine d’années, si ce n’est plus, elle n’a pas supporté le départ de sa fille unique et s’est laissée emporter par le chagrin. Mon oncle a quitté la région peu après et n’a plus donné de nouvelle. Je ne sais même pas s’il est encore de ce monde. De sa famille proche, il ne reste donc que mes frères et moi...

A nouveau Sanaë observa le fameux collier, son regard se fit aussitôt plus triste, plus sombre.

- Je parle d’elle au présent, bien que je suppose que Lize n’est plus… Sans quoi, vous ne chercheriez pas sa famille et vous ne porteriez pas ce bijou. Je me doute bien des raisons de sa mort, mais.... Quand est-ce arrivé ?


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Flavien Teleri
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Mer 21 Mar - 19:14
Irys : 592926
Profession : Soigneur itinérant
My'trän +2 ~ Chimères
Flavien déclina l'offre de Sanaë, autant par souci de ne pas s'imposer en lui demandant de sortir le service à thés, que par désir de ne pas avoir une raison de s'attarder plus que strictement nécessaire auprès de la Daënare. Si elle pouvait réellement lui venir en aide et le conduire enfin à l'un des proches parents de Lize, il avait tout intérêt à se remettre en route rapidement. Ou du moins, aussi rapidement que possible.

Dérangée dans sa tâche, Sanaë l'était quand même, bien qu'elle s'avérait être trop courtoise pour le montrer. Sollicitant l'aide du soigneur, elle lui confia sans problème sa petite protégée, une oursonne qui tenait parfaitement dans le creux de ses bras. La jeune ourse n'était d'ailleurs pas très farouche, acceptant volontiers de passer de bras tant qu'elle était sûre de recevoir un biberon tant attendu en retour.

Pour le moment donc, les bras chargés d'une oursonne grognon, Flavien ne pouvait qu'attendre que son hôte s'occupe du biberon de sa protégée. Une oursonne. Etrange choix pour un animal de compagnie, bien qu'il n'exprimerait jamais son interrogation à haute voix. Premièrement ça ne le regardait pas et deuxièmement, il serait bien le dernier à vouloir porter un jugement de valeur de ce genre tant qu'elle s'occupait bien de sa petite compagne.

Sanaë disparu dans une autre pièce, sa démarche lente et mesurée, comme si chaque pas qu'elle entreprenait lui demandait un immense effort. Son visage était encore jeune et pourtant son corps portait les marques d'un mal que peu de personnes de son âge côtoyaient. Même Selmac, habituellement le premier à courir dans les pattes d'un potentiel nouveau compagnon de jeu, s'était bien gardé de chercher à donner de petits coups de tête sur les jambes de la jeune femme. Il avait dû ressentir la retenue de son maître, s'asseyant contre ses jambes tout en regardant Sanaë qui revenait déjà, transportant un plateau à bout de bras. Naturellement, des tisanes avaient été préparées. Elle avait même pensé à rapporter une gamelle d'eau pour Selmac et Hua, qui ne se privèrent pas pour s'abreuver et probablement très vite inonder le sol de la petite maison.

Délicatement, Flavien tendit l'oursonne à sa propriétaire, hochant légèrement la tête lorsque Sanaë commenta sur le ton de l'humour qu'aussi adorable qu'elle soit, la petite oursonne savait se montrer féroce lorsqu'il était l'heure du repas.

- Ne vous excusez pas pour ça, prenez le temps pour elle. Je sais combien ils peuvent être soupe au lait avec le ventre vide.

Depuis qu'il avait travaillé quelques temps au refuge animalier de Cerka, il avait tant d'autres exemples en tête que ceux de ses propres compagnons de route. Même le plus petit des chatons pouvait se transformer en boule velue aux griffes piquantes si on lui faisait l'affront de ne pas répondre expressément à une demande. Quoique, vu la vitesse à laquelle Shaïa avalait son biberon, il n'aurait pas à attendre bien longtemps.

Tout en nourrissant l'oursonne, Sanaë entretenait la conversation tandis que Flavien empêchait Selmac de sauter sur l'assiette de biscuits et de n'en faire qu'une bouchée en retenant l'Aitah gourmand contre lui. Il fut d'ailleurs bien content d'avoir son familier proche de lui lorsque Sanaë expliqua que le bijou qu'il portait autour du cou (collier qu'elle avait créé elle-même) appartenait à sa défunte cousine. Elle en était la plus proche relative selon ses dires, sa mère étant décédée et son père porté disparu. C'était sans doute vrai. Il devait bien avoir une raison à ce que Lize conserve ce cadeau qui lui avait été offert, mais aucune photo de ses proches.

La nouvelle plongea Flavien dans un bain d'eau glacé. Après le choc initiale d'arriver au bout de son long périple et la sensation fugitive d'être en danger, rien qu'un instant, il s'autorisa un minimum à se relaxer, embrassant la nouvelle. Les cartes étaient posées, laissant le soigneur avec un grand vide, ou plutôt un grand... calme ? Depuis combien de temps ces deux états étaient devenues si difficiles à différencier ? Ou bien le vide avait-il toujours été la chose qui le calmait avec autant d'efficacité ?

Sanaë marqua une pause, songeuse et triste. Infiniment triste.

Drôle de sentiment que la tristesse. Flavien n'avait jamais compris ce parasite qui se nourrissait de malheurs et poussait certains jusqu'au bord du gouffre. En cela, elle ressemblait beaucoup à la douleur. C'en était une, à dire vrai. Une douleur psychique plutôt que physique. Incurable, insoutenable. Les Architectes leur avaient tant donné en les libérant de cette grossière souffrance. Vraiment, à voir la peine qui se lisait sur le visage de Sanaë, se souvenir n'apportait que des maux.

Finalement, la jeune femme lui demanda quand est-ce que Lize était morte. Elle avait soif de réponse et pourtant restait incroyablement sur la réserve, comme si ce qu'il pouvait lui répondre ajouterai à sa peine. Il en doutait. Flavien ne se souvenait peut-être plus de ceux qui le quittaient, mais il savait comme tout le monde que les souvenirs se fanaient avec le temps. Nul doute que la savoir disparue depuis longtemps tarirait légèrement son mal.

- Lize est décédée il y a treize ans.

Il ne réalisait pas la grandeur d'une telle annonce. Pour lui, qu'il s'agisse d'une dizaine de jours ou d'une dizaine d'années, la différence était la même. Avisant la réaction de son hôte, il fut pour la première fois depuis longtemps porté par le besoin de se justifier auprès de quelqu'un.

- Elle... elle n'a pas laissé énormément d'indices sur ses origines, rien que son nom et son journal de bord, je ne savais pas par où commencer. Dit-il lentement, ajoutant après-coup. Elle repose à Valvonta. En My'trä, dans la région de Suhury.

Flavien était toujours divisé sur le peuple Daënar, mais il était clair que Sanaë méritait des explications, plus encore de par ses origines. S'il n'avait pas suivi la voie des Architectes, lui aussi se souviendrait de Lize. Peut-être que la jeune femme, tant d'années auparavant, lui avait parlé de sa famille. De Sanaë et du bijou qu'elle portait. Tant d'informations qui auraient pu l'aider à retrouver la piste de ceux qui comptaient certainement pour la jeune femme au carnet de bord.

- Comme elle disait dans ses écrits projeter de revoir les siens un jours, j'ai pensé...

Flavien secoua la tête et ne termina pas sa phrase. La situation était particulièrement délicate, l'un comme l'autre ignorant tellement de choses sur cette jeune femme disparue qui avait pourtant, à priori, beaucoup compté pour les deux. Se permettrait-il une question, une seule ? Curiosité morbide, peut-être, ou simple besoin de percer le mystère qu'était Lize Brandtner.

Et s'il se lançait sur une pente glissante, ma foi, il avait largement le temps de voir venir la chute.

- Elle était malade, mais... Elle n'en parle pas beaucoup dans son journal. De quoi souffrait-elle ? Pour en venir à voyager tellement loin de chez elle.


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Flavien Sienna / Aquila DarkOrchid / Selmac LightGreen / Hua Yellow / Khi'del #cc99cc

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Sanaë Eshfeld
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Sam 24 Mar - 10:34
Irys : 625446
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Treize ans… La jeune femme encaissa la nouvelle sans rien montrer de sa profonde affliction. Elle s’y était attendue, même si Sanaë avait espéré que sa chère cousine, tout aussi rêveuse qu’elle, ait pu avoir une vie plus longue. Bien des années auparavant, Lize avait décidé de partir suivre son rêve malgré les protestations chargées d’une inquiétude évidente de ses parents. Sanaë quant à elle l’avait bien compris et l’avait même encouragé à partir afin de suivre sa voie, allant même jusqu’à admirer sa cousine pour ses choix, ses convictions et sa détermination. Pour la jeune fille qu’elle était alors, Lize était un exemple de combativité, luttant sans cesse pour vivre malgré sa mort annoncé. Comment aurait-elle osé la retenir ? Pourquoi l’empêcher égoïstement de partir en sachant tout ce qu’elle avait vécu jusque-là ? En étant témoin de ses souffrances… Non, cela n’avait jamais été dans le tempérament de Sanaë, qui s’était contentée de la serrer dans ses bras et de lui souhaiter tout le bonheur du monde…

L’ancienne garda donc le silence, écoutant les explications du jeune homme assit en face d’elle. Lorsqu’elle l’entendit évoquer son lieu de repos, Sanaë afficha un immense sourire, car en un sens, même si elle était partie trop tôt, Lize avait pu vivre ses rêves, même dans un laps de temps bien trop court. Au moins, s’était-elle rendu dans la région mystérieuse dont elle avait tant parlé avec admiration.

- Elle projetait de revenir dites-vous ? demanda la jeune femme en affichant une expression étonnée.

Pour Sanaë, le départ de Lize avait toujours été définitif, voilà pourquoi elle ne s’était jamais étonnée de ne pas la voir rentrer. Soulagée même, en réalité… Son départ avait chamboulé la vie de ses parents, et nul doute que d’apprendre le décès de sa mère ne lui aurait apporté que remords et tristesse. Non, pour l’ancienne horlogère, sa cousine ne devait jamais revenir…

- La maladie de Lize reste un grand mystère pour tout le monde. Mes parents ont d’ailleurs longtemps cru que je souffrais du même mal, car j’étais aussi chétive et aussi souvent malade qu’elle. On sait que cela l’affaiblissait, ses crises pouvaient être particulièrement douloureuses allant de quelques minutes à plusieurs jours, la forçant à rester alitée.

Sanaë se souvenait bien de ces fameuses crises durant lesquelles elle lui tenait compagnie afin d’essayer de la distraire lorsque rien ne la soulageait.

- Les médecins étaient totalement perdus face à elle. Ils ne savaient que faire, alors essayaient tous les traitements possibles et imaginables qui produisaient bien souvent l’inverse en la rendant plus malade encore. Lize n’en pouvait plus, elle pleurait souvent, désespérait. Elle n’en parlait qu’à moi de peur de rendre sa mère malheureuse...

La jeune femme ferma les yeux en évoquant ses souvenirs d’impuissance, de tristesse profonde, car elle ne savait que faire face à la détresse de sa cousine.

- Durant longtemps, alors qu’elle n’était qu’une enfant, Lize pensait à la mort et au soulagement qu’elle lui apporterait… À elle, à sa famille. Elle pensait être un poids pour nous tous… Vous imaginez ? Une enfant racontée ceci à une autre, plus jeune qu’elle ?

Sanaë évoquait ce passé douloureux tout en caressant l’oursonne couchée sur ses genoux, dormant profondément maintenant qu’elle se voyait repu et apaisée. La daënare n’aimait pas en parler, car il s’agissait d’une période particulièrement difficile de sa vie, de son enfance… Allant jusqu’à culpabiliser d’être en parfaite santé, libre de ses mouvements, d'aller et venir, de courir dans les champs entourant leurs maisons. Pourtant, elle poursuivit.

- Tout cela changea le jour où elle découvrit un livre “Contes et légendes d’Irydaë” et plus particulièrement le chapitre traitant de Möchlog et de la magie de ses adeptes. Imaginez la lueur d’espoir qu’elle a pu ressentir en imaginant des mages capables de guérir… De pouvoir réussir là où notre médecine avait échoué… Lize ne parlait plus que de cela et si au début elle ne songeait qu’à guérir de sa propre maladie, elle pensa très vite à son envie de guérir les autres. Elle voulait faire disparaître la souffrance… Lize admirait tant cet architecte qu’elle commença à se renseigner sur My’trä, ses régions, les divers peuples y vivants, etc. Je dois bien avouer que mon propre intérêt vient en parti d’elle qui m’a plus ou moins directement entraîné avec elle… Cet espoir, lui a donné la force de se battre, de continuer à vivre, de réaliser ses rêves… Et puis un jour, elle est partie et je n’ai plus jamais eut de ses nouvelles.

Flavien ne lui avait posé qu’une seule question aux allures bien simple pour une réponse bien plus compliquée. Toute aussi complexe que sa cousine qui méritait d’être comprise, voir même admirée. Pour cela, il lui fallait tout lui raconter et parler d’elle lui avait fait le plus grand bien…

- Vous comptiez pour elle, n’est-ce pas ? C’est une question rhétorique, pardon. Cela me semble si logique, ce collier, ce besoin de venir jusqu’ici afin de rencontrer sa famille… Mais vous ne vous souvenez pas d’elle… C’est si triste ...

Oh, elle se doutait bien que cet oubli eut permît à ses proches, rencontrés en ces terres lointaines, de ne pas souffrir de sa perte… Mais pour Sanaë, cela signifiait simplement la disparition définitive de sa cousine, comme si tout ce qu’elle avait vécu, accomplit n’avaient jamais existé… Lize n’avait jamais existé.

- Il est donc inutile que je vous interroge sur sa vie là-bas...


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Flavien Teleri
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Lun 26 Mar - 23:22
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Au moment où Sanaë se lança dans son récit, Flavien attrapa une tasse d'infusion histoire d'occuper ses mains plutôt que de taper rythmiquement ses doigts contre son genou. Soufflant longuement sur le liquide encore brûlant, il hocha brièvement la tête à l'interrogation de la Daënare. En effet, Lize avait prévu de passer voir les siens. Ou, plus précisément, elle avait émis cette hypothèse. Après tout, Flavien était-il certain qu'elle ait été prête à revoir les siens, ou bien ces quelques lignes rédigées sur papier blanc n'étaient que les désillusions d'une jeune femme qui se languissait de sa patrie ?

La maladie de Lize... cette donnée furtive dans ses écrits, évoquée très brièvement et toujours avec autant de dédain, était donc très certainement la raison de sa disparition. Affaiblie et chétive, souffrant d'un mal qui la consignait dans son lit, la jeune femme n'avait pas eu une enfance facile. Personne ici n'avait pu lui venir en aide : les scientifiques, ces technologues qui s'étaient pris d'affection pour la biologie et la médecine, s'étaient retrouvés dépourvus devant le mal qui dévorait une enfant rêveuse.

Flavien avala une gorgée de liquide brûlant lorsque Sanaë évoqua le désespoir de celle qui avait été sa cousine et confidente. Imaginer une enfant retenir ses pleures de peur d'attrister ses parents... Pire, savoir que cette même enfant fantasmait sur la mort, ne désirant que son étreinte froide et enveloppante pour enfin oublier la douleur... Cela avait quelque-chose de particulièrement dérangeant aux yeux de l'admirateur de Möchlog qu'il était. La vie était un cadeau merveilleux. Comment pouvoir désirer sa mort alors qu’on n’avait aucune idée du mal qui nous rongeait ?

Le soigneur s'arrêta dans la contemplation du liquide ambré que lui avait servi Sanaë lorsque cette dernière évoqua l'ouvrage qui avait changé la vie de sa cousine. Levant les yeux sur la jeune femme, il l'écouta attentivement lui conter les fabulations d'une adolescente qui rêvait de soigner non seulement ses propres maux, mais aussi ceux des autres. Möchlog avait su toucher le cœur d'une Daënare, son amour inconditionnel poussant cette dernière à considérer la souffrance des autres à égale mesure de la sienne. Entourant Lize de sa bienveillance, il avait éveillé la curiosité de Sanaë qui s'était laissé séduire par les récits de sa frêle cousine qui, du jour au lendemain, s'en était allée pour se rendre sur les terres de la seule lumière qu'il lui restait en ce monde.

Flavien avait ignoré combien la maladie de la jeune femme avait été terrible. Sans ses récits, Lize semblait tellement sûre d'elle, tellement dédiée à sa tâche qu'il ne lui avait jamais traversé l'esprit qu'elle avait continué de souffrir, même durant son séjour en Suhury.

Il baissa les yeux à la question timide de son hôte qui s'empressa de s'excuser. Comptait-il pour elle ? Certainement assez pour partager le même lit. Au-delà de ce fait et des quelques références au soigneur qui pouvaient apparaitre dans ses écrits, il n'en était pas bien sûr. Oh, sans conteste qu'il comptait beaucoup pour elle, mais l'inverse était-il vrai ? Comment avait-il vu la jeune femme ? Etait-elle sa plus grande confidente, ou une simple aventure ? Une amie de longue date, ou une relation brève et passionnelle ?

Le nomade secoua la tête pour chasser ses pensées, haussant un sourcil au commentaire de Sanaë. La jeune femme était clairement étranglée par la tristesse et pourtant c'est avec beaucoup de douceur, de compassion, qu'elle pleurait pour lui au même titre que pour sa cousine disparue. A ses yeux, le fait d'oublier Lize était aussi triste que d'apprendre sa mort. Pourtant, quoi de plus libérateur que de ne pas se sentir anéanti par la perte d'un être cher ?

Les Daënars étaient persuadés que leurs souvenirs étaient précieux. Certains même allaient jusqu'à dire qu'ils faisaient d'eux qui ils étaient à ce jour. Flavien, lui, n'avait jamais compris cette manière de penser. Il n'y avait même jamais prêté attention, avant de mettre les pieds en Daënastre.

C'est à regret que Sanaë déplora son oubli. Sa cousine s'était éteinte sans que personne à Valvonta ne se rappelle d'elle et personne ne saurait lui compter les aventures de sa chère amie. Personne, mis à part Lize elle-même.

Déposant son infusion sur le rebord de la table basse, Flavien ouvrit sa besace et fouilla un moment à l'intérieur. Tout en ce faisant, il reprit enfin la parole.

- Son voyage jusqu'en Suhury n'a pas été facile. Dit-il platement, Elle consignait son voyage dans un carnet... Vos moments de confidences devaient peut-être lui manquer. Elle a reporté cette habitude sur papier.

Attrapant l'objet de tout ce remue-ménage au fond de sa besace, il le tendit à Sanaë sans hésiter une seconde. Ce carnet lui revenait de droit.

- Je suis incapable de me rappeler d'elle, mais j'ai pris connaissance d'elle à travers ce carnet. Expliqua le soigneur en désignant l'objet du menton, Elle est tombée sur pas mal d'embuches en chemin, mais elle a toujours été déterminée à rejoindre Suhury. Et elle y est arrivée, au bout d'un long périple. Elle n'a pas tardé à s'engager auprès de la communauté des guérisseurs de Valvonta. Elle s'est découvert une fibre pour l'aromathérapie et la botanique de façon générale. Elle améliorait elle-même certaines préparations déjà existantes, vous en trouverez quelques exemples dans ce carnet.

Ses explications étaient sommaires, presque froides sans le vouloir. Pour lui, l'exercice était pareil à relater la vie d'une humble figure historique plutôt que celle d'une de ses proches.

- Elle travaillait dur et elle apprenait vite. Elle a commencé à assister les guérisseurs assez rapidement après son arrivée, malgré le calvaire qu'elle subissait certaines journées. Elle devait être... brillante.

Laissant à Sanaë le temps de lui répondre ou de simplement méditer sur cette dernière déclaration, il attrapa une nouvelle fois son infusion et bu une petite gorgée. Le liquide avait tiédi, même s'il était encore assez chaud.

- Je ne comprends pas. Lâcha-t-il finalement. S'il s'agissait d'une déclaration, il était clairement hésitant. Vous déplorez votre cousine, mais pourquoi déplorez-vous son absence dans mes souvenirs ? Que vous apportent ces mémoires d'un temps passé, si ce n'est de la peine ?

Sanaë avait clairement l'air affectée par la disparition de sa confidente de jeunesse, quand bien même elle n'avait pas revu celle-ci depuis de très nombreuses années. Qui avait-il à regretter de ne pas être confronté à une telle douleur ?


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Sanaë Eshfeld
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Mar 27 Mar - 9:07
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La surprise se lisait aisément dans le regard de l’ancienne horlogère tandis qu’elle se saisit de l’objet que Flavien lui tendit. Un carnet, un recueil… Ses mémoires, songea-t-elle avec le sourire alors qu’elle caressait doucement la couverture du livret. Sanaë ensuite le my’trän évoquer brièvement le voyage de sa cousine, les efforts qu’elle avait fournis pour réaliser ses rêves. Pieusement, silencieusement, la daënare buvait les paroles du jeune homme tout en sentant son cœur se serrer face à son ton presque détaché, comme s’il se contentait de résumer un livre qu’il avait lu, apprécié, sans pour autant se laisser émouvoir par sa lecture… Chose qu’elle trouva particulièrement triste. Évidemment, Sanaë savait que ce n’était pas de la faute du jeune homme, ni même celle de Lize qui n’avait su faire passer ses émotions dans ses écrits, les my’trän étaient ainsi faits. Et si la daënare admirait généralement les architectes et leurs créations, elle les trouva alors particulièrement cruels cette foi.

- Brillante ? C’est un choix de mot intéressant... dit-elle en souriant avec bienveillance. Je dois dire que c’est aussi le mot que j’aurai choisi, tant il suffit à la décrire à merveille. Lize était effectivement brillante, de bien des points de vues, pas seulement pour son indéniable intelligence ou ses facilités déconcertantes… Elle brillait par elle-même, illuminant les autres de sa bonté et de sa passion pour la vie…

Depuis toujours, peut-être, à force de lire divers ouvrages, Sanaë accordait une certaine importance aux mots… Tout du moins ceux employés naturellement, évoqués avec spontanéité, ceux venant de l’âme même de celui l’ayant “libéré”. Aussi, elle fut particulièrement touchée par ce choix… Malgré l’oubli, Lize avait su laisser son empreinte, se révélant discrètement à travers ses écrits, ses propres mots…

Toutefois, la question du jeune homme la déconcerta quelque peu. Évidemment, Flavien ne pouvait pas comprendre son ressenti, il n’en avait tout simplement pas la possibilité. Tout cela était normal pour lui à qui l’on devait avoir expliqué que l’oubli était une bénédiction… Une sorte de protection… C’est donc avec une voix particulièrement douce et posée que Sanaë prit la parole, décidée à lui expliquer son propre point de vue.

- Prenons les livres comme exemple. Chacun de nous possède le sien. Comme lui, la vie est dotée d’un début : la naissance, un développement : la vie, une fin : la mort. Nous grandissons à chaque page, y notant nos joies, nos peines, nos échecs, nos réussites… Mais notre vie ne se consigne pas uniquement dans notre propre livre, parfois nous devenons protagoniste d’une autre histoire, d’un autre livre… Après la mort, le livre de la personne est détruit, mais chez nous daënars, il reste quelques traces de cette autre histoire dans plusieurs autres livres, quelques passages marquants, touchants. Pour vous, le livre du disparu est brûlé, mais les pages le concernant sont également arrachés de votre propre livre… La personne n’a jamais existé… La mort, la perte, nous fait souffrir un temps, certes, mais il nous reste les souvenirs… Qu’ils soient bons ou mauvais, ils sont là… Et peuvent se transmettre.

Déposant doucement face à elle le carnet de sa cousine disparue, Sanaë garda le silence quelques instant, simplement pour permettre à son interlocuteur de comprendre ses explications.

- On dit que la mort est la fin de la vie, ce n’est pas tout à fait vrai, tout du moins à mon sens. La mort est la perte de la vie. Une réalité, pas une fatalité, simplement parce que nous avons toujours quelque chose à nous raccrocher. J’ai pleuré des vies perdues, achevées, comme beaucoup. Néanmoins, une fois la douleur passée, le deuil effectué, il reste les souvenirs, ceux de tous ces moments partagés, les discussions qui nous aurons marquées nous poussant à réfléchir, à grandir et donc à évoluer. Je souris en pensant à mon enfance, aux moments passés avec mon père qui m’a appris mon métier, je me souviens de son visage, du son de sa voix. Je me souviens du parfum de ma mère, de son rire particulier, si joyeux qu’il se transmettait à tous ceux assez près d’elle pour l’entendre. Je me souviens de la douleur de Lize, mais aussi de sa joie lorsqu’elle parlait de ses rêves, de la lueur qui brillait dans ses yeux… L’oubli n’est pas une bénédiction, Flavien, c’est une punition. En vous parlant de Lize tout à l’heure, je lui ai rendu sa légitimité, son droit à exister. Les souvenirs de l’autre, ceux que nous transmettons, comme je l’ai fait avec vous tout à l’heure, est un moyen de continuer à faire vivre le disparu… Une sorte de continuité dans son existence… Un peu comme si tout cela lui apportait l’immortalité. Lize vit encore, à travers tout ceux qui se souviennent d’elle.

Baissant les yeux vers le carnet, Sanaë l’ouvrit délicatement, découvrant pour la première fois depuis bien des années l’écriture de son admirable cousine. Elle déplorait effectivement cette perte de souvenirs, pas pour elle, mais pour Flavien, pour Lize… Pour eux, comme pour tout ceux qu’elle aurait dû marquer d’une façon ou d’une autre.

- Si notre propre livre disparaît, nous continuons malgré tout à vivre à travers divers passages plus ou moins important présents dans les livres des autres. En vous parlant aujourd’hui, j’ai apposé un chapitre portant mon nom dans votre livre, il sera probablement petit, certainement insignifiant, mais il contiendra également son nom à elle… Le chapitre sera détruit avec mon livre… Mais celui portant votre nom, celui présent dans le mien, vous survivra aussi longtemps que je me tiendrais debout sur cette terre.

Ses petits doigts délicats caressèrent avec une infinie tendresse les mots de sa cousine, gravés à jamais dans le papier… Sa mémoire, celle qui prouvait son existence se trouvait là. Sanaë ferma les yeux un instant, se rappelant du visage de l’enfant qu’elle avait connu jadis, de son sourire radieux lorsqu’elle lui avait offert le collier aujourd'hui porté par celui qu’elle aurait dû marquer. Puis lentement, la daënare referma l’ouvrage avant de le repousser vers l’homme qui l’avait oublié.

- Je n’ai pas besoin de cela, vous m’en avez fait le résumé. Il vous appartient, à vous et vous seul. J’ai tout ce qu’il faut dans mon cœur et dans ma tête pour que Lize puisse continuer à vivre par-delà son absence. Gardez-le, transmettez-le à d’autres, car, croyez-moi, Lize à encore beaucoup de leçons à vous enseigner.


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Dernière édition par Sanaë Eshfeld le Sam 31 Mar - 7:15, édité 1 fois
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Flavien Teleri
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Ven 30 Mar - 21:50
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Flavien posa ses mains sur ses genoux une fois le carnet confié à Sanaë, ne trouvant que peu de réconfort dans l'infusion préparé gentiment par son hôte.

La Daënare passa une main tremblante sur la reliure du vieux carnet jaunie. Elle glissait ses doigts sur la couverture avec une sorte de révérence, à la manière d'une Khorog à qui on aurait confié la relique confirmée d'un Architect. Précautionneusement, Sanaë ouvrit le livret, souriant doucement en apercevant l'écriture de sa cousine. Les lettres étaient élégantes, rondes malgré des mots très serrés. Légèrement penchées, les lettres semblaient avoir été écrites à la va-vite sur la plupart des pages. Pas par peur de manquer de temps mais plutôt par un important désir de relater ses découvertes. Lize n'avait, d'après elle, pas manqué de temps. Elle avait simplement eut tant de choses à dire et trop peu de moments pour tous les retranscrire.

Souriant doucement, Sanaë énuméra affectueusement les qualités de sa cousine disparue. Une jeune femme intelligente et intègre, rêveuse et bienveillante à excès. Une personne exceptionnelle, qui méritait bien plus que ce que la Vie lui avait accordé. Ou peut-être son voyage avait-il été le juste gage de la force de la conviction et de la ténacité de Lize ? Plutôt que de s'enfermer dans la bulle de ses propres malheurs, Lize avait pris sa vie en main. Si elle succomberait à sa maladie, elle refusait pourtant de quitter cette terre sans l'avoir explorée. Sa soif de connaissance, portée par un espoir immuable de guérison mais aussi par une volonté sans faille de baigner le monde de sa compassion, l'avait poussée à quitter les siens pour rejoindre My'trä. Elle était tombée amoureuse des mages et de leur philosophie, cette même philosophie qui l'avait à son tour effacée des mémoires des guérisseurs qui lui avaient permis de grandir?

La question qui s'échappa de ses lèvres à la suite de la déclaration de Sanaë était maladroite. Il le savait, mais il n'avait absolument aucune idée de comment la formuler autrement. Même maintenant que tout était dit, il n'était pas certain de ne pas regretter cette curiosité. Sanaë avait l'air aussi triste de savoir sa cousine disparue que de la savoir oubliée par ceux qui avaient dû compter pour elle presque autant que sa propre famille.

La Daënare, à son grand honneur, ne s'offusqua pas de sa question. L'oubli des My'träns était souvent le premier point soulevé par les Daënars qui revendiquaient leur supériorité sur les mages de l'autre continent. Certains allaient même jusqu'à dire qu'ils ne comprenaient pas de quoi les My'träns se plaignaient lorsqu'ils se révoltaient à l'idée que leur peuple puisse être asservi et mit à disposition des technologistes. Après tout ils ne se plaignaient pas d'écouter et d'appliquer sans les questionner, les doctrines d'entités qui ne graciaient de leur présence que peu d'élus.

Flavien écouta attentivement les paroles de Sanaë, comme il avait très rarement dans sa vie écouté quelqu'un parler. L'analogie qu'elle faisait entre les souvenirs et les livres était non seulement poignante et étrangement admirable, elle faisait sens. C'est sur ce point que le soigneur avait beaucoup plus ne mal, ne pouvant que s'interroger sur l'effet que son séjour en Daënastre commençait à avoir sur lui. Loin de lieux de cultes, des temples dédiés aux Architectes et des sermons des Khorogs et de leur clergé, ils en étaient presque devenus secondaires dans sa vie. Comment en était-il arrivé à placer son devoir envers Orshin derrière son désir coupable de définitivement tirer un trait sur son passé ?

Ce n'était pas la peine que Sanaë retenait de cette expérience terrible qu'était le souvenir d'un être cher disparu. La Daënare avait l'air de dire que les souvenirs étaient essentiels à la construction d'une personne. Que quiconque, au hasard de ses rencontres, forgeait son caractère, découvrait sa personnalité et grandissait à travers ces expériences tout au long de sa vie. Qu'ils soient bons ou mauvais, les souvenirs pouvaient se transmettre. Pour apprendre des prouesses des disparus, voire de leurs erreurs, et éviter de les répéter. Oublierait-il tout de la douceur cachée dans le cœur de certains Daënars si Sanaë et ceux qui lui ressemblaient tant venaient à disparaitre, le laissant avec l'amer souvenir de celle qui avait manqué de s'en prendre à ses compagnons de route, voire des monstres prêts à faire souffrir des créatures en les exhibant dans une foire immonde ?

" Flav ? "

L'interrogation légère qui résonna à son esprit le surprit et il tressaillit. Il était rare que Selmac ne prenne la peine de se servir de leur lien pour lui parler, et pourtant l'Aitah venait bel et bien de lui demander à sa manière, d'une petite voix si tout allait bien. Flavien secoua la tête, troublé. Il passa sa main sur le dos du félin cornu qui avait sauté sur ses genoux. La créature roucoula doucement. Par pure association d'idée, Flavien pensa à la disparition de ses familiers et à ce que cela entrainerait pour lui. S'il venait à arriver malheur à Aquila pendant son absence, il ne regretterait jamais la Nokhoi. Ses familiers restant souffriraient simplement de son absence sans obtenir aucune once de soutien de leur maître. Il secoua la tête une nouvelle fois.

Sanaë déposa le petit carnet sur la table basse et reprit le cours de son explication. Véritable force tranquille, la Daënare s'exprimait avec autant de conviction que les plus fervents admirateurs  My'träns qu'il avait rencontré.

Plus étonnant encore que sa ferveur était la suite de son discours. La vie n'était pas une fin en soi, elle en était convaincue. Seulement, là où la notion de cycle chez lui s'apparentait à l'essence du défunt qui retournait entre les mains des Architectes, Sanaë visualisait une toute autre forme de cycle. La mort appelait au souvenir, les défunts continuaient de vivre à travers ceux qu'ils avaient marqués au courant de leur vie. Les expériences partagées en compagnie de ces disparus étaient transmis aux générations futures, mais elles servaient aussi de boussole morale à ceux qui restaient. On se rappelait des souvenirs heureux avec nostalgie et affection, mais on retenait les souvenirs les plus mauvais. Plutôt que de chercher à s'en débarrasser à tout prix, Sanaë avait l'air de dire qu'il était une bénédiction de se souvenir de ceux qui nous avaient quittés.

Pour la jeune femme, oublier n'était pas un cadeau divin, il s'agissait d'une punition. Flavien ne comprenait pas où elle voulait en venir. Quel intérêt aurait leurs Architectes à punir leurs créatures les plus fidèles ? Ne leur prouvaient-ils pas leur fidélité justement car ces derniers leur témoignaient d'un amour sans égal pour ceux qui suivaient leur voie ? Non. La Daënare avait tout faux. Il ne pouvait en être autrement. Jamais ses Architectes ne le puniraient sans raison. Seules les Anomalies, ces créatures corrompues, étaient leur cible.

Se pourrait-il que les Architectes se soient trompés sur un point ?
Non. Seule Sanaë se fourvoyait. Leur mortalité rappelait leur insignifiance aux mages, mais elle était aussi source de réassurance. Quoi qu'ils vivent, quoi qu'ils subissent ou fassent subir à autrui, leur mort effacerait toute trace de leurs actes dans l'esprit de leurs pairs. En perpétuant le souvenir de sa cousine disparue, en refusant de la voir disparaitre, elle brisait un cycle intemporel. Les morts, les disparus, n'avaient aucune importance. Ils n'étaient plus, il n'y avait donc aucune raison de s'en inquiéter. Möchlog en particulier était clair sur un point. La mort était la continuité naturelle de la vie. Si les enfants qui suivaient ses enseignements en se spécialisant dans les soins devaient se rappeler des visages de tous ceux qu'ils ne pouvaient sauver, ils s'en rendraient malades et ne pourraient plus venir en aide aux plus nécessiteux. Ainsi allait la vie d'un My'trän.

Dans sa torpeur, Flavien n'avait pas remarqué que Sanaë s'était saisie du journal de Lize. Il cligna des yeux lorsque celui-ci fut réintroduit dans son champ de vision. Sanaë était persuadé que les mémoires de sa cousine lui revenaient de droit. Avec bienveillance, elle l'invitait à conserver le carnet et à conter à qui voulait bien l'entendre l'incroyable histoire de Lize Brandtner, cette Daënare fière et têtue qui avait brillé de son vivant par son esprit aiguisé et sa soif de se surpasser pour venir en aide à ceux qui l'entouraient.

Une nouvelle fois, le soigneur secoua la tête. Sans réfléchir, il tendit pourtant la main pour cueillir l'objet. La couverture cornée de l'ouvrage semblait toujours aussi fragile, mais le carnet pesait maintenant beaucoup plus lourd. Ce qui n'avait été qu'une simple relique du passé était à présent chargé d'une histoire. Flavien ignorait si l'émotion qu'il ressentait en observant le journal lui commandait de le lancer au fond de la pièce ou de le garder précieusement serré dans ses mains.

- C'est à vous qu'il revient. Répondit-il sans pour autant tendre le carnet à la Daënare, Sans ce journal j'ignorerai jusqu'à l'existence de votre cousine. Ces écrits vous rapprocheront d'elle, vous rappelleront probablement des moments passés ensemble. Si j'ai fait ce voyage, c'est pour m'assurer qu'une famille non My'tränne n'aurait pas à se questionner inutilement sur le devenir d'un de ses enfants. Lize Brandtner est un nom écrit sur ces pages, rien de plus. Ses mémoires sont semblables à une œuvre de fiction. J'y suis sensible, mais au final, elle n'est pas plus réelle que les héros des légendes qu'on me contait petit.

Flavien soupira. Ses mots étaient certainement durs à accepter, à comprendre. Le sujet de l'oubli avait toujours été épineux. N'admirait-il pas Lize d'une certaine manière ? Evidemment. Mais pour lui, elle n'était pas une personne, tout juste une idée. Qu'espérait donc Sanaë en le priant d'écouter les leçons de sa cousine ? Il n'avait rien à apprendre des morts.

- Vous apparentez l'oublie à une punition, mais connaissez-vous le quotidien des miens ? Les guérisseurs de mon hameau sont déployés sur les champs de bataille. Ils n'aspirent qu'à venir en aide aux leurs. La mort fait partie de notre quotidien. Que deviendrions-nous si la tristesse, la colère et la rancœur qui accompagne vos périodes de deuil enchainent nos cœurs ? Nous sommes loin d'être insensibles. Beaucoup ont l'air de croire que les admirateurs de Möchlog n'éprouvent rien. C'est faux. C'est parce que nous avons tant conscience de l'impact des émotions sur nos actions que nous en apprenons la maîtrise dès le plus jeune âge. Me comprenez-vous Sanaë ? En nous rappelant de ceux qui sont arrachés à la vie par l'injustice, nous risquerions de courir à notre perte.

Flavien leva la tête, croisant le regard de la Daënare.

- C'est en acceptant notre propre insignifiance à tous que l'on évite d'empoisonner notre cœur par le désir de faire du mal à autrui.

Un voile passa dans les yeux du nomade et il baissa la tête. Selmac roucoula doucement et appuya son museau contre sa joue, lui arrachant un petit sourire. Il était convaincu par ce qu'il avançait et pourtant.

- Pourtant, à vous entendre parler de Lize... A qui aurais-je pu en vouloir, si ce n'est à sa maladie ?, La vie allait ainsi. Il était le premier à savoir que Möchlog ne pouvait pas venir en aide à tout le monde car malgré son infinie bonté, les pouvoirs de ses enfants n'égalaient pas les siens et il avait d'autres priorités que la vie d'un seul homme ou d'une seule femme parmi tant d'autres, Vous parlez de ses écrits comme si vous pensiez que son souvenir pouvait me manquer... C'est faux, je vous l'assure. Malgré tout... Malgré tout, je crois que je vous comprends. Les gens comme elles ne courent pas Irydaë. Je ne me souviens même pas de son visage, mais la détermination qui transpire des pages de ce journal est exceptionnelle. Elle est un exemple pour les siens, mais elle devait aussi l'être pour ma communauté.

Flavien passa une main sur son visage, reportant son attention sur Sanaë.

- Vous aussi, Sanaë. J'ai voyagé dans de nombreuses régions de Daënastre et même si ce n'est pas la première fois que je rencontre un Daënar agréable, c'est la première fois que quelqu'un fait preuve d'autant d'ouverture d'esprit. Je ne dis pas que votre peuple est l'unique responsable. Nous sommes coupables du même crime en My'trä. Ma propre mère a une sainte horreur des Daënars... Quand j'y pense, je me demande si elle savait que votre cousine venait de Daënastre. Elle devait être sacrément bornée pour avoir tenu tête à ma mère et étudié auprès des guérisseurs du village.

Il sourit doucement, étonné par la joie qui entourait son cœur à cette simple supposition.


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Sanaë Eshfeld
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Sam 31 Mar - 14:07
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Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
À aucun moment, le sourire bienveillant de Sanaë ne déserta son visage. Et même si les mots du my’trän pouvaient parfois paraître dur, la jeune femme ne s’en offusqua pas pour autant, bien au contraire. Malgré tout, elle le comprenait… Il avait fait tout ce chemin simplement pour annoncer le décès prévisible de sa cousine à sa famille. L’acte était beau, tout comme la volonté du jeune homme, en particulier en ces temps troublés par l’odieux attentat qui avait eut lieux quelques mois auparavant. Jamais la haine envers les mages n’avait été aussi prononcée, sa présence en ces lieux était déjà dangereuse, pourtant, cela ne l’avait pas empêché d’entreprendre ce périple, une décennie après la mort de Lize pour rendre le journal que Sanaë venait de refuser. Cela ne pouvait être que déroutant pour lui, voilà pourquoi la jeune femme prit le temps de se justifier avec une voix douce et un sourire avenant.

- Et bien, en ce sens, vous avez parfaitement rempli la mission que vous vous êtes confiée, Flavien, déclara la jeune femme en étirant légèrement son sourire. Mais comme je vous l’ai dit, je n’ai nullement besoin de preuve matérielle pour me souvenir de Lize. Elle m’a marqué, profondément… Il me suffit de penser à elle pour que les souvenirs me reviennent, je ne suis certainement pas prête de l’oublier. Pas quelqu’un comme elle. Tel qu’il est, ce journal n’est qu’un objet et il vous suffit de regarder autour de vous pour comprendre que je ne m’attache pas à ce genre de chose. Je n’en ai pas besoin, Lize est dans mon cœur et le restera. En revanche, ses écrits pourront donner confiance et courage à ceux qui l'ont perdu. Vous pouvez la voir comme l’héroïne au courage exceptionnel d’un roman portant son nom. Après tout, Lize était le personnage principal de sa propre histoire… Celle relatée dans ce carnet.

La daënare écouta la suite avec une attention toute particulière, laissant son sourire s’effacer par peur d’afficher, bien malgré elle, une expression qui pourrait être mal interprétée. Jamais elle n’avait mené une telle discussion, la mort apparaissait généralement comme un sujet tabou, trop douloureux pour être évoqué… Parfois par crainte de la voir frapper un être cher, comme une sorte d’invocation par l’évocation. Néanmoins, ce n’était pas l’avis de la jeune femme, la vie, la mort étant bien trop liées pour être ignorées. Et n’en sachant que très peu sur le quotidien des my’träns, leurs croyances et leurs coutumes. Sanaë prit grand soin d’écouter son invité.

Elle mesura chacun de ses mots, accepta sa logique héritée par sa naissance, ses croyances. Une fois encore, la daënare comprenait le point de vue du my’trän simplement, car tout cela partait de l’intention de protéger son peuple contre lui-même. Guerres, morts, vengeance, toutes ses horreurs que les humains aimaient apporter simplement par peur ou esprit corrompu, se donnant alors le droit d’arracher une vie simplement pour des raisons bien trop obscures, forçant ainsi les autres à affronter les conséquences, à les accepter… Qui de mieux que Sanaë pouvait comprendre cela après ce qu’elle avait elle-même traversé… Cette pensée la ramena à un souvenir pas si lointain, celui de la torture qu’elle avait infligé à son frère sous la contrainte d’une my’tränne pervertie…Une mage de Möchlog, comme pour marquer la conversation d’une touche d’ironie morbide. Cette femme, qui l’avait conduite à abréger les souffrances de son aîné, simplement en lui arrachant la vie de sa propre main. La jeune femme frissonna, mais ne s’autorisa pas à flancher. Le souvenir restait encore douloureux, lourd à porter et pourtant jamais elle ne voudrait l’oublier, simplement, car ce serait retiré toute l’importance de ce moment… L’importance de son frère, de sa souffrance, de sa vie et de sa mort quand son bourreau aura été déchargé de toute charge coupable grâce à cet oubli, lui permettant de poursuivre ses atrocités sans jamais souffrir du remords. Sans jamais être hantée par le visage de ceux qu’elle aura humilié, privé de leur humanité… tué. Malgré l’horreur et l’injustice de cette réalité, Sanaë avait su en tirer des leçons. Peu réjouissantes, il est vrai, mais importantes et nécessaire à sa propre construction. Alors, au lieu de laisser le trouble apparaître sur son visage, la daënare afficha un nouveau sourire, sincère bien que quelque peu terni par l’émotion.

- Non, je ne sais pas. Et je n’affirmerai jamais rien sur quelque chose que je ne connais pas. Loin de moi l’idée de porter un jugement sur votre peuple ou vos croyances que je respecte et admire sur bien des points, croyez-moi. Néanmoins, je ne peux être totalement d’accord avec vous, mes propres connaissances, ressentis et souvenirs m’en empêchent. Probablement aussi, car j’ai eu un exemple qui m’a prouvé le contraire. Me prouvant que la tristesse et la rancœur ne donnaient pas tous les torts, certains s’en passent aisément.

À ses mots, son sourire se ternit à nouveau, son expression se chargea d’une tristesse évidente qu’elle se refusait de montrer. Sanaë se releva lentement, boitillant jusqu’au panier de l’oursonne qu’elle déposa doucement avant de lui caresser le haut du crâne.

- Que voyez-vous en me regardant, Flavien ? demanda-t-elle en se retournant vers lui avec un sourire quelque peu contrit. Si je vous disais qu’un membre de votre peuple est à l’origine de l’état de ma jambe, de ma présence ici… Que cette personne m’a arraché mon innocence, en me forçant à peler la peau de mon frère comme s’il s’agissait d’un vulgaire fruit, simplement en serrant mes mains sur le manche de son arme. Qu’elle m’a forcé à être témoin actif de la pire des humiliation, d’une souffrance abominable, ne me laissant d’autre choix que de tuer mon frère pour le… sauver… Dire que cette femme ne se souviendra jamais de mon frère, de son regard, de sa peur, de ses plaintes… Mais moi oui, et je ne souhaite pas l’oublier, jamais. Pas par rancœur, étrangement, je n’en éprouve aucune. Je n’ai absolument pas envie de me venger ou de tenir votre peuple, vos croyances, responsables des actes de cette femme.

Prenant appuie sur le dossier de sa chaise, Sanaë reprit sa place face au jeune homme, s’asseyant lentement avant de plonger son regard dans le sien. La jeune femme était calme, réellement, profondément calme. Elle avait appris à vivre avec cette souffrance grâce à une rencontre providentielle et au soutien infaillible de son compagnon. L’ancienne horlogère l’avait accepté, et même si elle en souffrait toujours, ce souvenir restait important pour elle…

- Pour moi, la vie n’est pas insignifiante, Flavien. Elle est précieuse. Qu’elle soit longue ou courte, riche ou pauvre, peu importe. C’est un cadeau. Chacun de nous apporte sa pierre à l’édifice immatériel qu’est l’humanité. Nous pouvons apprendre des leçons tirées par d’autres et les transmettre à l’infini. Simplement grâce aux souvenirs, à nos propres marques, pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Vous vous êtes construit comme cela vous aussi, comme nous tous. L’oubli dû à la mort ne change pas votre construction, vous en oubliez juste les raisons, c’est bien cela ? Pour moi, le plus triste n’est pas la perte de la personne, on l’accepte et l’on s’en remet avec le temps. La vie continue, toujours. Seulement, il est rassurant de se souvenir des bons moments. C’est agréable, même si ils ne reviendront jamais. On sait, on se souvient, on partage. L’être humain est peut-être insignifiant, mais pas inutile… C’est dommage de l’oublier une fois que la vie l’a quitté alors qu’il a encore tant de choses à apprendre à d’autres.

Un nouveau sourire se dessina sur son visage, cette fois chargé de la douceur qui la caractérisait habituellement. Elle l’observa un instant, avant de se reporter à ses compagnons qui semblaient lui apporter un certain soutien, un réconfort même. Sanaë ne prenait pas cette conversation pour un débat, elle n’essayait pas de le faire changer d’avis en lui imposant le sien, en aucun cas. Elle voyait cela comme un échange, un partage de point de vue, une façon d’apprendre à connaître l’autre afin de mieux le comprendre. Ce qu’elle savait de My’Trä et de son peuple, l’ancienne horlogère l’avait apprit à travers quelques passages dans des livres rapportés par des daënars intransigeant, faisant bien trop transparaître leur propre opinion pour être parfaitement objectif. De ce fait, elle n’en avait jamais réellement tenu compte préférant s’en tenir à ses expériences, ses rencontres, ses échanges. Lize avait elle aussi comprit cela, alors qu’elle n’était qu’une enfant rêveuse. C’est ce qui lui avait permis de réaliser ses rêves bien que ce fut pour un petit laps de temps.

- Ce que j’ai tiré de cette expérience, c’est que c’est uniquement la peur, l'intolérance et le manque de connaissances de l’autre qui nous conduisent à commettre des actes abjects ou barbare. Les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas et la peur mène à la guerre, simplement parce que certains pensent que l’attaque est la meilleure des défenses. C’est stupide, en particulier lorsque l’on sait qu’il suffit d’apprendre à connaître nos voisins, apprendre à nous connaître nous-même pour ne plus avoir peur de l’autre et l’accepter avec toutes ses différences. Ce n’est pas en retirant ce qui fait de nous des humains, en sous-estimant notre importance ainsi que notre responsabilité dans chacun de nos actes que nous tirerons le meilleur de nous-même. Tout du moins, c’est ce que je pense de façon très personnelle, il est vrai. Comme je ne sous-estimerais jamais l’importance qu’à eut Lize sur ma vie. Je ne serais pas celle que je suis sans elle, j’en suis certaine. A sa façon, elle a apporté sa pierre à mon propre édifice.



Depuis toujours, Sanaë était considérée comme un être à part facilement qualifiée par le mot “étrange”. Elle voyait le monde à sa façon, portait un regard innocent sur les autres sans jamais les juger. C’était un fait et elle se fichait bien de ce que les autres pouvaient penser d’elle ou de sa façon d’agir.

- Oh, mais je ne crois rien, Flavien. déclara-t-elle en penchant la tête sur le côté en signe d’incompréhension. L’on ne peut manquer de ce que l’on n'a pas connu, c’est un peu le cas dans votre situation finalement. Lize à entièrement été effacée de votre mémoire, c’est donc comme si vous ne l’aviez jamais rencontré. Je comprends donc votre détachement et je ne le vous reproche pas. Mais malgré cela, simplement en lisant ce journal, vous l’avez cerné à merveille et j’en suis heureuse. Vos mots me touchent, comme ils l’auraient touché si elle s’était trouvée dans cette pièce à nous écouter.

Toutefois, Sanaë fut surprise d’entendre les propos du jeune homme. L’ancienne horlogère était peut-être étrange, mais elle n’avait absolument rien d’exceptionnel. Elle n’avait ni le courage, ni la détermination de Lize qui avait toujours su s’affirmer. Malgré la douleur et la fatigue qu’engendraient sa maladie, elle s’était donnée les moyens de franchir les obstacles… Pas elle. Sanaë était bien incapable d’accomplir le tiers de ce qu'avait fait sa cousine, alors qu’elle était bien plus jeune qu’elle à ce moment-là. Si Lize était admirable de bien des manières, Sanaë pouvait aisément paraître insignifiante à côté, et ce n’était pas son ouverture d’esprit qui changerait cela… Elle ne voyait d’ailleurs pas les choses de cette façon… Bien que Flavien ne se trouvait pas être le premier my’trän à employer de tels mots la concernant.

- Je ne sais pas si l’on pourrait définir la chose ainsi. À vrai dire, je pense que l’humain est un être bien trop complexe pour être définit avec de simples mots… Il existe tant de nuance. Par exemple, je sais que vous êtes my’trän, vos familiers m’indiquent que vous vénérez Orshin tandis que vos paroles évoquent Möchlog… Mais pour moi vous êtes juste un jeune homme admirable qui a partagé la vie de ma cousine d’une façon ou d’une autre et qui malgré les conflits entre nos nations, n’a pas hésité à venir en terrain ennemi pour rendre le journal d’une femme qu’il a oublié à des gens qu’il ne connaît pas. Vos actes en eux-mêmes en disent plus sur votre nature que vos origines et vos croyances. Pourquoi y prêterai-je attention ? C’est comme si je devais m’arrêter à la couleur de vos cheveux. Vous êtes Flavien, je suis Sanaë… Pour moi, c’est aussi simple que cela et ça me suffit pour me donner envie d’apprendre à vous connaître.

En repensant à Lize et au combat qu’elle avait du mener à my’trän pour se faire accepter, Sanaë éclata de rire… Il faut dire que le sourire du jeune homme l’y avait encouragé. Elle n’avait aucun mal à l’imaginer tenir tête à ses aînés, à leur prouver sa détermination malgré ses origines dont elle ne se serait certainement pas cachée.

- Vous savez, si elle n’a jamais baissé les bras face à sa maladie, tout du moins, une fois son objectif trouvé, je ne pense pas qu’il existe en ce monde quelque chose, capable de lui faire renoncer à ses rêves. Quand elle avait une idée en tête, Lize ne reculait devant rien et affirmait ses convictions avec fierté. Nul doute que ma cousine doit avoir donné du fil à retordre à votre mère.


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Flavien Teleri
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Mer 4 Avr - 20:26
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Un frisson parcouru le dos du soigneur lorsque Sanaë évoqua en peu de mots les évènements qui l'avaient conduit à quitter Blumar. S'il y avait bien une chose que l'homme vénérait, il s’agissait de la vie elle-même. C'était bien le seul point sur lequel il s'accordait avec son père plutôt qu'avec sa mère. En effet, si cette dernière était versée dans l'art de l'embaumement et visualisait la mort comme une porte d'entrée dans le monde de leurs Créateurs, son père avait de son côté toujours mis un point d'honneur à préserver les vivants de l'étreinte rassurante de la Mort.

Les détails graphiques apportés par Sanaë glaçaient le sang du soigneur. Même les mots mesurés de la jeune femme n'empêchaient pas le My'trän de visualiser clairement ce qu'elle avait subi des mains d'une ressortissante de son peuple. Il avait toujours eu une imagination assez exceptionnelle et une fois n'était pas coutume, chaque détail cruel de la terrible rencontre se jouait dans son esprit. Il ne connaissait pas Sanaë et il connaissait encore moins son frère, mais le soigneur pouvait sentir son sang ne faire qu'un tour alors que la Daënare relatait son histoire.

Si ses deux parents ne voyaient pas la mort sous la même lumière, ils s'entendaient bien sur un point : la vie était trop précieuse pour être malmenée volontairement. Si la mort était parfois une nécessité, un acte charitable ou une manière de se protéger, ce n'était en aucun point le cas de la souffrance. L'acte qu'évoquait Sanaë était cruel, purement et simplement. Le nomade n'avait jamais été confronté à une telle situation mais il était pratiquement certain qu'il ne serait pas capable de revenir sur l'évènement avec une sérénité pareille à celle de Sanaë. Si on disait souvent des admirateurs de Dalai qu'il fallait se méfier d'eux comme de l'océan déchainé, Flavien était pareil à l'eau qui dormait. Peu de choses le faisaient réagir, mais ce qui le poussait au mouvement devait s'attendre à se défendre de ce qu'il dissimulait sous son calme apparent.

A la place de rebondir sur la triste réalité évoquée par son hôte, il inspira longuement et attrapa l'infusion qui refroidissait, buvant quelques gorgées en laissant la Daënare s'exprimer à propos de tout, mais jamais de rien. Persuadée qu'oublier les siens à leur décès les privaient d'une réelle possibilité de grandir, de tirer des leçons de ceux qui ne pouvaient plus qu'en donner par leur absence, Sanaë présentait les souvenirs comme une béquille lui permettant d'avancer. Là où le My'trän louait l'absence de mauvais souvenirs pour poursuivre sa route sans attache gênante, la Daënare prenait appui sur les bons souvenirs pour continuer son chemin. L'un comme l'autre avait leur propre vision des choses et pourtant elles semblaient presque complémentaires.

Hérésie, dirait-on. Les Daënars avaient remis en questions les principes des Architectes, leur vision de la vie ne pouvait pas être complémentaire à celle des My'träns ! Agneaux perdus, ils attendaient d'être remis sur le droit chemin, de trouver leur voie auprès d'un Architecte qui les gouvernerait. Tel était en tout cas le discours de certains mages séduits par les guerres saintes, qui rêvaient de répandre leur Art en terres Daënares.

Flavien pour sa part avait toujours pensé que les Daënars, malgré leur technologie qui lui tordait l'estomac, avaient tout autant de légitimité à exister en Irydaë aux yeux des Architectes. Certes, leur façon de penser était parfois dérangeante, particulièrement dans le domaine des sciences où les expérimentations menées frôlaient avec le sacrilège. Mais si les Créateurs considéraient sincèrement que les Daënars étaient une menace pour ses enfants, ne mettraient-ils pas tout en œuvre pour les repentir eux-mêmes ? Il n'y avait qu'à voir la dévotion des Régisseurs à prendre en chasse les Anomalies de ce monde. Les mœurs Daënars n'en faisaient pas des Anomalies aux yeux des Architectes. Pourquoi devraient-ils en être autrement pour les My'träns ?

Sanaë était aussi intéressée par le mécanisme de l'oubli qu'il l'était par les souvenirs. Ce n'était que simple curiosité et, au vu de ses propres interrogations, il choisit d'éclaircir quelques points pour son hôtesse.

- C'est cela. Nous oublions ceux que nous avons côtoyés, mais pas leurs impacts sur notre vie. La disparition des oubliés ne change pas notre personnalité du tout au tout. Même si toutes les personnes positives que j'ai rencontrées en Daënastre venaient à disparaitre, je ne régresserais pas jusqu'à me retrouver dévoré par la méfiance à chaque rencontre avec l'un des ressortissants de votre peuple. En revanche, si chacun d'eux venaient à mourir dans un accident causé par la défaillance de l'une de vos machines, je ne serais pas non plus tenté de laisser cet événement gouverner mes émotions et mon cœur être emprisonné par la peur de vos créations. Dans ce sens, l'oubli est plutôt libérateur, ne trouvez-vous pas ? Nous sommes maîtres de nos propres choix au final, nos actes nullement influencés par une forme de loyauté qui n'a plus lieu d'exister.

Il observait son infusion tout en parlant. Il ne voyait pas d'inconvénient à soutenir le regard de Sanaë en parlant, il avait simplement besoin de réfléchir. La tâche était bien plus aisée face au liquide ambré que s'il restait focalisé sur les yeux bleus de la Daënare.

- Votre cousine m'a peut-être insufflée son goût du voyage, mais mon cheminement m'est propre. Comment vous présenter ceci... A sa mort je l'ai peu à peu oubliée, elle et ses passions se sont effacées de mon esprit. Comme un dessin à la craie sous une averse, ce que je connaissais d'elle a disparu, mais il ne s'est pas volatilisé pour autant. Si le tracé n'est plus visible en surface, toutes les couleurs utilisées ont trouvé leur chemin jusqu'aux profondeurs. Ce n'est pas par loyauté que j'ai souhaité retrouver la famille de Lize, mais par désir d'écouter ce que me dictait ma morale et elle seule.

Le nomade laissait librement sa main se balader devant lui, dessinant des formes intriquées devant lui dans une vague tentative d'illustrer ses propos. Difficile de chercher à expliquer quelque-chose d'aussi vitale que de respirer, bien qu'il s'y risquait aujourd'hui en présence de Sanaë, qui lui rappelait assez Léonie dans sa manière d'approcher le monde et leurs différences. D'après elle, la peur de l'inconnu et l'ignorance étaient les seuls coupables de la situation actuelle de leurs peuples. La guerre était ancrée dans leurs mœurs mais elle n'avait aucune raison d'être pour les gens comme elle et lui, qui n'avaient pas leur mot à dire sur l'échiquier des puissants de ce monde.

La Daënare disait ne pas être quelqu'un d'exceptionnel, à la différence du soigneur. Flavien fut tenté de verbaliser son désaccord avant qu'elle ne poursuive sa pensée. Ils n'étaient que deux êtres vivant sur cette terre. Sanaë et Flavien, technologiste et mage, tous deux avec leurs propres origines qui ne devaient pas être une raison suffisante pour porter un jugement quelconque sur autrui. Le nomade se surpris à sourire en coin. Sanaë disait n'être personne, mais quelle pertinente émissaire de la paix ferait-elle en ces temps troubles.

Ainsi tenta-t-il une pointe d'humour que la jeune femme accueilli avec un petit rire qu'il ne lui rendit pas, se contentant de sourire plus franchement et de secouer la tête en imaginant une jeune femme frêle tenir tête sans flancher à sa mère. Traverser un océan était une chose, s'opposer à Clarissa Teleri et en sortir vainqueur en était une autre.

- J'imagine. Dit-il doucement, reposant sa tasse presque vide en secouant la tête. Elle a des idées très arrêtées sur votre continent. Votre cousine a dû faire preuve d'autant de ténacité que de sang-froid.

Le regard de Flavien se porta sur le carnet déposé au coin de la table basse. D'un geste souple, il l'attrapa.

- Vous m'avez convaincu. Si vous le permettez... Je vais conserver ses écrits. Conclu-t-il après une dernière réflexion.

La décision n'était pas anodine. Il ne se souvenait peut-être plus de Lize, mais si la cousine de cette Daënare avait aidé à en faire la jeune femme bienveillante devant ses yeux, alors peut-être que la vie de Lize valait la peine d'être contée. Il ne conserverait pas ce carnet en signe de protestation, encore moins de rébellion : Lize avait disparu de sa vie, tout comme Sanaë le ferait après elle, à moins qu'il ne la devance dans leur dernier voyage propre à tout être vivant. Relique d'un personnage haut en couleur qui avait certainement autant sa place dans son esprit que ces héros défenseurs de My'trä qu'évoquaient les légendes, il conserverait précieusement ce journal. Que le récit de cette jeune fille bornée le guide dans ses pas.

Et de guide, il avait à présent cruellement besoin. Que ferait-il, maintenant qu'il avait atteint son but en terre Daënare ? Devait-il continuer à aller où le vent le menait malgré les tensions grandissantes, ou au contraire rejoindre sa patrie et ceux qu'il avait laissé derrière lui ? Où sa vie le mènerait-il à présent ?

Plutôt que de troubler Sanaë avec ce questionnement, il passa une main sur son collier. Ou plutôt, sur le collier de Lize. Il avait pris l'habitude de porter le bijou depuis son départ de My'trä, tant et si bien qu'il faisait partie de sa panoplie au même titre que le coutelas qui ne le quittait jamais.

- Je crois me douter de la réponse, mais je dois vous la poser malgré tout. Souhaitez-vous que je vous rende son collier ?, Demanda-t-il à défaut de noyer Sanaë sous ses propres interrogations, C'est vous qui l'avez fabriqué ? Vous êtes orfèvre ?

Le nomade s'éloignait du sujet de la Daënare disparue, sentant que Sanaë et lui avaient fait le tour de la question. Chacun était en paix avec leurs décisions pour le temps présent. Un voile de calme les entourait.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »

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Sanaë Eshfeld
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Sam 7 Avr - 15:17
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Curieuse d’en découvrir un peu plus sur la culture my’tränne et surtout sur l’un de ces sujets les plus tabou et surtout incompris, Sanaë écouta attentivement les explications du jeune homme. La conversation était plaisante, malgré le thème abordé. Certains n’hésiteraient pas à la qualifier de morbide ou d’inconvenante. La mort se trouvait bien rarement au centre des discussions, après tout. Au sein de cette société, l’on évitait généralement ce genre de sujet, tout comme il était mal vu de parler de maladie, d’attentat ou tout autre thème pouvant provoquer un éventuel malaise. La mort effrayait simplement parce que personne ne savait à quoi réellement s’attendre, n’y voyant finalement que la souffrance provoquée par la perte indéniable qu’elle engendrait.

Les daënars en souffraient, se sentant souvent injustement abandonnées et totalement perdues faces à quelque chose contre lequel ils ne pouvaient pas agir. Mais la douleur ne durait qu’un temps. Certes, celui-ci variait plus ou moins selon les personnes et ce qui les liait aux disparus. Certains liens étaient d’ailleurs si forts, si intenses que la perte laissait une sorte de cicatrice invisible, bien que bien présentes, dans le cœur du survivant. Néanmoins, mort et pertes n’étaient pas forcément des synonymes… Comme pour le prouver, les pensées de la jeune femme allèrent tout naturellement à sa tante qui avait tant souffert du départ de sa fille… Lize était alors bien en vie, mais l’instinct de la mère l’avait poussé à croire que jamais elle ne pourrait revoir son unique enfant. Ce qui s’était avéré tout à fait vrai finalement.

Sanaë trouva alors un certain réconfort dans les paroles du my’trän. Si jusque-là, elle avait apparenté l’oubli à une sorte de vide profond, ce n’était plus vraiment le cas. Cadeau ou bénédiction ? Finalement, les deux semblaient se mêler de la même manière que le bien et le mal. Des notions complexes, toutes en nuances et en dégradés. Triste ou salutaire ? Bon ou mauvais ? Des mots à ne pas prendre au pied de la lettre simplement parce que les termes se voyaient souvent bien trop limités et surtout mal interprétés.

L’oubli existait également chez eux, daënars. Il prenait simplement un autre chemin, plus long… Un autre aspect également, puisque les souvenirs, en tout cas certains, se terraient quelque part dans un recoin de leur mémoire en attendant que l’humain parte à sa recherche, pour se le remémorer à un moment précis. Ce n’était là qu’un mécanisme de l’esprit de l’homme, un moyen pour lui de garder de l’espace pour d’autres souvenirs plus utiles… L’oubli lié à la mort permettait-il finalement aux my’trän de libérer leur esprit d’un poids devenu inutile puisque la personne liée n’existait plus ?

Toutefois, cela restait flou aux yeux de la daënare. Rien d’étonnant à cela. En comparaison, Flavien et Sanaë paraissaient alors aussi semblables que différents, à l’image des racines et des branches d’un arbre faits du même bois même si les unes cherchent son salut dans la terre, tandis que les autres regardent vers le ciel. La jeune femme comprenait ce que le my’trän prenait soin de lui expliquer avec une patience infinie.

Elle comprit alors que si Flavien et Lize aient pu partager un lien fort, que ce soit l’amour ou l’amitié, ce mécanisme de l’oubli permet au jeune de pouvoir continuer à vivre une vie normale sans souffrir de cette perte… En contrepartie, bons et mauvais souvenirs se sont vus effacés, un peu comme une sorte de paiement qui lui permet d’avancer sans regarder sans cesse en arrière. Il vivrait d’autres histoires, ne serait pas tenté de faire de comparaison en plaçant le disparu sur un piédestal faisant paraître affreusement fade la personne qui partagera sa vie, puisque le disparu n’a pour lui jamais existé… Mais n’est-ce pas ce que Lize aurait voulu, comme tout ceux ayant partagé un temps, la vie d’un autre et qui ne lui souhaiterait que son bonheur. Personne ne voudrait voir l’autre s’autodétruire, sombre conséquence liée à l’attachement, à la tristesse doublée d’un profond sentiment d’injustice. En cela, les architectes leur rendaient probablement service… En un sens tout du moins. Car de l’autre, ils perdaient également la possibilité de bénéficier du sentiment de réconfort que pouvaient apporter les souvenirs d’anciens moments partagés avec les personnes qui n’existaient plus.

Le sourire de Sanaë s’élargit une nouvelle fois tandis que le jeune homme émit quelques suppositions concernant le comportement de Lize face à une femme apparemment dotée d’un fort caractère. Les my’träns n’ont malheureusement jamais eut le monopole des idées arrêtées, de l’intolérance… L’ancienne horlogère en fut mainte fois témoin, même au sein de sa propre famille. Sa cousine les avait affrontés, avec une détermination qui forçait le respect, en particulier lorsque l’on connaît le père Brandtner. Cet homme vouait une haine sans borne envers les my’träns, en ne s’appuyant sur une vieille rancœur héréditaire qui ne concernait finalement que leurs ancêtres, oubliés depuis bien longtemps. Sanaë se souvenait de ces longs repas de famille, lorsque la jeune fille parlait avec passion et admiration d’un peuple qu’elle ne connaissait pas encore. Lize savait pertinemment que ses idées seraient particulièrement mal reçues par son père, pourtant, pas une seule fois, elle n’avait renoncé, ni même baissé les yeux. La jeune femme n’avait donc aucun mal à s’imaginer sa bataille en continent my’trän et en tirait étrangement une certaine fierté qui se lisait aisément sur son visage aux traits détendus.

Aussi, Sanaë fut aussi surprise que ravie de voir Flavien décidé à garder le précieux carnet de Lize. Une nouvelle qu’elle accueillit avec un franc sourire empli d’un soulagement évident.

- Merci, répondit-elle doucement. A vrai dire, c’est aussi une façon pour moi de lui rendre hommage. Si vous voyagez beaucoup, en comptant son histoire à ceux qu'elle pourrait inspirer, d’une certaine manière… c’est un peu comme si c’était elle qui prenait la route… Je me doute que cela doit vous paraître étrange, voir même stupide, mais je me sens rassurée de le savoir entre vos mains. Alors, merci Flavien.

Ses yeux s’écarquillèrent sous la surprise lorsque le jeune homme lui demanda s’il devait lui “rendre” le collier. Sanaë pencha la tête légèrement sur le côté, ne comprennent pas réellement la question avant de la secouer légèrement.

- Non, bien sûr que non. Il n’y a aucune raison de me le rendre puisqu’il ne m’a jamais appartenu. Je suis juste contente de savoir qu’il a tenu tant d’années… Ça prouve que mon cadeau lui a plu. Gardez-le, il est à vous à présent, depuis combien de temps le portez vous ? Probablement, plus longtemps que Lize elle-même avant vous, déclara-t-elle en souriant avant de réfléchir à sa question suivante.

Orfèvre, elle ne l’avait jamais été et n’était pas présent plus grand chose…

- Je… J’étais horlogère à dire vrai. Lize avait trouvé la pierre, ne me demandez pas où, je ne serais bien incapable de vous répondre. Elle la trouvait jolie, mais ne savait qu’en faire, alors elle me l'a donné. J’étais très jeune à l’époque et traînais beaucoup dans l’atelier de mon père. Ce collier n’est qu’un assemblage de pièces de récupérations. Il n’a aucune valeur marchande, néanmoins, elle semblait heureuse de le recevoir en cadeau… C’est d’ailleurs après cela que je me suis mise à fabriquer des animaux en pièces de récupérations. Des statues d’abord, puis des automates… Enfin… Tout ça, c’est du passé à présent. Et vous donc ? Que faites-vous quand vous ne voyagez pas ?


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Flavien Teleri
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Dim 8 Avr - 19:09
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My'trän +2 ~ Chimères
La Daënare le remercia pour son geste, ravie de le voir reprendre le journal de bord de sa cousine. Pour elle, la démarche semblait être un acte charitable, une manière pour sa cousine de continuer à parcourir le monde qu'elle avait tant rêvé d'explorer, son souvenir perdurant l'impact que son histoire pouvait avoir dans le cœur de ceux qui s'interrogeaient sur le bien-fondé de la division de leurs peuples. Flavien se contenta de hocher la tête en réponse aux dires de Sanaë. Il n'était pas convaincu que son geste soit autant dénoué d'intérêt que ce que la Daënare semblait croire.

S'il emportait avec lui le journal plutôt que de le laisser à sa légitime héritière, c'était aussi pour apaiser le tordage de ses boyaux. Son voyage touchait bel et bien à sa fin. Il était déjà terminé, d'une certaine manière : il avait transmis l'information à la seule personne pour laquelle Lize était encore susceptible de compter, une fois qu'il mettra les pieds hors de la demeure de Sanaë, il serait définitivement libéré de toute charge. La liberté tant aspirée était à portée de ses doigts, pourtant il n'éprouvait pas le soulagement auquel il s'attendait. Etrange sensation que celle de mettre un terme à un jeu de piste ayant duré la majeure partie de sa vie d'adulte. A présent émancipé de toute contrainte, il n'avait plus que le monde a portée de main.

Il aurait dû alléger son âme en même temps que sa besace en rendant à Sanaë ce qui était sien, pourtant l'idée de conserver le journal le calmait plus que la perspective d'être à nouveau libre de ses mouvements. Désormais il n'était plus question de suivre la piste d'un fantôme, il pouvait se rendre n'importe où en Irydaë selon son bon vouloir, sans qu'une petite voix désagréable lui souffle qu'il oublie quelque-chose. Tout nomade qu'il était, il restait humain, et les Hommes se construisaient autour de petites habitudes. L'idée de voyager sans destination était aussi euphorisante que terrifiante. Le journal de Lize lui rappellerait le chemin parcouru, la force de caractère et l'enfance terrible qui se cachait réellement derrière ces mots enthousiastes et, même si Sanaë venait à disparaitre avant lui, il continuerait à se rappeler d'avoir permis à la famille de la disparue d'apprendre ce qui lui était arrivée. Dans un sens, cet épais carnet était autant le témoin du voyage de Lize, qu'il était de celui de Flavien.

Le nomade n'avait pas clairement conscience que son trouble pouvait se lire sur son visage, répondant sans trop réfléchir à la marque d'affection de Selmac, venu loger sa tête sous la paume de sa main. Il fit glisser ses doigts sur le pelage clair de l'Aitah, récompensé par un ronronnement léger à l'instant même où il passa le dos de son index le long du cou de la créature.

Relevant la tête vers Sanaë, il lui demanda tout naturellement si elle souhaitait récupérer le collier de sa création. Il s'agissait d'un bijou de sa création après tout, un cadeau qu'elle avait fait à sa chère cousine tant d'années auparavant. A défaut de conserver ses écrits, elle souhaitait peut-être garder ce joyau.

Confuse, la Daënare ne tarda pas à exprimer son refus. Le collier avait été conçu pour Lize et, à ce titre, il ne lui appartenait pas plus qu'il appartenait à Flavien. Elle était heureuse de voir qu'il avait réussi à prouver sa résistance face au temps et n'attendait rien de plus. Elle nota avec affection qu'il avait dû en prendre soin plus longtemps que Lize, vu la date de son décès. C'était vrai, évidemment. Au fond, il s'était toujours douté que la jeune inconnue devait être la propriétaire de ce bijou, n'ayant aucun souvenir de ce dernier. Mais pouvait-il réellement dire à Sanaë qu'il n'avait eu aucune idée de l'importance de ce collier avant qu'elle ne le reconnaisse ? Il l'avait simplement trouvé abandonné sur le coin d'un meuble et avait été intrigué par l'objet, choisissant de l'emporter avec lui et préférant le passer autour de son cou plutôt que de risquer de le voir se casser au fond de sa besace.

A l'époque, il avait supposé que le métal présent en très petite quantité sur l'objet était à l'origine de son mal-être. Peut-être que cela n'avait pas été le cas.

- Je l'ai emporté avec moi lorsque je suis parti de Valvonta. Je le porte depuis. Pour être honnête, je me suis habitué à l'avoir autour du cou, Sa main quitta le pelage de Selmac pour se poser sur la pierre qui ornait le collier, Au début je ne supportais pas très bien l'armature métallique contre ma peau, mais quelque-chose m'interdisait de le laisser derrière moi ou de l'échanger quand les temps étaient plus durs.

Peut-être que Lize l'avait apporté avec elle puis oublié sur le coin d'un meuble sans plus jamais le porter, peut-être au contraire le portait-elle sans condition, une manière d'honorer sa cousine et amie de toujours. Peut-être s'était-elle rendu compte que le collier dérangeait son compagnon pendant la nuit, et qu'elle préférait donc s'en défaire le temps qu'ils se reposent tout deux. Flavien n'aurait jamais la réponse à cette interrogation, mais une chose était sûre : à l'époque déjà et malgré l'absence de souvenirs lui étant attachés, il avait été convaincu de l'importance de cet objet unique.

Les petits rouages qui ornaient le corps métallique conçus pour retenir la pierre n'avaient pas allégé la sensation désagréable des débuts, les fines créations grattant sa peau lorsqu'il avait le malheur d'accélérer la cadence. Pourtant, ce qui avait été une nuisance un temps s'avérait avant longtemps être une qualité du bijou. Une fois habitué à le porter, il le savait avec lui à tout moment sans forcément le voir.

Il secoua la tête pour chasser ses pensées, reportant son attention sur Sanaë qui expliquait avoir été horlogère.

Flavien ne connaissait pas grand-chose du métier. Il savait simplement que ces artisans étaient ceux à qui les Daënares devaient leurs montres, ces petites créations technologiques qui leur assurait de connaitre l'heure qu'il était sans approximation possible, sans besoin de mettre le nez dehors pour consulter un cadran solaire, ni de se fier à la position des astres de nuit. Pratique, sans doute, mais peu attractive aux yeux du mage qui se repérait très bien par ses propres moyens, sans avoir besoin de se référer à un petit objet risquant la casse et craignait les changements de températures et l'eau, deux éléments qu'il rencontrait régulièrement tout au long de son périple.

Sanaë poursuivit en expliquant que le collier qu'il portait à présent avait beau ne pas avoir de valeur marchande, il avait permis à la Daënare de se trouver une affinité pour le travail minutieux du métal, la transformation et l'embellissement de ce dernier. A présent, elle n'exerçait plus le même métier. L'incendie de sa boutique était sans doute responsable de ce changement, mais Flavien se voyait mal engager une conversation sur le sujet. Il avait vaguement entendu parler de la tragédie qui avait pris place à Blumar, cela ne lui donnait pas la responsabilité d'en apprendre plus. Inquisitif, le nomade l'était, mais sa curiosité était rarement tournée vers ses paires.

La jeune femme poursuivit en lui demandant ce qu'il faisait de sa vie lorsqu'il ne voyageait pas. La question était posée avec intérêt de la part de sa vis-à-vis, ce n'était pas une manière de lui rendre la politesse, mais une vrai interrogation pour Sanaë. Elle s'intéressait à ce parfait inconnu qu'il était avec entrain, comme si ce qu'il allait pouvoir répondre comptait à ses yeux.

Flavien ferma les yeux plutôt que de soutenir le regard curieux de la Daënare. Longtemps, il s'était interdit de nouer des liens avec ses paires. Plus choqué qu'il ne le laissa transparaitre de découvrir dans son lit une personne dont il n'avait plus aucun souvenir, la futilité des relations liées sur cette terre l'avait heurtée de plein fouet. A quoi cela rimait-il de chercher la compagnie des siens, si tout ce que cela apportait était d'être retenu par ces derniers ? Avec l'amitié, la camaraderie et l'amour venait sans manquer la loyauté. Une loyauté déplacée en ce bas monde, un sentiment bien trop noble pour être réservé à ces contemporains plutôt qu'aux Architectes qui lui avait fait don de la vie. Servir ses Architectes, rendre Orshin et Möchlog fiers de leur création, voilà ce qui avait compté à ses yeux pendant de longues années.

Et puis, il avait rencontré Emrys, ce curieux pérégrin prêt à l'épauler dans une situation dangereuse sans rien attendre de sa part en retour. Jusqu'à lors, ses interactions avaient toutes été basées sur un gain mutuel pour chacune des parties, Flavien ne cherchant jamais à connaitre ceux avec qui il commerçait, chassait ou voyageait. La ferveur de ce jeune pérégrin à ne pas se démonter devant la froideur du My'trän, à continuer à engager la conversation malgré ses hésitations, avait intrigué le soigneur. Ensuite, tout c'était enchainé. Il s'était autorisé à s'intéresser aux autres en retour. Zaël, qu'il avait si mal jugé, Ruby qui l'avait épaulé, et tant d'autres qui s'étaient donné la peine de voir au-delà de son air austère. L'exemple le plus marquant étant bien évidemment Léonie, cette Protectrice de Busad avec laquelle il avait créé un lien plus important que tout ce qu'il avait pu entretenir depuis bien des années. Cette femme dévouée mais intègre, à laquelle il continuait d'écrire à propos des découvertes qu'il faisait en continent Daënar. Leurs échanges allaient-ils cesser, maintenant qu'il touchait à son but ?

- Voyager est toute ma vie. Répondit-il, une émotion incertaine colorant ses mots, Lorsque j'ai quitté ma patrie, j'ai tiré un trait sur mon ancien mode de vie. Je crois qu'au fond j'ai toujours eu cette sensation que le monde m'appelait. Depuis l'adolescence je rêvais de quitter mon hameau pour découvrir My'trä autrement qu'à travers les récits amers de mon père. J'étais borné en ce temps, bien plus que je le suis maintenant. Je refusais d'écouter cette voix dans ma tête, même si je ne me suis jamais plongé avec avidité dans l'étude de l'art du soin, comme les adolescents de mon âge. J'étais destiné à être médecin de guerre, ou au minimum à servir la cause My'tränne en devenant guérisseur. Il en est ainsi pour tous les adolescents de Valvonta, je ne me suis jamais posé la question de savoir si la profession m'intéressait ou non. Elle n'avait pas besoin de me captiver, après tout. Le désir de pratiquer n'avait pas besoin d'être tant que les résultats étaient là. Alors j'étudiais, sans me poser davantage de question.

Il n'en voulait pas à ses parents pour l'avoir élevé ainsi. Les traditions étaient ce qu'elles étaient et Flavien avait bien conscience que les communautés de guérisseurs devaient s'assurer de ne jamais s'éteindre. Leur Art était aussi vital qu'effrayant, ce qui signifiait que peu de My'träns nés hors des terres de Suhury s'intéressaient à Möchlog. Les enfants de la Chouette étaient incompris et la maitrise de leurs émotions était souvent perçue comme l'absence pure et simple de ces dernières. Les guérisseurs devaient s'assurer d'élever leurs progéniture dans l'amour de leur Architecte pour perpétrer leurs enseignements. Flavien le reconnaissait et l'acceptait.

- C'est le décès de Lize qui m'a poussé à finalement écouter cette petite voix et à partir. Continua-t-il, songeur. Sa voix était posée et son regard se perdait dans le pelage de Selmac qui refusait de quitter ses genoux. S'il parlait à voix haute, il ne donnait pas entièrement l'impression de parler à Sanaë, Je ne pouvais pas accepter qu'une enfant de Möchlog sombre dans l'oubli alors qu'elle exprimait par ses écrits le souhait qu'on se rappelle d'elle. J'ignorais qu'elle était de l'autre continent, mais il était tout autant probable que sa famille soit composée de Pérégrins technologistes que de My'träns qui préféraient le labeur manuel aux enseignements des Architectes. Elle qui n'avait pas eu le temps de le faire, je me devais d'essayer de retrouver les siens.

Le nomade se livrait à Sanaë sans que ce soit réellement le cas. Il lui parlait de son passé tout en restant le plus général, le plus factuel possible. Il ne lui dit pas combien son départ de Valvonta fut vécu comme une déchirure, lui bien décidé à ne plus s'efforcer à compter aux yeux de quiconque, Selmac impassible à sa froideur, se frayant un chemin dans son cœur. Il n'évoqua rien des croyances moroses qui l'avait motivé à vivre pour lui, ni à quel point il avait été ému aux larmes de trouver un semblant de connexion en apprenant à reconnaitre et à parler le langage de la faune.

- Je me suis découvert une passion pour la première fois en faisant route. La faune qui peuplait My'trä m'intriguait et j'ai peu à peu appris à communiquer avec cette dernière. C'est à partir de ce moment que j'ai associé mon don et ma maigre maîtrise des soins pour devenir soigneur itinérant, une occupation que j'exerce encore aujourd'hui, auprès de quiconque souhaitant venir en aide à un compagnon animal, ou simplement en venant en aide aux créatures sauvages qui en auraient besoin.

Il sourit en coin en observant Selmac s'étirer paresseusement puis lui glisser entre les doigts pour aller s'allonger un peu plus loin, là où le sol devait être agréablement chauffé par le soleil qui filtrait à travers la fenêtre. Il secoua la tête lorsque l'Aitah bailla à s'en décrocher la mâchoire et releva la tête vers Sanaë.

- La notion de travail comme vous la concevez ici à Daënastre est un peu différente en My'trä. De nombreux My'träns exercent un métier, mais bon nombre de nomades comme moi parcourent le continent. Je n'ai appris l'importance capitale des Irys qu'une fois sur votre continent. Avant cela, je pouvais me contenter d'échanger mes services ou le fruit de mes cueillettes ou de ma chasse pour m'assurer de ne jamais manquer de rien.

Flavien avait été plutôt surpris de constater qu'une majorité de marchands refusaient l'échange de biens et n'acceptaient que les Irys. Il avait d'abord supposé que le comportement provenait de ses origines clairement My'tränne, mais même une fois acclimaté à ce nouveau territoire, les commerçants de toute région ne l'avaient pas mieux accueilli. Daënastre se reposait bien plus sur les Irys que My'trä.

- Je suppose que ça n'a pas d'importance. Poursuivi Flavien, Je vais probablement repartir, maintenant que je vous ai retrouvée. Les créatures qui vivent sur vos terres sont fascinantes, mais la technologie est trop présente pour que je me sente à mon aise.

Si on excluait la nausée qui accompagnait ses passages dans les centre-ville et les vertiges qu'il subissait à chaque fois qu'il croisait un groupe de miliciens armés ou qu'il restait un peu trop longtemps en compagnie d'une machine imposante, il n'avait de toute façon plus rien à faire sur ce continent. Ni sur aucun autre, d'ailleurs. Qu'allait-il faire, à présent ? Rentrer à Valvonta et poursuivre la carrière qu'il avait fuie étant jeune, ou bien continuer à explorer les terres sauvages dans le but de rencontrer toutes les créatures que l'imagination d'Orshin avait conçu ? Certainement pas.

Pourtant, la vérité était bien là. Il avait atteint la fin du voyage. Plus rien ne le retenait en Daënastre, mais aucune obligation pressante ne l'appelait ailleurs, si ce n'est l'envie de revoir la boule d'énergie et d'écaille qu'il avait laissé à Busad, ainsi que sa maîtresse de substitution.

- Je ne sais pas..., A nouveau, il secoua la tête, Je vais probablement retourner en My'trä. Peut-être que je voyagerai jusqu'à Als'kholyn pour continuer à en apprendre plus sur la faune d'Irydaë, si Khi'del veut bien m'y conduire.

Il était clair qu'il ne savait absolument pas ce qu'il allait décider. Rester encore en temps et essayer de comprendre ce peuple aussi intriguant qu'il pouvait être cruel, ou retourner aux sources, rejoindre la terre des Architectes comme on lui avait conseillé de le faire s'il venait à douter de lui... La décision n'allait pas être simple à prendre.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »

Flavien Sienna / Aquila DarkOrchid / Selmac LightGreen / Hua Yellow / Khi'del #cc99cc

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Sanaë Eshfeld
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Jeu 12 Avr - 15:11
Irys : 625446
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
La curiosité, bien innocente, de la daënare l’avait poussée à formuler une simple question dans le but d’en apprendre un peu plus sur la personne assise en face d’elle. Question qui sembla pourtant perturber un tant soit peu le jeune homme sans que Sanaë n’en comprenne réellement la raison… Il était toujours délicat d’interroger les autres sur leur vie, en particulier lors d’une première rencontre et surtout, lorsque celle-ci se déroulait dans une atmosphère baignée de mélancolie, comme ce fut le cas. Un humain n’est pas un être simple, pas même à la naissance, même si cela semble moins évident. C’est un être taillé dans une multitude de matériaux différents, aux nuances diverses et variables…

Une simple question, même vierge de toutes arrières-pensées, peut parfois soulever bien des maux. C’est ce dont elle se souvint en observant Flavien et le comportement de la petite créature contre lui. L’animal semblait chercher à rassurer son maître, par sa simple présence… Une attitude des plus fascinante pour l’ancienne horlogère qui observait la scène avec tendresse. Aussi, elle espérait ne pas avoir soulevé un sujet délicats, empreint de cicatrices invisibles dont elle ne connaissait que trop bien les effets douloureux. Inquiète et peu désireuse de se montrer inquisitrice, la jeune femme se contenta donc de l’observer tandis que lui, évitait soigneusement son regard allant jusqu’à fermer les yeux.

Pourtant, contre toute attente, le jeune homme y répondit, avec une émotion particulière, à peine perceptible qu’elle ne put réussir à déchiffrer entièrement. La conversation prenait peu à peu des allures de confidences et Sanaë prit grand soin de l’écouter sans l’interrompre. Tout en parlant, Flavien semblait se poser des questions, s’interroger lui-même sur son devenir. Ce fut en tout cas l’impression que se fit l’ancienne horlogère, qui cherchait à décrypter le message caché derrière les mots, sans pour autant perdre une miette des paroles du my’trän.

Elle comprit alors que ce qui devait être, à l’origine, un destin tout tracé, imposé par sa culture et probablement sa famille, ne lui avait jamais réellement convenu. Flavien aspirait à autre chose, aux voyages, aux découvertes… Ce dont elle-même avait rêvé durant sa jeunesse, en somme. Voyager, voir le monde, le découvrir à travers ses propres yeux sans se contenter des dires des autres ou des contes rapportés par untel. Une chose que Sanaë espérait encore, bien silencieusement, voir se réaliser un jour. Même si cela lui paraissait bien peu probable, sinon impossible depuis “ça”. Sans réfléchir, elle porta la main à son genou meurtri sans pour autant détourner son attention de son interlocuteur. Le geste était devenu une sorte de réflexe. Une mécanique qui accompagnait chacune de ses pensées moroses, la ramenant à des souvenirs bien plus douloureux que la blessure en elle-même.

Malgré ses rêves et ses désirs, Flavien s’était bridé lui-même, s’enchaînant à une vocation qui n’était pas la sienne probablement par devoir ou simplement pour respecter les coutumes de son peuple. Étrangement, son discours la ramena dans le passé, aux conversations qu’elle avait eue avec Lize, bien des années auparavant… Comme il la lui rappelait alors, bien que les raisons de leur retenue ne soient pas les mêmes. Et si sa cousine avait finalement décidé de se battre pour réaliser ses rêves, bravant sa famille et sa maladie pour cela, c’est aussi elle, par-delà la mort qui a conduit le jeune homme à en faire de même. Deux personnalités différentes, à en croire la description que Flavien faisait de lui-même… et pourtant si semblables, presque complémentaires, si bien que Sanaë commençait à douter que les deux ne furent qu’amis. Elle connaissait sa cousine, son tempérament, sa détermination… Mais pourtant, elle n’en dit rien, ne posa aucune question à laquelle elle doutait que le my’trän puisse répondre. La daënare le laissa simplement parler, évoquer son passé sans entrer dans les détails, parlant simplement comme s’il avait besoin de se libérer un poids ou de répondre à des questions qu’il veillait à garder pour lui. Peut-être n’en avait-il pas conscience, ou peut-être que si... Il le faisait, simplement, naturellement, comme pour lui-même… Après tout, il n’avait aucune raison de se confier à une parfaite inconnue, aussi bienveillante soit-elle.

Lorsqu’il évoqua les circonstances de son départ, elle comprit que celles-ci furent bien particulières, bien plus qu’il n’osait le dire. Un étrange voile assombrit son regard, lui donnant un air plus triste...Elle ressentit ce départ comme une sorte de plan monté par sa cousine dans le but de libérer une personne à laquelle elle tenait énormément. Évidemment cela était certes peu probable, mais Sanaë eut bien du mal à s’ôter cette image de la tête. Bien qu’indirectement, Lize avait réussi à influer sur la vie du jeune my’trän, lui faisant prendre un tournant qu’il n’avait vraisemblablement pas envisagé. Une belle histoire, selon la daënare et qui donnait une importance toute particulière à sa cousine et à ses écrits. Elle avait bien fait de lui demander de garder ce carnet, il faisait partie intégrante de son histoire, l’élément déclencheur qui avait amené tout le reste… Peut-être à trouver sa voie.

La jeune femme ne put donc retenir un sourire, tout en suivant le regard attendri du jeune homme directement adressé à la petite créature. Celle-ci venait de déserter les jambes de son maître afin de chercher un petit coin de parquet chauffé par les rayons de l’astre. Shaïa, quant à elle, dormait profondément dans son panier, comme toujours. L’oursonne était encore bien trop jeune pour se mouvoir aisément, s’épuisant simplement en relevant la tête. Elle se contentait donc de manger et dormir… Le tout, en grande quantité.

Flavien lui expliqua alors quel était son métier et sa façon de vivre. Une existence libre et simple qui aurait certainement beaucoup plut à Lize…

- Je vois… soupira-t-elle, rêveuse. Pour être parfaitement franche, j’ai toujours vu mon métier comme une sorte de prison. J’aimais ce que j’y faisais… Mais je restais enfermée dans mon atelier, si longtemps que j’en suis venue à adopter ce comportement comme une nature… renfermée, seule… Tout cela pour remplir la caisse de la boutique.

Ce n’était pas quelque chose que Sanaë avouait aisément, au contraire… Le formuler ainsi, à voix haute, était d’ailleurs une première. L’on ne parlait pas de ces choses-là, pas chez eux… Les gens n’existaient que pour leur travail, leur famille, leur réputation. Durant des années, la daënare avait essayé de s’adapter à la société qui l’avait vu naître. Respectant les convenances, veillant à remplir ses fonctions sans jamais faire de vagues… Évitant même de se faire voir par peur de commettre une faute. Aujourd'hui, elle ne se souciait plus de tout cela. Sanaë avait quitté sa ville natale et vivait simplement en aidant les habitants du village. Rien de plus, rien de moins.

- La société daënare est ainsi faite. Mon père avait l’habitude de dire que les irys étaient un moyen de restreindre le peuple. De marquer les différences entre riches et pauvres, les uns ayant le contrôle des autres… Pour ma part, je ne saurai qu’en penser exactement. En ville, l’argent est nécessaire, vital… Ce n’est pas le cas ici. Tout le monde s’entraide. La mentalité n’est clairement pas la même, les gens sont différents, la vie est différente… Daënastre aussi renferme quelques merveilles qui n’ont strictement rien à voir avec la technologie.

Évidemment, en n’ayant jamais réellement quitté la région… Sans l’avoir exploré non plus, il lui était bien difficile d’en faire une promesse. Toutefois, sa vie, telle qu’elle l’avait vécu jusqu’ici, lui avait fait comprendre que le bon existait partout, même lorsque l’on ne le voit pas. Elle avait certes perdu une vie, mais en avait gagné une autre, plus libre, plus ouverte… plus humaine aussi, même en perdant son étiquette de “petite horlogère de Blumar”.

- Vous avez accompli le but que vous vous étiez fixé. C’est une bonne chose. C’est important d’en avoir un… Disons qu’il s’agit d’une sorte de guide. Celui-ci vous a conduit en dehors des frontières, sur un territoire ennemi… Mais que vous a finalement appris ce voyage ? Qu’avez-vous appris sur les gens, les animaux, les territoires… Sur vous-même ?

En réalité, Sanaë n’attendait pas de réponse à ses questions. Elle ne les avait pas posés pour cela, néanmoins, en ayant cru apercevoir le doute dans le regard du jeune homme, elle souhaitait l’aider à se poser les bonnes questions. Il semblait perdu.

- Depuis quand êtes-vous partis ? Lize… Sa vie, si courte, tiendrait entièrement dans un carnet. Elle n’a pas dû vivre le tiers de ses rêves sans pour autant s’en sentir frustrée… Vous qui aimez tant ces créatures et qui les comprenez si bien, pourquoi ne pas écrire sur elles ? Je suis sûre que vous auriez beaucoup de choses à apprendre aux autres…


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Flavien Teleri
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Mar 24 Avr - 23:42
Irys : 592926
Profession : Soigneur itinérant
My'trän +2 ~ Chimères
Sanaë parlait de sa profession comme d'une sentence. Comme si la joie qu'elle éprouvait à parfaire ses créations, plutôt que de la libérer, l'enchainait peu à peu à une vie qu'elle ne saurait quitter du jour au lendemain. Flavien supposait, à la vue des nombreuses résidences privées et appartements qui s'élevaient toujours plus haut vers le ciel, flirtant avec les nuages, que tout comme l'exercice d'un métier respectable et respecté, la propriété était un point clé du bonheur Daënar.

Comment songer à tout laisser tomber, à changer de vie sans préavis, lorsque votre entière existence tournait autour d'un seul et même point. Une constante motivation, ainsi qu'une éternelle source d'angoisse. Laisser sa trace dans les annales, coûte que coûte. Le développement personnel n'avait qu'une piètre importance lorsqu'il y avait un paquet d'Irys à la clé. La prospérité dans les affaires sécurisait une place dans les mémoires, après tout.

Pour un peuple qui s’enorgueillait de refuser d'oublier quiconque les quittait, bon nombre de ses ressortissants les moins fréquentables craignaient justement de sombrer dans l'oubli à leur tour. Protéger et développer son patrimoine, étendre son emprise sur le monde et inscrire l'histoire au fer rouge de leur nom. Les Architectes qui veillaient sur eux devaient certainement trouver en cela une forme de justice poétique.

Flavien, pour sa part, n'en était pas encore arrivé à se poser pour réfléchir à la nature de l'Homme et à ce que la richesse pouvait bien représenter pour les Daënars. Il n'avait retenu d'une seule chose de son passage dans les grandes villes. On en revenait toujours aux Irys. Ils rythmaient la vie de tous et semblait arranger les affaires les plus incommodantes. La justice était dite aveugle, mais elle aussi se laissait séduire par la beauté de cette monnaie miraculeuse. Comme Sanaë avait l'air de le confirmer, la société Daënare s'effondrerait sans la présence de cette précieuse devise qui n'avait de valeur que celle qui lui était accordée par les hommes et les femmes qui menaient le jeu.

Ainsi décrite, la société Daënare faisait presque de la peine au voyageur sans patrie qu'était Flavien. Elle qui se voulait supérieure, bien plus évoluée que sa voisine My'tränne, elle s'entravait de bien des chaînes. Libérés des Architectes et de leurs enseignements, étaient-ils réellement libres pour autant ? L'appât du gain en emprisonnait certains, bien plus férocement que tout l'amour des Architectes.

Évidemment, tous les Daënars n'étaient pas à mettre dans le même panier. Des pommes pourries n'affectaient pas la fraicheur d'une cueillette si on leur identifiait assez rapidement. Un fait simple à énoncer, que le nomade avait mis plusieurs mois à intégrer.

Lorsqu'un ronflement sonore secoua le corps du petit Aitah qui s'était roulé sur ses genoux, Flavien tourna les yeux vers Selmac qui dormait paisiblement. Il caressa distraitement la fourrure de l'animal qui soupira dans son sommeil, remuant tout juste une oreille avant de ronfler de plus belle, moins bruyamment cette fois. Le soigneur esquissa un sourire. L'Aitah n'avait pas à se soucier d'un tel débat, lui.

Il reprit pied alors que Sanaë rebondissait sur ses dernières paroles. La Daënare disait vrai : il avait accompli sa mission. Après des années de pérégrinations et malgré les obstacles qui s'étaient dressés sur sa route, il avait touché au but. Le fait était là, Sanaë assise en face de lui, tangible. La nouvelle était à égale partie euphorisante et terrifiante.

Ou bien lisait-il simplement mal ses propres émotions ? Il avait été entrainé très jeune à les reconnaitre et à les garder sous contrôle, mais malgré ses années d'apprentissage il ne pouvait tout bonnement pas empêcher ses ressentiments de transpirer dans ses paroles, dans chacun de ses gestes. Peut-être que son contrôle n'était pas aussi bon qu'il le pensait, peut-être encore n'avait-il jamais éprouvé ce type de sentiment avant, incapable à présent de le gérer correctement.

Flavien passa une main sur son visage et se frotta les yeux pour se forcer à revenir au présent. Il écouta l'ancienne horlogère parler, gardant le silence tout en considérant les paroles de la jeune femme. Qu'avait-il apprit depuis le début de son aventure ? Tant et si peu. Certainement plus sur la faune d'Irydaë que sur les peuples qui habituaient ce monde, mais Sanaë voyait juste malgré tout. Il en avait énormément apprit sur lui-même en cheminant à côté de ses familiers. Les rencontres qu'il avait fait, positives comme négatives, ne l'avaient pas déviées de son objectif premier.

Borné, on pouvait dire que Flavien l'était. Sa ténacité avait été une qualité autant qu'un défaut, lorsqu'il refusait catégoriquement de suivre les conseils de son père et de rejoindre les rangs des armées My'trännes. Aujourd'hui, en compagnie de Sanaë, il apprenait à voir cette faille comme un atout. Il était borné, soit, mais son entêtement l'avait conduit à ne pas tourner les talons et rentrer en My'trä lorsqu'il en avait eu le plus envie.

Était-ce donc ainsi que Léonie et Zaël s'accrochaient à leurs idéaux ? Par la force pure d'un entêtement naïf mais ô combien efficace.

Sanaë lui posa finalement une question directe. Le soigneur interrompit sa contemplation de la fourrure de Selmac pour lui répondre. Il ne savait pas parler de lui, mais Sanaë lui tendait une perche. Tout pour éviter de s'embourber dans ces dangereuses contemplations.

- Depuis Janvier. Répondit-il sans avoir à réfléchir longtemps, Je suis arrivé en Daënastre il y a cinq mois.

Une période bien courte lorsqu'on prenait en compte ses nombreuses années d'errances. Et pourtant le mage avait senti chaque jour passer, rythmé par ses découvertes et ses vaines tentatives de comprendre le fonctionnement d'une société qu'il ne connaissait que de réputation. N'entrant pas plus dans les détails, il écouta poliment la Daënare qui avait dû le sentir un peu perdu. Désireuse de ne pas voir son hôte se décomposer devant l'absence cruelle d'une mission, elle émit l'hypothèse qu'il transcrive ses découvertes sur la faune dans un ouvrage qui servirait à informer les plus curieux sur la nature des nombreuses créatures qui peuplaient leur monde. Une proposition bien pertinente, que le soigneur accueilli tout de même d'un léger signe négatif de la tête.

- Je ne suis pas doué avec les mots. Dit-il sincèrement. L'écriture n'a jamais été mon point fort, j'en ai bien peur. Je ne leur rendrais pas justice en m'armant d'une plume.

Il s'était essayé à l'exercice après tout. S'équipant de patience, il avait tenté de décrire à plusieurs reprises dans ses lettres les différents animaux inconnus qui avaient croisés sa route en Daënastre. Un échec plus ou moins complet, le soigneur se perdant dans des détails descriptifs et oubliant l'essentiel. Désireux de partager des découvertes mais incapable de se défaire du style très méthodique enseigné par ceux qui lui avaient enseigné l'écriture, il perdait vite le fil. Pour autant qu'il aille instinctivement à l'essentiel à l'oral, l'écrit lui avait toujours donné du fil à retordre.

Un silence s'installa dans la pièce, My'trän et Daënare méditant sur ces dernières paroles sans que l'atmosphère ne soit pour autant pesante. Se sentir serein en compagnie d'une inconnue n'était  pas forcément une bonne idée -Flavien l'avait appris de la plus dure façon qui soit-, mais Sanaë était le genre de personne qui réussissait, par un brin de causette et un sourire rassurant, à vous inviter à partager un peu de son temps sans rien demander de votre part. C'est peut-être ce détail qui incita Flavien à solliciter son hôtesse après une courte minute de contemplation.

- Sanaë ?, Questionna-t-il, Dites-moi si je me trompe, mais vous vous intéressez aux créatures de ce monde, n'est-ce pas ? Il est rare de voir quelqu'un élever une oursonne en bas âge tel que vous le faite.

Laissant à la Daënare le temps de lui répondre, il hocha ensuite la tête. Il lui semblait avoir eu un but en lançant cette conversation. Encore fallait-il qu'il réussisse à la mener à terme.

- Vous avez déjà rencontré Selmac, Poursuivi-t-il en désignant l'Aitah qui se réveillait doucement sur ses genoux, Il a voyagé jusqu'en Suhury en compagnie de votre cousine, elle l'a recueillie pendant son voyage... C'est ce que je pense, en tout cas. Elle n'en parle pas dans son journal, mais je suis certain que Selmac a voyagé avec elle un temps. Elle ne l'avait pas en quittant Daënastre ? Vous ne semblez pas le reconnaitre.

Évidemment que Lize avait recueilli le petit félin alors qu'elle était elle-même perdue. La jeune femme avait apparemment eut le cœur sur la main, et la main à portée des étoiles. Le voyage avait dû être éprouvant pour la jeune femme malade, mais cela ne l'avait pas empêché de traverser un océan pour nourrir son désir d'aventures et de vie.

Si le voyage sur les mers ne l'avait pas épuisée, le territoire des Kharaal Gazars et les montagnes aux sentiers escarpés qui bordaient Suhury en avaient certainement fait voir de toutes les couleurs à la jeune femme. Comment avait-elle survécu jusqu'à Valvonta ? S'était-elle entourée d'amis durant son voyage ? Des personnes proches, qui l’auraient laissée aux bons soins des guérisseurs ? N'y avait-il plus que Sanaë et lui pour se rappeler de celle qui traversa un océan à la poursuite d'un rêve ?

Flavien cligna des yeux et se concentra à nouveau sur Sanaë. Mieux valait-il éviter de trop y songer.

- Je suppose que Lize s'est rendue à My'trä par bateau. Vous avez déjà vogué sur un navire, Sanaë ?, La question du soigneur fut suivie d'une courte pause avant de le voir passer une main dans ses cheveux, Pour moi, ce fut une expérience... que je ne souhaite pas renouveler. Je préfère largement les voyages aériens.

Que dire d'un My'trän qui embarquait sur un navire conçu pour ne pas excessivement incommoder les membres de son peuple, et qui se découvrait un mal de mer insoupçonné ? Au moins à dos de Dalavoï, il pouvait à tout moment stopper sa course si le temps venait à se gâter. Un navire pressait bien souvent le pas coûte que coûte.

D'ailleurs, en parlant de son Dalavoï, celui-ci devait survoler les environs, toujours à veiller sur son maître de sa place, en sécurité dans les cieux dégagés du Tyorum. Devait-il proposer à la Daënare de le rencontrer ? Non, il n'y avait aucune obligation à ce qu'il le fasse. Pourtant, l'idée lui traversa l'esprit. Etait-ce le commentaire de la jeune femme qui lui insufflait cette drôle d'idée ?

Sanaë avait peut-être raison. Une voie s'ouvrait à lui : celle de l'étude des créatures fantastiques qui peuplaient Irydaë. Une voie parmi tant d'autres. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, il n'avait aucune idée fixe à l'esprit.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »

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Sanaë Eshfeld
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Mer 25 Avr - 23:35
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Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Il ne s’agissait pas d’une de ces conversations anodine, passée devant une tasse de thé sans saveur, elle ne l’avait jamais été. Le sujet s’éloignait toutefois de Lize, de son passé oublié par l’un, méconnu par l’autre, pour se concentrer un peu plus sur le jeune homme. Même sans le connaître, Sanaë comprit que leur discussion, que cette rencontre signant la fin de son voyage, laisserait quelques marques sur l’un comme sur l’autre. L’ancienne horlogère l’avait observé depuis son arrivée, s’interrogeant toujours plus sur une personnalité qui lui semblait fort intéressante, presque fascinante en réalité. Toutefois, soucieuse de se montrer peut-être un peu trop curieuse, Sanaë évitait de le fixer, consciente que cela risquait de le mettre mal à l’aise. Elle l’écoutait, curieuse d’apprendre à le connaître lui, essayant de le comprendre.

Cinq mois… Cette durée représentant le temps passé depuis son arrivée à Daënastre lui parut alors longue et courte à la fois. Au cours d’une vie, quelques mois ne signifiaient peut-être pas grand-chose, tout du moins c’était le cas pour certains… Néanmoins, Sanaë était assez bien placée pour savoir qu’il en fallait parfois beaucoup moins pour changer une vie. En comparaison, son existence entière avait été chamboulée en l’espace de quelques heures, moins de deux mois auparavant leur rencontre. En cela, le temps que le my’trän avait passé en ces terres lui semblait bien exceptionnel, en particulier en étant poussé par une mission personnelle que la daënare ne cessait de trouver admirables.

- Je vois, répondit-elle simplement pour le laisser poursuivre sans l’interrompre.

Un tendre sourire s’était installé sur le visage de la jeune femme et ne semblait pas vouloir s’en déloger. Malgré son apparence des plus réservée, voir froide aux premiers abords, Flavien paraissait à présent plus détendu. Assez tout du moins, pour se laisser aller à une conversation se voulant plus personnelle. Le jeune homme semblait incertain quant à la suite de son voyage. Sa mission à présent achevée devait lui laisser un arrière-goût amer, puisque cela signifiait perdre également le but qui guidait ses pas jusque-là. Ce n’était pas rien, en particulier à en juger par l’expression de Flavien qui semblait relativement perdu. Elle aurait voulu l’aider, même si la chose était évidemment impossible. Il rejeta poliment son idée, se jugeant lui-même comme mauvais écrivain. Sanaë ne chercha pas à le démentir, l’intention même bonne serait bien hypocrite puisqu’elle n’avait pas d’appui pour réellement en juger. Peut-être qu’écrire ne l'intéressait tout bonnement pas, ou peut-être se montrait-il tout simplement trop exigeant envers lui-même, au point de ne pas se donner le droit à l’erreur.

Le jeune homme, face à elle ne ressemblait décidément en rien à ceux qu’elle avait rencontré jusqu’ici. Il n’était pas guidé par les mêmes convictions ou croyance que la plupart des daënars qu’elle connaissait, ses frères ne faisant pas exception. Il ne cherchait pas la gloire, la richesse… Au contraire, tout ceci semblait lui passer bien au-dessus, se focalisant sur une existence simple et riche à la fois. Lize et lui s’étaient certainement bien trouvés tous les deux, leurs échanges ne devaient être en rien banales ou de tout repos. Sa cousine avait la tête dure, façonnée dans un bois solide qui ne se pliait pas facilement. Sa tante la pensait têtue tandis que Sanaë préférait de loin la qualifier de “déterminée”.

Aussi, Sanaë ne comprit pas où se trouvait le problème. Pour elle, il s’agissait simplement de parler des créatures dont il semblait si sincèrement épris et qu’il désirait connaître. Fallait-il un talent spécifique pour cela ? Pas pour elle. Évidemment, la jeune femme n’avait, jamais réellement tentée l’expérience, se limitant à quelques échanges épistolaires relativement courts et peu fournis. Néanmoins, elle lisait beaucoup, depuis toujours et sur tous sujets. Sana avait donc eu l’occasion de constater une certaine liberté dans le style d’écriture, chose qui n’existait pas forcément dans toutes les disciplines. Une plume littéraire était donc propre à la main qui la tenait, il n’en existait pas deux identiques. Alors pourquoi douter, se restreindre en particulier lorsqu’il s’agit de parler de passion… Peut-être était-ce plus une question d’envie, ou la crainte d’échouer tout simplement.

Elle préféra donc ne pas relever, par crainte qu’un encouragement de sa part ne passe pour une sorte d’insistance sur un sujet qui ne la regardait finalement pas. Pourtant, l’amour de Flavien pour ces créatures était visible dans chacun de ses sourires. Ceux emplis de tendresse, directement adressés à ses familiers et qui ne lui avait nullement échappé… Le my’trän les aimait, les connaissait et désirait en apprendre toujours plus. Une soif de connaissance qui lui rappelait une nouvelle fois sa cousine…

- Vous me semblez bien dur envers vous-même, murmura-t-elle sans réellement s’en rendre compte avant de réaliser la portée de ses mots. Son visage se teinta d’un rouge clairement gêné avant qu’elle ne se reprenne afin de poursuivre sa pensée par crainte que celle-ci ne soit mal interprétée. Pardonnez-moi, je me trompe peut-être, mais c’est ce que je ressens en vous écoutant. Vous paraissez si exigeant, presque intransigeant envers vous-même, comme si une erreur vous ferait tout perdre… Je ne suis pas non plus très douée avec les mots… Veuillez m’excuser si mes paroles vous ont blessé...

Plus gênée que jamais, Sanaë accueillit le silence avec soulagement. Laisser échapper ses pensées était une habitude perdue depuis longtemps, lorsqu’elle s’était murée dans le silence. Depuis l’événement, la jeune femme paraissait plus réservée, sa passion l’ayant brutalement abandonnée, se perdant avec tout ce qui fut sa vie. De l’horlogère enjouée, il ne restait plus grand-chose à présent. Sanaë pouvait donc aisément paraître plus calme, presque apaisée alors qu’elle était tout bonnement éteinte… Ou presque. La vérité était bien plus complexe que cela en réalité, l’esprit de l’ancienne horlogère ressemblait à la flamme fragile d’une bougie qui essayait tant bien que mal de survivre face à un souffle froid chargé de regrets.

La question du jeune homme la surprit. Étonnement, personne ne l’avait jamais interrogée sur un tout autre sujet que celui qu’elle maîtrisait : l’horlogerie. Tant est si bien d’ailleurs que la jeune femme avait, par la force des choses, évincée bon nombre de ses centres d’intérêt pour se focaliser sur ce que l’on attendait d’elle… Néanmoins, Flavien ne se trompait pas, tout du moins en un sens plus global. Comme par automatisme, simplement par l’évocation de l’oursonne, Sanaë se tourna vers Shaïa qui n’avait évidemment pas bougé d’un pouce. Un nouveau sourire se dessina doucement sur son visage tandis qu’elle cherchait ses mots pour s’expliquer convenablement.

- Disons simplement que j’ai un certain respect pour la vie et l’existence de chaque créature de ce monde. Qu’elles soient humaines ou animales… Mon compagnon est rentré un jour avec Shaïa dans ses bras. Elle venait de naître et pourtant elle avait déjà perdu sa mère… Ni lui, ni moi n’avons eut le courage de l’abandonner. Évidemment, la vie que nous lui offrons n’est certainement pas idéale pour elle. C’est un animal sauvage, libre qui n’a logiquement rien à faire dans une maison avec deux humains probablement trop naïfs. On se moque souvent de nous à ce sujet d’ailleurs. Mais tant pis. On sait que sans nous, la pauvre serait morte avant d’avoir pu ouvrir les yeux… Nous ne pouvions pas l’ignorer en se servant de l’excuse de la nature et de ses lois, ce serait trop me demander.

Bien sûr, la jeune femme avait beau être idéaliste, elle n’était certainement pas stupide pour autant. Elle savait que Shaïa ne resterait pas toujours aussi petite, que la nature reprendrait ses droits, exigeant certaines choses pour répondre aux besoins de l’animal, que ce soit en nourriture ou pour des questions de reproduction. Soucieuse de ne pas passer à côté de l’essentiel, Sanaë s’était renseignée sur les ours, dévorant les ouvrages traitant du sujet, même s’il était rare de voir un ours vivre aux côtés d’humains, tout du moins en Daënastre. Peut-être cela existait ailleurs, mais pas ici...

Flavien poursuivit alors, désignant l’un de ses familiers, l’Aitah répondant au nom de Selmac. Le jeune homme affirmait que l’animal appartenait jadis à Lize… Pourtant, Sanaë ne l’avait jamais vu avant cela. Sa tante n’acceptait pas les animaux auprès de sa fille, par crainte que ceux-ci ne la fatigue ou ne la rende malade, et ce, malgré les supplications de Lize qui rêvait d’avoir un compagnon couvert de fourrure. Était-il possible que la jeune fille soit passée outre les interdictions de sa mère en recueillant un animal sans en parler à personne ? La réponse lui parut bien évidente : oui. Même, en étant proche de Sanaë, Lize n’aurait certainement pas couru le risque de se faire prendre, ne serait-ce que pour protéger la petite boule de poil.

-Je ne le connais effectivement pas, affirma-t-elle en souriant, tout en laissant échapper un petit rire amusé. Si Lize l’avait avant de quitter Daënastre, alors Selmac représente le secret le mieux gardé de ma cousine. Mais je suis heureuse d’apprendre qu’elle n’a pas voyagé seule jusque-là bas… Merci petit Selmac.

Sa question suivante lui parut bien étrange, si bien que la jeune femme pencha légèrement la tête sur le côté en signe d’incompréhension.

-Une fois, seulement, se souvint-elle. L’an dernier, pour me rendre à Zochlom. Deux en réalité, avec le retour. En revanche, j’ai eu l’occasion de monter sur un aéronef pour un court moment cela dit. Je dirai qu’à choisir, ne serait-ce que pour la vue, je préférerai aussi voyager par les airs… Bien que je me doute que vous ne parliez pas d’un de ces engins volant. La technologie à bord est impressionnante. Un mal de mer ne doit pas représenter grand-chose à côté du malaise que vous ressentiriez.

L’ancienne horlogère sembla bien pensive alors, avant de réaliser qu’aucun appareil volant ne pourraient permettre un voyage agréable pour le jeune homme. Technologiquement parlant, chacun d’eux représentait un bijou, une prouesse… Pour un my’trän, les choses seraient bien différentes. Finalement, le regard chargé d’une curiosité évidente, Sanaë lui demanda :

- Comment voyagez-vous, Flavien ?



Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Flavien Teleri
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Mar 1 Mai - 20:07
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Profession : Soigneur itinérant
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Flavien leva les yeux sur Sanaë qui interrompait discrètement ses explications, d'une voix basse. Il mit en suspend son discours pour écouter ce que la jeune femme avait à dire et prendre en compte ses paroles, une action assez inhabituelle de sa part pour être notable. Il était rare que le soigneur prête autant attention à ce que l'un de ses interlocuteurs marmonnait, ne trouvant que peu d'avantages à tendre l'oreille pour s'assurer qu'aucune parole en l'air ne lui échappe. Sanaë était différente dans sa manière d'approcher une conversation. Attentive à chacune de ses paroles comme peu de monde l'était, elle ne semblait pas être de celles qui parlaient sans rien avoir à dire. Raison de plus pour prêter attention à ce qu'elle disait tout bas.

La Daënare murmurait que son convive était trop dur envers lui, surprenant le My'trän. Arquant un sourcil, son regard croisa celui de la Daënare qui s'empourpra légèrement en constatant l'interrogation qui se lisait sur le visage de Flavien. Visiblement gênée, Sanaë s'empressa de lui présenter ses excuses, perdue entre l'envie de lui expliquer son ressentit et le besoin de respecter l'intimité de cet homme dont elle ne connaissait au final pas grand-chose.

Flavien ne savait pas s'il était trop dur avec lui-même, la notion était assez intrigante. Il supposait qu'il pouvait donner l'impression de ne jamais se contenter de ce qu'il avait. Etait-ce au moins possible d'en demander trop ? D'être à ce point dur avec soi-même que la discipline s'effaçait au profit de la torture de l'esprit ? L'idée était déconcertante. Il lui avait toujours semblé qu'on n'était jamais assez exigeant envers soi-même, qu'il y avait toujours quelque-chose à améliorer, d'une manière ou d'une autre. Que ce soit par rapport à sa connaissance de la faune, ou à propos des remèdes sur lesquels il planchait, Flavien n'était jamais entièrement satisfait. Cela ne faisait pas de lui un homme malheureux. Au contraire, il irait même jusqu'à penser que c'était justement cette exigence qui le motivait à chercher à s'améliorer jour après jour.

Le soigneur secoua doucement la tête, une manière d'accepter les excuses de la jeune femme tout en l'informant que ses paroles n'avaient rien de blessant.

- Vous n'avez pas tort, Assure-t-il sans gêne, Je suis exigeant.

Une demie vérité s'il en était une. L'exigence qu'il se réservait transparaissait aussi dans ses rapports aux autres, qu'il avait souvent été trop rapide à juger. Il s'améliorait petit à petit de ce côté-ci, mais son incompréhension face aux diverses émotions qui gouvernaient le genre humain lui rendait la vie dure. Lui qui comprenait si facilement les animaux en sondant leurs pensées, se retrouver à converser avec un représentant du genre humain l'aliénait fortement dans de nombreux cas. Les machinations et la tromperie n'étaient pas des notions que le soigneur maitrisait très bien. Il avait beau parler assez peu de manière générale, il n'avait pas la langue dans sa poche quand il s’agissait de dire ce qu'il pensait, au grand damne les conséquences.

Sanaë accueillie sa réponse d'un regard entendu, laissant filler ce sujet épineux et instaurant entre eux un silence amiable. Profitant quelques instants du silence pour remettre de l'ordre dans ses pensées, le regard du My'trän passa de la Daënare à l'oursonne qui dormait paisiblement, roulée en boule sur ses genoux. Le petit animal qui devait déjà peser son poids semblait parfaitement à son aise et le soigneur se surprit à songer que cela n'était peut-être pas le cas de celle qui faisait office de nid douillet. Flavien n'avait pas oublié la canne qui reposait contre le fauteuil de la Daënare.

Evoquant la petite oursonne plutôt que d'engager une conversation qu'il n'avait aucun droit de débuter, Flavien laissa sa curiosité par rapport à la jeune omnivore prendre le dessus. Il avait rarement eut l'occasion d'approcher des oursons de ci près. Une excellente nouvelle, malgré son incapacité à étudier plus en détail ces intrigantes créatures : les jeunes ours étaient pratiquement couvés par leur mère à un âge aussi jeune. Ne pas réussir à les approcher était une bonne chose, cela voulait simplement dire que l'un de leurs parents veillait étroitement sur eux. Cela n'était visiblement pas le cas pour Shaïa. L'oursonne était élevée par Sanaë, nourrie au biberon par cette dernière. La Daënare ne semblait pas être du genre à arracher un animal sauvage à son habitat par désir d'élever une créature exotique, aussi Flavien était curieux de savoir comment une petite ourse s'était retrouvée en sa compagnie.

Un fin sourire fleurit sur les lèvres de Sanaë qui se tourna vers Shaïa. D'une voix douce, comme pour ne pas déranger le sommeil de l'oursonne, elle lui conta leur triste rencontre. La Daënare n'avait pas eu le courage, ou plutôt la lâcheté, d'abandonner l'orpheline qui venait à peine de naître. Perdue dans un monde où elle aurait fini dévorée à moins d'être recueillie par une famille de substitution, l'oursonne avait dans son malheur eut la chance de tomber sur le compagnon de Sanaë pour lui venir en aide. Sanaë poursuivit en glissant que son compagnon et elle avaient été moqués pour leur choix, mais qu'elle ne regrettait pas un instant d'avoir donné sa chance à l'oursonne. Loin de se soucier des qu'en dira-t-on, elle s'était promis d'élever l'oursonne au mieux, avant de l'inviter à rejoindre la vie sauvage qui l'appelait tant, une fois qu'elle sera assez forte pour vivre seule. Une telle décision n'avait pas dû être facile à prendre, malgré l'assurance qui se dégageait de Sanaë alors qu'elle évoquait son désir de prendre soin de l'animal aussi longtemps qu'il en aurait besoin.

Il était clair que le jeune animal faisait entièrement confiance à Sanaë. L'admirateur d'Orshin ne pouvait qu'espérer que la jeune femme soit suffisamment préparée à voir l'animal grandir et qu'elle réussisse, à défaut de la garder comme compagnon fidèle mais imprévisible, à l'inviter en temps et en heure à retourner vers la nature. Si tel n'était pas le cas, et que Shaïa finissait par être pris sous la coupe d'un prétendu dompteur d'animaux sauvages comme il en existait tant pour se produire dans les foires Daënares, alors l'enfance joyeuse de cette créature ne vaudrait pas une vie d'adulte derrière les barreaux d'une cage dorée.

Les créatures de ce monde avaient besoin de liberté. Ses propres familiers s'éloignaient de lui dès qu'ils le souhaitaient : une rareté, presque une bizarrerie, mais il leur arrivait d'avoir besoin de liberté, et Flavien le leur offrait avec révérence. Néanmoins, s'il faisait confiance à Hua, ou encore à Aquila pour s'en sortir dans la nature sauvage, de quelques heures à plusieurs jours, ce n'était pas le cas pour Selmac. L'Aitah lui causait bien des soucis, l'envie d'évasion ressemblant parfois plus à l'appel du vide lorsque l'Aitah était concerné. Le félin n'avait aucune notion du danger et la vie de nomade que lui offrait son maître ne le préparait pas franchement à toutes les situations nouvelles qu'il rencontrait.

Ainsi, Flavien évoqua son plus ancien compagnon. Selmac, un Aitah au poil commençant doucement à ternir sous l'effet du temps qui passait et des aventures qu'il traversait. Un familier bien particulier par le fait qu'il avait insisté pour accompagner le nomade dans sa quête, bien que le jeune homme n'avait aucun souvenir de n'avoir jamais adopté d'Aitah à l'époque de son départ. Sanaë n'avait aucune idée d'où pouvait bien provenir le félin, et Flavien supposait qu'elle avait raison. D'où ce petit être pouvait bien venir devait représenter le secret le mieux gardé de sa cousine, et il en resterait ainsi. Flavien pourrait aisément demander à Selmac s'il avait voyagé avec Lize, et d'où il provenait, mais cela n'avait pas d'importance. Il l'avait certainement aidé à traverser de nombreuses épreuves, présent pour sa maîtresse comme il l'avait été pour Flavien, et le soigneur lui en était infiniment reconnaissant.

Voyager n'avait pas toujours été de tout repos, avec ou sans Selmac. Qu'il parcourt kilomètre après kilomètre à pied, ou qu'il se risque à emprunter des embarcations un peu trop sujettes aux caprices du vent pour qu'elles ne soient entièrement confortables à ses yeux, aucun chemin ne ressemblait jamais au précédent. C'était certainement ceci qui lui avait permis de ne pas s'essouffler, année après année, et de persévérer dans ses pérégrinations. Il avait beau avoir visité chaque territoire de My'trä, ils ne restaient pas figés dans le temps, faisant de chaque nouveau passage dans une région l'occasion de découvrir autre-chose.

Suivant le fil de sa pensée, il questionna la Daënare sur ses voyages. Il savait qu'elle avait quitté Blumar après les terribles évènements qui s'y étaient joués, mais peut-être que la jeune femme appréciait de voyager, elle aussi. Sa cousine et elle avaient été proches dans leur enfance : elles avaient peut-être partagées, à côté de leur altruisme et d'une curiosité lavée de tout préjugé, la même soif d'aventure.

Sanaë eut l'air perplexe, réfléchissant à la question un moment avant de répondre qu'elle n'avait pas souvent eut l'occasion de voyager, que ce soit par bateau ou à bord d'un aéronef. Ces machines en question donnaient mal à la tête au My'trän rien qu'à imaginer comment elles pouvaient voler à travers les cieux et transporter des passagers, autant dire qu'il préférerait ne jamais avoir à se risquer à bord d'une de ces constructions. Sanaë nota sa moue songeuse et donna raison à sa méfiance complète vis-à-vis de ces créations Daënares. Il tenterait effectivement milles fois sa chance avec l'océan impétueux avant de s'enfermer dans une prison technologique au plus près des nuages. La jeune femme voyait certainement juste en supposant qu'il serait pris d'un malaise à bord d'un aéronef.

- Je préfèrerai ne pas m'en assurer. Répondit-il en s'autorisant un sourire en coin.

La curiosité de la jeune femme avait été piquée à vif dès qu'elle réalisa que le My'trän ne parlait pas d'une création Daënare en évoquant ses voyages aériens. Il aurait été assez facile pour lui de parler rapidement de Khi'del, de ne pas s'éterniser sur le sujet, mais l'ignorance des Daënars qui en avaient fait une misérable bête de foire affublé de la pire des réputations le poussait à creuser le sujet.

- Je voyage en compagnie de Khi'del. C'est un Dalavoï... Vous avez peut-être déjà lu des écrits sur la faune My'tränne ?, Questionna-t-il avant de continuer en conséquence, Les Dalavoï sont... disons qu'ils sont de la famille des Dragons, pour vous donner une vague idée de leur apparence. Ils sont par-contre beaucoup plus calmes que leurs cousins, plus doux aussi. Ils ne sont pas taillés pour le combat, à la différence des Dragons. Ce sont des créatures fragiles, qui méritent autant le respect de leur cavalier que la plus robuste des montures. Ils sont extrêmement fidèles, et briser la confiance d'un Dalavoï...!

Flavien secoua la tête en réalisant qu'il avait légèrement levé la voix. Bien sûr il ne s'était pas mis à crier, mais l'animation dans sa voix faisait transparaitre sa passion et la manière si particulière dont ce sujet qui lui importait tant l'éveillait. L'évocation de la faune et la cruauté des Hommes à son égard mettait souvent l'admirateur d'Orshin hors de lui, plus encore lorsqu'il était proche de la situation.

- L'ancien propriétaire de Khi'del l'a vendu à une foire. Dit-il simplement. Les Dalavoï ne sont pas nés pour être enchainés. Ils ont besoin d'espace et de liberté.

La créature qui avait manquée de prendre part à un combat bien trop cruel pour un être aussi doux, tout ça pour l'amusement de quelques parieurs sans cœur, avait perdu confiance dans le genre humain. Exister dans la peur n'était pas une vie. La confiance de Khi'del envers son nouveau maître était totale, simplement car le lien qui les unissaient permettait au Dalavoï de sonder l'esprit de l'admirateur d'Orshin, s'assurant jour après jour qu'il ne se jouait pas de lui. Pourtant, Flavien ne souhaitait pas une fidélité exacerbée de la part de sa monture. Le Dalavoï lui survivrait certainement. Flavien espérait qu'il puisse s'ouvrir à nouveau aux autres.

Le soigneur leva les yeux sur Sanaë. Les yeux de la Daënare brillaient toujours d'intérêt et l'idée lui traversant l'esprit au même moment où elle franchissait ses lèvres.

- Je peux vous le présenter, Proposa Flavien, Khi'del est... méfiant, depuis ce temps. Peureux, mais pas agressif. Je suis certain que rencontrer du monde l'aidera à faire à nouveau confiance aux Hommes. Si vous le souhaitez, bien sûr.

Il espérait ne pas forcer la main à Sanaë, mais il s'agissait effectivement d'une belle opportunité pour le Dalavoï de renouer des liens avec le genre humain. Khi'del répondrait à son appel, mais quand à savoir si la créature accepterait de se laisser approcher par Sanaë ou non, c'était une toute autre affaire. Flavien avait beau être son cavalier, il refusait d'influencer le Dalavoï lorsqu'il s'agissait de sa propre guérison. Il ne comptait pas forcer la main de la créature, au risque de jeter par une fenêtre les quelques avancées qu'il avait pu faire avec lui depuis quelques mois.

Une fois tombés d'accord, Sanaë et Flavien quittèrent la sécurité de la petite demeure, laissant derrière eux une Shaïa endormie, roulée en boule sur le fauteuil de sa maîtresse. S'éloignant légèrement des bâtisses, ils marchèrent lentement jusqu'à arriver en bordure des habitations, le flan de la colline leur ouvrant grand les bras devant eux. Flavien avait accueilli Selmac sur son épaule, conscient que le félin se serait mis en tête de jouer avec la canne de Sanaë sans réaliser qu'il lui causait du tort. Cela n'eut pas l'air de déranger Selmac qui, le nez levé vers le ciel, humait l'air frais, les yeux plissés.

Le soigneur offrit un regard et une ultime explication à Sanaë avant d'appeler son Dalavoï à les rejoindre.

- Khi'del vole toujours quelque-part aux alentours. Lorsque je le lui demande, comme maintenant, il me rejoint. Je n'ai pas besoin de lui indiquer où je suis. Le lien qui nous lie lui permet de me retrouver sans difficulté. Expliqua Flavien avant de porter son attention sur le ciel. Quelques nuages rosés se battaient dans un ciel bleu et Flavien sourit en désignant un nuage en particulier. Vous voyez ? Là-haut.

A bien observer le nuage que le My'trän pointait du doigt, il était évident qu'il ne répondait pas aux mêmes lois que les autres stratocumulus, semblant se jouer des caprices du vent et refusant d'être balayé au loin. Graduellement, cet étrange nuage grossit, jusqu'à ce qu'il paraisse évident à quiconque que cette chose n'avait de nuageux que la couleur et l'aspect. Lorsqu'il se posa enfin devant eux, mettant quelques bons mètres entre son cavalier, l'étrangère qui l'accompagnait et lui, Sanaë eut l'occasion d'admirer de près le Dalavoï.

Khi'del était âgé d'une cinquantaine d'année. Ainsi, il se trouvait être dans la fleur de l'âge pour un Dalavoï. Cette robustesse lui avait permis de supporter la maltraitance dont il avait fait les frais. De sa vie torturée, il gardait encore quelques séquelles. Bien qu'il mange désormais à sa faim, il était encore bien maigre et pouvait avoir l'air de se noyer sous ses ailes. Le collier serré qui l'avait maintenu au sol avait mis la peau de son cou à vif, le duvet repoussant lentement à cet endroit. Outre ces rappels d'un temps passé, la créature était imposante sans être effrayante. Grand et mince, Khi'del disposait d'une paire de pattes très courtes à l'avant, reposant entièrement sur son corps de serpent qui s'enroulait derrière lui. Son plumage était d'une couleur chaude mais pas agressive, pareille aux nuages qui accompagnaient le lever du soleil. Ses plumes majoritairement blanches et pêches étaient teintées de rose clair tirant sur le rose vif.

Actuellement, le Dalavoï regardait son cavalier avec une intensité qui ne laissait planer aucun doute sur son silence. S'il ne s'exprimait pas à voix-haute, il était définitivement en train de converser avec Flavien par la pensée. Finalement, la créature tourna ses yeux clairs sur la Daënare.

- Khi'del, j'aimerais te présenter Sanaë. Termina tranquillement Flavien à voix-haute. En flattant l'encolure du Dalavoï, il se tourna ensuite vers Sanaë, Tendez votre main dans sa direction, paume tendue devant vous, mais ne le touchez pas. Il viendra à vous tout seul s'il le désire.

Un long moment passa durant lequel Khi'del resta de marbre. Il avait appris à faire par extension confiance aux rares amis de son cavalier, mais rencontrer de nouvelles têtes étaient toujours un défi. Il avait passé tant d'année à jouer avec insouciance avec les voyageurs qu'il rencontrait, il était injuste que le mauvais traitement subit le prive de ce contact qu'il avait toujours cherché.

La créature se perdit dans les yeux clairs de Sanaë, indécis. Finalement, il sembla y trouver les réponses qu'il espérait. Il tendit la nuque pour approcher de la main ouverte, fermant les yeux en cognant avec hésitation son crâne contre la paume de la jeune femme.

- Vous pouvez le caresser. Assura le soigneur, Doucement. Faites attention à ne pas accrocher ses moustaches, elles sont très sensibles.

Khi'del était un concentré de muscles et pourrait aisément renverser Sanaë si l'envie lui en prenait. Difficile à croire qu'il en serait capable, à le voir actuellement. La créature était figée, hésitant à bouger avant que la Daënare ne fasse un premier geste.


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Sanaë Eshfeld
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Mer 2 Mai - 17:33
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Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
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- Sana, regarde, j’ai trouvé ! s’éclama joyeusement Lize en montrant la gravure représentant un serpent ailé à sa jeune cousine. Tu es un dalavoï !

- Mais qu’est-ce que tu racontes ? s’étonna la fillette intriguée par les paroles de la petite brune.
Lize semblait sûre d’elle, s’agitant sur son lit en s’agrippant fermement à l’un des ouvrage que Sanaë lui avait ramené la veille. Elle s’agitait tant, qu’elle en fit tomber la peluche qui atterrit près de sa jeune cousine qui la ramassa avant de s’asseoir à ses côtés.

-Tu trouves que je lui ressemble ?s’étonna Sanaë en lui lançant un regard empreint de perplexité.

-Pas physiquement, banane,railla joyeusement Lize en désignant un paragraphe particulier. Écoute : “Bien qu’ils soient extrêmement casaniers, les dalavoï sont de nature curieuse et joueuse. Chaque nouvel élément qu’ils rencontrent est un objet de fascination jusqu’à ce qu’ils aient déterminé de quoi il s’agit et ce qu’il fait. Lorsqu’ils établissent leur territoire, ils peuvent passer des mois à en explorer chaque coin et recoin et, par conséquent, ils connaissent leurs terres de fond en comble. Chaque fois que quelque chose de nouveau entre sur leur territoire, ils mettront leur point d’honneur à étudier la chose en question avec une grande attention. Tu vois, c’est toi, il ne te manque plus qu’une paire d’ailes, Sana.

Interloquée par les paroles de son aînée, Sanaë ne cessait de fixer la fameuse gravure sans réellement comprendre ce que voulait dire sa cousine. Elle avait beau être habituée aux excentricités de Lize, la fillette ne suivait pas toujours son raisonnement. Bien sûr, elle la connaissait assez pour savoir qu’il n’y avait aucune moquerie d’aucune sorte dans ses mots, bien que Lize ne disait jamais rien au hasard, ce n’était pas son genre. Pourtant, cette dernière semblait particulièrement amusée par sa trouvaille et observait sa cousine avec un immense sourire. Encouragée par sa “bêtise”, Sanaë se mit à rire à son tour.

-Et bien dans ce cas, on peut dire que tu es un griffon!

-Hein ? Pourquoi un griffon ?

-Parce que tu aimes jouer et dormir! répondit Sanaë avec un sourire fier.

-Mais ce n'est pas vrai ça!s'exclama Lize en prenant une moue faussement boudeuse avant d’abattre son oreiller sur le visage d’une Sanaë hilare.

*****

Sanaë écouta avec attention Flavien exposer quelques caractéristiques au sujet de son compagnon ailé. Elle avait beau avoir épluché plusieurs ouvrages traitants le sujet, ceux-ci étaient généralement incomplets, n’évoquant que quelques détails que les zoologues n’avaient pu qu’observer, souvent de loin. Il n’y avait donc rien de comparable à ce que le my’trän lui expliquait avec une passion évidente. Tandis qu’il parlait, le jeune homme sembla s’emporter un instant, sans que Sanaë n’en comprenne la raison… Tout du moins jusqu’à ce qu’il ne s’explique, bien que brièvement. Ainsi donc, son compagnon avait été enchaîné, exhibé et probablement maltraité par son ancien propriétaire. Flavien lui offrait donc une nouvelle vie, probablement bien plus douce, il suffisait après tout d’observer les familiers du jeune homme pour comprendre que ces derniers étaient choyés et respectés…

Lize avait jadis trouvé quelques points communs entre cette fameuse créature et sa cadette. À l’époque, elle s’était focalisée sur leur côté curieux et jovial...Ce qu’elle était, autrefois du moins. Cette Sanaë là, n’existait plus à présent. Elle était plus calme, plus douce et réservée… Méfiante aussi, craignant sans cesse que l’on lui arrache à nouveau cet équilibre fragile qu’elle peinait encore à construire… Peut-être qu’en écoutant Flavien, Lize se serait mise en quêtes de nouvelles similarités, probablement que celle-ci lui aurait d’ailleurs sauté au visage…

Évidemment, Sanaë garda toutes ses pensées pour elle. Ne connaissant pas le jeune homme, celui-ci pourrait trouver tout ceci bien risible, voir même gênant. Après tout, il ne s’agissait que de raisonnement d’enfant dépourvu de cohérence… Tout du moins en apparence, car étrangement, la jeune femme comprenait mieux à présent la logique de sa cousine et se voyait curieuse de rencontrer ce fameux homologue ailé. Elle accueillit donc l’invitation du jeune homme avec un immense sourire et le suivit à l’extérieur.

A nouveau, elle se laissa aller à écouter les paroles du my’trän, trouvant le lien si brièvement décrit de plus en plus fascinant. Curieuse d’en apprendre plus, les interrogations semblaient se bousculer, dans sa tête, jusque dans sa gorge. Pourtant, Sanaë les retint volontairement, pour ne pas troubler ce moment. Elle se contenta donc de suivre du regard la direction que lui indiquait le jeune homme en pointant le ciel du doigt. Se trouvait là un étrange amoncellement de nuage rosé, légèrement éparses. Au début, la jeune femme n’y vit rien de bien particulier, cherchant ce qui semblait évident aux yeux du jeune homme… Puis, finalement, une forme se détacha du reste… Loin d’abord, à peine perceptibles à ses yeux clairs non entraînés, celle-ci se rapprochait rapidement pour rejoindre son maître qui l’avait appelé un peu plus tôt.

Sanaë observa avec émerveillement, la créature se poser, veillant visiblement à respecter une certaine distance entre eux. Flavien l’avait prévenu, l’animal éprouvait une certaine méfiance envers les humains qui l’avaient trahi autrefois… Il adoptait donc un comportement tout à fait logique, la tenant volontairement à l’écart en attendant que son maître ne le rassure… Tout du moins, c’était ce que l’ancienne horlogère supposait les observant se regarder comme si une sorte de dialogue silencieux se déroulait entre eux… Jusqu’à ce que de Dalavoï se tourne vers elle, plongeant son regard expressif dans le sien. L’animal semblait la jauger, cherchant une trace de malhonnêteté en elle… Ce qu’elle n’avait pas. Pourtant, elle eut un mouvement de recul, léger bien que parfaitement
perceptible.

Le résultat de ses propres craintes envers les animaux qui avaient généralement tendance à se montrer agressif envers elle… Jamais Sanaë n’avait pu caresser un chat sans se faire griffer. Ces choses-là avaient évidemment changé avec le temps, la vie ayant apporté son lot de cicatrice, la jeune femme était à présent plus calme, plus apaisée… Moins encline à agacé un animal qui ne pouvait supporter son agitation permanente. Pourtant, elle aussi se méfiait… Elle paraissait bien petite face à la créature face à elle et attendit que Flavien ne l’invite à approcher pour se permettre de réellement bouger.

Soucieuse de perturber le Dalavoï, Sanaë prit grand soin d’appliquer les recommandations du my’trän tout en adoptant tout naturellement une attitude humble chargée de son respect pour l’animal… Même si à aucun moment, ses yeux bleus ne se détournèrent de ce regard qui ne cessait de l’intriguer.

Puis, contre toute attente, Khi'del vint de lui-même à la rencontre de sa main, si frêle en comparaison de ce crâne immense et inévitablement doux. A peine l’eut-il touché, que le cœur de la jeune femme manqua un battement, avant de s’emballer pour finir pour s’apaiser d’une façon peu commune. En réalité, jamais Sanaë ne s’était senti aussi bien... Une larme perla doucement le long de sa joue, tout en poursuivant ses tendres caresses tout en veillant à ne pas toucher les moustaches de l’animal. Elle était émue, sincèrement touchée qu’une telle créature, si sublime et immense ne l’accepte elle, si petite et insignifiante.

-Je suis heureuse de te rencontrer Khi’del, honorée même, murmura-t-elle doucement. Tu es magnifique.

Légèrement honteuse de se montrer aussi faible devant cet homme qui lui offrait pourtant une telle chance, Sanaë sécha doucement ses larmes, en évitant tout mouvement brusque susceptibles d’être mal interprété.

-C’est étrange… Je me sens minuscule et privilégié à la fois… Votre don est vraiment remarquable… Merveilleux… Je serai tentée de dire “magique”, mais il me semble que c’est bien plus que cela...Je n’aurai pas les mots pour le qualifier, je ne sais même pas s’il en existe un assez juste...

Lentement, la jeune femme s’écarta de peur d’imposer sa présence trop longtemps. C’est alors que plusieurs détails lui apparurent tous en même temps, les stigmates bien visibles d’un passé probablement douloureux… Étrangement, elle se reconnut en lui, en cet animal marqué par la vie, comme ce fut son propre cas… Même si ses propres cicatrices ne sautaient pas aux yeux. Si ce n’est sa jambe, Sanaë ressemblait à n’importe quelle jeune femme de son âge, probablement un peu timide toutefois.

-Je suis curieuse… Ce lien que vous avez… Il vous permet de lire dans leur pensée ? Je ne sais pas comment fonctionne votre don…


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Flavien Teleri
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Ven 4 Mai - 22:39
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Profession : Soigneur itinérant
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Répondant à l'appel de son cavalier, Khi'del quitta la sécurité des cieux pour se poser en douceur à quelques mètres de l'homme auquel il avait choisi d'accorder la confiance qui avait survécu à son expérience en tant que bête de foire. Dérangeant à peine les quelques fleurs qui égayaient l'étendue d'herbe sur lequel il avait atterri avec une infinie douceur, l'imposant serpent ailé rabattit ses ailes le long de son corps, dirigeant son regard vers son compagnon de voyage après avoir jeté un rapide coup d'œil à la Daënare qui l'accompagnait. Les yeux gris de la créature trouvèrent ceux de son cavalier, qui lui offrit un sourire malgré la marge que Khi'del laissait entre eux, rassurant imperceptiblement la créature.

Le Dalavoï avait déjà été trahis une première fois par un camarade de vol, le plongeant dans une tourmente qu'il n'aurait jamais pu imaginer être possible. Il n'oublierait jamais cette leçon et les changements qu'elle avait opérés en lui. Malgré l'affection qu'il avait pour son nouveau cavalier, il gardait une certaine réserve par rapport à ce dernier. Evidemment, Khi'del était conscient que le choix de suivre le nomade dans ses pérégrinations était entièrement le sien. Flavien avait tenté de lui rendre sa liberté en le reconduisant sur les terres qui l'avait vu naître, mais Khi'del avait refusé de se détâcher de son sauveur, le suivant comme son ombre malgré les efforts de ce dernier à le rediriger vers les siens. Dépendant de cette réassurance qui lui avait tant manquée, mais inquiet d'être une nouvelle fois trompé, le Dalavoï accordait au soigneur une confiance aussi réelle que fragile.

S'approchant de son cavalier tout en faisait fi de la jeune femme à ses côtés, Khi'del appuya son front contre la paume tendue du My'trän.

" Vers où allons-nous ? " Questionna l'animal d'une petite voix.
" On ne part pas encore ", Corrigea lentement Flavien, " Je voulais te présenter quelqu'un. "

Le Dalavoï n'avait pas besoin de demander pourquoi le soigneur désirait le présenter à cette jeune femme discrète. Il savait bien qu'à un certain degré, il était aussi compliqué pour son compagnon de voyage que pour lui de nouer des liens avec d'autres représentants du genre humain. Ainsi, il écouta intensément les courtes présentations que faisait Flavien, plongeant son regard gris dans les yeux clairs de Sanaë, la jaugeant avec patience. Les yeux clairs de la jeune femme étaient doux, l'observant avec humilité plutôt qu'avec la curiosité malsaine dont il s'était détourné maintes et maintes fois durant son emprisonnement. Les prunelles bleues de Sanaë appelaient à la bienveillance, à une rencontre sous le signe du respect plutôt que de la dominance.

Khi'del pencha légèrement la tête sur le côté sous le regard de son cavalier qui guidait les gestes de sa camarade sans pour autant intervenir directement dans la rencontre. Les yeux gris du Dalavoï ne quittaient plus ceux de Sanaë, y cherchant le moindre signe de malhonnêtement capable de réveiller sa méfiance. Il ne trouva en elle qu'une grande délicatesse qui masquait une peine refoulée mais tangible. Un sentiment que seuls les animaux semblaient être capables de sentir.

Gracieusement, le Dalavoï se risqua à la rencontre de Sanaë, faisant sourire tranquillement son cavalier qui ne dit mot. Il se contenta de se poser en observateur privilégié, laissant le serpent ailé et la Daënare faire connaissance à leur manière. Une larme roula sur la joue de Sanaë et Flavien détourna les yeux, désireux de respecter ce moment d'introspection que devait traverser la jeune femme qui passait une main tremblante sur le front délicat de l'animal. Doucement, elle lui murmura quelques mots.

" Elle dit être heureuse. Pourquoi pleure-t-elle ? "
" Les larmes ne sont pas forcément le signe de tristesse. "
" Vraiment ? ", Questionna délicatement le Dalavoï sans quitter Sanaë des yeux, " Mais les Hommes rient lorsqu'ils sont heureux... Ce serait des larmes de joie ? "
" Je ne sais pas, Khi'del. "
" Hmm... Je n'aime pas voir les Hommes pleurer. "

Quoi que pouvait éprouver Sanaë à cet instant, elle se hâta d'effacer ses pleurs, offrant un sourire humide à Khi'del. Avait-elle ressentit les supplications de la créature ailée, ou avait-elle seulement cherché à masquer ce trop-plein d'émotions qui l'avait submergée ? Elle seule avait la réponse à cette question que Flavien ne se permettrait pas de lui poser.

Sanaë évoqua alors son don, le lien si particulier qui l'unissait aux créatures qui peuplaient les terres d'Irydaë et qui liait son destin à celui de ses familiers d'une façon bien plus étroite que n'importe qui d'autre en ce bas monde. La jeune femme tenta, sans succès, de coller un adjectif sur cette force immuable qui le poussait à interagir avec la faune sans ne rien avoir à y gagner de matériel.

- C'est bien plus qu'un don. Approuva-t-il à voix basse, sans réellement s'adresser à Sanaë.

La magie s'exprimait en Daënastre. Elle n'était pas éteinte sur le continent des technologistes, loin de là, mais elle avait été forcée loin des cœurs et des mœurs des personnes de ce pays, se réfugiant en profondeur. La terre était imprégnée de magie, une force dormante, forcée dans une cage bien trop petite pour elle. Sur les terres My'trännes, la vie était célébrée, les éléments craints et vénérés... Chaque Homme, chaque animal, chaque chose, qu'elle soit minérale ou végétale, avait une âme. Une essence imprégnée d'une force qui les dépassaient tous, mais qu'ils étaient autorisés à apprivoiser. Dans le Tyorum, comme rarement dans d'autres régions, il pouvait sentir cette force tranquille courir en profondeur dans les terres fertiles. Ici, plus qu'ailleurs, sa My'trä natale venait à lui manquer.

Khi'del ramena son menton contre son cou, observant les gestes lents de Sanaë qui s'éloignait pour se rapprocher de son cavalier. Le mouvement de recul de la jeune femme l'attrista autant qu'il lui apportait du réconfort. Une caresse était toujours appréciable, mais une distance entre eux lui permettrait de voir arriver un geste violent. Il savait bien, au fond, qu'il pouvait certainement faire confiance à cette jeune femme. Malheureusement, rien n'était moins sûr dans son cœur. Il était clair que son cavalier lui faisait confiance, il ne l'invitait jamais à quitter les cieux s’il ne le savait pas entièrement en sécurité, c'était une règle immuable entre eux, qui pourtant n'avait jamais été discutée. Malgré tout, Khi'del ne pouvait s'empêcher de se sentir plus en sécurité à bonne distance d'une inconnue.

Serpentant aux côtés de son cavalier, le Dalavoï s'enroula confortablement derrière Flavien, qui s'était tourné vers Sanaë. La jeune femme le questionnait sur sa capacité bien singulière. Son visage était curieux, ouvert, et pourtant elle s'imposait une certaine retenue. Il était évident qu'elle ne souhaitait pas forcer la main au soigneur, bien qu'elle espère en apprendre plus sur la magie.

Flavien resta silencieux un moment. Dans un premier temps, il hésita à relever le défi, ne se souvenant que trop bien de la dernière fois qu'il avait tenté d'expliquer sa magie à une technologiste d'apparence aussi sympathique que la jeune femme en face de lui. Croisant le regard chargé de curiosité de Sanaë, il renonça bien vite à cette idée. La jeune femme avait l'esprit beaucoup plus ouvert que la majorité des Daënars qu'il avait pu rencontrer. S'il y avait une personne capable de le comprendre malgré leur différence culturelle, c'était certainement la cousine et confidente de la brave jeune femme qui avait quitté sa patrie pour My'trä.

- Je peux comprendre les animaux sauvages. Leurs paroles me parviennent par la pensée, mais je suis incapable de lire leurs pensées profondes ou de partager leurs émotions. Je dois me fier à leur discours et à leur attitude. Les seules créatures que je comprenne à un tel niveau sont mes familiers, ces créatures qui m'accompagnent partout où je vais. Nous partageons un lien bien plus fort et à ce titre, je ressens leurs émotions beaucoup plus directement.

Le My'trän s'arrêta un instant pour s'assurer que Sanaë n'avait aucune question brûlante, avant de reprendre son explication.

- Ce sont mes croyances qui me permettent de communiquer avec la faune, et ce sont d'elles que découlent mon don. Je peux lire les pensées des créatures sauvages, mais pour ce qui est de vous expliquer comment cela fonctionne...

Le nomade avait besoin d'un peu de temps de réflexion pour apporter à Sanaë une réponse qu'elle serait susceptible de comprendre, mais il lui fit signe qu'il ne l'ignorait pas, qu'il prenait simplement le temps de penser à la question. Retournant la question dans son esprit, Flavien passa une main dans ses cheveux, concentré. Il aurait été simple de répondre à la Daënare qu'Orshin lui offrait ce cadeau et s'arrêter là. De nombreux récits Daënars se contentaient de ce strict minimum, après tout. C'était pourtant beaucoup plus complexe que cela.

- Lorsque j'ai commencé à voyager pour retrouver... pour vous trouver, Corrigea Flavien, Selmac a refusé de me laisser tranquille. Je ne le connaissais pas, mais je pouvais ressentir que ce n'était pas le cas pour lui. Quoi que je fasse, quoi que je dise, il refusait de me laisser seul. Je sentais qu'il essayait de me dire quelque-chose, mais je ne pouvais pas le comprendre. Sans relâche, pourtant, il continuait à me supplier de ses yeux de lui accorder ne serait-ce qu'un moment.

L'Aitah miaula doucement lorsque la main de son maître se posa sur sa tête.

- Cette ci petite créature mettait tout en œuvre pour être comprise, usant de tous les stratagèmes possibles et imaginables pour m'expliquer, sans succès, la raison de sa présence. Il refusait d'abandonner la partie et, au fur et à mesure, j'ai arrêté d'essayer de déduire ce qu'il voulait et j'ai commencé à l'écouter. A réellement l'écouter. Avant, je ne faisais que l'entendre. Je mettais sur ses actions des idées typiquement humaines, sans prendre en compte sa nature animale. C'est en réalisant ma bêtise, en apprenant à respecter cette créature et en acceptant d'apprendre d'elle, que j'ai commencé à l'entendre. Il en va de même pour toutes les créatures d'Irydaë. J'ai compris qu'elles avaient plus à m'apprendre que ce que je pouvais bien penser.

Flavien croisa les bras sur son torse, une manière d'éviter qu'il ne s'agite dans son explication.

- Cet intérêt pour la faune, cette révérence dans mon approche des créatures sauvages... C'est grâce à elle que j'ai été choisi par Orshin, le protecteur de la faune. Flavien s'arrêta un instant pour penser, secouant la tête en reprenant, J'entends souvent dire que les mages choisissent leur Architecte, comme un artisan choisi son art. Cela arrive, bien sûr. Un mage suffisamment têtu peut avoir envie de plier plusieurs éléments à sa volonté, et à force d'acharnement, il y arrivera. Seulement... Je ne pense pas que ce soit l'unique voie possible. Ce n'est pas celle que j’ai choisie. Vous voyez, nous choisissons d'admirer un ou plusieurs Architectes, de croire en eux plus que tout en ce monde... Mais il m'a toujours semblé que ce n'était pas entièrement vrai. Je crois en Orshin, je crois en sa bienveillance à l'égard des créatures de ce monde... et je crois aussi, d'une certaine manière, qu'il croit en moi. Je n'ai pas obtenu mon don en me tuant à la tâche, même si ma curiosité a bien manqué de me coûter la vie, non. C'est mon intérêt pour la faune qui l'a éveillé. Il s'agit d'un cadeau de mon Architecte, d'une manière pour lui de m'apprendre à comprendre encore mieux ces êtres qu'il a créé et qui peuplent l'immensité sauvage.

Il avait détaché son regard de Sanaë à mesure qu'il parlait, contemplant à présent la plaine qui s'étendait devant eux. Une brise fraiche balayait l'herbe folle.


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Flavien Sienna / Aquila DarkOrchid / Selmac LightGreen / Hua Yellow / Khi'del #cc99cc

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Sanaë Eshfeld
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Mer 9 Mai - 23:44
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S’asseyant dans l’herbe fraîche, afin d’étendre son genou endolori, Sanaë se plongea littéralement dans les explications de Flavien. Elle comprit alors que le don octroyé par l’Architecte du jeune homme lui permettait de communiquer avec tous les animaux. Il pouvait donc les entendre, se faire comprendre, un peu comme s’il s’agissait finalement d’une conversation entre humain, où jamais rien n’est certain. En revanche, chose tout à fait fascinante pour la daënare, Flavien avait un lien particulier avec ses familiers, ses compagnons de route et amis sincères. Ainsi, l’homme avait accès à leurs émotions profondes, leurs pensées secrètes. Et à ce titre, le my’trän était capable de les comprendre mieux que personne. Aucun mot ne pouvait qualifier une telle magie, une bénédiction offerte par une entité suprême à ses fidèles méritants. Dieux autrefois vénérés par ses ancêtres avant d’être reniés afin de retrouver leurs souvenirs perdus. L’histoire du monde, de l’humanité déchirée, semblait résonner jusque dans son âme. Que diraient ses semblables, ou ses aïeuls s’ils les voyaient tous deux, my’trän et daënares échangeant simplement, participant à une conversation ouverte sur un sujet considéré comme tabou pour les siens. La magie était crainte et méprisée à la fois, tout comme la technologie l’était par leur voisins, leurs cousins éloignés par le temps et les divergences d’opinions.

Sanaë ne reprochaient rien à ses ancêtres, au contraire. Ils avaient simplement agi , guidés par leur cœur, leurs besoins et s’étaient battus pour cela. L’histoire était claire sur le sujet. Celle qui lui avait été enseignée jadis, alors qu’elle n’était qu’une petite tête blonde, assise devant son pupitre au milieu des autres, écoutant sagement les leçons dictées par son instituteur, narrant l’exode de ces hommes et ses femmes, fondateurs de ce qui constituait aujourd’hui son peuple, sa patrie… Celle dans laquelle elle évoluait tout en se tenant, bien malgré elle, en marge d’une société familière mais pourtant toujours plus hostile à son égard. Si bien qui lui arrivait, parfois, de se sentir étrangère parmi les siens.

Ce lien, celui entre fidèles et Architecte, Sanaë le trouvait si beau, presque poétique en un sens. Puis elle se souvint de cette rencontre, celle avec ces trois femmes lors de l’exposition qui avait fait connaître son travail au reste du monde. Leur conversation, malheureusement avortée, ressemblait énormément à celle-ci. Meylan, Lycinia et sa sœur Niniel, l’ancienne horlogère ne les avait pas oubliés et pensaient régulièrement à elles, même si ce moment fugace semblait appartenir à un autre temps, une autre vie. Elle pensa à Aurore, à cette sagesse peu commune, cette maturité, cette détermination redoutable et admirable… Tant de qualités exceptionnelles et souvent étrangères au peuple technologiste. Eux s’appuyaient sur l’argent, la puissance de leurs machines bruyantes et froides, les mêmes qu’elle avait admirées durant son enfance… Une autre vie…

Flavien lui raconta alors son parcours, cette route qui l’avait conduite vers cet Architecte en particulier. Tout en ramenant son genou valide sous son menton, Sanaë se noyait dans les mots du jeune homme tout en observant avec tendresse la petite créature, si petite et pourtant déterminée et courageuse. Le My’trän s’était ouvert à l’animal, laissant son cœur, son âme libre de comprendre, d’entendre des sentiments, des intentions inconnus des humains, car trop complexes, trop différents pour être simplement interprétés. Tout du moins, c’est ainsi que la jeune femme se l’imaginait. Flavien essayait de s’expliquer au mieux, mais il était difficile de réellement comprendre quelque chose se plaçaient pourtant bien au-delà des mots. Comme c’était le cas de ce lien spirituel et profond, entre fidèle et Architecte, seule une personne l’ayant ressentie pouvait réellement en saisir le sens. Pour Sanaë, malgré tous ses efforts, cela ne restait malheureusement que des mots, mystérieux, entièrement inaccessibles pour celle considérée comme hérétique, si bien qu’elle s’en senti grandement frustrée.


La curiosité de la jeune femme la poussait en cesse à vouloir tout savoir, tout comprendre. La mécanique était si simple pour cela, les bases étaient quasiment les mêmes pour chaque machine, il suffisait de connaître le mécanisme pour comprendre le reste. Le même principe se déclinant à l’infini. Mais les machines étaient froides, sans vie, sans âme. Il ne s’agissait finalement que de vulgaires objets au mode de fonctionnement identique sinon semblables à celui de millier d’autres construit en suivant le même schéma impersonnel. Il n’y avait donc rien de comparable à la complexité du vivant, de sa psychologie unique modelée sur ses expériences, bonnes ou mauvaise, ses rencontres… Et qui se trouvait en constante évolution. Elle-même changeait, chaque jour un peu plus, faisant disparaître peu à peu l’ancienne Sanaë qui ne vivait que pour ses créations mécaniques… Celle qui avait muselée l’enfant qu’elle avait été.

Flavien ne pouvait s’en rendre compte, mais à travers ses paroles, ses explications passionnées, apportait lui aussi une pierre essentielle à la reconstruction de la femme brisée à ses côtés. Elle écoutait, attentivement, s’imprégnant étrangement de chacun de ses mots semblant chercher leur chemin à travers son âme meurtrie.

Jusque-là, Sanaë pensait, comme la plupart des daënars, que les my’träns se trouvaient culturellement liés à un dieu en particulier, voir même plusieurs. Ce lien semblait différent selon les personnes interrogées. Lycinia par exemple, considérait Süns et Delkhii comme des membres vénérés et respectés de sa famille, décrivant un attachement profond et immuable. La foi pouvait donc être librement interprétée ou est-ce que l’Architecte en question proférait un amour différent à ses enfants selon leur nature ou la force de leur croyance ? Zora, la femme qui lui avait tout prit était-elle réellement une élue de Möcholg, envoyée pour la purifier elle ?

Les questions se succédaient dans sa tête, cherchant avidement une réponse qu’elle ne trouverait pas. Flavien affirmait que c’était son dévouement à la cause animale qui avait poussé Orshin à le choisir. L’idée lui semblait belle, juste et incroyablement logique sans qu’elle ne puisse réellement la comprendre.

Flavien s'était tu, plongeant son regard vers la plaine et l’horizon au-delà. La jeune femme, un peu perdue, soupira tout en entourant sa jambe de ses bras, ses yeux d’azur se posèrent sur le même point invisible qui semblait tant subjuguer le my’trän. Elle savourait le silence, se plongeant à nouveau dans ses réflexions. Étrangement, cette conversation laissait Sanaë se sentait aussi apaisée que frustrée… Elle voulait en savoir plus, encore, comprendre… Réaliser.

-Pensez-vous que les Architectes se soucient encore de nous, enfants ingrats, hérétiques et blasphémateurs ? demanda-t-elle au bout de quelques minutes d’une voix légèrement voilée, peut-être trop pour réellement troubler le calme ambiant. Serait-ce Möcholg qui a guidé Lize jusqu’à My’trä et non l’inverse ?

La question n’avait pas été posée sans arrière-pensée. L’ancienne horlogère ne songeait pas réellement à sa cousine, en partie seulement, ses pensées se dirigeaient plutôt vers Zora… Jusque-là, Sanaë pensait que le féline s’était trouvé là par hasard, un malheureux coup du sort qui l’avait mené à croiser sa route. La jeune femme ne voyait en son agresseur qu’une folle, un monstre utilisant sa foi comme excuse pour commettre ces actes abjects. Mais si tout cela était faux ? Si la fanatique avait réellement été guidée jusqu’à elle afin de la “purifier”, la punir pour son amour envers la mécanique, la technologie sous toutes ses formes ? Volonté divine ou acte de barbarie ? Sanaë ne savait plus…

Son regard se posa sur son genou, stigmate encore trop souvent douloureux, et handicapant datant de ce jour-là. Avait-elle réellement mérité tout cela ? Son frère, devait-il forcément subir tout ceci afin de forcer Sana à ouvrir les yeux ? Elle avait tant changé depuis. Éteinte, brisée … Et même si créer, imaginer, façonner divers objets riches et variés, lui apportait toujours un certain réconfort, ceux-ci ne ressemblaient en rien à ses montres ou à ses animécaniques… À l’image de la lessiveuse du village, basée sur le même système qu’un moulin à eau. Plus rien n’était pareil, si ce n’est cette curiosité, cette ouverture d’esprit qui la rendait si étranges aux yeux de ses semblables… Alors, qu’était-elle finalement ?

-Pardonnez-moi. Vos paroles sont aussi belles qu’intrigantes et j’aimerais sincèrement en savoir plus. J’ai besoin comprendre pourquoi tout ceci est arrivé. Le départ de Lize, sa vie, sa mort… Et le reste… Oh, bien sûr, je doute que vous ayez les réponses, je ne saurais même pas formuler correctement mes questions. Il serait pourtant tellement simple de pouvoir comprendre les humains comme vous comprenez vos familiers.

Relâchant l’étreinte qui emprisonnait sa jambe pour l’étendre aux côtés de l’invalide. Son apaisement se changea de mélancolie, celle qui prenait régulièrement possession d’elle lorsqu’elle se trouvait seule...Celle qu’elle gardait généralement cachée sous un sourire de façade. Victime ? Ou coupable sévèrement punie ? Aurore lui avait affirmé qu’elle avait été victime d’une injustice, d’une cruauté sans borne… C’était évidemment le cas, Sanaë le sentait tout au fond d’elle… Alors pourquoi douter ? Pourquoi maintenant alors que la conversation était si agréable ?

-Voilà que je divague à présent, n'y prêtez pas attention, railla-t-elle en laissant tomber sa tête en arrière pour observer le ciel avant de se reporter à leur discussion, la ramenant à leur sujet principal. Si vous pouvez comprendre les sentiments, les émotions et les pensées de vos familiers, peuvent-ils en faire de même avec vous ? Que pensent-ils des humains finalement ? Nous comprennent-ils mieux que nous les comprenons ?


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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