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Chroniques d'Irydaë
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 Au bord d'un lac, un soir d'été

Kali Tal'göss
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Dim 15 Avr - 12:46
Irys : 139977
Profession : Mercenaire/Maître d'arme
My'trän +2 ~ Zagash

La pierre était chaude sous sa main après avoir été exposée au soleil toute la journée. Kali y grimpa puis s'assit au bord, laissant ses pieds nus trempés dans l'eau du bord du lac. La soirée était arrivée, le soleil avait disparu derrière les montagnes des Tsagaan Oi et l'air était légèrement plus frais, même s'il restait extrêmement lourd. Cela lui rappelait sa propre région natale. Elle avait passé la journée enfermée dans le dispensaire, car elle ne devait pas trop exposer sa blessure à la lumière du soleil. En y repensant elle leva la main pour se gratter la joue et arrêta son geste à mi-chemin. Les infirmières n'avaient pas arrêté de la sermonner comme quoi il ne fallait pas gratter les croûtes. Mais ça la démangeait en permanence, ce n'était pas facile. Et puis ses parents commençaient à lui manquer : cela faisait déjà une semaine que le clan avait du repartir en la laissant guérir ici. Au début elle était toute gonflée d'importance et se prenait pour une adulte. Mais finalement ça n'avait rien de très drôle, elle ne connaissait quasiment personne et devait passer la majorité de son temps à se reposer, avec la moitié du visage qui la grattait.
Elle entendit un petit bourdonnement et sentit un moustique venir se poser sur sa peau. Elle ne bougea pas, le chercha du regard. Quand elle le vit, sur son avant-bras, commencer à se gorger de sang, elle se prépara. La claque partit vite mais frappa largement à côté. L'insecte s'envola sans demander son reste et Kali se retrouva avec un bouton, une marque de main et le désagréable sentiment de l'échec. Elle soupira longuement.
Elle avait bien envie de se baigner mais elle ne savait pas si c'était bon pour sa blessure. Sa main se leva sans qu'elle n'y réfléchisse et commença à gratter la croûte qui commençait à se former au-dessus de son arcade sourcilière.

***

Kali guida Ablette à travers les buissons qui bordaient la route. Elle avait chevauché une grosse partie de la journée en direction de Zagash sous un soleil de plomb, ne faisant de halte que lorsque la chaleur était vraiment insupportable. Ses vêtements lui collaient à la peau et elle puait la transpiration. Il y avait un petit lac non loin, elle s'en souvenait d'être plusieurs fois passé par là, pour rejoindre Zolios depuis Zagash ou l'inverse. Elle traversa un terrain de bruyère, probablement laissé en jachère pour être cultivé à la saison prochaine, et finti par arriver auprès d'un lac. L'eau scintillait sous le soleil couchant qui passait lentement derrière les Tsagaan Oi et baignait le lieu d'une chaude couleur mélange d'or et de rouge. Elle guida Ablette jusqu'à ce qu'elle ait les sabots dans l'eau et descendit de selle. Le fond du lac était constitué de bons galets stables. Elle détacha ses affaires de la selle et la jument, reconnaissant le signe du campement et aussi affectée par la chaleur que sa maîtresse, baissa la tête pour se désaltérer. Kali lui flatta l'encolure avant de gagner la rive et d'y déposer ses affaires.
Elle ramassa de quoi faire un feu aux alentours. Même aussi proche de l'eau, l'été était si chaud que le bois était bien sec. Elle sécha quelques brindilles trop humides à l'aide sa magie pour servir d'allume-feu. Quelques étincelles de son briquet suffire pour commencer à alimenter un feu qu'elle fit elle-même grossir. Bientôt les flammes dévoraient avidement les branches et projetaient leur propre lumière aux alentours pour compenser celle, de plus en plus déclinantes du soleil. La mercenaire finit d'installer son campement sommaire. Pendant ce temps Ablette avait finis de se rafraîchir et venait grignoter les feuilles d'un arbuste.
Une fois installée, Kali put enfin faire ce qu'elle attendait depuis qu'elle avait décidé de s'arrêter ici. Elle se débarrassa de ses vêtements. Elle enleva sa tunique avec des gestes précautionneux, révélant un gros pansement blancs qui lui entourait le torse, juste sous la poitrine. Une tâche de sang séché en couvrait tout le flanc droit. Un mauvais coup d'épée lui avait laissé une belle marque quelques jours plus tôt. Elle défit précautionneusement les bandages pour révéler une plaie en bonne voie de guérison mais encore rouge et gonflée. Elle se défit du reste de ses vêtements et se dirigea vers l'eau. Elle ne garda que son khopesh, accroché à une lanière de cuir autour de ses hanches, ainsi que l'outre qu'elle portait la main, ainsi qu'un savon zagashien. Un moustique vint effleurer sa peau nue, cherchant à se poser. Un geste et un claquement net plus tard, il était écrasé entre deux de ses doigts et elle s'en débarrassait négligemment. Il faudrait qu'elle mette quelques herbes à brûler dans le feu pour éviter de se retrouver constellée de boutons.
Elle s'enfonça dans l'eau, assez fraîche grâce au courant, jusqu'à ce que celle-ci lui arrive aux hanches. Elle remplit l'outre d'eau et s'en versa le contenu sur la tête, débarrassant ses cheveux de la crasse du voyage. C'était incontestablement le meilleur moment de la journée. Quand soudain, à moitié recouverte de mousse au parfum d'olive, elle entendit un bruit dans les alentours. Un craquement qui indiquait le déplacement de quelque chose de plus gros qu'un simple petit animal. Lâchant le savon qui s'écrasa dans l'eau en projetant des éclaboussures elle saisit l'arme à sa hanche et la brandit devant elle en se retournant d'un coup. L'eau était agitée de vagues, se levant et s'abaissant en suivant les directions où se portaient le regard de la mercenaire. Il faisait désormais bien sombre et elle avait du mal à distinguer quoi que ce soit au-delà de la lueur du feu de camp.

« Il y a quelqu'un ? »


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Zora Viz'Herei
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Mer 18 Avr - 22:33
Irys : 2011503
Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

C'est souvent lorsque l'on cherche un objet qu'on ne le trouve pas. Et il semble que ce constat puisse également s'appliquer aux êtres vivants. Zora prend conscience de cette évidence tandis qu'elle arpente le rez-de-chaussée du dispensaire à la recherche de sa cadette. Mais s'il y a bien quelques crinières rousses qui captent son attention, elles n'appartiennent pas à Kali. Ennuyée, envisageant déjà une punition digne de ce nom, l'adolescente commence à se demander si sa patiente n'aurait pas décidé de s'en aller sans prévenir personne. Peut-être pour retrouver sa famille?

Une jalousie fugace étreint la novice de Möchlog. Elle comprend le manque que l'absence provoque. Mais elle envie Kali: cette dernière retrouvera probablement le sien. Toutefois il est encore trop tôt. Et puisque c'est à Zora que le patriarche a demandé de prendre soin de la patiente, c'est à l'adolescente que l'on reprochera sa disparition. Autant vous dire que la soigneuse en formation n'en mène pas large. Et qu'elle est sûrement la personne la plus inquiète à arpenter ces lieux en cet instant...
"Ho allez, Kali... T'es où?"
Le simple fait de prononcer ces mots lui insuffle à nouveau une ombre de panique. Elle hâte alors la pas et poursuit ses investigations en prenant soin de ne pas trop éveiller l'attention en posant des questions à tout le monde. On lui demanderait probablement des comptes en retour. Autrement dit: s'inquiéter publiquement au sujet de Kali, c'est avouer qu'elle ne sait pas où l'intéressée se trouve. Plutôt moyen pour une demoiselle qui prétend prendre soin des gens. Et malavisé dans un endroit comme celui-ci où chaque chose se sait bien trop vite...

Les déambulations de l'adolescente la mènent finalement jusqu'au lac qui s'étend au pied du dispensaire. Et c'est un profond soupire de soulagement qui quitte ses lèvres lorsqu'elle reconnaît la silhouette - et la chevelure - de sa cadette. Zora s'accorde alors un léger temps de pose et joint ses mains à ses genoux tandis qu'elle se penche en avant pour reprendre son souffle. Elle prend toutefois soin de ne pas quitter du regard celle qui pourrait à nouveau se volatiliser. Une fois, pas deux!

Ainsi donc elle prend conscience de deux choses tandis qu'elle décortique du regard les gestes de la rouquine. Cette dernière n'est pas très habile pour écraser les moustiques et elle ne tient pas compte d'une recommandation aussi bête que dure à mettre en oeuvre.
"Tu ne dois pas gratter la croûte! Et on n'écrase pas les moustiques! Si Möchlog leur a donné la vie c'est sûrement pour une bonne raison." intervient-elle. "Même si j'ai jamais vraiment compris laquelle..."
Elle se rapproche et ébouriffe les cheveux de l'enfant avant de lui adresser un splendide sourire. Ce n'est d'ailleurs pas sur le ton du reproche qu'elle s'est exprimée. Sa remarque était avant tout un rappel. Celle qui suit, en revanche, traduit un certain ressentiment.
"Tu aurais pu me dire que tu venais ici!" lui reproche-t-elle avec l'amabilité qui la caractérise. "Si tu venais à te faire manger ou que tu te faisais enlever par des mercenaires, je me ferais sûrement chicaner!"
Elle éclate alors de rire, ne parvenant guère à garder son air faussement sérieux installé sur le visage. Et peut-être aussi parce qu'elle n'a guère envie de s'engager sur la voie de la soigneuse qui empêche ses propres patients de respirer. Le fait est que Zora n'a qu'une seule personne dont elle doit s'occuper et cette dernière est presque rétablie Au final elle se contente surtout de prodiguer des soins basiques après que ses aînés ait fait le plus gros du travail. Mais elle en reste plutôt fière. Il faut bien commencer quelque part. Et elle compte bien prouver aux adeptes qu'elle mérite leur confiance!
"Je peux voir?"
Elle désigne du regard la cicatrice naissante. Un contrôle de plus. Après quoi elles pourront toutes deux aller se baigner. Parce que dans le fond, même si elle s'est engagée sur une voie privilégiant le bien être de ses compatriotes, la rouquine reste une enfant qui meurt de chaud sous le soleil de plomb de juillet.

~~~~~~~~~~

Son regard se pose avec satisfaction sur les ruines calcinées de l'endroit qui l'a vue grandir. Les visages ou les noms de ceux qui imprégnaient de vie ces lieux ont disparu depuis longtemps. Ses souvenirs sont parsemés d'ombres et clairsemés. Elle ne souvient plus qui elle a tué. Mais elle se souvient pourquoi elle a détruit cet endroit. Tout comme elle se souvient de l'étreinte avec l'homme qui lui aura apporté une aide inestimable. Quoique involontaire...

Zora ferme les yeux et lève son visage en direction des cieux, savourant la légère brise de juillet et les flagrances qui caressent son nez. Elle ne sait pas pourquoi elle revient toujours en ces lieux. Peut-être parce qu'il représente le point de départ de son existence? Ou, plutôt, de sa véritable existence? Celle voué à Möchlog et à Sa grandeur, à l'extermination de tous ceux qui déshonorent l'existence dont l'Architecte les a gratifiés.

L'endroit est également plaisant. La vue est magnifique et le calme qu'il symbolise lui rappelle une époque où elle ne se souciait de rien d'autre que du repas qu'elle prendrait le soir ou de l'heure à laquelle on la forcerait à se coucher. Des temps heureux mais également noircis par le mensonge. Mais la jeunesse l'empêchait alors de distinguer la lumière de la vérité. Une erreur qu'elle n'a de cesse de corriger depuis de longues années maintenant...

Une lumière en contrebas attire son attention et la rouquine, guidée par le curiosité, décide de s'en approcher. Elle n'est plus aussi enjouée qu'avant à l'idée de faire couler le sang des siens. Pas après Daënastre et tout ce qu'elle y a vu ou vécu. A-t-elle changé? Indéniablement. Mais à quel point? D'une certaine façon elle se sent comme une étrangère dans un pays qu'elle a toujours considéré comme son foyer. Un sentiment parfaitement désagréable et dont elle ne comprend pas réellement l'origine.

Elle devrait sans doute se réjouir d'avoir retrouvé la civilisation. Et pourtant le goût du travail inachevé reste bien trop vif pour l'empêcher de savourer quoi que ce soit. Le périple au côté d'Althéa n'a pas débouché sur l'extermination des daënars et de leur fausse déesse. Mais ce n'est que partie remise... Pour l'heure la fanatique est encore trop grisée par la disparition de ses nausées pour réellement songer au passé récent. Ou s'en offusquer.

L'adepte de Möchlog se rapproche plus précautionneusement du halo de lumière formé par le feu d'un petit campement. Une seule personne s'y trouve, en partie dénudée. Le bandage qui ceinture la poitrine de l'inconnue lui indique immédiatement son impureté. La cicatrice qui se dessine sur le visage bordé d'une crinière rousse, quant à elle, lui évoque une personne que le temps s'était chargé de noyer dans l'oubli.

La jeune femme lâche un léger soupir d'étonnement et fait un pas supplémentaire. Le craquement caractéristique qui l'accompagne éveille immédiatement l'attention de celle qui occupe les lieux. Pour la discrétion, on repassera... Toujours est-il que Zora ne compte pas pousser le vice jusqu'au silence. Elle s'est bien trop cachée sur Daënastre.
"Tu comptes aussi la gratter, celle-là?"
Elle s'avance alors dans la clarté des flammes et adresse un sourire à l'autre rouquine. Un sourire dénué de bienveillance ou de joie. Un sourire, dans le fond, sans le moindre sens aujourd'hui. La fanatique n'a pas oublié les gens qui, par sa faute, ont échappé à un sort funeste lorsque l'innocence habitait encore son regard ou ses actes. En est-il de même pour eux?




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

Spoiler:
 
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Kali Tal'göss
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Mar 24 Avr - 0:44
Irys : 139977
Profession : Mercenaire/Maître d'arme
My'trän +2 ~ Zagash

Kali s'arrêta en plein milieu de son geste et baissa vivement la main en se retournant, les joues rosissant légèrement, prise en faute. Puis elle reconnut la voix de Zora en même temps qu'elle se retournait pour voir son aînée la rejoindre. Elle aimait beaucoup la jeune soigneuse qui s'occupait d'elle et pas seulement parce qu'à ses yeux, elle lui devait d'en avoir encore deux, justement ! Elle était presque de son âge, elle était gentille, jamais sévère et très jolie. Elle se demandait parfois pourquoi mais ce dernier point lui trottait dans un coin de la tête chaque fois qu'elle était en sa compagnie.
Elle fit la moue quand Zora lui parla de ne pas écraser les moustiques : elle était supposée se laisser piquer ? Elle gratta du bout des doigts le bouton qui commençait à se former, ça n'allait pas être une partie de plaisir que d'appliquer cette consigne. Mais sa mère lui avait assez répété : « A Suhury, fais comme les suhurs. ». C'était bien les seuls pour qui elle semblait manifester cette façon de penser d'ailleurs !
Elle répondit au sourire de Zora avec l'un des siens, même si elle avait parfois un peu de mal à la regarder dans les yeux et détournait souvent le regard. Elle rit un peu en sentant la main ébouriffer ses cheveux et esquiva le geste en prenant un air faussement vexée et en se recoiffant avec les doigts.

« Ah, qu'ils essaient de s'en prendre à moi ! » s'écria-t-elle en bondissant sur ses pieds, et en commençant à agiter les bras : « Je leur montrerais qu'on n'attaque pas une zagashienne impunément ! »

Elle agitait les bras en grands cercles et au-dessus du lac commençait à s'élever un tentacule d'eau qui tournoyait en l'air, comme au bout d'une fronde. Il s'étira petit à petit, instable et mal contrôlé. Quand Kali perdit tout à fait son contrôle précaire, l'eau fut projeté alentours et vint éclabousser les deux adolescentes sans faire autre chose que les tremper. Sous le coup de la surprise Kali tomba en arrière et se reçut lourdement sur la pierre. Elle en était là à se masser le postérieur quand Zora demanda à voir la cicatrice : elle balança la tête en arrière pour dégager une mèche de cheveux imbibé d'eau et révéler la blessure, encore rouge, fraîche mais qui ne présentait aucune infection ou signe de mauvaise guérison.
Un peu d'anxiété prit Kali à la gorge pendant l'examen : et si quelque chose se passait mal ? Elle ne pouvait s'empêcher de songer au pire : devenir borgne. A son âge, c'était la quasi assurance de ne pas pouvoir devenir une bonne combattante. Et puis sa cicatrice n'était déjà pas très belle, mais un œil en moins, c'était encore plus moche !

Mais tout allait bien et elles pouvaient aller se baigner ! Kali poussa un banal « Wouhou ! » Et commença à se débattre avec sa tunique pour l'enlever. Alors qu'elle allait la faire passer par dessus sa tête elle s'arrêta un peu : elle était étrangement mal à l'aise d'être nue devant Zora. Puis elle haussa les épaules et se débarrassa d'une bonne partie de ses vêtements avant de sauter à l'eau depuis leur petit promontoire. Elle nagea quelques mètres sous l'eau avant de crever la surface, se cheveux roux s'étalant sur celle-ci comme une étrange pieuvre à visage humain.

« Elle est trop bonne ! Tu viens ? »

~~~~~~~~~~

Kali semblait comme immobile tandis qu'elle regardait la silhouette émerger de l'ombre pour se révéler dans la lumière des flammes. La poignée de son arme bien en main, les pieds légèrement écartée, elle était prête à bondir sur l'intrus. La première chose qu'elle repéra fut l'arme à la ceinture. Passé la prudence, sa nature l'intrigua : une longue chaîne reliée à un genre de faux miniature... Elle se figurait assez mal pour l'heure son maniement mais l'idée lui semblait aussi excitante que dangereuse.
Puis son regard remonta sur le visage tandis que l’inconnue s'adressait à elle. Il lui fallut quand même plusieurs secondes pour la reconnaître, autant au timbre de sa voix qu'aux traits fins du visage et au regard ambré. Pour une surprise, s'en était une qui la laissait sans voix, l'eau autour d'elle se calmant soudainement, retombant avec un léger bruit pour redevenir aussi lisse qu'un miroir, reflétant les derniers rayons du soleil et les flammes dansantes du feu de camp.
Alors elle abaissa son arme et la raccrocha à la ceinture qui lui servait de seul vêtement. Elle ne chercha p as à cacher sa nudité, en vérité peu lui importait. Revoir Zora était très plaisant : elle ne s'était pas côtoyées longtemps mais cette période l'avait assez marqué quand même. Surtout qu'elle se comprenait bien mieux désormais. Toutefois elle ne se faisait pas d'idées, elles n'étaient plus des gamines, et quelque chose dans l'attitude de la suhur lui donnait la nette impression qu'elle avait au moins autant changé qu'elle même, et sans doute bien plus encore.

« J'ai perdu certaines de mes mauvaises habitudes. J'en ai récupéré d'autres et j'en ai même gardé une bonne partie. »

Elle se pencha un peu en avant pour attraper le savon qui dérivait doucement, emporté par le faible courant. Le mouvement révéla largement tout son dos nu, luisant d'eau et de mousse dans la lumière rougeoyante des flammes et descendant jusqu'à la cambrure de ses reins. Si la brève et légère exhibition avait été volontaire, elle n'en laissa rien voir puisqu'elle reprit sur le ton le plus naturel du monde, comme si elle s'adressait à un compagnon de route depuis plusieurs jours à ses côtés :

« Je finis de me laver si ça ne te dérange pas ? Avec cette chaleur, on pue plus qu'une chèvre en moins d'une journée de cheval. Et je ne parle même pas de l'odeur du canasson ! » Comme en réponse, Ablette eu un hérissement contrarié entre deux bouchées de feuillage. « Tu peux t'asseoir près du feu si tu veux, j'ai assez de vivres pour partager un repas. »

Elle laissa planer un instant de silence pour que Zora puisse lui répondre si elle le souhaitait, pendant qu'elle se savonnait les bras. Elle se demandait quelle drôle de coïncidence les avait réunit plus de dix ans après leur dernière rencontre, aussi. Elle n'avait jamais imaginé la revoir un jour, même si elle en gardait quelques souvenirs et savait donc, lorsque son esprit vagabondait et repensait au charmant visage à la chevelure de feu, qu'elle était encore en vie.

« Je suis surprise de te revoir dans le coin. J'avais demandé de tes nouvelles un ou deux été après notre rencontre, mais personne ne semblait savoir où tu étais parti. J'avais pensé que tu t'étais barré très loin. »

Ce qu'elle ne disait pas c'est qu'elle avait aussi entendu des histoires depuis quelques années. Des histoires peu avantageuses. Toutes n'étaient pas d'une crédibilité sans faille, et puis elle était bien placée pour savoir qu'il existait parfois des gens qui ne pouvaient parler de vous qu'en mal : aussi elle avait décidé d'accorder entièrement le bénéfice du doute à son aînée et de ne pas évoquer tout cela.
Finalement elle finit sa toilette et remplit de nouveau l'outre d'eau pure, allant la récupérer à plusieurs mètres en amont d'où elle se trouvait avec un fin tentacule d'eau qui glissa en l'air et vint se glisser à travers l'ouverture de l'outre comme un serpent bleuté et la gonfler jusqu'à ce qu'elle soit bien pleine et que Kali ne la ferme. Elle revint alors vers le feu, sortit de l'eau sans gêne et s'assit proche du foyer, pas tout à fait en face de Zora mais légèrement en biais afin qu'elles puissent se voir sans être gênées par les flammes.

« J'espère que ça ne te gêne pas si je reste comme ça, j'aime me sécher naturellement après ma toilette. Et puis mes cheveux sont plus éclatants ainsi. » Un mouvement de tête pour ramener une bonne part de la chevelure qui vient glisser le long se son épaule et couvrir, presque pudiquement, une partie de sa poitrine. Là encore, elle laissa un moment de silence s'installer avant de reprendre, en tournant la tête vers elle pour la regarder directement, presque pour la première fois depuis qu'elle était arrivé : « Alors, tu vas où ? Tu travailles dans d'autres dispensaires maintenant ou tu es complètement itinérante ? »


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Zora Viz'Herei
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Mar 24 Avr - 7:46
Irys : 2011503
Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

L'adolescente détourne le regard lorsque sa cadette se déshabille. Elle ne connaît pratiquement rien de Zagash et de ses mœurs. Tout au plus est-elle capable de situer la région sur la carte de My'trä. Les patients du dispensaire qui sont originaires des terres de Dalaï se sont montrés plus avares en informations qu'elle ne l'aurait souhaité. Ou peut-être s'est-elle tout simplement montrée trop curieuse envers ces gens qui n'aspirent - ou n'aspiraient - qu'au calme et au repos. Il est vrai qu'elle est parfois trop bavarde. Sur ce point, la plupart des soigneurs de l'établissement semblent s'accorder.

Le fait est qu'à Suhury les gens semblent plus mesurés que leurs voisins lorsqu'il s'agit de nudité. Ou peut-être est-ce simplement la guérisseuse en formation qui éprouve une certaine gêne avec cette idée? À l'âge où son écrin de chair se transforme et ou une nouvelle perception du monde remplace la naïveté de l'enfance, Zora est assaillie par des sentiments puissants. Et quelque peu déroutants. Durant les premières années de sa formation, la rouquine percevait simplement le corps comme la demeure de l'âme. Une demeure qui, comme ses homologues de pierre ou de bois, a parfois besoin d'être réparée.

Mais à présent il est également devenu une source de plaisir. Et par conséquent elle n'arrive plus à le percevoir avec l'indifférence d'autre fois. Est-ce cela, grandir? Abandonne-t'on une part d'innocence dans le processus? Elle suppose que c'est inévitable et qu'elle emprunte une voix que tous ses aînés ont suivi avant elle. Mais elle se surprend à envier l'aisance de sa cadette qui se glisse à présent dans l'eau claire du lac. Ou s'agit-il seulement d'une impression? Semblable à celle qu'elle tente de donner lorsqu'elle lave les morts avant les cérémonies funéraires célébrées par les prêtre de la divine Chouette?

Le regard de l'adolescente s'attarde un instant sur le visage de Kali puis sur le dispensaire qui se devine sur les hauteurs du promontoire rocheux qui les surplombe. Elles semblent bel et bien seules. Ce qui fait sauter les derniers verrous de l'appréhension de Zora. Ce n'est pas les éventuels regards de sa patiente qui gêne Zora mais plutôt la possibilité que le beau Erios puisse la surprendre dans son plus simple appareil. Se moquerait-il? Ou peut-être apprécierait-il cette vision? Quelque part, elle se plaît à croire que ce serait le cas.
"J'arrive!"
Ses vêtements subissent le même sort que ceux de sa cadette et le soleil caresse alors agréablement sa peau nue. Elle a cependant plus de mal à se glisser dans l'eau à sa suite de sa patiente. Le contact avec Dalaï lui arrache un frisson qui remonte le long de son échine. Elle hésite. Bien trop brièvement pour qu'elle envisage sérieusement de rester sur la berge. Et quelques secondes plus tard, alors qu'elle est en train de rejoindre Kali, elle ne peut que se réjouir d'avoir pris cette décision.

Malgré tout une autre forme d'appréhension s'insinue en elle: et si le lac était habité par une créature dangereuse? L'adolescente peut distinguer ses pieds mais guère au-delà. Qui sait ce qui peut se cacher dans ces profondeurs? Zora chasse cette idée désagréable de ses pensées - ou du moins tente-t-elle de le faire - et reporte son attention sur Kali et sur sa plaie qui cicatrise.
"Tu me montres un peu de magie?" propose-t-elle à la rouquine. "On dit que les disciples de la Raie peuvent faire des choses incroyables avec l'eau. Mais le truc le plus impressionnant que j'ai vu jusqu'à maintenant, c'est un tourbillon qu'un des tiens a créé dans un bol de soupe."
Et pourtant le spectacle était captivant! Mais c'était il y a quelques années de cela maintenant. Mais aujourd'hui ce souvenir lui semble bien dérisoire. Comme si les années qui s'écoulent vous poussaient à vouloir toujours plus. Ce qui est anormal devient peu à peu normal et l'on aspire à la nouveauté. Ne serait-ce pas une sorte de cercle vicieux?

Quelque part, elle a peur: qu'exigera-t-elle de ce monde lorsque davantage de temps se sera écoulé? Pourra-t-il satisfaire ses attentes et ses envies? Ou perdra-t-il tout le charme qu'elle lui trouve encore?

~~~~~~~~~~

La réponse de Kali accentue le sourire de la fanatique. Cette fois-ci, il est imprégné d'une certaine forme de sincérité. Elle l'a reconnue! Zora ne se reconnait plus en l'adolescente qu'elle était lors de sa première rencontre avec la zagashienne. Mais quelque part c'est plutôt rassurant de constater que d'autres s'en souviennent pour elle. D'une certaine façon, cela continue de faire perdurer la naïve petite soigneuse qui croyait aider le monde en distillant le bien autours d'elle. Quant à la remarque de sa cadette...
"Le propre d'une habitude est de perdurer dans le temps, après tout!" glisse-t-elle sur le ton de l'évidence. "Et c'est particulièrement vrai pour les plus mauvaises d'entre elles..."
Le débat n'en est pas réellement un, dans le fond. Et elle ne souhaite pas approfondir plus avant ce sujet. Il n'était qu'un prétexte pour aborder la disciple de Dalaï, rien de plus. Et elle se fiche pas mal de savoir si Kali a retenu ses conseils et les applique. Le temps où elle se préoccupait de la santé de ses semblables est révolu. Tout ce qui l'intéresse à présent, c'est la façon dont leurs âmes honorent Möchlog. Ou, plutôt, l'insultent en bafouant leurs réceptacles de chair.

Kali, de son côté, souhaite terminer sa toilette. Elle invite également son aînée à prendre place au coin du feu et à profiter de ses victuailles. Une invitation plaisante mais qui suscite la méfiance de la purificatrice. Depuis quand ne lui a-t-on pas offert quelque chose autrement que sous la contrainte? Elle sonde sa mémoire mais ne trouve pas de réponse satisfaisante. Son ventre, quant à lui, a déjà accepté cette agréable proposition.
"Fais donc, fais donc..." glisse-t-elle sur un ton indifférent à sa cadette. "Quant à ton invitation, je l'accepte bien volontiers!"
Elle ne précise cependant pas qu'elle n'avait pas besoin d'une quelconque permission pour s'approprier son feu ou ses vivres. Ici, c'est Suhury! Et même si les siens la considèrent comme une paria, elle se sent chez elle. Kali, elle, n'est qu'une étrangère en ces lieux qui l'ont vue grandir et qui ont recueilli ses joies comme ses peines. L'intéressée s'installe donc au coin du feu tout en jetant un vague regard d'intérêt à la jument de sa cadette. Ce moyen de transport lui serait bien utile...

Pourtant Zora hésite sur la marche à suivre. Il semble évident que Kali doit mourir pour réparer l'erreur que la fanatique à commise plus d'une décennie auparavant. Néanmoins le voyage chez les infidèles à été riche en enseignement. Technologie est plus puissante qu'elle l'avait imaginé. Pour vaincre cette fausse déesse et ses haïssables sbires, elle ne peut pas uniquement compter sur les my'träns qui honorent Möchlog. Les impurs, eux, auront également leur rôle à jouer.

Quitte à ce qu'ils meurent, que ce soit en se battant contre les ennemis de My'trä. Et lorsque la victoire finale aura été remportée sur les daënars, il sera toujours temps d'achever la purification du continent. Pour l'heure certains d'entres eux sont plus utiles vivants que mort. Reste à savoir si Kali entre dans cette catégorie. La fanatique est alors tirée de sa réflexion lorsque la jeune femme lui annonce s'être renseignée à son sujet.
"Je suis partie quelques mois après ton départ du dispensaire, oui!" confirme-t-elle. "J'avais appris tout ce que j'étais susceptible d'apprendre en ces lieux. Et puis je crois que je n'étais plus vraiment la bienvenue non plus..."
Elle se souvient encore de sa fuite. Du moins de ce qui la provoquée. Elle a tué ce jour-là. Mais qui? Le visage de cette personne et son nom ont été engloutis par sa mémoire depuis de longues années maintenant. Il en va de même pour les personnes qui ont continué d'alimenter l'hérésie au dispensaire après son départ. La nuit qui a vu ce nid de traîtres disparaître dans les flammes, quant à elle, est encore bien présente dans ses pensées. L'Oubli n'est-il pas le privilège des vainqueurs?

Un sourire absent se dessine une nouvelle fois sur ses lèvres tandis que Kali vient la rejoindre dans son plus simple appareil. L'aînée de ce duo retrouvé se remémore vaguement la gêne qui l'habitait lorsqu'elle l'a vue pour la première fois dans son plus simple appareil. Aujourd'hui, cette dernière a été remplacée par l'indifférence. Il y a bien longtemps qu'elle ne se formalise plus à la vue d'un corps nu. Ce n'est rien de plus qu'un instrument. Elle hoche donc négativement la tête lorsque Kali lui demande si l'absence de vêtements la gêne avant de répondre à son autre interrogation.
"Je vais là où Möchlog souhaite que j'aille..." répond-t-elle évasivement. "Et je ne travaille plus dans les dispensaires depuis bien longtemps. Du coup je suppose que l'on peut dire que je suis une guérisseuse itinérante, oui."
Un nouveau sourire assombrit son visage caressé par les ombres des flammes. Elle ne peut décemment pas rentrer dans les détails. Tout ceci déboucherait peut-être sur un affrontement. Et Zora ne souhaite pas vraiment combattre une disciple de la Raie à côté d'un point d'eau si important. On choisit ses combats mais également ses champs de bataille. Et celui-ci n'est guère à son avantage. Inutile d'en dire plus que nécessaire, donc. D'autant plus qu'elle ne sait pas encore si elle doit classer Kali dans le registre des impurs utiles ou dans celui qu'il convient d'éliminer de suite.
"Dis-moi Kali..." reprend-t-elle donc, un brin hésitante. "Que penses-tu des daënars? Te satisfais-tu de ce simulacre de paix ou rêves-tu de guerre?"
Un sujet sans doute maintes fois évoqués dans les chaumières de My'trä... Le fait est que Zora ne souhaite guère évoquer le bon vieux temps ou fêter des retrouvailles rendues possibles grâce à l'une de ses erreurs. Comme bien souvent, la fanatique va droit à l'essentiel. Une preuve que les mauvaises habitudes, si elles ont la vie dure, peuvent également disparaître avec le temps...




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Kali Tal'göss
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Jeu 26 Avr - 18:42
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Kali s'enfonça la moitié du visage sous l'eau, ne laissant dépasser que son petit nez, ses yeux et une masse de cheveux roux, quand Zora demanda à voir de la magie. Elle ne savait pas ce qu'elle allait pouvoir faire ! Mais elle n'allait certainement pas répondre : « Non, je suis pas assez douée. » Il fallait un truc qu'elle maîtrisait à la perfection, elle avait très envie d'impressionner l'adolescente. Une idée lui vint en tête mais pour ça, il fallait qu'elle sorte de l'eau. Elle émergea à nouveau :

« Je sais ce que je vais faire, attends juste un peu ! »

Et elle regagna le rocher où elles avaient laissé leur vêtements. Elle grimpa dessus. Elle songea un  instant à enfiler sa tunique, ce n'était tout de même pas la même chose d'être nue dans l'eau et à l'air libre. Mais elle décida finalement que non et se retourna vers Zora qui semblait attendre. Elle lui fit signe de s'écarter un peu de sa trajectoire puis s'élança en direction du lac. Après trois pas d'élan, le maximum permit par la taille du rocher, elle sauta en avant comme pour atteindre un rebord. Alors qu'elle allait retomber, elle fit appel à la magie et une colonne d'eau s'éleva juste sous elle pour venir pousser son pied vers le haut. Avec ce nouvel appui elle fit un nouveau bond en avant. Le manège se répéta trois fois d'affilé, l'élevant un peu plus en hauteur à chaque fois. Mais la dernière colonne était branlante et elle n'était pas sûr d'en faire une autre correctement. Du coup elle plongea en avant, les bras tendu, et creva la surface avec autant d'aisance qu'un poisson. Elle fit plusieurs mètres sous l'eau avant de remonter à la surface.
Puis elle revint vers Zora avec un crawl lent, tout en lui parlant :

« Alors, t'as trouvé ça comment ? Une fois j'avais réussit à faire cinq colonnes, j'ai presque traversé une rivière. »

Et du coup elle s'était étalée sur le sable et éraflée sur tout le flanc. Elle avait été belle ce jour-là ! Elle regagna finalement le bord où l'attendait Zora et se laissa flotter près d'elle, sur le dos, le regard braqué sur la voûte céleste où les étoiles les plus brillantes commençaient à apparaître doucement tandis que les dernières lueurs de rouge, ressemblant à des traînées de pigment zolien à la surface d'un lac profond, disparaissaient peu à peu.

« Ça fait quoi de vivre tous les jours au même endroit?Tu ne t'ennuies jamais ? Y a beaucoup de gens qui passent ? Tu penses que tu vas rester ici pour toujours ? »

Si Zora ne prenait pas garde à très vite l'arrêter, elle risquait de devoir répondre à des questions de ce genre jusqu'à ce que le soleil soit passé complètement de l'autre côté du disque.

~~~~~~~~~~

« Oh, merde. Tu as fait une grosse connerie ? Tu as couché avec quelqu'un en couple ? T'as tué un de tes patients à cause d'une amputation pas nécessaire ? Quelqu'un était jaloux de ton talent et s'est débrouiller pour te faire accuser d'avoir volé des médicaments pour les revendre aux brigands du coin ? »

Elle ne cherchait même pas à trouver la bonne réponse, se contentant de sortir des explications romanesques par jeu. Si elle continuait comme ça elle n'allait pas tarder à parler de dragon ou d'arrivée d'un architecte sous forme humaine pour se faire soigner mais à qui elle aurait donné des herbes pour soulager de la diarrhée...

Tandis qu'elle s'allonge à moitié près du feu, elle surveille du coin de l’œil son ancienne soigneuse. Pas par méfiance, loin de là : envolé les soucis que lui causaient la présence de cette arme, c'est tout juste si elle ne l'a pas complètement oubliée. Non, elle surveille les petits regards en coin, les expressions, les gestes, n'importe quoi qui pourraient indiquer une réaction au spectacle qu'elle offre. Mais non, rien, tout juste un vague sourire même pas intéressé. C'était presque vexant, du coup elle se redressa et commença à passer la main dans ses cheveux, faisant petit à petit évaporer l'eau qui les imbibait en utilisant à part égale les dons de Süns et de Dalai.

« Ça doit être sympa ça. On manque toujours de guérisseurs sur les routes. Ça m'aurait bien arrangé de te croiser quelques jours plus tôt, comme tu as pu le remarqué. » Elle leva le bras et tourna légèrement le buste pour mettre un peu plus en avant la plaie qui était en cours de guérison : « Mais bon, elle ne s'est pas infectée alors j'estime que c'est déjà pas mal. Je pense qu'elle ne laissera pas de marque trop visible. Et puis même si c'est le cas, ça n'en fera jamais qu'une de plus. » Elle rit de sa réflexion, espérant entraîner Zora, mais elle n'aurait pu se heurter à un mur de glace plus épais si elle avait déplût à un maître de Dalaï. Elle ajouta, un peu embarrassée : « C'était pas très drôle c'est vrai. »

Kali se releva pour aller chercher le sac contenant la nourriture. Passant près de son pantalon elle se décida à l'enfiler, ainsi que sa tunique, puisque de toutes façons son invitée d'un soir semblait ne pas accorder d'attention à sa toilette -ou son absence de toilette en l’occurrence. Elle était en train de sortir du sac quelques tubercules à faire griller et des fruits quand Zora posa une question dont la soudaineté était inattendue. La zagashienne prit néanmoins le temps de rapporter les vivres auprès du feu, de les poser entre elles deux et de s'asseoir avant de répondre :

« La guerre me va assez bien. En fait j'en ai pas croisé beaucoup des daënars, j'évite de m'approcher de leur concessions et eux n'en sortent quasiment pas. Quelque fois en passant à Suresh, des genre d'ambassadeurs... c'était assez drôle de les voir tout perdus dans leur prisons en tissus... sérieusement comment ils font pour respirer là-dedans ? Et puis c'est moche quoi : le noir ça va bien deux minutes mais ça n'est joli que comme couleur de peau ! »

Elle s'arrêta un peu de parler et en profita pour détailler mieux la servante de Möchlog. L'adolescente dont elle n'avait qu'un lointain souvenir était devenu une femme ravissante, elle s'en était vite aperçu au premier coup d’œil mais ses impressions se confirmaient à mesure qu'elle la détaillait davantage. Elle n'avait donc certainement pas envie de parler des païens, de la guerre, de la mort et de tout ça !

« Puisque tu voyages maintenant, t'es allé où le plus récemment ? Zolios ? Khurmag ? Non je t'imagines mal chez les khurmis... Tu as eu l'occasion de visiter Zhagash ? »

Une joie presque enfantine se peignait sur les traits de Kali : si la réponse de Zora était négative, elle comptait bien la convaincre de l'y accompagner pour les prochaines semaine.


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Zora Viz'Herei
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Ven 27 Avr - 10:24
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Dire qu'elle est impatiente est un doux euphémisme. Elle ne détache pas le regard de Kali tandis que cette dernière rejoint la berge. Elle tente de percevoir sur le visage juvénile de sa cadette une quelconque forme de concentration et la douce clarté qui nimbe le regard de ceux qui emploient la magie. L'adolescente brasse doucement la surface de l'eau pour se maintenir à sa surface tandis que son impatience s'accentue. Puis elle s'écarte ensuite docilement de la trajectoire que semble vouloir emprunter sa patiente.

Elle comprend pourquoi lorsque la zagashienne s'élance du haut de son perchoir. Des piliers aqueux s'élèvent alors du lac pour venir soutenir ses pas et lui permettre de s'élever davantage dans les airs. Zora observe la scène, bouchée bée. Puis elle applaudit avec excitation l'enfant lorsque cette dernière remonte à la surface. Lorsqu'elle nage vers elle, cependant, c'est à nouveau de l'inquiétude qui se lit dans son regard. Et si son plongeon avait ouvert à nouveau la plaie de son visage?

Elle est néanmoins rassurée et l'exprime par un soupir de soulagement. Elle n'a pas le coeur à lui faire un quelconque reproche. Notamment parce que la gamine à l'air heureuse. Et puis aussi parce que c'est elle qui lui a demandé cette petite démonstration. Elle imagine donc sa jeune patiente en train de traverser la fameuse rivière qu'elle évoque avant de répondre à son interrogation.
"C'était vraiment incroyable, Kali! Incroyable!" avoue-t-elle. "J'aimerais bien pouvoir faire une chose pareille!"
Elle se sent immédiatement coupable après avoir prononcé cette phrase. Comme si elle venait de trahir le dieu qui la gratifie de sa bonté depuis quelques années maintenant. S'en offusquera-t-Il? Elle perd son sourire et une sensation de peur l'étreint quelques instants. Donner du crédit à la Raie, est-ce en retirer à la Chouette? Elle observe avec inquiétude le ciel qui la surplombe tandis que Kali l'inonde à présent de questions.
"Hé! Une question à la fois, tu veux bien?"
Elle la gratifie d'un sourire qui semble avoir perdu de son éclat. Et pourtant elle apprécie la spontanéité et la fraîcheur de l'enfant. D'ordinaire le dispensaire est peuplé de personnes d'un certain âge. Les jeunes sont rares et ce n'est pas étonnant puisqu'ils sont épargnés par les ennuis de santé inhérents à l'accumulation des printemps. Alors elle tente d'ordonner les réponses de sa cadette et, surtout, d'y apporter des réponses satisfaisantes avant d'en omettre certaines.
"J'aime bien cet endroit. C'est calme et puis les gens sont gentils la plupart du temps. Mais je n'ai jamais vraiment voyagé alors je ne peux pas vraiment comparer, tu sais?" glisse-t-elle. "Et puis non, je ne m'ennuie pas. Bien au contraire! L'apprentissage des arcanes de Möchlog est vraiment passionnante. Et puis entre les soins que je commence à dispenser et les corvées, je suis bien assez occupée..."
Et c'est le moins que l'on puisse dire. D'autant plus qu'elle s'entraîne en secret lorsqu'il lui arrive d'avoir du temps libre. Histoire de caresser davantage le rêve que bien des jeunes de son âge doivent avoir: devenir les meilleurs dans la maîtrise de leurs magies respectives.
"Et puis le nombre de pensionnaires dépend souvent de ce qu'il se passe ailleurs. Lorsqu'il y a des conflits entre les tribus ou qu'une bande de bandits de grands chemins oeuvre dans la région, il nous arrive parfois de ne plus savoir où mettre les patients. Une fois on a même dû en refuser et envoyer les personnes qui n'étaient pas gravement blessées au dispensaire suivant." explique-t-elle. "Je me sens utile ici mais la région n'est pas toujours très agitée. Et c'est pour ça que j'aimerais voyager lorsque je serai une soigneuse confirmée. Pour aller là où on aura davantage besoin de moi. Et pour découvrir d'autres paysages et puis d'autres cultures, aussi! Mon maître dit toujours que la beauté est dans la diversité!"
Elle le croit! Mais le voir de ses propres yeux, c'est autre chose. Zora déborde de curiosité et cherche naturellement à la contenter. Oui, lorsqu'elle sera plus grande, elle voyagera sur le continent. Et elle apportera sa pierre à l'édifice de la civilisation bâtie par les Enfants des Architectes. Elle aidera. Mais d'autres seront peut-être appelés à faire autre chose.
"Qu'est-ce que tu feras quand ta tribu viendra te chercher?" demande-t-elle à sa cadette. "J'ai entendu dire que les zagashiens étaient assez violents... Tu crois qu'on te forcera à devenir une guerrière? Tu en as envie, toi?"
Elle n'aime pas l'idée que l'enfant puisse un jour ôter la vie à autrui. Que ce soit par ordre ou, pire, par envie. Deviendra-t-elle une tueuse? Est-ce que sa maîtrise de l'eau deviendra une crainte plutôt qu'une source d'émerveillement pour les gens qui croiseront son chemin?

~~~~~~~~~~

Son regard se noie dans les flammes tandis qu'elle écoute la réponse de Kali. Elle mesure alors à quel point les années passent vite et l'étendue de ce qu'elles volent aux gens. Ou de ce qu'elles leur laissent. Elle reconnaît encore l'enfant dont elle s'est occupée quelques années plus tôt malgré la femme qu'elle est devenue. Mais à l'époque elle s'amusait volontiers du détachement de sa cadette et de son espièglerie. Aujourd'hui...

Zora n'a qu'une vague idée de ce qu'est la prison de tissue évoquée par son interlocutrice. Et elle ne s'attarde guère sur la résolution de ce mystère. Les bizarreries sont légion lorsqu'il s'agit des daënars. À vrai dire ils ne font rien de façon sensée. Et leur logique est tout à fait discutable. Rien d'étonnant, dès lors, qu'ils aient des prisons qui défient les lois du bon sens. Néanmoins la fanatique regrette que la zagashienne use d'un ton si léger en parlant de leurs ennemis. L'avantage, cependant, c'est qu'elle semble plutôt dans le camp de ceux qui souhaitent la guerre.

La disciple de la Divine Chouette arrache des brins d'herbe et les jette négligemment dans le feu. Une façon d'exprimer sa frustration autant que de la calmer. Elle surprend alors le regard de sa cadette qu'elle s'empresse de fuir. Elle n'arrive pas voir autre chose que l'horrible cicatrice qui la défigure. Et le reste de son corps n'est pas non plus un exemple de pureté. Ce qui, dans le fond, ne fait qu'accroître son inconfort.

Elle décide alors de se saisir de l'un des fruits. Elle croque dans la pêche avec délice et savoure quelques instants la douce saveur qui caresse sa langue. Kali, de son côté, souhaite maintenant savoir où elle a voyagé dernièrement. Et si elle a déjà visité Zagash. Une question intéressante car elle mène à un sujet qu'elle souhaitait de toute façon aborder.
"J'ai passé six mois à Daënastre!" lui répond-t-elle tandis que le goût de l'amertume se substitut à celui du fruit. "J'ai vécu parmi les infidèles. J'ai vu ce dont ils étaient capables  et mesurée toute l'étendue de leur folie. Et surtout, je les ai étudiés..."
Les livres qu'elle a lus au coin du feu pour tromper l'ennui ou l'absence de compagnie s'accordent tous sur un point: pour combattre - et détruire - un ennemi, il faut le connaître. Ce n'est qu'en ayant connaissance de ses forces et de ses faiblesses que l'on peut le vaincre. Les nausées nées de la présence de Technologie étaient pénibles. Le voyage en lui-même était éprouvant. Mais il fut au moins fort instructif. Zora relève alors les yeux vers son ancienne patiente et se force à croiser son regard.
"Si tu avais été témoin des mêmes choses que moi alors crois-moi, Kali: ton avis sur la guerre serait nettement plus tranché qu'il semble l'être aujourd'hui!" souffle-t-elle. "Les nôtres sont persécutés, accusés de tous les maux et considérés comme des sauvages. J'ai vu un my'trän se faire exécuter en place publique parce qu'on lui reprochait d'avoir tué des innocents lors d'un attentat. J'ai moi-même été blessée par Technologie en personne... "
Elle se souvient encore de sa rencontre avec la déesse de métal à la voix déformée. Une douleur s'éveille dans son bras et rend cette esquisse du passé plus vivante encore. Et pourtant elle est toujours en vie. La preuve que cette fausse divinité n'est pas aussi puissante que les Architectes. Et qu'un mage suffisamment puissant pourrait la renvoyer dans le néant duquel elle n'aurait jamais dû émerger.
"Et il n'y a pas besoin de fouler le continent des infidèles pour comprendre que je dis vrai. Avant de partir chez les infidèles je me suis rendue dans un petit village de Khurmag avec une amie. La plupart de ses habitants avaient perdu leur capacité à user de la magie à cause des mines alentours. De la magilithe a été dispersée dans l'air et a infecté les habitants!" poursuit-elle. "Nous avons été incapables de les soigner. Et lorsque nous avons expliqué la situation aux représentants de Reoni qui nous accompagnaient, ils se sont contentés de remonter l'information à leurs supérieurs. Et j'ai appris il y a quelques jours que les mines daënars sont toujours exploitées dans la région..."
La déception qui se lit dans le regard de la fanatique traduit bien la résignation qui menace constamment de l'engloutir lorsqu'elle se rappelle à quel point la situation est critique. Cela fait maintenant des années qu'elle prône le conflit armé. Et pourtant rien ne bouge. Zaël semble être le parfait exemple de l'immobilisme qui paralyse le continent et qui le rend dangereusement vulnérable. Les signes sont pourtant là. Pourquoi personne ne veut en tenir compte?
"Les daënars se préparent à la guerre, c'est une évidence!" soupire-t-elle. "Et pendant ce temps nos dirigeants se tournent les pouces et rêvent encore d'une paix qui n'existe déjà plus. Et même les gens de bonne volonté, comme toi, trouvent seulement matière à s'amuser de la menace infidèle..."
Et pourtant les choses peuvent changer. Les idées se propagent peut-être par les paroles lorsque les temps sont cléments. Mais lorsqu'il presse, il s'agit de les imposer par la violence. Il faut se battre pour ses convictions. Mais il faut surtout se battre pour être digne des Architectes. Leurs ancêtres ont fait l'erreur de ne pas traquer jusqu'au dernier les daënars qui fuyaient le continent. Leurs aînés ont accepté une paix bien trop favorables aux infidèles. Trop d'erreur ont été commises. Et Zora n'accepte pas qu'on puisse les reproduire aujourd'hui...
"Pour répondre à ta question cela fait bien longtemps que je n'ai plus mis les pieds à Zagash. J'ai déjà traversé brièvement la région il y a quelques années mais je ne m'y suis jamais attardée." explique-t-elle. "Mais je crois que de tous les Enfants des Architectes, les tiens sont ceux qui sont le plus aptes à faire évoluer les choses. Je souhaite me rendre à Shüren et parler à votre Primo-Gharyn. Es-tu en mesure de m'y aider?"
La question de l'utilité de Kali est ainsi directement remise sur la table...




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Kali Tal'göss
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Dim 29 Avr - 12:58
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« Tu verras, voyager c'est trop bien : ne pas se coucher au même endroit qu'on s'est levé, voir les paysages qui changent tout le temps... »

Ces périodes de l'année préférée était celle où la tribu bougeait le plus. Oh elle aimait le bord de mer et la baie d'Ariun mais cet immobilisme l'ennuyait assez vite. Elle aimait le mouvement, la progression... sa mère lui disait souvent qu'elle tenait des rivières plus que de l'océan. Elle n'était pas sûr qu'il y avait d'autre signification qu'une joli façon de dire qu'elle avait la bougeotte et lui donnait souvent mal au crâne à essayer de la canaliser.

« Hey, je suis déjà une guerrière d'abord ! »

Elle avait pris une moue légèrement vexée, comme si l'on remettait en doute ses capacités. Enfant mais déjà aussi orgueilleuse et fière que le reste de ses pairs, elle n'aimait pas qu'on doute d'elle dans ce domaine qui rythmait sa vie depuis près de cinq ans désormais : la magie et l'entraînement martial se fondaient l'un dans l'autre et constituaient presque toute sa vie, avec quelques corvées quand même. Aussi Kali n'avait pas du tout senti l'inquiétude de Zora et, comme à son habitude, réagit de façon inconsidérée sur une simple parole.

« Et puis d'abord on est pas plus violents que le monde lui-même : personne ne reproche à une rivière de creuser dans la roche ou aux tempêtes d'engloutir les bateaux. » elle n'était pas sûr que son analogie était bien pertinente mais ça ressemblait à ce qu'aurait pu dire sa mère. « Je serais une guerrière en tout cas, j’honorerai Dalaï par mes victoires et, si j'en suis digne, je prendrai la place de ma mère comme Khorog de notre tribu. »

Ses yeux rayonnaient de fierté à cette idée. Devenir Khorog était l'une des plus hautes aspirations que pouvait envisager un membre de tribu comme elle, servir leur architecte à ce point était un immense honneur. Vu comment les zagashiens étaient portés sur la guerre, un étranger aurait pu croire que les Gharyns avait la main haute dans les affaires et par certains aspect c'était vrai puisque la politique était tortueuse et décidait souvent des actions de tribus entières. Mais les Khorogs étaient des figures intouchables qui transmettaient la parole sacrée de la Raie et aucun Gharyn n'oserait s'opposer à l'une de leurs paroles.

« Par contre je ne vais pas attendre que ma tribu vienne me chercher, ils ne repasseront ici que dans un an. Je vais les rejoindre moi-même dès que ma blessure sera suffisamment guérie. Je voyagerai en compagnie de marchands et d'autres itinérants pour regagner Zagash. »

Le ton s'était fait plus hésitant et son regard transmettait un peu l'appréhension qu'elle ne pouvait empêcher de ressentir à l'idée de son premier grand périple en solitaire. Et puis même si elle était heureuse d'aller retrouver sa tribu et sa région qui lui manquaient elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un petit pincement au cœur de devoir abandonner Zora.

« Si tu passes par Zagash un jour, tu viendras me voir hein ? » dit-elle d'un ton plein d'espoir.

~~~~~~~~~~

« Woh, six mois ? Ça devait pas être facile. »

Elle n'en savait rien en fait. Lui vint soudainement à l'esprit qu'elle ne connaissait rien du continent des daënars : est-ce que le soleil y brillait tous les jours de l'année où était-il caché par les nuages ? Est-ce qu'il y faisait chaud ou froid ? Quelle taille avait-il ? Elle ne se figurait qu'un lointain endroit plein de ces bâtiments d'acier qu'elle avait pu observer dans les concession daënares les quelques fois qu'elle s'en était approché.
Elle écouta ce qu'en disait Zora tout en commençant à faire la cuisine en plongeant quelques tubercules dans une petite marmite d'eau qu'elle déposa sur les pierres à côté du feu. Savoir que des frères et sœurs étaient persécutés pour leur origine enflammait son sang, les flammes se faisant légèrement plus vives face à elle, et elle aurait pu partir en croisade là, maintenant. Elle ne faisait pas vraiment attention à certains détails du discours de Zora, comme le fait qu'elle ne disait pas si ce my'trän avait réellement blessé des gens dans un attentat ou non. Par contre, un détail la fit tiquer :

« Technologie ? »

Le mot ne lui était certainement pas inconnue, mais pas prononcé avec cette emphase qu'y mettait la suhur, comme s'il s'agissait d'un être vivant. Mais elle passa bien vite sur cette étrangeté en écoutant la suite. A Zagash, aucune mine n'aurait pu survivre à pareil incident, de ça elle était certaine. Une pointe de mépris inculquée depuis l'enfance lui fit trouver peu étonnant que les khurmis se laissent ainsi marcher sur les pieds et elle se dit que cela aurait certainement été différent s'ils avaient accepté de se laisser superviser par Zagash.

« Je vois ce que tu veux dire, mais ce n'est pas parce que nous ne rasons pas les mines que nous ne nous préparons pas. Au contraire, Zagash est sur le pied de guerre, et si les daënars osent revenir ils goûteront l'acier et ils ne l'oublieront pas de sitôt. Malheureusement, c'est sûr que tous ne semblent pas prêt à combattre autant qu'ils le devraient. »

Et son esprit pensait bien sûr aux adeptes de Delkhii toujours trop pacifiste, trop amicaux, trop enclins à tolérer et pas assez à répliquer.

« Hum... je peux te conduire à Shüren sans problème mais rencontrer le Primo-gharyn... ce n'est pas aussi simple. Mais je verrai ce que je peux faire, j'ai deux ou trois Gharyns à qui j'ai rendu de bons services et qui pourront peut-être glisser un mot en notre faveur pour une entrevue. Je ne te promets rien de ce qu'il en ressortira par contre : si le Primo-gharyn voulait attaquer les mines de Zagash, il l'aurait fait depuis longtemps et je ne suis pas sûre que tu arriveras à le convaincre. Mais si tu veux quand même tenter, je t'accompagne avec plaisir. Ça ne sera pas un petit voyage ceci dit. Au moins cinq ou six jours je dirais, si tu as un cheval. Si Ablette doit nous porter toutes les deux, plutôt sept ou huit. »

Elle n'avait vu encore aucune monture avec la suhur donc elle supposait que celle-ci en était dépourvue. Un sourire malicieux se peignit sur son visage son ton était doux, un petit peu trop même quand elle reprit :

« Par contre, si l'on doit voyager toutes les deux sur le dos d'Ablette, j'apprécierais que tu te décrasse, si tu ne l'as pas déjà fait. Tu as le temps avant que la bouffe ne soit prête. »

Et elle lui tendit le savon.


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Zora Viz'Herei
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Jeu 3 Mai - 15:55
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Elle s'amuse de la moue vexée de sa cadette lorsque cette dernière la corrige et argue qu'elle est déjà une guerrière. Peut-être est-elle déjà considérée ainsi à Zagash et au sein de sa tribu, elle n'en sait rien à vrai dire. Zora n'a ainsi pas le coeur de remettre en doute ce qui semble être une évidence pour sa patiente. Néanmoins elle regrette qu'une enfant aussi jeune puisse prendre part à des conflits. D'autant plus que la cicatrice qu'elle arbore désormais au niveau de l'oeil montre bien que la mort ne l'épargnera pas davantage qu'une adulte.

Pourtant elle n'a pas le coeur de remettre en cause la culture de la jeune rouquine. Ce serait présomptueux. Et même si elle est convaincue que la guerre et ou la violence ne fait qu'accentuer les problèmes au lieu de les régler, elle garde à l'esprit qu'elle n'a pas la science infuse et que c'est peut-être elle qui fait fausse route. Peut-être que le pacifisme et l'altruisme sont des vertus qui n'ont plus leur place dans ce monde depuis longtemps. Peut-être qu'elles sont de simples vestiges d'un monde autrefois plus clément. Et indéniablement plus juste...

Mais les dieux ont leurs propres desseins. Elle ne peut prétendre connaître ceux de Möchlog. Alors ceux de Dalaï... Est-ce que la Raie souhaite réellement que ses disciples s'accomplissent à travers la victoire? Si c'est le cas alors cette déesse ne lui inspire pas un grand respect. Zora sait bien qu'il faut honorer les dieux. Elle ne remet pas en cause cette évidence. Mais elle a déjà assez vécu et soigner suffisamment de personnes pour savoir que l'interprétation des volontés divines sont parfois bancales. Au final il est difficile de distinguer les désirs des dieux et les intérêts de ceux qui prétendent parler en leur nom.
"Si c'est le destin que Möchlog t'a choisi alors je suppose que je n'ai pas d'autre choix que de l'accepter..." soupire-t-elle, sourire contrit à l'appui. "Mais n'oublie pas que les victoires s'obtiennent toujours au détriment des autres. La seule chose que la guerre honore, c'est la mort!"
Elle fait glisser sa main dans l'eau et projette une gerbe d'eau sur sa cadette. Le ton est quelque peu moralisateur et elle le regrette. Ce n'était pas son intention. C'est davantage l'inquiétude qui la guide que le désir d'imposer sa propre vision des choses. L'idée-même que Kali puisse succomber lors d'un conflit sans véritable sens lui inspire de la tristesse. Mais elle doit pourtant accepter cette éventualité. Si certains sont nés pour sauver, d'autres existent pour tuer. Les mortels ne peuvent pas changer les règles du jeu qu'est la vie. Ils ne sont rien de plus que des pions ayant le privilège d'y participer.

Le visage de Zora s'assombrit davantage lorsque que Kali lui annonce qu'elle rejoindra sa tribu par ses propres moyens. Là encore elle admire la légèreté et l'optimisme de la zagashienne. Mais la perspective de laisser sa patiente crapahuter dans la nature en compagnie d'inconnus ne lui plaît guère.
"Tu ne peux pas voyager avec des inconnus!" proteste-t-elle. "Et je serai une bien piètre soigneuse si je te laissais partir en espérant que tu ne fasses pas une mauvaise rencontre. Je vais t'accompagner! J'imagine que mon Maître n'y verra pas d'objection. Ce n'est pas comme si j'étais essentielle au fonctionnement du dispensaire de toute façon!"
Les relations entre Zagash et Suhury ne sont pas mauvaises en soi. Mais Darga est le centre névralgique de My'trä. Et les caravanes ou les marchands viennent souvent d'autres régions. Que se passerait-il si Kali venait à rencontrer des membres d'une tribu à laquelle les siens ont causé du tort. Résisteraient-ils vraiment à la tentation de se venger sur une enfant? Elle aimerait le croire. Mais elle a déjà compris que les espoirs et la réalité s'acoquinent rarement...
"Et ce n'est pas négociable!"
Elle lui décoche un regard sévère qui se nimbe néanmoins bien vite d'une lueur amusée. Kali n'est décidément pas de tout repos. Mais c'est exactement ce qui fait son charme. Elle détonne avec les personnes qui fréquentent habituellement le dispensaire. Elle a cette hardiesse que l'on prête volontiers au peuple de l'eau. Et c'est aussi rafraîchissant que l'eau claire dans laquelle elle baigne. Quant à savoir si elle viendra un jour voir la petite rouquine à Zagash...
"Oui, si tu ne m'as pas oubliée d'ici là!" s'amuse-t-elle. "D'ailleurs j'espère bien être invitée à ton intronisation lorsque tu deviendras Khorog! Ce n'est pas comme si j'avais souvent l'occasion de faire la fête, par ici!"
Elle n'a jamais eu la chance d'assister à une cérémonie du genre. L'adolescente se rappelle à nouveau qu'elle ne connaît décidément rien de ce monde. Et que la bâtisse qui se dessine au sommet du promontoire rocheux représente l'entièreté de sa vie. Ce n'est pas la première fois qu'elle a l'impression d'être étouffée par sa réalité. Mais ça n'était jamais arrivé avec autant d'intensité. Est-ce simplement parce qu'elle grandit et qu'elle éprouve peu à peu le besoin de suivre sa propre voie?
"Comment se déroule la cérémonie pour devenir Khorog dans une tribu zagashienne?" la questionne-t-elle, curieuse à souhait. "Vous... Vous ne faites pas des sacrifices humains ou quelque chose dans ce genre-là, au moins?"
Elle plaisante, bien sûr. Quoique...
~~~~~~~~~~

Elle retrouve l'ancienne Kali à travers les propos de l'actuelle. Zora se souvient de l'enfant qui voulait devenir guerrière et honorer Dalaï par ses victoires. Au final si l'une des deux a changé, c'est bien l'aînée du duo. Les vagues souvenirs de leur conversation émerge des tréfonds de sa mémoire tandis que la zagashienne lui explique que Zagash est sur le pied de guerre. Une nouvelle qui réjouit la disciple de la Chouette, évidemment.
"Ce n'est pas assez!" regrette-t-elle malgré tout. "Le soutien de Zagash est une bonne chose mais cela reste largement insuffisant. Si nous voulons gagner, il faudra tous nous unir derrière une seule et même bannière. Et rallier tous les Primo-Gharyns pour faire face à notre véritable ennemi! Ou les écarter du pouvoir, le cas échéant..."
La fanatique jette un regard lourd de sens à la rouquine. Les conflits provoqués par Zagash n'ont pas le moindre sens en l'état actuel. Chaque guerre entre tribus, chaque my'trän tombant sous les coups de l'un de ses frères ou de l'une de ses soeurs contribue à affaiblir les Enfants des Architectes. Si le Primo-Gharyn du peuple de l'eau n'est pas apte à mettre de côtés ses velléités expansionnistes, il devra lui aussi céder sa place. Le temps n'est plus aux demis-mesures.
"Et ne t'en fais pas pour l'entrevue. Je suis pratiquement sûre qu'il voudra entendre mon récit. Les informations que je détiens lui seront précieuses. Et si tu fais jouer tes relations alors je n'ai aucune raison de m'inquiéter." argue-t-elle. "Et dans le cas contraire je suis certaine que d'autres dirigeants seront ravis d'entendre mon récit..."
Elle compte d'ailleurs sur cette évidence. Ou, du moins, sur ce qu'elle considère comme telle pour inciter le Primo-Gharyn à la recevoir. Il ne prendra certainement pas le risque d'être privé de l'opportunité d'en apprendre plus sur ce qu'il se passe à Daënastre. Davantage encore si cela pourrait profiter à ses ennemis. Comme Zaël, par exemple. Si elle se trouvait au sommet de la hiérarchie d'une région, elle ne laisserait pas une telle chose arriver en tout cas...
"C'est entendu, alors! Nous partirons aux premières lueurs de l'aube!" conclue-t-elle. "Ton cheval devra nous transporter toutes les deux jusqu'à ce que nous mettions la main sur une seconde monture. Cela ne devrait pas poser trop de problèmes vu le nombre de fermes dans la région!"
La disciple de la Divine Chouette se garde néanmoins de préciser la façon dont elle obtiendra un autre cheval. Elle noie à nouveau son regard dans les flammes afin d'éviter la vision de la cicatrice qui défigure le visage de sa cadette. Puis elle hausse les sourcils lorsque cette dernière lui fait remarquer qu'elle devrait profiter du temps qu'il lui reste avant le repas pour se laver. C'est une plaisanterie? Même si elle est de mauvais goût, Zora lâche un rire amusé.
"Le temps emporte tout, Kali. Même la confiance!" lâche-t-elle, un sourire au coin des lèvres. "Je connaissais l'enfant que tu étais mais pas la femme que tu es devenue. Tu ne me crois tout de même pas assez stupide pour m'approcher plus que de raison d'un point d'eau en ta présence, si?"
Si Kali respire toujours ce n'est pas grâce à l'ancienne amitié qui les unissait mais bien au nom du pragmatisme. My'trä aura besoin de guerriers compétents. C'est une vérité dont Zora ne peut s'affranchir. Néanmoins la confiance n'a pas pour autant sa place dans le duo qu'elle formera quelques temps avec la zagashienne. C'est un simple rappel qu'elle vient donc d'adresser à son hôte. Autant être claire dès le départ...
"D'ailleurs qu'est-ce que tu es venue faire à Suhury? Tu as été blessée dans la région, j'imagine?" s'enquit-elle, yeux plissés. "Tu n'as pas fait de bêtises, j'espère?"
Les suhurs la considèrent comme une ennemie. Et pourtant la rouquine ne s'est jamais sentie aussi proches d'eux depuis son retour de Daënastre. Kali est-elle venue faire couler le sang dans sa région d'origine?[/justify]




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Kali Tal'göss
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Jeu 10 Mai - 15:02
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My'trän +2 ~ Zagash

Kali n'écoute pas les reproches qui sont fait à sa façon de vivre, ne s'en souciant de toutes façons pas. Elle préfère s'amuser et répondre à la petite provocation que lui fait zora. C'est donc une véritable petite vague d'eau qui passe par dessus la jeune soigneuse, tandis que Kali rit aux éclats. Elle est encore secoué de petits rires quand Zora lui annonce qu'elle désire l'accompagner. En réponse, elle se jette dans ses bras pour l'enlacer, agissant sous le coup de l'habitude qu'elle aurait pu avoir face à sa mère ou à un autre adulte lui faisant une jolie faveur.
Elle se rappelle néanmoins très vite que Zora n'est pas beaucoup plus une adulte qu'elle et la situation dans laquelle elles se trouvent exactement. Elle relâche donc précipitamment son étreinte en bafouillant quelques excuses et s'écarte, le visage aussi coloré que ses cheveux. Son émoi ne dure pas longtemps toutefois et elle se reprend bien vite :

« Evidemment qu'on ne fait pas de sacrifices humains, t'es bête ou quoi ?
J'ai pas vu la cérémonie, ma mère était déjà Khorog quand je suis née, et toutes les tribus ne font pas pareil. Mais on m'a dit qu'elle se passe dans la baie d'Ariun. C'est une grande ville qu'on a construit directement sous l'eau, juste pour Dalaï ! Ceux qui le veulent peuvent s'y rendre pour communier avec elle et des tas de tribus font leurs cérémonies dans la baie. Il y a presque toujours une fête là-bas du coup !
Lorsqu'il y a une nouvelle Khorog, on fait une grosse fête pour Dalaï au bord de la baie et on sacrifie des tas de trucs pour elle : des bijoux, de la nourriture... Du coup ça attire plein de poissons et on fait une grande pêche mais uniquement à mains nues ou avec nos pouvoirs ! Plus on récupère de poissons, plus ça veut dire que Dalaï est contente de notre choix. Ensuite, la Khorog plonge jusqu'à Ariun et doit aller jusqu'au bout de la ville, au temple le plus profond, et y méditer. Elle ne parle jamais de ce qu'elle voit là-bas, mais des fois les khorog y sont restés des jours entier. On dis même que l'une d'elle y est resté pendant deux semaines complètes avant de revenir. En tout cas elles sont toujours changées et elles comprennent mieux que personne Dalaï après ça. Certaines prétendent même l'avoir vue à Ariun ! »


Elle fit une pause dans son récit pour reprendre un peu son souffle. Et elle eut un long baillement à s'en décrocher la mâchoire, étirant les bras dans le même temps, rappelant un peu un chat. L'utilisation d'autant de magie, pour son âge et sa maîtrise, l'avait un peu fatiguée.

« En tout cas je suis super contente que tu veuilles m'accompagner. Tu verras Zagash c'est magnifique ! Y a autant de soleil qu'ici mais il fait un peu moins chaud parce qu'il y a encore plus de rivières. Et du coup on peut se baigner quand on veut. Et puis les collines sont super jolies, toutes blanches et recouverte de petits arbres et de buissons... » elle étouffa un nouveau baillement : « Enfin c'est la plus jolie région du monde. »

Cette dernière phrase était dis avec l'enthousiasme et le manque de modération habituelle de la zagashienne mais curieusement éteinte. A dire vrai elle luttait un peu pour garder les yeux ouverts, et s'était doucement déplacée pour regagner un endroit où elle avait pied et pouvait tenir debout avec plus de facilité.

~~~~~~~~~~

« Hey, me regarde pas comme ça, c'est ce qu'on a toujours fait vouloir unir My'trä sous une seule bannière comme tu dis. Seulement, la nôtre. C'est pas comme si les autres allaient se bouger pour faire quelque chose de toutes façons. »

Elle haussa les épaules face aux certitudes de Zora tout en souriant : elle appréciait cette confiance en ce qu'elle savait et ce qu'elle voulait, c'était par trop rare. Elle se rappelait la jeune soigneuse qui semblait toujours hésiter sur si ce qu'elle faisait était bien ce qu'il fallait faire. Apparemment, ce n'était plus le cas aujourd'hui. Directe et confiante, un tempéramment qui allait bien à la disciple de Dalaï, qui venait même à regretter que Zora ne soit pas née zagashienne comme elle tant elle n'aurait pas dépareillée au milieu des siens.

« Très bien, on se débrouillera comme ça en attendant. »

Kali ne goûta pas le rire de la soigneuse. Elle n'avait pas bougé, à peine un souffle qui franchissait ses lèvres. Soudainement, savoir que Zora estimait le combat possible à tout moment, elle se retrouvait dans la peau de la guerrière. Elle voyait de nouveau la faux à la ceinture de l'adepte, elle analysait la position, ses propres armes : le khopesh était toujous à sa ceinture, l'outre pleine d'eau non loin sans même compter le lac mais surtout le feu, le feu qui visiblement n'effrayait pas Zora et dont elle ne devait sans doute pas un instant estimer le danger. Un éclat passa dans ses yeux, un petit sourire sur ses lèvres : pas de ceux qui rassurent, mais plutôt du prédateur qui se sait en position de confiance, invincible.
Le savon offert disparue soudainement quand Kali se retira, plus vive, plus alerte. Chaque geste était effectué avec sa précision et sa vivacité habituelle, tandis que ses yeux ne quittaient jamais longtemps celle qui partageait son campement. Mais s'ils s'étaient auparavant égaré sur les visage, sur les yeux, sur les cheveux et sur la courbe da la poitrine, ils surveillaient dorénavant les mains, les bras et les jambes, comme à l'affût d'un geste déplacé. Seules les hanches étaient toujours centre de son attention, mais si c'était auparavant pour l'harmonie de celles-ci ce n'était désormais plus que pour la lame qui y pendait.
Plutôt que de répondre tout de suite à la question, elle prit le temps de sortir son couteau et de piquer l'un des tubercules dans l'eau frémissante de la marmite qu'elle avait mise à chauffer un peu avant, pour en juger la cuisson. Insuffisante. Elle laissa le repas continuer à mijoter pour finalement répondre :

« Dis-moi ce que tu appelles une bêtise ? Parce qu'il y a des histoires qui courrent, tu sais ? Et pas de celles qu'on raconte aux enfants le soir pour les endormir, plutôt de celles dont on les menace quand ils désobéissent. » Elle eut un sourire moqueur, presque mauvais : « Alors je me demande si ce que je m'apprête à te révéler va te contrarier ou pas, après tout. » Haussement de sourcil provocateur, un instant de flottement puis un petit rire : « Tu peux te détendre, je n'ai rien fais à Suhury. Je n'ai aucun intérêt à affronter les quelques tribus alliées de mon peuple. C'est à Zolios que je me suis battue et que j'ai récolté cette blessure. »

Elle attrapa l'outre d'eau ainsi qu'une tasse qu'elle remplit avant de la tendre à Zora.

« Je boirais d'abord si tu crains un quelconque poison. » et joignant le geste à la parole elle but une longue gorgée d'eau après que Zora eut récupéré la tasse en terre cuite.

« Maintenant parlons de combien tu vas devoir me payer. Puisque visiblement l'on ne se soucie pas de l'autre par vieille amitié, je n'ai aucune raison de t'accompagner gratuitement à travers la moitié du continent, surtout à un endroit où je n'ai pas l'habitude de trouver du travail. Et il va de soit que tu pourras te débrouiller toute seule, une fois là-bas, pour approcher le Primo-Gharyn. Je ne vais pas me décarcasser pour aider une femme qui pense que je vais la tuer pendant son bain. »

Elle était plus attentive que jamais : si Zora avait le moindre geste agressif, elle lui fondrait dessus avant qu'elle n'ai pu la menacer. Son esprit puisait dans le feu l'énergie dont elle aurait besoin et qui coulait à travers ses membres. Elle pouvait lui sauter dessus à l'instant où elle se sentirait menacée. Toutefois l'énergie enhardissait sa méfiance et sa colère d'être considérée comme une vulgaire brigande et, si Zora ne calmait pas rapidement le jeu, elle risquait bien de lui sauter dessus quand même.


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Zora Viz'Herei
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Mar 15 Mai - 10:18
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Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

Elle rigole une nouvelle fois - et malgré elle - lorsque la gamine s'offusque. Et pourtant sa réaction la rassure. La perspective qu'un peuple aussi violent que celui de Zagash puisse sacrifier des humains à la Raie ne lui semblait pas si bizarre. Elle se passe une main sur le visage pour chasser de ses paupières l'eau que Kali lui a envoyée dessus avant de gratifier sa patiente d'un sourire apaisant. La cérémonie qu'elle lui a décrite est nourrie par son imagination. Et... Oui, elle croit qu'elle aimerait y assister si l'occasion se présente. Il n'y a plus qu'à espérer que sa cadette atteigne un jour son but. C'est tout le mal qu'elle peut lui souhaiter.
"Une fois, un barde de passage au dispensaire nous a conté une histoire au sujet d'Ariun. Un jeune homme est tombé éperdument amoureux d'une fille d'une autre tribu. Mais leurs parents s'opposaient à leur union. Je crois que c'était à cause d'une rivalité ou quelque chose du genre. Alors ils ont fuit pour vivre ensemble à Ariun. Pendant quelques temps, ils ont vécu heureux. Puis leurs tribus sont entrées en conflit, chacune accusant l'autre d'avoir provoqué la disparition des amoureux. Et lorsque ceux-ci ont appris que les leurs s’entre-déchiraient, ils se sont donnés la mort dans la cité engloutie en priant pour être réunis à nouveau dans leur prochaine existence..." se rappelle-t-elle avant de hausser les épaules. "C'est un peu glauque en fait! Et romantique, aussi! Mais en tout cas le barde a bien insisté sur la beauté d'Ariun! Après je ne suis pas certaine qu'il l'ait visitée..."
C'est le soucis avec les bardes. On ne sait jamais lorsqu'ils racontent la vérité ou quand ils embellissent les faits. Quoi qu'il en soit l'histoire était captivante. Et Zora s'est même surprise à songer qu'un jour un jeune homme voudrait aussi l'emmener à l'abris des ennuis de ce monde. Le tout en espérant que leur histoire se terminerait différemment. Mourir, ce n'est pas une chose très attrayante. Et puis elle est trop jeune pour retourner entre les bras de Möchlog. Du moins, l'espère-t-elle. De combien d'années d'existence la Chouette l'a-t-elle dotée?

Elle remarque alors les bâillements de la jeune rouquine et l'inquiétude revient. Elle doute qu'ils soient provoqués par une fatigue saine. D'autant plus qu'il est encore tôt. Est-ce parce que Zora l'a laissée utiliser la magie? Ce n'était sûrement pas bien indiqué pour une personne ayant encore besoin de repos. La curiosité de la soigneuse l'a emporté sur la prudence. Quelle piètre servante de Möchlog elle fait...

Fort heureusement sa patiente revient d'elle-même en direction de la berge, là où elle a pied. L'aînée du duo, elle, la suit docilement. Autant pour prévenir une quelconque défaillance que pour continuer à profiter d'une compagnie aussi agréable que rafraîchissante. Il sera bientôt temps de retrouver la terre ferme puis le dispensaire. Elle cherche d'ailleurs les mots adéquats pour l'annoncer à Kali. Mais l'enfant la prend de vitesse et manifeste sa joie à l'idée qu'elle puisse l'accompagner. Un plaisir évidemment partagé. Ici, elle n'a que des camarades. Mais les amis sont bien trop rares pour être négligés.

Et pourtant son adolescence ne la préserve pas de la fierté. Et lorsque la zagashienne évoque la beauté de sa région et argue même que c'est la plus belle de My'trä, c'est au tour de la disciple de Möchlog de s'offusquer. Elle n'a peut-être pas voyagé sur la terre des Enfants des Architectes mais elle doute sérieusement qu'une autre partie du monde puisse concurrencer la beauté de Suhury!
"Ho tu sais Suhury est vraiment jolie comme région elle aussi!" proteste-t-elle. "Et puis le Conseil de la Convergence siège dans notre capitale tout de même! Darga est la plus belle et la plus florissante des cités, tout le monde s'accorde là-dessus!"
Sitôt ces mots prononcés, la rouquine se rend compte de leur puérilité. Elle éclabousse à son tour sa patiente en lâchant un rire cristallin. Elle ne souhaite pas s'enfoncer dans une rivalité qui n'a aucun sens. My'trä est belle dans son ensemble. Chaque région apporte une nuance de beauté particulière. Et ensemble elles forment le plus merveilleux des tableaux. Pourquoi se borner à considérer une seule partie d'une oeuvre plus globale?
"Allez, on sort de l'eau! Ta plaie pourrait s'infecter si on y reste trop longtemps!" argue-t-elle, omettant néanmoins de préciser qu'elle pourrait remédier aisément à ce problème. "Et si tu veux pouvoir encore embêter des gens cette année, il vaudrait mieux éviter que ça n'arrive pas!"
La soigneuse se glisse alors hors de l'eau avant de s'envelopper dans ses vêtement. Elle tente de redonner un semblant d'ordre à la cascade rousse qui lui tombe sur les épaules avant de s'asseoir dans l'herbe. Quelques secondes plus tard, elle s'y est allongée et observe le ciel dénué de nuages qui la surplombe. Ha, si seulement elle pouvait voler dans les airs. Pourquoi Orshin n'a-t-il pas offert des ailes aux humains? Parce qu'ils les brûleraient en volant trop près du soleil? Comme dans la légende?
"Dis Kali..." souffle-t-elle à sa cadette pour attirer son attention. "Qu'est-ce que tu ressens lorsque tu tues quelqu'un?"
Elle se redresse légèrement et repose le flanc de sa tête dans le creux de l'une de ses paumes. De son propre aveux, l'enfant est déjà une guerrière. Mais a-t-elle déjà tué? Idéalise-t-elle le combat sans tenir compte des regrets qu'il peut engendrer?


Les masques tombent. La discussion prend un tournant moins plaisant mais plus sincère. Zora se retrouve dans un élément qu'elle connaît, bien éloigné des tourments habituels imposés par les règles de bienséance. Et elle comprend donc que Kali a entendu des histoires sur elle. Déformées par les rumeurs, probablement. Ce qui n'explique cependant pas pourquoi elle s'est montrée si accueillante à son égard. Pensait-elle que l'amitié du passé suffirait à lui garantir un avenir?

La fanatique ne répond pas de suite. Elle préfère laisser l'autre rouquine vider son sac. Une manière d'apprendre davantage à son sujet. Les mots animés par de réels sentiments sont bien plus instructifs que ceux qui sont prononcés sous la contrainte de la retenue. Elle accepte même la tasse tendue par Kali après que cette dernière ait prouvé par le geste qu'elle n'était pas empoisonnée. Un détail. L'adepte en connaît suffisamment sur les poisons pour les combattre efficacement en cas de besoin.

Le fait est qu'elle ne s'attendait pas à ce que la zagashienne cherche à marchander. Elle ne s'en offusque pourtant pas. Comment pourrait-elle lui reprocher d'agir comme la plupart des gens le font? N'est-ce pas la norme que d'attacher de l'importance à des choses aussi triviales que les irys? Le matérialisme ronge ce monde aussi sûrement que l'hérésie. L'amitié qui les unissait n'est plus. Aujourd'hui, il n'y a autours de ce feu que deux étrangères à la recherche d'un accord mutuellement bénéfique.
"Ma présence n'est-elle pas une récompense en soi? Il fut un temps où tu te réjouissais à l'idée de voyager à mes côtés!" s'amuse-t-elle avant de perdre son sourire. "Tu m'es redevable, Kali! As-tu oublié l'aide que je t'ai apportée par le passé? L'honneur, je le reconnais, n'a que peu de sens à mes yeux. Mais s'il en a aux tiens, tu ne peux ignorer que tu as une dette envers moi! Vas-tu l'honorer? Ou dois-je considérer que tu n'es qu'une gêneuse de plus?"
La rouquine décoche un regard lourd de sens à son homologue. Son aide serait la bienvenue. Elle lui éviterait sans doute bien des soucis. Mais elle n'est pas pour autant nécessaire. Zora rencontrera le Primo-Gharyn de Zagash avec ou sans son aide. Elle n'est pas du genre à offrir quelque chose aux autres en échange d'une aide ou d'une obéissance légitime. Et encore moins à supplier pour l'obtenir.
"Laisse-moi éclairer un peu ta lanterne!" lui lance-t-elle avec condescendance. "Ce n'est pas sous la bannière de Zagash que My'trä sera réunie mais sous la mienne. Et, par extension, celle de Möchlog! C'est une vérité qui peut te déplaire. Tu as évidemment le droit de t'en offusquer! Mais tu seras forcée de t'y plier! Il en va de même pour ton Primo-Gharyn..."
Bien que les propos tenus soient arrogants, ils sont surtout prononcés sur le ton de l'évidence. La fanatique ne doute pas une seule seconde que les différents royaumes de My'trä sont obsolètes. Ils doivent à présent se regrouper sous l'égide d'une personne véritablement digne de gouverner. Et de détruire une bonne fois pour toutes la menace représentée par les daënars. Ce n'est que l'expression d'un pur bon sens. Kali, si elle le souhaite, peut continuer à vivre dans le passé. Mais elle n'échappera pas aux nécessités dictés par le destin. Personne ne le peut...
"Et pour que les choses soient tout à fait claires: je ne pense pas que tu serais capable de me tuer dans mon sommeil! Tes cicatrices trahissent d'ailleurs ta faiblesse." souffle-t-elle. "Non, ce n'est pas ce que tu pourrais faire qui m'inquiète... Plutôt ce que tu ne feras pas!"
Prendre les armes pour servir une cause juste, par exemple. La sienne. Ou encore perdre inutilement la vie alors qu'elle pourrait permettre à la fanatique de gagner un temps précieux. Toutes ces choses qui compliqueraient davantage une mission sacrée qui brille déjà par sa difficulté. Zora a tendu la main à Kali en décidant de l'épargner momentanément. Est-ce que la gentillesse est toujours récompensée aussi durement?
"Cela étant dit, cette eau est délicieuse..."
Elle en reprend d'ailleurs une gorgée. Une manière de détendre l'atmosphère mais également de montrer le peu de cas qu'elle fait des capacités de Kali. Néanmoins l'arrogance reste teintée de prudence. Même les enfants savent qu'il ne vaut mieux pas provoquer un zagashien si l'on est pas prêt à prendre des coups. C'est pourquoi Zora se tient prête à dresser un bouclier salvateur au cas où son interlocutrice se laisserait guider par la témérité...




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Kali Tal'göss
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Dim 20 Mai - 22:35
Irys : 139977
Profession : Mercenaire/Maître d'arme
My'trän +2 ~ Zagash
« C'est un peu étrange comme comportement, l'un des deux aurait du défier un membre de sa belle-famille pour qu'ils gagnent le droit de vivre ensemble. Ça se fait souvent comme ça. Et la plupart du temps, personne ne meurt ! »

Comme quoi cette histoire la convainquait d'autant plus que se taper dessus était une bonne manière de résoudre les problèmes. Que les gens puissent ne pas être d'accord, ne pas accepter ou tout simplement ne pas voir les choses du même œil ne lui effleura pas l'esprit et elle conclut sa tirade avec un grand sourire innocent.

Elle rit et riposta aux éclaboussures, l'empêchant de relancer le débat stérile de celle qui avait la région la plus belle, mais elle était évidemment convaincue que la sienne surpassait de loin n'importe quelle autre ! Mais pour faire plaisir à Zora, elle était prête à reconnaître que Suhury était la deuxième plus jolie. De toutes façons elle n'aimait pas Zolios où on s'étouffait à moitié dans la poussière, il n'en restait donc que deux qu'elle ne connaissait pas.
Par contre le visage de la jeune fille pâlit à la mention d'une infection et elle sortit de l'eau plus vite qu'elle ne l'avait jamais fait, elle qui pouvait y passer des heures sans problèmes normalement. Elle avait déjà vu des guerriers avoir des infection et elle ne voulait surtout pas de ça autour de son œil !

Après s'être séchée du mieux qu'elle pouvait avec les moyens à sa disposition -c'est à dire sa tunique- et en particulier au niveau de l'oeil, ce qui n'était pas facile sans gratter les croûtes, elle était allongée dans l'herbe qui lui chatouillait le dos et les côtes. Elle avait essayé d'essorer ses cheveux autant que possible, qui s'étalaient maintenant tout autour de sa tête et lui donnaient vaguement l'air d'une étoile de mer. A la question de Zora la réponse fut instantanée et le ton de la voix était étrangement contemplatif, presque interrogatif, loin de ses habitudes :

« Je sais pas. » Un instant de silence avant qu'elle ne reprenne : « Je l'ai jamais fait. On ne cherche pas forcément à tuer dans un combat, sauf si on a pas le choix ou si vraiment le problème ne peut se régler que par la mort. »

Les duels à mort étaient rares mais et la gamine n'en avait jamais vu aucun. Quant aux raids de printemps, ceux qu'elle avait put voir ne s'étaient jamais soldés par de si funestes résulats, en tout cas parmi les siens. Elle savait en revanche que sa propre mère, alors que Kali n'avait pas trois ans encore, avait participé à un duel à mort.

« Ma mère m'a raconté qu'elle avait tué quelqu'un, quand j'étais toute petite. Un homme qui disait qu'elle ne parlait pas vraiment pour Dalaï, qu'elle avait tort et qu'il ne fallait pas l'écouter. Il répétait ça à tout ceux qui croisaient son chemin. Elle l'a ignoré pendant longtemps. Un jour, il a commencé à dire aux gens que j'étais... anormale, que c'était une punition de Dalaï et qu'ils en auraient la preuve quand je grandirais. C'est là que ma mère ne l'a plus supporté. Ils se sont battus et elle l'a tué. Elle ne m'a jamais raconté comme c'était passé le combat. Elle dit que ce n'est pas l'important. Elle a dit que puisqu'elle avait gagné, c'est que les Architectes ne voulaient pas qu'elle soit oubliée et que donc elle avait raison. Enfin elle l'a pas vraiment dis comme ça... »

Elle resta silencieuse. Et puis il y avait toujours quelque chose qu'elle ne comprenait pas : si les Architectes avaient voulu qu'on l'oublie, pourquoi sa mère s'en souvenait ? Pourquoi ne l'avait-elle pas complètement oublié elle aussi ? Elle ne lui avait jamais posé la question, n'y avait pas vraiment pensé. Il faudrait qu'elle le fasse lorsqu'elle reviendrait chez elle.

« Sinon notre maître d'arme nous a toujours dis qu'avoir tué quelqu'un, c'était comme quand ça gratte : parfois ça se calme, on ne le sent plus pendant un moment, mais c'est toujours là et ça revient quand on s'y attend le moins. »

Elle ne pouvait s'empêcher d'attendre avec un mélange de peur, d'excitation et de curiosité le jour à elle serait confronté à ça. Parce qu'elle le sentait, sa mère le sentait, tous s'accordaient à le dire : elle était faites pour le combat. Et personne ne combat longtemps sans tuer un jour.

« Et toi ? Quand tu soignes quelqu'un ? Les gens sont gentils ? Ils te remercient ? »

~~~~~~~~~~

« A ce moment là, tu n'avais pas de problème à te baigner avec moi. Quant à l'honneur... en faire preuve envers quelqu'un qui n'y accorde aucune importance, c'est être idiot. »

Quant au reste des propos, ils étaient intolérables à ses oreilles. Comment osait-elle la considérer d'aussi haut ? Et Zagash, lui obéir ? Ah ! Elle préférait encore mourir que de voir ça. Tandis que Zora vidait la coupe, comme une ultime provocation, Kali siffla entre ses dents :

« Laisse moi te donner un avant-goût de la soumission de Zagash ! »

Et elle se jeta sur elle. Puisant l'énergie du feu, qui eut un soudain regain d'activité comme si un soufflet géant venait de s'activer, elle se jeta sur l'adepte de Möchlog. Elle n'avait pas dégainée, ne comptant que la vitesse pour la plaquer au sol et l'immobiliser. Ce ne devait être rien de plus qu'une démonstration, une clarification... Bien sûr, dans son énervement, il n'était pas exclus que quelques coups non nécessaires soient échangés mais l'on ne jouait pas avec le feu sans se brûler.
Toutefois la vitesse de réaction de Zora la surprit : le soigneuse cachait bien son jeu et un bouclier se dressa au dernier moment, empêchant Kali de l'atteindre. Mais plutôt que de rester stupidement bloquée de l'autre côté, elle se servit de son élan et, prenant appui sur le bouclier, roula par dessus pour atterir souplement de l'autre côté, à genou.

« Pas mal, tu as appris quelques petits tours sur la route ! »

Elle ri, un rire clair et bref, qui dénotait son amusement. Voltant soudainement pour refaire face à Zora, qui s'était relevée, elle courut dans sa direction. Mais, s'attendant à un nouveau bouclier, elle se laissa glisser au sol au dernier moment, dérapant dans l'herbe humide et fauchant les jambes de son adversaire qui lui tomba dessus. Elle roulèrent dans l'herbe, Kali les éloignant du feu d'un mouvement du bassin. Elles cherchaient chacune à maîtriser l'autre, mais ce jeu était inégal. Plus forte et surtout habituée des jeux entre enfants pour voir qui était le plus doué et des compétitions de lutte entre clans, Kali s'imposa rapidement. Crochetant la hanche de Zoa d'une jambe, elle la fit basculer sur le côté d'un mouvement et se hissa par-dessus. Assise à califourchon sur la rouquine qu'elle maîtrisait au sol, bloquant ses bras pour l'empêcher de se débattre, elle se pencha en avant pour que son visage soit bien en face de celui de Zora tandis qu'elle lui adressait un sourire moqueur et victorieux.

« J'ai gagné. »

Elle parcouru un instant des yeux le visage de la soigneuse, un visage harmonieux qui lui rappelait certains soirs d'été, des années auparavant. Le feu en elle s'agitait toujours autant, mais dans une toute autre direction. Aussi inconsistante qu'à son habitude, sa colère s'était envolée et c'est un brin de nostalgie qui l'avait remplacé, amplifiée par le goût amer de ce qui n'avait jamais été fait et souvent regretté. Aussi elle se baissa un peu plus et vint poser ses lèvres contre celle de Zora, tandis qu'elle se relâchait et qu'elle libérait les mains de son 'adversaire'.


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Zora Viz'Herei
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Mar 22 Mai - 17:17
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Anormale... Zora a de la peine à se focaliser sur la suite des mots prononcés par sa cadette. Elle ne sait pas grand chose des anomalies si ce n'est qu'elles ont été frappées par le courroux des dieux. Malgré cette évidence la soigneuse n'a jamais réussi à leur en vouloir. C'est davantage de la pitié que de la peur ou de la colère qui envahit ses pensées lorsqu'elle pense à ces pauvres âmes. Qu'ont-elles fait de mal? Méritent-elles d'être traitées avec si peu d'égard?

Aux yeux de la jeune rouquine ce sont des malades au même titre que les autres. Elle sait qu'il n'y a pas de remèdes pour les soigner. Mais il doit forcément y en avoir un! Il n'a simplement jamais été découvert! Elle peine à considérer les dieux comme des monstres qui infligent des tourments injustifiés. Peut-être que les anomalies ne sont pas punies par les divinités et simplement condamnées par la peur des Hommes. L'adolescente ambitionne de les aider même si elle ne sait vraiment pas comment s'y prendre.
"Et bien c'est une soigneuse qui te le dit, Kali: tu n'as rien d'anormal!" lâche-t-elle sur un ton volontairement pompeux. "Au pire tu es un peu trop bavarde, c'est tout!"
Toujours est-il qu'elle imagine que le fameux Maître d'armes évoqué par Kali a raison. Tuer n'est pas un acte anodin. Il n'a rien de noble et marque l'âme d'une personne. L'Oubli adoucit peut-être la peine et endort probablement les soubresauts de la conscience. Comment les gens qui tuent peuvent-ils se regarder en face? Quelle fierté peuvent-ils tirer d'un acte aussi abjecte? Le meurtre est une frontière que les humains ne devraient pas franchir. Et elle espère que Kali ou elle n'auront pas à la franchir un jour. La vie est trop belle pour que l'on laisse l'ombre de la mort l'obscurcir...

Zora tord machinalement ses cheveux pour en extirper l'eau tout en écoutant la question suivante de Kali. Elle comprend la curiosité de sa cadette. Ce n'est pas la première à lui poser ce genre de questions. Elle a déjà pu se rendre compte du respect que les gens accordent aux soigneurs. Là encore, elle comprend. Mais si la pratique des soins est un art, il en reste un parmi tant d'autres. La rouquine est davantage impressionnée par les colonnes aqueuses élevées tout à l'heure par sa cadette que par un adepte de Möchlog qui guérit un patient.
"La plupart des gens sont gentils, oui! Mais c'est un peu bizarre. Ils placent leurs espoirs en nous comme si nous étions des... des... je ne sais pas comment dire!" avoue-t-elle finalement. "Ils imaginent souvent qu'on peut tout guérir et qu'on les protège de la mort! Il y a de ça, c'est vrai! Mais seuls les Maîtres peuvent tout guérir! Et ils sont rares! Les novices et les adeptes font ce qu'ils peuvent mais parfois la mort l'emporte. Et dans ces cas-là les gens deviennent parfois mauvais! Comme si nous étions responsables de leurs malheur ou que nous faisions preuve de mauvaise volonté! C'est... étrange!"
Et le mot est faible! Les gens se montrent souvent reconnaissants et c'est plaisant. Mais de temps à autres ils peuvent être violents lorsqu'ils comprennent que la mort sera la seule issue. Ils oublient alors que les disciples de Möchlog ne sont rien de plus que des humains. L'espoir est remplacé par de la colère. Parfois même de la haine. Zora tente bien de s'en accommoder. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire...
"Mais mon maître me dit souvent qu'il faut se concentrer sur les vies sauvées! Et qu'il ne faut pas en vouloir à ceux qui s'emportent!" reprend-t-elle. "C'est ce que j'essaie de faire!"
Avec une difficulté croissante, d'ailleurs. Elle n'avait jamais pensé que la voie de Möchlog pouvait être si compliquée. Et la nature humaine, si versatile. Mais cette innocence était autrefois animée par une naïveté dont le temps la soulage. Le monde n'est pas blanc ou noir. Et c'est ce qui fait son charme, dans le fond. Zora est certaine qu'un jour elle aura les épaules pour accepter les facettes sombres de sa profession. Plutôt que de considérer le négatif, il faut se focaliser sur le positif. Et il y en a...
"Je dois bientôt retourner au dispensaire pour prodiguer des soins avant le dîner! Tu veux m'accompagner?" lui propose-t-elle. "Je pourrai te montrer et t'expliquer ce que je fais! Tu pourras voir de tes propres yeux comment les gens se comportent! Et peut-être même les distraire un peu en leur parlant de Zagash?"
Et elle pourra garder plus facilement la jeune patiente à l'oeil. Il manquerait plus qu'elle disparaisse encore une fois...


L'attaque est aussi rapide que sauvage. Et c'est avant tout la chance et de bons réflexes qui ont permis à Zora de la contrer avec un bouclier. Les deux adversaires se font à présent face. Le véritable combat va commencer! Celui qui verra la disciple de la Chouette l'emporter sur celle de la Raie. Kali est probablement un adversaire de valeur. Mais elle ne pourra pas s'opposer à l'élue de Möchlog. C'est une évidence qui insuffle à la fanatique une confiance absolue quant à l'issue de cet affrontement.

Et pourtant elle aurait préféré que Kali suive la voix de la raison plutôt que celle de la fierté. La tuer maintenant est une option qu'elle souhaitait éviter. Son aide aurait pu être précieuse. Maintenant il lui faudra trouver un moyen d'approcher le Primo-Gharyn de Zagash par ses propres moyens. Un contretemps de plus dans une mission régie par la nécessité. Et pendant ce temps les daënars continuent de prospérer et d'éteindre les maux de Technologie sur le monde. Maudite soit l'arrogance de Kali! Ne voit-elle pas qu'elle joue le jeu de l'ennemi en se dressant face à elle?
"J'ai appris bien plus que tu ne peux l'imaginer!" répond-t-elle à son adversaire. "Et bien trop pour que tu sois en mesure de me gêner!"
Et dire qu'elle lui reprochait son arrogance... Blessée dans sa fierté, vexée que la zagashienne la considère comme une adversaire à se portée, elle se laisse un peu trop guidé par des sentiments qui l'empêchent de se concentrer convenablement. Le corps à corps reprend et la fanatique ne tarde pas à être plaquée au sol, les poignets maintenus par la poigne de celle qu'elle considérait autrefois comme une amie. Zora sert les dents tandis que la jeune femme lui indique qu'elle a gagné.
"Parce que tu crois que c'est ter...?"
Elle ne peut guère terminé sa phrase, ses lèvres étant prises en otage par l'audace de Kali. La fanatique ne réagit pas tout de suite. Tout au plus se contente-t-elle d'écarquiller les yeux tandis que la surprise surclasse sa colère. Il lui faut de longues secondes pour assimiler ce qu'il se passe tant la situation semble décalée par rapport à la réalité qu'elle conçoit. Elle ne remarque même pas que la pression sur ses poignets s'est relâchée.

Mais lorsque la raison émerge de l'absence, Zora effectue quelques gestes et dresse un bouclier qui repousse Kali sur le côté. Elle profite d'être à nouveau libre pour se redresser à moitié, restant en appui sur un genou tandis qu'elle passe le revers de sa main sur ses lèvres à l'intimité violée.
"C'était quoi, ça?!" s'irrite-t-elle. "Pour qui m'as-tu prise? Je ne suis pas comme... ça!"
La haine et les reproches, elle y est habituée. La violence fait également partie de son quotidien. Mais la rouquine est loin d'être habituée aux manifestations de douceurs. Ce n'est pas le fait que Kali soit une femme qui l'ennuie mais plutôt le fait qu'elle use d'une arme face à laquelle elle est bien démunie. Comment doit-elle réagir? Quelle suite convient-il de donner à cette attaque bien plus dévastatrice que la magie?

L'image d'Althéa et les longues nuits passées contre Althéa dédiées à la survie lui reviennent en mémoire. Elle ne peut nier que la proximité de leurs corps avait alors éveillée en elle des pensées qui n'ont rien de dignes. Si Zora a nombre de défauts, elle se garde bien de porter un quelconque jugement sur les gens qui jettent leur dévolu sur des personnes du même sexe. Et pourtant elle ne pensait pas être confrontée à une autre situation du genre. Que penserait la noiraude de tout ceci?
"Est-ce là le paiement que tu entends recevoir pour ton aide?" lui demande-t-elle, une grimace à l'appui. "Et si je ne suis pas en mesure de te récompenser de cette façon? Tu me forceras à te tuer?"
L'idée est peut-être encore plus plaisante qu'elle ne l'était il y a quelques instants encore. Ce n'est pas un possible regret qu'elle évoque mais une possibilité qui ne lui fait guère peu. Peu importe comment Kali l'interprète. Déconcentrée, incapable de donner suite à un affrontement qui semble à présent investi d'un sens qui la dépasse, Zora se contente de reculer d'un pas. Puis d'un second. De tous les combats qu'elle a menés, celui-là est sans doute le plus difficile.

Elle garde un regard empli d'incompréhension rivé sur son adversaire. Pourquoi a-t-il fallu que la zagashienne tombe aussi bas? Sa ruse est indigne d'une guerrière. Mais diablement efficace...




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Kali Tal'göss
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Dim 27 Mai - 19:32
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« Les gens ne sont pas très sympas. » fut tout ce que rajouta la gamine aux soucis évoqués par son aînée. Elle ne voyait pas vraiment quoi dire de plus. Elle essaya d'imaginer comment elle aurait réagit s'ils n'avaient pas pu sauver son œil. A la vérité, sûrement pas très bien. Et pourtant elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même, après tout elle ne se serait pas faites blesser si elle avait été plus adroite. Après il y avait ceux qui n'avaient juste pas de chance : une maladie, une chute, une tempête... Elle se demandait toujours si de tels événements étaient la volonté des Architectes. D'après sa mère, ils étaient davantage la conséquence d'un monde libre où les humains pouvaient grandir et se développer : les Architectes veillaient sur leurs meilleurs disciples, mais ils ne pouvaient pas être en permanence derrière eux. Chacun devait commencer par protéger soit-même et les siens.

« D'accord, je veux bien rentrer. »

Elle étouffa un bâillement en répondant à la proposition. Suivre Zora serait toujours divertissant et instructif, plus drôle en tout cas que d'aller se coucher. Elle la regarda avec attention faire trois pansements, raconta longuement à un nomade d'Amisgal pourquoi il devrait passer tout son temps à Zagash avant de finalement s'endormir sur une chaise tandis que Zora faisait un énième pansement.

~~~~~~~~~~

Kali aurait embrassé une statue de glace que cela aurait probablement été plus chaleureux ! Elle ne s'attendait pas à une étreinte passionnée mais au moins à une réaction. Quand soudain elle fut repoussée sur le côté. Un nouveau bouclier, décidément sa spécialité. Elle roula dans l'herbe humide avant de se réceptionner sur ses pieds et de rester là, accroupie, tandis que Zora se redressait face à elle. Elle l'observa, ses yeux qui lançaient des éclairs de colère ne la rendait que plus désirable. Kali se mordit la lèvre pour réprimer un grand sourire devant le spectacle, visiblement la soigneuse était complètement perdue.
Celle-ci s'énervait, lui prêtait des intentions qu'elle n'avait pas. Kali fit deux pas en avant, sans agressivité, la main loin de ses armes, tandis que Zora recule. Elle se fait douce comme l'eau d'une source de montagne, même si la passion qui l'anime est encore là, plus forte même peut-être.

« Ça ? J'en avais envie, c'est tout. Depuis un petit moment en fait. Depuis notre première rencontre, quand j'ai vu ton joli visage penché sur moi. Mais, à l'époque, je n'étais pas très à l'aise moi même avec ce que je ressentais. » Elle hausse les épaules et balaie l'air de la main, pour bien faire comprendre que c'était du passé.
« Et désolé si je ne suis pas à ton goût, mais vu la situation je n'allais pas te demander avant : ''Tiens au fait Zora, est-ce que tu aimes les nichons ?''. Et ne prends pas cet air outré, ce n'était qu'un petit baiser volé ! Ce n'est pas comme si je t'avais tripotée non plus ! »

Kali hausse les sourcils tandis que Zora continue de vider son sac. Un paiement ? Elle croyait que... C'en était trop, elle n'y tint plus et explosa de rire à s'en tenir les côtes. Il lui fallut de longues, trop longues au vu de ce qui s'était passé avant, secondes pour récupérer mais elle ne pouvait pas faire autrement. Quand elle parvint enfin à mettre deux mots à la suite sans être secouée d'éclat de rire, elle répondit à la question :

« Tu crois vraiment que je me fais payer comme ça ? Non, Zora, ça, ce n'était qu'une invitation. Elle ne t'intéresse pas, très bien. Mais ça ne change rien au reste. En tout cas ça ne change rien pour moi, j'espère que pour toi aussi. Et bordel qui a parlé de se tuer ? C'est quoi ton problème avec ça ? »

Kali écarta les bras, signifiant son incompréhension. Elle était encore agitée, prête à l'action. Ça n'augurait rien de bon pour la suite. Zora aurait pu arrêter cette escalade, il lui aurait suffit de ne pas nourrir de nouveau la méfiance et la colère, mais avec sa façon de se braquer et ses propos, c'était tout l'inverse qu'elle faisait.

« C'est ce que tu comptes faire tout le temps : menacer de me tuer -comme si c'était réellement possible- dès que je dirais ou ferais quelque chose qui ne te plaît pas ? Et à Zagash, tu comptes faire pareil si les gens ne veulent pas t'écouter ? Parce qu'ils ne le voudront pas, si tu viens leur parler de soumission à... une infirmière qui se croît importante parce qu'elle a survécu à Daënastre.
Si tu te mets à essayer de tuer tous ceux qui te contredisent, tu es une sacré tarée. Et on va rapidement avoir un très gros problème toutes les deux. »


Si elle devait affronter Zora pour l'empêcher de tuer des zagashiens, son peuple, elle le ferait même si cela la chagrinerait profondément : il y avait un temps pour les amourettes d'adolescentes et un temps pour les devoirs d'une servante de Dalaï. Si elle devait sacrifier les premières pour remplir les seconds ainsi soit-il : elle n'hésiterait pas une seconde.


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Zora Viz'Herei
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Mar 5 Juin - 9:08
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Les souvenirs prennent une saveur différente. D'une certaine façon, elle se sent souillée par les aveux de la zagashienne. En s'offrant, dénudée, à la vue de la guerrière, Zora n'aurait-elle pas elle-même contribué à attiser les flammes du désir? Elle se rend bien vite compte de l'absurdité d'une telle pensée. Et pourtant la colère vient à nouveau contaminer son âme. Kali, d'une certaine façon, vient de nuancer certains des meilleurs moments qu'elle a vécus durant son adolescence. Comme si la vie avait décidé de lui retirer jusqu'aux derniers vestiges de son insouciance...

Elle reste silencieuse, se contentant de froncer les sourcils et de se draper davantage encore dans la méfiance. Mais elle se souvient à présent ce qu'elle enviait à l'étrangère par le passé: cette facilité avec laquelle elle arrivait - et arrive encore - à aborder l'existence. Les choses semblent toujours aussi simples en sa présence. Comme si les soucis n'avaient pas leur place auprès de sa cadette. L'espace d'un instant, Zora renoue avec un passé qu'elle s'acharne pourtant à reléguer aux oubliettes. D'ordinaire, il lui évoque ses erreurs. Ce soir, il lui rappelle celle qu'elle était alors. Et une forme de peur s'insinue peu à peu dans ses pensées. Comme si la meurtrière prenait finalement conscience que ses choix auraient pu être meilleurs.

L'éclaircie disparaît à nouveau au profit de la noirceur d'un océan de tourments. Elle lâche un soupir et se détend quelque peu. Le rire communicatif de la zagashienne a permis de faire retomber la tension aussi vite qu'elle était montée. Depuis quand n'a-t-elle plus entendu quelqu'un rigoler? Elle s'est peut-être trop habituée à la violence et à lutter pour sa survie qu'elle a oublié que les gens n'étaient pas tous hostiles. Qu'ils ne voulaient pas tous la voir pendue à un arbre ou sa tête plantée sur une lance à l'entrée de Darga. Que dans ce monde, il y a peut-être encore des raisons de vouloir espérer...

Elle baisse les yeux tandis qu'elle fait de son mieux pour entendre les paroles de celle qui fut autrefois son amie. Zora se sent à présent incapable de soutenir ce regard qui lui renvoie, depuis le passé, une vision désagréable de celle qu'elle est devenue. Elle n'a pas non plus la force de s'offusquer lorsque la zagashienne la qualifie d'infirmière et minimise la valeur de sa croisade.

Zora relève les yeux vers les tristes ruines noircies, au sommet du promontoire rocheux. Les souvenirs s'animent. Son premier sort de soin maîtrisé. La fierté dans le regard d'un maître qui ne lui évoque rien sinon de l'indifférence aujourd'hui. Kali et tous les autres qu'elle a soigné avec les modestes talents qui étaient siens à l'époque. Les convictions, aussi fausses qu'agréables, qu'elle avait alors. Les rires. Les pleurs. Un torrent d'impressions l'assaillent et la submergent. Comme si l'adolescente pleine de vie qu'elle était autrefois cherchait à s'extirper de sa prison, là, dans les tréfonds de sa mémoire.

Les larmes roulent toutes seules. Un aveux de faiblesse dont elle se serait bien passée. Mais également un semblant de délivrance qui lui retire un poids monstrueux de la poitrine. Ce n'est peut-être pas glorieux. Peut-être même incompréhensible pour Kali. Pour Zora, en tout cas, ça l'est. Elle n'explique pas réellement ce tressaillement de conscience. Et elle ne le souhaite d'ailleurs pas. Elle se contente simplement de laisser celle qu'elle est s'exprimer un bref instant. Comme l'eau d'un barrage qui aurait cédé, le coeur de la fanatique laisse libre cours à sa douce fureur.
"Je... Peut-être que je suis tarée finalement, oui!" lâche-t-elle avec difficulté, ponctuant sa remarque d'un sourire triste. "J'ai fait des erreurs, Kali! Beaucoup d'erreurs! Möchlog... Il..."
Elle renifle doucement à défaut de pouvoir prononcer à voix haute ce qu'elle soupçonne déjà tout bas. Cette chose qui lui fait tellement peur qu'elle n'arrive pas à la nommer. Elle hausse les épaules puis lâche un long soupir. Elle n'a pas envie de poursuivre cette discussion. Et elle souhaite encore moins l'écourter. Semblable à une condamnée qui ne peut échapper à la hache du bourreau, elle se force à continuer.
"Il m'a privée de certains de mes pouvoirs!" ajoute-t-elle avant de serrer les dents, sa vision se brouillant à cause des larmes. "J'ai passé plus de dix ans à tuer en Son nom! Je lui ai voué mon existence toute entière! Mes mains sont couvertes de sang parce qu'Il la voulu! Et maintenant... Et maintenant..."
La boule dans sa gorge s'amplifie encore, l'empêchant de parler ou même de respirer convenablement. Elle se sent abandonnée par son dieu, bien sûr. Mais également par ses compatriotes. Elle est bien seule... Et si cette évidence ne lui avait jamais fait peur auparavant, aujourd'hui elle devient trop lourde à porter. La rouquine serre les poings à s'en faire mal et trouve à nouveau la force de poursuivre.
"Qu'est-ce que je dois comprendre, hein?" demande-t-elle, perdue. "Que tout ce que j'ai fait n'a servi à rien? Que je ne suis qu'une meurtrière parmi tant d'autres? Une femme qui a trahi les siens? Et elle-même, au passage? J'ai essayé d'aider My'trä! De toutes mes forces! Et maintenant Il me désavoue? Comme si j'étais une chose dont on se débarrasse lorsque l'on en n'a plus l'utilité?"
Les dieux se soucient-ils vraiment de leurs fidèles? Möchlog s'est-Il joué d'elle? N'était-elle qu'une forme de distraction? Elle sait bien qu'elle n'est pas folle. Elle a ressenti la Volonté de la Chouette! Cette dernière semble bien cruelle! Et pourtant - et c'est paradoxal - la foi qu'elle éprouve pour Lui est on ne peut plus vive. Comme si la peur la nourrissait d'une nouvelle intensité. Zora hoche tristement la tête.
"Tu sais ce qui est le pire dans tous ça?" glisse-t-elle, rhétorique à l'appui. "C'est que je ne vais pas m'arrêter! Je me suis enfoncée bien trop loin dans ce chemin pour pouvoir revenir en arrière! Il est trop tard pour ça! Bien trop tard!"
Sa voix a retrouvé l'assurance dont elle est habituellement teintée. Les larmes se tarissent tandis qu'elle s'obstine. Peut-être qu'il s'agit de lâcheté. Elle ne le sait pas elle-même. Mais elle sait que sa chance d'expier ses crimes est passée depuis bien longtemps. Maintenant, c'est marche ou crève. La fanatique relève finalement le regard vers Kali et s'agenouille avant de lui désigner d'un mouvement de la tête ses armes.
"Tu ferais peut-être bien de me tuer pendant que tu en as encore l'occasion! Vas-y, je ne tenterai pas de m'y opposer!" l'encourage-t-elle. "Dans le cas contraire... Je ne cracherais pas sur un peu d'alcool!"
Voir beaucoup! Que ce soit par la mort ou par l'ivresse, elle doit se vider l'esprit. Arrêter de penser. Lorsque la vie place trop de doutes sur le chemin de l'existence, il vaut peut-être tout simplement mieux lâcher prise. Et peut-être renouer avec un passé qui, il faut bien le reconnaître, n'était pas si désagréable...




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Kali Tal'göss
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Ven 8 Juin - 22:49
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Quand elle remarqua les larmes, fugitifs éclats dans les lueurs du feu de camp, comme de petites étoiles perdues sur le visage de Zora, la première réaction de Kali fût le doute. La suhure semblait si froide, si dure depuis le début de leur rencontre que ces larmes paraissaient impossibles. Et pourtant, c'est toute l'apparence de contrôle de la guérisseuse qui s'effondra, comme une falaise rongée par les vagues, devant une guerrière dubitative et hésitante. Alors Kali l'écouta, sans chercher à l'interrompre, sans faire de commentaires et ne sachant comment réagir. Ce n'était pas souvent qu'elle était comme ça mais la scène l'avait complètement prise au dépourvue. Elle n'était pas sûre de savoir où Zora voulait en venir : si elle cherchait des excuses, si elle exposait des regrets, si elle blâmait son Architecte... C'était comme une rivière qui venait de percer un barrage, l'eau fuyait de toutes parts, sans réelle logique apparente. Ou bien... comme un incendie qui engloutissait la première nourriture à portée pour croître encore ; elle n'était pas sûre de savoir quelle métaphore elle préférait.

Quand la guérisseuse pointa d'un mouvement du menton le khopesh accroché à la hanche de Kali, celle-ci le pris en main, d'un geste qu'elle voulait nonchalant mais restait vif et précis. Elle fit tourner l'arme dans sa main, l'acier poli faisant jouer les reflets des flammes de multiples façons au gré de sa courbure. Kali le fixa un moment, indécise, avant de regarder Zora, de revenir sur l'arme... Ce ballet dura un certain temps, car intérieurement un énorme dilemme se posait à l'adepte de Dalai.
D'un côté, Zora avait affirmé qu'elle continuerait à tuer. Pas exactement qui, pourquoi, mais cela n'importait pas vraiment : il était évident qu'elle tuerait un disciple de la Raie un jour ou l'autre. Une idée qu'elle ne pouvait accepter et qu'elle ne pouvait laisser passer. La solution la plus simple de mettre un terme à cette menace était bien évidemment de faire ce que la fanatique demandait et d'écourter sa vie. Simple, directe, habituellement sa voie préférée. Les flammes de la colère, du ressentiment et de l'orgueil bafoué la poussaient dans cette direction.
Mais cette solution la gênait. Déjà, elle se voyait mal exécuter quelqu'un qui ne se défendrait pas. Si Zora avait provoqué le combat, elle l'aurait tué, sans trop de remords. Mais là, offerte et pitoyable ? Non, ce n'était pas comme ça qu'elle agissait. Et puis elle voulait croire qu'il y avait une part de remords dans ce discours et que la suhure, ou au moins une partie d'elle, voulait changer. Un souvenir lui revint en mémoire, de sa Zagahs natale :


Elle devait avoir sept ou huit ans, lorsqu'un jour sa mère l'avait emmené auprès d'un ruisseau qui cascadait à travers une succession de petits plateaux de pierre pour finir par former un petit bassin autour duquel poussait tout un tas de buissons, seule touche de verdure alentour puisqu'elles étaient dans l'est de Zagash. Elles avaient escaladé les plateaux pour atteindre le plus haut, qui n'était quasiment constitué que d'une large mare peu profonde. Désignant d'un geste de la main l'endroit d'où l'eau débordait du plateau, sa mère lui dit simplement :

« Kali, je veux que tu trouves un moyen de faire en sorte que l'eau ne passe plus par ici. »

L'enfant qu'elle était l'avait regardé avec étonnement, mais elle s'exécuta bien vite et essaya de dresser un barrage de bois et de feuilles, qui fut rapidement emporté. Elle s'y essaya à de nombreuse reprises, changeant un peu l'endroit, essayant de récupérer les branchages les plus denses. Elle alla même jusqu'à utiliser une pierre pour servir d'appui principal, non sans plusieurs regards inquiets à sa mère pour voir si elle ne s'énervait pas. Mais celle-ci restait calme et imperturbable devant ses tentatives. La pierre échoua comme les autres : elle ne fut pas emportée certes, mais l'eau filtrait toujours et débordait autour. Elle entendit sa mère s'approcher derrière elle, seulement signalée par le clapotis de l'eau.

« L'eau ne peut jamais être arrêtée Kali. » L'enfant se tourna vers elle avec de grands yeux d'incompréhension :
« Mais tu m'as demandé de le faire !
-Non, je t'ai demandé de faire en sorte qu'elle ne passe plus
ici. » Elle insista bien sur ce dernier mot, puis se détourna et fit quelques pas vers un autre bord du plateau.
« Et pour ça, tu dois lui montrer une autre voie. »

Et sans prévenir elle abattit un fouet d'eau sur le bord du plateau, suffisamment violent pour creuser une rigole à travers laquelle l'eau s'engouffra pour jaillir à l'autre extrémité en un filet d'eau chargé de petits morceaux de roches arrachés à la paroi. Kali regarda le tout bouche-bée, puis se retourna pour contempler son petit barrage. Quand elle se retourna vers sa mère, elle affichait un de ses grands sourires innocents et moqueurs à la fois :

« L'eau passe toujours ici ! »

Sa mère sourit en retour et lui passa une main dans les cheveux, ébouriffant la tignasse rousse.

« Sois un peu patiente jeune fille, on ne change pas le cours des choses d'un seul coup sans faire des dégâts irréversibles. »

Elles étaient revenus deux fois l'an, lorsque la caravane passait près de ce lieu. Au bout d'un an la rigole était devenu une large ouverture qui donnait naissance à une vraie cascade et précipitait l'eau sur un ensemble complètement différent de plateaux rocheux, reformant le paysage, tandis que l'autre passage ne voyait plus qu'un filet de gouttes s'échapper. Au bout de deux ans, le premier ruisseau était complètement à sec et le bassin de récupération un creux sans eau entouré de plantes mortes. Un autre bassin avait été creusé par le nouveau cours d'eau, de nouvelles plantes avaient poussés, certains plateaux rocheux s'étaient effondrés, trop érodés, et le lieu était presque méconaissable.

« Ne sous-estimes jamais le pouvoir des petits gestes Kali. Un chemin qui change et c'est toute une vie qui peut être transformée.
-Mais... comment est-ce que je peux savoir ce qui va changer ?
-Tu ne le peux pas.
-Et si ça ne me plaît pas ?
-Alors change-le encore. Ne te contente jamais du monde comme il est Kali, change le selon ton désir. Sois comme le ruisseau qui creuse à travers les collines pour atteindre l'océan.
-Et... si je rencontre un fleuve ? »

Sa mère lui adressa l'un de ses sourires bienveillants, qu'elle arborait quand la jeune élève avait compris quelque chose d'important.

« Dans ce cas tu dois le suivre ou devenir un fleuve toi aussi ! »



Kali jeta l'arme à quelques mètres d'elle, avec le reste de ses affaires, puis elle se retourna vers Zora et haussa les épaules.

« Je suppose qu'on va boire alors. Viens t'asseoir et prend un morceau, ça te fera du bien de manger. »

Elle-même alla fouiller dans ses sacs pour réussir à en sortir une bouteille en verre protégée par un panier d'osier tressé et elle revint s'asseoir juste à côté de Zora, avec deux tasses qu'elle remplit généreusement.

« Je suis pas très alcool, j'ai récupéré ça par hasard à une partie de dé. Je sais pas à quoi c'est, j'ai oublié le nom mais à l'odeur, ça devrait faire l'affaire. »

Et pour illustrer elle but une gorgée. Une bien trop grande gorgée. Le liquide lui enflamma le palais et la gorge et elle se retint de tout recracher dans le feu de justesse. Elle avait encore la bouche brûlante par contre, aussi d'un mouvement de bras vif, semblable à l'attaque d'un serpent, elle piqua d'un couteau l'un des tubercules dans la marmite encore frémissante posée devant elles et le porta à sa bouche pour en croquer un morceau. Aussi chaud qu'il puisse être, il atténua largement la sensation de l'alcool. Elle prit quand même le temps d'inspirer de longues goulées d'air avant de parler.

« Bon, du coup, Möchlog t'as demandé de tuer des gens c'est ça ? Mais est-ce qu'il t'as dit qui, et pourquoi ? »

Ce n'était peut-être pas une bonne idée, mais elle devait comprendre ce que pensait Zora. Bien sûr, Kali n'avait aucun problème avec la violence, mais là il s'agissait de meurtre de sang-froid, pour ce qu'elle en savait. Pas d'un combat ou d'une lutte pour la suvie dans lesquels la zagashienne n'aurait probablement rien trouvé à redire.

« Je suis désolée, pour tes pouvoirs. Vraiment je veux dire. Je n'imagines même pas dans quel état je serais si Daläi m'en enlevait. Je suppose que je ferais tout pour les regagner. »

La dernière phrase était un peu hésitante : elle cherchait des excuses à la suhur, elle en était consciente, mais ça ne collait pas, Zora disait avoir tué avant que ses pouvoirs ne disparaissent.

« Par contre je pense que tu as tort : il n'est jamais trop tard pour changer de chemin. Tu as suivi une voie assez... particulière et tu en as vus les conséquences. Des choses dans ta vie ont changées. De là, tu as deux choix : soit tu acceptes ces changements et tu continues sur ta voie, mais si ça ne te plaît pas tu n'as aucune raison de faire ça. »

Elle fit une pause un peu trop longue et insistante à ce moment, montrant clairement ce qu'elle préconisait. Son teint pâle se colorait de rouge tandis que l'alcool lui montait déjà à la tête et qu'elle tanguait légèrement d'avant en arrière. Elle détestait ça ! Mais ce n'était pas le principal à ce moment là.

« Ou alors, deuxième option, tu prends une autre voie pour changer les changements. Enfin pour changer à nouveau les trucs qui ont changés avant... tu m'as comprise ! »

Elle se tût un peu. Puis, ajouta, sur un ton moins sérieux et méditatif qu'avant et plus inquiet, à mi-chemin entre des confidences et des excuses :

« Au fait, tu m'en veux pas pour tout à l'heure hein ? J'ai pas réfléchi, je suis comme ça : une idée me vient, je la fais. Mais je voulais pas te blesser. »


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Zora Viz'Herei
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Sam 9 Juin - 10:07
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Kali semble être tiraillée par le choix que Zora lui a offert. Ce qui, en soit, est un signe plutôt encourageant. La fanatique trouverait sans doute matière à se réjouir de l'hésitation de sa cadette. Mais la lassitude est telle qu'elle n'arrive guère à savoir ce qu'elle ressent précisément en cet instant? Du soulagement? Du regret? Peut-être un mélange de nobles et sordides sentiments? L'indifférence qu'elle porte à la vie des autres semble maintenant s'appliquer à la sienne, l'empêchant de réfléchir avec un semblant de discernement.

Le regard ambré de la rouquine se pose maintenant sur l'herbe fraîche qui bordent ses genoux. Un mince sourire s'installe sur ses lèvres. Au moins mourrait-elle ici, sur sa terre natale. Là où tout à commencé. Et là où tout pourrait bien se terminer si la zagashienne décidait de suivre l'appel du bon sens. Ses yeux se lèvent ensuite en direction du ciel étoilé, parfait, de My'trä. Un ciel qu'elle aura l'occasion de revoir, elle le sait. Sa prochaine existence sera-t-elle frappée par le calme et l'ennui? À nouveau animée par la mort et le devoir? Que forme adoptera son renouveau?

Le verdict finit par tomber lorsque son ancienne amis brise l'agréable silence de sa voix. Va pour l'alcool, donc! Zora ne se rapproche pas de suite de sa cadette. Elle ferme les yeux pour profiter un instant des manifestations de la vie. Les odeurs végétales fusionnant avec le repas en préparation. Le vent qui caresse avec un mélange d'indifférence et de douceur la chair exposée à son étreinte. Les bruits qui témoignent de la présence d'une faune épanouie dans les environs. Toutes ces petites choses que l'on perd l'habitude d'apprécier avec le temps...

Elle se redresse ensuite avec nonchalance avant de rejoindre le petit campement de sa cadette. Après quoi elle s'allonge aux côté du feu et continue de garder le silence. D'une certaine façon, elle se sent honteuse d'avoir exposée ainsi son âme à une femme qui, aujourd'hui, est redevenue une inconnue. Et pourtant le soulagement reste présent. Qu'a-t-elle à perdre de toute façon? Möchlog lui a retiré ses faveurs. N'est-elle pas libre de vivre comme elle l'entend désormais? De laisser s'exprimer la part d'elle-même qui s'est soumise avec dévotion aux exigences de la Chouette?

Quelque peu sonnée par le choc émotionnel inspiré par Kali, Zora met encore quelques instants avant de se servir de la tasse préparée par la rouquine. La puissance des volutes qui s'en échappent la ramène cependant davantage à la conscience. Elle n'hésite que brièvement avant d'en vider le contenu. La morsure du breuvage est violente. Tellement, à vrai dire, que la rouquine hésite à bref instant à user de ses pouvoirs récalcitrants pour tenter d'endormir ses papilles gustatives. Mais le dégoût lui rappelle qu'elle est vivante. Et elle finit par accepter bien vite ce qui n'est, dans le fond, qu'un vague désagrément.
"Merci!"
La fanatique repousse une nouvelle fois le récipient pour inviter sa cadette à la servir une nouvelle fois. Cette dernière souhaite en savoir davantage sur la volonté de Möchlog. Une curiosité bien compréhensible, d'ailleurs. La disciple de la Chouette aurait sans doute voulu aussi connaître les désirs de Dalaï si seulement cette dernière avait fait de Kali Son élue.
"Il m'a parlée dans mes rêves, oui!" confirme-t-elle. "Tuer n'est que le moyen auquel j'ai recours pour accomplir Sa volonté. Ma véritable mission consiste à corriger les erreurs commises par ceux qui furent un temps mes pairs. Ils ont privé la Mort de nombre d'âmes qui lui revenaient de droit. Je n'existe que pour rétablir la balance. Ou, du moins, j'existais dans ce but..."
Le doute est à nouveau palpable dans les propos de la fanatique. Elle suppose néanmoins que la zagashienne comprendra que la Chouette ne s'est pas contentée de lui donner une liste exhaustive de personnes à tuer. Ce n'est pas comme ça que les choses fonctionnent. Les signes doivent être décryptés et compris. Une cicatrice, par exemple. Zora, bien évidemment, ne juge pas utile de préciser à Kali qu'elle fait partie de ceux qui ont injustement trompé la mort. Par la faute de son aînée, cette fois-ci...

La suite de la conversation, quant à elle, lui fait comprendre que Kali s'est trompée sur le sens des mots qu'elle a prononcés tout à l'heure. Elle ne regrette pas ce qu'elle a fait. Loin de là! Mais bien le désintérêt dont semble à présent faire preuve Möchlog. L'absence de reconnaissance ou de véritable récompense de celui auquel elle a voué sa vie. C'est bel et bien l'abandon dont elle est victime qui lui fait mal. Pas le sang qu'elle a sur les mains.

Même si elle n'est peut-être plus l'instrument choisi par le Maître du Destin pour exaucer ses divins plaisirs, il n'en reste pas moins que la mission qui lui fit confiée autrefois reste absolument sacrée. En repensant au passé, Zora ne peut rien tirer d'autre qu'une profonde fierté. Celle d'avoir pu participer à quelque chose de nécessaire et de bien plus grand qu'elle. Les propos tenus par sa cadette ne manquent pas de sagesse. Mais ils ne sont guère de circonstance...
"L'idée c'est de me changer les idées, tu te souviens?" s'amuse-t-elle vaguement. "Pas de poursuivre une discussion qui me rappelle ma condition et mes échecs! J'ai déplu à Möchlog, c'est une évidence. Et si ce soir j'en souffre, demain je trouverai les moyens de retrouver son attention. Je ne vais pas me laisser remplacer par un ou une autre disciple de la Chouette! C'est hors de question! Mais pour ce soir laissons Möchlog là où Il se trouve, tu veux?"
Elle ne peut s'empêcher de se sentir coupable et adresse immédiatement une petite prière à son dieu comme pour apaiser son éventuel courroux. Dans la foulée, elle forme un bouclier autours de sa main avant de jouer avec les flammes qui s'étalent à la base du feu. Une manière de s'assurer que sa capacité à se protéger n'a pas été altérée par le semblant d'arrogance de ses derniers propos. Le tout alors que Kali s'assure qu'elle ne lui tient pas rigueur pour son acte insensé de tout à l'heure.
"Non, je ne t'en veux pas..." avoue-t-elle avec indifférence. "Ce n'est pas la première fois qu'on tente de me tuer, tu sais? Je m'en remettrai..."
Son sourire apparaît un bref instant à travers l'air déformé par la chaleur. Elle imagine bien que la disciple de Dalaï n'évoquait pas la passe d'arme mais plutôt ce qui est venu la conclure. Un sujet que la fanatique préfère ne pas évoquer pour l'instant. Notamment parce qu'il pourrait mener à une discussion qu'elle estime sans intérêt. Les préférences sexuelles de Kali ne regardent qu'elle. Et Zora ne s'abaissera pas à la juger sur ce point. Autant éviter le sujet, donc...
"Nous avons assez parlé de moi tu ne crois pas?" ajoute-t-elle. "Nous avons toute une bouteille à terminer! Et j'aimerais beaucoup savoir ce que tu as fait de l'existence que j'ai malencontreusement sauvée il y a maintenant des années! Je suppose que tu n'es pas devenue Khorog sinon tu ne serais pas seule, ici, dans une région étrangère... Ta mère est toujours en vie? Ou tu as échoué à l'épreuve, peut-être?"
Elle s'autorise à prendre l'un des tubercule qui cuit, s'aidant à nouveau d'un petit bouclier pour éviter de se brûler. La disciple de Möchlog reporte ensuite son attention sur sa cadette. Qu'est-elle devenue? Comment a-t-elle mis à profit le sursis dont elle a bénéficié?




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Kali Tal'göss
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Mer 13 Juin - 0:07
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« Mais, euh... si vous pouvez soigner, c'est bien parce que Möchlog vous en donne le pouvoir non ?
S'il ne voulait pas que vous la fassiez, tu ne penses pas que vous ne pourriez juste pas le faire ?
Je veux dire moi, si Dalaï ne voulait pas que je puisse arrêter le cours d'un rivière, je n'y arriverais pas. Et d'ailleurs je ne peux pas arrêter indéfiniment une rivière ce qui, j'en suis sûre, la mettrait salement en rogne. »


Elle ne put s'empêcher de frissoner à cette évocation. Car si un zagashien ne devait craindre qu'une chose -et la plupart n'en était pas loin- c'était bien la colère de Dalaï. Les légendes racontaient en long et en large ce que la Raie pouvait faire subir à ceux qui s'étaient attirés son courroux et rien de tout ça n'était plaisant. L'Architecte y était dépeinte aussi capricieuse que les mers auxquelles elle avait donné naissance aux origines du monde et plus implacable encore.

« Enfin si tu veux on peut ne pas en parler mais bon, je pense que c'est pas comme ça que tu va résoudre tes problèmes personnels et euh... disons tes problèmes avec la façon de voir des autres. »

C'était un bel euphémisme, mais elle n'avait pas envie de repartir directement en engueulade. Qui savait comme cela allait finir ? Elle essayait de se calmer un peu, un exercice dont elle n'avait pas l'habitude, à part lors de ce petit moment au début d'un combat où il fallait faire le vide en elle pour être la plus efficace.
A cet instant là, elle essayait de se concentrer sur le feu de camp, de le faire diminuer en intensité, pour canaliser sa propre émotion à travers. C'était... une tentative osée, surtout en étant en train de parler à Zora dans le même temps et avec un demi-verre d'alcool ingéré. Ce qui devait arriver arriva fatalement : elle perdit le contrôle. D'abord ce fut une sensation de chaleur dans le bout des doigts, bien vite douloureuse. Un regard à ceux-ci lui fit découvrir de petites flammes qui s'en élevait. La surprise lui arracha un glapissement, elle secoua sa main de toute part et plongea ses doigts dans une tasse d'eau de laquelle s'éleva un panache de vapeur.
Quand elle les ressortit, de petites cloques commençaient à apparaître sur certains. Elle les plia en faisant une grimace de douleur avant de se tourner vers Zora :

« Tu ne peux plus soigner c'est bien ça ? »

Elle eut une grimace qui signifiait qu'elle connaissait bien la réponse et ne cherchait qu'à détendre l'atmosphère. Même si ça l'aurait effectivement arrangée que Zora puisse lui faire disparaître ces disgracieuses marques d'un claquement de doigt. Au lieu de ça elle se contenta de hausser les épaules et de laisser ses mains tendues se refroidir dans l'air frais du soir.
Quand Zora se trompa complètement sur le sens de ses excuses, Kali poussa un soupir théâtral en levant ostensiblement les yeux au ciel :

« Oh je t'en pries ! Je n'ai même pas dégainé une arme, est-ce que tu peux arrêter de penser que je veux te tuer à chaque fois que je m'oppose à toi !
En plus je ne m'excusais pas pour ça. Je ne m'excuses jamais d'avoir frappé quelqu'un d'ailleurs, surtout pas quand la personne m'a provoqué. »


Petit sourire en coin tandis qu'elle farfouillait ses affaires d'une main pour en tirer une petite blague à tabac àù elle récupéra quelques feuilles à la couleur bleue pâle qu'elle commença doucement à enrouler autour de ses doigts les plus touchés par les flammes. La sensation de froid et d'apaisement ne tarda pas à se faire ressentir et à se diffuser le long des doigts pour finir dans sa paume. Elle sourit sous la caresse qui lui faisait l'effet d'une chatouille.

« Un truc de Zolios pour lutter contre les brûlures. » elle expliqua sur un ton banal, sans qu'on ne lui ai rien demandé : « J'en ai toujours un peu avec moi, vachement pratique et pas besoin de préparer un cataplasme. Ce qui est très chiant quand on a les doigts brûlés. »

Elle prit une nouvelle gorgée d'alcool, plissant les lèvres quand le liquide lui agressa les sens. Elle ne comprenait pas que l'on pouvait aimer ça. Et ces petits vertiges qui commençaient, c'était insupportable, elle avait l'impression qu'elle n'arriverait pas à attraper son couteau si elle en avait besoin soudainement.

« Non, bien vu, je ne suis pas Khorog. La dernière fois que j'ai croisé ma tribu, ma mère était encore en poste. Je n'ai encore jamais essayé de devenir Khorog en fait. J'y pense parfois, mais ça ne me semble tout simplement pas le bon moment. Je préfère continuer comme ça pendant encore un moment, rien ne sert de courir après les honneurs : lorsque Dalaï souhaitera que je guide mon peuple, je suis sûre qu'elle trouvera un moyen de me le faire savoir.
Je ne vais pas te demander comment ça se passe avec les tiens, ça serait déplacé. »


Elle ne put empêcher un rictus moqueur de se glisser sur ses lèvres. Elle se doutait que le sort de Suhury n'était pas totalement anecdotique aux yeux de Zoa, même si ses habitants auraient préféré assurément qu'elle les laisse tranquilles.

« Et si tu veux savoir, j'ai été otage politique ! Du coup j'ai passé plusieurs années à vivre dans un clan de kharaaliens. Ouais, chez les gens qui vénèrent Delkhii. Ah, ça, je m'entendais bien avec eux, aucun doute là-dessus. » Un sourire sauvage s'épanouit sur son visage tandis qu'elle repensait à la majorité de ses 'geôliers', aux fréquentes rixes et finalement à sa fuite. Mais une pointe de nostalgie se glissa aussi dans son regard, car tout n'était pas noir à cette période de sa vie. « Mais j'ai finis par me barrer. Depuis j'ai pas vraiment regagner de clan, je bouge de ci de là, je fais des petits boulots de mercenaire, j'aide les jeunes à apprendre à se battre, je donne quelques leçons d'utilisation de la magie... Mais je rencontre plein de gens, c'est cool. En plus, j'ai plein d'occasions de me fâcher avec des zoliens comme ça, c'est un genre de bonus ! »

Elle rit comme à une bonne blague, un rire clair, spontané et communicatif. Puis elle pivota, toujours assise en tailleur, pour se retrouver face à Zora. Elle avait un regard malicieux et un petit sourire aux lèvres.

« Et toi ? T'as bien du rencontrer des gens que tu n'as pas essayé de te tuer et qui n'ont pas essayés de te tuer ? Peut-être même des gens qui ont eu plus de succès que moi ? » Elle lui décocha un clin d'oeil un peu trop appuyé. Ses joues commençaient à devenir rouge et son regard un peu erratique se baladait anormalement : « Allez raconte moi tout ! »


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Zora Viz'Herei
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Sam 30 Juin - 10:27
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Lorsque Kali lui annonce qu'elle a été otage de l'un des clans des Kharaals, Zora ressent pour la première fois une forme de compassion pour celle qui fut son amie. Elle imagine sans peine la rancoeur de son ancienne amie à l'égard des disciples de Delkhii. Une rancoeur par ailleurs largement partagée par la fanatique qui a également eu des différents avec les sbires de Zaël. Pourtant elle ne devrait pas être étonnée. L'inimitié entre les servants de l'eau et de la roche n'est pas nouvelle. Le Conseil lui-même a dû intervenir pour calmer le jeu...

Un sourire aussi sincère qu'amusé se dessine sur ses lèvres tandis qu'elle imagine sans peine le comportement de Kali en présence de ces kharaaliens. Elle est d'ailleurs certaine qu'elle n'a pas été des plus dociles. En même temps comment faire preuve de retenue parmi un peuple aussi amorphe? La passivité nourrit la défiance. Et si elle se souvient bien du passé, la zagashienne n'était pas la dernière lorsqu'il fallait faire des bêtises.
"Et bien crois-le ou non mais je compatis!" souffle-t-elle. "J'ai moi aussi eu quelques problèmes avec leur Primo-Gharyn! Et si son Khorog n'avait pas été aussi stupide, je serais probablement encore en train de hanter l'une des geôles de Busad à l'heure qu'il est!"
Elle repense un bref instant au passé et à sa dernière rencontre avec la tatoué lors du bal de l'Exposition Universelle. Elle aurait peut-être dû le tuer lorsqu'elle en avait l'occasion. Maintenant il est trop tard... Mais la rouquine a déjà octroyé trop d'importances aux regrets ce soir et chasse bien vite ce désagrément de ses pensées. L'alcool aidant, sa faiblesse passagère semble désormais bien loin. Ou tout du moins préfère-t-elle considérer que c'est bel et bien le cas.
"Buvons à la liberté, donc!"
Elle joint le geste à la parole et prend une nouvelle gorgée du puissant breuvage avant de réprimer une grimace. Suite à quoi elle lance la bouteille à la guerrière pour qu'elle puisse l'imiter. Elle hésite à occulter les questions de l'intéressée un bref instant avant de se résigner à y répondre. Après tout une discussion ne peut alimentée par qu'une seule personne. Et Zora souhaite avant tout passer une soirée quelque peu différente. Elle s'allonge donc sur l'herbe, le bras replié pour soutenir sa tête, avant de contenter l'intérêt de la disciple de Dalaï.
"Il n'y a pas grand chose à raconter, tu sais..." lui fait-elle remarquer. "J'évite la compagnie des gens lorsque je le peux et puis je ne vois d'ailleurs pas l'intérêt de frayer avec mes semblables en règle général. Il n'y a qu'une seule personne qui compte vraiment à mes yeux mais je doute que tu la connaisses. Althéa Ley Ka'Ori, ça t'évoque quelque chose?"
Elle marque une pause pour laisser l'occasion à Kali de déjouer son pronostique. Si elle la connaissait et connaissant son penchant pour les femmes, Zora imagine fort bien la zagashienne tomber sous le charme. La rouquine est d'ailleurs volontairement restée vague sur les liens qui l'unissent à Althéa. Une façon de nourrir l'imaginaire quelque peu lubrique de son ancienne patiente.
"On s'est rencontrées dans le Khoral il y a peut-être une année maintenant. On a vécu pas mal de choses ensemble, tu peux me croire. Elle est d'ailleurs appelée à régner à mes côtés. Et très honnêtement... Si je questionnais ce choix de Möchlog au début, je suis maintenue convaincue par sa pertinence!" avoue-t-elle. "Elle mérite d'être qualifiée d'amie. Et je crois qu'elle me considère aussi comme telle..."
Une lueur de fierté voltige dans le regard de la fanatique, trahissant la satisfaction que ce constat lui inspire. Elle pourrait probablement parler à Kali pendant des heures de la noiraude. Son courage à Daënastre, ses talents pour la diplomatie ou même les plans foireux dans lesquels elle les a menées. Mais cela fatiguerait vite la zagashienne. Ou alors cela la motiverait à lui sauter dessus si un jour elle venait à rencontrer la khurmis. Une peine qu'elle entend bien éviter à son amie... Et une perspective suffisante pour la pousser à changer de sujet.
"Du coup, si je résume... T'as passé une bonne partie de ta vie parmi le peuple rival du tien et maintenant tu gâches ton talent en faisant des choses sans intérêt! C'est ça?" relève-t-elle. "Quand nous étions gamines j'étais convaincue que tu finirais par prendre la succession de ta mère! Tu devrais peut-être songer à donner un véritable sens à ta vie avant de finir écrasée par l'âge et les regrets! Je crois que je comprends maintenant pourquoi Möchlog t'a mise sur ma route..."
Pas seulement pour l'alcool, de toute évidence... Zora se sent apte à guider la rouquine. Car si le Primo-Gharyn de Zagash compte lui refuser ses faveurs, elle devra alors le remplacer par une personne plus docile et plus réceptive à ses arguments. Kali semble toute indiquée. Reste évidemment à la convaincre. Mais pour l'heure la disciple de Möchlog se contente de rappeler à son interlocutrice que la discussion qu'elle avait entamée quelques minutes plus tôt sera à nouveau évoquée. Pas ce soir, néanmoins...
"Bon, allez! Tu me fais pitié!" lâche-t-elle en se redressant. "Je ne peux peut-être plus soigner les autres à l'aide de la magie mais je suis encore capable d'appliquer un véritable onguent sur des brûlures! Si les zoliens étaient des chantres de la médecine, ça se saurait!"
La rouquine commence à fouiller dans ses affaires avant d'en extirper son nécessaire d'herboristerie. Elle fait un rapide inventaire des plantes rangées dans les petites sacoches de cuir et constate qu'elle est bien en mesure d'aider Kali. Ce n'est pas un acte de bonté, loin de là. Juste du bon sens... Elle a besoin de la zagashienne au meilleur de sa forme pour le moment! Elle lui fait donc signe de s'approcher.
"Et ne t'avises pas d'utiliser ta langue à mauvais escient!" juge-t-elle néanmoins utile de prévenir. "La mienne n'a pas besoin de compagnie!"
Elle marque un temps d'arrêt et lui décoche un regard entendu, évoquant autant la plaisanterie qu'une promesse de représailles. Suite à quoi elle commence à regrouper différentes plantes dans son broyeur.




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Kali Tal'göss
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Jeu 12 Juil - 19:50
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« Althéa... »

Kalia se pencha un peu en arrière, assise en tailleur et les mains accrochées aux chevilles, manqua de peu de tomber complètement et laissa son regard dériver parmi le firmament étoilé tandis qu'elle fouillait ses souvenirs. Finalement elle se redressa d'un coup pour revenir dans la conversation, un sourire un peu idiot figé sur son visage en regardant Zora :

« Non, jamais entendu parler. Elle est jolie ? C'est une suhure je parie, qui vénère ardemment Möchlog de toute évidence. Elle est rousse ? Brune ? Blonde ? Chauve peut-être ? Plutôt de la poitrine ou des hanches ? Elle rigole souvent ? Non, laisse tomber si tu t'entends bien avec elle c'est qu'elle doit tirer la gueule en permanence. »

Elle ponctua sa phrase d'un éclat de rire avant d'écouter la description qu'en faisait Zora. Encore cette histoire de règne. Cette fois, elle décida de ne simplement pas relever, buvant une autre gorgée qui lui irrita la gorge et la fit tousser fortement à plusieurs reprises. « Tu m'en diras tant. » se contenta-t-elle d'articuler entre deux quintes de toux avant de réussir à reprendre contenance. Elle posa son gobelet à l'écart, décidée à ne plus y toucher.

« Je t'emmerdes Zora ! » La réponse avait fusée, pas vraiment méchante mais tout à fait sincère, lorsque l'aînée critiqua la façon que la zagashienne avait de mener sa vie. « Et je n'ai pas à me justifier devant toi. Quelque soit la raison pour laquelle les Architectes ont voulus cette rencontre -les Architectes, pas juste Möchlog- ce n'est certainement pas pour que je reçoive des leçons de ta part, encore moins quand il s'agit de la manière de devenir Khorog. »

C'est vrai, comment pouvait-on prétendre connaître la manière de devenir un guide pour son peuple quand on était détesté de celui-ci ? Kali, au moins, avait la satisfaction de savoir qu'elle comptait chez les siens des tas d'amis et qu'elle ne manquerait jamais de compagnon de route  Elle doutait que Zora puisse en dire autant et ne croyait pas, malgré ce que la suhure essayait de faire transparaître, que cela lui était indifférent.

Elle regarda sa main blessée à la lueur des flammes, les feuilles pressées contre ses blessures. Elle sentait déjà nettement moins les brûlures -de toutes façons elle avait du apprendre à les ignorer à force de s'en faire- et elle ne trouvait pas nécessaire d'ajouter quoi que ce soit mais vu que c'était la première fois que Zora avait un semblant de bonne action depuis le début de la soirée, elle n'allait pas lui retirer ça. Elle se leva donc, chancela un peu avant de reprendre son équilibre, étouffa un juron contre les boissons alcoolisées et se laissa finalement tomber à côté de la guérisseuse qui ne savait plus comment guérir.

« D'accord ta langue préfère rester seule, mais je peux faire bien d'autres choses avec la mienne tu sais ? » quand elle vit le visage de Zora se refermer soudainement, elle éclata de rire : « Je plaisante ! Enfin, à moitié seulement, mais j'ai bien compris que ça ne t'intéressait pas. »

Elle resta silencieuse le temps que Zora s'occupe de lui appliquer un onguent pour les brûlures. La regarder travailler lui rappela de vieux souvenirs. Quand elle eut finis, Kali leva sa main en l'air pour la regarder, un peu songeuse. Elle se laissa tomber dans l'herbe, regardant toujours sa main avec un air absent. Quand elle se décida à parler, sa voix était plus douce, atone presque, quelque chose qui ne lui ressemblait pas.

« Tu te rappelles de l'homme qui s'était pris un coup de bêche dans le bras ? Il était arrivé une ou deux semaines avant qu'on ne parte. Souvent le soir, c'était toi qui devais préparer l'onguent cicatrisant et tu me laissais t'aider un peu. La première fois je ne savais pas ce que c'était et comme c'était à base de châtaignes, j'en ai mangé un peu. » Une grimace amusée déforma ses traits tandis qu'elle poursuivit avec de petits rires : « C'était absolument immonde, on aurait dis un mélange d'herbes et de poissons pas frais. J'ai passé le reste de la soirée à t'accompagner en tenant un pot de chambre tellement je ne me sentais pas bien. »

Elle laissa retomber son bras et se cala l'autre derrière la tête, en guise d'oreiller. Elle continuait de contempler le firmament, ne prêtant pas attention à ce que faisait exactement Zora. Finalement, elle rompit le silence en posant une question :

« Qu'est-ce qui a changé, Zora ? »

Il n'y avait pas de colère ou de jugement dedans, simplement de curiosité, une sincère compassion et une pointe de regrets.


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Zora Viz'Herei
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Lun 6 Aoû - 11:24
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Est-ce de la... jalousie qu'elle ressent? Zora connaît bien ce sentiment, elle qui succombe volontiers à ce que la plupart des gens considèrent comme des pêchés. Mais c'est sans doute la première fois que ce sentiment est animé par la perspective qu'une personne qui lui est chère puisse être convoitée par autrui. La disciple de Möchlog se garde bien de partager cette prise de conscience avec la zagashienne. Comme si elle craignait à présent que le fait d'évoquer Althéa puisse accentuer l'intérêt de sa cadette pour la khurmis. Elle se force donc à ignorer les questions au sujet de la noiraude avec l'espoir que Kali puisse tout simplement oublier jusqu'à l'existence de cette dernière...

Et pourtant elle est troublée. À tel point que la réaction aussi spontanée qu'impolie de son interlocutrice ne provoque rien d'autre qu'un léger sourire absent sur les lèvres de la fanatique. Non, elle n'est pas vexée. Elle n'est pas davantage blessée par la véhémence de celle qui entendait devenir Khorog quelques années plus tôt. L'échec, elle le sait, n'est jamais facile à accepter. Et chaque personne réagit à sa manière. Kali a beau jouer la carte de l'assurance, il n'en reste pas moins que Zora est convaincue qu'elle cherche avant tout à masquer sa déception. Mais comment pourrait-elle lui jeter la première pierre? Les désillusions, elle connait. L'échec de la croisade menée à Daënastre illustre d'ailleurs parfaitement cette évidence.

Le fait est que Zora perd le fil de la conversation entretenue par sa cadette. Elle n'émerge de ses pensées sombres que lorsque son alter ego capillaire lâche une blague au sujet de sa langue. Elle en rigole d'un air absent, plus par mimétisme que par réel amusement. S'offusquer, c'est encourager Kali  à poursuivre sur cette voie. Elle ne laissera pas la zagashienne la mettre plus mal à l'aise qu'elle ne l'set déjà.

Mais quelques instants plus tard, lorsque son interlocutrice évoque l'homme qu'elle a soigné quelques années plus tôt à la suite d'un malheureux accident agricole, Zora rit de bon coeur. Elle n'a jamais réellement compris pourquoi sa cadette avait trimbalée partout un pot de chambre. Sur le moment, elle avait simplement mis ça sur le compte d'une éventuelle nausée inhérente à sa blessure. Ou alors sur les étranges différences culturelles entre les peuples suhurs et zagashiens. À vrai dire elle avait ses propres soucis à ce moment-là et avait quelque peu ignoré le comportement étrange de celle qui était pourtant sa patiente. Le signe qu'elle commençait déjà se distancer de leur bien-être?
"C'est vrai que tu étais plutôt gourmande à cette époque! Je me souviens maintenant m'être demandée si un jour tu n'allais pas égaler la corpulence de la Khaaralienne qui occupait le lit à côté du tien! Tu te souviens comme elle ronflait?" s'amuse-t-elle. "Je l'entendais parfois même depuis ma chambre. Si elle était restée encore quelques jours de plus j'aurais sans fini par lui trancher le nez. Et je crois bien que personne ne s'en serait plaint! Elle rendait les gens complètement cinglés!"
Zora lâche un nouveau rire cristallin, animé par la sincérité autant que par l'alcool. Elle reprend ensuite une gorgée du breuvage de sa cadette avant de s'allonger à ses côtés pour observer la splendide voûte céleste sublimée par l'absence de nuages. La rouquine s'est souvent bornée à oublier son passé. Comme si, d'une certaine façon, elle ne souhaitait pas considérer qu'elle avait vécu avant de prendre conscience du destin que Möchlog lui réservait.
"Bishamon..." souffle-t-elle. "L'homme qui avait reçu un coup de bêche s'appelait Bishamon!"
Un détail qui pourrait être considéré comme insignifiant mais qui incarne l'échec aux yeux de l'adepte de la Chouette. Chacun des noms gravés dans sa mémoire représentent autant de taches sur la route de sa destinée. Bishamon devra lui aussi mourir pour rétablir une forme de justice sadique mais néanmoins nécessaire. Les erreurs sont faites pour être corrigées. Zora lâche un léger soupire puis garde ensuite le silence lorsque sa voisine lui demande ce qui a changé. Une question simple appelant une réponse autrement plus complexe...

Oui, qu'est-ce qui a changé? La fanatique ne sait même pas par où commencer. Les nombreuses années qui se sont écoulées ont été marquées par nombre de bouleversements. Il s'est passé tellement de choses qu'apporter une réponse satisfaisante à Kali semble illusoire. La disciple de Möchlog se risque finalement à répondre au bout de plusieurs longues secondes sans détacher son regard des cieux captivants.
"J'imagine que nous avons tout simplement grandi" murmure-t-elle en haussant vaguement les épaules. "Les années nous ont délestées de notre innocence, voilà tout! Et nous avons appris à composer avec le monde tel qu'il est et plus avec celui que nous voulions qu'il soit..."
Zora tourne légèrement la tête et plonge son regard dans celui de sa cadette avant de lui décocher un sourire triste. Ne dit-on pas que le temps est assassin? À côté de lui, la criminelle n'est rien de plus qu'une enfant de choeur. Et si c'était lui, le véritable ennemi d'Irydaë? Un ennemi fauchant aveuglément la vie dans une parfaite indifférence...
"Je regrette parfois les années d'insouciance. Les choses semblaient si... simples à cette époque!" soupire-t-elle. "Mais à trop considérer le passé, on finit sûrement par s'y noyer. Ce qui est fait est fait. Et je préfère forger l'avenir que m'apitoyer sur mon vécu. Pas toi?"
Et pourtant... Il y a sans aucun doute certaines choses que Zora changerait si on lui en offrait l'occasion. Peut-être qu'elle aurait fait des choix différents à des moments qui lui semblaient alors anodins mais qui se sont révélés charnière.
"Mais s'il était possible de remonter le temps pour en modifier le cours..." reprend-t-elle. "Que corrigerais-tu?"
Autrement dit: quel est son plus grand regret?




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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