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Chroniques d'Irydaë
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Si malgré cela, des doutes subsistent, n'hésitez pas à adresser vos questions aux Administrateurs.

En vous souhaitant une agréable visite !



 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Rathram
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 La loi de la jungle

Flavien Teleri
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Mer 4 Avr - 23:38
Irys : 617921
Profession : Soigneur itinérant
My'trän +2 ~ Chimères
Il y avait de ces idées qui vous semblaient bonnes jusqu'à ce que vous les mettiez à exécution. Cette après-midi, Flavien avait été confronté à une telle idée en s'offrant quelques heures de libre pour aller visiter le salon animalier qui parcourait la région. D'après ce qu'il avait entendu dire, il s'agissait d'une sorte de foire qui mettait en avant les différents membres de la faune régionale de My'trä, offrant aux visiteurs l'opportunité de se documenter sur les nobles créatures qui peuplaient la terre natale du soigneur. Tout nomade qu'il était, Flavien avait quelque peu le mal du pays : pouvoir se ressourcer auprès de ressortissants de sa patrie allait lui faire le plus grand bien.

Evidemment vous l'aurez compris, s'il se retrouvait la nuit même à observer de loin le terrain occupé par les forains avec un œil critique, les yeux plissés dans un vain espoir de distinguer les formes qui se cachaient dans la pénombre, c'était sans doute que sa visite de plaisance ne s'était pas aussi bien déroulée que prévu. Le campement n'était pas plongé dans l'obscurité, mais actuellement ce n'était pas les installations bien éclairées qui l'intéressaient.

Il était de ces idées d'apparence excellentes mais qui s'avéraient tout sauf telle. Flavien avait eu l'occasion de se retrouvé confronté à l'une d'elles.

C'était d'un pas rapide qu'il s'était rendu sur place en début d'après-midi. Avoir l'occasion de se reconnecter avec sa My'trä natale tout en échangeant avec d'autres passionnés de la faune était une raison suffisante pour braver son aversion des foules et se risquer à emboiter le pas à de nombreuses familles Daënares pour se rendre à l'exposition qui venait de jeter l'ancre aux abords d'un petit village -qu'il aurait plutôt qualifié de ville- à quelques kilomètres de Cerka. Le salon animalier avait fait un tabac dans la capitale et de nombreuses personnes de passages au refuge avaient brièvement mentionnées qu'elles y jetteraient un coup d'œil. Les différents stands avaient été installés l'espace de quelques jours avant d'être démontés pour être reconstruit plus loin et le soigneur s'était promis de passer par cette foire avant qu'elle ne change de région.

Son premier salaire hebdomadaire en poche, il avait payé son ticket d'entrée et avait suivi la foule jusqu'au cœur de l'exposition.

Flavien n'était pas resté un quart d'heure qu'il avait ressenti un important malaise. Ni la foule ni la technologie n'était responsable de son mal-être et c'est méfiant que le nomade s'engagea dans la visite. Il lui suffit d'arriver auprès du premier stand pour comprendre ce qui n'allait pas.

Enfermé dans un enclos bien trop petit pour une créature de son envergure, enchainée à l'aide d'un métal qui lui faisait courber l'échine sous son poids, un Dalavoï observait misérablement la foule qui se pressait devant le petit espace qu'on avait bien voulu lui accorder. Nerveusement, la créature balayait l'air de sa queue, décoiffant certains badauds imprudents. La foule recula et un murmure fit frissonner l'assemblée. Flavien aussi frissonna, mais pour une toute autre raison.

- Mouais. Il a pas l'air tellement terrible ce machin.
- T'es sûr ? Il est énorme... Qu'est-ce qui te dit qu'il ne te boirait pas sous ses griffes ?

Les commentaires mal informés ne le firent pas grandement tiquer. Il avait l'habitude de rencontrer des personnes qui n'y connaissaient rien à la faune, d'autant plus à une faune étrangère. Il n'y avait qu'à voir ceux qui le fuyaient à cause de sa Tairakh, simplement à cause des légendes qui lui était associées. Les responsables ici présents allaient certainement dissiper tout malentendu. Il n'y avait pas plus doux et joueur qu'un Dalavoï.

- Ne vous y trompez pas !, Marmonna une femme à l'air effrayée, Il est écrit ici que ces dragons sont de vicieux carnivores, tout comme leurs cousins Dragons !
- Vraiment ? Quelle horrible bestiole.

Abasourdi, Flavien se rapprocha du panneau indicatif pour se renseigner à son tour. Il connaissait ces créatures, alors pourquoi...? Le nomade ne prit pas la peine de terminer sa lecture. Un ramassis d'ânerie, voilà tout. Les Dalavoï étaient décrits comme des créatures dangereuses, ce qui était loin d'être le cas.

Une interrogation lui serra la poitrine alors que le doute grandissait en lui. Sans s'attarder sur les nombreux stands présents pour forcer les visiteurs à acheter de douces sucreries ou des petits gadgets souvenirs, il fit le tour des pensionnaires. A chaque rencontre, son malaise ne faisait que grandir. Colère, peur et souffrance grondaient dans le cœur de ces bêtes. Le sien battait en unisson avec celui de ses camarades captifs.

Les poings fermés et la mâchoire serrée, le nomade tourna les talons et s'éloigna à grands pas de cet endroit de malheur. Les forces de l'ordre étaient présentes un peu partout en cette période d'affluence et bien qu'il ait toute les raisons de les interpeller et bien assez d'arguments pour prouver sa bonne foi, il n'était pas dupe. Sa parole n'avait pas vraiment de valeur en ces terres et Flavien n'était pas certain d'avoir assez de patience en réserve pour expliquer clairement aux autorités que ces créatures étaient toutes traitées de la pire manière qui soit.

Évidement qu'elles étaient vicieuses, facilement irritables et dangereuses ! Elles manquaient d'espace, de nourriture, voire pour certaines de compagnie. Clairement, ceux qui géraient cette foire avaient simplement à cœur de réaliser un profit. Si, ce faisant, ils pouvaient ternir l'image de My'trä, la victoire ne serait que plus douce.

Flavien n'allait certainement pas les laisser s'en tirer aussi facilement.

Nous voici donc quelques heures plus tard, la nuit tombée. Une seule pensée occupe l'esprit du soigneur et donc des deux familiers qui l'accompagnaient, sévères et silencieux comme rarement : libérer ces créatures innocentes du joug de leurs tortionnaires.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »

Flavien Sienna / Aquila DarkOrchid / Selmac LightGreen / Hua Yellow / Khi'del #cc99cc

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Lloyhr & Kalysta
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Sam 21 Avr - 19:48
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Profession : Tueur d'anomalies bénévole
~~~

La pénombre enveloppa la foire animale d’une atmosphère austère comme pour révéler le vice et la souffrance qui luttaient en silence à chaque détour de ses allées de poussière. Des individus de toute classe sociale et de tout âge confondus s’y précipitaient, mais à l’heure où la nuit noircissait l’immensité du ciel, les plus nantis et les plus coquets se retiraient, avec raison. L’exposition tranquille laissait place au spectacle renversant, la curiosité cédait le pas à la furie, et la violence des mœurs malignes se substituaient à la candeur effacée. Nul enfant, si ce n’est quelques orphelins peut-être, n’avait résisté au crépuscule. On n’y trouvait plus que l’homme moyen, parfois soûlard, souvent fêtard, qui se mêlait aux clameurs, et quelques retardataires qui se hâtaient vers l’extérieur.

Il y avait toujours deux facettes à ce type d’événement, et l’on s’apprêtait à prendre part à la seconde, la face obscure et inquiétante, quoique plus révélatrice de la nature humaine. Les dragons avaient cessé de mugir, les tairakhs de ronfler, les griffons de faire les pitres, et le dalavoï éreinté s’était roulé en boule dans le petit espace qui lui était réservé.

Tout dans sa position irradiait l’inconfort et le mal-être.
Son cou trop long était tordu dans un angle singulier, manifestement incommodant. Ce n’était plus le métal qui le maintenait au sol, mais un mélange déchirant de solitude et de dépit. Il s’était résigné à sa captivité, aux regards intrusifs des visiteurs, à la faim rugissante qui brûlait son estomac.

A plusieurs dizaines de mètres de l’entrée principale, loin du gros de la foire et des oreilles indiscrètes, son propriétaire engageait une vive conversation avec son associé. Elle durait depuis déjà une bonne dizaine de minutes, et ce dernier commençait à céder à ses assauts pour le moins insistants et présentés avec l’aplomb de l’ignorant pédant.

    « J’te dis que ça suffira pas, il faut voir gros pour gagner gros.
    - Et s’il meurt, on gagnera plus rien du tout.
    - Tu sais c’est quoi ton problème, Nass’ ? ‘Te manques une paire de couilles. C’est pour ça qu’tu galères à trouver une meuf d’ailleurs.
    - Le sexe ça s’achète, c’est pas comme une cervelle.
    - Tu dis quoi là ?
    - Rien, fais-le ton combat, Herek, mais si la bête crève c’est pour ta pomme.
    - Haha, c’est pas trop tôt, mon vieux. Ce soir, on devient riches, toi et moi. »


Il ponctua ses dires d’une tape amical sur l’épaule de son associé, qui se cantonnait par ailleurs au rôle de sous-fifre malgré leur aval égal sur leur petite entreprise. Il est des caractères forts et des âmes fébriles, et les uns sont le fléau des autres.

Herek s’y connaissait en combats animaliers, davantage qu’il ne connaissait le caractère de son partenaire. Il avait supervisé pendant quatre ans des luttes animales interraciales mais toujours dans la catégorie poids plume. Il n’avait en effet aucune espèce idée que les dégâts sur petits gabarits -tout au plus la mort des bêtes participantes, que ce soit des poulets, des chiens ou des bunnalix- prenaient de l’ampleur une fois appliquée à de fières et massives créatures des cieux ! Faites combattre un griffon et un dalavoï, et le ciel vous tombera probablement sur la tête. Et vous l’aurez si j’ose dire mérité ; ces créatures joueuses ne méritent pas d’être engagés dans un combat à mort.

Par ailleurs, il ignorait bien que Nass’ abhorrait très personnellement la violence, et n’avait accepté la proposition que pour subvenir aux besoins de sa famille et dans l’espoir que son comparse lui ficherait enfin la paix. Herek, le jeune costaud au cœur avare, renversa les cendres de sa pipe au sol avant de se tourner vers son partenaire, un peu plus corpulent que la moyenne et également plus petit.

    « Tu t’occupes de répandre la nouvelle, faut qu’tout le monde ramène son cul à ce combat si on veut qu’les paris montent !
    - Et toi dans l’histoire ?
    - J’m’occupe des miliciens, pardi. Tu préfères t’occuper d’la corruption p’t’être ?
    - Non, non, je…
    - Alors va faire la pub plutôt qu’poser des questions ! »


Sur cette injonction peu sympathique, à l’image du personnage qui l’avait énoncée, Nass’ prit congé pour rejoindre la foire et prévenir les annonceurs du combat à venir. Herek lui, fut pris d’une quinte de toux, mais il ménagea néanmoins quelques minutes pour refourrer sa pipe de tabac de bonne facture avant d’aller soudoyer la garde en pots-de-vin plus grassouillets que Nass lui-même.


~~~


La mort révèle l'amour, c'est l'inconsolable qui pleure l'irremplaçable.
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Flavien Teleri
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Sam 28 Avr - 23:38
Irys : 617921
Profession : Soigneur itinérant
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Flavien enfui ses mains au fond de ses poches, observant le départ des familles qui se pressaient vers la sortie de la foire, réalisant l'heure tardive et désireuses de retrouver le confort de leur demeure maintenant qu'un vent frais se levait sur Rathram, faisant danser les flammes des quelques lanternes qui avaient été installées dans les allées pour rendre l'atmosphère plus cossue en fin de journée et guider efficacement les visiteurs sur le chemin du retour.

Rester dans la pénombre promettait d'être difficile : malgré l'heure avancée et les dernières familles qui quittaient les lieux, les lanternes éclairaient efficacement les allées. Pour se glisser discrètement jusqu'aux cages des créatures prisonnières Flavien allait devoir attendre encore un peu, le temps que les retardataires suivent l'exemple et offrent enfin un semblant de paix aux êtres torturés qu'on maintenait captifs ici.

Les paroles en l'air d'un enfant bien trop jeune pour être encore debout à une telle heure firent grincer les dents du soigneur qui serra brièvement les poings dans ses poches avant de les relâcher en même temps que la pression. Maintenant n'était pas vraiment le moment idéal pour se faire remarquer en reprenant sèchement un enfant qui n'avait aucun moyen de réaliser la grossièreté de son discours.

L'évidence n'empêcha pas le My'trän de grimacer lorsque le père du jeune garçon décoiffa son fils tout en annonçant haut et fort qu'il le protégerait des grands méchants Griffons, ajoutant avec un rire bourru et tendre qu'il tordrait le cou à ces oiseaux de malheur lui-même s'ils osaient s'approcher de la prunelle de ses yeux.

Flavien secoua la tête, exaspéré. Seule Hua, actuellement perchée sur son épaule, fut témoin de son commentaire acerbe. La Tairakh, toujours bon public, ricana lorsque son maître grommela que c'était plutôt à ses propres prunelles que l'homme devrait faire attention s'il comptait s'en prendre à un griffon à mains nues. C'est donc enveloppé du rire léger de son familier que le soigneur décida de faire le tour du propriétaire en veillant à rester dans la pénombre.

Les rares employés de la foire s'activaient à guider le public vers la sortie avec toute l'amabilité de ceux qui travaillaient dans le service aux usagers mais qui ne rêvaient plus que de rentrer chez eux pour dormir quelques heures avant de reprendre leur service. Occupés qu'ils étaient à dénicher les derniers visiteurs, ils ne prêtaient nullement attention à ce qui se passait en périphérie de la foire. Après tout, une fois qu'ils avaient dépassé son enceinte, les visiteurs n'étaient plus à leur charge.

Se faufilant entre les baraques et les déchets que certains visiteurs irrespectueux avaient laissé trainer dans les zones réservées à la petite restauration, le My'trän fini par arriver aux abords des enclos. Caché dans l'ombre d'un cabanon, il fit signe à Hua de se faufiler jusqu'aux cages pour lui dresser le tableau. Il projettait de libérer toutes les créatures qui avaient été arrachées à leur habitat par la cupidité des Hommes, mais il n'était pas vraiment resté assez longtemps dans cet endroit de malheur pour faire le point sur le nombre de créatures que cela représentait. Hua intervenait à présent pour corriger cette négligence.

La petite Tairakh était d'une discrétion aussi létale que pratique, se faufilant aisément jusqu'aux enclos des captifs qui ne lui accordèrent pas la moindre attention. Une atmosphère morose régnait ici en maître. Deux Dragonnets, à peine quelques années d'âge à en juger par leur petite taille, se disputaient la place dans une sorte de nid fait de paille. Sur eux veillait une Dragonne qui avait l'air de s'être coupée du monde extérieur, observant amoureusement ses enfants sans faire aucun effort pour panser la plaie suintante de sa queue meurtrie. A force de frapper celle-ci contre la chaine qui la maintenait clouée au sol, le reptile s'était sévèrement blessé.

Cinq Tairakhs étaient mélangés dans des enclos beaucoup trop petits pour ces animaux qui préféraient une vie de couple solitaire. Deux couples soudés s'étaient formé tandis qu'un Tairakh solitaire dormait dans un coin plus à l’abri des regards. Deux Griffons faisaient la toilette de leurs ailes en silence. Sans s'ignorer vraiment, il était clair que les deux créatures n'étaient pas particulièrement complices en dehors du jeu. La nuit tombée, ils ne faisaient aucun effort pour s'aider l'un l'autre, proches uniquement pour éviter de se refroidir davantage. Les chaines qui les empêchaient de filer à travers le ciel les empêchaient de se dépenser autant qu'ils le souhaitaient, faisant d'eux des créatures nerveuses.

Pour finir, Hua s'approcha de l'enclos du Dalavoï, pièce maîtresse de l'attraction. Ce dernier avait les yeux clos mais ne dormait pas. Hua l'aurait sentit si la créature avait été plongée dans le sommeil. Non, le Dalavoï ne dormait pas, il n'essayait même pas de se reposer. Le sommeil ne lui venait plus naturellement depuis quelques jours déjà : il ne s'endormait qu'à bout de force, une fois la lutte contre le sommeil perdue. Enchainé au sol, il faisait à peine l'effort de courber l'échine pour éviter que le collier qui serrait son cou ne creuse pas sa chaire.

Hua s'approcha prudemment du Dalavoï, Flavien souhaitant en savoir plus sur l'état de la créature. Le reptile entrouvrit les yeux en sentant le regard insistant d'Hua sur lui. Il souffla doucement, brièvement. La petite Tairakh le dérangeait, il voulait être seul. Une première pour cet être sociable et joueur.

Khi'del était âgé de cinquante ans. Jamais en autant d'année, le Dalavoï n'avait-il souhaité être seul, pourtant la solitude était tout ce qu'il pouvait espérer depuis quelques jours. Curieux de tout et plus aventureux que ceux de son groupe, c'est d'abord avec entrain qu'il se joignit à ceux qui allaient devenir ses tortionnaires. Au moment où les Hommes avaient passé un fer autour de son cou, le Dalavoï se savait perdu. Il avait lutté pour sa liberté, avant de finir par se braquer en réalisant que toute rébellion de sa part se solderait par une explication douloureuse avec celui qui disait être son maître.

Aujourd'hui, entre les cris des enfants impressionnables, petits comme grands, et les friandises lancées en guise de moquerie sur son plumage autrefois soyeux, Khi'del regrettait les hauts-plateaux My'träns qui l'avaient vu grandit et s'épanouir. Il lui arrivait souvent de gratter la terre de ses courtes pattes, comme il aurait pu le faire pour aiguiser ses fines griffes sur les rocheuses. La terre humide se dissolvait sous ses coups. Rien ici ne lui rappelait sa patrie.

Le Dalavoï croisa le regard d'Hua et, après un court moment passé à la regarder, il se désintéressa complètement d'elle et lui tourna le dos. Hua cligna délicatement des yeux. Rares étaient les créatures qui se détournaient du regard d'un prédateur.

" Hua ? Que se passe-t-il ? "

Flavien, évidemment. Son trouble avait dû se ressentir à travers leur connexion.

" C'est rien. Je...  ", Répondit-elle rapidement avant de s'arrêter brusquement, " Attends. J'entends quelque-chose.  "

La Tairakh tendit les oreilles. Une conversation nerveuse provenait de quelque-part dans les environs. Elle se faufila à travers les enclos jusqu'à identifier les deux hommes à l'origine de cet échange bien trop sérieux pour être le dire de simples visiteurs qui s'éternisaient tard le soir.

La foire était déserte à présent, ils n'avaient plus rien à faire ici. Grimpant habilement le long d'un tronc, elle se percha au-dessus des individus pour écouter leur conversation. Il ne lui fallut pas bien longtemps pour comprendre la situation. Sans attendre que les hommes concluent leur échange, elle se glissa au sol et rejoignit Flavien le plus vite possible sans se faire remarquer. L'anxiété qui colorait leur lien provenait autant de son maître que d'elle-même.

" Que s'est-il passé ? Tu vas bien ?  "

La question de son maître avait fusée à peine la Tairakh s'était-elle réfugiée dans ses bras.

" Ils organisent un combat !  "
" ...Quoi ? Un combat ?  ", Répéta le soigneur, incrédule, " Mais de quoi tu parles ?  "
" Ils vont forcer des créatures à se battre entre elles ce soir !  "
" Quoi ?  "

Cette fois, ce n'est pas l'incompréhension qui motiva la question, mais bien l'incrédulité mêlée de colère du soigneur.

" Il faut empêcher ça.  "
" Mais comment ?  "

La question d'Hua resta sans réponse. La petite carnivore pouvait sentir le doute qui serrait la poitrine de son maître à mesure qu'il se rapprochait de l'entrée principale et elle se cacha dans la poche du manteau de Flavien avant que celui-ci ne s'engage sur l'entrée de la foire. Le lieu qui se vidait lorsqu'il l'avait quitté, semblait avoir retrouvé une seconde vie. Quelques personnes se pressaient déjà vers l'entrée. Les familles n'étaient plus de sortie en cette sinistre soirée : un tout autre type de public s'engageait vers l'entrée de la foire.

Flavien resta là un moment, les bras ballants. Si Hua disait vrai... Que faisaient-ils tous ici ?


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Lloyhr & Kalysta
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Mer 4 Juil - 19:39
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Une nouvelle foule se pressait à l’entrée, plus sinistre, moins apprêtée. Leur motivation n’était pas les bêtes en exposition, mais l’exposition de leur propre bestialité. Un garde inquiet, dépassé par les événements mais grassement payé pour sa contribution, sommait les nouveaux venus de se rendre à l’arène. En temps normal, lorsque le soleil rayonnait encore, elle servait aux spectacles d’oiseaux et créatures ailées en tout genre. On pouvait se faire caresser l’arrière du crâne par la serre d’un vautour ou d’un Tsokhoor apprivoisé, guetter le bruissement des plumes de tout le spectre coloré, écouter les hululements et les piaillements les plus exotiques qu’il soit. Tout cela sans le moindre débordement hostile ou acte de violence…

Pour l’heure toutefois, les ténèbres octroyaient au lieu une ambiance plus inquiétante, à peine tamisée par les quelques torches que l’on s’évertuait à enflammer. A quelques détails près, on aurait pu jurer que cette masse d’hommes s’apprêtait à lancer la prochaine grande révolution populaire.

Les paris battaient leur plein pour le plus grand bonheur des organisateurs ; l’argent circulait à flot et sans entrave, était dûment comptabilité et inscrit sur le registre. Du Dalavoï et du Griffon, qui serait le plus sauvage, le plus féroce, le plus meurtrier ? Le public avait de toute évidence été dupé, et ne s’en plaignait pas. Pour encourager les adeptes de jeux, on lui avait vendu les plus terribles créatures de l’autre continent ! Ses attentes seraient par ailleurs contentées, uniquement par supercherie.

Attachés par l’encolure, les deux participants se révélaient en piteux état pour l’œil aguerri. Les plus ignorants mettraient leurs nombreuses croûtes et leurs quelques défauts de démarche sur le compte de leur caractère belliqueux, plutôt que sur le mauvais traitement de leurs propriétaires et des cages trop exiguës. Les oiseaux se dévisageaient sans conviction, leur attention happée par les humanoïdes qui s’amassaient et la faim qui taraudait leur ventre au point d’y provoquer des torsions invivables.

    « Ils vont s’entretuer, Herek, c’pas une bonne idée.
    - Nass’, par la barbe du gouverneur, lâche-moi les basques !
    - Tu m’avais assuré qu’on préserverait les animaux.
    - Et t’appelles ça quoi, satisfaire leurs instincts primaires ? Regarde-moi notre p’tit Dalavoï comme il le défie du regard ! Allez mon oiseau, défonce c’te parodie d’aigle ! »


Nass’ se renfrogna sur lui-même, marmonnant dans sa barbe des mots de vaine protestation. Il avait beau avoir besoin de l’argent, chacun des aspects de leurs activités attristaient son cœur de quidam honnête et un peu sot sur les bords. Les rugissements d’impatience autour d’eux s’intensifiaient à mesure que l’alcool affluait. Les bêtes s’agitaient nerveusement, paniquées par le trop-plein de bruit autant que par l’attention démesurée dont on leur faisait présent.

    « On lancerait pas l’affaire, les gars ? »


Le propriétaire du griffon était intervenu, avec la même intonation d’excitation dans la voix que son homologue. La furie d’une foule, ça vous contaminait plus aisément que la peste ! Herek fit une tape sur l’épaule de son acolyte pour donner le signal de lancer les festivités. Evidemment qu’il devait se charger de la sale besogne… ! Demain, après-demain, un jour peut-être, il se rebellerait contre cette tyrannie sans nom.

C’est pourtant fort docile qu’il chargea du gibier sur son épaule, et le jeta dans la large arène en contrebas, à une distance respectablement équitable entre ses deux occupants. Ceux-ci redressèrent immédiatement la tête, aux aguets, et les effluves de viande fraîche leur parvinrent bien avant qu’ils ne repèrent le maigre morceau de viande - une biche anorexique ? Ni une, ni deux, ils s’élancèrent vers l’objet de leur convoitise, l’un battant des ailes pour décoller un peu, mais davantage gêné par ses chaînes que favorisé par son initiative. C’est d’ailleurs le griffon qui atteignit la nourriture en premier, plus à l’aise sur la terre ferme. Son bec fendit sur la nourriture tant espérée à l’instant où le Dalavoï le percutait de plein fouet, emporté par l’inertie de sa course et la violence de sa fringale.

A affamer deux des créatures les plus joviales d’Irydaë, on en fait des êtres méfiants et prêts à tout pour leur survie. Le griffon s’écroula sur le côté, et ce simple instant de vulnérabilité qui l’éloignait de sa pitance provoqua en lui une rage indicible ; il poussa un rugissement atroce, à l’image de son mécontentement, à en faire trembler les gradins supérieurs. Sans attendre que le Dalavoï ne réitère son attaque – ce qu’il n’aurait de toute évidence pas fait vu sa douceur coutumière -, il chargea, les serres en avant.

Il s’en fallut de peu pour que Khi’del glisse entre ses pattes par quelques coups d’aile bien placés. Plus majestueux que jamais, il s’envola vers les cieux, et l’on put ressentir les courants d’air que créèrent ses membres ailés à plusieurs mètres à la ronde. Son instant de gloire et de magnificence fut bref, le collier d’acier qui lui enserrait le cou le rappela soudain à la réalité, et à la bassesse de ce monde. Le choc le fit basculer en arrière et tomber sur le griffon bien décidé à en découdre qui s’était envolé à sa suite.

L’affrontement aérien se composa alors de morsures et de griffures, de coups d’aile incertains pour se maintenir à quelques mètres du sol, de cris de la foule se mêlant à ceux des bêtes. Une sorte de démence s’infiltrait dans l’air, et il fallait abandonner un peu de sa raison et de sa sensibilité pour le respirer. Chaque hurlement de souffrance arrachait un cri de ravissement de l’audience. Rien n’est plus inhumain que l’humain lui-même.

    « Herek, il va crever, j’te dis. »


Les deux créatures s’étaient écroulées, incapables de demeurer en l’air. Le griffon avait affalé tout son poids sur son adversaire, et le Dalavoï se débattait à présent pour ramper hors de son étreinte, mais il lui labourait les écailles. Réticent à l’idée de blesser, il fut cependant contraint de riposter pour défendre sa vie. Avec une brutalité qui lui correspondait peu, il plongea gueule béante dans l’encolure du griffon et serra sa mâchoire, jusqu’à goûter son sang qui perlait sur ses plumes. Il le fit alors basculer sur le côté, maintenant à sa merci.

    « OUI ! C’est bon ça !
    - Relève-toi feignasse ! »


Nass’ avait blêmi à vue d’œil, sautillant d’un pied à l’autre tant son angoisse était palpable. Il ne pouvait s’empêcher de ressentir un soulagement coupable, que sa propre bête fût vainqueur, mais cela ne faisait qu’ajouter à sa honte. Le Dalavoï victorieux se jeta d’ailleurs sur le pauvre morceau de viande responsable de tout ce chahut et le dévora presque intégralement en une bouchée. D’interminables minutes d’hostilités résultant à deux secondes de plaisir.

    « Raah je suis ruiné ! Comment j’vais r’mettre c’te bête sur pattes ?
    - C’est l’jeu mon vieux ! En attendant, c’moi qui paye la tournée haha ! Nass’, va t’occuper de notre brave combattant et mets-lui une double ration pour l’effort !
    - Célébrez sans moi, j’vais essayer d’ranimer mon griffon, moi ! »


La foule se dissipait, rassasiée. On la dirigeait à présent vers d’autres attractions macabres, d’autres combats notamment. Nass’ se chargeait donc de mener sa bête hors de l’arène à renfort de nourriture pour l’appâter et calmer ses pulsions meurtrières, tandis que l’autre badaud allait constater l’état de sa bête.

Score sur l’échelle de gravité des blessures a écrit:
> Griffon : 10 <


1 : La blessure est bégnine, le griffon a simulé son mal pour mettre fin au combat.
20 : Etat critique, il ne lui reste probablement que quelques minutes à vivre dans cet état.

> Dalavoï : 8 <


1 : Il sort du combat pratiquement dans le même état que précédemment.
20 : Graves blessures, susceptibles de dégâts irréversibles sur le long terme mais ne le mettant pas en danger de mort dans l’immédiat.


Arrivé au niveau du griffon, qui reposait toujours sur le flanc, pantelant, il put constater que la blessure au cou était plus profonde qu’il ne l’espérait, tandis que les autres demeuraient tout au plus superficiels. Il poussa un soupir exaspéré, et déballa le nécessaire disponible pour panser quelque peu sa plaie. « Le griffon au collier », s’il l’arrangeait bien cela pouvait toujours faire fureur ! Un nouveau soupir d’exaspération échappa ses lèvres. Son protégé était mal en point.

A quelques pas de là, Nass’ tirait sur les liens du Dalavoï, lequel se montrait des moins maniables, tout préoccupé par l’état du griffon qu’il avait mis hors de combat. Même l’instinct ne justifiait pas une telle violence entre races amicales par nature. Finalement, Nass’ parvint à passer la sortie de l’arène. Lui aussi aurait des plaies à panser, la plupart n’étaient pas bien profondes, mais les serres avaient lacéré son corps reptilien et il vibrait de douleur. Fort heureusement, le terrain vague où l’attendaient ses compagnons en cage ne se situaient qu’à quelques dizaines de mètres de là.


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