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Chroniques d'Irydaë
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 En vies nomades

Jaheera Kya'wan
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Jeu 19 Avr - 14:57
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
My'trän -2
La nuit s'était déposée sur Irydae, inondant de son voile d'ombres les terres qu'habitent chaque individu façonné par les Architectes. Les étoiles ornaient un ciel sans nuage, dénudé de couverture opaque, laissant leur lumière luire bas sur le sol. Elle rebondissait contre les feuillages, faisant briller leur vert naturel d'un argenté spectral qu'aucun regard mortel n'aurait su distinguer. De par sa splendeur, ce monde s'éteignait une nouvelle fois, laissant les vestiges de lumière supplanter le soleil. Une fois encore, l'astre divin s'en était allé se réfugier dans sa tanière souterraine, un des mystères qui hantent les esprits enfantins des êtres de chair que sont les humains. Bien d'entre eux devaient se poser la question de ce que le soleil s'en allait trouver sous terre. Et d'autres se contentent d'un point de vue plus modeste sur le monde.

Jaheera réfléchissait seule, à marcher sous l'invisible lueur du ciel empli d'or, ses deux mains jointes dans son dos et ses doigts gauches enserrant sa lance. Entre les arbres, elle se frayait un chemin, laissant un sillage de feuilles piétinées derrière ses pas. La forêt avait son calme habituel, la faune était silencieuse et la jeune femme n'avait personne avec qui converser, mis à part elle-même. A force de réfléchir, la fille d'Orshin ne pouvait même plus donner une forme concrète à ses pensées. Elle les laissait défiler, sans chercher à leur offrir un sens, les acceptant comme des visions vagabondes et dénuées de desseins. Elles n'étaient jamais rien d'autre que les fragrances de souvenirs dont l'immaculée avait presque toute oublié. Eternellement, elle vagabondait dans sa fainéantise et chaque seconde qu'elle passait à ne rien faire lui donner un sentiment de culpabilité qu'elle n'aurait pu définir. 

Tête baissée et désormais presque aveuglée par l'obscurité devenue trop dense, elle passa une main dans ses cheveux, se grattant l'arrière du crâne. Le sol sous ses pas avait cessé de lui soumettre quelconque herbe. Son talon était désormais soutenu par un sol ferme et vidé d'empreinte végétale. Ressentant cette différence, Jaheera émit un soupir exprimant une lasse satisfaction. Cela faisait trop longtemps qu'elle marchait pour ne retrouver ne serait-ce qu'un semblant de trajectoire marchande. Même en pleine nuit, il y avait toujours des fous dotés de vivres et victuailles. Ce n'était que question de patience désormais. Ses yeux battaient, fatigués d'avoir passé une journée entière à se perdre dans une seule et unique direction. Mais son ventre lui dissuadait de déposer sa joue contre le sol empli d'herbe et de se laisser tomber dans les bras du sommeil qui lui tiraillait les paupières. 

Sans bouger d'un pas latéral, la nomade fit quelques pas en arrière, conservant sa position initiale. Elle avait senti une branche lui chatouiller l'épaule quelques mètres auparavant, si elle pouvait la retrouver, elle saurait se réchauffer correctement ce soir. Après quelques enjambées inverses, son manteau blanc fut soulevé par l'écorce fine de ce qui servirait de combustible pour son campement de fortune. Revenant sur le chemin, elle décala quelques cailloux, tentant tant bien que mal de former un cercle, afin d'y déposer le bois qu'elle avait pu récolter. D'une poche de sa ceinture, elle sortit deux silex et commença à faire frotter leurs surfaces rigides l'une contre l'autre. Les maigres étincelles qui en sortirent vinrent embraser les brindilles déposées en lit sous la branche toute récemment retirée. Enfin, son visage sentit la chaleur lui embrasser les joues. Levant le visage vers les cieux, Jaheera profita de l'étreinte des flammes qui se déposaient sur sa peau. 

Son bras s'avança vers le feu qui commençait à attaquer la bûche, index tendu vers le doux brasier. Un filament orangé vint s'en détacher, alors que le présent de Süns avait pris une forme plus qu'acceptable. Le spectre illuminé vint tourner autour du bras de la fille du griffon d'obsidienne, grimpant sur son corps et l'enserrant d'un réconfort plus empreint. Le vent frais qui hantait les lieux lui étaient devenu bien indifférent désormais, couverte par son feu follet. Et, imprégnée par la grâce de ses Architectes, la nomade baissa le visage et ferma ses paupières pour leur accorder un peu de repos. Les gens de commerce sont bruyants de toute manière. Si l'un d'entre eux devait s'approcher, il le ferait avec une carriole. Jaheera laissait donc ses oreilles ouvertes à tout mouvement de roue sur la terre découverte, traçant une route à l'orée de la forêt.   


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Zygan
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Ven 20 Avr - 21:57
Irys : 227617
My'trän +2 ~ Mistral

Je me baisse, les genoux qui frottent contre la terre meuble et les racines, et le visage quasiment au niveau du sol. La lumière des étoiles fournit un éclairage assez faible, mais à peine suffisant pour que je puisse distinguer une trace. Les ombres alentours masquent tout sauf le contour exact, alors je sonde la profondeur avec mes phalanges. Ça colle à peu près à ma proie. Cette dernière longe le sous-bois, et je sais que la route se trouve à peine à deux cent mètres sur le côté. Je calme ma respiration et les battements de mon cœur, pour ne pas entendre que celui-ci quand je tends l’oreille. Rien. Même en fermant les yeux.

Je passe à côté d’un buisson d’aubépine, que je contourne en frôlant un hêtre. Les branchages plient légèrement mais ne cassent pas, et je marche totalement voûté en deux. Finalement, je passe dans un bosquet un peu plus touffu qu’ailleurs, et perds totalement la faible lumière nocturne. A l’odeur, je devine la présence de pivoines, que les températures de saison ont fait se réveiller plus tôt, mais qui ne sont pas à l’abri d’un regel. Il y a aussi comme une odeur musquée, qui semble être celle de mon gibier. Un peu plus loin, je remarque une masse sombre. Trop grosse pour être lui.

Une respiration dans les ténèbres.

Je me tapis contre un arbre, une ombre qui se mélange à une autre. Un relent de viande pourrie me parvient. D’une impulsion aidée par Amisgal, je me retrouve dans les branches du jeune chêne, à deux mètres du sol. Un grognement, plus bas. De mon point de vue, je ne distingue quasiment plus le sol, mais il y a une branche un peu plus loin qui me permettra de me rapprocher des rochers qui doivent constituer la tanière de ma cible. Un nouveau saut, et j’entends et ressens dans mes os un craquement de mauvais augure, mais ça tient.

Puis le vent tourne, je le sens sur mon visage, et dans le sixième sens formé par ma perception. Odeur d’entrailles, je suis à peu près sûr d’avoir retrouvé la piste du bétail que je traquais. On dirait que quelqu’un d’autre s’est servi avant moi. Puis la forme qui rôde plus bas se dresse sur deux pattes, pointe le museau en l’air, et ça me suffit pour distinguer un ours, massif, imposant. Deux bons mètres debout, la langue qui pend et les narines qui aspirent bruyamment l’air pour renifler. La gueule presqu’aussi grosse que mon torse se tourne instantanément vers moi, et je comprends que le vent qui me permet de sentir fait de même pour le prédateur.

Les lèvres se retroussent instantanément sur des dents aiguisées, et ma main va instinctivement à ma lance, attachée dans mon dos. Puis un petit couinement retentit. Immédiatement, ce qui est en réalité une ourse va se placer devant l’entrée, noire sur noir, de la grotte formée par les rochers, et pousse un grognement menaçant. Je jauge la situation quelques secondes, puis je soupire. D’un saut délicat, je fais plusieurs mètres et atterrit sous le vent, puis je file vers la route, le ventre creux mais plein de bonne humeur.

C’est qu’il fait bon, le vent tourne autour de moi, et je n’ai pas si faim.

Je tombe par hasard sur un bibacier, et si les fruits ne devraient pas être très mûrs, ils le seront sûrement suffisamment pour être consommés. J’en prélève une grosse vingtaine, que je range dans un bout de tissu que je garde en main. C’est que mes narines et mes papilles ont été chatouillées par une autre odeur, celle de la fumée. Et le bois sec qui brûle m’indique exactement dans quelle direction il se trouve. Je marche d’un bon pas dans la direction indiquée, jusqu’à voir une forme indubitablement féminine, entourée de flammes.

C’est une adepte de Süns, et elle a bien raison de se réchauffer comme cela si elle en a la possibilité. Pour ne pas l’effrayer, je laisse tomber ma furtivité habituelle et marche pesamment et bruyamment au travers des quelques plantes qui restent. Puis je lève une main en signe de salut.

« Bien le bonsoir, je peux partager la chaleur de votre feu ? C’est rare de rencontrer quelqu’un en pleine nuit au milieu de nulle part. »

Marrant, elle a une lance, elle aussi.
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Jaheera Kya'wan
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Ven 20 Avr - 23:27
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
My'trän -2
Entre la danse de ses rubans de braise, Jaheera s'accommode à cette chaleur qui lui tournait autour depuis un bon moment désormais. Les oreilles qu'elle tendait avaient fini par remuer, entendant un pas approcher qui ne cherchait même pas à se faire discret. Au moins, ce n'était sûrement pas un maraudeur qui venait lui prendre le peu qu'elle avait, c'est à dire, sa lance, ses silex et sa gourde. Bien ignare le traîne savate qui voudrait lui prendre de telles banalités. Ce n'était pas comme si elle comptait les laisser partir de toute manière, son arme, moins encore. La jeune femme espérait simplement qu'il ne venait pas en ennemi, elle avait vraiment tout sauf envie de s'activer ce soir. Prise de paresse, elle s'était vautrée ici pour avoir la paix. Mais quelle idée stupide de se poser sur une route bon sang. 

La nomade aux cheveux blancs ouvrit la paupière droite, jetant un regard indifférent au nouvel arrivant qui formulait des salutations bien polies. Jaheera ne lui rendrait certainement pas d'égales paroles, elle avait son propre concept de la courtoisie, aussi désagréable que cela puisse paraître. D'autant plus que, coincée dans sa méditation, elle avait tout sauf envie de faire parlote. Elle se connaissait bien, elle ne se forcerait pas à engager une conversation qu'elle se verrait forcée de suivre trop de temps durant. Elle offrit néanmoins une réponse au nouvel arrivé, s'adressant à lui brièvement et d'un ton sec.

Allez-y.

Et elle continuait à faire danser les flammes autour d'elle, ne comptant pas changer ses manières pour un individu à qui elle n'avait rien à devoir. Son feu, ses règles. La bestiale n'avait aucunement l'intention de dispenser plus d'aisance à son interlocuteur que celui-ci ne mérite. Un court silence intervint alors. 

Entre ses paupières, Jaheera observait silencieusement l'homme qui partageait désormais la chaleur de son brasier. Bien taillé, il avait sans doute dû connaître son lot de voyages, sa silhouette en faisait l'attestation. Détail plaisant, il n'avait rien d'un marchand, ni d'un bien-né, sous quoi, la lance plantée dans le sol à côté de l'immaculée se serait vite retrouvée sortie de terre. Mais, une fois encore et pour se répéter, ce soir n'était vraiment pas la nuit pour bouger. L'étreinte de sa déesse était bien trop envoûtante pour seulement considérer de s'en y échapper. 

Il y avait bien une petite chose qui attira la curiosité de la fainéante. Une lance qui lui rappelait la sienne de par nombreuses ressemblances. Les deux rebords semblaient fins, aiguisés et prêts à lacérer selon le mouvement latéral respectif à une telle manoeuvre. La nomade appréciait grandement ce style de combat, focalisée sur la défensive, elle aimait bien garder son adversaire à distance de la pointe de son arme. Rafraîchissant de voir quelqu'un qui avait du goût, ça changeait des balafrés boiteux à bord de leurs chariots qu'elle ne faisait que trop voir. 

Un sourire s'esquissa sur ses lèvres, traduisant ses pensées en une seule mimique. Son arrogance naturelle prenait le dessus, donnant une assurance élevée outre mesure à son expression, qui pourtant ne souhaitait que traduire plaisir de rencontrer une personne qui lui ressemblait ... d'aspect du moins. Exception faite de la couleur, mais le blanc n'était pas souvent une chose commune, force avait été de le constater. Ca avait beau flatter son ego d'ermite isolée, ça lui attirait bien des ennuis quand il s'agissait de passer inaperçu. 

Quoi qu'il en fut, son regard se rouvrit entièrement, dérivant du visage du jeune homme jusqu'à l'arme qui l'accompagnait. Tout aussi sèchement que la phrase précédente, Jaheera adressa un compliment indirecte à l'intéressé. 

Jolie lance.

Et elle ferma à nouveau les yeux, reprenant le flot de braises qu'elle avait interrompu, faute d'avoir été distraite par la fabrique de la lame d'hast. Cela lui arrivait bien trop souvent de détourner son attention sur les détails sans importance, mais au moins, elle n'avait pas complètement l'air d'une imbécile dépravée aux airs de sauvage. Quoique ...


Jahee s'exprime en #cc0066
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Zygan
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Mar 1 Mai - 10:45
Irys : 227617
My'trän +2 ~ Mistral

Bon, je veux bien qu’on ne sait jamais sur qui on va tomber à un feu de camp, perdu en pleine nature, qu’il y a des gens bizarres, des ermites, des excentriques, j’en suis un moi-même, à ma façon, mais quand même. Elle ne veut même pas goûter mes bibaces, enfin, celles que j’ai posées à côté d’elle. Elle me parle juste de ma lance avant de se refermer à nouveau sur elle-même. Je prends le couteau à ma ceinture et dénoyaute les miennes, avant de les gober. Puis j’ai comme un flash d’inspiration, et j’utilise la lumière du feu pour éclairer l’intérieur d’un de mes sacs. En farfouillant une bonne trentaine de secondes, je sors un bout de tissu enroulé autour de quelque chose.

Le fromage est vraiment vieux, davantage croûte et moisissure qu’autre chose, mais ça m’arrêtera pas. Je le coupe en deux et avale mon petit bout en quelques bouchées, en mâchant bien pour faire taire la faible sensation de faim. J’irai peut-être en ville rapidement histoire de refaire un stock de victuailles basiques qui se conservent bien, tiens. Puis je pose l’autre bout avec les bibaces. Si elle n’en veut pas, je les reprendrai en partant, ou pour le petit-déjeuner demain matin.

Du coup, maintenant que j’ai fini de manger, j’hésite un peu. Me coucher direct pendant que l’inconnue médite ? Ca pourrait être un traquenard, je l’exclus pas, donc je dormirai de toute façon seulement d’un œil. L’habitude, en milieu hostile.Tant qu’à faire, autant apprendre à mieux se connaître, je vais essayer encore un peu de lancer la conversation. C’est aussi ça, vivre dans la nature et croiser des gens au débotté, après tout. On a toujours quelque chose à apprendre. De soi ou des autres.

« Merci, pour ma lance. C’est mon arme de chasse, ça se voit à la barre horizontale qui empêche la lame de se planter trop profondément et déséquilibrer l’utilisateur. La tienne est, euh… »

Difficilement définissable. Mais ça ne semble pas très correct de le dire.

« Faite sur-mesure, non ? »

Ou alors trouvée dans une décharge.

Il y a un arc, aussi, il n’est pas trop mal à vue de nez. Les flèches ont l’air droites et bien plumées, par contre il est maintenu encordé, donc il va pas durer très longtemps si ça continue. Elle doit avoir peur d’une attaque à l’improviste, probablement, et reste sur le qui-vive, malgré sa vénération de Süns. Deux chauves-souris passent au-dessus de nous, en quête d’un repas. C’est un poil après une chouette, ou un hibou en plus. Y’a de l’activité, par ici, mais je ne vais pas me retrouver réduit à manger des musaraignes.

Tout ça me fait penser que je ne me suis même pas présenté. Elle donnerait l’impression de dormir si les flammes ne continuaient pas à tourner autour d’elle. C’est un entrainement, ou un signal, ou juste une habitude confortable ? Si la conversation prend, je me renseignerai, tiens. En plus, mon Expression en ce qui concerne Süns est quasiment calamiteuse. Toujours quelque chose à apprendre, comme je pensais.

« Au fait, je m’appelle Zygan Farkas. Je suis un nomade. Et toi ? Chasseuse ? Guerrière ? Voyageuse ? »

Le plus dur, c’est de lancer la conversation, je suis sûr que ça ira tout seul ensuite.
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Jaheera Kya'wan
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Dim 6 Mai - 23:10
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
My'trän -2
Suffisamment réchauffée et assez contente de ne pas s'être brûlée, Jaheera laissa finalement les ribambelles tourner autour d'elle de par elles-mêmes, suivant un cercle défini autour de ses épaules pour ne pas avoir à trop se focaliser sur leur trajectoire. Ce soir était une belle soirée, l'un de ces crépuscules où la nomade n'avait qu'une envie, se détendre et regarder les étoiles. Même avec son passé de combattante, la flegme innée qui coulait dans ses veines la mettait en quête de tranquilité alors qu'elle aurait dû être à la recherche des salauds qui ont perpétué tant de tourments à ses semblables. Mais sa fainéantise était légendaire, et, les étoiles qui brillaient là-haut formaient un ciel de songerie. L'immaculée posa le coude gauche sur son genou, appuyant son menton qu'elle levait pour mieux admirer les petites lucioles dans le noir de la nuit. Il n'y avait pas grand chose qui égalait une telle harmonie, peu de corps brillaient avec autant de majesté qu'une nuée stellaire. 

Il y avait quelques bêtes qui volaient ci et là et qui, jusque là, faisaient la conversation avec la my'tranne en transe, mais ils avaient cessé leurs flots de parole qui, pourtant, étaient si agréables à suivre. Parmi les chauves-souris, il y en avait une dont le sens de l'humour avait ravi la nuit de la férale tant elle était habile avec les boutades. 

Fixant un court instant le plafond de ténèbres, son iris revint se heurter à sa paupière inférieure, voyant finalement le fruit qu'elle imaginait que l'étrange étranger lui avait offert, c'était bien aimable à lui, d'autant que cela faisait pas mal de temps qu'elle n'avait pas trop mangé. Enfin, ce jour n'était pas non plus une urgence, quelques fruits supplémentaires l'avaient contentée vers le midi, bien que ce ne soit aucunement digne d'un véritable repas. Elle porta les bibaces à ses lèvres et en mordit la moitié pour exposer le noyau, avant de le retirer à la main. Une manière moins fine de faire que son récent compagnon, mais dont la finalité était sensiblement similaire. Levant finalement le regard dans celui du concerné, elle adressa finement et entre deux bouchés quelques mots de gratitude.

Merci bien.


Il lui parlait de sa lance, d'ailleurs, et Jahee n'avait aucun mal à admettre qu'elle était belle. Sa précédente redevance sauva le nouvel arrivant d'une remarque acerbe venant de la jeune femme aux cheveux blancs. Et puis elle n'était pas d'humeur à être insolente ce soir, vraiment, l'atmosphère qui régnait ordonnait la paix, l'amabilité presque. A la place de s'offenser, la férale sourit en un rictus sarcastique.

- Hé ... oui. Huit années de réparations intensives, ça change une arme.


Elle ne la trouvait pas si moche sa lance, elle avait son charme, ou au moins, elle lui en trouvait un. La lame au bout était un peu primitive, l'acier ayant été remplacé récemment par du matériel de paysan. Le manche qui l'ornait était doublé de quelques parois d'acier qui servaient de maintien au fil néanmoins aiguisé de l'arme. Jahee portait une valeur affective qu'elle ne comprenait pas à cette arme, la même qui avait embroché sa jumelle. Mais cette pensée lui était indifférente désormais. En écoutant parler d'elle, la femme aux cheveux blancs la prit sur ses genoux et l'admirait en détails. Son interlocuteur se présentait pendant ce temps, alors qu'elle était prise dans sa contemplation. Décidément, elle s'égarait vite ce soir. 

- Jahee. Tu peux rajouter un "ra" à la fin, si le formel te tient à coeur. Quant à ce que je suis, j'imagine que fainéante est un terme approprié ... ouaip ... une fainéante qui se balade de région en région. N'est-ce pas la description parfaite d'une nomade ?


Elle était contente de sa petite pique, autant pour l'auto-dérision que pour le clin d'oeil à ce que lui avait dit Zygan. C'était un nom à surnom d'ailleurs, ça, elle y réfléchirait à mesure qu'ils parlent. Son visage s'orna d'un fin sourire, alors qu'elle voulait tirer la langue. C'était définitivement une belle soirée pour que la férale soit si aimable. D'habitude, elle était du genre à ironiser et avoir une langue aussi aiguisée qu'un glaive, mais sa fainéantise en avait faite une oursonne. Avec sa risette, une étincelle ascendante s'éleva brusquement des flammes qu'elle gardait en suspension, lui tirant un léger sursaut hors de ses épaules. Riant de sa propre bêtise, la bien-heureuse leva les mains devant son visage pour calmer les élans de son âme qui s'exprimaient un peu de trop. Elle était encore bien maladroite avec la stabilité. 

Tu es nomade, donc. Orshin guide-t-il aussi tes pas ? 


Jahee s'exprime en #cc0066
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Zygan
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Lun 7 Mai - 12:58
Irys : 227617
My'trän +2 ~ Mistral

Je jette mécaniquement des cailloux autour de moi un peu plus loin, pour éviter qu’ils ne me rentrent dans le dos plus tard quand j’étendrai ma couverture. Non, nomade, ce n’est pas la paresse et les promenades. Enfin, les promenades, quand même, si. C’est les grands espaces, la découverte, le vent, l’horizon qui se rapproche, mais aussi les éléments, les dangers… Mais je n’ai même pas le temps de répondre qu’elle reprend la parole, de manière bizarre quand on sait que la conversation s’est péniblement trainée jusque-là. Je ne vais pas m’en plaindre.

« Orshin ? Non, pas du tout. C’est Amisgal et ses vents, paisibles ou violents, qui me poussent au gré de leurs envies. »

Et en ce moment, c’est paisible. En tout cas, l’Architecte des animaux, ça explique les nombreuses bestioles qui nous ont tournés autour, et peut-être même la distraction de ma compagne de ce soir. Si elle leur parlait effectivement, mes paroles devaient sembler bien moins intéressantes. Et, comme à chaque fois, je me demande comment ça serait, si j’étais un disciple d’Orshin. Chasser deviendrait assez horrible, en fait. Ça consisterait à tuer une créature qui par ailleurs peut me parler, me raconter ses histoires… Comme un autre humain, probablement.

D’un point de vue strictement utilitaire, par contre, cela faciliterait considérablement les choses, il faut l’admettre.

« J’en déduis que tu es affiliée à Orshin et Süns ? Je suis moi-même croyant de Süns, mais ma maîtrise des flammes ne va pas du tout aussi loin. »

J’illustre mes propos en manipulant assez grossièrement une flamme, qui se forme en boule au-dessus de mes deux mains. Sourcils froncés par la concentration, je façonne petit à petit une silhouette humaine, avant que le feu ne disparaisse dans l’air. Les mains bien réchauffées maintenant, j’en plonge une dans ma besage, et l’autre à ma ceinture. Quand elles reviennent, elles tiennent un petit bloc en bois et un couteau à sculpter. Je me rasseois en tailleur cette fois, au lieu de la posture initiale, plus décontractée. Je vais essayer de faire un peu Jahee. Ça fait longtemps, et si elle ne veut pas parler, cela m’occupera tout aussi tranquillement.

La lame enlève petit à petit des lambeaux de bois tendre, puis dessine la forme des genoux, du dos, de la tête. Pour les flammes autour, ça sera à l’imagination, pas moyen que je sois capable de rendre ça correctement.

En fait, c’est pas du tout le moment de s’isoler mentalement à gratter du bois, alors qu’elle décide enfin de discuter un peu. Je laisse courir mes doigts sur le grain pour le sentir, voir par où passer pour ne pas l’abîmer et risquer de faire une ligne de brisure. Toujours dans le sens du grain, c’est ça qui est important. Comme dans les rapports humains.

« Je vis de la chasse, de la cueillette, aussi, un peu mais moins. Puis je troque des peaux, des griffes, des services. Assez classique, finalement. »

De manière tout à fait surprenante, trois erveekheis se rapprochent du feu, pas très loin de Jahee, davantage de moi. Pas tellement une surprise, si elle est bien adepte d’Orshin, à la réflexion. Il me suffit de pas beaucoup plus qu’un regard pour identifier une femelle et deux mâles, qui sautillent sur place à côté d’elle tandis qu’elle se lustre tranquillement le pelage, sans même leur adresser un regard. Drôle, comme elle me fait penser à l’autre humaine. Ils doivent être en train d’essayer de la charmer, ou de se battre pour son attention si c’est déjà fait.

Le feu joue sur leurs fourrures aux myriades de teintes vertes et crée des motifs assez jolis. J’en ai déjà chassé, évidemment, mais ce soir, l’humeur n’y est pas, même si un peu de viande pourrait être appréciable. Je lève les yeux vers les deux lunes, qui brillent dans le ciel, maintenant que la nuit est un peu plus avancée. La vie dehors, c’est ça.

« Hé, mais tu ne veux pas le fromage ? Tu le gardes pour demain ? Et tu chasses pour te nourrir ? »
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Jaheera Kya'wan
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Lun 7 Mai - 21:55
Irys : 256951
Profession : Bandit/Feignasse
My'trän -2
Un sourire ravi vint décorer les lèvres de l'immaculée lorsqu'elle apprit que son compatriote semblait vénérer la même gardienne qu'elle. Süns était dame clémente et tempérante, rien de plus naturel qu'un parfait étranger lui-même en soit l'enfant. Tant pis s'il préférait la dragonne à son père à elle, c'était un choix qu'elle respectait, et à vrai dire, elle appréciait la culture d'Amisgal. Ses gens étaient des voyageurs, des personnes de bonne parole et à tendance diplomatique. Comme elle, ils n'avaient souvent pas de foyer fixes et se focalisaient sur ce que la vie avait vraiment d'important, l'immatériel. Que ce soit les pensées, l'affection, l'attache avec la nature ou avec son Architecte, il y avait tant plus de grandeur à s'occuper d'affaires qui concernaient l'esprit plutôt que le corps. Même si dans toute sa volonté de pureté, la jeune femme elle-même se découvrait quelques traits qui divergeaient de son idéal. Sa gourmandise, par exemple, qui s'exprimait lorsqu'elle goûtait aux plats des biens-nés. Il fallait bien admettre que ceux mis aux mondes avec une cuillère en argent dans le troufion avaient une sacrée affiliation avec les choses de l'assiette. 

Le spectacle que lui offre le jeune homme est décidément charmant, Jahee ne sait rien absolument pas l'imiter et pourtant il assume qu'elle est plus douée que lui. La seule chose à laquelle elle était adroite était d'utiliser ses flammes pour suivre le fil de ses membres, pour en accélérer la cadence, mais elle se gardait bien de lui rétorquer son compliment. Elle ne fit que sourire une fois encore à l'assomption qui allait dans son sens. Sa curiosité la poussait à essayer de l'imiter, aussi, leva-t-elle ses deux paumes devant son visage et laissa les ribambelles qui tournaient autour de ses épaules former une sphère creuse. Celle de son compatriote était pleine elle ... alors, elle aspira un peu plus des flammes du camp pour en jouer. Rempli, l'orbe tournait autour de lui-même entre des doigts qui essayaient de lui insuffler une forme certaine.

Rien ne venait. Alors Jaheera se focalisa plus encore sur une certaine forme artistique qu'elle voulait lui donner, sans doute une forme humaine. Les flammes bougeaient, mais aucune silhouette définie ne venait. La femme aux cheveux blancs, faute de savoir user de sa précision martiale en magie s'éternisa à réessayer, mais finalement, le seul résultat produit fut une explosion qui la fit sursauter en plus de lui brûler les mains. D'instinct, elle secoua ses doigts pour en dégager la morsure du feu qui était venu planter ses crocs. Le haut le coeur passé, la férale se mit à rire de sa propre bêtise, après avoir regardé son compatriote, l'air d'avoir une immense bourde. Sa lèvre inférieure s'était rétractée sous la supérieure et ses yeux s'étaient arrondis alors qu'elle jetait un regard de côté à celui qu'elle avait essayé d'imiter.
- Je ne vois vraiment pas de quelle maîtrise tu parles. 


Aussi, avec cette petite frayeur, il était possible qu'elle ait un peu bidouillé l'environnement avec sa magie. Non pas qu'elle aurait lancé une conversation par pur hasard juste parce qu'elle avait été effrayée un court instant, mais il était habituel que sa présence ne se confonde avec un signal animal qu'elle envoie aux habitants de la faune lorsqu'elle est en danger. A force de s'accrocher à ce réflexe, il lui collait à la peau. Il ne fallait pas s'étonner si ... un trio d'erveekheis venaient à son côté en réponse à son signal avec une femelle qui se flattait le pelage et deux mâles qui la suivaient de très près. Quelle coïncidence tiens ... un regard désabusé vint s'emparer de la nomade lorsqu'elle réalisa que ses habitudes étaient définitivement bien trop ancrées à son être.

Mais bon ! Tant qu'à faire, autant profiter de la présence des trois invités. La fille d'Orshin prit l'un des mâles sur ses genoux, lui baladant une main dans le dos comme s'il n'était qu'un chien apprivoisé. Son visage tendre masquait avec une certaine harmonie adaptée son arrogance et infectiosité habituelle. Sa langue n'était pas aussi mauvaise ce soir, les lunes étaient sans aucun doute enchanteresses et leur charme rayonnait en la mortelle. Son compatriote ne la connaissait que sous un beau jour, lors de ce genre de moments où seuls les animaux accompagnent ses pensées. Doucement, elle flattait l'échine du pelage vert de la petite bête qui se laissait faire. 

Désireuse de faire jouer un peu Zygan, la jeune femme décida de glisser un murmure complice à la femelle Erveekhei. Nesiri, car tel était son nom, se dirigea donc aux côtés du barbu, sous le regard amusé de l'amie de la faune. L'autre mâle, Sorha, suivit le mouvement et se posta entre son homologue féminine et le jeune homme. Jaheera ne put contenir un rire qu'elle étouffa avec sa paume droite, ses épaules secouées de spasmes amusées alors que le petit animal semblait bien décidé à démontrer qui était le maître ici. C'est alors qu'elle vit le fromage que le concerné lui tendait, elle avait du mal à suivre la cadence qu'il lui imposait niveau nourriture au vu de la situation qui, vraiment, commençait vraiment à lui chatouiller son humour, d'ordinaire très rigide. Elle en prit néanmoins un bout, est-ce qu'il avait seulement remarqué ce qu'il se tramait ?
 

- Merci bien. Oui, je chasse parfois, mais lorsque je passe trop de temps avec la faune qui m'entoure, j'ai du mal à les abattre, même pour ma survie. C'est comme tuer un ami en devenir. On les salue et puis on leur enfonce une flèche dans le thorax. Je ne crois pas être capable de ça ...


Si Jahee n'avait aucun remord à transgresser la loi instaurée par les humains, celles mises en place par le don de son gardien lui tenaient fortement à coeur. Ce n'était pas tant une question de conduite à suivre, mais de morale. Elle se haïrait tant si elle se servait de son don pour amadouer d'innocentes proies qui ont baissé leur garde. C'était un stratagème bon pour les braconniers, et à moins d'être en danger de mort, jamais elle ne s'abaisserait à telle félonie. Suivant le cours de ses pensées, elle continuait à longer le flanc de Neriki, le petit mâle qui l'amusait beaucoup du confort qu'il trouvait sur ses propres cuisses. Son regard tranquille se leva vers le nomade.


- Mais la plupart du temps, ce sont des biens-nés trèèès généreux qui m'offrent de leurs vivres lorsque je leur demande "poliment", donc je n'ai pas à vraiment me soucier de crever de faim.


Si la profession qu'elle exerçait en tout temps, et non pas seulement sous famine, était bien mal vue par le commun des mortels, elle y vouait une indifférence complète. Aussi, elle ne se gêna pas pour souligner son sous-entendu d'une oeillade équivoque avant de croquer le morceau précédemment offert.


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Zygan
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Ven 25 Mai - 13:20
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« Oui, je comprends. »

J’observe le manège des erveekheis, celui dans le giron de Jahee, celle qui se rapproche de moi, le dernier qui surveille. Le premier est trop distrait par les caresses de la vagabonde, et l’autre prépare son numéro de mâle alpha. Elle s’approche de lui, puis le contourne en tournant la gueule sur le côté. Façon snobbisme. Le maniérisme est tellement humain que j’ai un sourire en l’observant. Elle vient ensuite frotter sa tête contre mon genou, deux fois, avant de grimper sur les jambes et me donner des petits coups de patte.

Ha.

« D’un autre côté, pour Orshin, chaque création doit se battre dans le vaste monde pour survivre et perpétuer l’espèce, non ? Et quelque part, c’est ça, l’hommage qui lui est rendu. Enfin, je trouve. »

Je m’arrête quelques secondes pour rassembler mes pensées.

« Après, c’est sûr que c’est différent pour les disciples d’Orshin. Je crois même qu’un certain nombre d’entre eux sont végétariens. C’est comme d’aborder un homme, lui serrer la main, puis lui planter un couteau dans le cœur. Je crois que je vois ce que tu veux dire. D’un autre côté, on ne mange pas les autres humains, normalement… »

Enfin, je crois qu’il n’y a aucun cannibale actuellement dans la région. Ou j’espère ? J’espère, oui. Il existe sûrement des rituels étranges ou des fous au cerveau dérangés qui sont prêts à dévorer leurs confrères pour obéir à des pulsions malsaines ou rechercher une forme perverse d’illumination. Et pour cela, la solution est la même que pour les chiens qui ont la rage : on les tue. Et si on considère que c’est une maladie, c’est comme un cheval qui se casse une patte, dans ce cas.

L’erveekhei se blottit contre moi, et je pose une main légère sur son échine, sa tête. Charmante créature. L’autre essaie d’attirer son attention, remue la queue, se roule par terre, pousse un genre de roucoulement. Le feu craque à côté et une flammèche suit mon regard jusqu’à s’élever vers le ciel. En face, Jahee grignote le fromage, et la flamme dessine une troisième lune, avant de se dissiper quand ma concentration s’étiole. C’est que l’erveekheis vient de me mordiller le doigt pour que je continue à la caresser.

C’est sûrement mon vis-à-vis qui est à l’œuvre, parce que si j’ai déjà croisé pas mal de ces bestioles, elles n’ont jamais été aussi affectueuses, à l’état sauvage. Et quand on les voit s’approcher comme ça, être calines et peu farouches, on se dit qu’elles sont un peu comme des chats ou des lapins de compagnie. Et que c’est normal que les disciples d’Orshin répugnent à exécuter d’autres créatures, qui sont finalement comme eux, et qu’ils peuvent attirer grâce à de fausses promesses.

Non, si elle ne chasse pas, Jahee se repose sur l’aumône que les gens lui font. Comme celle que j’ai faite, d’ailleurs, en demandant à partager son feu de camp et sa soirée. Puis le clin d’œil me permet de comprendre que ce n’est pas si simple, et rarement si volontaire. Une vie de rapine et de violence… D’un coup, je me sens méfiant, et je me raidis suffisamment perceptiblement pour que la femelle sur mes cuisses dresse la tête, se mette sur ses appuis, prête à déguerpir. Mais je vois qu’elle, Jahee, n’a pas bougé de sa position.

Moi qui pensais passer une chouette soirée au coin du feu à discuter à bâtons rompus, me voilà à traîner avec une criminelle assumée. Ou alors je vois trop loin, et c’est peut-être autre chose… Et puis, merde, qu’est-ce que je fais ? Je la dénonce aux autorités la plus proche ? La prochaine ville de taille potable est à plusieurs jours de marche. Jahee disparaîtra facilement dans la nature… La convaincre de faire autre chose de sa vie, d’apprendre autre chose, de devenir quelqu’un d’autre qu’un prédateur qui chasse les autres humains ? Le fil de mes pensées rejoint salement celui de tout à l’heure sur le cannibalisme.

Le mâle éconduit, seul à ne pas se faire câliner, s’approche de moi avec les babines retroussées sur ses petites dents. Je joue avec lui, en l’écartant du dos de la main et en esquivant ses coups de mâchoires, pas très agressifs toutefois. Il ne me faut pas longtemps pour me rendre compte qu’on est encore dans la parade nuptiale pour sa promise, celle qui ronronne maintenant dans mon giron. Les griffes de la femelle, à moitié rétractées, grattent sur mon pantalon. La tension que je ressens à l’annonce de Jahee se dissipe un peu d’elle-même à mesure que je joue avec le dernier des trois, et une ébauche de plan se dessine.

Une petite figure de flamme apparaît au-dessus du feu, très vaguement dessinée. Avec la fatigue de la journée, la chaleur brûlante et celle plus charnelle de l’erveekheis, je manque de somnoler. Mauvais plan, elle pourrait vouloir me voler mes affaires. Ma lance, par exemple. Je l’ai depuis un certain temps, et ça m’ennuierait pas mal de ne plus l’avoir. Le petit bonhomme s’agenouille grossièrement. On dirait peut-être plutôt qu’il vient de perdre ses jambes.

« Pour un disciple d’Orshin, je ne vois pas bien la différence entre voler les biens d’un humain ou la nourriture d’un animal qui se préparait à manger le fruit de sa chasse ou de sa cueillette. Ce sont tous des êtres qui survivent, avec lesquels une communication est possible. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire ? Donc en fait, pour aller au bout de ce que tu dis, tu devrais abandonner. »

Maintenant que j’y pense, je crois qu’il me reste un peu de tord-boyau dans une gourde, que j’ai reçue il y a plusieurs semaines de ça. Ça sera un peu chaud, mais ça devrait aider à délier les langues. Ma main plonge au fond de ma besace et en ressort le contenant en cuir, plus léger, moins fragile, qui contient l’eau-de-vie.

« Tu en veux ? C’est un peu fort, par contre. »

Je prends déjà une lampée. Si elle refuse, je la rangerai, pour éviter de trop baisser ma garde en sa présence.
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Jaheera Kya'wan
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Ven 8 Juin - 1:35
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Cisaillant le morceau laiteux, dont le goût semblait témoigner de la sécularité, Jaheera écoutait d'une oreille superficiellement distraite le discours de son invité d'un soir. Il n'était nullement question dans l'esprit de la férale que cette rencontre ne dure plus longtemps, et moins encore qu'elle ne s'étende sur le long terme. Les amis ne sont bons qu'à perdre et à enchaîner à plus de promesses vaines et malencontreuses, et l'immaculée n'avait aucunement envie, pas même la moindre parcelle de tentation à se forger ne serait-ce qu'un semblant de courtoisie bien trop affective. Le simple "bonjour, au revoir" suffirait amplement. La disciple d'Orshin avait fait transparaître sa criminalité dans le seul objectif de poser la borne de "on ne passe pas" devant les pas de cet étranger. Ce dernier était bien aimable ... mais il ne faudrait pas qu'il ne s'immisce de trop dans sa vie personnelle. Les crocs que la maligne avait rentrés pour un soir n'avaient pour facette que son sourire calme et nonchalant. Un voile bien maigre pour une volonté si aiguisée. 

Toutefois, Jaheera comptait bien ne pas se gêner à laisser l'incrusté payer la location de son feu. A force de côtoyer des marchands, et ce contre sa bonne volonté, elle avait acquis les principes les plus simples du commerce, "si tu donnes, tu es censée recevoir". Au diable tous ses discours sur le matérialisme et la bonne morale qu'elle se garde en tête, non pas comme une excuse, mais comme une ligne de survie. Si le commun des civilisés pouvait compter sur son éducation et ses manières dociles, l'ancienne esclave n'avait ni intelligence, ni courtoisie à lui délivrer. Elle ne savait pas saluer autrement qu'avec son regard hautain, elle ne savait pas remercier autrement qu'avec son rire dédaigneux et elle ne savait pas quelle signification l'on pouvait accorder au mot "communauté".

Alors, elle garde le silence. Et même lorsque la petite femelle sur les genoux de l'étranger se cambre comme pour le fuir, elle ne fit qu'y accorder un regard de côté. C'était à peu près une telle réaction qu'elle espérait trouver, au moins, ça avait dû lui couper l'envie de faire ami-ami. Mais même si l'amitié était devenu un objectif perdu, le jeune homme ne semblait pas moins briller de l'espoir que peut-être ... elle ne passe les habitudes de rapine à gauche. Sûrement pas. La réponse était claire dans l'esprit de Jaheera et rien de ce qu'il ne pourrait dire saurait changer ces faits. Elle était une maraude, ne brillait de son talent qu'à travers les duels et n'avait que les douces feuilles humides pour abri. Il n'y avait pour elle pas de place ailleurs que dans le chemin creusé aux pelles des rançons et aux pioches du malheur à autrui. Les pas qu'elle dépose sur cette terre battue ne laissera jamais des empreintes de remord.

Si son visage se raidit de cette tentative de persuasion, elle n'en ignore pas moins la proposition de laisser sa gorge se réchauffer de ce qu'elle présumait être de l'alcool. Pour le peu qu'elle en avait vu ... mais le lot qu'elle avait bu, la férale savait que sa résistance à ce genre de liquide était aussi faible qu'un mioche anémique. Elle tendit donc la main, rétractant un court instant ses doigts lorsqu'est faite la mention de la puissance du contenu. Tant pis, elle avait levé le bras et il était hors de question de le baisser devant ... n'importe qui, au final. Quel genre d'orgueil elle aurait si elle s'était dégonflée alors qu'elle avait eu l'air si déterminée ? La communautaire de la vie faunesque souleva promptement la bouteille à ses lèvres et la rendit aussitôt à son propriétaire.

Déjà, et sans exagération, dans la seconde qui suivit, ses joues se mirent à rougir et ses cils à battre plus promptement. Le malin n'avait pas menti, ce n'était pas du lait pour nourrisson. Jaheera se mit à regretter sa stupide fierté l'espace d'un instant. Son visage parvint à dissimuler ... ou plutôt à maquiller sa fragile tolérance en un certain essoufflement qui ne laissait pas de place au doute quant à la raison pour laquelle ses expirations étaient devenues plus lourdes. Elle buvait peu, mais ne loupait jamais les occasions qui se présentaient, aussi rares furent-elles, et chacune d'entre elles se terminaient d'une manière aléatoire. Violence, mélancolie, colère, regret, doute mais la plus commune des issues restait l'évanouissement. 

Fort heureusement pour elle, ou pas, la concernée ne connaissait aucunement ses limites et buvait sans jamais se demander si son corps pourrait endurer les quelques grammes qu'elle avait ingérés. Pour une fille qui haïssait le matérialisme, la brigande était bien gourmande, bien que ce soit réprimé. 

- Je n'ai jamais su considérer les humains ... comme des créations d'Orshin. Ils ne suivent plus le cycle naturel depuis bien longtemps maintenant, s'ils l'ont jamais suivi un jour. J'ai moins de remords à mettre en danger la vie d'un déviant de l'ordre primal que d'un être qui y est parfaitement intégré. Quant à la communication ... j'ai toujours trouvé les animaux plus ouverts d'esprit. 

Ses propos s'appuyèrent d'un petit argument appelé erveekhei, blottissant sa petite tête contre le ventre plié de la jeune femme agenouillé. Celle-ci lui rend une caresse, et un regard perdu dans ses cajoles. C'était ce genre de petites marques affectives qui enlevaient ses doutes à Jaheera. Le peu du breuvage qu'elle avait bu commençait seulement à lui engourdir un peu les doigts, autant qu'il ne lui embrumait un peu la tête. Elle mentait déjà peu, mais avec cette éclaircie spirituelle, elle rajouterais certainement des suppléments à ses vérités. Il n'y avait qu'une constante dans ses ivresses, la férale devenait bavarde. 

- Si toi aussi tu possédais le don de mon gardien, alors tu verrais ... tu verrais toute la sympathie dont un si petit être peut faire preuve envers ce qui devrait être son prédateur naturel. Et alors tu saurais, tu saurais que les véritables humains n'habitent pas dans des villes. 

Et elle laissa glisser un soupir, constatant qu'elle avait certainement trop parlé. Ce n'était pas pour autant qu'elle s'arrêterait cependant, non pas qu'elle fût encore maîtresse de sa langue, de toute manière. Avec un regard vide, elle lève les petites pattes de la jeune créature et lui passe les doigts dans l'encolure entre son ventre et ses membres supérieurs. D'un air absent, elle murmura.

- Ne sommes-nous pas nomades parce que nous les haïssons ...? 

Et ses pupilles se redirigèrent dans celles du jeune homme. Lui non plus n'habitait pas les cités ... il comprendrait certainement. Jaheera n'avait aucune idée de comment son interlocuteur recevrait sa profonde misanthropie. Elle espérait certainement qu'il ne la partage, mais au final, peu importait. Une inclinaison de la joue trahit alors une perception, que ce ne soit qu'une impression ou un instinct, la férale avait cru entendre quelque chose. Ca sentait les emmerdes, et elle avait tout sauf envie que sa soirée paisible ne soit gâchée. Alors, elle fit comme si de rien n'était, peu envieuse de seulement utiliser les dons d'Orshin pour vérifier la provenance de ce bruit. La journée avait été longue, hors de question que la nuit ne le soit autant, avec un peu de chance, ce n'était sûrement qu'un coup de tonnerre un peu loin. 


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Zygan
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Mer 15 Aoû - 15:12
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Je m’appuie en arrière et je regarde le ciel au-dessus de nous. Rien que détourner le visage du feu me fait ressentir la fraîcheur agréable de la nuit. Les étoiles éclairent bruyamment dans un motif que je connais bien pour l’avoir déjà regardé des centaines et des milliers de fois. J’écoute les paroles de Jahee en réfléchissant, en méditant au fond de moi. Je suis d’accord et pas d’accord, mais j’aurai le temps d’en parler. L’alcool a un peu délié sa langue en tout cas, et si j’avais des plans un peu plus sinistres, ça pourrait vite devenir glauque. Mais parfois les gens ont besoin d’un petit coup de pouce pour faire tomber les barrières et se donner la possibilité d’apprendre, de grandir. Qui sait, moi aussi, de ce soir…

J’abandonne le regard des lunes qui sont posées sur My’trä, ou en tout cas endroits où il n’y a pas de nuages. Mes yeux retombent sur le visage de mon vis-à-vis, pour sonder ses expressions quand elle s’exprime. Mais le visage reste un peu vide, à défaut d’être impénétrable. Les yeux, peut-être, qui batifolent autour et se posent souvent sur la petite créature magiquement câline. Enfin, magiquement… C’est le don d’Orshin, gloire aux Architectes. Et il y a trop d’histoires de disciples d’Orshin qui se retrouvent à couper les ponts avec les humains pour vivre avec les autres créatures de la nature. Ça peut aussi bien être une seule espèce, de mémoire, que des lieux enchanteurs où prédateurs et proies cohabitent sous l’impulsion d’un adepte ou d’un maître.

J’avais failli y chasser une bestiole, mais il m’en avait empêché. Et il faisait largement partie des personnes les plus paisibles que j’aie jamais rencontrées.

« Je sais pas si on peut dire que les humains ne suivent plus l’ordre naturel d’Orshin. Ça sonne réthorique ou fanatique, mais c’est les Architectes qui nous ont faits, et nous vivons dans les limites de ce qu’ils ont prévu. Enfin, je crois. »

Petite seconde de réflexion.

« Sinon, on serait comme les anomalies, et les Régisseurs viendraient nous prendre. Comme dans les histoires pour enfants qui ne sont en fait pas tant pour enfants… »

Hum. Sales histoires, ça, d’ailleurs. Mais je ne vais pas commencer à pleurer sur ceux qui ont essayé de briser le moule. Les Anomalies… Comme des chiens qui ont la rage, pour le bien de tout le monde et y compris le leur, il faut prendre la seule bonne décision, celle qui fait mal au début, mais tout passe. Alors qu’une amputation laisse des séquelles autrement plus graves. Une absence totale d’un membre, par exemple. Non, j’ai beau y penser, pas moyen d’être d’accord. Par contre, qu’elle ne réussisse pas à s’entendre avec les autres humains, c’est une forme d’inadaptation, vu qu’on est quand même plutôt des créatures sociales.

Même moi, à ma façon.

« Je me demande si le don d’Orshin ne permet pas justement d’outrepasser un ensemble de règles sociales auxquelles tu ne peux pas te soustraire avec les autres humains, Jahee. Après tout, sinon, y a-t-il souvent des erveekheis qui viennent se frotter aux gens ? »

Non, non, trois fois non. Le vent tourne et le feu m’enfume les narines, alors je me décale de quelques centimètres pour que la fumée passe à côté de moi. Au-delà de l’odeur, je voudrais bien que mes vêtements ne sentent pas pendant les trois prochaines semaines.

« Hé, y’a d’autres animaux qui vivent dans des constructions, en société, et pourtant ils ne bousculent pas l’ordre établi. Les fourmis, les termites, les abeilles, les castors… Ou les garennes de lapins, même. Pleins d’animaux vivent dans des terriers ou quoi, et ça fait pas d’eux des traîtres à l’ordre établi, si ? »

J’attrape la gourde et je reprends une lampée, laissant la brûlure de l’alcool me picoter les lèvres, l’intérieur des joues, puis réchauffer mon souffle.

« Est-ce que ce ne serait pas des excuses pour justifier de voler le travail d’autrui, surtout si ce travail ne t’agrée pas vraiment ? Après, c’est sûr que je ne suis pas dans la tête de toutes les créatures pour savoir comment elles pensent, mais de ce qu’on m’a dit, elles sont… comme elles sont ? Elles ont leurs schémas de pensée, leurs instincts, leurs histoires. »

« Puis non, je ne déteste pas les autres humains. Le nomadisme et la solitude, c’est pour me découvrir, et pouvoir découvrir les autres gens. Des gens comme toi, aussi, d’ailleurs. Une rencontre, c’est un échange, des dons et des cadeaux. C’est ton feu et ma maigre pitance, c’est le fond d’une gourde de gnôle, c’est des histoires, des fractures et des liens qui se tissent sous le ciel. »

Ma voix s’est un peu animée au cours de mon discours. Je ne peux jamais m’en empêcher, de toute façon, j’aime trop ça. Mais quitte à être un peu lucide…

« Puis je ne tiens pas en place, toujours besoin d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté de l’horizon… »

Ce qui m’a déjà valu mon lot de soucis, avec les autres, quand eux sont davantage habitués à des relations stables et qui durent dans le temps. Moi, ça dure aussi, mais c’est plus entrecoupé, simplement. Quand je reviens, je suis prêt à reprendre là où ça s’est arrêté, voir les différences, en profiter pour échanger et en tirer d’autres enseignements… Mais ça fait bizarre aux autres, ce qui est assez compréhensible. Heureusement, la culture nomade a ça de bon que les gens sont toujours, ou souvent en tout cas, accueillants avec les inconnus croisés au détour d’un chemin.

Je suis distrait de mes pensées et de leur articulation sous forme de phrases par un gros bruit dans les bois. Comme un énorme craquement pesant ensuite rejoint par des claquements frénétiques d’ailes dans la canopée. Puis un choc sourd quand un gros objet heurte le sol, et je crois même sentir une légère secousse. Je pose les yeux sur Jahee, et je me rends compte qu’elle n’a pas bougé depuis quelques temps, à l’écoute elle aussi. Peut-être qu’elle n’était pas si subjuguée par ce que je racontais, finalement…

Par réflexe, je me redresse sur les pieds, et je tends la main vers mon arme. Le bruit de pas pesants se rapproche de plus en plus, et les arbustes laissent finalement place à une gigantesque forme sombre, que les éclats lumineux du feu permettent d’identifier comme étant un mogoï. Merde, je n’ai pas vu de traces quand je suis passé dans la… Il laisse échapper un grondement sourd qui résonne jusque dans nos poitrines. Je ne sais pas ce que Jahee fait, elle semble figée, comme si elle essayait de communiquer ? Je ne suis pas sûr que c’est le moment, vu la façon dont l’énorme créature fonce sur notre feu de camp.

Forcément, il veut éliminer la menace, et peut-être se servir de nous comme casse-croûte… Les eeverkheis sont sur le point de se faire la malle, sauf la femelle, dressée sur ses pattes arrières, devant moi. Me protéger ? Heh. Vingt mètres. Puis quinze. Je peux encore sauter dans un arbre avec mes affaires, mais il lui suffira de rentrer dedans pour le faire chuter. Ou même me cueillir quand je tombe, vu la taille du spéciment, plus de quatre mètres au garrot. Douze. Ramasser Jahee et fuir, lui laisser le feu de camp.

Je saute par-dessus les flammes et je tends la main vers elle pour l’attraper à l’épaule ou la taille.
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Jaheera Kya'wan
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Mar 25 Sep - 21:13
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La fainéantise est un travers vicieux, capricieux, elle affaiblit la volonté des plus faibles comme des plus endurants. Mais le destin, lui, est plus cruel encore. C'était une si belle nuit, des étoiles parsemant le ciel à en compter des bijoux, un voile d'une sublime noirceur si profonde qu'elle s'enfonçait dans les iris de la férale. A force de l'admirer, elle finissait par s'endormir et ça n'aidait en rien à encourager l'activité. Le vent était clément, le feu était bon, les evreekheis adorables et sa compagnie ... pas si désagréable. Tout avait un air de "trop parfait pour durer". Et comme un brin d'ironie, voilà que le gâcheur d'une soirée s'invitait lui-même à la fête. Un mogoï. 

C'était un mâle et ils avaient croisés son chemin à la mauvaise période. Jaheera avait tenté de faire son chemin dans son esprit, mais un cheminement de sauvagerie primale avait parsemé le sentir de feuilles de férocité naturelle. Les brèves paroles échangées furent veines, à vrai dire, aucune ne reçut de réponse, seulement un rejet catégorique à tout type d'approche. Le dialogue ne serait pas leur arme pour gagner, Jaheera l'avait deviné, mais plus encore, peu importait les issues que prendraient la suite des événements, aucune d'entre elles ne paraissait complaire à la disciple d'Orshin.

Car si Zygan avait eu l'impression de tendre la main à une marionnette sans fil, il y avait de très claires raisons à cette paralysie. La flamme qui dansait au milieu du camp miroitait les yeux sans pupilles de la nomade, son teint pâle faisait se ressortir les veines de son cou et son front se marquait de rides de fatigue. En face, la bête s'était arrêtée, un éclat luminescent sortant de ses yeux alors qu'elle restait complètement immobile à respirer lourdement. 

Dans l'esprit de l'animal, un conflit semblable à une tempête grondait. La volonté de Jaheera contre celle d'un mogoï en rut et Orshin savait à quel point sa dévote n'était pas en forme ce soir-ci. En tout cas, pas assez pour contrôler éternellement une si grosse créature. La possession d'animaux était pourtant sa spécialité à défaut de n'avoir aucune idée de comment les invoquer. Tout ça par peur d'importuner ... comme si s'accaparer l'esprit d'un animal n'était d'aucun dérangement. Mais quoi qu'il en était, la jeune femme aux cheveux de neige préférait largement dérober qu'emprunter, même à des bestioles. Et au final, elle n'avait pas vraiment de remords à vider une bête aussi meurtrière de son aspect létal. Il y avait bien une crainte qui la secouait, car il n'y avait qu'une chose à faire.

- Tue-le. adressa-t-elle à Zygan. Fiche-lui ta lance dans l'oeil et enfonce-la bien.

Sa voix était tremblante et peu articulée, focalisée sur la maîtrise de la bête qu'elle tentait tant bien que mal de contenir. Mais ce n'était pas la concentration excessive qui poussait l'hésitation dans sa voix. Le mogoï et elle partageaient un seul et même esprit et à l'instant où le nomade tuerait la bestiole, les répercussions mentales, la douleur, le choc, tout se déverserait sur la disciple d'Orshin. C'était un choix d'équilibre, car quitte à subir les déboires psychiques d'une mort, autant que ce ne soit pas la sienne. Une vie pour une autre, rien de bien anormal mais tout de même ... la panique n'avait jamais réussi à Jahee.

Plus le lien tenait et plus la nomade s'épuisait. Dans son propre esprit à elle, les chocs résilient de l'animal venaient contredire son autorité. Son corps tremblait et quelques convulsions secouaient son thorax dans des hoquets très mal ajustés. Au bout d'un moment, c'était comme si elle ne respirait plus, comme si elle agonisait à genou sur le sol. Un filet de sang vint couler hors de sa narine et le blanc de ses yeux vint se maculer d'écarlate. Dans le dernier effort que sa voix pouvait supporter, elle força la main de son compagnon.

- Dépêchez-vous ! 


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