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Chroniques d'Irydaë
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Si malgré cela, des doutes subsistent, n'hésitez pas à adresser vos questions aux Administrateurs.

En vous souhaitant une agréable visite !




 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Rathram
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 La loi de la jungle

Flavien Teleri
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Mer 4 Avr - 23:38
Irys : 728249
Profession : Soigneur itinérant - Guérisseur
My'trän +2 ~ Chimères
Il y avait de ces idées qui vous semblaient bonnes jusqu'à ce que vous les mettiez à exécution. Cette après-midi, Flavien avait été confronté à une telle idée en s'offrant quelques heures de libre pour aller visiter le salon animalier qui parcourait la région. D'après ce qu'il avait entendu dire, il s'agissait d'une sorte de foire qui mettait en avant les différents membres de la faune régionale de My'trä, offrant aux visiteurs l'opportunité de se documenter sur les nobles créatures qui peuplaient la terre natale du soigneur. Tout nomade qu'il était, Flavien avait quelque peu le mal du pays : pouvoir se ressourcer auprès de ressortissants de sa patrie allait lui faire le plus grand bien.

Evidemment vous l'aurez compris, s'il se retrouvait la nuit même à observer de loin le terrain occupé par les forains avec un œil critique, les yeux plissés dans un vain espoir de distinguer les formes qui se cachaient dans la pénombre, c'était sans doute que sa visite de plaisance ne s'était pas aussi bien déroulée que prévu. Le campement n'était pas plongé dans l'obscurité, mais actuellement ce n'était pas les installations bien éclairées qui l'intéressaient.

Il était de ces idées d'apparence excellentes mais qui s'avéraient tout sauf telle. Flavien avait eu l'occasion de se retrouvé confronté à l'une d'elles.

C'était d'un pas rapide qu'il s'était rendu sur place en début d'après-midi. Avoir l'occasion de se reconnecter avec sa My'trä natale tout en échangeant avec d'autres passionnés de la faune était une raison suffisante pour braver son aversion des foules et se risquer à emboiter le pas à de nombreuses familles Daënares pour se rendre à l'exposition qui venait de jeter l'ancre aux abords d'un petit village -qu'il aurait plutôt qualifié de ville- à quelques kilomètres de Cerka. Le salon animalier avait fait un tabac dans la capitale et de nombreuses personnes de passages au refuge avaient brièvement mentionnées qu'elles y jetteraient un coup d'œil. Les différents stands avaient été installés l'espace de quelques jours avant d'être démontés pour être reconstruit plus loin et le soigneur s'était promis de passer par cette foire avant qu'elle ne change de région.

Son premier salaire hebdomadaire en poche, il avait payé son ticket d'entrée et avait suivi la foule jusqu'au cœur de l'exposition.

Flavien n'était pas resté un quart d'heure qu'il avait ressenti un important malaise. Ni la foule ni la technologie n'était responsable de son mal-être et c'est méfiant que le nomade s'engagea dans la visite. Il lui suffit d'arriver auprès du premier stand pour comprendre ce qui n'allait pas.

Enfermé dans un enclos bien trop petit pour une créature de son envergure, enchainée à l'aide d'un métal qui lui faisait courber l'échine sous son poids, un Dalavoï observait misérablement la foule qui se pressait devant le petit espace qu'on avait bien voulu lui accorder. Nerveusement, la créature balayait l'air de sa queue, décoiffant certains badauds imprudents. La foule recula et un murmure fit frissonner l'assemblée. Flavien aussi frissonna, mais pour une toute autre raison.

- Mouais. Il a pas l'air tellement terrible ce machin.
- T'es sûr ? Il est énorme... Qu'est-ce qui te dit qu'il ne te boirait pas sous ses griffes ?

Les commentaires mal informés ne le firent pas grandement tiquer. Il avait l'habitude de rencontrer des personnes qui n'y connaissaient rien à la faune, d'autant plus à une faune étrangère. Il n'y avait qu'à voir ceux qui le fuyaient à cause de sa Tairakh, simplement à cause des légendes qui lui était associées. Les responsables ici présents allaient certainement dissiper tout malentendu. Il n'y avait pas plus doux et joueur qu'un Dalavoï.

- Ne vous y trompez pas !, Marmonna une femme à l'air effrayée, Il est écrit ici que ces dragons sont de vicieux carnivores, tout comme leurs cousins Dragons !
- Vraiment ? Quelle horrible bestiole.

Abasourdi, Flavien se rapprocha du panneau indicatif pour se renseigner à son tour. Il connaissait ces créatures, alors pourquoi...? Le nomade ne prit pas la peine de terminer sa lecture. Un ramassis d'ânerie, voilà tout. Les Dalavoï étaient décrits comme des créatures dangereuses, ce qui était loin d'être le cas.

Une interrogation lui serra la poitrine alors que le doute grandissait en lui. Sans s'attarder sur les nombreux stands présents pour forcer les visiteurs à acheter de douces sucreries ou des petits gadgets souvenirs, il fit le tour des pensionnaires. A chaque rencontre, son malaise ne faisait que grandir. Colère, peur et souffrance grondaient dans le cœur de ces bêtes. Le sien battait en unisson avec celui de ses camarades captifs.

Les poings fermés et la mâchoire serrée, le nomade tourna les talons et s'éloigna à grands pas de cet endroit de malheur. Les forces de l'ordre étaient présentes un peu partout en cette période d'affluence et bien qu'il ait toute les raisons de les interpeller et bien assez d'arguments pour prouver sa bonne foi, il n'était pas dupe. Sa parole n'avait pas vraiment de valeur en ces terres et Flavien n'était pas certain d'avoir assez de patience en réserve pour expliquer clairement aux autorités que ces créatures étaient toutes traitées de la pire manière qui soit.

Évidement qu'elles étaient vicieuses, facilement irritables et dangereuses ! Elles manquaient d'espace, de nourriture, voire pour certaines de compagnie. Clairement, ceux qui géraient cette foire avaient simplement à cœur de réaliser un profit. Si, ce faisant, ils pouvaient ternir l'image de My'trä, la victoire ne serait que plus douce.

Flavien n'allait certainement pas les laisser s'en tirer aussi facilement.

Nous voici donc quelques heures plus tard, la nuit tombée. Une seule pensée occupe l'esprit du soigneur et donc des deux familiers qui l'accompagnaient, sévères et silencieux comme rarement : libérer ces créatures innocentes du joug de leurs tortionnaires.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »

Flavien Sienna / Aquila DarkOrchid / Selmac LightGreen / Hua Yellow / Khi'del #cc99cc

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Süns
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Sam 21 Avr - 19:48
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~~~

La pénombre enveloppa la foire animale d’une atmosphère austère comme pour révéler le vice et la souffrance qui luttaient en silence à chaque détour de ses allées de poussière. Des individus de toute classe sociale et de tout âge confondus s’y précipitaient, mais à l’heure où la nuit noircissait l’immensité du ciel, les plus nantis et les plus coquets se retiraient, avec raison. L’exposition tranquille laissait place au spectacle renversant, la curiosité cédait le pas à la furie, et la violence des mœurs malignes se substituaient à la candeur effacée. Nul enfant, si ce n’est quelques orphelins peut-être, n’avait résisté au crépuscule. On n’y trouvait plus que l’homme moyen, parfois soûlard, souvent fêtard, qui se mêlait aux clameurs, et quelques retardataires qui se hâtaient vers l’extérieur.

Il y avait toujours deux facettes à ce type d’événement, et l’on s’apprêtait à prendre part à la seconde, la face obscure et inquiétante, quoique plus révélatrice de la nature humaine. Les dragons avaient cessé de mugir, les tairakhs de ronfler, les griffons de faire les pitres, et le dalavoï éreinté s’était roulé en boule dans le petit espace qui lui était réservé.

Tout dans sa position irradiait l’inconfort et le mal-être.
Son cou trop long était tordu dans un angle singulier, manifestement incommodant. Ce n’était plus le métal qui le maintenait au sol, mais un mélange déchirant de solitude et de dépit. Il s’était résigné à sa captivité, aux regards intrusifs des visiteurs, à la faim rugissante qui brûlait son estomac.

A plusieurs dizaines de mètres de l’entrée principale, loin du gros de la foire et des oreilles indiscrètes, son propriétaire engageait une vive conversation avec son associé. Elle durait depuis déjà une bonne dizaine de minutes, et ce dernier commençait à céder à ses assauts pour le moins insistants et présentés avec l’aplomb de l’ignorant pédant.

    « J’te dis que ça suffira pas, il faut voir gros pour gagner gros.
    - Et s’il meurt, on gagnera plus rien du tout.
    - Tu sais c’est quoi ton problème, Nass’ ? ‘Te manques une paire de couilles. C’est pour ça qu’tu galères à trouver une meuf d’ailleurs.
    - Le sexe ça s’achète, c’est pas comme une cervelle.
    - Tu dis quoi là ?
    - Rien, fais-le ton combat, Herek, mais si la bête crève c’est pour ta pomme.
    - Haha, c’est pas trop tôt, mon vieux. Ce soir, on devient riches, toi et moi. »


Il ponctua ses dires d’une tape amical sur l’épaule de son associé, qui se cantonnait par ailleurs au rôle de sous-fifre malgré leur aval égal sur leur petite entreprise. Il est des caractères forts et des âmes fébriles, et les uns sont le fléau des autres.

Herek s’y connaissait en combats animaliers, davantage qu’il ne connaissait le caractère de son partenaire. Il avait supervisé pendant quatre ans des luttes animales interraciales mais toujours dans la catégorie poids plume. Il n’avait en effet aucune espèce idée que les dégâts sur petits gabarits -tout au plus la mort des bêtes participantes, que ce soit des poulets, des chiens ou des bunnalix- prenaient de l’ampleur une fois appliquée à de fières et massives créatures des cieux ! Faites combattre un griffon et un dalavoï, et le ciel vous tombera probablement sur la tête. Et vous l’aurez si j’ose dire mérité ; ces créatures joueuses ne méritent pas d’être engagés dans un combat à mort.

Par ailleurs, il ignorait bien que Nass’ abhorrait très personnellement la violence, et n’avait accepté la proposition que pour subvenir aux besoins de sa famille et dans l’espoir que son comparse lui ficherait enfin la paix. Herek, le jeune costaud au cœur avare, renversa les cendres de sa pipe au sol avant de se tourner vers son partenaire, un peu plus corpulent que la moyenne et également plus petit.

    « Tu t’occupes de répandre la nouvelle, faut qu’tout le monde ramène son cul à ce combat si on veut qu’les paris montent !
    - Et toi dans l’histoire ?
    - J’m’occupe des miliciens, pardi. Tu préfères t’occuper d’la corruption p’t’être ?
    - Non, non, je…
    - Alors va faire la pub plutôt qu’poser des questions ! »


Sur cette injonction peu sympathique, à l’image du personnage qui l’avait énoncée, Nass’ prit congé pour rejoindre la foire et prévenir les annonceurs du combat à venir. Herek lui, fut pris d’une quinte de toux, mais il ménagea néanmoins quelques minutes pour refourrer sa pipe de tabac de bonne facture avant d’aller soudoyer la garde en pots-de-vin plus grassouillets que Nass lui-même.


~~~




La mort révèle l'amour, c'est l'inconsolable qui pleure l'irremplaçable.
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Flavien Teleri
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Sam 28 Avr - 23:38
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Profession : Soigneur itinérant - Guérisseur
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Flavien enfui ses mains au fond de ses poches, observant le départ des familles qui se pressaient vers la sortie de la foire, réalisant l'heure tardive et désireuses de retrouver le confort de leur demeure maintenant qu'un vent frais se levait sur Rathram, faisant danser les flammes des quelques lanternes qui avaient été installées dans les allées pour rendre l'atmosphère plus cossue en fin de journée et guider efficacement les visiteurs sur le chemin du retour.

Rester dans la pénombre promettait d'être difficile : malgré l'heure avancée et les dernières familles qui quittaient les lieux, les lanternes éclairaient efficacement les allées. Pour se glisser discrètement jusqu'aux cages des créatures prisonnières Flavien allait devoir attendre encore un peu, le temps que les retardataires suivent l'exemple et offrent enfin un semblant de paix aux êtres torturés qu'on maintenait captifs ici.

Les paroles en l'air d'un enfant bien trop jeune pour être encore debout à une telle heure firent grincer les dents du soigneur qui serra brièvement les poings dans ses poches avant de les relâcher en même temps que la pression. Maintenant n'était pas vraiment le moment idéal pour se faire remarquer en reprenant sèchement un enfant qui n'avait aucun moyen de réaliser la grossièreté de son discours.

L'évidence n'empêcha pas le My'trän de grimacer lorsque le père du jeune garçon décoiffa son fils tout en annonçant haut et fort qu'il le protégerait des grands méchants Griffons, ajoutant avec un rire bourru et tendre qu'il tordrait le cou à ces oiseaux de malheur lui-même s'ils osaient s'approcher de la prunelle de ses yeux.

Flavien secoua la tête, exaspéré. Seule Hua, actuellement perchée sur son épaule, fut témoin de son commentaire acerbe. La Tairakh, toujours bon public, ricana lorsque son maître grommela que c'était plutôt à ses propres prunelles que l'homme devrait faire attention s'il comptait s'en prendre à un griffon à mains nues. C'est donc enveloppé du rire léger de son familier que le soigneur décida de faire le tour du propriétaire en veillant à rester dans la pénombre.

Les rares employés de la foire s'activaient à guider le public vers la sortie avec toute l'amabilité de ceux qui travaillaient dans le service aux usagers mais qui ne rêvaient plus que de rentrer chez eux pour dormir quelques heures avant de reprendre leur service. Occupés qu'ils étaient à dénicher les derniers visiteurs, ils ne prêtaient nullement attention à ce qui se passait en périphérie de la foire. Après tout, une fois qu'ils avaient dépassé son enceinte, les visiteurs n'étaient plus à leur charge.

Se faufilant entre les baraques et les déchets que certains visiteurs irrespectueux avaient laissé trainer dans les zones réservées à la petite restauration, le My'trän fini par arriver aux abords des enclos. Caché dans l'ombre d'un cabanon, il fit signe à Hua de se faufiler jusqu'aux cages pour lui dresser le tableau. Il projettait de libérer toutes les créatures qui avaient été arrachées à leur habitat par la cupidité des Hommes, mais il n'était pas vraiment resté assez longtemps dans cet endroit de malheur pour faire le point sur le nombre de créatures que cela représentait. Hua intervenait à présent pour corriger cette négligence.

La petite Tairakh était d'une discrétion aussi létale que pratique, se faufilant aisément jusqu'aux enclos des captifs qui ne lui accordèrent pas la moindre attention. Une atmosphère morose régnait ici en maître. Deux Dragonnets, à peine quelques années d'âge à en juger par leur petite taille, se disputaient la place dans une sorte de nid fait de paille. Sur eux veillait une Dragonne qui avait l'air de s'être coupée du monde extérieur, observant amoureusement ses enfants sans faire aucun effort pour panser la plaie suintante de sa queue meurtrie. A force de frapper celle-ci contre la chaine qui la maintenait clouée au sol, le reptile s'était sévèrement blessé.

Cinq Tairakhs étaient mélangés dans des enclos beaucoup trop petits pour ces animaux qui préféraient une vie de couple solitaire. Deux couples soudés s'étaient formé tandis qu'un Tairakh solitaire dormait dans un coin plus à l’abri des regards. Deux Griffons faisaient la toilette de leurs ailes en silence. Sans s'ignorer vraiment, il était clair que les deux créatures n'étaient pas particulièrement complices en dehors du jeu. La nuit tombée, ils ne faisaient aucun effort pour s'aider l'un l'autre, proches uniquement pour éviter de se refroidir davantage. Les chaines qui les empêchaient de filer à travers le ciel les empêchaient de se dépenser autant qu'ils le souhaitaient, faisant d'eux des créatures nerveuses.

Pour finir, Hua s'approcha de l'enclos du Dalavoï, pièce maîtresse de l'attraction. Ce dernier avait les yeux clos mais ne dormait pas. Hua l'aurait sentit si la créature avait été plongée dans le sommeil. Non, le Dalavoï ne dormait pas, il n'essayait même pas de se reposer. Le sommeil ne lui venait plus naturellement depuis quelques jours déjà : il ne s'endormait qu'à bout de force, une fois la lutte contre le sommeil perdue. Enchainé au sol, il faisait à peine l'effort de courber l'échine pour éviter que le collier qui serrait son cou ne creuse pas sa chaire.

Hua s'approcha prudemment du Dalavoï, Flavien souhaitant en savoir plus sur l'état de la créature. Le reptile entrouvrit les yeux en sentant le regard insistant d'Hua sur lui. Il souffla doucement, brièvement. La petite Tairakh le dérangeait, il voulait être seul. Une première pour cet être sociable et joueur.

Khi'del était âgé de cinquante ans. Jamais en autant d'année, le Dalavoï n'avait-il souhaité être seul, pourtant la solitude était tout ce qu'il pouvait espérer depuis quelques jours. Curieux de tout et plus aventureux que ceux de son groupe, c'est d'abord avec entrain qu'il se joignit à ceux qui allaient devenir ses tortionnaires. Au moment où les Hommes avaient passé un fer autour de son cou, le Dalavoï se savait perdu. Il avait lutté pour sa liberté, avant de finir par se braquer en réalisant que toute rébellion de sa part se solderait par une explication douloureuse avec celui qui disait être son maître.

Aujourd'hui, entre les cris des enfants impressionnables, petits comme grands, et les friandises lancées en guise de moquerie sur son plumage autrefois soyeux, Khi'del regrettait les hauts-plateaux My'träns qui l'avaient vu grandit et s'épanouir. Il lui arrivait souvent de gratter la terre de ses courtes pattes, comme il aurait pu le faire pour aiguiser ses fines griffes sur les rocheuses. La terre humide se dissolvait sous ses coups. Rien ici ne lui rappelait sa patrie.

Le Dalavoï croisa le regard d'Hua et, après un court moment passé à la regarder, il se désintéressa complètement d'elle et lui tourna le dos. Hua cligna délicatement des yeux. Rares étaient les créatures qui se détournaient du regard d'un prédateur.

" Hua ? Que se passe-t-il ? "

Flavien, évidemment. Son trouble avait dû se ressentir à travers leur connexion.

" C'est rien. Je...  ", Répondit-elle rapidement avant de s'arrêter brusquement, " Attends. J'entends quelque-chose.  "

La Tairakh tendit les oreilles. Une conversation nerveuse provenait de quelque-part dans les environs. Elle se faufila à travers les enclos jusqu'à identifier les deux hommes à l'origine de cet échange bien trop sérieux pour être le dire de simples visiteurs qui s'éternisaient tard le soir.

La foire était déserte à présent, ils n'avaient plus rien à faire ici. Grimpant habilement le long d'un tronc, elle se percha au-dessus des individus pour écouter leur conversation. Il ne lui fallut pas bien longtemps pour comprendre la situation. Sans attendre que les hommes concluent leur échange, elle se glissa au sol et rejoignit Flavien le plus vite possible sans se faire remarquer. L'anxiété qui colorait leur lien provenait autant de son maître que d'elle-même.

" Que s'est-il passé ? Tu vas bien ?  "

La question de son maître avait fusée à peine la Tairakh s'était-elle réfugiée dans ses bras.

" Ils organisent un combat !  "
" ...Quoi ? Un combat ?  ", Répéta le soigneur, incrédule, " Mais de quoi tu parles ?  "
" Ils vont forcer des créatures à se battre entre elles ce soir !  "
" Quoi ?  "

Cette fois, ce n'est pas l'incompréhension qui motiva la question, mais bien l'incrédulité mêlée de colère du soigneur.

" Il faut empêcher ça.  "
" Mais comment ?  "

La question d'Hua resta sans réponse. La petite carnivore pouvait sentir le doute qui serrait la poitrine de son maître à mesure qu'il se rapprochait de l'entrée principale et elle se cacha dans la poche du manteau de Flavien avant que celui-ci ne s'engage sur l'entrée de la foire. Le lieu qui se vidait lorsqu'il l'avait quitté, semblait avoir retrouvé une seconde vie. Quelques personnes se pressaient déjà vers l'entrée. Les familles n'étaient plus de sortie en cette sinistre soirée : un tout autre type de public s'engageait vers l'entrée de la foire.

Flavien resta là un moment, les bras ballants. Si Hua disait vrai... Que faisaient-ils tous ici ?


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Flavien Sienna / Aquila DarkOrchid / Selmac LightGreen / Hua Yellow / Khi'del #cc99cc

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Süns
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Mer 4 Juil - 19:39
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Une nouvelle foule se pressait à l’entrée, plus sinistre, moins apprêtée. Leur motivation n’était pas les bêtes en exposition, mais l’exposition de leur propre bestialité. Un garde inquiet, dépassé par les événements mais grassement payé pour sa contribution, sommait les nouveaux venus de se rendre à l’arène. En temps normal, lorsque le soleil rayonnait encore, elle servait aux spectacles d’oiseaux et créatures ailées en tout genre. On pouvait se faire caresser l’arrière du crâne par la serre d’un vautour ou d’un Tsokhoor apprivoisé, guetter le bruissement des plumes de tout le spectre coloré, écouter les hululements et les piaillements les plus exotiques qu’il soit. Tout cela sans le moindre débordement hostile ou acte de violence…

Pour l’heure toutefois, les ténèbres octroyaient au lieu une ambiance plus inquiétante, à peine tamisée par les quelques torches que l’on s’évertuait à enflammer. A quelques détails près, on aurait pu jurer que cette masse d’hommes s’apprêtait à lancer la prochaine grande révolution populaire.

Les paris battaient leur plein pour le plus grand bonheur des organisateurs ; l’argent circulait à flot et sans entrave, était dûment comptabilité et inscrit sur le registre. Du Dalavoï et du Griffon, qui serait le plus sauvage, le plus féroce, le plus meurtrier ? Le public avait de toute évidence été dupé, et ne s’en plaignait pas. Pour encourager les adeptes de jeux, on lui avait vendu les plus terribles créatures de l’autre continent ! Ses attentes seraient par ailleurs contentées, uniquement par supercherie.

Attachés par l’encolure, les deux participants se révélaient en piteux état pour l’œil aguerri. Les plus ignorants mettraient leurs nombreuses croûtes et leurs quelques défauts de démarche sur le compte de leur caractère belliqueux, plutôt que sur le mauvais traitement de leurs propriétaires et des cages trop exiguës. Les oiseaux se dévisageaient sans conviction, leur attention happée par les humanoïdes qui s’amassaient et la faim qui taraudait leur ventre au point d’y provoquer des torsions invivables.

    « Ils vont s’entretuer, Herek, c’pas une bonne idée.
    - Nass’, par la barbe du gouverneur, lâche-moi les basques !
    - Tu m’avais assuré qu’on préserverait les animaux.
    - Et t’appelles ça quoi, satisfaire leurs instincts primaires ? Regarde-moi notre p’tit Dalavoï comme il le défie du regard ! Allez mon oiseau, défonce c’te parodie d’aigle ! »


Nass’ se renfrogna sur lui-même, marmonnant dans sa barbe des mots de vaine protestation. Il avait beau avoir besoin de l’argent, chacun des aspects de leurs activités attristaient son cœur de quidam honnête et un peu sot sur les bords. Les rugissements d’impatience autour d’eux s’intensifiaient à mesure que l’alcool affluait. Les bêtes s’agitaient nerveusement, paniquées par le trop-plein de bruit autant que par l’attention démesurée dont on leur faisait présent.

    « On lancerait pas l’affaire, les gars ? »


Le propriétaire du griffon était intervenu, avec la même intonation d’excitation dans la voix que son homologue. La furie d’une foule, ça vous contaminait plus aisément que la peste ! Herek fit une tape sur l’épaule de son acolyte pour donner le signal de lancer les festivités. Evidemment qu’il devait se charger de la sale besogne… ! Demain, après-demain, un jour peut-être, il se rebellerait contre cette tyrannie sans nom.

C’est pourtant fort docile qu’il chargea du gibier sur son épaule, et le jeta dans la large arène en contrebas, à une distance respectablement équitable entre ses deux occupants. Ceux-ci redressèrent immédiatement la tête, aux aguets, et les effluves de viande fraîche leur parvinrent bien avant qu’ils ne repèrent le maigre morceau de viande - une biche anorexique ? Ni une, ni deux, ils s’élancèrent vers l’objet de leur convoitise, l’un battant des ailes pour décoller un peu, mais davantage gêné par ses chaînes que favorisé par son initiative. C’est d’ailleurs le griffon qui atteignit la nourriture en premier, plus à l’aise sur la terre ferme. Son bec fendit sur la nourriture tant espérée à l’instant où le Dalavoï le percutait de plein fouet, emporté par l’inertie de sa course et la violence de sa fringale.

A affamer deux des créatures les plus joviales d’Irydaë, on en fait des êtres méfiants et prêts à tout pour leur survie. Le griffon s’écroula sur le côté, et ce simple instant de vulnérabilité qui l’éloignait de sa pitance provoqua en lui une rage indicible ; il poussa un rugissement atroce, à l’image de son mécontentement, à en faire trembler les gradins supérieurs. Sans attendre que le Dalavoï ne réitère son attaque – ce qu’il n’aurait de toute évidence pas fait vu sa douceur coutumière -, il chargea, les serres en avant.

Il s’en fallut de peu pour que Khi’del glisse entre ses pattes par quelques coups d’aile bien placés. Plus majestueux que jamais, il s’envola vers les cieux, et l’on put ressentir les courants d’air que créèrent ses membres ailés à plusieurs mètres à la ronde. Son instant de gloire et de magnificence fut bref, le collier d’acier qui lui enserrait le cou le rappela soudain à la réalité, et à la bassesse de ce monde. Le choc le fit basculer en arrière et tomber sur le griffon bien décidé à en découdre qui s’était envolé à sa suite.

L’affrontement aérien se composa alors de morsures et de griffures, de coups d’aile incertains pour se maintenir à quelques mètres du sol, de cris de la foule se mêlant à ceux des bêtes. Une sorte de démence s’infiltrait dans l’air, et il fallait abandonner un peu de sa raison et de sa sensibilité pour le respirer. Chaque hurlement de souffrance arrachait un cri de ravissement de l’audience. Rien n’est plus inhumain que l’humain lui-même.

    « Herek, il va crever, j’te dis. »


Les deux créatures s’étaient écroulées, incapables de demeurer en l’air. Le griffon avait affalé tout son poids sur son adversaire, et le Dalavoï se débattait à présent pour ramper hors de son étreinte, mais il lui labourait les écailles. Réticent à l’idée de blesser, il fut cependant contraint de riposter pour défendre sa vie. Avec une brutalité qui lui correspondait peu, il plongea gueule béante dans l’encolure du griffon et serra sa mâchoire, jusqu’à goûter son sang qui perlait sur ses plumes. Il le fit alors basculer sur le côté, maintenant à sa merci.

    « OUI ! C’est bon ça !
    - Relève-toi feignasse ! »


Nass’ avait blêmi à vue d’œil, sautillant d’un pied à l’autre tant son angoisse était palpable. Il ne pouvait s’empêcher de ressentir un soulagement coupable, que sa propre bête fût vainqueur, mais cela ne faisait qu’ajouter à sa honte. Le Dalavoï victorieux se jeta d’ailleurs sur le pauvre morceau de viande responsable de tout ce chahut et le dévora presque intégralement en une bouchée. D’interminables minutes d’hostilités résultant à deux secondes de plaisir.

    « Raah je suis ruiné ! Comment j’vais r’mettre c’te bête sur pattes ?
    - C’est l’jeu mon vieux ! En attendant, c’moi qui paye la tournée haha ! Nass’, va t’occuper de notre brave combattant et mets-lui une double ration pour l’effort !
    - Célébrez sans moi, j’vais essayer d’ranimer mon griffon, moi ! »


La foule se dissipait, rassasiée. On la dirigeait à présent vers d’autres attractions macabres, d’autres combats notamment. Nass’ se chargeait donc de mener sa bête hors de l’arène à renfort de nourriture pour l’appâter et calmer ses pulsions meurtrières, tandis que l’autre badaud allait constater l’état de sa bête.

Score sur l’échelle de gravité des blessures a écrit:
> Griffon : 10 <


1 : La blessure est bégnine, le griffon a simulé son mal pour mettre fin au combat.
20 : Etat critique, il ne lui reste probablement que quelques minutes à vivre dans cet état.

> Dalavoï : 8 <


1 : Il sort du combat pratiquement dans le même état que précédemment.
20 : Graves blessures, susceptibles de dégâts irréversibles sur le long terme mais ne le mettant pas en danger de mort dans l’immédiat.


Arrivé au niveau du griffon, qui reposait toujours sur le flanc, pantelant, il put constater que la blessure au cou était plus profonde qu’il ne l’espérait, tandis que les autres demeuraient tout au plus superficiels. Il poussa un soupir exaspéré, et déballa le nécessaire disponible pour panser quelque peu sa plaie. « Le griffon au collier », s’il l’arrangeait bien cela pouvait toujours faire fureur ! Un nouveau soupir d’exaspération échappa ses lèvres. Son protégé était mal en point.

A quelques pas de là, Nass’ tirait sur les liens du Dalavoï, lequel se montrait des moins maniables, tout préoccupé par l’état du griffon qu’il avait mis hors de combat. Même l’instinct ne justifiait pas une telle violence entre races amicales par nature. Finalement, Nass’ parvint à passer la sortie de l’arène. Lui aussi aurait des plaies à panser, la plupart n’étaient pas bien profondes, mais les serres avaient lacéré son corps reptilien et il vibrait de douleur. Fort heureusement, le terrain vague où l’attendaient ses compagnons en cage ne se situaient qu’à quelques dizaines de mètres de là.


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Flavien Teleri
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Lun 27 Aoû - 0:58
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Profession : Soigneur itinérant - Guérisseur
My'trän +2 ~ Chimères
La machine était bien rodée : nul doute que les forains n'en étaient pas à leur coup d'essai en ce qui concernait leur petite affaire nocturne. Le public répondait à l'appel, s'avançant lentement vers l'arène aérienne dont les spectacles étaient sûrs de mettre un sourire sur le visage des enfants en journée. Flavien assistait, impuissant, au défilé de ces hommes et femmes qui se pressaient vers les gradins dans l'espoir de s'approprier les meilleures places pour assister au combat à venir.

Flavien suivit le mouvement, ses familiers collés tout contre lui une présence rassurante dans ce moment de confusion. En prenant place dans les gradins il espérait encore avoir mal saisit les dires des deux hommes : peut-être avait-il simplement mal interprété ce qu'ils espéraient de leurs compagnons ailés. Personne ne pouvait être aussi cruel, et certainement pas envers des créatures aussi douces que les deux spécimens qui étaient trainés de force vers l'arène.

Le début des réjouissances arriva bien vite et les minces espoirs auxquels s'accrochait encore le My'trän fondirent comme neige au soleil lorsqu'un maigre morceau de viande fut lancé entre les deux bêtes affamées. Les hurlements d'encouragement des spectateurs, avides de violence, lui donnait davantage envie de se boucher les oreilles que les cris de désespoir des deux combattants malgré eux. Amaigris et terrifiés, ils n'étaient que l'ombre des créatures qu'ils avaient été avant d'être entrainés dans cette tragédie. Chaque parcelle de leur être était un rappel aux sévices subis : de leurs ailes partiellement déplumées aux nombreuses blessures qui zébraient leur corps, ils n'avaient rien de combattants aguerris et tout de créatures craintives et acculées.

En un sens, le Griffon et son frère Dalavoï étaient plus dangereux en cet instant que n'importe quelle créature entrainée aux arts de la guerre. Ils ne réglaient pas leurs conflits par la violence, ils n'en avaient pas l'habitude. Leurs actes étaient dictés par la faim et le terrible instinct de survie qui leur sommait d'user de tous les moyens nécessaires pour se nourrir, ne serait-ce qu'un tout petit peu.

Flavien serra les poings en observant le combat qui faisait rage, maintenu en place par la présence rassurante de Selmac qui l'invitait à rester calme. Il savait parfaitement qu'il ne pouvait rien faire pour le moment, qu'il risquait de s'attirer des ennuis s'il descendait deux à deux les marches et de sauter par-dessus la barrière protégeant l'arène pour s'interposer entre les deux créatures et mettre fin à ce carnage comme il en avait envie. Alors, à défaut de pouvoir faire quoi que ce soit, il serra les poings avec un peu plus de force.

Contrairement à son habitude, Hua était silencieuse. La Tairakh était une carnivore, avide de sang et toujours prête à se jeter sur les proies les plus faibles. Un tel spectacle aurait dû mettre à mal son calme et pourtant, assister à un tel combat n'avait rien d'excitant aux yeux de la petite boule de nerfs. Seul le dégoût la submergea lorsqu'elle huma les premiers effluves de sang. Si la chasse avait quelque-chose de noble, cette parodie d'affrontement lui donnait simplement la nausée.

Le soigneur n'eut qu'une envie en voyant les créatures entravées par des chaines s'élancer dans les cieux pour être aussitôt rappelées à leur condition : faire payer leur cruauté à celles et ceux qui ricanèrent dans l'assemblée face à leurs cris de panique. S'il avait été accompagné par Tananga il n'aurait pas donné cher de leur peau. Il avait bien du mal à contrôler les pulsions meurtrières de cette créature sadique et une voix sombre lui disait qu'il n'aurait même pas cherché à apaiser l'Aimshgiin si elle avait eu le malheur de se trouver auprès de lui. Cette pensée le terrifia presque autant que la vision du Dalavoï plongeant ses crocs dans le cou fragile du Griffon.

La victoire revint au Dalavoï qui se jeta sur le morceau de viande avec avidité avant que la monstruosité dont il avait fait preuve ne le heurte de plein fouet et qu'il cherche à s'assurer du bien être de son compagnon de malheur. Sa bonté fut bien évidemment mal interprété par les badauds qui se mirent à siffler, admirant la ténacité de ce combattant avide qui non content d'avoir remporté le prix, souhaitait visiblement achever son opposant.

Les instigateurs de cet affrontement disgracieux séparèrent les bêtes avant d'inviter l'assistance à se diriger vers un autre secteur de la foire pour de nouvelles réjouissances. Rapidement, les gradins se désemplirent, laissant Flavien comme seul spectateur des suites du combat. Le Griffon était trop faible pour quitter l'arène avant de recevoir les premiers soins, quant au Dalavoï il fut tiré au loin, certainement pour rejoindre son enclos.

Sans réfléchir à ses actes, Flavien rejoignit l'entrée de l'arène, se glissant derrière le maître du Dalavoï pour rejoindre le Griffon mal en point et le simili d'homme qui lui servait de maître. Il ne pouvait pas laisser la créature se vider de son sang comme il était presque sûr qu'elle le ferait si elle n'était pas correctement soignée. Les dents de Dalavoï étaient aussi petites qu'aiguisées, capables de briser le cou d'un blaireau d'une simple pression de la mâchoire. Le Griffon souffrait visiblement et son maître, s'il osait l'appeler ainsi, n'avait pas l'air de savoir ce qu'il faisait.

Occupé à inspecter la blessure de la créature mal en point, l'homme ne remarqua pas son arrivée avant qu'il ne s'accroupisse près de lui et que son Griffon ne l'avertisse, paniqué par cette présence inconnue. Pauvre créature, offrant sa loyauté à un homme qui était loin de la mériter. Flavien était presque sûr qu'ils n'étaient plus que tous les deux et une petite fraction de son être le poussait à en profiter pour saisir à la gorge le propriétaire indigne, mais il n'ignorait pas qu'il était complètement impuissant face aux lourdes chaines qui entravaient l'animal.

- Le bureau des plaintes est fermé mon gars. Grogna l'homme, T'avais qu'à parier sur l'autre emplumé, c'est l'jeu.
- C'est le jeu..., Répéta Flavien, atterré, avant de se ressaisir, Non. Je voulais m'assurer qu'il va bien.
- Bah. Il a la tête dure !, Répliqua l'homme qui épongeait le sang qui s'échappait de la plaie, Tu peux parier qu'la prochaine fois il lui f'ra la peau !

Un frisson fila le long de l'échine du soigneur à l'idée qu'il puisse y avoir une prochaine fois. Il l'ignora du mieux qu'il put.

- Ecoute, j'ai mon bestiau à remettre sur pattes là, on taillera un bout de gras plus tard, d'accord ?, Marmonna l'homme avant de faire un geste un peu trop brusque près de la blessure du Griffon qui fit claquer son bec, Eh oh ! Du calme !
- Sssh. Tout ira bien. Glissa Flavien en captant le regard embrumé de douleur, échangeant brièvement avec le Griffon pour le rassurer ne serait-ce qu'une fraction, Tout ira bien.

La créature laissa tomber sa lourde tête sur le sol, s'avouant vaincue et offrant sans condition sa confiance entachée au mage, premier Homme depuis bien longtemps à réussir à décrypter ses cris de détresse et à lui offrir un peu de compassion. La créature ignorait si les promesses de Flavien étaient vides de sens, où s'il comptait réellement le tirer du cauchemar qu'il vivait, mais une chose était sûre : des promesses en l'air étaient préférables à la réalité de sa condition.

- Eh bah ! T'as un don avec les bestioles !, Siffla le propriétaire, Tu fiches quoi ici ?
- Le docteur Kayser m'a parlé de vous. Mentit Flavien entre ses dents en ignorant le commentaire de l'autre, J'ai décidé de passer.

Mentir n'était pas un art dans lequel Flavien excellait, loin de là. Mais avec son arrivée sur le sol Daënar et la pression qui reposait sur les épaules des mages y séjournant, le My'trän avait appris à détourner la réalité à son avantage lorsque cela pouvait le sortir d'une situation périlleuse. Le soigneur n'avait jamais échangé un seul mot avec le docteur Kayser, gérant d'une clinique vétérinaire aussi prisée que controversée dans les beaux quartiers de Cerka. A vrai dire il ignorait à quoi ressemblait cet homme. Tout ce qu'il savait, c'est que la gérante de Kali'ns, la clinique vétérinaire dans laquelle il exerçait, marmonnait souvent ce nom dans sa barbe en recevant des clients qui se voyaient refuser des soins par manque de moyens, voire qui avaient été escroqué de plusieurs centaines d'Irys pour des soins qui n'avançaient à rien.

Un excellent vétérinaire, certes, mais travaillant par appât du gain plus que par passion. De nombreuses rumeurs circulaient sur l'homme et Flavien espérait qu'elles étaient fondées en avançant son mensonge.

- Haha, il est finalement rev'nu sur sa décision ? S'enthousiasma le propriétaire tout en laissant Flavien s'affairer à panser la plaie, Je savais qu'il finirait par se laisser convaincre. Vous êtes un de ses collaborateurs ?
- Hm-uh. Marmonna Flavien sans prêter attention à l'autre homme.

Ainsi le docteur Kayser n'était pas aussi mauvais que la rumeur le disait : son attrait pour les Irys était bien réel, mais même lui tirait un trait à maltraitance animale. Cela ne rassura en rien le soigneur qui s'affairait toujours, nettoyant la blessure d'un Griffon que tant d'émotions avait rendu apathique. La créature était pliante sous ses doigts, s'abandonnant aux soins délicats du My'trän qui fouilla dans sa besace pour en tirer l'un des baumes cicatrisant préparé par Léonie, étalant une généreuse couche de la mixture sur la plaie désormais sèche du Griffon.

Prodiguer des soins à la créature blessée permettait au soigneur de garder son calme. Les gestes lents et connus l’éloignaient du spectacle atroce auquel il avait assisté et le ramenaient au présent. Converser avec le Griffon, le rassurer et l'apaiser était aussi thérapeutique que terrifiant. Qu'allait-il pouvoir faire ? Il était hors de question que cette brave créature prenne part à un autre combat. Flavien le refusait. Il termina son traitement en caressant le bec du Griffon qui ferma paresseusement les yeux.

- Ah non, c'est pas le moment de dormir !, Interrompit le propriétaire, T'auras tout le temps de faire ça dans ton enclos !

L'homme força le Griffon fatigué à se lever et Flavien tient sa langue.

- Hum, ça m'a l'air pas mal. Tu diras à ton patron qu'il recevra sa commission quand je serais sûr que le travail n'a pas été bâclé.
- Comptez sur moi.

Si Flavien réussissait son tour de force, l'autre homme n'aurait pas à s'inquiéter de l'efficacité du traitement. Il comptait bien s'assurer que le Griffon ne passe pas un jour de plus dans sa prison. Adressant une énième parole rassurante qu'il espérait de tout cœur ne pas être une parole en l'air au Griffon, Flavien adressa un signe de tête au duo qui se dirigeait lentement vers les enclos.

La survie du Griffon assurée, Flavien prit la direction emprunté par le Dalavoï quelques temps plus tôt. Avec l'aide d'Hua, il n'était pas difficile de pister le serpent ailé. Une dizaine de minutes plus tard, Flavien arriva à hauteur de la créature et de l'homme qui l'accompagnait. Le Daënar nerveux essayait tant bien que mal de forcer le Dalavoï à manger, brandissant un morceau de viande piqué au bout d'un bâton dans sa direction. Le Dalavoï tournait la tête, refusant de manger, au grand désarroi de l'homme.

Flavien croisa les bras sur son torse. La pression artérielle qu'il avait tenue sous contrôle en s'occupant du Griffon menaçait de grimper à nouveau face à ce triste tableau.

- Il n'avalera rien si vous vous y prenez de cette manière. Murmura-t-il, certainement plus fort que prévu car l'homme qui essayait tant bien que mal de nourrir le Dalavoï se retourna vers lui à ces mots.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »

Flavien Sienna / Aquila DarkOrchid / Selmac LightGreen / Hua Yellow / Khi'del #cc99cc

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Süns
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Mar 2 Oct - 3:41
Irys : 144971
Profession : Tueur d'anomalies bénévole
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Le griffon diffusait des vagues de douleur télépathiques à qui voulait bien les recevoir, et le nouveau venu y sembla réceptif. A gestes doux et précautionneux, il nettoyait ses blessures, et l’animal frémissait sous ses doigts entraînés. Malgré tout, c’est avec docilité qu’il se pliait à cette douleur, qu’il savait plus bénéfique que la souffrance latente de sa blessure. En quelque sorte, il lui faisait mal pour son bien. Il sentait de la bienveillance émaner de lui, une bienveillance qu’il ne connaissait plus chez les humains. Süns en avait fait des créatures contradictoires, gangrénées par le mal et le vice. Mais des soupçons de blancheur se devinaient parfois et se détachaient nettement des autres individus de son espèce. Flavien était un trait immaculé sur fond de noirceur humaine.

La bête se détendit peu à peu sous son toucher, et s’épancha de quelques bribes de sommeil réparateur. Mais un coup sec sur son licol le sortit de sa torpeur. Il se redressa brusquement, puis se jeta sur ses serres en un seul mouvement souple, en appui sur les coudes de ses ailes affaiblies. Il résista un peu la pression de son harnais pour plonger fugacement ses pupilles intelligentes dans le regard de jade de son sauveur, avant de suivre son maître hors de l’arène. Son âme entière haïssait à présent ce lieu où on l’avait acclamé pour ses instincts, et le haïrait longtemps encore au regard de la cupidité de son tortionnaire.

L’oiseau titanesque fut presque soulagé de rejoindre son enclos. La liberté n’était pas sienne, et ses ailes demeureraient engourdies par le peu d’exercice entrepris, mais il pourrait dépérir en silence et à petit feu, être nourri suffisamment pour apaiser son ventre mais pas sa faim. Par-dessus tout, les barreaux qui l’enfermaient ne faisaient pas que le priver du monde extérieur, ils l’en protégeaient en gardant les être humains hors de portée. Il était à l’abri, maussade et affligé, mais protégé.

Un raisonnement similaire vibrait dans l’esprit du Dalavoï, plusieurs stands au Sud. Ses blessures semblaient plus bénignes, mais les dommages sur son mental et sa nature avaient occasionné un mal-être irréversible. L’appétit lui manquait maintenant qu’il constituait l’unique raison pour laquelle il avait blessé un autre. Il était malheureux comme les dauphins captifs ; son corps fonctionnait à merveille physiquement, mais plus rien ne s’agençait correctement dans son système interne, au creux de sa conscience.

    «  Il n'avalera rien si vous vous y prenez de cette manière. »


Nass’ plissa ses yeux en amande. La sueur perlait sur son front, et l’on devinait aisément que son surpoids cumulé à l’effort de son travail l’avaient éreinté. Il n’était pas foncièrement mauvais, et sa bonne nature faisait cruellement peser la situation actuelle sur ses épaules. Cette longue journée avait amoindri sa patience cependant, et son premier réflexe fut de brandir à nouveau son morceau de viande vers le Dalavoï dans l’espoir vain que, cette fois-ci, il daignerait s’emparer de la nourriture offerte. L’animal se redressa difficilement, et se contorsionna lamentablement, mugissant de douleur lorsqu’une plaie rencontrait un barreau, jusqu’à ce qu’il tourne totalement le dos aux deux bipèdes. Nass’ soupira de résignation, et se frotta stupidement le sommet du crâne comme pour y déterrer une idée.

    « Bon vas-y, j’te r’garde faire ! »


Son injonction sonnait davantage comme une interrogation, et l’inconnu ne sembla pas s’offusquer. Il s’exécuta simplement, et après de longues minutes que Nass’ jugeaient être une perte de temps, son traitement porta ses fruits. La bête arracha timidement une bouchée du morceau de viande sans gras et de mauvaise qualité qu’aucun boucher n’aurait accepté vendre s’il avait tenu à sa réputation. Il ne partageait pas les dons télépathiques de son collègue griffon, à quelques dizaines de mètres de là, mais sa reconnaissance se lisait dans son comportement apaisé. Le maître bedonnant se leva du tabouret où il commençait à s’assoupir, visiblement satisfait par la démonstration de son talent avec la faune.

    « Bah c’est qu’ça marche ! L’homme qui murmurait à l’oreille des Dalavoïs, hein ? »


Il commençait à se faire tard, et Nass’ s’étira de tout son long. Il n’avait rien accompli ce soir, et pourtant il ressentait la paix des labeurs bien menés. Il se permit de poser deux-trois questions d’ordre pratique sur les animaux qu’il était supposé connaître, à savoir comment les nourrir, et les conserver en bonne forme sans trop débourser. Deux miliciens en patrouille percèrent leur bulle de tranquillité. Ils ratissaient toutes les ruelles pour mettre à la porte les derniers traînards. Même le spectacle de nuit devait faire tomber le rideau ! Le deuxième combat d’arène avait pris fin très vite, au plus grand mécontentement des spectateurs, et certains se faisaient réticents à déserter les lieux tant leur frustration les freinait. L’un deux salua le braconnier d’un bref mouvement de tête.

    « Y’a d’la compagnie, Nass’ ? Tu veux qu’on l’escorte jusqu’à la sortie ?
    - Oh non, c’uilà il m’aide ! C’est mon euh… nouvel apprenti. »


Plutôt ironique, étant donné combien son savoir était bien plus étendu que le sien ! Mais crédible aux yeux des gardes. Ils prirent congé avec le même salut de la tête un peu dédaigneux que tout le monde réservait à Nass’ et son côté pathétique. Ce dernier donna une tape amicale à Flavien avant de se gratter à nouveau la tête à l’arrivée de son patron, qui avait passé assez peu de temps à la buvette pour stipuler que la compagnie y était mauvaise, mais assez longtemps pour débarquer sacrément bien éméché.

    « C’est l’pactole Nass’ ! Avec ta part tu vas pas leur offrir des bateaux en bois à tes gosses crois-moi ! Tu vas leur acheter un bateau grandeur natuuure !
    - Un toit ce s’rait d’jà bien, Her…
    - Et moi ! Hahaha, j’vais acheter une femme, ‘paraît qu’ils en vendent à Hinaus contre… Hé c’est qui lui ?
    - J’ai oublié de d’mander son nom, vous êtes… ?
    - J’m’en fous, j’veux savoir c’qu’il fait ici moi !
    - Il m’aide… avec les bêtes…
    - Ah ouaaiiiis… ? »


Herek s’approcha en chancelant quelque peu vers l’inconnu, l’œil hagard mais méfiant. Flavien le dépassait d’une demi-tête, mais lui le devançait d’un tour d’épaules. Il croisa les bras, laissant se prolonger un silence suspect et lourd comme l’air d’une écurie par grande canicule. Et il s’y connaissait en la matière, vu qu’il avait été palefrenier dans sa jeunesse ! Du moins avant de se rendre compte que cela payait aussi bien que d’être femme de chambre, et il était hors de question qu’il partage le pouvoir d’achat des domestiques.

    « On doit t’app’ler comment ? »


Il se détourna de ce curieux bonhomme avant même d’avoir entendu sa réponse. Son esprit embrumé par l’ivresse venait de faire le lien entre sa présence et l’atmosphère trop apaisée et saine qui régnait parmi leurs bêtes. Il fit le tour de la cage à pas pesants, avant de poser les mains sur les genoux pour se pencher vers l’égérie de la soirée que quelques torches dansantes illuminaient sans grande conviction. Le Dalavoï l’ignora simplement, plongé dans une grisaille de pensées. Son maître ne releva pas cette indifférence comme inquiétante, et la suite de son charabia soûl prononcée à l’intention de son acolyte montra l’ampleur de son aveuglement.

    « L’a pris cher ! Mais maint’nant il vaut son pesant d’or ! Demaaain, il va mettre sa pâté à un Galtuulyn ! On a reçu trois demandes de combat, Nass’, TROIS ! C’est la richesse qui s’annonce plus bruyamment qu’les huissiers ! »


Il se permit un rire guttural qui fit s’agiter le Dalavoï. Il se redressa et revint vers les deux silhouettes qui se découpaient dans la pénombre. Son associé grassouillet paraissait aussi agité que le Dalavoï à l’idée d’un nouveau duel. Il n’y connaissait pas grand-chose aux Galtuulyns, mais il connaissait suffisamment son partenaire pour savoir que son ravissement n’était pas bon signe. Ce serait plus sanglant qu’aujourd’hui, et il ne savait pas s’ils pouvaient se permettre de faire couler ce sang supplémentaire. La folie des grandeurs les plongerait-elle dans les abysses de l’échec ? Il lui dirait ; il le fallait, que cela cesse, qu’ils préservent les quelques spécimens qu’ils avaient pour les visiteurs du jour, et tant pis pour l’or sale des nuits mouvementées. Plein d’aplomb, la voix portante, et faisant preuve de plus de bravoure qu’il n’en était capable, il souligna :

    « Herek, j’pense pas qu’ce soit une bonne idée !
    - Pardon Nass’ ?
    - Je… enfin… bafouilla-t-il, avant de changer son fusil d’épaule. Pas dans cet état ! Faudrait l’remettre sur pied d’ici d’main, t’vois ? Il… il peut s’en charger. »


Il avait désigné Flavien du doigt d’une manière que les nobles personnes auraient trouvé profondément disgracieuse et outrageante. Herek l’effrayait visiblement, et une sueur froide s’écoulant le long de son échine l’empêchait de se saisir de son courage à deux mains et faire valoir la valeur démocratique de leur partenariat. Si sur le papier ils étaient sur pied d’égalité, la réalité considérait les choses tout autrement.

    « Ah ouais ? Il peut me le rafistoler pour d’main soir ? ‘Pis surtout, il vient d’où ? T’es là par la bonne grâce de Machlög, mon gars ? »


Il ricana à son propre trait d’esprit, visiblement amusé que les My’träns considèrent chacun de leur geste comme le résultat d’un destin qui les transcendait. Certains des disciples de la chouette se seraient hérissés au nom écorché de leur protecteur, et à la méconnaissance de la nature de la destinée que traçait le dieu de la vie et de la mort.


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La mort révèle l'amour, c'est l'inconsolable qui pleure l'irremplaçable.
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