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Chroniques d'Irydaë
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 [Terminé] On trouve de tout à l'hosto [PV Ophélia]

Swenn Milazzo
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Mer 18 Avr - 11:46
Irys : 735375
Profession : Chimiste le jour - Dealer la nuit - Toubib de secours à toute heure
Daënar +1
Dans ces conditions, la possibilité de se défaire de la jeune femme est de nouveau envisageable. Lui donner rendez vous dans un autre endroit, et avertir les autorités compétentes de la dangerosité potentielle de la jeune femme. La possession de telles armes et sa recherche d'une formation en toute discrétion des poisons passant pour des critères amplement suffisants. Bien sûr que le cerveau de Swenn continue à lui transmettre ces différentes options. Quelque part, il a bien conscience que ce serait la solution la plus sage. Sauf qu'il n'est pas spécialement en très bons termes avec les représentants de la loi, son arrogance affichée ayant du mal à être acceptée par ces personnes. Mais surtout, cette curiosité maladive lui fait mettre de côté ces bonnes recommandations, sans même envisager un seul instant pouvoir les mettre en application.

Seule la question d'Aemy, qui pourrait passer pour l'innocence incarnée à cet instant, résonne à ses oreilles. Si la plupart des personnes avec qui il doit tenir une conversation passent leur temps à lui faire remarquer son ignorance des règles tacites qui régissent la société, sans doute n'ont-ils jamais croisé la jeune femme. Un physique fragile mais une assurance sans faille. Des manières dignes d'une éducation des plus poussée, mais une question aux allures candides. Réussir à passer sans difficulté aucune de la demoiselle bien sous toutes coutures à une neutralité absolue, ne laissant rien paraitre de ce qui peut bien guider ses pensées. Comme à cet instant, où certaines tenteraient de justifier leurs paroles à grands renforts de "en tout bien tout honneur". Ou à l'inverse, se donneraient des airs très explicites.

Quoi qu'il en soit, il doit se rendre à l'évidence. Il n'avait absolument pas pensé à savoir où une "touriste" comme elle peut bien dormir. Et finalement, il n'a pas l'envie de savoir. Après avoir pris quelques secondes à détailler la jeune femme, essayant malgré tout de déchiffrer ces paroles, il finit par se rendre à l'évidence. C'est impossible. Tant pis, il fera avec cette expression dénuée de tout sens. Après tout, il est bien mal placé pour critiquer cette façon de faire.

- "Tu peux venir avec moi. Et laisse tout ça ici, on n'en aura pas besoin."

La présentation de sa question laisse clairement voir qu'elle attend une réponse tranchée. Beaucoup auraient sans doute été gênés d'avoir à prendre une telle décision à sa place, se contentant de lui proposer plus ou moins maladroitement l'hébergement. Pas Swenn. Et puis, elle l'avait bien prévenu qu'elle est habituée au rôle de pupille. Une telle interrogation n'est donc que peu étonnante. Tout comme d'être mal à l'aise avec le tutoiement... Ce qui n'embête nullement le chimiste. Tant que lui-même n'a pas à s'encombrer avec de telles manières.

Après avoir réuni toutes ses affaires dans la sacoche avec laquelle il est arrivé plus tôt, il vérifie qu'Aemy soit également prête à quitter la salle et ouvre la porte. Sûrement aura-t-il encore des remarques sur l'état dans lequel se retrouvent les lieux suite à son passage. Mais comme toujours, il lui suffira de laisser ces sermons se déverser sans jamais réussir à l'atteindre.

Puis emprunte les mêmes couloirs qu'à l'allée, en sens inverse. Mis à part deux infirmières qui les dépassent, visiblement très pressées, le bâtiment parait bien vide. Du moins pour ce qui concerne ces accès communs. Quoi qu'il en soit, il n'est pas question de parler de leur arrangement lorsque des oreilles indiscrètes peuvent encore être à proximité. Le jeune homme attend donc d'avoir passé l’accueil, poussant la porte d'entrée principale pour laisser de nouveau entendre sa voix.

- "T'accepterais de me raconter comment tu t'es retrouvée à travailler dans un bar à la clientèle aux mauvaises manières ?"

Sérieux ? C'est vraiment lui qui va se retrouver avec le rôle de celui qui fait la conversation ? Assurément pas son domaine de prédilection. Pourtant, avec une personne aussi peu loquace, il n'a pas d'autre choix s'il veut en savoir un peu plus sur la miss que son seul besoin de savoir concevoir des poisons. Et tant qu'ils sont à l'extérieur, impossible d'aborder des sujets plus sensibles. Qui pourtant paraissent ne pas manquer avec la brune.


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Ophélia Narcisse
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Mer 18 Avr - 12:31
Irys : 1351961
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
L'invitant à sortir, Aemy se réjouit intérieurement d'avoir un toit pour surmonter son visage cette nuit. Toutefois, elle n'oubliait qu'elle ne connaissait rien de Milazzo, paresse et connaissances chimiques à part. Sûrement, il n'irait rien dire aux autorités, même si elle devait agir de manière suspecte. Lui aussi avait de la crasse sous le coude, et elle, elle s'était présentée comme une femme qui n'avait apparemment pas d'antécédents criminels. Les nombreux mots qui lui avaient sorti des lèvres parlaient cependant bien plus que ce qu'elle n'aurait souhaité, mais ça, elle ne le réalisait pas. Elle quitta donc le plan de travail pour retourner sur le bureau, prendre ses armes qu'elle ne comptait sûrement pas laisser dans une pièce pareille. Et puis, elle ne savait pas si elle y reviendrait seulement. Encerclant son gant des sangles de son arbalète, revêtant son fourreau et y engainant son poignard, elle fit suivre ses pas dans le sillage de son professeur.

Fermant la porte derrière elle, elle constata que les couloirs étaient vidés de toute présence, infirmières mises à part. Encore, elles n'étaient qu'une paire. Pour murmurer au coin des couloirs, il n'y avait que le vent et quelques brises qui s'infiltraient des fenêtres entre-ouvertes sur la fraîcheur nocturne. Ce silence était familier d'Aemy, elle connaissait sa splendeur mieux que quiconque. Elle avait eu tant de temps pour en admirer sa magnificence lorsqu'elle était enfermée, livrée aux quatre murs qui lui renvoyaient ses propres mots. Ses pensées s'exprimaient à l'oral, mais, ses facultés d'autonomie s'effaçaient à chaque jour. Ainsi, à force de parler seule, elle avait appris à se taire. Toutefois, il semblait que le brun ne comptait pas laisser la soutenance de cette vide clameur persévérer. La question à laquelle Kelmina l'avait préparée vint finalement. Qui était-elle, d'où venait-elle, pourquoi une barmaid ? Au final, elle avait apprise par coeur l'alibi que lui a donné sa protectrice.

Je suis née à Blumar, ma mère est morte en couche, seul mon père veillait sur moi. Nous vendions des petits produits d'agriculture à nos semblables, jusqu'à ce que l'argent ne suffise plus pour vivre aussi détaché de l'activité des villes. Nous avons donc fait chemin à pied vers Skingrad, trajet durant lequel, j'ai aussi perdu mon père. La faune Daënastre est bien cruelle ... 

Son rôle était clair, mais assez maladroit, elle récitait avec beaucoup de facilité des événements qui auraient marqué un tournant décisif et tragique dans une vie qu'elle n'a jamais eu. Ses paroles ne correspondaient pas à son expression, neutre et froide. Mais, d'une certaine manière, ce manque d'émotion pouvait tout aussi bien se caractériser par la nature inexpressive du masque qu'elle arbore en tant que pupille. Milazzo n'a pas du la prendre pour une fille émotive de toute manière, ce laxisme en sentiments sincères iraient peut-être dans son sens, ou peut-être pas. 

Mais j'y ai continué mon voyage. Finalement, à la fin de mai, je n'avais plus de foyer, plus de famille et aucun ami pour m'aider. Je me suis mise à chercher un abri, un travail et après quelques jours à traîner les rues, j'ai finalement rencontré la gérante d'un pub. Ne vous méprenez pas, la clientèle de cet établissement est sans aucun doute plus aimable que les autres. Mais les mentalités d'une région à l'autre sont bien changeantes. Avez-vous déjà été au Tyorum ?

Elle tourna finalement le visage vers lui, ornée de ses verres teintés qu'elle avait revêtit en prévision de cette excursion extérieure qui risquerait de lui attirer quelques ennuis. Son regard vairon était vraiment un désavantage de cette manière, trop unique pour ne pas lever les suspicions. L'expression neutre qu'elle affichait éternellement fixait son professeur, attendant une réponse à une question qui semblait pourtant rhétorique. Malgré les apparences, elle n'attendait bel et bien pas de réplique. Elle enchaînait sur la suite de son récit inventé de toutes pièces, comme réellement affectée par la désobligeance des habitants de la capitale sudiste.

Les gens sont souvent à crans là-bas et lorsqu'il ne fait pas assez chaud pour ne pas avoir la tête qui bout au soleil, la plupart en profitent pour se saouler comme s'ils ne boiraient pas pendant dix décennies après. Elle expira brièvement en une méprisante respiration. Malheureusement pour nous, on les revoit souvent le lendemain. 

Sur ce point-ci, la barmaid en formation ne mentait aucunement. Elle en avait vu des gens sortir en loupant la marche et s'étaler sur le sol comme du fumier fraîchement déposé. Le plus ironique, c'est qu'ils en avaient l'odeur. Souvent des travailleurs, parfois des femmes et rarement des gardes. La patronne avait sa réputation bien à elle auprès de ses clients, et Aemy ne supportait absolument pas la manière dont certains s'adressaient à sa protectrice. Plus d'une fois elle avait rêvé de se débarrasser d'eux sans que Kelmina ne le lui interdise. Devant elle se tenait l'homme qui deviendrait bien assez tôt le meurtrier indirect de tous ces sales rats. Et la jeune fille l'en remerciait d'avance de lui offrir ce privilège. Sa curiosité se piqua dès qu'ils posèrent le pas dehors.

Et vous ...? Comment un supposé docteur peut avoir fini par dériver de sa profession initiale ? 

Elle avait caché ses paroles sous un ton taciturne qui ne portait pas au-delà de son professeur. La bassesse de sa voix était parfois une bénédiction pour la jeune femme. Toujours était-il que la réponse ne l'intéressait pas, elle faisait simplement preuve de bonnes manières qu'elle considérait être méritées par le jeune homme qui lui rendait un service non-négligeable. Enfin, "service", elle avait tout de même pas mal d'argent qui claquait dans sa bourse, n'attendant plus qu'à lui être délivré. 


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Swenn Milazzo
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Jeu 19 Avr - 16:48
Irys : 735375
Profession : Chimiste le jour - Dealer la nuit - Toubib de secours à toute heure
Daënar +1
Difficile de savoir quoi penser de cette histoire que lui raconte Aemy. Sans doute à cause de ce ton employé qui ne correspond pas à celui que le commun des mortels emploie pour retracer un parcours personnel rempli d'obstacles. Mais du peu que Swenn a pu voir de la jeune femme, elle n'a rien de ces gens hyper expressifs, réussissant à garder un détachement total de ce qu'elle peut dire, faire ou voir. Sans aucun doute l'une des raison pour lesquelles il la trouve intéressante. N'étant lui-même pas des plus démonstratifs, il se contente d'écouter ce qu'elle accepte de lui livrer. Il n'a de toute façon pas d'autre choix que de s'en satisfaire. Une mère inconnue, un père qu'elle a vu mourir, un foyer retrouvé auprès d'une femme qui gère ce fameux bar, qui l'amène à chercher une formation en poisons. Rien d'extravagant pour le brun habitué à côtoyer des gens aux histoires sordides.

L'air extérieur est chaud en ce mois de juillet, rendant les balades agréables. Malgré l'heure, plusieurs habitants sont encore présents dans ce coin relativement bourgeois de la capitale. Plus éméchés que sobres pour la majorité, ayant très probablement profité de quelques verres en terrasse. Tout en écoutant la réponse détaillée à sa question, Swenn guide Aemy à travers les rues, sans se presser, prenant la direction du centre ville. Marcher aux côtés d'une personne sans avoir à échanger la moindre parole n'est pas pour le déranger. Lorsqu'il se trouve en compagnie d'un individu lambda. Les conversations insipides pour coller aux règles de politesse n'ont jamais été pour lui plaire. Mais la jeune femme qui se trouve à proximité n'a pas grand-chose d'ordinaire. Même sa question n'est pas de celles auxquelles il est habitué.

Il ne répond pas immédiatement, tournant la tête pour essayer d'établir un contact visuel avec elle. Mais se heurte de nouveau à ces verres teintés. Décidément, il n'est pas prêt de s'y habituer ! Tant pis. Prenant une attitude peu concernée et un ton platonique pour accompagner ses paroles, il a bien l'intention de ne pas se montrer beaucoup plus expressif que ce que l'a été Aemy. Mais prend la peine de lui fournir une version relativement détaillée. Pour avoir des réponses, il faut accepter de satisfaire une partie de la curiosité de son interlocuteur. Principe de l'échange équivalent.

- "Ce n'est pas réellement ma profession initiale. Ou plutôt, j'en ai dérivé bien avant d'avoir commencé. A la mort de mes parents j'ai rejoint certains réseaux. Qui m'ont permis d'élargir mes compétences plus loin que ce que la formation initiale en chimie que je suivais m'offrais. Jusqu'à être suffisamment expérimenté pour retrouver une bonne indépendance."

Il ne parle pas particulièrement fort, sans pour autant prendre la peine de chuchoter. Ils ne sont pas seuls certes, et la population se fait de plus en plus nombreuse à mesure qu'ils avancent. Mais visiblement de plus en plus ivre, les pubs populaires se faisant de plus en plus fréquents. De simples citoyens de Cerka bien naïfs pour la plupart. Pas de ceux qui peuvent provoquer le moindre intérêt de la part du chimiste.

- "Je ne suis vraiment devenu docteur qu'à la fin de mes études. Une vie tout ce qu'il y a de plus simple et banale. Horriblement ennuyeuse. Fade en comparaison de ce que je connaissais. Alors j'alterne. Jouer sur les deux tableaux est bien plus stimulant."

N'ayant aucun mensonge tout prêt à servir, Swenn ne s'embête pas à raconter autre chose que la vérité. Du moins, celle qui l'arrange, gardant bien entendu sous silence tous les détails qui pourraient révéler la moindre marque de faiblesse. Et qui ne manquent pas. A quoi bon s'embêter à renvoyer l'image du médecin bon sous tous rapports ? Aemy est justement venu le trouver parce qu'il ne l'est pas. Et même si elle n'est pas décidée à lui céder de ne pas être blanche comme neige, elle a tout de même l'intention d'avoir recours à des poisons mortels. Sur lesquels elle est bien renseignée. Et n'a pas hésité à fouiller dans les bas quartiers, malmenant aisément le premier malheureux qui a croisé sa route pour obtenir les informations souhaitées. Ce qui est pour l'heure amplement suffisant au jeune homme pour en déduire qu'elle n'a rien d'une enfant de chœur.

- "Est-ce cette gérante de pub qui t'as enseigné de si bonnes manières ? Du peu que je connais les agriculteurs, ils n'ont pas un vocabulaire des plus développés. Contrairement à beaucoup de femmes qui occupent des postes aussi... Délicats. A moins qu'il n'y a des différences qui me sont inconnues entre les régions."

Peut-être va-t-il trop loin. Sans doute même. Pourtant, il n'a pas l'intention de remettre en doute les paroles de la jeune femme. Pas ouvertement, Swenn ayant depuis longtemps appris la méfiance sans pour autant l'exposer directement. Alors, il trouve des déductions à ses interrogations à partir de la version qu'il réussi à obtenir. Prouvant malgré tout, de façon évasive, qu'il n'a rien de crédule. Ayant tendance à rendre l'atmosphère plus pesante. Mais une fois de plus, tant qu'il ne lui a pas livré les éléments indispensables à la création de poisons, il sait avoir une marge de manœuvre relativement ouverte. Et puis, il n'a pas la moindre intention de provoquer ou de s'opposer à Aemy. Il veut simplement en apprendre davantage sur elle. Ce qui nécessite de réussir à démêler le vrai du faux.

Il n'habite pas spécialement loin de l’hôpital qu'ils ont quitté, mais une grosse vingtaine de minutes de marche est tout de même nécessaire. L'appartement loué se trouvant dans la partie populaire de la capitale, se mêlant ainsi aux habitants ordinaires, ils n'ont pas besoin de mettre les pieds dans les bas quartiers. Ne leur offrant pas une grande hétérogénéité de la population rencontrée.


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Ophélia Narcisse
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Jeu 19 Avr - 22:12
Irys : 1351961
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Un homme actif donc, ce Milazzo. L'ennui peut parfois prendre le meilleur de soi-même et l'appel de l'interdit est bien souvent trop alléchant pour ne pas plonger le nez dans les ennuis. C'était un concept qu'Aemy pouvait comprendre, son docteur avait tenté de lui faire différencier le bien du mal, autrefois. Tuer, faire du mal, manipuler, tout cela était censé être proscrit et pour jouer la patiente docile, Nima avait un don. Chaque émotion réprimée, chaque masque qu'elle porte avec une aisance quasi-parfaite lui a été léguée par cette indifférence vis à vis de toute notion manichéenne. Il n'y a pour elle, qu'un seul bien, celui qui lui procure de la satisfaction, le reste peut bien aller voir par-delà les nuages, si elle y est. Pour peu  que la vie d'autrui ne l'intéresse, elle serait prête à laisser Cerka toute entier crever, simplement pour rentrer plus vite au Tyorum. Ainsi, l'échange d'égal à égal n'est pas une notion qu'elle compte respecter. Si le docteur avait restreint quelques informations pour des raisons qui lui sont propres, sa jeune pupille ne comptait de toute manière pas lui déléguer quoi que ce soit de plus.

Et vint une question personnelle, qui remettait en cause sa manière d'être même. Les bonnes manières, hein ? Oui, c'était bien Kelmina qui lui avait apprise à se maîtriser, ou du moins, le strict minimum. Cette docilité qu'elle a acquise ne provenait pas de l'éducation d'un bâtard de paysan dont la femme avait crevé après avoir accouchée d'une petite gueuse en devenir. Milazzo avait noté la différence entre son dialecte et le jargon campagnard que l'on attribue de manière amalgamée aux petites gens des prés, loin des villes. Non, Aemy n'avait pas de ses "parents" les manières, elle n'avait pas d'eux ce "bon-parler". Tout ce qu'elle a acquise n'était que le résultat d'un amour maternel de substitution et d'une affection tordue d'une raclure de docteur envers une patiente impuissante. Toute fois, elle comptait bien trouver une réponse à ce dilemme qui semblait, oh tant tordre le bon professeur. 

Je ne saurais négliger le rôle qu'a eu ma patronne dans mon éducation corporelle et linguistique. Elle m'a appris à maîtriser mes émotions et à ne laisser ressortir que l'essentiel. Toutefois, je ne peux oublier de préciser un détail important...


Elle réutilisait les mots de ses vrais éducateurs, ceux qui parlaient en charade et répétaient leurs termes scientifiques à longueur de journée. Ils étaient rentrés dans sa tête, ces mots, ils y avaient creusés leur nid et avaient pondus leurs oeufs de corruption dans l'enceinte de son esprit. Cette fragrance ne l'avait jamais quittée, cette docilité acquise au cours de ces tests à la souffrance indescriptible, elle s'était mugie en une partie de son âme. Sa psyché s'était divisée en morceaux décollés les uns des autres, qui pourtant ne formaient qu'un seul et même ensemble; elle-même. 

Le sang qui tournait dans ses veines lui remontait à la tête, alors que ses joues devenaient plus rouges. Sous ses lunettes teintées, elle esquissait un regard mauvais, sans froncer les sourcils. Ce n'était pas sa figure qui traduisait cette remembrance d'une attitude déviante. Son regard se rétrécissait, formant un tunnel noir autour du visage de Milazzo, ne voyant plus rien autour mis à part son expression éternellement grincheuse. L'espace d'un instant, Nima se dit qu'il aurait été beau de lui dessiner un sourire sur le coin des lèvres. Le malheureux en avait besoin ... il semblait profiter si peu de la vie ... il semblait si peu aimer son existence. Pourtant, il disait vivre dans l'illégalité et adorer la sensation d'excitation que cela lui procure, non ? Alors pourquoi ne pouvait-il pas sourire de son plein gré ? La vaironne connaissait un petit outil qui pourrait facilement substituer une charmante risette à cette moue bougonne. 

... celui qui m'a donné mon nom est responsable de ce qu'est la femme que vous avez devant vous. 


Ses mots seuls laissaient entendre que son père survivant lui avait donné l'éducation d'une bourgeoise bien élevée, mais oh que la vérité était décalée. Son bon docteur, Yshkarès, lui avait attribué ce charmant prénom qu'était Nima, faisant d'elle sa ... création. C'était le regard qu'il lui portait, celui d'une poupée vidée de dessein, dont la simple existence était à bâcler. Il a gribouillé longtemps sur la feuille blanche qu'était Aemy aux premiers jours que sa mémoire lui accordait. Il a tant griffonné le papier qu'elle en devint une figure informe, dénuée de sens logique et vidée de ce sublime concept que l'on nomme communément "raison". Kelmina avait quelque peu défait les noeuds de son esprit, mais il restait encore de nombreux vestiges de la ruine de son psychiatre. 

Le ton qu'elle avait imposé à ses mots étaient venin. Le miel et le calme qui empruntaient sa voix jusqu'alors s'étaient changés en une espèce de sarcasme personnel, une ironie que seule la locutrice semblait comprendre. Preuve en était du sourire qu'elle vint esquisser juste après. Quelque chose n'allait pas, Aemy le sentait par la migraine qui lui enserrait le crâne. Elle sentait ses oreilles se réchauffer, comme si elle était énervée, pourtant, ce n'était qu'une simple question. Et surtout ... pourquoi est-ce qu'elle avait à ce point envie de creuser dans l'orbite de Milazzo ? Il avait l'air gentil pourtant, derrière son expression grincheuse. Alors, pour quelle raison est-ce que sa miséricorde lui démangeait tant ? 

La troublée se démena pour sortir de ses pensées psychotiques, passant une main sur sa tempe droite, alors qu'elle replaçait son regard devant elle, continuant à avancer comme si de rien n'était. Après tout, elle n'avait fait que sous-entendre ... hein ? Elle n'avait fait qu'émettre un point parfaitement normal ... n'est-ce pas ? Le brun n'y verrait sans doute rien ... pas vrai ? A l'intérieur, la vaironne blêmissait de sa maladresse et de l'instabilité de sa propre personne. Elle avait envie de se griffer le visage, comme si ses doigts frustrés se devaient de venir écorcher sa peau pour lui faire recouvrer un semblant de maîtrise. Sa main gauche, accroché au mécanisme de son arbalète n'avait qu'envie d'en faire jaillir le carreau.

Mais il y avait trop de monde, trop de témoins, et surtout, elle avait encore besoin de Milazzo. Il ne devait pas mourir et c'était enrageant ! Quitte à l'épargner, Nima rêvait de pouvoir lui couper ne serait-ce que juste un peu la peau des avants-bras. Juste histoire de pouvoir soulager sa frustration. Car elle savait que le sang lui satisferait sa folie passagère. Une telle crise se soigne comme l'on se débarrasse d'un prédateur, en lui donnant ce qu'elle convoite. Mais, emprise de ce dilemme, l'évadée tremblait, secouée par des pulsions internes qui lui donnaient l'aspect d'un cadavre dont les réflexes post-mortems ne s'étaient pas encore achevés. 

Pourtant ... elle continuait d'avancer, jusqu'à ce que le docteur ne la ramène chez lui. Là-bas ... elle aviserait. 


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Swenn Milazzo
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Ven 20 Avr - 18:09
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Daënar +1
Si l'histoire d'Aemy est vraie, alors ses premiers mots font penser à Swenn que cette patronne doit être une femme bien. Et mérite effectivement une certaine protection. Quitte à ce qu'elle passe par des poisons. Récupérer une "gamine" sans parents, probablement à l'éducation rustre, et réussir à lui inculquer ces façons de faire. Peu de personnes seraient capable d'un tel geste. Pourtant, sa dernière phrase vient balayer ces belles idées, lui laissant un sale goût. De par ces mots qu'il ne sait exactement comment interpréter. Que peut-elle bien vouloir dire par "la femme qui se trouve devant lui" ? Et cet homme qui lui a donné son nom ? Mais aussi par cette façon étrange de faire cette déclaration. Comme s'il y avait quelque chose de différent. Imperceptible, n'offrant aucune preuve, mais faisant planer le doute.

Une telle phrase, aussi ambiguë, laissant entendre qu'il y a bien plus que ce qui est dit à demi mots, c'est exactement le genre de chose qui peut attiser encore un peu plus la curiosité du brun. L'envie d'en savoir plus. De vérifier si ses soupçons sont fondés. De poser davantage de questions, toutes aussi indirectes, l'amenant à déchiffre toujours davantage les divers éléments qu'il peut obtenir, jusqu'à disposer de toutes les pièces pour pouvoir reconstituer le puzzle.

Pourtant, cette fois, il n'en fait rien. Pas parce qu'il mesure le niveau de dangerosité que peut représenter la jeune femme. Non, il est très loin d'imaginer ce qui peut bien agiter les pensées d'Aemy à cet instant. Mais bien à cause de ce changement de comportement qu'il ne peut qu'observer. Rien d'extravagant, elle reste toujours aussi mesurée, faisant preuve de calme et de self contrôle. Qu'elle ne dise rien de plus ne l'étonne pas tant. C'est davantage l'attitude qu'elle prend alors, comme si elle devait se concentrer sur quelque chose. Qu'est-ce qui peut bien l'amener à se montrer si vide à cet instant ? Elle n'a rien dit qui puisse provoquer un quelconque changement de conduite. Et rien dans leur environnement direct ne parait pouvoir en être responsable non plus. Pour la première fois, il a réellement l'impression qu'elle puisse être plus fragile que ce qu'il a bien voulu imaginer jusqu'à présent. Raison pour laquelle il n'insiste finalement pas, acceptant de la laisser tranquille.

Il se contente donc de poursuivre le chemin, sans un mot de plus, s'éloignant finalement des principales sources d'agitation nocturnes, pour emprunter des rues plus étroites, ne comportant plus que des habitations. Ni sa démarche ni son visage n'ont quoi que ce soit de changé. Ce qui n'empêche que dans sa tête, beaucoup trop de théories se confrontent. Quel est le sens de ce qu'elle a pu dire ? Et s'il fallait remonter plus loin, jusqu'à la raison de sa demande ? Swenn ne peut encore exclure la possibilité que sa volonté de savoir confectionner des poisons n'ai rien à voir avec qu'elle a bien pu accepter de lui raconter. Que ce bar n'existe pas. Ne pas savoir est aussi agaçant que stimulant. Mais une fois de plus, il va falloir faire de preuve de patience. Pour le moment, l'état d'Aemy le préoccupe davantage que d'obtenir d'elle ces réponses.

Il ne leur faut pas plus de dix minutes pour finalement arriver à destination. Une grande porte de garage qui s'ouvre sur une petite cours intérieure, donnant accès à plusieurs immeubles. Le jeune homme ne peut que noter l'absence du volatile qui lui tient régulièrement compagnie, et qui a pour habitude de l'attendre dans les parages. Sauf quand il rentre trop tard. Sûrement le piaf s'est-il déjà trouvé un autre endroit pour passer la nuit. Ce qui arrange bien Swenn, qui n'a pas envie d'avoir la stupide créature à gérer en plus.

Arrivé au deuxième étage, il ouvre la porte de l'appartement qu'il occupe. Le capharnaüm qui règne dans la pièce principale ne laisse que peu de doute sur ses activités de chimiste. Du matériel dans chaque recoin, plus ou moins propre, en plus ou moins bon état. Des restes de tests non concluants abandonnés sur ce qui doit logiquement servir à préparer à manger. Des livres éparpillés, principalement amoncelés en un équilibre précaire sur un canapé qui a vécu. Et une pile de vaisselle à n'en plus finir. Ou plutôt de mélange de tasses à café et de récipients pour ses mixtures. Ce dont le brun ne se sent nullement gêné. Bien, maintenant qu'ils sont arrivés, peut-être qu'il va pouvoir comprendre ce qui arrive à la jeune femme.

- "T'as besoin de quelque chose ?"

Habitué à gérer des camés en manque, face à l'attitude complètement déconnectée qu'a adopté Aemy depuis qu'elle a arrêté de parler, il ne peut que faire le rapprochement avec cet état d'absence psychologique qui affecte certaines des personnes qui passent par ici. Si ce n'est que ça, il ne devrait pas avoir trop de mal à lui trouver de quoi revenir à un état normal. Pourtant, il a toujours autant de mal à l'imaginer accro à l'une de ces substances addictives.

- "Ou alors t'as faim ?"

Généralement, il a plus tendance à sortir une phrase du genre "fais ce que tu veux" puis à continuer à vivre sa vie lorsqu'il se retrouve à héberger quelqu'un. Mais il n'a pas suivi la voie de la médecine par hasard, et cette tendance à s'occuper de ceux qui paraissent avoir besoin d'aide reprend vite le dessus. Pas forcément de la façon la plus évidente qui soit. Pourtant, elle arrive même à tenir tête à cette curiosité insatiable qui guide une grande partie de ses agissements. Malgré son manque d’empathie affiché, ses faits et gestes prouvent un peu trop souvent l'inverse.


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Ophélia Narcisse
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Ven 20 Avr - 21:35
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Pérégrins -1 (femme)
Tête baissée et bouche muette. Yeux clos et paupières couvertes. Dents serrées et lèvres entre les incisives. Aemy tremblait alors que Nima jubilait. Mais ni l'une ni l'entre ne pouvait deviner qui aurait la main mise lorsque les premiers pas en privé arriveraient. Passée la porte, qu'adviendrait-il de Milazzo. Oh ... elle avait si envie de jouer un peu avec lui, mais elle avait besoin de sa coopération. Les deux élans dans sa tête se chamaillaient comme des gamines qui se disputent un jouet. L'une avait besoin d'arroser son visage de sang, tandis que l'autre voyait les bénéfices sur le long terme. Son professeur n'aurait sûrement pas plus envie de lui apprendre à confectionner des poisons si elle lui découpait les veines. Pourtant, le manche de sa lame qui tapait contre le bas de son dos semblait la taquiner pour qu'enfin elle ne la libère de l'étreinte de son fourreau. Il y avait tant d'autres endroits où sa miséricorde serait plus à l'aise, entre ses doigts était l'une des possibilités.

Le docteur avait eu la bonté de ne pas la harceler de questions durant le temps où elle était encore sur la balance, à choisir ce qu'elle lui ferait. Si jamais elle devait lui faire quelque chose, rien ne disait qu'elle allait lui faire du mal ! Mais bon sang, qu'est-ce qu'elle en avait envie. Milazzo n'a pour seul tort que d'avoir réveillé les mauvais instincts de Nima, le reste de la faute se décharger entièrement sur les véritables cinglés qui l'ont créé ainsi. La pauvre fille n'est pas mauvaise, mais a été façonnée de cette manière. Et maintenant elle se surprenait à apprécier la sensation de chaleur qui la prenait lorsque le rouge écarlate intérieur à autrui venait lui effleurer la peau. Furtivement, suivant le cours de ces dernières pensées, Aemy se mordit la lèvre inférieure. Le désir était définitivement un adversaire redoutable. 

La maison du bon professeur vint en vue, et celui-ci en ouvrit la porte, conviant sa pupille à l'intérieur. Enfin, c'était plutôt un ensemble de bâtiments résidentiels, vue la largeur. Si le brun possédait tout cela pour lui, alors, il était bien plus riche que ce que ne laissaient entrevoir les apparences. Mais, sans déception, ni surprise, il la guida à une salle bien moins imposante, qui se révéla être ses appartements. C'était presque la même taille que l'étage de l'Alizé. Et, le bordel du résident lui rappelait celui de Kelmina. Mais les pensées actuelles de la jeune fille ne laissaient pas place à de telles comparaisons. Derrière ses lunettes teintées, elle se surprenait de plus en plus à mirer les recoins de la gorge de Milazzo. Parfois, ses yeux se baladaient le long de son bras, essayant de suivre le mouvement de l'artère qui y est plantée, imaginant ce que cela ferait si elle devait en extraire l'intérieur. Une main déplacée vint presque retirer les verres de son nez, avant de réaliser que faire ainsi dévoilerait irrémédiablement ses allures psychotiques. Ses yeux étaient bien souvent trop bavards. Toutefois, ne pas les enlever ôterait un peu du plaisir qu'elle aurait à lui entailler les poignets.

Bon hôte qu'il était, en contraste avec le peu d'accueil dont faisait figure son foyer, le brun semblait se soucier du bien être de son invité. Bien qu'il n'avait qu'à lui montrer son sang pour qu'elle soit aux anges. Mais, peu avisé de la situation qu'il était, il n'en fit rien. Aemy en était rendue au stade où même se faire entailler, elle, soulagerait l'attente. Elle avait envie de sortir la lame de son refuge et de la faire glisser contre son épaule. Mais Milazzo lui demandait si quoi que ce soit lui était désormais nécessaire, pour peu qu'elle en ait envie.

*Vos cris suffi-* Non merci, tout va bien.

Elle avait failli le dire, ces mots étaient presque sortis seuls de ses lèvres. La vaironne fit mine de se retourner pour regarder au travers d'une fenêtre, alors qu'elle se pinçait la bouche de ses dents pour réprimer ses mots. Mais le professeur enchaîna de nouveau avec une question qui pouvait être plus déplacée encore, du point de vue de Nima. Faim, non. Soif, oui. Mais il pouvait y remédier. Elle ne bougeait pas la tête, elle restait immobile, comme faisant face à une vipère qui s'apprêtait à planter ses crocs dans sa gorge. Ses respirations devenues plus saccadées, plus troubles. Derrière les verres teintées, ses yeux s'arrondissaient, maculés de sanguines vergetures qui lui parcouraient le bord des pupilles. Gardant au mieux le peu de maîtrise qu'elle pouvait se réserver, elle laissa glisser une réponse hors de ses lèvres.

Je ... n'ai pas faim. Merci.

Sa voix neutre avait tremblé, l'espace d'une pulsion, brève, mais puissante. Comme un choc électrique au travers de son corps, elle avait hoqueté son premier mot. L'intérieur de son corps bouillait, se réchauffait alors que peu à peu les souvenirs de l'asile revenaient l'envahir. Une lumière solitaire par-dessus son lit, une chaise à sangles au milieu d'une salle poussiéreuse. Quelques outils médicales sur un bureau, de rares bandages sur le coin d'une table. Des murs dont le papier peint s'effritait, des mouches qui se faufilaient des bouches d'aération. Des infirmières fatiguées de devoir supporter l'insanité de leurs patientes, des docteurs ne dormant plus de vouloir les soigner. Un psychiatre aux airs de diable, une main tendue, un scalpel ... un sourire. 

... si les respirations d'Aemy s'étaient grandement accentuées, à cet instant-ci, plus rien ne se mouvait. Elle s'était raidie, immobilisée comme une statue de cire. De dos, on aurait pu croire qu'elle contemplait les nuages, ou peut-être le paysage, qui sait ? Sans trembler plus, sa main droite vint retirer ses lunettes pour les déposer dans une bedaine à sa ceinture. Le ciel était beau dehors, noir, couvert d'étoiles ... leur lumière venait traverser le carreau et rebondissait contre le visage de l'ancienne patiente. Elle ne pensait plus à rien, son état était devenu presque végétatif, incapable de choisir entre docilité et petite rébellion malsaine. Ayant fait feuille blanche sur son caractère, la vaironne était désormais un réactif neutre. La moindre goutte de produit que Milazzo verserait dans cette solution en ferait ce qu'elle était censée devenir, poison ou remède. Amphétamine ou barbiturique, à lui de voir ...


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Swenn Milazzo
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Lun 23 Avr - 19:27
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Bien sûr qu'il les a remarqué. Ces mots. Cette intonation. Ces tremblements. Comme si la jeune femme parfaite sous tous les angles et à l’assurance indéfectible s'était volatilisée. L'instabilité dans son comportement n'est pas difficile à déceler depuis qu'elle a arrêté de parler. Dans ces conditions, impossible de ne pas conclure que la personne dont fait état cette rumeur qui traine, est juste sous ses yeux. Et ce malgré une couleur de cheveux et un nom qui ne correspondent pas. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus difficile à modifier. Quel que soit le degré de vérité qu'il faille lui accorder, Swenn n'a à présent plus grand mal à imaginer qu'Aemy corresponde aux critères nécessaires pour un petit séjour dans l'un de ces stupides asiles pour dérangés. Et il lui a promis de lui enseigner à concevoir certains poisons. Tout en lui proposant de l'héberger... C'est bien lui de se retrouver dans une situation aussi improbable. Qui ne provoque pourtant aucun regret sur la moindre décision qu'il ait eu à prendre depuis qu'il a salué la brune. Selon son point de vue, la peur n'a rien de rationnel. Il n'y a aucune raison d'y céder.

Pourtant ses yeux ne peuvent s'empêcher de rester posés sur cette énigmatique personne qui se tient à présent devant la fenêtre, comme absorbée par quelque chose qu'il ne voit pas. Qu'est-il sensé faire dans une telle situation ? Ou dire ? Voilà bien le genre de question qu'il ne se pose jamais. Mais cette fois, il est impossible d'ignorer complètement ce sentiment étrange. Une tension qui s'est installée entre eux depuis quelques minutes, mais en rien comparable avec celle à laquelle il est habitué face à des menaces directes. Une situation inédite à laquelle son manque de données ne lui permet pas de répondre par de quelconques calculs scientifiques. Qui le trouble bien plus qu'il ne veut l'avouer.

Après avoir pris quelques secondes pour se décider, ne pouvant décemment pas abandonner la jeune femme devant la fenêtre de la sorte, il finit par passer une main dans ses cheveux. Comme bien souvent avant de prendre une décision dont il ne saurait prédire les conséquences. Et s'approche de son invitée. Pour s'arrêter à deux mètres d'elle, n'osant imposer une intimité plus poussée. Cinq secondes supplémentaires s'écoulent, avant qu'il ne finisse par se résigner à prendre la parole. Mais pour dire quoi ?

- "Aemy ? Si tu n'as besoin de rien, tu devrais aller te reposer. Tu peux t'installer dans la chambre à côté."

Bravo. Pour ce qui est de la parfaite empathie du médecin on repassera. Ce n'est pourtant pas difficile de voir qu'il y a clairement quelque chose qui ne va pas. Mais après tout, elle vient de refuser en bloc toutes ses propositions d'aide. Alors il ne va sûrement pas insister. Il n'a pas pour habitude de forcer les gens à lui révéler quoi que ce soit contre leur gré. Sans compter que même sa voix s'est faite moins tranchante. Correspondant davantage à l'intonation à laquelle on s'attend pour une simple proposition qui se distingue d'un ordre. Il reste encore du chemin avant d'atteindre le niveau "sympathique" mais on ne pourra pas lui reprocher sa bonne volonté ! Merde, pourquoi il a tellement l'impression d'être pommé ?!

Quoi qu'il en soit, autant enchainer sur la suite initialement prévue au plan. Dormir. Peut-être qu'avec un peu de sommeil de récupéré, il sera plus en forme pour affronter ce caractère insaisissable auquel il ne cesse de se heurter. S'il se réveille effectivement un jour. Mais l'éventualité de se faire tuer dans la nuit est encore rattachée à une probabilité trop faible pour qu'il la prenne réellement en considération. Sûrement que s'il savait ce qui se passe dans la tête de la jeune femme ce chiffre augmenterait dangereusement. Son niveau de maîtrise de la psychologie humaine est bien trop limité pour qu'il ait la moindre chance de comprendre quoi que ce soit à ce qu'Aemy peut bien vivre à cet instant. Alors autant ne rien changer à ses façons de faire habituelles. Enfin, presque.

- "Demain je te montrerais quels sont les produits exacts à utiliser et leurs doses respectives. Tu auras besoin d'un bon niveau de concentration pour réussir à tout faire."

Très terre à terre. Mais c'est bien le seul sujet qu'il contrôle suffisamment pour prendre le risque de l'aborder actuellement. Et puis, plus vite elle réussira à mettre au point correctement ces poisons, mieux ça vaudra. Ou pas. Plus ils avancent, et plus la nécessite de mettre en place un plan B lui parait forte. Savoir qu'elle possède de telles armes n'est pas vraiment pour enchanter le chimiste. Mais pour l'heure, il ne peut pas faire mieux que de composer avec.


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Ophélia Narcisse
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Lun 23 Avr - 22:09
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Noir ... il faisait noir dehors. Si noir que la nuit aspirait le regard d'Aemy dans un autre monde. Peut-être un univers de mémoires, peut-être une fragrance d'un souvenir lointain. Ou alors le vestige d'une épave échouée, tombant en ruine et attendant que ne vienne souffler sur ses planches couvertes de coquilles, un vent de sable et de sel. Et lorsque la tempête de sécheresse passerait, viendrait ensuite un ouragan de larmes, un orage de peine, parcouru des éclairs du remord et du gâchis. Jusqu'à ce que pointe la Lune du réconfort, venant bercer son enfant dans un cercueil argenté, accrochée par des liens de chanvre à sa courbe stellaire. Entraînée hors de la terre, attirée vers les cieux où elle ne pourrait rien influencer, l'évadée de l'asile savait pertinemment que c'était un voyage à allée simple. 

Pourtant ... il n'y avait que les rues dehors, la cour, le ciel et les étoiles. Avaient-ils jamais rayonné d'un éclat aussi apaisant, si enivrant ? Nima se sentait comme si la lumière s'infiltrait dans ses veines, la plongeant dans une torpeur hésitante, toujours coincée sur même dilemme. Blesser, pas blesser. Au moins, elle s'était calmée, il y avait encore du temps après tout. Elle dormait ici, après tout. La soirée ne faisait que commencer, après tout. Rien qu'à ces idées, la brune gloussait presque tout haut. Qu'est-ce qui serait le mieux ...? Commencer par les pieds peut-être ? Jouer avec ses orteils, pour remonter progressivement, répéter l'opération avec les doigts et les ongles. Se rediriger le long de l'artère et remonter jusqu'à l'épaule, peut-être taquiner un peu les tendons pendant qu'on y est. Avant d'atteindre la gor ...

Aemy ?

Aemy ... oui, ce faux nom donné par sa gardienne, elle y était accrochée. Un patronyme si précieux, pourtant, ce n'étaient que quatre lettres. A.E.M.Y. Comment en étaient-elles venues à devenir si ... spéciales pour elle ? Etrange phénomène que de s'attacher plus vite au symbolisme qu'au matériel, n'est-ce pas ? C'est la même logique qui emprisonnait cette attitude déviante dans le corps de la jeune femme. Pouvait-elle s'y soustraire si elle le souhaitait ? Sûrement pas. Les idées sont insensibles aux coups de couteaux. Il n'empêche que ... c'était un beau nom, Aemy. 

Son visage ne se tourna que de biais, n'offrant qu'un quart de sa vision au docteur, alors qu'elle écoutait les prochaines instructions d'un air ... sérieux ? C'était compliqué de s'en assurer, plus de la moitié de son expression était dissimulée et aucun de ses yeux n'étaient visibles. Car derrière ses longues mèches teintées, la scindée maquillait des iris tremblantes, des lèvres qui frémissaient et une pupille gauche qui était plongée dans un néant qui semblait traîner devant elle. Le peu de raison qui la tenait sur le fil avait simplement choisi la contre-mesure de cacher cet aspect ignoble qu'elle arborait. Elle écoutait la suite de ce que lui disait son bon professeur, sans bouger de sa position initiale, avant de s'exécuter, n'osant pas dire plus de deux mots.

Très bien.

Tête baissée, elle marcha aussi normalement que ce que son corps lui autorisait vers la chambre indiquée. Doucement, elle tourna la poignée, et doucement, elle posa le pas entre les quatre murs, avant de refermer la porte derrière elle ... L'index qu'elle avait coutume à porter à ses lèvres revint se coller contre la bordure inférieure de son arc de Cupidon. La frustration qu'elle avait accumulée se relâchèrent tandis qu'elle mordait sa peau jusqu'à ce qu'une goutte écarlate n'en perle. Ses doigts vinrent taire ses ricanements, alors qu'elle s'esclaffait subtilement de cette douleur abominablement libératrice. Elle se délesta de ses verres teintés, les déposant sur un meuble qui traînait dans un coin de la pièce. 

La vaironne laissa son manteau traîner à côté, ne faisant subsister que sa robe dont elle se libéra tout aussi promptement. Seuls subsistaient son haut aux soies fines qui lui encerclaient les épaules en de maigres ficelles, ainsi que sa lingerie, alors qu'elle se glissait dans le lit qui avait été laissé à sa disposition. Elle attendit ... quelques minutes. Le regard posé entre les néants qui décoraient le plafond, elle se perdait dans son propre esprit. Elle était seule maintenant. Le docteur était sans doute parti se coucher. Plus rien ne la restreignait à se retenir. Son expression vide stagnait sur le fond de ses lèvres et de ses pupilles. 

Un sourire malsain, un regard ardent et un faciès malade. Tels furent les instigateurs du geste de bras qui vint délicatement tirer la miséricorde hors de son fourreau. Palpant le manche des doigts, Nima commençait à reluquer la lame, comme l'on admire un quelconque objet destiné à satisfaire des envies privées. Sa première incisive gauche vint mordre sa lèvre inférieure, en un geste d'anticipation hâtif, ses épaules tremblèrent du frisson qui vint la parcourir au moment où sa paume se resserra contre le froid de son couteau. Une lourde inhalation, suivie d'une expiration vocalisée d'une tonalité aigu retentit de la gorge de la vaironne. Ses yeux s'arrondirent alors que lentement, elle vint faire lécher son épaule gauche du bord droit de sa dague. La douleur remonta dans sa nuque comme la plus puissante des drogues, et, réprimant une écrasante vague de contractions qui lui grimpaient le long de l'échine. Son dos se raidit et son visage se tendit vers les cieux alors qu'elle achevait la coupure ...

Elle se laissa lourdement tomber contre le matelas, un regard béat hantant ses yeux alors que ses bras s'écroulèrent latéralement sur le lit. Son couteau glissa hors de ses phalanges, atterrissant contre la soie de sa robe. Son ventre gonflait et dégonflait à mesure qu'elle regagnait le peu de souffle qu'elle avait perdu durant son processus de satisfaction. Aemy sentait que son corps était moins capricieux désormais, toutefois, il y avait cette sensation d'acte manquée qui la traversait. Comme si elle pouvait avoir accès à bien plus.

... Le docteur dormait-il déjà ? 


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Swenn Milazzo
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Mer 25 Avr - 18:51
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Daënar +1
Encore et toujours cette même attitude froide et distante. Presque déconnectée de ce qui se passe autour. Qu'est-ce qui a bien pu provoquer un tel changement ? Non pas que Swenn soit certain de pouvoir donner toute légitimité à quoi que ce soit qui ai pu sortir de la bouche d'Aemy depuis leur rencontre, mais au moins parlait-elle. Depuis plusieurs minutes, c'est tout juste si elle réagit. Déjà que décrypter les modes de pensée des personnes classiques à qui il a affaire ne fait pas partie des compétences de base du chimiste, mais face à quelqu'un d'aussi atypique, il doit se rendre à l'évidence. Il est complètement pommé. Dans quel genre de situation totalement barrée a-t-il encore réussit à se retrouver embarqué ?

Quoi qu'il en soit, il va devoir faire avec. Outre le fait qu'il se soit engagé à livrer à la demoiselle les bases pour confectionner correctement des poisons, il se retrouve en plus à l'héberger. Bon, si elle n'est pas bavarde, on ne peut en revanche pas dire qu'elle soit contrariante, ce qui est appréciable. Essayer de voir le bon côté des choses.... Clairement pas dans les habitudes de Swenn, mais dans de telles circonstances, il faut avouer que ça ne fait pas de mal. Entendre Aemy acquiescer à sa proposition pour finalement disparaitre derrière la porte qu'elle referme est une bien maigre consolation. Pour sûr qu'il préférait la version initiale d'elle-même qu'elle lui a présenté à l’hôpital. Celle d'une personne avenante, potentiellement dangereuse certes, mais qui sait ce qu'elle veut, et qui n'hésite pas à dépenser des quantités d'énergie ni à prendre des risques pour l'obtenir. Là, il a juste l'impression d'avoir affaire à un simple pantin. Un pantin imprévisible, mais dénué de toute volonté. Ce qui est bien embêtant. Enfin, peut-être qu'elle a seulement besoin de repos. En ce qui le concerne, c'est bien le cas !

Après un léger soupire, pas mécontent de se retrouver seul au moins pour quelques heures, Swenn fini par aller avaler un verre d'eau, avant de partir à la recherche d'un t.shirt potentiellement laissé à l'abandon dans un endroit non prévu à cet effet. Sa réserve de fringues se trouvant dans la pièce actuellement occupée par Aemy, il n'a pas en projet d'y mettre un pied pour l'heure. Mais il a dû être trop bien ordonné ces derniers jours. Pas une seule trace d'un vêtement à se mettre sur le dos dans la pièce. Bah, tant pis. Il faudra faire sans. Heureusement qu'il fait chaud en ce mois de juillet.

Le chimiste enlève donc cette chemise beaucoup trop inconfortable pour dormir, qu'il a sur le dos depuis un certain nombre d'heures maintenant. La dépose sans une once de délicatesse sur le dossier d'une chaise. Et fini enfin par s'affaler sur un espace libre du canapé. Il y a bien une pièce à côté qui sert de bureau et qui dispose d'un petit lit d'appoint. Mais l'état dans lequel il l'a laissé la rend totalement impraticable... Le rangement n'est décidément pas son point fort. De toute façon, il se retrouve bien souvent à passer ses nuits dans ce canapé, tombant finalement d'épuisement, le nez dans le livre qui a réussi à le tenir éveiller plus longtemps que ce qu'il ne peut endurer. Le jeune homme se contente donc de poser au sol tous les ouvrages entassés, avant de se laisser aller sans aucune retenue jusqu'à la position allongée.

La fatigue est bien là. Pourtant ses yeux restent grands ouverts. Pas parce qu'il se méfie outre mesure de son invitée. Mais parce qu'il y a beaucoup trop de choses qui lui traversent l'esprit, occupant son cerveau de façon trop intense pour laisser la place aux songes. Qui est réellement cette femme étrange ? Qu'est ce qu'elle veut exactement ? Dans quel but ? La scène qui s'est déroulée depuis leur rencontre ne cesse de passer en boucle dans sa tête. L'intérêt qu'elle a très vite réussit à susciter chez lui permettant à Swenn d'avoir mémorisé la quasi totalité de ce qui s'est passé et de ce qu'elle a bien voulu lui dire. Toujours à la recherche de failles dans tous ces éléments, la conclusion reste irrémédiablement la même. Il n'y a rien dont il puisse être certain la concernant. Ce qui est terriblement frustrant. Mais aussi un peu trop attrayant.

Finalement, à force de voir en boucle chaque séquence de sa journée, la fiction des rêves vient se mêler à la réalité, prenant de plus en plus de place, éloignant toutes ces interrogations sans réponse de ses pensées. Sachant qu'il a un sommeil affreusement léger - lorsqu'il ne prend rien pour forcer son cerveau à lâcher prise comme c'est le cas cette nuit - il n'éprouve aucun remord à se laisser aller à cet univers parallèle. Un bras en travers de son torse, le second qui retombe sur le côté du canapé pour toucher le sol, il laisse le sommeil l'envahir. Jusqu'à ce que ses paupières viennent recouvrir intégralement ses yeux. Le laissant dans un état de faiblesse certes, mais dans cet état indispensable pour redonner un minimum d'énergie naturelle à son cerveau et à son corps. Énergie dont il a bien besoin. D'autant plus s'il compte tenir le planning déjà prévu pour la journée à venir.


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Ophélia Narcisse
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Mer 25 Avr - 20:06
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Plongée dans sa satisfaction encore récente, Aemy continuait d'inspirer et d'expirer avec une rythmique mécanique, comme montée sur un métronome. Toute démence semblait l'avoir quittée, son épaule gauche commençait à baver de larges litres de sang, tandis que la blessée complaisante ramassa du bout de l'index les quelques gouttes écarlates qui auraient pu salir les draps de son bon hôte. Elle se redressa, s'asseyant sur le lit et croisant les bras, enroulant ses doigts entre eux. L'air qu'elle arborait donnait l'étrange impression qu'elle réfléchissait, et pour une fois, les aspects n'étaient pas trompeurs, son esprit était en plein argument avec lui-même, pesant le pour et le contre de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Son envie de douleur avait été assoiffée, mais son besoin de l'infliger n'avait sûrement pas été satisfait. Silencieusement, elle fixait la lame sanguine qu'elle avait laissée tomber sur son vêtement. 

Une douce main lâche vint la reprendre entre des ongles entretenus. Le visage vide qu'affichait la vaironne n'avait pour seule transparence que l'absence d'esprit. Elle tournait instinctivement la pointe d'acier contre sa pouce, tenant le manche avec le centre de sa paume. Sa décision était importante, et, bien qu'il n'eut personne pour en témoigner, elle fit preuve d'une attitude extrêmement mature. Bien dommage était le fait que cette grandeur d'esprit ne se limite qu'au superficiel, car à l'intérieur, il n'y avait rien d'autre qu'un débat dont les attentes se bornaient à quel point il était acceptable de faire souffrir Milazzo. La réponse devint finalement claire. Très peu. Il ne devait pas hurler, seulement une légère entaille. Surtout, pas au niveau du torse, il pourrait paniquer et encore moins sur la gorge, même si pour cette partie précise, il est peu probable que le docteur puisse seulement crier. Tout comme elle, l'épaule serait parfaite.

Un pas sur le plancher, un autre qui grinça et un troisième qui acheva la courte marche vers la poignée qui se tourna en un fin cliquetis. La porte gronda depuis ses gonds, alors que, furtivement, Aemy se glissa dans son encolure. Lentement, et avec tout autant de douceur, elle s'approcha de la pièce vers laquelle elle avait laissé son professeur quelques instants plus tôt. Ses oreilles croient l'entendre respirer, quelque part dans les ténèbres auxquelles ses yeux semblent s'accoutumer de mieux en mieux. Et finalement, elle parvint à le trouver, allongé sur une couche de fortune et ... haut déjà enlevé ...? Charmant, approprié et tout à fait convenant même. Il n'avait pas tant de muscle sur la peau, ce serait facile à couper. L'analyse anatomique pouvait dès lors commencer. 

Son torse battait lentement, mais sûrement et régulièrement, son rythme cardiaque a l'air tout à fait stable et ses lèvres entre-ouvertes ne dégageaient qu'un maigre bruit de respiration. Malgré les quelques grincements, il ne semblait pas avoir réagi, soit il avait trop peur pour bouger, soit il dormait à poings fermés. La deuxième option serait préférable, mais les vérifications s'imposaient. Tout aussi doucement, Aemy porta ses doigts autour du poignet qui longeait lourdement le sol, le retournant pour voir ses veines. Son artère était assez épaisse, et sa peau semblait plus consistante que celle de son ancien docteur. Le pouce de l'invitée longea le bras, tentant de vérifier s'il dormait. Tout indiquait encore que oui, la fatigue était assez forte pour qu'il ne réagisse pas de si peu. La ... "chirurgienne" improvisée fit glisser le manche de son couteau entre ses dents, alors qu'un peu de son sang orne toujours sa bordure. 

Avec des yeux minutieux, la brune aux cheveux teintés tentait de distinguer où est-ce que la coupure serait le mieux placée. Sans doute au même endroit qu'elle, mais sur la peau d'un homme, où cela se rapportait-il ? Palpant sa blessure pour distinguer sa position par rapport à son articulation, elle fit de même sur l'endormi, pressant avec la peau de son index pour pouvoir trouver l'os. Jusqu'à ce qu'elle trouve les proportions quasi-exactes. Alors, elle s'agenouilla, toujours habillée aussi légèrement, bien qu'elle n'en avait absolument rien relevé. Tirant la dague hors de sa dentition, elle l'essuya sur le coin de son autre épaule, celle qui n'était pas couverte d'une bavure épaisse de sang. Les marques rouges vinrent se coller à sa peau, tandis que doucement, elle redirigeait la lame vers le bras de Milazzo ...

Avec une hésitation ... inexistante, elle orna sa chair d'une charmante petite coupure qui fit perler quelques gouttes sur le fil de l'acier. Concentrée dans son délire, Aemy ne distinguait pas si sa victime superficielle s'était seulement réveillée de cette minuscule agression. A la place, elle contemplait le sang de son docteur qui glissait sur la fine bordure de son arme, passant de la pointe jusqu'à la base en un quart de seconde. C'était ... fascinant, presque envoûtant. Cela lui rappelait ce qu'elle avait fait d'Yshkarès ... mais elle n'avait pas besoin de lui, ce savant là, par contre, elle avait plus que nécessité qu'il ne l'aide. Quel dommage qu'elle n'y ait pas pensé avant de lui creuser un sillage écarlate entre les pores de sa peau. 

Non peu contente d'avoir satisfait son maigre plaisir sadique, elle passa une langue gourmette sur le côté de son couteau. Pas une seule once de démence n'émanait de son visage, elle avait l'air parfaitement calme, ou parfaitement ailleurs. Comme une marionnette tirée par des fils mal avisés, la vaironne semblait se faire dicter ses mouvements par une volonté toute autre, qui ne connaissait que peu la raison, ou l'empathie. Un bruit de gorge confirma qu'elle avait bien avalé le peu de liquide qu'elle avait récolté depuis l'intérieur de Milazzo. Et, riant doucement ... elle n'avait toujours pas relevé la présence de ce dernier. Aemy était encore coincée avec elle-même, pas d'excuse, pas de remords apparents, mais une obsession à vouloir contempler la lueur rougeâtre de son arme. Elle brillait à ses yeux, comme l'or brille aux pupilles du commun des mortels. Sa main tâchée de sang vint couler le long de sa joue droite en une mimique passive et décalée, laissant un long sillage le long de son épiderme pâle.


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Swenn Milazzo
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Ven 27 Avr - 15:58
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Plongé au beau milieu d'un cycle de sommeil, des images plus ou moins sensées défilent dans le cerveau de Swenn. Le lien logique avec ce qu'il a vécu au cours de cette longue journée est difficile à identifier, mais bel et bien existant. Seul son corps est présent dans l'appartement, son esprit occupé par ce processus complexe de regain d'énergie. Parfaitement accoutumé au confort discutable offert par ce canapé, les quelques bruits provoqués par les déplacements de son invitée sont loin de perturber cet instant de repos.

Mais des signaux rationnels de plus en plus rapprochés s'immiscent parmi ces rêves dépourvus de toute cohérence. Comme si une partie de lui voulait qu'il sorte de cette douce torpeur pour reprendre possession de son corps. Son esprit lutte pour gagner quelques minutes de repos supplémentaires, tentant de mettre de côté cette impression gênante. Ce processus long et instable et mène vers le réveil n'est pas désagréable, mais il n'a pas envie de reprendre contact avec la réalité. Il voudrait seulement pouvoir se laisser de nouveau ensevelir par la somnolence.

Jusqu'à ce qu'il soit suffisamment éveillé pour se rendre compte que quelque chose ne va pas. L'amenant à ouvrir les yeux. Ce qu'ils découvrent a pour effet de lui rendre l'intégralité de ses capacités cognitives en une seconde. Le processus analytique immédiatement lancé par son cerveau ne nécessitant pas le moindre mouvement ni parole. Aemy se tient à quelques centimètres de lui, dans une tenue des plus attrayante, n'accordant que peu de place à l'imagination. S'il n'y avait que ça, ce réveil aurait probablement été largement apprécié, la jeune femme possédant suffisamment d'atouts pour accrocher l’œil de n'importe quel représentant masculin. Le problème vient de ce sang maculant une partie de ses épaules, une légère entaille même visible. De cette lame rougie. De son expression faciale parfaitement indifférente. Et même d'une coupure similaire sur sa propre épaule, provoquant un léger picotement associé à une contraction musculaire à l'instant où son cerveau prend conscience de cette ouverture dans sa peau. Rien de vraiment douloureux, mais tous ces éléments réussissent à semer le doute en lui l'espace de quelques secondes.

Secondes suffisantes pour faire monter rapidement son rythme cardiaque. Mais Swenn n'est pas de ceux qui cèdent à la panique, et malgré l'incompréhension associée à ce sentiment d'urgence qu'il ressent, il garde un contrôle parfait de son corps, qui reste toujours immobile. La raison d'un tel geste lui est difficile à saisir, mais s'il y a une chose dont il peut être certain, c'est qu'Aemy n'a pas l'intention de le tuer. Ou n'avait. Elle agit de façon de plus en plus imprévisible, ce qui est plutôt embêtant. Il n'a plus aucune maîtrise sur le déroulé des évènements, ce qui n'est pas pour lui plaire. Il va lui falloir une solution pour remettre de l'ordre dans tout ce bazar qu'elle a réussit à créer. Rapidement.

Sans aucune hésitation mais avec une douceur acquise à force de manipulations nombreuses sur des personnes en état critique, sa main qui reposait encore au sol vient se saisir du poignet de la jeune femme qui tient l'arme blanche. Qui ne l'est plus tant que ça... Aucune pression excessive n'est exercée, ses doigts faisant facilement le tour de cette articulation. Son regard interrogateur ne peut s'empêcher de faire un arrêt sur cette lame, avant de venir chercher les yeux vairons proches de lui. Le reste des traits de son visage légèrement crispés expriment en revanche bien la contrariété qu'il ressent face à ces gestes. Aussi bien celui qui a amené à l'entaille sur son épaule, mais également sa jumelle présente sur celle d'Aemy. Non, le sang et la douleur n'ont jamais été acceptées par Swenn. Il reprend en suivant une position assise, sans lâcher sa prise.

- "Donne la moi. Tu t'en es bien assez servi."

Positionnant sa seconde main à proximité de la première pour récupérer l'arme, si la brune consent à s'en séparer d'elle-même. Il n'a pas l'intention d'entrer en conflit direct avec elle, mais il ne peut pas non plus la laisser en possession de cet équipement. Dans cette situation, il sait avoir facilement l'avantage au besoin. Même s'il ne possède pas la musculature développée des hommes qui travaillent à l'aide de leur corps, face à la carrure d'Aemy il n'aura aucun mal à avoir le dessus. Ses activités annexes associées à son rythme de vie intense lui permettant de garder une certaine forme. Et il y a désormais peu de chances qu'elle cache une nouvelle arme sous le peu de tissu qui recouvre le minimum nécessaire de sa peau.

Bien sûr que Swenn aimerait comprendre ce qui la pousse à commettre de tels actes. Mais il y a bien plus urgent pour le moment. Il avisera de la suite à donner plus tard. Pour le moment, il lui faut simplement réussir à empêcher Aemy d'accomplir de nouvelles stupidités de ce genre. Et tenter de la faire retrouver un état semblable à celui qu'elle pouvait avoir plus tôt. Celui qui avait réussi à le convaincre qu'elle n'avait rien d'une écervelée en quête de pouvoirs. Certitude qui est à présent fortement remise en question. Quelqu'un de sensé n'aurait jamais pris le risque de s'en prendre à une personne n'ayant pas encore livré les secrets demandés.


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Ophélia Narcisse
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Sam 28 Avr - 1:47
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Joue marqué à l'encre rouge par le bout de son index, Aemy ne put ignorer plus longtemps le docteur qui s'était bel et bien réveillé. Le regard de la jeune femme, au premier abord inexpressif, persévérait dans cette optique, fixant chaque mouvement de Milazzo comme la chouette regarde les souris. Du moins, c'est ce dont elle aurait aimé se vanter. Sa contemplation l'avait coupée de tout contact avec le réel, avec l'appartement et avec son professeur. Elle avait tout oublié, la formation, la raison de se venue à Cerka et la valeur même de la vie de Swenn. Lorsque les doigts de celui-ci avaient effleuré le poignet armé, ce dernier comptait bel et bien ficher la lame dans son torse dénudé de protections. Il n'y avait plus d'Aemy lorsque la fascination pour le fil d'acier s'était affaissée, seulement Nima, rien n'était familier chez ce bon réceptacle à plaisir dont elle avait tiré une satisfaction certaine. 

Et comme un éclair, une décharge causée par ce maigre toucher sur son poignet, la vaironne revint à ses sens. Le sadisme s'était atténué, l'hémophilie avait disparue, seule restait une femme idiote. Idiote et à moitié nue. Elle eut un grand temps de latence lorsque les doigts masculins avaient enserrés  le contour de son articulation. Leurs jumeaux vinrent les rejoindre pour espérer soutirer la dague de sa maîtrise, mais elle y était réticente. Ses lèvres se pincèrent l'une et l'autre, tentant de réprimer n'importe quelle expression correspondait le mieux au regret éhonté. Mais les courbures extrêmes de sa bouche la trahissaient, hurlant que la pauvrette s'était autant faite avoir que le docteur à son propre jeu. Sa main persistait à vouloir garder son couteau, seul rempart contre une vérité emplie d'une humiliation de ne pas avoir su se maîtriser. Kelmina aurait honte, se disait-elle. 

Finalement, elle lâcha prise, concédant la lame à son hôte. L'inexpressif aspect qu'elle arborait jusqu'alors commençait à se muer en de pâles excuses nommées tristesse et remords. Le premier lui servait de blâme, le second lui servait de raccord au reste d'humain qui lui restait. Ces sentiments-ci n'avaient rien de la comédie, cela faisait bien longtemps qu'elle avait cessé de jouer aux poupées aux mille facettes. Désormais, il n'y avait plus qu'elle, dénudée, désarmée et à découvert devant un homme à qui elle devait dorénavant bien trop. A mesure que sa raison lui revenait, la scindée sentait son échec devenir de plus en plus palpable, si matériel qu'elle pouvait presque l'effleurer de son regard abattu. Elle avait échoué, c'était terminé. 

Emballée dans ses émotions défaitistes, elle commença à muer avec le sol, prenant le couleur du plancher. La texture lui remontait le long de sa chair alors qu'elle s'essayait au mieux de la faire taire, mais elle en était bien incapable. Sa maîtrise sur ses capacités étaient aussi aléatoires que les averses à Zuhause, et il était fréquent que l'immersion avec le milieu ne se fasse de lui-même lorsqu'elle tient à tout prix à se cacher, que ce soit des yeux des autres, ou bien des siens. L'épiderme blanc fut remplacé par la couleur du sol, les mèches brunes firent de même alors qu'elle couvrait son regard de ses paupières, elles aussi teintées. Agenouillée comme elle l'était, elle avait l'impression d'expier ses péchés, de confesser ses fautes à un juge tout puissant, alors que vraiment, il n'y avait qu'une seule personne devant elle. Mais l'erreur était désormais double, une tarée en plus d'une anomalie, n'est-ce pas une fascinante trouvaille, docteur ...?

Sur le moment, elle se détestait, aussi profondément que quelqu'un puisse haïr les pires côtés de lui-même. Elle souhaitait pouvoir annihiler cette autre part de soi qui la forçait à se rayer elle et les autres de rouge. Un tremblement, accompagné d'un faible gémissement éhonté vinrent la secouer, alors qu'elle refusait toujours d'ouvrir les yeux. C'était une complainte semblable à celle d'une gamine à laquelle on aurait prit un jouet, ou bien, en l'occurrence, la dernière goutte de dignité. La vaironne ne voulait pas voir les yeux de Milazzo qui la regardaient dans cet état plus que pitoyable. Elle imaginait déjà le couteau qu'il levait entre ses doigts pour lui renfoncer dans le thorax. C'était peut-être pour le mieux ... qu'est-ce qu'elle en savait, après tout ? Elle voulait vivre, elle. Vivre pour sa mère et pour la protéger, mais elle avait tant défailli face aux obstacles qu'elle en était ressortie avec les chevilles brisées. Maintenant, son parcours semblait terminé. 

Toujours agenouillée, elle forçait sur son visage pour pouvoir retrouver les traits inexpressifs qui la caractérisaient le mieux, réprimant les courbes de ses lèvres et de ses yeux. Lorsque la teintée pensa retrouver un aspect raisonnable, elle fit se relever son menton, gardant ses paupières abaissées, protégée de la vérité. Etrange ... cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu peur. N'était-ce d'ailleurs pas la première fois ? Autrefois, elle n'avait rien à perdre, après tout. Mais, cette nuit-là, c'était différent. Avec une profonde inspiration, ses lèvres tentèrent d'articuler quelques mots, mais nul air ne sortit de sa gorge. Alors elle réessayait, encore, et encore, jusqu'à ce qu'elle se rabatte en plissant les yeux. 

Elle voulait s'excuser, mais elle ne pouvait pas. Comment vouloir seulement se faire pardonner un acte délibéré ? La seule manière de justifier sa faute serait de blâmer cet écart caractériel qui manifestait sa plus mauvaise partie d'elle-même, mais si Milazzo en apprenait l'existence, elle retournerait bien vite à l'asile. Elle choisit donc la solution du silence, abattue par la honte et mise à terre par la détresse. Son corps même abandonna, le camouflage s'estompa et ses mains vinrent s'aplatir contre le sol. Les genoux sur lesquels elle s'appuyait glissèrent sur le côté, laissant ses fesses supporter son poids. Suivant le mouvement, sa nuque se relâcha, délestant sa tête de tout support tangible. Celle-ci dodelina en un battement, avant de figer son regard aveugle dans le plancher. Elle ne faisait dès lors plus qu'attendre, priant elle ne savait qui pour que son professeur de la déleste pas de sa vie, que ce soit par la lame, ou par l'asile.


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Swenn Milazzo
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Lun 30 Avr - 0:12
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Quelques secondes seulement, c'est le temps qu'il faut à Aemy pour finalement lâcher son arme, permettant à Swenn d'écarter la lame de la jeune femme. Pourtant, ce laps de temps  parait s'écouler beaucoup plus lentement, son attention entièrement accaparée par chaque mouvement esquissé. Prêt à parer à toute tentative stupide, qui n'est désormais plus à exclure. Pas difficile de voir que cette option fait partie de celles envisagées par la brune durant ce cours instant de décision. Un énorme poids en moins dans la poitrine au moment où la lame entre en contact avec sa main, il n'en garde pas moins sa forte concentration. Qui sait ce qui peut bien lui traverser l'esprit à cet instant précis. Mais très vite, le côté dangereux qui émanait encore de la demoiselle recouverte de sang se mue en une expression beaucoup plus pitoyable. Qui finit par convaincre le chimiste d'abandonner sa prise sur le poignet fautif.

S'il est impossible d'ignorer ce spectacle dramatique que lui offre Aemy, la suite réussit à faire oublier à Swenn tout contrôle de ses expressions. De son regard à ses lèvres qui s'entrouvrent subtilement, son visage entier reflète à présent l'étonnement. Comment pourrait-il en être autrement face au corps dénudé de la jeune femme qui change de couleur, lui donnant un aspect inédit. Comme s'il s'agissait d'un simple prolongement du sol. Évidemment que le brun sait ce que cela signifie. Ce qu'il en pense ? Swenn fait partie de ces personnes pour qui la vie humaine, quelle qu'elle soit, se situe dans la partie haute de sa pyramide des priorités. Anomalie ou non n'influence en rien la valeur qu'il y associe. En revanche, une telle découverte le captive. Comment pourrait-il en être autrement ? Tous ces mystères qui entourent l'existence de telles personnes sont amplement suffisants pour l'empêcher de détourner le regard d'Aemy. Qui elle, ne parait pas prête à lui offrir de nouveau la vision de ses iris peu communs.

Incapable de bouger ou de dire quoi que ce soit, Swenn reste encore là, sur ce canapé, ne sachant pas quoi faire ou penser de ce revirement de situation. Est-ce encore une façade vide de toute vérité qu'elle lui présente maintenant ? N'ayant pour seul objectif que de minimiser sa peine ? Le doute est permis. Si tel devait être le cas, le jeune homme ne peut nier se faire avoir de nouveau. Pourtant il aimerait ne ressentir que de la colère. Être capable de la mettre à la porte sans ménagement. Il a bien conscience que cette décision serait la plus sage. Mais cette conscience qui se réveille soudainement l'en empêche. Vraiment, il a trop bon fond pour commettre un tel acte. Face à un tel dilemme, le bon sens contre la morale, le chimiste se retrouve fortement indécis. Désarmée, Aemy ne peut représenter un danger immédiat. C'est du moins sur cette idée qu'il se focalise pour que son cerveau se remette à fonctionner correctement, le sortant de cet état paralysant provoqué par le numéro joué devant lui.

La jeune femme affalée sur le sol dans un piteux état, Swenn se décide finalement à faire ce qu'il maîtrise le mieux. Pestant intérieurement contre lui-même et cette faiblesse contre laquelle il n'arrive pas à lutter face à des personnes dans le besoin, il se lève enfin, un peu trop lentement. Il dépose l'arme qu'il tient toujours en haut de l'une des étagères, hors de portée d'Aemy, comme s'il s'agissait simplement de confisquer son jouet à un enfant. Puis se dirige vers la cuisine, d'où il attrape un torchon propre qu'il passe sous l'eau, juste assez pour l'humidifier. Et revient enfin vers la jeune femme, le pas toujours mesuré. Arrivé à sa hauteur, il s'agenouille face à elle. Tout en douceur, il passe une main sous le menton de la demoiselle, l'obligeant à relever légèrement la tête. Puis entreprend d'effacer les traces de sang présentes sur son visage. Et répète l'opération avec celles marquant ses épaules.

Le chimiste ne prononce pas le moindre mot, les yeux rivés sur les zones qu'il libère de cette teinte rouge. Qu'est-ce qui a bien pu pousser Aemy à commettre un tel acte ? Quelle que soit la raison, il y a peu de chances qu'elle puisse être assez bonne pour supprimer cet air réprobateur qui orne désormais le visage de Swenn. Il a conscience que le résultat aurait pu être bien pire. Qu'elle aurait pu lui ôter la vie sans difficulté. Qu'il s'est trompé dans ses calculs. L'une des raisons de sa contrariété. Décidément, lorsqu'il s'agit de prédire les comportements humains, sont taux d'échec est bien trop élevé au goût du brun.

Son esprit rationnel reprend rapidement le dessus, chassant ces pensées inutiles pour se concentrer de nouveau sur la femme méconnaissable qui repose sur le plancher. Et entreprend de l'aider à se redresser pour lui rendre une posture plus adéquate. Impossible pour le jeune homme de laisser quelqu'un, anomalie ou non, dans un tel état de faiblesse. Il place très naturellement un bras d'Aemy autour de ses épaules, puis à l'aide ses mains qu'il vient positionner au niveau de sa taille la soulève du sol, la différence de poids étant très nettement à son avantage. Pour la laisser en position assise sur le canapé. Ce sera déjà mieux qu'étalée de la sorte. Manipuler des personnes est quelque chose d'habituel pour Swenn, ses gestes étant par conséquent dictés par une certaine routine. Et les récents évènements l'empêchent de considérer la jeune femme comme telle, malgré sa tenue qui en temps normal ferait aisément défiler une multitude d'idée bien plus engageantes dans son esprit.

- "Reprend toi. C'était déjà stupide, ce n'est pas la peine d'avoir l'air en plus si misérable."

Toujours aussi maladroit avec les mots dès qu'il s'agit d'exprimer un quelconque sentiment, son regard réprobateur n'est pas pour arranger les choses. Cette satanée gentillesse, qui attire à coup sûr tout types de situations désagréables. Il préfère logiquement la garder bien enfouie au plus profond, affichant une façade des moins accueillante pour contrer le naturel. Seuls ses gestes réussissent encore à échapper à cette auto-censure imposée depuis bien longtemps.

- "J'ai pas l'intention de te mettre dehors. Alors ne tire pas cette tête."


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Ophélia Narcisse
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Mar 1 Mai - 11:18
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Yeux plissés et mâchoire tremblante, Aemy n'attendait que le moment où Milazzo se déciderait d'agir. La lame était sienne, et par extension, autant en retournait de la vie de son invitée. Dans sa conception, le prochain contact qui entrerait en collision avec son épiderme, serait celui du couteau. Mais la vaironne ne s'arrêta de se complaire à des pensées fatalistes, pas même lorsqu'une main, pourtant censée n'être que bienveillante, vint soulever son menton. Sentant se nuque se plier dans le haut de son échine, l'auto-proclamée condamnée serra ses paupières plus fort encore, devinant que la suite des événements s'avérerait être tranchante. Elle aurait eu bien raison, si elle avait été la personne en face, jamais ne pourrait-elle laisser une occasion pareille se défiler. De plus, la seule raison qui aurait pu pousser son docteur à lui faire du mal, elle venait de lui léguer. 

Ce ne fut toutefois pas la caresse du fil de l'acier, mais bien le contact d'un tissu mouillé passant sur sa joue, dont la teinte écarlate collait encore au teint pâle. Seulement alors, la jeune femme effrayée se risqua à ouvrir ses paupières droites, exposant à son oeil saphir la vision d'un homme qui n'avait même plus de lame en main. La seconde pupille suivit la première, laissant le regard vairon se compléter alors que le savant commençait à nettoyer son épaule lacérée. Rien qu'un détail peut-être, mais, en posant le regard sur la propre blessure qu'elle avait infligée à Milazzo, l'anomalie constata avec une stupeur certaine, exprimée en bégaiements muets, que le brun s'était occupé de sa blessure à elle, avant de soigner la sienne. Les yeux ronds qu'elle arborait devait également pouvoir mettre son interlocuteur sur la piste de sa confusion, noyée de regrets, mais empreinte d'une agréable surprise. 

La manière dont il parlait, la sévérité de son ton, mais nuancée d'un éclat mince qui voulait simplement dire qu'il n'en avait un peu moins rien à foutre de sa situation que les autres moucherons. D'une certaine manière, il lui faisait penser à son docteur d'asile, si l'on ne retenait que le positif. Elle aurait préféré l'avoir lui plutôt que l'autre attardé pour s'occuper d'elle, au moins, elle ne serait pas devenue telle qu'elle est désormais. Même avec un sillage sanguin dans l'épaule, l'offensé, ou du moins qui était censé l'être, vint la porter avec une délicatesse qui aurait pu égaler celle que lui vouait sa mère. Aemy était encore en état de choc, bien que désormais, l'objet de cette consternation était l'attitude du docteur et non pas ce qu'elle avait fait. Etait-ce étrange si, sur le moment, elle avait envie de l'étreindre ? Son esprit pouvait parfois vraiment être un gamin capricieux, mais il fallait lui pardonner, il n'avait qu'un mois et demi d'âge.

L'anomalie était au courant de la stupidité de ses actes, mais ce dont elle n'avait pas encore conscience, c'était d'à quel point elle avait l'air pathétique. Sa dignité s'était échappée au travers de l'encolure de la fenêtre entre-ouverte, avec la brise qui elle, se faufilait en un soufflet discret qui envoyait quelques frissons dans le dos cristallisé peu couvert. L'impact de la conscience revint la frapper alors qu'elle se rendit compte de sa tenue et de celle de son soigneur. Souffle coupé court, elle croisa les avants-bras sur le haut de ses cuisses, couvrant au mieux ce qu'il y avait à dissimuler. Sa tête s'inclina, dissimulant ses yeux pour ne pas que son hôte ait l'impression de se sentir observé. 

Et, en conclusion à cette altercation, le professeur n'eut que la continuité de son hospitalité pour réponse. Elle arracha d'ailleurs une expiration entre le rire et le soupir à Aemy, le premier pour constater de la naïveté touchante de son hôte, et le second pour souligner à quel point cette attention comptait pour elle. D'amour, d'amitié ou de la plus maigre forme d'affection, elle n'avait eu droit qu'aux pires des relations, exception faite de sa plus récente expérience. Cette ... marque de respect faisait partie des uniques reliques qui ornaient les restes de bienveillance dans l'âme de la vaironne. Peu importe à quel point elle réfléchissait, elle n'avait aucun mot, aucun sens à donner aux actes de Milazzo, la manière dont il prenait soin d'elle et lui faisait la morale était simplement ...

... inexplicable.


Avait-elle dit cela tout fort ? Il aurait semblé oui. Ce faisant, elle releva finalement le visage pour révéler un faciès qu'elle ne montrait qu'à Kelmina seule d'habitude. Un sourire effacé, comme toujours, mais qui ne semblait pas forcé et surtout, dont le regard n'avait aucun parjure qui filtrait. C'était le masque de sincérité qu'elle portait lorsqu'elle n'avait plus besoin de mentir, et, tout déguisement qu'il était, il n'en était pas moins la forme la plus pure de sa personnalité. Pour conserver la vérité, il était l'essence même de sa bonté et de la redevance qu'elle avait à l'égard de personnes qui connaissaient son secret ... et surtout, qui l'acceptaient. A force de porter des faux visages, elle avait oublié que cette honnêteté n'avait aucun subterfuge. Oui, elle avait définitivement baissé sa garde quant au docteur. 

Maintenant, elle pourrait lui donner un semblant d'explication. Son regard dériva quelques fois de celui de Milazzo, cherchant la meilleure manière d'introduire un tel sujet. C'était plutôt compliqué, elle-même avait du mal à saisir le sens de ses propres actions parfois, si la confusion dont elle avait fait preuve ne parlait pas d'elle-même. Mais, la gentillesse est toujours justement récompensée par la jeune femme, grande inconnue à ces actes de tendresse qui l'affectent bien plus plus que n'importe quelle lame. 

Ce n'était pas ... contre vo ... toi. J'ai ...


Des écarts caractériels si violents qu'ils en ressortent d'une manière telle que le contrôle de son corps se perd en une pluie d'envies autant charnelles que sanguinaires ? Oui, c'était une belle façon de l'expliquer, mais aussi la plus efficiente pour faire fuir le docteur. De sa voix de miel, sans aucun fiel, elle tenta de faire passer le message assez subtilement pour que le professeur soit en mesure de tirer ses propres conclusions.

... une personnalité capricieuse. 


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Swenn Milazzo
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Jeu 3 Mai - 17:14
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Aucune résistance émise lorsque Swenn amorce ces quelques gestes de base sur Aemy. Seul son regard où l'étonnement est bien visible révèle qu'elle a conscience de ce qui se passe, son corps se laissant faire sans la moindre difficulté. Impossible de lui en vouloir, lui-même aurait bien du mal à justifier par un raisonnement logique de tels actes. Pourtant il sait qu'il s'exposerait à des problèmes de conscience gênant s'il n'agissait pas tel qu'il le fait. Elle a l'air tellement perdue, comment pouvait-il faire autre chose. Comme le prouve cette façon qu'elle a de subitement cacher une partie de son corps à l'aide de ses bras. Difficile de trouver quoi que ce soit de rationnel dans tout ce qui se passe depuis quelques temps...

Que faire maintenant ? Nettoyer les quelques traces de sang encore présentes sur sa propre épaule parait être une bonne option. Inutile de garder ces vestiges aussi visibles, témoignant des actes inconsidérés de son invitée. Pas de doute, cette situation est bien inédite pour le chimiste. Qui ne s'était que préparé à filer quelques instructions pour maîtriser la confection de poisons. Rien de bien compliqué pour le jeune homme en comparaison de ce qu'il vient de vivre. Il est donc plutôt soulagé d'entendre Aemy prendre les devants cette fois, entamant un essaie de justification. Ou d'explication. Bien que les mots ne sortent pas facilement, ils sont très largement appréciés par Swenn. Encore plus en se rendant compte que pour la première fois elle accepte de le tutoyer. Pas encore de façon très naturelle, mais il y a une amélioration. Est-ce qu'il doit en conclure qu'elle n'a plus l'intention d'user d'une arme contre lui ? Pas évident pour le brun qui a encore bien du mal à comprendre le mode de fonctionnement de la jeune femme. Même si savoir qu'elle est une anomalie peut venir éclairer quelques unes de ses actions. Pour ce qui est de sa personnalité... Il a bien eu l'occasion de s'en rendre compte, mais qu'elle le dise à haute voix a quelque chose de rassurant. Juste un peu.

- "J'imagine que je préfère être au courant de ce détail. Savoir que ce genre... D'incident, n'est pas à exclure."

Difficile d'imaginer que celle qui se trouve à présent recroquevillée sur le canapé soit responsable des entailles sur leurs corps. Et pourtant, c'est bien elle qui se trouvait il y a encore quelques minutes sur le sol, à observer le sang couler le long de sa lame. Plus habitué à gérer les problèmes d'ordre physique que mentaux, Swenn n'a que peu de connaissances concernant les troubles de la personnalité. Mais il ne les considère pas différemment du reste des maladies auxquelles il peut être confronté. Alors s'il doit accepter les échanges avec Aemy, c'est à lui de s'adapter à cette spécificité. Qui peut s'avérer dangereuse, mais pas beaucoup plus que le contact avec certains patients atteints de pathologies hautement contagieuses. Il va seulement lui falloir redoubler de vigilance. Éviter de lui laisser trop d'armes potentielles à portée, et réussir à identifier les signes annonciateurs d'un changement de comportement probablement dangereux, qui ne suit aucune loi logique. Du moins pas celles qu'il connait.

Mais avant ça, il va falloir remédier à ce problème de tenue non appropriée. Qui passait au second plan face à l'urgence de la situation précédente, et revient désormais se positionner bien devant dans l'ordre actuel des priorités. Voir Aemy aussi mal à l'aise de sa condition lui permet certes de contenir toute forme d'attraction qu'une telle exposition pourrait provoquer en lui. Mais il n'en reste pas un moins un homme tout ce qu'il y a de plus classique. Limiter les tentations inutiles reste la meilleure option.

Swenn détourne finalement le regard de la jeune femme, pour se diriger vers la chambre dont la porte a été laissée entrouverte. Il dépose au passage sans grande considération le tissu rougit sur le premier support croisé. Et part fouiller dans ce qui lui sert d'armoire, n'accordant aucune attention aux affaires laissées par la précédente occupante. Un t.shirt enfilé, un second à la main, il ne lui faut pas plus de quelques secondes pour revenir vers Aemy. Le genre de fringues sans fioritures, parfaites pour passer inaperçu lors de ses diverses excursions nocturnes. Vu la différence de taille, il devrait être largement assez grand pour couvrir correctement la jeune femme. Lui redonnant un minimum de respect. Bien sûr qu'il ne supporte pas cette impression de vulnérabilité qui se dégage d'elle depuis qu'il lui a retiré son arme.

- "Tiens, enfile ça."

Tout en tendant le vêtement de fortune à Aemy, le chimiste s'assoit à son tour sur le canapé. La partie sociale n'est clairement pas son point fort, mais la nouvelle attitude de la demoiselle l'amène à faire des efforts. Son expression dure jusqu'à présent se fait plus détendue, presque résignée. Il ne faut pas s'attendre à pouvoir lire la bienveillance sur son visage qui est bloqué depuis trop longtemps en une figure las. Souvent en décalage avec la prévenance dont il ne peut s'empêcher de faire preuve de telles situations.

- "Il y a autre chose que je devrais savoir à propos de toi ? Au point où on en est, je devrais être en mesure de pouvoir tout entendre..."

En résumé, Swenn se retrouve à héberger une anomalie à la personnalité instable, pouvant aussi bien être violente que parfaitement intègre, sachant manipuler différentes armes et n'ayant aucun problème à s'en servir pour atteindre ses objectifs, et qui d'après les rumeurs se serait évadée d'un centre pour malades mentaux en ayant ôté la vie à plusieurs membres du personnel... Il a du mal à voir comment elle pourrait encore aggraver son cas, mais si ça devait être possible, il préfère effectivement disposer de ces informations. Mais surtout, après de tels actes, il n'a plus la moindre envie de la laisser seule, préfèrent l'entendre parler. Et comme à chaque fois qu'une once de sentiments sincères guident ses paroles, elles se font maladroites, ne reflétant que difficilement l'altruisme dont il fait pourtant naturellement preuve.


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Ophélia Narcisse
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Dim 6 Mai - 18:24
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Peu à peu et à mesure que Milazzo dissipait le malaise ambiant d'un revers d'assurance inespéré par Aemy, celle-ci se sentait de moins en moins menacée par ses précédentes décisions de s'abandonner à son hôte. Se cacher était fatigant, extrêmement exhaustif même. Changer de visage, les maintenir, en arborer un autre, toute cette mascarade avait pour don de lui donner d'extravagantes migraines. La pression l'avait faite choir face à l'envie, et désormais, elle s'en retrouvait humiliée, exposée et en redevance d'explications, qu'elle avait bien résumés en une phrase brève, mais adaptée. Fuir la vérité par des chemins détournés restait la meilleure manière d'avouer ses torts sans avoir la culpabilité de se mentir à soi-même. Comme un euphémisme, c'était un moyen d'alléger le poids qui hantait les épaules de l'anomalie, une tentative de se persuader que ce qui se mugissait en elle n'était qu'un point de détail, duquel elle prendrait bientôt contrôle complet. Forcé était de constater que la pauvre fille n'aura certainement jamais main mise sur son esprit.

Le savant, ou plutôt, sa remarque qui paraissait plus lourde que n'importe quel reproche, piqua son invitée dans le bas de la nuque, la forçant à baisser une nouvelle fois la tête. C'étaient les effets de la honte, que les plus récents des mots du brun venaient d'accentuer plus encore. Le docteur ne savait rien de sa véritable nature, certes, mais elle, elle était incapable de seulement penser qu'elle serait capable de s'égarer une nouvelle fois dans sa vie d'asile. Du côté de l'ignorance, tout deux étaient placés au même niveau, seuls demeuraient les quelques détails de son passé, qui, désormais, allaient bientôt devoir se faire révéler. Les rumeurs ne se taisent pas aussi vite, hélas, et la population de la plupart des villes avaient l'habitude de lire les journaux. Quelqu'un de brillant comme l'était son professeur avait certainement dû faire le rapprochement entre cette évadée au regard vairon, et la jeune femme qu'il hébergeait chez lui. Même si l'affiche ne fait aucunement mention d'anomalie. 

De son visage baissé, et entre deux mèches, son regard observe Milazzo de côté, alors qu'il s'avance vers la chambre qu'elle venait de quitter. Elle fait bien vite dériver son nez à nouveau vers le sol, se refusant de commettre quelconque acte d'impolitesse inutile, comme un regard de travers qui lui échappe. A l'heure qu'il était, et juste après avoir blessé son hôte, il était plus que nécessaire qu'elle ne chavire pas de nouveau dans la folie et l'attitude malsaine. L'anomalie entendit les pas de feutres qui vinrent devant elle, alors qu'un vêtement entra dans sa vision périphérique. C'était un haut d'homme, bien évidemment, mais assez large pour lui couvrir les cuisses et les genoux. Comme si la différence de gabarit entre le brun et elle n'était pas assez évident ... Oscillant un léger mouvement de tête, qui la conduit finalement à lever le visage, elle murmura entre ses lèvres d'un ton on ne peut plus touchant.

Mer...ci. 

Ses joues vinrent se colorer d'un rose nuancé du blanc de sa peau, arborant timidement un ton de cuisse-de-nymphe. Son regard qu'elle n'hausse que brièvement dans celui de son docteur ne fait finalement que l'éviter une nouvelle fois, après quelques courtes secondes de contact. Ses lèvres qu'elle tente de garder droite ne font finalement que se tordre l'une sur l'autre, n'offrant un rictus qui n'a que la gêne pour interprétation. Sous le linge, l'anomalie serrait les jambes et faisaient jouer ses index l'un contre l'autre. Elle n'attendait plus que les questions ne fusent, désormais, comme elle croyait connaître Milazzo, il ne la laisserait pas s'en tirer sans qu'elle ne lui donne les détails précis de son passé. C'était la vision qu'elle avait de lui, curieux, mais sévère. Un goût pour le danger, mais un grand sens de la sécurité. Aemy n'avait aucune idée qu'il existait des gens aussi contradictoires qu'elle. Sans doute y trouvait-elle un certain réconfort. 


Du ton sévère que la vaironne s'attendait bien à entendre, son professeur ne la questionna pas, mais l'invita à expliquer l'intégralité de ce qu'elle pourrait lui dissimuler. Ses incisives vinrent pincer sa lèvre inférieure, aussi terrifiée que peu enjouée à devoir exposer tout ce qui fait d'elle une femme dangereuse, et pourquoi. L'humiliation l'avait déjà poussée à un semblant de confession, la moindre des choses, ou plutôt son devoir moral l'obligeait à compléter son propre portrait. Elle lui était redevable et il semblait empathique, malgré les aspects. Ou en tout cas, il essayait avec une admirable volonté de l'être. Etait-ce parce que ses tours de passe-passe et divers masques portés l'avaient séduit ? Peut-être qu'il était simplement un homme qui aimait se faire du mal.

Les épaules qu'Aemy avait rehaussées, sous la honte de la pique du docteur, se rabaissèrent, lorsqu'elle comprit qu'elle allait devoir se résoudre à lui répondre. Vraiment, elle n'en avait aucune envie, parler du passé n'était jamais bon pour elle, à chaque souvenir qu'elle faisait remonter, son inconscient revenait la hanter et s'approchait pas à pas pour s'emparer d'elle. Mais, si Kelmina avait pu comprendre, peut-être ... juste peut-être que lui aussi réussirait ? Un soupir résolu survint, alors qu'un semblant de stabilité vint illuminer le regard encore empreint d'inquiétude de la vaironne. Pourtant, elle souriait toujours, juste une petite risette effacée, mais bien la première expression honnête qu'elle lui avait donné, elle l'arborait encore. 

- Tout ? Si vous pouvez tout entendre sans me haïr ... alors vous mériteriez peut-être la place que j'ai vidée à mon asile ... hé ... je plaisante.

C'était sec, mais Milazzo avait l'air de fonctionner ainsi. Aemy avait surtout besoin de se détendre un peu avant de révéler la vérité. Elle prenait beaucoup de risques à jouer à ce jeu, tout autant qu'en avait pris son professeur en choisissant la pédagogie par-dessus la brutalité. Il aurait facilement pu lui tordre le poignet pour lui arracher la dague et la plaquer, mais la douceur dont il avait fait preuve avait été grandement appréciée. Une inspiration précéda son ultime soupir qui accompagna un mouvement horizontal répété de la tête. Un dernier souffle le suivit, alors qu'elle fixa ses pupilles dans celles du docteur, commençant à narrer ce qui a fait d'elle ce qu'elle était.

- Vous l'aviez deviné, n'est-ce pas ? Que je suis celle dont parle les rumeurs ? Qui a tué son infirmière et son médecin avant de prendre la fuite ... oui, c'est ce que la populace doit raconter. Ils ont raison. J'ai égorgé la première et coupé l'artère du second ... et je n'ai aucun remord pour eux.

Aussi violents qu'étaient ses propos, elle n'avait toujours pas légué la maîtrise de sa personnalité à Nima. Ses poings se serraient, crispés d'une rage infuse et d'une rancune qui substituait malgré cette vengeance accomplie. La bouche qu'elle gardait tremblante se rigidifia alors que ses dents s'écrasaient l'une contre l'autre. Si elle avait pu les tuer une nouvelle fois, elle l'aurait fait. Mais là n'était pas l'intérêt ... surtout, elle ne devait pas se perdre dans ses vils instincts, elle ramassa en hâte le fil de son récit et continua à le longer.

- On m'avait intégrée pour amnésie, après que je ne me sois réveillée il y a plus d'un mois dans les rues de je ne sais quel ville en Hinaus ... je pensais que les docteurs pourraient m'aider ... je pensais qu'ils allaient me soigner ...

La colère lui montait aux tempes, faisant apparaître subtilement la petite veine sur celle de droite. Ses lèvres s'entre-ouvrirent sur une mâchoire tremblante de colère. Un lit opaque vint s'amonceler dans la paupière inférieure de ses deux yeux alors qu'elle fixait avec insistance son professeur. Les larmes qu'elle affichait n'était pas un parjure, mais le résultat d'une troublante honnêteté dont l'horreur du récit véritable ne pouvait être perçu qu'à travers l'expérience. Même un visage brisé ne relate pas le passé aussi bien que le vécu, mais celui d'Aemy affichait un passé tourmenté qui n'avait pas encore trouvé d'aboutissement. 

- Mais Yshkarès ... ce salaud ... il avait tant d'autres idées en tête. Il ne me voyait pas comme une patiente au nom des cristaux dans mon dos. Alors, il a fait appel à cet homme, je devais l'appeler Arty. Jour après jour, sa langue accentuait chaque syllabe je subissais le supplice de l'électricité à travers mon corps, jour après jour, l'on me droguait pour voir quels seraient les effets sur une personne comme moi. Je n'étais pas leur patiente ... j'étais leur cobaye. 

Luttant encore contre les pleurs que lui inspiraient ses propres souvenirs, elle renifla légèrement, les fosses de ses yeux rougies par l'humidité qui les surmontaient. Aussi, elle n'expliqua même pas qui était Yshkarès, son bon docteur à elle à qui elle avait doucement arraché les veines.

- ... et le pire, c'est que je leur étais redevable. Je les remerciais à chaque fois que je retournais dans ma cellule, avec le vain espoir qu'ils me ramènent ma mémoire. Je n'ai même pas tué ces deux personnes par vengeance, juste parce que j'en avais envie. Si je les avais égorgés pour apaiser ma rancune ... je ne serais pas celle que vous avez pu voir. 

La rage était désormais passée, seule restait une fragrance de tristesse, empreinte d'une déception fortement nuancée de mélancolie égarée. Une longue expiration lasse tira la frustration hors d'Aemy, ne faisant plus que demeurer un aspect grave sur son visage, alors que ses yeux se baissait et que sa main gauche vint chercher son épaule droite. 

- Je ne suis pas un ange, je le sais ... mais je ne suis pas plus un monstre. C'est la récompense que m'a valu cet héritage dont je n'ai jamais voulu. 

Ses iris surmontèrent son épaule gauche, désignant par le regard les lueurs cristallines qui brillaient par-dessous le tissu qui couvrait sa peau pâle. C'était peut-être peine perdue que de devoir se résoudre à les accepter comme étant part d'elle. Aemy n'en avait rien à faire de l'aspect de ses omoplates, mais, c'était ce sentiment d'être poursuivie en permanence qui ne la désertait jamais. Sa vie était condamnée, le moment même où elle était revenue en ce monde. Mais elle n'en savait encore rien, tout n'était qu'un instinct informel qui lui assénait de longs frissons le long de l'échine. 

Terminant enfin son récit, elle reprit son visage honnête, souriant toujours, mais le sillage de quelques larmes décoraient encore ses joues. D'un revers de la main, elle tenta de les effacer, remplaçant l'aqueux par le rosé. 

- Alors ...? Me haïssez-v... me hais-tu, maintenant ? 

L'émotion lui avait faite oublier de le tutoyer ... elle espérait simplement qu'il n'en prenne pas offense.


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Swenn Milazzo
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Mar 8 Mai - 17:32
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Toujours visiblement peu à son aise, Aemy récupère tout de même le haut tendu et se couvre à son tour. Il n'aime pas la voir dans cet état de faiblesse manifeste qu'elle arbore depuis qu'il lui a supprimé son arme, mais il ne va pas la forcer pour autant à changer de comportement. Peut-être parce que c'est également la première fois qu'il a l'impression de la voir sans artifices. Ce qui est d'autant plus flagrant lorsqu'elle le remercie pour ce simple bout de tissu. Alors Swenn se contente de la laisser libre de lui révéler ce dont elle a envie. Même si le terme "envie" ne parait pas le plus adapté compte tenu des traits de son visage qui révèlent la difficulté qu'un tel exercice semble lui imposer. Mais elle finit par s'y plier, tentant même un trait d'humour pour amorcer un sujet inévitablement sensible. Qui réussit à arracher un demi sourire au chimiste. Peut-être bien que s'il ne s'était pas montré aussi brillant pour les études il aurait pu finir dans l'un de ces asiles en effet. Ses façons de procéder n'ayant pas grand chose de conventionnel. Comme il est encore en train de le prouver, en restant simplement assis à côté de la jeune femme qui vient pourtant de lui faire une entaille dans l'épaule en toute connaissance de causes....

Et ce qu'elle lui révèle aurait en effet vite fait de lui valoir un retour de là où elle s'est échappé. Détail sans la moindre importance pour Swenn, qui se contente de l'écouter sans l'interrompre, affichant un air toujours aussi peu expressif. Acquiesçant seulement à sa première question rhétorique. Si les paroles d'Aemy peuvent paraitre dures, c'est davantage toute l'émotion qu'elle dégage à mesure qu'elle avance dans son récit qui est frappant. Ainsi, elle est également amnésique ? Ou l'a été. La façon dont elle raconte cette histoire lui donne presque un côté naïf. Pas difficile à imaginer pour le chimiste. Même s'il travaille sur un domaine différent, il sait parfaitement ce qu'impliquent les tests. Notamment lorsqu'il faut les effectuer sur des êtres humains. Oui, cette façon qu'elle a de conter cette histoire arrive à le toucher. Même si, fidèle à lui-même, il n'en montre rien. Du moins, le temps que la jeune femme finisse de lui livrer cette partie de son passé.

Il y a beaucoup d'informations. Autant dans ses paroles que dans le façon qu'a Aemy de les lui livrer. Mais ce n'est pas un problème pour Swenn qui a l'habitude d'en emmagasiner une grande quantité par jour. Elles sont seulement de nature différente. Alors après tout ça, est-il seulement capable de haïr celle qui se trouve à côté de lui ? La réponse est évidemment non. Il faut dire que les sentiments extrêmes, qu'ils soient d'amour ou de haine sont assez étrangers au chimiste. Et pour le coup, la brune se situerait même davantage dans la partie supérieure de sa hiérarchie affective. Mais en faire la démonstration reste bien compliqué. Il se contente donc de venir poser une main au sommet du crane d'Aemy, passant ses doigts dans quelques mèches de cheveux. Oui, c'est un signe de sympathie ! Il ne faut pas être trop exigent...

- "Ce n'est pas si facile."

Si seulement il pouvait la haïr. La faire sortir de chez lui. Même sans aller jusqu'à la livrer aux autorités. Juste reprendre le cours de sa vie, plus ou moins tranquille. Ce serait effectivement la solution la plus simple. Et la plus sensée. Mais quelque part, il est bien content de ne pas en être capable. Parce que finalement, à la voir comme ça, dans un t.shirt beaucoup trop grand, à lui apporter des explications malgré son manque flagrant d'enthousiasme, il lui trouve ce quelque chose d'attachant. Sans doute n'est-il pas bien sain d'esprit non plus. Mais c'est le dernier de ses soucis ! Les biens pensants qui tracent de si parfaites cases pour y ranger méthodiquement chaque être composant la société, il n'a jamais pu les supporter.

- "Je n'ai pas l'intention de te juger sur ce que tu as pu faire. Tu avais tes raisons. Bonnes ou mauvaises, qu'importe."

Oh non, faire la morale est bien la dernière chose dont il pourrait avoir envie. Chacun a sa façon de faire et de penser. Et puis, il est loin d'être parfaitement blanc, et serait donc bien mal avisé de le faire. Sans compter que ce serait une pure perte de temps. Complètement inutile.

- "Tout ce que je vois, c'est que tu ne te contrôles pas si mal, et que tu arrives même à te montrer raisonnable. Le reste ne vient pas assombrir ce que j'ai pu voir de toi. Ces types devaient juste être nazes."

Il le pense vraiment. Se faire assassiner par son propre patient. Et même plus, sa patiente, à la carrure aussi frêle que celle d'Aemy. Il faut vraiment manquer de bon sens. Ces gens devaient pourtant bien être au courant que la jeune femme avait certains problèmes mentaux. Après tout, elle n'aurait pas eu sa place dans un tel endroit. Sûrement est-ce son côté médecin, mais pour Swenn, le seul responsable des résultats, bons comme mauvais, c'est celui qui est aux commandes. Mais en aucun cas celui qui subit. Ou celle.

- "Et ce que tu as dans le dos ne vient rien changer à ce que je peux penser de toi."

Bon, ça l'intrigue quand même ok, il ne peut pas complètement le nier. Mais il arrive encore à faire la distinction entre sa curiosité maladive et la dignité humaine. Et puis, Aemy a l'air bien assez honteuse comme ça pour pointer cette particularité. Cela dit, il est vrai qu'anomalie ou non, ce n'est pas ce qui va influer son jugement personnel.

Laissant finalement revenir sa main le long de son buste, Swenn se cale un peu plus au fond du canapé, la tête reposant sur le dossier. Maintenant, il peut dire qu'ils en ont définitivement fini de jouer la comédie n'est-ce pas ? Et puis avec tout ce qui s'est passé, il se sent complètement épuisé maintenant que la tension est totalement redescendue.

- "Ce n'est pas la peine de faire cette tête. Tant que t'es ici, je me considère comme seul responsable de ce qui peut arriver. Sinon je n'avais qu'à te mettre à la porte. Alors détend toi."

Eh bien, il n'aurait jamais cru réussir à avoir une vision si claire de la situation vu comme les évènements se sont enchainés. Il n'aurait d'ailleurs jamais imaginé qu'Aemy puisse se montrer si... Adorable ? Oui, il faut dire que depuis quelques minutes elle n'a plus rien à voir avec les différentes facettes qu'elle lui avait montré. Peut-être vont-ils pouvoir reprendre normalement !


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Ophélia Narcisse
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Mar 8 Mai - 21:50
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Milazzo était définitivement le plus irresponsable des docteurs qu'Aemy avait jamais rencontré. Ce fait là était certain, mais ce qui le définissait comme étant le plus agréable d'entre tous, ceci échappait à la compréhension de la jeune fille. Peut-être les deux faits étaient liés ... qu'est-ce qu'elle en savait franchement ? Le coeur de l'anomalie était un élastique sur lequel son professeur commençait à tirer seulement en un geste. Le sourire effacé dont elle s'était munie se rétractait peu à peu pour laisser un visage rond de stupeur et blanc d'étonnement. Les doigts qu'ils faisaient couler le long de ses cheveux teintés étaient d'un rare réconfort, le même qu'elle sentait lorsqu'elle était avec sa mère. Elle fixait continuellement le brun à mesure qu'il continuait à lui dire des mots de confort qu'elle n'aurait jamais osé implorer. C'était si précieux, quelqu'un qui la comprenait, elle avait du mal à briser l'échange visuel qu'elle avait instauré. Il ne la jugeait pas selon le bon système manichéen, et voyait outre la patiente exilée et en quête de satisfaction frustrée. 

Le fragile fil de caoutchouc qu'était devenu l'état émotif de la cristallisée s'étirait de plus en plus, si fort qu'elle en laissait filtrer même les sentiments à travers son visage. Le compliment sur son attitude de self-contrôle, lui valu de baisser les paupières, avant de brièvement les relever, comme pour venir rattraper une vérité dans la lueur du regard de Milazzo. Elle voulait aussi y croire, et la mention du mot "naze" dans la phrase qui suivit lui arracha un rire plus bruyant que ce que son habitude taciturne ne laissait d'ordinaire transparaître. Accompagnant l'expression radieuse qu'elle arborait un cours instant, un sourire qu'elle voulait abaisser en forçant sur le coin de ses lèvres montrait à quel point cela la touchait en plus de la relever de l'état pitoyable dans lequel elle s'était laissée sombrer. L'espace d'une seconde, son coeur se détendit.

Et sa mention de sa différence envers laquelle il ne vouait aucun complexe revint tirer dessus. C'était un trait qui effrayait Aemy de par son étrangeté, sa nature inconnue. C'était bien trop à supporter, tant d'égards, plus il lui en offrait, plus la jeune fille sentait son âme échapper une fois encore à son contrôle, mais pas pour les instincts assoiffés de chair et de sang dont elle avait l'habitude. Au lieu de lui lacérer la peau, elle avait extrêmement envie de lui enserrer les épaules entre ses bras, si frêles soient-ils. Cette indifférence qu'il vouait aux vils attraits de sa personne, cette sensation de sécurité qu'il lui offrait, comme si ces quatre murs qui les entouraient étaient plus certains que n'importe quelle chambre forte. Cela lui évoquait tant l'Alizé et étrangement, elle se sentait presque comme si elle pouvait tout faire sans craindre quelconque châtiment venant de lui. 

Assis à côté d'elle, il n'avait peut-être pas réalisé que l'élastique qui servait de coeur à la vaironne venait de céder. Celle-ci le fixait avec une expression tremblante. Seule une larme vint interrompre ce portrait égaré, accompagnant des lèvres tordues qu'elle essayait encore de dissimuler en détournant le visage. Passant un pouce et un index sur ses deux paupières, la fragile petite créature tentait d'effacer la marque de son soulagement. Finalement, si Milazzo l'avait complimentée pour son self-contrôle, il allait sans doute devoir reconsidérer les petits mensonges qu'il lui glissait. Car, en éclatant en sanglots qu'elle n'aurait jamais espéré voir couler, elle se jeta presque contre lui, même si ça ne lui convenait pas, même si elle allait peut-être se faire repousser dans l'instant, elle s'y plongea néanmoins. 

Ses deux mains s'étaient déposées sur les épaules du jeune homme et son front contre la bordure de celle-ci. Les clavicules de la teintée, émue aux pleurs, se secouaient des impulsions de ceux-ci. Serrant le tissu entre ses doigts, elle tentait de s'accrocher, bien vainement sans doute à son professeur. Il n'y avait nul vice caché derrière ce rapprochement, seulement une gratitude qu'elle n'aurait su exprimer autrement que par le langage du corps. Avant que son nouvel ami ne l'interrompe, elle passa vite ses bras derrière lui et resserra l'étreinte, pleurant encore de muettes larmes. C'était entièrement de la faute du concerné, à avoir été trop gentil avec elle, il avait fini par faire ressortir sa part de pureté qu'elle confondait avec de la faiblesse. De temps à autre, elle replaçait ses mains dans son dos, ne sachant comment se mettre et y étant bien indifférente. Entre ses mots qu'elle n'aurait su prononcer et les sanglots qu'elle n'aurait su rétracter, elle articulait tant bien que mal quelques paroles qui venait du petit bout d'élastique qui avait lâché.

- Mer .. ci ... merci ! 


C'était très certainement ridicule à entendre, mais elle n'avait pas d'autres mots pour accompagner les gestes qu'elle n'avait aucune coutume à esquisser. Eventuellement, la poignée qu'elle maintenait entre ses doigts se relâchaient, de par la fatigue qui venait la frapper, après une journée aussi dure en activité, qu'en émotions. Sa tête flanchait, dodelinant faiblement alors que, tout comme son corps avant elle, sa nuque fini par laisser défaillir sa tête sur l'épaule qui lui avait servit de support. Avant qu'elle ne s'endorme, à moitié affalée sur Milazzo et le divan, elle murmura, yeux déjà clos.


- Je ne connais même pas ton prénom.


C'était bien elle, de s'attacher à n'importe qui pourrait percer au travers des innombrables voiles qu'elle dressait devant les véritables attraits de son âme. Peut-être qu'elle entendrait sa réponse avant de s'endormir, peut-être pas, car le temps qu'elle finisse sa syllabe, la jeune fille avait déjà posé le premier pas dans le royaume où les seuls tourments qui subsistent sont ceux qu'elle s'inflige à elle-même.


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Dernière édition par Ophélia Narcisse le Jeu 10 Mai - 0:23, édité 1 fois
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Swenn Milazzo
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Mer 9 Mai - 23:47
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S'il pouvait encore avoir quelques doutes sur la sincérité d'Aemy, sa méfiance ayant bien du mal à se taire complètement après ce qui s'est passé, cette fois Swenn finit d'être parfaitement convaincu. L'entendre rire fait du bien. Même si ce n'était pas le but recherché initialement, c'est plutôt agréable, et il n'en est pas mécontent. Ça change de ces yeux baissés qui lui donnaient l'impression d'être un bourreau. S'il a bien conscience de ne pas être le type le plus sympathique qui soit, il n'a pour autant rien à voir avec ces gens dénués de cœur. Alors pour la suite de ce qu'elle montre, il a un peu plus de mal à se positionner. Les larmes de bonheur n'est pas un concept qui lui est familier. Et il ne voit d'ailleurs pas ce qui pourrait les provoquer chez la jeune femme. Il ne s'est pourtant pas montré si gentil. Si ? Ou alors ce n'est pas conscient. Non, il s'est juste contenté de lui dire ce que son histoire lui inspire. Et pourquoi il ne la déteste pas pour autant. Sans même s'embêter à donner la moindre intonation à ses paroles !

Forcément, ces larmes il les interprète davantage comme une nouvelle maladresse de sa part. Mince, ça non plus ce n'était pas voulu. Il voudrait juste qu'elle puisse de nouveau se sentir bien, qu'ils puissent tout remettre à plat, et que toute cette tension, cette ambiance étrange qui s'est installée entre eux depuis un peu trop longtemps maintenant, s'estompe. Et visiblement, elle s'est bel et bien envolée, puisque sans en comprendre la raison, il ne peut que subir le geste inexplicable d'Aemy. Oui, celui de se précipiter vers lui, franchissant le peu d'espace qui les séparait comme d'un simple bond, pour venir passer ses bras autour de ses épaules. Ah... Il ne faut pas s'attendre à un élan de tendresse de la part de Swenn dans ce genre de situation, ces démonstrations d'affection le mettant beaucoup trop mal à l'aise. Pourtant, il ne la repousse pas. Il se contente d'attendre. Raide, les muscles complètement crispés et un battement de cœur manqué, n'ayant pas la plus petite foutue idée de ce qu'il convient de faire. Ni de ce dont il peut juste avoir envie.

En règle générale, il a tendance à refuser les remerciements. Considérant qu'il agit dans la grande majorité des cas sans aucune contrainte, il n'apprécie pas particulièrement ce mot. D'autant plus qu'il est régulièrement utilisé à tout va par une grande partie de la population, lui enlevant toute sa signification profonde. Mais compte tenu de la façon qu'a Aemy de les prononcer, il se contente simplement de garder le silence. Les quelques sanglots qui secouent la jeune femme réussissent à le dérider légèrement, et son corps fini par se détendre après de longues secondes d'hésitation intense. Mais il n'a de toute façon pas la volonté de lui imposer une distance minimale, alors autant l'accepter et faire avec. Et puis, ce n'est pas si désagréable. Après tout, un simple moment calme peut être mérité. Quant à sa dernière question... Elle réussit à faire sourire le chimiste. A peine, mais c'est suffisamment rare pour pouvoir être noté. Et puis, il fatigue vraiment, alors la maîtrise parfaite de ses expressions se relâche légèrement...

- "Swenn. C'est mon prénom."

Il sent bien la respiration d'Aemy contre lui se faire lente et régulière, synonyme d'un assoupissement certain. Pas très étonnant. Et il n'en est pas mécontent. Enfin un vrai moment de répit ? La tête toujours reposée contre le dossier du canapé, il finit par passer un bras autour de ce corps dont il s'habitue à la présence. Resserrant légèrement son étreinte. Il ne saurait dire pourquoi, mais comme ça, il lui trouve quelque chose d'attachant. Oui, il doit vraiment avoir un problème. Et alors ? Il ne peut s'empêcher de l'observer les quelques minutes qu'il arrive à garder les yeux encore ouverts. C'est étrange. Parce qu'elle correspond incontestablement à la définition d'une belle femme. Qui ne laisse pas insensible le chimiste. Pourtant, son comportement arrive à annihiler toute attirance purement physique qu'il pourrait ressentir d'une telle proximité. Peut-être parce qu'ainsi, il l'associe davantage à une petite fille qu'à une femme.

Il n'a pas l'occasion d'y réfléchir beaucoup plus qu'il se laisse à son tour sombrer dans les profondeurs du sommeil. Épuisé, cette position n'a rien d'inconfortable, et ne l'empêche surtout pas s'endormir complètement. Après tout, la miss est cette fois dans ses bras, elle ne devrait pas pouvoir retenter quoi que ce soit de stupide sans qu'il ne s'en rende compte ! Et cette fois, aucun rêve ne vient agiter ses pensées.

Seuls quelques rayons de soleil réussiront à le sortir doucement de cette torpeur à laquelle il voudrait pouvoir s'abandonner encore quelques temps. Les yeux toujours clos, l'impression de ne pas encore avoir assez dormi l'empêche d’esquisser le moindre mouvement de sortie définitive du sommeil. Ou peut-être est-ce pour ne pas réveiller Aemy. D'ailleurs, dort-elle toujours ? Difficile à savoir sans soulever une paupière. Mais cela signifiera également la fin de ce simple moment de calme parfait, alors il peut bien rester dans l'ignorance encore quelques minutes. Il aura tout le temps de se rattraper ensuite.


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Ophélia Narcisse
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Jeu 10 Mai - 14:57
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Un murmure et une syllabe, ce furent la berceuse de la jeune anomalie qui s'était endormi presque instantanément sur des mots qui achevèrent de lui faire ressentir cette impression d'être aimée, ne serait-ce qu'un minimum. Son oreiller improvisé était bien agréable, même si, durant la nuit, son visage avait dû tomber sur les genoux de son professeur qui avait eu la diligente courtoisie de somnoler assis. C'était bien plus agréable que son épaule, d'autant plus que l'os se cachait derrière quelques centimètres de chair que la clavicule ne faisait qu'effleurer. Un coussin plus moelleux en somme, bien plus aisé de dormir sur tel repose-tête que sur une rainure solide. Aemy avait d'ailleurs bien fait de choisir cette section, car elle avait passé l'une des nuits les plus apaisées qu'elle avait jamais pu écouler. Swenn était certainement à remettre en cause pour ce trop plein de satisfaction, ou peut-être fallait-il l'en remercier, qui sait ?

Pour une fois, la vaironne n'avait fait ni cauchemar, ni éveil en sursaut. Elle s'était appuyée contre les jambes gardiennes qu'elle agrippait de la main gauche comme l'on s'accroche à une peluche. Ses rêves étaient beaux, apaisés, perdue dans une forêt aux airs de conte pour enfant, elle ne faisait que marcher tout droit sur un chemin tracé par sa propre imagination. Il y avait quelques animaux qu'elle sentait, sans jamais les percevoir, focalisée comme elle était sur l'ouverture de lumière vers laquelle elle avançait, lentement, mais sûrement. Rien pour la faire trébucher, rien pour la ralentir, il n'y avait qu'elle sur cette route. Et à sa finition, plongeant dans la lumière, elle s'était retrouvée au sommet du monde, ou plutôt d'une falaise qui lui donnait tout autant de vertiges de grandeur. La lumière brillait, illuminant ses yeux d'un éclat, jusqu'à ce que ses paupières ne défaillissent devant ce voile de blancheur. 

Dans le monde réel, l'expression de l'endormie se resserrait, comme si on lui faisait se briller une lampe dans les pupilles. Elle secouait sa tête de gauche à droite, du mieux qu'elle le pouvait, bloquée par son oreiller de fortune. Quelques grognements résonnèrent contre les parois de sa gorge, étouffés du réveil compliqué qui venait à peine de s'amorcer. Ses cils, pourtant encore clos, semblaient battre d'une émersion qui s'avérait bien exhaustive. Dans un effort pour ne pas se sortir de son onirisme, Aemy recala sa joue contre le muscle-support, écrasant plus encore son visage dans la peau de Swenn. Elle ne se rendait certainement pas compte ni d'où elle se trouvait, ni dans quelle position elle s'était mise dans son sommeil. Ce qu'elle savait moins encore, c'est qu'un petit filon de bave s'était échappé de ses lèvres tant elle avait bien dormi. 

Finalement, et beaucoup plus brusquement que sa fatigue latente aurait pu laisser penser, la teintée releva la tête, tenant son dos droit, appuyé par ses coudes et reposant sur des jambes pliées, allongées sur le canapé. Avec des mèches rebelles et une des ficelles de son haut qui tombait sur son épaule gauche -d'ailleurs ornée d'une sublime cicatrice de balle- l'anomalie tournait le visage tout autour. Prenant ses repères, les yeux encore à moitié clos, elle identifia les murs, le sol et un peu des portes dans un flou opaque qui ne facilitait pas les songes. Sa bouche entre-ouverte laissait passer une respiration muette qui glissait sur le rebord de ses lèvres rondement creusées. Une main battante vint glisser sur sa joue droite, tentant tant bien que mal de rouvrir ses paupières qui refusaient obstinément de se réveiller.

Elle capta alors une présence derrière elle, celle de son professeur dont elle n'avait aucun idée de l'état actuel. C'est qu'elle ne voyait rien ! Tout était assez lumineux, et le flash de ses rêves hantait encore son imagination. Le flou de son regard ne lui permettait pas de savoir si Swenn avait les yeux clos ou ouverts. Alors, avec une maladresse fatiguée, elle s'assit sur ses genoux, orientant ses jambes en W. Non sans laisser passer un second râle fatigué entre ses dents, la jeune fille vint tapoter la cuisse qu'elle venait de quitter du bout de sa main gauche. Il lui fallait bien un moyen de s'assurer qu'il soit réveillé, le docteur, et s'il ne l'était pas, trouver un moyen qu'il ne s'exécute. Avec une articulation douteuse, et les paupières toujours mis closes, Aemy tenta un réveil en douceur.

- Hé ... Swenn ... debout ? J'arrive pas à savoir si tu es réveillé ... alors, debout !

Même la tête entre les nuages, elle parvenait toujours à garder son ton formel, mais pas moins affectif. Dans la seconde qui suivit, la vaironne ramena ses paumes contre ses yeux, pour mieux les frotter. Le côté de sa main droite revint même faire un tour sur son oeil juxtaposé qui semblait catégoriquement refuser de voir la lumière du jour. Ce faisant, la petite bailla muettement durant le processus, mais ne manqua pas de glisser un gémissement du fond de sa gorge pour témoigner, une nouvelle fois, de la brutalité indésirée d'un réveil trop tôt arrivé. C'était un beau rêve, bon sang ... 

Elle avait laissé de côté l'objectif principal de sa visite à Cerka, l'espace d'un soir. Ce n'était pas désagréable, clairement, et prolonger le séjour aurait sans doute put être envisageable. Mais Aemy avait quelqu'un auprès de qui elle devait retourner. Par conséquent, et aussi impoli que cela puisse paraître, non pas qu'elle soit seulement en mesure de faire la différence entre courtois et mal-avisé, elle leva ses yeux dans ce qu'elle pensait être les iris de Swenn.

- Quand est-ce qu'on reprend la formation ?


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