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Chroniques d'Irydaë
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 Hauts en couleurs [Libre/Tiha Ludost]

Finn Kalagann
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Mer 18 Avr - 10:29
Irys : 154976
Profession : copiste
My'trän 0
L'accolade que Tiha accorda à Finn lui fit l'effet soudain d'une sclérose. Il ne s'attendait pas à ce geste qui procurait en lui des sensations nouvelles. Il n'osait plus bouger, ne repoussant pas Tiha, lui accordant au passage une petite tape maladroite sur l'omoplate comme pour témoigner une timide sympathie. C'était la deuxième femme au monde qui lui témoignait autant d'affection. Pourtant, elle y était, cette arrière pensée bourdonnant dans son esprit qui lui faisait clairement comprendre qu'elle n'était pas sa mère, qu'elle ne le serait jamais et qu'elle ne remplacerait jamais cet être cher que la Nature a repris.

Il était rouge tomate, au point que la teinte de ses joues se confonde presque avec l'éclat rougeâtre de sa tignasse. Il la regardait faire signe, s'éloigner et disparaître par l'entrebaillement de la porte alors qu'elle saluait à son tour Sam. Bientôt il entendit la clochette teinter, signe avant-coureur qu'elle était complètement sortie au dehors. Il attendit un instant, lorsque le silence semblait s'être installé, avant de s'administrer un soufflet monumental, donc l'aire résultant de l'impact, rougi plus encore que le sang qui lui était monté au pomettes, envahit presque le côté droit du visage de Finn. Un bruit claquant qui, résonnant dans tout l'établissement, suscitèrent la curiosité depuis la boutique, alors qu'on entendait le gros Sam se presser d'un pas rapide en arrière boutique et d'apercevoir Finn. Il éclata d'un rire gras qui se tordit en une quinte de toux incontrôlable, quoique brève, puis se gondolait, de petites larmes au coin de l'oeil.

- Ca tourne pas rond dans ta tête ! AH-AH !

Finn demeurait coi, tout son être tétanisé par la honte et le regret de subir les moqueries du gros qui, finalement, se désintéressa vite de l'anecdote, ponctuant sa marrade par un "N'oublie pas les copies". Les copies. Les copies !

- M-Monsieur...! interrompit-il alors qu'il observait le crâne dégarni de son supérieur dépasser le seuil de la porte. Je peux... avoir ma liberté ce soir ?
- Tu l'as dans la peau, cette jeune fille hein ! A nouveau un rire gras et moqueur. DEPÊCHE-TOI DE FAIRE CE QUE TU AS A FAIRE SI TU VEUX PAS RESTER ENFERME ICI, TU M'AS COMPRIS ?!

Sam Lécasse avait postilloné, furibond, faisant comprendre à Finn que ce dernier avait bien intérêt à rendre des comptes s'il voulait, en plus de jouir d'une liberté toute relative, pouvoir continuer à recevoir le gîte et le couvert de la part de cet homme miséricordieux dont la silhouette s'évanouit pour retourner en boutique et s'occuper de quelques artéfacts çà et là. Une remontrance sourde qui avait ramené Finn à la réalité.

Le reste de l'après-midi se passa dans le calme. Le jeune roux recouvrait à la chaîne les surfaces rugueuses et vierges des feuilles vieillies d'une calligraphie ronde, harmonieuse, tandis qu'il avait à l'esprit le visage de Tiha. Il lui arrivait parfois de faire des erreurs, tant de typographie que des ratures, qui invalidaient la feuille complète, mais celles-ci restèrent minimes et, en plus d'avoir achevé son labeur plus rapidement que d'ordinaire, le résultat final était plus que satisfaisant. Le tout de son cru passait ainsi à la dure évaluation du gros Lécasse, qui, armé d'une binocle toute aussi poussiéreuse que l'ensemble de ses ustensiles, lui donnaient un air sévère et faussement intellectuel. Le jeune Finn se mordait la muqueuse pour ne pas se moquer. Et il n'avait plus matière à rire alors que le gros se prononçait, la voix grave et plus basse que d'ordinaire.

- Ceci, jeune homme, dépasse de loin mes espérances. C'est époustouflant. Et je te vois venir de loin. Tu me fais miroiter du rêve pour ensuite te casser avec ta princesse.
- C-c'est que...
- Ferme-la. Il n'y a aucun avenir pour toi ici. Tant que tu continues de mériter ta pension ici, je ne te retiendrai pas. Même si tu me fais chier.
- Il n'y a rien qu'on puisse faire ? Vous n'avez pas des choses à faire au-delà de Variel que je pourrais faire en votre nom ?

Un silence.

- Tu ne peux pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le cul de ta princesse, hein. Si tu fiches le camp, tu te démerdes. Ici c'est ni une auberge, ni la soupe populaire.
- Je pensais plutôt à faire d'une pierre deux coups. N'y a-t-il pas quelque chose que vous convoitez au-delà de nos murs ? Tiha et moi pourrions, je ne sais pas, faire une course...
- Sombre idiot ! Tu crois vraiment que tu as un avenir auprès d'elle ? Les extérieurs sont dangereux ; paradoxe, ils le sont encore plus depuis que nous avons été envahi par ces satanés technophiles. Avant, il n'y avait que la faune qui pouvait nous poser problème. Maintenant, tu finis la mâchoire brisée et la gueule en sang sur le pavé pour moins que ça. Regarde-toi. T'es une brindille. Elle aussi. Tu sais pas faire de magie. Tu seras un fardeau pour elle.
- J-je... C'est que...
- Tu vois ! Ce ne sont que des fantaisies, je viens de souffler sur le château de cartes que tu as ridiculeusement bâti l'espace de quelques heures. Après, tu fais comme tu veux, hein ! Tu sais ce qu'il arrive des morts. On les oublie.

A nouveau un silence, pesant cette fois. Il en avait la boule au ventre, et presque la gorge nouée. Il était révolté, mais pas au point de pleurer. Pour calmer cette sensation désagréable, il alla s'enfermer dans la lecture d'un manifeste sur les origines du monde et de la magie, avant que la lumière du jour ne faiblisse au point de rendre son activité intellectuelle inconfortable. Accessoirement, il se rappelait qu'il avait donné rendez-vous à Tiha. Ils n'auraient que peu de temps à se consacrer, du moins, ça dépendrait d'elle. Alors qu'il la retrouvait, l'air taciturne, masquant au mieux une tristesse et une mélancolie passagère, il essaya de se ragaillardir un moment, soutenant le regard de sa comparse qui le faisait presque bouillir intérieurement.

- Bon, écoute. On n'a que quelques heures avant le début du couvre-feu. Je te propose de trouver rapidement à manger, après quoi je t'emmènerai quelque part... Dans un endroit où je vais souvent me recueillir quand mon besoin de solitude se fait sentir. C'est que, dans ma mansarde, c'est pas forcément le mieux pour s'isoler, car le gros fait du bruit et il y a juste la place pour dormir, en fait... Ca te va ? A-ah et aussi... J'ai beaucoup réfléchi à ce qu'on a pu se dire tout à l'heure... Mais je t'en parlerai. Pour l'heure, j'ai besoin de remplir mon estomac si je veux garder mes idées claires. E-et... il baisse un instant la voix - Tu as pu faire quelque chose pour mon couteau ?
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Tiha Ludost
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Mer 18 Avr - 18:20
Irys : 108763
My'trän +2 ~ Zolios
Pour faire simple, et parce qu’elle avait aimé la brioche achetée, elle retourna par le même cheminement à la boutique visitée plus tôt. Forcément, le vendeur la reconnue et ça lui fit plaisir. Pas besoin d’une longue discussion, juste d’un échange courtois ! Sa bonne humeur contagieuse lui permit d’apprendre sans problème où trouver des couteliers. Et qui visiter avec ses petits moyens, ce n’était pas elle qui avait songé à ce détail mais bien son interlocuteur. Un chic type pas beaucoup plus âgé qu’elle. Peut-être le fils des propriétaires. Enfin, pour elle ce détail n’était pas important : il était celui qui l’avait aidé dans sa recherche.

Toujours seule, elle avait préféré laisser se reposer Ogn à l’auberge, et muni de son casse croûte, elle chercha une place où s’installer tranquillement s’éloignant, sans bien prêter garde, de la boulangerie et par conséquent du chemin indiqué pour aller chez le coutelier. Ça, elle ne s’en rendit compte, ou ne s’en préoccupa, que bien après avoir rempli son estomac et observé les gens vaquer à leurs occupations. En gros, quand elle décida de reprendre sa route. Loin de la décontenancer, ou de la décourager, elle aimait parler avec les gens, les inconnus pour que ceux-ci ne le restèrent pas. Elle n’eut pas autant de chance qu’en début de journée et ne tomba pas sur un second Finn. Toutefois, ça ne l’empêcha pas d’arriver à destination dans une petite boutique au rez-de-chaussé à semi-enterré. Lorsqu’elle pénétra dans la boutique la cloche sembla sonner dans le vide. Il n’y avait personne dans cette pièce calfeutrée ornée de part en part de présentoir avec des couteaux aux manches plus ou moins anciens.

« Bonjour mademoiselle aux milles couleurs ! Que peut le vieux Carn pour toi ? »

Surprise elle se retourna pour voir au comptoir un vieux monsieur d’âge indéfinissable. Pas tout à fait propre sur soit, mais loin de l’état de Sam. Déjà il avait pas de bedaine, des cheveux non parsemés et un plus beau sourire. Et une aura étrange. Ou plutôt, une présence pas totalement inexistante mais… Elle aurait juré qu’il n’y avait personne quand elle est entrée et elle n’avait rien entendu ensuite, pourtant le bonhomme se tenait bien là. Elle secoua la tête, se rapprocha, le salua puis « sortit » le couteau coincé à sa ceinture pour lui tendre.

« Je ne sais pas. Je ne m’y connais pas du tout. J’aimerais bien que le couteau puisse couper de nouveau. Enfin si la lame est pas trop abîmée ? Qu’est ce que cous en dîtes ?

-Hmm, je peux faire quelque chose pour toi. Mais t’attends pas à ce que ça devienne à un couteau de haut vol pour autant ! Il coupera pour sûr, je peux même polir pour lisser les parties abîmer là. Faudra quand même finir par le changer la pauvre chose ! L’étui aussi est bien usé, je peux rien pour ça à part t’en vendre un autre. Rien que pour la lame ce sera 70irys les étuis, j’en ai à 30 irys, c’est les moins chères. Alors ?

-Je vous fais confiance pour le couteau ! Je crois que l’étui devra tenir le coup encore un peu ! »

Elle n’avait pas réfléchi à la proposition. Sa réponse avait été directe. Ce n’était pas une somme sans conséquence pour elle mais Finn avait vraiment eu l’air de tenir à avoir un couteau et c’était le mieux qu’elle pouvait faire. Quant à l’étui il y aurait sûrement moyen d’improviser quelque chose quand il rendrait l’âme. Ils verraient à ce moment là.

« Je vais avoir besoin d’une petite heure pour requinquer tout ça si personne ne m’interrompt, tu peux me le laisser et aller te balader !

-Je peux vous regarder faire ?

-Si tu me parles pas, pourquoi pas. Je sais plus la dernière fois que quelqu’un m’a regardé travaillé tiens ! Allez suis moi petite, c’est à l’étage que ça se passe ! »

D’un pas plus vif qu’elle ne l’aurait cru, le propriétaire la mena dans son atelier bien plus lumineux que sa salle de vente. Par contre, il n’y avait rien à redire sur le rangement. Encore une fois, ça n’avait rien à voir avec Sam. Le seul point commun pour l’instant était la tranquillité de la boutique, ici comme là-bas, elle n’avait vu personne.

« Attention, maintenant il coupe ! Et n’hésite pas à revenir jeune fille ! »

Délester d’une autre partie de ses irys et sa mission accomplis, elle retourna dans les rues de Variel. Elle avait bien envie de retrouver le copiste tout de suite et de lui montrer le résultat mais le soleil n’était pas encore assez redescendu. À défaut de se rendre immédiatement au rendez-vous, elle passa les deux dernières heures à se déplacer dans les rues pour enfin revenir au point de départ. Elle passa voir Ogn puis attendit dans la rue. Un grand sourire l’illumina quand elle vit enfin sortir le roux.Impatiente, elle s’avança vers lui alors qu’il marchait vers elle. Elle attribua son apparente baisse d’énergie à sa journée de travail sans trop y penser. Puis il l’a regardait.

Ces mots attrapèrent son attention : « J'ai beaucoup réfléchi à ce qu'on a pu se dire tout à l'heure... ». Elle fronça les sourcils. Ils avaient beaucoup parlé. Mais ce qui lui vient tout de suite à l’esprit ce fut leur voyage. Une légère inquiétude s’installa avant qu’il n’ait fini de parler entièrement sans qu’elle ne s’en rendit tout à fait compte. Ou qu’elle ne prit la mesure de sa crainte. Un peu en toile de fond dans la masse d’informations qu’il lui donnait.

« Je te suis ! On peut retourner à la boulangerie si tu veux, j’ai pris quelque chose à midi déjà mais ça me dérange pas d’y retourner. Et je te montrerais ça une fois qu’on sera posé ! »

Dans tous les cas, elle le suivrait. C’était lui qui connaissait la ville et la destination finale. Il savait sûrement mieux qu’elle où s’arrêter pour prendre à manger. En vrai, elle se serait bien assise quelque part mais elle avait trop envie de voir son endroit pour l’avouer. Ou même qu’il lui fasse visiter comme promis.
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Finn Kalagann
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Jeu 19 Avr - 22:20
Irys : 154976
Profession : copiste
My'trän 0
L'entrain que la jeune Tiha mettait dans sa réponse eut de quoi ragaillardir Finn un instant, qui gratifia sa future compagne d'arme - au moins au sens propre - d'un hochement de tête, et d'un sourire serein. Serein, car pour ce soir, il n'avait pas de compte à rendre au gros. Pas d'arrière pensée sur quelques travaux manuscrits à faire. Une liberté éphémère dont il jouirait jusqu'à la dernière goutte. Avant qu'un nouveau jour se lève, annonciateur de nouvelles corvées, d'un labeur qui lui faisait comprendre que la liberté avait un prix. Il comptait bien s'émanciper, tôt ou tard, fût-ce en compagnie de Tiha ou non.

- Surtout, tu restes près de moi.

Il avait presque paru froid, alors qu'il n'avait ni cillé, ni détourné ce regard dont on percevait, au milieu de cette froide obscurité, une timide étincelle, plus brillante encore qu'en début de journée. Ses yeux, telles deux citrines luisante au crépuscule, marqué par une gerbe de lumière orangée et des ombres élargies tant sur les murs des habitations voisines que sur la rue. Ils fixaient un instant Tiha, tel un félin qui vous fixait avec grande attention. C'était la première fois qu'il ressentait ça, qu'il se sentait, quelque part, puissant, par une parole. Un regard. Une promesse.

Son dos se faisait plus droit. Son menton se faisait plus relevé. Intérieurement, son instinct et ses habitudes lui envoyaient des signaux de regarder par terre et se cambrer, tel le lâche défaitiste qu'il était. Mais l'opportunité de montrer à Tiha qu'il ne serait pas un poids pour elle était telle qu'il avait envie de se montrer avenant et fier. Tel l'instinct d'un homme qu'il n'était pas.

Son détour à la boulangerie par laquelle il était passé ce matin fut bref. Il avait juste de quoi acheter deux miches de pain à l'estragon. Le coude replié contre le pectoral, il tenait d'une main ferme le baluchon qui reposait sur une épaule, jetant des coups d'oeils de temps à autre à Tiha pour s'assurer qu'elle le suivait.

- Je vais t'emmener dans un endroit que j'ai découvert moi-même alors que je vivais encore comme un petit vaurien à survivre de tout et de rien... Enfin... Ecoute, tu dois sûrement en avoir marre que je me rabaisse constamment. C'est plus fort que moi. Mais je te promets que je vais y travailler ; sinon on n'ira pas bien loin, tu crois pas ?

Il hocha les épaules comme pour se dédouaner de son erreur, alors qu'ils débouchèrent dans une ruelle sombre et étroite. Une personne superstitieuse aurait vraiment pu croire qu'il allait coincer Tiha dans une impasse pour la malmener. En vrai, il avait oublié Tiha l'espace d'un instant, jetant des regards aux alentours pour vérifier que personne d'autre ne les regardaient. Laissant tomber son sac de victuailles au sol, il s'accroupit pour soulever un petit pot en argile, sous lequel se trouvait un trousseau de clef. Le même qu'il avait vu pendu à la ceinture d'un adepte de Khugatsaa. Il savait pertinemment qu'il dissimulait les clefs à l'attention d'autres collègues ; un accord tacite qu'ils espéraient secret... Jusqu'à ce que Finn les eût observés. Ainsi le roux, s'empara d'une des deux clefs allongées, inspira longuement et, bloquant sa respiration à l'attente du moment fatidique, inséra la clef qu'il pivota dans la serrure. Le son de la mécanique se voulait rassurant un peu plus chaque seconde, alors que la lourde porte boisée s'ouvrit de l'intérieur, laissant paraître un décor sobre et un escalier en colimaçon. Une lueur d'amusement poignit dans le regard du roux alors qu'il regardait par dessus son épaule pour s'enquérir de l'état de Tiha, à qui il accorda un geste de la tête pour lui intimer de la suivre alors qu'il replaçait les clefs là où il les avait trouvées.

- On y est presque.

Il demeurait silencieux. Si Tiha soulevait la moindre interrogation, il la réprimerait par un "shhhh..." pour lui intimer le silence, faire peser cette ambiance de mystère et accroître sa confiance en lui. Devant eux se dressait un escalier en colimaçon, dont quelques torches éclairaient la progression. L'ascension semblait, d'ailleurs, interminable, tandis que le jeune roux marchait à pas de loups jusqu'à s'arrêter à une bifurquation qui présentait une autre porte. On devinait qu'elle donnait sur l'extérieur, un timide rais de lumière crépusculaire se dessinant sur le sol. Il fit signe à Tiha de prendre les devants, l'extérieur donnant sur un modeste balcon en pierre. Et l'on voyait parfaitement sur l'Est l'astre solaire embraser les horizons de My'trän.

Finn contempla un moment le spectacle, laissant à Tiha l'éventuel plaisir d'apprécier la vue et ce moment de complicité, avant d'ajouter.

- Je viens souvent ici pour rêver, penser, réfléchir... Enfin, tu vois. Pour être tranquille. Ne parle de cet endroit à personne, s'il te plaît.

Si ça n'était pas le point culminant de Variel, on pouvait apercevoir en contrebas moult toitures aux formes tristes et monotones, quand bien même fussent-elles éclairées par la faible lueur de la soirée naissante.
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Tiha Ludost
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Ven 20 Avr - 11:08
Irys : 108763
My'trän +2 ~ Zolios
- Surtout, tu restes près de moi.

Sans vraiment savoir pourquoi, ses mots lui parurent importants. Ce n’était qu’une toute petite phrase pourtant elle était bien plus imposante que nombre de ses discours. Ou marquante. Son angoisse latente se retrouva noyée sous une bouffée de joie. Elle sourit sous le regard scrutateur du copiste soudain grandit par sa posture. Malgré tout, restant elle même et joueuse, elle répondit doucement.

« Si toi tu restes près de moi. »

Cela dit, le moment solennelle s’estompa progressivement alors qu’ils marchaient silencieusement jusqu’à la boulangerie. Puis une fois la nourriture récupérée, vers l’endroit mystérieux dont seul Finn connaissait l’emplacement. Les rôles semblaient s’inverser, se fut encore le copiste qui prit la parole et coupa le silence.

« C’est surtout toi que ça doit étouffer ! »

Elle avait répondu sans avoir besoin de réfléchir. Bien sûr, elle préférait qu’il puisse se voir comme elle le voyait, ou au moins avoir une meilleure image de lui-même. Mais en aucun, elle ne lui imposerait quoique ce soit et surtout pas ce qu’il devait être. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était être positive, être elle-même.

La situation devenait intéressante. Ils étaient dans une ruelle déserte à l’aspect esseulé, comme à l’abandon. Et voilà que Finn jouait les intrigants regardant à droite à gauche avant de sortir une clef cachée. Elle avait envie de poser des questions mais elle voyait bien que son guide voulait être discret. C’était dur de se contenir. La porte mit bien son temps à s’ouvrir perçant le silence par le feint grincement de ses rouages.

- On y est presque.

-Ok

Un petit mot était finalement sorti, à peine plus fort que celui de son interlocuteur. Elle était impatiente de voir où tout ça mener. Pourtant chaque marche semblait être suivie par une autre. L’escalier ne semblait pas vouloir finir, ou les laisser partir. Emprisonné dans un boucle l’espace de quelques minutes. Jusqu’à ce qu’ils croisèrent une raie de lumière salutaire. Après avoir franchi une autre porte, ils purent de nouveau goûter à la fraîcheur du soir. Et parler. Mais pas avant d’avoir profité de la vue qui n’était pas sans lui rappeler des vers lus. À cet instant, ils avaient beaucoup plus de force qu’à l’époque !

« Jouent les ombres dansantes,
  Alors que la lumière évanescente,
  Rougeoyante et fugace,
  Laisse la place... »


- Je viens souvent ici pour rêver, penser, réfléchir... Enfin, tu vois. Pour être tranquille. Ne parle de cet endroit à personne, s'il te plaît.

Elle sortit de sa contemplation pour regarder son voisin. Elle ne lui en voulait pas son interruption, s’était lui qui lui avait montré ce spectacle magnifique après tout. Il y avait beau avoir des imperfections le tableau qui en ressortait était vivant, adorable. Du moins, c’était son point de vue, les mots qui lui venaient à l’esprit.

« Bien sûr ! »

Ça se passait de commentaire. Elle n’avait aucune raison de vouloir le priver de son havre de paix, et de toute façon elle ne connaissait encore personne. Elle s’était fait des connaissances mais rien de comparable à lui. Puis, de façon un peu plus égoïste, elle voulait garder ce secret entre eux deux. Un petit coin dont seul eux aurait l’accès, et les propriétaires…

« Merci. »

Elle avait pris subrepticement sa main libre pour la serrer puis l’avait relâchée pour venir s’accouder à la balustrade. C’était vraiment un chouette endroit, une belle rencontre. Sa première journée n’aurait pu mieux se passer ! Souriante elle tourna son regard vers Finn, il était temps de lever un peu de mystère sur cet endroit ! Pleine de curiosité, elle enchaîna les questions.

« Tu as trouvé cet endroit comment ? Le bâtiment n’est pas utilisé ? Tu sais à qui il est ? »

Il y avait toujours cette histoire de « chose qu’il devait lui dire » qui planait quelque part dans son esprit. Mais ils avaient le temps, ils pouvaient parler de chose portant moins à conséquence. Le couteau quant à lui avait totalement déserté l’esprit de Tiha, tout comme la nourriture.
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Finn Kalagann
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Ven 20 Avr - 23:47
Irys : 154976
Profession : copiste
My'trän 0
- Tu sais, quand tu es livré à toi-même... Je radote un peu - tu vadrouilles un peu partout, tu observes les gens autour de toi, tu cherches un abri, de la nourriture... Je m'étais souvent arrêté dans la ruelle étroite de tout à l'heure, et je voyais peu de gens passer. En plus de ça, ils suivaient un patron récurrent... Et tu connais la suite. Tant qu'on n'éveille pas les soupçons, tout va bien. Et cet endroit est sans doute une charpenterie. Il y a un atelier au rez-de-chaussez, et la journée, on peut entendre des gens travailler le bois. Ce point d'observation doit sans doute servir à observer la charpente de certains habitacles en développement... Va savoir. Pour ce qui est de savoir à _qui_ il est... Aucune idée.

Il haussa les épaules alors qu'il se cambrait un peu plus, penché, accoudé contre la barrière rocheuse qui les séparait d'une chute accidentelle d'une dizaine de mètres. Son regard était rivé sur cet astre constituant le centre du monde, qui regagnait les entrailles de la Terre. Soutenant l'horizon du regard. Puis il se souvint du baluchon. Il se pencha sur le côté pour l'attraper par l'ouverture, mettant en évidence les deux miches de pain sur le murret, avant de soutenir à nouveau l'horizon d'un regard rempli d'espoir, un peu rêveur. Il croqua dans le pain, avalant une bouchée, avant de poursuivre :

- Bon... Ecoute... J'ai beaucoup réfléchi à cette journée, à notre rencontre. Je crois qu'elle est un signe du Destin. Que l'Architecte Orshin me guide. Tu sais, avant de te rencontrer, les Architectes, bon... Je vois pas trop ce que je leur devais. J'étais assez préoccupé par les brimades des autres jeunes de mon clan. Et ma mère avait beau être très pieuse, je me sentais tellement couvé que j'avais horreur d'étudier ce genre de chose. En fait, j'aimais pas grand-chose jusqu'au jour où je me suis retrouvé confronté à ma solitude et à ma survie. Je crois que, dorénavant, dans mon coeur, j'ai pardonné à Orshin. Je pense qu'il voulait me mettre à l'épreuve et me mettra encore à l'épreuve. Qu'il me voue de grandes choses, comme à tous les êtres humains sur Irydae. Pour quiconque choisit de l'écouter...

Il soupira, relâchant les épaules qu'il avait rehaussée naturellement, faute de raideur naturelle à cause de la crainte perpétuelle de se faire malmener ou agresser. Mais ici, il était isolé avec une personne en qui il avait confiance. C'était différent. Il ferma les yeux un instant, laissant la lumière violacée asperger son visage, profitant un dernier instant de cette beauté éphémère, marquant un silence profond, comme si plus rien n'avait d'importance. Tiha n'était pas du genre à se moquer de lui, mais quand bien même le ferait-elle, lui pensait en des termes qui nourissait une confiance de plus en plus grande : Qu'est-ce que ça peut me foutre ?

Heureusement que son langage était plus soigné. Il croqua à nouveau dans son pain, tout en échangeant un regard complice à l'attention de Tiha qui, pour le coup, était un copain au sens propre du terme. Parce qu'ils partageait le pain, dans un moment de camaraderie et d'intense complicité.

- C'est un fait. Tu m'as redonné la foi et je veux te connaître davantage. Je sais que ça ne sera pas facile pour toi et encore moins pour moi. Il y aura des moments où tu te diras, "mais qu'est-ce qu'il est fragile". Si ça se trouve, tu voudras continuer ta route ailleurs. Si c'est le cas, je veux que tu le fasses. Je ne veux pas que tu aies pitié de moi. Je ne veux pas que tu me ménages. Tu dois tout faire pour que je progresse. Que je m'enhardisse. Que je m'affermisse. Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve. Peut-être qu'on pourrait former un duo de choc, engendrer un clan... Mais une chose est certaine : on a des choses à faire ensemble. Et d'ailleurs, j'y pense, tu as pu faire quelque chose pour mon couteau ?

Sur ces dernières paroles, il accordait à Tiha un regard interrogateur. Sa réponse serait décisive quant à la suite. Pouvait-il lui faire confiance même pour la moindre des commissions ?
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Tiha Ludost
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Sam 21 Avr - 19:39
Irys : 108763
My'trän +2 ~ Zolios
Finalement il ne lui apprit pas grand-chose sur le lieu et bien plus sur lui-même. Il avait su saisir l’opportunité qui était passée devant lui, encore une preuve de ce courage qu’il niait. C’était amusant d’imaginer que la journée ce bâtiment était plein de monde, ou en tout cas plus que ces deux intrus. Cela donnait un peu de consistance à ce bâtiment, comme s’il avait une âme. L’activité de ces hommes et femmes perduraient ici même après leur disparition de la terre comme des mémoires. Tiha aimait le voir ainsi. Chaque individu avait son importance.

Finn ramena son attention sur la nourriture. Une bonne miche de pain qu’elle commença à attaquer dés qu’il les sortit. Si elle avait oublié leur présence, sitôt rappelées à elle, elles avaient éveillé sa faim. Pourtant, elle n’avait guère pris que deux bouchées avant de s’arrêter. Le regard tourné vers son interlocuteur, il en venait aux choses sérieuses, celle qui lui faisait craindre qu’il ne viendrait finalement pas avec elle. Et ce qu’il raconta n’avait rien à voir pourtant elle n’était toujours pas sure de la conclusion. Ni trop d’en quoi penser. Apparemment sa famille avait été comme la sienne, très croyante. Mais lui, au contraire d’elle, n’avait pas suivi les enseignements ; par contre il en avait souffert. Comme elle. Des points communs qui n’aboutissaient pas aux mêmes cheminements. Du moins, Tiha était loin de penser comme Finn, pas encore et peut-être jamais. Ça ne faisait qu’un jour qu’elle avait pris la route, qu’elle avait franchi le cap même si sa révolte était née bien avant. Pour l’instant, elle était loin d’avoir le recul de son voisin. Elle le regardait alors qu’il fermait les yeux prenait une pause dans ses révélations. Son visage avait l’air paisible ainsi laissé à l’abandon.

Le moment emprunt de magie prit fin après un moment inestimable, la normalité reprenant ses droits alors qu’il rouvrait les yeux et attaquait sa propre miche de pain. Un bref regard et les mots coulaient à nouveaux. Allant dans une direction un peu inattendue pour la jeune fille. Enfin, en partie, il avait déjà parlé du fait de s’améliorer plus tôt dans la journée pour mériter sa place. Mais maintenant il lui allouait le rôle de… ? Elle ne savait pas trop, un important en tout cas ! Un qu’elle voulait tenter de remplir pour l’aider, lui qui n’avait rien refusé depuis sa rencontre. Et elle aimait cette idée de former un clan !

« Oui ! J’ai même regardé le vieux Carn faire ! Bon, je pourrais pas le refaire, on a pas les outils… Et puis je suppose que c’est pas facile à faire la première fois. En tout cas tiens. Et fais attention il coupe ! »

Dans son élan plein d’allégresse le pain faillit se retrouver par terre et être perdu pour elle. Pour peu qu’une personne passe dessous elle en aurait été sonné. Mais ça n’arriva pas, elle le retint d’une main tandis que de l’autre elle tendait le couteau par la lame à Finn.

« Et sache que je n’ai aucune raison d’avoir pitié de toi ! Je t’aiderais de mon mieux ! »
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Finn Kalagann
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Dim 22 Avr - 0:49
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Profession : copiste
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Cette journée au déroulement fortuit finissait par prendre une tournure intéressante, nourricière d'un espoir et d'une foi nouvelle chez Finn, fût-elle légitimement fragile et incertaine. Mais cette sensation, de caractère quelque peu volatile, il voulait la capturer, s'en souvenir lors des moments difficiles à venir. Il y pensait presque au point de murmurer. Comme si Tiha, par un regard, pourrait deviner les pensées de Finn, lire dans son âme, à travers le miroir de ses prunelles. Finn baissa les yeux et se saisit de l'ustensile par le manche. Il s'en saisit avec une certaine délicatesse, une certaine prestance, un semblant de rituel imprégnant sa gestuelle. Une fois que sa comparse eût laché la lame, il la porta à la verticale, la pivotant, faisant reflêter la lumière mourrante du crépuscule, le souffle coupé, le regard frappé de stupéfaction. C'était un artéfact magnifique, comme si celui-ci était doté d'une âme. Rien à voir avec ce que le gros Sam pouvait refourguer en échange d'une modique somme d'argent tout aussi méprisable que les biens qu'il entreposait sans grande conviction.

- C'est... Magnifique... finit-il par sussurer dans un souffle à demi-étouffé.

Il porta un index timide sur le plat de la lame, qu'il caressa lentement. La surface était lisse et froide, ce qui en disait long sur l'expertise de son forgeron. Fermant les yeux, il fit danser sa phalange jusqu'à effleurer la pointe de la lame. Une douleur aïgue le ramena à la réalité, alors qu'il observait une goutelette carmin goutter à la point du doigt. La violence était telle que sa vue se rétrécissait et son coeur battait à la chamade. Il avait connu les coups, les humiliations et les contusions. Mais jamais il n'avait versé de sang. Il s'en voulait un peu, quelque part, lui qui lisait tant des romans que des documents historiques où il était question de morts atroces. C'était un fait. Lui aussi y aurait peut-être droit si, un jour funeste, il foulerait les sentiers de la perdition, bravant des voies incertaines et sinueuses aux côtés de ses alliers. Le visage flou de Tiha derrière son doigt entaillé l'incitait à tenir bon, quand bien même les sensations de vertiges se faisaient de plus en plus intenses. Il inspira bruyamment, comme s'il avait été à l'agonie l'espace d'une demi-douzaine de secondes, alors qu'il porta son doigt à sa bouche pour sucer sa plaie. Le fait qu'il suce son doigt devant une fille lui octroyait un air définitivement stupide et ridicule, qui contrastait néanmoins avec le caractère viril de son geste - eût-il été perçu comme idiot par plus d'un honnête gens.

- Je... Merci.

Il n'y avait pas de réel mot pour Finn que d'exprimer sa gratitude. Une chose était sûre, il avait noué un lien. Tiha avait apporté quelque chose à sa vie insignifiante, et il comptait bien le lui rendre. Il replaça la lame dans son étui avec ce même entrain religieux, fourrant le couteau dans sa poche, puis vint placer ses deux mains sur les épaules de Tiha, comme pour solliciter toute son attention. Il n'empoignait ni trop mollement la jeune femme aux cheveux multicolore, ni trop durement ; juste avec la fermeté de celui qui voulait littéralement jouer sa peau, prendre des risques. D'abord le risque qu'elle le repousse.

- Ta confiance me touche. Alors je vais te dire quelque chose que je n'ai dit à personne. Je pense que ce que je vais te dire ne t'étonnera guère, de toute manière... Il marqua une courte pause, ses iris jonglant parmi les deux yeux de Tiha, Quand je vois les nôtres, My'trän, obéir docilement aux Daënastres qui nous malmènent, qui nous déshonorent, qui nous salissent... Je sens brûler en moi une rage consumatrice, un profond sentiment d'injustice. J'ai envie de faire quelque chose. Je me suis posé la même question chaque jour depuis mon arrivée : comment faire ? Je ne suis qu'un manche à sucette disloquable au moindre torrent qui viendrait m'emporter. A la moindre mandale qui viendrait me briser. Mais à côté, toutes ces lectures sur-le-pouce, au clair de Lune, me confortait dans UNE chose : il y a eu par le passé des gens qui ont défié les certitudes du passé, qui ont foulé des bifurcations ensevelies dans des zones d'ombres que personne n'étudiait. Ils ont ouvert la voie et ont bouleversé leur Temps. Je veux faire pareil. Je veux embrasser les voies de la Magie et devenir l'un des meilleurs magiciens - si ce n'est le meilleur - de mon temps. Je veux redonner espoir à notre peuple et le sortir de la colonisation. Je veux pouvoir dire aux nôtres, sans craindre d'être tourné en ridicule : "soyez non violent seulement si on est non-violent avec vous. Mais répondez par la violence à la violence". Je ne vais plus y aller par quatre chemins, Tiha : je veux que les colons fichent le camp d'ici, et si je dois y verser mon sang pour cela, je veux être prêt à le faire, et arrêter de subir toute la colère et la violence d'un monde dans lequel je n'ai pas choisi d'exister !

Ces dernières paroles s'étaient asséchées. On pouvait déceler, dans le timbre de sa voix, une frustration qui fit monter de timides larmichettes qu'il s'efforçait de contenir. Il ôta ses deux mains, gardant ses bras le long du corps, s'efforçant de garder une certaine droiture devant Tiha, histoire de se montrer digne. Pour se rassurer, il attrapa de nouveau sa miche restée sur le muret et croqua une bouchée généreuse, avant de poursuivre.

- Est-ce que tu marches avec moi, ou est-ce que je dois trouver quelqu'un d'autre susceptible d'adhérer à ma vision des choses ?


A l'heure où, aujourd'hui, les âmes s'individualisent,
qui est seul dans son cœur est un individu à risque.
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Tiha Ludost
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Dim 22 Avr - 20:58
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Sa réaction ne la déçut pas ! Le résultat de ses efforts, certes minimes par rapport à ceux du coutelier, était plus que convenable, à la hauteur de ses espérances. Même si Finn se blessa en manipulant la lame. Rien de grave, elle avait déjà plus saigné lors de coups pris à l’arcade sourcilière. Rien de grave et pourtant le regard de Finn sembla être perdu l’espace d’un instant ou n’était-ce qu’une impression ? Elle n’eut pas le temps de s’inquiéter qu’il avait déjà sucer le sang de sa plaie. Et la remerciait, pour ses mots, pour son geste ? Qu’importe, elle était contente, elle sourit, même si c’était aussi pour elle qu’elle avait fait tout ça dans un sens.

De façon étonnante, il lui empoigna ensuite les épaules. Pourtant, elle ne fit rien pour se dégager, elle resta là à le regarder et à l’écouter curieuse de connaître les raisons de cette nouvelle solennité. Encore une fois ses propos parlaient de choses sur lesquelles elle ne s’était pas encore attardée, auxquelles elle n’avait même jamais réfléchi. Était-ce une erreur de sa part ? Son conflit l’aurait-il trop centré sur elle-même ? Ses mots semblaient faire sens, être raisonnable, ils trouvaient même écho dans son être. Son enchaînement d’idée semblait cohérent à ses yeux. Elle n’avait peut-être pas lu autant que lui, ni les mêmes choses, elle savait ce que c’était que de subir sans rien faire, de se voir imposer des choix, une façon de vivre, c’était contre nature. Et c’était un peu ce qui se passait avec les colons non-invités et qui bouleversaient l’environnement des my’trans, non ? Comparer son vécu à celui d’un continent, d’un peuple, était peut-être naïf, voir maladroit mais c’était tout ce qu’elle avait à disposition.

Que dire de l’ambition démesurée de son interlocuteur sinon qu’elle était belle, attirante? Au final, malgré toutes ses auto-critiques, il avait bien plus d’idée sur son futur que Tiha. Ce ne pouvait être un hasard si elle l’avait rencontrée dés le début de son périple ! Les choses se précipitaient depuis sans qu’elle n’eut vraiment le temps de s’arrêter pour réfléchir, pourtant pour rien au monde elle n’aurait voulu changer ce moment.

« Est-ce que tu marches avec moi, ou est-ce que je dois trouver quelqu'un d'autre susceptible d'adhérer à ma vision des choses ? »

La fugueuse fit une moue semi-boudeuse sans vraiment parvenir à s’y tenir. Elle était trop contente. D’ailleurs son ton faussement fâché ne trompait personne. Tant pis, il aurait droit à un grand sourire à la fin.

« Je vais finir par croire que tu cherches à te débarrasser de moi ! Eh bien, ça ne marche pas, tu vas devoir me supporter ! »

Ceci étant dit, elle marqua une petite hésitation avant de lui faire une autre proposition. Mais si elle le suivait dans cette voix autant être honnête et mettre tous les moyens à leur disposition, ils n’en auraient pas trop. Son sourire avait quelque peu fondu, ce n’était pas quelque chose qu’elle avait prévu de mentionner ou même qu’elle aimait.

« Tu sais si tu veux apprendre à te battre je peux te montrer les bases. Même s’il faudra trouver un maître pour le reste. »
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Finn Kalagann
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Ven 27 Avr - 11:09
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Il n'était pas question de se débarasser d'une personne qui avait teinté son quotidien grisâtre, au sens propre comme au sens figuré. L'intervention de Tiha décrocha à Finn une expression d'étonnement. Le front plissé, il s'était arrêté de mâcher, presque de respirer. Dans l'obscurité qui annonçait un couvre-feu imminent, il contemplait celle qui lui offrirait le tremplin vers une existence...

"Je ne veux pas 'me débarrasser' de toi. Au contraire... Si... Si je te dis tout ça... C'est parce que je suis on ne peut plus sérieux. Mais on ne peut pas prendre de décision aussi lourde de conséquence avec un temps aussi restreint."

Après avoir discuté projet et ambitions, il était maintenant le temps des stratégies concrètes, et Tiha s'avéra aux yeux de Finn plus étonnante encore qu'elle ne l'était déjà. Sa dernière phrase fit naître en lui une crainte, mais qu'il devait affronter néanmoins.

"Il FAUT que tu m'apprennes. Et je ne doute pas qu'il me faille trouver un maître pour le reste. J'en trouverai. J'ai le Monde entier pour effectuer mes recherches, alors, ça devrait pouvoir se faire ; si tu accordes ne serait-ce qu'une importance moindre à tes paroles, je suis prêt à faire montre de la plus grande volonté qui soit. Demain, dès la levée du couvre-feu, retrouve-moi devant la boutique. Le plus tôt possible. Apprends-moi à me battre. Apprends-moi ce qu'est la réelle douleur physique. Et surtout, surtout ; apprends-moi à me défendre, à riposter, à répliquer à la violence par la violence. Je ne veux pas que mes pensées ne soient que des pensées... Je... Je veux des actes."

Il s'était manifestement emporté, tant elle avait touché un autre point sensible du rouquin. Il se retira vers la porte du petit balcon en pierre pour l'inviter à la suivre ; il était temps pour eux de quitter les lieux avant que les problèmes inutiles ne se montrent. Finn, quand à lui, marchait en silence, mais bien moins voûté et bien moins trainant que depuis ce matin. Pour autant, il ne bombait pas non plus le torse. Il observait les timides étoiles qui se figeaient dans un ciel nocturne. Avec cet espoir mêlée à l'appréhension naturelle du lendemain, du futur.

Revenu à leur point de départ, devant la boutique "Chez Sam' Lécasse", il fit face à Tiha une ultime fois, lui accordant ces derniers mots comme une promesse :

"Demain. Ici. Première heure."

Il avait envie de lui dire "s'il te plaît", quelque part. Mais il parait que les hommes se devaient d'être fermes dans leur propos et, surtout, de faire face au devoir - aux conflits aussi - sans se retourner pour regarder en arrière. Alors il accorda un signe de tête à Tiha avant de s'en retourner dans sa bâtisse austère et poussiéreuse, sans lui accorder un autre regard, résolu à affronter un lendemain difficile.


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