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Chroniques d'Irydaë
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 Pas d'bras, pas d'Zora

Joël Neara
Joël Neara
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Pas d'bras, pas d'Zora - Page 2 EmptySam 20 Oct - 19:32
Irys : 504491
Profession : Ex-Commandant d'aéronef de marchandises
Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
Lui qui était si fier, fier de ses idées, fier de surmonter ses préjugés pour aider cette femme qui semblait avoir perdu 90% de son humanité, déchanta aussi vite que la venue de son éclair de génie. D'abord parce qu'elle ne prenait absolument rien au sérieux, ne cessant de beugler à tout bout de champ qu'elle voulait "s'amuser" à massacrer tout le monde, mais aussi et surtout parce qu'elle s'offusqua plus que de raison par son ébauche d'idée qui consistait à lui casser la gueule pour faire d'une pierre deux, voire trois coups. S'offusquer fut un doux euphémisme, car Joël eut le loisir d'admirer avec un brin de soulagement la folie meurtrière qui avait envahi la my'trän, un soulagement car il ne fut pas celui qui eut le malheur de gouter à la lame de la rouquine. Leur monture quant à elle ne put en dire autant, puisqu'elle essuya à sa place le sort qui, il en était persuadé, aurait dut lui être réservé.

Ce soulagement ce mua lentement mais surement en une colère inhabituelle, une rage envers cette femme qui ne cessait de le décevoir par son insupportabilité et son impulsivité exacerbée ! La main sur sa hache, il eut l'irrépressible envie de reproduire son carnage de tout à l'heure, de finir le travail commencé par le chasseur de prime. Quelle erreur, mais quelle stupide erreur il avait fait de la laisser survivre ! Comme elle l'avait dit, foutu pour foutu, Joël n'avait plus grand chose à perdre et il s'avança d'un pas résolu vers elle, le regard noir et la mâchoire crispée. L'anomalie étant rarement, très rarement intimidante, mais en cet instant, sa stature et sa froideur dégageait un "je-ne-sait-quoi " qui, s'il ne suffisait pas à impressionner la magicienne, lui ferait comprendre qu'à cet instant elle devait le prendre au sérieux.

Il dégagea d'un revers de main la main armée de Zora, puis l'attrapa par le col avant de jeter un œil aux torches qui s'avançaient bien vite vers eux. Était-il serein ? Relativement, car encore une fois, elle aboyait mais ne mordait pas, et le temps passé avec elle lui laissait croire que d'une façon ou d'une autre, elle s'était éprit d'une "certaine" affection à son égard, raison pour laquelle il était encore en vie.


« D'abord tu m'casses les couilles pendant que j'essaie de gratter de la thune à tes connards de compatriotes, ensuite tu me fous à dos l'ensemble du village, avant de m'obliger à m'barrer et à te faire à bouffer. J'ai cru en toi, en tes paroles malgré le fait que tu n'ai cessé d'être insupportable, j'ai eu confiance en ta dévotion pour la Chouette, j'ai même eu confiance en Möchlog quant au fait qu'il ait put me faire croiser la route de sa championne, mais t'es rien du tout, t'es rien de tout ça. Tu m'as gratuitement charcuté, tu m'as giflé pour t'avoir sauver le fion, t'as buté notre seul moyen d'échapper à tout ces abrutis en me menaçant de me fracasser le crâne. Mais si tu voulais le faire, pourquoi ne pas l'avoir fait ? POURQUOI ?! cette fois-ci, il laissa exploser sa frustration et lui décocha une droite inattendue, la faisant tomber au sol. Il se jeta sur elle, l'attrapa par les poignet et la chevaucha, la bloquant ainsi au plancher des vaches. Son visage posté au-dessus du sien, à distance raisonnable pour ne pas se prendre un coup de tête, il plongea ses iris d'or dans les siennes et conclu. Écoute-moi espèce de grognasse, écoute bien ce que je vais te dire, parce que je ne le répèterai pas. T'as en face de toi p'tet la seule personne dans ce putain de monde qui est prêt à t'accorder du crédit, alors putain, ne gâche pas ça ! Commence par me prendre au sérieux, à prendre au sérieux ce que tu fais, et peut-être que ton Architecte finira par te prendre au sérieux à toi, parce qu'en attendant, tu t'amuses, certes, mais celui qui à rencontrer Môchlog, c'est moi. »

Il se dégagea, essoufflé par le flot de colère qu'il venait de vociférer, mais il voulait en dire plus, bien plus, mais le temps allait lui manquer. Il commença à s'éloigner à reculons tout en la pointant du doigt tandis que son corps se volatilisait.

« Élue, Championne ou Impératrice ... la seule chose que je vois aujourd'hui, c'est une femme à terre qui est effrayée à l"idée de ne pas réussir la mission que son dieu lui a confié. Une femme qui n'est même pas capable de comprendre ce que son dieu attend d'elle ! Tue-moi si ça te chante, et tu verras si ça t'as permis de faire un pas de plus vers le trône. En attendant, je te laisse avec tes emmerdes, j'ai des affaires à récupérer. »

Son corps finit alors de prendre l'apparence du tapis d'herbe fraiche et, protégé par l'obscurité de la nuit, dépassa le groupe d'hommes armés s'en éprouver une once d'inquiétude. Le-dit portail n'était plus gardé que par un seul soldat qui ne fut guère difficile à distraire. Le village était en effervescence, sur le pied de guerre. Dissimulé à l'ombre de la palissade, il prit le temps d'écouter certaines conversation, et il eut une première réponse à ses interrogations :

« [...] ce matin, c'est Nyfa elle-même qui l'a reconnue. "La faucheuse", bon sang qu'est-ce qu'elle nous veut ? »
« Cette paria ne va nous attirer que des malheurs, elle est pire que la venue d'un Régisseur ! »
« [...] la porte sud ! Vous autres, venez remplacer les gars ici, ils sont partie voir d'où venait ce cri effroyable ! »

~ Hmpf ... au moins ce n'est pas vraiment après moi qu'ils en ont ...~

Cette nouvelle, qui aurait dut le rassurer, ne le rendit que plus amer. Joël n'était pas un héros, il n'était pas de ce genre d'homme prêt à tout pour sauver une jeune femme en détresse, jugeant sa propre vie trop précieuse, mais ce jour-là, une pointe au cœur l'empêchait de se réjouir. Il hésita à y retourner, vraiment, mais son pragmatisme fut plus convainquant. Il toucha du bois, priant pour qu'elle se débarrasse aussi facilement des gardes que du cheval, et se glissa à travers les masures jusqu'à rejoindre l'auberge, qu'il atteignit une demi-douzaine de minutes plus tard. La fenêtre de sa chambre, située au premier étage, demeurait accessible par la conception même du mur du bâtiment, dont les pierres laissaient apparaître de belles prises facilitant l'escalade de la façade. Toujours armé de sa hache, il entreprit de faire levier avec la lame pour soulever discrètement la vitre, mais celle-ci éclata sous la pression. Ni une, ni deux, il se hissa sans demander son reste jusque dans sa chambre, espérant que le bruit n'ait pas attiré l'attention.

« Allez Jo', n'perd pas de temps ... »

Malgré ses nombreux défauts, le trentenaire avait la réputation d'être quelqu'un de soigné et d'organisé, aussi il ne lui fallut gère plus d'une vingtaine de secondes pour rassembler ses affaires. Il rangea sa fausse prothèse dans sa besace, remplaça sa chemise par une plus propre, enfila son poncho, abandonna sa hache contre son épée, attrapa son fusil et sa ceinture de munition, et reparti aussitôt, attrapant au passage quelques fruits du panier placé sur sa commode.

Il mit pied à terre et lorsqu'il se retourna, il se retrouva nez à nez avec un gamin, pétrifié par la peur. Joël se jeta sur lui, lui colla sa main sur le visage et passa derrière lui en braquant son fusil dans son dos.


« J'veux pas te faire de mal gamin, vraiment pas, mais pour ça il va falloir que tu sois courageux. Comment tu t'appelles ? »

Le temps pressait, le daënar en avait bien conscience aussi il réitéra sa question, avec plus de virulence cette fois-ci et en augmenta la pression du canon contre l'enfant.

« J ... Jonah, pitié, je ne dirai pas que vous êtes-là ... »

« Ok Jonah, écoute-moi. J'suis pas un tueur, mais si les adultes me voient, ils vont pas être aussi gentil. Alors tu vas faire mieux que ça et me conduire jusqu'à l'écurie, ok mon grand ? »

« ... »

« J'ai rien entendu. »

« D'a ... d'accord m'sieur. »

« Que Bolgokh te bénisse. »

"Étrangement" docile, le garçon laissa sa peur le guider, et guider par la même occasion l'Anomalie à travers les rues désertes jusqu'à l'écurie.

« On y est ... c'est juste là, vous pouvez passer juste ici pour arriver directement devant les box des chevaux. Je peux retourner voir ma maman maintenant ? »

« Non. »

Sans crier gare, il lui éclata la crosse de son arme contre le crâne, faisant sombrer dans l'inconscience le jeune garçon.

Joël n'était pas un expert en équitation, aussi choisi-t-il son cheval en fonction de celui qui "lui semblait" être le plus musclé. Il l’arnacha avec beaucoup plus de soin que le précédent, le tira par la bride pour le faire sortir de l'écurie, et le talonna si fort que la bête partie instantanément au galop. Le hennissement attira bien évidemment l'attention, mais à peine les habitants eurent-il le temps de se retourner qu'ils se firent bousculer par le poitrail solide et imposant du destrier. Les soldats postés à la porte ne résistèrent guère plus, et alors que les flèches sifflaient autour de lui, il fit le choix que rien n'imposait, mais auquel il ne pouvait se soustraire : retourner chercher l'autre casse bonbon, si elle était encore en vie. La présence des torches furent semblable à un phare en pleine nuit que Joël se contenta de suivre, fusil prêt à l'emploi, et il en eut l'utilité. En haut de la colline, il renversa un lancier tandis qu'il fit détonner son arme de mort dans le crâne d'un des épéistes. Évidemment, sa sortie "spectaculaire" avait ameuté l'ensemble de la garnison qui se dirigeait dorénavant vers Zora. Qu'importe quelle trouve ce jeu amusant, ni lui ni elle ne pourraient éliminer tout le monde. Fuir restait la seule solution, aussi fit-il faire demi-tour à sa monture et se rua sur la rouquine en lui hurlant dans sa course :


« Attrape ma main ! »


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Zora Viz'Herei
Zora Viz'Herei
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Pas d'bras, pas d'Zora - Page 2 EmptyLun 22 Oct - 11:08
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My'trän -3

Il s'effondre. Pas elle. La chaleur du sang qui se déverse sur sa chair lui arrache un frisson. Elle contraste avec la fraîcheur charriée par les caresses du vent. Elle pose finalement un genou à terre, prenant appui sur la lame ensanglantée qu'elle vient de retirer de l'abdomen de son adversaire. Sa main gauche, elle, se pose en tremblant sur sa cuisse et le sillon carmin qui la force à adopter cette pose qui lui évoque la faiblesse. Son regard, lui, vagabonde un bref instant sur le cercle de ses adversaires. Un cercle vivant qui, malgré ses efforts, se refermera tôt ou tard sur elle. Comme toujours, ce n'est qu'une question de temps...

Sa respiration haletante l'empêche de savourer les flagrances enivrantes de l'automne suhur. Les rires et les menaces qui parviennent à ses oreilles également. Ils se réjouissent, se félicitent déjà pour une victoire qui ne peut leur échapper. L'ecchymose sur sa joue, là où le poing de l'anomalie s'est écrasé, n'aura été que le préambule de la douleur qui se déverse à présent dans son corps, certes, mais également dans son âme. Est-ce ainsi que les monstres s'éteignent? Des regards de haine et des sourires satisfaits... Est-ce le seul éloge funèbre dont elle soit digne?

Les muscles de son bras se bandent tandis qu'elle essaie de se redresser. Poussée par une réelle envie ou la puissance d'un instinct qui lui commande de ne pas abandonner? Elle-même n'en sait rien. Peut-être qu'elle ne souhaite tout simplement pas mourir à genoux quand elle peut le faire debout. Mais cet honneur semble lui être refusé puisque elle s'effondre à nouveau en poussant un gémissement. Les blessures sont trop nombreuses, trop profondes. Un soupir de lassitude franchit le seuil de ses lèvres: à quoi bon lutter vainement?
"Je... J'aimerais prier Möchlog!" quémande-t-elle. "M'accorderez-vous cette faveur?"
C'est tout d'abord un improbable silence qui lui répond. Mais les rires moqueurs et les phrases assassines fusent à nouveau bien vite. La véritable réponse, elle l'obtient lorsque deux bottes apparaissent dans son champ de vision. Le regard ambré de la mage remonte bien vite le long de la silhouette de leur propriétaire. Elle découvre un homme d'âge mur au visage fermé. Et la masse sommaire mais probablement efficace qu'il tient à la main. La rouquine observe un bref instant l'instrument choisi pour la mise à mort avant de hocher doucement la tête. À quoi s'attendait-elle?

Ses doigts relâchent le pommeau de l'épée. La lame vacille puis tombe sur le tapis végétal qui les entoure. Un signe d'acceptation qui procure une étrange sensation à son éphémère propriétaire. Est-ce de la... peur? C'est le seul mot qui lui vienne à l'esprit même si elle pressent qu'il n'est pas le plus adapté. Peut-être est-ce simplement la vie qui l'anime encore qui proteste à la simple idée de s'effacer? La mort n'est rien d'autre qu'un passage vers sa prochaine existence, Zora le sait bien. Alors pourquoi est-ce si difficile d'accepter cette voie? Sa vision se brouille. Il lui faut un instant pour remarquer que les perles qui roulent doucement sur ses joues en sont la cause...
"Allez, qu'on en finisse!"
Elle relève à nouveau les yeux vers celui qui se pose en bourreau, le défiant d'un regard pourtant dénué d'éclat. À défaut de pouvoir mourir debout, elle considérera la mort en face. Non, elle ne regrette rien! À défaut de pouvoir considérer l'avenir, elle se noie dans le passé. D'autres écriront le futur pour la gloire de Möchlog. Cette pensée lui fait un bien fou tandis que la perte de sang réduit son champ de vision. Et lui procure des... hallucinations? Est-ce bien un cavalier et son cheval qui surgissent maintenant des ombres?

Le fracas d'un choc l'extirpe de la torpeur. Un flot de sang éclabousse son visage peu après tandis que l'anomalie lui commande d'attraper sa main. Elle lève la sienne en retour. Elle est emportée par l'élan et la poigne ferme du daënar. Son épaule se déboîte dans la foulée. La rouquine confit un autre gémissement de souffrance au vent qui siffle maintenant à ses oreilles. Elle s'écroule contre le dos de Joël. Sa main valide s'accroche aux vêtements de ce dernier avec une absence flagrante de fermeté. Elle subit chacun des puissants mouvements du cheval.
"Tu n'as pas le droit!" lâche-t-elle avec difficulté. "Tu n'as pas le droit de me faire ressentir ça!"
Ça? De la reconnaissance! Une reconnaissance qu'il ne mérite pas, forgée dans le soulagement et non le mérite. De quel droit a-t-il envahi sa vie? De quel droit l'a-t-il abandonnée après l'avoir frappée? Sonnée, elle a été blessée d'entrée de jeu par l'un des membres de la patrouille envoyée à leur rencontre. Sans lui elle serait aux portes de Khurmag. Maintenant, elle est au seuil de la mort.
"T'es qu'un connard..."
L'insulte n'est qu'un vague murmure. En réalité la rouquine n'est même pas vraiment consciente de l'avoir prononcée. Car les ténèbres se substituent maintenant à la douce clarté de l'astre lunaire. Elle lutte un vague instant pour garder les yeux ouverts, consciente que succomber à l'appel des nimbes revient à placer son sort entre les mains du daënar. Une perspective loin d'être séduisante.

Mais elle n'a guère le choix. Car quelques secondes plus tard son esprit vogue déjà dans les limbes de l'inconscience...


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Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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Joël Neara
Joël Neara
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Pas d'bras, pas d'Zora - Page 2 EmptyLun 22 Oct - 15:23
Irys : 504491
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Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
La porte de l'auberge s’ouvrit dans un fracas qui prit par surprise le propriétaire qui, dans son sursaut, renversa une bouteille posée sur l'étagère derrière le comptoir. Pour sur, il ne s'attendait pas à ce qu'un client débarque à une heure aussi matinale, habituellement, ces-derniers avaient la décence d'attendre les premières lueurs de l'aube. Les bottes pleines de boue, le visage perlé de sueur et marqué par l'épuisement, le khurmi éprouva quelques difficultés à identifier le nouveau venu comme étant un daënar. Il semblait pressé, et en s'apercevant de l'état de la femme qu'il portait dans ses bras, l'homme ne laissa pas le temps à l'étranger de s'exprimer.

« Bon sang, que lui est-il arrivé !? Suivez-moi ! »

Réaffirmant sa prise, Joël serra un peu plus la my'trän contre lui et se prépara à gravir les quelques marches qu'il appréhendait comme une véritable montagne à gravir. Ses jambes le brulaient tant l'effort avait été intense, tout comme ses mollets, dont le frottement contre les sangles des étriers avaient entamé son pantalon et la peau qu'il était sensé protéger.

« Jahira ! s'écria l'aubergiste en ouvrant la porte d'une chambre qui semblait être la sienne et celle de son épouse. Soin ! Chambre 13, dépêche-toi ! »

Les ordres étaient clairs, net et précis, comme si le couple avait l'habitude de gérer ce genre de situation.

~

« Attrape ma main ! »

L'urgence de la situation ne permit pas à l'Anomalie de faire preuve de délicatesse. Attraper l'avant-bras de la jeune femme avait tout autant de chance de la sortir de sa merde que de le faire tomber lui du cheval, aussi il fit preuve d'une vigueur qu'il l'étonna lui-même, en tirant de toute ses forces pour hisser Zora tout en profitant au maximum de l'élan offert par la puissance de l'étalon. Un bruit sordide lui transperça le corps, doublé d'une sensation tout aussi désagréable, mais pas le temps de réfléchir, il talonna toujours plus sa monture pour s'éloigner aussi rapidement que possible de ce village de mort. Derrière lui, sa partenaire semblait flancher, valdinguer au grès des mouvements du cheval et tant bien que mal, il la pressa d'une main contre son dos. Ils devaient partir, mettre autant de distance que possible entre Shaakhai et leur duo, et pour une fois, la nuit serait leur alliée.

Il fonça plein Ouest, jusqu'à atteindre la lisière des forêts occidentales qu'il préféra longer par le sud. Dès lors qu'il estima avoir mit suffisamment de distance entre eux et leur détracteur, il fit une halte, fit descendre sa "partenaire" inconsciente et mit en pratique les seuls gestes de premier secours qu'il connaissait, à savoir vérifier son pouls, nettoyer ses blessures les plus grave et les bander à l'aide de vieille chemises déchirées. Mais la disciple de la Chouette n'allait pas bien, pas bien du tout, et nul besoin d'être médecin pour s'en rendre compte. Sa respiration était faible, son pouls fébrile et sa peau blanche comme la mort. Il reprit alors la route, installant cette fois-ci la rouquine devant lui afin qu'il puisse avoir une meilleure prise, et se lança à nouveau dans une course contre la montre.

Il ne tarda pas à croiser sur sa route un hameau, mais il ne se donnait pas une demi-journée avant que les soldats n'arrivent jusqu'ici. Tant pis, Josette avait forcément vécu pire, aussi il ne s'y arrêta pas. Mais son inquiétude alla en grandissant lorsque aucun village ne semblait pointer à l'horizon. Jusqu'à cet instant. Ce moment où il était encore impossible de définir s'il faisait encore nuit, tout en sachant qu'il ne faisait pas vraiment jour. La pointe d'un édifice religieux perça la cime des arbres et l'Anomalie bifurqua immédiatement dans sa direction.


« Putain, avec tout le mal que je me donne, t'as pas intérêt à crever maintenant ! »

~

« Là, posez-la sur ce lit ! »

Le trentenaire s'exécuta avant de s'effondrer, fesses contre terre, quelques mètres plus loin. Il était à bout de souffle, ce qui ne l'empêcha pas pour autant de fournir de maigres mais suffisantes explications à son hôte.

« C'est ma demi-sœur, Josette. On s'est fait attaquer par un groupe de pillard, des connards qui traînaient un peu plus loin au nord, aux abords de Shaakhai ... J'étais parti pour ... »

« Shaakhai !? Par Khugatsaa mais pendant combien d'heures a-t-elle cavaler dans cet état ? C'est à plus d'une centaine de kilomètres d'ici ! »

L'homme, habile, détachait tout en parlant les sangles de l'armure de la jeune femme, et alors que le daënar voulu reprendre ses explications, il le fit taire d'un geste négligeant de la main avant de lui demander de remplir d'eau la bassine qui jonchait le sol à ses côtés. En revenant, la fameuse Jahira était là avec tout un arsenal médical, alliant ustensiles commun et mixture étrange, et pourtant, elle ne semblait pas avoir commencé l'intervention. Elle était penché au-dessus d'elle, la paume de la main illuminée d'une étrange lueur allant de la tête de la blessée jusqu'à ses pieds. Joël déposa la bassine à côté et jeta un regard plein d'incompréhension vers celui qui se faisait appeler Lozdo.

« Qu'est-ce qu'elle fait ? »

« C'est une fille de Möchlog. Avant de faire quoi que ce soit, elle doit entrer en communion avec la patiente et la Chouette, et décider si son destin est de vivre ou de mourir. »

« P...pardon ? »

Lozdo lui fait signe de se taire, et cinq minutes plus tard, la quinquagénaire se retourna vers le daënar puis secoua la tête, dont le visage ne semblait traduire aucune expression.

« Comment ça non ? Vous croyez sincèrement que j'ai fait toute cette route pour vous entendre dire non alors que vous avez les moyens de la sauver ? »

« Votre ... demi-sœur semble avoir pris une route bien différente de celle que prennent habituellement mes semblables. Les desseins du Divin sont obscures et ... l'ombre d'une hésitation lui traversa le regard, rapidement effacé par son stoïcisme habituel, je dois bien admettre que c'est la toute première fois que la réponse ne m'apparaît pas clairement. »

« Alors cette réponse c'est moi qui vais vous la donner ! Vous allez vous retrousser les manches, vous sortir les doigts du cul et faire ce que vous savez faire : la soigner. Si l'Architecte la veut morte, elle tombera du lit en se réveillant et se tuera sur le coup, mais pour l'heure, elle est encore vivante, donc au boulot ! »

Le couple se concerta, puis revint vers Joël pour lui faire part de leur décision.

« Nous allons la soigner, mais à l'aide d'une médecine traditionnelle, sans magie. Nous ne souhaitons pas offusquer le façonneur de destin en usant de ses pouvoirs. »

« Comme vous voudrez, mais faite vite ! »

~

3 jours plus tard.

Joël entra dans la chambre, faisant preuve d'une délicatesse rare pour ne pas réveiller la jeune femme. L'héritier semblait plus en forme que jamais. Son visage, quoi qu'encore un peu marqué, avait reprit des couleurs après ces deux dernières journées de repos. Il avait put se nourrir et se laver, un luxe que l'hospitalité et l'emprunt subtil de la bourse de la rouquine avait put leur offrir à eux-deux. Leur vêtements étaient propre et, sous la responsabilité de Jahira, Zora avait été changée pour n'être vêtu que d'une simple tunique de lin. Maintenant qu'il avait eu la confirmation qu'elle était hors de danger, le daënar songeait à reprendre la route, mais l'indécision l'habitait tant qu'il n'avait pas eu la preuve qu'elle était en état de se débrouiller toute seule malgré sa convalescence. Son paquetage était prêt, et l'air pensif il contemplait par la fenêtre les flocons qui recouvraient les bâtiments. Derrière lui, l'agitation de la rescapée le tira de sa rêverie.

« C'est pas trop tôt. »


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Zora Viz'Herei
Zora Viz'Herei
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Pas d'bras, pas d'Zora - Page 2 EmptyMar 23 Oct - 19:41
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My'trän -3

Elle ouvre les yeux. La vision qui se substitue aux ténèbres n'a rien de bien claire. Ses paupières se referment une nouvelle fois tandis que ses sourcils se gonflent. Son esprit s'anime à son tour et l'extirpe définitivement du réconfortant néant. La première chose qu'elle remarque, c'est la sécheresse qui sévit dans sa gorge. Mais lorsqu'elle tente de ramener sa main sur son front dans un geste bien naturel quoique inutile, elle se heurte à une résistance imprégnée de douleur. Et elle se rappelle! Le village! Les soldats! La mort promise puis la fuite inespérée! Joël...

Ses souvenirs ont du mal à former un tout cohérent. Mais elle connaît suffisamment le corps humain pour savoir que ce n'est pas un simple mauvais rêve ou la fin de l'histoire. Un coup d'oeil au cataplasme posé sur son bras là où, quelques jours plus tôt, il n'y avait qu'une profonde entaille insultant Möchlog. La personne à son origine s'y connaît, c'est évident. Zora devrait probablement se montrer reconnaissante à l'égard de cet inconnu. Mais la seule chose qu'elle considère à présent, c'est la peur d'amplifier son impureté. Est-ce que la cicatrisation a déjà commencé?

Elle tente de se redresser mais son corps proteste et l'en empêche avec une implacable lucidité. C'est alors qu'une voix résonne dans la petite pièce. Une voix qu'elle rejette peut-être autant qu'elle apprécie. Des intonations qui ont le don d'éveiller son irritation et la part enfantine qui ne pense qu'à s'amuser qu'elle possède encore. Des mots qui charrient une vérité qu'elle ne peut qu'approuver. Oui, ce n'est pas trop tôt... Combien de temps est-elle restée inconsciente, à la merci d'un monde qui se réjouit à l'idée de pouvoir la dévorer?

Elle tourne la tête dans sa direction l'observe sans savoir que dire. C'est un simple soupir qui commence par répondre à cet homme si singulier. Il l'a sauvée! Encore! Pourquoi? Enoch a fait pareil! Les anomalies sont-elles destinées à lui apporter une aide plus conséquente que celle des gens normaux? Elle n'a pas d'alliés. Et pourtant les maudits méritent peut-être ce nom. Un merci se bloque dans sa gorge. Elle le ravale après un instant d'hésitation. Elle suppose que, s'il l'a aidée, c'est simplement dans le but de s'aider lui-même. Considère-t-il toujours qu'elle pourra le sauver? Doit-elle récompenser l'égoïsme par la reconnaissance?

Ses yeux se détournent de ce corps aussi charmant qu'impur et elle s'emploie dès lors à retrouver un semblant de dignité. Les dents serrées, le visage marqué par la douleur persistante, elle atteint néanmoins son objectif. Elle s'autorise alors à sonder son propre corps. Mais elle manque d'énergie pour faire appel à la magie. Elle se sent immédiatement orpheline, privée de la seule véritable amie qu'elle ait jamais eue. Sans se douter une seule seconde que le destin, dans les prochaines semaines, la mettra sur la route d'une soeur spirituelle. Le fait est que pour l'instant il n'y a que l'impuissance. Et sa... faiblesse.

Quelque chose se brise en elle. Son coeur? Non, plutôt sa fierté. Sa gorge se noue et accentue la gêne. Elle sait que Möchlog l'a bénie. Alors pourquoi ne peut-elle changer le monde en son nom? Pourquoi est-il si... insignifiante? Et, surtout, pourquoi a-t-elle constamment besoin de l'aide de ceux qu'elle s'est jurée de purifier? La Chouette souhaite-t-il lui faire comprendre quelque chose? La douleur est-elle une leçon qu'elle doit retenir? Une simple épreuve à traverser pour mériter le droit de servir l'Architecte?
"Pourquoi es-tu encore là?" lui reproche-t-elle sans réellement le remarquer. "Je ne te suis plus d'aucune utilité dans cet état. Et je n'ai jamais été celle qui pourra t'apporter la guérison! C'est pourtant évident, non?"
La voix est rocailleuse, contraste avec la cruelle douceur de son habituel chant. Elle se tourne à présent sur le flanc de manière à présenter son dos à l'anomalie. Une manière de se détourner de cet homme qui l'aura forcée à ressentir quelque chose de dérangeant. Et qui lui insuffle une véritable envie de lui venir en aide. Mais comment le pourrait-elle alors qu'elle n'est même pas capable de prendre soin d'elle?

Son regard vagabonde sur le mur qui lui fait face sans réellement l'observer. Il traduit simplement le fait qu'elle soit éveillée, non une quelconque curiosité. Mais sa vision ne cesse de s'affiner. Et un détail finit par retenir son attention. Une... chouette? Et un texte en ancien my'trän que, malgré sa méconnaissance des anciens, elle connait bien. Parce qu'elle l'a trop vu!
"Où sommes-nous? Combien de temps s'est écoulé?" s'inquiète-t-elle, sourcils froncés. "Parce que tu n'as quand même pas pu être assez stupide pour m'emmener chez des hérétiques, hein? Dis-moi que tu ne l'as pas fait!"
Elle pose la question comme si la réponse était susceptible de changer une vérité qu'elle connaît déjà. La colère l'envahit mais se heurte immédiatement au manque de forces qui l'empêche de l'exprimer. Il lui faut un certain temps pour se retourner. Davantage encore pour accepter l'idée que sa tête soit condamnée à rester ancrée à cet oreiller. Elle a déjà de la peine à se mouvoir dans la chaleur de ce lit. Comment pourrait-elle espérer tenir sur ses jambes sans un précieux apport arcanique?
"J'ai bien peur de ne pas être capable de me lever pour te sauter à la gorge!" regrette-t-elle dans un soupir. " Tu veux bien me faciliter la tâche et aller t'écraser le crâne contre le mur s'il-te-plaît?"
Le sourire qui éclaire un bref instant son visage tend cependant à prouver qu'elle plaisante. En partie, du moins... En voulant la sauver, il l'a probablement condamnée. Elle détourne à nouveau le regard. Et ce simple geste fait resurgir ses craintes: qu'est-ce que les soigneurs vont faire d'elle. Elle doute qu'ils lui permettent de poursuivre sa route. Et si elle se fie au cataplasme qui se sont substitués à la magie, c'est même une évidence. Pourquoi n'ont-ils pas usé de la magie? Tenaient-ils à ce qu'elle souffre? Simplement s'assurer qu'elle ne sera pas apte à se déplacer? Des chaînes auraient été plus simples...
"Ils savent qui je suis, n'est-ce pas?"
Là encore elle ne se fait guère d'espoirs quant à la réponse. Seuls les apprentis utilisent la médecine traditionnelle. Ses plaies, aussi importantes soient-elles, auraient pu être soignées bien plus efficacement par un simple novice. Soit quelque chose ne tourne pas rond dans cet endroit, soit on a simplement refusé de lui accorder cet honneur réservé à tant d'indignes...
"Il faut... Il faut qu'on parte! Tout de suite!" lâche-t-elle. "Donne-moi un coup de main et nous serons quittes! Ces gens vont nous livrer aux autorités! Ils n'ont pas vu ton bras, au moins?"
Et ils poursuivront leur route de leur côté comme pour mieux conclure ce chapitre de leur histoire commune. L'idée ne lui plaît pas sans qu'elle puisse réellement l'expliquer. Ou, plutôt, sans qu'elle ait réellement l'envie de comprendre pourquoi. Elle redoute que la réponse ne lui convienne pas une fois de plus. Elle considérera l'évidence plus tard, lorsqu'elle n'aura plus de prise sur elle.

Elle tend une main encore tremblante dans sa direction pour l'inciter à la saisir. Et, une nouvelle fois, à défier le monde entier...


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Joël Neara
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Le froissement des draps qui enveloppaient la jeune femme extirpèrent le daënar de ses pensées, mais il ne se retourna pas pour autant. A quel regard aurait-il droit ? De la tendresse ? Surement pas. De la reconnaissance ? Encore moins. Des reproches ? Cela ne faisait aucun doute, mais il préférait éviter ce regard-là. Il s'était attaché à cette imbuvable rouquine, et s'il pouvait, par quelconque moyen que ce soit, s'éviter des raisons de la détester encore plus, il le ferait. Parce que plus que de la sauver plusieurs fois, il avait veillé sur elle, l'avait protégé contre ce couple qui avait à plusieurs reprises faillit revenir sur leur décision. Trois jours durant, il s'était tenu là, posté à la fenêtre avec son fusil en main, à l'affut d'éventuels soldats et autres individus qui voudraient leur faire du mal. Il s'était également occupé d'elle, de lui humidifier les lèvres et le visage, de lui changer ses pansements, et même, lorsque l'ennui s'était fait trop présent, de nettoyer son armure. Pour une fois, il avait réussi quelque chose, réussi à faire passer son intérêt après celui d'autrui, et même si avec du recul, c'était son désir de guérison qui l'avait poussé à la suivre, il reconnaissait, trois jours plus tard, que ses raisons étaient désormais bien différentes.

« Pourquoi es-tu encore là ? Je ne te suis plus d'aucune utilité dans cet état. Et je n'ai jamais été celle qui pourra t'apporter la guérison ! C'est pourtant évident, non ? »

Il souri, animé par une réflexion quelque peu cynique. "Parce qu'elle lui été utile avant ?". De toute évidence elle ne lui avait attiré que des problèmes donc dans les faits, son inutilité provisoire le préservait. Mais il garda le silence. L'entendre parler lui faisait du bien, et l'entendre faire cet aveu encore plus. Elle était donc humaine, avec ses faiblesses. Il sentait sa carapace de femme violente et psychopathe s'effriter, pour laisser place à une personnalité qui entrait tout de suite en résonance avec la sienne. Est-ce qu'elle le sauverai ? Non, mais ce n'était plus ce qui l'intéressait désormais. Il fini enfin par se retourner et se rapprocha, s'adossant contre l'un des murs aux pieds du lit. Ce serait mentir que de dire qu'il n'observait pas avec délice la silhouette quasi-nue de la my'trän qui se dessinait sous les draps.

« Où sommes-nous ? Combien de temps s'est écoulé ? Parce que tu n'as quand même pas pu être assez stupide pour m'emmener chez des hérétiques, hein ? Dis-moi que tu ne l'as pas fait ! »

Il lâcha un soupir plein d'ironie en se massant les tempes.

« Raaah, vous posez bien trop de questions mademoiselle. Généralement la première chose que l'on cherche à faire quand on sort d'une sieste de trois jours, c'est boire et bouffer. »

Il la regarda se mouvoir avec beaucoup de difficulté sans jamais lui venir en aide, un demi-sourire dissimulé sous sa barbe qui n'avait cessé de s'épaissir. Il n'y avait aucune moquerie, juste du plaisir à la voir se battre même dans cet état.

« J'ai bien peur de ne pas être capable de me lever pour te sauter à la gorge ! Tu veux bien me faciliter la tâche et aller t'écraser le crâne contre le mur s'il-te-plaît ? »

Ce que madame veut, madame a. Aussi il cogna à trois reprises et sans violence l'arrière de son crâne contre le mur, sans jamais la quitter des yeux tandis que son sourire s'élargissait pour laisser apparaître une expression plus franche. Il s'amusait, et cela se ressentait, mais sa bonne humeur fut doucement balayée par d'autres questions qui vinrent compléter une liste déjà bien trop longue à son goût. Il quitta alors son appui en gémissant comme un vieillard, son dos le faisant souffrir en raison des dernières nuits passées à dormir à même le plancher, refusant d'occuper une autre chambre par crainte que ses hôtes ne viennent achever Zora pendant la nuit. Il vint s'accroupir aux côtés du lit à hauteur du visage de la magicienne et enveloppa la main fébrile dans les siennes.

« Stop. S'ils avaient voulu nous livrer, ils l'auraient déjà fait, alors calme, et concentre-toi sur ta guérison. Plus vite tu seras en état de cavaler, plus vite nous pourrons partir. Mais dans ton état, tu ne feras que rouvrir tes plaies. C'est toi le toubib, tu le sais mieux que moi. »

Il lui lâcha la pogne et attrapa un gobelet qu'il rempli d'une eau pure et cristalline, avant de s'asseoir aux côtés de sa partenaire d'infortune et de l'aider d'une main vigoureuse à se redresser pour quelle puisse boire sans s'étouffer.

« T'es pas passé loin d'y rester ... comme d'habitude j'ai l'impression » ironisa-t-il.

Récupérant le gobelet, il attrapa ensuite une assiette dans laquelle reposait un morceau de pain frais, du fromage et du saucisson qu'il déposa à même le drap. Il ignorait si elle voulait manger, ni même si elle allait accepter qu'il l'aide, mais il eu la "gentillesse" d'essayer, s'adaptant à sa réponse, aussi violente pouvait-elle être.

« Lorsque tu seras en état de tenir sur tes jambes et de te barrer, je reprendrai ma route. Mon voyage promet d'être encore long jusqu'à Tarluru, et j'ai déjà perdu trop de temps. »

Il ne savait pas très bien si c'était le fait de la laisser seule, ou de ne plus vivre ses galères avec quelqu'un, mais cette décision lui coûtait beaucoup plus que ce à quoi il ne s'attendait. Il s'était habitué à sa compagnie, aussi mauvaise soit-elle. Il voulait lui dire, mais les mots ne vinrent pas. Il imaginait déjà toute les remarques méprisante quelle pouvait lui sortir en se montrant aussi serviable, aussi il était hors de question de lui donner plus de grain à moudre en affichant son affection naissante. Il ne dit plus un mot, se contentant d'acquiescer ou non à ses éventuelles questions et, lorsqu'elle eut terminé, il récupéra ce qu'il restait et le rangea un peu plus loin. Puis, comme tout les soirs, il déplaça un meuble pour bloquer la porte, tira les rideaux et installa son matelas de fortune en étalant de manière relativement homogène les quelques vêtements qu'il ne portait pas. Il attrapa également l'une des dagues de la blessée et la posa à côté d'elle.

« Désolé ma grande, mais il se fait tard et je n'ai pas passé ma journée à pioncer, je suis claqué. Il s'installa aussi confortablement que possible et fit dos à la jeune femme, gardant son fusil à portée. Si t'as besoin d'un truc, lance moi une chaussure, je me réveillerai ... peut-être. »

Mais rien de tout cela n'était vrai. Il n'était guère fatigué, et la sachant enfin réveillée, il savait qu'il ne trouverait pas le sommeil aussi facilement. Ses pensées vagabondaient, vers les événements des jours précédents, vers la suite de son périple, sur ses prochaines galères, son régisseur, et Josette.


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Zora Viz'Herei
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Même si ça lui déplaît, elle doit bien reconnaître qu'il a raison lorsqu'il l'encourage à se focaliser sur sa guérison. Elle est néanmoins étonnée par ce "nous" qu'il utilise de manière si naturelle. Et qui ne la dérange peut-être pas autant qu'il le devrait...  Elle observe les mains qu'il a refermées sur les siennes et frissonne malgré elle. De dégoût? Elle n'arrive pas à détacher ses iris ambrées du gant qui, elle le sait, couvre la malédiction infligée par les dieux. Et pourtant elle tente faiblement de conserver sa main ancrée dans les siennes lorsqu'il tente de les retirer. Sans s'en rendre réellement compte, c'est à présent un vague sourire qu'elle lui adresse. Son sens de l'humour la désarme trop aisément. Et alors qu'elle devrait corriger cette erreur, elle se contente simplement de l'apprécier...
"Cesse de me traiter comme une grabataire!" proteste-t-elle lorsqu'il l'aide à se redresser. "Je n'ai pas besoin d'aide!"
Elle ne trompe personne en disant cela. Pas même elle! Mais son ego la pousse pourtant à prononcer ces mots vides de sens. Quand bien même le gémissement de douleur qu'elle pousse tend à ruiner les vagues efforts qu'elle aura consentis à faire au nom de la fierté. En réalité elle apprécie l'aide que cet homme qu'elle a voulu faire souffrir puis tuer lui apporte à présent. Et elle se sent... bête? Honteuse, même! Des sentiments nouveaux qui l'enfoncent quelques instants dans le silence tout en faisant vagabonder son esprit dans ses pensées mal ordonnées.

Elle ferme ensuite les yeux lorsque l'eau fraîche inonde sa gorge sèche. Elle savoure les premières gorgées puis se contente d'engloutir les suivantes, guidée par une soif dévorante. Elle tousse quelques fois puis tourne le regard vers Joël lorsque ce dernier la gratifie d'une remarque qu'elle a peut-être méritée. Il est vrai qu'elle pourrait être plus prudente. Même la bénédiction d'un dieu ne suffit pas toujours à éloigner la mort. Les multiples plaies qui maculent sa peau claire peuvent en témoigner. Et pourtant...
"Tu n'as pas remarqué?" s'amuse-t-elle. "La mort est moi sommes de vieilles amies!"
Ses yeux perd cependant l'éclat dont il tentait de se nimber lorsque l'anomalie lui annonce qu'il attendra qu'elle soit rétablie pour poursuivre la route. De son côté. L'idée lui déplaît, c'est évident. Davantage encore: elle lui fait mal. Zora exprime cette fêlure en se murant à nouveau dans le silence tandis que son sourire disparaît lentement. Elle fait alors un effort pour hocher la tête de haut en bas. Mais son regard éteint est peut-être plus révélateur que l'indifférence qu'elle aimerait tant pouvoir exprimer.

La fanatique l'observe alors déplacer le meuble pour obstruer la porte. A-t-il fait ça chaque nuit? A-t-il dormi sur ce matelas de fortune à même le sol pendant qu'elle retrouvait des forces? A-t-il réellement... veillé sur elle? Depuis quand n'était-ce pas arrivé? Depuis quand n'avait-elle pas compté, même un peu, pour quelqu'un? Le mépris et la haine qui sont désormais ses lots quotidiens lui ont fait oublier ce que l'on pouvait ressentir dans cette situation. Les souvenirs remontent. De même que les larmes qu'elle tente maladroitement de chasser d'un revers de sa main. Comment a-t-il réussi, en l'espace de quelques jours, à la rendre si faible?
"Et je suis sensée passer la nuit à observer le plafond?" proteste-t-elle lorsqu'il lui annonce qu'il va dormir. "J'espère que tu ne ronfles pas, au moins!"
Ses yeux se lèvent brièvement en direction dudit plafond puis sa main se referme mollement sur la poignée de la dague que l'homme aura eu le bon goût de lui laisser. Elle hésite un instant à ramper jusqu'à lui pour le poignarder. Ça réglerait beaucoup de problèmes et elle le sait. Mais la reconnaissance qu'il a su faire naître en elle l'empêche de passer à l'acte. Et puis... aurait-elle seulement les forces nécessaires pour le faire?

À partir de cet instant elle perd la notion du temps tandis qu'elle s'emploie à puiser dans sa magie pour soigner lentement les plaies les plus inquiétantes. Ses pensées sont envahies par Joël. Une anomalies qui lui aura sauvé la vie alors qu'elle ne songeait qu'à l'en délester. Une... personne qui lui auront témoigné davantage de compassion que ses propres compatriotes. L'ironie de la chose ne lui échappe pas, bien au contraire. Et elle en vient à se poser des questions qui frôlent l'hérésie.

Combien d'heures se sont écoulées lorsqu'elle décide finalement de faire ce qu'elle veut faire? Elle accorde la victoire à la petite voix qui s'élève de ce qui lui sert de coeur au détriment de sa raison. Cette dernière proteste mais Zora décide de l'ignorer tandis qu'elle rampe avec difficulté jusqu'au matelas de fortune de son ange gardien. Tout comme elle décide d'ignorer les plaintes de son corps qui la forcent à serrer les dents à et puiser dans ses faibles réserves d'énergie pour parvenir à destination.

Elle se glisse alors entre les bras de l'homme avant de coller son dos contre le torse de l'anomalie. Avec une hésitation née d'une timidité nouvelle mais ô combien agréable. Dort-il encore? Ou peut-être juge-t-il plus prudent de ne rien faire? Elle lui a donné nombre de raisons d'être prudent, après tout... Sa nausée s'amplifiant, elle dégage hors de sa vue et à l'aide d'un bouclier l'arme déposée à côté d'elle
"Si la mort et la vie sont les deux facettes d'une même pièce, alors..." hésite-t-elle. "Alors peut-être que les maudits et les bénis le sont aussi?"
Plus elle y pense et plus cela lui semble cohérent. Mais elle ne saurait dire si elle se cherche des excuses ou si ce questionnement est fondé. Pourquoi Möchlog a-t-il placé cette anomalie sur son chemin? Pour le tuer? Pour lui distiller une leçon? Les intentions de la Chouette sont souvent claires. Et parfois, comme maintenant, bien trop sombres pour être comprises dans toutes leurs complexités.
"Zora..." souffle-t-elle. "Je m'appelle Zora!"
Elle pousse un long soupire et s'autorise à fermer les yeux un bref instant. Un gage de confiance. Une confiance qu'il aura réussi à mériter, elle ne peut le nier. Elle le haïra demain. Aujourd'hui, elle n'en a pas la force...


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Joël Neara
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Toujours éveillé, la chute mal amortie de la my'trän n'échappa pas à la vigilance du daënar, qui pouvait suivre les yeux fermés le parcours de celle qui se trainait jusqu'à lui. Le pari était risqué, car non-contente d'être réveillée, Zora était désormais armée, mais il se refusait de croire qu'elle tenterai de porter atteinte à sa vie, pas maintenant, et pas dans son état. Il pouvait encore lui être utile. Mais elle le contourna, et il su qu'il était hors de danger. La jeune femme vint se blottir contre lui, et il savoura ce contact plus qu'aucun autre. Quand était-ce la dernière fois qu'une femme s'était senti suffisamment en sécurité avec lui pour profiter de ce genre de geste presque innocent ? Une chose était sure : ce n'était plus arrivé depuis qu'il était infesté de magilithe. La rouquine demeurait tout de même sur ses gardes en éloignant le fusil d'eux, c'est tout du moins ce qu'il cru, oubliant que la proximité de la technologie la mettait naturellement mal à l'aise.

« Si la mort et la vie sont les deux facettes d'une même pièce, alors ... Alors peut-être que les maudits et les bénis le sont aussi ? »

Et de quel côté se trouvaient-ils ? Elle était "la mort" pour beaucoup, et lui le serait bientôt. Il était maudit par les dieux, et elle par les siens. Joël ne croyait pas en grand chose si ce n'est le hasard, et il avait la conviction que, bien contre leur gré, lui et cette femme étaient du même côté, du même camp. Leur différences étaient finalement ce qui leur permettaient d'être les mieux placer pour se comprendre, et en de très rares occasions, s'apprécier. Elle l'aida à prendre conscience de tout cela, et ce fut tout à fait spontanément qu'il referma ses bras autour d'elle pour la serrer contre lui, humant le parfum de ses cheveux propres alors qu'après "seulement" quatre jours, elle lui donnait enfin son prénom.

« Je comprends mieux pourquoi il t'a choisi. »

Ses mots ne lui étaient pas vraiment destinés, ou tout du moins, il n'avait pas eu l'intention de les lui murmurer. Mais cela avait été plus fort que lui. Zora lui avait dit qu'elle ne serait pas celle qui lui apporterait la guérison, mais elle l'avait déjà guéri, soigné d'un mal qui le rongeait depuis bien plus longtemps : sa haine des my'träns. Il ne les portait toujours pas dans son cœur, mais depuis la mise à mort de Myssidia, sa mère, le traumatisme qui en avait suivi avait profondément marqué le garçon, qui jusqu'à ce jour n'avait jamais put s'empêcher de considérer les magiciens comme des bêtes sauvages. Et alors que Zora représentait sans doute le mieux l'image qu'il s'était fait des my'träns, son sursaut d'humanité avait fini par permettre à sa profonde blessure de commencer à cicatriser.

« Qu'on soit maudits ou bénis, j'pense qu'on sera tout les deux d'accord sur le fait qu'on se pèle le cul. »

Se contorsionnant du mieux qu'il put pour attraper le morceau de drap qui trainait par terre, il recouvrit sa partenaire et lui-même et réaffirma son envie d'être près d'elle en reprenant sa position initiale tout en glissant sa main "pure" dans la sienne. Pour autant, son désir fut plus fort que sa raison et il l'invita d'un geste à lui faire face avant de l'embrasser. Celui-ci ne fut pas volé comme le précédent. Le contact de ses lèvres sur les lippes brulantes de la magicienne lui firent comprendre qu'il avait attendu ce moment depuis bien plus longtemps qu'il ne le croyait. Il la laisserait le repousser, car il n'imaginait pas que cela se passe autrement. Zora était un animal impossible à dompter, qui n'offrait que ce qu'elle acceptait d'offrir. On pouvait bien réussir à lui prendre deux trois choses ici et là, mais il ne fallait guère longtemps avant qu'elle redevienne maîtresse de la situation. Heureusement, ou pas, Joël manquait de politesse, aussi il préférait se servir plutôt que d'être servi. Avait-elle laissé la dague sur le lit ? Il était de toute façon bien trop tard pour se poser cette question. S'il n'était pas mort ce soir, il ne la verrait sans doute plus jamais d'ici le lendemain voire le surlendemain, et cette pensée fugace mais pourtant bien réaliste lui arracha un frisson, qui n'eut d'autres effets que de rendre ce baiser plus passionnel.


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Zora Viz'Herei
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Il referme ses bras autours d'elle. Elle frissonne. De satisfaction, certes. Mais également de peur. Le souvenir du barbu d'Aildor fuse dans son esprit et tente de l'arracher à cet instant agréable. Zora fait de son mieux pour le repousser dans les tréfonds de sa mémoire tandis qu'elle enveloppe de sa main celle, plus imposante, de Joël. Il comprend mieux pourquoi Möchlog l'a choisie? Elle ne l'a jamais réellement su, elle. Elle n'était qu'une gamine parmi tant d'autres. Avait-elle quelque chose de spécial? Était-elle simplement à sa disposition lorsque le dieu avait besoin d'un instrument pour équilibrer le monde?

Elle gratifie l'anomalie d'une légère caresse du pouce sur la paume de sa main saine et savoure le souffle chaud qui caresse sa nuque en lui arrachant des frissons. La rouquine sait qu'elle a encore l'occasion de fuir et de déjouer l'hérésie qu'elle s'apprête à commettre. Et pourtant elle n'arrive pas à considérer l'entrelacement de leurs corps comme une faute. Se complaît-elle dans le pêché? Son regard ambré se pose sur l'une des chouettes gravées dans les murs de leur chambre. Désapprouve-t-Il? Si c'est le cas, pourquoi la laisse-t-Il commettre cette erreur?

Un rire cristallin quitte alors ses lèvres lorsque celui qui était encore un ennemi quelques jours plus tôt exprime ses pensées. Oui, il fait froid! Et pourtant elle pourrait se satisfaire de la chaleur de ce corps collé contre le sien. Elle apprécie néanmoins cette couche supplémentaire, protectrice, qui semble marquer la séparation entre le duo et le reste du monde. Sa poitrine se gonfle tandis qu'elle prend une longue inspiration qui réveille la douleur qui a imprégné sa chair. Ses dents se serrent pour mieux la canaliser. Ne devrait-elle pas se réjouir de la souffrance? N'est-ce pas le prix que la vie exige pour perdurer dans le réceptacle de chair qui accueille son âme?
"Tu comptes affronter l'hiver khurmis alors que tes pauvres fesses sont incapables d'appréhender les courants d'air d'une demeure chauffée?" s'amuse-t-elle. "J'en connais un qui va finir en glaçon..."
Elle ne saurait dire si elle doit s'en réjouir ou au contraire craindre le courage de cet homme. Devrait-elle le laisser s'aventurer seul dans un Khoral? Doit-elle le livrer à son destin? Peut-elle seulement l'empêcher d'apposer les griffes glaciales de la mort sur la chair de Joël? Elle connait la réponse. Et demain lui fait peur. Peut-elle seulement s'abandonner à ce fugace instant? À cette belle erreur? Elle qui a toujours eu les pensées orientées vers le futur et non le présent?

Il prend d'assaut ses lèvres et les doutes s'envolent au moment où leurs souffles se mêlent. Son regard s'éteint lorsque ses paupières se ferment. Elle savoure l'instant. Une seconde, peut-être deux. Puis elle brise l'étreinte avant d'observer l'étranger comme si elle le voyait pour la première fois. Ses doigts effleurent sa joue pour mieux se l'approprier. Et ses yeux trahissent à présent un étrange mélange de peur et de désir. La vie ne se résume-t-elle qu'à un éternel combat entre les instincts et la raison? Lequel de ces deux guides doit l'emporter? Doit-il seulement y avoir un vainqueur?
"Tu es dangereux, Joël Neara!" souffle-t-elle. "Beaucoup trop dangereux..."
Il incarne l'impureté. Un danger pour le monde, bien sûr. Mais également pour My'trä! Prendrait-il les armes contre les Enfants des Architectes si son Primo-Gharyn - ou peu importe le nom que les dirigeants de l'Est se donnent - le lui ordonnait? Ferait-il davantage couler le sang des siens? Pourtant, pour la fanatique, le monde peut bien brûler. Il le doit pour être sauvé. Car davantage que le menace qu'il incarne pour la terre des dieux ou les mages qui la peuplent, c'est avant tout le danger qu'il représente pour elle qui l'inquiète. Pourquoi faut-il que sa faiblesse se soit incarnée en ce daënar?
"Mais je crois que j'aime bien cette idée!"
Et tandis que son rationalisme lui ordonne de saisir la dague pour transpercer le coeur de cet homme, elle se rend compte qu'il se fraie peu à peu un passage vers le sien. Ses lèvres se joignent à nouveau à celle de l'homme tandis qu'elle tente de se redresser pour venir se caler sur lui. Une douleur fulgurante l'en empêche et l'ancre sur le matelas. La disciple de Möchlog serre à nouveau les dents puis lâche un soupire de frustration. Un jour ou l'autre, elle obtiendra sa vengeance sur ces villageois qui lui ont infligés les stigmates de la honte. Ou peut-être devrait-elle les remercier pour les instants qu'ils lui permettent de vivre à l'abris des bras de Joël? Tout est si flou...
"Je... hum... désolée!" balbutie-t-elle. "Möchlog a libéré mon âme mais Orshin, lui, continue de m'imposer certaines limites. Je suis encore un peu... faible!"
Elle détourne le regard tout en se haïssant de prononcer ces mots qui n'étaient guère nécessaire. Son corps exprime ce que ses mots auraient dû démentir. Et elle maudit l'Araignée de la priver ainsi d'un moment bien trop rare et précieux pour être galvaudé. La rouquine reprend difficilement place dans l'écrin incarné par les bras du daënar. Elle embrasse sa main valide avant de la serrer contre sa poitrine et l'observer de longues secondes. À quoi sert le désir si on ne peut l'exprimer. Joël se satisfera d'elle? Du peu de choses qu'elle peut lui offrir en cet instant et de la mort vers laquelle elle le mènera inévitablement?


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Joël Neara
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Les mots de la magicienne trahissaient l'affection qu'elle, comme lui, s'évertuait à dissimuler. Comment une personne aussi différente, et parfois détestable, pouvait prendre autant d'importance ? Il ne se l'expliquait pas et, dans le fond, ne souhaitait pas en connaître la raison. Ces moments étaient précieux, pour n'importe qui, mais d'autant plus pour Joël qui savait que ses jours étaient comptés, aussi il laissa son cœur mettre en veille son esprit logique pour laisser s'éveiller une partie de lui qui s'était endormi il y a bien longtemps. Chaque mots, chaque seconde étaient une caresse qu'il savourait de tout son être. Que l'on ne s'y méprenne pas, le daënar n'était pas un romantique. Il se considérait plutôt comme un "opportuniste" blasé à la vie trop merdique pour ne pas s'abandonner à des plaisirs et des gestes aussi simple que seule l'affection d'une personne pouvait apporter.

« Tu es dangereux, Joël Neara ! Beaucoup trop dangereux ... Mais je crois que j'aime bien cette idée ! »

« Je me disais bien que l'on avait au moins un point en commun. » s'amusa-t-il en affichant un large sourire enfantin.

Le nouveau contact de leur lèvres fini par venir à bout des dernières défenses du trentenaire, dont l'esprit pragmatique s'étiolait de secondes en secondes, laissant le souffle brûlant de sa partenaire en emporter les bribes bien loin de leur cocon improvisé. Sa main valide se fraya un chemin jusque sur les hanches de Zora, qu'il ramena contre lui pour retrouver une proximité qui semblait s'être arrêté depuis trop longtemps. Mais ce fut peine perdue, le contact de l'épais bandage qui siégeait sous la fine tunique de la my'trän contre sa main le ramenant à la dure réalité : elle était blessée, hors de danger certes, mais toujours dans une convalescence dont elle ne pouvait se soustraire, pas après si peu de temps, pas même grâce à sa magie. Et il n'était pas le seul à vouloir se battre contre ce dur état de fait. La belle aux cheveux de feu s'essaya aussi en voulant prendre l'ascendant, mais il y avait des maux du corps que même l'esprit le plus combatif ne pouvait affronter. L'aveu de la fanatique en était une belle preuve.

Et il ne s'en offusqua pas le moins du monde. Comment le pouvait-il, alors que lui même avait dut resté alité plus de trois semaines après le crash de son aéronef. Il la laissa guider sa pogne vers son organe le plus précieux, et lui offrit en retour un baiser sur le front en signe de compréhension.


« Je t'ai frappé, laissé affronter tout une bande de connard seule avant de revenir et te déboiter l'épaule. Je suis touché que tu sois désolée mais, ça me semble plus approprié que ce soit moi qui te doive des excuses. Sauf pour la beigne, ça c'était mérité. »

Une conclusion pour laquelle il exprimait tout de même certains regrets, sa main ayant quitté la chaleur de la poitrine de Zora pour venir gratifier sa joue d'une tendre caresse, réordonnant au passage quelques mèches de cheveux rebelles.

« Zora ... une pointe d'hésitation naquit dans le timbre sa voix, rapidement balayée par le regard enivrant de la my'trän. Viens avec moi jusqu'à Tarluru. Je n'ai pas confiance en ces gens, comme je n'ai pas confiance en ta capacité à te préserver et vivre paisiblement le temps que tu récupères de tes blessures. Et accessoirement, j'ai besoin d'un guide pour ne pas me perdre dans les forêts à l'Ouest. »

Il se laissa glisser sur le dos et invita la magicienne à venir se blottir contre lui. Son regard se perdit alors sur les poutres qui ornaient le plafond de leur chambre, partiellement illuminée par la lumière des étoiles qui parvenait à percer les rideaux. Le silence qui s'en suivit ne fit mettre qu'en exèrgue la présence des bruits environnants. De la chambre voisine s'échappait des ronflements aux sonorités improbable, tandis que d'une chambre plus loin leur parvenait les grincements réguliers d'un lit et les gémissements d'une demoiselle qui semblait s'adonner aux plaisirs de la chair.

Le bras qui accueillait sa partenaire, bien que légèrement engourdi, ne l'empêchait guère de jouer avec ses cheveux, les entortillant machinalement autour de ses doigts avec de les laisser glisser pour réitérer l'opération. Son esprit vagabondait, tantôt sur la tournure que s'apprétait à prendre son périple, tantôt sur des choses bien plus crue tel que le contact du corps presque nu de Zora contre lui, avant de repartir dans des réflexions qui le poussaient systématiquement à peser le pour et le contre. La vision de son Régisseur s'offrit soudain à lui, sans véritables raisons, et lui glaça le sang. Ses paupières se fermèrent et il se focalisa sur cette peur viscérale qui lui donnait pourtant de précieuses informations. C'était infime, mais il le savait plus proche que la veille. Son petit tour de passe-passe avec l'assassin de Zora n'était visiblement pas passé inaperçu.


« Et je ... je ne peux de toute façon pas rester trop longtemps au même endroit. Il arrive. Ce n'est qu'une question de jour. »

Son rythme cardiaque s'était accéléré, et l'hypothèse de réussir à survivre à une nouvelle rencontre lui semblait hautement improbable.


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Zora Viz'Herei
Zora Viz'Herei
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Pas d'bras, pas d'Zora - Page 2 EmptyMar 8 Jan - 23:57
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My'trän -3

Elle l'écoute avec un sourire quelque peu absent lui expliquer qu'elle ne doit guère s'excuser et même reconnaître qu'il est parfaitement en tort. Pourquoi faut-il qu'il ranime des souvenirs que la douleur et l'inconscience avaient quelque peu enfouis dans les méandres de la mémoire de la rouquine? Zora fronce les sourcils tandis qu'elle prend conscience que son ego n'a pas encore digéré la façon dont l'homme l'a traitée. Son regard se pose sur la carotide offerte de l'anomalie tandis qu'elle songe qu'un simple coup de dents pourrait probablement lui infliger une blessure mortelle. L'idée est tentante mais peut-être davantage dérangeante encore. La fanatique ferme alors les yeux comme pour mieux s'aider à refouler ces pulsions qu'elle sait pourtant légitimes. Ou peut-être pour savourer davantage encore la caresse qui effleure à présent sa joue?
"Rappelle-moi de te flanquer une bonne correction quand je serai en état de le faire, tu veux?" souffle-t-elle sur un ton laissant présager une forme de plaisanterie. "Parce que j'imagine que tu ne te mutilerais pas tout seul si je te le demandais, hein?"
Elle relève pourtant le regard de manière à le plonger dans celui de l'homme qui partage à présent sa couche. À moins que ce ne soit l'inverse? Elle cale avec difficulté sa paume en appui de sa tête tandis qu'elle se demande l'influence qu'elle pourrait avoir sur lui. Se sacrifierait-il pour elle? Serait-il prêt à l'épauler malgré la folie dont il semble l'affubler de temps à autre? Jusqu'où serait-il prêt à aller pour elle? N'est-elle qu'une vague distraction à ses yeux ou le véritable sens de son existence? Elle obtient un début de réponse lorsqu'il lui demande de l'accompagner à Tarluru. Son sourire est étouffé par l'épaule de l'homme qui lui sert à présent d'oreiller on ne peut plus agréable. Pensait-il qu'elle allait le laisser s'en aller comme ça? Après tout il reste un ennemi de My'trä...
"Laisse-moi réfléchir..." glisse-t-elle, faisant mine d'étudier une question dont elle a déjà la réponse. "Tu veux que j'accompagne un infidèle doublé d'une anomalie sur le territoire le plus hostile de My'trä? Si ce n'est pas le Khoral ou ta bêtise qui nous tuent, ce seront à coup sûr les khurmis qui auront ta peau... En d'autres termes tu comptes sur moi pour t'empêcher de te suicider, donc!"
Elle lui décoche un regard entendu et empli d'une douce malice. Et pourtant elle ne peut s'empêcher de lutter contre la décision imposée par son coeur et réfutée par son pragmatisme. Elle ne prend pas la bonne décision et elle le sait. Mais comment faire autrement? Elle n'a que rarement suivi ses propres envies, y substituant les désirs de Möchlog. Peut-être que le dieu souhaite simplement lui offrir un peu de répit. En guise de récompense? Mais dans le fond n'est-elle pas simplement en train d'interpréter la volonté divine en fonction de ses propres intérêts. Elle ne peut en être sûre. Et c'est ce qui justifie à présent le silence qui s'accroche obstinément à ses lèvres.
"Qu'est-ce qu'on attend, hein?" soupire-t-elle. "Je ne suis certainement pas la guide la plus adaptée pour un tel voyage cela dit! Je n'ai que rarement arpenté Khurmag mais je suppose que trouver Tarluru ne sera pas bien compliqué avec l'aide de Möchlog! Et puis là-bas aussi il y a des gens qui ont besoin de mon aide..."
Sans réellement le dire, elle vient donc d'accéder à la requête du noiraud. Zora enfouit à nouveau sa tête dans le creux du cou de l'homme tout en tentant de faire abstraction des douleurs que sa faiblesse momentanée l'empêche de dissiper. Souffrir ne lui a jamais fait peur. Au contraire... N'est-ce pas la meilleure façon de se sentir vivante? Il y a un prix à payer pour avoir le privilège de servir la Blanche Chouette. Et il se résume principalement au sang, aux larmes et à la souffrance....

La rouquine finit par tomber dans une forme d'inconscience amplifiée par la chaleur réconfortante de ce corps qui l'étreint. Elle replie une jambe sur la cuisse de l'anomalie tout en faisant de son mieux pour ne pas subir de plein fouet le contact des cristaux contre sa chaire pure. Il représente la mort et la malédiction. Elle, la vie et la bénédiction de Möchlog accordée aux autres mortels d'Irydaë. Leur union semble presque tomber sous le sens. Alors pourquoi cette voix continue de lui crier des avertissements depuis les tréfonds de sa conscience? Pourquoi a-t-elle malgré tout l'impression d'emprunter une route qu'elle n'est pas sensée suivre? Et pourquoi s'en fout-elle?

Elle est tirée de ses considérations par la voix de son amant d'un soir ou d'une vie. Les doigts de sa main gauche se crispent sur le torse puissant de l'étranger. Oui, le Régisseur. Elle l'avait presque oublié. Une grave erreur s'il en est. Tôt ou tard, elle le sait, il rattrapera Joël. Et elle, elle ne sait guère ce qu'elle sera en mesure de faire. Estimer que Möchlog encourage cette "alliance" est une chose. Mais se mesurer à un autre envoyé des dieux relève de l'hérésie. Et pourtant serait-elle capable de voir cet homme mourir? Pourrait-elle rester interdite, simple spectatrice de la justice divine? A-t-elle seulement le choix? Car si Joël aura réussi à s'immiscer dans ce qui lui sert de coeur, la majeure partie de ce dernier est entièrement consacré à Möchlog. C'est une évidence qu'elle ne peut nier et qu'elle affectionne d'ailleurs tout particulièrement.
"Peut-être que je pourrais tenter de parler avec lui..." propose-t-elle. "Tu ne peux pas passer ta vie à fuir, non? Et puis je suis aussi une envoyée des dieux. Le régisseur m'écoutera, j'en suis certaine!"
Du moins aimerait-elle l'être... Elle ne se fait pourtant guère d'illusions. Elle n'a pas le niveau pour affronter l'un de ces immortels. Pas encore, du moins. Le temps joue en sa faveur. Et si Joël parvient à survivre jusque-là, elle sera alors en mesure de le protéger. Une idée qui la fait à nouveau frissonner tant elle semble incongrue.
"Et s'il refuse de se soumettre à l'autorité dont m'a dotée Möchlog..." ajoute-t-elle en haussant vaguement ses épaules douloureuses. "Ne suis-je pas la future impératrice? La seule dépositaire de la volonté de la divine Chouette? Si ce Régisseur refuse de s'incliner, et bien... je l'y forcerai!"
Son regard se teinte à nouveau d'une folie malsaine et, forcément, parfaitement irrationnelle. Elle a besoin de s'accrocher à cette idée. Tout simplement parce qu'elle ne peut envisager que Möchlog aille en retour contre la volonté de celle qui incarne la sienne. Cela n'aurait aucun sens, non? Tout comme un serpent s'obstinant à vouloir ingérer sa queue. Toujours est-il que le sujet laisse planer une ombre bien désagréable dans cette petite pièce chaleureuse.
"Maintenant je reconnais que les choses seraient plus aisées si tu ouvrais les yeux et acceptais la toute puissance des dieux. Ce sont eux qui t'ont maudit! Et ce sont les seuls capables de réellement t'aider. Vénère-les! Et peut-être qu'ils t'accorderont leur grâce..."
Même si, une nouvelle fois, elle en doute. Elle fait un effort conséquent pour se redresser à nouveau et venir s'allonger sur l'homme, joignant ses doigts au centre de son torse comme pour mieux considérer le visage qui incarne un véritable régal pour les yeux.
"N'est-ce pas un petit prix à payer pour avoir la chance d'arpenter le monde à mes côtés?"
Un splendide sourire s'installe sur les lèvres de la rouquine. Ces dernières ne tardent d'ailleurs pas à se déposer une nouvelle fois sur celles de l'étranger comme pour l'encourager davantage encore à opter pour la raison...


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Joël Neara
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Pas d'bras, pas d'Zora - Page 2 EmptyJeu 14 Fév - 12:14
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Daënar +2 ~ Alexandria (homme)
Au-delà du désir évident qu'il ressentait de continuer son voyage en sa compagnie, Joël savait également quelle pouvait représenter une alliée de taille grâce à sa magie. Elle avait déjà eu l'occasion de lui en faire une petite démonstration en le sauvant d'un coup de hache bien placé, et si les khurmis étaient aussi ... patriotes comme elle le laissait entendre, alors elle serait un élément indispensable à sa survie. Ceci dit, Zagash lui avait donné un avant-goût bien prononcé de ce que pouvait être le patriotisme my'träns, aussi il préférait relativiser celui des prochains magiciens qu'il rencontrerait. Il restait le problème du Khoral ... qui n'en était de toute façon pas vraiment un. Son Régisseur approchait à grands pas, et s'aventurer au Nord ou à l'Est reviendrai à potentiellement se rapprocher de lui. Khurmag représentait son seul échappatoire.

« Peut-être que je pourrais tenter de parler avec lui ... Tu ne peux pas passer ta vie à fuir, non ? Et puis je suis aussi une envoyée des dieux. Le régisseur m'écoutera, j'en suis certaine ! »

Le daënar retint une remarque sarcastique venue du fond de sa conscience. "On ne discute pas avec ces gens-là", voilà ce qu'il avait voulu lui répondre, mais en réalité ... il n'en savait rien. Il n'avait jamais réellement eu "d'entrevues" avec son Régisseur, seulement son Gardien, qui lui par contre l'avait attaqué sans aucune forme d'introduction. Mais peut-être était-ce une solution ? Survivre au Gardien pour se rapprocher de son Régisseur et ... discuter ? Le convaincre de son droit d'exister ? Non, cela ressemblait de trop près à un conte pour enfant, et de toute évidence la peur que lui inspirait cet individu le pousserai irrémédiablement à montrer les crocs.
Mais Zora pouvait effectivement avoir un rôle à jouer. Il le sait car il en a déjà vécu l'expérience : Les Régisseurs et leurs Gardiens ne s'en prennent pas aux innocents et aux autres Anomalies. Il lui serait plus aisé pour elle de s'en approcher, mais comment pour qu'elle ait une chance de le reconnaître, il faudrait que Joël soit dans les environs. Était-il prêt à prendre ce risque ? A cet instant précis, absolument pas.

Il restait alors ce dernier inconnu dans cette équation tortueuse : Zora était-elle réellement une élue de Möchlog ? Était-elle réellement destinée à mener une vie hors du commun, à développer une puissance phénoménale ? Et avant toute chose, les Architectes avaient-ils vraiment des "élus" ? Car si la belle aux cheveux de feu en était une, alors elle ne devait être qu'une "apprentie", car il lui faudrait plus qu'un bouclier à paillette pour espérer venir à bout du duo mortel.


« Maintenant je reconnais que les choses seraient plus aisées si tu ouvrais les yeux et acceptais la toute puissance des dieux. Ce sont eux qui t'ont maudit ! Et ce sont les seuls capables de réellement t'aider. Vénère-les ! Et peut-être qu'ils t'accorderont leur grâce... »

Ses doigts se figèrent, laissant retomber paresseusement les mèches de cheveux qu'il venait d'entortiller. Le noiraud commençait à peine à "plus ou moins" accepter les my'träns, leur façon de vivre et leur façon de penser, mais respecter un croyant ne revient pas à respecter l'entité en laquelle il croit, et jamais Joël ne serait prêt à accorder sa foi des dieux suffisamment cruels pour persécuter des Hommes qui n'ont rien demandé d'autre que de vivre paisiblement. Les Architectes étaient à l'origine de toute les discordes qui ont ravagées le monde. Les rivalités entre les clans, les rivalités entre les nations, tout cela à cause de leur stupide magilithe. Daënastre aussi avait son lot de problèmes, mais ne relevaient que de la nature humaine, et rien d'autre.
Attendait-elle une réponse de sa part ? Ironisait-elle en sachant pertinemment qu'il n'accepterait jamais de se tourner vers la magie ? Quel qu'en soit le but, sa réponse ne lui conviendrait pas mais pourtant, il n'avait plus vraiment le cœur à lui mentir de nouveau. Il fut interrompu dans sa réflexion en l'accueillant malgré lui sur sa personne, savourant allégrement le privilège de ce contact, et elle eu même l'audace de réussir à le faire sourire, sincèrement.


« Ne plus être persécuté par mon Régisseur ... parvint-il à glisser entre deux baisers. Et t'accompagner pour être poursuivi par des chasseurs de primes ... C'est dommage qu'il n'y ai pas une troisième option où notre mort potentielle n'entre pas en ligne de compte. »

Spontanément, sa main s'aventura sur les cuisses de la rouquine, relevant lentement sa tunique, seule protection à sa pudeur.

« Il y a bien des parjures que je suis prêt à commettre ... mais croire en tes dieux, c'est peut-être encore un peu tôt ... »

Comme si cette absence de foi lui donnait une raison supplémentaire de ne pas s'adonner aux plaisirs de la chair, il se ravisa une nouvelle fois, et préféra simplement refermer ses bras sur son "amante".

« Nous ... nous devrions nous reposer. Si t'as l'énergie pour essayer de m'amadouer, dit-il sur le ton de la plaisanterie, c'est que tu auras assez d'énergie pour reprendre la route. Nous repartirons demain matin, aux premières lueurs de l'aube, alors sois prête. Si tu traînes, je te laisse sur le bord de la route je te préviens ! »

Il lâcha un profond soupir d'apaisement, l'embrassa une dernière fois, avant de se laisser sombrer dans un sommeil court mais réparateur.

~

Le lendemain matin.

Le soleil n'était pas encore levé lorsque le daënar rouvrit les yeux. Volontairement ou non, la magicienne avait quitté son "doux" matelas pour venir se blottir dans le creux de son épaule, et ce fut non sans difficultés qu'il parvint à s'extraire sans la réveiller. Son épuisement avait sans doute eu raison de sa vigilance habituelle, mais déjà son visage arborait une meilleure mine. Cela lui faisait du mal de l'admettre, mais les dons de la Chouette avaient un réel côté pratique. Son regard vagabonda quelques secondes sur le corps de la jeune femme, qui dévoilait sans doute contre son gré des parties plus ou moins intimes de son anatomie, puis se rappela à l'ordre. Ce n'était pas le moment de se laisser tenter une nouvelle fois.
Il se rhabilla et commença à rassembler leurs affaires, faisant craquer malgré lui certaines lattes du plancher. Une fois leur paquetage de fait, il ne leur manquait plus qu'une seule chose : de l'eau et des vivres pour le voyage. Il aurait bien voulu en demander à leurs hôtes, mais il ignorait encore tout de leurs intentions. Les laisseraient-ils partir ? Il ne souhaitait pas prendre le risque de connaître la réponse, aussi entreprit-il de voler ce dont il avait besoin. Par chance, la quasi-totalité de l'établissement dormait encore, à l'exception de Jahira, qui s'affairait en cuisine. Perdue dans ses pensées, et s'affairant avec une précision chirurgicale dans sa tâche, elle ne remarqua pas un seul instant le daënar "infiltré", qui volait ici et là du saucisson, du pain, du fromage, et plusieurs gourdes en peau souples.

En remontant dans ses appartements, la my'trän s'éveillait tout doucement.


« On part dans cinq minutes, habille-toi et passe-toi un coup de flotte sur le visage, tu risques de faire peur au cheval si tu l'approche avec une tête pareille. »


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Zora Viz'Herei
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Pas d'bras, pas d'Zora - Page 2 EmptyJeu 14 Fév - 15:37
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La rouquine sait bien qu'elle devrait corriger les propos de l'anomalie ou, en tout cas, les nuancer. Peut-être devrait-elle également lui rappeler que sans lui, elle n'aurait pas été obligée de se mettre un village de plus à dos? Que tout ceci est de sa faute? Mais comment l'accuser lui sans remettre en doute les décisions de Möchlog? Le hasard n'existe pas. Il n'y a que le destin. Doit-elle lui en vouloir parce qu'il s'est contenté d’œuvrer selon les souhaits de la Chouette? Ou encore que l'idée du choix n'est qu'une illusion inventée par les daënars pour crédibiliser leur défiance envers les dieux? Si elle est en avait la force, elle aurait probablement réagit différemment.

Mais sa tête est lourde et ses pensées, chargées. Elle ne peut pas se battre contre sa condition et l'ignorance de Joël en même temps. Certains combats sont peut-être perdus d'avance, après tout... Alors la fanatique rétorque en haussant brièvement les yeux en direction des cieux masqués par la mansarde. Une manière comme une autre de lui faire comprendre qu'il ne sait rien. Puis elle écarquille subrepticement son regard lorsqu'une main quelque peu curieuse remonte le long de sa cuisse. Le visage de Pedro se substitue un instant à celui de l'anomalie. Un instant bien trop long à son goût...

Elle se raidit avant de se forcer au calme. Elle ne laissera pas le pirate la priver des plaisirs qu'elle aura décidé de s'approprier. Le pirate ne lui prendra pas plus que ce qu'il lui a déjà pris! Et comme pour sceller cette promesse qu'elle se fait à elle-même, la disciple de Möchlog s'abandonne à la caresse frivole de cette main épargnée par la malédiction des dieux. La caresse devient étreinte lorsque les bras de l'homme l'enveloppent avec une retenue que certains pourraient qualifier d'exemplaire.

Le regret se mêle à l'approbation. Oui, il y a un temps pour tout. Et le contact de la pierre inerte contre sa chair lui rappelle que certains plaisirs devraient être défendus. Elle ne peut toutefois s'empêcher d'afficher un petit air agacé. Question de principe. Et l'expression de son visage se mue peu à peu en frustration lorsqu'il ose fixer les conditions de leur départ, allant même jusqu'à sous-entendre qu'elle pourrait représenter un poids. L'un de ses sourcils s'élève comme pour marquer son scepticisme. Il n'est pas sérieux, là! Si?  
"Hey! Tu... dors?"
Comment fait-il pour s'endormir avec une telle facilité? Elle écarte son visage de celui de l'anomalie et se concentre sur le souffle qui glisse à présent le long de ses joues. Comment ose-t-il? Son poing se serre avec une force bien relative considérant son état de faiblesse. Mais l'envie de l'écraser sur son nez, elle, est bien réelle. Elle devrait peut-être se sentir honorée d'avoir la preuve qu'il a bel et bien veillé sur elle au détriment de son propre repos. Mais c'est à nouveau la frustration qui s'exprime dans les pensées chamboulées de la fanatique.
"Non mais je rêve..."
Elle aurait d'ailleurs pu réellement le croire si seulement son corps lui octroyait l'opportunité d'oublier la souffrance qui la ronge avec une insolente régularité. Un soupir vient achever d'exprimer ses pensées tandis qu'elle tente de se dégager de l'étreinte de ses puissants bras. Un autre lui succède lorsqu'elle prend conscience que ce simple geste lui demandera plus d'efforts que ceux qu'elle est capable de fournir en cet instant.
"Enfoirée d'anomalie!"
À défaut de pouvoir s'extraire de l'écrin de cette prison de chair, la rouquine se contente de dégager sans grande délicatesse le bras que les dieux ont choisi de marquer. Mais le fait est qu'elle ne tarde pas non plus avant de s'enfoncer dans un sommeil réparateur et quelque peu agité. Tout au plus a-t-elle le temps de s'assurer d'un regard que le meuble empêche toujours l'accès à la chambre.
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Lorsque Khugatsaa lui octroie enfin le droit de quitter son royaume, Zora ouvre lentement les yeux. Ses iris ambrées vagabondent de longues secondes sur les murs de la pièce puis elle se redresse vivement lorsque ses pensées finissent par s'ordonner convenablement et que le Gryffon Blanc relâche entièrement son étreinte. La douleur qui resurgit alors semble lui reprocher sa témérité. La crainte s'y substitue lorsqu'elle remarque l'absence de son camarade d'infortune.

Un vague rire désabusé s'extirpe de ses lèvres tandis qu'elle se demande pourquoi elle s'est laissée aller à imaginer qu'il puisse réellement voyager en sa compagnie. Mais peut-être est-ce mieux ainsi? Les adieux n'ont jamais été son fort et il lui a épargné un difficile dilemme. La disciple de Möchlog trouve un certain réconfort dans l'idée qu'elle n'a pas besoin de lui ou de quiconque pour gravir les échelons du pouvoir et sauver My'trä. Il n'aura été qu'une distraction. Une distraction agréable...

Elle appose sa main sur l'une de ses plaies grossièrement refermées et invoque sa magie. Un halo doré bien plus convaincant que celui de la veille enveloppe sa chair. Cette dernière semble s'animer pour répondre docilement aux attentes de sa propriétaire. Un sourire de satisfaction morne s'installe sur ses lèvres. Tout ceci ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Tout comme les instants passés en compagnie de l'anomalie. Le temps n'infléchit pas sa course pour les considérations propre aux mortels, elle le sait. Et elle n'entend pas laisser cet homme l'écarter de son but. Peu importent les sentiments qu'elle peut avoir sur le sujet!

Des bruits de pas se rapprochent. La servante de la Chouette cherche naturellement son arme du regard. Cette dernière est trop loin. Et à défaut de pouvoir jouer la carte de la violence, elle abat celle de la ruse. Elle s'allonge à nouveau comme pour pour laisser croire à des visiteurs qu'elle imagine déjà hostiles qu'elle ne s'est pas encore extirpée de ses songes. Mais la voix qui ne tarde pas à réchauffer l'atmosphère de la chambre lui indique que c'est une précaution inutile.
"Même pas un bonjour?"
C'est ainsi qu'elle répond aux ordres nimbés d'insolence de l'anomalie. Il faut croire qu'une bonne nuit de sommeil ne l'a pas rendu plus aimable. Mais Zora cherche avant tout à masquer la satisfaction derrière l'ironie. Elle préfère largement sa présence à celle de ses adversaires. La rouquine fait alors signe à l'homme de se retourner pour lui refuser la satisfaction d'observer un corps nu, certes, mais surtout encore marqué par les épreuves récentes. Son regard ne ferait qu'accentuer une honte bien trop persistante...
"Tu n'as pas chômé à ce que je vois! Ravie de voir que tu accordes plus d'attention à ton estomac que d'entrain à satisfaire les att..." glisse-t-elle avant de se raviser. "Laisse tomber, va!"
Elle cache sa gêne en se retournant à son tour pour enfiler ses vêtements avec une difficulté évidente. Les premiers pas sont compliqués mais les suivants se font plus aisés. La rouquine ne laisse désormais plus à son corps l'opportunité de la distraire, résorbant ses plaintes à grand renfort de magie. Elle ajuste les sangles de son armure de cuir malmenée avant de glisser ses mains dans l'eau fraîche pour se débarbouiller le visage. Puis elle observe un instant son reflet d'un regard que l'on accorde d'ordinaire aux étrangers.
"Puisque tu te soucies tant de ton cheval tu ne verras pas d'objection à ce que je le monte seule?" s'amuse-t-elle en passant devant lui. "Un peu d'exercice ne te fera pas de mal, qui plus est!"
Ces mots sont accompagnés d'un mélange alliant sourire et regard d'avertissement comme pour lui rappeler qu'elle ne lui laisse guère le choix. Elle s'efface néanmoins pour lui laisser le loisir d'ouvrir la marche avec les provisions. Ses suppositions se révèlent exactes lorsqu'ils parviennent sans encombre à la sortie du dispensaire: il est encore tôt et la plupart de ses résidents doivent encore être bercés par les illusions de l'Architecte des rêves. Tant mieux!

Elle marque néanmoins un temps d'arrêt sur le pas de la porte, hésitante. Zora sait ce qu'il convient de faire mais est également consciente qu'elle n'a pas le force d'agir comme elle le ferait d'ordinaire. Son regard croise celui de Joël qui s'est à présent rendu compte du retard qu'elle a pris sur lui. Peut-être qu'elle croit deviner un encouragement dans le regard sombre de l'anomalie. Pour ce que ça change...

Elle pousse du revers de la main la lampe à huile suspendue à sa gauche. Suffisamment pour la déloger de son support. Le liquide se déverse sur le plancher de bois et balise la course des flammes. La fanatique leur échappe d'un pas sur le côté avant de se glisser à l'extérieur avec un semblant de hâte.
"C'est eux ou nous!" indique-t-elle à son compagnon. "Tu ne me laisses pas réellement le choix!"
C'est faux et elle le sait! Mais elle entend faire taire les éventuelles protestations du daënar en lui rappelant qu'il a lui-même créé cette situation. Le fait est qu'elle se délecte bien vite des cris qui percent à travers la fumée opaque. Le doux chant des hérétiques prenant conscience de leurs pêchés... Elle sait qu'il y aura des survivants. Mais elle se satisfera de la mort des impurs et des soigneurs qui se feront surprendre par l'appétit de Süns. Il n'y a pas de petites victoires contre l'hypocrisie de ceux qui insultent constamment la divine Chouette de leurs actes...
"Maintenant nous pouvons y aller!"
Elle escalade la selle du cheval de Joël et jette un regard par dessus son épaule, en direction du dispensaire dévoré par les flammes gracieuses. Et ce faisant, elle s'interroge à nouveau: est-ce pour contribuer à la restauration de la pureté du monde qu'elle a agi ainsi ou pour racheter quelque peu le pêché dans lequel elle s'enfonce à son tour depuis qu'elle a rencontré l'anomalie?


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Zora s'exprime en: #8FBC8F (darkseagreen)

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