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Chroniques d'Irydaë
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 "Rendez-vous à l'Acrotère"

Douglas McGoofield
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Lun 23 Avr - 5:06
Irys : 54993
Profession : Naturaliste, Ethologue, Explorateur
Daënar 0
D'un pas mécanique demi-assuré, McGoofield se rendait vers le quartier doré de la capitale couvert d'un panama canari. Les citadelles se dressaient jusqu'à perte de vue, jouxtant les nuages et occultant les rayons salvateurs du soleil. Leurs ombres dressées comme des monolithes au dessus du reste du monde zébraient les chemins et les rues pavées, rappelant étrangement les golgot mythiques que jadis affrontèrent les aïeuls, fondateurs d'Alexandria. Comme à son habitude Douglas ne se sentait pas complètement à son aise, une gêne qu'il extériorisait en faisant cliqueter ses doigts métalliques le long de sa cuisse comme s'il pianotait dans le vide. Mais se rendre à la capitale du jour au lendemain n'était pas dans ces habitudes, il daignait ne s'y rendre uniquement pour des affaires d'une certaine importance. Il avait reçu une semaine de cela un communiqué de l'UNE qui le conviait à se rendre à un établissement discret dissimulé au fin-fond d'un boyaux de rue dans le quartier bourgeois. Le message stipulait que la raison de sa sollicitation serait alors clarifiée une fois sur place.

Il enjambait les marches d'un grand escalier qui donnait sur un carrefour étouffant et se faufilait le long d'une allée aux façades biscornues lézardées de bas-reliefs pittoresques. Retenant son couvre-chef d'une main ferme, il scrutait les chiffres et les adresses qu'il pouvait lire sur les boîtes aux lettres et les portillons. A force de recherches il réussit à trouver le petit local. L'entrée était principalement constituée d'une porte parsemée de six petits carreaux de verres teintés en losange. La porte était surmontée d'une enseigne patinée qui oscillait en grinçant et d'un spot lumineux poussiéreux qui clignotait anarchiquement.

Elle s'ouvrit avant même que Douglas ne puisse se manifester. L'atmosphère chaleureuse de l'endroit se diffusa jusqu'à ses joues rebondies et d'un rictus de bien-être il renferma la porte derrière lui. L'endroit était de taille modeste, c'était une sorte de restaurant qui disposait d'une vingtaine de couverts tout au plus et d'un bar avec un comptoir resplendissant découpant l'espace de la pièce quasiment en son milieu. Le sol était un damier de dalles monochromes brutes  qui venait se perdre à la naissance du comptoir en bois brut cerclé d'une frise de ferraille. L'un des deux serveurs s’élança vers McGoofield et lui proposa d'emporter son manteau chocolat et son chapeau aux vestiaires tandis que le deuxième, celui qui lui avait ouvert la porte, se tenait devant lui son calepin à la main.

-Bienvenue à l'Acrotère monsieur, je dois vous informer que l'on ne prend les clients que sur rendez-vous. Puis-je vous demander votre nom ?-

-Oui ! Naturellement ! "Douglas McGoofield". Je n'ai pas reservé personnellement, peut-être que mon nom a été écorché.-

-Monsieur McGoofield... Hm.. Réservé pour deux personnes selon mon carnet.-

Le garçon de salle se retourna et désigna deux tables qui correspondaient aux critères, l'une en plein milieu, l'autre dans l'angle opposé au bar. Mais il y avait aussi les deux autres tables au fond de la salle, pour quatre personnes chacune cette fois-ci. Elles étaient équipée d'un banquette jaune assortie aux motifs tartans noir quadrillé d'un fil d'or des murs et leurs coutures tendues comme celles d'un corset généreux les rendaient irrésistible. Douglas réajusta sa moustache et se massa le menton d'un air dubitatif.

-Loin de moi l'idée d'aller à l'encontre de l'organisation de votre commerce ou de la confiance que je pourrais porter à vos magnifiques chaises en bois noir mais... vous savez l'âge et les prothèses me fatiguent beaucoup... Si cette table là bas n'est réservée pour personne, ce serait beaucoup de peine épargnée à mon dos !-

-Sans aucun soucis monsieur, nous sommes un établissement très privé, nous avons que très peu de clients.-

Ses yeux se plissèrent à la vue des banquettes moelleuses aussi dorées que son mensonge. Il s'installa et rassembla ses mains sur la nappe jaune qui recouvrait la table de banquet sans un pli. Le restaurant était étonnement vide, il y avait un couple de bourgeois pompette qui murmurait à l'opposé de Douglas et un homme accoudé au bar qui semblait avoir refusé de confier son haut de forme aux vestiaires, seul. Le scientifique feuilletait la petite carte des apéritifs qui était sur chaque table. Aussitôt le serveur au carnet qui nettoyait et changeait les nappes dégaina son crayon et se pencha au dessus de sa table.

-Monsieur voudrait-il commander quelque chose pour patienter ?-

-Volontiers. J'ai survolé votre cartonnet et j'ai pensé que ma requête ne vous serait pas trop fastidieuse. Si vous l'acceptez je voudrai un thé noir avec trois tranches de citron et un doigt de votre liqueur de poire la plus relevée. Ce sera tout.-

-Heu... Je crois que ça ne poserait pas de problème. Mais le prix sera lui aussi personnalisé.-

Puis il s'en alla derrière le bar poussant une porte d'où sortit à son tour le barman qui se tenait dans l'arrière-salle. Quelques minutes plus tard sa mixture lui fut servit dans un calice en cristal présenté sur un écrin en bois brut. Il sirotait son thé, attendant son entrevue.

-Liqueur de mirabelle.-
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Mark von Heïnster
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Mer 25 Avr - 0:16
Irys : 89988
Profession : Gouverneur
Daënar +2 ~ Skingrad (homme)


« Et Mira… Est-elle là, ma petite Mira ? »
Il chuchotait, mais ce n’était pas ça, niveau discrétion. On se doutait cependant qu’il chuchotait, le niveau sonore avait relativement baissé par rapport à son arrivée et ses salutations tonitruantes envers ce qui semblait être le majordome ou chef de rangée de l’établissement, sur lequel il s’était presque jeté quand il lui serra la main et jeta pardessus et haut de forme dans ses bras.
« Non, Altesse, pas ce soir, elle était… indisposée. »
« Ah, Klaus ! Bandit ! Vous saviez de bonne heure que je viendrai fiche les pieds dans votre taudis, et Mira n’est même pas là pour nous servir ? Vous ne m’aimez plus, Klaus, mon bon monsieur, c’est ça, avouez-le ? » Le nouveau venu parlait toujours sur le ton de la messe basse, bien que tout le monde pouvait entendre ce timbre grave, s’il tendait l’oreille. Et ceux qui jetaient même un coup d’œil s’apercevaient qu’il devait être un habitué, vu la familiarité de ses gestes envers le maître de céans et la réaction de ce dernier, qui ne semblait guère s’en formaliser, voire en éprouvait un certain amusement.
« Altesse, jamais, allons : Mademoiselle Freier n’est pas bien ; elle a dû se porter pâle, et vous savez qu’elle ne ment pas puisque je l’avais prévenue de votre visite, » flagorna ledit Klaus avec un sourire complaisant. « Votre invité est là, en revanche. »
« Ah ? » s’étonna l’habitué en jetant un coup d’œil à la table qu’il avait retenu, visiblement vide.
« M. McGoofield a préféré s’installer à la table quatre… du fait de sa condition. » expliqua le serveur, qui connaissait son client et jeta le menton vers le fond de la pièce, où s’était installé Douglas, en train de se faire servir son thé tonifié.
« Ah ?, conclut Mark, un peu confus de n’avoir pas envisagé les problèmes d’âge de son invité, et qui nous… ? »
« Je vous servirai, bien entendu, Altesse. »  le devança Klaus dans une inclination imperceptible.
« Ah ! Klaus ! Bandit ! Vous êtes mon roc : toute autre personne aurait été considéré comme une injure, savez-vous ? »
« Bien sûr, Altesse. » Nouvelle inclinaison, encore plus indicible – et nouveau sourire. « Je vous amène l’habituel ? »
« Oh Klaus ! Mon roc, vous dis-je… » confirma la prince en faisant mine de lâcher – enfin – sa main avant de faire machine arrière. Il planta de nouveau son regard dans celui, très professionnellement neutre, de Nicholas. « Mais dites-moi, que boit-il, céans, celui-là ? » interrogea Mark en chuchotant vraiment cette fois.
« Un thé noir, Votre Altesse. »
« Ah… » marmonna, assombri, le prince, qui était un homme à café.
« Rehaussé d’un peu d’alcool de mirabelle. »
« Ah ! » finit-il, presque rassuré, avant de rejoindre sa table.
Herk : peut-être était-ce l’assurance de s’ébranler en territoire conquis, ou peut-être que cet homme-là évoluait partout avec la même arrogance, mais le mocieu qui se rendait jusqu’à la table suintait d’une superbe aussi énervante qu’elle lui semblait naturelle. D’un bon port, d’une allure grave et en même temps presque badine, c’était un grand barbu aux épaules larges, bien taillé sans être une masse. La force de l’âge, le menton haut, un corps encore potable enveloppé dans trois pièces taillé à sa mesure et qu’il portait comme s’il fût né avec, son visage frappé de quelques cicatrices presque invisibles souriait de plus en plus grand à mesure qu’il se rapprochait. Aussi, quand il eut les couilles à la hauteur du visage de M. McGoofield, son sourire était au beau fixe. L’inviteur tendit la main à l’invité, puis dit : « M. McGoofield ? Mark von Heïnster. C’est un honneur. »




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Douglas McGoofield
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Mer 25 Avr - 4:16
Irys : 54993
Profession : Naturaliste, Ethologue, Explorateur
Daënar 0
Un certain monsieur à l'allure stricte et assurée entra dans le restaurant, rameutant l'ensemble du personnel à ses chevilles par sa présence. Il semblait faire partie des habitués de l'Acrotère vu sa manière décontractée d'aborder le garçon de salle. Une fois qu'il eut fini de tailler le bout de gras avec le serveur, le grand faraud s'avança vers douglas et les gros canapés moelleux. Impatient d'en savoir plus et amusé de leurs différences presque comiques, il remua sa décoction à l'aide de son index de ferraille et l'engloutit de deux goulées. Il sortit un petit mouchoir en tissu de son gilet et s'épongea la moustache soigneusement, tapotant jusqu'aux commissures de ses lèvres. C'aurait été pour lui un plaisir de saisir une dernière fois ces notes de liqueur qui s'évaporaient doucement sur son palais, mais une main formelle interrompit ses rêveries papillaires : « M. McGoofield ? Mark von Heïnster. C’est un honneur. »

Tout penaud, le scientifique se leva promptement et renoua son foulard. Il courba sa silhouette élancée et serra vigoureusement la main de Von Heïnster, deux fois vers le haut et trois fois vers le bas. -Honneur partagé ! Je vous en prie installez vous, j'espère que vous ne vous déplacez pas de trop loin pour moi.- Il posa son regard chaleureux sur le visage du bonhomme. Il évoquait quelque chose à Douglas, il avait l'aura et le panache des généraux victorieux qui flambent un cigare après une escarmouche adroitement menée.

Malgré son désintérêt envers les nantis et les illustres castes qui constituent ses principaux associés, il était persuadé d'avoir déjà croisé ce visage narquois en feuilletant une gazette. Les quelques paires d'yeux qui peuplaient l'Acrotère ne tardèrent pas à se river sur la table quatre. Les serveurs astiquaient nerveusement verres et flûtes à champagne en claquant des dents; l'un hésitait à vider la salle tandis que l'autre préférait laisser "son Altesse" s'en charger, prétextant que s'opposer en son nom aurait été ordurier. Dans le doute ils continuèrent la plonge mine de rien, envoyant des regards alarmistes aux indiscrets. Les voyeurs par peur de se brûler avec le feu décampèrent laissant derrière eux l'addition et un pourboire généreux.

McGoofield profita de cette petite digression pour essuyer d'un revers net de mouchoir  les quelques tâches de thé qui attaquaient la nappe, sans manquer de se faire voir par son interlocuteur. Il lança une moue sèche et accusatrice à son bras gauche. -Excusez ma maladresse, je suis parfois sujet à des soubresauts intempestif par la faute de cette maudite ferblanterie.- Il cogna à plusieurs reprise un gros piston qui se trouvait là où devrait normalement se trouver le long supinateur.-Je ne fais jamais complètement confiance à ces technologies. C'est d'ailleurs pour cette raison que je suis arrivé en avance, je ne pouvais pas me permettre de louper une entrevue à cause d'un aéronef défectueux. Enfin... Je m'égare. Alors dites moi. En quoi puis-je vous être utile ?-

Après avoir prononcé ces mots Douglas leva timidement la main vers le serveur et lui fit signe de lui ramener le même "cocktail". Puis il se lova au fond de sa meringue de cuir souple le dos toujours droit, les mains jointes en repos sur son abdomen. La plupart des réunions organisées par l'UNE et dont il faisait partie se déroulaient dans un cadre beaucoup plus formel et dirigé, et Alexandria était un endroit qu'il évitait malgré qu'elle constitua le berceau de sa carrière. C'était ici au cœur de la capitale que McGoofield alors tout juste diplômé de son école avait présenté ses projets étudiants à de richissimes industriels qui achetèrent certains de ses prototypes. Les fêtes de remise de prix fastueuses aux vapeurs d'opium lui avait laissé un goût amer de pastiche et de farces bien grasse, ses années de recherches ne se résumant qu'à quelques liasses de papier monnaie.

C'est pour cette raison qu'il avait toujours refusé de mêler ses expéditions à la vie politique et militaire de Daenar. Mais sa prise de conscience récente et son envie inhérente de repousser les limites technologiques de son peuple en apprenant du Monde l'obligèrent à compromettre sa neutralité ignorée. Il se tenait devant l'homme grave et la masse noire de tissu impeccable qui le dessinait, il était pareil aux citadelles des astraux, érigé au dessus de la platitude écrasante de la scène derrière lui, vide.
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Mark von Heïnster
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Dim 29 Avr - 19:18
Irys : 89988
Profession : Gouverneur
Daënar +2 ~ Skingrad (homme)


« Rien n’est vraiment très loin d’Alexandria,  » répondit Mark à son invité. En vérité, le gouverneur de Lied devait passer le plus clair de son temps dans l’hôtel particulier de son oncle Gustave von Schweetz au faîte des citadelles astrales de la capitale. L’agglomération monstrueuse d’êtres vivants qu’était ce cœur du monde civilisé n’était certes pas la destination favorite du prince. Celui-ci avait passé la majorité de son enfance dans les campagnes ouvertes du Tyorum et son adolescence en tant que cadet l’emmena de base arriérée en garnison isolée. La cacophonie et la promiscuité n’était donc pas les points forts de la cité, bien que l’aristocrate, évidemment, n’avait guère à se frotter à ce mode de vie dégradant, vivant dans les cimes, mais l’idée que grouillait sous eux cette termitière vaquant vers ses mirages le dérangeait profondément. La dernière fois que cette masse de rats avait cessé sa course absurde pour lever les yeux vers les étoiles, ils avaient vu les tours des rois gratter le ciel, et tout cela s’était terminé dans un bain de sang et l’avènement d’une république. Qui sait quand les misérables perdraient le goût pour leur cupidité et, de nouveau, remonteraient le regard vers le sommet des citadelles ?

En attendant, le rat gardait le museau bas et la machine continuait de machiner. L’Union était grande, l’Etat était fort, l’économie florissante. Tout était pour le mieux et, comme les autres, ou peut-être un peu moins dupe, Mark remplissait la vacuité de son existence à la pourchasse de quelques hochets, honneurs, fonctions, médailles, missions, aussi vains que nécessaires à son désennui. Aujourd’hui le hochet était particulièrement signifiant, s’il en était : le gouverneur en fin de course était missionné par l’Etat pour mettre dans la confidence un homme qui avait, au cours de ses pérégrinations, eu l’admiration d’un Mark enfant puis adolescent. C’est-à-dire que le docteur McGoofield n’avait pas chômé et, parmi les grands noms qui faisaient la communauté scientifique, toujours assez en vue, de l’Union, ce personnage avait pour lui l’attrait que ses voyages produisaient sur une population nourrie à l’idéologie de la Frontière et du Progrès. Mark avait donc été de cette population, et si le docteur grisonnant essayait encore de remettre le visage et le nom du gouverneur en mission, celui-ci savait parfaitement tout de ce qu’on pouvait connaître au sujet du savant voyageur.

« Excusez-moi l’indiscrétion, fit le prince tandis que sa boisson coutumière débarquait sur leur table et que son interlocuteur, que la technologie, étonnamment, rendait quelque peu anxieux, demandait la petite sœur de son thé au serveur, excuse-moi l’indiscrétion, disait-il donc, mais je ne peux pas cacher ma surprise : je n’aurais pas soupçonné un seul instant que l’héritier des industries McGoofield, et le père du modèle exosquelettique PHLP-MK de surcroît, pût traiter son… Il hésita un instant à surenchérir dans les noms d’oiseau à propos de la prothèse, mais se contenta de désigner du regard le bras d’acier et d’écrous. Qu’il pût traiter son… de ‘ferblanterie’. »

Le mot lui fit penser à son étui à cigarettes, en fer-blanc naturellement. Il dégaina sa boîte, frotta une allumette contre la table et, après quelques bouffées de fumée bleue, proposa l’étui ouvert au vieux scientifique. Une gorgée du breuvage ambré qui faisait face au prince plus tard et il reprit la parole, en faisant bien attention à ignorer la demande de M. McGoofield d’aller droit au but. Ce n’était pas tous les jours qu’il avait l’occasion de tenir la jambe à l’une des idoles de sa jeunesse.

«  J’imagine que ça n’équivaudra jamais vraiment votre propre bras mais… commença-t-il sans savoir vraiment où il allait. En d’autres circonstances, et face à un autre, il aurait joué la carte du rentre-dans-l’lard, cependant il était là sur demande officielle et, surtout, ne se sentait guère de faire l’enculé avec ce vieillard aux yeux trop bleus et globuleux. Quelque chose de doux, d’amical, se dégageait du type. Si vous permettez… J’ai tout lu à propos de la perte de ce fameux bras. Un Matar vous l’aurait arraché, de l’acide l’aurait dévoré, un éboulis l’aurait écrabouillé… Je ne veux pas savoir ce qui s’est réellement passé – enfin, si, mais je vous laisse votre jardin secret – mais ce que j’aimerais savoir, c’est… De nouveau il chercha ses mots. Est-ce que ça en valait le coup ? »

« Est-ce que, si on vous avait dit : ‘Oublie les solitudes du Zochlom, oublie les terres de feu d’Ekhen, oublie les six continents, nous t’offrons un poste confortable, tu seras à l’ombre et tu ne perdras aucun de tes membres’, est-ce que vous auriez renoncé à tout ce que vous avez voyagé, à tout ce que vous avez vu et vécu et découvert ? »







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Douglas McGoofield
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Dim 6 Mai - 4:46
Irys : 54993
Profession : Naturaliste, Ethologue, Explorateur
Daënar 0
Son poing se referma lentement sur son deuxième godet qu'il rapprocha jusqu'à son bord de la table en prenant soin de ne pas en renverser. Ses sourcils se rehaussèrent, il semblait agréablement surpris.

-Je dois tout d'abord dire que je suis étonné de l’intérêt que vous portez à mes recherches et à l'héritage de mon funeste père. Loin de moi l'idée de passer pour l'un de ces détracteurs anti-progressistes, comme vous devez le savoir j'ai dédié et je dédie encore ma courte existence à la cause scientifique, mais je n'ai pas voulu d'une prothèse plus performante par pur soucis éthique, l'idée d'un membre farfelu aux fonctions multiples me rebute. Un membre inerte qui ne ressens ni la langue du soleil ni la morsure du froid et qui contrairement à moi pourra être entretenu jusqu'à ce qu'on le remplace par un meilleur modèle...

Par peur de compromettre le bon déroulement de cette entrevue et l'atmosphère cordiale qui s'établissait peu à peu à cause de ses propos frôlant le sermon contestataire, il porta son calice à sa bouche et accepta la cigarette que le prince attentif lui tendait. A vrai dire Douglas ne fume que très peu et lorsque l'occasion se présente il préfère cracher des ronds de fumées blanchâtre  si spécifiques aux hookas en panse animale que partagent les nomades des steppes autour d'un âtre chaleureux après s'être bien sustenté. Il tira une puis deux bouffées et laissa s'échapper le draps aérien de la dame cigarette d'entre ses narines qu'il épatait.

...Mais celui-ci me convient amplement ! Il dispose des mêmes capacités qu'un véritable bras et ses ébranlements audacieux me font parfois croire que je suis épris de crampes, ou que mon poignet fatigue. Ferblanterie est un sobriquet affectueux que je lui donne lorsqu'il se rebiffe ! En ce qui concerne mon bras, il faut croire que les versions relayées sur papier ont suffit à rassasier le curieux appétit des bonnes gens puisque c'est une question que l'on ne me pose étonnement que très rarement, peut-être par peur de passer pour un rustaud.

Il siffla le contenu de son verre d'une traite avant de clouer le filtre de sa clope sur sa canine. Il ne savait pas quoi penser de ce Mark, son nom de famille ne lui était définitivement pas inconnu, peut-être croisé au détour d'une vieille encyclopédie ou d'un registre poussiéreux des archives. Le scientifique était intrigué et vraisemblablement ne comprenait pas pourquoi un homme de cette trempe et qui de prime abord correspondait aux éminents pôles de gravités de la haute société Daenar lui portait tant d'attention, mais sa curiosité et sa courtoisie suffirent à amadouer Douglas.

J'espère ne pas me tromper en assumant le fait que vous semblez être quelqu'un de franc, et je vous confesse qu'aucune des versions que vous avez consulté n'est vraie. Ah ! Pour vous dire ça n'avait rien de si spectaculaire. C'était il a de ça une trentaine d'année lors d'une expédition à Zochlom justement. Je voulais trouver la preuve de la présence de Sorogh dans le désert, puisque ce dernier regorge d'insectes grouillant sur le sable frais une fois la nuit venue. Il faut aussi savoir que les vents océaniques au fil des siècles façonnèrent des cavernes et des alcôves naturelles au cœur des immenses buttes faites d'argiles et de rejets volcaniques d'Eklen que l'on trouve sur les littoraux du désert, ces cavités solides auraient pu constituer des habitats de choix pour des Soroghs. Ce n'était pas une expédition très importante, je ne disposais de deux ou trois hommes de main armés et d'une aide soignante bien aimable. Si par chance nous aurions découvert un spécimen dans sa chrysalide de roc, il n'aurait été question que d'une brève collecte des sédiments présents à la surface de l'enveloppe. Après une poignée de jours passés à arpenter les grottes en vain nous avons été obligé de passer une nuit difficile retranché dans l'une d'entre elle. Des vents violents fouettaient les plaines arides en contre bas et sortir en rappel aurait été une pure folie, nous culminions à plus de soixante mètre. Nous avons alors abrité le matériel d'escalade puis nous avons élaboré un bivouac de fortune autour d'un feu de camp conséquent pour ne pas se laisser surprendre par les vermines qui partageaient leur sympathique cave avec ces maudits Daënars de passage ! Mais le lit sur pilotis ne me sauva pas de la morsure de ce réduviidae.

Il écrasa la fin de sa cigarette ornée de sa fraise incandescente et entama une succession de mouvements mimant l'aspect et la taille de l'insecte.

C'est une sous-classe d'insectes ptérygotes, une sorte de punaise de la taille de ma paume qui vous pique pour vous introduire ses propres excréments qui, EUX, sont à l'origine du parasite mortel qui se diffusait alors dans mon bras. Le réduviidae n'est pas connu de tous, et on ne sait toujours pas traiter la maladie qu'il véhicule étant donné qu'il est très rare d'en voir là où nous évoluons et qu'on ne comprend pas vraiment pourquoi sa matière fécale est aussi toxique.

La tempête ne voulant pas se calmer, les rations allaient manquer et il fallait prendre une solution rapidement. J'étais tétanisé au fond de mon lit d'écorces et je suai à grosses gouttes, pressant de toute mes forces ce bras rouge et veinulé aux allures de pièce de viande faisandée. L'aide soignante était désemparée, elle n'y connaissait rien en réduviidae ! Je vous passe les détails sordides quant à l'état de mon bras et aux possibles grosseurs internes qu'aurait pu engendrer une expositions prolongées de l'ensemble de mes organes et des mes vaisseaux à ce parasite. J'ai alors demandé au plus costaud des gaillards qui me suivaient ce jour là de me sectionner le bras avant que je ne puisse plus jamais le lui demander. Je me souviens d'une douleur électrisante, comme un éclair indescriptible qui parcourait à une vitesses fulgurante mon corps de part en part sans jamais s'atténuer. Je ne me souviens de rien d'autre, je me suis réveillé à bord d'un navire avec un bras coupé qui saignait encore dans ses pansements attaché à un lit avec au bout de celui-ci une mégère horrible qui tenait un catalogue de prothèses provisoires ! Peut-être que je regrette d'avoir perdu mon bras à cause des déjections stagnantes d'un réduviidae pas plus gros que mon verre...

...selon moi le regret est l'inverse du progrès. Je ne compte pas gaspiller le temps qui m'est imparti à ruminer le passé. Lorsqu'on exerce un métier comme le mien, mais il en est de même pour mes confrères géologues, je pense que nous sommes contraint à percevoir la vie sous un angle différent. Cette euphorie mêlée d'un coup de grisou qui nous assaillit lorsque l'on déniche des ossements plus anciens que plusieurs existences par exemple, ce rappel constant de la légèreté de la vie qui file comme une feuille trimbalée par le vent et qu'on ne peut se permettre de rater. Tant de secrets s'offrent à nous, des chercheurs avant et après nous contribueront à les élucider, probablement des siècles après notre mort. Je suis très fier, et je pèse mes mots, d'apporter ma pierre à l'édifice culturel Daenar qui lutte contre ce Temps si vorace.

Il se tut un instant et scrutant son mégot écrabouillé, puis fixa son interlocuteur d'un air plus grave cette fois-ci.

Je ne sais rien de vous, j'adorerai que vous m'en racontiez d'avantage autour d'une cervoise bien fraîche si cela ne vous dérange pas ?-

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