Revenir en hautAller en bas
Chroniques d'Irydaë
Bonjour, et bienvenue sur les Chroniques d'Irydaë. Déjà inscrit ? N'attends plus, et connecte-toi dès maintenant en cliquant sur le bouton "Connexion" ci-dessous !

Vous êtes nouveaux, que ce soit sur ce forum ou dans le monde du RPG ? Le choix d'un forum sur lequel vous pourrez vous épanouir n'est pas anodin, et il vaut mieux pour cela connaître l'univers dans lequel vous vous trouvez ! Nous avons pensé à vous, en vous préparant un guide qui vous permettra de découvrir pas à pas le monde des Chroniques d'Irydaë.

Si malgré cela, des doutes subsistent, n'hésitez pas à adresser vos questions aux Administrateurs.

En vous souhaitant une agréable visite !



 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Khurmag
Page 1 sur 2
Aller à la page : 1, 2  Suivant


 Hauts en couleurs [Libre/Tiha Ludost]

Finn Kalagann
avatar
Mar 3 Avr - 14:48
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
La cacophonie du coquelet sommant une toiture environnante suffit à arracher Finn de ses rêves, bien trop délicieux pour reflêter la réalité morose des intérieurs de Variel. Un rictus fendit le maigre visage du rouquin tandis qu'il se frotta énergiquement les yeux, se roulant sur le côté pour ne pas baigner son regard dans le rayon de lumière traversant sa petite chambre mansardée. Il étouffa un gémissement alors qu'il se redressait, perdant son regard dans le vague, dans la poussière dansante du rai solaire, avant de s'administrer une claque sans conviction aucune, puis une autre, jusqu'à se débarbouiller et bondir de son lit miteux en trainant des pieds. Le bruit du plancher grinçant n'atteignait même pas le tiers de décibels des ronflements de son hôte depuis la pièce voisine, et c'était tant mieux. Si le vieux grincheux devait se lever du pied gauche, Finn voulait en être le dernier responsable.

Et en plus de ronfler fort, il tonitruait, le vieux. Il faisait peur. Finn était même allé jusqu'à prier un Architecte - il ne se souvenait plus lequel, cela dit - pour que plus jamais tel épisode ne se reproduise, ceci pour souligner l'aspect traumatisant de la chose.

Telle une ombre, il descendait lentement les marches, accélérant son allure au fur et à mesure qu'il atteignait le rez-de-chaussé, ses craintes du vieux s'apaisant peu à peu. Il attrapa une bourse pendue à la cloison par un mince fil de cuir, enfouit son autre main dans une poche pour en tirer une clef rouillée et l'inséra dans la serrure de la porte principale de l'établissement, jetant un dernier regard hasardeux aux reliques et autres vieilleries entreposées çà et là dans la boutique qu'il condamna derrière lui de deux tours de clefs.

Le roux était de course chaque matin. Ne fût-ce pas la besogne la plus délicate, on comptait sur lui pour ramener les provisions pour la journée : une modeste miche de pain, un demi-litre de lait et un sachet de sel. C'était le peu dont le vieux et lui pouvaient se contenter. Vendre des breloques vieilles comme le monde, ça n'était pas le commerce le plus lucratif. Surtout en ce moment, avec la hausse de la violence et subsequemment du crime qui profitait bien plus aux malfrats qu'aux honnêtes gens. Même les parchemins sténographiés par le jeune Finn, fussent-ils vendus au rabais, ne partaient que trop peu.

Le jeune garçon raclait le pavé de ses semelles, le dos légèrement vouté et mains dans ses poches, les bras le long du corps. On aurait dit un zombie, un somnonbule qui avançait avec des oeillères.

- Fais attention, im-BÉ-cile !

Il manqua de tomber à la renverse, bousculé par un citadin trop pressé qui passait par là et qui lui échangea un regard furibond avant de reprendre sa course. Le blanc pâle resta interdit quelques secondes, avant de hausser légèrement les épaules et reprendre sa route. Mais comme un arbre en cache souvent un autre, en va-t-il de même avec les ennuis, il aperçut deux individus encore moins sympathiques alors qu'il eût bifurqué ; deux administrateurs qui transpiraient le mépris.

- Où tu vas comme ça, brindille ?! objecta l'un d'eux, la paume tendue à la verticale comme pour lui faire signe de s'arrêter.

Finn se retint d'arquer un sourcil en guise de dédain, bien au courant que ce geste nonchalant suffirait à lui attirer des ennuis non désirables en cette période de troubles et de tensions. Il savait pertinemment que son physique androgine ou sa chevelure rousse éclatante - ou les deux - lui attirait souvent noise à son insu. Mais il fallait montrer patte blanche au possible, sans faire de remous.

- Faire des courses pour avoir de quoi manger à la boutique. répondit le petit roux alors qu'il commençait à changer de trajectoire pour continuer sa route.

Mais une poigne ferme et gantée agrippa le col de sa tunique moisie tandis que son propre regard s'exhorbita. Il reçut une violente claque sur la tête et un coup de pied au derrière, alors qu'il tomba en avant sur les genoux, la tête presque dans la crotte.

Ca faisait mal. Mais pas assez pour pleurer.

- Tu te prends pour qui, la merdeuse ? Tu crois que tu peux aller et venir comme bon te semble avec tes petits airs dédaigneux comme ça ?
- Laisse tomber, Mauve... Tu vois bien que c'est pas un daënastre... Il est taillé comme un manche à sucette... Et puis j'le reconnais, c'est le petit roux qui travaille pour Lécasse, tu sais, l'antiquaire là.
- Ah ! Haha ! Tous les mêmes !

Le contrôleur fut pris d'un soubresaut et d'un rire éclatant mais bref, et tourna le dos à Finn, s'affairant à d'autres inspections, comme si rien ne s'était passé.

Si d'ordinaire Finn en voyait des vertes et des pas mûres, là, il en voyait de toutes les couleurs. Serait-ce...?


Dernière édition par Finn Kalagann le Mar 17 Avr - 12:38, édité 1 fois
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Mer 4 Avr - 20:39
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
La route avait été longue et incroyablement déserte. Pourtant, la jeune Tiha n’avait pas eu le temps de s’ennuyer. D’abord inquiète qu’on la rattrapa pour ensuite s’énerver que ce ne fut pas le cas. Puis ce fut les arbres rendus immenses à cause du soir tombant qui furent source d’angoisse. C’était stupide, irrationnel, inhabituel. Très déconcertant pour la fugueuse qui n’avait jamais vraiment été seule. Heureusement que Ogn était là, rassurant par sa seule présence. C’est à coup de « Cet endroit est parfait, hein ! Je vais nous faire un petit feu ! » et « On est bien tous les deux de toute façon ! » qu’elle ponctua son voyage et cassa l’apparente monotonie. Sa voix fluctuant entre le murmure et un ton plus normal.

« On y est ! On y est ! Ce doit être Variel ! »

Elle monta presque sur le dos de la pauvre bête tellement elle était heureuse d’être arrivée. Presque comme si ça relevait de la surprise alors que, même si elle n’était jamais venu ici, elle savait que cette ville se trouvait là. À petit trot, toujours sur le dos de son Salkhi Shuurga, elle se fraya un chemin entre les gens. Évidemment, elle attirait l’attention autant à cause de sa monture relativement rare que de ses cheveux, surtout quand les gens, adeptes de Khugatsaa, se rendaient compte que ce n’était pas une illusion.

Ses yeux n’arrêtaient pas de papillonner d’un endroit à un autre, Tiha ne sachant pas quoi faire, à qui parler, ou où se diriger. Il y avait tant de monde autour d’elle pourtant personne ne semblait vraiment la voir, lui lancer plus de deux regards passée la surprise, aucun des piétons ne lui adressait la parole. Elle n’était pas partie de chez elle pour ça ! Les événements devaient bien se passer ! Sur un coup de tête comme pour affirmer par des faits son idée, elle s’adressa à un inconnu à deux mètres d’elle.

« Hey, c’est une teinture pour toi aussi ? Je n’ai pas l’impression que ce soit de la magie ? »

Elle sauta pied à terre pour être en face du jeune de son âge, étonnement il n’avait pas l’air bien plus grand qu’elle. Mais ses réflexions n’allèrent pas bien plus loin, les mêmes types qui avaient embêtés Finn se tournèrent pour s’occuper de ce drôle d’oiseau.

« Toi là, tu as les titres pour vendre cet animal ! Tu l’a volé où ?! Allez crache le morceau ! »

Son collègue, s’il n’avait rien dit, avait approché la main de la bride de son familier. Ce dernier secoua la tête devant l’étranger impudent. Quant à sa maîtresse, elle était quelque peu perdue, décontenancée, face à cet accueil et ce non sens qui lui était aboyée dessus. Ainsi, elle ne répondit pas immédiatement.

« Hein ? Je ne comprends pas. Je ne vais pas le vendre, il reste avec moi. Elle fronça les sourcils, ils étaient bien ignorant pour des gardes. Sans aucune méchanceté ou sarcasme, elle releva l’incohérence. Une fois adulte ils ne peuvent pas s’attacher à une autre personne, vous l’ignorez ? Pour la même raison ça ne se vole pas à cet âge… »

Inutile de dire que cela ne plut pas à ses interlocuteurs, particulièrement à ce Mauve. Être pris ainsi en défaut par une gamine, devant un autre gamin en plus, ne faisait que l’agacer encore plus. Et que faire de mieux pour cacher son embarras que de s’en prendre à la fautive. C’était de leur faute à tous les deux, c’était quoi ces jeunes qui n’avaient aucun respect !

« Hmph, vraiment ! Et vous, on ne vous apprend pas la politesse ! Déguerpissez de la rue, vous gênez la circulation ! Oust ! »

Les deux protecteurs s’en allèrent pour continuer leur contrôle plus loin. Une preuve, s’il en fallait une, qu’ils n’avaient rien de concret contre eux à part une aversion mal placée. Il y avait largement la place de passer de part et d’autre du duo, d’ailleurs, des gens les avaient dépassés dans un sens et dans l’autre pendant l’interpellation par Mauve et son collègue un brin plus sage.
Voir le profil de l'utilisateur

Finn Kalagann
avatar
Jeu 5 Avr - 15:48
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
- Hey, c’est une teinture pour toi aussi ? Je n’ai pas l’impression que ce soit de la magie ?

- Simplement la lumière solaire qui, traversant la rosée matinale, s'évanouit en une huitaine de traits de couleurs harmonieux décrivant un arc de... Mais...

Non, ça n'était pas un arc-en-ciel qu'il voyait là. Le jeune et frêle garçon reprenait ses esprits, encore bouleversé par la persécution soudaine dont il avait fait les frais. Mais ce qui le perturba le plus n'était pas la tignasse multi-colore de cette jeune inconnue... C'était bien la monture qui la précédait. Un shuurga resplendissant. Se redressant maladroitement, épousettant ses habits par des tapes grossières pour en dégager la poussière et la souillure, le roux détaillait d'un regard admiratif la monture qui se dressait devant lui. Il était bouche bée et les mots lui manquaient. Il en avait momentanément oublié la question de Madame Arc-en-ciel - du moins, jusqu'à ce qu'il puisse lui donner un nom.

L'heure n'était cependant pas aux rêvasseries. Mauve n'en avait pas fini de faire un scandale pour tout et rien, et lui-même ne se rendait pas compte de son ignorance et de son absurdité. Il crachait presque au visage de l'inconnue, qui le remettait à sa place avec une aisance déconcertante. Finn en déglutit, se faisant discret, mais lorsque monsieur Mauve haussa le ton pour la sommer de ficher le camp, il oublia sa honte et sa peur un instant, prenant son courage à deux mains pour glisser délicatement une main vers le coude de la dresseuse de shuurga afin de l'inviter à s'écarter, ceci dans un maximum de diplomatie. Il détournait néanmoins le visage, fermant presque les yeux, de peur de se prendre une seconde mandale.

- Laisse tomber... commença Finn, avec les tensions et le colonialisme on en oublie non seulement les bonnes moeurs mais aussi des savoirs basiques sur la faune qui nous entoure. Les shuurga ont un tempérament tel qu'on a vu certains d'entre eux se donner la mort au lieu de retourner à l'état sauvage lorsque le maître passait l'arme à gauche. C'est peu courant, mais ça existe. S'il n'y a pas plus belle leçon de loyauté.

Il avait lâché le coude de la voyageuse et, s'il avait oublié un temps sa timidité - nécessité de se sortir d'une situation indésirable oblige - alors qu'il porta à nouveau son attention sur la demoiselle, Finn se raidit à nouveau, rentrant presque la tête dans les épaules, les mains dans les poches et le regard fuyant. Il sentait à nouveau la transpiration poindre sur le front et sous les aiselles. Il s'était comporté comme un idiot. Et qu'est-ce qu'elle était mignone...

- E-eh, j'm'excuse, enfin excuse-moi, j'ai trop parlé. Je peux pas m'empêcher d'étaler ma science, tu connais, c'est comme la confiture... Enfin...

Il se tut, réalisant qu'il embrassait complètement le ridicule. Il essuya son front en sueur d'un revers de manche sale.

- Tu... Euh, vous, vous n'avez pas l'air d'ici. Peut-être que vous êtes perdue ? Que vous cherchez votre chemin ? Euh...

Il rougit. Il lui était impossible de soutenir le regard de cette femme qui ne semblait guère plus vieille que lui. En revanche, la vue du shuurga semblait lui rappeler d'heureux souvenirs, et lui s'évertua à regarder la monture dans les yeux pour lui communiquer un sourire des plus amicaux.

C'était quand même une situation bizarre.
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Jeu 5 Avr - 20:28
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
La façon de répondre du roux lui sembla étrange, ou semblable à la façon alambiquée de parler de sa mère. C’était rigolo et triste à la fois. L’intervention impromptu des gardes eut ça de bien que ça la détourna de ses pensées indésirées. Si elle était partie de Tarluru, c’était pour penser à elle et non se préoccuper de ses parents qui ne se souciaient pas d’elle !

« Je trouve ça triste ! »

Naturellement, elle le suivit ne se formalisant pas de son contact. Les deux êtres rustres n’avaient visiblement plus rien à leur dire et elle non plus. Il était bien plus intéressant de poursuivre la conversation avec son interlocuteur choisi. Il n’y avait aucune raison de s’en priver !

« Pourquoi devraient-ils mourir aussi ?! C’est bien mieux quand ils peuvent retourner à la nature. J’espère bien que c’est ce que Ogn fera s’il m’arrivait quelque chose. »

Sa voix s’était élevée alors qu’elle mettait de la vigueur dans ses propos. C’était plus une marque de conviction que d’énervement. Elle caressa même l’encolure de son Shuurga tout en parlant. Le chemin s’ouvrait devant eux grâce au grand animal. Ce n’était pas pour leurs frêles silhouettes que les gens s’écartaient. Bien que Tiha avançait comme si c’était le cas, ne déviant pas sa course pour les autres.

- E-eh, j'm'excuse, enfin excuse-moi, j'ai trop parlé. Je peux pas m'empêcher d'étaler ma science, tu connais, c'est comme la confiture... Enfin…

Elle le regarda attendant qu’il finisse sa phrase. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi il s’excusait. Comment pouvait-on discuter sans parler de ce qu’on savait ? Quelle drôle d’idée ! Ou alors on faisait comme les deux ignorants et on s’avançait en terrain inconnu. Mais ça ne menait nul part, à part dans l’embarras pour eux.

- Tu... Euh, vous, vous n'avez pas l'air d'ici. Peut-être que vous êtes perdue ? Que vous cherchez votre chemin ? Euh…

Son compagnon de route l’impressionnait ou il ne voulait pas la voir ? Pourquoi il le regardait lui alors qu’il parlait avec elle. Peut-être était-ce sa voix trop forte qui l’avait gêné, elle essaya de modérer sa voix sans parvenir à le faire plus d’une phrase. Oubliant sa résolution, pourtant honnête, sitôt prise.

« Je n’ai pas vraiment de destination, je n’ai donc pas de chemin défini. Je me promène. Elle fit une pause. Peut-être pouvait-elle quand même se renseigner un peu sur la ville ou même sur lui. Mais je suppose que je devrais m’arrêter quelque part pour dormir ce soir. Tu connais bien la ville ? Tu peux me conseiller ? Et sur les endroits où manger aussi ? »

Nouvelle pause, il lui venait maintenant à l’esprit que lui n’était peut-être pas juste en train de flâner dans les rues. Ce serait dommage, elle l’aimait bien, il était amusant. Enfin, inutile de tourner autour du pot, de façon toujours aussi directe elle le regarda pour le questionner essayant d’attraper son regard avec le sien. Normalement, elle devait pouvoir le faire comme elle était entre lui et l’objet de son attention. Ce petit jeu ne l’empêcha nullement d’enchaîner les idées sans se préoccuper d’y mettre du lien.

« Tu fais quoi toi ? Tu vas quelque part ? Tu vis ici ? Tu aurais pas trop chaud ? »
Voir le profil de l'utilisateur

Finn Kalagann
avatar
Ven 6 Avr - 12:15
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
Il avait envie de continuer ce débat sur le comportement des Shuurga. Finn sentait poindre en lui une excitation qu'il contint néanmoins, quand bien même cette voyageuse lui inspirait de la sympathie. Il détroussa cependant son sourire pour ne pas paraître stupide, déviant de temps à autre son regard à cause d'une certaine gêne que de paraître ridicule. Cette inconnue représentait après tout ce que Finn aurait aimé être : un voyageur sachant tenir tête aux autochtones endormis, à dos de monture grâcieuse, galopant à travers son pays, fût-il oblitéré par les tumultes de la guerre. Il leva sa main comme pour se gifler afin de reprendre ses esprits mais se ravisa au dernier instant, se frotant énergiquement la joue gauche comme par compulsion.

- Pour... être honnête, euh, eh-j'étais comme toi un peu perdu, je suis arrivé par hasard ici. J'ai réussi à vivre malhonnêtement jusqu'à m'faire attraper et, sans rentrer dans les détails, je travaille chez l'antiquaire Lécasse. J'suis logé à titre grâcieux et en échange je fais le larbin, tu vois... Donc je connais un peu les environs mais j'badine pas trop loin de ma mansarde non plus, tu vois ? Ah, pardon, désolé, j'dis trop "tu vois", mmh..."

Il reprit son souffle. Il en doutait, cette fille semblait plus jeune qu'elle, et pourtant elle semblait avoir vécu plus de choses que lui, qui se sentait totalement nul à ses côtés. Il détourna le regard, essayant de prendre un peu son inspiration. Et il se rappelait qu'il n'y avait rien de pire que mourir. Alors, à défaut de manquer de respect à ce Shuurga qui pourrait facilement le piétiner jusqu'à la mort, ou se recevoir un coup bien placé dans l'entre-jambe de la part de son interlocutrice s'il se montrait insultant, que pouvait-il risquer à part être ridicule ? Et le ridicule ne tuait pas. Alors il s'essuyait à nouveau le front en sueur d'un autre revers de manche.

- J'allais faire un tour à la boulangerie au bout de la rue, en... en fait. Si tu cherches quelque chose à manger, tu n'as qu'à m'accompagner si tu veux. Tu... t'as de l'argent, dis ?

Il déglutit. Il avait bien envie de venir en aide à cette voyageuse si tant est qu'elle en avait besoin, mais le gamin avait des consignes strictes, et la solde qu'il détenait était pour ramener des vivres à la boutique.

- Et c'est pas qu'j'ai trop chaud... Disons que le fait de me prendre une calotte derrière la tête ne me met pas très à l'aise, tu sais. M'enfin, j'ai vu bien pire ici, et j'espère chaque jour que la situation ici ne vire pas au cauchemar. On a déjà vu des règlements de compte entre les nôtres et des daënars. Ça arrive pas souvent, mais quand c'est l'cas, ça saigne et y a toujours des dégâts collatéraux. J'aime pas trop ça...

Alors qu'il parlait, il avait remonté l'étroite ruelle au milieu de laquelle la gigantesque monture frayait un chemin à elle seule, imposant un respect naturel comme on n'en voyait pas ici. C'était, pour ainsi dire, assez pratique. Finn se décala sur le côté, établissant un contact visuel avec un boulanger à l'expression tout aussi morose que ses voisins, à qui il tenda quelques pièces après les avoir séparées sur sa paume pour faire l'appoint. Celui-ci lui remit un baluchon, que le jeune Finn câla sans délicatesse aucune sur l'épaule gauche.

- Y a une auberge en face de ma boutique, "le gros loire" qu'elle s'appelle. Et mon nom à moi, c'est Finn. avoua-t-il enfin à son hôte, baissant légèrement les yeux, toujours aussi impressionné.
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Sam 7 Avr - 14:40
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
La couleur de ses cheveux devait avoir été un signe, il avait été comme elle, un voyageur. Elle fronça légèrement les sourcils quand il décrivit ses actions comme malhonnête. Était-ce vraiment malhonnête d’essayer de vivre par tous les moyens ? Mais elle ne s’attarda pas sur ce fil de pensée qui la conduirait à se demander ce qu’elle même devrait faire pour gagner de l’argent, sa réserve prélevée chez ses parents avant de partir ne durerait pas éternellement. Pour l’instant elle n’avait pas à s’en inquiéter. Elle préféra rire devant ce jeune, sûrement au moins aussi âgé qu’elle qui ne cessait de s’excuser pour des frivolités. Ce n’était pas moqueur et elle secoua la tête en même temps comme pour signifier que ce n’était pas important.

- J'allais faire un tour à la boulangerie au bout de la rue, en... en fait. Si tu cherches quelque chose à manger, tu n'as qu'à m'accompagner si tu veux. Tu... t'as de l'argent, dis ?

Nouveau rire, décidément, elle devait ressembler à une voleuse ou quelque chose de ce goût. Elle avait encore moins de raison qu’avant de le prendre mal. C’était même plutôt gentil de s’occuper de son bien être.

« Oui oui ! C’est de la nourriture que je n’ai plus. »

Ah oui, maintenant qu’il le disait, il était effectivement à moitié parterre quand elle lui avait adressé la parole. Quant au reste, elle ne savait pas trop quoi en faire : rien de tout cela ne la concernait vraiment avant, ou ne l’inquiétait. Elle n’avait que sa formation en tête et rien d’autre à s’occuper. Et en même temps, maintenant, même avec l’accueil un peu abrupt des protecteurs, elle avait du mal à voir la précarité de la situation.

« Était-ce vraiment différent avant ? Je veux dire, si tu étais ailleurs peut-être que c’est ici le problème ? »

Comme ils étaient arrivés à la boulangerie, elle commanda sans y penser à deux fois deux brioches aux sucres comme ils en font à Tarluru. Après que son interlocuteur eut récupéré son baluchon, bien plus imposant que sa commande à elle, elle lui tendit naturellement l’une des deux brioches. Quant à échanger un regard avec lui, c’était un peu plus compliqué.

« Ça a un bon nom en tout cas ! Je suis sûre qu’on y dort bien. »

Voilà que les présentations jusque là évitées, s’imposaient. Ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas eu à expliquer qu’elle n’avait pas de prénom. Que c’était fait exprès et que ça avait à voir avec Süns. Si elle avait quitté sa maison, elle n’avait pas abandonné les coutumes du clan, pas pour l’instant. C’était trop ancré en elle. Pourtant elle ne voulait plus s’identifier au nom de son père, de cette famille qui s’était si mal occupée d’elle. Que dire ? Elle n’y avait pas pensé jusqu’à maintenant. Trop prise par l’action du moment, puis par les inquiétudes plus banales inhérentes à son premier camping sauvage. Le silence flotta un instant alors qu’ils avançaient toujours vers la boutique de Finn et sa future auberge. Sa nourriture où une bouchée avait été prélevée restait maintenant inerte dans sa main.

« J’ai pas vraiment de nom, je viens du clan des Po’Mbak je ne sais pas si tu connais. Enfin, probablement que si puisque tu connais bien Salkhi Shuurga ! Mais tu peux utiliser Tiha, c’est ma place dans le clan. »

Voilà c’était dit, sa voix avait été un peu plus enjouée que de raison. Pour ne pas s’attarder sur le sujet, elle décida de continuer à questionner le garçon de course. C’était bien plus amusant.

« Je peux venir voir ta boutique ? »
Voir le profil de l'utilisateur

Finn Kalagann
avatar
Mar 10 Avr - 3:54
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
- Tiha...

Ce nom résonnait dans son for intérieur, jusque dans des tripes. Il connaissait suffisamment les us et coutumes de son continent et de certaines régions, voire de certains clans notoires, pour faire le rapprochement entre cette jeune femme et le rang du clan Po’Mbak. Il trahit une surprise, son front se plissant une fraction de seconde avant de revenir dans un état normal. Ses yeux se baissèrent ensuite sur la brioche au sucre qu'elle lui tendait.

Il avait quelque chose avec les femmes, décidément. Après sa mère, c'était la deuxième à lui témoigner ce qui ressemblait à de la sympathie, voire de l'affection. Il plongea un regard reconnaissant dans celui de Tiha et accepta l'encas qui viendrait pallier sa faim matinale.

- M-Merci Tiha... Enfin, je veux dire... Qui que tu sois, parce que... Si t'as pas de prénom et que tu te fais appeler par ton rang, tu... tu dois avoir plusieurs Tiha qui existent à côté de toi, non ? Eh... Pardon, pardon, c'était stupide comme question.

Ses pomettes rosirent de plus belle. Il porta un instant un regard sur le Shuurga, puis sur le pavé, puis sur les échoppes afin de se réorienter. Et voilà qu'elle voulait visiter sa boutique. Il redoutait le pire.

- Tu sais, se reprit Finn, c'est pas un endroit très beau, et le tenancier est, comment dire, un peu ronchon. Parfois il semble me faire montre de sympathie, mais la majorité du temps, il n'a aucun scrupule à me traiter comme son larbin, sous prétexte que je lui dois le gîte et le couvert... Voilà, t'es prévenue. Je t'avoue que j'ai du mal à perdre la face devant les autres, surtout devant quelqu'un d'aussi gentille que toi, mais bon, tout à l'heure j'étais un peu bête, donc je ne suis plus à ça près...

Alors qu'il avait progressé parmi les ruelles de la cité, avalant sa brioche au sucre à grandes bouchées, certaines plus étroites que d'autres, il s'arrêta cette fois-ci devant une autre échoppe qui, en plus de dégager une odeur particulièrement enivrante, exposait des produits de consommation divers et variés. Finn poussa la porte, laissant s'agiter la petite clochette nichée sur le dessus pour prévenir de sa venue, tandis que la tenancière, qui reconnaissait le petit roux, le salua et lui afficha un grand sourire. C'était une femme ronde, un peu âgée, qui devait sans doute faire deux fois le poids du jeune homme. En fait, il y avait sûrement trois femmes qui l'appréciaient dans ce monde, et Madame Tomie - de son prénom Anna - en faisait partie. Anna Tomie. Il lui rendit un sourire timide, vérifiant du coin de l'oeil si Tiha l'avait suivit.

- Aaaah, bonjour mon garçon ! Ça va c'matiiiin ?
- Bonjour madame Tomie. Je viens pour les victuailles de monsieur Lécasse.
- Eh bieeen, toujours aussi raffiné dans ton langage, mon petit Finn ! Un demi-litre de lait, je t'apporte ça touuuut de suiiiite.

dit-elle en disparaissant par une porte en bois sombre, comme on en voit beaucoup à Variel. Finn se retourna pour afficher un sourire gêné à Liha, peu désireux de la faire attendre. Puis il tapota légèrement du pied, dans l'attente. La tenancière revint avec une petite bouteille blanche. Finn lui tendit son baluchon grand ouvert, tandis qu'elle le lui déposa, depuis l'autre côté d'un établi.

- Voiiiilà jeune homme ! lança-t-elle alors que Finn déposa ses provisions à terre pour palper ses poches et faire l'appoint qu'il tendit à Anna Tomie.
- A-Au revoir.
- Tu reviens vite me voir, mon petit bout de chou à la crême, dis ?
- Comme tous les trois matins.
- À la bonne heure !

Finn regagna l'extérieur sans demander son reste. Il avait encore plus rougi, et la poisse se dessinait vraiment sur ses vêtements. C'en devenait risible.

- T'es toujours sûre de vouloir me suivre, dis ? ... C'est que... Ce que je vais te demander c'est stupide, mais tu promets de ne pas te moquer de moi, dis ? Et puis ton ami, il va attendre où ? questionna-t-il en désignant le Shuurga.

Mais sans même attendre de réponse, il s'était déjà mis en route vers sa boutique, jetant de temps à autre des regards discrets vers Tiha. Et il se rappelait : c'est vrai qu'elle était jolie, avec toutes ces couleurs sur la tête...
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Mer 11 Avr - 19:25
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
Encore une fois les mots de son interlocuteur la firent rire. Elle aimait bien sa réaction à son absence de prénom et c’est vrai que Tiha tout seul ne désignait personne en particulier, mais elle était la seule du clan ici, ça ne posait pas de problème. Les autres n’utilisaient pas ce genre de mot pour s’adresser aux gens. Ce n’était pas un prénom, toutefois ça ne désignait qu’elle et ça lui allait bien pour l’instant, c’était le plus important. Elle rigolait aussi un peu de sa propre bêtise. Ça ne lui allait pas de s’inquiéter ainsi. Après avoir repris son souffle, elle répondit légèrement par ce qui lui passait par la tête ne mesurant la justesse de ses mots qu'après les avoir prononcés.

« Un peu. Tu ne dois pas être le seul Finn de my’tran non plus. Et je suis la seule Po’Mbak ici ! »

Encore une fois, alors qu’il répond à sa question, son regard se pose sur tout sauf sur elle. Ça devait être fatigant de balader ainsi sans arrêt ses yeux ! Au moins cette fois, il ne s’excusait pas d’un crime imaginaire. Bien que ça rassemblait presque à des demi-excuses face au comportement de son patron. Tiha en avait que faire, elle lui aurait bien dit de faire comme si elle n’était pas là, mais c’était bien la dernière chose qu’elle souhaitait que quiconque fasse à son égard.  S’appuyer sur les présents étaient une bonne chose, d’ailleurs elle ne se fit pas prier pour réagir à son avertissement.

« C’est ton patron qui perd la face s’il est méchant sans raison. »

C’était une affirmation qui ne souffrait pas le doute. Elle aurait bien questionné sur les raisons pour lesquelles il restait là si tout était aussi horrible mais ils s’arrêtèrent devant chez l’épicière. Une femme bien plus sympathique que son patron à n’en pas douter. Même si le fait que la tenancière ne lui fit qu’un signe de tête pour la saluer elle lui déplu. Son entrain était beau à voir et Tiha décida tout de même de lui souhaiter une bonne journée en partant ainsi qu'un signe de main.

« Bien sûr que je viens, dire qu’un endroit est moche n’est pas suffisant pour me faire fuir ! Dehors, tu voudrais pas qu’il entre avec nous ! T’inquiètes pas il sait être sage et moi aussi, je ne dirais rien qui te fasse honte. »

C’était le mieux qu’il aurait comme promesse de la part de la jeune femme. Comme ils avaient encore un peu de route, ou du moins qu’ils n’étaient pas arrivés, elle en profita pour le questionner un peu. Encore une fois, elle ne s’occupa de lier ses questions ou même de laisser une pause entre chaque pour répondre.

« Tu ne m’as pas dit ce que c’était ta boutique, à part que c’était laid. Tu travailles tout seul avec monsieur grognon ? Pourquoi tu restes s’il est si horrible que ça ? Et tu veux de l’aide peut-être avec tes affaires ? »

Elle allait les bras ballant, les peu de choses qu’elle avait emporté avec elle se trouvait dans la sacoche de sa selle. Sur elle, elle n’avait que sa bourse accrochée à sa ceinture. La brioche étant terminée depuis plusieurs pas et les doigts léchés, elle avait les deux mains bien libre et relativement propre.
Voir le profil de l'utilisateur

Finn Kalagann
avatar
Jeu 12 Avr - 13:11
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
Décidément, pour une raison que Finn ignorait encore, Tiha semblait lui accorder plus de sympathie que d'ordinaire. Etait-ce sa rousseur éclatante qui le rendait si attrayant ? Il percuta. La question de son hôte, il l'avait laissée en suspend ; non pas volontairement, mais bien parce qu'il était tête en l'air et qu'elle le sortait de sa zone de confort. Mais elle l'assaillait de questions, et il ne savait plus où donner de la tête. Il s'essuya encore le front d'un revers de manche, alors qu'il tendait son baluchon à Tiha qui le délestait gentiment d'un poids qu'il aurait porté volontiers pour se faire les bras. Mais il ne pouvait rien lui refuser.

- C'est que, je n'ai nulle part où aller. Et c'était soi ça, soit je croupissais quelque part dans une cellule humide, derrière les barreaux, avec des gens peut-être moins bien intentionnés que moi... Je n'ai que seize ans, ce n'est pas quelque chose que je puis me permettre. Une petite voix dans ma tête me dit que je dois accomplir des choses, mais...

Il s'emballait alors qu'il perdait, l'espace d'un instant, son défaut de bégaiement alors qu'il cherchait enfin à soutenir le regard de Tiha. Ses mains libres, il les enfouit dans ses poches, toujours et encore voûté, comme un roseau - ou plutôt comme une brindille tordue qui s'envolerait au premier coup de vent.

- Au fait, je crois que tu me demandais plus tôt si ma tignasse, c'était de la teinture ou de la magie... Eh bien, je suis désolé de te décevoir, mais c'est des vrais de vrais. Et puis je ne sais pas faire de magie. D'ailleurs, cette couleur m'a attiré plus de problèmes qu'elle ne m'a donné un charme que je n'ai pas. Tu sais qu'on m'appelait la rousse exprès pour me dévaloriser ?

Il déglutit. Il venait de se dévaloriser lui-même bêtement devant Tiha. Il rougit encore et détourna le regard. Il voulait presque se gifler, une, deux, trois fois pour avoir commis une telle idiotie. Il continua de marcher jusqu'à la boutique, en évitant de dire davantage de choses qui pourraient le rendre plus stupide qu'il ne l'était. Si tant est qu'il pouvait tomber plus bas que terre. La respiration saccadée, il poussa la porte d'un établissement austère. La cloche retentit. A l'intérieur, parmi les moult étagères et ameublements sur lesquels tronaient des objets vieux comme le monde, on pouvait apercevoir un visage entre deux anicroches.

- FINN ! MAIS QU'EST-CE QUE TU FOUS ?!

Le jeune homme se stoppa net, comme frappé de stupeur, si bien que son visage stoïque, déjà frappé de honte, n'afficha nulle émotion face au vieux trappu tonitruant sur son larbin. Il finit par se décaler, comme pour laisser apercevoir la silhouette aux mèches arc-en-ciel de Tiha. L'antiquaire contint un râle furieux à l'idée que Finn lui avait fait perdre la face devant une cliente potentielle, puis se ravisa au dernier instant. Il fallait que le charme de la jeune femme du clan de Po’Mbak attirait la sympathie. Pourvut qu'elle durât.

- Aaah... Errhh... Bonjour mademoiselle, et bienvenue chez Sam' Lécasse. Je peux faire quelque chose pour vous ?

Finn adressait un rapide coup d'oeil à Tiha, puis au gueulard, tandis qu'il disparut discrètement en arrière boutique. Le gros, lui, se mouvait dans l'établissement, le pas lourd, faisant grincer le plancher de sa bâtisse.

Sam Lécasse était un homme tout à fait honnête. Il devait avoir entre la quarantaine et la cinquantaine. Son crâne était dégarni. Il avait une tonsure naturelle qui le rendait repoussant. Son visage, lui, n'inspirait vraiment rien de sympathique. Il avait l'oeil noir, le gros nez rouge et la barbe grisonnante. Sa tunique était trop courte et descendait jusqu'en-dessous du nombril. Un homme en surpoids dont l'arrière le démangeait. Oui, il avait très envie de se gratter on ne sait où, mais il faisait partie de la gente masculine qui s'évertuait à avoir de la tenue devant les femmes. Même s'il était repoussant.

Sam, nous le disons encore, est un homme tout à fait honnête. La guerre et le colonialisme n'ont pas épargné de My'trän qui a tout perdu, au même titre que beaucoup d'entre eux. Et il est parmi ceux à porter quelque triste espoir en deuil d'un défunt courage, que Finn, contrairement à son patron, s'évertue à chérir de par son jeune âge. Il revenait d'ailleurs de l'arrière boutique, un torchon sale à la main, tandis qu'il chassait la saleté au possible, évitant à nouveau le regard de Tiha.

- J'suis désolé ma p'tite dame, c'est qu'on fait de notre mieux pour satisfaire la clientèle, et Finn que vous voyez là, il se trouve que j'ai besoin de lui, qu'il fait du bon travail, mais j'peux pas me permettre qu'il tienne pas certains délais. Pas vrai, Finn ? conclut-il en jetant un regard sévère sur le petit roux pâle.
- Oui, monsieur. répondit-il poliment, trahissant une certaine crainte.
- Ah ! Ca j'aime. De l'approbation. Enfin, je peux faire quelque chose pour vous, mademoiselle ? s'enquit Lécasse à l'attention de Tiha.


A l'heure où, aujourd'hui, les âmes s'individualisent,
qui est seul dans son cœur est un individu à risque.
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Ven 13 Avr - 11:38
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
Hmm hmm. Sa réponse semblait faire sens. Tiha nétait jamais allée en prison mais c’est sûrement pas le meilleur des endroits. Elle n’avait même jamais eu à faire des travaux pour la ville. Elle avait été sage, dans un cadre jusqu’à présent. Oui, c’était tout à fait ça, elle n’était pas sortie de sa case. Elle avait bien fait des petits tours avec ses amis mais rien de bien méchant. Rien de notable. Elle hocha la tête, elle aussi devait être plus que… que ce qu’elle avait été. Elle sourit à Finn lorsque elle put enfin croiser son regard. Ils pensaient un peu pareil ! Visuellement par contre ils étaient bien différents, la jeune fille même avec les paquets dans les bras, tenus contre son corps plutôt qu’à bout de bras, se tenait plus droite que lui. On aurait presque dit qu’elle était plus grande.

« Des jaloux ou des gens tristes, ou les deux ! Et ça ne me déçoit pas ! Au contraire, c’est chouette d’avoir de la couleur sans rien faire ! Mais ça doit se voir que j’aime ça. »

Elle secoua la tête et fit bouger ses cheveux multicolores laissés libres. Elle aurait été bien mal placée pour critiquer le roux de Finn. Ou le fait que le rouge de ses cheveux avait tendance à descendre jusqu’à ses joues. C’était rigolo. Bien que le fait qu’il ne parla plus l’était moins.

« Moi non plus je ne suis pas très douée pour faire des illusions mais ça ne m’empêche pas de créer de la couleur ! »

Naturellement, elle suivit le garçon à l’intérieur de la boutique, c’était vrai qu’elle n’avait pas un belle aspect extérieur ou intérieure… Elle avait juste jeter un coup d’oeil à Ogn. Elle lui aurait bien fait un petit signe de main mais ce n’était pas possible. Lui se préoccupait déjà de trouver des cailloux à mâchouiller.

- FINN ! MAIS QU'EST-CE QUE TU FOUS ?!

Il avait aussi pas exagéré sur les cris de son patron ! Elle faillit le percuter alors qu’il se figeait sous le coup. Elle ne put apercevoir le gueulard que lorsque Finn s’écarta. Trapu et pas bien gracieux. Pourtant elle eut un sourire sincère en l’apercevant et en constatant son changement de radical de comportement. Il était passé en un claquement de doigt du hurlement à la parole douce. Ça ne changeait en rien son allure déplorable. Ça marquait juste encore plus le contraste et le comique de tout cela. Alors que Sam disparaissait, Tiha lança un clin d’œil à son guide sans vraiment de raison si ce n’était de le partager avec lui.

« Peut-être si vous avez un mortier et aussi des flacons. J’ai déjà des pigments mais j’aimerais bien en faire d’autres. »

Cette idée n’était pas bien vieille. Elle y avait pensé lorsque le propriétaire lui avait demandé la première fois s’il pouvez faire quelque chose pour elle. Elle n’avait besoin de rien d’encombrant, elle n’avait pas spécialement prévu de se fixer ou de faire quoique ce soit. Sauf des tests sur ses couleurs. Peut-être même en vendre si elle en faisait assez. Après tout c’était réputé les excréments de Salkhi Shuurga.

« Sinon j’aimerais bien faire un tour dans votre boutique ! Et vous rendre ça, je pense que c’est pour vous. »

Elle avait fini par lui tendre les paquets qu’elle tenait dans ses bras. Ça ne la dérangeait pas de les porter mais il serait plus aisé de circuler sans. Même si le gros monsieur parvenait à se faufiler dans son magasin, elle n’était pas aussi familière du lieu et pas confiante de ne rien casser ainsi.

« Et vous emprunter Finn aussi si c’est possible. »

Ces mots étaient sortis naturellement à la suite du reste, en regardant le propriétaire aux yeux aussi fuyants que son employé. Ils se ressemblaient un peu les deux.
Voir le profil de l'utilisateur

Finn Kalagann
avatar
Ven 13 Avr - 12:55
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
- Par Khugatsaa !

L'idée que cette aimable jeune fille aux cinquante nuances colorées se soit enquise des devoirs de Finn le mettait mal à l'aise, et il s'empressa de décharger la jeune femme du poids des victuailles. Il fit signe à sa cliente d'attendre, le temps de disparaître en arrière boutique comme pour ranger les courses. Finn relevait un instant la tête, son visage trahissant un étonnement stupide alors qu'il plantait son regard interdit dans celui de Tiha, l'air de demander : "mais qu'est-ce que tu lui as fait pour qu'il soit aussi agréable ?".

Il baissa à nouveau la tête l'air de rien comme pour montrer qu'il s'adonnait ardemment à la tâche de redonner un coup de neuf à la boutique, frottant énergiquement le bois poli sous un vase en bronze qu'il avait soulevé d'une main frêle. Sam revenait donc faire face à Tiha, souriant et dévoilant au passage une rangée jaunâtre de dents sales, certaines pourries. Un sourire qui provoquait la gêne, en somme.

- Un mortier des des flacons donc, par ici !

Le gros tourna les talons, sa tête pivotant vivement à droite, puis à gauche, se rappelant qu'il avait fait trôner sur un plan en hauteur quelques artéfacts de concoction de mixture. Il attrapa certains articles qu'il posait sur une paillasse à côté de lui alors que Tiha pouvait apercevoir des mortiers en bois sombre comme certains articles plus récents, en fer, auxquels on avait adjoint une couche de peinture grossière et emiettée à certains endroits où l'alliage était rongé par la rouille. Les flacons, eux, étaient tous en verre et seule leur taille variait.

- J'ai un peu de tout, comme vous pouvez le voir. Si vous voulez juste faire des pigments, les mortiers metalliquent suffisent. Ils sont un peu bruyants et faut juste que je réajuste une petite couche de peinture pour cacher la rouille. Ou si vous avez les moyens, j'ai celui-ci fait en cyprès qui pourrait vous convenir. On s'en sert davantage pour faire de la médecine, cela dit.

Il s'attendait à ce qu'elle discute affaires. Mais pas à ce point. Sa dernière question l'avait laissé interdit, alors que Finn et lui s'échangeaient un regard presque complice au vu du burlesque de la situation.

- M'emprunter Finn ? C'est que j'ai besoin de lui, moi... Enfin, le temps qu'il fasse le boulot que je lui demande... Mais, eh, c'est que j'aimerais bien savoir pourquoi vous voulez me l'emprunter. Vous n'allez tout de même pas lui faire passer la serpillère ailleurs, quand même ? C'est un peu de la concurrence déloyale, ma chère demoiselle !

Sur ces paroles, le gros fit face à Tiha, bras croisés, tandis que Finn se fit de plus en plus petit, passant une main derrière la tête pour se gratter l'arrière du crâne. Il affichait un sourire en coin, l'air gêné, à l'attention de sa camarade, si tant est qu'elle le voyait.
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Sam 14 Avr - 10:52
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
C’était rigolo de voir le petit air surpris de Finn alors que le patron disparaissait encore dans l’arrière boutique avec ses paquets. Tiha se contenta de hausser les épaules. Il n’y avait aucune raison que les choses ne se passèrent pas bien. Et voilà qu’il était déjà de retour avec le sourire aux lèvres découvrant des dents qui auraient bien eu besoin de rencontrer la magie de Mohchlog, ou d’un peu plus d’entretien. Un sourire pas très ragoutant en somme mais qui allait bien avec le reste de la personne.

- Un mortier et des flacons donc, par ici !

Elle le suivit en hochant simplement la tête. Observant les objets qu’il descendait de l’étagère dont les objets étaient hors de vu pour elle. Évidemment, elle ne put se contenter de regarder avec les yeux. D’abord, elle s’empara d’un en métal passant la main sur les écailles de peinture qui laissait la place à la rouille. Puis elle prit celui en cyprès bien plus doux au toucher et lisse. Plus agréable visuellement aussi, il avait tout pour lui. Pourtant aux mots du propriétaire, elle se décida tout de suite pour un avec coup de vieux dans le nez. Elle aimait bien l’idée qu’il le repeigne pour elle, et quelque part cet objet était plus emblématique de Sam et de sa boutique. Quitte à avoir du matériel autant qu’il soit rattaché à des souvenirs et des gens.

« Vous le faites à combien celui-ci ? »

Elle avait montré du doigt un bien mangé par le temps. Ce n’était pas vraiment une tentative de négociation, elle n’y connaissait rien et avait un intérêt limité dans le fait de discuter les prix. Une fois la réponse obtenue elle enchaîna naturellement sur les autres détails qui l’intéressaient.

« Vous pouvez le repeindre aujourd’hui ? Je peux m’en charger sinon, par contre j’ai pas de pinceau… Puis je prendrais ce flacon, celui-là, celui-ci et celui-là et ce dernier. Vous avez de quoi les emballer aussi, je voudrais pas les abîmer lors des transports ? Vous me faites un prix sur l’ensemble ? »

Tous les flacons désignés avaient des tailles différentes. Cinq pour commencer ce serait pas mal. Elle avait aussi ses petits pots en beau qu’elle avait emporté et qui contenait sa teinture pour les cheveux. Avec ça elle aurait de quoi faire, il restait le problème de comment les vendre. Elle ne voulait pas perdre ses flacons à chaque fois, peut-être qu’elle pourrait les emballer dans des poches en cuir ou avec une feuille épaisse. Enfin, ça c’était des réflexions pour plus tard, elle n’y était pas. Elle demanda plutôt si elle pouvait emprunter Finn.

La réponse à sa question du bonhomme la fit rire. Il avait de drôle d’idée. Elle n’avait pas de chez elle, encore moins une boutique et il ne lui serait donc pas venu à l’idée d’employer quelqu’un pour passer un coup de balai. Au vu de l’encombrement du magasin, le pauvre devait déjà bien assez galéré ici de tout façon. Elle sourit autant à Finn qu’à son patron en répondant.

« Non non, pas du tout ! C’est que je suis nouvelle en ville et Finn m’a bien aidée pour trouver à manger, votre boutique et où dormir. J’aimerais bien faire le tour de la ville encore un peu avec lui ! Je peux l’aider dans son boulot si ça gêne pas comme ça on pourra profiter du soleil ! »

Puis c’était amusant de discuter avec lui, même si elle le dit pas là. C’était une bonne première rencontre dans cette ville inconnue.
Voir le profil de l'utilisateur

Finn Kalagann
avatar
Dim 15 Avr - 17:20
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
La situation était inespérée pour monsieur Lécasse. Trois choses qui sortaient de l'ordinaire : la première est qu'il avait une cliente, chose qui se raréfiait tant sa boutique était peu attrayante et aussi parce que l'austère Variel n'était pas la plus attrayante. Au passage, c'était à se demander sérieusement si Sam n'était pas un peu stupide pour ne pas déménager dans un endroit plus touristique pour même pour se vouloir plus attrayant. Peut-être y avait-il une part de triste coup du sort et une autre part d'inconscience de sa part. La deuxième chose extraordinaire, c'était qu'il avait eu une cliente aux heures d'ouverture. Il pouvait aisément se rappeler chaque début de journée passée dans le calme et l'ennui ; même s'il occupait, naturellement, son temps libre à entretenir les articles et la boutique. La troisième ? Une chose plus inespérée encore : c'était ce larbin de Finn qui lui avait ramené une cliente. Et une cliente qui doublerait les recettes habituelles en une transaction. Naturellement, elle demandait un prix sur l'ensemble et c'était tout à fait honnête de sa part. Sam piocha un plume d'oie sur un présentoir alors qu'il tirait un papier vieilli enfoui sous d'autres affaires poussiérieuses de l'établi ; trempant la pointe de son nécessaire d'écriture dans une encre visqueuse et noirâtre, il détaillait les prix unitaires, décrivant une addition en évidence pour Liha, et lui afficha une remise de cinq pour cent sur le prix total.

"A ce prix là, jeune femme, je vous offre l'ensemble et vous pourrez repeindre le mortier rouillé. J'ai le nécessaire à l'arrière de la boutique pour le faire. Finn pourra s'en charger, à moins qu'il n'ait autre chose de plus important à faire, comme continuer son travaille de copiste, mh ?

Le gros vieux jeta un regard perçant à Finn qui se faisait petit, alors qu'on entendait la brosse du balais frotter sèchement le plancher sombre de la boutique.

"Je m'occuperai d'aider Tiha, monsieur."
"J'y compte bien ! N'oublie jamais que le client est roi - reine en l'occurrence. Enfin, mademoiselle Tiha, donc... Affaire conclue ? Plus vite Finn vous aura servie, plus vite vous pourrez l'emprunter pour vos petites besognes personnelles. Tout ceci dans ma grande mansuétude, bien entendu...

Le vieux releva le menton, plantant à son tour un regard perçant dans ceux de Tiha, la dévisageant et attendant patiamment son approbation ou son refus.
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Dim 15 Avr - 18:42
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
Le prix indiqué ne lui parlait pas. Pour cause, elle n’avait jusqu’à présent acheté que gâteaux et autres patisseries toute seule. Mais elle savait qu’elle avait assez et faisait confiance à cet homme à l’aspect quelque peu repoussant. Aucun mensonge ne semblait venir obstruer ses manières. Le duo avait une bonne dynamique. Finalement monsieur grognon n’était pas si méchant que ça. Imposant, peu ragoutant, et un peu vieux mais sinon sympathique.

« Tout à fait ! Merci monsieur, c’est un plaisir de faire affaire ! Je vous laisse les flacons pendant que je serais à la peinture. »

Alors qu’elle se délestait d’un quinzième de sa fortune l’adolescente souriait. C’était un bon premier pas dans son indépendance ! Peut-être que son idée fugace ne mènerait à rien, toutefois elle était heureuse de cette petite démarche. De la découverte de cette boutique atypique, de sa rencontre avec Finn, et même Sam !

« Ah au fait, j’ai mon Salkhi Shuurga devant, il devrait pas vous gêner. Je vous dis juste au cas où vous vous poseriez la question. »

L’animal pourrait même ramener des curieux à l’intérieur de cette boutique anodine. Un élément bien plus attracteur que la façade, le propriétaire ou l’intérieur. Une possibilité qui ne passa pas dans l’esprit de la jeune fille. Ce n’était pas comme ça qu’elle fonctionnait et elle n’avait jamais eu une boutique à s’occuper.

« Tu me montres le lieu ? »

À peine se mirent-ils en mouvement qu’elle recommençait à poser des questions au roux. Même si en peignant elle pourrait aussi discuter, il n’y avait pas spécialement de raison d’attendre. La présence de Sam ne la gênait pas au contraire de Finn. Elle était toujours aussi enthousiaste et avait le ton aussi enjoué qu’avant ou pendant la négociation.

« Tu fais copiste aussi ? Tu copies quoi ? Tu fais les images aussi ? Tu dois connaître plein d’histoire alors ?! »

Elle posa son mortier sur la paillasse en attendant que Finn lui donna le matériel à utiliser, les pinceaux, la peinture etc.… Pendant ce temps, ses yeux se baladaient sur un peu tout ce qui traînait. C’était pas souvent qu’elle pouvait se rendre ainsi dans l’arrière boutique, c’était chouette !

« Il y a plusieurs couleurs pour le mortier ? J’aimerais bien en mettre deux au moins si c’est possible. Tu penses que tu pourrais écrire quelque chose autour. Tu dois avoir une belle écriture si tu es copiste ? »

Elle ne savait pas encore quoi. Pas son nom puisqu’elle n’en avait pas. Aucune citation ou adage ne lui venait à l’esprit. Mais pour ça aussi, elle pourrait se remettre à son interlocuteur. Peut-être qu’il ne voudrait rien écrire de toute façon et que son idée tomberait à l’eau. Elle même pourrait essayer de faire un dessin même si encore une fois, elle n’avait pas d’idée pour l’instant. Elle ferait ce qui lui passerait par la tête.
Voir le profil de l'utilisateur

Finn Kalagann
avatar
Dim 15 Avr - 21:06
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
Le roux dissimulait sa joie autant que possible. Il n'était d'ordinaire que peu expressif de toute manière. Il avait préféré le stoïcisme pour ne montrer quelque exhaltation sentimentale qui le trahirait. Mais cette jeune femme le faisait frémir, vibrer. Il y avait quelque chose qui commençait à brûler en lui ; une sensation nouvelle qu'il n'arrivait pas à identifier, à nommer. Il se força à garder ses zygomatiques tendus pour ne pas afficher le sourire de cet enfant béat qu'un rien rend heureux. Après tout, ne dit-on pas que le bonheur est dans les choses simples ?

- Marché conclu ! Je vous emballe ça. Et Finn, fais pas l'imbécile, hein !
- Ouii monsieuuur...

Sam n'avait pu s'empêcher d'avertir le jeunôt. Il était naturellement inquiet pour une fois qu'il avait une cliente agréable dans ce lieu dépourvu de charme et de fantaisie. Les clients qu'il recevait d'ordinaire avaient peur, de toute manière.

Le foux fit signe à Tiha de la suivre en arrière boutique. Là, il s'agissait une pièce un peu plus étroite, plus sombre aussi, que seuls quelques rais de lumière éclairaient. On y voyait la poussière virevolter au milieu d'étagères, d'établis bordéliques. Décidément, Finn et Sam n'avaient pas vraiment le sens de la propreté. Sam devait être comme Finn : sûrement un ancien nomade qui n'était jamais resté bien longtemps au même endroit de son vécu. Le genre de personne qui n'accorde que peu d'importance à un logis qu'il pourrait somme toute abandonner demain. Même si demain, c'est loin.

- Je suis désolé pour l'accueil... Fais attention ou tu mets les pieds. poursuivit Finn en enjambant un tabouret brisé sur le sol qu'on n'avait pas dégagé par vraie fainéantise. Il en saisit un autre, un peu branlant, qu'il tira vers lui afin de grimper dessus et ouvrir doucement un placard en bois de chêne qui laissait presque dégringoler une foule d'objets metalliques fourrés en vrac à l'intérieur. C'est qu'on manquait cruellement de place, ici. Il se débrouilla tant bien que mal pour récupérer des pots de peinture poussiérieux, dont la teinte était aussi terne que les lieux.

- Je recopie beaucoup de romans, en effet... Ca me permet de rêver, de voyager - mentalement, j'entends. Et puis ça profite à la populace qui a besoin de rêve, elle aussi... Pour capturer la beauté dans ce monde de laideur... Un toujours dans le jamais. Enfin, c'est ce que je me porte à croire. Tu as déjà lu des romans ? Mon préféré, c'est "Sous un cerisier" de Nadège Gros. L'histoire décrit un jeune officier dans un monde imaginaire qui vient de l'Occident et qui doit partir en mission pour l'Orient afin d'aider une puissance étrangère à se militariser. Sur place, il découvre une culture chevaleresque radicalement différente de la sienne, à laquelle il s'éprend. Et lorsqu'il est rappelé à l'ordre pour rentrer au pays, il désobéit et décide de rester en soutien dans le pays pour lequel il doit moderniser son armée et se bat jusqu'à la fin. Un dilemme douloureux entre l'allégeance à sa patrie d'origine et le devoir de servir une nation en péril qui a accueilli de l'aide extérieure à bras ouverts.

Il avait beaucoup parlé alors qu'il avait machinalement exposé certains pots de mixture. Tiha finissait par le mettre à l'aise au point qu'il s'était étalé sur une de ses passions ; la lecture. Et ça n'était pas tout. Il choisit arbitrairement deux pots qu'il mit en évidence par rapport à ceux restés en retrait. Deux couleurs chaudes, proches du bois naturel cependant, viendraient bientôt teinter le mortier et son réceptable pour lui redonner un certain éclat.

- C'est un peu ma manière de fuir ce monde auquel je ne conviens pas. Parfois je me sens étranger à ma propre espèce... Je ne fais pas de magie et... il baisse un peu la voix, j'y accorde pas trop d'importance, moi, aux architectes. Ils m'ont pas donné une enfance facile et la Nature ne m'a pas gâté. Je suis un vrai poids plume qui se fait renverser à la moindre pichenette. J'ai un grand mal à me faire respecter. Regarde, tu avais tout loisir à te moquer de moi et de mon aspect fragile, mais tu m'as témoigné un respect et une sympathie que je ne pensais mériter pour rien au monde.

Il parlait, parlait, alors qu'il enduisait de peinture le mortier et son socle de deux couleurs à moitié égales.

- Je ferai étalage de ma modeste calligraphie sur ton ornement quand la peinture aura seché... Et, dis... Tu penses que tu vas réussir à voyager seule ? C'est que, je te concède que j'ai déjà essayé, et, comment dire... J'ai honte, mais j'ai rapidement ressenti le besoin de trouver un refuge dans la civilisation, même si ça ne me convient pas ; ici même. Tu crois qu'un jour je serai suffisamment fort pour me débrouiller seul et parcourir le monde à dos de de shuurga ?
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Dim 15 Avr - 23:42
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
Le sujet qu’elle avait abordé devait être le bon, non seulement il ne s’excusait pas mais en plus il ne s’arrêtait plus. À si bonne allure même qu’il ne lui laissa pas l’opportunité de répondre autre que par un hochement de tête. Elle ne lisait pas des romans d’aventures comme lui, du moins le peu qu’elle avait commencé, elle n’avait pas fini. La poésie et les contes oraux la captivaient plus.

Tout en soliloquant, il lui avait même mis la peinture sur l’établis. C’était parfait ! Sans chercher à discuter sur son choix, les couleurs chaudes lui correspondait assez bien, elle le regarda tartiner le mortier tout en continuant de parler. L’objet reprenait consistance sous ses doigts alors qu’il se dénigrait lui même et son existence. Puis ce fut à son tour de poser plusieurs questions d’affiler. Appuyée sur l’établit, les bras tendus et sur la pointe des pieds, elle chercha le regard de son interlocuteur tout en lui faisant une proposition des plus sérieuses. Bien que son ton ne soit pas spécialement solennelle et que l’idée encore une fois n’était pas bien vieille.

« Un voyage n’est pas obligé de se faire seul ! Si tu voulais tu pourrais venir avec moi, le temps d’un voyage ou de plusieurs. »

Elle se laissa retomber sur ses pieds, ses ayant lâché l’établi. C’était une drôle de discussion dans un drôle d’endroit. Savoir ce qu’elle ferait, ou même si son vagabondage tiendrait, ne faisait pas partie de ses réflexions. Pour l’instant elle essayait. Tout était nouveau pour elle et si elle se laissait aller à de telles pensées, elle s’y noierait à coup sûre. Il y avait bien trop d’incertitude, il était plus simple de suivre le hasard pour l’instant, de se fier à ses rencontres et de croire, ou de faire en sorte, qu’elles soient positives ou du moins importantes.

« Je ne peux pas vraiment dire s’il sera bien ou si je n’abandonnerais pas avant de l’avoir fait non ? »

Elle secoua la tête tout en le regardant. Ce devait être la même chose pour tout le monde. La peinture du mortier et l’objet avait quitté provisoirement ses préoccupations. Leur échange était bien plus intéressant, prenant, intrigant. À la même échelle que l’individu avec qui elle parlait.

« C’est pareil pour toi ! Et puis tous les voyages ne sont pas forcément les mêmes, ce seraient ennuyeux. Comme si tous les gens réagissaient de la même façon. Par contre, elle fit une petite pause essayant de prendre un air sérieux sans vraiment y parvenir, je suis désolée de te dire que pour le shuurga c’est fortement improbable ! »

Voilà, elle ne pouvait retenir son sourire plus longtemps. Lui qui connaissait ces bêtes devait savoir qu’il n’était pas évident d’en obtenir une. Tout le monde ne pouvait se le permettre, même dans leur clan tous n’y avaient pas accès. Même si ce n’était pas exactement les mêmes critères ou barrières qu’il fallait franchir. Elle redevint sérieuse, vraiment, lorsqu’elle répondit sur l’autre sujet.

« Pourtant tu as les cheveux roux éclatant de vie ! C’est beau ! Je suis sûre qu’à Zolios tu ferais tourner les têtes. Quant aux Architectes, tout le monde n’est pas maître dans son domaine et n’a pas forcément volonté de l’être. »

Sa voix était bien moins joyeuse sur sa dernière phrase. C’était un des éléments au centre de son conflit, de ce qui lui avait posé problème dans son ancienne vie. Et cette dernière était loin d’être assez éloignée pour qu’elle en parla avec recul, ou qu’elle l’aborda en détail, en dise d’avantage. Son regard s’était détourné du visage de son interlocuteur pour regarder ses mains ou toutes autres choses. Finn avait été bien plus courageux qu’elle pour parler de soi au final !

« Le fait de les respecter est le plus important, après chacun suit sa voie, tu ne crois pas ? »

C’était une vraie question et elle se souciait de sa réponse. Ses yeux s’étaient relevés pour voir sa réaction. Elle faisait preuve de bien moins d'assurance qu'avant.
Voir le profil de l'utilisateur

Finn Kalagann
avatar
Lun 16 Avr - 11:56
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
- J'y arriverai !

Cette phrase avait presque tonné. Finn était quelqu'un qui n'avait entrepris que peu de choses vraisemblables dans sa vie, pour ainsi dire, aucune. Les lectures qui ont bercé ses jours récents et la confiance qui germait délicatement en lui ne serait pas comme neige qui fond au soleil. D'une main, il tira un tissu tâché de peinture sèche sur lequel il déposa l'objet artisanal devant lui, il tira légèrement sur une poignée en retrait, piocha une feuille de papier pliée en quatre qu'il ouvrit et aplatit autant que possible devant lui. De multiples inscriptions y avait déjà été couchées, certaines incompréhensibles, d'autres un peu plus lisible, d'une calligraphie qu'on en voit peu ; avec les défauts du débutant, certes, mais comme on en voyait très peu. Il fouilla dans le même tiroir une plume bas de gamme et se hissa de nouveau sur le tabouret pour y trouver, parmi les peintures, un autre pot dont la contenance était plus limpide ; plus noirâtre aussi. En débouchant le couvercle de verre, il plongea la pointe de l'appendice dans le liquide sombre et commença à majestueusement sillonner sur la surface rugueuse du papier jaunit, traçant ce qui, au fil des secondes, ressemblait véritablement à un nom ; ceux de "Tiha", avec cette orthographe instinctive qu'il espérait être la bonne.

- Je pourrai peindre la même chose au pinceau sur ton mortier. Comme ça, il sera à toi, et ce sera un don de moi pour que tu ne m'oublies jamais en préparant tes mixtures.

Il avait parlé en évitant au possible, à nouveau, le regard de Tiha. Il avait parlé avec son coeur ; coeur qui battait à la chamade, et il avait toujours cette peur d'être pris au ridicule, quelque part. Des difficultés à s'assumer. On le prenait naguère pour un imbécile pour moins que ça, après tout.

- Le clan nomade auquel j'appartenais vénérait l'Architecte Orshin, et il y avait d'excellents mages doués de facultés à manipuler la faune et la flore. En arrivant ici, je me suis rendu compte que certains étaient bien plus médiocres que ce qu'ils voulaient montrer. Ca fait mal, quelque part, de me dire que non seulement je suis moi aussi incapable de faire quoi que ce soit avec les animaux. Je peux comprendre certaines espèces, mais elles ne me comprennent pas en retour, je crois. Peut-être parce que...

Une autre idée frappait de stupeur son esprit, alors qu'il analysait les boucles, les rondeurs de sa calligraphie, essayant de la corriger çà et là, toujours dans un souci de perfectionnement qui pourtant jamais ne sera atteint. Après tout, c'était peut-être ça qui faisait toute la beauté de ses modestes créations : les défauts, qui les rendaient si vraies, si appréciables.

- Je te promets qu'un jour, moi aussi j'aurai une monture comme tu en possèdes. Et que je parviendrai à la maîtrise d'un domaine occulte sans Oubli. Sais-tu que les grands de ce monde le sont parce qu'ils ont ouvert la Voie ? Parce qu'ils ont exploré là où d'autres ne sont jamais allés ? Delkhii ne s'attendait pas à devoir s'en remettre aux autres Architectes, après tout. Il y a ceux qui acceptent le système en place, et ceux qui le combattent. Qui le questionnent. Qui le déconstruisent pour le reconstruire - attention, déconstruire et détruite, c'est pas pareil.

Il se tut, se rappelant qu'il recommençait à partir dans des monologues ennuyeux et farfelus. Il secoua imperceptiblement la tête, seules quelques mèches rousses et rebelles dansaient çà et là. Il planta son regard dans celui de Tiha, qu'il essayait de soutenir malgré les apparences.

- Je ne sais pas si je suis prêt à voyager avec toi. Non seulement je ne te connais pas, mais en plus, je ne me connais pas moi-même. Et ça je le réalise un peu plus chaque jour. Je pourrais te demander de rester un peu avec moi dans cette ville, histoire de passer du temps ensemble, apprendre à se connaître... Mais ce serait égoïste et hypocrite pour quelqu'un qui a vécu en nomade presque toute sa vie. J'ai... J'ai une idée de chose qu'on pourrait faire. Je ne sais pas trop ce qu'en penserait Sam, mais on pourrait lui demander s'il a besoin de courses ou de choses à accomplir en dehors de Variel ? Et je pourrais t'accompagner pour que tu me montres - enfin, tu vois...

Il baissa les yeux, se résignant à avouer à demi-mot :

- Regarde-moi. Je suis taillé comme un manche en bois rigide que la première brise viendrait faire tomber. Et puis je ne sais même pas faire de magie. Je ne te serais d'aucune utilité si je voyageais avec toi, pourtant j'ai ce sentiment, ce besoin de m'élever hors de ma condition et de progresser. Alors je te le demande : tu voudrais bien m'aider ? Je te ferai les plus belles calligraphies et je t'écrirai même des poèmes s'il le faut... Comme ça tu pourras te moquer de moi en retour... Je sais bien que les gens y éprouvent du plaisir, alors je ne suis plus à ça près...

Il prit une longue inspiration et, comme à son habitude, voûta légèrement le dos alors que ses longs petits bras finissaient dans les poches.
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Lun 16 Avr - 21:16
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
Peut-être oui, qu’il y arriverait. Sa détermination était belle à voir en tout cas ! Un peu surprenante après ses propos reflétant son manque d’assurance. Mais Tiha ne comptait pas le contredire là-dessus, s’il voulait vraiment, sûrement qu’il arriverait à avoir un shuurga. À cet âge, tout était possible ! Ou du moins, elle voulait le croire. Tous les chemins s’offraient à eux.

Elle suivit ses mouvements des yeux alors qu’il avait fini la tâche primaire de recouvrir le mortier de peinture. Il passait à l’écriture ! Si elle avait été plus grande probablement qu’elle aurait regardé par dessus son épaule, cependant là elle se tenait à côté de lui la tête penchée vers le papier où il notait son « nom ». Ou l’appellation qu’elle lui avait donné. Bien plus libre ainsi sans nom de famille auquel le rattacher ! C’était parfait pour aller sur son mortier, une preuve de son indépendance.

« Je pourrai peindre la même chose au pinceau sur ton mortier. Comme ça, il sera à toi, et ce sera un don de moi pour que tu ne m'oublies jamais en préparant tes mixtures.

-Oui, c’est génial de pouvoir faire ça ! »

Elle ne pouvait pas en faire autant pour lui, pas pour l’instant. Nul doute qu’une occasion viendrait de laisser une marque d’elle même d’une façon ou d’une autre. D’attacher des souvenirs d’elle à un objet le temps qu’elle serait en vie. Pour l’instant, elle pouvait continuer la discussion interrompue pour sa commande. Elle reprit pas vraiment là où elle l’avait laissé mais vint rebondir sur un des trucs qu’il avait dit : son complexe par rapport à ses cheveux pour finir sur une question sur la religion. La réponse ne fut ni un oui ni un non comme elle aurait pu s’y attendre mais quelque chose de plus élaborée et réconfortant. De toute façon, à ce stade de la discussion, les petits monologues de Finn ne la surprenait plus dans leur forme. Par contre, ils étaient imprévisible dans le fond. Le cours de ses pensées restait bien déroutant.

« Je ne suis pas d’accord avec ça ! »

Difficile de savoir à quoi elle se référait dans la masse de propos tenus. Une chose était claire : elle le pensait et l’affirmait bien net, usant mêmes de ses mains pour souligner ses mots, les sourcils froncés.

« Même si je n’aime pas ce que tu écris, il est hors de question de me moquer ! Plaisanter et se moquer c’est différent comme tu disais tout à l’heure avec déconstruire et détruire. »

Parce qu’elle avait bien entendu tout ce qu’il avait dit même si elle n’avait pas eu l’occasion de réagir sur tout. Ce n’était pas grave d’ailleurs, elle pourrait lui en parler une autre fois ou juste y réfléchir. Dans l’immédiat, il fallait mettre au clair cette histoire.

« Ce serait… odieux ! Je n’ai pas envie de devenir une personne odieuse, c’est laid. Et je n’ai pas envie de me détester non plus. Le but de tout ça, du voyage, ce n’est sûrement pas de devenir malheureux non plus ! Si tu peux venir avec moi -ce qui serait vraiment génial ! - tout ce que j’aimerais c’est que tu partages tes histoires et tes idées avec moi. Ce serait déjà énorme. Nous serons deux manches en bois à partir à l’aventure ! »

Parce que contrairement à ce qu’il pensait, elle n’avait jamais voyagé seule. Le plus long trajet qu’elle avait fait jusqu’à présent ainsi c’était Tarluru-Variel. Elle ne connaissait rien d’autre. Elle se lançait dans l’inconnu. Avoir un petit point de repère avec elle ne serait pas de trop. Ni créer un lien plus qu’éphémère.

« De toute façon, je ne suis pas encore partie et je ne sais pas quand je vais le faire. »
Voir le profil de l'utilisateur

Finn Kalagann
avatar
Mar 17 Avr - 12:16
Irys : 129981
Profession : copiste
My'trän 0
La vie était cruelle parfois.

Finn faisait face à un dilemme frustrant. D'un côté, il avait la monotonie, le quotidien morose mais aussi la sécurité auprès de Sam Lécasse. De l'autre, en compagnie de Tiha, il aurait des paysages, des rencontres, des visions... L'espace d'une fraction de seconde, les souvenirs de sa mère surgirent. A nouveau, il fuyait le regard de sa comparse, les yeux rivés sur sa calligraphie qu'il trouvait laide soudainement. Il déglutit.

"L'idée est tentante... Tu es l'une des personnes les plus adorables qu'il m'ait été donné de rencontrer. Si tu penses vraiment qu'on peut faire un bout de chemin ensemble, alors il va falloir apprendre à nous faire confiance et à mûrir ce projet aussi rapidement que possible... Comme toi j'ai essayé d'être indépendant, à errer seul sur les sentiers battus, et je me suis rapidement rendu compte que c'était impossible et qu'il me faudrait compter sur l'aide d'autres. Les gens ne forment pas des clans pour le plaisir d'en former, mais bien parce qu'un héros solitaire est un héros mort...

Il se pencha pour fouiller dans l'une des poches de son pantalon. Il en extirpa un petit objet à forme allongée, tirant sur ce qui s'apparentait être un étui en cuir vieilli, saisissant le poignard découvert par la lame efritée. Il présenta le poignet à Tiha.

"J'aimerais que tu m'aides à remplacer cet objet. Je sais qu'il ne m'aiderait pas à me défendre et qu'il ne présente aucun danger. La lame ne coupe quasiment plus... Mais c'est tout ce que j'ai."

De son autre main, il attrapa timidement celle de Tiha, appréciant secrètement le contact de leur épiderme, et plaça le manche en bois vieilli dans celle de la jeune femme, avant de la renfermer. Ah, et bien sûr, il n'oublia pas de replacer l'étui en cuir pour couvrir la vieille lame usée. Il retrouva le courage de soutenir son regard.

"Tiha, il faut que tu saches que j'ai beaucoup de travail, tant sur le plan professionnel - des comptes à rendre à Sam, de toute évidence - que sur le plan personnel. Si je veux t'accompagner, je refuse catégoriquement d'être un poids. Il faut que j'apprenne à m'en remettre à un Architecte, à embrasser les voies de la Magie. Alors je te le répète une dernière fois, si tu estimes que je peux t'accompagner, je mettrai les bouchées doubles pour me préparer et laisser derrière moi cet établissement miteux qui ne convient pas à un nomade de ma trempe. Je vais devoir me retirer, j'ai beaucoup de recopie à faire et je compte bien prendre un peu d'avance pour te revoir ce soir. Je vais essayer de négocier au maximum avec mon patron un peu de liberté pour les jours à venir, pour étudier d'autres domaines, et pour te voir aussi. Qu'est-ce que tu en penses ?"
Voir le profil de l'utilisateur

Tiha Ludost
avatar
Mar 17 Avr - 23:01
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
Encore une fois, il parla le regard fixé sur autre chose. En l’occurrence son écriture. Tiha ne put s’empêcher de suivre son regard admirative devant son travail avant de retourner le poser sur les lèvres qui se mouvaient. Des propos teintés de craintes mais pas sans perspective.

« Je ne veux pas être un héros, juste vivre ma vie. Et puis, nous ne serons pas seuls si tu viens avec moi. »

Intriguée, elle le vit sortir un objet de sa poche. Un vieux poignard. Aussi usé que son mortier. Le cuir de l’étui n’était pas aussi facilement arrangeable qu’un coup de pinceau, pas à sa connaissance. Quant à la lame… Clairement, il pouvait au mieux couper du beurre avec. Ou une brioche. Au moins ne risquait-il pas de se blesser avec.

"J'aimerais que tu m'aides à remplacer cet objet. Je sais qu'il ne m'aiderait pas à me défendre et qu'il ne présente aucun danger. La lame ne coupe quasiment plus... Mais c'est tout ce que j'ai."

Elle hocha légèrement la tête. Ça elle devrait pouvoir le faire, elle n’avait pas été très enthousiaste aux leçons visant à lui apprendre les bases de la défense mais elle n’y avait pas coupé. Pas besoin de couteau quant on maîtrisait le feu. Bien qu’elle comptait ardemment éviter ce genre de situation. Le contact de la main chaude de son interlocuteur la ramena au présent. Il était amusant qu’une personne qui évitait son regard la plupart du temps la toucha. Quoique plus qu’amusant, c’était réconfortant et agréable ainsi qu’inattendu.

La voilà donc avec un poignard ayant bien vécu en main en train de soutenir le regard de Finn. Son « Tiha » donna comme un air solennel à ses mots. Envoûtant. Elle l’écouta sans s’éparpiller. Le regardant vraiment alors qu’il étalait ses objectifs personnels. Bien plus structurés et précis que les siens. Et surtout, surtout, il prévoyait beaucoup d’effort pour elle. Plus que quiconque avait fait rien que pour elle, pas pour ce qu’elle représentait ou devait être. C’était énorme, adorable, touchant, et… elle lui fit un câlin. C’était mieux que mille mots.

« J’en pense qu’il est hors de question que tu ne viennes pas maintenant Finn ! »

Elle s’était reculée pouvoir lui parler tout en le voyant. Un grand sourire aux lèvres et les yeux pétillants. L’arme usée toujours dans sa main. Loin de la trouver encombrante, c'était une preuve de la confiance que Finn lui accordait.

« Je pourrais t’apprendre des trucs sur les Architectes si tu veux ! Et je te dis à ce soir sans faute. »

Elle n’avait pas spécialement envie de partir et serait certainement restée dans ses pattes s’il n’avait pas eu un travail où elle ne pouvait que le déranger. Dommage. Ce n’était pas une proposition en l’air quand elle avait dit vouloir l’aider avec ses tâches plus tôt. Enfin, puisqu’il fallait y aller. Elle lui fit signe avant d’aller récupérer ses fioles dans la boutique et de saluer Sam. Ses pas ensuite ne la menèrent pas bien loin : elle alla directement avec Ogn Au Grois Loire. Là, elle put le laisser dans l’écurie qui n’abritait pas exclusivement des chevaux et aussi se prendre une chambre, toujours sans négocier les prix, poser ses affaires. Puis elle pourrait manger, se balader, poser des questions et essayer d’apprendre de nouvelles choses et rencontrer d’autres personnes ! Tout un programme pour une journée déjà bien avancée. Et il fallait être de retour là pour son rendez-vous du soir.
Voir le profil de l'utilisateur

Aller à la page : 1, 2  Suivant
Page 1 sur 2