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Chroniques d'Irydaë
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 En quête de réponses

Isaac Doshazar
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Mar 10 Avr - 19:26
Irys : 47056
Profession : Agent diplomatique
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar


En quête de réponses




Année 933, 13 janvier.



Il entra dans la salle d’audience à midi. Revenant tout juste d’une expédition en Zagash, à l’Ouest de Kereeh, où un problème l’avait retenu sur place de nombreux jours, le Conseil l’avait immédiatement convoqué, le sommant de se présenter devant lui dans l’heure. Il était habitué à ce qu’on le demande rapidement, les ennuis n’étant plus chose rare en My’trä depuis quelques mois. Il ne se doutait cependant pas qu’il allait devoir repartir séance tenante.

Alors qu’il ferma la grande porte d’un geste lent qui laissait transparaître sa fatigue, il aperçut les cinq Primo-Gharyns, assis sur leur siège, l’air sérieux et attristé, accompagnés de leur Khorog qui exhibaient vraisemblablement une amertume similaire. Il s’avança jusqu’au centre de la pièce, avant que l’un des guides ne prenne la parole.



« Agent Doshazar. Nous espérons que votre mission fut une réussite, quoique vous reveniez tardivement… Pardonnez notre manque d’égards, mais les mondanités ne sont pas ce qui préoccupe le Conseil dans l’instant. Avez-vous perçu des échos de l’incident de Zochlom ?

Isaac prenait les choses avec flegme depuis qu’il avait franchi les portes de la capitale plus tôt dans l’heure. Alors que le poids du voyage se faisait ressentir, il se reconcentra sur les paroles du guide.

- Aucun Monsieur. Que s’y est-il passé ?

- Un attentat s’est produit à l’Exposition Universelle, près de Yeronkhii, voilà deux semaines. L’on compte plus d’une centaine de morts, dont le Gouverneur daënar de Wal, et le double en blessés. Le Gouverneur d’Hinaus a également été gravement touché.

- Une bombe à un tel moment..? murmura-t-il, en plein étonnement. J’imagine que la scène a déjà été examinée dans tous ses recoins. A-t-on interrogé les témoins ?

- C’est là le but de la mission que nous vous confions. Rendez-vous à Busad, dans la Tour du Désert. D’après nos informations, le souverain Lahzainhi était présent, et en est sorti indemne. Peut-être a-t-il vu ou entendu quelque chose. Nous voulons que vous nous rapportiez son témoignage, ainsi que toutes les déclarations ou suspicions que vous pourrez recueillir. »


Après être sorti, il resta un instant devant la porte, le regard vide. Toutes les valeurs que visait l’Exposition avaient été balayées par de bêtes extrémistes ignorant tout des conséquences qui pourraient en découler à long terme.
Il partit quelques heures plus tard, après avoir préparé de nouvelles affaires et prit du repos. Le Conseil avait mis à sa disposition un griffon, fière monture affublée d’une armure dorée couvrant partiellement son corps, ainsi que deux soldats, afin qu’il puisse se rendre dans les Kharaal Gazar au plus vite, et sans encombre.



***



Ils arrivèrent le lendemain aux abords de la Cité de Pierre, joyau des terres de l’Est et point central dans l’approvisionnement des nomades Kharaaliens. Un étrange sentiment avait pour habitude de l’envahir lorsqu’il franchissait les premières habitations du fameux "Œil malade". Les Kharaal Gazar étaient sa patrie, l’endroit qui l’avait vu naître et évoluer, et Busad et sa Tour du Désert personnifiaient à peu de choses près les idéaux auxquels il croyait : un intérêt commun, centre de l’attention, autour duquel s’organisent harmonieusement les mages de toute croyance.

Lui et les soldats qui l’accompagnaient n’avaient, comme à son habitude, pas rencontré de résistance ou d’interpellation de la part des gardes. Depuis qu’il fut nommé par le Conseil en tant qu’agent de la nation, ses diverses missions dans les terres du puissant Delkhii ne sont pas passées inaperçues, et une grande majorité de dignitaires et autres soldats le connaissaient. Ils purent ainsi se rendre au pied de la Tour, dont l’escalier semblait ne jamais finir, afin d’entamer une longue montée qui les mènerait au sommet, lieu de résidence du jeune souverain.

Une fois arrivés, non sans mal, un individu les stoppa. Il ne semblait pas provenir de la noblesse, mais se tenait pourtant digne devant Isaac, alors paré d’une armure dorée et d’une longue cape rouge. Après qu’il eut résumé la situation, l’homme, qui s’était révélé être un ami de Lahzainhi, leur indiqua que celui-ci ne pouvait les rencontrer, faute de disponibilité. L’ambiance qui régnait aux derniers étages n’avait rien d’enthousiaste, ni de joyeux. Les récents événements, encore marqués au fer dans les esprits, semblaient avoir affaibli tous ces gens, pourtant habitués à faire preuve d’une hospitalité sans pareille.

Alors qu’Isaac enjoignit les gardes qui l’accompagnaient à rester sur place, il descendit à l’étage inférieur, dans la renommée bibliothèque de Busad. De longues minutes passèrent, quand il aperçut une femme monter soudainement au dernier étage. Elle ne lui avait pas donné la même impression que les autres, et, ressentant le besoin de la suivre, il sortit et escalada une nouvelle fois les dernières marches. Près des gardes se tenait la femme qu’il avait vu passer quelques secondes plus tôt, et alors qu’il s’avança lentement, elle se retourna vers lui.


Dernière édition par Isaac Doshazar le Jeu 17 Mai - 18:35, édité 13 fois
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Léonie Morret
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Mar 10 Avr - 23:34
Irys : 480814
Profession : Commandante de Busad
My'trän +3 ~ Kharaal Gazar (femme)




En quête de réponses



Léonie avait repris du service il y a peu, trop tôt pour certain, pas suffisamment pour elle. Si la my’tränne faisait tout ce qu’elle pouvait pour agir le plus normalement possible et ne pas laisser ses pensées plus sombres transparaître, les choses avaient changés. Physiquement pour commencer, la prise en charge à cause du nombre de blessés avait tardé et des marques importantes de brûlures, ou d’anciennes brûlures persistaient son visage, ses bras et son dos. Comment aurait-il pu en être autrement pour celle qui s’était retrouvée en première ligne et qui avait tout fait pour protéger son Gharyn ? L’aspect physique n’était malheureusement pas l’unique chose ayant évolué suite aux événements tragiques du bal. La protectrice habituellement très ouverte d’esprit, très chaleureuse et accueillante n’était plus ou presque, Léonie n’était plus qu’une pâle copie d’elle-même.  La jeune femme faisait ce qui lui était permis pour maintenir l’illusion, mais la my’tränne n’était pas la seule à changer. Une certaine tension était apparue chez les autres protecteurs et même au niveau de la population qui devenait plus méfiante vis-à-vis des étrangers. Comme souvent, la journée s’annonçait longue. Zaël avait repris il y a peu son service et celle qui était à ses ordres avait eu du mal à trouver le courage d’aller le voir depuis qu’elle avait repris. Les paroles qu’il avait prononcées hantaient encore ses songes et même si son esprit logique lui soufflait que tout ceci n’était que le fruit d’une illusion le doute persistait encore.

Prenant une légère inspiration, Léonie commençait l’ascension des marches de la tour, tâchant d’ignorer les regards inquiets, suspicieux ou tout simplement dépassée par les événements. Elle venait de passer protectrice confirmée, n’avait guère d’autre envie que celle de faire simplement son travail. La journée était différente, ou tout du moins la jeune femme en avait la sensation. Une fois en face des appartements du Primo-Gharyn, Léonie ne put que faire face à ce vent de déception. Zaël était occupé et ne pouvait pas la recevoir, ni elle ni celui qui était venu quelque temps avant.


- «  Qui ça ? » avait-elle questionné
- «  L’agent diplomatique du conseil » répondit son collègue
- « Je vois, où est-ce qu’il se trouve ? »
- « Il est…là » dit-il en lui faisant un signe de tête en indiquant un lieu juste derrière elle

Pivotant légèrement, la protectrice ne put que dessiner un semblant de sourire sur ses lèvres. Le geste provoquant un tiraillement d’une cicatrice nouvelle de sa joue.

- «   Je suppose que vous devez être l’agent diplomatique ? » questionna-t-elle tout en connaissant parfaitement la réponse « Je suis Léonie Masset, protectrice confirmée de Busad, je peux vous aider peut-être ? Ou vous tenir compagnie le temps que notre Primo-Gharyn se libère ? J’ai un appartement quelques étages plus bas. »

Une nouvelle fois, la my’tränne se contenta d’offrir un large sourire, il était très important à ses yeux de ne pas manquer de bienveillance vis-à-vis de ce type de visiteur. Busad avait une réputation et rien ni personne ne devait pouvoir la remettre en doute, peu importe les événements qui s’étaient déroulés. Détaillant d’un œil curieux les différentes personnes accompagnant le parfait inconnu, la jeune femme poursuivit avec simplicité :

- «  Je suis navrée, je doute que mon appartement puisse permettre à tout le monde de s’asseoir… En revanche, vous pouvez toujours nous accompagner si vous voulez. » elle attendit confirmation puis enchaîne «  Suivez-moi. »

Les marches furent de nouveau descendues, sans geste brusque, dans un rythme normal, ni trop rapidement ni forcément lent. Durant le trajet jusqu’à l’appartement le silence avait rejoint la partie, sans pour autant que cela soit dérangeant. La protectrice était pensive, un peu trop certainement, que pouvait bien faire un agent du conseil ici ? Était-ce en rapport avec les événements du bal pour la paix ou était-ce toute autre chose ? À ses yeux ni Zaël ni qui que ce soit n’avait à se reprocher quoi que ce soit, personne n’aurait pu éviter tout ça. Fallait-il simplement accepter d’ouvrir les yeux, peu importe l’agissement des gouvernements, la guerre était en chemin et il allait falloir protéger la population du danger coûte que coûte. Une fois devant la porte de son appartement, la jeune femme l’ouvrit, laissant le ou les hommes entrer. Le lieu était particulièrement neutre, pas de décoration personnelle, pas une montagne de meuble. Tout était fait naturellement, idéalement en pierre, sauf pour l’aménagement qui se voulait confortable, les canapés, le lit. L’appartement était fait de trois pièces, une principale à vivre, une salle d’eau et sa chambre. Le salon était divisé en deux parties, un ensemble de petits canapés avec une table basse, puis au fond de la pièce un coin bureau avec au milieu une table ronde et trois chaises.

- «   Installez-vous » Fit-elle « Alors dites-moi qu’est-ce qui vous amène ici ? Je peux vous servir à boire ? »




Léonie vous parle en #ff9933
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Dernière édition par Léonie Morret le Lun 23 Avr - 17:04, édité 1 fois
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Isaac Doshazar
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Mer 11 Avr - 18:05
Irys : 47056
Profession : Agent diplomatique
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar

Ce qui frappa Isaac de prime abord fut son visage. Il avait l’habitude de rencontrer de telles blessures, qui n’étaient rares que dans les contrées reculées que les conflits épargnaient, mais celles-ci laissaient transparaître la tension et la méfiance qu’éprouvait la femme, qui plus est dotée d’un visage tout à fait harmonieux. Malgré ses efforts pour tenter de dissimuler son ressentiment, esquissant alors un doux sourire faiblement gâché par une cicatrice encore récente sur sa joue, Isaac sentait que les récentes épreuves qu’elle avait traversées n’avaient pas été une mince affaire. Il s’était arrêté dans l’ouverture de la pièce, à mi-chemin entre l’intérieur chaleureux de l’étage et l’imposant escalier qu’il venait d’emprunter, quand elle s’approcha de lui, l’accueillant de manière à lui faire oublier l’ambiance pesante qui régnait.



« Je suppose que vous devez être l’agent diplomatique ? Je suis Léonie Masset, protectrice confirmée de Busad, je peux vous aider peut-être ? Ou vous tenir compagnie le temps que notre Primo-Gharyn se libère ? J’ai un appartement quelques étages plus bas.

- L’on vous a donc informé de mon statut, protectrice, répondit-il avec une voix grave, en regardant le soldat qui l’avait intercepté quelques temps plus tôt. Je suppose que nous pouvons accepter votre proposition. Je doute que votre souverain ne soit disponible de sitôt au vu des affaires récentes qui ont dû lui parvenir…

- Je suis navrée, je doute que mon appartement puisse permettre à tout le monde de s’asseoir… En revanche, vous pouvez toujours nous accompagner si vous voulez.

Les deux soldats se regardèrent l’air hésitant, ne sachant trop quoi décider en présence de leur supérieur.

- Venez Madame, ils se décideront.

- Suivez-moi. »


Sur le chemin, Isaac ne dit mot, concentré sur sa mission et l’idée d’interroger le roi au plus vite encore en tête. Alors que la vue du haut de la Tour laissait apparaître un somptueux paysage, le soleil se levant sur les plaines arides des alentours de Busad, un soupçon lui vint. Les marques sur son visage étaient récentes, mais provenaient-elles des flammes de l’explosion à Zochlom ? Il n’était pas à exclure que les protecteurs fussent présents lors de la cérémonie organisée par Gustave Wilson. Lahzainhi y était, et inévitablement accompagné. Cette Léonie Masset et ses informations pouvaient bel et bien se révéler cruciales pour le Conseil, surtout ayant vécu les événements d’aussi près.
Alors qu’elle ouvrit la porte de sa demeure, les deux soldats accoururent pour rejoindre Isaac. Il leur fit cependant signe de rester dehors, se ravisant ainsi à les autoriser à l’accompagner après qu’il eut soupçonné la femme d’être un témoin direct de l’attentat. Il voulait s’entretenir seul avec elle, sans aucune autre oreille attentive.



***



Il baissa la tête pour entrer, plus par précaution que par réel souci de taille. L’appartement était accueillant, quoiqu’un peu sobre, tout comme l’étaient les habitants avant que la situation ne se dégrade. Le grand homme, indifférent, avait pourtant l’habitude des sourires et des cadeaux de tout genre quand il arrivait en ville, mais la froideur ambiante semblait avoir envahi les lieux, jusqu’à affecter la pierre, alors terne, dont la demeure était faite.



« Installez-vous, fit la femme après avoir refermé la porte derrière lui.

Il s’avança alors lentement, observant les moindres recoins de la pièce à vivre qu’il traversait, puis tira l’une des trois chaises de la table ronde. Posant ses coudes sur la table, le dos droit, il entreprit de commencer sa mission : chercher des réponses quant à l’attentat.


- Alors, dites-moi qu’est-ce qui vous amène ici ? Je peux vous servir à boire ?

- Non merci, ça ira, dit-il en adoptant le sérieux qu’on lui connaissait. Comme vous le savez, je suis Isaac Doshazar, agent envoyé par le Conseil de la Convergence. Les récents troubles à Yeronkhii n’ont pas fait l’unanimité à Darga, et compte tenu de l’importance des faits, le Conseil requiert des informations. Votre souverain était présent, son témoignage est précieux pour la nation…

Il s’arrêta quelques instants et baissa les yeux vers ses mains, croisées sur la table.

- … Madame Masset, d’où vous viennent ces brûlures ? » demanda-t-il d’un ton conciliant, mais ferme.



Dernière édition par Isaac Doshazar le Dim 15 Avr - 19:41, édité 1 fois
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Léonie Morret
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Mer 11 Avr - 22:40
Irys : 480814
Profession : Commandante de Busad
My'trän +3 ~ Kharaal Gazar (femme)


Debout à quelque pas de lui, Léonie avisait cet interlocuteur un peu particulier. Attrapant un plateau, par réflexe et malgré le refus, elle y déposa deux verres qu’elle remplit d’eau. Si sur l’instant, l’idée de passer du temps avec une petite main du cercle lui avait paru lumineuse, maintenant que la jeune femme se retrouvait seule en sa compagnie, Léonie ne savait plus réellement quoi faire, quoi dire. Si elle arrivait à formuler des propos qui n’allaient pas dans le sens de son dirigeant, si ses paroles dépassaient ce qu’une protectrice était en droit de dire ? Si… Trop de doute et pas suffisamment de réponses. La protectrice prit une légère inspiration, tâchant de conserver cette bienveillance dans le regard et un sourire courtois sur les lèvres. Busad n’était-elle pas la capitale des voyageurs, celle qui permet à qui le souhaite de partager et de découvrir une autre culture dans le respect ?

- « Beaucoup de personnes étaient présentes » répondit-elle dans un premier temps « malheureusement. » l’avisant un instant elle se permit d’ajouter « C’est d’ailleurs étonnant que le conseil n’est envoyé personne pour y participer, enfin surprenant »

Sa voix ne s’était absolument pas teintée d’un quelconque sous-entendu, ou d’une menace, elle était restée douce, calme, courtoise. Léonie n’était pas stupide, elle se doutait qu’il y avait dû y avoir un représentant, un œil pour observer et que comme beaucoup cette personne avait dû périr, c’est pourquoi finalement le conseil n’avait pas pu obtenir énormément d’information –peut-être même que personne ne se souvenait de l’individu envoyé là-bas-. Tirant une chaise, déposant le tout sur la table, la my’tränne se contenta de s’installer et de pousser le verre jusqu’à son interlocuteur afin de conserver le sien.

- « Je suppose que votre question provient d’une réflexion qui vous amène déjà à une réponse, non ? » ses doigts s’enroulèrent autour du récipient « Mes brûlures proviennent de l’évènement, de l’explosion » précisa-t-elle. « Les soins ont tardés, il y avait beaucoup de blessés… Par conséquent, les blessures n’ont pas pu être définitivement effacées, au fond, je ne sais pas si cela aurait été positif de ne pas conserver de traces. »

Attrapant définitivement son verre, elle l’apporta à ses lèvres, avalant une gorgée. Si les morts avaient été oubliés, pas les actes, pas la situation, pas la sensation de ne pas avoir réussi à protéger tout le monde, pas les paroles d’un Gharyn qui dans une illusion l’avait profondément affecté. Comment oublier l’enfer ? Comment oublier le bruit et l’odeur de la mort ? Comment faire abstraction de ce que tout le monde tente de cacher, la haine des uns pour les autres. L’envie d’un groupe mineur –vraiment mineur ?- qui souhaite voir les continents se détruire, pourquoi ? Ses yeux vibrèrent de cette intensité, de cette incompréhension, de cette peur de ne pas réussir sa mission première, d’avoir failli perdre celui à qui elle avait juré protection jusqu’à son dernier souffle. L’avait-elle déçu ? Lui en voulait-il de ne pas avoir réussir à maintenir cette paix si chère à son cœur ? À éviter à des enfants de mourir à des protecteurs dont elle n’a plus le moindre souvenir de mourir ? Léonie s’en voulait, elle, terriblement et cherchait à trouver une raison logique à tout ça, alors qu’il n’y avait rien de plus à comprendre que des fous, il y en avait partout.

- « Pour être complètement honnête, j’ignore ce que vous voulez savoir et j’ignore également ce que je suis en droit de vous dire. Avec tout mon respect monsieur, je suis une protectrice confirmée de Busad, je ne voudrais pas porter ou aller à l’encontre des paroles de mon Primo-Gharyn. Puis-je seulement avoir un avis différent du sien ? »

Jamais. Jamais ne pourrait-elle formuler officiellement être parfois pas en complet accord avec Zaël. Parce qu’elle était trop droite, trop fidèle, pas suffisamment lucide ou neutre vis-à-vis de son dirigeant. La jeune femme n’avait toujours pas trouvé le courage de parler avec le Gharyn de ville, exprimer son ressenti, sa façon de percevoir les choses, sa culpabilité. Formuler des excuses à ce qu’elle pensait être un échec.

- « Vous savez, nous avons ce don de l’oubli, les morts ne nous hantent plus… Pourtant… Je sais que je n’ai pas réussi à effectuer mon rôle entièrement, je suis la seule à être revenue, parce que logiquement, j’ai bien conscience qu’une seule protectrice n’a pas pu être envoyée là-bas… Des gens sont morts, beaucoup trop… Pour un geste égoïste d’une personne, ou de plusieurs certainement qui sait… Pourquoi ? » elle prit une longue inspiration « Alors dites-moi, monsieur Doshazar qu’est-ce que vous voulez savoir exactement ? Comment ils sont morts ? Si c’était douloureux ? Si je me souviens ? Ce qui s’est passé ? Expliquez-moi pourquoi on n'a pas pu protéger les gens de notre peuple qui voulaient simplement croire en la paix ? »



Léonie vous parle en #ff9933
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Isaac Doshazar
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Dim 15 Avr - 18:39
Irys : 47056
Profession : Agent diplomatique
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar

Il avait l’habitude de constater les limites de l’humain en matière de résistance mentale. Souvent, la plupart craquait, déversant un flot constant de larmes après une tragédie ou la soumission à une pression trop forte. Il s’agissait alors d’agir méticuleusement quant à la récolte d’informations, car si les témoins et autres sujets étaient dès lors plus ouverts, la sensation de libération que les pleurs procuraient y contribuant, certains devenaient toutefois rigides et fermés à toute conversation. Le cas de Léonie Masset était différent : il ne s’agissait pas ici d’obtenir simplement des informations et partir sans jamais revenir, mais de faire reprendre confiance en sa nation et le Conseil à cette femme, dernière protectrice de Busad. Il l’avait donc laissé parler, extirper tout sentiment contrevenant à son statut, avant de prendre une grande inspiration. Le regard toujours fixé sur ses mains, il ouvrit la bouche, et adopta un ton toujours plus conciliant.



« Madame, sachez que le Conseil réprouve entièrement ces agissements, et qu’il est prêt à subvenir aux besoins de toutes les personnes présentes au moment de l’attaque.

Attrapant le verre d’eau qu’elle avait rapproché un instant avant, il but silencieusement une gorgée, souhaitant faire montre à la jeune femme que son hospitalité n’avait pas été vaine.

- Soyez assurée que rien ne saurait rester en-dehors des lois. Vous êtes protectrice, vous connaissez le rôle qu’occupe la législation et savez à quel point il est important de la respecter afin que l’équilibre soit trouvé. Notre rôle, à nous, est de veiller à ce respect de la part de tous les My’träns. Ainsi suis-je ici non pour vous questionner sur les conséquences de l’attentat, mais sur ses causes. La population a subi de nombreuses pertes, et nous ne pourrons rétablir l’ordre que si nous découvrons la source de ce drame. Il ne s’agit pas de vengeance, mais de prévenance, et vous savez tout comme moi qu’il en va de la stabilité de notre nation, mais également du monde… »


Avisant l’atmosphère de plus en plus sombre, il se leva et fit quelques pas dans l’appartement, pensif. Le silence s’était installé. Il attrapa un bibelot posé sur un meuble, rare objet décoratif de la demeure, et l’examina avec un semblant de faux intéressement. En le reposant, il fronça les sourcils. Sa mission était claire, et il ne devait pas se laisser aller à des émotions compatissantes, ou autres le privant de son impartialité. Seulement, il était fatigué, et n’avait eu que peu de repos entre ce voyage et le précédent. Le dos tourné, il orienta la tête sur le côté, scrutant le sol, le regard méfiant.


« Ce que je veux savoir, protectrice Masset, c’est si un quelconque individu ou événement vous a semblé suspect dans les heures ou minutes ayant précédé l’explosion.

Il se retourna enfin et s’approcha de nouveau de la table ronde, s’appuyant dessus des deux bras. Ses mains étaient veinées, comme si son sang affluait plus que d’ordinaire, caractéristique de l’énervement et de la tension, qui avaient succédé à la bienveillance, bien qu’il ne laissât rien transparaître.

- Je ne cherche pas à vous interroger, le cadre en serait radicalement différent, mais j’ai besoin de savoir si vous avez aperçu quelque chose d’interpellant. Madame, nous recherchons votre aide, non de quelconques aveux, et elle pourrait bel et bien s’avérer plus importante que vous ne le pensez. »


Il ne l’avait pas lâchée du regard depuis qu’il était revenu à la table. Après quelques secondes, il enleva ses mains imposantes du plateau, et les laissa retomber le long de son corps, comme si la tension s’en était allée. Il se tenait alors dans l’attente de la réaction de la jeune femme, prêt à quitter ses appartements dans le pire des cas, tout comme à se rasseoir pour envisager le recueillement de ses dires, sans doute précieux. Rien ne pouvait être mis à l’écart, pas même une simple suspicion ou un maigre doute.

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Léonie Morret
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Mar 1 Mai - 14:36
Irys : 480814
Profession : Commandante de Busad
My'trän +3 ~ Kharaal Gazar (femme)


Avisant tranquillement son interlocuteur, laissant ses doigts entrelacer la tasse qu’elle avait juste devant elle, la my’tränne semblait soucieuse, inquiète, perdue au milieu de ce flot de paroles qu’elle ne comprenait pas entièrement. Son esprit était encore parasité par bon nombre de souvenirs qu’elle souhaiterait oublier, mais également par cet homme qui se tenait face à elle, installé dans son appartement. Il prétendait savoir, représenter une autorité qui n’avait nullement était là lorsque le besoin s’en était fait sentir et maintenant ? Maintenant il exigeait des réponses à des questions, des suppositions, comme-ci un simple coupable suffirait à étouffer l’affaire, à oublier. Le don des architectes avait des avantages, mais il ne permettait pas d’oublier l’odeur d’un cadavre qui prend feu, il ne permettait pas à oublier la sonorité d’un hurlement, d’une personne qui supplie pour sa vie, ne permettait pas de fermer les yeux et de ne plus avoir l’impression que la mort va arriver juste là. Il osait encore être juste là, après tout ça, il osait se tenir face à elle et exiger des réponses, où était-il lui durant cet événement important ? Ah, certainement ailleurs, pour œuvre pour le conseil, pour ce groupe de représentant qui n’était eux aussi pas là.

Les lèvres de la protectrice se pincèrent, alors qu’il évoquait de répondre à des besoins matériels, que ferait-il, lui qui n’était pas là ? Alors, qu’il n’était même pas en mesure de montrer un brin d’empathie à celle qui avait cru faillir à sa tâche. Il évoquait ce besoin de stabilité, il parlait des lois, maîtrisait-il seulement un semblant de compréhension de tout ça ? Pensait-il réellement naïvement que la paix allait perdurer, que les autres étrangers ou membres du peuple my’trän allaient simplement accepter de se faire tuer, sans rien dire, sans jamais démontrer ce brin de rancœur, cette petite flamme consumant les âmes au fur à mesure que la tristesse s’accumulait ? Elle lui décrocha un sourire, froid, distant, comme elle savait faire lorsqu’elle exerçait sa fonction, ne lui demandait-on après tout, aucunement son avis sur la question, n’était-il là que pour avoir des faits concrets, un coupable tout désigné.

L’agent diplomatique s’était levé, attrapant un bibelot posé juste là, une représentation de Delkhii offert par la mère de Léonie, qui était convaincue que chaque habitation devait contenir un hommage aux architectes ou tout du moins à celui que chacun avait choisi. L’objet était en pierre, chose finalement plutôt logique. L’étrange homme qui était aussi expressif qu’une porte de prison, avait finalement redéposé le bibelot à sa place, revenant vers Léonie, lui demandant si elle avait vu quelques choses, si elle était en mesure d’identifier un point suspect dont elle n’aurait parlé jusque-là. Léonie, s’était offusquée de cette interrogation, ne comprenant pas comment un homme qui devait en théorie comprendre mieux que quiconque, la façon d’agir des protecteurs. Apportant son verre d’eau à ses lèvres, prenant une légère inspiration, la jeune femme se contenta de prendre son temps, afin de réfléchir, de peser le pour et le contre de ses paroles. N’était-elle qu’une protectrice parmi tant d’autres et ne pourrait-elle tolérer de faire de l’ombre à son dirigeant.


- « Avez-vous déjà assuré la protection de quelqu’un, monsieur ? » questionna-t-elle en redéposant le verre dans un petit bruit significatif « Pouvez-vous imaginer une petite seconde, ce qu’avoir la vie d’une autre personne entre ses doigts peut provoquer dans un esprit, d’autant plus quand cet individu est un primo-gharyn, démontrant une fâcheuse tendance à être insouciant. »

Le laissait-elle prendre en considération ce qu’elle était en train de sous-entendre, le laissait-elle pleinement faire le lien avec ce que tout le monde racontait sur Zaël et sa faculté à ne vouloir que la paix, quitte à avoir un comportement parfois… mitigé. Léonie appréciait son Gharyn, pour une raison qu’elle n’identifiait, la my’tränne avait la certitude que l’homme était un bon dirigeant, bien que trop empathique, il faisait attention à son peuple, sans aucune distinction même si ça, tout le monde semblait avoir bien décidé de ne pas le voir.

- « Dans cette optique, je peux vous assurer avoir fait preuve d’une vigilance hors pair, je dois même être en mesure de vous compter l’intégralité de ses actions, même là plus insignifiante. » elle fit une pause « Cependant, à l’heure actuelle, je suis incapable de vous dire si ce drame aurait pu être évité, si, j’ai manqué de vigilance, ou si tout était bien trop parfaitement orchestré pour n’offrir aucune chance de survie. »

Léonie prit une légère inspiration, se levant de sa chaise en s’appuyant sur la table, paume de la main bien à plat, elle se dirigea vers les ouvertures que formaient les fenêtres, cherchant un point à fixer, ou se concentrer. Il était trop tard, devant ses yeux se rejouaient la scène et elle ne saurait dire si la survie du Gharyn et de sa propre personne n’était pas due qu’à un facteur qui lui échappait complètement, celui de la chance.

- « En revanche, je peux affirmer une chose, l’objectif de la ou des personnes ayant fait tout ça, c’était de tuer le plus de personnes possibles et je doute très sincèrement que la femme ayant été emmené pour être interrogé et l’unique responsable de tout ça. » Elle prit une inspiration « Réfléchissez une seconde, comment prévoir les mouvements d’une foule entière, comment prévoir le moment parfait pour toucher le plus d’individus possible et surtout, demandez-vous si une personne seule est en mesure de la faire. La réponse est évidente, c’est impossible. La vérité, c’est que ceux qui ont orchestré tout ça, peuvent être n’importe qui parmi les survivants… Parce qu’il ou elle devait être présente, cela devait être important de pouvoir savourer cet instant préparé avec minutie. »

Elle prit une légère inspiration, émettant une légère pression sur ses bras qu’elle avait croisés

- « Je suis protectrice depuis longtemps, ma vie entière tourne autour de mon Gharyn, certainement plus que de raison et vous savez ce qui est le plus douloureux ? Ce n’est ni les blessures ni l’odeur des morts ni des nuits d’insomnies que tout ça provoque, c’est le fait d’avoir été incapable de débusquer dans cet événement la moindre chose qui aurait pu me mettre en alerte. » le point de la rouquine s’était abattue contre le mur « Quand j’ai perçu que quelque chose clochait, c’était trop tard, il y a eu l’explosion, puis la presque mort de Khugatsaa et j’ai tout abandonné en priant simplement mes architectes de me donner la force de sauver, Zaël. »

Elle pivota légèrement vers lui, le regard froid, déterminé

- « Alors, dites-moi, dans tout ça, qu’est-ce que vous espérez préserver ? Il est inutile de comprendre cet événement, il faut simplement faire en sorte qu’il ne se reproduise plus. Parce que si vous pensez naïvement que c’est un acte détaché, je pense que vous vous trompez et je pense que tout ça n’est que le commencement d’événement marquant. »



Léonie vous parle en #ff9933
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Isaac Doshazar
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Jeu 17 Mai - 20:59
Irys : 47056
Profession : Agent diplomatique
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar

Il avait rapidement constaté que Léonie possédait un fort caractère. Mais n’en attendait-il pas moins d’une femme ayant réussi à se hisser dans les rangs des fiers protecteurs de Busad, dernier rempart du Primo-Gharyn des terres de l’Est ? Pourtant, aucun des mots qu’il avait prononcés, aussi indifférents puissent-ils être, ne fut regretté. Il avait d’abord tenu à préciser que le Conseil ferait tout pour débusquer les coupables afin qu’elle prenne confiance en l’ouverture de l’enquête, mais il comprit qu’il lui faudrait plus que de simples paroles. Dès lors, ce qu’elle pouvait penser de lui ou du Conseil ne lui importait plus. Elle voulait de l’empathie là où l’agent ne montrait que rarement un tel sentiment. Sa mission était le seul but de sa venue, et elle se résumait à obtenir des informations sur les coupables.

Reprenant alors un ton détaché après qu’elle eut terminé, ne lui laissant qu’un court moment de répit, il enchaîna, plus incisif :



« Inutile de comprendre ?

Ces mots semblaient être les seuls qu’il avait retenus, mais chaque parole de la protectrice avait été méticuleusement enregistrée.

- Si nous ne cherchons pas à comprendre l’événement, comment pouvons-nous faire en sorte qu’il ne se reproduise plus ? Si nous ne cherchons pas à appréhender le comportement des auteurs, comment pourrons-nous anticiper leurs actes, et prévenir d’autres attentats ? Car oui, vous avez raison sur un point : ce n’est pas un acte détaché, et celui-ci était bien le commencement d’autres horreurs visant à anéantir tout espoir de paix. Mais si vous envisagiez ne serait-ce qu’un instant la vue d’ensemble de ce que cela implique, vous comprendriez que l’intérêt de tous ne se situe pas dans la seule personne de votre souverain. »


Il avait souhaité employer des mots tranchants, essayant d’extirper la jeune femme du doute et de la colère dans lesquels il lui sembla qu’elle fut enfermée. Le ressenti d’un attachement certain pour le Roi lui avait également mis la puce à l’oreille : comment pouvait-elle n’avoir rien pu déceler de particulier avant qu’il ne soit trop tard si son attention n’était portée que sur Lahzainhi ? Avait-elle été réellement attentive, ou son regard n’était rivé que sur le Roi et ceux qui l’approchaient ? Ne venait-elle pas d’admettre que sa vie lui était dédiée plus que de raison ? Tant de questions qui s’entrechoquaient dans la tête d’Isaac, et autant de jugements subjectifs qu’il ne devait surtout pas évoquer. En effet, l’objectivité et l’impartialité étaient de mise, plus que dans n’importe quelle autre affaire. Restait-il encore à découvrir le début d’une piste, dont l’espoir qu’il apparaisse s’amenuisait à mesure que la discussion prenait en intensité.


« Pour répondre à votre question, enchaîna-t-il sans laisser le temps de répondre, j’ai moi aussi assuré la protection de personnalités, qui étaient et sont toujours au moins aussi importantes que Sa Majesté le Primo-Gharyn. Vous avez le droit de remettre en doute ma capacité à juger la situation, protectrice, mais vous n’avez rien à m’apprendre sur la façon de protéger un homme, aussi puissant soit-il. La fonction de protecteur ne se résume pas à suivre gentiment la personne placée sous votre surveillance, mais à anticiper le moindre détail pouvant lui porter atteinte. Êtes-vous seulement entrée en contact avec les gardes ayant étudié la zone avant l’arrivée des invités ? Avez-vous seulement douté qu’un endroit pareil pouvait regorger d’individus aux intentions malsaines ?

Sans faiblir ni faire montre d’une quelconque compassion envers la femme encore couverte de blessures, physiques comme morales, il voulut achever la conversation, se doutant que rien ne pourrait alors ressortir de ce témoignage.

Sans attendre plus longtemps, ne laissant pas à Léonie le temps de se défendre en imposant sa voix grave et tonnante, il anticipa sa réponse et continua :


- Sans doute allez-vous répondre que je n’étais pas sur les lieux, et que je n’ai donc aucune légitimité à vous sermonner. Mais si j’avais été là, croyez bien qu’aucun mort n’aurait été décompté. »


Isaac n’avait pas l’habitude de faire montre d’une telle opinion de soi-même, mais faute de fatigue et du flot d’idées constantes qui lui venaient, il dut faire sortir cette pression coûte que coûte, comme n’importe quel humain. Il avait également dû sous-estimer la situation, la rapportant à une banale attaque d’extrémistes dont la solution lui semblait être des plus simples, oubliant ainsi que le Conseil avait attaché une importance particulière au recueil des témoignages des victimes.

Alors que les deux soldats qui l’attendaient dehors frappèrent à la porte en demandant si tout se déroulait convenablement, sans doute après qu’ils eurent entendu les voix monter peu à peu, il répondit par l’affirmative, et prit le temps de se calmer. Il finit par expirer lourdement et à baisser les yeux vers la table ronde.



« Je ne souhaite pas que vous soyez malheureuse, mais ce conflit doit être démantelé au plus vite… Il a déjà causé bien trop de souffrances. dit-il en relevant les yeux, et avisant le visage de la jeune femme. Je ne vous demanderai pas plus de votre temps, Madame Masset, et vous remercie tout de même de ce que vous avez pu apporter à cette affaire. S’il vous vient un quelconque autre élément, ou si vous tenez à être présente lors de l’entretien avec le Primo-Gharyn, je ne peux que satisfaire votre demande. En attendant… »


Il tourna le dos et prit la direction de la sortie. Il savait pertinemment qu’il avait atteint l’âme de la protectrice en parlant si indifféremment, peut-être même cruellement, et était empreint d’un sentiment de remord qu’il n’avait pas l’habitude d’éprouver. Il s’était laissé aller à ses émotions, et n’aimait pas avoir à le montrer à qui que ce soit. Qui plus est, cette femme n’avait fait qu’exprimer son ressenti, si intègre et innocent, mais pourtant empli de réalisme et d’horreurs. De par son agissement, il avait l’impression d’avoir contracté une dette envers elle, et malgré son habitude à toujours rester froid et impartial, cette fois-ci avait été différente. Peut-être se sentait-il plus proche d’elle que des autres de par leur origine, leur croyance et leur profession communes.

Alors qu’il continua d’avancer vers la porte, le pas lent, rien ne semblait prédire si Léonie comptait rétorquer une dernière parole, ou si l’agent venu profiter de son hospitalité avait définitivement perdu tout crédit à ses yeux.



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Léonie Morret
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Ven 25 Mai - 16:33
Irys : 480814
Profession : Commandante de Busad
My'trän +3 ~ Kharaal Gazar (femme)


- «  Il n’y a pas de vue d’ensemble à avoir » souffla-t-elle la mâchoire contractée «  Vous faites erreur. Savez-vous le point commun de cet événement, le point commun entre les deux peuples ? La mort. Qui serait suffisamment fou pour sacrifier des personnes importantes de sa propre nation ? Le pourquoi n’est pas important, c’est le qui qu’il faut trouver. »

La jeune femme était emprunte d’une colère que son interlocuteur provoquait, que ses questions, que ses jugements lui soufflaient, pourtant elle restait d’un calme remarquable et hormis cette voix et son regard qui se drapait d’une froideur importante, aucun geste violent n’était pas à déplorer, à identifier. La réponse de la protectrice c’était faite naturelle, spontanée, ne l’empêchant cependant pas d’y avoir réfléchir avant d’être formulée. L’homme qui se trouvait dans son appartement ne lui inspirait pas la confiance, ni ses propos, ni même sa façon de se comporter et il aggrava lui-même son cas, passant à un cheveu de provoquer l’impensable, la rendre violente. La my’tränne avait pivoté légèrement vers lui, alors qu’il osait prétendre que s’il avait été là aucun mort n’aurait été à déploré, la jeune femme se mit à rire. Son rire n’avait rien d’amusé, elle était dépitée par cette phrase, par cet ego, par cette prétention que même les représentants des régions n’avaient pas. Ses sourcils se froncèrent alors qu’elle se permit de le mettre en garde, de le faire redescendre convenablement sur terre et ceux, sans provoquer quelconque tremblement du sol qui se trouvait actuellement sous ses pieds.

- « Si vous aviez été là-bas, vous seriez certainement à décompter parmi les morts et votre souvenir aurait été retiré de votre entourage et de ceux du conseil. Votre existence aurait simplement pris fin, pour un acte stupide, un acte suicide et votre orgueil n’y aurait rien changé. Que vous soyez très qualifié ou absolument pas, votre nom aurait été ajouté à la liste de ceux ayant perdu la vie là-bas. Parce que pour pouvoir survivre dans des cas comme ça, il faut savoir admettre ne pouvoir rien y faire et vous semblez, sous votre respect, manquer de beaucoup d’humilité, monsieur Doshazar. »

La voix de la my’tränne était toujours aussi froide et si elle ne portait aucun jugement ouvertement, elle trouvait bien cet homme grotesque et pitoyable. Ne pas admettre avoir des points faibles, ne pas admettre ne pas être en mesure de sauver tout le monde ? Comment pouvait-il prétendre être un homme qualifié, alors qu’il se voilait la face derrière une surpuissance qu’il n’avait certainement pas. Ce fut les voix des hommes à l’extérieur qui clôturèrent l’échange, qui provoquèrent un calme précaire, maladroit et une expiration brutale de cet homme qui avait semble-t-il décider de fuir. Pensait-il que la conversation allait se terminer ainsi, pensait-il qu’il lui était supérieur hiérarchiquement ou qu’elle était si insignifiante qu’elle n’avait rien de plus à dire ? Léonie ne tolérait pas le manque de respect, et ne pouvait laisser partir un homme qui risquait de faire les mêmes reproches à son Gharyn qui n’avait rien demandé. La porte disparue donc dans la roche, se faisant engloutir par un habile geste de la jeune femme. S’adossant contre le mur derrière elle, la protectrice dévisagea celui qui avait perdu toute crédibilité à ses yeux.

- «  Je n’ai pas fini, monsieur Doshazar. » Glissa-t-elle de cette même voix sans émotion « N’avez-vous guère appris la politesse, n’êtes-vous en mesure de venir serrer la main à celle qui vous a accordé de son temps ? » la question était simple sans sous-entendu « J’espère que vous ne comptez nullement manquer de respect au primo-Gharyn en l’accusant de ne pas avoir fait suffisamment attention et de ne pas avoir sauvé la population ? Après tout n’est-il pas maître lui aussi. » elle était presque sarcastique, presque piquante « Vous pensez sincèrement que c’est en agissant de cette manière que vous allez vous rapprocher des personnes ? De celles qui ont connu le pire ? Qu’elles accepteront de vous révéler l’horreur vécue, entre illusion et réalité ? Simple question entendez bien ce qui vous plaît de comprendre, mais je doute sincèrement que votre approche soit la bonne, à moins que vous ne vouliez que salir davantage la réputation du cercle de la convergence… N’êtes-vous pas un représentant finalement ? »

Elle voulait le faire réfléchir vis-à-vis de son comportement, lui faire comprendre que ses agissements allaient avoir des conséquences plus importantes que ce qui pouvait certainement penser.

- « En tant que protectrice, si mon comportement n’est pas en adéquation avec la représentation de la ville, son image et celle de mon représentant en seront affectées. Chaque action entraîne une conséquence. » Elle fit une pause « Qu’arrivera-t-il si la protectrice que je suis, confirmée, admettra un soir par fatigue que celui enquêtant pour le conseil n’a aucune valeur, aucune qualité ? Cela sera le début d’une rumeur qui entachera au fil du temps l’image même de la plus haute instance. De ce fait, j’espère que votre comportement sera plus acceptable par la suite, d’autant plus vis-à-vis d’un représentant d’une région. »

Elle prit une légère inspiration, s’approcha de quelque pas, elle aurait pu simplement choisir de lui montrer via une confrontation sa force, mais ce n’était pas son caractère, elle était douce Léonie, observatrice, c’était rare qu’elle s’emporte, rare qu’elle s’exprime de la sorte, signe que celui qui lui faisait à présent face avait réalisé bon nombre de maladresse.

- «  Je suis certaine que le Gharyn vous recevra comme il se doit, j’espère que vous serrez en être à la hauteur. Vous connaissez le chemin, je suppose. » dit-elle en glissant sa main pour lui serrer « Bon courage monsieur Doshazar vous allez en avoir besoin. »

Il était libre de partir à présent, la protectrice venant de libérer l’accès à la porte sans que le moindre mouvement ne soit perceptible.

Petit mot de la fin:
 



Léonie vous parle en #ff9933
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Zaël
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Ven 8 Juin - 10:07
Irys : 912219
Profession : Gharyn de Busad
My'trän +3 ~ Kharaal Gazar (homme)
Deux semaines seulement s’étaient écoulées depuis les événements tragiques. Zaël avait l’impression de toujours y être. Le repos forcé à son retour n’avait pas arrangé les choses. Au lieu de se détendre il avait ruminé, tourné les différentes scènes dans sa tête du discours à la sortie de la pièce plongée dans le chaos. Les morts avaient peut-être pour habitude de ne laisser aucune trace, souvenir traumatisant, mais il en allait différemment avec l’illusion de la mort. Inutile de dire qu’il n’y était pas du tout habitué. L’attaque de la mine des mois avant n’était rien comparé à ce qu’il avait ressenti cette nuit là. Rien ne l’y avait préparé. Ni a gérer par la suite ses sentiments, ses questions ou ses doutes. Il était bien incapable de mettre des mots là-dessus et s'en était que plus douloureux. Il était plongé dans l'incompréhension et le noir le plus complet.

Contrairement à son habitude il avait ainsi fini par céder à la facilité, remiser tout ça quelque part loin derrière les pensées des problèmes quotidiens, puisque le repos ne pouvait être indéfinis et n’était de toute façon pas salvateur. Ces nuits où les cauchemars venaient l’assaillir, où ses pensées devenaient plus noires que le ciel, étaient angoissantes. La culpabilité face à son inaction le rongeait. Il n’avait même pas pu prendre soin de ses protecteurs. Une seule était revenue et dans quel état…

« Bienvenue Émissaire. Excusez moi pour l’attente. Les requêtes se sont empilées durant mon… absence. »

Ce n’était pas vraiment le mot exact. Convalescence aurait sûrement était plus juste. Mais lui ne le voyait pas ainsi. Et en aucun cas il ne voulait s’attarder sur ce détail qui soulevait encore des questions. Il invita plutôt l’agent du conseil à prendre place sur le canapé s’installant sur celui en face. Il restait des verres sur la table basse utilisés pas les commandants qui avait précédé Isaac. Seule trace de désordre ou signe que le primo-Gahryn avait été occupé juste avant. Impossible de deviner le sujet de leur entretien non plus. Les murs étaient les mêmes que toujours, ornés de quelques tapisseries ou ouvert sur l'extérieur, sans vitre. Il n'y avait que deux autres meubles à l'entrée et dépourvue d'objet sur le dessus.

« Je suppose que vous êtes ici en mission officielle ? »

Il n’aurait pas demandé un entretien avec la tête de la cité autrement. Quant au sujet de la visite, il était plus qu’évident. Zaël n’avait encore rien envoyé au conseil au sujet du bal. Il en avait été incapable. Que dire ? Fallait-il révéler la présence de la criminelle Zora ? Était-ce pertinent ou cela ne révélait que d’une coïncidence ? Que dire de l’enveloppe charnelle de Khuagatsaa touchée par la bombe ? Ou du fait qu’il était revenu seul avec Léonie… Inconsciemment, il se frottait l’intérieur de la paume droite, là où le z ornait sa peau. Avec les cicatrices le long du même bras, invisibles à cause des manches, c’étaient les seules marques physiques rapportées de cette soirée. Les traits tirées n’étaient qu’une conséquence des événements.

Face à se représentant, il se sentait bien seul. Celui-ci n’avait rien fait pour le mettre mal à l’aise, sa présence et ce qu’elle impliquait suffisaient. Pour ça aussi Zaël s’en voulait, ressentait un malaise indéfini. Cet homme n’était pas responsable de ses tourments, il n’avait pas à en supporter les conséquences. Assis sur le bord du siège, il regardait donc son vis-à-vis avec un air coupable et un sentiment de solitude prégnant. Personne n'était là pour l'instant. L’embrasure de la porte était désespérément vide.

HRP:
 



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