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Chroniques d'Irydaë
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 Simplement de passage [Flavien ♥]

Léonie Morret
avatar
Mer 2 Mai - 15:01
Irys : 480814
Profession : Commandante de Busad
My'trän +3 ~ Kharaal Gazar (femme)

~ Février 933 ~


Simplement de passage


Léonie avait reçu la lettre de Flavien quelque jour plus tôt et si dans un premier temps, la protectrice désormais confirmée avait ressenti un vent de bonheur l’envahir, c’est par la suite, un tout autre sentiment qui s’était glissé dans son esprit. Inexplicablement, ce retour qui devait pourtant finir par arriver teintait ses émotions d’un voile d’anxiété, une multitude de questions s’étaient infiltrées maladroitement dans ses pensées, provoquant un trouble parfaitement perceptible par son entourage proche. Alors, qu’elle était à table, qu’Aquila faisait des yeux doux à madame Morret dans l’espoir d’obtenir un morceau de viande, que Spook tortillait sur ses petites pattes faisant la figure du « beau » pour obtenir lui aussi un petit quelque chose, Léonie observait son assiette sans y toucher, triturant du bout de la fourchette les aliments, les tournants dans un sens, puis dans l’autre. La jeune femme avait décidé un peu hâtivement de retrouver Flavien en ce jour, sans pour autant savoir ce qui l’attendait, l’homme avait-il changé ? Pourquoi ne venait-il pas jusqu’à la ville pour la saluer ? Quel était ce vent de mystère évoqué par cette impossibilité de venir jusqu’ici. Celle qui dévouer à présent sa vie entre l’apprentissage des nouvelles recrues et la surveillance de la vie, avait changé, elle, depuis les événements du bal, elle était beaucoup plus méfiante, beaucoup plus alarmiste vis-à-vis de la présence des étrangers.

L’odeur de la mort, de la chair brûlée, des hurlements de gens mourants ou souffrants hantaient encore ses nuits, tout comme le souvenir de parole bien trop dur que le Gharyn avait prononcé vis-à-vis de sa personne. Réalité, illusion, elle n’avait jamais encore osé en reparler posément avec son dirigeant et même si sa raison lui soufflait la bonne réponse, tout ceci avait profondément chamboulé la my’tränne. Flavien l’apprécierait-il encore après cette constatation, après cette évolution, cette douceur plus feinte, moins présente, cette méfiance presque maladive, ce regard plus froid et cet état d’esprit un peu moins joyeux qui se préparaient résolument à une guerre dont elle était certaine que la proximité n’était plus aussi loin ? Comprendrait-il ? Pouvait-il comprendre l’horreur qu’elle avait vécue, lui qui était si loin, lui qui n’avait pas semblé se soucier de tout ceci, lui qui finalement malgré les lettres auraient pu tout à faire l’oublier, comme-ci ils ne s’étaient jamais rencontrés.

Ce fut la patoune d’Aquila se déposant sur sa cuisse et ce petit couinement plaintif qui ramena la jeune femme dans la réalité. Un léger sursaut, signe de sa surprise avait animé son corps, alors que ses deux perles océan se déposaient sur l’animal qui trépignait d’avance de partir retrouver son véritable maître. Roulant des yeux devant le rire amusé et parfaitement audible de sa mère, qui semblait ravie d’avoir retrouvée sa fille –aussi têtue et bornée qu’auparavant-, Léonie n’en restait pas moins plutôt silencieuse, comme très souvent dernièrement. Se contentait-elle du minimum syndical au niveau du dialogue, préférant s’enfermer dans ce léger vent de solitude, privilégiant l’écoute et l’observation à la communication pure.


- «  C’est un peu ingrat une bête » tenta maladroitement madame Morret afin de faire la conversation « Tu t’en occupes, tu le nourris tu t’attaches et finalement tu te rends compte que tu ne feras jamais le poids vis-à-vis de son véritable maître »
- « C’est normal » répondit presque trop froidement la protectrice « Il n’a jamais été question de garder Aquila définitivement. Je n’ai fait que rendre service. »

Tentait-elle réellement de s’en convaincre tout du moins, car malgré des propos un peu trop glacial au goût de sa génitrice, Léonie était affectée par ce retour, autant que par ce qu’il signifiait. Il allait reprendre Aquila, la garder avec elle, et la jeune femme devrait faire avec, sans que ce soit négociable. Son quotidien allait être chamboulé, celui de Spook aussi et l’attachement ce petit lien fragile qui avait pu se tisser entre chaque membre du trio allait disparaître soudainement, alors qu’il avait mis du temps à se construire. Un nouveau soupir encore, alors qu’elle réalisait que malgré ses propos, elle s’était réellement attachée à la petite dent tranchante, un nouveau couinement plaintif, alors que celle-ci s’agitait dans tous les sens pour précipiter un départ que l’humaine redoutait de plus en plus.

- «  Qu’est-ce qui t’inquiète ? » questionna finalement la maîtresse de maison, cessant de s’alimenter « Tu devrais manger un peu, surtout si tu comptes voyager jusqu’aux plaines. »
- « Tu penses… qu’il a changé lui aussi ? »
- « Physiquement ou mentalement ? »

Léonie ne répondit pas, sa mère venant de souligner son propre changement physique et instinctivement, la main de la jeune femme s’était déposée sur sa joue, dont les marques des brûlures à des degrés trop importants défigurés –à ses yeux- maintenant son visage. La protectrice c’était mordu la lèvre inférieure avec force, alors qu’elle réalisait que peut être, qu’il était envisageable que le lien qui l’unissait avec Flavien avait lui aussi disparu avec son voyage. Serait-elle autant une inconnue pour lui, que lui un inconnu ? Peut-être que ce semblant d’amitié, d’affection réciproque n’avait été qu’illusoire et que cet échange via le petit Tagda n’avait été que poussé par sa volonté de prendre des nouvelles d’Aquila.

- « On parle de Flavien. » Rectifia presque aussitôt la mère « Tu sais, l’homme très terre à terre, maladroit, qui comprend certainement aussi bien que toi les relations sociales, si ce n’est même peut-être pire. D’ailleurs, devrait-il se retrouver dans ton mutisme, n’était-il pas très bavard lui non plus. »

La phrase aussi abrupte soit-elle avait eu don de faire sourire la protectrice, elle n’avait finalement pas tort. Là ou Léonie n’avait de cesse de réfléchir, Flavien lui se laissait plutôt vivre, exprimant ses pensées presque de la même manière dont il pouvait les penser, pas réellement de tact, pas réellement d’envie de bien faire. Serait-elle rapidement fixée vis-à-vis de ses pensées, peut-être aurait-il finalement de belles choses à lui raconter ? Les idées plutôt sombres avaient finalement disparu, la jeune femme repartant dans une dynamique plutôt positive, sincèrement heureuse de le retrouver. Elle finit par manger son plat, sans pour autant faire preuve d’un appétit d’ogre, ceci fait, elle se releva, suivie de très très très très prêt d’Aquila et Spook qui semblaient tous deux complètement emballés par la promenade à venir. Spook n’ayant visiblement pas encore complètement saisi que tout ceci allait mener à Flavien.

- «  Je vais me préparer, vous deux vous restez là. » Elle hésita avant de refermer la porte puis ajouta en direction de sa mère qui rassemblait les assiettes « Maman. Tu ne donnes rien à qui que ce soit. Flavien va déjà trouver, j’en suis certaines un ou deux kilos de trop sur Aquila. »
- « Mais elle est magnifique, tu lui diras que c’est dans sa tête. »
- « Je ne suis pas certaine que ça fonctionne… » souffla la protectrice en refermant la porte.

Nez contre la porte en bois, les deux créatures s’installèrent sur leur popotin. La carnivore attendant sagement, comme la bête loyale qu’elle était et Spook tentant maladroitement d’attirer son attention en lui mastiquant la queue sans préavis. La dent tranchante restait calme, avisant du coin de l’œil le petit être, avant de finalement répondre à ses envies en lui sautant dessus, s’en suivait une partie de course poursuite impressionnante, dont Aquila sortait inévitablement victorieuse et où Spook finissait par bouder. Ouvrant de nouveau la porte, Léonie semblait prête pour cette balade jusqu’aux plaines, elle partait tôt, début d’après-midi, pour arriver en fin d’après-midi là-bas et potentiellement passer la nuit à la belle étoile en la compagnie de Flavien, même si refaire le trajet de nuit ne la dérangeait pas outre mesure non plus. La my’tränne s’était vêtue de sa tenue habituelle, en rien féminine, un pantalon léger, mais qui couvrait la totalité de ses jambes, celui-ci était renforcé par endroit pour lui de sécurité et de praticité. Des bottes long montant jusqu’à ses genoux, une chemise blanche ou crème fermée jusqu’au dernier bouton, couvrant ses avant-bras de manière volontaires pour camoufler au maximum le restant de brûlure qui parcourraient encore sa peau. Ses cheveux étaient tressés, puis mis sur le côté, comme elle aimait le faire, cependant, elle avait emmitouflé le tout dans un foulard tout aussi clair que sa chemise, un petit morceau tombant légèrement sur son visage pour rendre moins voyante la brûlure de sa joue. Sur son dos, comme souvent se trouvait son sac pour les balades contenant le strict nécessaire –enfin presque, puisqu’à son insu madame Morret avait lâchement ajouté des aliments, de l’eau, de quoi grignoter, une couverture, et de quoi réaliser des bandages, évidemment de la nourriture pour les petites bêtes aussi-

- « En route » fit-elle en déposant son regard sur Spook boudant dans un coin et une Aquila plus enjouée que jamais « Je compte sur toi Aki pour nous guider, retrouve donc Flavien, mais attention à pas nous perdre. »

Si Aquila était déjà partie à toutes patounes dehors, Spook ne semblait soudainement plus aussi ravi de cette sortie. Après plusieurs sollicitations de sa maîtresse, il avait fini par venir se hisser et s’installer autour de son cou. À l’extérieur, la troupe ne tarda pas accélérer le rythme et après un bref petit signe de main à sa mère, l’ensemble du trio s’avança jusqu’à la sortie de la ville, avant de prendre la direction des plaines. La météo était au beau fixe, comme souvent à cette période de l’année et pour un individu non habitué, il devait déjà faire particulièrement lourd, voir pourquoi pas, plutôt étouffant même, la protectrice ne semblait pas réellement impacté par tout ça et tentait autant que possible de ne pas perdre de vue la dent tranchante qui accélérait toujours plus. Pour la première fois, Léonie ne pouvait savoir à l’avance quel chemin emprunté, puisqu’elle n’avait aucune idée du lieu où se trouvait exactement son ‘ami’. Son unique piste était donc la carnivore, son odorat et son envie de retrouver rapidement celui qu’elle aimait plus que de raison.

Derrière elle, à plusieurs mètres de distance, l’humaine et son passager ronflant bruyamment autour de son cou tentait elle de suivre la cadence. Si cela faisait maintenant un mois que les soins avaient été effectués, qu’elle était revenue du bal, la jeune femme n’avait pas encore récupéré entièrement ses capacités physiques. Morr l’avait prévenu, ce n’était pas une surprise, cependant, c’était toujours délicat à accepter pour celle qui avait eu l’habitude de ne jamais faire preuve d’une faiblesse, quelles que soient la raison et la façon que celle-ci pouvait se présenter.

Le trajet fut néanmoins agréable, le soleil chauffant le peu de parcelles de peau visible de la jeune femme, aucune autre personne que sa silhouette féminine et celle de ses deux compagnons de route ne trancha l’environnement naturel des lieux où elle passait, après plusieurs heures de marches, les plaines pointaient délicieusement leur nez pour le plus grand plaisir de Léonie qui ne pouvait ressentir autre chose que de la satisfaction à l’idée de renouer avec cet étrange croyant en deux architectes. L’astre lumineux commençait à s’éloigner, signe que l’après-midi s’était bien écoulé malgré le rythme dynamique de la troupe. Au loin une imposante chaîne de montagnes se dessinait, offrant ainsi au milieu de cette plaine des coins d’ombres, passant une porte gigantesque de pierre dont la beauté ne manqua pas d’échapper à la protectrice, Léonie se perdit un instant dans sa contemplation, obligeant Aquila à faire marche arrière pour venir la récupérer.

Spook, lui, semblait toujours parfaitement endormir, ne semblait-il avoir guère envie d’ouvrir un œil. La fatigue de ne rien faire était beaucoup trop puissante pour qu’il ose réellement lui résister –l’idée ne lui était de toute façon pas réellement venue à l’esprit-. Détachant ses yeux de la pierre, qui lui inspirait bien des idées de décorations, la my’tränne perçut un petit tas à l’ombre, plus loin ressemblant à une forme humaine avec autre chose à sa proximité. La jeune femme n’eut qu’à peine le temps de confirmer sa supposition mentalement, que déjà, Aquila s’était précipitée pour sauter sur l’homme, l’accueillant avec moult léchouille. Plus discrète, plus méfiante, Léonie était arrivée avec un regard important, du moins c’est ce qui lui avait semblé –même si en réalité, il ne devait s’agir qu’une poignée de minute de retard-. Elle n’eut qu’à peine le temps de voir serpenter plus loin, un animal visiblement nouveau, qu’elle ne reconnaissait pas avant d’enfin porter la totalité de son attention sur Flavien.

Son sourire s’élargit instinctivement, sans qu’elle ne le contrôle réellement, physique il ne semblait guère avoir changé. À présent à quelques pas de lui, toujours silencieuse, elle ne savait pas réellement ce qu’elle devait faire… Lui serrer la main, le prendre dans ses bras ? Rester à cette distance étrange sans rien dire ? Parler ? C’est un petit bout d’humidité sur sa joue, provoqué par la truffe de Spook qui venait d’élargir grand la gueule, bâillant, qui la ramena dans la réalité, l’obligeant à cesser ses réflexions. Le petit dormeur ne se posa pas lui, trente-six interrogations, il descendit et imitât joyeusement Aquila, montant sur Flavien pour s’enrouler autour de son cou, laissa sa langue râpeuse venir frotter rigoureusement sa joue avant de l’abandonner pour saluer le reste des petites créatures.


-       « Je suis heureuse de vous revoir » murmura d’une manière un peu incertaine la jeune femme « Je suppose que c’est cette forme que j’ai cru entrapercevoir qui vous empêche de venir en ville ? » ne put-elle s’empêcher de questionner.

Retirant le sac de son dos, s’approchant du petit coin d’ombre, la jeune femme déposa le tout sur le sol, avant de finalement se rapprocher de l’homme, sans pour autant s’être clairement décidé sur la manière de le saluer, abandonnant même l’idée d’agir autrement que comme elle était en train de le faire :

- «  Vous avez fait bonne route pour votre retour ? »



Léonie vous parle en #ff9933
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Flavien Teleri
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Ven 4 Mai - 0:06
Irys : 728249
Profession : Soigneur itinérant - Guérisseur
My'trän +2 ~ Chimères
La mâchoire de Khi'del se referma une énième fois sur les doigts de Flavien et le My'trän grimaça de douleur, se faisant violence pour ne pas retirer sa main par réflexe. Comme il commençait à en avoir l'habitude, il pouvait dès à présent sentir le sang perler au bout de ses doigts pourtant robustes. Les quenottes des Dalavoï avaient beau être petites par rapport à leur taille, elles n'en restaient pas moins tranchantes. Si son compagnon ailé avait réellement cherché à le blesser et n'avait pas simplement agit par réflexe, se reprenant toujours de justesse avant de réellement causer du mal, il aurait déjà pu dire cent fois adieu à ses doigts.

Khi'del ne mit pas longtemps à réaliser son erreur et l'imposante créature relâcha la main du soigneur qui avisa les dégâts avec un air interdit. Les blessures étaient superficielles et il ne mettrait pas longtemps à guérir. Les plaies se refermaient déjà lentement : d'ici quelques minutes, elles ne seraient qu'une histoire ancienne. Abandonnant pour le moment l'usage de sa main droite, il leva sa main gauche en direction des ailes du Dalavoï qui frissonna et rabattit ses ailes derrière son corps, loin de la main tendue. Les yeux de la créature tourmentée croisèrent ceux du soigneur qui fut rapidement envahi par un sentiment de honte qui n'était pas le sien. Flavien abandonna l'idée de s'approcher des ailes du Dalavoï pour l'instant et posa sa main sur le museau de Khi'del, secouant la tête comme pour assurer à son compagnon qu'il n'avait rien fait de mal. Le serpent ailé souffla doucement sur sa paume, une manière de s'excuser malgré les réassurances de Flavien.

Le Dalavoï qu'il avait recueilli avait besoin de soins. Chaque jour qui passait, il semblait au soigneur qu'il découvrait un mal nouveau à cette créature qui méritait mieux de ce que la vie lui avait réservé. Combien de temps Khi'del avait-il passé sous la coupe de forains prêts à le sacrifier pour une chance de tirer leur épingle du jeu et d'être couverts de richesses en traitant avec mépris des créatures incapables de leur échapper ? Flavien n'avait pas osé poser la question au Dalavoï, craignant autant de le voir se renfermer sur lui-même que de céder à la colère s'il s'avérait que Khi'del avait passé la majorité d'un an en compagnie de ses bourreaux.

Peu importe le temps que la créature avait passée auprès de ces forains de malheur, le résultat était le même. Le Dalavoï, autrefois curieux et prêt à accorder sa confiance au premier Homme venu, s'amusant des rencontres qu'il avait pu faire en My'trä tout au long de sa vie, était devenu un être craintif et méfiant. Lui qui avait toujours été curieux des moeurs des Hommes et de leurs aventures loin de ses terres, il regrettera à jamais ce jour où, sur un coup de tête, il avait fait confiance à la mauvaise personne. Sa méfiance le rendait nerveux et malgré la certitude bien réelle que Flavien ne cherchait pas à lui faire de mal, il ne pouvait que tenter de se défendre du mal qui accompagnait sa guérison.

" Je suis désolé... "

La voix de Khi'del était légère, timide et effacée. S'il ne lui prêtait pas entièrement attention, le My'trän était sûr qu'il passerait facilement à côté. Ressemblant davantage à une exhalation qu'à des paroles, les dires du Dalavoï étaient toujours hésitants. Flavien espérait bien que ceci change au cours des jours qui suivraient.  

" C'est rien. " Répondit-il en levant sa main devant les yeux de la créature " C'est déjà guéri. "

Les mains de Flavien étaient maculées de petites cicatrices, certaines causées par Khi'del, d'autres par la lame de son coutelas lorsqu'il oubliait que des années d'expériences ne le mettait pas à l’abri d'un accident, mais il était clair que le faux-pas du Dalavoï n'avait pas coûté à Flavien l'un de ses doigts. Malgré cela, le serpent ailé s'excusait à chaque fois d'un air penaud. La peur que ressentait le Dalavoï prenait le dessus sur la confiance naissante qu'il accordait à son cavalier dès lors que Flavien s'engageait dans des soins plus envahissant qu'un simple contrôle de surface. Collé au My'trän la majorité du temps, Khi'del refusait de laisser le soigneur s'éloigner, et pourtant il craignait son toucher. Même un acte aussi banal que celui de démêler les plumes de vol de la créature demandait énormément de temps. Il suffisait que le soigneur retire une plume abimée pour que le Dalavoï réagisse au quart de tour. A ce rythme, il mettrait quelques heures à s'occuper des ailes de l'imposante créature.

" Tu es d'accord pour qu'on reprenne ? "

Sans un mot, le Dalavoï étendit l'une de ses ailes vers la main ouverte du soigneur. Expirant lentement, Flavien se remit au travaille, démêlant précautionneusement les larges plumes de son compagnon de voyage. Le Dalavoï frissonna lorsqu'une énième plume s'accrocha aux doigts du mage avant de tomber pitoyablement au sol, mais il ne bougea pas outre mesure, les yeux résolument fixés sur le ciel. Flavien sourit en coin devant cette réaction et repris avec un peu plus d'en train sa tâche. Lentement, il brossait les ailes de l'imposant serpent, promettant de ne s'arrêter d'une fois les plumes brisées débarrassées des ailes du Dalavoï. Leur fuite vers My'trä n'avait pas arrangée l'état des ailes de Khi'del; veiller à ce que les plumes de vols repoussent sans difficultés était la moindre des choses.

Comme il s'y était attendu, son travail sur les ailes du Dalavoï prit une grande partie de la matinée et s'étendit jusqu'à la moitié de l'après-midi. Quelques morsures malencontreuses et un petit tas de plumes brisées plus tard, Flavien pouvait enfin admirer le résultat de ses efforts. Les ailes de Khi'del avaient l'air beaucoup plus saines que ce matin, les plumes ramenées avec patience dans une direction plus adaptée à leur fonction. Les démangeaisons qui accompagneraient la repousse des plumes sacrifiées devraient être bien plus supportables que la douleur qui lançait les ailes du Dalavoï en plein vol. Dire que celui-ci avait réussi à les conduire en My'trä sans jamais se plaindre.

Une fois Khi'del enroulé sur lui-même, ses ailes ramenées au plus près de son corps plutôt que pendantes misérablement de part et d'autres, Flavien s'étira longuement, faisant craquer ses os au passage. Après être resté concentré aussi longtemps, il avait besoin d'une minute de tranquillité. Se redressant lentement, il épousseta ses vêtements pour en chasser les débris de plumes et de duvet dont il avait débarrassé le serpent ailé. Les plumes collaient au manteau de facture Daënare qu'il avait conservé depuis son départ en trombe de Rathram. Il pourrait bien frotter l'étrange cuir avec toute la volonté du monde, il n'arriverait sans doute pas à se débarrasser complètement des poussières qui avaient accrochées sa veste.

Abandonnant l'idée de rendre à son manteau son éclat original, il s'installa à l'ombre d'un arbre pour observer le ciel. La journée avait passé plus vite que prévue et l'après-midi toucherait rapidement à sa fin. Au final, l'attente n'aura pas été aussi longue.

Depuis ce matin, il pouvait sentir l'impatience et la joie d'Aquila, de plus en plus tangible à travers le lien qui les unissait, ne laissant aucun doute sur le fait que la carnivore se rapprochait petit à petit. En temps normal, il aurait fait la moitié du chemin pour rejoindre son familier, mais il avait Khi'del à prendre en compte à présent, et le Dalavoï avait besoin de se reposer plutôt que de voler sous le soleil quasi-permanent de Kharaal Gazar. Bientôt, il retrouverait Aquila. La pensée aurait dû le remplir de joie, mais pourtant c'était l'inquiétude qui avait gagné son cœur.

Flavien soupira longuement et détacha son regard de l'immensité bleu. Un soupire répondit au sien et le soigneur cligna des yeux, pris de court, avant de réaliser qu'il provenait de son capuchon. Hua s'extirpait de son nid douillet, groggy. Fuyant la lumière, elle se réfugia dans le creux des bras de son mage en grommelant.

" Je suis sûre qu'on t'entends cogiter à trois kilomètres d'ici. " Maugréa la Tairakh " Pourquoi c'est toujours moi que ça dérange ? Selmac a la tête assez creuse, pourquoi c'est toujours moi qui t'entends râler et pas lui ? "
" Bonjour Hua. " Répondit agréablement Flavien en balayant sous le tapis tout ce que la petite carnivore avait bien pu dire.

Elle était toujours d'une humeur meurtrière les quelques fois où il la réveillait malencontreusement en journée.

" Désolé de t'avoir réveillé. "
" Ce qui est fait est fait. " Grommela Hua en baillant de tout son saoule.

Le calme s'installa entre eux. Confortablement installée dans les bras de son maître, la Tairakh s'imprégnait de sa chaleur pendant que l'homme regardait Selmac et Khi'del interagir. L'Aitah s'était donné comme mission d'inviter le Dalavoï à jouer et même si ce dernier était fatigué et méfiant, il faisait l'effort de balancer sa queue de part et d'autre, observant le petit félin tenter de l'attraper sans succès. L'instant était paisible, mais comme toujours lorsqu'Hua était de sortie, il ne dura pas longtemps.

" Tu n'es pas content ? "
" Si. Bien sûr que si. " Se hâta de répondre Flavien.

C'était la vérité après tout. Il avait hâte de retrouver sa fidèle carnivore après ce dernier mois passé à Rathram, à parfois soigner des Nohkois qui lui rappelaient tant Aquila.

" On ne dirait pas pourtant ", Répliqua sagement Hua, moqueuse et inquiète à la fois, " Pourquoi ? Tu espérais revoir quelqu'un d'autre ? "
" Je suis revenu pour Khi'del ", Répliqua Flavien en évitant soigneusement la question détournée de la Tairakh, " Quitte à faire un saut par le Kharaal Gazar... "
" Oui, oui, oui. Soit. ", Le coupa Hua sans gêne, " Mais pourquoi tu as décidé de prévenir Léonie ? Tu aurais simplement pu invoquer Aki et lui dire que tu n'avais pas fini ta mission, qu'elle ne s'inquiète pas de te sentir proche mais qu'elle allait encore devoir attendre avant de te retrouver. Tu l'as déjà fait, avant. "
" Pourquoi, tu n'as pas envie de la revoir, toi ? "

Le ton du soigneur était gardé, ce qui n'empêcha pas son familier de voir clair dans son jeu.

" Cette discussion n'a rien à voir avec qui j'aimerais ou je n'aimerais pas revoir, Flav. ", Roucoula tranquillement la petite carnivore, " Je suis contente de retrouver Aki, elle me manque. Selmac est un piètre chasseur, c'est désespérant. Je dis juste qu'à te voir faire la tête -oui, tu fais la tête, n'essaye même pas de m'interrompre, j'ai raison-, on croirait que tu t'attendais à une réponse de la part de ta correspondante. "
" ...Tu m'agaces parfois beaucoup Hua, tu le sais, ça ? "
" Seulement quand tu m'empêches de dormir parce que tu te prends trop la tête ! ", Assura la petite boule de poils avec un sourire, avant de s'assagir, " Aller. Dis-moi ce qui ne va pas. "

Flavien soupira de plus belle, quittant l'horizon du regard pour observer la Tairakh qui l'observait, les yeux plissés. Signe de curiosité ou simple aversion au soleil qui filtrait dans le feuillage au-dessus d'eux, Flavien n'aurait su dire. Les grands yeux de la carnivore ne lui apporteraient aucune réponse, mais il s'y perdit un moment en songeant à ce qui l'inquiétait tant.

Dans sa dernière lettre, Léonie évoquait un sujet pressant et pesant, duquel elle souhaitait discuter avec lui en toute discrétion. Une bien étrange requête de la part de cette jeune femme qui, s'il en croyait sa mère, avait traversée beaucoup plus d'épreuves qu'elle ne le laissait transparaitre dans ses écrits. Il n'avait pas souhaité presser le sujet dans sa précédente lettre, mais il n'avait pas eu besoin de réfléchir bien longtemps à sa réponse : si Léonie avait besoin d'assistance, il lui apporterait la sienne sans concession. L'idée même de se soucier de la Protectrice le laissait perplexe. Lui qui avait fait une croix sur tout rapport humain après son départ de Valvonta, voilà qu'on le prenait à échanger régulièrement des correspondances. Lui qui n'avait plus pris de nouvelles de ses propres parents depuis des lustres, que devait-il penser de la déception qu'il éprouvait à l'idée de voir débouler Aquila seule dans la plaine ?

Chassez le naturel, il reviendra au galop. Une maxime véritable s'il en était une, et pourtant Flavien avait fait de son mieux pour ne pas céder au besoin humain et pressant de nouer des liens avec ses semblables. Il s'était consacré aux arts, et cela lui avait bien réussi pendant de nombreuses années... Et voici que sa tranquillité d'esprit le quittait au profit d'interrogations dont il n'avait pas la réponse. A quoi bon se torturer l'esprit à propos de ce que pouvait bien avoir Léonie à lui demander ?

" Tu t'inquiètes, voilà tout. "
" Je sais... ", Soupira le My'trän qui s'avouait vaincu pour le moment présent, " Si elle n'a pas pu en parler dans ses lettres, c'est que ça doit être grave. "
" Hmm. Fait-moi penser à remercier Léonie quand tu la reverras. C'est agréable de voir que tu t'inquiètes pour quelqu'un. Peut-être que tu comprendras enfin ce que ça fait, et que tu arrêteras de me donner des sueurs froides en te jetant dans les problèmes. "

La pique de la Tairakh le fit rire doucement et il caressa distraitement le crâne doux de l'animal. Aquila approchait de plus en plus, il pouvait bien remettre à un peu plus tard ses interrogations. La Noikhoi ne manquerait pas de lui donner des nouvelles de son séjour dans la famille Morret.

Une petite heure passa et Selmac, las de chasser l'élusif Khi'del, les avait rejoint à l'ombre. Roulé en boule à ses pieds, l'Aitah s'offrait une sieste bien méritée. Le Dalavoï, lui, s'était rapproché de Flavien, collant son corps frais contre son cavalier, acceptant avec réserve les caresses qui pleuvaient sur le bout de son museau. Le serpent ailé ferma les yeux, ne les rouvrant que bien des minutes plus tard, lorsqu'une exclamation s'échappa de Flavien. Le mage avait les yeux rivés sur une forme qui se dessinait au loin. Ou plutôt, sur deux formes bien distinctes, la première quittant la seconde et filant à toute vitesse jusqu'au soigneur. Aquila, accompagnée de Léonie. Un sourire échappa au My'trän, mais certainement pas à son familier le plus fouineur.

" On dirait bien que j'avais raison. "

Flavien n'eut pas le temps de rétorquer quoi que ce soit à Hua que déjà il se retrouvait avec une Nokhoi déchainée entre les bras. Aquila avait grandi, plus solide et plus vive qu'avant, et elle se faisait une joie de cogner sa tête contre le torse du soigneur qui faisait de son mieux pour l'accueillir sans tomber à la renverse. Un concert de "Flav !" résonnait dans ses oreilles et ce ne fut qu'au bout d'une longue bataille et au sacrifice d'une léchouille pourtant interdite de sa main qu'il réussit à apaiser la carnivore qui se fit une joie d'offrir le même traitement à Selmac et Hua. Les trois familiers se couraient après, visiblement ravis d'être à nouveau réunis. Khi'del, devant tout ce remue-ménage, était allé se réfugier à l’abri des arbrisseaux. Flavien ne pouvait pas lui en vouloir, Aquila avait déboulé comme un boulet de canon, devançant Léonie de plusieurs minutes.

La Protectrice arriva à son niveau avant qu'il n'ait la présence d'esprit de se lever pour l'accueillir. Assis à l'ombre d'un arbre, il rendit son sourire à Léonie, détournant rapidement son attention en réceptionnant Spook qui l'accueilli avec le même enthousiasme qu'Aquila. Heureusement que l'Aitah était un poids plume, ou le soigneur qui ne l'avait pas vu venir se serait rétamé en beauté.

Murmurant un bonjour au petit félin en pleine croissance, il l'observa se détacher de lui pour rejoindre le trio de familiers qui n'avaient pas fini de se retrouver. Une fois leur jeu terminé, ils reviendraient vers eux et accueilleraient certainement Léonie à leur tour. Pour le moment, les deux mages étaient relativement tranquilles. Heureusement, car les salutations que murmurèrent Léonie auraient été bien compliquées à entendre sous le flot des roucoulements d'Aitah et des grognements des carnassiers. Elle le salua brièvement, détournant les yeux pour observer le feuillage derrière lequel s'était abrité Khi'del, lui demandant s'il était la raison de son invitation assez étrange à le rejoindre ici plutôt que directement à son domicile.

Flavien hocha la tête agréablement, perdant son sourire facile en avisant le Dalavoï qui tremblotait dans son coin. Les mouvements brusques un peu trop proches de lui le mettait toujours dans un état second. Il les rejoindrait une fois que tout ce beau monde en aura fini avec les effusions de joie. Effectivement, il était hors de question qu'il s'approche d'une ville tant que son compagnon risquait de se braquer au moindre geste brusque.

- Oui. C'est Khi'del. Répondit le soigneur maladroitement, oubliant totalement les présentations au profit d'une réponse à la question de Léonie, C'est... une longue histoire.

Se décalant légèrement vers la droite, il invita la Protectrice à s'installer à l'ombre en sa compagnie. Léonie s'avança, se délestant de ses affaires pour les poser au sol, à côté du soigneur. Naturellement, le regard du soigneur remonta du sac bien chargé aux mains qui venaient de le déposer par terre, puis aux bras couverts de la Protectrice et enfin à son visage. Elle avait nouée un foulard au bout de sa tresse, le tissu frôlant sa joue.

Les yeux de Flavien s'arrêtèrent un instant sur la chaire meurtrie, boursoufflée et rougie, séquelle d'un jour à la gloire de la paix qui avait marqué les mémoires pour le pire. La compréhension fila dans le regard du soigneur qui n'avait pas besoin d'explications pour comprendre que la brûlure provenait du jour du bal. Dire qu'il avait laissé Aquila aux bons soins de Léonie quelques jours seulement avant le départ de la Protectrice pour Zochlom. Le nombre de blessés avait été important, le nombre de morts tout autant. La brûlure qui marbrait la peau de Léonie avait été traitée au mieux, cicatrice parmi tant d'autres, mais elle était le vestige de la violence du choc subit par la jeune femme. Pour la première fois depuis le début de leur correspondance, il comprenait à quel point Léonie s'était trouvée proche de l'attentat. Sans qu'il le sache, alors qu'il écrivait tranquillement sa première lettre à destination de Busad, leur correspondance n'aurait peut-être même pas eu lieu d'être. Il aurait très bien pu signer sa lettre et la relire, sans comprendre pourquoi il l'avait écrit, ni à qui elle était destinée. Tout comme pour le carnet de Lize, cette lettre aurait été le seul souvenir tangible de leur rencontre.

Les yeux du soigneur trouvèrent ceux de la Protectrice et un poids qui lui serrait la poitrine s'évapora lorsque leurs regards se croisèrent. Il ne pouvait pas changer ce qui était arrivé, mais il n'avait pas à se torturer sur des suppositions. Léonie était bien là devant lui, cette brûlure témoignant des épreuves qu'elle avait traversée. Il n'en toucherait mot, à moins que la Protectrice elle-même décide de l'évoquer.

Flavien opina à la question de Léonie, avant de se raviser et de secouer la tête. Il ne pouvait pas dire honnêtement qu'il avait fait bon voyage. Le vol avait été mouvementé, Khi'del fusant toujours droit devant lui sur plusieurs kilomètres avant de s'assagir. Il avait manqué de perdre Selmac en plein vol et avait lui aussi manqué de tomber plusieurs fois, ne devant sa survie qu'à la vitesse à laquelle allait le Dalavoï. Sans cela, il aurait certainement fait un ultime plongeon dans l'océan qui séparait les deux nations.

- Je n'avais pas prévu de rentrer avant qu'avoir retrouvé les Brandtner, vous savez, Dit-il histoire d'être un peu plus clair, Mais je devais reconduire Khi'del chez lui... Il n'est pas à l'aise dans les endroits peuplés, et comme je ne peux pas le laisser seul pour le moment, je préfère rester en plaine.

Le soigneur jeta un regard en direction du serpent ailé. Ce dernier pointait le bout du museau dans leur direction mais restait résolument caché.

- C'est un Dalavoï. Expliqua-t-il, Il est peureux, mais il viendra se présenter si on lui laisse un peu de temps. Si Spook ne lui saute pas directement dessus, il devrait s'approcher par lui-même.

Evidemment, il fallait qu'il parle du comportement de Spook pour que son propre Aitah se permette un écart de conduite en sautant sur l'épaule de la jeune femme après s'être furieusement frotté contre ses jambes. Les retrouvailles étaient terminées et l'Aitah s'était brusquement souvenu qu'Aquila et Spook n'étaient pas arrivés seuls et s'était donc lancé avec confiance sur Léonie. Le félin cornu tendit le cou pour poser son nez froid sur sa peau. Frottant délicatement son museau contre la joue de la Protectrice, Selmac roucoula en signe de salutation.

Flavien sourit en coin. Aucune hésitation dans la démarche de l'Aitah, juste une grande douceur. Même Hua s'était approchée de la jeune femme pour la saluer, filant se réfugier dans la poche de son maître dès qu'elle fut certaine d'avoir été repérée par Léonie. Hua n'aimait pas qu'on la touche. Seuls ses compagnons familiers et son mage étaient autorisés à l'approcher.

- Content de vous retrouver, Léonie. Dit sincèrement le soigneur en observant Selmac. L'intervention de son Aitah et son accueil par Léonie le rendait un peu plus confiant, Excusez-moi d'arriver à l'improviste... Ah. Installez-vous. Busad n'est pas la porte à côté... J'espère qu'Aquila vous a bien guidé ? Elle oublie parfois que nous n'avons que deux jambes.


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Léonie Morret
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Ven 4 Mai - 19:23
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- «  Une longue histoire qui méritera d’être racontée » fit-elle « mais pas ce soir, c’est ça ? »

Se décalant sur le côté pour déposer ses affaires sur le sol, mais aussi pour trouver un coin confortable ou s’installer. La jeune femme ne put s’empêcher de décrocher un nouveau sourire en direction de Flavien, signe qu’elle n’avait nullement dans l’idée de le brusquer. Avait-elle comme souvenir –même si les lettres avaient prouvés qu’il pouvait être bavard- que l’homme n’avait pas un dépit de parole pouvait provoquer une noyade ou une migraine foudroyante, bien au contraire. Si la protectrice était encore un peu inquiète avant de rejoindre le voyageur, elle fit rapidement rassurée et ravie de ses retrouvailles. Ses deux prunelles claires le détaillaient avec cette simplicité, s’assurant que lui n’avait aucunement connue d’aventure désagréable –physiquement tout du moins- satisfaite de ne trouver ni cicatrice ni marque étrange de visibles, elle s’autorisa un nouveau sourire en sa direction. Croisant son regard, comprenant dans le fond de ses deux billes contemplant sont environnement qu’il avait compris ce qu’elle n’avait pas réellement envie de parler, elle eut ce léger mouvement de recul. Comme-ci, l’idée même qu’il puisse la prendre en pitié lui donnait cette envie de fuir, elle n’était pas faible, elle allait bien. En tout cas, elle n’avait de cesse de se le répéter. Ce fut après ce petit tourment psychologique, que la protectrice de la ville retrouva un semblant de calme, appréciant le fait qu’il n’en parle pas, ne s’autorise pas à poser des questions qu’elle n’était sur l’instant pas prête à entendre.

Léonie s’installa donc simplement sur le sol, cherchant du regard cette nouvelle créature volante que Flavien avait vraisemblablement adoptée. Ne pouvait-il s’empêcher de rapporter une nouvelle bête à chaque nouvelle aventure, visiblement. Plongeant ses doigts dans le sable chaud qui couvrait l’endroit, elle se détendait simplement en le faisant couler d’une main à l’autre, à laisser les grains passer entre ses doigts avant de retomber dans l’immensité du sol le constituant. La my’tränne imaginait volontiers Flavien faire le chemin du retour sur le dos de cet espèce de serpent des airs, allant même jusqu’à presque percevoir les événements amusants que ce moyen de transport plutôt original pouvait provoquer. Là où la présence du croyant avait quelque chose de réconfortant, comme une habitude qui n’en était pas vraiment une, la jeune femme finit par rapidement être déstabilisée et déchanta. Son regard abandonna son occupation pour se fixer sur la silhouette masculine, et l’espace d’une seconde –d’une minute, peut-être plus même-, l’habitante de Busad se sentit ridicule. Avait-elle pensé naïvement qu’il serait revenu prendre de ses nouvelles, ou tout du moins celle d’Aquila, cependant la réalité était tout autre, un peu plus piquante, moins agréable.


- «  Je comprends » se contenta-t-elle de répondre sans avoir finalement l’envie d’en savoir davantage « Je ne peux rien promettre pour Spook » dit-elle plus froidement qu’elle l’aurait voulu «  Vous avez pensé du coup, qu’il serait bien de voir Aquila, autant joindre l’obligation à l’agréable n’est-ce pas ? »

Involontairement, dans un mouvement presque un peu trop spontané, elle avait roulé des épaules. Son regard avait finalement abandonné la silhouette de son interlocuteur pour se concentrer sur son nouveau centre d’intérêt. Le serpent volant. Impossible de vraiment le distinguer à cette distance, comprit-elle simplement que l’animal n’avait pas l’air franchement à l’aise avec les mouvements.

- « Je ne connais pas cette espèce » admit-elle de manière plus courtoise, moins dure « On va essayer de ne pas trop bouger pour l’inciter à venir me dire bonjour en ce cas »

N’eut-elle pas réellement le temps de poursuivre dans son raisonnement qu’une petite boule de poils avait fait son apparition se frottant activement contre ses jambes avant de finalement lui sauter dessus. Évidemment, la protectrice avait accueilli Aitah dans un grand sourire, le rattrapant convenablement et camouflant une légère grimace provoquée par l’appui de l’animal sur certaines cicatrices encore un peu trop récentes pour être parfaitement indolore.

- « Salut toi » fit-elle en le laissant toucher sa joue de sa truffe humide retirant de se fait le foulard protecteur

Redéposant, la petite créature sur le sol, non pas sans une pluie de caresse et de sourire affectueux, Léonie se contenta de faire un petit signe de tête dans la direction de Hua, ne cherchant pas à la toucher. Chaque chose en son temps pensait-elle.

- «  Bonjour, la destructrice de village » s’autorisa-t-elle comme salutation humoristique en sa direction, sans être convaincue qu’elle était en mesure de la comprendre

Une fois la petite carnivore disparue dans la poche de Flavien, Spook réapparut joyeusement, s’installant sur les jambes de sa maîtresse, non pas sans cacher cette envie de plus en plus présente de sauter sur Flavien. Spook semblait sincèrement heureux de retrouver le bipède, mieux, il n’avait même pas réussi à résister trop longtemps avant de venir s’installer sur l’homme, abandonnant lâchement sa maîtresse. Aucun doute que le petit être finirait par repartir jouer, n’avait-il pas encore remarqué le nouveau compagnon de route de Flavien, sans quoi serait-il déjà en train d’essayer de faire connaissance. C’est dans cette ambiance plus légère, plus agréable aussi, que l’interlocuteur principal de la protectrice admit être heureux de la revoir, là où normalement Léonie aurait accepté mot pour mot la formulation, cette fois-ci elle ne put s’empêcher d’y voir une simple phrase de politesse, rien de plus.

- « Non ça va » répondit-elle dans un premier temps « Je dois bien admettre ne pas avoir eu beaucoup de soutien » poursuivit-elle en appuyant son regard sur Spook « Le rythme d’Aquila est très bien, il permet de forcer l’endurance, cela ne peut être que bénéfique, surtout dernièrement » souffla-t-elle simplement, sans rentrer dans les détails.

Retirant définitivement le foulard de sa tête, dévoilant ainsi complètement cette brûlure terminant de cicatriser au niveau de sa joue droite. S’étirant un peu, se laissant finalement tomber sur le sol pour se retrouver allonger sur le dos, la my’tränne replia sa jambe avant de se concentrer sur les couleurs qui illuminait encore le ciel.

- «  Et si vous me racontiez de vive voix votre aventure ? Et vos rencontres, j’ai cru comprendre dans vos lettres que finalement, certaines personnes étaient agréables là-bas ? Avez-vous eu de la chance, je suppose. Je suis vraiment contente de savoir que vous n’avez pas fait de mauvaise rencontre. »

Attentive, la jeune femme était hésitante, sentait-elle ce besoin inexplicable de dire ce qu’elle avait sur le cœur, sentait-elle ce besoin d’avis extérieur, loin de la ville, loin de Zaël, de sa mère ou encore du soigneur qu’elle avait eus. Pourtant elle n’osait pas encore formuler quoi que ce soit, un simple soupir avait fini par s’échapper de sa bouche, alors qu’elle fermait les yeux pour se concentrer sur le timbre de la voix du voyageur.

- «  Flavien… » finit-elle par murmurer, le coupant certainement dans sa lancée « Avez-vous eu l’impression que la guerre grondait dans l’ombre là-bas ? Ou est-ce que chacun poursuit son chemin sans réellement se soucier des événements récents ?  »

Parce qu’ici, même si tout le monde faisait tout pour que rien ne change, tout avait changé, du moins aux yeux de Léonie, dans son propre esprit même. N’aimait-elle plus les étrangers, avait-elle toujours cette méfiance beaucoup trop prononcée, beaucoup trop prenante… Et puis il y avait eu cette bombe au bal et cette tentative de meurtre sur le Primo Gharyn… Dans les deux cas, n’avait-elle pas eu l’impression de réussir dans quoi que ce soit. Était-elle trop faible, ou bien trop pacifique pour parvenir à protéger son peuple ?  



Spoiler:
 


Léonie vous parle en #ff9933
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Flavien Teleri
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Sam 5 Mai - 13:40
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Il était de retour afin de joindre l'utile à l'agréable, Léonie avait vu juste. Quitte à survoler les terres My'trännes en direction des hauts plateaux, autant s'arrêter pour donner de ses nouvelles à son familier, clairement heureuse de le retrouver, ainsi qu'à la jeune femme qui avait si gracieusement acceptée d'en prendre soin. Rien de plus naturel que de faire un crochet par les terres ensoleillées de Kharaal Gazar, même s'il n'était pas sans ignorer ce que Hua avait si sournoisement supposé. Pour le moment, Flavien était simplement rassuré de voir que la Protectrice ne lui tenait pas rigueur pour son retour anticipé. Elle devait certainement être occupée, et il ne voulait surtout pas qu'elle pense qu'il allait reprendre la route avec Aquila dès demain. Si elle le souhaitait toujours, elle allait devoir la garder auprès d'elle encore un petit moment.

La jeune femme haussa les épaules à sa réponse, une action qui le fit sourire malgré lui en réalisant qu'elle n'avait pas perdu ses anciennes habitudes.

Finalement assez proche pour apercevoir le museau tremblant qui dépassait des feuillus, Léonie inspecta Khi'del -ou du moins ce qu'elle pouvait bien en voir- un petit moment, proposant de se faire le plus discret possible pour inciter le Dalavoï à sortir de sa cachette. Très bonne idée que celle-ci, mais chose relativement peu aisée lorsqu'on était pris d'assaut par plusieurs animaux en même temps comme l'était à présent Léonie.

Selmac s'était fait une joie de retrouver la propriétaire de son cadet et acceptait avec bonheur les nombreuses papouilles offertes par Léonie. Déposant le félin au sol, elle salua de loin Hua, venu l'observer en coin. Une petite pique, gentillette venant de sa part, lancée en direction de la Tairakh et Hua s'éclipsa rapidement. Trouvant refuge dans la poche de son mage, elle gloussa de contentement en sentant la présence d'Aquila non loin d'elle. Elle allait se reposer encore un peu, afin d'être prête pour la partie de chasse mémorable que ne manquerait pas de lui offrir la canidé, une fois la nuit tombée.

Avec l'attention de Léonie occupée par d'autres animaux que lui, Spook, se sentant certainement délaissé, s'installa sur les genoux de Flavien. Ronronnant de contentement à l'idée d'être l'unique centre d'intérêt du soigneur, il s'empressa de jouer avec les doigts que Flavien faisait passer devant ses yeux, juste assez haut pour éviter d'accrocher l'une des griffes du petit félin. Ce dernier abandonna la traque lorsque la main libre du My'trän se posa sur son dos, effectuant un mouvement lent mais imprimé, le débarrassant des poils morts tout en lui offrant qu'équivalent d'un massage bien calibré.

Détachant son regard de l'Aitah, Flavien hocha la tête aux paroles de Léonie. Elle avait fait bon voyage, même si elle avait certainement dû transporter son compagnon cornu sur ses épaules durant la majeure partie du trajet. La confession arracha un sourire en coin au soigneur qui connaissait parfaitement ce problème. Spook et Selmac étaient des poids plumes tous les deux, mais ils n'en restaient pas moins une sacrée charge à transporter, au fur et à mesure que les heures s'écoulaient. Flavien se rappelait du temps où Selmac était encore jeune et se couchait toujours sur la même épaule, forçant le My'trän à lui enseigner l'art de changer de temps en temps de place. Epaule préférée ou non. Même un petit kilo pouvait commencer à peser son poids, surtout lorsqu'on se bornait à ne pas le déranger lorsqu'il roupillait.

Une fois à son aise Léonie s'étira, dépliant ses jambes et ses bras pour s'allonger dans l'herbe à ses côtés. Assis en tailleur auprès d'elle, Flavien l'observa un instant, tandis qu'elle regardait le ciel où le soleil déclinait doucement. La jeune femme s'était débarrassée de son foulard, dévoilant l'étendue de sa brûlure qui, non contente de s'arrêter à sa joue, semblait se propager plus loin, derrière un tissu qui les gardait à l'abri des regards indiscrets.

Les séquelles de ce jour fatidique, le souffle un peu court de l'endurante Protectrice... Il pouvait lire ces signes clairs comme de l'eau de roche, mais là où la désinvolture lui aurait permis d'en demander plus impunément, il n'était plus très sûr de lui aujourd'hui. Avait-il perdu pied ? S'était-il habitué à pouvoir réfléchir longuement avant chacune de ses réponses par écrit, le laissant sur le carreau maintenant qu'il n'avait plus la possibilité de méditer sur ses paroles quelques minutes avant de les énoncer ? Il n'avait pas rencontré pareil souci avec qui que ce soit d'autre. Parallèlement, il n'avait pas échangé de lettres avec qui que ce soit d'autre que la Protectrice allongée près de lui.

Le ciel que fixait Léonie était bleu, tirant sur le rose en cette fin de journée. Il était le même qu'en Daënastre, la seule différence étant que, là où il pouvait désormais contempler l'immensité des cieux, les créatures de passage et s'amuser des formes et des couleurs des différents nuages, le ciel Daënar était plus chargé. Machines volantes et créatures immenses s'y croisaient dans un balai aérien bien réglé, mais, fondamentalement, il s'agissait du même ciel. Flavien l'observa un instant, la main perdue dans le pelage de Spook qui ne perdit pas de temps pour lui mordiller le poignet, lui rappelant de ne pas juste poser sa main sur lui, mais de s'activer à reprendre ses caresses. Le mordillement le ramena à la l'instant présent juste à temps.

Léonie lui demandait de lui conter son court séjour sur les terres Daënares, soulignant qu'elle était soulagée qu'il ne lui soit rien arrivé de grave en terre inconnue. Il supposait que, dans ses lettres, il n'avait pas appuyé sur la facette la plus cruelle de la vie sur l'autre continent. Pour ne pas inquiéter à tort Léonie, ou plutôt pour se convaincre qu'il avait bien fait de tenter sa chance sur l'autre continent ? Pour se rassurer que la famille qu'il cherchait à retrouver faisait partie de ces gens honorables qu'il avait rencontré, et pas de l'autre portion de la population ? Flavien n'était pas sûr de la réponse.

Le soigneur passa une main dans ses cheveux, ramenant sa chevelure épaisse sur son épaule et prenant appui contre l'arbre qui l'avait abrité du soleil tapant quelques heures auparavant. Il avait rencontré pas mal de monde à Vereist puis à Rathram. La crème d'une population curieuse mais ouverte, comme des êtres bien plus abjects.

- Certaines personnes étaient agréables, oui. Débuta-t-il, choisissant de commencer sur une note légère, Le personnel de Kali'ns, en particulier. Il y travaille un jeune homme, Merian, qui se consacre exclusivement aux soins les plus délicats. Il créé des prothèses pour les créatures prises dans des pièges, ou grièvement blessées. Grace à lui, elles retrouvent la liberté de leurs mouvements. Il en savait visiblement plus que moi sur le soin, pourtant il n'a jamais été tenté de me prendre de haut. Au contraire, je pense que l'art des guérisseurs l'intéressait réellement.

Léonie soupira et le soigneur s'interrompit. La jeune femme semblait lasse... l'ennuyait-elle ? Etait-elle fatiguée ?

La voix de la My'tränne le tira de sa contemplation et il hocha la tête à l'entente de son prénom. Evidemment, allongée sur le sol, les yeux fermés, Léonie ne pouvait pas deviner qu'il l'écoutait. Cela n'empêcha pas la jeune femme de continuer sur sa lancée, lui demandant d'un souffle s'il avait pu sentir la guerre gronder dans les cœurs des cités, si les évènements traumatisant qu'elle avait traversée avaient marqués les mémoires comme ils avaient certainement marqué la sienne au fer rouge. Une question épineuse, dont la réponse pouvait sembler simple à son échelle, mais qui ne l'était pas tant que ça.

Flavien croisa le regard de la jeune femme qui avait certainement ouvert les yeux devant son absence de réponse. Elle le regardait avec intensité, tirant un trait définitif sur une éventuelle fatigue de sa part. Le soigneur secoua une nouvelle fois la tête, se risquant à répondre à cette question délicate, qui en cachait tant d'autres.

- Je n'ai pas rencontré les dirigeants de ce pays, mais pour tout vous dire, de ce qu'en disent les habitants des grandes cités, beaucoup mettent ces derniers évènements sur la tête de notre peuple. Commença-t-il lentement, Du côté du peuple que j'ai côtoyé au quotidien... beaucoup préfèrent oublier ces derniers mois et ignorer les rumeurs, mais presque autant mettent un point d'honneur à défendre les couleurs de leur patrie, quitte à jeter la pierre au premier My'trän venu.

Il conta à Léonie son expérience, sans barrière et sans retenu, comme il l'aurait fait avec toute autre personne capable de supporter son honnêteté. La flamme qui brillait au fond des yeux de la My'tränne le confortait dans l'idée qu'il n'était peut-être pas judicieux d'y mettre les formes.

Des contrôles de papiers incessants, aux murmures à son passage, en passant par les conversations qu'il surprenait en vacant à ses occupations quotidiennes, il était clair que même à Rathram, la paix n'était plus une évidence pour tous. Il lui avait toujours semblé que les My'träns craignaient les Daënars, à juste titre. Naïvement, il avait pensé qu'il en valait de même du côté des technologistes. Une sorte de respect mutuel des forces de chacun. La vérité était toute autre du côté des Daënars les plus acharnés. Poursuivant son récit, Flavien évoqua ceux-ci ne voyaient qu'une bande de sauvage à peine capable de survivre par eux-mêmes. Un peuple de dangereux admirateurs de divinités disparues, méritant d'être réformé, ou, mieux encore, de servir les intérêts technologiques. Ces discours, il les avait toujours regardés avec un détachement obligé. S'il commençait à croire en la malveillance d'un peuple tout entier, il ne pourrait pas se rendre à nouveau sur le continent sans se poser de sérieuses questions sur ses véritables intentions.

- Mais ce sont les actes et les paroles d'une minorité, par rapport à l'ensemble de la population, Termina-t-il, Les gens que j'ai croisé... Beaucoup n'évoquent plus les attentats, préfèrent ne pas y penser et continuer leur vie sans s'occuper de l'Etat voisin. Mais la méfiance est là, et la moindre accusation envers un My'trän est rarement remise en cause.

Léonie lui avait demandé plus tôt s'il avait fait un crochet par le Kharaal Gazar histoire de joindre l'utile à l'agréable, et il avait répondu par l'affirmative. La vérité était peut-être un peu plus complexe. Khi'del venait d'un peu plus loin, né dans les hauts plateaux de la région. En soit, il n'aurait pas eu besoin de faire un crochet par l'Est de My'trä. Etait-ce sa Nokhoi qui lui manquait tant, où ce besoin nouveau de démêler le fil de ses pensées en conversant avec la Protectrice ?

Au fond, le soigneur connaissait bien la réponse. Il lui arrivait de passer bien plus longtemps loin d'Aquila. Deux mois ne représentaient pas grand-chose dans la vie d'un nomade. D'ailleurs, en parlant de la carnivore, bien que celle-ci se soit couchée entre les deux mages qu'elle avait adoptés, elle était collée aux pieds de la Protectrice. Aquila n'avait qu'un maître, mais elle faisait partie d'une meute et, pour le temps venu, il semblait qu'elle avait jugé que l'absence de Spook sur les genoux de sa maîtresse légitime valait bien qu'elle lui tienne compagnie.

Flavien passa une nouvelle fois une main dans ses cheveux. Faire l'exposé du ressenti de tout un peuple était suffisamment compliqué en temps normal, alors pour un homme qui avait du mal à lire ses compatriotes, le challenge était d'autant plus évident.

- Certains vivent dans la crainte de l'affrontement, s'enfermant dans la peur des mages. D'autres se réjouissent d'être entendu, de propager leurs idéaux... L'attentat leur a donné une munition en faveur de la guerre. Pour ces gens, elle n'a jamais été un moyen, mais plutôt une fin.

Sur cette conclusion un peu sèche, Flavien se tut. Il avait répondu avec sincérité, avec la même objectivité donc il faisait habituellement preuve. Il n'ignorait pas que Léonie cherchait à savoir autre-chose que le ressentit des Daënars. Elle en savait sans doute plus que lui sur l'état d'alerte dans lequel se trouvaient les deux continents. Non, quelque chose d'autre se jouait entre eux, et Flavien était bien démuni.

On lui avait enseigné à traiter les maux, mais jamais, en autant d'années d'apprentissage, n'avait-il été question de mots. Et pourtant, c'était eux qui lui faisaient à présent défaut. Il savait bien que la jeune femme ne lui avait pas posé cette question par hasard : il n'avait pas été présent pendant le bal, il ne savait pas ce qui lui était arrivé. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était supposer, et le soigneur ne s'y risquait jamais sans raison. Elle s'en était tiré, là où tant d'autres avaient perdu la vie. Un dénouement heureux alors qu'il aurait pu arriver le pire. Tout comme à Khi'del, qui avait manqué de peu de mourir aux mains de ses tortionnaires... Mais plutôt que d'y voir une victoire, l'expérience lui laissait un arrière-goût amer. Alors se retrouver à la place de la jeune femme... Flavien ne l'imaginait pas.

- Que peu de gens se soucient de connaitre la vérité sur ce qui est arrivé... est-ce que c'est l'impression que vous ayez ?

Accompagner la réflexion de Léonie, l'inviter à s'ouvrir comme elle le lui avait permis il y a quelques mois, n'était pas tâche aisée. Malgré le voile d'impassibilité dont elle se drapait à présent, tout ce que Flavien pouvait faire, c'était lui renvoyer sa propre question et espérer que c'était ce qu'elle attendait de lui.


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Léonie Morret
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Lun 7 Mai - 12:56
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Flavien avait entamé un début de récit, s’apprêtant très certainement –de bon cœur ?- à faire le résumé de son aventure en territoire hostile. La jeune femme aurait réellement voulu l’écouter, réellement faire silence et ne pas s’autoriser à le couper, mais étrangement, elle n’y parvenait, étrangement, elle voulait autant ne rien savoir que tout écouter dans le moindre détail. Les yeux fermés, concentrée sur la sonorité de la voix du voyageur, Léonie ressassait mentalement les derniers événements, l’incident du bal et les conséquences qu’elles avaient entraînées. L’évidence s’imposa alors dans son esprit, elle ne souhaitait pas entendre un récit adouci, coloré ou teinté du plaisir de la découverte, non. La protectrice avait besoin de savoir si quelque chose se tramait dans l’ombre là-bas, si une nouvelle attaque aussi dévastatrice était envisageable, si les faits passés allaient finir par redevenir présent, si comme elle commençait à l’appréhender, la guerre était beaucoup plus proche que ce tous voulaient bien croire. C’est dans cette optique le prénom de Flavien lui avait échappé, dans un murmure, presque dans un supplice, avait-elle sincèrement besoin qu’il soit honnête qu’il lui raconte ce qu’il avait cru entrapercevoir ou au contraire la rassure. Ne percevrait-il certainement pas les choses de cette manière.

Dans un premier temps, pour la plus grande insatisfaction de la my’tränne, son interlocuteur resta sans réponse, silencieux. La situation l’obligea à se hisser sur ses coudes, à ouvrir les yeux pour aviser l’homme dont la question semblait avoir mis en déroute le croyant en deux architectes. Un début d’explication s’enclencha, et finalement la constatation brutale qu’il aurait été mieux pour Léonie d’ignorer certainement chose s’imposa rapidement. Les sourcils de la protectrice se froncèrent, alors qu’il expliquait que son peuple était reconnu pour la plupart coupable des événements. Était-il cohérent dans leurs façons de penser ? Avait-il pris en considération que le peuple my’trän était malade au contact de la technologie ? Ses lèvres s’entrouvrirent, laissant penser qu’elle allait s’exprimer, mais aucun son ne s’échappa de ses lèvres, alors qu’elle se laissait retomber sur le dos, ruminant cette haine nouvelle qu’elle ne comprenait pas. Comment un peuple pouvait choisir d’ignorer autant de morts, comment un peuple pouvait décider alors qu’eux se souvenaient des défunts perdus de passer outre, de jouer l’animal la tête dans le sable, de fermer volontairement les yeux ?

C’était dur à encaisser, difficile à comprendre pour celle qui s’était retrouvée en plein milieu de l’événement, pour celle dont l’odeur de la chair brûlée hantait encore ses nuits, dont les hurlements des personnes agonisantes se répétaient sans cesse dans les moments de calme que la journée lui offrait parfois. Un soupir encore s’exfiltra des lèvres la protectrice, alors que ses yeux avisaient ce ciel bleu avec sévérité, alors qu’elle semblait incapable de prendre le recul suffisant contrairement à auparavant. Fronçant de nouveau les sourcils, elle tentait de comprendre, d’entendre cette vision différente de la sienne. Là-bas aussi il y avait des innocents après tout, là-bas aussi il y avait des extrémistes, peut-être qu’ici aussi… Alors…. Non. À chaque fois, qu’elle semblait sur la voie de la compréhension, la mort s’imposait de nouveau dans son esprit, la souffrance, la douleur et la culpabilité devant cette liste qu’elle avait tenté de mémoriser de toutes les personnes qu’elle n’avait pas pu sauver. Une protectrice qui ne sauve pas son peuple dans un moment crucial, quelle douloureuse ironie.

Léonie se surprise à tapoter sa main sur l’herbe, une demande silencieuse qu’elle avait pris l’habitude d’avoir avec Aquila. Celle-ci avait fini par se rapprocher de la jeune femme, déposant sa tête sur son buste, laissant entendre sa respiration, qui étrangement semblait l’espace d’un instant, apaiser la jeune femme. Léonie avait simplement déposé sa main sur la créature, caressant les écailles avec une certaine délicatesse, laissant jouer ses doigts sur la créature, sans véritable se soucier de l’image qu’elle devait offrir. Elle était soucieuse, n’aimait-elle pas mentir, en avait-elle peut-être déjà marre de jouer la carte des faux semblants, n’avait-elle pas envie de poursuivre cette illusion en compagnie de Flavien. Quoi qu’il en soit, elle resta silencieuse, les yeux rivés sur ce ciel bleu qu’elle maudissait, cherchant du réconfort auprès d’un animal qu’il ne lui appartenait au fond, même pas, et qui l’abandonnerait très certainement pour repartir avec son maître quand cela serait possible. La conversation se terminait par une question et ce fut une nouvelle fois le silence qui y répondit dans un premier temps.

Léonie ne se comprenait pas, plus, elle qui était dynamique, qui poussait les individus vers la bienveillance, le respect de l’inconnu, qui souriait souvent et qui appréciait sincèrement exercer son métier… Tout semblait avoir changé pour la jeune femme. Beaucoup trop. Une nouvelle fois un soupir avait fui ses lèvres, alors que ses doigts poursuivaient ce semblant de caresse sur les écailles de la carnivore. Léonie ne voulait pas inquiéter Flavien et tenta de se ressaisir, tenta de faire ce qu’elle faisait depuis un moment déjà, offrir ce qu’on attendait d’elle. De la bienveillance, des mots rassurants.


- «  Je ne sais pas » fit-elle simplement « Il est vrai que beaucoup se pose des questions ici, les morts ayant été oublié, le problème n’est pas aussi important je suppose que chez l’autre continent.»  Elle s’arrêta un instant « Tout change sans vraiment changer, Busad reste une ville ouverture aux autres, malgré le renforcement des frontières entre les continents. Les protecteurs sont plus prudents aussi et la formation est un peu différente, elle amène déjà doucement à un climat de méfiance, tout en gardant l’objectif de conserver l’image de la ville bienveillante, chaleureuse et accueillante »

Léonie ne parlait pas d’elle, ni de son ressenti propre, elle avait fait le choix de parler au nom de la protectrice et non pas au nom de Léonie Morret, la femme qui se trouvait dans l’attentat. Une posture qui s’était voulue protectrice vis-à-vis de Flavien. Comment pourrait-elle lui dire, comment pourrait-elle lui expliquer ce qu’elle avait vu ressenti, comment pourrait-elle juste sous-entendre que tout la hantait, comment ? Par lettre tout aurait été plus simplement, elle n’aurait aucunement pu voir sa réaction ni sentir un potentiel jugement. Comment dire à celui dont l’ancienne amante était une femme de l’autre territoire qu’elle commençait à détester profondément ce peuple ?

- «  Il y a d’autres événements » fit-elle un peu trop brutalement « Un… » elle hésita, soucieuse « Un étrange de l’autre continent à tenter de tuer le primo-gharyn. » était-ce peut-être aussi cette raison-là qui causer son trouble, sa haine naissante « Il n’a pas été méfiant malgré l’attentat, malgré… » sa mâchoire c’était contracté, lui en voulait-elle énormément de son imprudence « Les protecteurs n’étaient pas là, il était seul, cela aurait pu être dramatique. »

Ce fut de nouveau le silence, alors que les mots se répétaient dans son esprit, alors que la culpabilité ne se faisait que grandissante. Léonie ne supportait pas l’échec, ne supportait pas de ne pas être capable de protéger ceux pour qui elle avait donné sa vie et pourtant, depuis l’événement du bal, depuis tout ça, elle n’avait de cesse l’impression de faire face à des échecs. N’était-elle peut-être plus en mesure de faire son travail ? Etait-il peut-être temps de prendre un peu de recul, de distance ? Même cette idée lui semblait irréalisable. Non, le véritable problème n’était pas les étrangers, quoiqu’un peu quand même le véritable problème était le comportement du Gharyn.

- « Je ne sais plus quoi faire » souffla-t-elle horriblement sincère pour la première fois de la conversation « Zaël est inconscient… » confirma-t-elle dans un murmure « Il…Il ne prend pas en compte le risque et l’importance de son statu, déjà au bal…Je… » elle l’avait sauvée oui, malgré les mots qu’il avait prononcés, elle avait fait le choix de le sauver lui plutôt que les autres, elle l’avait protégée autant qu’elle le pouvait jusqu’au bout de ses capacités « Comment faire comprendre à un Primo-Gharyn qui n’est que bienveillance et insouciance que les temps changent ? » questionna-t-elle sans avoir nécessairement besoin d’une réponse

Léonie fit silence alors que son cœur s’était mis à battre bien trop fortement dans sa poitrine, alors que ses brûlures lui donnaient l’impression de la consommer sur place, alors que… Un soupir encore, alors qu’elle se redressait sur ses coudes pour observer Flavien, obligeant Aquila à se repositionner. Léonie avisa longuement Flavien, cherchant des réponses et fit pour la première fois le choix de s’ouvrir, d’être honnête, de ne pas mentir.

- « Je me sens impuissante… Je n’arrive pas à oublier l’odeur de la peau qui brûle, les hurlements, les supplications… Je n’arrive pas à oublier ma peur de ne pas réussir à sauver le Gharyn, ni même la sensation qui prend possession de mon corps à ce moment-là… je n’arrive pas à lui pardonner de ce mettre en danger, alors que j’ai fait le choix de le sauver lui, en laissant mourir autant d’autres, par choix, par nécessité…. Je… » Elle fit une pause « Flavien, je ne me reconnais plus. » avoua-t-elle de cette façon désarmante « Je me méfie des étrangers, j’ai l’impression que la guerre arrive et que personne n’en prend conscience... Je n’ai plus l’impression que le Gharyn gouverne convenablement… Il refuse de voir ce qu’il y a sous ses yeux… »

Oui, elle qui était celle qui devait le plus défendre Zaël, qui aurait hurlé à qui voulait l’entendre que l’homme était un bon dirigeant, cette fois-ci commençait à en douter.

- «  J’ai peur que son aveuglement apporte la mort sur Busad… Que le peuple en souffre, j’ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas parvenir à sauver tout le monde… Je n’ai déjà pas réussi au bal, alors ici… » elle ne s’arrêtait plus, libérant les pensées qu’elle avait soigneusement enfermées, soigneusement choisi d’oublier, c’était douloureux et libérateur d’en parler « Suis-je folle ? Ai-je perdu quelque chose d’important ? Je ne comprends pas... » puis elle finit par se taire murmurant des excuses « je suis désolée… Je ne devrais pas vous parler de tout cela… À vous… qui voyagé… Ne suis-je définitivement pas une bonne compagnie, pardonnez-moi.... Je devrais plutôt vous questionner sur votre voyage, les différences entre ici et là bas et vos découvertes sur votre disparue...
»




Léonie vous parle en #ff9933
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Flavien Teleri
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Dim 13 Mai - 22:39
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Léonie avait à peine décoché quelques mots depuis son arrivée. Elle qui s'évertuait d'habitude à raviver la conversation pendant les temps creux tombait à présent dans le silence. Non pas que la jeune femme soit particulièrement bavarde : au contraire, elle semblait apprécier comme lui les moments de calme, le simple fait de se trouver en compagnie de quelqu'un sans forcément chercher à meubler l'espace par des conversations sans queue ni tête. Pourtant, la Protectrice était bel et bien du genre à animer les conversations. Avec sa façon bien à elle, Léonie avait les mots justes pour mener une discussion vers l'avant. Ou du moins, elle avait semblé être ce type de personne durant les quelques semaines où ils s'étaient côtoyés.

Aujourd'hui, son comportement était tout autre. Elle écoutait patiemment, ne commentant pas les dires du soigneur. Le visage fermé, Léonie ne réagit pas vraiment aux dires du voyageur, ne répondant pas naturellement au sourire poli et vite avorté qu'avait tenté d'afficher Flavien. D'habitude, Léonie était curieuse. Elle était la première à demander des précisions, ou à soulever des détails nébuleux pour les éclaircir. Flavien cligna des yeux à cette pensée intrusive. D'habitude. Comment pouvait-il dire cela d'une personne qu'il connaissait à peine ?

Concluant son exposé par un juste retour de question, le nomade se mura à son tour dans le silence, attendant une quelconque réaction de la part de Léonie.

La Protectrice exhala, un soupire las et désabusé. Elle caressait Aquila d'une main distraite, comme une habitude dont elle n'était pas entièrement consciente. Flavien se rappelait bien combien la jeune femme avait douté de la douceur de la Nokhoi lors de leur première rencontre. Habituée à son Aitah aussi casse-cou que petit, la carnivore représentant un tout autre monde, et pourtant cette dernière était à présent collée à la Protectrice, bien décidée à tenir compagnie à la jeune femme malgré le retour de son maître. Aquila aussi avait changé. Elle qui n'avait pas très bien pris le départ de Flavien, elle s'était visiblement attachée à sa famille d'accueil sans distinction de statut. Léonie faisait partie de sa meute à présent.

Flavien observait l'interaction silencieuse entre les deux. Léonie ne se sentait pas le besoin de surveiller Aquila tout en la caressant, la mâchoire impressionnante de la Nokhoi ne l'empêchant absolument pas de passer ses doigts à quelques centimètres des dents tranchantes de la créature. Tellement de choses s'étaient passées en si peu de temps et, à voir le comportement protecteur qu'adoptait Aquila à présent, Flavien ne connaissait pas la moitié de ce qui était arrivé.

Finalement, avec l'assurance d'avoir l'appui de la reptile à ses côtés, Léonie répondit à la question qui lui avait été posée à reculons. Désabusée, elle soulignait le désintérêt du peuple, causé en partie par l'oublie d'une grande partie de la nation. Cette bénédiction qui, à bien y réfléchir, n'en était peut-être pas une. D'un côté My'trä oubliait tandis que Daënastre s'armait pour le combat. Un affrontement inévitable aux yeux de certains, une pure folie pour d'autres : le résultat d'un acte de guerre ignoble que l'une et l'autre nation refusait de s'approprier et ne comptait pas oublier de ci tôt.

My'trä s'engageait sur une pente glissante qui risquait de la faire tomber de Charybde en Scylla. Pour ce qui était de la position des peuples, bien évidemment Busad ne changerait pas entièrement sa façon d'envisager ses relations au monde, même en l'honneur de vies perdues tragiquement, oubliées aussitôt qu'elles s'éteignaient. Pourquoi le ferait-elle ? Ce serait prouver à tous que l'esprit ouvert de la cité n'était qu'une façade, reluisante mais fausse. La bonté d'un peuple qui s'était toujours défendu de jeter la première pierre sur le continent d'en face, s'attirant les foudres du peuple des admirateurs de Dalai, ne pouvait flancher aux premiers signes d'hostilité, aussi meurtrier qu'il fut. En revanche, Busad ne pouvait pas non plus rester les bras ballants devant une telle situation. La prudence était de mise.

- Je vois. Murmura Flavien lorsque le silence s'installa, Daënastre n'est pas la seule à renforcer sa sécurité intérieure. J'imagine que tant que la lumière ne sera pas faite sur cette affaire, un coup d'état n'est pas à écarter. Après tout, Zaël était présent ce jour-là.

A l'évocation du Gharyn, Léonie l'interrompit un peu brusquement. Flavien se contenta de hocher la tête pour signifier à la jeune femme de continuer, oubliant s'il avait ou non prévu d'ajouter quelque-chose à son commentaire. Il laissa Léonie parler, la Protectrice saisissant l'opportunité à deux mains. Comme si le barrage était levé, la langue de la jeune femme se délia et elle lui fit part d'une tentative d'assassinat sur la personne de Zaël. Une nouvelle pas franchement étonnante aux oreilles de Flavien, bien qu'il n'ait pas entendu de rumeur à ce sujet sur l'autre continent. L'information n'avait rien de choquant pour le nomade qui ne put qu'hocher à nouveau la tête en direction de Léonie.

A être trop bienveillant, le Gharyn courrait à sa perte. Flavien se souvenait de son ouverture d'esprit, de la facilité avec laquelle il avait accepté Tananga dans leur groupe de chasse malgré le peu de contrôle qu'exerçait réellement Flavien sur la créature au début de leur improbable arrangement. Une sale histoire qui aurait pu très mal tourner, mais surtout se retourner assez vite contre le Gharyn. Une preuve d'altruisme, ou un manque de bon sens ? La frontière était difficile à décerner avec Zaël.  

L'homme excellait dans les relations humaines. Droit et franc, il n'en restait pas moins compréhensif et juste. Une personnalité parfaite pour un héros solitaire, mais beaucoup plus dangereuse pour le souverain de tout un peuple. Comme Flavien l'avait souvent entendu dans son enfance de la bouche de sa mère qui regardait avec mépris les guérisseurs exerçant leur art pour sauver toute vie en danger, les personnes qui avaient le cœur sur la main manquaient de jugeote. Un cœur se gardait, plus précieusement que la plus illustre des reliques des Architectes. Offrir sa bonté de cœur à n'importe qui, c'était se montrer vulnérable. Les risques étaient bien trop importants et il semblait que le souverain avait encore à apprendre cette leçon de vie.

D'ailleurs, son incapacité notable à reconnaitre que tout le monde ne pouvait pas être raisonné mettait Léonie en colère. La jeune femme était nerveuse, remontée par l'acte de guerre en direction de son roi qui était bien le dernier à souhaiter un affrontement. Ou bien était-elle plutôt énervée par la nonchalance de ce dernier ? Inconscient, insouciant... des mots durs sortant de la bouche de Léonie pour qualifier celui auquel elle accordait le plus grand des respects. Perdant le fil de sa pensée, n'essayant plus de défendre l'attitude de son souverain, mais plutôt de la comprendre, Léonie exprimait à la fois une grande incompréhension et un mal-être plus viscéral. La jeune femme se demandait s'il était encore probable de justifier les actes insensés de cet homme visiblement trop pieux pour quelqu'un de son statut.

Les temps changeaient et Léonie, qui avait grandi dans la cité protégée, où régnait un climat d'entraide et de bienveillance malgré les vices cachés de toute grande cité de My'trä, découvrait d'une certaine façon le monde sous un tout autre angle. Sa cruauté, sa mesquinerie, injustifiable et parfois insoutenable. Avec son statut, elle passait de simple citoyenne engagée à représentante de la politique de Busad, en charge de l'avenir de cette cité-mère qui prônait la paix au-dessus de toute chose. Etre confronté comme elle l'avait été à la violence gratuite, à l'impuissance bien réelle du commun des mortels dans une guerre imbécile, avait été un coup dur pour la Protectrice. L'expérience avait été traumatisante, la plus sévère des enseignantes. Les combats ne faisaient pas de différences entre les innocents et ceux qui souhaitaient y prendre part, elle entrainait la disparition de tous sur son passage.

Ses craintes, ses appréhensions, tous ces doutes effroyables qui la rongeaient alors qu'elle était toujours animée par ce besoin immuable de protéger sa patrie, l'amenaient à se questionner sur la pertinence de voir Zaël siéger.

A présent, elle partageait ces incertitudes avec Flavien, attendant visiblement une réaction de sa part. Dire que le nomade se trouvait hors de son élément aurait été un doux euphémisme. En réalité, le nomade tenait plus du poisson hors de l'eau que de l'Aitah découvrant un nouveau territoire. Pris de court, incapable de replonger dans des eaux plus clémentes... et priant pour une exécution rapide.

Bien sûr, le soigneur était doté d'empathie. Une forme de compréhension de l'être que l'on pourrait qualifier d'assez poussée, d'ailleurs. Il pouvait communiquer avec la faune d'Irydaë comme seuls les adeptes d'Orshin pouvaient le faire, allant jusqu'à ranger de son côté les plus grands prédateurs... mais là était bien son problème. Il était capable d'établir ce lien avec la faune, mais absolument pas avec ses camarades humains. Léonie n'était pas une créature à apaiser, n'avait pas de problème particulier qu'il pouvait régler d'une simple apposition des mains. Elle était une personne à écouter, à aguiller. Autant dire que Flavien ne savait trop quoi répondre à la jeune femme qui venait essentiellement de lui exprimer toutes ses appréhensions.

Il médita peut-être un peu trop longtemps sur les bonnes choses à dire, car Léonie s'excusa d'avoir exprimé ses doutes, de laisser transparaitre son trouble. Elle aurait aimé pouvoir s'intéresser à ce qu'il aurait à lui transmettre de ses voyages en terre inconnue, consciente de l'hésitation du voyageur. Comme pour rassurer sa maîtresse, Spook quitta la sécurité des genoux de Flavien pour aller se nicher près de sa protectrice préférée. Voyant la réaction de l'Aitah, ce geste si simple envers sa maîtresse bien aimée, Flavien secoua la tête. L'Aitah ne réfléchissait pas longtemps, agissant simplement. Il offrait son soutien à Léonie, aussi maladroit qu'il soit, sans se poser la question de savoir s'il agissait comme il se devait ou non. Décidément, il avait toujours quelque-chose à apprendre des animaux.

- Je préfère ne pas parler de mon voyage, si cela ne vous intéresse pas vraiment. Débuta Flavien maladroitement, Vous savez que j'ai du mal à décrire ce que je vois, alors si je peux vous éviter ce désastre... Je devrais songer à me mettre au dessin.

Sa tentative de légèreté était ce qu'elle était. Un essai assez pitoyable, un fond de vérité mélangé à une pointe d'humour sèche, le tout cachant une intension véritable de rassurer Léonie. Ne pas parler de son voyage lui importait peu. Après le dernier jour qu'il avait passé à Rathram, il préférait même oublier Daënastre pendant un moment. Flavien secoua à nouveau la tête et croisa le regard de la Protectrice, réalisant qu'elle était peut-être autant hors de son élément que lui-même l'était.

- Tu n'es pas folle Léonie. Dit-il doucement, oubliant un instant de la vouvoyer, La seule folie serait de penser que la situation se décantera toute seule avec le temps.

Le soigneur balaya un moment l'immensité du paysage du regard. Dans l'imaginaire de certains, ces plaines naturelles étaient déjà le lieu de batailles terrifiantes entre mages et technologistes. Les herbes folles qui grandissaient par-ci par-là allaient prochainement être piétinées par de fiers guerriers défendant leur patrie et, plutôt que la pluie, le sang viendra nourrir la croissance des fleurs blanches qui poussaient librement dans cet océan de verdure.

- Vous vous souvenez de ma rencontre avec Zaël ?, Questionna le soigneur, le regard tourné vers l'horizon, Je pensais qu'il fermait les yeux sur la contrebande d'œufs, qu'il était au courant, simplement parce qu'il est à la tête de la cité. Pour avoir combattu en sa présence, j'ai appris à... respecter Zaël. En tant que personne, mais pas en tant que souverain.

Le nomade croisa le regard de Léonie, l'invitant à l'écouter jusqu'au bout. Il baissa les yeux.

- Un individu cesse d'être lui en accédant au titre de Gharyn. Il devient l'image d'une nation toute entière. S'il se montrer imprudent, c'est tout Busad qui se retrouve à être victime de cette réputation. Flavien grimaça légèrement, Je peux comprendre que la situation vous inquiète. Après tout, vous êtes au service du peuple de Busad, pas uniquement de Zaël.

Flavien marqua une courte pause, essayant de se remémorer chacun des dires de Léonie.

- Je ne connais pas Zaël, pas vraiment en tout cas. Mais je sais qu'il croit en la paix entre My'trä et Daënastre. S'il refuse de rencontrer des Daënars...  Si les défendeurs de la paix se laissent toucher par ces attaques, que pensez-vous que la réaction des sceptiques puisse être ? Et pourtant... Se mettre en danger inutilement pour prouver sa posture sur la question n'est pas non plus la solution. S'il lui arrivait malheur, c'est tout un message de paix qui sombre dans l'oubli.

Flavien se rendit compte qu'il fronçait les sourcils et se pinça l'arête du nez, soufflant longuement.

- Lui avez-vous parlé de vos inquiétudes ?, Questionna-t-il prudemment, irrité par la froideur impersonnelle de ses mots, A Zaël, je veux dire. S'il y a bien quelqu'un pour lui faire entendre raison...

Le nomade passa une main dans ses cheveux, méditant sur ce qu'il comptait dire ensuite. Il ne savait pas ce qu'il espérait par ses paroles, aussi préférait-il se contenter de dire ce qu'il pensait et laisser Léonie juger de la véracité de ses propos. Remettre en question la hiérarchie n'était pas une nouveauté pour le soigneur, mais ça l'était sans doute pour la Protectrice.

- Léonie. Reprit-il après un battement, Tu es une Protectrice confirmée de la cité, mais tu es avant tout une habitante de Busad. Si un Gharyn se montre défaillant, c'est à son peuple de le mettre devant ses responsabilités, que ses fautes soient intentionnelles ou non.

Passer à un langage moins formel lui permettait de dire ce qu'il hésitait à formuler. Evidemment, ça avait l'air simple dit comme ça. Flavien leva le menton pour observer Léonie, ne s'arrêtant pas simplement au bleu de ses yeux, mais aux émotions qui se livraient bataille dans cette mer déchainée.

- On ne peut pas sauver tout le monde. Ainsi va la vie. C'est l'une des première choses qu'on nous enseigne en tant qu'apprenti soigneur, Flavien secoua la tête, Je ne sais pas ce que cela signifie pour une Protectrice. Je ne sais même pas ce que cela implique, d'être au service d'une population. Je ne saurais même pas dire quelles sont tes fonctions, au-delà de l'entrainement de nouvelles recrues et de veiller à la sécurité des habitants et des voyageurs de passage... Mais je sais que tu ne peux pas protéger tout le monde. Personne ne le peut.

Protectrice confirmée de Busad ou non, Léonie n'était pas la seule garante de la sécurité de chaque mage vivant ici-bas. Malgré cela, elle avait l'air persuadée que c'était effectivement le cas... Peut-être car elle avait perdu confiance en son souverain. Et effectivement, Léonie disait avoir perdu quelque-chose ce funeste jour en Zochlom. La foi sans condition qu'elle accordait autrefois au roi de Busad s'étiolait à chaque acte irréfléchi de ce dernier. Flavien, lui, était persuadé qu'elle avait trouvé plus qu'elle ne le pensait. Ses propres convictions, entravées par l'effroi qu'induisaient les souvenirs du bal.

- Si une guerre te semble se préparer dans l'ombre, pourquoi continuer à te mettre au service de Busad et de sa politique d'ouverture aux autres nations ?, Questionna lentement Flavien, conscient de s'engager sur un terrain glissant, Ce n'est pas être fou que d'avoir peur de perdre les siens. Ce n'est pas parce que j'accepte l'idée de disparaitre que je ne ferais pas tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter d'assister à celle de mes proches.

Après tout, le soigneur refusait même de voir sombrer dans l'oubli les mémoires d'une parfaite inconnue.


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »

Flavien Sienna / Aquila DarkOrchid / Selmac LightGreen / Hua Yellow / Khi'del #cc99cc

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Léonie Morret
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Ven 25 Mai - 18:55
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Le silence était quelque chose de dérangeant pour celle qui avait pourtant besoin de dialoguer. Si son regard s’était fait un peu insistant sur la silhouette masculine, la protectrice avait fini par l’abandonner, se lançant entièrement retomber sur le dos. Ses doigts trouvèrent les écailles d’Aquila qu’elle tripota, alors qu’elle retrouvait proche de son visage la fourrure douce de Spook. L’action de la petite boule de poil lui tira un sourire, alors que le geste réconfortant semblait avoir fait son petit effet. Ses sourcils se froncèrent légèrement lorsque Flavien se lança dans une prise de parole maladroite et la situation fit que la my’tränne ne comprit aucunement qu’il tentait de faire de l’humour, de détendre l’atmosphère, prit-elle au premier degré la phrase, culpabilisant presque immédiatement. Léonie était honteuse d’avoir ainsi ouvert son âme finalement à un être qui n’en était pas forcement intéressé, mais aussi de ne pas avoir suffisamment laissé d’espace à celui qui venait de vivre une aventure fantastique.

- « Pardon… Je ne voulais pas paraître maladroite… Votre voyage m’intéresse beaucoup, même si vous avez parfois du mal à retranscrire ce que vous avez aimé ou non. » Elle se pinça les lèvres « Je suis certaine que vous seriez doué en dessin. »

Inquiète, Léonie commençait à s’autoconvaincre qu’elle n’était pas une compagnie agréable, que le voyageur avait certainement besoin d’entendre autre chose que des plaintes ou des interrogations, avait elle-même eu envie elle aussi d’oublier ? Pourquoi ne parvenait-elle pas à conserver les apparences en sa compagnie, pourquoi n’avait-elle pas été capable de conserver pour elle cette pluie d’inquiétude, de tourment. Sa canine était venue rencontrer sa lèvre, alors qu’elle la mordillait nerveusement tout en fixant le ciel, tout en savourant le bout de ce museau humide se frottant à sa joue encore abîmée –et pour toujours- par le restant de brûlure. Flavien avait naturellement repris la parole et une nouvelle fois, les sourcils de la jeune femme se froncèrent, positivement cette fois. L’homme l’avait tutoyé, avait débuté par la rassurer sur sa prétendue folie dont elle pensait être atteinte, puis il avait poursuivi avec cette simplicité, cette façon bien à lui e s’exprimer. Ses premières phrases concernant Zaël. Le soigneur itinérant avait vu juste, plus qu’au moment où Léonie avait offert la bouche pour défendre le dirigeant, le regard de Flavien lui avait permis de comprendre que c’était à son tour d’écouter.

Étrangement, malgré la maladresse de la situation, malgré des paroles parfois trop dures qui firent manquer des battements à la jeune femme, Flavien parvenait d’une manière fragile à la rassurer. La protectrice prenait conscience qu’elle n’était pas LA protectrice de Zaël, mais du peuple, qu’elle n’était pas affiliée uniquement à lui, comme elle l’avait naïvement pensé certainement aveuglé par une certaine affection qu’elle portait à cet homme qu’elle respectait. Un peu malmenée par cette réflexion, un peu hésitante aussi, la my’tränne avait fini par se redresser, conservant à la fois Aquila, mais aussi Spook contre elle. Les deux bêtes avisaient Flavien, comme-ci eux aussi cherchaient à comprendre la conversation, comme-ci ils essayaient de lui dire d’y aller doucement, de ne pas brusquer celle qui avait failli ne plus exister dans ses souvenirs. L’homme avait fini par se masser le nez, par souffler et encore une fois, la jeune femme ne traduisit pas le geste convenablement, pensant qu’il était agacé par la situation.


- « Je… heu… » cherchait-elle à s’exprimer, à lui dire que non elle n’en avait pas parlé…

Ce fut finalement un silence, alors que ses deux perles océans le détaillaient de nouveau, cherchant inconsciemment un semblant de réconfort, un semblant de quelque chose. Étaient-ils amis ? La question se heurta un instant dans son esprit, la déstabilisant, Léonie était incapable de répondre à son interrogation, incapable de dire que oui, ou que non. La suite ? Autant dire qu’il aurait mieux fait de se taire, tant il venait de frapper là où c’était le plus douloureux pour celle qui n’arrivait toujours pas à se pardonner de ne pas avoir pu sauver tout le monde. Son regard avait dû se voiler d’une tristesse, mélangée subtilement à une colère. Si elle pouvait entendre cette remise en question de la hiérarchie, si elle parvenait à comprendre sa réflexion, elle n’était en revanche pas prête à accepter ne pas être en mesure de sauver tout le monde. Ses doigts s’étaient enfoncés dans le sol, sans qu’elle ne parvienne à canaliser ce vent de colère qui s’emparait doucement, mais cruellement d’elle. Son regard se détourna de l’homme qu’elle semblait apprécier, alors qu’une nouvelle fois sa mâchoire se crispait. Elle n’était pas nomade elle, sa vie n’avait aucune importance, elle avait fait une croix sur elle quand elle s’était engagée. La confiance des habitants, ce sentiment de sécurité n’était là que grâce aux protecteurs et si elle n’était pas seule, elle commençait à faire partie des anciennes, de ceux qu’on a vu grandir évolué, celle qu’on appelle quand cela ne va pas. Qu’arrive-t-il quand mamie Gertrude disparaît sous vos yeux, alors que vous, en qui elle avait entièrement confiance n’a rien pu faire pour l’aider ? Comment vivre avec ce sentiment persistant d’être faible, trop faible pour pouvoir aider et sauver le plus grand nombre, pire comment vivre en ayant conscience que même sauver le plus grand nombre ne suffit pas. En réalité, sans en avoir conscience, Léonie était responsable elle-même de cette pression, de l’exigence qu’elle s’imposait… Et ce fut une constatation évidente qui s’échappa de ses lèvres.

- « Je ne me pardonnerai pas de ne pas parvenir à sauver mon peuple » murmura-t-elle douloureusement, la voix nouée par cette angoisse « Je ne me pardonnerai pas de ne pas parvenir à faire ce qu’il faut pour permettre à des voyageurs comme toi de parcourir nos terres sans danger… Je ne me pardonnerai pas de ne pas parvenir à te sauver si tu étais en danger… » ses doigts s’enfonçaient davantage sur le sol alors que l’émotion semblait la gagner, alors qu’elle lutait pour conserver un semblant d’apparence « Je ne suis pas seule, mais… Ces gens, ce sont ma famille, une grande famille, ce sont des enfants que j’ai vu grandir, des personnes que j’ai vu vieillir… » était-elle plus douce que ce qu’elle ne laissait paraître, plus émotionnelle aussi ? « Là-bas… j’ai dû choisir… tu comprends… Parce que je ne pouvais pas sauver tout le monde… J’ai dû choisir qui méritait de vivre ou qui ne le méritait pas… J’ai choisi mon Gharyn… Mais qui étais-je pour ne pas lutter plus pour aider les autres ? »

C’était ça qui était dérangeant, déroutant pour elle, une protectrice ne devait pas avoir de sentiments, elle devait faire son travail, protéger, encadrer, former, ne pas montrer une certaine émotivité. Et maintenant qu’elle avait cette impression, maintenant qu’il y avait cette rancune contre elle-même, cette colère, cette triste, comment faire avec ? Le silence régna davantage, étrangement il n’était pas lourd, certainement que l’émotion de l’une devait avoir être perçu par l’autre, certainement que les familiers avaient dû aider à la compréhension.

- « Je veux rester à ce service pour ceux qui ont confiance en moi, pour pouvoir réagir rapidement quitte à outrepasse ma fonction en cas de danger. » Elle fit une pause « Est-ce que nous sommes amis Flavien ? » son regard se porta une nouvelle fois sur lui « Si c’est le cas… Oublions cette discussion pour l’instant… j’ai peur de fuir si on l’approfondit trop… de ne pas supporter, tu comprends ? Parle-moi de là-bas, de toi… De tes découvertes… Dis-moi Flavien… Me présenterais-tu tes parents un jour ? Accepterais-tu de m’emmener découvrir où tu as grandi, de me faire voyager si l’occasion se présentait ? Sans guide je risquerai de me perdre ou de renoncer… »

Si la tournure de la conversation pouvait sembler étrange, elle n’était pas sans fondement, Léonie avait compris qu’elle était ignorante du mode de vie des autres peuples et que pour pouvoir s’entraider plus efficacement, il était important de créer un lien. Au-delà de ça, elle s’était également rendu compte que finalement, elle n’avait personne de proche et que même celui qu’elle connaissait depuis peu, avec qui elle échangeait régulièrement… Même lui était un inconnu, ne sachant comme le nommer, l’identifier.

note de l'amour:
 


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Flavien Teleri
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Sam 30 Juin - 21:16
Irys : 728249
Profession : Soigneur itinérant - Guérisseur
My'trän +2 ~ Chimères
Léonie resta silencieuse un long moment après son discours. Seul son regard porté sur lui indiquait au soigneur que la jeune femme l'avait entendu. Retranchée dans ses pensées, elle n'avait pas l'air en mesure de dire quoi que ce soit. Pour le moment, elle ne bougeait pas d'un pouce. Seule la tension parcourant ses avant-bras montraient que son discours avait eu un quelconque impact sur la jeune femme. Ses doigts se refermaient légèrement sur les brins d'herbe qui chatouillaient sa main et Léonie les pliaient sans même s'en rendre compte. Elle ne les serrait pas assez fort pour les arracher, mais il était clair qu'elle s'accrochait à cette terre nourricière à défaut d'avoir pu se raccrocher aux paroles de l'homme qui ne savait offrir une parole réconfortante.

Flavien savait parfaitement que ses questions étaient acerbes et intrusives.

Il souhaitait faire réfléchir une My'tränne qui le faisait déjà beaucoup, mettant au pied du mur une jeune femme qui voyait ses rêves de paix universelle se ternir jour après jour, s'y accrochant sans trop comprendre pourquoi et bataillant pour défendre des idéaux auxquels elle n'était plus certaine de croire. Cette agonisante remise en question de ses croyances était beaucoup plus violente que si elle avait décidé de lâcher prise et de renoncer à ce futur idyllique. Elle refusait de laisser ce rêve voler en éclats et souffrait grandement de la tourmente occasionnée. Elle avait déjà bien assez à supporter sans que Flavien vienne mettre son grain de sel dans cette plaie à vif.

La terre vibrait sous eux et Léonie ne semblait pas s'en rendre compte. Déposant sa lourde tête sur la jambe de la protectrice, Aquila adressa à son maître un regard plein de reproche. Pour la première fois depuis leur rencontre, la Nokhoi se rangeait du côté d'une autre que lui. Flavien lutta pour ne pas hausser les sourcils en direction de la carnivore qui avait choisi son camp pour  la conversation à venir, relevant plutôt les yeux sur celle que la Nohkoi avait si clairement choisi de protéger. Elle la considérait comme faisant partie de sa meute, et les membres d'un même groupe se soutenaient mutuellement. Léonie avait clairement plus besoin de son soutien que son maître légitime.

La Protectrice le fixait droit dans les yeux, chose que le soigneur avait encore bien du mal à supporter. A la manière des créatures qu'il affectionnait si particulièrement, son regard était généralement évasif. Pas forcément fuyant, mais il était rare qu'il soutienne longuement le regard d'un interlocuteur à moins qu'un conflit ne se dessine à l'horizon ou soit entièrement engagé. La défiance qu'il lut dans les yeux de la protectrice l'empêcha néanmoins de détourner les yeux.

Si le regard de la My'trän était dur, ses paroles étaient soufflées du bout des lèvres, un murmure que Flavien eut du mal à relever. Le soigneur fronça légèrement les sourcils en écoutant les dires de Léonie qui se reprochait ses actions durant le bal. Choisir de protéger son roi plutôt qu'un innocent civil quelques mètres plus loin; porter secours à cet homme avant tout autre, peu importe les vies perdues, avait été une action subite et instinctive pour la Protectrice. Un acte presque irréfléchi tant il était inscrit dans son quotidien. Maintenant qu'elle remettait ce dernier en doute, elle s'interrogeait sur la justesse de ses actions.

Les hommes et les femmes se tenant aux côtés du Gharyn et balayés par le souffle de l'explosion n'avaient-ils pas eux aussi des familles pour lesquelles ils comptaient ? Comment accepter que la vie d'une seule et même personne primerait à jamais sur les autres, surtout maintenant que Léonie doutait de la gouvernance de son roi ?

Flavien ne savait pas ce qui l'irritait le plus à l'instant : que Léonie se reproche tant de choses indépendantes de sa volonté ou l'entière situation dans laquelle son métier la forçait, qui la mettait dans une telle position pour commencer. Chose étrange que de blâmer le rôle de cette jeune femme pour qui le métier comptait plus que tout au monde. Sa position au sein des forces armées de la cité n'avait aucun rapport avec le prestige porté à son titre. Celle qui gravissait les échelons à vue d'œil ne le faisait que par désir de se vouer corps et âme à sa tâche, sans envie d'exercer l'autorité conférée par son grade pour toute autre raison que celle de servir son peuple. Un peuple qui ne pleurerait pas sa mort si elle venait à disparaitre.

"Tu n'es pas moins importante que les autres. A quoi contribuerait ton sacrifice ?", Rumina le soigneur qui gardait résolument le silence, "Je ne comprends pas."
"Pourquoi ? Moi je me sacrifierais pour toi. Tu as manqué de le faire pour moi aussi." Glissa tranquillement Aquila de sa voix rocailleuse.
"C'est différent." Raisonna-t-il, "Nous sommes pratiquement une meute."
"Le monde entier est sa meute, dans ce cas."

Flavien ne sut que répondre à cette déclaration posée de la grande carnivore, aussi resta-t-il silencieux, tout comme Léonie.

La Protectrice passa une main nerveuse sur le crâne d'Aquila qui gronda doucement pour lui témoigner son soutien. Une nouvelle fois, Flavien ressenti l'envie traitresse d'éloigner physiquement Aquila de sa nouvelle protégée. Il savait, au fond de lui, que la Nokhoi ne faisait qu'agir en fonction de son cœur, mais la voir aussi liée à un autre mage que lui était une expérience étrange, presque dérangeante. Léonie ne lui laissa pas le loisir de se torturer davantage sur la signification de ce sentiment, murmurant doucement une question qui força Aquila hors de ses pensées en un éclair.

Pourrait-il lui parler de ses découvertes, de la vie en Daënastre sans évoquer les conflits ? Serait-il capable de lui faire oublier les horreurs de la guerre, ne serait-ce que pour un temps ? Le désirait-il, plus que d'obtenir une quelconque réaction de la Protectrice ?

Flavien ferma les yeux un instant, se répétant la question. Etaient-ils amis ? Si tel était le cas, lui présenterait-il les siens, l'accompagnerait-il sur les routes ?

Il se remémora les guérisseurs auxquels il avait tourné le dos en quittant son hameau, se rappela des soirées passées à étudier avec assiduité en compagnie d'autres jeunes gens de son âge, ainsi que les moments, plus rares, passés à l'auberge du village pour écouter les récits des aventuriers de passage. Tous ces gens n'avaient été que des connaissances, des camarades, rien de plus. Il avait toujours été sans attache avant de rencontrer ses familiers qui formaient sa première véritable famille.

"Je ne sais pas. Je n'ai jamais eu d'ami. Avant toi."

La réalisation frappa Flavien de plein fouet et le soigneur hésita longuement avant de répondre. Il aurait tant à dire et pourtant il n'en dirait jamais assez. Peu importe ce qu'il avait sur la conscience pour le moment présent, après tout. Léonie attendait sa réponse et la fragilité de sa voix l'incitait à se décider rapidement sur une réponse. Lui qui prenait le temps de réfléchir à chacune de ses actions lorsqu'il le pouvait, il ne s'était jamais senti aussi entravé qu'en cet instant. Pieds et poings liés par une interrogation innocente à laquelle il avait de toute évidence la réponse depuis bien longtemps.

- Nous sommes amis, Léonie. Confirma-t-il avec une étonnante facilité.

Plutôt que de s'arrêter sur l'aisance de son affirmation, Flavien enchaina sur une autre question de la Protectrice. Il prendrait le temps de réfléchir à tout cela une fois le soir venu.

- Je ne suis pas sûr que mes parents m’accueillent à bras ouverts. Grimaça-t-il, Si tu souhaites découvrir Suhury, je ne suis pas le meilleur guide. Möchlog est mon Architect, mais je suis un enfant d'Orshin. Je n'ai jamais été bien discipliné. Tu en apprendrais plus auprès d'un guérisseur de Darga...

Le soigneur sentit le regard d'Aquila fixé sur lui et suspendit son explication. La Nokhoi le regardait avec une intensité particulière, comme si elle essayait de lui faire passer un message trop important pour qu'elle se risque à le formuler à travers leur connexion mentale. Il était de ces messages que seul le cœur savait déchiffrer. Et Flavien, malgré les barrières qu'il levait de part et d'autre, le saisissait bien.

- Mais... Je connais bien la région qui entoure Valvonta. La flore y est abondante et les espèces animales qui vivent en Suhury sont bien différentes de celles qui sont natives de ta région. Je ne pourrais pas t'emmener dans une source cachée des regards, Dit-il, vaine tentative d'humour, Mais il y a cette clairière dans les bois qui bordent Valvonta... On s'y rend lorsque nos émotions nous submergent. La présence de Möchlog est palpable en ces lieux, il nous aide à mettre de l'ordre dans nos pensées. J'ai toujours affectionné cet endroit. Nous pourrions le visiter.

L'offre était atypique et Flavien ne réalisait pas entièrement ce qu'il venait au juste de proposer si spontanément à Léonie. Il ne savait même pas lui-même ce qu'il venait de lui présenter. Un pèlerinage sur les terres sacrées de Möchlog, ou un voyage loin des contraintes de sa vie de Protectrice ? La découverte d'un peuple voisin ou l'oubli de sa propre culture l'espace de quelques temps ?

Le soigneur sourit, hésitant, à défaut d'autre chose. Il avait envie de poser sa main sur l'épaule de la jeune femme pour lui témoigner sa sincérité, mais se résigna finalement à ne rien en faire. Il ouvrit la bouche pour se justifier - de quoi, il n'aurait su dire. Un bruissement derrière eux le coupa dans sa lancée et le museau de Khi'del dépassa d'une épaisse couverture de feuillage. Flavien sourit plus franchement et esquissa un geste vers le Dalavoï, attirant sur lui l'attention de Léonie.

- Khi'del. Te voici. Souffla-t-il doucement, Léonie. Je te présente Khi'del. C'est pour lui que je suis de retour avant d'avoir accompli ma mission.

Présentant le serpent ailé maltraité à la Protectrice, Flavien lui conta sa triste histoire. Finalement, une idée lui traversa l'esprit et il l'avança avec hésitation.

- Léonie... Que dirais-tu de m'accompagner ? Khi'del est né en bordure de Suhury. Tu pourrais venir avec nous.

Le soigneur comptait bien rendre sa liberté au Dalavoï malmené. Avec un peu de chance Léonie pourrait exiger un congé exceptionnel le temps de l'accompagner. Remettre de l'ordre dans son esprit durant ce voyage. Zaël lui devait la vie, c'était bien la moindre des choses qu'il pouvait faire pour elle. Evidemment, Léonie n'était pas convaincue par la proposition soudaine du soigneur. A dire vrai, Flavien ne l'était pas non plus. Lui qui fuyait les compagnons de routes aventuriers, le voilà qui proposait spontanément à la jeune femme de l'accompagner.

Les deux jeunes gens passèrent une partie de la nuit à discuter de cette possibilité, enchainant sur les pérégrinations de Flavien, sur les endroits qu'il avait visité et les créatures qu'il avait rencontré. Au fur et à mesure de la soirée, la confrontation menaçant leur peuple s'était effacé pour faire place aux réminiscences d'un voyageur et aux rêveries d'une âme sédentaire.

Quelques heures avant les premières lumières de l'aube, ils s'endormirent enfin. Au petit matin, la guerre froide leur retomberait dessus, réalité terrible prête à briser la vie de tant d'innocents. Mais pour le moment elle n'existait pas. Ils étaient seuls, mages et familiers, à partager ce moment de paix méritée si durement obtenu. Le jour les présenterait à de nouveaux obstacles, mais pour le moment, happés par le sommeil, ils se laissèrent porter par une étrange sérénité.

Quoi qu'ils puissent décider l'un et l'autre, cela attendra demain.


[Terminé]


« De toutes les créatures d'Orshin, seuls les êtres humains me terrifient. »

Flavien Sienna / Aquila DarkOrchid / Selmac LightGreen / Hua Yellow / Khi'del #cc99cc

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