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Chroniques d'Irydaë
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 Pas d'bras, pas d'Zora

Joël Neara
avatar
Jeu 3 Mai - 11:32
Irys : 425645
Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
~ 10 Octobre 932
Frontière entre Suhury et Khurmag
Périphérie de Shaakhai, bourg en lisière des forêts de l'Ouest




« Toi ... tu vas te faire foutre. »

L'homme avance, essoufflé, puis pointe son doigt vers un autre de ses interlocuteurs.

« T ... toi ... toi aussi tu vas te faire foutre. »

Il tente d'anticiper le mouvement de la créature et de lui ouvrir le flanc, mais elle s'esquive au dernier moment. L'élan emporte l'homme, qui tombe à la renverse.

« En fait, allez tous vous faire foutre ! »

Cerné par trois Uraldaans, Joël ne savait plus où donner de la tête. Les trois poulets géant avaient croisé la route du daënar qui, sans le sous ni rien a troqué, s'était résigné à chasser pour se nourrir plutôt que d'espérer convaincre un des locaux de lui venir en aide. Son statut d'étrangers doublé d'Anomalie n'aidant pas, il avait fait le choix de la discrétion en laissant son fusil à l'auberge, mais force de constater qu'il était meilleur tireur qu'épéiste, sa machette ne lui avait était d'aucune utilité dans sa traque à l'Uraldaan, dont la fratrie prenait un malin plaisir à se payer sa tête en tournant autour de lui et en esquivant avec une prodigieuse agilité toute ses attaques.

Depuis son arrivée à My'trä, le trentenaire n'avait essuyé que des galères, et aussi surprenant que cela puisse paraître, sa condition de déviant et de daënar n'en était pas à 100% responsable. Sa poisse légendaire s'était visiblement joint à son périple et bien qu'il ne soit pas un fragile, Joël s'étonnait d'être toujours envie... et en entier. Le développement de sa magilithe continuait de tracer son petit bout de chemin, mais plus lentement depuis qu'il s'était résigné à ne plus y toucher. Quelques cristaux commençaient à apparaître au-delà du coude, mais rien à signaler sur le reste de son corps. Trouverait-il quelqu'un capable de le soigner ici ? Pour dire vrai il n'y croyait plus vraiment, sinon quelle intérêt aurait "cette personne" de connaître un tel remède et de le garder secret ? Son périple jusqu'en My'trä s'était décidé un peu en désespoir de cause, mais les mois passaient et le daënar commençait à penser que c'était purement et simplement une perte de temps.

Le soleil s'apprêtait à atteindre son zénith. Allongé sur le dos, profitant de ce bain de soleil réparateur en dépit de l'automne qui s'installait à grand pas, l'héritier reprenait calmement sa respiration, ayant de toute manière abandonné l'idée de parvenir à capturer un de ces foutus Uraldaan, dont la curiosité les poussaient à venir se pencher sur le visage du beau brun pour essayer de comprendre pourquoi leur jouet ne gesticulait plus.


« Cassez-vous les poulets, je vous ai assez vu pour aujourd'hui. » lança-t-il en ouvrant les yeux.

Il se releva, ce qui fit fuir une bonne fois pour toute les sprinteurs. Son estomac grognait comme jamais, aussi il prit la décision de revenir vers Shaakhai, résigné à faire la manche. Shaakhai était de ce genre de bourg où les gens vivaient simplement. Les gens y sont gentils, les femmes y sont belles, il y fait beau, c'est propre ... et tout un tas d'autres adjectifs qui rappelaient à Joël qu'il était loin de sa patrie. Comment faisaient tout ces gens pour ce complaire dans la sympathie et l'honnêteté ? N'y avait-il donc personne d'hypocrite ou de malintentionné ? Joël n'était pas un mauvais bougre, mais il ne pouvait décidément pas être raccord avec une telle philosophie de vie sans se sentir coupable de la moindre pensée méchante ou perverse qui lui traverserait l'esprit. Mais tant pis, quitte à être au pays des bisounours, autant en profiter et peut-être que sa gueule d'étranger ne suffirait pas à interrompre les passants dans leurs élans de bienveillance répugnants.

« "L'uraldaan éméché", sérieusement les gars ... jusqu'en ville vous venez m'humilier ... » s'offusqua Joël en lisant le nom de la taverne.

Il s'adossa contre une colonne devant l'entrée du bar, retroussa sa chemise et jeta son chapeau par terre en soupirant, répugné à l'idée d'en venir à de telles extrémités.

* La vie de bourgeois n'était pas si mal finalement ... *




Dernière édition par Joël Neara le Ven 4 Mai - 12:35, édité 2 fois
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Zora Viz'Herei
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Jeu 3 Mai - 15:56
Irys : 2011503
Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

Le temps est encore clément malgré la saison. Les couleurs automnales qui habillent les arbres de la forêt proche sont un spectacle des plus ravissants. Mais elles annoncent également des mois difficiles et des tapis de neige. Les enfants trouveront matière à s'amuser. Leurs parents, à râler. Et Zora, elle, errera dans un Khoral dont elle sous-estime encore la dangerosité. Mais pour l'heure elle trouve matière à se réjouir: le village est enfin en vue. L'endroit est calme. Sans doute trop paisible. Mais elle s'en contentera pour l'instant, faute de mieux. Et puis elle n'aspire à rien d'autre qu'à un bon lit douillet, de quoi faire sa toilette convenablement et peut-être un verre de vin pour égayer une après-midi qui s'annonce des plus banales.

La rouquine soupèse la bourse qui pend sur son flanc et fait une légère grimace. Elle n'a guère été productive depuis son retour d'Aildor. Elle aurait peut-être dû demander à Loud'wig et à son irritante esclave de quoi voir venir. Mais elle ne pensait pas croiser si peu d'impurs en route. Ce qui, en soit, est plutôt encourageant. Son travail serait-il enfin en train de porter ses fruits? Ou a-t-elle juste joué de malchance? Quelle que soit la réponse, elle devra se contenter de quelques irys qui hantent le fond du réceptacle en cuir.

Elle rabat sa capuche. Autant par méfiance que par prudence, à vrai dire. Puis elle s'avance en direction du bourg et se retrouve bientôt à marcher dans ce qui semble être la rue principale. Elle suppose que ce coin reculé n'aura pas entendu parler d'elle et qu'elle pourrait relâcher quelque peu sa vigilance. Mais c'est souvent lorsque l'on s'y attend le moins que le destin décide de frapper. Et parfois il le fait d'une façon qui défie la plus élémentaire des logiques...

Elle est pratiquement rentrée dans la taverne lorsqu'elle réagit enfin. Et elle revient enfin sur ses pas avant de détailler de la tête au pied - en passant par le bras - l'homme appuyé contre un pilier, devant l'entrée. La fanatique plisse alors les yeux comme si elle refusait d'accepter si aisément la vision qui s'offre à elle. Et pourtant elle ne rêve pas. Elle en est pratiquement certaine. Une anomalie? Doublée de ce qui semble être un infidèle si elle se fie aux vêtements étranges qu'il porte.
"Deux petites secondes! Je reviens!"
Zora va même jusqu'à lui décocher un sourire amusé avant de s'engouffrer à l'intérieur de l'établissement. Elle revient quelques instants plus tard avec une chaise éprouvée par le temps ou la clientèle. Sûrement les deux, en fait. Elle installe sa prise contre le mur en bois, sur la gauche de l'inconnu. Une jambe en appui contre le pilier, elle se retrouve bien vite à se balancer avant de lâcher un soupire de contentement lorsqu'elle prélève une gorgée de vin dans le verre en terre cuite qu'elle a commandé. Elle le dépose ensuite à ses côtés avant de croiser ses doigts à l'arrière de son crâne, visiblement ravie par le spectacle qui s'offre à elle.
"Fais comme si je n'étais pas là!" lâche-t-elle. "Je suis simplement curieuse de voir combien de temps il faudra à la population locale avant de te lapider!
Elle lui décoche un autre sourire avant de focaliser son attention sur le bras cristallisé. C'est la première fois qu'elle voit une anomalie s'exposer ainsi, sans la moindre gêne. C'est plutôt incongru. Suffisamment, en tout cas, pour qu'elle accepte de patienter à ses côtés. En temps normal elle l'aurait déjà tué. Mais pourquoi se fatiguer alors que d'autres s'en chargeront probablement pour elle. Et au pire elle corrigera leur laxisme en temps voulu. Pour l'instant l'heure est à l'observation. Et, surtout, au spectacle. Elle ne se distrait que trop rarement...
"Laisse-moi deviner: tu es fatigué de passer ton temps à fuir. Alors tu as voulu t'ôter la vie mais tu t'es subitement rendu compte que tu n'avais pas le courage nécessaire pour passer à l'acte! Du coup tu t'es dit que tu allais docilement t'offrir à la mort, c'est ça?" pronostique-t-elle. "Je suis sûre que ton Régisseur appréciera le geste!"
Si seulement toutes les anomalies pouvaient faire preuve du même bon sens... La jeune femme décoche un regard entendu à l'homme et s'installe plus confortablement sur sa chaise. Et dire qu'elle pensait que ce village ne lui réserverait aucune surprise...




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Joël Neara
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Jeu 3 Mai - 17:50
Irys : 425645
Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
« Hmpf ... j'ai faim ... »

Joël n'avait jamais été quelqu'un de proactif, au contraire. Véritable Architecte du royaume de la procrastination, l'ennui était une inépuisable source de réconfort chez le daënar qui ne s'était jamais rendu compte jusqu'à maintenant que c'était le fait d'avoir tout, qui lui donnait envie de rien. Des biens, des armes, de la nourriture, de l'alcool, du savoir, et même des femmes, tout lui était accessible à Alexandria, notamment grâce à sa réputation, mais surtout à l'immense fortune de sa famille.
Aujourd'hui, il n'avait rien, et la réalité lui renvoyait tellement l'évidence de son incompétence à la figure que chaque secondes qui passaient lui semblaient aussi interminable les unes que les autres. Il prit un linge soigneusement froissé dans sa besace et le posa sur sa tête afin de se protéger du soleil, puis soupira.

Les gens entraient et sortaient de l'établissement en le contournant habilement. Il ne le voyait pas, mais il l'entendait, et il savait très bien ce qui lui faisait défaut mais pour l'heure, il n'en avait cure. Les familles qui passaient dans la rue accéléraient le pas, retenant les enfants qui n'avait pas la délicatesse de garder leur questions pour eux. Une phrase l'interpela : "Papa, c'est ça le monstre dont nous a parlé maître Nilay ?". Voilà donc ce que les my'träns enseignaient à leurs enfants ? Les Anomalies étaient une source de dégout naturelle pour les non-instruits, alors si en plus de cela on apprenait aux futurs génération à les détester encore plus, où cela allait-il le mener ?


« Hey mon vieux, tu devrais cacher ça, nous ne sommes pas tous aussi indulgents. »
« Ouais ouais ... si t'as pas de thunes à me filer, sois gentil et trace ta route ... »

La tension montait chez le daënar qui trouvait tout cela parfaitement injuste. Il était déchiré entre le fait d'ignorer la faim qui le tiraillait pour essayer de gratter de la nourriture à droite à gauche, quitte à voler, ou de rester là en attendant de tomber sur le pourcentage de personne qui ferait preuve de bienveillance à son égard.

« Deux petites secondes ! Je reviens ! »

Finalement, sa patience commençait à porter ses fruits et Joël se réjoui de voir ce qui lui semblait être une jeune femme pleine de bonne volonté entrer précipitamment dans la taverne. Il savourait déjà le morceau de jambon et la miche de pain quelle allait sans aucun doute lui rapporter, si bien que son estomac redoubla de vocalise pour exprimer son impatience. Il l'entendit revenir et il retira son linge à ce moment-là, essayant de suivre son manège du regard en portant sa main au visage pour ne pas se faire éblouir par la lumière de l'astre.

« Qu'est-ce que ... ? »
« Fais comme si je n'étais pas là ! Je suis simplement curieuse de voir combien de temps il faudra à la population locale avant de te lapider ! »

Le daënar fixa alors le regard de la my'trän, bouche bée, parfaitement décontenancé par les propos tenus par la sauvage. Il eu envie de se lever et lui décocher un bon coup de poing dans la gueule, mais premièrement il avait toujours du mal de porter le premier coup à une femme, deuxièmement il n'en avait pas la force, et troisièmement il se souvint que dans le jeu de l'humiliation il n'était pas si mauvais. Il reporta son regard vers le centre de l'avenue, dévisageant tous ceux qui en faisaient de même, et écoutant distraitement le pseudo-résumé de sa vie.

« Laisse-moi deviner : tu es fatigué de passer ta vie à fuir. Alors tu as voulu t'ôter la vie mais tu n'en avais pas le courage ! Du coup tu t'es dit que tu allais docilement t'offrir à la mort, c'est ça ? Je suis sûre que ton Régisseur appréciera le geste ! »

Elle lui arracha un sourire, presque franc. En vrai elle n'avait pas tout à fait tord et si jusqu'à il n'y a pas si longtemps, il se serait encore offusqué d'une telle raillerie, Joël avait plutôt bien accepté son destin. Non pas qu'il ne souhaitait pas le renier, mais la présence de la magilithe sur son corps avait opéré des changements physique certes, mais aussi et surtout une évolution psychologique si forte que le Joël d'il y a 3 ans n'avait plus rien à voir avec celui qu'il était aujourd'hui.
Il attrapa alors le verre de vin et le leva en direction de la jeune femme comme pour trinquer, avant d'en boire une petite gorgée et de le reposer.
Un homme parfaitement ivre sort alors de la taverne et se retrouve interloqué par la présence du daënar.


« Hey gamin, qu'est-ce que tu crois gagner en faisant la manche ici ? »
« Em bolon em belgiin khavitagch Bi ali khediin negiig olj kharaad, ekhnereesee khamaagüi ilüü üzesgelentei Mokhchog magtagtun. »
(De la drogue et des putes chef. Regarde j'en ai déjà trouvé une, et Möchlog soit loué elle est bien plus belle que ta femme.)

L'homme se figea, stupéfait par la connaissance de l'ancien langage par celui qu'il avait prit un étranger. Son envie de lui botter le cul était palpable, mais la réparti dont avait fait preuve l'Anomalie l'en dissuada, mieux encore, le fit rire. Il traça finalement sa route, non sans jeter un regard à la rouquine assise à côté de lui.

« Kherev chi namaig zövshöörvöl ... »
(Maintenant si tu me le permet ...)

Il porta sa main par terre et dans les secondes qui suivirent, son corps de volatilisa, ou plutôt se métamorphosa, prenant la texture et la couleur du support qu'il avait choisi en faisant jouer ses rares pouvoirs d'Anomalie. Il n'était évidement pas invisible, mais il profita de l'effet de surprise pour se relever et frapper dans l'un des pieds de la chaise, qui se brisa et fit tomber sa propriétaire à la renverse, avant que sa magie ne s’estompe.

« ... shuvuu nadtai yariltsaj, tashuurduulakh öör busad togloomuudtai gej nadad khelev. »
(... la chouette m'a parlé et m'a dit que j'ai d'autres chattes à fouetter.)

A défaut d'être grand et fort, Joël était d'une intelligence rare et sa mémoire ne lui avait jamais fait défaut, si bien qu'il s’enorgueillit de n'avoir rien perdu de ses connaissances de l'ancien my'trän, qui remontait pourtant à bien des années. Certes il avait un léger accent, mais il faisait parti de ces rares daënars à avoir eu la chance de profiter de tels enseignements étant enfant, bourgeoisie oblige ... et les origines de sa mère aussi. Il ramassa son chapeau, réajusta sa chemise et enfila ses gants, puis tourna les talons en direction de la sortie de Shaakhai. Peut-être qu'à l'entrée de la ville les gens seraient plus aimables.

« Oh et fait gaffe, il y a peut-être quelques morceaux de magilithe dans ton verre. Je ne voudrais pas que tu deviennes comme moi. Quoique ... j'avais oublié que vous savez soigner toute les maladies ici. » ironisa-t-il une dernière fois.


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Zora Viz'Herei
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Ven 4 Mai - 12:21
Irys : 2011503
Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

Elle le perd vite, son petit sourire arrogant. Elle n'avait d'ailleurs pas réellement envisagé que l'anomalie soit assez téméraire pour se servir dans le verre qu'elle a honnêtement acheté avec l'argent d'un mort. Et encore moins qu'il puisse oser la traiter de prostituée dans l'ancien et noble langage my'trän. L'arrogance et la confiance s'estompent pour laisser place à la surprise et au doute. Les événements s'enchaînent bien trop vite pour que son esprit irrationnel puisse les appréhender correctement. Et ce n'est que lorsqu'elle ses fesses heurtent le sol que l'étonnement s'estompe peu à peu pour laisser place à une colère froide.

Une colère qui l'empêche d'ailleurs de formuler une phrase cohérente. Les mots se bousculent sur le seuil de ses lèvres mais elle est bien incapable de les ordonner pour les muer en insultes ou en une quelconque autre forme de protestation. Elle regarde l'étranger s'éloigner, les yeux ronds. Puis scrute la surface carmine du vin qui reste encore prisonnier de son verre à la recherche d'éventuels cristaux. Elle n'en voit pas. Mais le mal est fait. Et elle n'hésite que brièvement avant de lancer le récipient en terre cuite en direction du fuyard.

Elle le manque. Le verre s'écrase sur le sol avant d'éclater en petits morceaux. L'alcool est bien vite absorbé par le sol sec, éprouvé par la chaleur des derniers mois. Zora lâche un juron que le vent d'Amisgal se charge d'emporter loin des oreilles du noiraud. Puis elle effectue quelques gestes et dresse un bouclier face à l'homme pour l'empêcher de la distancer davantage. Elle profite de cet avantage et de l'éventuelle surprise provoquée par l'apparition de la protection dorée pour revenir à hauteur de l'anomalie.
"Il y a certaines choses qui restent incurables! La bêtise, notamment!" siffle-t-elle, répondant ainsi à la dernière réplique de l'étranger. "Ou la capacité des étrangers à blasphémer en évoquant nos dieux! Möchlog t'as parlé? Pour te dire quoi, hein?"
Ce qui la dérange vraiment, dans le fond, ce n'est pas le fait qu'elle ait été forcée de sacrifier du vin qui tenait toutes ses promesses. Ce n'est pas non plus la chute fort peu élégante qui a suivi son coup de pied dans la chaise ou le qualificatif fort peu flatteur qu'il a utilisé pour la désigner. Mais bien la perspective que Möchlog ait pu s'adresser à une anomalie doublée d'un daënar. La simple idée qu'il ait pu entendre la voix divine de la Chouette résonner dans son esprit lui est insupportable. Bien davantage encore que les mots qu'il a prononcés dans une langue qu'elle est elle-même incapable de parler.

Ho, elle a envie de le tuer. Chaque fibre de son être lui ordonne de sauter à la gorge de cet homme et de lui ôter une vie à laquelle il n'accorde visiblement pas une grande importance. Et pourtant elle ne peut décemment pas ignorer la possibilité que son Architecte soit bel et bien entré en contact avec l'anomalie. Pourquoi? Elle est bien incapable de le dire. Mais les voies des dieux sont impénétrables. Et si la Divine Chouette s'est bel et bien adressée à l'étranger, c'est qu'elle a des projets pour lui. Mais lesquels?
"Tu parles la langue des anciens!" relève-t-elle, suspicieuse. "Pourquoi? Tu n'es visiblement pas de My'trä!"
Le mystère qui entoure l'anomalie la préserve du danger. Elle ne peut décemment pas le tuer avant d'avoir obtenu des réponses susceptibles d'apaiser sa curiosité. La fanatique sait que leur absence la torturerait longtemps. Le doute est bien pire qu'une vérité déplaisante. La rouquine plisse les yeux et observe avec une suspicion évidente l'étranger. Joue-t-il avec elle? Est-elle entrée malgré elle dans une ronde perverse? Érige-t'il précisément le mystère en bouclier? C'est... efficace! Et ça n'améliore évidemment pas l'humeur d'une disciple de Möchlog qui n'est pourtant pas réputée pour sa patience.
"Réponds! Et je daignerai peut-être te libérer du mal qui te ronge!"
Elle n'en dit pas plus. Il lui semble d'ailleurs parfaitement inutile de préciser la méthode à laquelle elle aura recours pour le... soigner. Ou que le fameux mal qui le ronge se résume en un mot: la vie. C'est un étrange combat que se livrent à présent la haine et la curiosité dans les tréfonds de l'âme de la rouquine. Elle ne sait pas elle-même lequel des deux sentiments l'emportera.

La jeune femme pose les poings contre ses hanches en attendant la réponse de l'homme. Réponse qu'elle obtiendra quoi qu'il arrive. Si elle doit le torturer à la vue de tous, elle le fera. Qui s'inquiétera du sort d'une anomalie à la dérive?




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Joël Neara
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Sam 5 Mai - 0:41
Irys : 425645
Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
Au cours de ces derniers mois, Joël avait eu l'occasion de rencontrer bien des my'träns, des bons et des moins bons, des sages et des moins sages, des violents et des moins violents. Mais cette fois-ci, le pauvre homme était encore loin de se douter combien le cas sur lequel il était tombé était différent des autres, combien il était plus ... dangereux. Il l'ignorait, mais sa petite plaisanterie dont il n'était pas peu fier venait de l'embourber dans un merdier dont il allait aurait grand peine à se sortir.

Il avançait, rompu par la faim mais la tête haute vers la sortie du bourg, souriant victorieusement au son du verre qui se brise derrière lui. Une victoire si simple dont il ne pouvait que se délecter, un plaisir qu'il savourait les yeux fermés jusqu'à ce que son nez heurte violemment un "quelque chose" qui n'avait rien à faire là.


« Ouch ... Qu'est-ce que ça fout là ça ? »

Se frottant machinalement la truffe pour essayer d'en effacer la douleur, il inclina la tête légèrement de côté, comme pour mieux observer le mur de lumière qui l'avait stoppé dans sa marche impériale. De sa main libre il prit le risque de donner une pichenette on ne peut plus ridicule au bouclier, un *pouic-pouic* révélateur de sa mine circonspect, qui n'avait pour but que de vérifier qu'il ne rêvait pas plutôt que réellement testé la dureté du sort de la magicienne.

« Il y a certaines choses qui restent incurables! La bêtise, notamment! Ou la capacité des étrangers à blasphémer en évoquant nos dieux! Möchlog t'as parlé? Pour te dire quoi, hein? »
« Mmm, intéressant comme magie ... »
« Tu parles la langue des anciens! Pourquoi? Tu n'es visiblement pas de My'trä! »
« ... rapide et efficace. Par contre pour la couleur on repassera, c'est tellement kitch ! » pensa-t-il tout haut en haussant les épaules.

Oh il entendait très bien les questions de celle qui l'importunait, il les entendait et les écoutait. La raillerie avait toujours été sa meilleure arme, son échappatoire qui lui permettait non seulement de garder contenance, mais également lui donner le temps de la réflexion. Les interrogations de la rouquine étaient parfaitement ciblées, et s'il n'avait aucune idée de sa potentielle dangerosité, il savait très bien que sans son fusil il n'avait que peu de chance de se défendre à armes égale si jamais la situation dégénérait, d'autant plus dans son état avancé de fatigue. Le fait était qu'il était parvenu totalement involontairement à attiser une curiosité viscérale chez la jeune femme, un intérêt qu'il avait tout intérêt à user à son avantage s'il souhaitait garder la main. L'effet de surprise restait son meilleur allié, que l'affrontement soit physique ou verbal, il devait jouer là-dessus.

« Réponds! Et je daignerai peut-être te libérer du mal qui te ronge! »

Mais elle le prit de cours. Lui qui avait parcouru des centaines ... non, des milliers de kilomètres dans l'espoir de trouver un potentiel remède, ne serait-ce qu'un indice, aussi minime soit-il, et voilà qu'après des mois de recherches infructueuses, quelqu'un lui laissait entendre qu'elle pouvait peut-être y faire quelque chose. Mais au vu de la façon dont leur relation avait commencé, il doutait de pouvoir tirer quoique ce soit de la noiraude. A moins que ?

Toujours de dos, il espérait qu'elle n'ait pas entraperçu le court instant où elle était parvenu à le déstabiliser. Il retira le gant qui recouvrait sa main de cristal et la posa sur le bouclier, qui se fit lentement mais surement absorber par la magilithe.


« Comme tout les autres, tu juges un type à son apparence. Est-ce donc ça que Möchlog le bienveillant t'a enseigné ? Un homme blessé d'apparence est-il forcément condamné ? Une femme d'apparence pleine de vie doit-elle nécessairement continuer à vivre ? Le mur magique complétement dissout, il commença à ré-enfiler son gant. N'est-ce pas justement pour ne pas tomber dans cette bêtise que vous détenez ces pouvoirs si particulier ? Est-ce cela que la grande Chouette t'as dis ? A moins qu'elle ne t'ai jamais rien dis ? »

Le daënar savait qu'il jouait sur une corde sensible, car en réalité il n'avait aucune idée de si un dieu parlait à ses fidèles ou non, il ne faisait que supposer. Était-elle interloqué que lui aussi ait put entendre un Architecte, ou bien qu'il soit le premier à l'entendre ? Il avait parié sur la seconde option, et croisait secrètement les doigts pour avoir visé juste. Il fit alors face à la demoiselle, qui attendait mains sur les hanches la suite de ses réponses, toujours avec cet air grognon qu'il trouvait aussi charmant qu'inquiétant.

« Lorsque j'ai chopé cette merde, oui, ton Maître m'a parlé. Sa voix a pénétré mon esprit comme une lame en plein cœur, ses yeux fixèrent alors un horizon que lui seul pouvait voir, Il m'a dit que c'est en My'trä que je trouverai l'élu, celui qui par sa grâce saura me délivrer de ... cette mort, dit-il en mettant en avant son bras de cristal, ... ce destin qui n'est pas le mien. »

Il mima des guillemets avec ses doigts pour imiter le dieu, mais surtout pour dédramatiser un peu la scène.
Pourtant, avant de se réveiller dans son nouvel état d'Anomalie, il avait effectivement entendu une voix. Il ignorait s'il s'agissait de Möchlog, un autre Architecte ou s'il s'agissait de son esprit déviant qui lui jouait des tours. Mais il s'appuyait sur ce souvenir pour paraître d'autant plus crédible aux yeux de la my'trän, qui en l'état aurait beaucoup de mal de déceler le vrai du faux. Il la fixa droit dans les yeux, avant de lui tendre la main.


« Joël, mi-my'trän mi ... étranger. Ma mère m'a enseigné le Haut-My'trän quand j'étais gamin. Tu dis que tu peux me libérer de cette connerie, donc tu dois être "l'élue", celle choisie par le façonneur de destin, je me trompe ? »

Son regard se voulait sévère. Il ne souhaitait pas l'intimider, mais simplement lui faire comprendre qu'il allait considérer sérieusement sa réponse.


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Zora Viz'Herei
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Dim 6 Mai - 18:01
Irys : 2011503
Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

Les choses ont toujours été très claires pour elle: il y a ceux qui méritent de vivre et qui auront la chance d'arpenter le monde qu'elle est en train de façonner au nom de Möchlog. Et puis il y a ceux qui doivent périr pour mieux renaître, libérés de leurs impuretés. Ce Joël appartient incontestablement à la seconde catégorie. Et pourtant Zora n'a jamais été aussi indécise qu'en cet instant. Pourquoi la Divine Chouette a placé cet homme sur sa route? Doit-elle l'épargner? Lui prêter assistance? Le libérer des tourments de la magilithe?

En réalité la rouquine ne sait pas précisément ce qu'elle ressent. Elle est animée par de furieux sentiments qui s'entrechoquent avec une rare violence. Ses envies se heurtent à ses convictions tandis que ses pensées sont contaminées par un doute pernicieux. La magie illumine à nouveau son regard ambré mais ne se manifeste pas. Et le silence qui l'étreint témoigne à lui seul du trouble qui menace de la submerger.

Elle le hait, c'est une évidence. Pour ce qu'il est et pour l'arrogance dont il fait preuve en remettant en cause sa façon d'être. Qui est-il pour la juger? Pense-t-il réellement être en droit d'émettre un quelconque avis sur ses actions ou sa façon de considérer le monde? Il n'est qu'un bâtard improbable entre la foi et les idées nauséabondes de Technologie. Et en tant qu'anomalie il représente l'impureté dans toute sa noirceur. Une erreur bien trop grave pour échapper à la punition divine.

Il éveille également en elle une curiosité teintée de crainte. Il semble sérieux lorsque il affirme que Möchlog lui a parlé. Quelque part, elle se sent trahie par l'Architecte. Pourquoi lui fait-il subir ça? Pour a-t-il doté cet homme d'un destin qui semble lié au sien? Est-ce une façon de désapprouver son élue? De lui faire comprendre que l'absolutisme n'est pas la seule voie qui lui soit offerte de suivre? Se serait-elle... trompée? L'idée même lui est insupportable!

Et pourtant elle l'apprécie... Bien que ce soit inattendue, l'anomalie est la première créature vivante qui ose envisager qu'elle soit effectivement l'élue de la Divine Chouette. Et il le fait avec un espoir qui la touche sincèrement. Combien de fois l'a-t'on observée ainsi? La réponse tient en un seul mot: jamais! Et cette constatation vrille son coeur autant que son âme. La rouquine détourne le regard et baisse la tête. Que doit-elle faire, bon sang? Les desseins de Möchlog n'ont jamais paru aussi obscures...

Quoi qu'il en soit il semble désormais évident qu'elle ne peut pas réserver à un Joël un sort semblable aux impurs qui ont déjà croisé sa route. Pas avant d'être certaine de ce que son Architecte souhaite réellement. Elle ne peut prendre le risque de décevoir le dieu. L'erreur est une option qu'elle refuse d'envisager lorsqu'il est question du lien privilégié qu'elle entretient avec son Maître. Résignée, elle se force au calme et tente d'évacuer les pulsions qui tentent de dévorer ses pensées. Et lorsqu'elle relève finalement le regard vers le noiraud...
"Attention!"
Elle effectue quelques gestes et dresse un second bouclier. Dans le dos de l'anomalie, cette fois-ci. Une hache destinée au bois s'écrase maladroitement contre la protection magique et retombe au sol, désormais inoffensive. L'homme qui l'a lancée à la cinquantaine. Ce n'est visiblement rien de plus qu'un résident outré du bourg. Peut-être est-ce par la simple présence de l'anomalie ou encore parce qu'il a distingué les prémices d'un duel entre Joël et Zora. Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'en venant à l'aide à l'impur elle s'est également rangée de son côté. Un constat qui arrache un juron désabusé à la rouquine.
"Je ne sais pas si je peux vraiment t'aider mais ce qui est certain, en revanche, c'est que je suis l'Élue de Möchlog!" affirme-t-elle avec une conviction absolue, délaissant les faux semblants. "Si la rédemption existe pour les gens comme toi, c'est seulement à travers moi que tu l'obtiendras!"
L'anomalie avait déjà éveillé l'attention des gens par sa seule présence. Et la scène qui vient de se dérouler a évidemment accentué ce phénomène. L'épave qui s'est adressée à Joël quelques instants plus tôt est de retour avec le pied de la chaise sur laquelle la fanatique était assise quelques instants plus tôt. D'autres téméraires commencent peu à peu à former un cercle autours du duo. La situation n'est pas catastrophique. Mais les choses risquent de rapidement s'envenimer. Encore une bonne raison d'en vouloir à l'impur!
"On ferait mieux de mettre les voiles!" indique-t-elle, guidée par une sagesse rare. "Mais avant que j'oublie..."
Sa main fend l'air et sa paume s'écrase sur la joue de l'anomalie. Le claquement sonore qui en résulte indique que le coup a été porté avec la violence qu'elle espérait. C'est largement insuffisant pour le blesser, certes. Mais qu'est-ce que ça fait du bien...
"Ça, c'est pour ta foutue dialectique de tout à l'heure!"
S'ils doivent se supporter encore quelques temps, il vaut mieux rappeler à ce bâtard qui détient les rênes du duo. Ou de sa guérison! Elle ancre encore un instant son regard empli de dégoût dans celui de l'anomalie avant de prendre la direction de l'écurie qui se devine à l'entrée du village. Des montures ne seront pas du luxe si la foule décidait de devenir plus agressive. À moins que l'autre impur ait une meilleure solution?




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Joël Neara
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Mar 8 Mai - 6:53
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Ses réponses, plus qu'un simple alignement de mots compte-tenu de l'effort de réflexion que cela lui avait demandé, semblaient avoir atteint leur objectif. La "force de ses convictions" et son "ouverture" à la culture de ses ennemis semblaient avoir fait tressaillir les défenses pourtant robuste de la jeune femme. Il était certes encore trop tôt pour crier victoire, mais l'atmosphère se détendit d'un iota, une trêve bienvenue mais visiblement pas suffisamment équivoque pour convaincre l'ensemble des spectateurs que les deux têtes brûlées n'allaient pas se taper dessus, pas tout de suite en tout cas. Autour, la bienveillance qui transpirait de tout les corps qui commençaient à s'agglutiner en un cercle épars semblaient avoir été remplacé par un regard mauvais, le genre de regard qui fait naître en vous une gêne si grande qu'elle vous fait comprendre que vous n'avez plus rien à faire ici. Joël observait la fille de Möchlog, tête baissée et apparemment plongée dans l'incertitude tandis que lui attendait toujours une réponse, même négative à sa poignée de main. Derrière elle, les gens s'approchaient et lorsqu'elle releva le visage, sa mise en garde résonna dans tout son être comme un coup de feu.

Il se retourna, prêt à accueillir le danger d'une belle droite en pleine mâchoire mais au lieu de ça, le fameux bouclier était de retour et avait été employée pour ce pour quoi il existait normalement. La hache de bucheron s'écrasa lamentablement contre la poussière du sol. Le daënar était sous le choc. Les Anomalies étaient-elles donc détestées à ce point dans cette partie du pays ? Cette haine était-elle justifiée au point de vouloir abattre un homme d'un coup de hache dans le dos plutôt que de lui demander de partir ? Habituellement, son sang aurait dut se glacer, de peur surement, de tristesse peut-être aussi. Mais en cet instant, il n'était que colère. Son sang ne fit qu'un tour, son cœur faisait rebondir sa poitrine au rythme de sa frustration grandissante, un profond regret de ne pas avoir son fusil avec lui pour pouvoir abattre tout ces sauvages d'une balle en pleine tête.

Cette fille, sous ses airs de psychopathes, était finalement la toute première à prendre ouvertement sa défense alors qu'il faisait pour la énième fois les frais de son statut d'Anomalie, et de daënar. Si cela lui en avait coûté gros de jouer la comédie en faisant preuve de respect au piaf donneur de mort, en cet instant il se dit qu'ils n'étaient peut-être pas tous à jeter, qu'ils n'étaient peut-être pas tous des sauvages. Il jeta un regard par-dessus son épaule en direction de la rouquine, et s'il était encore trop distrait pour articuler un "merci", il hocha tout de même du chef pour lui signaler qu'il avait apprécié le geste. Par précaution toutefois, il fit à nouveau dos à sa salvatrice, surveillant attentivement les mouvements des agresseurs tout en ramassant l'arme qui avait faillit lui coûter la vie. La fatigue, la faim et la soif n'aidant pas, sa posture était mal-assurée et sa vision pas tout à fait net. Derrière lui, la rouquine lui assurait avec une détermination palpable qu'elle était SA solution. La teneur de son discours lui laissait petit à petit entrevoir l'étendue de l'amour quelle éprouvait pour son dieu, le tout largement saupoudré par ce qui lui sembla être une sur-confiance en soit qui ne pouvait faire qu'écho à celui qu'il avait toujours été. Soit, il remettrait sa vie entre ses mains et de toute façon, la situation actuelle ne lui laissait pas vraiment d'autres choix.


« On ferait mieux de mettre les voiles! Mais avant que j'oublie... »

Il risqua un coup d’œil derrière lui et ne vit pas la main lui arriver en plein dans la gueule, une gifle de compétition qui claqua si fort que son écho allait assurément résonner bien loin dans les plaines de Suhury. Était-ce de bonne guerre ? Il n'en fut pas convaincu.

« Hmpf ... Bi chamd ögökh bolno. »
(Hmpf ... je te revaudrai ça.)

Le duo continua de s'affronter du regard, mais l'urgence de la situation les obligea à prendre la poudre d'escampette, si bien qu'il prit sa suite lorsqu'ils entreprirent de contourner le groupe. Les écuries n'étaient pas bien loin, l'auberge dans laquelle reposait son fusil non plus, mais il dut se résigner à poursuivre cette aventure sans lui cette fois-ci. S'il survivait à l'autre dingo, il reviendrait le récupérer. En attendant, il affaira le seul canasson qui restait aussi rapidement qui le pouvait, jetant littéralement la selle sur son dos et attachant la bride d'une manière tout aussi peu soignée. Il était essoufflé. Il se savait fatigué, mais il ne commençait à se rendre compte que maintenant qu'il n'avait plus du tout de jus. Les vertiges étaient là, les bouffées de chaleur également et l’hypoglycémie semblait imminente, mais il tint bon. Il fit la courte-échelle à la rouquine pour qu'elle grimpe sans tarder sur sa monture du moment avant de se hisser juste derrière elle. Il voulut vigoureusement l'encourager à ne pas perdre de temps, mais il ne parvint à lui souffler qu'un faible "fonce" avant de s’agripper du mieux qu'il le pouvait en partie à sa partenaire, et en partie à la selle elle-même.

Il se retourna et vit le bourg de Shaakhai se faire de plus en plus petit. Il se surprit à vouloir prier un dieu, peu importe lequel, pour que la jeune femme ne profite pas de cette mise à l'écart pour "finir le travail". Ils ne chevauchèrent pourtant pas si longtemps. L'orée d'une forêt se dessina rapidement et il suggéra à la cavalière de les mener là-bas, où il serait facile de se cacher et de trouver ce dont ils auraient besoin pour survivre quelques temps. Lorsqu'ils mirent pied à terre, il tituba jusqu'à s'appuyer contre un robuste tronc d'arbre. Il était pâle comme la mort, mais la crainte qu'il avait ressenti lorsqu'il avait été confronté aux Régisseurs fut une force supplémentaire qui lui insuffla la volonté de ne pas céder à la fatigue. Dormir, c'était leur laisser le temps de se rapprocher, voir de le tuer sans même lui laisser le temps de se défendre.


« Je ... ne sais toujours pas comment tu t'appelles, Élue, mais merci. Je n'oserai parler en son nom, mais je crois sincèrement que la Divine Chouette approuverait la sagesse dont tu as fait preuve. »

Il ferma les yeux quelques secondes, prenant de profondes bouffées d'air afin de se redonner contenance et meilleure mine, et si les résultats furent parfaitement médiocre, psychologiquement cela l'aida, un petit peu.

« Mais nous parlerons plus tard. J'pense pas pouvoir être pleinement ouvert à la "rédemption" dans des conditions pareilles. Les nuits sont rudes malgré les chaleurs de la journée. Je vais aller nous couper du bois. » conclu-t-il en levant la hache qu'il avait emprunté.

Puis il s'éloigna. Il devait s'éloigner. Pas pour fuir cette fois-ci, nous dirons-même "pour une fois". Mais il devait marquer une pause, réfléchir à tout ce qu'il venait de se passer et commencer dors et déjà à planifier des plans de secours au cas où les choses tourneraient mal. Il arriva devant un arbre et le jaugea, avant de regarder sa hache.

« Dans quelle merde je me suis foutu. »

Et il frappa. Une bonne heure plus tard, il revint non sans mal, vers leur campement de fortune, les bras chargés de bois pour le feu et plus si besoin.


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Zora Viz'Herei
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Mer 9 Mai - 7:34
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Ha parce qu'en plus il compte lui rendre la pareille? La rouquine vient à peine de solder un différent qu'il veut déjà en créer un autre! Il y a certaines personnes qui excellent dans l'art d'irriter la faune qu'ils fréquentent. À ce niveau-là on pourrait même parler d'un don tant cela semble naturel pour eux. Elle ne connaît pas ce Joël mais ce qu'il laisse percevoir de lui ne laisse que peu de doute quant à sa nature profonde: c'est un emmerdeur. Ces gens-là prolifèrent un peu trop ces derniers temps...
"Ouais? Essaie pour voir!" le défie-t-elle tandis qu'ils rejoignent l'écurie. "Et arrête de parler le Haut-My'trän, tu veux? Ta langue n'est pas assez digne pour prononcer les mots des anciens!"
Il doit peut-être songer que sa part my'träne l'autorise à se considérer comme l'un des Enfants des Architectes? Zora ne voit qu'un étranger lorsqu'elle pose le regard sur lui. Doublé d'une abomination. Et là voici associée à une créature que les dieux eux-mêmes souhaitent voir disparaître. L'ironie de la situation est loin de lui avoir échappée. Möchlog estime que cet homme peut avoir une utilité pour elle. Mais laquelle? Pour l'heure la fanatique ne voit qu'une anomalie qui mérite de brûler comme les autres.

Elle décoche un regard noir à la chose lorsque cette dernière entend l'aider à monter sur le cheval. Et sa fierté, alors? N'est-il pas capable de la ménager? Elle perd ainsi de précieuses secondes à s'installer sur la selle de l'animal avant de sentir la présence de l'homme derrière elle. Et puisque l'urgence ne lui autorise pas une longue mise en garde, Zora se contente de lui décocher un petit coup de coude dans les côtes comme pour le dissuader de poser ses gants n'importe où!

Puis, suivant un conseil dont elle n'avait guère besoin, elle lance la monture au galop. Sans être une mauvaise cavalière, la jeune femme est loin d'exceller dans la maîtrise du canasson. Et cela doit sans doute se remarquer à ses gestes mal assurés et à la manière dont elle décolle de temps à autre de la selle. Toujours est-il qu'après une chevauchée qui n'entrera pas dans les anales de l'Histoire, le duo se retrouve à la lisière d'une forêt. Un lieu plutôt agréable pour une pause qui semble d'ailleurs s'avérer nécessaire.

Zora s'approche de l'homme qui a désormais le teint blafard et le sonde brièvement comme pour s'assurer qu'il ne va pas s'écrouler pour de bon. Constatant qu'il ne couve rien de grave - si l'on excepte la magilithe qui le ronge - et que c'est sûrement la faiblesse de son ascendance étrangère qui s'exprime, elle se contente de lâcher un soupir agacé avant de s'éloigner de quelques pas. D'ailleurs Joël ne met pas long avant d'user à nouveau de sa langue. Pour évoquer Möchlog, forcément.

La fanatique ferme les yeux et inspire profondément. Cette épreuve imposée par la Divine Chouette pourrait bien être la plus difficile qu'elle ait eu à traverser. Et elle repose incontestablement sur la patience. Son point faible. Zora sert les poings et tente d'ignorer l'aisance avec laquelle l'homme réussit à blasphémer. Un autre don? Quant à son prénom...
"L'Élue, c'est parfait! Mais si tu trouves ça trop pompeux tu peux aussi m'appeler Maîtresse. Ou Impératrice, tiens!" propose-t-elle, un vague haussement d'épaules en renfort. "Les trois options me conviennent!
La modestie? C'est bon pour ceux qui sont destinés à lécher le bas de l'échelle sociale. Elle, elle a été choisie par un dieu. Pourquoi ferait-elle preuve de retenue? D'autant plus qu'elle paie le prix de ce privilège chaque jour qui passe. Elle décoche un sourire amusé à l'anomalie. Et pourtant elle ne plaisante pas...
"Fais donc ça, oui!" répond-t-elle lorsqu'il lui annonce qu'il va couper du bois. "De mon côté je vais bien trouver de quoi m'occuper..."
Monter la garde, par exemple! C'est important, ça! Et puis ce n'est pas trop fatiguant. Zora masse son fessier endolori en suivant du regard l'abomination s'en aller. Puis elle regarde autours d'elle à la recherche d'une occupation plus ou moins intéressante...


Elle a déjà vu certains... artistes empiler des pierres l'une sur l'autre pour honorer l'équilibre. Et souvent, elle les a observés avec condescendance. Seulement, jusque là, elle n'avait pas eu le temps de mesurer la difficulté d'un tel exercice. Lorsque le troisième caillou retombe au sol et emporte à sa suite la précédente, elle se relève et décoche un coup de pied rageur dans le tas de roche. Ce qui a le mérite de la calmer immédiatement.

C'est à ce moment-là que l'étranger refait son apparition, les bras chargés de bois. La prise semble satisfaisante et permettra d'alimenter le feu pendant quelques heures. C'est déjà l'après-midi et fuir davantage leurs poursuivants n'aurait pas le moindre intérêt. Ils seront sans doute déjà retournés à leur occupations pathétiques. Comment peuvent-ils se satisfaire d'une vie aussi médiocre? Quel plaisir peuvent-ils en tirer? Encore un mystère de ce monde...
"Et bien au moins tu n'es pas totalement inutile..." lui glisse-t-elle en guise de remerciement. "Il te reste même un peu de temps pour nous trouver quelque chose à faire griller! Je pratique la magie plus efficacement avec le ventre plein, tu comprends?"
Elle se passe une main sur le ventre comme pour mieux appuyer ses propos. Elle ne cherche pourtant pas à rendre sa réplique crédible. Zora va soulager cet homme de ses peines et de la maladie en lui ôtant la vie. Il est tout à fait normal qu'il fasse lui aussi preuve d'altruisme et remplisse ses obligations d'esclave. Car il est bien esclave de l'espoir, n'est-ce pas? Et puisque elle symbolise probablement l'espoir en question...
"Mais puisque je t'ai sous la main j'aimerais déjà prélever un petit bout de... et bien, de toi! Et vérifier de mes propres yeux à quel point le mal s'est propagé dans ta chair!" ajoute-t-elle. "Retire ton gant et relève ta manche, tu veux?"
Elle tire de son sac son nécessaire d'herboristerie. Davantage pour donner le change que par réelle nécessité. La demande que la rouquine vient d'adresser au noiraud vise davantage à contenter un désir sadique qu'un impératif médical. Mais il n'en sait rien, n'est-ce pas? La jeune femme enfile l'un de ses gant puis tire sa dague. Elle fait ensuite signe à l'homme de venir prendre place en face d'elle d'un mouvement impérieux du regard.
"Si tu pouvais avoir l'obligeance de tendre le bras..." lui demande-t-elle avec une étrange douceur. "Tu sais quand les soigneurs te disent que ça ne va pas faire mal et que tu ne sentiras presque rien?"
Elle lui laisse à peine le temps de répondre. D'où il vient, les soigneurs sont de toute façon moins compétents qu'à My'trä. Sans avoir quitté le continent, Zora doute que quiconque puisse égaler les prouesses médicales des disciples de Möchlog. En fait, elle en est absolument certaine. Elle décoche un regard amusé à Joël puis enfonce sa lame d'un geste nonchalant dans le bras impur avant d'en découper vigoureusement un morceau de chair.
"Ils mentent!"
Sa main nue se pose sur le torse de l'anomalie. Pas pour le priver d'une douleur qu'elle estime saine mais bien pour pétrifier ses muscles et l'empêcher de réagir brusquement. Un cobaye sage, c'est toujours plus appréciable! Ce n'est que lorsqu'elle a réussi à prélever un échantillon de chair conséquent qu'elle le libère de son emprise avant d'agiter fièrement son trophée sanguinolent. C'est un bon début, non?




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Joël Neara
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Mar 5 Juin - 18:19
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Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
Le dernier coup de hache s'abat sur l'arbre. Le bois craque, les feuilles s'agitent jusqu'à ce que le colosse finisse de tomber paresseusement sur le par-terre de mousse. Exténué, Joël vacille mais se refuse une nouvelle fois à laisser tomber. Il s'attaque alors aux branches les plus accessibles et prélève son dut à grand renfort de maladresse jusqu'à ce que, comme Zygan le lui avait apprit, ses bras soient chargés des morceaux de bois les plus secs pour démarrer le feu, et de quelques bûches pour l'entretenir. Mais il n'était pas tout à fait prêt à rejoindre "l'Élue". Il laissa tomber le fruit de son dur labeur et se laissa glisser contre un tronc en soupirant longuement. Il était pour ainsi dire "à poil". Il ignorait tout de ses intentions, de ses capacités -hormis sa faculté à générer des barrières-, et il était sans son arme favorite, au bord du malaise dans un pays où tout le monde cherchait au mieux à le tuer, au pire à le livrer à son Régisseur. Était-il dans une impasse ? Au fond de lui, c'était pire encore.

Soudain, un bruit. Un craquement de branche qui électrisa le trentenaire, désormais aux aguets. Il retira précautionneuse son gant et appuya sa main contre le tronc, se camouflant ainsi aux yeux de l'intrus. Une biche, dont la curiosité l'avait sans doute attiré jusqu'à la source du vacarme, s'aventurait beaucoup trop près de l'Anomalie pour que celui-ci ne tente pas sa chance. Machette en main, il se concentra sur sa respiration et lorsque la bête sembla focaliser l'un de ses sens sur autre chose, il l'égorgea, proprement, avant d'abréger immédiatement ses souffrances en plongeant sa lame dans le cœur de l'animal.


« Hmpf, si avec ça elle veut pas me soigner, elle ira se faire foutre. »

Il retira sa ceinture et l'utilisa comme d'une corde pour traîner sa proie derrière lui, tandis qu'il portait tant bien que mal les bûches qu'il avait amassé. Il mit un certain temps à rejoindre sa désagréable partenaire, la fatigue et l'encombrement l'obligeant à faire plusieurs pauses sur le chemin du retour. Il la retrouva alors en train de se défouler sur de vulgaires pierre. Colérique ? Le daënar avait lu tant de livres sur la culture my'trän qu'il peinait à reconnaître la magicienne comme étant une fille de Möchlog. Dalai passait encore, mais elle semblait si loin des mœurs et coutumes des Suhurs qu'il lui semblait improbable qu'elle puisse véritablement être une maîtresse des soins.

« Et bien au moins tu n'es pas totalement inutile... Il te reste même un peu de temps pour nous trouver quelque chose à faire griller ! Je pratique la magie plus efficacement avec le ventre plein, tu comprends ? Mais puisque je t'ai sous la main j'aimerais déjà prélever un petit bout de... et bien, de toi ! Et vérifier de mes propres yeux à quel point le mal s'est propagé dans ta chair ! Retire ton gant et relève ta manche, tu veux ? »

« Tu serais surprise de l'utilité que peut avoir notre intellect lors d'une chasse. Tiens Josette, se moqua-t-il en déposant son trophée à ses pieds, régale-toi. »

Sans plus de méfiance, il s'installa face à sa salvatrice et s'exécuta, soulevant sa manche bien trop haut à son goût compte-tenu de l'état de développement de sa maladie. La dague qu'il vit sortir du paquetage de la jeune femme lui glaça le sang, mais il se fit une raison. Aux sauvages des méthodes de sauvage, alors il se prépara au pire, bien qu'il croyait sincèrement au fond de lui qu'elle n'allait pas tenter de le tuer.

« Si tu pouvais avoir l'obligeance de tendre le bras... Tu sais quand les soigneurs te disent que ça ne va pas faire mal et que tu ne sentiras presque rien ? »

L'héritier plante alors son regard dans celui de la magicienne qui semble amusée. Sans autre forme d'introduction, sa lame vient entailler sa "chair", lui découper littéralement un morceau d'avant-bras. Ses gestes semblent nullement professionnel, et le plaisir qu'il pouvait lire sur son visage ne fit que le conforter dans le fait qu'il était en face d'une personne résolument déficiente mentale.

« Ils mentent ! »

"Et alors ?" pensa-t-il. Il préférait mille fois endurer ce genre de traitement plutôt que devoir se coltiner cette caillasse impie ad vitam eternam, et puisqu'il était question de douleur, la magicienne se rendrait vite compte que son cobaye ne sembla pas souffrir plus que de raison. La raison, aussi triste soit-elle, était bien simple : l'état de cristallisation de son bras en était à un stade relativement avancé. La dague était parvenue à traverser les premières couches de pierre non sans difficulté, expliquant peut-être aussi le fait qu'elle ait du s'attarder plus que nécessaire sur son travail de bouchère, avant d'atteindre, très en profondeur, ce qui lui restait comme "chair humaine". Évidemment ça saignait, et le rouge écarlate venait faire tâche sur le blanc immaculé de la magilithe, mais cela ne le faisait souffrir guère plus qu'une vulgaire entaille. Alors qu'elle observait avec délice l'objet de sa convoitise, il se releva en faisant pression sur sa coupure et la contourna en faisant mine de se diriger vers le canasson. Mais en réalité, il attrapa la dague qu'elle avait laissé en plan, et découpa sans crier gare un pan de l'arrière de sa tunique, révélant plus en détail les muscles long et fin de la jambe de la jeune femme, et l'ébauche d'un fessier délicieusement rebondi. Il utilisa le morceau de tissu comme bandage et se laissa tomber dans l'herbe.

« Et donc ? Après cette intervention d'une "précision chirurgicale", j'imagine que Josette la toubib, élue de Möchlog, a dors et déjà percé le plus grand mystère de ce monde d'un seul regard. »

Il se redressa sur ses coudes et, son regard n'ayant jamais quitté celui de la Suhur, lui posa une nouvelle fois la question. Elle voulait être prise au sérieux, soit, alors il allait la prendre au sérieux. Il était prêt à lui offrir l'entièreté de son bras, voir plus, si elle pouvait vraiment y trouver une solution, encore fallait-il qu'elle soit capable d'un tel exploit.

« Oh, et tu seras gentille de bien vouloir allumer le feu et nous cuire cette pauvre biche. Parce que même si "Maîtresse" me l'ordonnait, lui lança-t-il à grand renfort d'ironie, avec un morceau de bras en moins et une hypoglycémie en devenir, même si je le voulais je ne pourrais pas. »

Non seulement c'était vrai, mais en plus de cela il estimait avoir suffisamment servi de larbin pour la journée.

" Raaah, cette femme est épuisante. "


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Zora Viz'Herei
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Mer 6 Juin - 8:56
Irys : 2011503
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Elle est déçue. Elle espérait le faire souffrir en lui retirant ce morceau de chair minérale. Une moue de frustration s'installe sur le visage délicat de la rouquine tandis qu'elle observe avec dégoût le trophée qu'elle tient désormais dans le creux de sa main gantée. Elle s'est souvent demandée de quelle manière cette roche bénie des dieux influait le corps humain. Ses questions étaient restées sans réponse lorsqu'elle n'était encore qu'une étudiante. Et aujourd'hui, la réponse semble évidente: elle s'y substitue entièrement, emportant dans la foulée la chair, les nerfs et probablement les os. C'est... intéressant!

Zora observe sa prise jusqu'à ce que le bruit caractéristique d'un tissus tranché et une pression sur ses vêtements lui indique que l'anomalie s'est octroyé davantage de droits qu'il n'en mérite. Néanmoins, par acquis de conscience, elle se tortille de manière à pouvoir observer sa tunique déchirée. Elle relève alors lentement un regard outré en direction de l'homme tandis que ce dernier s'autorise une remarque narquoise. Percer le plus grand mystère de ce monde? Aux yeux de la rouquine, bien d'autres énigmes précèdent la magilithe. La survie des daënars loin du giron des Architectes, par exemple...
"La seule chose que je vais percer, si ça continue, c'est ton coeur! Arrête de t'en prendre à mes vêtements! Si tu as besoin de bandages, utilises les tiens!" vocifère-t-elle avant de marquer une pause. " Ce n'est pas comme s'ils étaient de très bon goût de toute façon..."
La rouquine appuie son regard comme pour souligner la pertinence de ce qu'elle considère comme un argument. Elle reprend ensuite son observation du morceau de chair et plus particulièrement de la frontière séparant le cristal de la chair. Elle plisse les yeux comme pour mieux distinguer un détail qui lui aurait échappée. Si seulement elle avait à sa disposition l'un de ces encombrants appareil d'optique utilisés dans certains des dispensaires les plus importants...Attaquer l'un d'eux pourrait être une option. D'autant plus que cela lui permettrait de mettre hors jeu un certain nombre d'hérétiques. Mais elle aurait besoin de l'aide de ce Joël. Et l'une des rares choses qu'elle déteste encore plus que les serviteurs impies de la Chouette, c'est encore d'être associée davantage à une foutue anomalie!

Anomalie qui, d'ailleurs, a visiblement décidé de se la couler douce. Zora pensait pourtant qu'un semblant d'accord avait été scellé: il travaille et elle l'étudie. Espère-t-il vraiment qu'elle va s'occuper d'une chose aussi triviale que la cuisine en sa présence? Son ventre proteste contre l'idée d'être privé de sa pitance. Mais il est rapidement réduit au silence par l'ego démesuré de la rouquine. Il y a certaines concessions qu'elle n'est pas prête à faire.
"Tu deviendras une statue de magilithe bien avant que je daigne lever le petit doigt pour te faire à manger!" le prévient-elle. "Ce qui ne devrait d'ailleurs plus trop tarder si tu continues sans cesse à me déconcentrer avec tes bêtises!"
Comment peut-elle étudier son cas s'il la déconcentre sans cesse avec ses bêtises? Il ne l'a peut-être pas remarqué mais elle travaille, elle. Dans le but de lui sauver la vie, en théorie. En réalité les choses sont bien plus simples: elle sait simplement laissée piéger par sa curiosité. Mais Joël n'a pas besoin de savoir qu'il est condamné. Il deviendrait encore moins docile qu'il ne l'est maintenant. Et c'est une perspective qui n'a vraiment rien de séduisante. Autant qu'il continue de croire qu'il a une chance de s'en tirer. Et puis de cette manière elle garde un merveilleux moyen de pression dont elle aurait tort de se priver. Les faiblesses ne sont-elles pas faites pour être exploitées?
"Tiens!" glisse-t-elle avant de lui lancer son morceau de chair minérale. "Un souvenir!"
Elle retire ensuite son gant et récupère le poignard avant de l'enfoncer dans le flanc de la biche. Pour peu que Joël se soit fait de faux espoirs, elle se félicite de pouvoir les balayer lorsqu'elle prélève avec difficulté un morceau de viande de l'animal. Elle hésite quelque peu en observant cette nourriture crue. Puis elle se rappelle que l'autre option consiste à céder du terrain à l'anomalie et à contenter ses attentes. Zora mord alors à pleine dent dans la chair fraîche qui, en retour, déverse bien vite un sillon sanglant sur son menton.

Ce n'est pas aussi dégueulasse qu'elle l'avait imaginé. Mais c'est loin de ravir ses papilles gustatives pour autant. Elle se force à mâcher sa bouchée en tentant de faire abstraction des protestations de sa conscience. Reculer maintenant, c'est avouer sa défaite. Alors, bien que le dégoût reste présent, elle se fait violence pour faire glisser dans sa gorge ce met particulier. Et pour que son visage ne trahisse pas l'aversion qui l'envahit.
"C'est pas trop mauvais!" tente-t-elle d'affirmer. "Peut-être un peu... spécial! Voir carrément étrange, c'est vrai! "
Mais au moins elle n'aura pas à s'abaisser à faire du feu et à manger pour deux! Ce qui, en soit, adoucit quelque peu la désagréable tenue en bouche de la viande. On dit souvent que les premières fois sont les plus difficiles. Qu'aux deuxièmes, on commence à s'habituer. Se rappelant ce postulat, Zora prélève un nouveau morceau de chair crue. Et constate que cette théorie ne peut guère s'appliquer à la situation présente...
"On dit que les Régisseurs se focalisent exclusivement sur leurs cibles et qu'ils se fichent pas mal des autres personnes présentes lorsqu'ils attaquent une anomalie! C'est vrai?" s'enquit-elle, cherchant à détourner ses pensées de son repas improvisé. "On dit aussi que ce sont les cristaux de magilithe de leurs proies qui les guident jusqu'à elles. Tu n'as jamais pensé à te couper le bras pour empêcher l'infection de se propager? Si j'étais à ta place, c'est ce que je ferais! Ça fonctionne bien avec la gangrène, après tout..."
Elle hausse brièvement les épaules comme pour souligner la pertinence de sa remarque. La disciple de Möchlog se rend bien compte qu'elle en sait moins qu'elle le voudrait sur les anomalies. Après tout on évite de parler de ces choses-là. Même dans les sphères médicales qu'elle a fréquentée. Ces impurs sont l'affaire des dieux et de leurs serviteurs immortels, non des humains. Cela fait des années, à sa connaissance, qu'un adepte de la Chouette ne s'est pas penché sur la recherche d'un antidote. Pourquoi le feraient-ils alors que les dieux eux-mêmes ont maudit les anomalies?
"Moi je dis qu'on devrait essayer!"
Curieusement, cette dernière remarque est teintée d'enthousiasme...




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Joël Neara
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Jeu 7 Juin - 11:35
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Menaces sur menaces, moqueries sur moqueries, les discours de la belle rouquine continuaient de sonner comme une douce mélodie aux oreilles du daënar, qui bercé par cette étonnante symphonie et accessoirement par sa fatigue, commençait à s'assoupir. Il avait fait sa part du marché : lui mettre à disposition un "échantillon", lui donner de quoi se chauffer pour la nuit et de quoi manger pour se sustenter. Mais compte-tenu de sa fougue et de sa capacité à être hautement emmerdante, Joël comprit rapidement qu'il allait encore devoir repousser sa sieste pourtant bien méritée. Les yeux mi-clos, il ne vit pas arriver le morceau de chair qui rebondi pathétiquement sur son torse, et il risqua un regard vers sa comparse et son sourire s'élargit lorsqu'il la vit s'attaquer à l'animal tué un peu plus tôt. Satisfaction qui s'estompa bien rapidement en la voyant croquer à pleine dents dans un morceau fraichement découpé.

« C'est pas trop mauvais ! Peut-être un peu... spécial! Voir carrément étrange, c'est vrai ! »
« Pouah, quand il te faudra vomir, merci de le faire loin de moi. »

L'Anomalie se résigna alors à s'occuper de lui-même puisqu'elle ne semblait pas encore prête à faire "vraiment" équipe. Il rassembla ses quelques forces pour se relever et entreprit de préparer un foyer pour y démarrer le feu. Il prit le temps de se remémorer les conseils de son "mentor", puis étudia son environnement, recherchant un endroit à l'abri du vent, puis de creuser légèrement la terre en l'absence de surface rocailleuse.

« On dit que les Régisseurs se focalisent exclusivement sur leurs cibles et qu'ils se fichent pas mal des autres personnes présentes lorsqu'ils attaquent une anomalie ! C'est vrai ? On dit aussi que ce sont les cristaux de magilithe de leurs proies qui les guident jusqu'à elles. Tu n'as jamais pensé à te couper le bras pour empêcher l'infection de se propager ? Si j'étais à ta place, c'est ce que je ferais ! Ça fonctionne bien avec la gangrène, après tout... »

Sa remarque lui arracha un sourire, malgré le fait qu'il commençait à se rendre compte que les connaissances et les compétences de cette femme étaient bien moindre que ce qu'il s'était imaginé. Il commençait petit à petit à abandonner l'idée qu'elle soit vraiment capable de le soigner, mais il se félicita malgré tout de lui avoir au moins laissé l'occasion d'essayer. Il récupéra des brindilles qu'il plaça au cœur du foyer, avant de les recouvrir de buches plus imposantes. Il sorti une petite boite de sa poche et craqua une allumette, dont le crépitement de la flamme lui laissait déjà entrevoir les bienfaits d'une nuit à la belle étoile. Il concentra ses efforts sur les branches les plus fragiles, et à grand renfort de souffle, il parvint à faire démarrer le feu.

« Moi je dis qu'on devrait essayer ! »

« En voilà un raisonnement digne des plus grands médecin de ce monde. Si un antidote fonctionne sur un poison, il doit forcément marcher sur tout les autres. Il soupira. Le monde ne tourne pas comme ça ma belle, et j'osais espérer qu'en tant que disciple du faiseur de cycle tu saurais faire preuve d'un peu plus de sagesse... »

Il mit son bras en évidence et lui indiqua plusieurs cicatrices assez équivoque.

« Ici, c'est la première fois que j'ai essayé de m'amputer. Je voulais être sur de ne pas louper mon coup, alors j'ai visé au-dessus du coude. Il a repoussé. Tu vois toute ces entailles ? Ça c'était il y a deux ans. Je me suis racler la patte jusqu'à l'os en faisant attention de toujours partir de là où ce n'était pas "infecté". Ça a repoussé. Ce n'est pas une gangrène et ça n'a rien d'une gangrène. »

Il s'approcha de la rouquine, lui prit sans précipitation ni violence la dague des mains et s'accroupit à ses côté. Il commença alors à dépecer les postérieurs de l'animal, avant de s'attaquer à la découpe de l'une des cuisses.

« Et les Régisseurs n'ont aucun comportement logique. Certains foncent dans le tas et détruisent tout sur leur passage pour s'assurer qu'il y aura le moins d'imprévu possible, d'autres s'infiltrent parmi nous et vivent dans la chambre d'à-côté en attendant le "bon moment", d'autres affichent un comportement un peu plus sociable et prennent le temps de demander à ceux qui s'interposent de dégager s'ils ne veulent pas faire partie des dégâts collatéraux. Et ce, que tu sois daënar, my'trän, un grand homme politique, un maître magicien ou le péquenaud du coin. »

Non sans mal, il parvint à dégager l'énorme morceau de viande de son propriétaire et revint prêt du feu pour l'y faire cuire, tournant régulièrement son futur repas pour s'assurer d'une cuisson homogène.

« Tu sais Josette, je t'ai vraiment pris au sérieux. Mais maintenant, je pense que tu n'es pas capable de me soigner, ni même de soigner qui que ce soit. C'est dommage, j'ai vraiment cru que Möchlog t'avait choisi, mais l'hérétique que je suis a dut se tromper, une fois de plus. Une élue qui n'est pas capable de prélever un échantillon sain, d'allumer un feu et de faire cuire une viande, c'est quand même pas terrible. A moins que tu sois une élue stagiaire ? Si c'est le cas, j'peux peut-être t'aider ? Connaître ses ennemis c'est la base pour mieux les tuer, je pourrais peut-être t'apprendre deux-trois trucs. Parce que si tu connais aussi bien les daënars que les Anomalies, t'es pas sortie de l'auberge. D'ailleurs, pourquoi détestes-tu autant les Anomalies ? »

Il sorti un morceau de tissu de sa poche et le jeta au visage de la magicienne.

« Mais commence déjà par t'essuyer le bec, j'ai jamais vu une chouette se salir le plumage. »


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Zora Viz'Herei
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Ven 8 Juin - 8:07
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My'trän -3

Son nez se plisse lorsqu'il ose évoquer les soigneurs my'träns. Ces médecins ne sont rien de plus que des amateurs, elle en est convaincue. Comment pourraient-ils comprendre les subtilités du corps humain à l'aide de leurs instruments impies? Seule la magie est à même de révéler jusqu'au plus infime des secrets de l'anatomie. La preuve? Elle l'a devant elle! Si les infidèles avaient pu lui être d'une quelconque aide, il ne serait pas ici.

L'espoir qu'il recherche, seuls les mages de Möchlog sont susceptibles de le lui offrir. S'il y a un moyen de le sauver, elle le trouvera! Ne serait-ce que pour la propre satisfaction d'avoir vaincu une infection réputée incurable. Il ferait mieux de ne pas oublier à qui il s'adresse. Et de témoigner davantage de respect à celle qui, à défaut de lui permettre de vivre, pourrait décider de la condamner à mort s'il persiste sur la voie de la défiance.
"Je ne suis pas ta belle!" siffle-t-elle. "Et je ne suis pas non plus l'un de ces foutus soigneurs infidèles! Tu ne sais rien de la magie alors garde-toi de remettre en doute son efficacité! Ou de porter un jugement sur celles et ceux qui ont gagné le droit de la manier!"
Elle lui en foutra, de la sagesse! Le goût désagréable de la chair crue laisse place à celui, guère plus enviable, de la colère. La rouquine se force malgré tout à observer les cicatrices de l'homme tout en puisant dans ses maigres réserves de patience pour ne pas lui bondir immédiatement à la gorge. Elle suppose qu'il prend un certain plaisir à la narguer ainsi avec ses impuretés. La curiosité rend cet exercice plus aisé. Ainsi donc son bras a la faculté de repousser. En combien de temps? Le désir de lui trancher le bras reste bien présent. Mais elle aurait tout de même un peu de mal à justifier un tel acte, désormais. Si elle veut pouvoir l'étudier à sa guise, il vaut mieux qu'il reste docile. Le tuer maintenant ne lui apporterait pas les réponses qui font encore défaut à la jeune fanatique.

D'autant plus qu'il s'est finalement décidé à préparer la viande pour la faire cuire. Elle observe d'un regard critique son travail tout en écoutant ses explications sur les Régisseurs. Elle sait qu'ils n'ont pas réellement de sentiments. Mais elle ignorait qu'ils avaient différentes manières de procéder. Néanmoins elle doute que l'une de ces créatures oserait s'en prendre à la favorite de Möchlog. Elle n'est pas comme les autres et ne saurait être comparée au commun des mortels. Mais elle juge inutile de le préciser à l'anomalie. Cette dernière est bien trop butée pour envisager l'évidence!

Elle en a d'ailleurs la preuve lorsqu'il revient quelques instants plus tard à la charge, remettant ouvertement en doute ses capacités. Elle hausse un sourcil pour lui signifier qu'elle ne rentrera pas dans son jeu. S'il pensait qu'elle était inutile, il aurait déjà poursuivi sa route. Ses mots sont peut-être irritants mais ses actes, eux, ne trompent pas. Quant à savoir pourquoi elle déteste les anomalies...
"D'après toi? Les dieux eux-mêmes veulent votre mort! Ils envoient leur meute immortelle à vos trousses et tu te demandes pourquoi je vous hais?" ironise-t-elle. "J'ai de nombreuses divergences avec les autres my'träns! Mais vous, vous n'en faites pas partie! S'il y a bien un sujet sur lequel tout le monde s'accorde, c'est encore la nécessité de vous exterminer!"
Elle prononce ces quelques mots avec l'indifférence qui lui sied tend lorsqu'il est question du trépas d'autrui. Il est vrai qu'elle ne connait pas grand chose sur les anomalies. Mais elle se fie pleinement à Möchlog et aux autres divinités. Peu importent les griefs que les dieux ont à l'égard des anomalies, elles sont forcément fondées. La Volonté des Architectes doit être appliquée, c'est tout. C'est aussi simple que cela. Pourquoi la remettre en doute alors qu'il est tellement agréable de s'y abandonner?

Toujours est-il que la main de la rouquine se referme finalement sur le morceau de tissu qu'il lui a lancé. Cette dernière entreprend ensuite d'éponger le sang qui macule son menton pour retrouver un semblant de dignité. Et de crédibilité, peut-être. Ensuite de quoi elle se rapproche du feu comme pour clamer son droit à bénéficier de la viande qui y cuit. L'odeur est, il est vrai, particulièrement agréable. Suffisamment, en tout cas, pour raviver un appétit que la chair crue avait sérieusement ébranlé...
"Et figure-toi que j'en sais bien assez sur les daënars!" se défend-t-elle. "Vous n'êtes que des enfants perdus qui cherchent en Technologie un pitoyable substitut aux véritables dieux! Vous êtes dépendants de vos inventions grotesques qui vous réduisent en esclavage tandis qu'en parallèle vous clamez haut et fort que vous vous êtes affranchis des Architectes! Vous avez troqué votre liberté contre des chaînes! Et le pire, c'est que vous en êtes fiers..."
Et pourtant combien d'infidèles sont déjà venus sur My'trä dans l'espoir de pouvoir bénéficier des soins de mages de Möchlog? Ils ont beau avoir la preuve que leur médecine est impuissante, ils se raccrochent néanmoins au semblant de civilisation qu'ils ont réussi à édifier loin du continent béni des Architectes. Joël est loin d'être le premier à venir ici en quête d'aide. Mais de tous les daënars qu'elle a connus, il est indubitablement le plus irritant!
"Et je ne parle même pas des enfants que vous sacrifiez à votre fausse déesse!" ajoute-t-elle. "Du moins, quand vous n'essayez pas de nous envahir..."
Un sourire se dessine peu à peu sur les lèvres de la rouquine. Il comprendra peut-être qu'elle plaisante. D'une certaine façon, elle s'en veut de le faire avec un sujet aussi sensible que la dernière guerre entre leurs deux nations. Mais s'il y a une chance que l'atmosphère se détende quelque peu, autant tenter de dénouer quelque peu la situation. Joël va mourir, de toute façon. Autant s'accrocher à cette évidence pour tirer un semblant de plaisir de cette étrange collaboration.
"Dis... Pourquoi est-ce que tu t'accroches à la vie?" lui demande-t-elle quelques instants plus tard, sur un ton apaisé. "Si tu as été capable de te trancher toi-même le bras, il te serait aisé de mettre fin à tes jours et de renaître dans un corps sain. Est-ce que cette existence vaut vraiment la peine d'être vécue? "
Elle relève le regard pour croiser le sien, témoignant ainsi d'une réelle curiosité. Pourquoi persiste-t-il?




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Joël Neara
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Jeu 12 Juil - 19:01
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L'envie de blasphémer était si présente qu'à plusieurs reprises, ses lèvres s'entrouvrirent avec l'indubitable volonté de rappeler à cette sauvage que si ses dieux étaient parfait, ils ne commettraient pas d'erreur, et donc pas d'anomalies. Les Architectes souhaitaient leur disparition, et s'il en ignorait la véritable raison, Joël était prêt à mettre sa main à couper que c'était parce que les Anomalies pouvaient représenter un danger pour leur règne.
Puis vint le comble de la dérision. La rouquine n'était pas le première à vanter l'indépendance des my'träns, leur liberté de choisir et de penser là où les daënars n'étaient que des pantins reliés à des chaînes qu'ils refusaient de voir. L'indifférence avec laquelle elle lui annonça cet état de fait arracha un sourire au trentenaire, car il trouvait particulièrement absurde de clamer son émancipation alors qu'il suffisait qu'un dieu dise d'éradiquer un groupe de personne pour qu'on lui obéisse sans réfléchir, qu'un Élu proclame une personne comme coupable et que tout le monde accepte sans se poser de question, et finalement, qu'un peuple s'accorde à détester un individu et que le monde suive cette logique sans même savoir pourquoi ce-même individu doit être haïs. Les my'träns étaient trop arriérés pour tenir une réflexion cohérente, trop asservis à leur animaux divins pour ne serait-ce qu'imaginer pouvoir penser par eux-même. Cette colère, cette frustration que Joël éprouvait se transformait petit à petit en pitié, car ce peuple lui faisait de la peine : ils avaient tellement à apprendre.

L'héritier arrêta quelques instant de faire tourner son morceau de viande pour l'entailler à différents endroits afin de profiter d'une cuisson plus en profondeur et homogène. Il sorti également quelques herbes ramassées un peu plus tôt de ses poches afin d'aromatiser son futur repas, repas dont l'odeur sembla avoir raison de la fierté de la magicienne qui ne tarda pas à se rapprocher.


« Technologie ... Mmmm »

Amusant. Ainsi, la jeune femme était à ce point ignorante pour croire que le mot technologie représentait un dieu et non ... une science, un concept ? Il aurait put passer des heures à essayer de lui expliquer les fondements de la société daënar, lui démontrer par A + B que la technologie était maîtrisée par ses créateurs, lui expliquer qu'ils étaient aussi dépendant de leurs armes qu'eux de leurs dieux, et que si effectivement les technologistes avaient dut apprendre à se défendre avec d'autres outils que la magie, c'était uniquement parce qu'il existait des sauvages sur le continent d'à-côté suffisamment raciste et arrogant pour juger les choix de ceux qui s'étaient détournés de leurs idéologies. Sans cela, il n'y aurait pas eu de guerre, et donc pas de nécessité de développer des armes. Un vaste débat, qu'il n'avait absolument pas l'envie et l'énergie de mener.

« Effectivement, je vois que je n'ai absolument rien à t'apprendre. Si avec ça mon pays ne sombre pas dans les années à venir ... »
« Et je ne parle même pas des enfants que vous sacrifiez à votre fausse déesse ! Du moins, quand vous n'essayez pas de nous envahir ... »
« Ah ça, c'est parce que tu n'as encore jamais goûter les enfants ! Cuit à point avec un peu de lavande, c'est bien meilleur qu'un morceau de biche cru. » la taquina-t-il avec un clin d’œil.

L'ambiance se détendi d'un iota, mais le silence repris rapidement le dessus, entrecoupé par le crépitement des flammes et des goutes de sang qui réveillaient les braises au-dessous. Avec l'arrivée de l'automne et la proximité de Khurmag, les températures de la fin d'après-midi arrachèrent des frissons au beau brun, qui trouva un maigre réconfort en se rapprochant un peu plus du feu. La nuit allait être fraîche et sans son paquetage, tente ni couverture, il commençait dors et déjà à s'imaginer une nuit tout sauf reposante, où il allait devoir se réveiller toute les heures pour réapprovisionner le feu en combustible. Finalement, la question de sa partenaire l'extirpa de sa réflexion.

« Dis... Pourquoi est-ce que tu t'accroches à la vie ? Si tu as été capable de te trancher toi-même le bras, il te serait aisé de mettre fin à tes jours et de renaître dans un corps sain. Est-ce que cette existence vaut vraiment la peine d'être vécue ? »

Il releva son regard doré et à travers les flammes, croisa celui de Zora dans lequel il se perdit quelques instant. Elle était insupportable, clairement. Arrogante, cruelle et surtout, my'trän, mais malgré toute ses tares, il y trouvait un charme certain qui le déstabilisait au plus haut point, car il se retrouvait incapable d'expliquer ce qui pouvait bien l'attirer chez cette femme à l'exception de son physique, évidemment.

« Ça fait trente piges que le monde me les brises à me dire que je n'ai toujours fait que des mauvais choix. J'y ai songé ... et j'irai même plus loin, j'ai essayé puisqu'après tout, je ne vais manquer à personne. Mais la possibilité de pouvoir dire à tout Irydaë d'aller se faire foutre ... putain ça ça vaut la peine d'être vécu. Donc comme de toute façon, que ce soit à cause de mon Régisseur ou de cette magilithe, je suis condamné à mourir, autant faire durer le "plaisir" et prendre le temps d'aller insulter une dernière fois toute les personnes qui ne sont pas capable de comprendre ce pour quoi je me bas. »

Il marqua une courte pause et son regard se fit fuyant, avant de lâcher un éclat de rire.

« Bon et accessoirement, My'trä m'a détesté avant même que je naisse, et Daënastre est peuplé d'hypocrite. Donc si je peux au moins survivre assez longtemps pour voir l'un des deux disparaître, je pourrais "renaître" dans un corps l'esprit tranquille. »

Il se garda bien de préciser qu'à choisir, il préférait voir le continent des magiciens sombrer. Mais les tensions étant redescendues, il préféra ne pas remuer le couteau dans la plaie. Il arracha enfin le morceau de viande de la chaleur des flammes, le déposa sur une pierre relativement plate et découpa de beaux pavés en évitant soigneusement les nerfs afin d'offrir une viande bien tendre, qu'il tendit à la jeune femme :

« Tiens, régale-toi Maîtresse. Tu me diras si avec ta magie tu peux préparer un aussi bon repas. » ironisa-t-il

Lui ne se fit pas prier pour croquer à pleine dent dans son propre morceau. La cuisson était parfaite, le tout aromatisé avec une justesse qui le surpris lui-même. Il dormirait mal, mais il dormirait la panse pleine et le palais satisfait.

« Et toi ? Tu déteste mon pays, tu détestes ma maladie, tu me détestes moi, alors pour quelle foutue raison tu as bien put vouloir m'aider ? A l'exception de ce plaisir sadique que tu as prit à me découper le bras. T'es bien différente des autres filles de Möchlog que j'ai rencontré, et des autres my'träns de manière générale. »


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Zora Viz'Herei
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Lun 6 Aoû - 9:36
Irys : 2011503
Profession : Nécromancienne (en formation)
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Elle le comprend... Ou tout du moins comprend-t-elle son désir d'adresser un magistral bras d'honneur à ce monde qui ne réussira jamais à l'accepter. Est-ce l'expression d'une fierté déplacée ou le simple désir de ne pas s'offrir docilement à l'étreinte de la mort? Zora tente un instant de se mettre à la place de l'anomalie. Si leurs rôles avaient été échangés ne se comporterait-elle pas de la même façon? Le ténacité de Joël, bien que parfaitement déplacée au vue de sa condition, mérite un certain respect. Et, malgré elle, la rouquine ne peut s'empêcher de lui en accorder. Elle détourne alors le regard des iris dorées de son interlocuteur comme si elle avait peur que les siennes puisse trahir les pensées qui l'habitent.
"Quand le monde entier te persécute tu te dois de persécuter le monde, c'est ça?" relève-t-elle, espiègle.
Ils ont plus de points communs que ce que la criminelle redoutait. Ce sentiment de rejet, elle le vit au quotidien. Ou peut-être se l'impose-t-elle, dans le fond... Mais ils restent tous deux des parias. Elle, à cause des actes que son dieu lui impose de commettre. Lui, tout simplement parce qu'il existe. Rejetés par les leurs, méprisés par les autres, la mort semble être le seul échappatoire qu'on ait daigné leur accorder. Et pourtant l'un et l'autre s'accrochent à leurs existences. Par instinct peut-être autant que par esprit de contradiction. Et pourtant l'idée même de se positionner dans le même camp que le beau brun lui donne l'impression de commettre une faute impardonnable. La honte succède donc bien vite au semblant d'empathie qui l'a submergée l'espace d'un bref instant. Et le trouble l'empêche tout simplement de lâcher l'une de ses habituelles remarques condescendantes. C'est bien l'une des premières fois...
"Tiens, régale-toi Maîtresse. Tu me diras si avec ta magie tu peux préparer un aussi bon repas."
"Et bien... Si tu n'avais pas besoin de mon aide - et donc de mes pouvoirs - j'imagine que tu te serais montré moins prompte à satisfaire mon estomac, non?" relève-t-elle. "Donc je suppose que l'on peut dire que, si ma magie ne me permet pas de préparer à manger, elle m'offre l'opportunité de pousser des gens à le faire pour moi! Ce qui, tu l'avoueras, est encore bien mieux!"
La fanatique lui adresse un regard entendu qu'elle accompagne, sans réellement le souhaiter, d'un sourire. Après quoi elle glisse prudemment un morceau de viande entre ses lèvres, craignant peut-être que l'anomalie l'ait empoisonné à son insu. On ne sait jamais avec ces animaux-là... Pourtant la méfiance quitte bien vite ses pensées lorsque la sublime saveur du met caresse ses papilles. Elle ferme les yeux comme pour mieux apprécier ce plaisir gustatif et, peut-être, pour le prolonger au maximum. Par Möchlog, que c'est bon!
"C'est... ouais, c'est pas trop mauvais!"
Elle fait de son mieux pour paraître crédible et ne pas flatter un ego qui n'a pas besoin d'un coup de main supplémentaire pour s'enhardir. Et elle puise dans des trésors de patience pour déguster avec modération, lentement, le met qui aura su séduire son estomac. Mais Joël brise cet instant d'ataraxie en reprenant la parole. Pourquoi faut-il que les hommes soient dotées d'une langue? Ou, plutôt, pourquoi faut-il qu'ils l'utilisent avant tout pour parler?
"Et toi ? Tu déteste mon pays, tu détestes ma maladie, tu me détestes moi, alors pour quelle foutue raison tu as bien put vouloir m'aider ? A l'exception de ce plaisir sadique que tu as prit à me découper le bras. T'es bien différente des autres filles de Möchlog que j'ai rencontré, et des autres my'träns de manière générale."
"Je vais prendre ça pour un compliment..."
Elle doute toutefois que c'en était un! Mais qu'importe... La véritable insulte aurait été de lui trouver des similitudes avec celles et ceux qui prétendent servir la divine Chouette. Des hérétiques qui se murent dans leur ignorance et qui prétendent honorer leur Maître. Peut-être le pensent-ils sincèrement. Mais seuls les actes comptent. Et les leurs sont loin de servir les intérêts de Möchlog. Mais c'est un débat qu'elle épargnera volontiers à l'irritant brun. De toute façon il ne serait probablement pas en mesure d'un saisir les subtilités. Lorsque le sage montre la lune, l'imbécile ne regarde-t-il pas le doigt?

Pourtant si Zora ne répond pas de suite aux interrogations - sans aucun doute légitimes - de l'étranger, c'est tout simplement qu'elle ne sait guère quelle réponses leur accorder. Leur étrange... collaboration est née d'une erreur. Si elle n'avait pas dressé ce bouclier par réflexe lorsque les villageois s'en sont pris à Joël, les choses auraient sans doute été différentes. Néanmoins le daënar aura réussi à réveiller son intérêt en parallèle. S'il n'avait pas mentionné Möchlog qui sait ce qu'il se serait passé? En y repensant, Zora se demande d'ailleurs s'il ne s'agissait pas d'un stratagème. Mais dans le doute, que pouvait-elle faire sinon le suivre et vérifier si la Chouette souhaitait réellement qu'elle lui vienne en aide?
"Pourquoi je fais ça?" relève-t-elle. "Tu veux la version pour les enfants ou celle qui plombera ton moral?"
Elle lui offre le choix entre deux versions mais elle ne peut ignorer qu'une troisième est en train de naître. Elle n'est peut-être pas à l'origine de la fameuse aide que la fanatique est sensée lui apporter mais elle ne peut pas pour autant l'ignorer. Mais bien évidemment, il est hors de question d'évoquer un sujet qu'elle préférait cantonner à l'oubli. Toujours est-il qu'elle interprète le regard de son "patient" comme une invitation à l'honnêteté.
"En réalité ce n'est pas toi que j'aide. C'est moi!" explique-t-elle avec indifférence. "J'imagine qu'en t'étudiant je serai capable de déceler des points faibles communs à toutes les anomalies. Il me sera ainsi plus aisé de les tuer!"
Elle glisse le dernier morceau de viande dans sa bouche avant de s'essuyer brièvement les lèvres. Et bien qu'il n'ait pas spécialement manifesté un air choqué - d'ailleurs arriverait-elle seulement à le choquer si c'était là son intention? - elle se sent obligée d'ajouter quelques mots supplémentaires.
"Quoi? Tu ne croyais tout de même pas que c'était pour tes beaux yeux, si?"
Elle lui laisse volontiers l'occasion de répondre tandis qu'elle prend quelques gorgées d'eau. Suite à quoi elle fait de son mieux pour former un semblant de matelas avec de l'herbe avant de s'y coucher, s'enveloppant de sa cape. Elle hésite ensuite brièvement avant de poser une question qui lui brûle les lèvres depuis quelques minutes maintenant:
"Tu as rencontré d'autres filles de Möchlog?" s'enquit-elle en plissant les yeux avant de lâcher un long bâillement. "Non, tu sais quoi? Je m'en fiche en fait! J'ai eu ma dose d'histoire bizarres pour la journée! Contente-toi de monter la garde! Et si ton Régisseur vient t'étriper, sois gentil: réveille-moi pour que je puisse profiter du spectacle!"
Elle se tourne alors de manière à lui tourner les dos, usant de son bras replié comme d'un oreiller sommaire mais malgré tout satisfaisant. Le sommeil est bel et bien là, sur le seuil de sa conscience. Proche et loin à la fois, comme s'il la narguait. Car malgré la fatigue la rouquine n'arrive guère à fermer l'oeil. Le regard de la fanatique se balade sur les ombres projetées par les flammes sur les arbres proches. Le spectacle captivant qu'elles offrent l'apaisent quelque peu. Car si elle n'arrive pas à trouver le sommeil, ce n'est pas uniquement à cause de la méfiance justifiée qu'elle ressent envers Joël mais plutôt à cause des doutes qu'il aura su implanter en elle avec sa désinvolture naturelle.

Et si... Et si les anomalies n'étaient pas les monstres que les gens s'accordent à décrire?




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Joël Neara
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Sam 11 Aoû - 0:41
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Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
La viande de venaison fondait sous le palais comme neige au soleil, redonnant presque immédiatement toute l'énergie dont Joël avait manqué au cours de cette longue journée. La fatigue le quittait peu à peu alors qu'il reprenait des couleurs paraissant ainsi, sans aucun doute, en bien meilleure santé aux yeux de la rouquine. Ses yeux se fermaient de délice alors qu'il commençait déjà à regretter de ne pas en avoir préparer plus. Soit dit en passant, une bonne bouteille de vin rouge n'aurait pas été de refus non plus, alors à défaut d'un verre d'alcool, il fit l'effort de se lever pour aller récupérer la gourde à côté de la jeune femme.

« En réalité ce n'est pas toi que j'aide. C'est moi ! J'imagine qu'en t'étudiant je serai capable de déceler des points faibles communs à toutes les anomalies. Il me sera ainsi plus aisé de les tuer ! »

« Tu m'en diras tant. » rétorque-t-il spontanément avant de s'abreuver d'une longue gorgée.

« Quoi ? Tu ne croyais tout de même pas que c'était pour tes beaux yeux, si ? »

« Et tu ne penses tout de même pas que c'est pour les tiens que je te demande de l'aide, si ? » répond-il en lui proposant de l'eau à son tour.

Lui-même ne savait pas vraiment pourquoi il était encore avec elle alors même qu'il était convaincu qu'elle lui serait aussi inutile que tout(e)s les autres. La peur de mourir y jouait pour beaucoup, c'était vrai, mais le coureur de jupon se connaissait par cœur et à cet instant, il commençait à se douter qu'il y avait quelque chose en plus. Un "je ne sais quoi" qui lui hantait l'esprit, cette sensation que la haine que l'un éprouvait pour l'autre avait le potentiel de se transformer en une arme plus puissante que la meilleures des inventions daënars. Une arme qui leur permettrait peut-être, à elle de rencontrer son dieu, et à lui de se libérer des chaînes de son Régisseur ? Il ne connaissait rien d'elle, mais il lui en avait déjà fait part : elle était différente. Elle suivait l'idéologie de Möchlog, mais à sa manière, loin de l'hypocrisie ou de l'avarice des autres guérisseurs my'trän. Elle agissait pour ce en quoi elle croyait, pas pour ce contre quoi son pays se défendait.

« Tu as rencontré d'autres filles de Möchlog ? Non, tu sais quoi ? Je m'en fiche en fait! J'ai eu ma dose d'histoire bizarres pour la journée ! Contente-toi de monter la garde ! Et si ton Régisseur vient t'étriper, sois gentil: réveille-moi pour que je puisse profiter du spectacle ! »

« Il existe donc quelqu'un dans ce monde qui s'intéresse à ma mort, tu m'honores. »

Il ne put s'empêcher de lâcher un profond soupir, car il aurait vraiment aimé que cela soit vrai. La culpabilité d'avoir abandonné son vieux le rongeait autant que le minéral sur son bras, et il craignait que même lui, l'homme qui avait toujours protégé son fils qu'importe son comportement, finisse pas ne pas regretter sa progéniture. Mais il se rassura. Il ne ressentait pas la présence de son Régisseur, et à priori, il ne devrait pas trop craindre les bêtes sauvages ni les villageois d'à-côté, ainsi il devrait vivre une journée de plus.
Il se releva et attrapa la carcasse de la biche pour l'éloigner, histoire d'éviter la visite d'éventuels charognard pendant la nuit, puis il ramassa au passage du bois pour continuer d'alimenter le feu pour la nuit, auprès duquel il retourna s'asseoir. Dos à la my'trän, il risqua tout de même un regard en arrière sans trop savoir pourquoi, avant de baisser les yeux, las de la vie qu'il menait depuis des mois.


« Bonne nuit Josette. » souffla-t-il en toute bienveillance.

-----------------------------

Quatre heures s'étaient écoulées. La nuit était à son apogée alors que le trentenaire veillait toujours près du foyer, son bras de magilithe plongé dans les flammes. L'absence de douleur demeurait sans doute la chose la plus fascinante de sa condition, et il n'était pas rare d'apercevoir l'Anomalie observer avec une curiosité palpable la façon dont le feu lécher ses cristaux de magilithe, dispersant aux alentours une myriade d'éclat orangés. Le spectacle était d'une beauté saisissante si l'on parvenait à faire fi de son origine. Malgré tout, la fatigue se faisait sentir indubitablement et si un mouvement dans les buissons aux alentours n'avait pas alerté ses sens encore éveillés, il n'aurait fait aucun doute qu'il se serait endormis dans les minutes suivante. Il se retourna brusquement et, par un réflexe auquel il s'était trop habitué, fit apparaître une marque de magilithe contre la buche sur laquelle il était assis. Il se releva avec prudence, attrapa sa hache et se dirigea vers la source du raffut. Il risqua un regard, et en se retournant un homme se tenait devant lui, sorti de nul part, la lame d'une dague effroyablement bien aiguisée plantée sous sa gorge. L'inconnu leva l'index vers ses lèvres afin d'inviter le daënar à faire preuve de silence, puis lui murmura :

« J'viens pas pour toi mon garçon, alors tu vas gentiment retourner au village et oublier cette soirée. »
« Tu vas vraiment buter la seule toubib qui a accepté de m'aider ? »
« Tu n'as aucune idée du monstre que tu côtoies. Je suis en train de te sauver la vie. »

L'homme avait tout l'air d'être un mercenaire, voire d'un chasseur de prime. Il n'avait aucune idée de s'il disait la vérité ou pas, mais son esprit rationnel le poussait à lui faire confiance. Pourquoi diable un homme, armé jusqu'aux dents, surviendrait seul, en pleine nuit pour éliminer spécifiquement une personne qui, même pour le daënar, avait tout d'une malade mentale ? Et pourtant, l'hésitation lui déchirait les entrailles. Elle ne pourrait rien faire pour lui, mais elle avait fait l'effort d'essayer et cela suffisait à lui donner l'envie de s'interposer.

« Je ne le répéterai pas deux fois gamin. »

La lame commença a entailler le cou de Joël, et ce fut au prix d'un immense effort et d'une grimace de dégout qu'il se résigna à obéir, levant les mains au-dessus de sa tête en signe de rédition.

« Ok ... ok ..., il soupira et commença à faire quelques pas en arrière, je ... je m'en vais. »

Une fois à quelques mètres de l'assassin, il fit volte-face et s'éloigna vers l'orée de la forêt. Il se mordait les lèvres si fort qu'il en saignait si bien qu'à plusieurs reprise il s'arrêta, se retourna, puis reprit sa route. Puis soudain, il se souvint :

~ Ça fait trente piges que le monde me les brises à me dire que je n'ai toujours fait que des mauvais choix. ~

« Hmpf ... gnnnn ... raaah et puis merde, j'en suis plus à ça près ! »

Il leva son bras corrompu au niveau de son visage et ferma les yeux, avant d'exploser en une myriade d'étoiles, qui se reformèrent à l'endroit même où il avait marqué la buche quelques minutes plus tôt, derrière l'assassin. Celui-ci était en train d'étrangler la my'trän, qui se débattait du mieux quelle le pouvait. La voulait-elle morte ou vive ? A cet instant, Joël décida qu'il ne l'aurait pas tout cours.

« Lâche-là espèce de fils de pute ! »

Il s'avança l'air résolu et lui assaini un violent coup de hache dans le flanc. Il mourrait, assurément, mais il trouva malgré tout la force de se retourner pour voir une dernière fois le visage de son bourreau, qui prit d'une rage folle, fit fendre l'air une nouvelle fois au tranchant de son arme, encore et encore, jusqu'à ce que la scène ne soit qu'une vaste boucherie. L'horreur dura une bonne trentaine de seconde avant que Joël ne titube, laissant son arme fichée dans les restes du poitrail du chasseur de prime,  et tombe en arrière, essoufflé et le visage couvert d'hémoglobine.

« Il ... enfin je ... c'est juste ... »

Il ne trouvait pas les mots, car en réalité il ne savait pas quoi dire. Devait-il se justifier ? S'excuser ? En rire ? En pleurer ?
C'était la toute première fois de sa vie que le raz-le-bol le poussait à une telle démonstration de violence, la première fois de sa vie qu'il revenait sur sa décision pour sauver une my'trän. Avait-il fait une nouvelle fois "le mauvais choix" ?


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Zora Viz'Herei
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Jeu 23 Aoû - 6:47
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My'trän -3

Pour ce qu'elle en sait, la plupart des gens apprécient les rêves. Peut-être parce qu'ils leur permettent de fuir une réalité qui n'a rien d'attrayante ou encore des pensées parfois trop lourdes à supporter. Ils trouvent probablement dans ce refuge de l'inconscience une forme d'espoir. C'est peut-être ce qui leur donne la force de se lever le matin pour aller labourer leurs champs ou confectionner les objets qui font la fierté de l'artisanat my'trän. Ou encore d'oublier que la guerre n'est pas seulement l'ombre du passé mais une promesse de l'avenir.

Zora, quant à elle, n'a jamais apprécié ces viols répétés de son esprit par le Griffon Blanc. Tout dieu qu'il soit, elle estime que Khugaatsa n'a pas à jouer avec son âme ou son sommeil. Sa foi appartient à Möchlog et ses pensées, à elle seule. Et puis... Si elle sait appréhender le monde réel et y faire face, celui des songes est bien trop illogique pour qu'elle parvienne à le dompter. Ce qui, évidemment, explique pour beaucoup cette crainte  des rêves.  

Ce soir là c'est encore un cauchemar qui vient perturber son sommeil. Les plaines verdoyantes de Suhury sont dévorées par les flammes voraces. Le sol sacré de la région qui l'a vue grandir est souillé par les pas cadencés de plusieurs milliers d'envahisseurs. Elle tend la main dans leur direction mais sa magie refuse de sa manifester. L'armée infidèle poursuit sa marche imperturbable en avant, réduisant en cendre le continent pour lequel elle se bat depuis si longtemps. Les soldats... l'ignorent. Comme si elle n'était rien de plus qu'une adversaire appartenant déjà à un passé révolu.
"Re... Revenez..."
L'ordre est lâché dans un murmure. Les larmes de la disciple de Möchlog se mêlent au sang qui ruisselle sur ses joues. Elle tousse douloureusement et la brûlure de sa plaie béante lui rappelle que son existence s'essouffle. Curieusement, elle parvient malgré tout à savourer ces derniers instants. La vie, par nature, n'est peut-être jamais aussi précieuse que lorsqu'elle vous tourne le dos? Une profonde colère l'envahit alors: pourquoi Möchlog lui a-t-il assigné ce destin? Pourquoi a-t-il permis à l'Histoire de favoriser les daënars? Où sont les Architectes à présent? Observent-ils la perte de leurs enfants? Sont-ils seulement capables de ressentir du chagrin pour tous ces êtres vivants qui leur ont voué leurs existences entières?

Elle lâche un nouvel hoquet et prend difficilement appui sur son arme pour se redresser. Mais elle retombe bien vite à genoux, le souffle court. Ses forces vacillent bien trop vite pour qu'elle puisse à nouveau espérer se tenir sur ses deux jambes. Elle se souvient alors des longues marches sur My'trä, de la caresse du vent et de la sensation de liberté qui l'habitait alors. Elle a l'impression de ne pas avoir apprécié tous ces moments à leur juste valeur. Et maintenant... il est trop tard.

La rouquine relève alors les yeux lorsque deux pieds puis deux jambes envahissent son champ de vision. Un däenar. L'air victorieux qui dénature son visage le rend encore plus méprisable. Zora frappe mollement. Bien trop mollement par que sa lame puisse menacer le soldat adverse. Un violent bruit résonne alors, immédiatement suivi d'une violente douleur dans son abdomen. Elle tombe en arrière, comprenant que son corps s'est fait le réceptacle du projectile de l'étrange arme infidèle. Mais elle ne meurt pas. Elle refuse de mourir! Ce qui semble plaire à son adversaire qui se penche à présent vers elle pour l'étranger. La seule arme qu'elle peut encore lui opposer, c'est la haine qui brille dans son regard. Un regard qui perd pourtant peu à peu de son éclat...


Il lui faut de trop longues secondes pour comprendre que la réalité s'accorde avec le cauchemar dont elle vient de s'évader. Zora, au départ, refuse de croire que des mains sont en train de la priver de l'air salvateur d'Asmigal. Et pourtant... Lorsque les vestiges embrumés des songes s'estompent au profit de la brutale vérité, elle commence alors à se débattre. Ses propres mains enserrent les poignets de son assaillant tandis qu'elle tente d'invoquer sa magie pour amplifier sa force et les lui briser. Mais sa concentration est bien trop chaotique pour lui permettre d'user des arcanes.

Alors elle se débat. De toutes ses forces. Ses doigts se crispent sur le visage de l'homme tandis qu'une profonde terreur l'envahit. Elle ne peut fuir l'instant présent. Elle ne se réveillera pas. Pas cette fois... En désespoir de cause, elle explore le sol alentours de ses doigts avec le mince espoir d'y trouver une pierre ou quoi que ce soit susceptible de l'aider. Mais... rien! Son corps lui commande d'abandonner. Mais son esprit, lui, lui ordonne de se battre. Ses poings s'écrasent mollement contre la torse de son assaillant. Et quelque part, elle ressent alors une certaine forme de soulagement à l'idée de voguer bientôt vers sa nouvelle existence. Sera-t-elle plus... agréable?

L'idée est plaisante. Suffisamment, en tout cas, pour qu'elle cesse de se débattre. Ses pensées s'étiolen Elle se laisse alors couler dans les limbes d'un sommeil qui, elle le sait, sera dénué du moindre espoir de réveil. Que ce monde brûle s'il le doit! Cela ne la concerne plus! Elle a fait sa part! Elle a le droit d'être oubliée, à présent. Ce n'est pas une punition que Möchlog lui inflige mais bien une récompense qu'elle lui offre. Elle le comprend et... l'accepte.

Pourtant le liquide chaud qui coule à présent sur son visage la ramène peu à peu à la réalité. L'air empli à nouveau ses poumons et disperse peu à peu le voile noir qui brouillait son champ de vision. Zora se redresse péniblement et se concentre sur la forme agitée qu'elle distingue difficilement. Joël? Elle tente de prononcer quelques mots qui se muent en une toux violente et malmènent sa gorge tuméfiée. Elle se laisse alors choir en arrière dans l'herbe fraîche...


Elle ne sait que faire. Là encore, deux sentiments puissant l'envahissent tandis qu'elle considère le corps ensanglanté et l'anomalie qui se tient à ses côtés. Les idées à présent claires, sa gorge revigorée par magie retrouvée, la rouquine hésite sur la suite des événements. Pour l'instant elle se contente d'un silence pesant et d'un regard désabusé. Elle ne parvient tout simplement pas à définir ce qui anime les tremblements qui parsèment encore son corps.

La disciple de la Chouette s'avance finalement vers le cadavre avant de se pencher sur ce dernier. Les lumières vacillantes du feu mourant lui permettent tout juste de distinguer les traits de celui qui entendait la tuer. Ou le pendentif orné d'une tête de loup qui gît à ses côtés. Encore ces mercenaires... Ils sont tenaces! Et peut-être plus dangereux qu'elle l'avait tout d'abord imaginé. Une erreur qui a failli lui coûter très cher...
"Tu n'avais pas à le tuer!" souffle-t-elle à Joël. "Ce privilège me revenait de droit dès l'instant où il a posé ses mains sur ma gorge..."
Pour un peu elle ajouterait qu'elle avait la situation bien en main. Ne serait-ce que pour refuser d'admettre une réalité pourtant évidente: Joël l'a sauvée. Cette vérité est probablement la plus dure à supporter. Elle doit la vie à un... daënar doublé d'une anomalie? Dire que son ego est blessé est, au mieux, un doux euphémisme...

Les lèvres de la fanatique se mettent à nouveau à trembler tandis que les mots se pressent à l'orée de ses lèvres et s'y cantonnent. Que dire? Que faire? Elle laisse ses désirs prendre l'ascendant et se rue sur l'étranger avant de lui asséner une claque magistrale. Sa paume proteste mais elle l'ignore. Elle préfère largement saisir le col et approcher son regard du sien.
"Tu devais monter la garde! Comment une telle chose a pu se produire?" vocifère-t-elle. "Ce n'est pas parce que tu es déjà mort que tu dois baisser les bras! Pas quand ma vie en dépend! Pas quand ta nature et mes actes font de nous des cibles privilégiées! Tu es... Tu es encore plus bête que je ne le pensais! Et crois-moi: j'ai l'imagination plutôt fertile à ce niveau-là!"
Et ça, c'est pour rester polie. Elle ne compte plus le nombre de noms d'oiseaux qui lui viennent à l'esprit. Zora souhaite ardemment le faire souffrir pour sa faiblesse. Elle cherche d'ailleurs le meilleur moyen d'y parvenir. Et pourtant ce n'est pas sa lame qui perforent la chair de l'homme mais bien ses lèvres qui s'approchent à présent de celles de l'anomalie. De la seule personne, dans le fond, qui aura manifesté un quelconque intérêt pour sa survie. Oui, elle le hait. Mais probablement pas autant qu'elle le devrait...

Elle prend alors conscience de ce qu'elle est en train de faire et se recule vivement, choquée par son propre comportement. Le maelström de sentiments qui l'assaillent lui donnent des vertiges. Agréables, pour certains. Et donc, parfaitement dérangeants. Doit-elle le haïr pour ce qu'il est ou l'anoblir pour ce qu'il a fait? Elle doit la vie à une personne qu'elle est destinée à éliminer par la Volonté de Möchlog. Est-ce que la Chouette prend un malin plaisir à lui infliger cette torture? Quels sont Ses desseins? La teste-t-Il?
"Je... n'ai pas les idées très claires..." soupire-t-elle, tentant quelque peu de se justifier. "Mais elles le sont suffisamment, en tout cas,  pour savoir qu'il vaut mieux ne pas traîner ici! Ramasse tes affaires! Nous partons pour Khurmag! Il faut mettre de la distance entre nos poursuivants et nous!"
Pour ce qu'elle en sait, ces gens n'opèrent jamais seuls. Evrann était accompagné d'une bande entière d'abrutis. Et d'autres l'ont attaquée en groupe le soir où elle a fait la connaissance d'Adramus. Peut-être que ce n'est pas une vérité absolue. Mais la rouquine refuse de croire que les personnes qui en ont après elle oseraient envoyer une seule personne pour la tuer! Ce serait... vexant! Aussi vexant que le fait d'être prise pour cible alors que l'anomalie, visiblement, a été ignorée par cet assassin. Comme si, des deux, elle était la plus méprisable!

Les poings de la rouquine se serrent tandis qu'elle prend une nouvelle fois conscience du manque de jugement de ses compatriotes et du danger que cela implique pour le continent. Elle remarque alors que Joël n'a toujours pas esquissé le moindre geste pour préparer le départ. Zora étant pratiquement certaine que ce n'est pas la première fois que l'anomalie tue, elle suppose alors qu'il hésite à la suivre. Une constatation qui fissure davantage encore son âme fragmentée.
"Soit tu te bouges, soit je te tue!" le menace-t-elle. "Ton choix?"
Elle ne le laissera pas suivre une route différente que la sienne, à présent. S'il ne veut pas venir, elle devra l'éliminer. Les dieux exigent de toute façon sa mort. Et pourtant elle souhaite ardemment qu'il décide de l'accompagner de lui-même. L'ultimatum qu'elle vient de lui poser n'est rien de plus qu'une supplique cachée. Elle prend alors conscience d'une chose: elle ne lui en veut pas parce qu'il vient de lui sauver la vie mais parce qu'il la forcée à se soucier de la sienne...




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

Spoiler:
 
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Joël Neara
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Mer 17 Oct - 17:31
Irys : 425645
Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
Le daënar était désespéré à l'idée de retrouver un jour son souffle. Ses yeux restaient écarquillés face à la brutalité de son geste, et alors qu'il tenta d'essuyer d'un revers de bras l'hémoglobine qui lui souillait le visage, il ne fit que l'étaler et salir de manière irréversible sa chemise déjà pas bien propre. Joël avait déjà tué. Ce n'était pas le problème. Des balles entre les deux yeux bien souvent, d'empoisonnement plus rarement, parfois d'un coup de lame bien placé, en bref, des mises à mort propres et souvent peu douloureuses. Mais l'acte qu'il venait de commettre à l'instant, ce n'était pas lui, il peinant à croire qu'il ait put être l'auteur d'une telle boucherie mais paradoxalement, il n'éprouvait aucun regret. Il avait consciemment sauvé la tête de l'insupportable rouquine, pour quelle raison, il n'en était pas bien sur, mais il le referait si c'était à refaire.

Il se releva péniblement, l'adrénaline s'estompant petit à petit pour laisser place à l'énorme vague de fatigue contre laquelle il luttait depuis déjà toute une journée. Ses yeux restaient rivées sur le cadavre parfaitement méconnaissable. Il ne s'attardait pas sur les détails, contrairement à la rouquine qui semblait étudier avec un intérêt tout particulier certains effets du chasseur de prime. Une lueur d'inquiétude scintillait dans son regard, et ce fut la seule chose qu'il fut capable de discerner. Elle lui adressa la parole mais il ne l'entendit pas, jusqu'à ce que sa main vienne une nouvelle fois à la rencontre de sa joue ensanglantée.


« C'est la seconde en une demi-journée ... si t'aime tant les gifles que ça je vais m'y mettre aussi ! » lui crache-t-il en se massant douloureusement le visage.

« Tu devais monter la garde! Comment une telle chose a pu se produire ? Ce n'est pas parce que tu es déjà mort que tu dois baisser les bras ! Pas quand ma vie en dépend ! Pas quand ta nature et mes actes font de nous des cibles privilégiées ! Tu es... Tu es encore plus bête que je ne le pensais ! Et crois-moi : j'ai l'imagination plutôt fertile à ce niveau-là ! »

Il s'était posé la question de s'il avait fait le bon choix de la sauver, et plus ses paroles blessantes franchissaient la barrière de ses lèvres, plus il regrettait sa décision. Il la toisa du regard, les yeux haineux et la furieuse envie de lui rendre la claque qu'il n'avait absolument pas mérité. Mais étrangement, la haine quelle semblait elle aussi éprouver à son égard la poussait vers une proximité à laquelle lui-même n'était pas prêt, et rapidement, la violence de ses accusations s'évanouissent dans un souffle chaud qui lui brûle les lèvres. Les paupières de la guérisseuse recouvrirent petit à petit la colère qui s'échappait de ses pupilles, et alors que le daënar s'apprêtait à accepter de mettre de côté sa rancœur, les désirs de reconnaissance de Josette furent violemment mis à mal par la réalité de leur situation : elle était my'trän, lui daënar/anomalie, et ils devaient se détester, point. Visiblement, il ne pouvait en être autrement. Les événements étaient allés trop loin, et s'ils voulaient l'un comme l'autre se préserver, ils devaient en rester là.

« Je... n'ai pas les idées très claires... Mais elles le sont suffisamment, en tout cas,  pour savoir qu'il vaut mieux ne pas traîner ici ! Ramasse tes affaires ! Nous partons pour Khurmag ! Il faut mettre de la distance entre nos poursuivants et nous ! »

Ils devaient en rester là. Elle partir de son côté, lui du sien. Il cherchait à s'en persuader, car non-content d'avoir eu le loisir d'observer que la my'trän n'était pas tout à fait "normale", l'homme qu'il venait d'abattre lui avait assuré qu'il se tenait à côté d'un monstre, qui tôt ou tard finirait par le tuer. Et pourtant, c'était leurs affaires quelle préparait, alors qu'il n'avait pas daigné bouger, son doute le fixant sur place. Rentrer à l'auberge, récupérer ses affaires et poursuivre sa route tout seul, voilà une idée censée. Il galérerait, comme toujours, mais il avait survécu comme cela et survivrait encore longtemps ... mais il se semblait dorénavant intimement lié à cette femme. Elle aussi semblait en cavale, et à défaut d'avoir des ennemis commun, ils semblaient se battre pour plus ou moins la même chose. Puis vint le temps des menaces, qui de toute évidence ne lui laissèrent guère l'embarras du choix. Aussi s'avança-t-il d'un pas résolu vers elle, lui attrapa le menton et l'embrassa, un baiser sur lequel il ne s'attarda pas vraiment car effectivement, le temps pressait.

« Tu me dois bien ça. Maintenant écarte-toi de là. » Lui souffle-t-il en la dépassant et en rejoignant leur destrier pour prendre lui même les rennes. Il l'invita d'un signe de la tête à le rejoindre, tout en faignant l'impatience.

« Avant ça, je dois retourner à l'auberge pour récupérer mes équipements. Parce que pour sauver tes belles miches, je me suis mis mon Régisseur à dos qui sait maintenant très exactement où je suis, alors oui, il faut partir, mais il est hors de question que je laisse de côté les seules choses qui me permettront de me défendre. »

Pour sur, l'absence de remerciement lui avait laissé un goût amer dans le bouche, qui allait de pair avec l'odeur du sang qui s'engouffrait dans ses naseaux, mais derrière ses airs de tueuse, Joël espérait très sincèrement que la magicienne puisse être animée par un quelconque honneur et sens du devoir. Il l'avait sauvé une fois, et il s'accrochait à l'espoir quelle fasse de même le moment venu. Il talonna le cheval qui cabra avant de s'élancer dans un galop qui fit claquer les pans de ses vêtements. Une bonne partie de la route se fit dans un silence de mort, aucun des deux n'osant vraiment prendre la parole. La fatigue écrasait le daënar comme une chape de plomb, et de toute évidence les doutes qui l'assaillaient étaient trop important pour qu'il puisse les ignorer, mais il craignait de se faire égorger dans la foulée s'il se montrait trop ... aventureux. Mais il prit son courage à deux mains, et se lança.

« Si tu tiens tant que ça à ce que l'on échappe aux trous du cul qui te poursuivent, il va falloir que les choses soient claire ma vieille, parce qu'il est hors de question que je bute qui que ce soit d'autres pour tes beaux yeux si tu ne me dis pas de quoi il en retourne ! Il laissa le vent porter ses paroles juste derrière lui, puis enchaîna. Qui sont-ils ? Qu'est-ce qu'ils te veulent ? Qu'est-ce que t'as fait pour qu'un chasseur de prime savoure l'idée de te buter en t'étranglant plutôt qu'avec un bon coup de poignard là où il faut ? »

Il fit ralentir le cheval, d'abord au trot, puis au pas.

« Toi comme moi, qu'on le veuille ou non, on est dans la même merde. On ne fuit pas les mêmes choses, on ne se bat peut-être pas pour les mêmes raisons, mais pour l'heure, nos destins semblent liés. Et tu sais que c'est la vérité, car tu m'aurais déjà tué depuis bien longtemps si ce n'était pas le cas. »
 
Finalement, il se retourna sur sa selle pour planter son regard dans celui de la disciple de la Chouette.

« Mais avant tout ça, la question la plus importante : T'es qui au juste ? »




Dernière édition par Joël Neara le Jeu 18 Oct - 11:38, édité 1 fois
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Zora Viz'Herei
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Mer 17 Oct - 21:17
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Elle ne savoure pas ce baiser volé! Comment le pourrait-elle alors qu'une anomalie vient de violer son espace vitale et de s'approprier ses lèvres sans la moindre permission? Se serait-il mis en tête que la faiblesse passagère de la rouquine était une invitation? Comment expliquer autrement les droits qu'il s'est accaparé sans même avoir le droit d'y prétendre? Et pourquoi ses paupières, semblant animées par une volonté rebelle, se sont fermées comme si elles cherchaient à offrir à leur détentrice le moyen d'apprécier ce contact à sa juste valeur?

Son poing s'écrase sur l'épaule de Joël avec aussi peu d'impact qu'une brise caressant le tronc d'un arbre. Elle s'essuie les lèvres d'un revers de son autre main comme pour faire disparaître une souillure invisible et pourtant bien présente. Elle lui doit bien ça? Depuis quand lui doit-elle quoi que ce soit? Il ne lui apporte que des ennuis! Et, il est vrai, l'opportunité d'en apprendre plus sur les maudits. Doit-elle le féliciter de lui avoir sauvé la vie alors qu'il n'a fait que corriger une erreur? Récompense-t-on un disciple qui s'est enfin plié aux règles imposées par sa maîtresse? Non! On arrête de lui faire tâter du fouet, voilà tout! Ni plus, ni moins!

Le fait est que cette attaque vicieuse aura au moins eu l'avantage de la calmer. Ou, plutôt, de l'enfoncer dans un silence qui n'a rien de désagréable, dans le fond. Elle croise alors les bras et détourne la tête, adoptant au passage le comportement d'une enfant bien décidée à obtenir gain de cause. Mais elle ne peut ignorer la raison ou la pertinence des propos tenus par l'anomalie. Mais comment le rejoindre sur le destrier sans lui donner raison? Elle ne lui fera pas ce plaisir! Ho ça non!
"Je te déteste! Tu le sais, ça, hein?" siffle-t-elle. "En fait je te hais tellement que la simple idée de pouvoir manquer ta mise à mort me donne la nausée! Alors... allons-y, oui! Plongeons gaiement dans les ennuis!"
Est-ce convainquant? Elle se hisse à son tour sur le cheval et est bien vite confrontée à un problème lorsque l'animal se lance au galop. Comment tenir en équilibre sur la monture ET éviter le contact physique avec l'anomalie? La réponse tient en un mot: impossible! Elle se résout donc à venir se coller contre le dos de cet homme si irritant! Ou quand la nécessité et le désir se confondent...

Le silence se prolonge de manière adéquate et les chants des animaux nocturnes se mêlent au sifflement du vent. La monture avale la distance telle qu'il se doit. Mais, évidemment, Joël est le premier à reprendre la parole. Zora lâche un soupire après son premier mot, pratiquement certaine qu'il va débiter une autre idiotie. Ou peut-être une insulte? Il est question de destins liés. Cette fois-ci elle lâche un reniflement de dédain. Il y croit vraiment? Et... elle? Y croit-elle? Il est vrai qu'elle ne peut expliquer la survie de l'anomalie uniquement par le fait qu'il soit un sujet d'étude convenable. Elle décide donc de garder prudemment le silence.

Comment pourrait-elle lui résumer ce qu'elle est? Elle n'est pas certaine de le savoir elle-même. L'assurance qu'elle réserve à tant de personnes est loin d'être aussi évidente lors de ses régulières introspection. L'image qu'elle donne et la femme qu'elle est sont deux choses bien distinctes. L'une est forgée par la Volonté divine, l'autre laisse simplement place à une personne qui n'a pas demandée à être choisie. Mais là encore, que faire d'autre que suivre les désirs de Möchlog? On ne discute pas la volonté divine! On l'applique! Et on la respecte avec autant de dévotion que de craintes. C'est le lot de tous les enfants des Architectes! Peut-il seulement comprendre cette évidence?

Le fait est que la stratégie du silence montre bien vite ses limites. Joël semble décidé à obtenir des réponses... Un autre soupire glisse entre ses lèvres avant d'être emporté par le vent. Par où commencer? Doit-elle manier l'ironie ou suivre le fleuve de la vérité? Peut-elle seulement lui accorder un semblant de confiance? Il lui a sauvé la vie, certes. Mais par altruisme ou égoïsme. Était-ce un geste désintéressé ou le désir de s'accrocher à l'espoir qu'elle lui insuffle qui a guidé sa main? Les actes sont révélateurs. Mais parfois ils ne sont que de la poussière jetée aux yeux. Elle le sait bien...
"Le guerrier que tu viens de tuer... Il appartient à l'Ordre de la Pénitence! Ou en tout cas à un groupe qu'il leur est affilié! Des alliés peut-être? En réalité je ne sais pas grand chose sur ces tueurs..." lui avoue-t-elle. "Cela fait un moment maintenant qu'ils sont à mes trousses! Je croyais avoir tué leur commanditaire, la femme à la tête du dispensaire dans lequel j'ai grandi! Mais ils semblerait que d'autres aient des raisons de m'en vouloir! Qui? Et bien vois-tu, c'est tout le problème!"
Elle n'en a pas la moindre idée! Et elle n'a jamais pu mettre la main sur l'un de ces assassins. Pas en vie, du moins! Ils restent un véritable mystère! Et ils semblent en savoir beaucoup sur elle! Si elle était du genre à paniquer, elle s'en inquiéterait! Mais elle sait également que Möchlog ne laissera pas un groupe de psychopathes lui faire du mal. DU moins se raccroche-t-elle à cette idée. Son espoir, elle le trouve avant tout dans sa foi.
"Tu as entendu parler de La Faucheuse? C'est le surnom qu'on me donne à Suhury!" reprend-t-elle. "Je sers mon Architecte d'une façon sensiblement différente de ceux qui osent se revendiquer comme ses véritables disciples. Alors qu'ils s'acharnent à préserver la vie, même lorsqu'il ne le faudrait pas, j'existe pour équilibrer la balance et apporter la mort! C'est la mission que Möchlog m'a confiée! Et il se trouve que je m'en acquittes avec une certaine efficacité!"
Elle termine son explication en haussant les épaules. Que peut-elle dire d'autre? Qu'elle est victime de l'intolérance des siens? Cette même intolérance qu'on lui reproche. Et ce même peuple qui a oublié qu'il n'existait pas qu'une seule façon de servir les dieux! Devrait-elle se détourner de la Chouette pour s'accorder avec la vision moribonde de la morale de ses compatriotes? Ne pourraient-ils pas se contenter d'accepter la volonté divine? Tant de questions et si peu de réponses...
"Mais je me considère avant tout comme une libératrice! Je sauve les gens, je ne les tue pas! Si je suis un mal, je suis malheureusement un mal nécessaire. Et il se trouve que cette nuance échappe à beaucoup de monde, vois-tu?" finit-elle par ajouter. "Alors... qui je suis? La future Impératrice de My'trä! Tu peux en rire si ça t'amuse! Et pourtant c'est bel et bien le destin que m'a accordé Möchlog! Je redresserai le continent! Je sauverai les miens de l'avidité des tiens! Et j'instaurerai une véritable ère de paix! Une ère dans laquelle la vie et la mort seront à nouveau en équilibre!"
Et c'est probablement le moment où il en conclue qu'elle est folle! Ce serait une réaction logique et bien trop habituelle pour qu'elle en prenne encore ombrage. Et pourtant, secrètement, elle espère qu'il la croira! Est-ce si compliqué de considérer la vérité alors qu'elle est si évidente? Mais comment un daënar, anomalie de surcroît, pourrait-elle accepter une telle chose? Ne sont-ils pas les champions pour se voiler la face?
"Et toi, Joël Neara? Qui es-tu vraiment?" s'enquit-elle, les yeux plissés. "Et ne me sors pas ton baratin de tout à l'heure! Nous en sommes aux confidences, pas vrai?"
Un fugace sourire éclaire son visage tandis qu'elle met pied à terre. Le village sera en vue sitôt qu'ils auront atteint le sommet de la colline sur laquelle l'anomalie a engagé leur monture. Ils le gagnent quelques instants plus tard. La lueur de torches mouvantes indique la présence de sentinelles. Peut-être même de renforts venus de Darga pour pourchasser Joël, elle, ou tout simplement les deux. Ils sembleraient qu'ils aient en effet des ennemis communs. Ce qui donne une nouvelle fois l'occasion à la rouquine de regretter l'erreur qu'elle a commise en se joignant au daënar. Comme si elle n'avait déjà pas assez de soucis...
"On ferait mieux de faire une croix sur tes armes! Les lames ne sont pas mal non plus, tu sais? Et elles tuent aussi sûrement que les inventions de ta déesse! Et elles sont silencieuses, elle!" souffle-t-elle. "Et convaincre un forgeron de nous aider sera sûrement plus facile que de se faufiler dans le village! Je ne sais pas comment ça se passe chez toi mais ici, même les gueux ont les moyens de se défendre!"
Et certains d'entre eux sont probablement capables d'utiliser la magie. Elle ne pourra décemment pas se mesurer seule à eux. Et, très honnêtement, elle doute que son improbable allié puisse être d'une grande aide sans ses hérésies... Et pourtant la perspective de tourner les talons maintenant la dérange peut-être davantage que celle d'aller s'empaler sur ces défenseurs. Elle tourne à nouveau le regard dans sa direction et lui décoche un splendide sourire. Sincère, qui plus est!
"On fonce dans le tas?" propose-t-elle. "Allez, je sais que tu en as envie! Et puis tu es obligé de me suivre! Oui parce que nos destins sont liés, tu te rappelles? "
Cette dernière phrase est teintée d'une douce moquerie. Quoi qu'il en soit, hop, ni une, ni deux, elle se relève, délaissant au passage leur point d'observation pour rejoindre le cheval. S'il veut l'arrêter, c'est maintenant. Mais pourquoi ferait-il une telle chose? Même le plus stupide des daënars devrait savoir que la meilleure défense reste encore l'attaque, non?




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Joël Neara
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Jeu 18 Oct - 13:02
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Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
"D'une façon sensiblement différente" fut la phrase qui retint son attention, alors qu'il avalait avec une rare concentration les explications de la cavalière. Pour Joël, cet aveu semblait teinté d'un manque d'assurance, comme si elle-même savait que c'était une façon trop alambiquée de justifier ses actes, et pourtant, l'agréable surprise survint dans la foulée lorsqu'il découvrit qu'elle assumait pleinement son choix de servir Môchlog "de cette façon". Toutefois, un doute persistait à lui hanter l'esprit : était-elle une enfant complétement dévouée, ou une simple fanatique qui commettait le pire en revendiquant quelle faisait le meilleur ? Pour sur, elle affichait "sur la forme" un égo et une arrogance démesuré, mais dans le "fond", elle reconnaissait tout de même la nécessité d'un équilibre, que ce soit par la vie préservée par ses confrères, ou par la mort qu'elle laissait dans son sillage. L'option "fanatique" s'écartait petit à petit de son champ de possibilité, laissant ainsi celui de l'enfant dévouée, mais peut-être également celui de la psychopathe, car équilibrer la balance par la mort, c'était une chose, mais faire un carnage en plus de cela, le daënar ne jugeait pas cela nécessaire, en témoigne l'état dont elle avait laissé son avant-bras.

Puis vint le temps de l'auto-fellation. "Libératrice", "mal nécessaire", "je sauverai les miens ...", oui clairement, l'Anomalie ne doutait plus de son auto-suffisance, ce qui ne l'empêchait pas pour autant de prendre ses paroles au sérieux. Il s'était bien donné pour objectif de soigner un mal millénaire après tout, alors qu'une jeune meurtrière rêve de devenir un dictateur mondial, cela lui semblait presque normal, et surtout possible. Ce qui ne semblait visiblement pas être la façon de pensée de la plupart de ses interlocuteurs, puisqu'elle ne put s'empêcher de désamorcée toute moquerie avant même qu'il n'ait le temps d'ouvrir la bouche. Mais lui avait envie d'y croire, parce qu'il n'y avait pas meilleurs projets que ceux que le monde refuse d'essayer, mais il était bien entendu hors de question de la caresser dans le sens du poil en lui disant qu'il voudrait presque faire partie d'une telle mission, aussi il se contenta d'afficher un air impassible en la regardant droit dans les yeux, pour ne finalement lâcher qu'un "D'accord" qui pouvait tout et rien dire à la fois. Et puis finalement, est-ce que la solution ne serait pas qu'il fasse également la même chose à Daënastre ?

Un peu plus loin en amont d'une colline, des lumières diffuses indiquaient la proximité de leur destination, aussi sous l'impulsion de Josette, il mit pied à terre, avec l'éternelle frustration de ne toujours pas connaître son foutu prénom.


« Hmpf ... une abomination de la nature, j'imagine que c'est la réponse que tu entendras le mieux. dit-il en haussant les épaules. Mais perso', je reconnais être un bâtard de ton monde et du mien, qui est détesté par l'un et méprisé par l'autre, alors qu'au final les seuls en faute sont ceux qui sont incapables de reconnaître mon génie à sa juste valeur. Les irydars sont trop bêtes pour admettre que pour que les choses fonctionnent, il faut un subtile mélange de logique et d'illogisme. Le prodige que je suis l'a compris, j'attends simplement de ne plus avoir la flemme de me salir les mains pour remettre Irydaë sur le droit chemin. »

Il esquissa un sourire en coin, car dans un sens, sa philosophie se rapprochait de celle de son paternel qui avait œuvré toute sa vie à ce que tout le monde pensait impossible : une entente My'trän/Daënar, par l'apport de la magie des uns, et de la connaissance des autres. Bon certes, Joël le faisait avec une suffisance indécente, mais dans le fond, lui même était convaincu que la face du monde changerait drastiquement si sa patrie laissait tombé la magilithe, et que celle de la rouquine acceptait de coopérer pour faire avancer la science et mettre à disposition leur dons. Mais à un nouveau jour, un nouveau débat et pour l'heure, ils avaient des armes à récupérer.

Il se baissa d'abord, puis s'allongea ensuite, observant aux côtés de la jeune femme l'animation inhabituelle qui habitait la "charmante" bourgade de Shaakhai.


« Il est hors de question que j'abandonne mes affaires, contrairement à vous il ne me suffit pas de claquer des doigts pour dresser des boucliers à paillettes. Et je suis une bite à l'arme blanche, donc non, laisse tomber, si tu ne veux pas me suivre tu ne me suis pas, mais je ne partirai pas d'ici sans mon fusil ... et le reste. »

Il n'était pas évident à une telle distance de discerner dans le détail l'armada que possédait celles et ceux qui effectuaient des rondes autour des barricades, mais la présence d'épées et de bouclier lui laissait croire qu'il s'agissait plus d'une infanterie classique plutôt que de magicien hors pairs.

« On fonce dans le tas ? Allez, je sais que tu en as envie ! Et puis tu es obligé de me suivre ! Oui parce que nos destins sont liés, tu te rappelles ? »

Il s'agenouilla, analysant une dernière fois le village et les options qui s'offraient à lui, puis se recula un peu plus loin en aval avant de se relever.

« Tsss, facile à dire pour quelqu'un qui peut se protéger comme bon lui semble, mais désolé, je ne te suis pas sur ce coup-là. Les palissades sont hautes, on ne pourra pas les franchir à moins d'être monté sur échasse, ce qui n'est clairement pas le cas. Je peux me dissimulé plus ou moins bien grâce à ma connerie sur le bras, mais j'aurai besoin que tu fasses diversion au niveau du portail. J'ai compté deux sentinelles fixes, et deux autres qui tournent sur une dizaine de mètres autour. Si je parviens à passer sans me faire repérer, la suite se fera les doigts dans le nez. Il marqua une pause de plusieurs longues secondes, afin de laisser le temps à la magicienne d'étudier cette option et de se l'approprier. Quant à cette diversion, elle aura un double enjeu : me laisser passer, et te permettre d'identifier l'appartenance de ceux qui sont venu défendre le patelin. S'il s'agit de renfort des villes voisines, on s'en bat les couilles. Mais si certains portent les mêmes marques que le mercenaire de tout à l'heure, on pourra renverser la vapeur. Ils deviendront nos proies et on pourra revenir pour les éliminer un par un, et peut-être remonter jusqu'à l'origine de ce fameux contrat sur ta poire. »

Évidemment, il savait qu'un certain détail du plan laissait à désirer : si les my'träns n'étaient pas familier avec le concept de photographie, il était évident que des informations basique aient été transmises au sujet de l'apparence de La Faucheuse, et si elle se pointait la fleur au fusil en faisant une démonstration de danse occidentale pour attirer l'attention, Joël ne lui donnait pas dix secondes avant de se retrouver pieds et poings liés. Il avait bien une idée pour qu'elle passe inaperçu, mais il savait aussi que cette idée ne l'enchanterait pas le moins du monde.

« Et c'est là que ça coince ... ta tête. Si tu es recherchée et que tu y vas en l'état, ils te reconnaitront à coup sur. Il "suffit" donc que tu ne sois "plus en état". Si tu débarques la gueule en sang, blessée de surcroît, en beuglant que tu as croisé une anomalie sur la route qui a perdu les pédales et a essayé de te massacrer, ça devrait leur sembler plausible. A moins que tu préfères vraiment foncer seule dans le tas, auquel cas je ne t'en empêcherai pas. Mais je ne garanti pas de pouvoir te sauver le cul une deuxième fois. »

La perspective de devoir lui faire confiance lors d'une telle entreprise l'inquiétait un peu, car il n'oubliait pas qu'avant de partir, elle avait voulu lui faire croire qu'elle souhaitait juste ne pas louper le spectacle de sa mort. Mais foutu pour foutu, autant que les choses se passe de la pire des manières, avec la pire des équipes.


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Zora Viz'Herei
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Ven 19 Oct - 15:51
Irys : 2011503
Profession : Nécromancienne (en formation)
My'trän -3

Elle lève brièvement les yeux au ciel lorsque Joël ose se qualifier de prodige. En toute modestie, évidemment. Zora désapprouve, forcément. Par principe! Et aussi parce qu'elle n'est pas encore prête à accorder un quelconque crédit à cette anomalie si singulière. Enfin... L'est-elle vraiment? Enoch était plus mesuré. Sans juger qu'il était maudit, il avait au moins le bon goût de rester à sa place! Ce qui est loin d'être le cas de ce daënar à l'ego peut-être aussi développé que celui de la jeune femme. Est-ce cela qui la dérange? Ou la simple perspective que, dans le fond, il puisse avoir raison?

Elle laisse néanmoins filer, trop occupée qu'elle est à songer à la bataille qui ne saurait tarder. Pour un peu elle se lécherait les babines à la manière d'un fauve flairant l'odeur d'une proie. En réalité elle a déjà pris sa décision. L'homme souhaite récupérer ses affaires? Soit, elle y consent! Mais les choses se dérouleront à sa manière. Bien qu'il l'ait probablement oublié à la suite de la relative aide qu'il lui aura apportée, elle reste celle qui commande dans le duo. Mais c'était bien évidemment sans compter sur l'esprit de contradiction de l'étranger...

Elle l'écoute exposer ses craintes puis sa stratégie avec un semblant d'attention tandis qu'elle vérifie les attaches de la selle de leur monture. Joël souhaite bien évidemment lui refourguer le sale travail! Attirer l'attention? Lui permettre de sa faufiler? Certes, elle ne souhaite guère aller récupérer elle-même les hérésies de son allié. Or de question qu'elle touche à nouveau ces choses qui souillent aussi bien le corps que l'âme. Mais pense-t-il sincèrement qu'elle acceptera de prendre tous les risques? Doit-elle être flattée qu'il la croit capable de se mesurer seule aux sentinelles? Ou vexée parce qu'il semble considérer qu'elle sera assez bête pour accepter?
"Mmmh... Veto!" lâche-t-elle avec une étrange légèreté. "Tu veux récupérer tes armes? Alors tu te bats à mes côtés! Je suis déjà bien gentille de t'apporter mon aide, je trouve! Et ce n'est vraiment pas le moment de m'énerver! De toute façon tu vas crever! Foutu pour foutu, tu ne souhaites même pas t'amuser un peu?
L'infiltration, tsss... C'est vraiment un truc dévolu aux lâches. Il n'y a aucun honneur à éviter le combat. Zora n'envisage même pas qu'elle puisse mourir aujourd'hui, face à de simples paysans ou soldats. Ils sauront se défendre, certes! Mais Möchlog la couve de son aile sacrée. Peuvent-ils en dire autant? Quant à Jo... Bah, dans le fond il se contente d'agir comme un infidèle. Il est vrai que les rats trouvent leur courage dans le nombre, après tout!

Mais la suite des propos de noiraud la coupent net dans son élan. Est-ce qu'il vient vraiment de lui proposer ce qu'elle croit avoir entendu? Elle retire son pied de l'étrier et se tourne dans sa direction avant de croiser les bras. C'est la pire stratégie qu'elle ait jamais entendue. Et bien entendu, elle en serait la première victime. La rouquine plisse les yeux comme si elle cherchait à distinguer une quelconque trace d'humour sur le visage de l'anomalie. Mais... rien! Et en plus il ose revenir à la charge et affirmer qu'il lui a sauvé la vie! Il est vraiment sérieux, cet imbécile?
"Tu peux me donner ta hache, s'il-te-plaît?" lui demande-t-elle avec un calme bien relatif. "NON PARCE QUE LÀ, TOUT DE SUITE, TU VOIS, JE N'AI QU'UNE SEULE ENVIE: TE LA FRACASSER SUR LE CRÂNE!"
Un crâne qui n'a de toute façon pas une grande utilité dans la mesure ou sa cervelle semble seulement capable de donner naissance à des idées idiotes. Non content de vouloir lui casser la figure - chose qui, elle en est certaine, lui procurerait le plus grand des plaisirs! - il entend également se poser en maître tacticien! Que connaît-il de My'trä, ce bâtard? Elle est née ici! Et lui il n'est... rien! Tout au plus une saloperie d'anomalie qui brille par son ignorance et sa lâcheté! Trop, c'est trop!
"TU N'AS PAS ENTENDU CE QUE JE T'AI DIT? JE SUIS LA FUTURE IMPÉRATRICE ET TOI, TU... TU... BORDEL, TU VEUX ME DÉFIGURER?" s'emporte-t-elle peu à peu. "ET LA PROCHAINE ÉTAPE, CE SERA QUOI? JE DEVRAI TE PORTER? TE FAIRE UN MASSAGE? PEUT-ÊTRE MÊME TE DONNER DES ENFANTS TANT QU'À FAIRE? QU'EST-CE QUI NE TOURNE PAS ROND CHEZ TOI? MÊME UN DAËNAR NE PEUT PAS ÊTRE AUSSI STUPIDE!"
À défaut d'avoir accès à la hache pendouillant sur les flancs de l'homme, elle a toujours sa dague! Dague qu'elle enfonce bien vite avec rage dans l'encolure du cheval! Il hennit de douleur avant de se cabrer. La dague frappe à nouveau. Encore et encore! L'animal blessé tente évidemment de s'échapper mais s'écroule quelques mètres plus loin, vaincu par ses blessures.

Toujours est-il que si Joël souhaitait une distraction, il y a fort à parier qu'il a obtenu ce qu'il souhaitait. Entre les cris outrés de la rouquine et les soubresauts d'agonie de l'équidé, les sentinelles n'ont pas eu de grands efforts à faire pour remarquer leur présence. Et c'est maintenant un groupe qui s'avance dans leur direction, annonçant son arrivée par leurs torches levées pour percer les ténèbres. Bon et bien au moins, maintenant, il n'y a plus à tergiverser!
"Par ici, vite!" les hèle-t-elle. "Il y a une anomalie qui veut me faire la peau! Au secours, ho la la! Par pitié, qu'on me vienne en aide! J'ai tellement peuuuuur!"
Le visage toujours défiguré par la colère, Zora fait à peine l'effort de jouer le rôle que le daënar souhaitait la voir endosser. C'est bon? Il est satisfait, là? Au moins aura-t-il obtenu gain de cause. En partie, du moins. Mais pour la crédibilité, on repassera!




Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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