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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Zagash
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 [Terminé] Les vestiges de la rédemption

Valduis
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Dim 6 Nov - 1:44
Irys : 157577
Profession : Assassin
Pérégrin 0
« N'échoue pas. L'avenir de My'trä est en jeu. »

Tels étaient les mots qui ne cessaient de résonner dans l'esprit de Valduis, ce dernier cherchant désespérément une source fiable au milieu de toutes ces rangées de livres. La bibliothèque de Shüren présentait un assortiment d'ouvrages nombreux et divers, mais bien peu riches en Histoire : ils n'avaient que pour principaux sujets les magies, leur fonctionnement ainsi que les méthodes d'apprentissage. Il fallait dire que les My'träns étaient bien peu adeptes à toute notion de mémoire ou de durabilité, comme l'Histoire, car leurs capacités exceptionnelles leur permettaient de pouvoir changer les facettes du monde en un claquement de doigt. L'adaptation et l'évolution rapide et constante étaient leurs maîtres mots.

Les bibliothèques des régions Daënastres étaient riches en ouvrages sur les cultures technologiques et alchimiques, ainsi qu'en tomes d'apprentissages qui se concentraient principalement autour de ces deux domaines. Pour autant, les nations de l'Est avaient appris à cultiver la patience, la mémoire et l'imagination : les livres d'Histoire se faisaient beaucoup plus nombreux et étaient bien plus détaillés.

Le problème qui se posait pour Valduis, c'était de devoir piocher parmi les bibliothèques des deux continents afin de rassembler un maximum d'informations complémentaires et de retracer certaines parties de l'Histoire effacées dans le temps : d'un côté les magies détaillées des livres My'träns, et d'un autre côté les Histoires complètes des livres Daënars. Là était le principal sujet de sa mission, car il venait d'aboutir à la reconstruction d'un des chapitres oubliés de l'histoire des My'träns. Désormais en train de feuilleter quelques pages au sujet de la magie de la terre afin de confirmer son hypothèse, Valduis s'imprégnait de ce que disaient leurs auteurs au sujet des effets secondaires et/ou des capacités adjacentes quant à l'utilisation de la magie de la terre.

Plusieurs siècles jadis, bien avant que les guerres éclatent entre les deux continents et que deux peuples opposés ne se créent, le continent des My'träns était bouleversé par des conflits intestinaux qui confrontaient les écoles de magie : certaines voulaient imposer leur domination et affirmer la toute-puissance de leur magie sur celle des autres, à une époque où la paix commune et l'harmonie n'étaient pas les principales préoccupations des My'träns. Néanmoins, ces conflits n'allaient jamais au-delà de certaines limites d'humanité et de respect, deux valeurs qui étaient le propre de l'enseignement des écoles.

L'une des écoles avait étudié la magie de la terre sous un angle particulier, une branche qui venait de naître et qui associait les vertus de la magie de la terre à des techniques de combat à mains nues. Les adeptes parvenaient à faire de leur corps une arme de guerre dévastatrice en recouvrant leur peau de particules de roches endurcies, ce qui les rendait aussi indestructibles que ravageurs. Voyant les excellents résultats à l'issu de plusieurs années d'entraînements et d'expérimentations, cette école s'épanouit dans le développement de techniques meurtrières, associant attaques physiques rapides et mortelles et renforcement corporel grâce à la magie de la terre. On les appelait les Moines.

Bien assez vite, cette école de magie qui s'était transformée en véritable dôme de haine avait pris l'ascendant sur les autres concurrents, totalement désarmés face à cette forme atypique de l'utilisation de la magie. L'Histoire retrace toutes les conquêtes des Moines, ces derniers ayant assemblé une véritable petite armée pour conquérir My'trä. Heureusement, les autres écoles de magie se sont réunies afin d'exploiter les faiblesses des Moines et de les vaincre, avant bien entendu de détruire toutes traces de cette forme d'utilisation de la magie afin que ce scénario ne se reproduise pas.

L'Ordre de la Pénitence avait parfois un rôle salvateur et conservateur. Les missions de ses assassins ne se limitaient pas à devoir tuer pour l'argent ou pour des contrats. Il arrivait également qu'ils aient à éliminer des menaces potentielles ou à récupérer des informations importantes et confidentielles qui pouvaient menacer une voire plusieurs nations. Et pour ce genre de mission, l'Ordre de la Pénitence prenait conscience qu'il devait agir pour l'équilibre des peuples et non pas pour une simple somme d'argent. Depuis plusieurs semaines, des missives ont été reçues au sujet de symboles qui seraient réapparus sur d'anciens temples condamnés et à moitié détruits. L'Ordre de la Pénitence avait donc dû se pencher sur ces curieuses apparitions et avait envoyé l'un de leurs shudargas, Valduis, qui fut donc le premier à être mis au courant du retour imminent des Moines et du danger qu'ils pouvaient représenter pour les My'träns. Une guerre nationale ne pouvait éclater alors que le continent était déjà bien trop préoccupé à se pencher vers leurs principaux adversaires, les Daënastres.

Valduis avait été dans l'obligation de modifier les conditions de sa mission. Le niveau de dangerosité avait pratiquement quadruplé mais il était désormais trop loin du Quartier Général pour faire demi-tour et informer ses supérieurs de la situation. Mais surtout, il était bien trop sûr de lui pour ne pas se croire capable d'effectuer cette mission tout seul. Ainsi, il préférait couper la racine avant que celle-ci ne devienne un arbre et fasse pousser des branches : il irait se diriger vers celui qui avait fait renaître ce culte et mettrait un terme à son existence.

Evidemment, trouver une cible au milieu d'une poignée de temples condamnés, en piteux état, et habités par seulement quelques néo-Moines novices n'était qu'un jeu d'enfant pour un assassin shudarga. Et comme à chaque fois que Valduis se confrontait à un mage, il n'avait pas à redouter d'eux à partir du moment où il frappait dans l'ombre : ils étaient faibles, peu vigilants, trop confiants vis-à-vis de leurs magies qu'ils pensaient infaillibles. Et même le plus puissant des Moines n'avait pas le temps d'activer sa magie et renforcer les particules de roche présentes sur son épiderme face au plus silencieux des assassins. Un coup de dague rapide et mortel, et le tour était joué.

C'est ainsi que, après quelques jours de recherche, Valduis était parvenu à se débarrasser du précurseur Zakkal, le pseudonyme que ce Moine fou à l'origine du retour de cet ancien culte s'était attribué pour désigner son rang de guide spirituel. Le poison qu'il avait appliqué sur sa lame servirait à terminer le meurtre dans le plus grand silence, paralysant ses organes et l'empêchant de pouvoir bouger ou hurler. Car comme le vicieux assassin qu'il était, Valduis prenait un certain plaisir à infliger des morts lentes et douloureuses sur ses cibles les moins méritantes. Zakkal ne faisait pas exception à la règle, et bien au contraire, puisqu'il prônait un culte qui voulait asservir toute autre forme de magie sur My'trä.

Perché sur le parapet de cet ancien temple en ruines, Valduis essuyait sa dague et s'apprêtait à rédiger un compte-rendu de sa mission avant de repartir informer ses frères et ainsi rendre officiel l'accomplissement de sa mission. Pour autant, il prêtait toujours une oreille attentive à ce qui se passait à l'intérieur du temple, espérant qu'aucun adepte de Zakkal ne soit venu le secourir en l'entendant gesticuler. Car même si Valduis avait confiance en sa capacité à s'infiltrer et à frapper dans le plus grand silence, il ne fallait jamais quitter le lieu de sa mission avant de s'être assuré que l'objectif était atteint.
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Luka Toen
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Ven 11 Nov - 15:58
Irys : 294862
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
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Luka avait voyagé des jours durant. C’était là son menu quotidien, sa façon bien particulière à elle de vivre et survivre à ce monde qui s’obstinait dans la voie de l’autodestruction. Il y avait tant à faire… ! Tant à voir avant qu’on-ne-savait quelle puissance extérieure ne vienne mettre un terme à l’histoire ! Si le financement de ses expéditions était de temps à autre ardu à trouver, ce n’était pas là une tâche impossible. Elle avait de la ressource, d’excellents arguments et surtout une volonté infaillible et sans frontière pour arracher à ses interlocuteurs le moindre fragment de promesse millénaire : sa curiosité s’était empêtrée les pattes dans les fils de Zagash, elle irait donc. Il n’y avait ni « si », ni « peut-être », rien d’autre que la conviction inébranlable que le savoir, ce fruit délicieux et si jouissif de la connaissance se trouvait désormais là-bas et nulle part ailleurs. Cette fuite éperdue vers l’avant devait avoir un sens, il ne fallait pas brûler les étapes ! Zagash avant Khurmag, Zagash avant Als’kholyn. Elle se remémorait encore ces gravures qu’elle avait parcourues du bout des doigts, ces dessins rapidement esquissés de temples anciens et abandonnés, autrefois utilisés par ceux que l’on nommait craintivement Moines.

C’étaient eux également qui avaient ramené ces formidables constructions de la poussière dans laquelle elles s’étaient engoncées. Un mouvement récurrent sur la toile d’Irydaë, qui avait poussé quelques-uns de ses confrères à s’intéresser de plus près à ces temples que leurs précurseurs avaient bâti par le passé. Oh, très peu de travaux jusqu’à présent, du moins, rien de professionnel et digne d’une véritable publication. Alors Luka s’était mise en route, incapable de résister à un tel appât tentateur, celui d’être la première à fouler du pied ces masures oubliées et qui n’étaient certes pas traitées comme les incroyables berceaux d’architecture qu’elles étaient. Même ces nouveaux petits moines qui pullulaient ne réalisaient pas combien ces murs étaient précieux, quitte même bien souvent à leur porter préjudice. Au cours de son voyage, elle avait déjà eu l’occasion de se récrier devant tant d’abnégation, de stupides petits malins ayant pensé à tort que restaurer n’importe comment quelques parties serait une judicieuse idée… Ils laissaient traîner leurs mains poisseuses d’exercices sur la roche antique, avaient effacé la plupart des pigments colorés par des frottements répétés, s’appuyant sans vergogne sur des sculptures majestueuses. Des ailes entières avaient tristement disparu ainsi, délitées puis récupérées par des novices qui en recouvraient leur corps comme s’il se fut agi de misérables cailloux abandonnés…

Oui, Luka fulminait. C’était le quatrième temple qu’elle visitait en peu de temps, et le tout premier qui témoignait encore d’une certaine splendeur. Sans doute était-ce dû à la présence de Zakkal que son rang et son titre enrobait d’une aura de persuasion et de respect efficace : il tenait à distance les malfrats et les irrespectueux de la culture. Nul ne se serait autorisé à se soulager contre l’un des murs en sa présence, même à des quartiers de distance ! C’était bien là la seule chose qui attirait la reconnaissance de Luka envers ce mouvement pour le moins polémique… Zakkal n’était pas un personnage en lui-même qui lui était particulièrement sympathique. Il était même plutôt le contraire, un bonhomme plein de mépris pour le reste du monde, imbu de lui-même et surtout très, pour ne pas dire trop, enfariné dans ses propres croyances. Pour une fois que ce n’était pas le peuple de Dalai qui faisait des siennes ! Toujours était-il qu’il avait accueilli sa venue avec un tantinet de réticences, mais sans impolitesse sur-jouée. Après un interrogatoire de plusieurs heures, ils avaient dû reconnaître qu’elle n’était pas une menace immédiate pour leur groupuscule et que mieux encore, elle n’avait cure de ce qu’ils pouvaient bien faire tel ou tel jour de l’année !

Oh, elle avait bien sûr provoqué nombre de rires… Par tous les Architectes, qu’est-ce qu’un stupide bâtiment pouvait bien avoir de si spécial que l’on doive traverser la planète entière pour aller l’étudier ?! Et cette bande de gracieux personnages n’avaient eu de cesse depuis lors que de sous-entendre à chacun de ses passages qu’elle n’était pas une demoiselle normalement constituée, qu’elle devait bien forniquer avec la pierre pour en être venue à de pareilles extrémités… Voire qu’il était temps qu’elle se trouve un mari susceptible de mieux la satisfaire au lit, qu’elle ait tant besoin d’aller voir ailleurs. Vous l’aurez compris, rien de bien intelligent. Et Luka chassait leurs bravades d’un parfait et totalement indifférent mouvement d’épaule, éloignant leur malveillance comme l’on chasserait un insecte gênant. Zakkal n’avait dit mot sur ses activités mais son regard lourd de sous-entendus s’était exprimé pour lui. Les hommes n’avaient de toute façon jamais été très doués pour accepter la pleine indépendance de quoi que ce soit qui ne leur ressemblait pas… Ils devaient forcément l’expliquer par une malformation psychologique. Tant que personne ne se mettait en travers de son chemin… !

Cette nuit-là, Luka avait erré dans les dédales labyrinthiques du temple en ruine. Son précieux carnet dans une main, elle avait effectué quelques croquis de fresques dans l’espoir de les déchiffrer plus tard pour mieux comprendre l’histoire qui avait régi ces lieux. Elle devait absolument envoyer une missive à l’un de ses commis dès le lendemain, elle était certaine que plusieurs confrères seraient fort intéressés par l’un des frottages qu’elle avait réalisé la veille ! Elle ôta du mur creusé sa feuille noircie de graphite, jeta un œil au couloir suivant qui s’évasait dans l’obscurité la plus totale. Elle dut faire la moue un long moment, perdue dans ses pensées, car elle revint à elle lorsque la flamme de son flambeau commença à trembloter. Un courant d’air, sinueux, s’était infiltré dans les nombreuses fissures de ces murs, et la température tendait à se rafraîchir singulièrement… Elle fut saisie d’un insondable pressentiment, un long, profond frémissement coulant ses anneaux dans le creux de son dos.

« Je travaille peut-être trop, je vais devenir folle à ce rythme. »

Elle remit quelques mèches souples derrière une oreille de deux doigts gracieux, ramassa ses affaires éparses et partie en direction des quartiers de Zakkal. Elle était autorisée à déambuler et mener ses recherches autant qu’elle le voulait tant qu’à la fin de la journée, le grand manitou en personne pouvait jeter un œil à ses travaux et vérifier que rien de subversif ne sortait de ce temple… A dire vrai, il lui accordait chaque fois à peine un dixième de son attention, jugeant probablement qu’elle était sénile et débilitante et qu’il n’y avait rien à craindre d’elle.

Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu’au sortir des escaliers, elle le trouva étalé et agonisant sur le dallage glacé… L’espace d’un infime instant ses prunelles s’arrondirent comme des perles, stupéfaite et figée sur le seuil de la pièce. Puis ses instincts se remirent en marche avec toute la force d’un médecin habitué à officier depuis une vingtaine d’années : elle s’élança vers lui, achevant sa course dans une glissade au sol, sa dextre fouillant déjà avec volubilité les sacoches qu’elle avait toujours accrochées à ses hanches. Elle posa deux doigts sur sa gorge, cherchant son pouls, décolla ses paupières enfiévrées pour surprendre une quasi non réaction de ses iris.

« Bon sang, ce n’est pas le moment stupide gourou… »

Elle avait marmonné entre ses dents serrées, calculant à toute allure le nombre de minutes qu’il faudrait à l’entièreté du bâtiment pour décider qu’elle était coupable de cet acte de haute trahison. Elle était la seule étrangère en ces lieux, victime toute désignée… Qui plus est, elle était plus que jamais consciente du danger qui rôdait aux alentours : à en voir les spasmes de Zakkal, l’empoisonnement était récent. Celui qui avait causé cette peine ne devait être qu’à quelques pas de là, s’il ne s’était pas encore enfui. Elle le retourna donc sans ménagement –il était mourant de toute façon, et même dans cet état il réussissait l’exploit de lui causer des ennuis- et parvint à trouver l’entaille responsable de sa dépravation. D’un geste vif elle sortit son propre canif et l’enfonça avec vigueur dans la plaie ouverte. Celle-ci s’était déjà recouverte de pus tant la réaction était violente, il fallait à tout prix dégager l’entrée et faire sortir le sang vicié avant qu’il n’atteigne les organes vitaux ! De son autre main libre, elle parvint à moudre entre ses doigts une herbe sèche quasiment inodore dont le doux reflet bleuté paraissait de bon augure. Elle étala la pâte ainsi formée sur les bordures de la blessure, à présent entièrement plongée dans sa tâche… Pour l’infime chance que son patient avait de survivre, c’était bien là la dernière chose qu’elle pouvait faire pour ne pas outrager sa conscience professionnelle !


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Valduis
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Ven 11 Nov - 19:52
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Profession : Assassin
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« Ce que je tue reste mort. »

La voix grave et imposante résonna pendant quelques secondes à travers la pièce. Même si celle-ci était légèrement étouffée par le masque en tissu que portait Valduis, il était très facile de comprendre avec son intonation qu'il était frustré, agacé voire fâché que quelqu'un se soit interposé dans sa mission. Son arbalète pointait toujours en direction de Zakkal, bien que le carreau n'ait déjà été décoché. Valduis avait été bien inspiré de retourner vérifier par lui-même l'état de Zakkal afin de vérifier qu'il était toujours mourant : il aurait pu échouer la mission à cause d'un évènement inattendu comme celui-ci.

Il avait longtemps hésité entre la cible qu'il devait tuer, mais c'est l'accoutrement atypique de cette femme qui aura finalement guidé son carreau. Elle n'était pas d'ici et ne comprenait certainement pas de ce qui se passait; elle ne méritait pas d'être assassinée pour si peu et Valduis ne tuait jamais sans bonnes raisons. Ainsi, Zakkal qui aurait dû mourir après une heure d'agonie, se retrouvera épargné de cette souffrance : le carreau qui avait traversé sa gorge l'avait tué sur le coup. C'était sans compter les éclaboussures de sang qui avaient sali la chemise blanche du médecin. Mais qu'importe, il fallait qu'elle comprenne que Valduis ne plaisantait pas et qu'aucune pitié ne le retenait lorsqu'il fallait ôter des vies.

Malheureusement, le son de l'enclenchement de l'arbalète suivi du petit cri d'agonie de Zakkal - le poison paralysant s'étant légèrement estompé avec les soins qui lui avaient été apportés - résonnèrent suffisamment fort pour rameuter d'autres adeptes. La vue de leur maître mort et ensanglanté n'eut pour effet que de faire grimper une haine sans précédent : sans chercher à comprendre, ils s'élancèrent en direction de Valduis et Luka, prêts à venger celui qui leur était cher.

Et bien entendu, Valduis n'était pas aussi compétent face à un mage décharné qu'il ne l'était lorsqu'il se trouvait dos à lui. La démonstration de puissance des Moines confirmait la dangerosité de sa mission pour l'avenir d'Irydaë, puisqu'un coup de poing colossal frôla son menton pour percuter le mur derrière lui et faire s'effondrer plusieurs mètres de pierre. Il déglutit tout en s'imaginant l'état actuel de sa cervelle s'il s'était pris ce poing... mais il retrouva vite ses esprits tandis qu'un autre coup arrivait en sa direction.

Valduis était agile et rapide, et heureusement pour lui, il n'avait affaire qu'à des moines novices, ce qui rendait la tâche moins ardue. Il esquiva plus aisément l'attaque qui suivi, puis d'un mouvement d'impulsion vive, il détourna la force de la trajectoire et s'en servit comme élan pour envoyer le Moine sur son autre allié, un peu plus loin, qui s'était déjà attaqué à Luka. Aussi puissants étaient-ils, aucun être humain en Irydaë n'était capable de totalement contrôler une telle puissance de frappe : la retourner contre eux était le meilleur moyen de pouvoir les vaincre. Et heureusement, Valduis avait pris soin de lire la partie du chapitre consacrée aux moyens de pouvoir venir à bout des Moines lorsqu'il se trouvait encore dans la bibliothèque de Shüren.

L'impact du corps sur l'autre provoqua un séisme inattendu, à la hauteur de la puissance magique qu'ils contenaient et de la roche renforcée sur leur épiderme. Le fracas des deux adversaires contre le mur provoqua instantanément une chute tonitruante du plafond, comme si l'on avait lancé un boulet de canon à l'intérieur même de la salle. Le temple était fragile, ses façades fissurées et ses colonnes de soutien branlantes : un choc de cette envergure s'accompagnait inévitablement d'un effondrement complet de l'édifice.

Et avant que le plafond ne s'écroule sur leur tête, Valduis et la jeune femme qu'il eut le temps de tirer avec lui s'extirpèrent des couloirs et grimpèrent les marches malgré le tremblement de terre et le sol qui s'émiettait sous leurs pieds. Ils réussirent à atteindre la sortie et à s'élancer de toute leur force aussi loin que possible avant que le choc de l'effondrement ne les blesse. Et lorsqu'il se retournèrent, il n'y avait plus qu'un amas de roches superposées au milieu d'un gigantesque nuage de poussière. Toute vie qui se trouvait encore à l'intérieur du temple venait d'être littéralement broyée.

Valduis se releva et dépoussiéra son armure en cuir. Il frotta accidentellement une plaie qu'un impact de roche lui avait faite sur le bras, ce qui eut pour réaction de le faire grogner de douleur. Mais la blessure n'était pas bien dangereuse et il avait de quoi pouvoir la soigner pendant son voyage de retour. Quoiqu'il en soit, son attention ne se porta pas sur ce léger incident mais plutôt sur la personne qui avait failli le faire tuer. Il se retourna furieusement, la fusilla du regard et rabaissa son masque pour mieux être entendu. Dans la pénombre de la nuit, elle pouvait à peine distinguer deux yeux d'un bleu perçant au milieu d'un visage mâte et carré.


« Imbécile. Tu as failli nous faire tuer. Cet endroit n'est pas fait pour les aventuriers ! Que diable faisais-tu ici ?! J'aurais dû te tuer avec Zakkal lorsque j'en avais l'occasion. Tu as de la chance que j'aie été clément. »
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Luka Toen
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Sam 12 Nov - 0:39
Irys : 294862
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
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« Hé bien, techniquement, quand c’est mort c’est déjà mort, voulut argumenter Luka absolument spontanément dans le blanc monumental qui s’ensuivit. »

Son air d’intello parfaitement sérieux collé au visage, plongée dans une réflexion intense sur la métaphysique des lois universelles de la vie, elle ne réagit qu’à l’arrivée tonitruante des Moines dans la pièce. Les avant-bras maculés d’une fine couche de sang frais, elle leur jeta un regard des plus surpris. Quoi, qu’est-ce qu’ils avaient tous à débarquer d’un seul coup comme si c’était jour de fête et buffet gratuit ?! C’était un espace privé ici Messieurs Dames, pas un corridor ouvert à tous les immigrants venus ! Elle laissa filer un profond soupir entre ses lèvres entrouvertes, non sans accorder un long regard fatigué à feu Zakkal. Lui au moins pourrait se targuer d’être en paix à présent. Personne pour lui hurler dans les oreilles, fusionné à tout jamais avec un carreau d’assez bonne facture pour lui payer des vacances ad vitam eternam… Le bon vieux rêve de tout aventurier. Mais puisque le monde entier persistait à l’ennuyer aujourd’hui…

Elle esquiva sans mal le premier coup de poing qui jaillit vers son visage, s’inclinant souplement en arrière. Ohoh. Qu’aurait-elle pu rêver de mieux ? Des mages certes, mais qui avait l’idiotie de l’attaquer sur son terrain favori ! Être recouvert d’une carapace solide était une chose, maîtriser un tant soit peu le combat au corps à corps en était une autre… Ils étaient comme des pantins désarticulés, alourdis et ralentis par la charge qui les oppressait. Leurs gestes étaient amples mais grossiers, et s’ils frappaient durement, ce n’était qu’au prix d’une latence intolérable. Tout l’opposé de son style propre dont le fondement était le mouvement, la vitesse et la souplesse d’exécution. Peut-être n’aurait-elle pas fait la maligne devant quelqu’un de l’envergure de Zakkal. Toujours était-il que les ouailles qu’il avait laissés derrière lui n’en paraissaient que d’autant plus perdus sans sa lumière divine pour les éclairer !

Ceci, jusqu’au moment très précis où le plafond sauta littéralement parlant au-dessus d’eux, et que les murs commencèrent à se montrer un tantinet trop entreprenants. Alors, blêmissant et verdissant tout à la fois, les lèvres finement ouvertes dans un méticuleux « O » majuscule, Luka commença un long et très silencieux hurlement intérieur. Et comme il fallait bien faire quelque chose, refusant de croire que tous ces dégénérés hormonaux venaient de faire exploser les fondations mêmes de son joyau, elle se laissa aller au premier réflexe qui lui vint à l’esprit : attraper au vol les quelques blocs rocailleux qui s’échouaient par devers elle dans l’espoir vain de les reposer à leur place d’origine. Comme si de rien n’était. Peut-être que tout cela n’était qu’un souci d’espace-temps, que rien encore ne s’était vraiment réalisé et…

Elle n’eut le temps que d’expulser l’air de ses poumons dans un très féminin « Woof » lorsqu’une main inconnue se saisit de son bras pour la traîner brusquement dans le sens inverse. Elle faillit se prendre les pieds dans un cadavre mal rangé, patina dans le vide une fraction de secondes durant, et n’eut d’autre choix que de céder à cette force subite extérieure. Son cerveau était aux abonnés absents après tout, trop occupé à redécouper les derniers événements dans le but de comprendre ce qui avait bien pu foirer… Elle courut donc à perdre haleine derrière la silhouette fuyante de son pseudo sauveur, protégeant sa tête de ses bras et de ses mains du mieux qu’elle le pouvait. La poussière empuantissait l’endroit, le sol tremblait sous ses pas comme la colère des Architectes elle-même et le décor tout entier semblait décider à se décoller d’Irydaë telle une simple lamelle de cuir. Dans un parfait ensemble digne des plus grands ballets daënars, ils sautèrent par-dessus les dernières marches d’escalier pour s’écraser des mètres plus loin dans un roulé boulé fort rocambolesque.

« Imbécile. Tu as failli nous faire tuer. Cet endroit n'est pas fait pour les aventuriers ! Que diable faisais-tu ici ?! J'aurais dû te tuer avec Zakkal lorsque j'en avais l'occasion. Tu as de la chance que j'aie été clément. »

A genoux, tâchant de reprendre son souffle à travers une quinte de toux difficile, Luka se figea brusquement. Elle se releva d’un bond, plus fauve qu’humaine, de la terre dans ses longs cheveux flammes échevelés et les yeux brûlant d’une colère sans nom :

« Clément ?! CLEMENT ?! »

Brusquement, elle se mit à faire les cents pas, ponctuant de grands gestes des bras incrédules son flot de paroles marmonnés dans toutes les langues intelligibles possibles et imaginables. Pour le coup, il était tout à fait probable qu’elle crie plus fort que lui, haussant les décibels à chaque mot prononcé :

« Mon temple !! Vous avez détruit MON TEMPLE ! Mais ma parole mais vous êtes tous fous à lier ! Zakkal n’était pas assez pour vous ?! NON ! Il fallait bien sûr que MÔSIEUR se fasse un plaisir de détruire un héritage millénaire ! MILLENAIRE vous m’entendez !! »

Elle brandit un doigt accusateur vers sa poitrine, qu’elle se fit un plaisir de marteler à distance malgré sa taille masculine infiniment plus imposante que la sienne :

« Vous vous êtes cru où exactement ? Qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école ? A détruire tout ce qui bouge ?! Même l’histoire qui a façonné nos civilisations ?! Oh par tous les saints, vous n’imaginez pas même combien cela va coûter au monde ! Pour une fois, une seule fois que j’avais enfin trouvé un temple à peu près en état ! Mais regardez donc ce qu’il en reste ! »

Une main sur la hanche, elle se pencha avec ostentation vers les gravas fumants qui trônaient désormais au milieu du néant. Ses sourcils dessinaient une courbe pour le moins frustrée, ses nombreuses mèches rebelles couleurs de feu donnant à sa peau des teintes cuivrées. Ses vêtements quelque peu élimés par cette course éperdue à travers un temple en perdition, elle semblait directement passée sous un aéronef ! Il ne fallait guère plus à ce tableau que la terre et la poussière qui maculaient ses joues et ses mains d’une couche plus sombre. L'air de se ficher royalement de la dizaine de morts que cet incident avait entraîné. Il y avait des priorités dans la vie tout de même !

Elle ferma les yeux l’espace d’un court instant, se mordit la lèvre inférieure et finit par tendre l’une de ses mains vers son interlocuteur, paume offerte :

« Et montrez-moi donc cette blessure avant que cela ne s’infecte ! Vous n’avez pas idée de tous les virus que l’on peut récolter dans ce type de bâtisse. Non mais vraiment, et vous vous mettez en danger qui plus est… »

Et ses propos résonnèrent avec une infinie, absolue sincérité. Elle semblait résolument agacée que ce Monsieur qu’elle ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam n’ait pas un peu plus veillé sur lui-même dans tout ce grabuge. Peu importait sa foi, elle n’avait que peu de notions du bien et du mal : il lui suffisait que quelqu’un ait besoin d’elle et de ses services pour être satisfaite. Elle n’était pas et n’avait jamais été foncièrement indifférente, et désirait sincèrement le bien-être des gens qui l’entouraient. Même lorsque ceux-ci étaient des assassins réputés ! Prenant garde à bien lui montrer chacun de ses gestes, elle farfouilla donc dans ses sacoches pour en extraire une fiole d’antiseptique ainsi qu’un rouleau de bandages…


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Dernière édition par Luka Toen le Lun 30 Jan - 18:18, édité 1 fois
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Valduis
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Sam 12 Nov - 20:27
Irys : 157577
Profession : Assassin
Pérégrin 0
Valduis était tout sauf réceptif aux discussions inutiles - et par inutiles, il entendait des discussions qui ne lui rapportaient pas d'argent ou d'informations - qui étaient le propre des sociétés d'Irydaë. Subissant cet afflux de sons aigus et stridents qu'il avait rapidement cessé de vouloir comprendre et écouter, jugeant ces mots bien peu intéressants dans la situation actuelle, il ne prêta guère d'attention à ce que cette femme lui disait mais plutôt au bruit qu'elle émettait et qui pouvait attirer les menaces environnantes. Car dans l'obscurité, Valduis avait aperçu quelques pierres de ce qui restait du temple en ruine être déplacées.

Et par dessus-tout, il était littéralement agacé par le fait qu'elle brise si vite la distance que Valduis prenait soin d'imposer face à chaque individu : il ne voulait pas qu'elle accélère leur intimité comme s'il était un allié voire un nouvel ami qui ne lui ferait aucun mal. Valduis n'avait pas beaucoup d'amis et c'est ainsi qu'il aimait vivre : il instaurait la peur, le respect et le mystère chez ses interlocuteurs, par pur choix de métier mais aussi car il y avait un certain plaisir à être craint et pris au sérieux. Valduis se complaisait dans ce sentiment de puissance sociale que lui offrait son rang de shudarga et l'influence qu'il avait sur autrui.

Aussi nobles étaient les intentions de cette femme, l'erreur de l'avoir sauvée de l'avalanche lui avait coûté sa crédibilité d'assassin qu'il était primordial de réimposer. Tandis qu'elle se perdait dans son monologue émotionnel, motivée par des pulsions extrêmes incontrôlées et par un amour démesuré pour l'archéologie, elle avait fait l'erreur de se tourner pour observer une dernière fois les débris et offrir son dos à celui qu'elle pensait être son sauveur. C'est en retournant en direction de Valduis, pensant trouver un bras tendu et un sourire gai en guise de remerciement pour les soins qu'elle venait de lui proposer, qu'elle se heurta à son torse solide et croisa son regard noir d'impassibilité
.

« Tu m'ennuies. »

D'un geste sec et vif, il planta une petit aiguille dans le creux de son cou tout en prenant soin de poser sa main sur sa bouche. L'effet du produit fut instantané : bien vite, Luka perdit conscience tandis que ses pupilles se dilatèrent, puis tout son corps se relâcha et s'affaissa comme si elle en perdait le contrôle. Finalement, elle se laissa aller dans un sommeil profond. La dernière image qu'elle eut alors fut celle de deux bras la rattrapant dans sa chute instantanée afin qu'elle ne se brise pas un os en heurtant le sol.

___________


Lorsqu'elle rouvrit les yeux, toute la scène s'était métamorphosée. Elle se trouvait allongée au sol, recouverte d'un drap, à côté d'un foyer improvisé. Le feu brûlait sur quelques branches et brindilles trouvées ça et là dans les environs, avec quelques réserves placées juste à côté afin de pouvoir le faire durer une heure tout au plus. Au-dessus d'elle, il n'y avait que le ciel de nuit décoré par les astres et les étoiles, et tout autour, le néant absolu. Elle comprendrait bien assez-vite qu'elle se trouvait en vérité en hauteur, sur un pic naturel qui donnait vue en contrebas sur le temple en ruine récemment détruit.

Et bien entendu, il était impossible de ne pas croiser ce regard vicieux et pervers qui brillait sous cette capuche. Valduis était assis un peu plus loin et découpait quelques morceaux de pomme, silencieux comme la nuit, observant les environs et attendant à la fois le réveil de la jeune femme. Elle pouvait apercevoir que son bras blessé était recouvert de bandages imprégnés d'antiseptiques, mais la manche de son plastron recouvrait déjà le tout comme si Valduis voulait se débarrasser de cet incident. Et lorsqu'elle ouvrit l'oeil, il s'avança calmement en sa direction tout en faisant sonner le son du tranchant de sa dague sur le fruit juteux.

Il s'accroupit face à Luka et plaça la dague sous son cou. Ligotée mains et pieds, il lui était impossible de pouvoir se défendre convenablement. Valduis profitait de la situation pour exagérer la scène et espérer effrayer suffisamment la jeune femme, bien qu'il restait persuadé qu'elle n'avait rien de menaçant ni dangereux. La sévère réputation de l'Ordre de la Pénitence tenait parfois à un fil; il était nécessaire de rappeler à ceux qui rencontraient ses initiés qu'elle n'avait pas fondé cette réputation sur des banalités.


« Te trancher le cou serait beaucoup plus simple pour moi que de te garder en captivité, en vue du fardeau que tu représentes. Penses-tu réellement que les Moines ont été broyés par l'avalanche ? Tu aurais pu nous mettre en danger s'ils t'avaient entendue. »

Il retira sa dague et plaça sans gêne sa main sous son menton, faisant bouger à sa guise sa tête chevelue de droite à gauche. Il observa les traits de son visage dans le plus grand silence, ses doigts crochus s'enfonçant de plus en plus fort dans le creux de ses joues, causant alors une douleur interminable.

« Tu es jeune et belle. Mais tu es inconsciente et irresponsable. Qui es-tu et d'où viens-tu pour avoir réussi à être acceptée au milieu de ces Moines ? »

Il se releva et lui apporta une petite ration de viandes, fruits et légumes qu'il avait soigneusement gardé dans sa sacoche - elle devait lui servir pour son voyage de retour-. Il partit se rassoir sur le même rocher et continua à trancher quelques rondelles de pomme en laissant à son "invitée" le temps de retrouver ses esprits et de répondre à ses questions.
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Luka Toen
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Dim 13 Nov - 0:52
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Dormir… Il n’y avait rien de plus terrifiant pour Luka. Bien des gens se leurraient sur sa personnalité, prenaient pour acquise son apparence de frêle jeune femme, espérant l’impressionner par quelques bravades bien pesées. Mais rien, rien ne pouvait davantage la terrifier que de fermer les yeux, ouvrir la vanne de son inconscient déchainé et revivre inlassablement ce qu’elle tentait de fuir depuis presque trente ans… Une lame sous la gorge ou le regard pesant d’un assassin étaient bien des choses qu’elle préférait mille fois expérimenter plutôt que ses nuits hantées de souvenirs. Tout y était noir, toujours. Cela commençait toujours par là. Le froissement d’une aile, un cri hurlé à s’en arracher la gorge, cette sensation de vide sous ses mains, son corps, et toute cette absence dans son cœur…

Elle n’était pas une âme complète.

« … ! »

Elle s’était éveillée aux frontières de son monde en demi-teintes, un cri perdu, oublié depuis plusieurs années au bord des lèvres. Elle tremblait, mais cela n’était en rien la cause du froid environnant, ni même dû à la présence menaçante de l’étranger non loin d’elle. Une part consciente d’elle-même s’attrista de se dépêtrer inlassablement du même problème depuis douze ans, incapable de résister à cette sensation oppressante qui était pourtant devenue une part d’elle-même. Deux foutues années qu’elle n’était plus une anomalie psychologique, et ses ignobles cauchemars continuaient de la poursuivre ! Était-elle encore une enfant apitoyée sur son sort ?! Elle avait parcouru le monde, affronté de bien plus terribles dangers, et la seule chose qui prévalait encore sur toutes les autres était cette fameuse journée !

Elle esquissa toutefois une légère grimace lorsque le contact glacé du métal électrisa sa peau. Elle avait connu mieux comme réveil à côté d’un homme ! Elle lui retourna un charmant regard agacé, néanmoins ravie qu’il lui donne si gracieusement une porte de sortie à ses fantômes personnels. Son attention du moment n’aurait qu’à se contenter de cela, elle avait visiblement d’autres chats à fouetter !

« Hé bien, ne vous gênez pas. Ça nous ferait des vacances à tous les deux, marmonna-t-elle, tout à fait revêche. »

S’il savait combien c’était déjà difficile pour elle de se supporter… Particulièrement dans les moments de faiblesse comme ceux-ci.

« La politesse ne vous étouffe pas, tant qu’à mourir j’aimerais bien qu’on me dise s’il-te-plaît et merci. »

Elle fit la moue, tordant ses lèvres en un semi pli plus boudeur qu’autre chose. Nombreux auraient pu la qualifier en cet instant d’écervelée et d’absolue inconsciente… Mais elle n’était plus capable depuis belle lurette de ressentir la peur lorsqu’elle était personnellement impliquée. Cela avait toujours été là chez elle une émotion défaillante, incapable de se protéger autant de ses propres démons que de ceux venus de l’extérieur. Et puis, qu’importait… ? Au pire son temps était terminé dès à présent –et c’était tant mieux. Elle lui avait promis de poursuivre sa route tant que faire se peut, jusqu’à ce que soit venu le temps de rembourser sa dette envers lui, puisqu’il lui avait sauvé la vie ce jour-là en dépit de la sienne. Si son horloge interne était arrivée à la fin de son trajet, que l’aiguille de son existence marquait un arrêt, cela lui était bien égal. Il l’attendait là-bas de toute façon. Maintenant ou plus tard… ?

Elle se trémoussa néanmoins dans l’espoir d’améliorer un tantinet sa position peu confortable, presque l’air d’assister à une petite sauterie chez une dame de la haute société que ses propos ampoulés rendaient fortement ennuyeuse. Bon sang, c’était aussi peu agréable que d’avoir à supporter un corset, du thé mal dosé et l’atmosphère poudré des salons ! Certes, la vue était splendide et pour quelqu’un habitué depuis son plus jeune âge à l’altitude et au vent c’était là un agréable délice, mais la compagnie n’était pas très causante. Ou plutôt, lorsqu’il daignait lui accorder un mot, c’était toujours d’une voix à réveiller les morts… La politesse s’était-elle perdue depuis sa jeunesse ?

« Tout d’abord, merci pour le compliment. »

Là, Luka ne put résister à l'envie de lui retourner un magnifique sourire jovial, trouvant décidément la situation d’une ironie cosmique. Oui, hein, on trouvait les points positifs là où on pouvait. Il n’avait pas dit que des âneries dans le seul but de la faire souffrir, et la part de déjeuner qu’il avait fait glisser jusqu’à elle témoignait à elle seule qu’il n’avait pas l’intention de l’achever tout de suite.

« Pour répondre à votre question, je me nomme Luka Toen. J’ai écrit beaucoup de livres sur les connaissances historiques et scientifiques de notre monde, dont l’un des seuls et uniques bestiaires à recenser toutes les espèces animales et leurs particularités biologiques d’Irydaë. Mais vous connaissez peut-être davantage mon grand-père George Toen, qui a fondé les Cercles de l’Aube. Je suis également médecin là-bas. »

Oh, elle adorait parler ! C’était comme de tendre une passerelle entre elle et cet étrange personnage opaque, meubler le silence environnant des faits concrets de son existence et de ce par quoi elle se définissait. Tout sauf une ancienne dragonnière. Il fallait engloutir Dyen sous une multitude de faits avérés qui n’avaient aucun rapport aux dragons.

« J’étais en pleines recherches archéologiques lorsque vous êtes intervenu, soupira-t-elle, réellement désolée. J’ai été obligée de supporter les jérémiades de ces moines pour avoir l’autorisation de travailler. »

Une idée parut subitement traverser son esprit et, s’illuminant, elle se tortilla davantage encore pour extraire sa hanche de sous son drap, et désigner un maigre carnet qui dépassait de sa poche :

« Si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à regarder ! Je prends toutes mes notes là-dedans, beaucoup de croquis aussi. J’ai effectué un très beau frottage avant votre arrivée sur une sculpture vieille de plusieurs centaines d’années. J’aime la connaissance. »

Ses prunelles firent la navette entre son carnet et le plateau repas qui l’attendait tranquillement sur le côté. Elle parut réfléchir puis déporta le feu de son attention dans les iris insondables du jeune homme, l’air mi gênée mi hésitante :

« Et… Serait-il possible de me détacher au moins les mains… ? Ce serait plus pratique pour manger… »


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Valduis
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Jeu 24 Nov - 20:47
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« Ooooh... Elle semble si belle et innocente lorsqu'elle dort. Nous pourrions en faire une femme de luxe dans notre établissement. Tu es sûr de vouloir la garder? »

La pièce était espacée et très silencieuse. Meublée jusque dans les recoins, recouvertes d'étoffes luxuriantes et de tableaux de peintures très coûteux, elle ne disposait que d'une seule fenêtre faite de chêne et décorée de barreaux en or. Et lorsqu'on écartait ses rideaux de soie écarlates, on pouvait avoir une magnifique vue sur la place de Shüren illuminée par les lumières magiques.

Catherina se releva pour allumer sa lanterne argentée. Elle était recouverte d'une robe anthracite qui retombait en dentelles sur ses bottes à talon finement ouvragées. Son corset gonflait la jupe de sa robe et faisait remonter sa poitrine de manière vulgaire et grotesque. Ses joues creusées étaient poudrées d'un rose bonbon, ce qui était en parfaite harmonie avec ses yeux de vipère noircis par le crayon et dont le maquillage s'étendait presque jusqu'aux sourcils. Il n'y avait qu'à rajouter sa chevelure d'ébène bouclée, brillante et parfumée afin d'apporter une dernière touche d'extravagance à cet ensemble aristocrate.


« Non, Catherina. Dépêche toi de la réveiller. »

Catherina s'approcha avec une démarche tendre et féminine de son armoire, puis laissa un blanc de quelques secondes durant lesquelles elle s'assura qu'aucun bruit ne trahisse un espion caché dans les environs. Puis elle activa un petit engrenage caché derrière l'armoire en passant le doigt derrière la planche. Aussitôt, l'armoire se décolla du mur comme une porte et laissa place à un véritable vestiaire d'assassin : un râtelier d'armes, un mannequin sur lequel disposer les armures et une petite vitrine remplie de décoctions et potions en tous genres. Catherina récupéra l'une d'entre elles avec ses doigts fin et referma l'armoire aussitôt fait.


« Tiens, ma chérie, respire donc ça. »

Valduis lui retira sans gêne la potion des mains et ouvrit lui-même le capuchon. Il apporta le contenu au nez de Luka qui était allongée sur le lit et laissa l'antidote faire son effet.

« Hmpf. Inutile d'être aussi rigide, Valduis. C'est pour cette histoire de mission que tu m'en veux autant? Allons, tu sais très bien que ça ne se reproduira pas. »

« Ton antidote l'aurait tuée si tu l'avais laissée le respirer trop longtemps. Je préférais m'en occuper moi-même. »

Catherina croisa les bras et détourna les talons pour venir bouder près de la fenêtre. Après un petit moment d'hésitation, elle finit par questionner :

« Es-tu certain qu'elle est la petite fille de Toen? Je pensais que ce vieillard n'avait jamais eu d'enfants. Et pourquoi diable l'avoir ramenée ici? Il y avait de bien meilleurs endroits que la maison clôse de Shüren. »

« Oui. J'ai moi-même vérifié. Lorsque j'en étais sûr, je lui ai administré un léger poison pendant qu'elle mangeait afin de l'assommer. Et si je l'ai amenée ici, c'est parce que personne ne viendra nous déranger dans un tel établissement. Dois-je te rappeler que tu sers l'Ordre avant de servir tes intérêts? »

Valduis fusilla Catherina du regard comme pour l'accuser d'une potentielle faute qu'elle aurait pu commettre. Intimidée et soumise à la hiérarchie malgré ses tentatives d'alléger ses rapports avec Valduis, celle-ci baissa la tête et répondit d'un oui presque inaudible. Mais elle profita du réveil de Luka pour effacer cette ambiance pesante que Valduis avait l'habitude d'apporter partout où il se trouvait.

« Oh ! La voilà qui se réveille. Ma chérie, nous allons avoir besoin de tes services. Tu as faim? Soif? Allez, ne sois pas timide. Valduis n'est certainement pas la meilleure compagnie qui existe, j'en suis bien consciente... Mais moi, je suis ravie de faire ta connaissance ! Je suis Catherina. »

Valduis leva les yeux au ciel et s'adossa contre la rambarde du lit, installé juste à côté de Luka. Il resta silencieux et laissa Catherina rassurer l'invitée comme il se devait. C'était une tâche qu'il était incapable d'accomplir par lui-même; il avait trouvé judicieux d'amener Luka à « L'édredon voluptueux », l'une des maisons closes les plus réputées et les plus chères de toute Irydaë. La clientèle était bien souvent réputée et prestigieuse; des hommes de pouvoir qui ont une influence particulière. Et évidemment, l'Ordre de la Pénitence avait infiltré l'une de ses shudargas au sein de cet établissement pour pouvoir récupérer toutes les informations qui les intéressaient.
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Luka Toen
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Mar 29 Nov - 14:44
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… Encore ?
Cette idée pourtant perdue dans l’infinité vaseuse de son esprit fut aussi cristalline qu’une eau de source. Son organisme était un véritable champ de bataille, contraint par deux fois à une veille dont il n’avait pas eu besoin et dont il revenait toujours plus amoché. Amoché était peut-être un bien grand mot, mais Luka ne se serait pas définie autrement, étalée sur l’immense matelas comme s’il lui était soudainement poussé des racines et une forte envie de ne plus jamais revoir la lumière du jour. Une migraine saisissante menaçait de poindre au détour de ses tempes et elle sentait ses articulations râler du traitement peu convenable qui leur avait été infligé… Sans doute avait-elle été longuement transportée, un zeste de crampe disparue longeant comme un spectre son abdomen. Elle imaginait mal son cher compagnon d’infortune la déplacer gaiement à l’image de ces princesses de contes de fée ! Non, l’hypothèse du sac de légumes était beaucoup plus plausible. Tout du moins n’avait-elle pas cauchemardé, trop abrutie par ce qu’elle devinait être une drogue cachée dans sa nourriture pour être encore en mesure de faire fonctionner son cerveau. Rares étaient les produits susceptibles de vous offrir un sommeil léger et merveilleux… Le but était plutôt d’assommer proprement et longuement la victime dans un état proche du coma éthylique.

Elle mit toutefois un point d’honneur à ne laisser transparaître aucune de ses pérégrinations mentales et balaya toute hésitation apparente de sa part. Elle s’étira comme un chat dans les draps soyeux qu’on avait si galamment mis à sa disposition, les yeux à demi clos d’une lascivité sur-jouée. Elle arqua le dos avec langueur, fit glisser ses bras jusqu’à son oreiller de fortune n’accentuant par ce biais que plus encore la courbe de son corps et la lente dérobade de sa chevelure flamme. Tout cela sans adresser un seul regard à la silhouette de mauvais augure qu’elle devinait sans mal à la limite de son champ périphérique. Il lui avait donné à manger. Il l’avait trompée pour mieux la trimbaler à des milles à la ronde, en lieu et place de faire fonctionner sa langue et le peu de sociabilité qui devait survivre en lui. Luka était semblable aux animaux sur ce point, et vexée comme quelque félin se parant d’une nonchalance royale, ce n’était qu’un infime pas avant qu’elle ne lui montre les crocs ! Elle se savait tout à fait capable de vexation, plus encore de bravades osées. Elle se redressa donc jusqu’à la bordure du lit, relevant sur la demoiselle qui s’agitait à ses côtés un regard pétillant de malice, presque doucereux :

« Catherina donc… ? »

Elle répéta son nom avec un brin de convoitise, à peine une intonation plus ronronnante quasiment inaudible.

« J’aurais été ravie de vous rencontrer dans d’autres circonstances. »

Le brusque tranchant d’une lame soudain, une note citronnée plus acide sur ces deux derniers mots dont la langueur se fit grondement. Un grondement qui sans regard s’adressait pourtant explicitement à l’ombre qui les surveillait toujours fort silencieusement juste à côté d’elles, tout en lui refusant l’infinie politesse d’une conversation directe. Très bien. S’il refusait de se conduire en humain, Luka lui déroberait la décence et le respect : il serait cet enfant de qui l’on parle à la troisième personne, niant à bien des égards son existence et pire encore, son statut d’homme bien-pensant. Elle se radoucit pourtant immédiatement pour ne pas rebuter cette Catherina qu’un vague malaise avait saisi, lui volant l’occasion de réagir par un craquant semi-sourire en coin agrémenté d’une politesse étonnamment candide :

« … Auriez-vous du romarin ? Je ne serais pas contre une tisane, cela m’aiderait à avoir les idées un peu plus claires. »

C’était peut-être une stratégie agressive, mais c’était le meilleur moyen de bloquer immédiatement et complètement cette nouvelle venue sur l’échiquier. Elle avait perçu des bribes de leur conversation durant son réveil malheureux, et si la hiérarchie qui les liait était limpide, elle avait su discerner chez son hôte une faiblesse féminine non présente chez ce dénommé Valduis. En dépit de son maquillage et de sa tenue très excentrique, Catherina n’était pas une idiote. Toutefois la présence de son supérieur provoquait chez elle une gêne infime malgré ses efforts pour se couvrir : il y avait là une faille dans laquelle il était aisé pour Luka de s’engouffrer. Loin de vouloir la pousser à se parjurer, elle désirait simplement maintenir cette neutralité entre elles deux pour mieux pouvoir gérer le problème « Valduis »… Il n’aurait pas fallu qu’ils se mettent désormais à deux pour l’endormir et la kidnapper à tout bout de champ !

Elle épousseta sa tenue abîmée d’une main négligente et se hissa sur ses pieds. Ses prunelles parcoururent l’entièreté de la chambre sans faire montre de la moindre réaction, et particulièrement lorsqu’il se fut agi de passer avec fluidité sur la présence de l’assassin. Elle assouplit ses jointures tout en se dirigeant vers l’unique et seule petite fenêtre de la pièce. Oh, elle ne faisait aucun mouvement brusque, rien dans sa démarche et dans son langage corporel ne pouvait traduire une éventuelle velléité de fuite. Elle se déplaçait avec l’aplomb et le mouvement souple d’une Dame dans ses quartiers, aussi naturelle que s’il eut été question d’un réveil auprès d’un amant amouraché, chassant les dernières bribes de la nuit passée par une vue de l’agitation extérieure citadine. Shüren donc, constata-t-elle, ses mains posées bien à plat sur le cadran de la fenêtre.

Cela n’était pas visible, mais elle menait une introspection intérieure pointilleuse pour déterminer son état médical. Etait-elle encore droguée ? De quelle herbe médicinale s’était-il agi ? Les possibilités étaient nombreuses : elle n’avait que peu d’effets secondaires mais son sommeil avait été lourd. Son esprit protestait par une joyeuse migraine et elle avait toute une kyrielle de difficultés pour faire appel à sa mémoire et s’extraire de ces brumes nauséeuses. Si elle n’était pas en danger de mort direct, il était pourtant urgent qu’elle récupère tous ses moyens. Le romarin serait un excellent curatif, réputé pour ses facultés de revitalisation et le drainage du sang. Et puis… L’Ordre de la Pénitence, vraiment ? Par Bolgokh que pouvait-il bien vouloir à quelqu’un directement affilié à une guilde si opposée à la leur ? Elle espérait fortement qu’il n’y ait pas d'enjeu politique sous cette affaire –elle exécrait la politique.

« Que me voulez-vous ? »

Elle n’avait pas pris la peine de se retourner. Des sons qui lui étaient parvenus, Catherina était sans doute allée lui chercher une tisane, ne laissant aucun doute sur la personne à qui elle s’adressait vraiment. Elle laissa filer un léger silence, puis pivota sur ses hanches pour mieux accouder son dos à la fenêtre. Là, ses lèvres se fendirent d’un sourire mordant, non sans une pointe d’humour :

« Ou à mon grand-père. Mais je crains qu’il ne soit mort depuis un bon bout de temps. Vous savez, l’être humain dispose d’une cavité buccale qui fait très bien son travail, et qui épargne à la plupart des gens de devoir kidnapper quelqu'un tous les quatre matins. Je crois qu’on appelle cela une bouche. Vous pourriez essayer. »


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Valduis
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Ven 2 Déc - 23:52
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« Réveillez-vous ! Réveillez-vous ! Oui, comme ça. Ouvrez les yeux? Vous me voyez? »

Le douces senteurs de la violette imbibèrent les poumons de Valduis. Ils le tirèrent de sa léthargie profonde pour l'enlacer tendrement et lui offrir un réveil paisible. L'image floue d'une tâche rose entourée de jaune gâchait ce plaisir olfactif... mais bien vite, lorsqu'elle devint nette, Valduis semblait replonger dans un autre rêve bercé par un regard mauve et une chevelure dorée qui se dessinaient devant lui. Dans cette alcôve obscure, seul le visage angélique qui lui souriait semblait éclairer à la fois la pièce et son esprit.

« Oh, vous m'avez fait si peur. Je vous ai porté jusqu'à cette maison délabrée. Par chance, il y avait encore un lit... même s'il est en piteux état. »

« Vous avez mis votre vie en danger. »

« Je n'aurais pas pu vous laisser seul après ce que vous avez fait pour moi. »

Valduis détourna son regard du visage de son interlocutrice. Il se rappela l'empathie, une valeur humaine propre aux gens éduqués et civilisés. Pour lui, le monde n'était qu'une immense jungle dans laquelle il fallait se battre pour survivre. Valduis n'avait jamais été éduqué, et pour cause, il n'avait pas même saisi l'essence de notions comme la pitié, l'entraide, l'amour ou l'attachement. Il peinait même à maîtriser ses propres pulsions. Lorsque son interlocutrice lui parlait, il ne pouvait s'empêcher de contempler ses formes excitantes sous cette robe transparente; son esprit était comme aspiré par l'adrénaline qui stimulait son entre-jambes. En l'espace de quelques secondes, ses sens bestiaux avaient repris le dessus et toute sa conscience était concentrée dans sa virilité. Il a fallu qu'il se batte contre son subconscient pour chasser cette nature perverse et incontrôlable.

Mais contre toute attente, il ne semblait pas être le seul à avoir du mal à contrôler ses envies. Tandis qu'il observait ailleurs, ses poils s'hérissèrent en sentant une fragile caresse se poser sur son torse. Il fit l'erreur de détourner le regard pour venir croiser celui de son interlocutrice : ses yeux magiques étaient imbibés d'une ardeur si profonde qu'il en était impossible de s'en détacher. Ses pupilles mauves tournèrent au rouge pourpre - un curieux effet magique de par sa nature My'trän qui modifiait la couleur de ses yeux selon ses humeurs et ses désirs - et s'agrandirent à tel point que Valduis était capable d'accéder à son âme et d'en contempler ses profondeurs. Les deux esprits se connectèrent simultanément, tandis que la frêle main de la jeune femme descendait avec hésitation jusqu'à son intimité.

« Oh... j'ai eu envie de vous dès que j'ai posé mon regard sur votre visage... vous sembliez si froid, si inaccessible. Si bestial, si brutal dans votre façon d'agir... Laissez-moi voir jusqu'où peut me conduire votre bestialité. »

Valduis déposa la main sur le cou de son interlocutrice My'trän, stoppant net sa tentative de lui offrir un tendre baiser.

« Je ne suis pas un animal. »

Les propos furent si crus, sans aucune retenue, et avec une sévérité telle qu'ils brisèrent instantanément toute cette atmosphère propice à l'union ainsi que l’osmose qu'ils avaient créé entre leurs subconscients. Intimidée et embarrassée, l'interlocutrice balbutia une réponse qui témoignait bien de son état d'esprit actuel chamboulé.

« Mais... J-... Enfin, ce n'était pas péjoratif. Vous n'êtes pas un homme des cités, c'est un fait, et cela ne me rebute aucunement. »

« Bestial », « Animal », « Homme des cités ». Le peu d'humanité encore présente en Valduis se fissura pour laisser place à son côté sombre et incontrôlable. Il attrapa furieusement le cou de son interlocutrice et le serra de toute sa poigne, provoquant alors larmes, pulsions et gesticulations. Par réflexe, elle envoya une multitude de coups sans résultats - ils n'atteignaient pas les muscles solides de Valduis -. Totalement dominé par cette rage animale, il étrangla sans scrupule celle qui avait eu l'audace de prononcer les mots tabous et de le blesser jusqu'au plus profond de son être.

Il n'oublia jamais cette dernière image avant que la mort n'emporte sa victime. Ses pupilles étaient devenus blanches, opalescentes, et l'expression de son visage cristallisait plusieurs émotions à la fois. Bien sûr, la terreur, la tristesse et l'incompréhension... mais ce qui dominait par dessus tout, c'était le dépit. Sa bouche et ses paupières dessinaient un mal-être profond; un désespoir sans précédent pour ce qui s'apparentait à un acte inhumain ou dénué de toute conscience humaine. Et au fur et à mesure qu'il resserrait sa poigne, le visage de la jeune femme se métamorphosa pour laisser place à celui d'un autre, plus marqué par la fatigue, aux lèvres asséchées et aux cernes bien visibles. La chevelure dorée gonfla et devint rouge braise tandis qu'un col et des manches s'ajoutèrent à la robe transparente pour devenir une chemise froissée.

Lorsque Valduis cligna des yeux, il reprit contact avec la réalité. Il ne pensait pas que les réactions évidentes de Luka lui auraient fait remonter des souvenirs douloureux si profondément ancrés dans les racines de son esprit. Pour autant, il était persuadé d'avoir vu une copie parfaite de ce visage rempli de désespoir comme il en était jadis. Il baissa les yeux et prit une grande inspiration, balayant par la même occasion toutes ces mauvaises pensées pour se concentrer sur ce qui était important. Il avait brisé un morceau de carapace et permis à une faiblesse de s'échapper en laissant quelques larmes venir mouiller le coin de ses yeux. Mais aussitôt qu'il croisa le regard soupçonneux et interrogatif de Luka, il retrouva ses esprits et se débarrassa de toutes les émotions que trompaient son visage pour n'y laisser qu''un vide impassible.

« Nous sommes navrés d'avoir dû employer de tels moyens. Nous espérons que ce séjour dans ce bâtiment de luxe et les services qu'il offre sauront excuser ces agissements bien peu appréciables, je conçois. Vous serez dédommagée de l'affront qui vous a été fait comme il se doit. N'ayez crainte au sujet de votre engourdissement, je suis persuadé que le romarin vous fera retrouver vos esprits. »

C'est par pure stratégie qu'il plaça cette phrase à la fin de son monologue, et il l'accompagna par ailleurs d'un regard accusateur comme pour faire comprendre à Luka qu'il n'était pas dupe et qu'il avait compris le choix du romarin. Si elle était la petite fille du renommé Toen comme elle le prétendait si bien, elle ne serait pas assez idiote pour se douter que les connaissances, l'anticipation et surtout l'observation de Valduis n'étaient pas à prendre à la légère. Cette tentative d'intimidation cachée au sujet du romarin n'était qu'un avant-goût des capacités de Valduis à prévoir l'imprévisible. Il n'aimait pas que ses proies s'enfuient et il le faisait savoir à sa manière.

Valduis se releva et ferma la porte. Il posa une oreille attentive sur les murs de la pièce, et après vérification, il s'avança en direction de Luka et déplia une petite carte de l'Ouest de My'trä, sur les montagnes non loin de Khurmag. Des indications avaient déjà été placées, notamment des flèches et des croix reliées entre elles.


« Nous connaissons les rancœurs entre nos ordres respectifs. Pour autant ce n'est pas en tant que médecin des Cercles que je demande votre aide, mais en tant qu'historienne. »

Valduis déposa son fessier sur l'angle de la table avant de croiser bras et jambes, désormais tourné face à Luka.

« L'Ordre de la Pénitence s'est inspiré de beaucoup de vos œuvres pour établir hypothèses, diagnostics, travaux en tous genres ou encore cartes complètes. Cela nous a permis d'asseoir notre influence sur Irydaë et d'améliorer notre efficacité sur le terrain, aussi bien grâce aux raccourcis que nous empruntons en utilisant vos croquis géographiques que grâce aux ingrédients que nous récupérons sur la faune environnante pour confectionner armes, poisons, décoctions ou matériaux... et ce en utilisant le bestiaire issu de vos analyses. J'ai pu avoir la confirmation de votre identité en vérifiant dans votre sac. »

Valduis déposa son doigt sur la plus grosse croix tracée sur sa carte.

« Ce kidnapping était nécessaire. Nous savions pertinemment que personne n’œuvrerait avec l'Ordre de la Pénitence, et encore moins lorsqu'il s'agissait de l'un des membres des Cercles. Mais ici, vous n'avez pas le choix et devez écouter ce que j'ai à vous dire. »

Valduis marquait un point au sujet des liens entre l'Ordre de la Pénitence et les médecins des Cercles. Ces derniers savaient soigner la majorité des maladies, intoxications, blessures ou empoisonnements... excepté lorsqu'il s'agissait d'une victime d'un shudarga de l'Ordre. Il était extrêmement rare que les médecins des Cercles parviennent à soigner les cibles des shudargas : les poisons étaient bien trop puissants et leurs formules bien trop compliquées pour être étudiées et y trouver un antidote. Et lorsque ce n'étaient pas les poisons, c'étaient les techniques d'assassinat qui visaient des points vitaux mortels et dans des endroits insolites. Le temps que les médecins trouvent un moyen d'atteindre le centre de la blessure sans agrandir la plaie ou accélérer l'hémorragie, et la cible était déjà morte. Voilà la raison pour laquelle les médecins des Cercles de l'Aube détestaient les shudargas, en plus de l'opposition totale de leurs philosophies.

« A l'Ouest de Khurmag, sous les collines enneigées, se trouve une cité souterraine en ruines qui abritait autrefois un peuple de My'träns maîtres en magie de l'eau. Vous imaginez bien que l'Ordre ne m'a pas envoyé étudier les Moines sans raisons. Il y a un lien qui unit ces anciens mages conquérants et les autres tribus mages d'Irydaë qui ont, à une époque différente de l'Histoire, menacé les peuples My'träns de par leurs actes ou leurs techniques mortelles. Je n'ai réussi qu'après plusieurs mois de recherches intensives à retracer l'Histoire complexe des Moines; mais ce n'était qu'un huitième de ces recherches que je dois encore continuer pour rassembler toutes les pièces du puzzle. »

Il marqua une pause en entendant Catherina revenir avec le romarin. Et c'est lorsqu'elle le déposa sur la table et retourna silencieusement s'asseoir sur le divan, supportant le regard pesant et sévère d'un Valduis impatienté, qu'il continua son discours.

« Ce que nous savons, c'est qu'un puissant parchemin magique a été précieusement rangé et mis sous protection à l'intérieur de la cité souterraine. Ce parchemin a commencé à être écrit par les premières tribus de mages conquérants au fil de l'Histoire des My'träns, puis complété par chaque nouvelle tribu poursuivant les conquêtes de ses prédécesseurs à un moment différent de l'Histoire. Vous l'aurez compris : les Moines, dernière tribu conquérante de My'trä, ont terminé le paragraphe de ce parchemin avant de venir le placer dans un coffre blindé à l'intérieur de la cité en ruines. Le problème, c'est que ce parchemin magique réunit les connaissances et les langues de toutes les tribus magiques conquérantes confondues qui ont fait partie de l'Histoire : Feu, Eau, Terre, Air, Illusions, Invocations, et j'en passe... »

Valduis se releva et fixa Luka sans détour, déterminé à aller droit au but.

« Ce parchemin était depuis longtemps dans notre ligne de mire. Nous avions repoussé la récupération de ce dernier car aucuns de nos hommes placés dans les montagnes de Khurmag n'a vu d'aventuriers soupçonneux se rapprocher un peu trop près de la cité en ruines. Mais cette récente réapparition des Moines fait de ce parchemin une urgence capitale. Nous pensons que quelqu'un le convoite. Et s'il parvient à mettre la main dessus, il aura accès à des connaissances ancestrales dévastatrices qui peuvent menacer notre monde. Et vous savez que les maîtres mages ont la fâcheuse tendance à former beaucoup de disciples. Nous devons le récupérer et le mettre en lieu sûr afin que personne n'accède à ses textes. Nous avons besoin de vos talents d'historienne pour accélérer nos recherches et trouver un moyen de désactiver les verrous magiques de la cité souterraine. Qu'en dites-vous? »
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Luka Toen
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Lun 5 Déc - 17:59
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« Hé bien, par utiliser votre bouche, je n’imaginais pas un résultat aussi probant. répliqua-t-elle tout d’abord avec un sarcasme évident. »

Qu’espérait-il ? Qu’elle s’empresserait de lui répondre, la bouche en cœur pour le pur bonheur de lui être utile ? Bien sûr que non. Il attendrait qu’elle ait tâté de cette fameuse tisane de romarin, et que son pouls ait cessé de battre la chamade. Il n’était pas très aisé de réfléchir avec une migraine en devenir, et s’il s’agissait de temple englouti, Luka préférait mille fois être en pleine possession de ses moyens. Il n’aurait pas fallu qu’on lui ôte l’un des rares plaisirs de son existence ! Elle s’empara donc de la tasse finement ouvragée et souffla avec délicatesse sur les volutes de fumée qui s’échappaient du liquide brûlant. Elle contourna la table avec précaution, longeant la carte comme quelques félins tapis à la recherche d’un angle mort, une ouverture qui précipiterait sa victoire. A cet effet, sa route finit par croiser celle de Valduis qu’elle évita d’un simple et gracieux pas de côté.

« J’ai plusieurs conditions. »

Sa voix flotta dans l’espace qu’elle venait de quitter, fantomatique présence un brin étourdissante. Elle s’immobilisa, fit face à la table et parcourut la carte de la pulpe de ses doigts en une caresse fascinée. Cela seul trahissait l’intérêt vif que cette possible quête provoquait en elle, et cet unique geste n’avait pas d’autre vocation que d’embrasser les immenses possibilités qui s’étendaient à ses pieds. Une connaissance. Une connaissance vaste et ancienne comme le monde, dont le devenir dépendrait d’eux. Elle s’arracha pourtant à sa contemplation, avec lenteur cependant, presque à regret, pour ancrer le feu de son regard sur la silhouette de Valduis. Aussi passionnée était-elle, il était limpide que sa volonté ne flancherait pas : il devrait respecter ses conditions, ou du moins faire des concessions. Sans cela, nulle alliance n’était possible avec les Cercles de l’Aube, et moins encore avec sa propre personne, Luka Toen, fille du grand génie Toen. Elle leva donc sa main gauche, le pouce replié dans sa paume et ses quatre autres doigts levés à hauteur de son visage :

« Quatre pour être exacte. Je veux utiliser mes propres affaires et emporter tout ce que je jugerai utile. A commencer par mon équipement, laissé en dépôt dans un village non loin de Shüren. La tenancière, Habaly Regintine me les garde lorsque je dois approcher un groupe potentiellement paranoïaque et très tatillon sur le port d’armes. L’un de vos subalternes devra me rapporter tout ce que ce sac contient. »

Elle plissa les yeux, voilant une partie de son regard acéré sous la tenture de ses cils, et le vert de ses prunelles se zébra d’une pointe de doré métallisé :

« Il va de soi que Dame Regintine doit être traitée avec le plus grand respect. La diplomatie n’est pas votre fort, mais elle aide les Cercles de l’Aube depuis plus d’années que nous n’en avons vécues à nous deux. Pas d’esbroufes. Je lui écrirai un mot pour l’informer de mes dernières décisions. Si ça vous chante, vous pourrez vérifier que ce mot ne contient aucun commentaire compromettant. »

Elle fit courir un doigt distrait sur le rebord teinté de sa tasse. Son visage s’anima et elle haussa un fin sourcil septique tandis qu’elle fouillait du regard les tréfonds colorés de sa tisane :

« J’espère pour vous que si cette tisane est empoisonnée c’est dans le but de me tuer. Puisse les Architectes vous protéger autrement, je vous jure de faire de votre vie un véritable calvaire. Et croyez-moi, vous n’avez pas encore entendu quelqu’un vous raconter les 325 chapitres de Théologie sur les origines du monde de Loc-Thor Royes… »

Elle grimaça au simple souvenir de cette torture inhumaine, un véritable morceau d’anthologie comme seuls en savaient faire les Anciens. Valduis devrait s’habituer, avec elle, il n’était pas garanti qu’un sujet de conversation reste esseulé ! Elle ne cessait de sauter à des conclusions et des rapprochements dont elle était l’unique détentrice, ne paraissant guère partager une logique semblable au commun des mortels. Introduire une histoire de tisane en plein milieu d’une discussion sur un temple oublié ne lui provoquait aucun problème de conscience : les autres n’avaient qu’à suivre. Elle leva pourtant bien vite à nouveau trois de ses doigts, récupérant par ce simple geste didactique l’attention de son assemblée disparate :

« Ma deuxième condition et non des moindres c’est que nous partagions absolument toutes nos informations relatives à cette mission. Gardez vos secrets de vénérable shudarga si cela vous chante, mais ne vous avisez pas « d’oublier » de m’instruire quant à un possible gardien ou je ne sais quel Chotgor terrestre susceptible de nous tomber dessus ! Je ne suis pas qu’une maudite femme amatrice de sensations fortes : j’ai les épaules suffisamment larges pour encaisser n’importe quelle situation si je sais à quoi m’attendre. Il en va de la réussite de ce projet. Je tâcherais de faire de même de mon côté, si nous parvenons à établir cette honnêteté réciproque. En d’autres termes, une collaboration harmonieuse : nous protégeons nos arrières. »

Elle s’accorda une ample lampée de tisane, savourant le liquide chaud dans sa gorge et les quelques couleurs qui déjà revenaient sur ses joues et étincelaient dans ses prunelles. Mourir ou vivre, elle s’en fichait bien. Tant qu’il ne s’agissait pas de cet entre-deux détestable où un inconnu se chargeait de transporter son corps endormi d’un bout à l’autre du continent… !

« Ensuite, reprit-elle après avoir pris grand soin de se pourlécher les lèvres comme un animal satisfait, et cela est non négociable, PAS DE DESTRUCTION DE MONUMENT. Au risque de me répéter. Vraiment, et je m’étonne même de devoir préciser quelque chose d’aussi élémentaire. Nous entrons, vous faites votre petite affaire, et nous laissons tant que faire se peut les lieux en état afin que leur histoire puisse servir aux générations suivantes. A priori le temple en lui-même n’aura pas grand rapport avec ce que pourra contenir ce parchemin sacré. En revanche, il se peut qu’il contienne des fresques et des traces des mœurs et coutumes de cet ancien peuple de Dalai ! J’apprécierais grandement d’en savoir davantage à leur sujet. Si ce que j’apprécie vous intéresse. »

Était-ce bien là un sourire dans sa voix, une intonation aux allures amusées tandis qu’elle le piquait à sa manière ? Luka était Luka -toute situation dramatique dans laquelle elle était, il lui était indispensable de répliquer par une once de bravade cachée sous les allures d’un charme éhonté. Elle relevait alors le coin de ses lèvres et dévoilait une pointe de dents blanches, aussi effrontée qu’une sylphide soufflant sur vous sa plus belle brise d’hiver : que la glace était magnifique dans toute cette lumière crue, et que ses dentelles étaient effilées…

« Enfin, je voudrais avoir un aperçu de ce document avant que vous n’en fassiez hé bien… Ce que vous avez à lui faire. Il s’agit d’un parchemin inestimable pour l’histoire de l’humanité, des Architectes et de leur magie, et cela tombe bien, je suis justement spécialisée en la matière. Si l’Ordre des Pénitents est aussi méticuleux qu’il le prétend, nul doute que vous avez déjà effectué sur ma personne maintes recherches. Vous savez donc mieux que personne à quel point le pouvoir ne m’intéresse pas, la richesse non plus, et tout ce qui peut leur être lié. Non mon cher, je plaide uniquement coupable pour le péché de curiosité, la savoir est mon bourreau. En retour de quoi je garantie sur le serment qu’il vous plaira que je ne transmettrai ces informations obtenues dans aucune de mes publications ni discussions, et que ce secret mourra avec moi. Je ne vénère aucune autre richesse que celle qui peut façonner ma culture personnelle. Inutile également d’accepter cette condition si c’est pour m’éliminer si tôt la fin de cette quête venue. »

Elle posa sa tasse à présent vide sur la table, les deux mains doucement posées sur la carte qui s’étalait toujours devant eux. Elle pencha la tête de côté comme elle en avait l’habitude, attentive à connaître la réponse de son interlocuteur, et ne désirant rien rater de ses éventuelles réactions croustillantes.

« Toute adonnée à des travaux obscurs qu’est votre guilde, je crois savoir qu’elle est fondée sur l’honneur et la droiture de ses contrats. Une fois que les conditions sont établies, un shudarga de votre rang se doit de les tenir rigoureusement sous peine d’entacher le nom de l’Ordre et son aptitude à satisfaire ses clients. J’accepte de vous aider dans cette tâche si vous êtes d’accord avec mes conditions et si nous établissons un contrat en bonne et due forme, j’entends officiel pour la guilde. Dame Catherina ici présente sera notre tiers témoin. »

Toute étourdie et téméraire qu’était Luka, elle n’était pas non plus folle à lier. Elle savait pertinemment que bien peu de choses en ce monde pouvaient pousser Valduis à respecter chacun de ses engagements, en passant par le fait de ne pas l’assassiner en cours de route. Peu de choses, mis à part la loyauté qu’exigeait de lui l’Ordre des Pénitents, et la rigueur sur laquelle ils avaient fondé leur si tristement célèbre réputation. Si elle ne se trompait pas, s’il était bien d’un rang plus élevé que Catherina, alors les responsabilités qui pesaient sur lui n’en étaient que plus grandes. Échouer était rarement envisageable pour quelqu’un de sa caste, et trahir un contrat officiellement accepté par la guilde n’en constituerait un déshonneur que plus important…


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Valduis
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Ven 16 Déc - 12:16
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D'un simple mouvement de tête en direction de Catherina, il ordonna à son adjacente de s'emparer d'un parchemin, d'une plume et d'un encrier afin de noter précisément toutes les conditions énoncées par Luka. Pour autant, Valduis n'utiliserait le parchemin de Catherina que pour se remémorer certaines informations mal retenues ou s'en servir d'appui pour argumenter ses propos : il était et surtout devait être capable de retenir tout ce qu'il voyait ou entendait, ne serait-ce que parce que son rang de Shudarga l'exigeait. Valduis était plus souvent confronté à des situations où il devait espionner des conversations plutôt que des situations où il devait simplement s'emparer de parchemins écrits. Les hommes les plus prudents ne laissaient aucunes traces de leurs échanges ou divulgations.

Il fut tout de même choqué voire consterné par ce qu'il entendait. Ses sourcils se relevèrent d'étonnement, laissant une pleine vue sur ses deux yeux azur habituellement cachés par des paupières plissées. Il ne prit pas la peine de couper Luka dans son élan et se contentait de la scruter de haut en bas dans son monologue bien prétentieux - même si parfois, son regard se posait sur la dague qui était accrochée à sa ceinture -. Le meurtre était facile et le démangeait, mais il savait pertinemment qu'il avait besoin d'elle.

Il s'empressa d'attraper le parchemin de Catherina et de lire ses notes, comme s'il voulait s'assurer que ce qu'il venait d'entendre n'était qu'un tour que lui jouait son esprit. Mais confronté à la réalité, il se figea devant le toupet et l'arrogance dont faisait preuve Luka et qui étaient malheureusement imprégnés sur le parchemin qu'il tenait. Savait-elle que Valduis avait tué pour moins que ça? Il préférait se convaincre que sa vie passée dans les montagnes et les forêts avaient totalement désorienté son bon sens et dérangé sa réflexion. Il prit une grande inspiration, comme pour attiser le feu de colère qui brûlait en lui, puis se concentra sur une réponse qui soit la plus respectueuse et la plus claire possible.


« L'alliance entre vous et l'Ordre, ou bien entre les Cercles et l'Ordre - faites comme bon vous semble - implique indubitablement un partage d'informations et une confiance commune afin que nous puissions progresser dans de bonnes conditions. Nous vous ferons part de toutes les informations susceptibles de représenter un danger dans notre expédition et nous attendrons la même chose en retour. Après tout, notre but à tous dans cette quête est de protéger le commun des mortels. »

Il marqua une pause volontaire à la suite de cette dernière affirmation - Valduis était visiblement un expert de l'inattendu et des sous-entendus -. Il tenait à rappeler à Luka ce qu'elle semblait avoir oublié, c'est-à-dire une nécessité avant tout d'agir au nom d'Irydaë et de leur population. Barrant avec sa plume et sans aucune retenue toutes les autres conditions de Luka sur le parchemin, il lui adressa une dernière attention plus par respect pour leur alliance que par envie. Il n'aimait pas se justifier sur ses choix - pourtant évidents à ses yeux- , mais il le faisait malgré lui car elle avait pris soin de donner son point de vue, de prendre des risques et surtout d'accepter la mission.

« J'ose espérer que vous compreniez le degré d'aberration de vos autres conditions. Je tiens à vous rappeler que cette quête présente une danger imminent sur les deux territoires et que notre réussite permettra de sauver beaucoup de vies... ce qui est, me semble-t-il, le propre de l'existence des membres des Cercles. Cette expédition est déjà suffisamment complexe pour que nous attardions sur des détails comme la protection de vos monuments ou que nous utilisions nos assassins comme vulgaires porteurs de vos affaires personnelles. Vous semblez oublier à qui vous avez affaire, mais vous semblez également oublier que cette mission n'est pas à but personnel. J'imagine que vous vous souciez un minimum de l'avenir d'Irydaë, dame Toen, pour accepter de faire des sacrifices. »

Il attrapa un autre rouleau de parchemin et le déplia avant d'y inscrire toutes les modalités et les conditions du contrat, et ce dans les véritables formalités de tout contrat type. Il laissa une petite place pour un sceau ou une signature, ayant au préalable déposé le sien sur la partie gauche du parchemin. Il tendit le tout à Luka afin qu'elle puisse signer à son tour et conclure le contrat.

« Pour autant, nous transmettrons le message à nos hommes et les tiendrons au courant de l'importance des monuments et des secrets qu'ils recèlent, du moment que cela ne risque pas leur vie ou l'avancée de la mission. Pour finir, ni vous ni personne n'aura un droit de regard sur le contenu du parchemin; considérez qu'avoir été informée de son existence est déjà un privilège immense. Les ordres sont les ordres, et nous protégerons le parchemin de tous les regards, y compris ceux des membres de notre propre organisation. Il sera expédié et mis en sécurité dès qu'il sera entre nos mains afin que personne ne puisse jamais le retrouver. »

Valduis se leva et alla piocher derrière l'armoire quelques décoctions, affaires et provisions. Il actionna l'engrenage de la même manière que Catherina le fit quelques minutes plus tôt puis referma l'accès une fois le tout récupéré. Il déposa le tout à l'intérieur de sa sacoche en cuir et réajusta quelques pièces de son équipement : il était prêt à partir et n'attendait que l'accord ou le désaccord de Luka pour quitter l'établissement.

« Notre première destination se trouve ici-même, à l'extérieur de la ville, dans les anciennes salles d'incantation de Zagash. Mes hommes m'ont rapporté que certains mages des générations anciennes y avaient laissé des messages cachés sous la forme de gravures, phrases codées ou fresques. Seulement, ils ne sons visibles qu'à proximité d'un objet aux caractères magiques... et nous ne savons pas encore duquel il s'agit ni de quelle magie il est imprégné pour éclairer et dévoiler ces dessins. Nous avons besoin de vos connaissances pour accélérer les recherches. Êtes-vous avec nous? »
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Luka Toen
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Mer 21 Déc - 18:09
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« Hmm… se contenta-t-elle tout d’abord de lui répondre, un imperméable sourire énigmatique sur les lèvres. »

Quel bien étrange personnage… Il semblait être tout et son contraire. Dans d’autres circonstances peut-être se serait-elle offusquée de ses répliques –en l’état, elle y voyait une merveilleuse ouverture dans laquelle s’engouffrer ainsi qu’une opportunité d’apprendre de lui. Elle n’était pas encore certaine d’apprécier tout à fait cette conversation, mais c’était là au moins un début relationnel. Haine, amitié, amour, colère… Tout cela était déjà infiniment plus que l’indifférence passive qu’il avait manifestée jusqu’alors, et qui ne permettait guère de lui donner d’autres couleurs que celle du pantin extrémiste à la solde de l’Ordre des Pénitents. Et les extrémistes n’étaient jamais une bonne nouvelle. Trop obtus pour apprendre, trop persuadés de leurs convictions pour rester dans le juste équilibre. Ils auraient scié la branche d’arbre sur laquelle ils se tenaient si on le leur avait demandé. Heureusement, et c’était là une bonne nouvelle, Valduis commençait à se dévoiler davantage. Une seule de ses semelles semblait pour le moment posée dans ce vaste cercle sectaire.

« Vous n’y êtes pas. »

Elle lui sourit, à présent rassérénée, aussi indifférente au feu de sa colère que la surface calme d’un lac.

« Vous êtes persuadé de votre réalité, celle qu’énonce l’Ordre des Pénitents. Oh, loin de moi l’idée de dire qu’elle soit mauvaise, mais la réalité est une notion fort complexe… Vous détenez une vérité parmi tant d’autres, tâchez de ne pas vous y accrocher jusqu’à provoquer votre propre perte. Vous ne prenez en compte que le pouvoir et la puissance en tant que danger pour l’humanité, ce que pourrait receler ce fameux parchemin. Qui le gardera me dîtes-vous ? Les dirigeants de votre guilde ? Sont-ils plus à l’abri de la tentation que les Architectes eux-mêmes, sont-ils plus à l’abri de la tentation qu’un ermite ayant fait vœu de ne plus jamais œuvrer pour le mal ? Non. Vous avez décidé en toute subjectivité d’imposer votre loi au reste du monde sous prétexte de lui vouloir du bien, et que c’était à vous de récupérer cet objet de pouvoir pour décider de son sort. C’est possiblement une excellente chose si vous l’exercez avec parcimonie. »

Elle se tut, et l’éclat de ses prunelles se fit plus métallique.

« Vous me parlez de l’avenir d’Irydaë Valduis, de la sécurité d’autrui. Mais lesquels ? L’avenir et la sécurité que vos supérieurs auront choisis sans demander l’avis de personne pour les imposer au reste du monde ? Est-ce vraiment un avenir que de ne pas être libre, libre également d’échouer et de faire des erreurs… ? Vous ressemblez à ces parents si inquiets de voir déraper leurs enfants qu’ils en créent un jour les propres défauts. Encore que… »

Elle releva doucement l’une de ses mains à hauteur de son visage en un semblant de geste apaisant. Elle espérait par ce biais calmer les éventuelles tentatives d’interruption, car tout comme rien n’était complètement manichéen, elle était également parfaitement consciente de la notion de bien commun.

« Encore que je reconnais qu’il est des situations urgentes où quelqu’un se doit d’agir pour le plus grand nombre. Toutefois, n’allez pas me parler d’aberration lorsque vous ne parvenez pas à appréhender l’importance de la connaissance, ni même celle que peut avoir un temple banal au possible par exemple. Il y a d’autres dangers que le pouvoir brut, et de bien plus grands… Savoir c’est contrôler la masse non instruite, et croyez-moi, on peut faire des dégâts infiniment plus grands par de simples mots que par le biais de la magie brute…. Vous êtes persuadé que je suis égoïste, mais ce que vous n’avez pas compris, c’est qu’une stupide fresque sur un mur concerne l’ensemble de la population humaine. Regardez-vous. Vos vêtements, vos armes, ce lieu, toute cette ville… Tout cela est l’ensemble des productions humaines, d’un savoir engrangé et travaillé des générations durant, justement et uniquement parce que nous sommes en mesure d’en garder des traces pour que ces expertises soient transmises aux enfants de nos enfants. J’extrapole, mais s’il n’y avait pas les temples vous ne seriez pas là aujourd’hui. C’est ce genre de dangers que vous n’avez que trop tendance à négliger et mépriser comme s’il s’agissait d’une ordure sous vos chaussures, car vous ne reconnaissez rien d’autre que les démonstrations de force. Et c’est ce contre quoi j’essaye de vous mettre en garde. Nous œuvrons pour le bien commun, mais pas sur les mêmes plans. Si vous cessez de vous préoccuper d’une façade, c’est toute la pyramide qui s’effondre… C’est là le principe de la réalité multiple. »

Avec davantage de temps sans doute aurait-elle pu étayer un peu plus ses arguments. Mais ils en manquaient précisément et elle connaissait à présent suffisamment bien Valduis de visu pour savoir qu’il était en mesure de la suivre et d’y réfléchir par lui-même. Ils étaient probablement encore à mille lieux d’être du même avis, et encore un peu plus de se comprendre. Néanmoins, ils avaient effectué aujourd’hui un pas en avant car prendre la peine de s’expliquer était déjà un effort fait envers autrui.

« Votre façon de parler comprend déjà une forte empreinte de hiérarchie sociale. Je ne connais pas votre passé ni le genre de personne que vous êtes, mais vous avez également déjà fait les frais de la connaissance imposée par la société : celle qu’un porteur ne peut que forcément être « vulgaire », une profession de bas étage qui n’a pas de grandes ambitions pour l’humanité. Que dire alors de tous les petites gens, les ouvriers qui vous permettent d’être au chaud, les cultivateurs qui vous donnent à manger… ? Sont-ils « vulgaires », eux aussi ? Songez alors aux conséquences à l’échelle d’un peuple si à présent vous apprenez aux gens à se respecter les uns les autres en toute égalité. Je n’avais pas pour intention d’ordonner et d’exploiter des serviteurs. Tout le monde ne fait pas ça, vous savez. Il s’agit simplement d’un gain de temps plutôt qu’un détour si je dois aller chercher en personne mes affaires. Maintenant, sachez que cela ne me dérange aucunement. Vous comme moi avons l’habitude de nous gérer nous-mêmes. »

Elle soupira. S’approcha du contrat déjà signé par l’un des parties et se saisit de la plume qu’on lui tendait.

« Vous kidnappez et droguez quelqu’un puis attendez spontanément de lui qu’il adhère complètement à votre idéologie. La violence apporte plutôt le contraire, dans la majorité des cas… A mon sens du moins. Cela, alors que vous n’êtes qu’un illustre inconnu pour moi, que j’ai en plus rencontré pour la première fois alors qu’il assassinait un homme. Ne cherchez plus très loin pourquoi j’émets autant de conditions avec une telle prudence. Cependant… Si je ne suis pas d’accord sur le fond, vos réactions premières m’ont convaincue de ce que vos propos ne disaient pas : votre réelle franchise quant à vos convictions de bien commun. Personne ne réagirait avec une telle irritation si cela ne vous tenait pas vraiment à cœur ou que vous mentiez… J’espère. »

Auquel cas n’aurait-elle plus grand espoir pour l’humanité. Ce qui était totalement contraire à sa philosophie d’esprit, éternelle optimiste persuadée que les plus beaux efforts venaient avant tout d’un sourire et d’une confiance accordée à la bonne personne. Elle signa donc, en dépit de la relation plutôt houleuse qu’elle entretenait avec Valduis et de tout le bons sens commun qui aurait hurlé à n’importe qui d’autre de ne pas s’acoquiner avec un assassin aussi loin de ses convictions personnelles. Et c’était justement très précisément la donnée qui la fascinait. Son point de vue si antagoniste au sien ne pouvait être qu’un apport pour elle, il aurait été bien dommage de s’enfermer sur ses acquis… Ils avaient tellement à apprendre l’un de l’autre.

« Je vous suis. Montrez-moi donc ces fameuses salles d’incantations, termina-t-elle tout en roulant entre ses doigts un exemplaire du contrat. Je n’ai pas tous mes outils sous la main mais je ferai au mieux. »

Elle gratifia Catherina d’un respectueux salut de la tête, accompagnant son geste d’un clin d’œil malicieux. Navrée pour toute cet esclandre semblait-elle lui dire, car à aucun moment Luka n’avait désiré mettre Catherina en porte à faux face à son supérieur hiérarchique.

« Jusqu’où s’étendent vos connaissances sur le culte de Dalai Valduis ? »

De la réelle curiosité cette fois-ci. Pour progresser, elle avait besoin de savoir ce qu’il savait et ne savait pas encore : cela aurait été une véritable peine perdue pour eux deux que de devoir dire à haute voix ce qu’ils savaient déjà mutuellement. Autant passer directement au vif du sujet lorsqu’il s’agirait de trouver l’objet mystère et d’interpréter les écritures !


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Valduis
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Mar 7 Fév - 0:09
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Valduis replia le parchemin scellé et signé à l'aide d'une petite ficelle qu'il boucla. Il faisait mine de se préparer afin de quitter la pièce et partir en mission, mais en vérité, il ne loupait pas un mot de ce qu'exprimait Luka au nom d'une cause qu'elle défendait corps et âme. Il se trouvait dans une situation assez inconfortable puisque pour la première fois, il ne disposait d'absolument aucune arme pour pouvoir l'effrayer et la faire taire : d'une part, il avait besoin d'elle... et elle était, d'autre part, un personnage  emblématique ne serait-ce que pour toutes ses recherches effectuées. La tuer aurait été une grave erreur que même Valduis aurait accepté reconnaître.

Ne supportant ni la situation d'infériorité - ou ce qui s'y rapprochait - ni la prise de confiance trop soudaine, Valduis accéléra la préparation de son équipement et resserra la lanière de son arbalète de poing. Luka était parvenue à remettre en question sa philosophie - bien qu'il ne l'avouerait jamais -, ce qui était pour lui un choc émotionnel car personne n'avait réussi à lui tenir tête jusqu'ici. Habituellement, ses victimes étaient vite intimidées par son insensibilité et ne cherchaient pas à s'y intéresser plus que cela. Luka était la deuxième personne à le faire après Catherina.

Il ne lui accorda qu'un bref regard rempli de rancœur et de jalousie colérique. Il n'était pas bien compliqué de comprendre les expressions faciales de Valduis, surtout que Luka commençait à s'y habituer : s'il était armé pour lui répondre, il l'aurait déjà fait. Au lieu de ça, il se contenta de la rabaisser du regard comme il savait si bien le faire, avant de quitter la pièce sans le moindre bruit.


« Nous nous retrouverons aux alentours des quartiers pauvres du Sud-Ouest. Khonja nous y attend, ne tardez pas. »

Il claqua brutalement la porte. Le courant d'air vint balayer le silence qu'il avait laissé derrière lui tandis qu'il abandonna Luka et Catherina seules à l'intérieur de la pièce, confrontées à elles-mêmes.

« Vous lui plaisez, dit Catherina en s'esclaffant. »

Il lui était impossible de ne pas cacher la pointe de jalousie qu'elle ressentait vis-à-vis de Luka. Il fallait dire que Catherina était jusqu'ici la seule personne qui parvenait à tenir tête à Valduis - même si elle n'avait pas encore eu l'occasion de le prouver -. C'était en quelque sorte une façon de souhaiter la bienvenue à une potentielle concurrente en matière de force caractérielle.


« Oh, non, vous ne lui plaisez pas... enfin "pas comme ça", vous m'avez compris. Mais je pense qu'il vous apprécie. Sinon, peu importe la mission, il vous aurait déjà planté sa dague dans le cœur. »

Elle s'allongea sur le lit et laissa son corps s'enfoncer dans le moelleux du matelas. Elle accompagnait toujours ses faits et gestes de quelques soupirs ou expressions pouvant parfois paraître désagréables pour autrui -et insupportables pour Valduis-. Il ne fallait jamais bien longtemps à quiconque pour comprendre de quel milieu elle venait lorsqu'on la voyait déambuler la tête haute et le buste droit ou lorsqu'elle éblouissait son entourage par tout cet ensemble de bijoux et accessoires brillants qu'elle aimait exhiber sans gêne.

« Ne cherchez pas à pousser la discussion plus loin avec lui, reprit-elle en se dandinant dans le matelas comme si elle se sentait bercée par toute la mollesse qui l'emmitouflait. Vous ne pourrez pas le changer, lui ou son avis. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Sa vision des choses est extrême et, croyez-moi, peu appréciée par la majorité des membres de l'Ordre. »

Catherina était de nature très bavarde, un trait directement lié à son rang social duquel elle était issue. Pour autant, elle savait les murs de la pièce espionnés et surveillés. Si elle en disait trop à n'importe qui, l'Ordre pourrait la punir pour avoir transgressé certaines prérogatives de silence. Et les punitions de l'Ordre n'étaient jamais à prendre à la légère.

« Il n'y a pas de formalités dans notre Ordre concernant le droit de disposer d'hommes pour des tâches quelconques, ni même vis-à-vis de vos passions archéologiques. Chaque assassin expérimenté est mis à la tête d'une mission et nous devons nous plier à ses règles. Vous avez eu la malchance d'être tombée sur Valduis, mais soyez sans crainte ! Je suis persuadée qu'il vous laissera libre accès à la cité souterraine lorsque nous aurons récupéré l'artefact. Vous aurez tout le temps qu'il vous faudra pour étudier et décrypter. »

La belle agitée rebondit sur le lit pour se relever, pleine de grâce et de gestuelles. Elle retira la robe qui lui servait à se faire passer pour une femme de joie lorsqu'elle n'était pas en mission. Les précédents ordres de Valduis avaient été clairs avant qu'il ne s'en aille, c'est pourquoi elle se dénuda sans aucune gêne devant Luka et activa une fois de plus le levier de l'armoire avant de pouvoir saisir son équipement d'assassin.

Âgée d'une quarantaine d'année, le corps de Catherina restait pourtant mince et très ferme, si bien qu'on lui aurait donné la moitié de son âge. Cela s'expliquait facilement : les entraînements de l'Ordre étaient si endurants et si complets qu'ils avaient pour effet de conditionner le corps de manière à le rendre souple et solide. La plupart des membres de l'Ordre gagnaient d'ailleurs en espérance de vie puisque l'entraînement ne s'arrêtait jamais et sous aucun prétexte : la quête de l'accomplissement physique et spirituel était un crédo ancré dans l'esprit de chaque assassin. C'était leur principale source de motivation et ils se focalisaient sur cette quête jusqu'à la fin de leurs jours, en parallèle de leur implication pour la perpétuité de l'Ordre.

« Pour autant, je vous trouve un peu trop susceptible. Il aurait pu vous arriver bien pire, vous savez... être droguée et transportée dans un sac arrive plus souvent que vous ne le croyez, de nos jours. Il arrive à nos assassins les moins dociles de casser les membres de leurs victimes pour les faire rentrer plus facilement dans le sac. Vous vous en êtes plutôt bien sortie. Et puis vous le remercierez presque de vous avoir malmenée lorsque vous verrez ce que vous gagnerez grâce à notre dédommagement, dit-elle sur le ton de l'humour. »

...Catherina restait une Shudarga, ce qui impliquait un écart considérable de cohérence, logique et de raisonnement par rapport au reste de la société. Ces assassins étaient habitués à voir des choses si spectaculaires ou abominables dans leur quotidien que cela en devenait banal, sans même qu'ils ne le veuillent. Ce qui s'apparentait à une expérience traumatisante pour un simple citoyen était une broutille quotidienne pour un membre de l'Ordre de la Pénitence. Catherina trahissait inconsciemment cette vision des choses troublée par son enseignement.

Elle termina de s'habiller et réajusta son équipement de la tête aux pieds, sans oublier d'accompagner celui-ci de quelques "garnitures" qui la distinguait de ses semblables : un drap ébène aux ornements dorés qui était accroché d'une épaule à l'autre et qui retombait jusqu'à sa cuisse, des bottines à talons silencieuses afin d'apporter une touche de féminité sans pour autant gêner ses mouvements ou son camouflage, ainsi que des gants en cuir et un plastron tous les deux assortis dans un vert kaki avec comme particularité d'avoir leurs extrémités recouvertes de dentelle anthracite. Mais la pièce maîtresse de son équipement, c'était son pantalon très ajusté qui était recouvert de plusieurs sangles; sur celles-ci étaient accrochées autant d'armes légères que de flacons de parfums, de peignes, d'outils cosmétiques ou encore de pinces, le tout dans un contraste absurde qui définissait plutôt bien le personnage.

A l'origine artiste et musicienne, Catherina était parvenue on ne sait comment à développer une passion pour le meurtre. Son idée la plus folle fut d'associer l'assassinat et l'art pour, comme elle avait l'habitude de le dire, « vivre les émotions les plus fortes qui soient ». Beaucoup la définissaient comme une psychopathe car elle aimait travailler ses meurtres de manière pointilleuse afin de les rendre beaux et d'y déceler toutes les formes d'art qui soient. Mais c'est en rejoignant l'Ordre de la Pénitence que sa passion pour le "meurtre artistique" fut reconnue et respectée, au milieu de personnes qui ne pouvaient pas mieux la comprendre dans cette quête pour l'extase - car Catherina cherchait à rendre chacun de ses meurtres toujours plus magnifiques que les précédents -.

Cette passion fut sa principale source de motivation, et c'est grâce à cela qu'elle se donna corps et âme dans son entraînement et ses missions afin de progresser, voyant cela comme un moyen de peaufiner son art et de le rendre toujours plus beau. Elle acquit rapidement le rang respecté de Shudarga et entra dans la liste des personnages emblématiques qui enrichissaient l'Ordre de la Pénitence, non pas juste pour son "art", mais surtout pour l'excellence et la méticulosité dont elle faisait preuve à chaque assassinat. Elle était aussi charismatique que terrifiante... et à ce jour, personne ne réussit vraiment à comprendre sa définition de "beauté du meurtre" qu'elle se donnait pourtant tant de mal à expliquer.


« Vous aurez l'occasion de rencontrer Khonja, l'un des nôtres. Il est originaire de Zagash et s'y connait particulièrement bien sur les mœurs traditionnelles et le culte de Dalai. C'est également un grand admirateur de vos œuvres et de celles de votre grand-père. Il doit avoir hâte de vous rencontrer ! »

Elle enjamba le seuil de la porte et invita d'une main chaleureuse Luka à la suivre, tandis qu'elle réajusta de son autre main son masque d'ébène. A cet instant, le regard de Catherina devint noir et perfide : elle laissa toute son humanité accueillante et bavarde à l'intérieur de la pièce pour se glisser dans la peau d'un assassin au sang froid.


Dernière édition par Valduis le Dim 12 Mar - 10:26, édité 1 fois
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Luka Toen
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Sam 11 Mar - 18:51
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Luka demeura là, la bouche asséchée par de si grandes tirades et le corps soudain frappé d’une grande fatigue. Elle contempla le dos de Valduis qui s’éloignait, ce dos qui ne lui avait manifesté jusqu’à présent qu’animosité et hostilité latente. Elle se demandait d’ailleurs par quel miracle obscur l’assassin avait retenu sa main jusqu’ici ; d’autres que lui ne se seraient sans doute pas privé de lever le poing sur l’impertinente assumée qu’elle était. Car quoique son physique et ses airs de citoyenne civilisée puisse renvoyer, elle n’en était guère à ses premiers bleus et ce n’était encore qu’un euphémisme… Malgré les jours passés et le trouble de ses souvenirs, comme engloutis sous un voile nébuleux que le temps avait acidifié d’un refus de comprendre, elle se souvenait encore par bribes de ces cinq premières années passées sous l’état d’Anomalie. Peu de choses en ce monde auraient pu être pires, et le goût du sang, métallique et marqué sur sa langue, lui revenait encore certaines nuits plus longues et profondes que les autres. Elle s’était maintes fois détruite, reconstruite, et le bruit des os brisés revenait souvent à ses oreilles lorsque la haine d’autrui parvenait à s’infiltrer sous sa carapace et deviner sa nature divergente. Oui, les passages à tabac, elle connaissait. La souffrance également. Et ce sont ces sensations-là qui perdurent à travers le temps, ces sensations-là qu’elle aurait accepté de Valduis. Que valait une bonne gifle à main levée face à la mort lente et définitive ? Nul doute qu’elle l’aurait regardé droit dans les yeux pour lui rétorquer une réplique bien choisie, et qu’ils se seraient par la suite entre-tués.

Tout cela n’avait bien évidemment tenu qu’à un fil, et la curiosité de l’une, et la nécessité de mener à bien la mission chez l’autre, les avait contraints à rester sur un simulacre de terrain d’entente. Autant dire que le sol était fragile sous leurs pieds et que cela ne laissait rien présager de bon pour la suite de cette quête humanitaire ! Luka s’ébroua lorsque la voix de Catherina s’éleva dans la pièce, rassurante et compréhensive, et surtout beaucoup plus éclairée qu’elle sur une foule de détails que Luka ne voyait pas encore. Il aurait fallu pour cela qu’elle connaisse Valduis. Et pas seulement ce qu’il voulait bien renvoyer en société, mais également les plus lourds et tortueux secrets de son âme… Une connaissance que possédait visiblement la fausse péripatéticienne, désireuse de mettre au clair certaines choses et de justifier la mentalité de l’Assassin. Quelle relation entretenait-elle avec Valduis… ?

« Je n’en suis pas certaine, lui répondit Luka dans un profond soupire. Ou alors, c’est qu’il a une bien drôle de façon d’apprécier les gens. Je serais curieuse de savoir ce que c’est quand il déteste quelqu’un… »

Elle passa une main épuisée dans ses cheveux, tâchant de retrouver son enthousiasme quelque peu malmené. Elle écouta néanmoins attentivement les explications nourries de Catherina, notant avec soin tout ce qu’elle voulait bien lui apprendre au sujet de leur Ordre tant aimé. Après tout, c’était tout à son honneur. Luka n’était-elle pas la première à défendre corps et âme l’œuvre de son grand-père, les Cercles de l’Aube ?

« Nous verrons bien de toute façon si le sujet revient sur le tapis. Mais enfin, à voir le personnage, je doute que nous ayons à nouveau une conversation aussi longue ! »

Un léger rire cette fois-ci, une touche d’humour qu’elle avait plaisir à confier à l’Assassine en échange de sa bonne parole. Ah, ils étaient forts tout de même. Etait-ce là le fameux coup du bon et du méchant milicien ? Un tour de force tout d’abord, un visage effrayant avec la maladresse brutale d’un interrogatoire en bonne et due forme. Et puis la présence apaisante, presque maternelle de son comparse, qui vous jurait corps et âme qu’avec lui vous seriez en sécurité, si seulement vous vouliez bien cracher le morceau… Une technique ancestrale qui avait maintes fois fait ses preuves. Et quand bien même Luka n’était pas sûre que toute cette scène ait été au préalable réfléchie, elle ne pouvait s’empêcher de se montrer reconnaissante et amicale envers Catherina. Cette dernière avait un elle-ne-savait quoi de très sympathique, quand bien même sa profession n’était pas vraiment une réjouissance pour la société humaine.  Après tout, Luka se fichait assez de se « faire avoir ». Elle restait une personnalité volontaire et qui rechignait rarement à accorder sa confiance. Qu’aurait-elle eu à perdre, un brin d’égo ? Voilà qui était fort risible : qu’on laisse l’égo aux gens qui en avaient encore quelque chose à faire, c’était une notion qu’elle cédait volontiers pour sa part.

« Je comprends mieux maintenant pourquoi nous avons eu autant de mal à nous comprendre. Il est vrai que je suis habituée au fonctionnement des Cercles de l’Aube, et je suis bêtement partie du principe que vous disposiez également d’une séparation des tâches ainsi que de personnel dédié. »

Luka eut une moue réellement embêtée, mais heureuse que quelqu’un en ce monde ait pris la peine de lui expliquer comment les choses fonctionnaient dans l’Ordre des Pénitents. Cela ne prouvait que plus encore combien elle et Valduis n’étaient pas issus du même monde… Deux antagonistes absolus, un contraste saisissant, et ils tentaient de communiquer sur un même plan. Une prouesse quasiment impossible autrement dit ! Elle était néanmoins du genre à reconnaître ses erreurs, et elle prit soin de graver quelque part dans son esprit cette nuance essentielle qu’elle n’avait pas du tout appréhendée… Toujours se renseigner au préalable sur les habitudes de son interlocuteur, et surtout sur son fonctionnement. Il n’avait vraiment pas dû comprendre pourquoi cette espèce de bonne femme hystérique en face de lui évoquait soudainement une histoire de bagage à aller faire chercher ! Tout était en définitive un dosage méticuleux à saisir entre compréhension d’autrui et don de soi.

« Je suis en tous cas réellement étonnée de la façon dont vous parlez de lui. Vous avez l’air… Proches ? Ou du moins, de bien le connaitre. »

Elle pencha sensiblement la tête de côté comme un animal curieux, franche et directe face à une Assassine qui avait autre chose à faire que perdre son temps en simagrées. Si elle tranchait des gorges tous les jours, elle pourrait bien supporter un brin d’honnêteté. A vrai dire, la relation qu’ils semblaient tous deux entretenir était vraiment étrange ! Car si Catherine paraissait l’aimer d’une certaine manière et le traiter en conséquence, cela n’avait pas l’air d’être le cas pour Valduis. Du peu que Luka avait vu, il la traitait avec autant de respect qu’une illustre inconnue dans ses pattes… Avec la politesse et la merveilleuse bonne humeur qui lui étaient propres, bien sûr. Cela n’aurait pas été drôle autrement. Luka haussa donc un fin sourcil sceptique, ne comprenant décidément pas l’ambivalence qui existait dans le comportement de Valduis. Comprendrait-elle un jour ses vrais sentiments lorsqu’il disait son contraire ?

Elle observa Catherina évoluer dans la pièce d’un œil pensif, aussi peu pudique que son interlocutrice. Cela n’aurait tenu qu’à elle, elle se serait également changée. La poussière de tout ce remue-ménage lui collait à la peau et elle n’avait pas eu l’occasion de revêtir un vêtement plus approprié depuis leur fuite des ruines. Ses armes lui manquaient également, et elle se surprit à serrer brièvement les poings à la recherche de l’armature coutumière de ses gantelets.

« Olàlà, je ne suis pas certaine de vouloir le rencontrer. La dernière fois que nous avons évoqué cette filiation, c’était Valduis. Je crois que je serais vraiment heureuse si je n’en entendais plus parler dans les prochaines vingt-quatre heures… »

Elle fit la moue, non sans une touche de sagacité. Pour autant, elle le pensait vraiment. Allons bon, à quoi allait donc encore ressembler ce fameux Khonja ? Un autre illuminé au visage revêche et aux manières d’ours mal léché ? Allait-il également la réprimander comme une vulgaire gamine sur tout et n’importe quoi, tant qu’il pouvait se montrer dédaigneux ? Non, les rencontres aujourd’hui ne semblaient pas être sous de bons auspices. Elle allait immanquablement à nouveau passer un mauvais quart d’heure… Mais puisqu’il fallait en passer par-là pour accéder à une découverte archéologique de premier plan, ma foi, elle voulait bien retenter indéfiniment l'expérience !

« Je vous suis, annonça-t-elle donc finalement à Catherina, tout en lui emboîtant le pas. »

La lumière qui inondait les rues perturba un instant ses sens, et elle dut plisser les yeux pour recouvrer un semblant de vue. Cette double étape par le passage inconscient avait quelque peu enfumé ses réflexes… Cela, et l’obscurité omniprésente dans la bâtisse, conçue pour procurer intimité et atmosphère ouateuse à ses clients. Elle ne s’ombragea pas non plus du changement de masque de Catherina. Après tout, elle venait de survivre à une confrontation avec Valduis, et sa guide faisait partie intégrante de l’Ordre des Pénitents. Ils n’embauchaient certainement pas des enfants de cœur, malgré toutes les apparences trompeuses qu’ils s’échinaient à construire autour d’eux !

« Shüren n’a pas changé… murmura-t-elle du bout des lèvres, contemplant les vastes rues de la cité. »


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Möchlog
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Sam 15 Juil - 21:09
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Emboîtant le pas de sa guide, Luka évolua dans ce que bien peu de gens avaient pu admirer de leur vivant, et pourtant ces bâtiments étaient si âgés. Le secret d’un tel silence était un trésor autrement plus important que les ruines que la membre des Cercles de l’Aube cherchait avec tant d’ardeurs tout au long de ses périlleuses explorations. Les rues de Shüren s’animaient des exclamations des indigents indigènes. Une ambiance bien différente de celle de l’Ordre, où tout est calculé pour étouffer le moindre bruit dans la poussière du sol et l’épaisseur des murs. Un tel brouhaha eut tôt fait d’assommer quelque peu la vigilance Catherina qui, remettant une de ses mèches déplacée par le vent, en profita pour tourner la tête vers celle qu’elle escortait jusqu’à ce Khonja, et elle ne vit rien. Entre la foule qui semblait comme un bras de rivière rejoignant son aïeul, le bruit et la fureur des rues de la capitale, ou bien le manque de vivacité de l’assassin assez ennuyée par sa tâche, il n’était pas étonnant que Luka en profite pour fuir. Mais malgré tout, ce n’est pas exactement cela qui s’était produit.

En effet, si la médecin n’était pas des plus enthousiastes à l’idée de plonger un peu plus la main dans l’engrenage de l’Ordre de la Pénitence, le départ secret et précipité n’était pas du tout son idée. En effet, avec un peu de jugeote, on avait tôt fait de rejeter l’idée de fuir un agent entrainé dans les rues d’une ville qu’il connaissait très certainement beaucoup mieux que nous. Catherina aussi avait eu la même réflexion, c’est pourquoi elle décida très rapidement de prendre ses jambes à son cou et de s’engouffrer dans la marée humaine pour rejoindre au plus vite son contact de la guilde et le prévenir du traquenard qui avait été organisé.

Oh, bien sûr, Luka n’était aucunement au courant d’un tel projet, mais depuis le début de son histoire et de son établissement à Shüren, bon nombre de gens ont essayé d’épingler un des membres de ce groupuscule si dangereux, avec toujours un succès en déca des espérances. Aujourd’hui ne faisait pas exceptions à la règle, puisque la tentative de « La Milice des Légitimes Protecteurs » (abrégé en MLP) comptait bien isoler Catherina de ce qu’ils estimaient être son otage pour la confronter et enfin la capturer. Voilà pourquoi ils avaient, dans la plus grande discrétion, entreprit d’arraisonner la rouquine dans sa marche pour l’écarter très loin de tout ce qui pourrait bien se passer ensuite. Malheureusement, on ne piégeait pas un assassin de l’Ordre si facilement, et c’est sans trop de surprises que la Milice rentra les mains bredouilles à la fin de l’après-midi, dans leur pittoresque Quartier Général dans une vieille cave à vins de la capitale. Evidemment qu’ils ont pensé, au passage, à libérer Luka qui, après quelques explications, leur fit comprendre facilement qu’elle n’avait rien à voir avec une guilde pareille, et qu’elle agissait sous la contraire. Ce n’était, certes, pas totalement vrai, mais qui allait démontrer le contraire ?

Ainsi donc, Luka pouvait reprendre sa route, malgré un sûr regret de ne pas avoir pu explorer, autant qu’elle le souhaitait, les secrets antiques de cette organisation fascinante. Peut-être pour une prochaine fois ?


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Möchlog
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