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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Vereist
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 La fragrance d'un souvenir...

Luka Toen
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Sam 12 Nov - 17:43
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
La fragrance d'un souvenir
[Pv : Joël Neara] - An 930



[Hrp : Avant toute chose je tiens à signaler que ce RP se déroule dans le passé de nos deux personnages. A cette époque, Luka n'est pas encore membre des Cercles de l'Aube et est toujours sous le statut d'anomalie psychologique. Les événements se passent qui plus est un an avant la mort de son mari, Geal Caric, et donc deux ans avant l'époque actuelle du forum. Bonne lecture ! ♪]



Tout n’était qu’un éternel recommencement. La vie s’était tarie depuis longtemps déjà, échouée à ses pieds comme l’eau morte d’un étang oublié. Elle contemplait la neige, cette neige si belle qui s’écoulait derrière la fenêtre en flocons voluptueux, presque paresseusement. Une matière si froide, si blanche… Vos membres s’engourdissaient tout d’abord, le cerveau défaillait, une dernière hallucination peut-être déjà, la sensation d’une chaleur qui était le dernier élan de votre corps mourant. Oui, il n’y avait pas plus fourbe que la neige dans ce bas pays arraché aux révolutions du monde. Ici, tout le monde avait oublié votre existence et il fallait sans cesse lutter contre le gel, contre la faim, contre la folie que véhiculaient ces cristaux de magilithes qui pullulaient à des milles à la ronde. Et qui les avait plongés dans cette horreur ? Le gouvernement bien sûr. Un autre délire, un autre plan de diabolisation massif qui avait condamné sans vergogne l’avenir d’un millier d’ouvriers. Vous travaillerez à Klumpen leur avait-on dit. Un bon salaire, des demeures à loisirs, gracieusement, gratuitement proposées à la population. Ah, quelle magnanimité ! Mais ils n’avaient pas vu les crocs du crocodile se refermer sur leurs corps apeurés…

« Dame Caric ! Dame Caric… ? »

La voix venait de loin. Luka dut rassembler toutes ses forces pour faire lentement dériver son attention des carreaux de fenêtre jusqu’au petit servant qui s’agitait à ses côtés. Ils avaient l’habitude. Cette Dame était morte à l’intérieur depuis très longtemps disait-on. Elle pouvait rester des heures à contempler la morne vie de Klumpen à travers la vitre fissurée du salon, le regard contemplant un ailleurs trop loin déjà, à tout jamais insaisissable… Parfois seulement elle s’agitait d’une énergie non contenue, faisait les cents pas, accompagnait son mari dans des quêtes intarissables : il fallait alors bouger tous les meubles, tout réorganiser sous ses directives et jamais, rien, n’était assez pour la satisfaire ! Non, pas comme cela, pas ainsi. Elle essayait pourtant. Changer tout, remodeler. Mais jamais rien ne lui paraissait mieux.

« Oui… ? »

« Ce… C’est Sire Caric ! Il vous demande immédiatement aux portes de la ville, il y a eu un crash d’aéronef ! »

Le gamin ne tenait plus en place, son visage ravissant frappé d’une inquiétude mêlée d’une excitation insoutenable.

« Bien. J’arrive. »

Ici, les accidents étaient chose commune. En partie mandaté par certains hauts pontifes de l’UNE et en grande autre partie motivé par ses folles expériences, son cher Geal Caric l’avait poussée à l’accompagner dans ce voyage inédit aux confins de Vereist. Emportant avec eux des vivres et de quoi aider la population locale à faire face aux épidémies, voilà plusieurs mois qu’ils s’étaient installés dans une vieille masure abandonnée par ses anciens propriétaires. A moins qu’ils ne soient morts tués par les dégénérés du coin ou par une bête sauvage… Cela n’avait que peu d’importance. L’existence était plus éphémère qu’ailleurs à Klumpen, et ses villageois, anciens ouvriers, se savaient tous condamnés à cet exil pour le restant de leurs jours. Leur unique lot quotidien de surprises consistait à accueillir de temps à autre les divers représentants de l’UNE sélectionnés pour de courtes visites informatives. Mais un aéronef… ? Si Luka avait encore été capable de ressentir la curiosité et la surprise, peut-être se serait-elle esclaffée d’une telle incongruité. Qui était donc l’inconscient qui avait mené son navire aussi loin dans les terres ?

Son habilleuse fit du très bon travail et parvint à la mettre en tenue d’hiver en un rien de temps. Elle ramassa ses jupons dans une main et ajusta son large chapeau de fourrure sur sa tête. Comme de coutume, ses bottines s’enfoncèrent de plusieurs centimètres lorsqu’elle s’avança dans la neige épaisse, bravant les éléments pour rejoindre la silhouette humaine qui l’attendait patiemment un peu plus loin :

« Ma chère, je vous attendais. Vous devriez venir voir ça, une équipe est déjà sur place. Nous pourrions avoir besoin de vos compétences ! »

Geal lui offrit son bras et c’est ensemble qu’ils rejoignirent ce qui ressemblait fort à une scène apocalyptique. Delkhii lui-même semblait y avoir mis du sien, retournant la terre sur plusieurs mètres lorsque des armatures plus résistantes que d’autres s’y étaient enfoncées comme dans du beurre. L’aéronef gisait en travers, éventré sur tout son long, et une fumée discontinue s’en échappait en larges et lourdes volutes. Malgré le froid, le feu avait tout dévoré, calcinant des parties entières de toile pour ne laisser qu’un squelette noirci, rouillé de sang et d’intempéries. C’était sans nul doute un véritable désastre, et ce qu’elle put constater dès leurs premiers pas ne l’encouragea guère à chercher des survivants… Ils marchaient pratiquement dans une bouillasse infâme que certains morceaux de chair non identifiés venaient tacher de pourpre.

« Hé bien… souffla-t-elle, un nuage de vapeur glacé sur les lèvres. »

« N’est-il pas ? lui répondit Geal animé de son éternel rire amusé, un peu déviant lui aussi au demeurant. »

Il s’éloigna si tôt après pour répondre aux appels d’un secouriste tâchant de dégager un cadavre de sous le poids d’une imposante machine. Un peu partout les villageois s’activaient, d’abord avec enthousiasme puis de moins en moins ravis, persuadés que cela ne rimait de toute évidence plus à rien de chercher quoi que ce soit de vivant dans ce fatras. Luka promena sur les environs un regard indifférent, déambulant entre ces grands morceaux de ferraille sans se soucier que ses bottines et ses vêtements ne s’imbibent d’une crasse douteuse. Beaucoup de choses en ce monde lui étaient la plupart du temps égales…

« Hmm ? »

Un pied dépassait de sous une poutre métallique apparente, sa courbure ayant naturellement protégé des autres débris la chose sur laquelle elle était tombée. Ce fut bref, si rarement ressenti ces dernières années qu’elle ne put s’empêcher de se pencher légèrement en avant, mais il lui parut qu’un pressentiment saisissant venait de lui effleurer le cœur… Elle fit la moue, plissa les yeux pour mieux voir à travers les lueurs tremblotantes du soir. Oui, il y avait bien là quelqu’un, intact sous cette prodigieuse coquille métallique ! Elle s’avança sans hésiter, saisit à bras le corps les quelques gravas qui l’empêchaient d’avancer et pesaient encore sur ce corps, manquant à plusieurs reprises de se prendre les pieds dans ses propres jupons. Elle parvint à attraper la botte déchirée, et sans ménagement, s’arc-bouta pour extraire le pauvre naufragé de sa gangue protectrice. Il était plus jeune qu’elle. Du moins, il l’aurait été si son corps avait continué de vieillir et ne s’était pas figé depuis plus de neuf ans…

« Monsieur ? »

Luka s’agenouilla à côté de lui, ôta l’un de ses gants pour chercher son pouls. Il était encore en vie. Pour combien de temps encore ? Il paraissait gravement blessé, une plaie béante s’ouvrait sous son épaule gauche, répandant sur la neige autour de lui une très épaisse couche poisseuse. Noir de suie, il ne bougeait plus d’un millimètre et son torse peinait à extraire l’air vicié de ses poumons. Il fallait agir vite. Elle se tourna dans la direction potentielle de son mari et du groupe, et mit ses mains en porte-voix :

« Par ici ! J’ai trouvé un rescapé ! Venez m’aider à le transporter ! »


¤¤¤


« Non, les visites sont interdites. »

Ah que cette bande de curieux était épuisante ! Trois semaines qu’ils avaient transformé leur demeure en infirmerie à peu près potable, et tous les habitants de Klumpen semblaient décidés à venir frapper à leur porte les uns après les autres. Obtenir l’absolu silence de Geal lui avait coûté de longues négociations : l’homme était intelligent, lettré et surtout d’une curiosité maladive. Néanmoins elle connaissait fort bien son mari, et savait mieux que personne quel fil il fallait titiller pour le contraindre… Personne n’aurait vent des détails sur son patient avant qu’il ne se soit réveillé. Elle avait… Beaucoup à lui dire. Et ce ne serait certainement pas aisé pour lui.

« Si tu me cherches, je serai dans mon cabinet. »

Geal lui avait tendrement embrassé le front, plus que jamais heureux de voir enfin sa vieille amie daigner reprendre un semblant d’intérêt pour quelque chose. Elle savait qu’il lui laissait du temps. Peut-être bien plus qu’elle n’en méritait réellement…

« A tout à l’heure dans ce cas. »

Elle attendit que la porte se soit refermée sur lui pour aller récupérer une bassine et un chiffon propre. Si la cicatrisation du moignon avait pris du temps, ce n’était rien en comparaison de la tournure qu’avait pris ce bras… Il ne fallait pas qu’en plus de cela une infection se déclenche et vienne empêcher le réveil prochain de son patient !


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Joël Neara
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Dim 13 Nov - 23:20
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Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
« Sauf votre respect capitaine, je ne pense pas que ce soit une bonne idée »

« Pardon ? » s'exclama le capitaine en tendant l'oreille.

« Je disais que ce n'est peut-être pas une bonne idée ! »

« Carl ! Vient donc prendre la barre quelques minutes ! Vous, dans ma cabine ! » rugit-il en saisissant le vieillard par le bras.


Si du sol, un ciel dégagé inspirait paix et tranquillité, fort était de constater que nul ne se doutait du brouhaha qui règnait par-delà les nuages. Rafales de vent et pluies glaciales n'avaient eut de cesse de harceler le « Myssidia » depuis son départ de Lonfaure, faisant de cet aéronef un pauvre gamin que les grands-mère s'acharnent à bringuebaler dans tout les sens. Et c'était avec une volonté toute aussi féroce que l'héritier de l'empire Neara entendait bien en finir avec ces intempéries. Il avait tout d'abord fait le choix de respecter les procédures, faisant s'élever le bâtiment jusque dans la stratosphère afin de survoler de fait les nuages noirs qui percutaient la chaîne de montagne orientale de Daënastre. Mais les problèmes s'accumulèrent petit à petit. Les orages ne semblaient pas vouloir prendre fin, et les températures extrêmement basse mettaient à mal les moteurs, qui avaient nécessité par deux fois l'intervention de l'équipage pour les remettre en état. Comme si cela ne suffisait pas, l'humidité accumulée en basse altitude avait finit par givrer, augmentant considérablement le poids de la toile et du navire de manière générale, entraînant une surconsommation des hélices. Joël n'avait donc eu d'autres choix que de descendre en altitude, préférant longer les montagnes par l'est en espérant qu'elles le protègeraient un tant soit peu des tempêtes, mais que neni. Un autre facteur s'était rajouté à l'équation : le vent astral, qui venait percuter de plein fouet les courants des terres, cisaillant de toute part l'aéronef qui ne parvenait tout simplement pas à traverser la tropopause et à se réfugier sous les nuages.


« Quel est donc votre problème Julius ? » s'énerva le trentenaire en claquant la porte de sa cabine derrière lui.

« Loin de moi l'idée de douter de vos capacités capitaine, mais après vingt ans d'expérience en tant que membre d'équipage, je sais que feu dame Lucy ne prendrait pas le risque de traverser pareil tempête. »

Écoutant les recommandations craintives de son subordonné, Joël rejoignit son bureau et y observa sa carte, fulminant dans sa barbe qu'on ose le badigeonner de politesse en pensant qu'il était trop bête pour se rendre compte que nul à bord du « Myssidia » ne lui faisait confiance.

« Comme vous le dîtes à longueur de temps, Lucy n'est plus. Et sa présence ou non ne change rien au fait que vous n'êtes ni capitaine, ni mon second. Vous n'êtes qu'un cuisinier Julius, alors épargnez-moi vos leçons de vie je vous prie ! »

« Il ne s'agit pas que de vous Joël ! » hurla l'homme, affolé.

« Je ne vous ais pas autorisé à m'appeler ainsi, Julius. Sortez d'ici et retournez dans vos quartiers » Conclu a-t-il froidement.

« Nos vies sont en jeu monsieur ... nous comptons sur vous. »

Les yeux rivés sur sa carte des courants aérien, le capitaine ne daigna pas lever les yeux ni rétorquer, mais préféra attendre que la porte se ferme pour renverser l'entièreté de son bureau par terre, la mâchoire crispée et les poings serrés. Il n'était pas idiot. Il était parfaitement conscient des risques qu'il prenait et de la galère dans laquelle il se trouvait. Il attrapa une bouteille de vin déjà entamée et la vida cul-sec, avant de ramasser ses effets, s'asseoir et d'identifier les différentes solutions qui s'offraient à lui.

« Se poser à l'est ... impossible. Le vent astral ne nous laissera pas nous détacher des montagnes ... Les traverser ... il nous faudrait pour ça remonter suffisamment haut pour ne pas s'écraser sur les sommets ... mais avec toute cette flotte et le givre, les moteurs nous lâcheront bien avant ... »

Joël s’avachit sur le dossier de sa chaise et soupira, fixant nonchalamment le lustre vacillant du plafond.

« T'as merdé mon vieux ... encore. »

De longues minutes plus tard, le capitaine rejoignit le pont sur lequel l'ensemble de l'équipage attendait, anxieux, sa décision. Son regard était fuyant, alors que tous le fixaient, tantôt l'air interrogateur, parfois accusateur. Tous brulaient de lui poser la question, mais il espérait pouvoir fuir leur rancune en se hâtant de rejoindre le gouvernail, mais Nettie, la plus jeune de ses subordonnées, osa l'interpeler pour dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.

« Vous n'avez aucune idée de comment nous sortir de là pas vrai ? Vous nous avez fait foncer tout droit dans ce merdier alors même que tous ici vous avons dit qu'il était encore temps de faire demi-tour, ou ... au moins..., faire escale à Roc... Roceas ! » s'énerva-t-elle avant que sa phrase ne s'étouffe dans un sanglot.


Puis les cris de contestation s'élevèrent, remettant en cause son manque d'expérience, sa trop grande assurance, certains allant même jusqu'à le juger pour ses précédents échecs.


« Si dame Lucy était là elle ... »

« Lucy n'est plus là ! » ragea Joël, sur le point d'exploser de colère. « Lucy n'est plus là pour nous sortir d'un énième pétrin, alors par Amisgal cessez donc avec ça ! Tous à vos postes. A défaut de pouvoir faire demi-tour, nous pouvons toujours avancer ! Que tout le monde s'attache à une partie fixe du navire, nous allons bientôt atteindre le vide astral. Avec un peu de chance, la tempête n'ira pas jusque-là et nous pourrons rejoindre Klumpen par le sud. »

Mais de la chance, ils n'en eurent guère. L'orage s'élevait par-delà les bordures du monde et le « Myssidia » se fit maltraité avec d'autant plus de violence que les heures auparavant. Des morceaux de toiles se déchirèrent sous la force du vent, et les bourrasques du vide spatial poussèrent irrémédiablement l'aéronef jusqu'au cœur de la tempête. La foudre, guidée par les nombreuses structures métallique du vaisseau, s’abattit et mit le feu aux marchandises, obligeant le capitaine à puiser dans les dernières ressources des moteurs pour offrir une chance à lui et son équipage d'au moins rejoindre la péninsule orientale de Vereist et d'y tenter un atterrissage d'urgence.
Une maigre victoire pour le drame qui s'en suivit. Le brasier se répandit et consuma l'ensemble des ballons, menant inexorablement le navire à sa perte dans une chute brutale, qui ne fut en rien amortie par les épaisses couches de neige de cette partie du monde. L'armature se brisa en d'innombrables morceaux au contact du sol, et avec elle les dizaines de barils de poudre prévue pour la défense de Klumpen, qui explosèrent immédiatement au contact des flammes.
Les membres d'équipage, s'ils n'étaient pas mort lors du crash, se firent consumer par les flammes dans les minutes qui suivirent. Joël quant à lui, avait été propulsé loin de son gouvernail, se faisant percuter à de multiples reprises par la pluie de débris qui résultat de l'accident. Une effroyable douleur au bras le fit hurler jusqu'à en perdre la raison, avec de sombrer dans l'inconscience. Mais cet état fut de courte durée car la douleur atroce le tira de sa torpeur.

Devant lui, une scène apocalyptique se déroulait. Il n'arrivait à ses tympans meurtris qu'une bruit sourd et distordu, alors que ses yeux à demi-ouvert assistés à un spectacle effroyable de cadavre calcinés, de jeunes femmes désarticulées et de pauvres hommes hurlant à la mort en essayant de fuir les flammes qui réduisait en cendre chaque parcelles de leur chair. Joël se releva péniblement, les jambes tremblantes guidées par Bolgokh sait quel instinct de survie, ou de folie. Il tituba, s'appuyant parfois contre une poutre de métal, contournant quand il le pouvait les restes méconnaissables de ses tributaires, mais avec la ferme résolution de sortir de cet enfer. Mais où aller, où se diriger ? Se vidant de son sang, le pauvre homme commençait à perdre la raison et lorsqu'il se rendit finalement compte qu'une partie de son bras gauche n'existait plus, il se mit en tête de le retrouver, quête qu'il ne put accomplir. Il finit par revenir au point de départ, sous cette poutre qui, semblait-il, lui avait été salvatrice, et il s'écroula.

« P...pardonne-moi ... Luc... »

~

Une main posée sur son front, le fils d'une aiguille qui lui transperce la chair, des paroles curieuses et des murmures d'inquiétudes, le bruit des flammes qui finissent de consumer son vaisseau, le son de cette voix qui demande de l'aide ... Tout ces souvenirs diffus se mêlaient et s'entremêlaient dans l'esprit du daënars, qui ne savait ni où il était, ni pourquoi sa conscience ne parvenait pas à éveiller son corps meurtri. Il avait la sensation d'être un fantôme, d'être capable de tout voir et rien à la fois. Une sensation étrange qui le terrifiait, lui faisait prendre conscience que si c'était cela la mort, il préférait tout simplement ne plus exister plutôt que de croire en une éventuelle "vie après le décès". Cependant, une chose le ramenait sans cesse à la réalité. Une douleur insoutenable, une partie de lui qui lui avait été arraché et qu'il pensait ne jamais retrouver.
Puis le temps passa. Il ignorait s'il s'était écoulé des heures, des jours ou des semaines, mais son esprit divaguait de moins en moins lui semblait-il. La douleur était moins lancinante et par moment, il pensait même ressentir à nouveau son bras. Mais l'heure du réveil n'était pas encore venu. Son environnement demeurait étrange, les sons lointains et les sensations de toucher éparse.
La raison lui revenait par bribes, seule une voix inconnue le faisait douter. Une voix rauque, froide et pourtant divinement déterminée. Elle le mettait en garde contre lui-même. Elle s'adressait à lui par énigme, où il était question d'êtres inachevés, d'erreurs des dieux et de retour au néant. Mais l'âme terre à terre de Joël n'avait que faire de telles palabres qui ne lui inspirait pas une once d'intérêts.

Finalement, le jour arriva. Une sensation aussi désagréable qu'un lendemain de grosse cuite. La bouche pâteuse, les paupières plus lourdes qu'un mogoï, l'ex-capitaine peina à entrouvrir les yeux. Il gémit en essayant de bouger, ne serait-ce que renverser la tête de côté.


« Où ... où s... » essaya-t-il d'articuler. « Où est-ce que ... je ... suis ? »

Une question dont il n'était même pas certain d'être capable d'entendre la réponse. Son cœur battait si fort après cet effort insurmontable qu'il n'entendait plus que ça. Puis tout lui revint à l'esprit. Le « Myssidia » qui valdingue, les hélices qui s’arrêtent, la coque qui percute le sol, sa chute violente sur le pont, le plancher qui s'arrache, le supplice du démembrement. Son pouls s’accéléra, il manquait d'air, la panique commençait à l'envahir.

« Quelqu'un ... Est-ce ... est-ce qu'il y a quelqu'un ? »


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Luka Toen
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Jeu 24 Nov - 15:14
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
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Luka ne sursauta pas ni même ne manifesta le moindre mouvement de surprise. Les mains affairées à essorer le linge imbibé d’eau au-dessus de sa bassine, tout au plus releva-t-elle sur lui un regard indéfinissable, aussi imperméable que la surface sombre d’un lac. Elle demeura silencieuse, pourtant figée dans sa tâche, fouillant les traits affaiblis de son patient à la recherche d’un indice perdu, quelque chose qu’elle ne comprenait pas elle-même. Et maintenant quoi ? Que fallait-il faire ? Toutes ces choses du monde l’ennuyaient. Cela ne servait jamais à rien. Et soudain, toute la vacuité de cette scène lui paraissait d’une mordante précision, une photo du passé en double couleurs qui ne la concernait guère plus que par un vague relent nostalgique. Ce ne fut qu’au bout d’un interminable moment que les mots parvinrent à se frayer un chemin jusqu’à sa gorge, bien malgré elle, presque lasse de se sentir encore tenue par l’obligation civile et sociale de lui répondre :

« … Restez tranquille. »

Elle fut malgré tout assez satisfaite de sa réplique, constatant qu’une fois n’était pas coutume elle n’avait pas directement répondu à sa question. Ré-employer les termes de ses interlocuteurs était une façon habile de faire l’économie d’une réflexion hasardeuse, tout en les assurant de sa présence consciente. Néanmoins, les gens qui la fréquentaient ces derniers temps en avaient conçu une certaine irritation, et elle ne manquait jamais de souffrir d’un retour de feu, vilipendée comme une vulgaire gamine beaucoup trop taciturne pour le bien commun. Parfois, satisfaire à l'égo des gens était la meilleure manière de s’épargner des difficultés et des propos inutiles : pour une fois qu’un illustre inconnu s’échouait à sa porte, elle n’avait aucune envie de reproduire le même schéma à l’identique, véritable vinyle abîmé bloquant incessamment sur un refrain.

Elle se saisit de son poignet droit qui s’agitait, sa main furetant inconsciemment à la recherche de ses cicatrices qui le démangeaient tant dans son semi sommeil. Elle avait cette sorte d’autorité spontanée mais parfaitement indifférente de celle habituée depuis la nuit des temps à effectuer les mêmes gestes. Soigner, tenir, réparer… Elle les effectuait machinalement, avec cette précision de machine comptabilisant invariablement l’écoulement du sable, un grain après l’autre. Ni violence ni douceur, rien d’autre que l’étau froid de ses doigts pour corriger une position négligente exactement comme l’on chasserait une poussière malvenue, ou la gêne d’une mèche regimbant.

« Vous avez été sérieusement blessé, vos plaies ne sont pas encore tout à fait guéries. »

Lorsqu’elle considéra qu’il était suffisamment éveillé pour ne plus faire de folie avec son propre corps elle daigna s’écarter d’un léger mètre, juste assez pour déposer un peu plus loin sa bassine d’eau. Elle plaça sur son front un linge humide dans le but de prévenir toute fièvre provoquée par son agitation naissante.

« Comment vous appelez-vous ? »

Ses mains présentement libres, elle put s’adonner à quelques contrôles routiniers. Il fallait s’assurer que son esprit n’avait pas été touché contrairement à son corps, car un tel choc pouvait parfois occulter la résistance crânienne et provoquer de sévères dégâts invisibles à l’œil nu.

« Vous vous souvenez de quelque chose ? Respirez lentement, ne bougez pas pour le moment. Racontez-moi. »

Elle s’assit sur le matelas moelleux à ses côtés, s’appuyant sur les draps froissés pour se pencher tout son soul sur son patient. Etait-elle attentive ? Elle n’aurait su le dire, mais sa concentration semblait provisoirement présente. Cela passait le temps, et peut-être même espérait-elle entendre une histoire saisissante de sa bouche. Autre chose qu’un accident banal au possible à bord d’un aéronef qui n’aurait jamais dû se retrouver à une telle extrémité du continent. S’était-il agi d’un problème de moteur ? Ou de nuisance humaine ? L’égo des Hommes accomplissait toujours des miracles, en dépit de leurs espoirs.

Elle ouvrit sa chemise de fortune, repoussant les draps blancs jusqu’aux hanches du jeune homme pour parcourir du bout des doigts les lignes sombres de ses points de sutures. Ignorant délibérément son bras gauche, celui qu’il ne tarderait pas à voir et qui risquait fort de provoquer une réaction intéressante. C’était un tantinet morbide de sa part, mais elle ressentait l’envie presque injuste de voir ses traits se déformer sous la stupéfaction, sa bouche se tordre, n’importe quoi tant qu’il s’agissait d’une réaction vive… Oui, qu’est-ce que cela faisait de découvrir qu’on était à présent classé dans la petite boîte vide et étroite des Anomalies ? Que son destin avait été barré d’une croix rouge et sanglante jusqu’à ce qu’une puissance extérieure vienne vous achever si gracieusement ? Elle mourrait d’envie de se délecter de cette émotion, cette réaction première qui n’était jamais venue à elle. Tout son être s’était contenté de se racornir brusquement et à tout jamais, lui ôtant même le droit universel à la souffrance et à la colère envers soi-même… On lui avait enlevé le déni, la surprise, la joie, l’angoisse. La vie n’était qu’une vaste croisade grise et terne. Alors ne cessait-elle jamais de se pencher un peu sur les autres, guettant ces réactions qui lui étaient désormais étrangères et interdites dans l’espoir peut-être de les comprendre à nouveau, de s’en imprégner comme une éponge desséchée. Il y avait là bel et bien une pointe de jalousie terrible à les voir vivre et respirer dans toutes ces myriades de couleurs sentimentales…

« Vous avez encore mal quelque part ? Vous sentez vos jambes ? »

Cette fois-ci, quelque part dans l’infinité imperméable de ses prunelles, une lueur métallique aiguisa son regard. Elle l’observait avec l’attention d’un animal étrange, la tête subtilement penchée de côté, ce qui donnait à son visage des airs de Banshee ravissante s'apprêtant à délier le rouge fruit de ses lèvres pour offrir un sourire tout de dents pointues.


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Joël Neara
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Ven 24 Fév - 13:34
Irys : 314862
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Pourquoi diable lui était-il si difficile de bouger ? Pourquoi diable se sentait-il oppressé, non, écrasé par Bolgokh sait quel poids. Ce n'était pas simplement physique car petit à petit le brouillard qui enveloppait son esprit commençait à se dissiper et il parvenait à reprendre le contrôle -maladroit certes- de son corps. Mais psychologiquement, une sensation terrifiante dictait à son inconscient de rester coucher, comme une petite voix paniquée qui lui lançait des avertissements "Joël, reste couché !" ou bien "Joël, t'aurais mieux fait d'être tué sur le coup !". Joël n'était pas superstitieux, mais il ne comprenait pas. Comment son inconscient pouvait-il prendre autant de place alors qu'il était éveillé. Il se sentait possédé, et l'idée que cela puisse être vrai le plongea dans une peur viscérale de ce qui allait advenir s'il essayait de se relever.

La réflexion menant à l'éveil de l'esprit, et l'esprit menant à l'éveil du corps, les douleurs issues de ses nombreuses blessures refirent surface dans les secondes qui suivirent, si bien que l'espace de quelques instant, l'ex-capitaine eut l'impression d'avoir toujours le corps criblé de débris.


* Un mauvais rêve, ça ne peut s'agir que d'un mauvais rêve ! *

Se rappelant les vieilles astuces de grand-mère pour sortir d'un cauchemar, il entreprit d'essayer de se pincer, avant qu'une main inconnue vienne lui saisir le poignet. Ce premier contact fut celui qui le ramena brusquement à la réalité. Un contact froid, presque glacial, qui ne suggérait en rien le fait qu'il soit bien vivant. Ses yeux s'entrouvrirent sur le visage flou d'une rouquine au regard livide.

« Vous avez été sérieusement blessé, vos plaies ne sont pas encore tout à fait guéries. »

Il pesta, comme il le faisait à chaque fois qu'il se trouvait dépendant d'un autre. Le linge humidifié quelques minutes plus tôt le détendit aussitôt.

« Comment vous appelez-vous ? »

« J ... Joël ... ouais c'est ça, Joël ! »

Son exclamation fut un réel signe de soulagement de sa part. Son identité, s'il s'en souvenait, signifiait pour lui qu'il était bien le même, et non pas possédait pas l'un de ces étranges esprits qui avaient tourmentés son sommeil plusieurs jours durant. L'amnésie ... avec tout les problèmes qu'il avait sur le dos, le jeune homme ne se serait pas donner deux mois de plus avant que l'un de ses détracteurs ne le retrouvent pour lui faire la peau, sans qu'il ne sache pourquoi.

« Vous vous souvenez de quelque chose ? Respirez lentement, ne bougez pas pour le moment. Racontez-moi. »

« Euh ... tsss ... là, maintenant, tout de suite, c'est compliqué. Je sais que le Myssidia était déjà mal en point lorsqu'on est parti de Lonfaure. J'ai voulu faire une escale en contrebas des Rocheuses pour laisser passer la tempête, mais Amisgal n'était pas de cet avis ... »

Se souvenir le fatiguait, lui donnait une migraine qu'il ne soupçonnait pas possible, et pourtant, il continuait d'essayer de raconter, car il espérait lui aussi trouver des informations, mettre le doigt sur un détail qui lui aurait échappé et qui lui permettrait, peut-être de trouver une raison à cet accident, une raison autre que celle de sa fierté mal-placée. Il savait qu'à l'heure actuelle, il oubliait beaucoup de choses, si bien que son histoire pouvait sembler décousue. Il se surprit a faire de nombreuses référence à Lucy, son mentor, jusqu'à parfois s'éloigner complétement du sujet d'origine pour parler de cette personne pour qui il avait un profond respect inavoué.

« Vous avez encore mal quelque part ? Vous sentez vos jambes ? »

« Vous devez me prendre pour un fou, docteur comment déjà ? » répliqua-t-il tout en s'employant à bouger ses membres comme il le pouvait.

Ses jambes étaient lourdes et il lui semblait que ses genoux allaient se briser s'il s'amusait à essayer de les plier trop rapidement. Il fit rouler ses épaules, se toucha les parties pour s'assurer qu'il n'avait rien perdu de ce côté-là, remua ses doigts et ne songea pas tout de suite qu'il n'était pas censé pouvoir bouger son bras gauche.


« Jambes, OK. Tête, OK. Bras, OK. Enfin ... seulement le bras dro... »

Soudain, il réalisa. Son regard plein d'incompréhension rencontra les prunelles de la toubib à la recherche de réponses, et avant même qu'il ne constate par lui-même ou qu'il ne touche son membre, un sourire illumina son visage.

« Mon bras ! J'étais pourtant certain de l'avoir per... »

Puis il vit l'état de son bras, et tout s'arrêta. Son monde s'écroula, la vérité le percuta plus violemment que la coque du Myssidia sur le sol glacé de Véreist. Toute ces atrocités qu'il avait vécu jusqu'à maintenant n'étaient rien face à ce qu'il vivait en cet instant. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre. Joël était peut-être impulsif et brute sur certaine choses, mais sa culture était incontestablement l'un de ses atouts et il savait très bien ce qu'il était désormais. Mais l'accepter, ça c'était une autre histoire.

« Alors ça ... c'est hors de question ! »

Bousculant sa bienfaitrice, il n'eut aucune idée de là où il parvint à trouver l'énergie de rouler hors du lit, ni même de se relever pour venir éclater son avant-bras sur la tranche du bureau de bois massif qui siégeait devant lui. Il frappa, encore et encore pour voir littéralement voler en éclat les cristaux qui avaient remplacé son membre ! Il désespérait de ne ressentir aucune douleur. Il désespérait que la douleur de son bras qui se brise ne soit plus là. Une magilithe, il avait un @"#& de bras en magilithe.

« Bordel, bordel, bordel, bordel, bordel, bordel, ... »

Et il jurait, encore et encore jusqu'à tomber, vidé de toute énergie, les cristaux de son avant-bras bien entamés.

« Amputez-moi docteur. Coupez plus haut, enlevez-moi la moitié du corps j'en sais rien mais putain, je ne veux pas de cette merde ! »

Un flot de larmes commença à s'écouler le long de ses joues meurtries.

« J'suis pas fait pour ça, j'suis pas assez fort pour endurer ça ! »


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Luka Toen
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Lun 27 Mar - 0:57
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« … Non. Lui répondit-elle, très lentement, égrenant cette unique syllabe comme un bonbon fin dont on se délecte. »

Elle n’avait pas bougé, murée dans sa tour de silence et de vides insondables, inerte face à sa violence. Etait-elle cruelle ? C’était une considération bien loin de ce qu’elle était en cet instant, et de ce qu’elle était depuis bientôt dix ans. Au moins avait-elle apparence humaine contrairement aux premières années de désertion de ses sentiments. Géal avait épousé un animal dans l’espoir d’en faire une créature présentable –c’était à présent chose faite, même si elle n’avait d’humain que l’apparence. Et pourtant, pourtant quelque chose se débattait en elle, hurlait et griffait à qui voulait bien l’entendre et qu’elle s’échinait machinalement, méticuleusement à étrangler jusqu’au moindre souffle d’air. Que le monde se taise. Tout cela était bigrement pénible, et elle en avait assez d’entendre les jérémiades vides de sens d’un inconnu. Ne réalisait-il pas la chance qu’il avait… ? Tout le monde ne réchappait pas d’une chute aérienne. Oui, en cet instant, elle contemplait sa souffrance avec l’attention aiguisée d’un loup aux abois. Qu’il sombre. Qu’il se déchire. Qu’il lutte… Il comprendrait bien assez tôt que toute résistance était vaine : la vie n’était qu’un long fleuve tranquille et immuable.

« Non, reprit-elle, et cela seul constituait un immense effort de sa part. »

Elle se redressa sur ses jambes comme si chaque mouvement lui était une énergie péniblement perdue. Alors ses prunelles glissèrent sur les joues baignées de larmes de son patient, et cette vision creusa un trou terriblement avide dans son cœur. Son regard lui, demeura inerte et froid, planté là dans l’âme égarée qu’il était avec tout le poids d’un jugement divin.

« Mais vous pouvez utiliser ça. »

Et sa main se mit en mouvement, vaste chemin aussi long qu’une laborieuse mise en route, presque geste théâtral qu’elle produisait avec l’indifférence d’une mise en scène dramatique. Elle déplia l’index, et le bout de son ongle traça un chemin viable jusqu’à une coupelle placée sur une commode à l’autre bout de la pièce. Il y avait là une lame de rasoir posée en équilibre, et son reflet argenté réverbérait l’eau calme de la coupelle. Geal avait mis ça ici à l’attention de leur invité indésiré, homme compréhensif de ce qu’une barbe mal coupée renvoyait.

« Vous n’aurez qu’à vous trancher la gorge. »

Son ton de voix monocorde ne marqua aucune nuance, aussi impassible et traînante qu’une ouvrière ayant répété cinquante mille fois le même et unique geste. Tout cela perdait du sens et finissait par se mêler entièrement à la monotonie du quotidien…

« Au-dessus de la bassine, précisa-t-elle comme un métronome bien éduqué. Geal ne veut plus que je fasse ce genre de choses, il vous faudra donc vous en charger. »

Le souvenir de Geal posant subrepticement sa main sur ses doigts tâchés de sang demeurait vif en sa mémoire. Désormais, tu ne te battras plus, lui avait-il dit, lui ôtant le morceau de verre dont elle s’était saisie, aussi insensible et lointaine qu’une arme bien rôdée. Lorsque les émotions se font absentes, les réflexes reptiliens sont tout ce qu’il nous reste… Sa folie avait coûté la démission catastrophique de leur première servante. Bien que Luka ne comprenait toujours pas ce qu’il y avait de spécifique à modeler un corps à son image, répliquer par les crocs et la jouissance de la violence. Cela ne lui procurait toujours pas la moindre émotion, mais au moins pouvait-elle par le passé se targuer d’exister quelque part…

« Ne tâchez rien. »

Cela l’ennuierait, Géal allait encore la disputer comme une enfant. Non qu’elle s’en souciât, mais tout cela coûtait un temps fou, et une énergie qu’elle n’avait pas. C’est qu’il fallait écouter de longues phrases, et il attendrait une réponse d’elle, qui plus est… Elle fit donc un pas de côté, les mains sagement croisées sur ses jupons, le visage aussi imperméable que de coutume. Elle ignorait vraisemblablement qu’il n’avait sans doute pas le cran de s’égorger lui-même, en-deçà des considérations qu’un être humain est normalement supposé avoir sur sa propre survie. Son bras l’embêtait ? La logique semblait limpide : qu’il mette fin à ses jours s’il ne pouvait supporter l’autre option qui s’offrait à lui. Mais, vraiment, qu’il ne s’avise pas de mettre une seule goûte à côté… Était-il un adolescent qu’il ne pouvait supporter la vue de trois cristaux ?

« Nous mangeons dans vingt minutes. »

Et elle fit demi-tour. Comme cela, tout simplement. Ouvrit la porte de la chambre qu'elle referma derrière elle, peu soucieuse du sort éventuel de son patient. C'est qu'il y avait un repas à préparer, et chronométrer son quotidien était important.


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Joël Neara
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Mar 28 Mar - 0:34
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L'Anomalie ne pouvait décidément pas quitter des yeux la lame que la jeune femme lui avait froidement indiqué. Son corps tout entier voulait la prendre, comme un étrange reflex instinctif de "survie", et lorsque la porte se referma, il la saisit. Que choisir ? Se tailler les veines ? Se trancher la gorge ? En réalité seule sa main tremblante hésitait, car Joël, lui avait déjà fait son choix : Il voulait guérir, pas mourir, et encore moins si c'est un étranger qui le lui suggérait ! Cette femme, qui était-elle ? Il l'avait spontanément appelé "docteur", mais l'était-elle vraiment ? Et cette pièce, cet endroit ? Il ne savait même pas où il était. L'ex-capitaine lâche un profond soupir, puis reposa l'arme avant de s'allonger sur le plancher sale de la vieille masure, nu comme un ver.

Sa respiration reprenait petit à petit un rythme régulier, tandis que son environnement, jusqu'à maintenant complétement inconnu, commençait à prendre forme. Les bruits et les odeurs commençaient à lui parvenir. Des voix relativement lointaines se faisaient entendre au rez-de-chaussé, camouflée par le vent tonitruant qui semblait souffler à l'extérieur. Péniblement, il se releva et s'approcha de la seule fenêtre de la pièce avant d'en écarter le rideau.


« Humpf ... Klumpen ... »

Il n'était peut-être jamais venu jusque dans cette ville aux confins du monde, mais les événements qui y avaient été décrit dans les nombreux ouvrages qu'il avait eu l'occasion de lire ne s'étaient pas trompés. La maison dans laquelle il se trouvait faisait partie d'un ensemble plus grand, où chacune des habitations, collées à ses sœurs formaient une place centrale au milieu de laquelle siégeait un impressionnant cristal de magilithe, sur lequel étaient gravés le nom de tout les mineurs qui avaient eut le malheur de perdre la vie lors de l'extraction du fameux minéral. Si la ville avait été inanimée, ce lieu de recueillement aurait pu avoir un certain charme, mais le déplacement incessant de la milice locale et des troupes chargées de défendre les portes de la ville n'avaient pas permis à la neige de recouvrir uniformément le sol. Au lieu de cela, des pavés souillée par la transpiration, l'urine et la boue n'offraient aux visiteurs que pour seule contemplation l'évidente décadence de cette cité.

Le bruit des assiettes qui s'entrechoquaient sorti Joël de sa rêverie. Instinctivement, son estomac commença à se manifester. Il était affamé, et l'idée d'un repas, quel qu'il soit, lui permettait de relativiser sur sa misérable existence. Il allait avoir l'éternité pour se prendre le chou à ce sujet, il s'était suffisamment torturé l'esprit aujourd'hui.
Fouillant sans scrupule les meubles aux alentours, il y trouva un pantalon étonnamment ample et rembourré, surement pour survivre aux températures glaciale du vide astral. Il s'en vêtu, ainsi que d'une simple chemise en lin et un poncho, avant de se diriger vers la sortie. Son regard croisa son reflet dans un miroir, et constata avec mépris qu'il avait effectivement ...


« ... une sale gueule. »

Alors qu'il espérait ne pas attirer l'attention, le bois grinçant des vieilles marches d'escalier attira tout les regards. Celui qui semblait être le "maître de maison" s'exclama en le voyant arriver :

« Voilà donc notre miraculé ! Benoit, ne restez donc pas planté là et aller l'aider. »
« Bien monsieur. »

~ Ce doit être ce soi-disant "Geal" ~

D'un geste mal-assuré mais résolu, le trentenaire écarte le gamin d'un revers de main.

« Non ça va, pas la peine, j'peux me démerder tout seul. »

Le scientifique, visiblement impatient de découvrir le traumatisme que vivait son invité, ordonna au pauvre Benoit de lui tirer leurs chaises pour que tous puissent s'asseoir et entamer la discussion, conversation que Joël voyait du mauvais œil.

« Allez-y je vous en prie, servez-vous ! Vous devez être affamé après ces trois dernières semaines. Peut-êt... »

« Trois semaines ? » marmonna Joël, les yeux plantés dans ceux de cette homme qui semblait avoir autant de tact qu'un Novsh blessé dans son orgueil.

« Oh et encore ! Votre convalescence et l'évolution de votre maladie bouscule toute les théories sur lesquelles de prodigieux chercheurs se sont penchés ! Imaginez ! Retrouver l'intégralité d'un membre après amputation après seulement trois semaines ! C'est fantastique, vous êtes un miracle de la nature, Anomalie, certes, mais mira... »

Il ne l'écoutait plus. Plongé dans ses propres pensées, le jeune homme s'était résolument fait un avis sur ses deux hôtes. Ils étaient des anomalies. Avait-il des preuves ? Absolument pas, mais il fallait être soit ignorant, soit complétement hors du monde et des mœurs pour se réjouir du mal qui avait gagner son bras. Un miracle que la magilithe se soit développée aussi vite ? Cela voulait-il dire que "par miracle", le mois prochain il serait déjà un monolithe entier ?

« Qu'est-ce que ... ? C'est quoi ça ? »

Une alarme sonnait, tandis que les soldats s'agitaient à l'extérieur en ordonnant aux civils de rentrer chez eux.

« Oh ça, ce n'est qu'un couvre-feu ! Des Régisseurs doivent approcher des murs avec leur Gardien. On s'y habitue très vite, d'ailleurs je mettrais mon bras à couper que ... »

« Coupez donc le mien, puisqu'il vous fascine tant. »

« Vrai ... Vraiment ? »

Un bruit d'explosion retenti.

« Ah je le savais ! De vraies bijoux de technologie ces canons magithèques, croyez-moi ! Même si elle ne paye pas de mine, Klumpen est un havre de paix comme l'on en connait peu ! Vous y êtes en sécurité. Mais pour en revenir à votre proposition, je ne vous cache pas ... »

« Qui êtes-vous ? »

Un silence gênant commença à planer sur la salle à manger. Mais il n'en avait que faire. Il venait de se réveiller après trois semaines de sommeil, il ignorait tout de ce qu'il se passait, alors pourquoi diable serait-ce à lui de répondre aux questions.

« Vous. dit-il en direction de la rouquine. Quel genre de toubib êtes-vous ? Quel genre de toubib propose le suicide plutôt qu'une guérison ? »

« Luka ... ne me dîtes pas que vous avez encore ... »


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Luka Toen
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Mar 2 Mai - 22:39
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Était-ce l’imagination des habitants de la maison où le couteau de Luka venait-il véritablement de crisser un peu plus brusquement dans son assiette qu’il ne l’aurait dû… ? Toujours est-il qu’elle ne manifesta pas la moindre réaction, et s’astreignit tout au contraire à découper sa viande avec une attention chirurgicale renouvelée. Il y avait là néanmoins dans le récipient vide qu’elle était une microscopique once d’agacement.

« Luka. Réponds-moi. »

La voix de Geal s’était faite autoritaire, et ses airs de scientifiques enthousiastes avaient fondu comme neige au soleil. Il posa ses couverts sur la table dans un interminable silence, les yeux braqués sur la jeune femme qui avait scrupuleusement décidé de ne pas croiser son regard, car l’assiette, soudain, était d’un ravissant intérêt.

« Peut-être… »

Sa voix traînante eut tous les accents de la mauvaise foi, exactement comme s’il se fut agi d’une petite erreur occasionnelle de parcours. Geal finit par pousser un profond soupir qui détendit imperceptiblement sa silhouette, abandonnant déjà un combat qu’il savait vain. Il se pinça l’arête du nez de deux doigts fatigués, et un nouveau soupir à fendre l’âme vint alourdir un peu plus les quelques pâtes d’oie qui commençaient à naître sur son visage.

« Ah je vous jure ma chère, vous allez avoir raison de moi un jour prochain. Nous en reparlerons tout à l’heure. »

Cette fois-ci, l’interpellée renonça à ce qu’il y avait dans son assiette et détourna ostensiblement la tête dans la direction opposée. Que tout cela était bigrement ennuyant, voilà qu’elle regrettait soudain ses efforts passagers pour sortir cet étranger de l’agonie dans laquelle son propre crash l’avait plongé. Son programme d’ennui quotidien était d’une extrême précision, ce n’était pas pour que Geal vienne y rajouter par sa faute une nouvelle séance de semonces sur l’intérêt qu’il y avait à vivre et prendre soin des autres… Aussi pinça-t-elle les lèvres, et il fut clair au bout d’une poignée de secondes qu’elle refusait tout bonnement de répondre aux questions du navigateur.

« Veuillez pardonner mon épouse, poursuivit Geal avec l’aisance de quelqu’un habitué à gérer ce type de situations, elle se bat actuellement avec les mêmes démêlés que vous. »

Un infime pli marqua la courbe des sourcils de Luka, sitôt effacé derrière son implacabilité lisse.

« Je me nomme Geal Caric, et voici mon épouse, Luka Caric. Nous avons été mandatés par le gouvernement du Tyorum pour mener un brin d’enquête ici, à Klumpen. Ne lui en voulez pas, vous savez, malgré les apparences elle n’a pas usurpé son titre de médecin. Elle vous a sauvé la vie en vous tirant des décombres et en soignant vos blessures durant tout ce temps. Enfin, une partie seulement de votre corps… Tout est périssable en sciences, vous savez. Nous retournons simplement à la nature. Faites votre deuil. »

Dans le lointain, des échos d’explosion survenaient par instant et se réverbéraient à l’infini dans les montagnes glacées alentours. Luka paraissait s’être totalement désintéressée de la teneur de la conversation, ses prunelles d’un vert doré sombre tournées vers cet horizon par-delà les larges murs de pierre et de bois, fixées sur quelque chose d’invisible que seule elle pouvait percevoir. Elle écoutait, attentive présence d’un calme insondable, comme un chat aux aguets face au ressac houleux des flammes.

« Ce soir encore… ? »

« … Oui. »

Et cela fut l'unique réponse de Luka à ce bref échange sibyllin qu’une Anomalie depuis peu ne pouvait décemment comprendre avant de l’avoir lui-même ressenti.

« Hé bien, Benoit, vous éteindrez une fois encore toutes les lumières cette nuit. Et n’oubliez pas de donner des couvertures chaudes à notre invité, car les températures chutent vite. »

Geal s’accorda une rapide rasade de vin, puis reprit sans transition son rôle d’hôte cordial :

« Avez-vous d’autres questions ? J’ai cru comprendre que vous vous faisiez appeler Joël. Vous étiez en mission ? »


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Joël Neara
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Lun 11 Déc - 16:06
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L'étrangeté de sa salvatrice laissait perplexe le rescapé, qui peinait à croire qu'une personne aussi apathique ait put un jour ressentir l'envie de s'intéresser aux autres et de les aider, ce qui à ses yeux, étaient deux traits de personnalité indispensable à tout bon médecin qui se respecte. Naturellement, il classait les autres dans la catégorie des scientifiques fous, responsables de bon nombre de projets foireux qui aujourd'hui, avaient été regroupés et officialisé sous le doux nom de "Forces expérimentales". Et si ses hôtes l'avaient sauvé pour mener à bien leurs macabres expériences ? La fatigue et la douleur favorisaient sa psychose, mais il tâcha d'en laisser paraître le moins possible. Le "mal" était fait, et la seule chose qui lui restait à faire était de s'adapter, ou de mourir.

Il jeta un dernier regard à cette "Luka" ... puis il se jura de découvrir, plus tard, si elle était tout simplement folle, ou bien s'il y avait une raison à tout cela. Il revint finalement sur Geal, la seule personne ici qui semblait lui monter une once d'intérêt.


« Je ... avant de commencer ... je tiens à vous présenter mes excuses. C'était indélicat de ma part de vous parler de la sorte, alors que je vous dois la vie, ou ce qu'il en reste. »

Habitué depuis bien trop longtemps à un franc parler aisément acquit lors de ses années de contrebandier, il fallut à l'Anomalie faire preuve d'une immense effort pour se remémorer les quelques bribes de code sociaux qui sied normalement à un homme de sa caste sociale.

« Je m'appelle Joël Neara, capitaine de l'Al.F.A. "Myssidia". Suite à un télégramme envoyé à Alexandria une semaine avant mon départ, la mission m'a effectivement été confiée de venir réapprovisionner Klumpen en armes et munition depuis Lonfaure. Les contretemps de la compagnie chargée d'acheminer la cargaison jusqu'à l'aérogare nous ont fait prendre un sacré retard et ... compte-tenu de l'urgence que semblait représenter la situation de la ville, j'ai voulu ... disons ... emprunter quelques périlleux raccourcis ... »

Craignant que sa nourriture ne refroidisse, il s'accorda une petite pause pour avaler quelques morceaux et s'abreuver de plusieurs grands verre d'eau. Le contact du liquide avec sa gorge lui fit se rendre compte d'à quel point il était assoiffé, si bien qu'il en vida la seule carafe présente à table.

« Je savais la météo mauvaise sur la périphérie occidentale de Hinaus, mais pas à ce point. Le vent et le givre  n'ont épargné ni les moteurs, ni la toile ... j'ai bien essayé de faire escale à Celeist, mais les orages astraux ne nous ont pas laissé perdre de l'altitude. Je crois me souvenir que la foudre a frappé l'un des flancs du Myssidia, le feu s'est répandu et la suite, je ne m'en souviens pas. »

Au fur et à mesure qu'il racontait son histoire, Joël se rendait compte de la gravité de ses erreurs, et les potentielles répercussions qu'elles risquaient d'avoir, si elles n'avaient pas déjà eu lieu. Car financer un tel convoi a un prix, et il y avait fort à parier que l'UNE ne programme sa prochaine livraison de matériel médical et militaire qu'au trimestre prochain. Bien entendu, en cas d'accident comme celui-ci le gouvernement saurait prendre des décisions "relativement" rapide, mais les trois semaines qui s'étaient écoulées ne seraient certainement pas suffisante pour permettre à la ville de recevoir le-dit matériel.
Le potentiel défensif de Klumpen ainsi remis en cause, l'infirme n'était plus aussi convaincu par les paroles du scientifique au sujet du "havre de paix" dans lequel tous séjournaient.

Le repas se poursuivit sans bavures, alimenté tantôt de long silences, tantôt de discussions banales et sans intérêt. Mais lorsque vint l'heure pour tous de quitter la table et d'aller dormir, il se risqua à poser une question.


« Je ne désire pas abuser de votre gentillesse, cependant ... il marqua une légère hésitation, n'étant pas certain lui-même de vouloir ça. J'ai une faveur à vous demander. »

Il attendit patiemment que Geal acquiesce avant de poursuivre.

« Je souhaiterai voir le "Myssidia", ou tout du moins ce qu'il en reste, de mes propres yeux. Peut-être pourrons nous y trouver des caisses d'armes ou de munitions encore intactes. »

« Nous devrions pouvoir organiser cela. Je ne pourrais malheureusement pas vous accompagner, j'ai fort à faire ailleurs, mais je suis certain que Luka acceptera de vous y conduire. Sortir vous fera le plus grand bien, à vous deux. »
conclu-t-il en jetant un regard à sa femme.

« Je vous en serai reconnaissant. dit-il à l'attention de la toubib. Bonne nuit. »

A l'instant précis où il se glissa sous la couette froide de son lit, l'ex-capitaine sombra dans un profond sommeil, un énième coma qui se termina tard le lendemain matin. Après un copieux petit-déjeuner, le jeune valet du couple lui mis à disposition toute une tenue polaire qu'il s'empressa d'enfiler, avant de sortir et de vagabonder sur la place centrale. Finalement, il s'arrêta pour contempler le grand cristal, attendant l'arrivée de son impassible guide.


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Luka Toen
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Jeu 8 Mar - 20:38
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« Prenez ceci. »

« Je ne sais pas tirer. »

Geal suspendit son geste l’espace d’une fraction de seconde, fixant sur sa femme l’éclat incrédule d’un sourcil rehaussé.

« C’est bien la quatrième fois que je vous montre ma chère, vos mains sont-elles aussi habiles que vos pieds ? »

Il attendit le temps d’un battement de cœur une réaction amusée, un sourire humoristique sur les lèvres. Puis il parut se remémorer la nature de celle qu’il avait épousée, et poursuivit ce qu’il faisait avec la fluidité de quelqu’un habitué depuis quatre longues années à un climat marital de cet acabit.

« Tenez fermement ceci, là. Laissez la sécurité, je vous en conjure, ne venez pas encore déposer un cadavre à ma porte comme un chat me rapporterait une souris, c'est terriblement désagréable. Je vous vois venir à bafouiller accident quand les autorités seront à notre porte… »

« Il sera là. »

« Voilà, demandez donc à notre invité avant de faire quoi que ce soit de trop malencontreux. C’est un militaire et un homme de sens, il saura vous conseiller. »

Luka eut une légère moue, à peine une ridule à la surface de son visage indifférent. Une simple contradiction manifeste, et peut-être l’aune d’une remise en question. Ce Joël, un homme de sens ? Elle qui n’avait pas d’émotion pourvoyait à son manque de remous par une logique qui lui était propre. Quelqu’un qui avait l’incroyable stupidité de crasher son aéronef sans l’once d’une raison ne pouvait être un homme de sens. Elle se garda bien toutefois d’expliciter sa pensée du fait du lien particulier qui la liait à Geal : un chien ne songe pas à mordre la main qui le nourrit. Elle positionna à la place ses mains sur la crosse froide du fusil Mark Hermès de son mari et acquiesça machinalement. L’objet était lourd entre ses mains, cela l’embarrassait diablement, et elle ne savait que faire de tous ces soit disant compartiments. Que la vie était pénible…

Elle y songeait encore, un air de profond ennui ancré sur ses traits, lorsqu’elle franchit leur porte d’entrée. Ses bottes fourrées crissaient dans la neige tandis qu’elle s’y enfonçait à chaque pas, pesamment, ne se souciant guère du froid polaire qui mordait sa chaire là où la femme de chambre avait mal ajusté ses atours d’hiver. Sois aimable, je t’avertis lui avait-il dit, un doigt instigateur pointé sous ses yeux. Que n’avait-elle pas fait pour avoir sorti cet étranger de ses décombres… Son quotidien s’en voyait renversé, ce précieux fil rouge qu’elle se gardait bien de dépoussiérer chaque jour durant, car se situer dans le temps et réagir à ce qui l’environnait coûtait trop d’énergie. Eut-elle été capable de ressentir quelque chose de poussé qu’elle en aurait probablement été irritée. A la place, elle se contenta d’ôter mécaniquement la couche de neige qui gagnait ses manches, et c’en fut tout de ses pensées du jour. Il n’en restait goutte, à nouveau immaculée, une réinitialisation perpétuelle de son système…

« Je suis là. »

Après quoi se souvint-elle des consignes, droite comme un i derrière le voyageur égaré, son fusil négligemment déjeté sur une épaule, canon vers le ciel. Avec toute la décontraction d’une inconsciente ou d’une folle.

« … La ville vous plaît ? Il fait beau aujourd'hui. »

... Ce qui était totalement faux. Oui, c’était un effort comme un autre. Bien qu’il n’ait pu encore rien voir de la ville, puisque son rôle était justement de la lui présenter, cela ne parut aucunement la perturber.

« Le fusil. Pour se défendre. »

L’arme valsa de son épaule à ses jambes, tandis qu’elle la lui présentait à bout de bras comme s’il se fut agi de lui tendre son sac de course. Le canon tangua quelques instants dans les airs, après quoi le ramena-t-elle à son giron. Geal le lui avait confié après tout, et nul ne pourrait y poser les doigts.

« Je garde. Geal dit qu’il y a beaucoup d’agressions par ici, et qu’à Klumpen on est jamais sûrs de rien. »

Elle se tut, un silence oppressant semblable à celui de la veille, la tête sensiblement penchée en avant à la manière d’un animal sauvage attentif à quelques sons connus de lui seul. Cela ne dura qu’une poignée de secondes et puis cette impression dérangeante fut remplacée aussi vite qu’une nouvelle plaquette sur ses traits, redevenue semblable à elle-même : un monolithe imperturbable.

« Je serai ravie de vous servir de guide. C’est par là. Faites attention où vous marchez, la neige cache des obstacles. Ne parlez pas aux gens et ne les regardez pas. Des questions ? »

Oui, Geal serait fier d’elle. Elle n’avait pas même oublié de préciser à son invité de ne pas dévisager les citoyens déviants qui régnaient dans cette zone, qui appréciaient rarement ce déshabillage forcé ! Entre Anomalies, ne se comprenaient-ils pas… ?


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Joël Neara
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Sam 10 Mar - 0:06
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Eliakim Nathaniel Wallace
Bazel Pat Belcher
Gideon Bashford
Morgan Sterling Parsons
Junius Virgil Mannerings
Luke Amon Jelly
Amon Abe Badger
Calvin Masheck Atwood
Joshua Charles Harriden
Seth Alexander Chester
...

A moitié concentré, le rescapé tournait lentement autour du cristal de magilithe qui faisait office de mémorial, sur lequel était soigneusement gravé les prénoms de ceux qui avaient péris dans les mines, ou -et il ne s'agissait-là que de ses suppositions- des mains des Régisseurs.
Klumpen avait regagné ce calme macabre si caractéristique de cette ville hors du commun. Les rues n'en demeuraient pas vide pour autant, au contraire. En cette fin de matinée, nombreux étaient les travailleurs à rentrer chez eux pour déjeuner, tandis que valets et nourrisses attendaient patiemment en face d'une école la sortie des classes. Tout aurait put être parfaitement "banal" si sur cette ennuyeuse toile le destin n'avait pas utiliser pour peinture la magilithe, qui recouvrait quasi-toute les personnes qui croisaient le regard du trentenaire. Tantôt du jugement, tantôt de la détresse, parfois de la tristesse ou de la colère. Visiblement, tous enduraient à sa façon son statut d'Anomalie, mais malgré toute cette kyrielle d'émotions, le constat était qu'aucun ne vivait bien sa condition.


« Ça promet ... »

Des paroles furent échangées, et très vite, tous commencèrent à regarder l'étranger d'un œil mauvais. Il ne lui en fallut guère plus pour détourner le regard et essayer de s'intéresser à autre chose, quoiqu'il restait tout de même méfiant. Il avait entendu bon nombre de choses sur Klumpen, et si tout ses habitants ne sont pas dingo, il en existaient tout de même qui pouvaient se montrer violent. Une situation que Joël trouva particulièrement compliquée à gérer pour les militaires, qui devaient à la fois protéger Et la ville des Régisseurs Et les citoyens de leurs propres folies. Et alors qu'un groupe d'une demi-douzaine de soldats passait devant lui, il ne fallait pas être médecin pour se rendre compte qu'eux aussi tiraient sur la corde. Visiblement la nuit avait été mouvementée, et parcequ'il avait dormi d'un sommeil profond, le daënar ne se doutait pas que les canons magithèque avaient bombardés jusque tard dans la nuit. La fatigue, les températures glaciale et la neige qui ne cessait de tomber commençait à avoir raison de la volonté des forces de l'ordre.
Il commença à évacuer la poudreuse d'un banc dans le but de s'y asseoir, lorsqu'une vois l'interpela.


« Je suis là. »

« Ah, la toubib ! »

« … La ville vous plaît ? Il fait beau aujourd'hui. »

Un silence suffisamment long pour en devenir gênant eut tout juste le temps de s'installer, laissant Joël circonspect par la phrase parfaitement inadaptée à la situation ? Si la ville lui plaisait ? Pourquoi diable lui plairait-elle ? Plait-elle seulement à quelqu'un ici ? Dès le départ il trouvait sa salvatrice étrange, puis il relativisa. Après tout, peut-être jouait-elle simplement la carte de l'ironie. Il eut à peine le temps de hausser les épaules quelle lui tendit son fusil, un modèle Hermès comme on en voyait partout sur le continent. Il s'apprêta à l'attraper lorsqu'elle le ramena à elle.

« Ah. »

« Je garde. Geal dit qu’il y a beaucoup d’agressions par ici, et qu’à Klumpen on est jamais sûrs de rien. »

« Bon ... si Geal l'a dit ... » rumina-t-il dans sa barbe.

Puis à nouveau, cette étrange posture, ce regard perdu au loin comme si l'espace d'un instant son esprit était focalisé sur quelque chose qu'elle seule pouvait voir. Intrigué, il essaya tout d'abord de suivre son regard, avant de tendre l'oreille à son tour. Pour sur il n'entendit rien de particulier, mais cette Luka, elle, semblait aux aguets, et ce depuis la veille au soir.

« Quelque chose ne va p... »

« Je serai ravie de vous servir de guide. C’est par là. Faites attention où vous marchez, la neige cache des obstacles. Ne parlez pas aux gens et ne les regardez pas. Des questions ? »

Il voulu terminer sa question, mais il se ravisa. Il avait déjà assez à faire avec ses propres problèmes pour en plus devoir s'intéresser à ceux des autres, et il ne doutait pas que la rouquine devait en avoir tout une tripotée. Son jugement hâtif lui avait fait croire qu'elle était juste cinglée, mais la plupart de ses mimiques n'étant pas sans lui rappeler le comportement de certains animaux sauvages, mais dans le cas présent, elle lui faisait plus penser à une proie qu'à un prédateur. Que craignait-elle exactement ? Il n'en avait strictement aucune idée. Elle pouvait tout aussi bien être un ex-my'trän qu'une femme battue, une anomalie comme une mère qui a récemment perdue son enfant, ou bien d'autres choses encore.

« Effectivement le groupe devant l'école n'a pas semblé apprécié que je les reluque, pourtant je peux dire que je fais parti du groupe maintenant. »

Il marchait aux côtés de sa guide en essayant de l'imiter au mieux, baissant soigneusement la tête lorsqu'ils croisait des personnes, bien qu'il ne pouvait s'empêcher regarder toute ces "curiosités" du coin de l’œil dès lors qu'il les dépassait.

« On lit un paquet de choses sur Klumpen, mais tout les bouquins s'accordent à dire qu'il s'agit juste d'une place forte de la république où il ne fait pas bon d'y vivre si l'on n'est pas mineur ou militaire. Vous êtes médecin, mais qu'espérez vous soigner en venant dans un endroit pareil ? D'ailleurs, Geal dit que le Tyorum vous a envoyé ici pour enquêter, mais enquêter sur quoi exactement ? »

Joël ignorait si Miss.Caric lui faisait prendre le chemin le plus rapide pour sortir de la ville ou si elle jouait vraiment son rôle de guide en le faisant passer par les "lieux à ne pas louper" de Klumpen la maudite, en revanche il était sur d'une chose : Anomalie ou pas, pour rien au monde il ne finirait ses jours ici. L'anxiété et la peur était palpable à des centaines de mètres à la ronde, et visiblement l'attaque de la veille avait été plus violente qu'à l'accoutumée. Nombreux étaient les soldats réfugiés sous un porche en train d'essayer de se réchauffer tout en faisant état de la situation actuel. En recollant les morceaux, le trentenaire compris que les défenses de la ville était dans le mal et que des renforts étaient attendu. Une vague de culpabilité le saisit, jusqu'à ce que la voix de Luka le sorte de ses remords.


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Luka Toen
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Lun 12 Mar - 0:01
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Des cernes discrètes longeaient les prunelles jades de Luka qu’elle s’obstinait à garder fixes et droites sur un horizon qui n’existait plus nulle part. Des gens qu’ils croisaient, elle ne percevait que des formes floues indifférentes, des tâches nauséabondes qui n’avaient guère grand intérêt : elles aussi avaient perdu leur couleur, et n’étaient que des âmes affadies, couvertes de neige et d’amertume. Parce qu’on la connaissait en ces lieux, que son statut d’Anomalie psychologique n’avait échappé à personne pour ces gens experts en la matière, on la laissait parfaitement tranquille. De toute façon, elle avait maintes fois prouvé combien la moindre existence en ce monde lui était considérablement égale, c’était à peine si elle comprenait qu’on lui adressait la parole lorsque les premiers temps certains avaient tenté un « bonjour ». Elle était demeurée muette une longue et gênante minute, avant que son visage n’actionne une pénible tournée en direction de son « interlocuteur ». S’en était suivi un échange de regard plus utile qu’une contemplation de yamaany, autant dire un néant infinitésimal. Elle fendait donc la foule avec la force d’un objet inerte en action, un minéral brisant les rangs épars de cette nuée d’êtres malades. Sur la peau de ses poignets subsistaient des marques d’ongle qu’elle effleura machinalement des doigts, comme un animal réagirait à une blessure agaçante. La nuit avait été plutôt agitée, et Geal avait dû étouffer ses hurlements terrifiés pour ne pas réveiller leur précieux mais si naïf invité… Ils avaient frôlé la catastrophe de peu, cette nuit trop noire et froide, et il ignorait combien sa vie n’avait tenu qu’à un fil dans le dédale de ces rues.

« Vous n’avez pas tranché votre bras. »

C’était à la fois un simulacre d’interrogation et une constatation. Oui, il faisait partie du groupe désormais, et pour autant, il semblait bien s’y accoutumer. Réalisait-il que son état n’était pas si désespéré au regard du spectacle qu’il pouvait contempler, la misère omniprésente des rues et l’état de siège permanent mené ici ?

« Ils s’y feront, ils doivent d’abord vous flairer. »

Vous identifier, comme l’anomalie que vous êtes. Elle tourna au détour d’une ruelle, s’éloigna de la place principale sur laquelle il l’avait attendue un peu plus tôt.

« Je ne soigne pas. Sauf quand on me le dit. Ils ont des demandes souvent, pour des blessures bénignes. Geal enquête. Je n’ai pas le droit de dire sur quoi. Il me protège, on me cherche là-dehors, poursuivit-elle d’une voix atone, égale à elle-même. Votre aéronef est là-bas, derrière les derniers entrepôts. On ne doit pas mourir, ça aussi il l’interdit. »

Elle ne précisa pas que pourchassée par la bête qui rôdait par-delà ces murs, Klumpen était son dernier rempart. Que son mari en avait pleine et entière conscience, et que demander une autorisation spéciale à l’UNE n’avait été qu’un prétexte pour la cacher derrière les canons magithèques. Geal lui avait enjoint de servir de guide, mais que pouvait-elle présenter ? Il n’y avait que les ruines et la maladie ici-bas, et pour tout monument, une liste des nombreux morts qui s’étaient d’ores et déjà perdus loin des mémoires.

« Les mines. Elles sont là-bas. »

Elle tourna les talons sans attendre, et ne l’emmena pas tout à fait en direction de son aéronef détruit. Fort heureusement, Geal avait pris la peine de lui réciter la liste des choses à voir en ces lieux, car fait étonnant, il n’avait jamais tari d’éloges au sujet de la beauté de Klumpen. Cela demeurait un mystère pour Luka, de toute façon, qui ne s’inquiétait jamais outre mesure de la bizarrerie de son mari. Il riait, s’enthousiasmait, parcourait la pièce en long et en large, et c’était autant de temps qu’il ne passait pas à lui faire la leçon ou à calmer ses crises. Tant mieux, parfois, le bruit lancinant lui était nécessaire pour faire taire tout ce silence dans sa tête…

« Penchez-vous, lui enjoignit-elle. »

Elle était montée sans l’once d’une hésitation sur ce qui était de toute évidence un vieil échafaudage. Il n’aurait rien eu de particulier s’il n’était pas arrimé au bord d’une falaise, la roche dentelée de pics arrachés et de nombreuses pierres fluorescentes mises à nues… Sur le vide insondable du néant. Il n’y avait à perte à de vue qu’une obscurité opaque et tangible, une absence de vent même qui avait cessé d’agiter les mèches folles de Luka : ici, il ne neigeait plus. Ils étaient arrivés au bout du monde, et rien ne les séparait plus d’un tel précipice.

« Si vous voulez voir, ajouta-t-elle pour unique explication, bien loin des conseils de sécurité que l’on offre d’ordinaire. »

Pour sa part, elle n’accorda pas l’once d’un regard à ce qui ne lui évoquait tout simplement rien. C’était là, cela existait, et c’était déjà assez éreintant pour cette raison. Elle redescendit donc sans attendre de son perchoir, déjà prête à enchainer cette fort étrange visite.

« Les mines ne sont pas visitables. Les travailleurs ne veulent pas. Votre aéronef maintenant. »

Elle s’aperçut vaguement que ses efforts avaient malencontreusement baissés, voilà qu’elle ne prenait plus même la peine de formuler des phrases complètes. Elle pencha un instant la tête, l’air d’entendre d’ici son cher mari la rabrouer d’imprécations, ce qui eut le don de lui fournir un battement de cils à peine plus prononcé.

« Nous ne devons pas traîner si vous voulez voir vos affaires. Ils rôdent. A plusieurs. En meute. »

Sa voix resta en suspens par-delà eux deux, et il y avait un on ne savait quoi d’inquiétant dans cette information pourtant prononcée d’une voix immuable. Une identité floue, un danger qui échappait visiblement complètement à son invité et qu’elle ne pouvait parvenir à lui transmettre du fait de son incapacité émotionnelle. Alors, puisque c’était peine perdue, elle se contenta de reprendre son chemin sans l’attendre, avançant lentement vers la zone de crash de ce qu’il était venu revoir… A plusieurs mètres de distance, des débris étaient déjà visibles comme des arrêtes perçant la couche de neige qui était tombée durant la nuit, des traces de suie encore fumante et de mystérieux squelettes métalliques laissés là tels des animaux marins éventrés. Elle le guida jusqu’à ce décombre qui lui avait coûté un bras et l’avait pourtant protégé d’une mort certaine : cette paroi de l’aéronef avachie au sol et qui avait déjà tout du souvenir oublié.

« Je vous ai tiré de là-dessous. Pas vu si vous aviez quelque chose avec vous. Vous êtes satisfait ? Je fais mon rôle ? »


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Joël Neara
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Mar 13 Mar - 16:59
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Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
Dépassant une boulangerie, Joël eut l'agréable mais dénigrante surprise de constater qu'à Klumpen aussi les odeurs de viennoiseries tout juste sorties du four avaient une odeur alléchante. Mais il n'avait guère le temps de s'attarder, car sa guide improvisée n'excellant pas dans l'art des visites touristiques, il devait constamment presser le pas pour espérer ne pas la perdre de vu. Et pourtant, même si la plupart des locaux devaient le prendre pour un touriste de la première heure, le daënar observait, engrangeait et accumulait tout le savoir qu'il pouvait espérer obtenir sur cette ville, car sa passion pour l'interdit allant au-delà de la raison, il ne pouvait s'empêcher de vouloir saisir cette opportunité de découvrir pourquoi l'État protège cette ville comme un père protégerait son fils. Oh il connaissait bien entendu les raisons "officielles", à savoir les mines de magilithe, mais il devait forcément y avoir un "truc en plus".

« Je ne soigne pas. Sauf quand on me le dit. Ils ont des demandes souvent, pour des blessures bénignes. Geal enquête. Je n’ai pas le droit de dire sur quoi. Il me protège, on me cherche là-dehors. Votre aéronef est là-bas, derrière les derniers entrepôts. On ne doit pas mourir, ça aussi il l’interdit. »

« Le pragmatisme de votre mari ne cesse de me surprendre, rétorqua-t-il ironiquement.»

Il tiqua sur l'hypothétique danger qui planait au-dessus de la chevelure de feu de sa camarade, mais il ne souhaita pas faire de remarque. Bien qu'il ne s'agisse que de bribes d'informations, Luka se montrait de plus en plus bavarde et il espérait secrètement en apprendre plus à son sujet, même s'il avait bien compris que ses élans de sociabilité étaient aussi stable qu'un aéronef en pleine tempête. Mais il avait bon espoir. L'animal craintif est le seul à décider d'approcher ou non, aussi l'Anomalie se conterait de se montrer réceptif mais pas intrusif.

La suivant docilement, il grimpa sur la plateforme bringuebalante en se doutant dors et déjà du spectacle qu'elle comptait lui offrir, mais une sensation inhabituelle accapara l'ensemble de ses sens. Le contact des cristaux de son bras sur le métal usé, ce bruit inhabituel, cette sensation qu'un filtre transforme mais ne supprime pas ce sens si naturel et important qu'est le touché. Inconsciemment, il avait jusqu'à maintenant évité d'utiliser son bras meurtri, comme un refus de considérer cet "appendice" comme l'égal de son membre sain. Un brusque retour à la réalité qui lui ôta l'espace d'un instant toute envie de blaguer.


* Tu fais parti du groupe hein ... *

Secouant la tête comme pour effacer ces mauvaises pensées, il se hissa jusqu'en haut de la passerelle puis s'agrippa à l'une des armature pour se pencher au-dessus du vide astral. Fût-il été possible de ressentir le vertige face au néant, Joël n'en éprouvait en tout cas nullement la sensation. Des années de navigation dans les cieux de Daënastre l'avait quelque peu immunisé à cette peur relativement commune, aussi il préféra contempler les parois du bout du monde plutôt que les astres qui flottaient bien plus loin qu'il n'osait l'imaginer. D'ici, les immenses veines de magilithe qui parcouraient la falaise donnèrent un microscopique aperçu de ce que la ville avait à offrir à l'U.N.E.. Généralement visible sous forme de cristaux abrupte car déjà travaillé par les mineurs, il subsistait tout de même des artères parfaitement intacte qui formaient par endroit des sortes d'arches surplombant le néant, laissant imaginer à l'ex-capitaine toute la difficulté que devait représenter l'exploitation d'un tel édifice.

« Tu m'étonnes qu'ils perdent tous la boule avec un truc pareil à côté. Vous n'avez pas p..., il se retourna et aperçu la rouquine un peu plus loin en contrebas. Bon sang, elle est pas capable d'aligner trois mots, par contre quand il s'agit de se barrer là elle est douée ! »

Il redescendit fissa de l'échafaudage et rattrapa la miss, qui se dirigeait vers les fameux entrepôts quelle avait mentionné un peu plus tôt. Arrivant devant l'une des portes de la ville, les gardes jetèrent un regard circonspect vers la médecin, comme s'ils ne semblaient pas comprendre pour quelle foutue raison deux dégénérés voulaient s'aventurer dans les plaines enneigées. Mais s'il n'y avait aucune forme de considération pour Joël, il en était autrement pour Luka qui éveillait chez eux une forme d'inquiétude mêlé à un respect que l'Anomalie ne parvenait pas à saisir pour le moment. Lorsque la décision fut prise de les laisser sortir, l'un des gardes laissa échapper un "Vous êtes sûr Capitaine ?" que ce-dernier affirma d'un hochement de tête. Les gongs grincèrent et il fallut de longue secondes pour que le mécanisme parvienne à briser la glace qui s'était infiltré. Le vent s'engouffra dans la ville, soulevant la poudreuse et ébouriffant la chevelure brune de l'héritier. Devant lui, d'anciennes habitations et entrepôts perçaient la couche de neige qui finirait tôt ou tard par les recouvrir entièrement. Mais ce n'était ni le froid, ni le vent qui semblait avoir eu raison de leurs habitants. Des pans de mur écroulés, des tôles profondément marqués par une griffure dont Joël n'osait imaginer la provenance, des traces de brulures, des stalagmites de glace qui n'avaient rien de naturel. A son grand dam, le jeune homme savait de quoi il s'agissait. Son regard se tourna vers sa guide devant lui qui avançait d'une marche soutenu, et pensa tout haut.

« Les Régisseurs. »

L'hypothèse quelle soit elle aussi une Anomalie se confirmait peu à peu, compte-tenu que le seul danger immédiat que l'on pouvait trouver à l'extérieur des murs n'étaient autre que "les chiens des Architectes" et leur saleté de Gardiens. Il n'affirma rien pour autant, car la faune hostile de Vereist pouvait tout aussi bien être la source d'effroi qu'il soupçonnait parfois dans le regard de Luka, les Matars entrant en tête de la compétition en terme de bestioles à éviter, mais il avait moins d'éléments qui venaient appuyer cette théorie. Ses pensées et sa profonde réflexion furent cependant dispersées aux quatre vents lorsqu'il aperçu les premiers débris de son vaisseau. Il s'arrêta, la bouche entre-ouverte et le regard désolé par le carnage qui s'élevait devant lui.

« Je vous ai tiré de là-dessous. Pas vu si vous aviez quelque chose avec vous. Vous êtes satisfait ? Je fais mon rôle ? »

« Ouais ouais ..., souffla-t-il sans vraiment prêter attention à jeune femme. »

Il passa sous l'arche de fortune qui lui avait épargné une morte certaine, les restes de la quille du Myssidia qui avait soutenu un amas de débris qu'il ne parvenait plus à identifier, la faute au brasier qui avait consommé une grande partie du bâtiment. Il caressa le bois carbonisé, qui craqua à son contact avant de contourner l'obstacle et de s'aventurer un peu plus loin dans les décombres, enjoignant Luka à le suivre d'un mouvement de tête. Bien qu'épars, les divers bibelots qui jonchaient le sol laissait sous-entendre que la cabine du capitaine s'était disloqué dans les environs. Il commença alors à ramasser les divers ustensile et à les rassembler en un tas, espérant suffisamment déblayer les quelques mètres aux alentours pour y trouver son bien le plus précieux : les plans du Myssidia.

« Aidez-moi, je cherche un étui de cette taille-là à peu près, indiqua-t-il en plaçant sa main au niveau de son bassin. On ne peut pas le confondre, il est en argent sur lequel sont sculptées des inscriptions dorées en ancien langage. »

Ses longues minute de recherche le menèrent finalement à un autre vestige qu'il n'aurait pas souhaité revoir. Le compas de son timonier, un artefact que Carl chérissait plus que tout et qui était reconnaissable au gravure qu'avait fait son fils sur la face place de l'objet. Le regard plein de regret, et l'esprit hanté par les bribes de souvenirs qu'il avait de l'accident, il revint vers sa sauveuse et lui demanda, d'une voix qui laissait parfaitement transparaître le poids de ses remords.

« Luka, est-ce qu'il y en a eu d'autres ? Des blessés, de la ville j'entends ... Est-ce que j'ai détruit d'autres vies que celle de mon équipage ? »


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Luka Toen
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Lun 2 Avr - 20:04
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Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
De cette taille là à peu près, se répéta-t-elle pensivement, un assentiment visible d’un seul hochement de tête. Une chose peu commune avec la malédiction qui était la sienne, le dernier à parler possédait régulièrement l’ascendant sur elle. Ce n’était point étrange lorsque l’on se fichait de ce qu’il était susceptible d’advenir de nous et des gens qui nous entourent… Morte ou vive, aujourd’hui ou demain, Luka mordait lorsqu’on lui intimait de mordre, caressait lorsque telle était la consigne et se tenait tranquille et coite lorsque nulle indication n’était là pour la guider dans cette vaste existence vide de sens. Certes, Geal avait comblé un certain morceau de silence en elle par sa propre voix, ces conseils qu’il tâchait de déverser en elle comme l’on tenterait de remplir un sceau percé. En son absence, plus les minutes s’égrenaient plus ses consignes se faisaient brumeux souvenir, et il lui arrivait d’accomplir de menues besognes dès qu’un illustre inconnu le lui demandait… Or, pensa-t-elle avec la logique méthodique qui était la sienne, son mari ne lui avait-il pas expressément demandé de veiller sur leur irritant patient ? Aussi réagit-elle avec la rapidité d’un mécanisme bien huilé à sa demande : elle tourna les talons, son arme déjetée dans son dos, et s’attela à la tâche qui lui avait été confiée avec autant de rectitude qu’un outil.

Elle saisit à pleine main un large morceau de métal qui lui barrait la route, dut s’arcbouter pour l’extraire de la neige dans laquelle il s’était engoncé. La matière vibra sous ses paumes mais finit par se laisser docilement écartée : elle pénétra dans la carcasse éventrée d’une parcelle en mineure partie encore intacte. L’odeur aurait pu la gêner à bien des égards, elle se contenta d’un infime froncement de nez, comme agacée par quelques vrombissements de mouche. Au moins le froid coupant qui régnait ici et la couche de glace qui crissait sous ses semelles avaient fortement ralenti la décomposition des corps qui jonchaient la zone… Elle qui n’avait pour toute sensibilité qu’un cœur gelé se contenta de traverser au plus court – qu’importe si les craquements sous ses bottes n’étaient pas tous d’origine naturelle. Elle se pencha à plusieurs reprises pour ramasser des objets plus loufoques les uns que les autres, tâchant de comparer les directives de sa mémoire à la forme de ses trouvailles. Cette taille environ ? Un cylindre ? Elle laissa de côté une longue barre en fer, fit de même avec le pied d’une chaise et les restes d’une lampe. C’était douteux malgré tout, et elle se figea durant trois interminables secondes en proie au doute. Ah diable, si ces objets étaient les bons, cela signifierait refaire cette distance, et diantre qu’elle n’avait pas envie de dispenser inutilement son énergie en double…

Ses prunelles accrochèrent alors le sommet d’un étui à moitié enseveli dans les décombres d’une caisse recouverte de poudreuse. L’éclat du jour s’y accrochait et lui éblouissait la rétine, un court, vif éclat d’argent. Elle le fixa, longuement, en chien de faïence, prête à attaquer cette étrange chose qui se moquait de ses sens.

« Il te cherche. »

L’objet ne lui répondit point, et elle pencha la tête de côté peut-être l’air de se demander s’il s’agissait bien de cela. Cela avait tout l’air d’être le cas. Elle consentit donc à extraire l’étui de son indésirable carcan, plongeant les mains sans l’once d’une hésitation dans la neige glaciale, les genoux à même le sol. Sa belle robe trempée d’humidité mais son trophée en poche, elle entreprit le chemin inverse jusqu’à retrouver Joël quelques mètres plus loin.

« C’est fait. »

Elle lui tendit l’étui et puis… Le laissa tout bonnement tomber, ses doigts se déliant avant qu’il n’ait eu le temps de s’en saisir. Les prunelles braquées sur un point fixe derrière lui, sa dextre désormais libre remonta avec une vitesse folle jusqu’à la crosse de son fusil, fit basculer l’arme dans ses mains avant que le tintement de l’étui ne raisonne au sol. Un profond silence plomba les lieux, son regard fixe d’animal sauvage arrimé à ce qu’elle visait de la pointe de son arme.

« Reculez. »

Elle ne s’adressait nullement à Joël, il put en avoir le cœur net lorsque la silhouette d’un homme d’une trentaine d’années s’arracha des débris de la carcasse. A seulement cinq mètres d’eux, l’éclat d’un grand couteau dans sa main témoignait de ses intentions belliqueuses… Il était dépareillé, blessé à une jambe, et les cristaux dans son dos n’avaient d’égale que la lueur désespérée dans son regard.

« Vous avez l’air d’avoir de l’argent… Moi et mes amis, on ne demande pas grand-chose que de pouvoir manger ce soir. »

Un craquement à leur droite leur appris l’existence desdits « amis », encore invisibles. Alors, sans prévenir ni communiquer le moins du monde, Luka tira pour tuer. Elle actionna la gâchette avec la promptitude d’une solution simple à un problème compliqué : pas d’agresseur, pas de couteau. La détonation manqua lui arracher l’épaule, elle qui était terrible au tir et ne savait réfléchir dans son état d’Anomalie. Un grognement de souffrance lui échappa, et elle dut reculer de quelques pas emportée par son élan. La balle partie comme une flèche, s’écrasa avec violence contre le métal derrière l’homme, un claquement sec et vibrant qui ricocha contre l’un de ses flancs. Il se plia en deux, à peine une éraflure heureusement, crachant une odieuse injure.

« Vous êtes complètement tarés ! »

Déjà, Luka rechargeait son arme à vive allure, le méthodisme d’une machine à tuer malgré son épaule tuméfiée et sa méconnaissance visible des armes à feu…


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Joël Neara
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Lun 16 Avr - 16:02
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Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
Une brise semblait s'être installée et commençait à soulever la neige, qui promettait dans les minutes qui suivraient de ne laisser place à aucune visibilité. Pour toute réponse à l'interrogation qui lui rongeait les os, la belle à la chevelure de feu lui tendit le fruit de ses longues minutes de recherche, non sans faire arracher un sourire au trentenaire, trop heureux d'avoir put au moins sauver le seul héritage matériel dessiné en l'honneur de sa défunte mère. Mais nul temps de la remercier, ni même finalement de rattraper l'étui qu'elle laissa tomber dans la poudreuse. Le voilà désormais avec un canon sous le nez, aux mains d'une femme beaucoup trop instable à son goût. Il ne comprit pas tout de suite qu'il n'était pas la personne que Luka mettait en joue, aussi il leva lentement les mains et se courba, implorant du regard la toubib dans l'espoir qu'elle ne fasse rien de stupide. Puis il se risqua à suivre son regard qui ne semblait pas tout à fait le regarder lui, et comprit alors qu'il y avait une affaire bien plus urgente à régler que celle de ramasser son précieux.

« Vous avez l’air d’avoir de l’argent… Moi et mes amis, on ne demande pas grand-chose que de pouvoir manger ce soir. »

« Hé les gars, on veut p... »

Une soudaine détonation lui fit vibrer si fort le tympan qu'il crut l'espace d'un instant qu'il s'en était retrouvé arraché. Le coup de feu était parti sans prévenir et pas un seul instant l'Anomalie avait imaginé que sa partenaire se montrerait si peu patiente. Et non content d'avoir tirer, en plus de cela elle avait loupé. La réaction de groupe de malfrat ne se fit pas attendre et l'individu et ses congénères sortirent fissa de leur cachettes, tous équipés d'armes rudimentaires mais pas moins dangereuses. A contrario de la rouquine, Joël était parfaitement vulnérable, n'ayant pour seule arsenal que ses poings et son intelligence. Le premier homme se jeta sur lui, barre de fer en main, dans le seul et unique but de lui décrocher la mâchoire d'un coup bien placé, mais ses quelques années passée à l'armée et surtout les nombreuses rixes qu'il avait dut menées à Aildor avaient développé chez le jeune homme une certaine maîtrise du combat de rue. Il esquiva l'attaque en se baissant, avant de lui éclater le menton d'un formidable uppercut qui "sécha" littéralement l'agresseur.

La timide brise avait laissé place à un vent bien plus soutenu, presque anormal si bien que le garçon ne pouvait voir au-delà de la demi-douzaine de mètres autour de lui. Ce fut suffisant pour apercevoir l'autre Anomalie qui en voulait à sa personne, sans arme cette fois-ci. L'héritier l'accueillit en ramassant l'étui de métal qu'il fit s'écraser dans la face de son agresseur, faisant éclater le cartilage du renifloir qui lui servait de nez. Trop sonné pour continuer, l'importun tomba à la renverse. Contrairement à sa camarade, Joël ne voulait pas tuer à moins d'y être totalement contraint, ce qui ne lui semblait pas être le cas pour l'instant.

Il se retourna et vit l'homme au couteau le dépasser, se précipitant vers celle qui n'avait donné lieu à aucune possibilité de négociation. Joël le rattrapa et le bouscula, le faisant s'écrouler dans la neige. Il s'interposa alors entre la femme et l'anomalie et tâcha d'essayer de mettre fin au conflit.


« Ça suffit bon sang ! Toi, lâche ce couteau ! Luka par pitié baissez votre arme si vous n'êtes pas capable de vous en servir correctement ! »

Le vent était devenu tempête et les flocons étaient dorénavant autant de projectiles douloureux qui agressaient ses joues dénudées. Forcé de se protéger les yeux, il essayait tant bien que mal de ne pas se laisser prendre par surprise par l'homme qui essayait de se relever et alors que le blizzard avait enfermé le groupe dans un brouhaha infernal, l'espace autour d'eux se figea. Les flocons semblaient comme immobilisés dans les airs alors que le vent avait soudainement complétement disparu. Un silence mortuaire planait désormais sur la zone du crash, où seuls les gémissement de douleur des personnes à terre étaient tout juste audible. Joël parvenait même à entendre la respiration de Luka, et lorsqu'il se retourna vers elle pour s'assurer que tout allait bien, sa bouche s'entrouvrit de surprise. Un Nokhoï, calme et majestueux, s'avançait lentement mais surement vers leur agresseur, faisant craquer la neige à chacun de ses pas. Une étrange aura invisible semblait s'échapper de la créature, le genre d'aura qui impose autant la crainte que le respect. Il dépassa Luka et prit un instant pour la dévisager, imperturbable, avant de poursuivre sa route et de réitérer l'opération avec Joël. Finalement son regard s'arrêta vers l'infortuné, qui regrettait amèrement d'être sortie de sa cachette.

« L ... laisse ... laisse-moi ! Laisse-moi tranquille espèce de monstre ! »

Des larmes d'effroi commencèrent à rouler sur son visage, et il n'y avait nul besoin d'assister à la scène pour ressentir l'immense désespoir qui était en train d'envahir le pauvre homme. Dans un ultime effort, il se releva et entreprit d'essayer de fuir son Gardien, qui resta immobile. Le corps de ce dernier se vit illuminé d'une multitude d'arabesques, et les milliers de flocons qui étaient jusqu'à alors figé se mirent en mouvement comme s'ils ne faisaient qu'un, se fixant aux jambes du fuyard qui se retrouva très rapidement incapable de bouger, trop entravé. Il hurlait, se débattait de toute ses forces, mais il était déjà trop tard pour lui. Joël ne voulait pas assister à ce spectacle, aussi fascinant que morbide. Si un Gardien était là, cela sous-entendait que son Régisseur n'était pas bien loin et le daënar n'avait aucune envie d'attendre son arrivée pour assister à l'exécution du prisonnier. Il rejoignit Luka et l'attrapa par la main afin de la ramener jusqu'à Klumpen.

« Nous n'avons plus rien à faire ici, rentrons... Et donnez-moi ce fusil, vous risquez de tous nous tuer avant de toucher quoique ce soit. »
conclu-t-il en lui arrachant le fusil des mains.


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Luka Toen
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Mer 9 Mai - 20:16
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
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Sa respiration glacée traçait des arabesques contre ses lèvres. Un silence nu, imperméable, plombait la zone d’un blanc ouaté. Un instinct prédominant enfla dans sa gorge et son souffle se ramassa contre ses dents, suspendue à ce qu’elle pressentait venir sans en comprendre les aboutissants. Etait-ce… ? Une pointe d’émotion ? Aucunement. Et cette étincelle en vint à se tarir presque immédiatement dans ses prunelles, tuée à l’aune de son existence par cette marée noirâtre qui emplissait son cœur depuis bientôt dix ans. Elle expira, longuement. La fixité dérangeante de ses irys sur le cadavre à ses pieds – car il ne pouvait être que déjà mort, un « non-vivant », son destin arraché à cette infime seconde où il avait fait le choix de se dévoiler en plein jour. Elle l’observa, comme une bête en observe une autre, hypnotisée par ces émotions contraires qui paraissaient le traverser comme autant d’éclairs foudroyants. Oh, elle le trouvait beau en cet instant. Cet homme, ce trépassé vivifiant de réactions humaines terrifiées, une œuvre d’art saisissante au visage tordu d’une horreur intraduisible. Elle voulut s’accroupir, regarder de plus près ce spectacle qui lui était irrémédiablement inconnu, planter ses ongles, la pulpe de ses doigts sur cet autre pour en comprendre les mécanismes étranges. A la place, une sensation froide effleura sa joue. Un flocon, songea-t-elle, portant la main à cette viscosité givrée, réalisant à peine que la neige s’était tue et demeurait saisie d’une stupéfiante immobilité. Une nuée de points blancs, des branches effilées statufiées à mi-chemin de leur course folle. Les flocons se sentaient-ils surpris eux aussi de cette outrecuidante interruption des règles divines de la nature… ? Elle en saisit un entre son index et son pouce, décidée à le rouler contre la chaleur de sa peau, puis à le porter à ses lèvres comme l’on goûterait un phénomène inconnu. Mais… Rien. Cela n'avait aucune saveur, et ses lèvres se fermèrent en un fin trait de sang vermeil. Tout était si fade…

Elle ne vit pas, ou plutôt elle ne prêta aucune attention au spectacle morbide qui se jouait à deux pas seulement d’elle, enfermée par ses propres œillères. Quelle différence qu’il soit mort ou vivant ? Cela ne la concernait guère, c’était suffisant. Elle jeta un regard morne à l’inconnu qui vint la secouer sans ménagement, tâchant de se remémorer ses traits, de comprendre ces mots qu’il lui jetait à la figure comme si quoi que ce soit avait encore la moindre importance. Elle le dévisagea d’interminables secondes, son index toujours suspendu à mi-chemin de ses lèvres – là où elle l’avait laissé -, l’once d’un sourcil froncé ombrageant ses irys d’une lueur vaguement contrariée.

« Pourquoi ? »

Alors, il lui arracha son fusil des mains. Le fusil que Geal lui avait expressément confié, non sans une ribambelle de conseils qu’elle s’était bien gardée d’écouter mais dont elle avait saisi l’essence. Il y eut un infime décalage, un grain de poussière dans sa réalité. Un éclat de silex longea le vert métallique de ses prunelles, et il fut sûr à cette seconde suspendue qu’elle allait intentionnellement chercher à le tuer, lui, comme s’il se fut agi d’arracher à dents nues ces doigts fragiles de la crosse de son arme, et dévorer à pleine mesure l’intégralité de ce qui faisait de lui un être humain. Son pied gauche fila dans la neige, une souple et immédiate position d’attaque, un changement d’atmosphère drastique et instantané de rage pure et sauvage.

Et puis… Plus rien. L’eau noire avait à nouveau absorbé les sons. Elle pencha doucement la tête de côté, le visage aussi dénué d’émotion que s’il ne s’était rien passé. Un air un peu fou, par trop décalé.

« Il ne nous fera rien. Les Régisseurs n’attaquent pas les autres gibiers. Toi et moi. »

Elle traça de son index la distance entre elle et lui, explicitant à la manière d’une enfant ce qui était de toute façon évident.

« Mais rentrons si tu le souhaites, Geal m’a demandé de ne pas te malmener. Je crois qu’il y aura du pain chaud sur le trajet. »

Et elle fit mine de réfléchir à cette option qui ne manquerait pas de ravir Geal et de lui accorder une paix royale pour la nuit par extension, tandis que résonnaient derrière eux les hurlements suraiguës d’un homme fort occupé à se faire méthodiquement annihiler.

« Du pain chaud, cela te fera plaisir aussi non ? s’enquit-elle tout en reprenant le chemin de la route inverse. Est-ce bien ainsi que l’on fait ? »

Il n’y avait plus guère de flocons suspendus à observer de toute façon…


►◄


« Alors, avez-vous trouvé ce que vous cherchiez… ? Votre balade fut concluante ? »

Tout affairé par les recherches qui retenaient l’entièreté de son attention, Geal ne leva tout d’abord pas les yeux sur les deux éprouvés qui venaient de pénétrer dans son salon. Et puis une subtilité dans la qualité du silence parut l’alerter sur la bizarrerie du moment, et il leva derechef les prunelles de son ouvrage pour rencontrer l’émotion explicite qui logeait sur le visage de Joël.

« … Ah. Bien sûr. »

Il réajusta les lunettes sur son nez et fit reculer sa chaise dans un grand raclement.

« J’ose espérer que ma tendre amie n’y est pour rien ce coup-ci. Vous avez semble-t-il perçu quelques fantômes de votre avenir, à voir votre couleur. Sers-nous du whisky s’il-te-plaît, veux-tu ? interpella-t-il le garçon de chambre qui rôdait dans l’embrasure de la cuisine. Auriez-vous des questions peut-être ? Klumpen est une vraie merveille de son temps, difficile à appréhender toutefois, je puis le concevoir… »

« Le fusil… L’interrompit Luka d’une voix à peine audible, ne quittant pas des yeux l’arme comme un chat nerveux à qui l’on aurait dérobé un bien précieux. »


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