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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Khurmag
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 Plus dure sera la chute. [PV: Donovan]

Adramus
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Mar 8 Nov - 9:33
Irys : 224962
Profession : Aventurier, maître d'armes
My'trän +2 ~ Mistral
Le bruit répété de ses pas sur la neige, le battement d’un cœur tranquille, le chant aigu et langoureux d’une petite famille de passereaux. La nature se faisait musicienne durant cette matinée d’automne. Les steppes de Khurmag scintillaient déjà de reflets aveuglants, et le malheureux qui ne prenait pas le temps de se protéger efficacement de cette douce agonie de l’été risquait de se retrouver dans un bel embarras. Mais ce n’était pas la première fois que notre guerrier faisait face à un ennemi aussi invulnérable et tenace. Après trente ans d’errances multiples, il avait déjà tout vu de ce que le ciel pouvait déployer afin de soumettre la nature à sa puissance. Une peau de félin arboricole recouvrait ses larges épaules, et sa tunique auparavant si légère se voyait maintenant affublées de manches et de bretelles de cuir qui se croisaient au niveau du torse. Habillé ainsi, Adramus ressemblait à un prince des plaines, si tant est qu’un tel titre fut donné à quiconque.

Khurmag palpitait avec le cœur des créatures qui y vivaient, mais ô combien ce battement était lent depuis la nuit des temps. C’était une terre à l’agonie, assoiffée de vie, et pourtant vomissant le sang de ses habitants par tous les pores de sa terre humide. Malgré les nombreuses illusions appliquées par les pauvres mages vivant ici bas, ils ne pouvaient masquer l’horrible odeur qui recouvrait tout ce pays et le rendait macabre au possible.  C’était ce genre de misérables conditions qui forçait l’aventurier à se rendre sur place pour rendre la vie des Khurmaguiens moins pénible, eut-il besoin d’abréger leurs souffrances par l’épée pour cela…

Malheureusement, son regard passait sur les dizaines de cèdres qui l’entouraient à présent et le toisaient avec mépris. Il n’avait aucune haine pour ces rois immobiles, ils avaient bien mis un siècle à devenir ainsi, pourquoi n’auraient ils pas le droit à l’orgueil ? Mais c’est qu’ils commençaient à devenir gênants pour voyager. Impossible de se repérer… La seule solution, c’était de se faire encore plus grand qu’eux pendant un seul petit instant. En un saut, grâce au tronc de l’un des grands arbres, voilà Adramus perché sur la branche la plus basse où il pouvait se maintenir. Malheureusement, il fallait encore grimper. L’affaire de quelques instants pour notre guerrier. La canopée était trop épaisse encore, il ne restait plus qu’une solution.

La main contre le sombre tronc rugueux, Adramus se concentrait sur les divers courants d’air qui l’entouraient, froissant les branches. Il trouva le bon, parfait ! Prenant une grande inspiration, l’adepte d’Amisgal se laissa tomber de son perchoir pour prendre appui sur un courant particulièrement fin, mais suffisamment puissant pour pouvoir l’utiliser. Il bondit enfin au-dessus de la forêt, et parcouru bien une trentaine de mètres grâce à la force du vent qu’il avait emprunté. Sous ses yeux, il balaya le sol pour voir où il atterrirait ainsi, et avec un hurlement de frayeur, il se rendit compte qu’aucun arbre ne ralentirait sa chute dans la clairière où il s’apprêtait à s’écraser. Il fallait réagir rapidement ! Vite, la paume de ses mains pourrait faire l’affaire. Juste avant qu’il ne touche le sol abondamment recouvert d’épines, une incantation raisonna dans la forêt.

- Odo Chadal !! (Maintenant, force !)

Un bruit sourd retentit, le son de la magie frappant la terre avec la puissance du tonnerre. Une force suffisante pour stopper l’inexorable chute d’Adramus, mais pas assez grande pour le maintenir debout, et le voilà qui roule sur le tapis forestier. Une course de quelques mètres qui se termina dans un buisson épineux, autrefois recouvert de baies mauves et juteuses. Mais aujourd’hui, il ne restait plus que les branches meurtrières, se plaisant à recouvrir quiconque les touche d’insidieux poignards. Le guerrier avait eut de la chance que sa massive peau de bête le protège de ces quelques picots, mais il demeurait assez secoué par son bref voyage dans les airs…

Il se releva avec peine, râlant abondamment sur cette idée qui fut infiniment stupide, et balaya la clairière de ses yeux sombres, pour finalement tomber sur le visage d’un étrange homme au teint blafard. L’un et l’autre se dévisagèrent en silence.

- Je m’appelle Adramus, mon frère. Puis-je savoir à qui je fais face ? Demanda-t-il simplement d’une voix neutre. Oh, et désolé pour le dérangement. Rajouta-t-il un instant plus tard.

Le voyageur passa négligemment une main gantée sur ses vêtements recouverts de feuilles. Une douleur lancinante dans l’épaule gauche, le genou droit brûlant de douleur… rien de bien important pour ne serait-ce qu’esquisser une grimace tourmentée.  Le visage d’Adramus demeurait donc impassible, curieux qu’il était de connaitre l’identité de son interlocuteur.
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Donovan de Cendre
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Lun 14 Nov - 9:56
Irys : 65888
Profession : Gharyn du Village de Cedren
My'trän +2 ~ Khurmag
Donovan avança péniblement dans l’épaisse forêt qui s’ouvrait à lui, lui présentant un spectacle de douce froideur. Il allait tel un spectre parmi cette verdure glacée et sombre ; ça et là, des fougères lui barraient le passage- et cela était sans parler des arbres qui s’élevaient majestueusement tout autour de lui, le toisant d’un air méprisant, êtres anoblis du sang de Khurmag.

Le jeune Gharyne avait quitté Cedren depuis deux jours déjà, délaissant un temps ses gens afin de renouer avec la terre qu’il s’était juré de protéger. Il avait remonté la vallée et était repassé par le col de Kernac ; de là, il avait bifurqué au Nord, et avait continué ainsi durant une journée entière jusqu’à arriver devant une immense et belle forêt. Il avait passé sa première à la lisière, puis s’y était enfoncé le lendemain. Il avait passé cette seconde journée à crapahuter dans cette vaste étendue sauvage, prenant un plaisir certain à s’imprégner du silence royal, à observer le monde animal sous ses formes les plus pures, loin de toute empreinte humaine.

En cette troisième journée, Donovan errait toujours dans cet environnement vert-gris, se promettant de prendre le chemin du retour dès que le soleil aurait passé son zénith- du moins, s’il parvenait à le voir à travers les épais nuages. Il déboucha soudainement un petit coin de clairière paisible, havre de paix au sein de cette majestueuse forêt grâce auquel il pouvait apercevoir un bout de ciel. Et si Donovan aimait à se retrouver seul en ce genre d’endroits, il lui fallait bien avouer que ces arbres imposants finissaient par avoir une présente pesante, et c’est avec joie qu’il décida de passer sa dernière journée dans cette clairière- histoire de s’offrir un petit bol d’air et de ciel afin de méditer.

Il déposa son sac et défit l’épais harnais de cuir qui lui servait d’armure ; il enleva également les parties qui protégeaient ses bras et ses avant-bras, retira le fourreau de son épée pendant à sa hanche ainsi que ses bottes. Il ne conserva que son pantalon, se délestant même du cuir qui servait à protéger ses cuisses. Sa chemise alla également rejoindre le bazar qu’il venait de mettre au sol, et il apprécia avec un sourire la morsure du froid sur sa peau.

Il s’assit en tailleur, dégaina sa lame de son fourreau et la planta devant lui. Puis, les mains sur les genoux, il se tint droit et ferma les yeux- alors il médita. Au début, cet exercice fut difficile, mais aujourd’hui, avec l’enseignement de Zarathoustra et la pratique, il arrivait plus rapidement à atteindre cet état de paix intérieur. Et alors que son âme et son corps se remplissaient d’un silence lourd, le monde s’ouvrait à lui.

Zarathoustra, bien qu’aveugle, voyait pourtant plus que la plupart des êtres humains- et avec la méditation, Donovan comprenait comment ce miracle était possible. Au début, il n’y avait que peu de choses ; seulement le souffle de la légère brise, amenant avec elle douces et diverses odeurs de forêt, mélangées à celle de l’humidité. Puis, petit à petit, ces odeurs s’éclaircissaient. Celles des arbres majestueux était dominante, mais au bout de plusieurs minutes Donovan pu déceler d’autres plantes. Dans le silence, il restait à l’écoute de la respiration de la nature sauvage ; un bruissement de feuille capté par ses oreilles, le grattement d’un animal contre l’écorce d’un arbre, ou bien encore simplement le discret battement d’aile d’un oiseau que ne souhaitait être vu.

Comme d’habitude, ce fut un noir monde de merveilles que Donovan entrevit, les yeux toujours fermés. Il resta ainsi deux heures durant, jouissant de ce calme salvateur et ô combien charmeur. Puis, soudainement, quelque chose changea dans l’air. Imperceptible ; un son inconnu. Malgré lui, ses sourcils se froncèrent ; ce son inhabituel troublait l’harmonie des lieu- il n’était en rien naturel. De plus, il se rapprochait, se faisait de plus en plus fort. Le corps du jeune Gharyn se tendit alors qu’il se focalisait dessus… Par Khugastaa, qu’est-ce que cela pouv…

- Odo Chadal !!


Un bruit sourd retenti alors soudainement, comme le son d’un impact sur la terre ; et de fait, le sol trembla bel et bien. Donovan sursauta et se releva d’un bond pour voir un homme rouler sur lui-même et terminer sa course dans un buisson épineux.

Ressentant pleinement la morsure du froid maintenant que sa méditation était interrompue, il remit sa chemise d’un geste vif alors que l’homme tombé du ciel se relevait en pestant. Ne sachant rien des intentions de cet homme, le jeune Gharyn se saisit de sa lame plantée dans le sol.

L’inconnu regarda alors autour de lui et enfin, il lui fit face. Les deux hommes se dévisagèrent un instant en silence ; Donovan constata l’allure comme noble du nouvel arrivant, vêtus d’habits bien taillés, une peau animale juchée sur ses épaules. Cela, ajouté à sa stature imposante, montagne de muscle laissant deviner une vie difficile, rendit Donovan méfiant.

- Je m’appelle Adramus, mon frère. Puis-je savoir à qui je fais face ? Oh, et désolé pour le dérangement.

A ces mots, Donovan se détendit : un homme qui l’appelait « mon frère » sans le connaître ne devait avoir d’intentions belliqueuses.

- Mon nom est Donovan de Cendre, prince des airs, fit-il avec un léger sourire, adoucissant la moquerie innocente dans sa voix. On peut dire, d’ailleurs, que vous avez fait une entrée… remarquable.

Il passa une main dans ses cheveux et, légèrement penché en arrière, tendit avec nonchalance sa lame en direction de l’inconnu, comme si celle-ci lui inspirait un dégoût total.

- Je sais me servir de cela, si besoin. Mais à vous de me dire, justement, si je dois la garder en main ou si je peux la remettre au fourreau. Dîtes-moi, cher ami, comptez-vous agresser le pauvre paysan que je suis, ou bien nous conduirons-nous en gens civilisés ? Sachez, si cela peut vous aider à prendre votre décision, que j’ai en mon sac eau et nourriture, bien que je n’aie aucune viande. Et je suis tout à fait disposé à partager.


Donovan: darkseagreen
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Adramus
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Mar 15 Nov - 8:47
Irys : 224962
Profession : Aventurier, maître d'armes
My'trän +2 ~ Mistral
L’inconnu face à lui avait vraisemblablement été surpris dans sa plus belle intimité. Une introspection profonde, une réflexion clairvoyante, qui avait été brusquement interrompue par le guerrier tombé du ciel. Constatant cela, Adramus en fut bien embarrassé. Il connaissait l’importance de ces choses de l’esprit, et n’en était que plus mal-à-l’aise de les avoir stoppées. Peut-être bien que cet homme de la nature était en train d’établir un lien privilégié avec cette noble forêt… Vraiment, le voyageur regrettait sa stupidité à présent.

Il l’appelait « Prince des Airs », une petite pique qu’il était bon de prendre avec légèreté, Adramus avait trop importuné son interlocuteur pour ne pas céder ces boutades à sa fierté maladive. Il sourit, même, enterrant définitivement toute animosité qui aurait pu naître entre eux deux, du moins c’est ce qu’il croyait. Un instant plus tard, le voilà mis en joue par une scintillante lame qui se trouvait plantée dans la neige blanche en face de l’inconnu aux cheveux corbeau. La vue d’un tel instrument réveilla l’esprit du jeune homme qui se positionna immédiatement dans une posture de combat. De profil, jambe droite en avant, un avant-bras protégeant les points vitaux du torse, l’autre prêt à frapper. Si son dessein était de se battre, il avait trouvé son adversaire, mais en toute honnêteté Adramus n’avait pas la moindre envie d’ôter la vie à cet ermite de la forêt. Son visage n’exprimait, quant à lui, que son inébranlable combativité.

- Que tu saches te servir de ce morceau de métal, ou non, cela ne change rien. Me défier, c’est mourir, prends-en note, mais comprends bien que je n’ai aucune envie de te tuer aujourd’hui. Je ne suis pas de ces hommes qui font couler le sang par plaisir. Maintenant range ton arme, et nous pourrons parler en ami, à moins que tu ne souhaites absolument qu’il en soit autrement…

Le ton était donné. La défaite n’était jamais permise pour ce disciple de la plus grande déesse de ce monde. Il portait sur lui le poids de son orgueil démesuré, et cela suffisait à le motiver pour ne jamais abandonner un seul combat, aussi déraisonnable soit-il. Néanmoins, dans une volonté d’apaiser son interlocuteur, Adramus reprit une position plus détendue et tempérée, mais il avait dès lors perdu son sourire amical. On ne menaçait pas cet homme, même par simple méfiance, sans qu’il ne s’installe entre lui et vous une barrière de reproches très difficile à détruire. Si Donovan souhaitait faire table-rase de ce bref échange, il allait devoir se montrer patient.

- Bien
, lança-t-il finalement, je dois avouer que ce voyage mouvementé à éveiller mon appétit. Je serais honoré de partager ton repas, mon frère, si tu souhaites l’agrémenter de quelque gibier, je pourrais m’occuper d’en chasser quelques-uns sans délai.
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Donovan de Cendre
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Lun 21 Nov - 11:37
Irys : 65888
Profession : Gharyn du Village de Cedren
My'trän +2 ~ Khurmag
Donovan sourit lorsque l’inconnu tiqua face à la lame qu’il lui tendait. Il voyait bien qu’il avait déclenché une certaine animosité- et qu’il devait avoir perdu un peu de confiance que Adramus avait commencé à lui accorder. Mais il n’en avait aucun regret- non pas qu’il souhaitait froisser cet homme, mais cela lui donner un premier aperçu de la personnalité de ce dernier. Et il préférait savoir de suite qu’il lui faudrait surveiller ses mots plutôt que de faire une erreur plus grave.

Il écarta les bras et rengaina sa lame.

- Je ne veux que la paix, Prince des Airs, pour moi et pour tous ceux qui vivent en My’Tra.

A ces mots, l’homme sembla se détendre ; Donovan crut déceler encore un soupçon de méfiance dans ses yeux- et puis, surtout, le sourire avait disparu. Mais le jeune Gharyn su reconnaître l’effort qu’Adramus faisait, et lui en était reconnaissant.

- Je ne mange pas de viande, répondit-il à Adramus lorsqu’il proposa d’aller chercher. Mais si tu peux t’en passer, j’aurais de quoi te rassasier.

Il tourna le dos à son interlocuteur pour rejoindre la sacoche de cuir posée avec son armure. Il fouilla dedans quelques instants pour en sortir quelques baies et un sac de racines.

- Vois, dit-il en se relevant. Une fois cuites, ces racines sont très nourrissantes. Le goût n’en est pas mauvais ; il surprendra peut-être au début, mais vous vous y ferez.

En parlant, il se leva pour aller chercher quelques petites branches- et lorsqu’il en eu assez pour allumer un feu, il lança un sourire chaleureux à l’homme fier qui venait de tomber du ciel tout en continuant sa tâche.

- Quel est donc ce voyage mouvementé dont tu me parlais, Adramus ? Que cherches-tu donc en cette région désolée qu’est devenue Khurmag, toi qui manie la Magie de l’air ?



Donovan: darkseagreen
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Adramus
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Mar 22 Nov - 9:37
Irys : 224962
Profession : Aventurier, maître d'armes
My'trän +2 ~ Mistral
La poussière soulevée par la chute tonitruante d’Adramus retomba peu à peu en un brouillard sombre de petites particules d’humus. Dans le même temps, l’animosité que leur face à face avait réveillé s’enterra d’elle-même à partir du moment où l’étranger rangea sa lame dans son fourreau. L’un comme l’autre souhaitait une journée paisible, et cette rencontre pouvait tant leur apporter pour qu’ils la gâchent dans une altercation d’une inconcevable vulgarité. L’inconnu semblait un pacifiste dans l’âme. Un être sage, réfléchi et paisible, cherchant la sérénité de son esprit dans ces vieilles forêts. Il y avait trop peu d’hommes de cette trempe dans le monde. Tous les cœurs raisonnaient de chants guerriers, depuis un bon nombre d’années déjà. Qui songeait encore à une vie longue et débonnaire de nos jours ? Adramus eut un sourire.

En attendant que l’homme prépare leur future collation, le guerrier termina d’arranger son allure en enlevant quelques petites branches accrochées à sa chemise, dans son dos. Peut-être que cet atterrissage musclé valait la peine, finalement. D’un coup d’œil rapide, Adramus fit le bilan des dégâts que son sort avait causé. L’herbe avait été à-demi arrachée du sol sur un périmètre de deux mètres. Elle s’éparpillait autour comme une nuée d’insectes morts. Le vagabond se désola de ce sacrifice. Mais si l’on examinait le bon côté, rien d’autre n’avait eu à souffrir son arrivée. Finalement, Donovan se releva de son sac pour présenter un assortiment de victuailles à la provenance qui laissait peu de doutes. Il avait les compétences pour survivre, cet homme. Son estomac se contentait de peu, et il savait où trouver les plantes nécessaires à son alimentation. Le gabarit d’Adramus l’obligeait à manger un peu plus que les autres hommes, rendant sa survie dans la nature plus… compliquée.

- Les plantes locales me sont inconnues, mais ce ne sera pas la première fois que je me nourrirais de ce qu’offre la forêt, ne t’en fais pas pour moi. Et je te remercie de ton hospitalité, tu es bien généreux envers un homme tombé du ciel.

Tandis que son hôte s’occupait des préparatifs, le guerrier s’étira un peu les bras avant de se rapprocher de lui. Un étrange sifflement lointain raisonnait dans son crâne, le maigre retour d’une manœuvre qui aurait pu être bien plus dangereuse. Néanmoins, il se frappa mécaniquement la tempe avec la paume de sa main pour essayer de faire partir ce petit bruit définitivement. Ses yeux rencontrèrent finalement ceux de Donovan, et ils s’échangèrent un sourire sincère. Le destin avait arrangé leur rencontre, et Adramus avait hâte de savoir ce qu’il leur réservait par la suite. Malgré tout, restons en alerte. Khurmag est une région périlleuse pour l’esprit humain. S’y perdre est facile, et tomber dans un quelconque piège est vite arrivé. De plus, le vagabond n’était pas du tout familier avec cette partie du continent. La prudence était obligatoire.

- Quel est donc ce voyage mouvementé dont tu me parlais, Adramus ? Que cherches-tu donc en cette région désolée qu’est devenue Khurmag, toi qui manie la Magie de l’air ?


Avant de répondre, Adramus prit le temps de s’asseoir en tailleur sur le sol enneigé. Ses épais vêtements l’empêchaient de complètement souffrir de la neige sur laquelle il avait pris place, et il ne sentait qu’une agréable fraicheur. Le ton de sa voix, cependant, restait le même que lors de son précédent discours. D’une étrange indifférence, calme, mais dénué d’émotivité.

- Tous les adeptes d’Amisgal ne passent pas leur temps à tomber sur le sol avec la violence d’un éboulement. En général, soit on se débrouille pour savoir voler, soit on évite de tenter l’expérience. Malheureusement, la nature m’a fait trop présomptueux, et j’imaginais mon atterrissage plus… calme.  

Il s’éclaircit la gorge avant de reprendre son récit. Nul ne pouvait imaginer qu’il ressentit une quelconque honte à ce moment-là, et pourtant c’était bien le cas, mais il la masquait avec habilité.

- Quant aux raisons de ma venue, elles sont bien peu intéressantes. J’étais curieux de voir cet endroit que mes pas n’avaient encore jamais foulé. Mais ne soit pas trop pessimiste, Donovan. De par le monde, il y a bien des paysages plus ravagés que celui-ci. Mais ton cœur est sensible au malheur de ton pays, et c’est bien normal.

Il posa ses mains sur ses cuisses, et son regard se perdit dans les branches d’un sapin en face de lui. Un oiseau invisible chantait entre les épines, un chant aigu et alarmiste.

- Toute cette région pleure l’agonie de Khurmag, car les créatures éphémères n’entrevoient que rarement la renaissance qui suit toute destruction.
Son regard pivota vers Donovan. Ce pays renaîtra bientôt de ses cendres, j’en suis persuadé.

Un sourire fendait ses lèvres craquelées par le froid. Il croyait profondément dans la puissance des humains, et au contraire de l’attrister, les paysages désolés de Khurmag ne faisaient que l’enjoindre à espérer sa résurrection imminente.
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Donovan de Cendre
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Ven 25 Nov - 10:50
Irys : 65888
Profession : Gharyn du Village de Cedren
My'trän +2 ~ Khurmag
Ecoutant attentivement les paroles de sa nouvelle rencontre, Donovan continua les préparatifs du repas. Il fut heureux de sentir que l’esprit guerrier d’Adramus s’était tranquillisé. L’homme s’assit dans la neige après avoir enlevé de ses vêtements ce qui restait de neige.

Les mots prononcés par son compagnon de fortune lui réchauffèrent le cœur ; la plupart des gens condamnaient Khurmag pour son histoire et sa magie. Et qui pouvait les en blâmer ? Les Mages de l’Illusion abusaient d’un pouvoir qui touchait l’intimité des gens ; ils envahissaient les esprits, faisaient ressentir des choses qui n’étaient pas. On ne pouvait leur accorder confiance aucune, et pourtant Donovan voulait croire qu’un jour tout ceci changerait. Il voulait croire qu’un jour Khurmag se relèverait, et unifierait My’Tra.

- Tes paroles me vont droit au cœur, mon ami. Il est rare de rencontrer encore quelqu’un portant encore l’espoir en lui, surtout pour Khurmag. Et cela est d’autant plus vrai venant de My’Trans extérieurs à cette région.

Il balaya le paysage d’un geste de la main.

- Ces régions froides sont presque mortes aujourd’hui. Mais j’aime encore Khurmag. J’aime ses montagnes au sommets infranchissables, j’aime cette blancheur immaculée qui recouvre la terre pendant la majeure partie de l’année. J’aime le silence qui règne en nos forêts et nos collines.

En parlant ainsi, les larmes lui montèrent aux yeux un instant, et il les essuya d’un rapide revers de manche.

- Ton voyage est louable, Adramus. Il n’est rien de plus enrichissant que de découvrir de nouveaux lieux et de rencontrer de nouveaux visages. Nous ne pouvons continuer ainsi, à errer sur nos terres en communautés éparpillées. Nous ne pouvons espérer renaître en suivant le chemin qui nous a mené à notre perte. Khurmag, en l’occurrence, se doit de suivre une voie nouvelle, et cette voie-là, mon ami, j’essaie depuis des années de l’exposer.

Il eut soudainement l’air accablé, et son regard se perdit.

- Hélas survivre quand nous explorons un chemin inconnu n’est chose aisée, et je ne sais parfois si mes épaules seront assez larges. Pourtant, aujourd’hui, il y a des gens pour croire en moi.

Il releva la tête et plongea le regard dans celui d’Adramus. Juste en dessous de lui, son plat de racines prenait forme et une odeur agréable commençait à se dégageait de la petite casserole dans laquelle il avait entreprit de faire mijoter son mélange.

- Plus globalement, mon avis est que My’Tra se doit d’être unie. Unie pour assurer son avenir, unie pour faire face à Daënar et à ce que ceux qui y vivent développe. La guerre nous frappa autrefois, et elle frappera à nouveau si nous ne savons trouver un terrain d’entente. Et il n’est pas question que la terre se rougisse à nouveau du sang quand un peu d’échange et de compréhension nous mèneraient à un monde meilleur. Toute vie est sacrée- même celle de nos ennemis.


Le chant d’un oiseau retenti à travers les arbres, et Donovan n’y prêta au début aucune attention, tout plongé qu’il était dans ses pensées. En revanche, au son de ce même oiseau qui quittait son perchoir dans un battement d’aile précipité et au grognement qu’il crut percevoir dans son dos, il se releva vivement, une main se portant instinctivement sur la poignée de son épée.

Un ours sortit des broussailles, seigneur majestueux de cette forêt endormie. L’animal avançait doucement dans une démarche puissante, humant l’air dans un balancement de museau lancinant. Il devait avoir été sorti de son hibernation par le bruit causé lors de la chute d’Adramus, et- ces animaux ayant un odorat développé- avait dû suivre l’odeur qui se dégageait de la préparation de Donovan.

En les apercevant, l’ours s’arrêta, les toisant du regard, évaluant probablement quel intérêt pourraient avoir pour lui les deux hommes. Donovan ne bronchait pas- il avait lâché la garde de son épée, mais restait à l’affut du moindre geste agressif. C’était un animal superbe, roi en ces terres, et le jeune Gharyn déplorait déjà cette rencontre. En aucun cas il ne souhaite mettre fin à la vie de la bête, et, pourtant, il était prêt à se défendre au besoin.

L’ours se tint alors sur ses pattes arrières et poussa un rugissement qui fit frémir l’air jusqu’à la cime des arbres, qui fit s’envoler une nuée d’oiseaux jusque-là invisible. Dans un grognement sourd, l’ours reprit sa marche. Donovan fit quelques pas en avant, les bras écartés. Il gardait son calme, sachant très bien que même une légère animosité pourrait exciter l’animal. Pour un autre, garder son sang-froid dans une telle situation aurait été difficile, mais les longues années passées à méditer l’aidaient à ce sujet.

- Doucement, mon ami, doucement, dit-il à l’attention d’Adramus.

Il s’avança alors encore vers l’ours, et très vite les deux n’étaient plus qu’à quelques pas. Donovan gardait ses bras écartés, et ne lâchait en rien le regard de l’ours. Pourtant, la tension devint de plus en plus palpable dans l’air et il pouvait maintenant sentir son sang battre dans ses oreilles.

- Tout doux, l’ours, tout doux…

Hélas, l’animal avait fait son choix ; et dans un rugissement affamé, il se jeta sur Donovan.


Donovan: darkseagreen
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Adramus
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Jeu 1 Déc - 13:38
Irys : 224962
Profession : Aventurier, maître d'armes
My'trän +2 ~ Mistral
Une camaraderie étrange s’installait entre les deux hommes, peu à peu, à mesure que les secondes s’égrainaient. N’oublions pas que leur premier sujet de conversation évoquait une impressionnante chute de l’un des deux protagonistes. Leur relation promettait d’être insolite, mais peut-être serait-elle ainsi plus forte que ce qu’ils avaient l’habitude de côtoyer. Adramus n’essayait pas d’être simplement gentil, ce serait d’un intérêt limité, mais il sentait un profond malaise chez Donovan. Une sorte de… culpabilité héréditaire, récupérée auprès de ses paires et de ses aïeuls de leur vivant, et qui le suivait comme un spectre depuis lors. Le guerrier avait terrassé plus d’une fois des créatures qui tourmentaient les hommes depuis trop longtemps. Bien qu’il eut un respect infini pour la nature et ses créations, l’Homme passait en priorité, car il n’avait de cesse de rendre ce monde plus vivant chaque jour.

Une tristesse sourde transparaissait dans les mots de son hôte, et le vagabond en était très affecté. Faire le deuil d’un pays entier, ce devait être très lourd à porter. Mais au-delà de cette simple peine, se dessinait une détermination toute louable à faire renaître Khurmag de ses cendres froides. Le vagabond avisait avec des yeux vagues une toute petite fleur bleutée à côté de lui, une incorruptible survivante de l’été, qui espérait bien maintenir sa beauté même au milieu de l’hiver. Adramus sourit. « Alors comme ça, il existe des modèles de ténacité au milieu de ces ruines. » songea-t-il en silence.

Et son compagnon continua de se dévoiler, il conservait bien peu de secrets de sa personne, et c’était là une manière tout à fait honorable de vivre. Les habitants de Khurmag avaient la réputation de porter mille et un masque, de forcer les animaux, les plantes et même les collines à en revêtir de semblables, pour que rien ne subsiste de la réalité que leur tentative pitoyable d’oublier les horreurs vécues. Avec Donovan, l’apôtre autoproclamé d’Amisgal avait découvert une manière différente d’affronter l’adversité à Khurmag. Il existait encore une étincelle d’espoir, dans cette lumière aveuglante reflétée par la neige et les illusions utopiques des magiciens. Il exposait une vision pacifiste du monde. Une mentalité logique en tout point, lorsque l’on était né sur un tas de gravats fumant et puant la chair brûlée. Adramus sortit de son écoute attentive et silencieuse, et prit la parole à son tour.

- Depuis que je suis né, j’ai voyagé de pays en pays. Il n’y ai rien de My’tra que je n’eusse déjà vu, ou entendu les aventures palpitantes. Mais rien de ce que j’ai découvert de ce pays ne m’amène à penser que l’on puisse, un jour, former un peuple uni. Oh, ne pense pas que ce soit bien différent à Daënastre ! Je suis certain que, eux aussi, se battent sans cesse pour des histoires futiles de territoires ou d’idéologies. Le jour où il y aura une véritable guerre entre tous les My’trans et tous les Daënars… je pense que les Architectes eux-mêmes se présenteront devant les belligérants pour faire cesser le conflit. Car une telle guerre détruirait bien plus que la terre sous nos bottes, les arbres sous nos yeux, et les vies que l’on veut protéger.


Adramus sembla plonger dans un autre monde, fait de visions qui ont longtemps fait travailler son esprit de bourlingueur.

- Elle détruirait l’espèce humaine, elle détruirait tout espoir, tout bonheur. Rien ne sortirait d’une telle terreur, hormis la mort. Et contrairement au cycle naturel de l’existence, il est certain que plus rien ne s’élèverait jamais d’un tel monceau de cendres.

Il reprit ses esprits, et tourna les yeux vers son compagnon de fortune.

- Alors, mon ami, si je peux te donner un conseil, prends garde à ce que tu souhaites. Les Daënars ne nous attaquent pas, pour l’instant, et je ne veux pas donner le premier assaut ni enflammer leurs esprits revêches en préparant la guerre. Je protégerai ce pays, mais pour le moment, c’est de l’avarice de ses propres enfants qu’il faut le préserver. Regardes Khurmag, Daënastre n’a rien à voir dans son déclin…

Il s’apprêtait à continuer sa tirade, quand il remarqua la soudaine nervosité de Donovan. Ce dernier porta une main sûre à la poignée de son sabre, s’attendant vraisemblablement à subir une quelconque attaque. Et effectivement, lorsque Adramus tourna la tête vers l’orée de la forêt, un ours en sortit avec tout le poids que son corps gavé de graisse pouvait imposer au monde. On aurait pu penser que le guerrier, depuis longtemps entraîné à repérer le danger, aurait remarqué la présence de la créature à des lieues à la ronde. Ce serait de la naïveté, car jamais, ô grand jamais Adramus ne considérera un quelconque prédateur comme un danger. C’était peut-être de l’arrogance, ou l’expression d’un stoïcisme exacerbé, mais tandis que l’esprit de son hôte bouillonnait pour échafauder un plan de survie, le vagabond restait assit, avisant avec curiosité les mouvements de la créature et de son hôte.

Ce dernier, semblait-il, avait dans l’esprit de calmer les passions de l’animal. Un coeur noble que cet homme… peut-être un peu trop pour son propre bien. On pouvait raisonner même le pire dictateur, car il était encore doué de raison, mais un ours… cela semblait un peu trop ambitieux. Ni lui, ni Donovan n’avaient été bénis par Orshin, ce qui compliquait drastiquement les relations avec ce genre d’indigènes de la forêt, tant et si bien que, malgré ses louables efforts, Donovan se retrouva sur le point de subir une charge dévastatrice de l’ours.

Adramus se leva avec une tranquillité presque outrageante. Déjà, voilà que l’ours avait poussé, de ses puissantes pattes, le jeune homme sur le sol de la clairière. Des rugissements exaspérés s’échappaient de sa gueule baveuse, et l’on pouvait imaginer que le coup qu’avait reçu Donovan ne lui avait pas fait énormément de bien. « Il a eut sa leçon. » pensa Adramus. Il était désormais temps pour lui d’agir. Il ne fallait pas non plus que son compagnon ne finisse dévoré par simple étourderie.

-Altan Ild… (Sabre Doré)

Subitement, l’air paisible de la forêt sembla agité. Un courant d’air, d’abord imperceptible au possible, mais rapidement significatif, arriva des bois alentours pour rejoindre la clairière solitaire, et plus précisément le mage en action à l’intérieur. L’ours eut une hésitation, en voyant la magie d’Adramus s’animer. L’incompréhension, l’intimidation peut-être, mais rapidement le retour de la colère, de la faim. Il reporta son attention sur Donovan. Pas le temps de fuir, il allait attaquer.

- Khums ! (Griffe!)

Autour du guerrier, il y avait désormais des bourrasques violentes, l’expression d’un pouvoir magnifique, qui nécessitait une maîtrise parfaite de son art. Si Donovan avait le temps de se tourner vers lui, il verrait entre les mains, auparavant vides du voyageur, une longue épée faite d’un matériau étrange, translucide, impalpable, mais terriblement inquiétante, et duquel émanait une force impérieuse.

Solidement posé sur ses appuis, Adramus fit un largement mouvement en arc de cercle avec son sabre étrange. Une attaque vive, précise, mécanique, mais qui avait été portée à plus de trois mètres de l'ennemi aux longues dents. Mais sans être étonné, le guerrier reprit sa position initiale, son épée onirique grondant toujours de bourrasques surnaturelles dans sa main droite.

Malgré la distance, un sang épais et sombre coulait désormais à flot grossis sur le corps du pauvre Donovan qui était sur le point d'être fatalement frappé par l'ours. Désormais, à la place de la tête de l'animal, on devinait les arbres dans son dos, balancés par le vent. Elle avait été tranchée net, de même que ses deux pattes qu'il avait levé avec tant de rage. Un mot d'Adramus, et son sabre disparu en ramenant le calme dans la clairière. Il s'approcha de son compagnon avec son calme coutumier. On aurait pu espérer plus d'affliction de sa part, alors qu'il venait de tuer une des créatures de la forêt. Probablement que Donovan serait déçu, voir choqué, mais ce n'était pas important.

- J'espère que cela ne t'a pas trop incommodé, mon frère.
Dit-il en lui tendant une main camarade. Tu sauras pour ton expérience que, malgré ton amour pour elle, la nature n'a pas le moindre désir ni la moindre émotion. Apprends à te préserver d'elle, autant qu'à la respecter... Sinon elle t'emportera.

Cela avait été dit sur le ton de la sagesse. Il ne réprimandait pas ce paisible homme des bois, mais il espérait bien qu'il tire les leçons de sa mésaventure. Devant eux, le corps de l'ours avait fait rougir toute la neige alentour, et une odeur ferreuse leur remplissait peu à peu les narines. La tête de l'ours avait volé quelques mètres plus loin. Une magnifique créature, mais elle ne savait pas contre qui elle se trouvait lors de son attaque. Une erreur fortuite, mais fatale.
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Donovan de Cendre
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Mar 13 Déc - 7:27
Irys : 65888
Profession : Gharyn du Village de Cedren
My'trän +2 ~ Khurmag
Oh, combien Donovan avait été naïf ! Lui qui avait crût pouvoir raisonner un animal sauvage, un ours sortit trop tôt de son hibernation, et affamé de surcroît. Ô combien il se sentit stupide quand il vit un éclat meurtrier dans les yeux de la bête, juste avant que celle-ci ne passe à l’attaque.

L’animal chargea ; et le coup que prit Donovan le propulsa quelques mètres en arrière. Une douleur fulgurante s’élança dans sa poitrine quand les pattes de l’ours l’atteignirent ; les griffes de la bête lacérèrent sa peau au niveau des côtes ; et le sang coula rapidement. Il resta sonné quelques secondes, son monde vacillant autour de lui- et il ne pût bouger lorsque l’ours vint sur lui.

Il pensa rejoindre Khugatsaa dans un avenir très proche lorsqu’il vit une gueule garnie de crocs et dégoulinante de bave s’ouvrir au-dessus de lui, mais alors l’ours détourna son attention quelques instants. Le jeune Gharyn sentit également comme… une présence, non loin de lui. Adramus était entré en action.

Le guerrier se tenait là, faisant face à la bête tout en déployant sa magie. L’ours se détourna de ce nouvel intervenant ; mais pas Donovan. Il choisit de remettre sa vie entre les mains d’Adramus, priant du plus profond de son cœur que son nouvel ami agisse vite. Il eut à peine le temps de voir comme un étrange sabre apparaître dans les mains du Prince des Airs- alors un rugissement le sortit de sa surprise et il plongea ses mains sous la gorge de la bête pour tenter vainement de l’empêcher de le déchiqueter.

La pression de la bête était énorme, et il dût mobiliser toutes ses ressources pour tenir sa gorge hors de portée des crocs meurtriers. Et puis, soudainement… il n’y eut plus rien ; la pression se relâcha alors qu’un épais flot rouge coulait à présent sur sa peau. Le corps de la bête s’affaissa sur ses jambes- et voilà Donovan qui tenait la tête de l’ours à bout de bras. Il la laissa retomber sur le côté et sortit vivement de sous le cadavre de la bête.

Il se releva, couvert de sang et la poitrine douloureuse. Il jeta un dernier regard dépité à la bête, puis se tourna vers Adramus, une lueur amère dans le regard. Puis, il ravala sa fierté, et son regard s’apaisa.

- Ne t’en fais pas, répondit-il à celui qui l’avait tiré d’une mort certaine, je ne crains pas le sang. Je dois avoir l’air stupide à présent, n’est-ce pas ? Donovan de Cendre, l’homme qui pensait pouvoir raisonner les ours.

Il marcha vers Adramus et tendit sa main vers la sienne pour serrer son avant-bras, à la manière des guerriers.

- Tu sais, je ne souhaite pas la paix au point de ne pas me défendre. Mais… je ne sais pas. Je pensais pouvoir épargner la vie de cet animal. Il était supposé dormir, et il a été réveillé au mauvais moment.

Il s’approcha de son sac de cuir et fouilla dedans. Il en sortit une poignée d’herbe qu’il entreprit de placer sur sa blessure, avant de faire tenir le tout avec un bout de sa chemise qu’il déchira et noua fortement.

- Comment pourrais-je en vouloir à un ours ? Il n’a fait que suivre son instinct. C’est la fin qui dictait sa conduite, non une envie meurtrière. Simplement… l’instinct. Mais en quoi l’être humain est-il différent ?

Sa voix trembla de colère.

- Nous ne sommes pas d’accord sur certains points. Alors quoi ? Nous devons nous entre-tuer ? Je ne suis pas fou… je sais bien qu’il faut préparer la guerre pour obtenir la paix. Et pourtant, combien de vies pourraient être épargnées si nous pouvions seulement nous comprendre ? Je ne cherche pas à entrer en conflit ouvert avec Daënars, bien au contraire. Mais voilà la spirale dans laquelle nous nous trouvons : les Daënars sont une menace : ils l’ont été par le passé. Donc, bien que nous souhaitons la paix, nous nous préparons à nous battre, « au cas où ». Comme nous nous armons, les Daënars sont méfiants et s’arment aussi. Au final, nous nous battons. Alors dis-moi, Adramus, quelle différence y-at-il entre nous et cet ours ? J’ai voulu faire confiance. Le calmer, et que ni lui ni moi ne trouvons la mort. Pourtant, vois le résultat : si tu n’étais pas intervenu, je serais mort. C’était lui ou moi.

Une fois son bandage fait, Donovan se leva.

- Des fois… des fois je me dis que tout ceci est vain. Tu me disais que pour l’heure nous étions en paix avec les Daënars… et pourtant chaque camp affute ses armes. Chaque camp regarde l’autre avec méfiance. Pourrais-tu me certifier, mon frère, que ni nous, ni eux ne sommes pas à l’abois de la moindre étincelle ? Alors, à quoi ressemblerait notre monde ? Sommes-nous des êtres de paix, ou bien la guerre, la violence et la haine sont ancrées si profondément dans notre cœur que nous recherchons la moindre excuse pour libérer nos pulsions meurtrières ? Qui sommes-nous, êtres humains, pour juger que nos pensées valent mieux que celles des autres ?

Le jeune Gharyn poussa un profond soupir de lassitude.

- Ne te méprend pas, Adramus. Je ne prépare aucune guerre. Tu as raison, pourtant : si My’Tra est unie, alors nous serons une menace pour les Daënars. Mais si nous ne le sommes pas, ils sont une menace pour nous. A moins que nos deux continents ne parviennent à faire montre d’un consensus, que nous puissions nous entendre. Suis-je fou alors de croire que tout cela est possible, comme j’ai crût pouvoir raisonner un ours ?

Il se laissa alors retomber près du feu. Sa cuisine avait eu le temps de mijoter, et si le feu s’éteignait maintenant par faute d’entretien, le repas était prêt- quoiqu’un peu trop cuit. Une délicieuse odeur s’échappait de la casserole, apportant un peu de chaleur en cette terre froide.

- Mais voilà que je m’égare.

Il jeta un dernier regard à la carcasse de l’ours.

- Je souhaitais simplement qu’il ne meurt pas. Assis-toi donc et mangeons… malgré tout, la vie continue et il nous faut nous remplir la panse, fit-il avec un sourire à l’adresse de son nouvel ami.

Il sortir de son sac deux bols en bois ainsi que des cuillères, puis servit à chacun une bonne portion de sa cuisine. Après toute cette agitation, manger un peu fit du bien à Donovan.

- Dans tous les cas, je suis admiratif de ta magie, Adramus.

Le Prince des Airs n’était en effet pas le premier venu capable de créer des courants d’air. Ses attaques avaient été nettes et précises, et il devinait que le guerrier était bien plus qu’un simple combattant. Non… il y avait autre chose chez Adramus, quelque chose de plus profond qu’un homme capable de se battre. Il avait réussi à tuer un ours sans grands efforts, et pourtant il n’avait pas les manières d’un homme brutal. C’était un guerrier, indéniablement- mais loin d’être une brute épaisse sans cervelle. De surcroît, Donovan se doutait bien que sa maitrise à l’épée devait être un spectacle intéressant… et une idée commençait à germer dans son esprit.

- Où diable as-tu donc appris ? Es-tu aussi doué avec ta lame ?


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Adramus
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Mer 14 Déc - 13:56
Irys : 224962
Profession : Aventurier, maître d'armes
My'trän +2 ~ Mistral
Une mèche brune tomba devant le visage stoïque du guerrier nomade. Il la repoussa d'un frôlement de la main, tout en aidant le pauvre Donovan à se remettre sur ses pieds. Il était recouvert d'une quantité astronomique de sang. Il y avait le sien, d'abord, mais aussi celui de l'ours. Les deux se mêlaient, et il devenait impossible de les différencier. Peut-être était-ce là un bon présage, le signe d'un renforcement prochain. Si la bête pouvait offrir à l'ermite des bribes de son immense force, peut-être que ce dernier parviendrait enfin à ne plus être tourmenté par le destin du monde. Il n'y avait que deux chemins possibles pour atteindre cette sagesse : l'indifférence ou la puissance. Avec suffisamment de volonté, Donovan serait capable d'écrire lui-même l'Histoire à qui il reproche tant de choses. C'est tout ce que pouvait lui souhaiter Adramus en ces temps de troubles.

La voix de l'homme des bois vibrait de rage, une rage qu'il n'y avait pas avant l'incident. Le surnommé « Prince des Airs » eut un sourire satisfait. Ses prières avaient peut-être été entendues, et l'homme qu'il avait devant lui portait en lui les germes d'une vigueur et d'une hargne toute nouvelle. Il commença à poser des questions, rhétoriques bien sûr, aucune réponse ne pouvait être apportée à d'aussi insolubles énigmes. Möchlog avait écrit le destin de chaque créature d'une encre si profonde et indélébile que tenter d'en percer les secrets relevait de l'impossible. Ce serait vouloir être l'égal des Architectes, et tout le monde dans ce pays sait quel sort ces derniers ont réservés aux créatures qui ont eu une telle ambition par le passé.

Adramus laissa le jeune homme soigner ses plaies tout en pestant contre le monde et ses mécaniques infernales. Il comprenait cette manière de penser, si pure, si belle et en même temps si fragile. C'était celle des enfants, d'une logique parfaite, qui ne tolérait pas la moindre absurdité. Adramus n'avait pas été très souvent à Suhury, le pays à l'est de Khurmag, et d'où résonnait la clameur des plus fidèles serviteurs des Architectes. Néanmoins, il avait déjà eu affaire à quelques fils et filles de la Grande Chouette Tisseuse de Vie. Dans leur cœur, il y avait cette même chaleur, cette même lumière qui brillait dans les yeux de Donovan. Plus le guerrier dévisageait l'homme en face de lui, plus il s'imaginait que sa place n'était pas dans ces terres désolées et vouées à une lente hibernation le temps de reprendre des forces.

Calmement, le vagabond revint prendre sa place auprès de son hôte qui, avec des gestes fébriles, recommençait à préparer leur pitance. Il se concentrait sur sa tâche, mais l'on sentait bien que son âme entière était tournée vers les mots qu'il prononçait. Son aversion pour la guerre, ses peurs... Adramus se demanda si un simple nomade des bois pouvait avoir cette façon de penser. Il était évident que Donovan avait beaucoup à perdre en cas de guerre, malgré le fait qu'il ne donne l'impression que de se soucier du bonheur du monde entier. Il devait y avoir quelque chose sur ses épaules, quelque chose d'instable, de fragile... Ce n'était pas le moment de penser à tout cela, se disait Adramus, il continuera de vider son sac tant qu'il aura des choses qui lui pèseront sur l'âme. Et qu'elle est lourde, cette âme... Lorsque le guerrier vit son compagnon lui tendre un bol de sa mixture, il le prit poliment, sans sourire cependant, mais en lui adressant un regard doux et reconnaissant. Il faisait partie de ces gens qui estimaient que le corps avait la capacité de dire beaucoup plus que les mots.

- Tu as beaucoup de choses sur le cœur, mon frère.
Répondit finalement le voyageur à tout ce que venait de livrer Donovan. J'espère qu'en parler t'a apaisé, ne serait-ce qu'un peu. Il prit la cuillère dans sa main, et la remua distraitement dans le bol. Néanmoins, j'espère que tu es conscient que dire n'est pas la même chose qu'agir. Pardonne mon détachement par rapport à ce qui te trouble, Donovan, mais j'ai mis des années à entraîner mon mental pour résister à tout ce que le commun appelle affection, dans le mauvais sens du terme bien sûr. Si ton malheur avait réussi à atteindre mon cœur, j'aurai pleuré sur ton épaule comme un enfant, et en aucun cas je n'aurais eu la force de t'aider. Mais grâce à Amisgal, je suis plus fort qu'un enfant, et au lieu de me lamenter sur la situation que tu déplores, je suis aujourd'hui capable de t'aider à y remédier.

Ce discours pouvait être déstabilisant. Qu'est-ce qui cheminait doucement dans l'esprit d'Adramus tandis qu'il parlait ? Impossible de le lire sur son visage. Mais en réalité, la chose était simple... Il prit une autre cuillère, et senti la chaleur de la préparation le revigorer un peu. Il soupira d'aise.

- Tu as quelque chose à protéger. Ce n'était pas une question, il en était sûr maintenant. Une femme ? Ta maison ? Je ne sais pas. Dans tous les cas, tu redoutes un nouveau conflit, quel que soit sa nature. Tu as une formidable envie de vivre, Donovan, et je respecte cela. Voilà pourquoi, je te propose mon aide. Il marqua une pause, afin que sa déclaration résonne suffisamment dans l'esprit de son hôte. Je ne suis pas un esprit éclairé, je ne serais pas capable de changer ce monde, mais je sais me battre, j'ai appris à vaincre, et je peux te prêter cette force pour protéger ce qui est si important dans ton cœur. Tu m'as ému, Donovan, et tu es bien le premier depuis des années. Adramus s'autorisa une lampée de plus. Je ne me sentirais pas tranquille en te livrant à nouveau à ce monde qui n'attend que de te dévorer. Si tu veux percer les secrets de mon art, je peux t’entraîner. Tu n'auras pas la bénédiction d'Amisgal pour t'assister dans ta tâche, mais je pense que tu n'en auras guère besoin.

En une ou deux bouchées de plus, il avait terminé son repas. Il se leva ensuite avec lenteur, et dévisagea Donovan avec son éternelle expression de marbre.

- Aller, fils de Khugatsaa, dégaine ta lame et montre moi à quel point j'ai du travail !

Il saisit son bâton qu'il avait posé à ses côtés, puis s'éloigna du feu de camp réconfortant. Le retour du froid, néanmoins, lui fit plus de bien qu'il ne le pensait. Les meilleurs batailles se font dans la neige, car elle enveloppe le corps comme une douce couverture, et la douleur n'a plus rien de pénible.
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Donovan de Cendre
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Jeu 12 Jan - 15:08
Irys : 65888
Profession : Gharyn du Village de Cedren
My'trän +2 ~ Khurmag
Donovan se leva avec un sourire- le défi lui plaisait. Il avait hâte de voir ce qu’Adramus valait. Il avait déjà eu l’occasion de deviner, sous sa politesse, cette fierté qui était propre aux hommes de combat. Mieux encore, il avait vu comment son nouvel ami s’était débarrassé de l’ours. Une parfaite maitrise de sa magie… net, efficace.

Le guerrier en noir lui présentait en revanche un nouvel aspect de son art. Quelque chose de plus… pur, de plus animal que la maitrise de la magie. Un contact plus brutal avec la réalité, avec cette terre qui les avait vus naître. Un combat, lame contre lame…

Mais plus encore, Donovan avait hâte de voir ce qui lui valait. Que valait-il, lui aux idées de paix, dans un bon où le sang pouvait couler à tout moment ? Il n’avait jamais été naïf au point de croire que sa bonne volonté le protègerait de tout ; Zarathoustra était un maître dans l’art du combat, et l’aveugle lui avait transmis son savoir pendant des années. Une forme de combat basée sur la maitrise des gestes, sur le contrôle du corps- telle était la manière de se battre de Donovan.

Donovan avait toujours été bon élève ; il avait été entrainé au combat à main nue comme à l’épée. Cependant, il manquait souvent de temps pour pratiquer. Plus handicapant, Donovan ne s’était encore jamais réellement battu contre quelqu’un, en dehors des entrainements de son Khurog.

Ainsi, si Donovan avait des gestes précis et rapides, il lui manquait cet élément essentiel qu’était l’expérience. Adramus ne pouvait lui faire plus grand cadeau : le laisser se confronter à un homme endurcit, un véritable guerrier, avec toute l’expérience et la maitrise que cela impliquait.

Il enleva sa chemise et la jeta au sol, appréciant à nouveau la morsure glacée de l’air- il trouvait cela… stimulant.

- Avec plaisir, mon ami, fit-il à Adramus en dégainant sa lame.

Il laissa sa lame trainer un instant dans la neige tandis qu’il jaugeait son adversaire- le calme de l’homme était impressionnant… plus encore, il avait quelque chose de menaçant. Durant un instant, Donovan crût qu’il allait flancher- se prendre une raclée, maintenant, après avoir survécut à une attaque d’ours… Mais il se reprit rapidement : ce n’était pas en fuyant l’adversité qu’il élèverait Cedren.

Alors, il se mit en position de combat, à la manière des enseignements transmis par Zarathoustra : les deux jambes fléchies, la lame pointée dans sa main gauche au niveau des épaules et pointée vers Adramus, et la main droite en face de lui, le poing fermé ne laissant échapper que son index et son majeur.

Il resta ainsi une seconde… puis il attaqua en se fendant. La lame courbe brilla un fragment de seconde dans l’air- le coup porta sur la poitrine d’Adramus. Sans laisser aucun répit au Prince des Airs, il continua à porter une série de coups rapides- et légers. Ses gestes étaient net, précis. Pourtant, il se retenait encore : son seul objectif était de tester les défenses du guerrier.

Tout en s’économisant. Il pouvait sentir, travaillant son adversaire au corps, la force qui sommeillait en Adramus. Puis, il sentit un geste brusque- comme une contre-attaque. Donovan réagit à l’instinct ; sans même réellement voir le coup, il recula en arrière d’un bond.

Ce fut la première fois depuis le début du combat que le jeune Gharyn souffrit du manque d’expérience : il avait testé Adramus. Et il avait vu que le guerrier était bon. Très bon. Oh, certes, il n’avait pas tout donné, mais pourtant il avait espéré qu’au moins un de ses coups aille au but. Pourtant, aucun n’avait touché le Mage de l’Air. Aucun ne l’avait ne serait-ce qu’effleurer.
Du coup, Donovan n’avait pas la moindre idée de la suite. Il ne souhaitait pas s’épuiser inutilement : pour tenir contre son adversaire, il lui faudrait garder des réserves- donc il rechignait à attaquer à nouveau. Pourtant, il sentait la puissance d’Adramus ; et il n’avait aucune envie de devoir supporter un assaut de front de celui-ci.

Donovan plongea son regard dans celui du guerrier, à l’affût du moindre geste de celui-ci. Il hésitait…


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Adramus
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Jeu 12 Jan - 18:40
Irys : 224962
Profession : Aventurier, maître d'armes
My'trän +2 ~ Mistral
Le jeune gharyn accepta. C'était étrange, tout de même, comme situation. L'un est vagabond sans possessions, et n'a pas le moindre de mérite dans aucune autre discipline que la brutalité des batailles, tandis que l'autre pouvait tout de même se targuer de diriger toute une communauté dans cette atmosphère hostile et glaciale. Il parvenait à la faire prospérer, à lui donner une force morale que personne d'autre n'aurait pu leur transmettre. Mais Adramus n'était pas homme à se soucier de l'importance de qui il avait en face de lui. Ses valeurs étaient on ne peut plus claires, et indubitablement impossibles à trafiquer ou feinter : la force, l'honneur et la justice en tout. Ces vertus, il les élevait au rang suprême, et il était impossible de lui mentir en jouant les comédiens pour l'une ou pour l'autre. Vous y arriveriez, vous, à faire semblant d'être fort ? A fabriquer des fausses preuves de votre puissance ? Adramus, lui, avait la certitude de ne pas être trompé sur ces trois piliers. Il allait, désormais, tester la force et la bravoure de ce chef respecté. Il n'y avait que deux options, la victoire ou une défaite honteuse. Il ne pouvait pas faire semblant, ruser, reculer, quand bien même les Khurmis étaient reconnus pour ces divers talents.

Un sourire satisfait apparu un instant sur le visage du guerrier solitaire, le langage de l'épée était l'un de ses préférés. On pouvait apprendre tant et tant de choses d'un combat. Il pourrait même affirmer, dans un moment d'égarement, que c'est l'une des seules manières de bien connaître une personne. Il est évident que la diplomatie n'est pas la meilleure qualité d'Adramus, mais ce serait là une affirmation bien maladroite, même pour lui. Il partageait quelques uns des idéaux pacifistes de Donovan, faire l'apologie de la violence ne siérait pas très bien à la situation. Calmement, les deux hommes se mirent en place avec toute la dignité que peuvent exprimer deux guerriers honorables. Adramus, tout particulièrement, attachait beaucoup d'importance à ce moment qui précède l'affrontement. Il se sentait lion en face d'un autre lion, c'était à celui qui aurait la plus massive couronne. Mais le jeu de la comparaison n'était pas bien intéressant à cet instant, puisque Donovan se trouvait précisément dans la position de l'apprenant. Il n'était pas l'égal du voyageur dans le domaine martial, et ça il le savait très bien. Il ne chercha donc pas à impressionner d'une quelconque façon, et se contenta de joindre ses mains en avant pour y accueillir sa si chère lame.

- Altan Ild. Murmura-t-il, comme une prière à l'Architecte qu'il révérait pieusement.

Cette fois-ci, contrairement à l'affrontement contre l'ours affamé, l'épée qui apparut n'avait rien de plus impressionnant qu'une arme ordinaire. Plus de bourrasques abominables, d'auréole lumineuse qui serpentait tout autour. Aucun artifice de ce genre ne valait la peine d'être déployé. Et puis, un duel à armes inégales était des plus déshonorants. Adramus se dota donc d'une épée d'une taille équivalente à celle de son adversaire, hormis le fait qu'elle scintillait d'une blancheur éclatante, et que la lame avait une forme peu commune : la lame était droite, mais elle ne se terminait pas en pointe comme l'extrême majorité de ses semblables. Son sommet était une simple ligne, et le tranchant n'était que d'un seul côté, celui pointé vers Donovan. Une arme qui rappelait étrangement les fendoirs utilisés par les bouchers, mais en plus long. Son aspect hétéroclite devait en effrayer plus d'un, et Adramus se plaisait ainsi à inventer des épées aux formes variées, histoire d'avoir l'effet de surprise.

Il y eut un instant de flottement, un tout petit instant où le temps sembla se dilater furieusement. Puis le combat commença. Le guerrier avait laissé le premier assaut au gharyn, qui avait ainsi le loisir de faire pleuvoir sur son adversaire une pluie de coups qui aurait submergé n'importe quel amateur, il fallait bien l'admettre. Seulement Adramus pouvait compter sur ses aptitudes acquises au fil des ans, et il para les coups l'un après l'autre, conservant un calme olympien et sans jamais faire un pas en arrière. Comme il l'avait imaginé, Donovan ne manquait pas de technique, mais bien de pratique. Il savait comment frapper, mais pas où, ni comment réagir au positionnement de l'adversaire. Le voyageur pouvait ainsi facilement prévoir le coup suivant, hormis lorsque le gharyn employa une habile manœuvre de feinte, pour ensuite viser le visage d'Adramus, ce qui obligea se dernier à employer sa malicieuse magie pour augmenter la vitesse de son bras et ainsi parer le coup d'un puissant geste de sa lame blanche, pour ensuite enchaîner avec un mouvement de taille. Un malheureux réflexe, qui aurait pu coûter à Donovan l'un de ses bras, s'il n'avait eu la présence d'esprit d'esquiver l'attaque et de mettre un peu de distance.

Le Khurmis s'était un peu fatigué lors de cette première vague, preuve supplémentaire qu'il ne maîtrisait pas complètement la situation et avait tendance à s'enflammer. Adramus, avait une idée en tête. Sa magie se matérialisa doucement sous la forme de courants qui commençaient à envelopper sa lame. Ce coup, il l'avait déjà employé contre l'ours. Rien de bien nouveau pour Donovan, donc. Le guerrier prit bien le temps de se positionner de manière optimale, avant de frapper d'un large mouvement vertical en hurlant « Khums ! ». Comme lors de son combat contre la bête, une sorte d'onde blanche en forme de croissant de lune se dirigea à toute vitesse vers son adversaire, qui évita bienheureusement cette technique dévastatrice. Adramus le dévisagea ensuite, impassible.

- Belle esquive, mais tu as eu le temps de réfléchir à ce que j'allais faire. Tu m'as vu prendre position, prononcer mon art martial, ce n'était pas bien compliqué. Mais tu as pu contrôler la situation tout de même, et c'est là les fondements du combat. Première leçon : peu importe que tu sois fort, rapide, agile. Chaque guerrier est différent, possède ses forces et ses faiblesses, mais chacune de ses caractéristiques peut soit être à son avantage, soit à son désavantage. Ce n'est pas sur ça qu'il faut se concentrer, crois-moi. Le plus important, c'est de maîtriser la situation. Garde ton calme, respire, sers-toi de ta tête. Même les forces de ton adversaire, tu dois les utiliser contre lui. Il est puissant ? Tu dois devenir rapide. Il est chétif ? Prends garde à sa maîtrise. Tu dois te poser sans cesse des questions, bien avant que vos lames ne s'entrechoquent. Analyse ton adversaire, pour ne plus être surpris lors du face à face. C'est comme ça que tu vaincras, en étant malin, pas en étant fort.

Il s'approcha ensuite de son élève d'un jour, un sourire délibérément provocateur sur les lèvres.

- Tu es déjà fatigué, on dirait ! Tu ne protégeras pas grand-chose en étant aussi faible ! Es-tu vraiment sûr d'être à la hauteur de ton rang ?

Toute cette manigance avait un but bien précis, faire flancher Donovan. Il semblait serein de prime abord, mais son ardeur brûlante au combat prouvait qu'il était facilement emporté par son élan. Les enseignements d'Adramus étaient peut-être déplaisants à suivre, mais ils n'en demeuraient pas moins efficaces. Il est plus facile de faire rentrer quelque chose dans le crâne des gens en l'accompagnant d'un peu de brimade. L'égo est un bon facteur d'apprentissage.
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Donovan de Cendre
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Lun 23 Jan - 16:00
Irys : 65888
Profession : Gharyn du Village de Cedren
My'trän +2 ~ Khurmag
Le premier réflexe de Donovan ? Serrer les dents, agripper plus fort encore la garde de sa lame et se mettre en posture d’attaque. Le jeune Gharyn était quelqu’un de calme, mais sa proximité avec le monde sauvage pouvait parfois le rendre un brin… animal.

Mais il se ravisa, un sourire naissant sur ses lèvres. Zarathoustra ne lui avait-il enseigné de se placer au-dessus de ces émotions primaires ? Tout son entraînement reposait sur la maîtrise de son corps- et il n’y avait de maîtrise quand le sang prenait le dessus sur la raison. Quoique valait cette philosophie, elle était de bon aloi durant un combat.

Aussi voyait-il où voulait en venir son maître d’arme temporaire. Le provoquer, pour qu’il se laisse consumer par sa colère. C’était une belle leçon d’apprentissage. Donovan ne devait pas se laisser emporter- Adramus ne venait-il d’ailleurs pas de lui dire de garder la tête claire ?

Il prit une seconde pour réfléchir. C’était indéniable ; le Mage de l’Air était meilleur que lui, à tout point de vue. Plus fort, plus rapide, mais aussi plus expérimenté- le tout avec une technique qu’il n’avait rien à envier à personne.

Pourtant, Donovan avait toujours quelque chose pour lui. Son propre style de combat se basait sur des éléments du monde sauvage et sur les connaissances du corps humain. Par ailleurs, Adramus était légèrement plus grand que lui.

Il avait de quoi riposter : rien n’était perdu.

- Bien, Adramus.

La leçon était comprise- il tenta de canaliser l’excitation bouillonnant en lui… ne faire plus qu’un avec sa lame… il ouvrit son cœur et son esprit s’ouvrir au monde extérieure… et alors qu’une légère brise glaciale souffla, Donovan attaqua, ne faisant qu’un avec ce souffle.

Son regard avait changé ; il prenait au sérieux ce combat, y mettant toute sa concentration. Certes, Adramus été doué. Mais il avait pour lui la souplesse et l’agilité. Le jeune Gharyn attaqua par le bas ; sa lame chercha la cheville du Mage de l’Air, puis remonta tout aussitôt vers sa gorge. Cette fois-ci, il était décidé à utiliser tout son corps ; alors qu’il portait un coup, il fit volte-face sur lui-même. Son corps disparut soudainement du champ de vision d’Adramus- il se laissa choir sur son genoux droit, alors qu’il donna un coup avec sa jambe gauche en direction de la cheville de son adversaire.

Donovan avait confiance en son jeu de jambes ; dans un même mouvement, il transféra le poids de son corps sur sa jambe gauche et se servi de l’impulsion pour augmenter la puissance du coup qu’il porta avec sa main droite. Il frappa avec le poing fermé, juste sous les côtes.

Il devait saisir sa chance- à lame contre lame, il était perdant. Mais en travaillant Adramus au corps, il ne serait aussi démuni que lors de sa première attaque.

Une détermination froide se reflétait au fond de ses yeux ; il ne se laisserait pas faire. Et il savait encaisser des coups, au besoin.


Donovan: darkseagreen
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Adramus
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Ven 27 Jan - 17:58
Irys : 224962
Profession : Aventurier, maître d'armes
My'trän +2 ~ Mistral
Les dents d'Adramus se découvrirent durant un bref rictus, qui ne dura même pas un instant. Savez-vous la différence entre un sourire et un rictus ? Le sourire, c'est un réflexe d'enfant, le rictus, c'est un réflexe de prédateur. C'est comme si un loup faisait face à un petit agneau à la patte cassée, étalé au sol, impossible de bouger. C'est ce sourire-là qu'Adramus dévoilait à son adversaire, avant même que ce dernier n'ai fait son premier mouvement, car il savait très bien que sa stratégie avait fonctionné. Il venait de mettre Donovan en colère, une colère légitime, douloureuse, mais ô combien jouissive. Ce devait être comme libérer la bête en soi, laisser l'autre être impressionné par sa force, son animalité. Cela aurait pu être le cas, si ce n'avait pas été orchestré depuis le début par le maître de scène.

Puis, tout d'un coup, l'éclat de violence qui luisait dans le regard du Gharyn s'échappa sans demander son reste. Comme s'il se savait inutile, qu'il n'était pas à sa place légitime. Puis un sourire, un charmant sourire qui satisfit plus Adramus que s'il s'était transformé de pied-en-cape en monstrueux ours des cavernes. Au moins avait-il prouvé qu'il pouvait être malin, à défaut d'être expérimenté. Il savait s'adapter, analyser ses forces et ses faiblesses, et c'était là la qualité principale du combattant. Pourquoi ? C'était là un don inné que peu de gens recevaient. Vous aurez beau travailler votre corps durant toute votre vie, si vous ne faites que déverser votre force comme un torrent sur le monde, sans aucune retenue ni prudence, cela ne servira à rien. Pourquoi croyez-vous que, malgré leur excellence martiale, les natifs de Zagash ne soient pas les maîtres du continent ? Il faut bien des choses pour être un guerrier digne de ce nom, pas seulement une physionomie de fauve.

- Bien, Adramus.

Ainsi donc, les deux hommes entraient dans ce qui serait probablement la dernière phase de leur joute amicale. Rien ne devait être laissé au hasard. Il fallait montrer tout ce que l'on avait, si l'on ne voulait pas finir déshonoré par une trop grande confiance en soi.

Et Adramus comptait bien tout donner.

Donovan chargea, d'un mouvement souple et félin, en un instant seulement il s'était retrouvé devant le gigantesque bretteur. Sa lame visa la base de ce corps en apparence si imposant. Nul doute que le priver de ses appuis le ferait chanceler, tomber, et le vaincrait. Des coups rapides, qu'Adramus eut du mal à parer efficacement. L'assaut de ce chef respecté partait dans une bonne direction. Sa stratégie était efficace : empêcher Adramus d'utiliser toute sa puissance. Il se prit un coup dans la cheville, pensa tomber, était-ce fini ? Malheureusement pour le gharyn, chacun devait se donner à fond...

Le coup de poing, puissamment amené par une position optimale des jambes et du buste, rencontra avec surprise la paume d'une main, qui l'arrêta malgré toute la volonté de son possesseur. C'était la main gauche d'Adramus, l'autre tenait sa lame... En réalité, non, elle ne tenait plus rien. On aurait pu prendre cela pour un abandon, mais c'était au contraire une preuve de bravoure. Les poings d'Adramus valaient bien toutes les épées du monde, et Donovan allait l'apprendre à ses dépends.

- Luu Nislegis. (Vol du dragon)

Voilà ce que murmura le combattant, avant de refermer sa large main sur le poing fermé de Donovan. Dans un mouvement d'une vitesse impressionnante, il tira le corps entier de ce dernier vers sa gauche, et il se retrouva devant Adramus. On ne sait comment, mais le bras qui tenait quelques secondes plus tôt l'épée d'un blanc éclatant était désormais contre le torse du mage, prêt à accueillir le gharyn déstabilisé par la riposte. Dans un mouvement angulaire, elle vint frapper le ventre de Donovan sur toute sa longueur. La puissance le fit se plier, ne serait-ce qu'un peu, ce qui permit à la main gauche de son adversaire, toujours muée par une vitesse surnaturelle, de frapper, poing fermé, le plexus du pauvre homme. Sa respiration devait désormais être monstrueusement difficile, voilà pourquoi il est de l'ordre du réflexe de chercher de l'air en hauteur, dévoilant son visage. C'est ce moment qu'Adramus choisira pour porter, paume ouverte, le coup de grâce à son compagnon.

Il était désormais face à lui, les jambes fermement ancrées dans le sol, alors qu'un instant auparavant il articulait son corps dans une tout autre position. Désormais immobile, il eut une longue expiration, et ouvrit enfin ses paupières qui étaient demeuré fermées tout au long de l'action.

Le duel était terminé.

Adramus détendit tout son corps, prenant une position beaucoup moins digne qu'à l'accoutumé. Cette technique l'épuisait toujours énormément. Des grosses perles de sueur parcourait tout son corps et, couplées au froid ambiant, était particulièrement inconfortables. Une mèche de cheveux corbeau tomba devant ses yeux, et il ne prit même pas le temps de la remettre en place. Malgré sa retenue exemplaire, on pouvait tout de même voir qu'il était épuisé. Mais dans quel état était Donovan ?
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