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Chroniques d'Irydaë
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 Les méchants Zagashiens

Arianna Torricelli
avatar
Sam 28 Avr - 23:40
Irys : 356585
Profession : Zélote, Soldat, Officier, Chasseuse, Nomade
My'trän +1
-Des hommes en armes qui approchent par le Nord. Ils sont très lourdement armés, Leyron. Une dizaine en tout.
-Merde. Qu'est-ce que l'on sait sur eux?
-Ils voyagent à pied, la majorité portent des insignes aux armoiries de Zagash. Et des talismans à l'image de Dalaï, Khugatsaa et Mochlog, de ce que j'ai pu voir. Plus quelques autres. Mais Dalaï essentiellement.
-Putain de merde, rectifia le gharyn en sortant de sa case. On avait besoin de ça. Rassemblez les mages, les guerriers, et dîtes-leur de s'équiper. Est-ce qu'ils nous voient?
-Pas encore, ils sont en contrebas de la colline. Ils seront là d'ici un quart d'heure.
-Prévenez Mara et dîtes lui de venir si elle peut se le permettre. Informez-en aussi Naelwyn et... si les architectes ont quoi que ce soit à nous conseiller, je suis preneur.
-Euh... oui, chef.

Il n'en fallut pas plus pour que tout le village s'agite et se mette en branle, chacun s'affairant dans la neige pour mettre fin à ses activités le plus proprement possible avant de regagner sa chaumière. Bois, récoltes, bétail, enfants, les paysans n'avaient que dix minutes. Dans le même temps, ceux qui savaient manier les armes ou la magie s'équipaient de leur mieux en préparation de la venue des zagashiens. D'expérience, ils savaient que leurs voisins du nord ne s'intéressaient jamais à eux sans raison, et que celles-ci étaient rarement innocentes. En ce qui concernait Leyron, gharyn de cette petite communauté, leur venue était à peine moins désagréable que celle d'une bande de brigands qui viendraient pour piller le peu qu'il y avait à prendre. La seule différence étant que les uns prenaient ce qu'ils voulaient en ayant recours à la force, tandis que les autres se contentaient de faire usage d'une autre forme de violence. Celle du nombre, de la malice, de l'intimidation, peu importe. Face à ça, sa lourde hache et son armure de cuir pesaient déjà moins lourd.

Malgré cela, les Khurmis avaient préparé un comité d'accueil digne de ce nom pour les nouveaux arrivants. Une quinzaine de villageois armés de fourches et de haches, autant de frondeurs et d'archers, même une poignée de hallebardes et d'arbalétriers... et surtout, leur cavalière et son inséparable dragon aux écailles iridescentes, pour la plupart dotées de reflets vermeil qui rendaient vers le vert en leur base - le tout sous une solide protection de cuir. Paré d'une selle et d'un genre de couverture en fourrure ridicule pour lui permettre de supporter le climat de Khurmag, l'animal se montrait étonnamment calme pour un lézard perdu dans une toundra glaciale. Au moins, il ne neigeait pas aujourd'hui – le printemps était bien avancé. C'était peut-être ça.

En face d'eux, les nomades de passage, militaires à n'en pas douter, arrivaient aux portes de leur village. Leurs tenues, leur pas sûr révélaient qu'ils avaient l'expérience d'un terrain enneigé. Et leurs armes provenaient sans aucun doute possible de Nalan, confirmant les soupçons des locaux. Malgré cela, leur groupe était un assemblage hétéroclite où pas deux soldats ne se ressemblaient. Certains se démarquaient par le port d'une arme inhabituelle, d'autres par la présence d'un familier pas toujours très à l'aise sous ce climat gelé. Deux hommes sortaient du lot en ce qu'ils ne portaient pas d'armes ni la moindre pièce d'équipement sur eux - soit des hommes de soutien, soit des mages plus puissants. Ce fut pourtant une toute autre personne, une femme -une silhouette de femme du moins- vêtue d'une épaisse armure et d'une cape de fourrure qui s'avança jusqu'à Leyron, suffisamment mis en valeur pour qu'on voit qu'il était le chef ici. Arianna ne montra pas la moindre hésitation face à aucun des hommes en armes du village, encore moins au dragon. Elle les salua néanmoins d'un bref signe de tête en passant devant eux.

-Bonjour, commença Leyron en essayant malgré tout de faire honneur à la diplomatie Khurmi. Je me présente, Leyron, gharyn de la tribu des Choyr, et vous souhaite la bienvenue dans notre humble village. Pouvons-nous savoir qui...
-Vous n'avez rien à craindre de nous, nous ne vous souhaitons pas le moindre mal, précisa la Nerassa d'un ton sans équivoque. Nous ne venons pas non plus pour demander ou abuser de votre hospitalité, nous avons ce qu’il nous faut. C'est même tout le contraire. Je m’appelle Arianna, du clan Torricelli, de la tribu Nerassa. Mes frères et moi avons été envoyés par Nalan pour éliminer plusieurs groupes de brigands qui sévissent dans la région. Tous de bandes différentes, certains étant khurmis, d’autres juste de passage. Et nous souhaitons obtenir votre aide pour pouvoir les retrouver… ou à défaut, les contraindre à se révéler.

L'homme la considéra un moment, sans trop savoir quelle idée se faire d'elle. Les zagashiens étaient strictement imprévisibles, et pouvaient tout à fait être convaincus de ne leur vouloir que du bien pour finalement repartir après avoir mis à sac plusieurs de leurs maisons, soit parce qu'il s'agissait de leur plan initial, soit parce que l'un d'eux avait subi une quelconque contrariété durant l'échange. Il devait se méfier. Sans savoir ce qu’ils attendaient d’eux, c’était juste…

-Pourquoi est-ce que Nalan se préoccupe de ça?
-Parce que Reoni et Variel ne le font pas, essentiellement. Nous... nous n'avons pas directement de raison de nous charger d'eux. La plupart de ces groupes prennent soin de ne jamais s'en prendre à quoi que ce soit qui touche de près ou de loin à notre territoire. Ils ne veulent absolument pas attirer notre attention sur eux. Ils ne cherchent qu'à ponctionner des voyageurs incapables de se défendre et... à ne pas laisser de traces sur leur passage. D’une manière ou d’une autre. Si je parle des noms de Fey'nal, Aylia, Strathöln...
-Strathöln est une daenar, fit remarquer le gharyn. Mercenaires et pillards.
-Oui, nous avons remarqué. Un peu tard, mais tant pis. Maintenant, nous savons précisément ce que l’on peut ou ne peut pas se permettre contre des armes à feu. Et nos deux guérisseurs ont pu voir ce qu’infligent leur blessures… et comment les guérir.
-...
-Sisto, s'il te plaît. Montre-leur.

Un autre my'tran avança jusqu'à eux. Un des mages, justement. Blond, pas bien grand, mais arborant un air amusé qui trahissait un caractère probablement insupportable quand il prenait ses aises. Lui ne portait qu'une épaisse tenue de cuir et de fourrure renforcée ça et là par des plaques d'écailles reptiliennes - un genre de crocodile ou de dragon des mers, vu leur taille et le soin avec lequel elles avaient été assemblées, et des bottes du même acabit. Aucune arme, mais une quantité d'amulettes et d'idoles toutes dédiées à la Raie qui révélaient vers qui se tournait le principal de sa dévotion. Un regard averti aurait pu reconnaître à quelques-uns de ses grigris que Sisto appartenait aux ordres de moines-guerriers de la province de Kereeh, où le culte de Dalaï atteignait facilement des sommets compte tenu des folies qu’avaient accompli ses fidèles pour ériger des monuments prodigieux à sa gloire. Mais pas un d'eux ne l'était, averti, et tous furent distraits par le sac de toile brune qu'il présenta à Leyron.

Grand ouvert.

Avec dedans, la tête décapitée d'une femme, qui avait sûrement été magnifique il y a moins d'une semaine. Brune, le teint pâle, la mâchoire explosée et les pommettes ouvertes, il n'y avait plus grand chose à en dire, si ce n'est que le sac empestait la charnière. Pour renforcer son propos, un autre my'tran leur présenta également une paire de lunettes, quelques balles faîtes de magilithe et une poignée de babioles toutes originaires du grand Est - Skingrad, mais personne ne pouvait le savoir. Plus de preuves qu’il n’en fallait pour témoigner de leur rencontre avec ces mercenaires d’infortune, qui se livraient facilement au pillage quand ça les arrangeait.

La bande de Strathöln n'était plus, et ce depuis deux jours.

-Nous avons décidé d'assainir la région, poursuivit la guerrière. Jusque là, nous sommes bien partis. Mais nous aurons besoin de votre aide pour ça. Les brigands sont ce qu'ils sont, ils ne produisent rien. Ils ont besoin de manger, de se faire des réserves, d'acheter de temps en temps, ils ne peuvent pas tout trouver dans la nature, dans Khurmag. Ils achètent dans le coin, forcément. Dans des villages comme le vôtre. C'est ce qui nous intéresse.

Ah, songèrent les villageois. Voilà qui était autre chose. Forcément, ils avaient une raison de venir remuer par chez eux. Et elle s’en approchait. Qu'est ce qu'elle allait dire? Les échanges allaient bon train parmi les télépathes qui se trouvaient dans le groupe - c'était un don assez répandu parmi les khurmis, après tout. Et parmi eux, un "traducteur" se chargeait de partager le gros de leurs échanges, ou tout du moins leurs conclusions, aux moins favorisés de Khugatsaa. Bien que d'un calme exemplaire en apparence, les résidents se livraient à une véritable cacophonie d'échanges qu'il était difficile d'appréhender quand on n'était pas natif d'une de ces communautés.

-Je ne dis pas que vous collaborez activement avec des criminels, poursuivit Torricelli. Je sais que parfois, ce ne sont que des voyageurs comme les autres qui viennent vous voir. Ou qu'ils ne vous mettent pas en position de pouvoir refuser quoi que ce soit. Et que commercer est une façon de se protéger comme les autres. On ne peut pas vous reprocher de protéger vos familles. On peut juste vous reprocher d'être faibles, même si la faute en revient davantage à vos grands protecteurs.

Le gharyn hésita. Une insulte, même pas voilée sous la forme d’un quelconque argument. Elle voulait les faire réagir par sa provocation… mais pour quoi faire ? Il ne s’insurgerait pas, forcément. Seuls les crétins feraient une chose pareille. Un avis que ses frères approuvèrent à l'unanimité dans leur conciliabule mental. Des crétins, ou… des zagashiens, particulièrement à fleur de peau lorsque l’on malmenait leur fierté. Ils pensaient certainement que tout le monde était aussi arrogants qu'eux. Ou plutôt, que tout le monde devrait l'être. Ils étaient tous malades. Et aussi dangereux.

-Nous pouvons tout à fait nous défendre contre quiconque essaierait de nous menacer, esquiva Leyron. Les brigands ne nous gênent que rarement, heureusement. Notre communauté vit simplement, et n’a pas les moyens d’amasser de quoi les intéresser. Je pense que vous devriez vous rapprocher de Variel, ou au moins de villages plus au sud, pour trouver quelque chose. Rien qu’au-delà de ces collines, le clan des Dudzen…
-Nous cherchons également à mettre fin aux actions de Bayaar Choyr, et de la bande qui s’est formée autour de lui. Et en ce qui le concerne, nous sommes absolument certains que vous l’aidez et le ravitaillez. Activement, régulièrement, et de votre plein gré. Ca ne peut pas durer.

Ah. Merde, en effet, songea le gharyn. Maintenant, ils y étaient jusqu’au cou. C'était ça, qui les faisaient venir.

-Vous devez le connaître puisqu’il est de votre tribu. Bayaar est un excellent illusionniste. Et un mage très prudent. Nous ne pourrons jamais l’attraper. Et il est populaire… une si belle figure. Un brillant résistant au grand cœur au service des khurmis, apportant son aide à qui de droit dans les temps difficiles, et qui brille tout particulièrement dans les efforts qu’il fournit pour s’opposer... aux oppresseurs du nord qui ne font qu’empiéter sur les frontières du sanctuaire sacré de Kughatsaa, se taillant la part belle dans ces terres enchanteresses au détriment de vos frères. Ces infâmes zagashiens de malheur, toujours là pour s'adonner au pire. N'est-ce pas?

Les pieds dans le plat, sans aucun doute possible. Les fidèles de Dalaï avaient le mérite de ne pas mentir sur leurs intentions, on pouvait au moins leur accorder ca. Mais au ton qu'elle adoptait, il était impossible de savoir si elle les menaçait, se moquait d'eux, ou faisait preuve d'une forme d'autodérision - ou de malfaisance assumée - extrêmement perturbante. Les seuls éléments susceptibles de les rassurer furent les éclats de rires et autres visages amusés qui s'élevèrent ça et là dans les rangs des zagashiens. Ce qui, au final, ne les rassurait pas du tout. Et toujours pince-sans-rire, la guerrière continua:

-Bayaar a eu la mauvaise idée d’interrompre trop de convois marchands au cours de ces derniers mois. Tant et si bien que Nalan souhaite maintenant l’arrêter. Et pour ça… eh bien, nous ferons ce qu’il faut.
-Vous commettez une erreur, et je sens que vous allez en commettre une seconde, beaucoup plus grosse, commença Leyron. Vous ne trouverez rien ici, il ne se cache pas là. Bayaar n’est plus des nôtres. Il nous a quittés il y a des années pour aller vivre sa vie. Et il prend soin de ne pas revenir, précisément pour que nous restions en paix. Il savait ce qu'il faisait quand il a fait son choix. Il n'est plus le bienvenu.
-Mais son fils est ici, trancha la Nerassa. Et nous sommes convaincus qu’il vous rend des visites régulières pour reprendre des vivres, peu importe ce que vous en direz. A vous et à bien d’autres villages de la région. Les flèches qu’il utilise sont assemblées à partir de corne d’Erch travaillées à la râpe, ce qui est justement une spécialité des artisans des Dudzen. D’autres groupes vont leur rendre une visite pour leur demander de cesser de lui vendre des armes et des vivres, d’une manière ou d’une autre. En leur permettant de fonctionner comme ils le font, vous les soutenez à votre niveau. Et vous le savez parfaitement. Nous ne le tolèrerons pas.

L'atmosphère s'était brutalement alourdie d'une tension presque palpable, et les rangs des khurmis s'étaient resserrés au cours de ces derniers échanges. Dans la trentaine de guerriers et mages Choyr ainsi réunis autour des zagashiens, tous semblaient prêts à agir, certain sondant les intentions superficielles qu'ils pouvaient effeuiller dans leurs esprits, d'autres s'affairant à rendre leur groupe plus important qu'il ne l'était vraiment. Quoi qui soit préparé, ils devaient l'empêcher maintenant.

Mais tout ça... il s'agissait de choses que les zagashiens attendaient de leur part. Ils savaient ce qu'ils faisaient. À leur yeux, la politesse n'était qu'une forme de tromperie, tout particulièrement de la part d'un khurmi - et ils ne comptaient pas s'attarder sur ce terrain qui n'était pas le leur.

-Pour votre information, déclara-t-elle en haussant le ton pour s'adresser à tous. Je me doute que vos frères et vous ne vous privez pas d’échanger abondamment sur tout ce que je vous dis en ce moment. Ne serait-ce que pour vous organiser. Vous avez plusieurs télépathes parmi vous. Ce qui explique pourquoi vous restez aussi tranquilles malgré notre présence. Ce qui explique pourquoi j'ai tant de mal à rester concentrée sur ce que je regarde dans vos rangs alors même que je connais vos pouvoirs et que je m'efforce d'y faire attention. Et c'est très fatigant. Je vais donc être claire. Nous sommes venus prendre le fils de Bayaar comme prisonnier à monnayer contre la reddition de Bayaar et de ses lieutenants. S'il n'est pas là, nous prendrons trois d'entre vous comme prisonniers pour faire monnaie d'échange - des guerriers et des mages, dans vos rangs. Il ne vous sera fait aucun mal, mais vous resterez cantonnés aux casernes de Nalan. Si au bout de cinq jours, il ne se livre pas, nous reviendrons pour prendre trois autres captifs. Et ainsi de suite, tant que nous n'aurons pas eu le fils... ou le père.
-Je refuse! Nous ne vous laisserons pas faire.
-Nous ne vous laissons pas le choix.
-Vous êtes folle, asséna le gharyn. Je ne vois pas quoi vous dire. Vous êtes complètement fous. Nous nous attendions à ce que vous... j'en sais rien. Même que vous nous attaquiez, sans raison. Mais ça...
- Je vous ai expliqué nos raisons. Vous savez ce que vous faîtes. Vous savez ce que nous faisons en retour. Il n'y a rien d'autre à dire.
-Non. Vous n'êtes pas en position d'exiger quoi que ce soit, zagashiens.
-Il me semble que si.
-Pas ici. Vous ne faîtes pas le poids.

Cette fois, les khurmis manœuvrèrent d'un seul coup, encerclant complètement les zagashiens en une poignée de secondes. Les fervents de Dalaï n'étaient que onze. Autour d'eux, plus du triple de Choyr- peut être trente-cinq. Dont une dragonnière chevauchant un reptile qui se montrait de plus en plus excité.

-Bien. Vous êtes sûrs de vouloir nous combattre, donc.
-Non. Nous ne le souhaitons pas.
-Vous mentez. Vous rêvez de nous faire mordre la poussière. Vous en mourrez d'envie.

Tous les membres de la bande de Nalan s'étaient positionnés en même temps que les Choyr l'avaient fait. Chacun d'entre eux, à sa manière, se tenait prêt à sortir ses griffes. Et même en l'absence d'eau, la neige aux alentours vibrait déjà sous l'effet des emprises superposées des cinq mages de Dalaï qui formaient la moitié de la troupe. Sur une trentaine de mètres, soit bien plus que la place de village dans laquelle ils se tenaient.

-Première question, dans ce cas. Votre dragonnière... son dragon. Est-ce que c'est un vrai?
-Ha. Vous voulez vérifier?
-J'ai déjà mon avis sur le sujet. Et je pense que mes frères ont le même. Ce ne sera pas nécessaire.

L’animal siffla et gratta le sol, comme offensé par l’insulte que lui faisait l’arrivante. Plusieurs zagashiens s’en amusèrent grandement, échangeant à nouveau des sourires et quelques bravades à l’attention du reptile et de sa cavalière, l’invitant presque à leur montrer qu’ils se trompaient sur son compte. Ils en riaient d'avance. Elle n’en fit rien, pourtant. Et eux ne semblaient pas avoir l’intention de vérifier, pas même qu’ils ne cherchaient à savoir si les arcs, les hallebardes et les arbalètes que possédaient les protecteurs de ce village étaient factices ou factuelles. Dans très peu de temps, les khurmis feraient face à la dure vérité, et à l'étendue de leur faiblesse. Dragon ou pas, ça ne changerait rien.

-Sodnol, demanda-t-elle à l'un des siens sans se retourner. Puisque c'est ton domaine, j'ai une autre question. Combien y avait-il de khurmis au début?
-Quinze, répondit leur adepte des illusions.
-Mmmh. J'aurais dit un peu moins de trente.
-Quinze, confirma une autre my'tranne, qui avait elle aussi prit soin de retenir ce nombre en se le répétant inlassablement depuis le début.
-Eh. Vous êtes doués, s'amusa Arianna à l'adresse des villageois. Ça doit faire... deux adeptes, peut-être. Vous êtes moins d'une vingtaine, donc. Des villageois. Contre onze soldats entraînés. Toujours sûrs de vouloir nous combattre? Nous pouvons encore faire ça sans avoir à vous écraser.

Il n'y avait pas d'animosité, dans sa voix. Simplement de l'arrogance zagashienne érigée au plus insupportable de sa splendeur, et une attitude de défiance si grossière qu'il était évident qu'elle voulait que les khurmis réagissent. Parce que oui, elle voulait que les khurmis réagissent. Chacun d'eux le souhaitait. Ce n'était pas par la ruse, le compromis et le mensonge qu'ils deviendraient quelque chose, n'en déplaise à leurs stratagèmes habituels. Ils devaient affronter des épreuves, essuyer des échecs et des contrariétés pour pouvoir progresser. Une désillusion - c'était ça que visaient les fervents de Dalaï à chacune de leurs altercations avec les Khugatsaa. La frustration engendrait le désir, le désir permettait s'avancer. Pas de croupir dans leur faiblesse, ni de se voiler la face et nier la réalité comme ils le faisaient depuis plus de quarante ans. Il valait mieux que cette leçon leur soit enseignée par des zagashiens que par des daenars, qui n'auraient pas de retenue.

Et ils y étaient presque. La tension devenait si palpable qu'elle en frissonna de plaisir. Ils étaient tous à bout, hors d'eux. Les khurmis. Leur conciliabule mental n'avait probablement plus rien d'ordonné, ils s'agitaient devant elle, il n'y avait plus qu'à tirer un peu plus sur leurs nerfs pour enfin...

-Rendez-vous. Laissez-vous écraser comme vous l'avez toujours fait. Vous êtes désespérément faibles, comme les khurmis l'ont toujours été. Tellement que Khugatsaa vous a pris en pitié en plongeant le pays sous son voile d'illusions. Ce qu'il fait pour Khurmag est vraiment prodigieux, et vous n'en faîtes rien. Nous aurions déjà rebâtit tout le pays si c'était notre terre. Si Dalaï nous aidait à ce point, nous serions invincibles. Mais vous. Vous n'êtes dignes de rien. Vous n'êtes capables de rien. Vous n'êtes pas des my'trans. Vous n'êtes que...

Réussi.

Ce fut littéralement l'enfer qui explosa dans le village lorsque les khurmis virent rouge. Les zagashiens se retrouvèrent instantanément foudroyés par un déluge de flammes - un torrent de feu de dix mètres de large craché par le ciel - avant même que le dragon n'ait fini de prendre son envol ou que leurs victimes n'aient fait quoi que ce soit. Tous hurlèrent à la mort, sentant la chaleur éplucher leur peau pour labourer leurs chairs. Mais tous hurlaient déjà de rage à ce moment-là, car ils étaient passés à l'attaque en même temps que les fidèles de Khugatsaa avaient lancé leur sort. Sisto, le moine guerrier de Dalaï, avait levé les eaux autour d'une dizaine de villageois pour les battre furieusement jusqu'aux sangs - ou peu s’en fallait, car il se contenta de les écharper brièvement de ses coups de fouet. Arianna, empalée à hauteur de poitrine par un énorme carreau, se précipitait déjà vers le gharyn pour le contraindre à se rendre. L'homme avait actionné une large baliste apparue non loin de lui. Mais elle ignora la sensation du grand pal en travers de ses poumons exposés à l'air libre - aussi fictive que le reste - pour conclure au plus vite. Tous étaient mal en point, acculés par les illusions. Ils en devenaient plus forts, ou du moins plus féroces.

Déjà, l'illusion de l'incendie avait perdu de son réalisme maintenant que les rangs des khurmis s'étaient fait enfoncer. Les zagashiens ne frappaient pas pour tuer, mais leur brutalité usuelle couplée à leur nervosité de l'instant - car c'était ce que leur éveillait l'illusion - les rendaient plus violents que jamais. Une poignée des guerriers de Nalan avaient finis à terre, engloutis par des flammes qui leurs foraient les os, ou blessés par une arme plus réelle. Et lorsqu'eux se relevèrent, près de dix secondes plus tard, c'était presque fini. Les deux groupes s'étaient complètement disloqués dans l’échauffourée, et l'énorme dragon, un grand tas de lumière vacillante, se volatilisa piteusement lorsque sa créatrice se retrouva à genoux dans la neige sous l'emprise d'un agresseur. Sans surprise, les soldats et guerriers de Zagash triomphèrent aisément des humbles villageois. Tout se fit rapidement, et les Choyr en étaient déjà à se retrouver privés de leurs armes et contraints de s’amasser dans un coin de la place.

Seule Arianna était encore sous l'effet d'un maléfice : une deuxième flèche lui avait traversé la trachée en surgissant de nulle part, elle était à bout de souffle, pratiquement incapable d'inspirer avec ça dans la gorge. Elle n'avait pas eu le gharyn. Il était devenu invisible et s'était réfugié dans le néant pour se soustraire à eux, avant de renforcer son emprise sur ses maléfices. Ceci alors même qu'elle l'avait affligé d'un long jet d'eau bouillante pour lui interdire de maintenir l'attention nécessaire pour maintenir un pareil artifice. Il était doué, lui aussi, et avait maintenu son sort en dépit de la douleur qui le cuisait. Mais ça ne l'aiderait pas. Il n’y avait plus que lui.

-Ça suffit, aboya un autre zagashien. Vous n’arriverez à rien. Tous vos hommes sont vaincus. Laissez-vous faire et il ne se passera rien de pire. Insistez et… vous nous forcerez à insister. Leyron des Choyr, rendez-vous maintenant.

Il n’y eu pas de réponse. Mais le sort qui frappait Arianna s’estompa de lui-même. Et Leyron apparu finalement, à quelques mètres d’eux. Pas tremblant, pas soumis. Juste hostile. Et haineux.

-Bien, continua le guerrier de Nalan. Comme nous vous l’avons dit…
-Aelth n’est pas là. Il est déjà très loin.
-Evidemment.

C’était l’une des premières choses que les khurmis avaient fait. Contacter mentalement celui que leurs agresseurs recherchaient pour le forcer à fuir. Il avait hésité… on l’avait obligé. Alors, les zagashiens désignèrent trois guerriers retenus au hasard, sans prêter attention aux complaintes des villageois qui sortirent de leurs cases pour protéger à leur manière ceux qui s’étaient battus pour eux. Encore que, sans prêter attention… on ignore si c’était les lamentations des khurmis ou leur influence plus magique qui avait fait ployer les soldats de Nalan… ou encore si ces derniers n’étaient pas si impitoyables que ce qu’ils donnaient l’air… mais deux volontaires parvinrent à prendre la place des prisonniers, pour des raisons diverses. Au final, c’était un couple de villageois et un guerrier vieillissant qui repartirent avec eux. Le gharyn avait voulu prendre la place d’un d’entre eux – et ils avaient fermement refusé, sans expliquer leurs raisons. A leur sens, un village aussi pitoyable privé de son gharyn courrait de trop grands dangers pour qu’ils se hasardent à ça. Mais ils n’en montrèrent rien, ils n’avaient pas besoin de ça. Que les Choyr les craignent et les soupçonnent du pire, ça leur convenait très bien.

Cinq jours de plus, et ils reviendraient. Et dans d’autres villages, d’autres bandes étaient intervenues de la même manière, sur d’autres prétextes mais dans le même but. Nul doute que les villageois demanderaient de l’aide, à Variel ou ailleurs. Mais qu’ils obtiennent quelque chose… ce serait surprenant.
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Meylan Lyrétoile
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Sam 12 Mai - 20:33
Irys : 865308
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
Quand on avançait vers un objectif pendant plusieurs mois, quand on s’en rapprochait pas à pas, petit à petit sans vraiment savoir à quoi s’attendre…  N’était-ce pas toujours un moment un peu magique quand on parvenait enfin à atteindre cet objectif, ce but, le bout du chemin et à la fois le point de départ de tant d’autres?  En tout cas, "magique" décrivait à merveille la région.  Encore recouverte d’un manteau aussi éclatant que glacial, elle baignait dans la magie de celui des deux Griffons qui partageait sa couleur.  C’était beau, c’était fascinant et…poignant.  Même si elle venait seulement de passer la frontière, Meylan se sentait pousser des ailes.  Elle était dans son élément, c’était indéniable.

Enfin, ailes ou pas ailes, faire des haltes dans une voyage faisait parfois du bien.  Variel n’était pas encore Reoni, mais elle devrait suffire pour le moment.  Ni aussi cosmopolite que Darga ni aussi haute en couleurs que Zolios, elle offrait tout de même des possibilités de restauration et de repos plus que correctes.  Peu importe dans ces circonstances que la ville ait l’apparence plutôt austère d’un fort.  La végétation luxuriante qui l’ornait même en cette froide saison lui donnait d’ailleurs l’apparence surréaliste d’une terre de jouvence éternelle.  Ah, Khurmag, contrée de faux-semblants où la terre elle-même porte un masque!  Pas étonnant que l’artiste soit dans son élément…  Mais ladite artiste fut brutalement tirée hors de son admiration du décor par une exclamation furibonde.

"Là!  Ils viennent nous narguer jusque sous vos yeux!  Elle sait où ils ont emmené mon frère: elle faisait partie de leur bande!"

De la simple incompréhension, Meylan passa bien vite à l’appréhension en se rendant compte que l’index du bruyant homme pointait sans ambiguïté dans sa direction.  L’ennui étant qu’elle n’avait pas la moindre idée de quoi ou de qui il parlait.  L’autre ennui était qu’elle était apparemment la seule dans le cas, car déjà un petit groupe s’était refermé autour d’elle.  Et ils n’avaient pas l’air commode.  Seule face à une petite dizaine, la partie s’annonçait difficile.  Sans compter qu’il était difficile de raisonner avec un groupe en colère, et que ce groupe-ci avait l’air franchement furieux. Mais que diable lui reprochaient-ils?

"J’ai peur qu’il y ait un malentendu.  Je ne fais partie d’aucune ‘bande’, je suis ménestrelle et je suis arrivée à Variel il y a deux jours."

Elle s’exprimait d’une voix délibérément posée où elle s’efforçait de faire percer toute sa sincérité. Elle avait assez peu de chance de les convaincre, elle s’en rendait bien compte, mais ça ne l’empêcherait certainement pas d’essayer.

"Menteuse!  Tu mens, Zagashienne!  Qu’est-ce qu’il y a?  Tu n’as plus le soutien de tes frères d’armes et donc tu te dégonfles?  Lâche!"

Zagashienne?  Frères d’armes?  Mais qu’est-ce que…?  La situation devenait de plus en plus incompréhensible pour la ménestrelle qui se demandait très franchement sur quelle bande d’illuminés elle était tombée.  Si elle était vraiment une guerrière zagashienne, ne serait-elle pas plus fortement armée que le mince poignard qui pendait à sa ceinture?  Y en avait-il seulement un qui n’avait pas la caboche trop dure pour lui faire rentrer ces arguments dedans?  Ou était-elle condamnée à se faire lapider publiquement sur un malentendu?  N’y avait-il pas dans cette ville des forces de l’ordre capables de ramener le calme et lui donner une chance de se défendre?

"Je ne suis pas zagashienne, je n’ai jamais mis les pieds à Zagash.  Mon nom est Meylan Lyrétoile et je suis originaire de Darga."

Mais l’écouteraient-ils seulement?  Et s’ils l’écoutaient, croiraient-ils à nouveau à un mensonge?  Meylan s’était déjà retrouvée dans des situations délicates par le passé, et son éloquence lui avait jusque là permis de s’en sortir.  Restait à espérer que cette capacité ne lui ferait pas défaut maintenant...



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Isaac Doshazar
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Ven 18 Mai - 11:44
Irys : 47056
Profession : Agent diplomatique
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar
Le repos. C’est ce qu’il espérait trouver après de longs mois de travail. De Zagash aux Kharaal Gazar, en passant par Zolios, le début de cette année 933 n’avait pas été avide d’événements et de complications. Au beau milieu du printemps, là où chacun retrouve le bonheur parfois égaré durant l’hiver, la période n’était cependant plus aux missions et aux diverses affaires auxquelles Isaac était en permanence confronté. Mais la vie d’un agent du Conseil ne stagne jamais trop longtemps…

Après avoir clairement fait comprendre à celui-ci – qui ne s’était d’ailleurs aucunement opposé à lui - qu’il n’allait plus pouvoir défendre leurs intérêts pendant quelques temps, ne serait-ce que quelques semaines, il était parti pour Khurmag, lieu de toutes les illusions, afin de prendre le repos qu’il avait tant convoité depuis ces derniers mois. Il partit seul à dos de son cheval Ochnë, qui l’avait déjà porté sur de nombreuses lieues, faisant toujours montre d’une loyauté sans faille, et en qui il avait une confiance certaine pour la tenue de grosses distances. Néanmoins, le trajet séparant Darga de Variel, première étape de son voyage, n’était pas des plus longs et ne présentait à vrai dire que peu d’obstacles.

Il y arriva donc moins de deux jours plus tard, et ne put s’empêcher, en se tenant face à l’immense dôme fait de pierres et de plantes en tout genre qui cloisonnait la ville, d’admirer une nouvelle fois l’œuvre des Khurmis, épaulés des Kharaaliens, qui avaient su reconstruire et fortifier cette ville perdue avec brio. Il ne voyait cependant pas là une quelconque performance artistique, faisant fi du travail d’illusion dont usèrent les Varielenos avec l’aide de Khugatsaa, mais un bastion, une place forte, capable de résister à n’importe laquelle des attaques si sa défense était maîtrisée, tant envers de possibles ennemis que du Khoral venu de l’Ouest.

À l’entrée se trouvait tout un bataillon de gardes et de mages répartis sur plusieurs mètres, qui semblaient ne montrer que peu d’attention et de résistance aux arrivants. L’un d’eux s’intéressa toutefois à Isaac, grand homme paré d’un manteau de fourrure qui laissait transparaître les lanières d’une armure de cuir rembourrée, et lui demanda ce qu’il venait faire ici.



« Profiter de la quiétude de Variel. répondit-il sans rien préciser sur sa personne.

L’avisant d’un air méfiant, fronçant le sourcil et levant légèrement la tête, le garde se ravisa à poser de plus amples questions.


- Alors je vous souhaite un bon repos parmi nous. Faites attention à vous cependant… »


Ne prêtant pas attention au conseil avisé que le petit Khurmi venait de lui donner, et sachant pertinemment ce qu’il avait pensé en disant cela, il avança et traversa les grandes portes de la ville, seul passage ouvrant sur son intérieur empli de fausse sérénité.


***



Il ne lui fallut guère longtemps pour retrouver l’écurie, où il laissa sa monture à la charge d’un palefrenier plus vieux que les Architectes eux-mêmes, et continuer son chemin vers une auberge qui allait l’accueillir pour une durée dont il savait qu’elle était encore indéterminée.

Après avoir payé le tenancier et déposé ses affaires, il sortit dans les rues profiter des illusions qui l’entouraient. Dans le cadre d’une mission, rien n’aurait pu le faire s’attarder sur de tels artifices, et sans doute se serait-il méfié de tout, ne pouvant réellement faire la différence entre vérité et tromperie, mais le cadre en était radicalement différent. Il était là pour lui-même, de son plein gré et sans que sa profession ne vienne gâcher le repos qu’il s’était promis de se donner.

Il arriva de nouveau aux portes quand la lumière du dehors l’éblouit. Le soleil se reflétait sur le peu de neige tombée en hiver dans les alentours, et qui tendait à disparaître dans les quelques jours qui allaient suivre. Affublé d’une capuche, portant toujours son long manteau de fourrure, il sortit marcher le long de la ville, admirant les paysages qu’il n’avait jamais pu contempler de cette manière. Le calme naturel était ce qui l’apaisait, et, en tant que croyant de Delkhii, il ne pouvait qu’éprouver du respect et de l’amour envers toute cette terre forgée de ses mains.

Plusieurs minutes passèrent quand il entendit une voix s’élever dans le faible vent des collines. Une voix grave qui retentissait, et qui sonnait comme une provocation.



« Menteuse ! Tu mens, Zagashienne ! Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’as plus le soutien de tes frères d’armes et donc tu te dégonfles ? Lâche !

Ne prêtant au début que peu d’attention à ce qui semblait être un règlement de comptes, sa nature le poussa à s’approcher de l’origine du conflit.

- Je ne suis pas Zagashienne, je n’ai jamais mis les pieds à Zagash. Mon nom est Meylan Lyrétoile et je suis originaire de Darga. »


La femme semblait, dans le calme dont elle faisait preuve, tout à fait innocente, et l’homme bien trop sûr de lui. Cependant, Isaac avait appris, parfois à ses dépens, que les apparences pouvaient être trompeuses, et dans cette terre regorgeant d’illusions, même les Zagashiens pouvaient semer le doute dans les cœurs.


« Fait chier… » glissa-t-il pour lui-même en fronçant les sourcils.


Il s’avança sans toutefois pénétrer dans le cercle de Khurmis qui s’était formé autour de la femme, et abattit sa voix tel un coup de marteau.


« Qu’est-ce qu’il se passe ici ?

- Les Zagashiens viennent juste de partir avec mon frère et deux des nôtres, et elle sait où ils se trouvent !

- Comment peux-tu en être sûr ?

- C’est une Zagashienne, elle est venue nous attaquer en même temps que les autres ! hurla-t-il en pointant toujours du doigt la jeune mage. Mais qui nous dit que tu n’es pas aussi l’un des leurs ? dit-il en se renfrognant et en baissant la main.

- Tu es fou, voilà ce qu’il se passe.

- Fou ?! Et qu’en-est il de ces attaques surgies de nulle part ?

- Si c’était une guerrière de Zagash, je doute qu’elle soit restée aussi calme devant tes accusations. As-tu seulement prêté un œil attentif avant de parler ? Elle ne porte pas d’armes, et de simples villageois ne lui auraient posé aucun problème si elle avait usé de sa magie. Maintenant, tais-toi et incline-toi devant l’autorité du Conseil.

Il enleva sa capuche et montra son visage froid et sévère.

- Si vous venez pour nous, agent, sachez qu’il est trop tard. Ils ont déjà emmené nos proches dans les villages voisins, et continueront d’en enlever tant que nous ne cesserons d’aider ce Choyr de malheur !

Suivant les cris d’approbation des autres villageois du groupe, Isaac brisa le cercle et prit la jeune femme par le bras.

- Rentrez chez vous, Madame. Quant à vous autres, vous allez m’expliquer quelle est cette folie dont vous êtes habités !


Il n’était toujours pas sûr qu’elle soit innocente, mais au moins serait-elle plus à même de donner sa version ultérieurement, si jamais il s’avérait qu’elle fasse partie des attaquants. À moins qu’elle ne décide de rester pour aider, auquel cas la troupe, Isaac compris, devrait se rendre à l’évidence qu’elle était inévitablement innocente à tout cela.


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Tiha Ludost
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Mar 22 Mai - 11:30
Irys : 173756
My'trän +2 ~ Zolios
Les rues étaient encore loin d’être familière. Cela faisait à peine quelques jours qu’elle logeait ici. La routine ne s’était pas encore installé. Même s’il y avait un début d’habitude comme manger avec Finn, se promener, discuter avec le boulanger au bout de la route, et se dire qu’il faudrait qu’elle commence ses mélanges pour les teintures. Mais profiter de la liberté toute nouvelle était trop tentante, comme arpenter ses rues inconnues. Elle se sentait bien dans cette ville, un peu comme dans un cocon. Même si tout n’y était pas paisible, il y avait eu la semi-altércation avec les protecteurs le premier jour de son arrivée et là visiblement, elle était témoin d’une autre. Au contraire des autres passants, elle n’avait pas passé son chemin.

Les mots de son tout nouvel ami frais dans son esprit, ainsi que son propre désir de n’être pas une simple spectatrice ou toile de fond, étaient une excellente raison d’intervenir. Même en ignorant tout ! La conversation la dépassait même totalement. Une chose lui apparaissait clairement : une personne de plus pour faire face à ce groupe aveuglé par la colère ne ferait pas de mal. Laisser seul ce type qui prétendait être l’autorité du Conseil n’était pas vraiment raisonnable. Et il ne lui permettrait pas non plus de savoir le fin mot de l’histoire…

« Pourquoi ne pas allez les chercher vous-mêmes ? »

Personne ne lui répondit, visiblement ils préféraient ignorer sa question et parler avec le monsieur ou diriger des regards hostiles vers Meylan. Évidemment ce comportement ne plut pas plus à Tiha que leur agression gratuite envers la ménestrel. En fait, ça l’agaçait même plus. C’était pire qu’une agression et c’était personnelle.

« Un Khurmis qui se laisse tromper par les apparences c’est bien ironique ! Pas étonnant que des Zagashiens se moquent de vous ! »

Voilà, cette fois ça fonctionnait ! Peut-être que le type du conseil ou Meylan ne serait pas trop contente de cette intervention mais elle souriait alors que leur « porte parole » s’énervait. Il avança d’un pas dans sa direction alors qu’elle même ne bougeait pas d’un iota guère impressionnéet par son air menaçant ou sa voix grondante. Elle restait droite à côté de l’artiste, à la même place où elle s’était faufilée plus tôt sans que personne ne lui prêta trop attention.

« Tu ferais moins la fière si c’était toi qu’ils avaient emporté ! Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Tu n’es qu’une gamine ignorante et... »

La femme non loin de lui avait posé une main apaisante sur son bras. Il fallait faire retomber la vapeur. Peut-être avaient-ils trouvé mieux que leur agresseur : une oreille utile. Ils pourraient ainsi récupérer une aide inestimable ! Encore fallait-il pour ça que ça ne dégénéra pas en bataille futile.
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Meylan Lyrétoile
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Jeu 7 Juin - 18:40
Irys : 865308
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
Très honnêtement, la situation sentait le roussi pour Meylan, qui aurait été bien incapable de s’escamoter sous les yeux de tout le groupe, dont la plupart étaient probablement des habitués des illusions.  Pire encore: fuir, même si c’était une réaction qui relevait du plus basique instinct de survie, les aurait probablement confortés dans leur opinion qu’elle était coupable.  Elle était sur le point de remettre son sort entre les mains de Khugatsaa, quand celui-ci sembla anticiper sa prière.  Ouf: une voix plus raisonnable.  

La ménestrelle n’avait aucune idée de l’identité de l’inconnu, mais elle lui était on ne peut plus reconnaissante d’intervenir.  Lui, au moins, faisait preuve de bon sens.  Et même s’il n’avait pas encore désamorcé la situation, Meylan était soulagée d’avoir un allié pour la soutenir et dévier une partie de l’attention du groupe en colère.  Tiens, et il parlait au nom du Conseil?  De mieux en mieux: il parviendrait plus facilement à imposer un certain calme, ou du moins c’est ce que la jeune femme pensait.  Ou pas, à en juger par la réaction qu’il reçut.

La légère pression sur son bras n’était pas forcément nécessaire pour attirer l’attention de Meylan, était donné que celle-ci était déjà dirigée en grande partie vers l’agent du Conseil.  Il lui ouvrait la porte pour quitter les lieux?  À vrai dire, elle ne demandait pas mieux que de s’éloigner de ces mécontents qui, même un peu calmés, pouvaient toujours représenter un danger potentiel.  Mais elle tenait par-dessus tout à prouver son innocence pour tirer au clair cette affaire une bonne fois pour tout.

"Je vous remercie pour votre intervention, mais j’aimerais autant être certaine que ce malentendu est résolu avant de m’éloigner.  Cela ne m’avancerait pas à grand-chose de m’éloigner maintenant pour être confrontée au même problème un peu plus tard aujourd’hui ou dans les jours à venir."

Après, il était parfaitement possible que l’homme l’envoie promener et lui dise de le laisser faire son travail en paix…mais il était indéniable qu’elle avait un intérêt personnel à voir cette affaire résolue.  

Mais l’ambiance un poil calmée ne tarda pas à s’envenimer à nouveau quand une autre personne décida de pimenter la discussion avec quelques railleries.  D’ordinaire Meylan n’avait rien contre une petite pique ironique.  Elle usait d’ailleurs souvent de ce genre de piques elle-même.  Mais est-ce que la jeune fille qui venait sans le moindre scrupule d’insulter la cantonade avait un jour appris la retenue ou, du moins, la plus élémentaire des prudences?  Apparemment pas, et le meneur des mécontents réagit bien évidemment au quart de tour.  C’était à se taper la tête contre les murs, sauf qu’une telle réaction en plus d’être peu productive donnait en général un sacré mal de crâne.  Encore heureux qu’une autre Khurmi parvienne à calmer un petit peu le belliqueux.  Etant donné que la seule personne ayant été jusqu’ici capable de tempérer un peu le débat était l’agent du Conseil, Meylan se tourna à nouveau vers lui pour voir ce qu’il suggérerait pour la suite des événements.



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Lavryn & Khardi
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Dim 5 Aoû - 7:57
Irys : 89982

Isayaar Choyr

La sagesse n'est pas innée. La souffrance, les sacrifices et le temps s'allient pour la forger et la sublimer. Certains la considèrent comme un cadeau, une forme de récompense destinée à compenser la perte de la fougue juvénile. L'âge lui permet de se substituer aux espoirs déçus et aux convictions naïves. Nul ne sait réellement combien d'hivers Isayaar a déjà endurés mais tous s'accordent à reconnaître en lui une figure paternaliste. On le respecte au moins autant qu'on l'apprécie. Et les rides qui parsèment son visage ne justifient pas à elles seules cette évidence.

Il comprend la réaction des personnes qui composent le groupe qui a pris à parti les étrangers. Son regard vitreux, dénué de vie, observe ainsi la scène que la cécité ne lui permet pas d'appréhender pleinement. Mais il en a assez entendu. Il sait que les erreurs sont destinées à être répétées. Et que l'humanité n'est pas apte à briser ce cercle vicieux. Et à supposer qu'elle le puisse, souhaiterait-elle seulement s'en extirper? Il est malheureusement plus aisé de répondre à l'appel du coeur que d'honorer la tempérance de la raison.

Il devine les quelques regards qui se posent sur lui et les attentes qui les animent. Et pourtant il ne bouge pas, se contentant d'écouter les paroles prononcées par les uns et les autres sur des tons aussi variés que les dangers inhérents au Khoral. Ses mains creusées par le froid et les ans restent résolument fermées sur la tasse de terre cuite. Les flagrances chaleureuses qui s'en échappent caressent ses sens olfactifs développés et ravivent les souvenirs d'une jeunesse en ruine depuis longtemps.
"Tu ferais moins la fière si c’était toi qu’ils avaient emporté! Tu ne sais pas de quoi tu parles! Tu n’es qu’une gamine ignorante et..."
"Assez!"
Il n'a pas besoin de hausser la voix pour donner plus de poids à ce simple mot. Un silence agréable répond à sa requête impérieuse. Isayaar le met à profit pour terminer son thé d'une simple gorgée avant de tendre une main tremblante dans le vide. Le tintement des clochettes ornant un solide bâton précède l'arrivée de ce dernier dans sa paume implorante. Le vieillard adresse un sourire à l'adolescente qui doit se trouver à ses côtés. Sans elle, la vie aurait depuis longtemps perdu le peu de charme qu'elle possède encore. D'une certaine façon, Kr'ilda personnifie les attaches qui le retiennent ancré dans cette existence. Elle sublime sa vieillesse peut-être autant qu'il assombrit sa jeunesse.
"Est-ce la justice ou la vengeance que vous recherchez?" reprend-t-il, s'adressant aux tumultueux khurmis. "La première ne saurait s'affranchir du plus élémentaire discernement. Et si vous plébiscitez la seconde alors dirigez-la contre moi. Les erreurs du fils ne traduisent-elles pas les manquement du père?"
Il aurait peut-être dû se montrer plus sévère avec Bayaar. L'amour qu'il lui porte a toujours obscurci son jugement. Et même aujourd'hui il ne peut se résigner à témoigner autre chose que de la tendresse à son fils. Ce qui le pousse à se livrer ainsi à la vindicte du groupe de lésés tout en sachant pertinemment que personne n'osera s'en prendre à lui. Car sa question avait davantage vocation à souligner l'absurdité de leur comportement qu'à les conforter dans ce dernier.

Le vieillard s'avance à présent vers les inconnus tandis qu'on s'écarte respectueusement pour lui faciliter le passage. Un sourire aussi apaisant que désolé s'installe sur son visage fatigué. Isayaar pose alors doucement ses mains sur le visage de la personne vers qui Kr'ilda l'a mené, celle qui a été prise à parti dès le début par les khurmis. Il n'a pas besoin de demander à la gamine de lui décrire ce que ses doigts essaient respectueusement de deviner. Elle s'emploie déjà à le faire:
"C'est la fille de Darga, Maître! Ses cheveux sont noirs. Ses yeux aussi, d'ailleurs. Elle ressemble un peu à Taa'a'chum mais son visage est plus..."
"Typé? Oui, c'est ce que je crois deviner!" coupe-t-il gentiment avant de s'adresser à l'intéressée. "Soyez la bienvenue à Variel et veuillez excuser le comportement des miens! C'est davantage la douleur que la méchanceté qui les anime..."
Il se décale de quelques pas sur l'impulsion de Kr'ilda et se retrouve face à celle qui aura fait preuve d'un aplomb étonnant au vue des circonstances. Du courage ou de la témérité? L'un et l'autre séduisent le vieil homme qui se rappelle lui aussi du temps où il aurait agi de la même manière face à l'injustice. Il découvre également son visage sans se montrer trop insistant, faisant à nouveau preuve d'une douceur qui contraste avec le contact rocailleux de ses mains.
"Elle... Elle a les cheveux de plusieurs couleurs. On dirait... un arc-en-ciel?" se risque la gamine. "C'est joli!"
"Ho? Voyez-vous ça!" s'étonne Isayaar en retour. "Serais-je en présence d'une autre artiste?"
Il réitère les excuses adressées peu avant à Meylan avant de se faire guider vers le dernier inconnu, l'agent du Conseil en personne. L'homme fait néanmoins preuve de la même curiosité à son égard et ses doigts détaillent bien vite ce nouveau visage livré à une curiosité que le temps n'aura jamais réussi à tarir. La gamine vient une nouvelle fois la satisfaire mais avec plus d'hésitation. Les voyageurs à la peau sombre sont plutôt rares à Khurmag, ce qui doit expliquer le trouble de l'enfant. L'aîné, lui, se fend d'un sourire sincère.
"Louée soit l'imagination d'Orshin!" clame-t-il. "La diversité est sans aucun doute l'un des plus beaux cadeaux que l'Araignée ait offert à ce monde!"
Toujours est-il qu'il s'excuse une troisième fois pour le pathétique accueil réservé à ces étrangers. Pas par crainte de vexer un représentant du Conseil mais tout simplement parce qu'ils le méritent. Isayaar ponctue ses propos d'une tape amicale - et maladroite - sur l'épaule de l'homme avant de s'en écarter pour s'adresser à toutes les personnes présentes.
"Puisque personne ne souhaite s'attaquer de front aux problèmes causés par mon fils, je le ferai moi-même!" affirme-t-il sans réellement savoir comment il s'y prendra. "Mais.... heu... un peu d'aide ne pourrait sans doute pas faire de mal! En obtiendrai-je?"
C'est bien le doute qui se lit à présent sur son visage. Être respecté et inspirer les gens sont deux choses bien différentes. Le respect, il ne le doit qu'à son âge. Et Isayaar n'a jamais été un meneur digne de ce nom. Il n'est qu'un père qui accepte douloureusement d'endosser ce qu'il considère comme sa responsabilité. Et cette évidence se manifeste immédiatement par le silence assourdissant des khurmis. Peut-être qu'ils réfutent simplement l'idée de s'en prendre à l'un des leurs, peu importent ses fautes. Ou encore qu'ils préfèrent axer leur haine contre les zagashiens ou qu'ils ne pensent pas avoir une chance face au mage expérimenté qu'est Bayaar et à ses sbires. Une lutte entre khurmis ne ferait-elle pas le jeu des serviteurs de Dalaï?

Mais l'aide, parfois, se manifeste là où on ne l'attend pas... Peut-être que ce postulat se vérifiera une nouvelle fois dans les prochaines secondes. Mais pour l'instant le silence reste pesant, seulement émaillé par les tintements réguliers des clochettes animées par les pas maladroits du vieil aveugle qui s'éloigne....
À vous les studios:
 
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Tiha Ludost
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Dim 5 Aoû - 19:01
Irys : 173756
My'trän +2 ~ Zolios
Dur de décider entre la surprise, la frustration et le plaisir de voir l’autre se faire rabattre le clapet. Mais comme il était relativement amusant de voir cet homme, jusque là confondu dans la masse des gens autour, prendre vie et s’introduire si facilement dans la discussion. D’ailleurs plus personne ne bronchait alors que le drôle de duo, puisque l’inconnu se faisait guider par une fille, approchait d’eux. Même Tiha, curieuse de la tournure des événements, se tenait tranquille, observant autant la blondinette que l’aveugle. Juste après la ménestrel, ce fut vers elle qu’il se tourna pour palper son visage du bout des doigts. C’était étrange. Elle ne pouvait s’empêcher de sourire.

« Une artiste des cheveux alors ! Je pourrais te faire des mèches si tu veux ! »

Elle avait accompagné ses mots d’un petit clin d’œil complice envers la jeune fille. Il serait dommage de colorer tout ses cheveux, son blond avait une jolie couleur. Mais il y avait moyen de raviver le tout ! L’intéressée ne refusa pas ni n’accepta vraiment. En fait, elle avait l’air un peu embarrassée, c’était rigolo, en plus d’être occupée.

« Hors de question de partir avant la fin de cette histoire ! Puis, j’ai une promesse à tenir ! »

Cette fois, elle n’avait pas laissé les autres lui couper la parole. Hors de question d’être mise de côté maintenant. L’histoire devenait de plus en plus intéressante. Ce n’était qu’un détail que rien ne l’y reliait vraiment. Elle avait été là au moment de l’altercation, ça suffisait. Pour elle en tout cas. Le groupe de protestataire ne fit pas preuve d’autant d’entrain. Pour l’instant, ils se regardaient de façon un peu gêné, comme depuis le début de l’intervention du papy.

« Tu viens aussi ? On part tout de suite ? Je ne pense pas que ce groupe de braillard soit très utile. »

L’artiste venait, c’était évident, elle l’avait dit. Le membre du Conseil, elle s’en foutait un peu. Sa question s’adressait à la guide. Une façon d’entamer un peu plus le dialogue. Et de sortir le reste de leur inertie. Se mettre en route quoi.

« Qu’est-ce qu’il a fait votre fils pour énerver ces gens ? C’est ton frère ? »

Son regard papillonna du vieillard - même si il ne pouvait pas la voir, elle pouvait - à l’adolescente. Leur duo atypique soulevait bien des questions après tout. La fille avait bien dit « maître » plutôt, mais ça pouvait être trompeur. Qui disait que c’était pas un truc de clan : qu’elle soit obligée d’utiliser se terme à partir du moment que la personne maîtrise un domaine, famille ou pas. Ce n’était pas plus absurde que les règlements du clan Po'Mbak.
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Arianna Torricelli
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Sam 11 Aoû - 19:18
Irys : 356585
Profession : Zélote, Soldat, Officier, Chasseuse, Nomade
My'trän +1
-Vraiment. Je vous remercie pour votre aide, fit le shaman, mais vous n'avez pas besoin de travailler en cuisines tous les jours, Arianna.
-Ooooh. J'aime ça, vous savez?
-Ca se voit. Mais je pense que tu devrais te consacrer à d'autres tâches. Tu diriges toute ta troupe, vous devriez...
-Mmh. J'avais un instructeur qui disait que les bandes qui mangeaient le mieux étaient de très loin les meilleures. Et ce n'est pas du tout le seul. Et je confirme. Et puis j'aime beaucoup ça. Et puis c'est aussi une façon de vous remercier pour ce que vous vous faîtes.

Les deux my'trans s'interrompirent, juste le temps de descendre quelques marches donnant dans la pièce suivante : un large bassin d'une dizaine de mètres où ils se retrouvèrent immergés jusqu'aux genoux, à marcher sur une couche de galets au milieu d'un ensemble de petites cascades murales. La plupart de ces pans d'eau épousaient le relief des sculptures et des mosaïques incrustées dans les murs. Autre point remarquable, la pièce disposait d'un puit de lumière partiellement entrouvert qui laissait filtrer et la pluie et la neige quand il y en avait. Et pourtant, il faisait bon ici. Indubitablement du fait des nombreuses cheminées et des quelques magilithes rougeoyantes qu'on trouvait incrustées ça et là dans tout le bâtiment. Raïhangul, le doyen des moines et moniales du monastère de Cinghis incita son invitée à prendre place avec lui sur un simple banc de pierre installé comme tant d'autres sur les bords du bassin. Tous les deux jours, les reclus du monastère ainsi que les novices et de nombreux familiers venaient s'installer là pour se recueillir, chacun à sa manière, au milieu des poissons qui peuplaient le réseau de bassins, de canaux et de viviers qui quadrillait le refuge.

Des poissons. Pusieurs d'entre eux vinrent d'ailleurs se frotter délicatement contre les jambes du vieux my'tran, pour lui raper le bout des doigts lorsqu'il joua avec eux. Ça n'était même pas qu'ils avaient faim, juste qu'ils avaient l'habitude. D'une manière ou d'une autre, ils parvenaient à reconnaître le septuagénaire parmi les autres humains et se prêtaient régulièrement à ce petit exercice.

Ainsi qu'à quelques autres.

Le moine tapota la surface de l'eau à quelques reprises en adressant un petit sourire d'encouragement à son invitée. Alors cette dernière énonça de bon gré:

-Allez, monte. Fais leur un petit labyrinthe. Qu'ils puissent jouer un moment.

Elle parlait à l'eau, comme à son habitude. Et la magie cumulée des deux my'trans souleva quelques pans du bassin pour former rapidement une colonne d'eau claire défiant la gravité, dans laquelle plusieurs carpes, des doitsu, s'engouffrèrent aussi vite. Le genre d'exercices innocents que les mages d'eau multipliaient volontiers pour se faire les dents en comparant la maitrise de leur magie à celle de leurs pairs, auxquels ils la mêlaient. Et en l'occurrence, il était évident pour les deux que le vieil homme était incomparablement plus doué qu'elle pour modeler le fluide. Il n'avait même pas cherché à prendre l'ascendant dans leur manœuvre commune, mais...

Normal. Comparée à beaucoup de bénis de Dalaï, Arianna était nulle. Ce qui ne la dérangeait aucunement, et correspondait précisément aux termes qu'elle employait. Elle ne peinait pas à reconnaître ses faiblesses et à les accepter plutôt qu'à mal les vivre.

C'est ce qu'elle aurait voulu, en tout cas.

-Pas la moindre progression depuis la dernière fois?, demanda Rahaïngul.
-Mmh non, répondit l'autre sur un ton qui s'avéra moins tranquille que ce qu'elle aurait voulu.

"C'est mal?"

Non, elle ne l'avait pas dit. Ne voulait pas le dire, non plus, c'aurait été puéril et...

-Il n'y a pas de mal à ça, répondit intelligemment le moine. Ça viendra au fur et à mesure. Et si ça ne veut pas... et bien ça n'était pas destiné. Tu as déjà bien assez de qualités, ne t'en fais pas.
-Héhéhé. Je pense aussi... merci.

Et aussitôt, la my'tranne s'était rassérénée, s'amusa le doyen. Pour quelqu'un qui faisait mine d'accepter ses travers, elle était prompte à se mettre sur la défensive et à prendre de simples remarques comme des attaques cuisantes. Plutôt paradoxal, quand on considérait qu'elle ne se gênait pas pour étaler aux autres leurs insuffisances en pleine face. Après, il était vrai qu'elle le faisait pour leur bien. Pour les faire réagir.

Comme avec les khurmis, en ce moment même. Bien sûr, il s'agissait de la volonté de Zagash, de Shuren, de Nalan. Mais elle y adhérait totalement. Au même titre que la totalité de la bande qu'elle représentait. Alors, les voir évoluer paisiblement dans Cinghis, ce refuge dédié à Dalaï situé au sud est de la cité frontalière, et se mêler aux moines pour participer à leur vie et corvées quotidiennes...

Eh bien, Raïhangul en avait l'habitude, car ce n'était pas la première fois qu'ils passaient. Ni la seule bande à passer, loin de là. Le monastère était d'une facture relativement récente, apparu dans la foulée de la construction de Nalan - autant pour s'implanter sur le terrain que pour créer un refuge pour les forces de passage et poser un domaine susceptible de fédérer les communautés alentours. Les moines avaient pu constater qu'avant eux, il y avait eu des cultures en terrasses et quelques chaumières présentes dans les environs. Détruites et laissées à l'abandon depuis bien assez de temps pour qu'un début de végétation, mais surtout un voile illusoire caractéristique de Khurmag ait recouvert le domaine. Alors, avec l'aide des villages alentours, aussi bien zagashiens que khurmis, ils avaient entrepris de rétablir les cultures.

Lui aussi, était convaincu que ce qu'ils faisaient était bien. Et nécessaire. Cela faisait trop longtemps que les tribus de Khurmag trempaient dans leur faiblesse. Mieux valait que ce soit leurs frères plutôt des daenars pour les forcer à se reprendre : eux sauraient s'arrêter bien avant que les choses dégénèrent.
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Meylan Lyrétoile
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Mer 12 Sep - 19:48
Irys : 865308
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
Et voilà, en une pique mal avisée, la jeune fille aux cheveux multicolores venait de détruire le semblant de calme que l'agent du Conseil avait peiné à rétablir. Au milieu d'une foule maintenant franchement remontée, peinée par la perte des siens et agacée par le moucheron qui les asticotait, Meylan n'en menait pas large, mais alors pas large du tout. Et le pire était qu'elle n'avait aucune voie de repli, coincée entre la foule en colère d'un côté et un mur en pierre trop lisse pour être escaladé de l'autre. C'était vraiment une bête manière de voir son aventure khurmagienne arriver à un terme prématuré.

Heureusement, une voix plus calme coupa net aux vociférations et, pour la première fois depuis le début de l'altercation, la foule se calma réellement. Qui que soit le nouveau-venu, la ménestrelle remercia silencieusement son Architecte tutélaire de l'avoir envoyé. Elle ne savait pas qui il était (un ancien local, probablement), mais sa présence venait de changer radicalement la donne. Là où l'agent du Conseil, un étranger, avait plus ou moins imposé le silence par l'autorité que lui conférait son titre, ce nouveau-venu jouissait d'un respect évident au sein du petit groupe de mécontents. Ils hésiteraient maintenant à deux fois avant de lancer une scéance de lynchage.

Au fur et à mesure de la tirade de l'aveugle, Meylan parvint à glaner les quelques petits bouts d'information qu'il lui fallait pour situer l'homme dans le puzzle que représentait cette étrange situation. Puzzle auquel il manquait d'ailleurs encore bien des pièces, mais elle pensait avoir saisi l'essentiel, ce qui était déjà un progrès.

Elle parvint de justesse à retenir un mouvement de recul quand une paire de mains s'approcha de son visage. Elle comprenait bien que les mains remplacent les yeux désormais inutiles de l'aveugle, mais elle avait tout de même été prise par surprise. Elle se tint immobile pour le laisser se faire une idée de ses traits, mais fut ravie que l'examen ne prenne pas trop de temps. Elle tenait à son espace personnel, mine de rien.

"Merci. Je comprends la souffrance des vôtres, j'aimerais simplement éviter d'être la prochaine à souffrir pour un crime que je n'ai pas commis."

Comme quoi, empathie et inquiétude pouvaient parfaitement cohabiter dans un même coeur. À fortiori un coeur de ménestrelle, puisque cette profession maniait les sentiments avec autant d'aisance que les mots.

Quand l'ancêtre passa aux suivants, emportant avec lui l'attention des badauds, Meylan laissa échapper un discret soupir de soulagement. Pour une fois, elle était ravie que les regards se portent ailleurs.

Enfin, la petite tournée de présentations (enfin, présentations...l'ancêtre n'avait toujours pas décliné son nom, probablement trop bien connu dans la ville pour en avoir besoin) prit fin. Et leur petite troupe avait gagné deux membres pour le prix d'un! Et pas n'importe qui, si les suppositions de Meylan étaient correctes. Le danger immédiat étant écarté, seule restait sa curiosité grandissante au sujet du mystère dans lequel elle nageait.

"Je ne vous serai d'aucun secours si nous croisons la route des ravisseurs, mais si mon aide peut vous être utile, elle vous est acquise, maître."

N'ayant qu'une vague idée de l'identité de l'ancien et des coutumes locales, elle avait choisi la solution de sécurité et repris le titre que lui avait donné l'adolescente qui l'accompagnait. Et, en parlant d'adolescente, l'autre venait de soulever une question qui trottinait aussi dans la tête de la ménestrelle. Bon, par contre, elle doutait que le fils du vieillard qui était de facto devenu leur guide ait l'âge de faire partie de la même génération que l'accolyte de ce même guide. Elle avait plutôt l'âge d'être sa petite-fille que sa fille. Bref.

"D'après ce que j'ai cru comprendre les relations entre votre peuple et celui de Zagash ne sont pas au beau fixe?"

Un sacré euphémisme, si l'un des camps en était à prendre des otages, et un euphémisme qui ne tromperait personne. Après avoir lancé cette hypothèse, elle se tut, laissant à l'ancêtre le silence qu'il lui fallait pour répondre à leurs questions.



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Lavryn & Khardi
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Dim 23 Sep - 14:31
Irys : 89982

Isayaar Choyr

Le vieillard marque une pause en périphérie du semblant de cercle formé par les locaux et les quelques étrangers présents. La main toujours en appui sur l'épaule de l'adolescente, il se contente alors d'attendre ceux qui souhaitent se joindre à lui. Il comptait davantage sur l'aide de ses compatriotes que sur celle des visiteurs pris à parti par ces derniers. Il s'interroge: doit-il accepter leur aide? Peut-il décemment les mener au devant du danger alors qu'ils ont déjà souffert de l'animosité ambiante?

Et pourtant Möchlog a doté chaque être vivant d'une volonté et d'une destinée propre. Comme tant d'autres, ces gens se contentent de suivre le scripte rédigé par la Chouette. Il ne peut remettre en question cette évidence. Et encore moins s'y opposer. Il accepte alors la généreuse proposition des étrangers d'un mouvement de la tête.
"Vous avez toute ma gratitude!" leur souffle-t-il. "Venez! Je contenterai votre curiosité bien légitime en chemin! C'est que nous avons de nombreuses lieues à parcourir. Et peut-être davantage encore..."
Leurs yeux lui seront bien utile. Il a pour lui la connaissance, l'expérience ainsi qu'un lien privilégié avec la personne responsable de tout ceci. Les étrangers, eux, remplaceront ce qu'il a perdu au fil des années: le courage, la fougue et l'énergie de la jeunesse. Oui, ce groupe hétéroclite a des chances de retrouver Bayaar. Et peut-être même d'arranger durablement les choses. Car Isayaar a su préserver son optimisme des affres du temps.
"Kr'ilda nous accompagnera, oui!" explique-t-il à la fille aux cheveux colorés. "N'ayez crainte, elle ne risque rien! Bayaar ne lui fera aucun mal!"
"C'est mon père!" ajoute l'adolescente sur un ton confiant. "Ou du moins, il l'était!"
"Mon fils a eu moins eu la présence d'esprit de lui épargner les ennuis qu'il a le don de s'attirer!" complète le vieillard
La tristesse se lit sur le visage de la femme en devenir. La pression de la main, rassurante, qu'exerce Isayaar sur son épaule ne change pas grand chose à cet état de fait. Percevant le trouble de l'adolescente et imaginant sans peine les larmes qui pourraient bien vite perler sur ses joues juvéniles, Isayaar se fait vite un devoir de poursuivre ses explications comme si elles pouvaient, à elles seules, chasser le ressenti parfaitement naturel de l'enfant. Inutile de trop s'attarder sur un passé qui évoque davantage de peines que de joies. Il se tourne alors vers l'artiste. Ou du moins, l'endroit où il estime qu'elle se trouve. Son regard vide se pose alors sur une jument proche et non sur la noiraude.
"De bonnes relationsa vec Zagash? Existe-t-il seulement une nation sensée qui souhaite en entretenir avec les serviteurs de Dalaï? Je soupçonne Suhury d'oeuvrer dans son seul intérêt et les autres territoires ont tous eu à souffrir de la véhémence des zagashiens..." commence-t-il avant que Kr'ilda ne l'oriente véritablement en direction de Meylan. "Ho, pardon! Quoi qu'il en soit n'ayez crainte, jeune fille! L'aide ne se manifeste pas uniquement à travers la lame d'une épée ou le sifflement d'une flèche. Votre maîtrise des mots sera tout aussi utile - si ce n'est plus - que vos éventuels talents martiaux. Si l'acier peut percer les cœurs, les mots peuvent toucher les âmes. Et c'est bel et bien l'âme de mon fils que nous partons quérir aujourd'hui!"
Le vieillard décoche un sourire entendu à la ménestrelle avant de reporter son attention sur l'artiste des cheveux. Ou, du moins, celle qui se décrit ainsi. Il convient maintenant de toucher au coeur du problème. L'affaire qui les réunit ne se limite pas à une bête opposition du bien et du mal. Les choses sont autrement plus complexes et la manichéisme est une illusion tout aussi traître que celles des adeptes de Khugatsaa.
"Il faut que vous compreniez que mon fils est, pour beaucoup, un héros. Ou du moins une personne qui agit dans l'intérêt des siens là où les autorités peuvent être jugées quelque peu laxistes. Il incarne une forme de... mal nécessaire?" explique-t-il. "Il est difficile de dire qui se trouve du bon côté de la balance. Davantage encore lorsque Zagash est dans l'équation..."
Zagash... Une nation qui invoque aujourd'hui la justice pour justifier leurs actes sur les villages environnants mais qui semble incapable de faire preuve de recul par rapport à ses propres actions. L'ironie de la chose est flagrante. Et motive sans doute nombre de khurmis à prendre le parti de Bayaar plutôt que celui de leurs envahissants voisins.
"Il n'est pas un brigand ordinaire! Lui et les siens se livrent à des actes... immoraux, j'en conviens. Mais ils partagent une partie de leurs prises avec les gens les plus démunis. C'est, à sa façon, un patriote!" poursuit-il. "L'ennui c'est que Zagash a décidé de se mêler des affaires internes de Khurmag. Avec la délicatesse qu'on leur connait, évidemment. Ils ont capturé des villageois pour forcer Bayaar à se rendre. Ce qu'il ne fera pas..."
Il en est parfaitement certain! En réalité Isayaar redoute la réaction de son fils. Serait-il capable de traverser la frontière pour s'en prendre aux villages de leurs voisins? Cela fait bien longtemps qu'il ne l'a pas vu! Et il n'est probablement plus le même que celui qu'il était alors. Quoi qu'il en soit le sang appelle le sang. C'est un cercle vicieux qui doit être brisé avant que tout ceci dégénère. Khurmag a déjà connu trop de guerres...
"Si vous avez d'autres questions, n'hésitez pas! Mais nous ferions mieux de nous mettre en route avant que la nuit ne tombe! Avec un peu de chance, nous atteindront le village d'Oestris avant la tombée de la nuit!" lâche-t-il. "je me charge des provisions! Avez-vous des montures? Si ce n'est pas le cas allez vous adresser à Ga'a'lika! Son écurie se trouve à la sortie de la ville. Dites-lui que vous venez de ma part et il vous fournira ce dont vous avez besoin! Kr'ilda et moi vous y retrouveront dans une petite heure! Nous avons... certaines choses à faire d'ici là!"
Il n'explicite pas davantage et leur adresse un dernier sourire avant de poursuivre sa route, maladroitement, avec l'adolescente. Seront-ils au rendez-vous? Il leur reste une dernière chance de changer d'avis et de retourner à leurs occupations respectives. Après quoi il sera probablement trop tard pour regretter l'aide que ce trio lui a généreusement apportée...
"Je veux les mêmes cheveux qu'elle!"
"Oui oui, nous en reparlerons!"
"Mais..."
"Kr'ilda... Tu ne crois pas que notre famille a déjà assez mauvaise réputation?"
Ah, les jeunes...


"Vous allez tous nous faire tuer!" protesta l'un des réfractaires.
"Nous n'avons pas fait le poids lorsqu'ils sont venus dans nos villages! Vous espérez pouvoir changer les choses alors que nous sommes entourés d'eau?" ajoute un second en désignant le fluide coulant contre les murs de leur cellule. "C'est de la folie!"
"La folie, ce serait d'attendre sans rien faire en espérant que les zagashiens tiennent parole! Ils vont de toute façon nous tuer!" conteste un autre. "On ne peut pas leur faire confiance!"
"Moi, je préfère mourir debout qu'à genoux, privé de ma liberté! Pas vous?"
La question à le mérite de ramener un semblant de calme au sein de l'assemblée de captifs. Des murmures continuent néanmoins de s'élever, trahissant nombre d'échanges entre les diverses personnes présentes. La question est épineuse et repose sur nombre de suppositions. Vaut-il mieux attendre et compter sur l'honneur des serviteurs de Dalaï? Partir du principe qu'ils seront de toute façon exécuter pour l'exemple et qu'ils ne perdent rien à se révolter? La mort semble la seule échappatoire possible. Mais le chemin pour l'atteindre, lui, diffèrent en fonction des opinions représentées.
"De toute façon nous allons le faire!" coupe un quadragénaire. "Vous n'avez qu'à nous regarder si ça vous chante! Lâches!"
"Vous nous condamnez!"
"Nous vous sauvons!" siffle-t-il, nuançant l'affirmation de la femme. "Comment pouvez-vous être aussi naïfs, vous autres?"
Le débat se réanime encore de longues minutes, chaque camp tentant d'imposer son poing de vue à l'autre. La violence est d'ailleurs sur le point de remplacer les mots lorsque le cliquetis caractéristique de la serrure annonce l'arrivée de leurs geôliers. Deux d'entres eux apparaissent dans l'embrasure de la porte. Et d'autres, probablement, sont masqués à la vue des prisonniers par les murs ruisselants qui les retiennent captifs.

Des regards sont échangés. Parfois réprobateurs, souvent décidé et de temps à autre suppliants. Mais la décision a été prise! Et peu importe si ce ne fut pas à la majorité. Les autres suivront le mouvement. Ou subiront les mêmes conséquences que ceux qui s'apprêtent à présent à sauter sur les soldats. L'entraînement a permis aux zagashiens de l'emporter sur le nombre. Mais en ces circonstances, la quantité pourrait avoir l'avantage sur la qualité. Du moins, c'est ce qu'espèrent les plus véhéments des khurmis.

Un signe de tête déclenche la révolte. Une poignée de prisonniers se ruent alors à l'assaut des guerriers de Dalaï. Ils sont imités par les réfractaires à qui ils n'ont guère laissé le choix. Advienne que pourra...
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Arianna Torricelli
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Lun 1 Oct - 1:49
Irys : 356585
Profession : Zélote, Soldat, Officier, Chasseuse, Nomade
My'trän +1
Les gardes furent complètement pris de court, car jamais ils n'auraient envisagé que leurs prisonniers - encore moins des khurmis - essaient de se rebeller. Ils avaient bien tenté pour la plupart de se défendre dans leurs villages, où ils pouvaient espérer avoir l'avantage du nombre et de la préparation. Mais ici...

Les prisonniers se trouvaient dans une des caves du monastère, réaménagée en dortoir de fortune pour l'occasion - seulement cinq lits pour tous, avec paillasses et couchages fournis pour compléter le reste. Ils étaient un peu plus d'une dizaine maintenant. Pas de grilles, pas de menottes, pas d'inconfort lié au manque de place non plus, seulement une porte beaucoup trop épaisse pour qu'aucun d'entre eux n'ait réussi à la faire seulement grincer. Leur salle était décemment éclairée par quatre puits de lumière, trop élevés et scellés par des vitraux opaques qui les empêchaient de deviner ce qu'il pouvait y avoir au dessus d'eux. Deux des murs de leur chambre, légèrement pentus, servaient également de supports à de petites cascades qui disparaissaient dans des glissières dans deux coins de la cave. Le cliquetis de l'eau, l'humidité ambiante, autant de choses tout à fait au goût des zagashiens qui incommodaient leurs captifs. Il ne faisait pas froid, pourtant. En fait, l'eau tiède réchauffait leur cave.

De ce qu'ils avaient constaté en y étant amenés, leur prison donnait sur un couloir ouvrant sur des établis et rangements divers, puis deux escaliers potentiels qui les ramèneraient dans le monastère. Là, ils auraient à composer avec le reste des résidants et de leurs invités avant de pouvoir espérer se sauver - si on ne les pourchassait pas. Et ils étaient très bien placés pour savoir qu'un nombre non négligeable de bénis de Dalaï et de gyerriers de tous poils pouvaient parfaitement puiser de l'eau dans la neige quand ils en avaient besoin.

Sachant tout ça, ils tentèrent une percée. Eux aussi avaient de bons atouts.

Un flash lumineux aveugla les six zagashiens, quatre faisant office de gardes, fussent-ils moines ou soldats, et deux autres ramenant le repas des prisonniers. L'explosion fut brève, mais bien assez violente pour que les captifs puissent leur bondir dessus. Les deux gardes les plus avancés se retrouvèrent acculés dos au sol, croulant chacun sous le poids de trois personnes qui s'empressèrent de les maîtriser. Ils eurent beau se débattre, ils n'y pouvaient rien - à part peut être puiser dans l'eau de la pièce pour lacérer furieusement ce qu'ils pouvaient atteindre de leurs agresseurs. Mais cela ne servit guère qu'à les faire souffrir et les exciter davantage - les khurmis animés par la peur et la douleur redoublèrent leurs efforts pour venir à bout de leurs geôliers furibonds, essayant tantôt de les étouffer ou de les assomer quitte à leur frapper le visage ou leur cogner le crâne contre le sol. Un des zagashiens parvint malgré tout à tirer un poignard de sa ceinture, et trancha brutalement dans la cuisse d'une de ses agresseurs - on lui bloqua le bras et lui explosa trois doigts pour lui faire lâcher prise, avant de lui asséner un coup de pied dans la mâchoire pour le contraindre à cesser.

En même temps, une troisième guerrière se retrouva l'arme en main à tenter de tenir à distance quatre autres fugitifs ; aucun d'eux ne souhaitait se frotter à sa hache, mais elle craignait un autre maléfice qu'elle serait incapable de contrer - elle n'était pas une mage entraînée, et le seul talent qu'elle avait était lié à Orshin.

-VOUS ALLEZ M'OBLIGER À VOUS TUER BANDE DE CONS. A L'AIDE, rugit-elle, ILS ESSAIENT DE S'ENFUIR! LES KHURMIS! LES PRISONNIERS S'ECH.

Mais sa voix s'estompa aussi sec, inaudible alors même qu'elle ne cessait de rugir en vidant ses poumons. La surprise l'étrangla, mais elle ne se laissa pas approcher par les fugitifs qui tentèrent de l'attaquer.

Il n'y avait plus un seul bruit dans le couloir, en dépit de l'action qui s'y tenait. Et ça, c'était du fait d'une villageoise qui venait d'étendre son influence sur toute la surface du couloir pour y étouffer le moindre son.

Quelques instants plus tard, elle se retrouva aspergée d'un long jet d'eau bouillante qui l'empêcha de maintenir sa magie - pas au point de la brûler, mais assez pour la rendre incapable de faire quoi que ce soit d'autre en la marquant à vif. Le quatrième garde, bien versé dans les arts de Dalaï, l'avait facilement identifiée à la masse de magie qu'elle déployait. Et maintenant, il érigeait d'autres rets de liquide pour aider son amie à contenir les khurmis.

Les deux derniers zagashiens avaient déjà fait volte face pour courir jusqu'à l'issue la plus proche ; ils enjambèrent les marchés trois par trois pour rejoindre les autres, et ramener de l'aide. Derrière eux, la cave se retrouva subitement enveloppée dans les ténèbres ; un artifice des bénis de Khugatsaa contre lequel ils ne pourraient pas grand chose si ce n'est batailler en aveugle.

Les deux fuyards ne s'attendaient pas à ce que ceux qui étaient restés derrière parviennent à prendre le dessus sur les illusionnistes. Et en effet, le dernier cri qu'ils entendirent était sans équivoque.

-ENFERMEZ NOUS!

Déjà, des bruits de pas précipités se faisaient entendre dans les escaliers - beaucoup trop de pas. Mais ceux-ci furent cueillis en haut des marches par une vague qui leur refusa le passage - juste avant qu'on ne scelle les portes dans un claquement sec.


*
* *
*


-Putaaaaiiiiiin, ils ont attendu ça pour se faire pousser des couilles. Que le reste de My'tra passe son temps à leur chier à la gueule, que les zoliens les traitent comme des mômes à garder sous leurs jupes, que les daenars se servent d'eux comme caniches, osef, mais faut que ça tombe dès que c'est les méchants zagashiens qui s'en mêlent. Donc on fait bien notre taff, hein?

L'homme s'appelait Sisto. Du clan Torricelli, de la tribu Nerassa. Il était de la même bande qu'Arianna, où il avait déjà eu l'occasion de s'illustrer comme à son habitude. Pas bien grand, pas armé, le my'tran aux boucles blondes n'en restait pas moins le plus caractéristique de tous les adeptes de Dalaï au sein de son clan : il suffisait de le voir sourire à pleines dents devant l'adversité offerte par leurs prisonniers, enchanté à l'idée d'avoir une nouvelle occasion d'exercer ses pouvoirs contre de vrais ennemis. Il adorait se battre comme plusieurs de ses pairs, et ne s'en cachait pas. Même maintenant, il se montrait tout heureux quand bien même il était dans l'attente de l'action à freiner ses ardeurs.

-Arianna?
-Prévenue, ils sont en train de la préparer.
-Erh.

Il grommela de déception. Elle mettait son armure. Ça allait prendre du temps, et il avait des doutes quant à l'intérêt de la chose. Malgré tout cela, il acceptait d'attendre et resterait à sa place ; il était enthousiaste mais aimait partager ces moments, en plus d'être paradoxalement doté d'une discipline toute propre aux soldats de Zagash et aux ordres monastiques. Il y a avait un temps pour les débordements, et il ne tarderait pas. D'ici là, il savourait les tressaillements d'impatience qui électrisaient son corps. L'adrénaline, et bien plus que ça. C'était dans l'atmosphère, la tension alentour.

-Je suppose qu'on va s'en charger tous les deux, non? Ou vous préférez qu'on leur déboule dessus à vingt?
-Je pense que tu vas y aller et qu'Arianna va te suivre pour s'assurer que tu ne les tues pas tous, plutôt, retoqua un soldat sur un ton amusé.
-Rhooo, tout de suite. Hahaha. Mais non, ce sont des petits khurmis. Encore que on dit ça et on voit ce qui se passe. Je devrais plutôt leur faire l'honneur de les prendre au sérieux et y aller à fond, non?
-Ca veut dire les tuer tous d'un coup et on en parle plus?
-Ouais.
-...
- Je confirme que c'est un très mauvais plan.
On a quelque chose ou quelqu'un contre leurs illusions?
-Personne ici n'a de talent de Khugatsaa, précisa l'un des moines.
-Bon. Nous avons deux gars qui versent là dedans, mais... Sodnol?
-Je dois pouvoir. Mais je suis plus à l'aise pour ce qui est du mental que des effets d'optique. Et il semblerait qu'ils versent plus là dedans. Les ténèbres, les flashs...
-Uiiiiiiiii. Lehran?
-Ils sont meilleurs que moi. Je pourrais peut être les gêner. Peut être. Mais je préférerais qu'on ne se repose pas dessus.
-Guuuh. Bon, au moins on a des Orshins.

Ce qui était de très loin le moyen préféré des Nerassa pour venir à bout des artifices khurmis. D'expérience, ils savaient que les illusionnistes affectaient beaucoup plus facilement les humains que les bêtes - en partie car les sens animaux étaient souvent bien plus développés que les leurs, mais aussi car leur esprit n'était pas du tout le même, et par manque d'entraînement sur les animaux. Les échanges permanents qui se tenaient entre les belluaires et leurs protégés leur permettaient de se tirer mutuellement des pièges qu'on leur tendait, et ils pouvaient recouper leurs esprits - être à deux dans un corps - pour contrer conjointement une intrusion mentale. Mais ça, ce ne serait jamais dans ses cordes ; et Arianna, qui se retrouvait pourtant volontiers dans les lois du tisseur, n'en retirait aucun don. Heureusement, leur groupe les complétait. Nul n'était inutile.

-Désolée pour le temps, annonça Arianna en les rejoignant. Du nouveau là dessous?
-Un moine a insisté pour qu'on le laisse descendre pour qu'il gère les blessés. Guérisseur de Mochlog. J'ai dit oui. En précisant qu'on ne pourrai y pas le laisser remonter. Il savait.
-Ça me va. Courageux de sa part. J'espère que ça va bien.
-Je ne pense pas que nos gars se soient faits trucider, dit Sisto avec plus de nonchalance que ce qu'il ressentait vraiment. Ça serait vraiment sale en tout cas, si c'est le cas.
-Ils se seront laissés faire plutôt que de prendre le risque de mourir s'ils ne peuvent pas y arriver, raisonna la my'tranne.

N'importe quel guerrier savait lâcher l'affaire quand il ne pouvait gagner. En particulier pour des conflits my'trans. La culture de la rançon était très développée parmi les zagashiens et leurs voisins, ce qui était mille fois plus préférable que les appels du sang. C'est à ça, qu'elle faisait référence.

-Ouais. En espérant que les khurmis auront pas trop craqué par dessus. Sinon on les bute tous.
-Oui. Enfin non. Enfin...

Arianna posa une main sur son casque, contrariée, sans savoir quoi répondre. Les khurmis. Ce qui l'énervait le plus, c'est qu'ils les avaient traité bien mieux qu'elle-même n'avait jamais été traitée en se retrouvant captive d'une autre tribu après une escarmouche tournée en sa défaveur. Et qu'elle était allée piocher dans les meilleurs fromages des caves du monastère pour agrémenter le riz et le bouillon de légumes qui devaient faire office de repas aux prisonniers. Ils avaient même pris la peine de faire dorer les tubercules avant de les mettre dans le bouillon. Et ils crachaient sur ça? Et s'attaquaient à eux?

-Au fait, je me demandais si on ferait pas mieux de les laisser s'échapper, nos khurmis.
-Hein?

Elle le regarda de travers... et il explosa de rire. Sisto. Qui n'était pas vraiment réputé pour son sens de l'humour, malgré son enthousiasme. Et surtout, qui n'avait rien d'un pacifiste adepte des compromis, loin de là. C'était généralement Arianna, pourtant elle même ridiculement tranchée sur ses positions, qui devait le tempérait dans ce genre de moments. Et là, il proposait littéralement de résoudre le problème en laissant les captifs s'échapper tranquillement. Ils les laisseraient faire. Impossible.

-Regarde, rigola-t-il avant de se reprendre. Regarde ce qu'on fait. Les khurmis sont faibles et passifs. On cherche à les provoquer en leur rentrant dedans pour obtenir une réaction et les inciter à montrer les dents quand ils se retrouvent devant l'adversité. Est-ce que ça ne serait pas une bonne chose de leur permettre de constater qu'ils peuvent obtenir ce qu'ils veulent quand ils se donnent la peine de se battre? Et qu'ils feraient mieux d'essayer plus souvent au lieu de faire les autruches et se terrer dans leur coin en priant pour que le monde leur tape pas dessus trop fort? Est-ce que ça ne serait pas beaucoup mieux que de les écraser pour achever de les convaincre qu'ils sont juste bons à rien et qu'ils ont raison de renoncer, d'abandonner tout le temps? Il leur faut du courage, de la ténacité. Et de la motivation. Les vertus de Dalaï s'entretiennent beaucoup plus facilement quand on les a déjà, et qu'on peut les soutenir sur un passé concret. Il leur faut un succès. Une bonne expérience. C'est le message qu'on veut faire passer, non?
-Tu es... complètement malade, répondit Arianna.
-Je suis un moine-guerrier de Kereeh, résuma-t-il simplement. J'ai appris beaucoup de choses dans les ordres pendant que tu faisais tes écailles à Shuren. Les gars là bas sont plus contemplatifs, et vachement moins pragmatiques - la faute à leurs vieux grigous qui passent plus de temps à regarder l'océan qu'à se frotter au reste de My'tra. Mais ils en ont là dedans, et je me dis que ça serait pas mal de virer dans leur genre, moi aussi, un de ces jours.
-T'as l'air bien parti pour.

Elle le pensait vraiment. Et ça l'impressionnait. Ils étaient du même clan, de la même tranche d'âge, avaient grandis ensemble à quelques périodes près ; en tout cas, ils avaient suivi les enseignements des mêmes précepteurs pendant les trois quarts de leur jeunesse. Et toujours, il avait été le gamin turbulent, le chien fou qu'on ne cessait de devoir réfréner. Mais depuis son passage dans les ordres de Dalaï... non, même depuis, il n'avait pas vraiment été un modèle de sagesse. De ce qu'on pouvait voir de l'avant et de l'après, c'était surtout ses pouvoirs qui s'étaient amplifiés au même titre que ses excès de coups de sang - son impulsivité. Il avait épousé la culture rituelle de Dalaï dans la plus pure de ses formes. Alors, le voir prêcher comme ça sur un ton de logique intuitive, c'était...

-Je suis en train de me demander si tu n'es pas un khurmi déguisé qui chercherait à nous convaincre de laisser ses frères s'échapper, commenta Arianna.
-Je te jure que je me suis posé la même question avant de proposer, hahaha. Non, à priori je suis moi et personne ne fait mumuse dans mon crâne.
-...
-On peut être zagashien et rechercher la sagesse quand on veut, nan? J'veux dire, si on commence nous mêmes à croire aux clichés qui tournent sur nous, on est pas dans la merde.
-Je ne dis pas, mais là on parle de toi, pas du zagashien de base.
-Jeeeee... sais pas comment j'dois le prendre, subitement.
Hahaha haha.

Elle ne répondit pas. Ce qu'il proposait était... complètement tordu. Déplacé. Hors de propos. Peut être même dangereux. Et puis faux, en fin de compte. Ça allait à l'encontre de ce qu'ils venaient faire.

-Sisto. Nous venons faire pression sur Bayaar et sa bande pour qu'ils se rendent. C'est pour ça qu'on attaque les villages de sa région. Pas pour autre chose.
-Ouais, ouais. On est d'accord qu'on va libérer douze gus et que ça pèsera rien pour la quinzaine qui sont déjà à Nalan et pour le fait qu'on va continuer à roder dans le coin encore un petit moment, hein?
-En effet.
-Et puis moi je me souviens surtout que tu faisais bien exprès d'être odieuse chez les Choyr pour les inciter à se battre et défendre leur gras. Qu'ils écoutent leur colère et assument leur envie de nous casser la gueule jusqu'au bout. Et c'était bien, rajouta-t-il. Mais du coup... si on les déboite à chaque fois, est-ce que c'est utile?
-Sisto, répéta-t-elle pour marquer ses mots. Qu'est ce que tu veux qu'on fasse? Qu'on les laisse partir librement en leur annonçant qu'ils nous ont impressionné et qu'ils méritent une récompense? Parce que c'est la seule chose que je me verrais faire. Il est hors de question qu'on fasse semblant de se battre et qu'on les laisse gagner. Ça serait encore... une illusion. Et ce pays s'en inflige beaucoup trop pour qu'on en rajoute une couche.
-Euh... pas faux, ouais. Du coup... vraiment les libérer?
-Tu nous verrais faire ça?
-Boah, on les brusque un moment pour leur montrer que c'est nous les patrons, mais après... on peut leur faire la leçon et les laisser partir, ouais?
-Je ne sais pas pourquoi je me laisse attirer par tout ça. C'est tellement...

Tentant. Mais irréel. Sur le principe, le déroulement lui plaisait. Sur la forme... il faudrait faire bien mieux. Il était hors de question qu'il y ait le moindre doute sur le fait que les khurmis étaient faibles et inférieurs, même si plein d'artifices. Qu'ils devaient progresser. Et s'ils récompensaient leur bravoure, ils le feraient en louant les valeurs de Dalaï, pas autrement. Sûrement pas en donnant l'impression de prendre les khurmis en pitié, non plus. Mais faire un choix pareil... elle ne le ferait pas seule. Ils ne le feraient pas à deux, non plus. Ils devraient se concerter avec d'autres de leur groupe, qui assistaient jusque là à leur échange sans savoir dans quel voie se pencher, ainsi qu'avec les plus avisés des résidents du monastère - pas un seul de présent. Pour le moment, ils avaient des prisonniers à mater et des frères à secourir. Ca ne pouvait pas attendre. Le reste plus tard.

C'est ce qu'elle décida, et expliqua à tous ses guerriers. Pas un seul ne protesta. Pas même Sisto, qui accueillit la réponse en s'en félicitant et se positionna parmi les premiers à aller au devant des captifs. Mais devant lui, il y avait Arianna. Peu importe les circonstances, elle était porte parole de leur groupe.

Ils ouvrirent la porte qui donnait sur le refuge des khurmis. Rien de spécial ne se présentait devant eux. Pas une âme, pas un bruit. La my'tranne se retrouva obligée de prendre une décision. Leur demander de monter, quitte à prendre le risque qu'un mage invisible ne se faufile parmi eux... ou descendre et tomber sur dieu seul savait quoi qu'on pouvait leur tendre. Mais ce n'était pas vraiment un dilemme. Elle était zagashienne. Bien sûr qu'elle décida de descendre. Peu importe le risque, c'était le plus efficace.

-Khurmis. Nous arrivons. Nous ne vous ferons pas de mal si vous vous laissez faire. Nous ne vous tuerons pas si vous vous défendez. Et je ne réponds de rien si un de nos frères est mort.

Avec ça, la couleur était annoncée. À voir ce qui se passerait.
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Tiha Ludost
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Sam 10 Nov - 20:05
Irys : 173756
My'trän +2 ~ Zolios
Une fois en mouvement, des mystères commencèrent à être élucidé. Le premier d’entre eux étant la filiation de Kr’ilda avec le fauteur de trouble. De façon inattendue, les mots que prononcèrent l’adolescente refléta exactement les sentiments que Tiha avait pour sa famille, ses deux parents. Certes, son propre père n’était pas perçu comme un criminel, mais elle l’avait renié de la même façon pour son bien. C’était la seule manière viable de vivre sa vie, elle en était convaincue. Autrement, elle ne se trouverait pas ici, dans une ville étrangère pour refaire sa vie loin des siens. Pour se construire une identité qui lui était propre.

C’était au cœur de ses préoccupations, avant même sa fugue d’il n’y a pas si longtemps. Toujours présent au détour d’une pensée ou en arrière fond. Pourtant elle ne souhaita pas profiter de la présence de la jeune fille pour discuter de leur situation. Cette idée ne lui vint même pas. Troublée comme elle l’était par cette coïncidence frappante. Au contraire, elle se terra dans un mutisme rare, ignorant les mots échangés entre la femme aux cheveux bouclés et le sage. Elle n’était pas la seule que les Architectes avaient mis dans la mauvaise famille. Un léger poids qu’elle ignorait présent jusqu’à maintenant, se leva de sa poitrine. Elle avait peut-être paru si sûre d’elle avec Finn et avait tenté de lui remonter le morale, d’assurer que tout était possible, elle n’avait pas moins un léger malaise enfuie au fond d’elle. Ses intentions n’avaient pas été feintes, pas plus que son enthousiasme, à aucun moment elle n’avait menti. C’était plus compliqué, elle qui se pensait si simple.

Les mots du khurmis recommencèrent à l’atteindre lorsqu’il parla du brigand extraordinaire. S’il n’y avait eu Kr’ilda, sûrement que Tiha aurait ressenti de l’admiration face aux actions de Bayaar. C’était typiquement le genre de choses qui entraient dans les actions dont elle avait parlé avec Finn. Sauf que dans l’histoire, ils n’avaient pas envisagé de personne comme Kr’ilda, ou elle-même. Mais était-ce vraiment un mal ? C’était peut-être grâce à leur séparation qu’elles trouveraient leur voie. Du coup, elle pouvait quand même trouver bien les actions de ce type ?

Des questions, elle en avait plein, mais aucune qu’elle souhaitait partagé. Le mouvement lui ferait du bien. La fugueuse était contente de pouvoir enfin se mettre en route, de faire quelque chose. L’excitation de nouveau là pour balayer ses réflexions encombrantes. Bien sûr, elle fit partager son état d’esprit à la femme restante alors que le duo s’éloignait.

« J’ai une monture ! Elle pourra nous porter toutes les deux sans problème. C’est un salkhi, tu en as déjà vu ? Ça va vite, j’espère que Kr’ilda et son papy pourront suivre… »

Sans vraiment laisser l’occasion à la brune de s’exprimer, ou attendre de réponse, elle parla avec entrain tout en marchant. Ses pas menaient bien sûr à l’auberge où elle avait laissé son compagnon. Juste en face de la boutique de son seul ami en ville. Elle devrait d’ailleurs lui laisser un mot pour pas qu’il s’inquiète. Normalement, ils devaient passer la soirée ensemble. Enfin, il comprendrait. Dommage qu’il soit obligé de travailler sinon, elle l’aurait embarqué. Plus il y a de monde, plus on s’amuse !

« D’ailleurs, une fois qu’on l’aura récupéré on sera au point de rendez-vous en un rien de temps ! Tu veux poser des choses à mon auberge ? Il y a quoi dans la sacoche à ton épaule ? Tu connais vraiment pas ces gens au fait ? » 
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