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Chroniques d'Irydaë
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 Les méchants Zagashiens

Arianna Torricelli
avatar
Sam 28 Avr - 23:40
Irys : 143970
Profession : Zélote, Soldat, Officier, Chasseuse, Nomade
My'trän +1
-Des hommes en armes qui approchent par le Nord. Ils sont très lourdement armés, Leyron. Une dizaine en tout.
-Merde. Qu'est-ce que l'on sait sur eux?
-Ils voyagent à pied, la majorité portent des insignes aux armoiries de Zagash. Et des talismans à l'image de Dalaï, Khugatsaa et Mochlog, de ce que j'ai pu voir. Plus quelques autres. Mais Dalaï essentiellement.
-Putain de merde, rectifia le gharyn en sortant de sa case. On avait besoin de ça. Rassemblez les mages, les guerriers, et dîtes-leur de s'équiper. Est-ce qu'ils nous voient?
-Pas encore, ils sont en contrebas de la colline. Ils seront là d'ici un quart d'heure.
-Prévenez Mara et dîtes lui de venir si elle peut se le permettre. Informez-en aussi Naelwyn et... si les architectes ont quoi que ce soit à nous conseiller, je suis preneur.
-Euh... oui, chef.

Il n'en fallut pas plus pour que tout le village s'agite et se mette en branle, chacun s'affairant dans la neige pour mettre fin à ses activités le plus proprement possible avant de regagner sa chaumière. Bois, récoltes, bétail, enfants, les paysans n'avaient que dix minutes. Dans le même temps, ceux qui savaient manier les armes ou la magie s'équipaient de leur mieux en préparation de la venue des zagashiens. D'expérience, ils savaient que leurs voisins du nord ne s'intéressaient jamais à eux sans raison, et que celles-ci étaient rarement innocentes. En ce qui concernait Leyron, gharyn de cette petite communauté, leur venue était à peine moins désagréable que celle d'une bande de brigands qui viendraient pour piller le peu qu'il y avait à prendre. La seule différence étant que les uns prenaient ce qu'ils voulaient en ayant recours à la force, tandis que les autres se contentaient de faire usage d'une autre forme de violence. Celle du nombre, de la malice, de l'intimidation, peu importe. Face à ça, sa lourde hache et son armure de cuir pesaient déjà moins lourd.

Malgré cela, les Khurmis avaient préparé un comité d'accueil digne de ce nom pour les nouveaux arrivants. Une quinzaine de villageois armés de fourches et de haches, autant de frondeurs et d'archers, même une poignée de hallebardes et d'arbalétriers... et surtout, leur cavalière et son inséparable dragon aux écailles iridescentes, pour la plupart dotées de reflets vermeil qui rendaient vers le vert en leur base - le tout sous une solide protection de cuir. Paré d'une selle et d'un genre de couverture en fourrure ridicule pour lui permettre de supporter le climat de Khurmag, l'animal se montrait étonnamment calme pour un lézard perdu dans une toundra glaciale. Au moins, il ne neigeait pas aujourd'hui – le printemps était bien avancé. C'était peut-être ça.

En face d'eux, les nomades de passage, militaires à n'en pas douter, arrivaient aux portes de leur village. Leurs tenues, leur pas sûr révélaient qu'ils avaient l'expérience d'un terrain enneigé. Et leurs armes provenaient sans aucun doute possible de Nalan, confirmant les soupçons des locaux. Malgré cela, leur groupe était un assemblage hétéroclite où pas deux soldats ne se ressemblaient. Certains se démarquaient par le port d'une arme inhabituelle, d'autres par la présence d'un familier pas toujours très à l'aise sous ce climat gelé. Deux hommes sortaient du lot en ce qu'ils ne portaient pas d'armes ni la moindre pièce d'équipement sur eux - soit des hommes de soutien, soit des mages plus puissants. Ce fut pourtant une toute autre personne, une femme -une silhouette de femme du moins- vêtue d'une épaisse armure et d'une cape de fourrure qui s'avança jusqu'à Leyron, suffisamment mis en valeur pour qu'on voit qu'il était le chef ici. Arianna ne montra pas la moindre hésitation face à aucun des hommes en armes du village, encore moins au dragon. Elle les salua néanmoins d'un bref signe de tête en passant devant eux.

-Bonjour, commença Leyron en essayant malgré tout de faire honneur à la diplomatie Khurmi. Je me présente, Leyron, gharyn de la tribu des Choyr, et vous souhaite la bienvenue dans notre humble village. Pouvons-nous savoir qui...
-Vous n'avez rien à craindre de nous, nous ne vous souhaitons pas le moindre mal, précisa la Nerassa d'un ton sans équivoque. Nous ne venons pas non plus pour demander ou abuser de votre hospitalité, nous avons ce qu’il nous faut. C'est même tout le contraire. Je m’appelle Arianna, du clan Torricelli, de la tribu Nerassa. Mes frères et moi avons été envoyés par Nalan pour éliminer plusieurs groupes de brigands qui sévissent dans la région. Tous de bandes différentes, certains étant khurmis, d’autres juste de passage. Et nous souhaitons obtenir votre aide pour pouvoir les retrouver… ou à défaut, les contraindre à se révéler.

L'homme la considéra un moment, sans trop savoir quelle idée se faire d'elle. Les zagashiens étaient strictement imprévisibles, et pouvaient tout à fait être convaincus de ne leur vouloir que du bien pour finalement repartir après avoir mis à sac plusieurs de leurs maisons, soit parce qu'il s'agissait de leur plan initial, soit parce que l'un d'eux avait subi une quelconque contrariété durant l'échange. Il devait se méfier. Sans savoir ce qu’ils attendaient d’eux, c’était juste…

-Pourquoi est-ce que Nalan se préoccupe de ça?
-Parce que Reoni et Variel ne le font pas, essentiellement. Nous... nous n'avons pas directement de raison de nous charger d'eux. La plupart de ces groupes prennent soin de ne jamais s'en prendre à quoi que ce soit qui touche de près ou de loin à notre territoire. Ils ne veulent absolument pas attirer notre attention sur eux. Ils ne cherchent qu'à ponctionner des voyageurs incapables de se défendre et... à ne pas laisser de traces sur leur passage. D’une manière ou d’une autre. Si je parle des noms de Fey'nal, Aylia, Strathöln...
-Strathöln est une daenar, fit remarquer le gharyn. Mercenaires et pillards.
-Oui, nous avons remarqué. Un peu tard, mais tant pis. Maintenant, nous savons précisément ce que l’on peut ou ne peut pas se permettre contre des armes à feu. Et nos deux guérisseurs ont pu voir ce qu’infligent leur blessures… et comment les guérir.
-...
-Sisto, s'il te plaît. Montre-leur.

Un autre my'tran avança jusqu'à eux. Un des mages, justement. Blond, pas bien grand, mais arborant un air amusé qui trahissait un caractère probablement insupportable quand il prenait ses aises. Lui ne portait qu'une épaisse tenue de cuir et de fourrure renforcée ça et là par des plaques d'écailles reptiliennes - un genre de crocodile ou de dragon des mers, vu leur taille et le soin avec lequel elles avaient été assemblées, et des bottes du même acabit. Aucune arme, mais une quantité d'amulettes et d'idoles toutes dédiées à la Raie qui révélaient vers qui se tournait le principal de sa dévotion. Un regard averti aurait pu reconnaître à quelques-uns de ses grigris que Sisto appartenait aux ordres de moines-guerriers de la province de Kereeh, où le culte de Dalaï atteignait facilement des sommets compte tenu des folies qu’avaient accompli ses fidèles pour ériger des monuments prodigieux à sa gloire. Mais pas un d'eux ne l'était, averti, et tous furent distraits par le sac de toile brune qu'il présenta à Leyron.

Grand ouvert.

Avec dedans, la tête décapitée d'une femme, qui avait sûrement été magnifique il y a moins d'une semaine. Brune, le teint pâle, la mâchoire explosée et les pommettes ouvertes, il n'y avait plus grand chose à en dire, si ce n'est que le sac empestait la charnière. Pour renforcer son propos, un autre my'tran leur présenta également une paire de lunettes, quelques balles faîtes de magilithe et une poignée de babioles toutes originaires du grand Est - Skingrad, mais personne ne pouvait le savoir. Plus de preuves qu’il n’en fallait pour témoigner de leur rencontre avec ces mercenaires d’infortune, qui se livraient facilement au pillage quand ça les arrangeait.

La bande de Strathöln n'était plus, et ce depuis deux jours.

-Nous avons décidé d'assainir la région, poursuivit la guerrière. Jusque là, nous sommes bien partis. Mais nous aurons besoin de votre aide pour ça. Les brigands sont ce qu'ils sont, ils ne produisent rien. Ils ont besoin de manger, de se faire des réserves, d'acheter de temps en temps, ils ne peuvent pas tout trouver dans la nature, dans Khurmag. Ils achètent dans le coin, forcément. Dans des villages comme le vôtre. C'est ce qui nous intéresse.

Ah, songèrent les villageois. Voilà qui était autre chose. Forcément, ils avaient une raison de venir remuer par chez eux. Et elle s’en approchait. Qu'est ce qu'elle allait dire? Les échanges allaient bon train parmi les télépathes qui se trouvaient dans le groupe - c'était un don assez répandu parmi les khurmis, après tout. Et parmi eux, un "traducteur" se chargeait de partager le gros de leurs échanges, ou tout du moins leurs conclusions, aux moins favorisés de Khugatsaa. Bien que d'un calme exemplaire en apparence, les résidents se livraient à une véritable cacophonie d'échanges qu'il était difficile d'appréhender quand on n'était pas natif d'une de ces communautés.

-Je ne dis pas que vous collaborez activement avec des criminels, poursuivit Torricelli. Je sais que parfois, ce ne sont que des voyageurs comme les autres qui viennent vous voir. Ou qu'ils ne vous mettent pas en position de pouvoir refuser quoi que ce soit. Et que commercer est une façon de se protéger comme les autres. On ne peut pas vous reprocher de protéger vos familles. On peut juste vous reprocher d'être faibles, même si la faute en revient davantage à vos grands protecteurs.

Le gharyn hésita. Une insulte, même pas voilée sous la forme d’un quelconque argument. Elle voulait les faire réagir par sa provocation… mais pour quoi faire ? Il ne s’insurgerait pas, forcément. Seuls les crétins feraient une chose pareille. Un avis que ses frères approuvèrent à l'unanimité dans leur conciliabule mental. Des crétins, ou… des zagashiens, particulièrement à fleur de peau lorsque l’on malmenait leur fierté. Ils pensaient certainement que tout le monde était aussi arrogants qu'eux. Ou plutôt, que tout le monde devrait l'être. Ils étaient tous malades. Et aussi dangereux.

-Nous pouvons tout à fait nous défendre contre quiconque essaierait de nous menacer, esquiva Leyron. Les brigands ne nous gênent que rarement, heureusement. Notre communauté vit simplement, et n’a pas les moyens d’amasser de quoi les intéresser. Je pense que vous devriez vous rapprocher de Variel, ou au moins de villages plus au sud, pour trouver quelque chose. Rien qu’au-delà de ces collines, le clan des Dudzen…
-Nous cherchons également à mettre fin aux actions de Bayaar Choyr, et de la bande qui s’est formée autour de lui. Et en ce qui le concerne, nous sommes absolument certains que vous l’aidez et le ravitaillez. Activement, régulièrement, et de votre plein gré. Ca ne peut pas durer.

Ah. Merde, en effet, songea le gharyn. Maintenant, ils y étaient jusqu’au cou. C'était ça, qui les faisaient venir.

-Vous devez le connaître puisqu’il est de votre tribu. Bayaar est un excellent illusionniste. Et un mage très prudent. Nous ne pourrons jamais l’attraper. Et il est populaire… une si belle figure. Un brillant résistant au grand cœur au service des khurmis, apportant son aide à qui de droit dans les temps difficiles, et qui brille tout particulièrement dans les efforts qu’il fournit pour s’opposer... aux oppresseurs du nord qui ne font qu’empiéter sur les frontières du sanctuaire sacré de Kughatsaa, se taillant la part belle dans ces terres enchanteresses au détriment de vos frères. Ces infâmes zagashiens de malheur, toujours là pour s'adonner au pire. N'est-ce pas?

Les pieds dans le plat, sans aucun doute possible. Les fidèles de Dalaï avaient le mérite de ne pas mentir sur leurs intentions, on pouvait au moins leur accorder ca. Mais au ton qu'elle adoptait, il était impossible de savoir si elle les menaçait, se moquait d'eux, ou faisait preuve d'une forme d'autodérision - ou de malfaisance assumée - extrêmement perturbante. Les seuls éléments susceptibles de les rassurer furent les éclats de rires et autres visages amusés qui s'élevèrent ça et là dans les rangs des zagashiens. Ce qui, au final, ne les rassurait pas du tout. Et toujours pince-sans-rire, la guerrière continua:

-Bayaar a eu la mauvaise idée d’interrompre trop de convois marchands au cours de ces derniers mois. Tant et si bien que Nalan souhaite maintenant l’arrêter. Et pour ça… eh bien, nous ferons ce qu’il faut.
-Vous commettez une erreur, et je sens que vous allez en commettre une seconde, beaucoup plus grosse, commença Leyron. Vous ne trouverez rien ici, il ne se cache pas là. Bayaar n’est plus des nôtres. Il nous a quittés il y a des années pour aller vivre sa vie. Et il prend soin de ne pas revenir, précisément pour que nous restions en paix. Il savait ce qu'il faisait quand il a fait son choix. Il n'est plus le bienvenu.
-Mais son fils est ici, trancha la Nerassa. Et nous sommes convaincus qu’il vous rend des visites régulières pour reprendre des vivres, peu importe ce que vous en direz. A vous et à bien d’autres villages de la région. Les flèches qu’il utilise sont assemblées à partir de corne d’Erch travaillées à la râpe, ce qui est justement une spécialité des artisans des Dudzen. D’autres groupes vont leur rendre une visite pour leur demander de cesser de lui vendre des armes et des vivres, d’une manière ou d’une autre. En leur permettant de fonctionner comme ils le font, vous les soutenez à votre niveau. Et vous le savez parfaitement. Nous ne le tolèrerons pas.

L'atmosphère s'était brutalement alourdie d'une tension presque palpable, et les rangs des khurmis s'étaient resserrés au cours de ces derniers échanges. Dans la trentaine de guerriers et mages Choyr ainsi réunis autour des zagashiens, tous semblaient prêts à agir, certain sondant les intentions superficielles qu'ils pouvaient effeuiller dans leurs esprits, d'autres s'affairant à rendre leur groupe plus important qu'il ne l'était vraiment. Quoi qui soit préparé, ils devaient l'empêcher maintenant.

Mais tout ça... il s'agissait de choses que les zagashiens attendaient de leur part. Ils savaient ce qu'ils faisaient. À leur yeux, la politesse n'était qu'une forme de tromperie, tout particulièrement de la part d'un khurmi - et ils ne comptaient pas s'attarder sur ce terrain qui n'était pas le leur.

-Pour votre information, déclara-t-elle en haussant le ton pour s'adresser à tous. Je me doute que vos frères et vous ne vous privez pas d’échanger abondamment sur tout ce que je vous dis en ce moment. Ne serait-ce que pour vous organiser. Vous avez plusieurs télépathes parmi vous. Ce qui explique pourquoi vous restez aussi tranquilles malgré notre présence. Ce qui explique pourquoi j'ai tant de mal à rester concentrée sur ce que je regarde dans vos rangs alors même que je connais vos pouvoirs et que je m'efforce d'y faire attention. Et c'est très fatigant. Je vais donc être claire. Nous sommes venus prendre le fils de Bayaar comme prisonnier à monnayer contre la reddition de Bayaar et de ses lieutenants. S'il n'est pas là, nous prendrons trois d'entre vous comme prisonniers pour faire monnaie d'échange - des guerriers et des mages, dans vos rangs. Il ne vous sera fait aucun mal, mais vous resterez cantonnés aux casernes de Nalan. Si au bout de cinq jours, il ne se livre pas, nous reviendrons pour prendre trois autres captifs. Et ainsi de suite, tant que nous n'aurons pas eu le fils... ou le père.
-Je refuse! Nous ne vous laisserons pas faire.
-Nous ne vous laissons pas le choix.
-Vous êtes folle, asséna le gharyn. Je ne vois pas quoi vous dire. Vous êtes complètement fous. Nous nous attendions à ce que vous... j'en sais rien. Même que vous nous attaquiez, sans raison. Mais ça...
- Je vous ai expliqué nos raisons. Vous savez ce que vous faîtes. Vous savez ce que nous faisons en retour. Il n'y a rien d'autre à dire.
-Non. Vous n'êtes pas en position d'exiger quoi que ce soit, zagashiens.
-Il me semble que si.
-Pas ici. Vous ne faîtes pas le poids.

Cette fois, les khurmis manœuvrèrent d'un seul coup, encerclant complètement les zagashiens en une poignée de secondes. Les fervents de Dalaï n'étaient que onze. Autour d'eux, plus du triple de Choyr- peut être trente-cinq. Dont une dragonnière chevauchant un reptile qui se montrait de plus en plus excité.

-Bien. Vous êtes sûrs de vouloir nous combattre, donc.
-Non. Nous ne le souhaitons pas.
-Vous mentez. Vous rêvez de nous faire mordre la poussière. Vous en mourrez d'envie.

Tous les membres de la bande de Nalan s'étaient positionnés en même temps que les Choyr l'avaient fait. Chacun d'entre eux, à sa manière, se tenait prêt à sortir ses griffes. Et même en l'absence d'eau, la neige aux alentours vibrait déjà sous l'effet des emprises superposées des cinq mages de Dalaï qui formaient la moitié de la troupe. Sur une trentaine de mètres, soit bien plus que la place de village dans laquelle ils se tenaient.

-Première question, dans ce cas. Votre dragonnière... son dragon. Est-ce que c'est un vrai?
-Ha. Vous voulez vérifier?
-J'ai déjà mon avis sur le sujet. Et je pense que mes frères ont le même. Ce ne sera pas nécessaire.

L’animal siffla et gratta le sol, comme offensé par l’insulte que lui faisait l’arrivante. Plusieurs zagashiens s’en amusèrent grandement, échangeant à nouveau des sourires et quelques bravades à l’attention du reptile et de sa cavalière, l’invitant presque à leur montrer qu’ils se trompaient sur son compte. Ils en riaient d'avance. Elle n’en fit rien, pourtant. Et eux ne semblaient pas avoir l’intention de vérifier, pas même qu’ils ne cherchaient à savoir si les arcs, les hallebardes et les arbalètes que possédaient les protecteurs de ce village étaient factices ou factuelles. Dans très peu de temps, les khurmis feraient face à la dure vérité, et à l'étendue de leur faiblesse. Dragon ou pas, ça ne changerait rien.

-Sodnol, demanda-t-elle à l'un des siens sans se retourner. Puisque c'est ton domaine, j'ai une autre question. Combien y avait-il de khurmis au début?
-Quinze, répondit leur adepte des illusions.
-Mmmh. J'aurais dit un peu moins de trente.
-Quinze, confirma une autre my'tranne, qui avait elle aussi prit soin de retenir ce nombre en se le répétant inlassablement depuis le début.
-Eh. Vous êtes doués, s'amusa Arianna à l'adresse des villageois. Ça doit faire... deux adeptes, peut-être. Vous êtes moins d'une vingtaine, donc. Des villageois. Contre onze soldats entraînés. Toujours sûrs de vouloir nous combattre? Nous pouvons encore faire ça sans avoir à vous écraser.

Il n'y avait pas d'animosité, dans sa voix. Simplement de l'arrogance zagashienne érigée au plus insupportable de sa splendeur, et une attitude de défiance si grossière qu'il était évident qu'elle voulait que les khurmis réagissent. Parce que oui, elle voulait que les khurmis réagissent. Chacun d'eux le souhaitait. Ce n'était pas par la ruse, le compromis et le mensonge qu'ils deviendraient quelque chose, n'en déplaise à leurs stratagèmes habituels. Ils devaient affronter des épreuves, essuyer des échecs et des contrariétés pour pouvoir progresser. Une désillusion - c'était ça que visaient les fervents de Dalaï à chacune de leurs altercations avec les Khugatsaa. La frustration engendrait le désir, le désir permettait s'avancer. Pas de croupir dans leur faiblesse, ni de se voiler la face et nier la réalité comme ils le faisaient depuis plus de quarante ans. Il valait mieux que cette leçon leur soit enseignée par des zagashiens que par des daenars, qui n'auraient pas de retenue.

Et ils y étaient presque. La tension devenait si palpable qu'elle en frissonna de plaisir. Ils étaient tous à bout, hors d'eux. Les khurmis. Leur conciliabule mental n'avait probablement plus rien d'ordonné, ils s'agitaient devant elle, il n'y avait plus qu'à tirer un peu plus sur leurs nerfs pour enfin...

-Rendez-vous. Laissez-vous écraser comme vous l'avez toujours fait. Vous êtes désespérément faibles, comme les khurmis l'ont toujours été. Tellement que Khugatsaa vous a pris en pitié en plongeant le pays sous son voile d'illusions. Ce qu'il fait pour Khurmag est vraiment prodigieux, et vous n'en faîtes rien. Nous aurions déjà rebâtit tout le pays si c'était notre terre. Si Dalaï nous aidait à ce point, nous serions invincibles. Mais vous. Vous n'êtes dignes de rien. Vous n'êtes capables de rien. Vous n'êtes pas des my'trans. Vous n'êtes que...

Réussi.

Ce fut littéralement l'enfer qui explosa dans le village lorsque les khurmis virent rouge. Les zagashiens se retrouvèrent instantanément foudroyés par un déluge de flammes - un torrent de feu de dix mètres de large craché par le ciel - avant même que le dragon n'ait fini de prendre son envol ou que leurs victimes n'aient fait quoi que ce soit. Tous hurlèrent à la mort, sentant la chaleur éplucher leur peau pour labourer leurs chairs. Mais tous hurlaient déjà de rage à ce moment-là, car ils étaient passés à l'attaque en même temps que les fidèles de Khugatsaa avaient lancé leur sort. Sisto, le moine guerrier de Dalaï, avait levé les eaux autour d'une dizaine de villageois pour les battre furieusement jusqu'aux sangs - ou peu s’en fallait, car il se contenta de les écharper brièvement de ses coups de fouet. Arianna, empalée à hauteur de poitrine par un énorme carreau, se précipitait déjà vers le gharyn pour le contraindre à se rendre. L'homme avait actionné une large baliste apparue non loin de lui. Mais elle ignora la sensation du grand pal en travers de ses poumons exposés à l'air libre - aussi fictive que le reste - pour conclure au plus vite. Tous étaient mal en point, acculés par les illusions. Ils en devenaient plus forts, ou du moins plus féroces.

Déjà, l'illusion de l'incendie avait perdu de son réalisme maintenant que les rangs des khurmis s'étaient fait enfoncer. Les zagashiens ne frappaient pas pour tuer, mais leur brutalité usuelle couplée à leur nervosité de l'instant - car c'était ce que leur éveillait l'illusion - les rendaient plus violents que jamais. Une poignée des guerriers de Nalan avaient finis à terre, engloutis par des flammes qui leurs foraient les os, ou blessés par une arme plus réelle. Et lorsqu'eux se relevèrent, près de dix secondes plus tard, c'était presque fini. Les deux groupes s'étaient complètement disloqués dans l’échauffourée, et l'énorme dragon, un grand tas de lumière vacillante, se volatilisa piteusement lorsque sa créatrice se retrouva à genoux dans la neige sous l'emprise d'un agresseur. Sans surprise, les soldats et guerriers de Zagash triomphèrent aisément des humbles villageois. Tout se fit rapidement, et les Choyr en étaient déjà à se retrouver privés de leurs armes et contraints de s’amasser dans un coin de la place.

Seule Arianna était encore sous l'effet d'un maléfice : une deuxième flèche lui avait traversé la trachée en surgissant de nulle part, elle était à bout de souffle, pratiquement incapable d'inspirer avec ça dans la gorge. Elle n'avait pas eu le gharyn. Il était devenu invisible et s'était réfugié dans le néant pour se soustraire à eux, avant de renforcer son emprise sur ses maléfices. Ceci alors même qu'elle l'avait affligé d'un long jet d'eau bouillante pour lui interdire de maintenir l'attention nécessaire pour maintenir un pareil artifice. Il était doué, lui aussi, et avait maintenu son sort en dépit de la douleur qui le cuisait. Mais ça ne l'aiderait pas. Il n’y avait plus que lui.

-Ça suffit, aboya un autre zagashien. Vous n’arriverez à rien. Tous vos hommes sont vaincus. Laissez-vous faire et il ne se passera rien de pire. Insistez et… vous nous forcerez à insister. Leyron des Choyr, rendez-vous maintenant.

Il n’y eu pas de réponse. Mais le sort qui frappait Arianna s’estompa de lui-même. Et Leyron apparu finalement, à quelques mètres d’eux. Pas tremblant, pas soumis. Juste hostile. Et haineux.

-Bien, continua le guerrier de Nalan. Comme nous vous l’avons dit…
-Aelth n’est pas là. Il est déjà très loin.
-Evidemment.

C’était l’une des premières choses que les khurmis avaient fait. Contacter mentalement celui que leurs agresseurs recherchaient pour le forcer à fuir. Il avait hésité… on l’avait obligé. Alors, les zagashiens désignèrent trois guerriers retenus au hasard, sans prêter attention aux complaintes des villageois qui sortirent de leurs cases pour protéger à leur manière ceux qui s’étaient battus pour eux. Encore que, sans prêter attention… on ignore si c’était les lamentations des khurmis ou leur influence plus magique qui avait fait ployer les soldats de Nalan… ou encore si ces derniers n’étaient pas si impitoyables que ce qu’ils donnaient l’air… mais deux volontaires parvinrent à prendre la place des prisonniers, pour des raisons diverses. Au final, c’était un couple de villageois et un guerrier vieillissant qui repartirent avec eux. Le gharyn avait voulu prendre la place d’un d’entre eux – et ils avaient fermement refusé, sans expliquer leurs raisons. A leur sens, un village aussi pitoyable privé de son gharyn courrait de trop grands dangers pour qu’ils se hasardent à ça. Mais ils n’en montrèrent rien, ils n’avaient pas besoin de ça. Que les Choyr les craignent et les soupçonnent du pire, ça leur convenait très bien.

Cinq jours de plus, et ils reviendraient. Et dans d’autres villages, d’autres bandes étaient intervenues de la même manière, sur d’autres prétextes mais dans le même but. Nul doute que les villageois demanderaient de l’aide, à Variel ou ailleurs. Mais qu’ils obtiennent quelque chose… ce serait surprenant.
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Meylan Lyrétoile
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Sam 12 Mai - 20:33
Irys : 631201
Profession : Ménestrelle
My'trän +1
Quand on avançait vers un objectif pendant plusieurs mois, quand on s’en rapprochait pas à pas, petit à petit sans vraiment savoir à quoi s’attendre…  N’était-ce pas toujours un moment un peu magique quand on parvenait enfin à atteindre cet objectif, ce but, le bout du chemin et à la fois le point de départ de tant d’autres?  En tout cas, "magique" décrivait à merveille la région.  Encore recouverte d’un manteau aussi éclatant que glacial, elle baignait dans la magie de celui des deux Griffons qui partageait sa couleur.  C’était beau, c’était fascinant et…poignant.  Même si elle venait seulement de passer la frontière, Meylan se sentait pousser des ailes.  Elle était dans son élément, c’était indéniable.

Enfin, ailes ou pas ailes, faire des haltes dans une voyage faisait parfois du bien.  Variel n’était pas encore Reoni, mais elle devrait suffire pour le moment.  Ni aussi cosmopolite que Darga ni aussi haute en couleurs que Zolios, elle offrait tout de même des possibilités de restauration et de repos plus que correctes.  Peu importe dans ces circonstances que la ville ait l’apparence plutôt austère d’un fort.  La végétation luxuriante qui l’ornait même en cette froide saison lui donnait d’ailleurs l’apparence surréaliste d’une terre de jouvence éternelle.  Ah, Khurmag, contrée de faux-semblants où la terre elle-même porte un masque!  Pas étonnant que l’artiste soit dans son élément…  Mais ladite artiste fut brutalement tirée hors de son admiration du décor par une exclamation furibonde.

"Là!  Ils viennent nous narguer jusque sous vos yeux!  Elle sait où ils ont emmené mon frère: elle faisait partie de leur bande!"

De la simple incompréhension, Meylan passa bien vite à l’appréhension en se rendant compte que l’index du bruyant homme pointait sans ambiguïté dans sa direction.  L’ennui étant qu’elle n’avait pas la moindre idée de quoi ou de qui il parlait.  L’autre ennui était qu’elle était apparemment la seule dans le cas, car déjà un petit groupe s’était refermé autour d’elle.  Et ils n’avaient pas l’air commode.  Seule face à une petite dizaine, la partie s’annonçait difficile.  Sans compter qu’il était difficile de raisonner avec un groupe en colère, et que ce groupe-ci avait l’air franchement furieux. Mais que diable lui reprochaient-ils?

"J’ai peur qu’il y ait un malentendu.  Je ne fais partie d’aucune ‘bande’, je suis ménestrelle et je suis arrivée à Variel il y a deux jours."

Elle s’exprimait d’une voix délibérément posée où elle s’efforçait de faire percer toute sa sincérité. Elle avait assez peu de chance de les convaincre, elle s’en rendait bien compte, mais ça ne l’empêcherait certainement pas d’essayer.

"Menteuse!  Tu mens, Zagashienne!  Qu’est-ce qu’il y a?  Tu n’as plus le soutien de tes frères d’armes et donc tu te dégonfles?  Lâche!"

Zagashienne?  Frères d’armes?  Mais qu’est-ce que…?  La situation devenait de plus en plus incompréhensible pour la ménestrelle qui se demandait très franchement sur quelle bande d’illuminés elle était tombée.  Si elle était vraiment une guerrière zagashienne, ne serait-elle pas plus fortement armée que le mince poignard qui pendait à sa ceinture?  Y en avait-il seulement un qui n’avait pas la caboche trop dure pour lui faire rentrer ces arguments dedans?  Ou était-elle condamnée à se faire lapider publiquement sur un malentendu?  N’y avait-il pas dans cette ville des forces de l’ordre capables de ramener le calme et lui donner une chance de se défendre?

"Je ne suis pas zagashienne, je n’ai jamais mis les pieds à Zagash.  Mon nom est Meylan Lyrétoile et je suis originaire de Darga."

Mais l’écouteraient-ils seulement?  Et s’ils l’écoutaient, croiraient-ils à nouveau à un mensonge?  Meylan s’était déjà retrouvée dans des situations délicates par le passé, et son éloquence lui avait jusque là permis de s’en sortir.  Restait à espérer que cette capacité ne lui ferait pas défaut maintenant...



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Isaac Doshazar
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Ven 18 Mai - 11:44
Irys : 40006
Profession : Agent diplomatique
My'trän +2 ~ Kharaal Gazar
Le repos. C’est ce qu’il espérait trouver après de longs mois de travail. De Zagash aux Kharaal Gazar, en passant par Zolios, le début de cette année 933 n’avait pas été avide d’événements et de complications. Au beau milieu du printemps, là où chacun retrouve le bonheur parfois égaré durant l’hiver, la période n’était cependant plus aux missions et aux diverses affaires auxquelles Isaac était en permanence confronté. Mais la vie d’un agent du Conseil ne stagne jamais trop longtemps…

Après avoir clairement fait comprendre à celui-ci – qui ne s’était d’ailleurs aucunement opposé à lui - qu’il n’allait plus pouvoir défendre leurs intérêts pendant quelques temps, ne serait-ce que quelques semaines, il était parti pour Khurmag, lieu de toutes les illusions, afin de prendre le repos qu’il avait tant convoité depuis ces derniers mois. Il partit seul à dos de son cheval Ochnë, qui l’avait déjà porté sur de nombreuses lieues, faisant toujours montre d’une loyauté sans faille, et en qui il avait une confiance certaine pour la tenue de grosses distances. Néanmoins, le trajet séparant Darga de Variel, première étape de son voyage, n’était pas des plus longs et ne présentait à vrai dire que peu d’obstacles.

Il y arriva donc moins de deux jours plus tard, et ne put s’empêcher, en se tenant face à l’immense dôme fait de pierres et de plantes en tout genre qui cloisonnait la ville, d’admirer une nouvelle fois l’œuvre des Khurmis, épaulés des Kharaaliens, qui avaient su reconstruire et fortifier cette ville perdue avec brio. Il ne voyait cependant pas là une quelconque performance artistique, faisant fi du travail d’illusion dont usèrent les Varielenos avec l’aide de Khugatsaa, mais un bastion, une place forte, capable de résister à n’importe laquelle des attaques si sa défense était maîtrisée, tant envers de possibles ennemis que du Khoral venu de l’Ouest.

À l’entrée se trouvait tout un bataillon de gardes et de mages répartis sur plusieurs mètres, qui semblaient ne montrer que peu d’attention et de résistance aux arrivants. L’un d’eux s’intéressa toutefois à Isaac, grand homme paré d’un manteau de fourrure qui laissait transparaître les lanières d’une armure de cuir rembourrée, et lui demanda ce qu’il venait faire ici.



« Profiter de la quiétude de Variel. répondit-il sans rien préciser sur sa personne.

L’avisant d’un air méfiant, fronçant le sourcil et levant légèrement la tête, le garde se ravisa à poser de plus amples questions.


- Alors je vous souhaite un bon repos parmi nous. Faites attention à vous cependant… »


Ne prêtant pas attention au conseil avisé que le petit Khurmi venait de lui donner, et sachant pertinemment ce qu’il avait pensé en disant cela, il avança et traversa les grandes portes de la ville, seul passage ouvrant sur son intérieur empli de fausse sérénité.


***



Il ne lui fallut guère longtemps pour retrouver l’écurie, où il laissa sa monture à la charge d’un palefrenier plus vieux que les Architectes eux-mêmes, et continuer son chemin vers une auberge qui allait l’accueillir pour une durée dont il savait qu’elle était encore indéterminée.

Après avoir payé le tenancier et déposé ses affaires, il sortit dans les rues profiter des illusions qui l’entouraient. Dans le cadre d’une mission, rien n’aurait pu le faire s’attarder sur de tels artifices, et sans doute se serait-il méfié de tout, ne pouvant réellement faire la différence entre vérité et tromperie, mais le cadre en était radicalement différent. Il était là pour lui-même, de son plein gré et sans que sa profession ne vienne gâcher le repos qu’il s’était promis de se donner.

Il arriva de nouveau aux portes quand la lumière du dehors l’éblouit. Le soleil se reflétait sur le peu de neige tombée en hiver dans les alentours, et qui tendait à disparaître dans les quelques jours qui allaient suivre. Affublé d’une capuche, portant toujours son long manteau de fourrure, il sortit marcher le long de la ville, admirant les paysages qu’il n’avait jamais pu contempler de cette manière. Le calme naturel était ce qui l’apaisait, et, en tant que croyant de Delkhii, il ne pouvait qu’éprouver du respect et de l’amour envers toute cette terre forgée de ses mains.

Plusieurs minutes passèrent quand il entendit une voix s’élever dans le faible vent des collines. Une voix grave qui retentissait, et qui sonnait comme une provocation.



« Menteuse ! Tu mens, Zagashienne ! Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’as plus le soutien de tes frères d’armes et donc tu te dégonfles ? Lâche !

Ne prêtant au début que peu d’attention à ce qui semblait être un règlement de comptes, sa nature le poussa à s’approcher de l’origine du conflit.

- Je ne suis pas Zagashienne, je n’ai jamais mis les pieds à Zagash. Mon nom est Meylan Lyrétoile et je suis originaire de Darga. »


La femme semblait, dans le calme dont elle faisait preuve, tout à fait innocente, et l’homme bien trop sûr de lui. Cependant, Isaac avait appris, parfois à ses dépens, que les apparences pouvaient être trompeuses, et dans cette terre regorgeant d’illusions, même les Zagashiens pouvaient semer le doute dans les cœurs.


« Fait chier… » glissa-t-il pour lui-même en fronçant les sourcils.


Il s’avança sans toutefois pénétrer dans le cercle de Khurmis qui s’était formé autour de la femme, et abattit sa voix tel un coup de marteau.


« Qu’est-ce qu’il se passe ici ?

- Les Zagashiens viennent juste de partir avec mon frère et deux des nôtres, et elle sait où ils se trouvent !

- Comment peux-tu en être sûr ?

- C’est une Zagashienne, elle est venue nous attaquer en même temps que les autres ! hurla-t-il en pointant toujours du doigt la jeune mage. Mais qui nous dit que tu n’es pas aussi l’un des leurs ? dit-il en se renfrognant et en baissant la main.

- Tu es fou, voilà ce qu’il se passe.

- Fou ?! Et qu’en-est il de ces attaques surgies de nulle part ?

- Si c’était une guerrière de Zagash, je doute qu’elle soit restée aussi calme devant tes accusations. As-tu seulement prêté un œil attentif avant de parler ? Elle ne porte pas d’armes, et de simples villageois ne lui auraient posé aucun problème si elle avait usé de sa magie. Maintenant, tais-toi et incline-toi devant l’autorité du Conseil.

Il enleva sa capuche et montra son visage froid et sévère.

- Si vous venez pour nous, agent, sachez qu’il est trop tard. Ils ont déjà emmené nos proches dans les villages voisins, et continueront d’en enlever tant que nous ne cesserons d’aider ce Choyr de malheur !

Suivant les cris d’approbation des autres villageois du groupe, Isaac brisa le cercle et prit la jeune femme par le bras.

- Rentrez chez vous, Madame. Quant à vous autres, vous allez m’expliquer quelle est cette folie dont vous êtes habités !


Il n’était toujours pas sûr qu’elle soit innocente, mais au moins serait-elle plus à même de donner sa version ultérieurement, si jamais il s’avérait qu’elle fasse partie des attaquants. À moins qu’elle ne décide de rester pour aider, auquel cas la troupe, Isaac compris, devrait se rendre à l’évidence qu’elle était inévitablement innocente à tout cela.


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Tiha Ludost
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Mar 22 Mai - 11:30
Irys : 93766
My'trän +2 ~ Zolios
Les rues étaient encore loin d’être familière. Cela faisait à peine quelques jours qu’elle logeait ici. La routine ne s’était pas encore installé. Même s’il y avait un début d’habitude comme manger avec Finn, se promener, discuter avec le boulanger au bout de la route, et se dire qu’il faudrait qu’elle commence ses mélanges pour les teintures. Mais profiter de la liberté toute nouvelle était trop tentante, comme arpenter ses rues inconnues. Elle se sentait bien dans cette ville, un peu comme dans un cocon. Même si tout n’y était pas paisible, il y avait eu la semi-altércation avec les protecteurs le premier jour de son arrivée et là visiblement, elle était témoin d’une autre. Au contraire des autres passants, elle n’avait pas passé son chemin.

Les mots de son tout nouvel ami frais dans son esprit, ainsi que son propre désir de n’être pas une simple spectatrice ou toile de fond, étaient une excellente raison d’intervenir. Même en ignorant tout ! La conversation la dépassait même totalement. Une chose lui apparaissait clairement : une personne de plus pour faire face à ce groupe aveuglé par la colère ne ferait pas de mal. Laisser seul ce type qui prétendait être l’autorité du Conseil n’était pas vraiment raisonnable. Et il ne lui permettrait pas non plus de savoir le fin mot de l’histoire…

« Pourquoi ne pas allez les chercher vous-mêmes ? »

Personne ne lui répondit, visiblement ils préféraient ignorer sa question et parler avec le monsieur ou diriger des regards hostiles vers Meylan. Évidemment ce comportement ne plut pas plus à Tiha que leur agression gratuite envers la ménestrel. En fait, ça l’agaçait même plus. C’était pire qu’une agression et c’était personnelle.

« Un Khurmis qui se laisse tromper par les apparences c’est bien ironique ! Pas étonnant que des Zagashiens se moquent de vous ! »

Voilà, cette fois ça fonctionnait ! Peut-être que le type du conseil ou Meylan ne serait pas trop contente de cette intervention mais elle souriait alors que leur « porte parole » s’énervait. Il avança d’un pas dans sa direction alors qu’elle même ne bougeait pas d’un iota guère impressionnéet par son air menaçant ou sa voix grondante. Elle restait droite à côté de l’artiste, à la même place où elle s’était faufilée plus tôt sans que personne ne lui prêta trop attention.

« Tu ferais moins la fière si c’était toi qu’ils avaient emporté ! Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Tu n’es qu’une gamine ignorante et... »

La femme non loin de lui avait posé une main apaisante sur son bras. Il fallait faire retomber la vapeur. Peut-être avaient-ils trouvé mieux que leur agresseur : une oreille utile. Ils pourraient ainsi récupérer une aide inestimable ! Encore fallait-il pour ça que ça ne dégénéra pas en bataille futile.
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