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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Khurmag
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 Entre nomades ?

Finn Kalagann
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Sam 19 Mai - 21:14
Irys : 154976
Profession : copiste
My'trän 0
Deux jours s'étaient écoulés depuis cette rencontre qui semblait offrir à Finn un certain virage dans son existence. Son premier contact avec Tiha avait été tellement burlesque et incongru qu'un début d'amitié avait inévitablement germé, au grand désarroi de celui qui avait l'habitude d'être moqué par les camarades de son âge.

Le jeune garçon, qui d'ordinaire s'arrêtait parfois sur le bord d'une route crasseuse de Khurmag pour observer un ciel grisâtre et nuageux, à l'image de son for intérieur, semblait désormais être habité d'une flamme salvatrice, nouvelle, brûlant d'un feu sans matière et étincelante d'une lueur de nouveau à l'image de l'astre divin qui, à l'est, émergeait des entrailles discales, embrasant de sa splendide lumière mille gouttes de rosée venues embuer la timide végétation urbaine comme certaines toitures plus modestes. Il avait cette fois devancé ce maudit coquelet qui exprimerait de son chant grotesque quelque ode au jour nouveau, mais un à deux projectiles de fortune lancés dans sa direction - dont l'un qui lui percuta non sans violence l'aile droite - suffit à lui dissuader de faire étalage de quelque cacophonie malvenue. Ce spectacle merveilleux, Finn voulait en apprécier le caractère éphémère avant de se donner corps et âme à son dur labeur, en promesse d'un lendemain en compagnie de son amie Tiha qui lui dispenserait d'autres séances de combat. Il gardait de la dernière - et la première aussi - quelques souvenirs bleutés sur sa peau blanchâtre. Jamais il n'avait été aussi fier de porter un oeil au beurre noir, à dire vrai.

Ce n'est que lorsque l'astre solaire prit suffisamment d'altitude et que le brouhaha s'intensifia que Finn comprit qu'il devrait sortir de sa petite mansarde pour aller chercher les victuailles du jour, comme à l'accoutumée. Il redescendit de son perchoir duquel il avait pu observer ce délicieux spectacle de sa fenêtre sale, puis sortit à pas de loups pour ne pas réveiller le vieux Sam Lécasse, qui ronflait un peu plus fort chaque jour. Son aller-retour se fit sans encombre, cette fois. Pas de nouvelle rencontre, pas de pommette contre le pavé de la rue. A vrai dire, il faisait peut-être un petit peu plus peur depuis qu'on voyait quelques contusions sur son corps frêle. Et surtout, sa démarche paraissait un peu moins voûtée, un peu moins trainante des semelles. Il s'efforçait en fait de regarder droit devant lui, de marcher comme un guerrier marcherait jusqu'au champ de bataille ; tout ce qu'il a pu retenir de positif de l'enseignement de Tiha.

Par chance, quand il revint à la boutique, le gros n'était pas encore sorti de sa couche. Il en profita pour serpenter jusqu'en arrière boutique, fouillant parmi le bazar jusqu'à retrouver un papier présentant une esquisse à la silhouette arachnide, et une petite branche de sureau qu'il avait commencé à tailler. Il lui restait un peu de temps avant de s'adonner autant que possible à quelque activité artisanale, histoire d'être capable de faire quelque chose de ses mains un peu plus chaque jour.

Mais l'activité ludique fut de courte durée. Il entendait Sam grincer sur les marches au-dessus de l'arrière boutique. Finn rangea rapidement ses effets sous la poussière dansante et revint dans la salle principale, déjà attelé à faire le ménage là où le besoin s'en ferait sentir.

- Tiens ? Elle t'a tapé dans l'oeil, la petite Tiha ? demanda Lécasse tandis qu'il ponctuait sa question d'un rire gras à la vue du coquard de Finn.

Le jeune rouquin ne répondit pas, essayant tant bien que mal de dissimuler un sourire amusé par la remarque. Si d'ordinaire il se sentirait humilié par ce genre de taquinerie, il se sentait viril quelque part. Et il n'avait pas le temps de plaisanter avec son hôte. On entendait déjà la clochette tinter, signe avant coureur d'une clientèle potentielle. Finn releva la tête comme un chat fixerait la source d'un bruit, les oreilles dressées.


A l'heure où, aujourd'hui, les âmes s'individualisent,
qui est seul dans son cœur est un individu à risque.


Dernière édition par Finn Kalagann le Mar 22 Mai - 22:07, édité 1 fois
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Sakari Naasoqineq
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Lun 21 Mai - 16:31
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
     Une fois n’était pas de coutume, Sakari venait d’entrer dans une librairie, ou du moins, au vu des livres qui s’étalaient derrière la vitrine, ce qu’elle pouvait sans se montrer trop hardie supposer être une librairie. Image cocasse d’une étrangère avec une arbalète à répétition et une lance courte dans le dos, dans son manteau de fourrure, mâchonnant une chique à tabac, entrant dans cette échoppe pour trouver de la littérature locale.
     En effet, depuis le temps qu’elle était en occident, Sakari n’avait pas eu le temps d’ouvrir un seul livre de ces terres. Pourtant, dès son arrivée en orient, son premier achat avait été un livre d’aventure de gamme moyenne dans une gare – juste après des balles et du saucisson, mais ça ne comptait pas. Après tout, elle avait entreprit ce voyage au-delà des montagnes pour apprendre. Quoi de mieux pour comprendre une civilisation que de connaître les histoires à succès qu’elle s’échangeait ?
     Comme elle ne connaissait le parlé sudiste que depuis une dizaine d’années, et leur alphabet depuis moitié moins, et qu’elle avait constaté avec un certain étonnement que les livres étaient emplis de termes et de tournures plus compliquées que quand les gens se contentaient de parler, son choix se limitait encore à de la littérature de moyenne gamme, aisée à appréhender mais qui permettait une certaine gymnastique intellectuelle. Bien entendu, elle avait l’espoir de parvenir à maîtriser un jour suffisamment la façon de s’exprimer écrite pour s’attaquer à des recueils plus intellectuels, plus élevant pour l’esprit. Même un ignare sait reconnaître un scénario cousu de fil blanc et des personnages caricaturaux, surtout que Sakari avait eu accès à ce qui se faisait de mieux en matière d’histoires ; à savoir les légendes de sons peuples et les récits des marins d’Aildor, lors de veillées alcoolisées à souhait.

     Elle remarqua un petit bonhomme qui tenait la boutique. Il était le seul en vue, mais ne devait sans doute pas être le possesseur de l’établissement. Son cocard lui donnait même presque l’impression d’être un tire-laine quelconque. Il – ou elle, car son âge était encore celui ou la différenciation n’est pas clairement établie – avait tout de même une certaine assurance et semblait attendre la cliente, plus qu’être surpris par elle.
     Elle s’approcha donc, mais son carquois s’accrocha à une couverture qui dépassait, et elle fit tomber lourdement sur le sol un ouvrage d’herboristerie.
     « Oups. »
     Sakari ramassa l’ouvrage, et contempla sa couverture un instant. C’est vrai qu’elle ne connaissait pas grand-chose à la médecine des plantes, principalement parce qu’elle avait vécu toute sa jeunesse avec pour seule verdure dans son entourage de l’herbe jaunâtre qui poussait en touffes sous des trombes de neige, et du lichen qu’on retrouvait dans certaines grottes à flanc de colline.
     « Hé, gamin, là, tu peux me renseigner? »


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Finn Kalagann
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Mar 22 Mai - 22:15
Irys : 154976
Profession : copiste
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Le bruit sec du précieux ouvrage d'herboristerie que venait de faire tomber la première cliente des lieux fit à Finn l'effet d'une claque derrière la tête. Le jeune androgyne sursauta à la manière d'un félin qui bondit sur ses pattes, le regard interdit, tantôt rivé sur la relique, tantôt sur la cliente, puis sur Sam Lécasse qui lui-même affichait un air de stupeur. Le rouquin reprit ses esprits et se rua presque sur le grimoire dont la confection n'était pas étrangère à ses petites mains frêles, le cœur battant à la chamade alors qu'il se rapprochait de cette impressionnante cosmopolite. Il se redressa pour remettre l'ouvrage à sa place, le feuilletant au passage pour voir s'il n'avait subit aucun dégât matériel. Par chance, l'article semblait intact ; une chance qu'il ne s'agît pas d'un vase d'argile comme celui qui trônait en retrait et en hauteur, sur lequel on pouvait apercevoir quelque fresque splendide et aviaire, à l'effigie de l'Architecte Khugatsaa.

Finn garda ce même regard interdit, dans lequel on démêlait une certaine appréhension craintive, à l'égard de son patron, vers qui il hochait la tête pour lui signifier, "eh, ne vous en faîtes pas, j'ai en main la situation". Et, alors que la femme au gros manteau posait une question à Finn - ce qui le plus d'autant plus dans l'embarras tant sa timidité naturelle avait repris le dessus - le gros Sam objecta.


- C'est plutôt moi qui vous renseignerai, madame. Et je vous saurai gré de faire attention où vous mettez les pieds. Les ouvrages autour de vous, s'ils peuvent être chiffrés à quelque valeur pécuniaire, ont une valeur morale inestimable ! ENFIN ! Bienvenue chez Sam Lécasse. Qu'est-ce que je peux faire pour vous renseigner ?

Le ton du gros oscillait entre l'agacement et l'engouement. Il fallait, somme toute, garder la face en présence de la clientèle. Dernièrement, il n'avait pas fait si mauvaise impression à Tiha malgré son allure très peu soignée - bon, je RP avec Raphaël Sakari de Izara, donc je peux tout à fait dire que c'est un gros dégueulasse. J'espère que tu apprécieras ce petit clin d’œil au milieu d'un RP. Je me demande si ce clin d’œil finira par être repéré par un lecteur externe. Punaise, mais en fait, j'ai rien à dire sur le RP en cours ?! Bon, eh bien, je sens que ça va être à toi.


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Sakari Naasoqineq
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Mar 22 Mai - 23:32
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
     Elle ne maintint pas sa prise sur le livre quand le petit bonhomme – qu’elle pouvait regarder dans les yeux, mais c’était justement le problème, car Sakari es assez petite – attrapa ce qu’elle tenait. De toutes façon, un manuel ne lui aurait pas convenu. Son regard se porta sur le vase qui avait été désigné du regard par cet occidental craintif. Oui, un vase, quoi, avec dessus un oiseau, mais que Sakari semblait reconnaître, à force d’avoir observé de l’art local.
     « Ah, mais, c’est Marluliaqertoq… »
     Elle avait réfléchi à voie haute, prononçant le nom dans son patois de l’Architecte local, sans aucune considération pour les – supposées – chastes oreilles qui pourraient s’étonner, voire s’inquiéter, voire s’indigner, qu’on utilisât un terme aussi étrange pour désigner un objet de vénération aussi présent dans le quotidien que les trois repas de la journée.
     Elle fut coupée dans son observation de la pièce d’art, qu’elle trouvait par ailleurs assez élégante, non pas par la réponse de l’enfant, mais par celle d’un vieux barbon qui gueulait comme dans une taverne. Elle regarda sans quitter son expression de contemplation, et s’adonna une fois de plus au sempiternel rituel de salutation des mercenaires, à savoir un long silence durant lequel on inspectait la personne en face de soi. Habituellement, cela avait pour fonction première de répondre à l’une des questions suivante . « Est-ce qu’il paye bien ? » Ou : « Est-ce qu’on ne m’a pas assigné un baltringue pour collègue ? » Là, elle servait plus à gêner le commerçant en lui faisant ressentir le poids d’un rapport de force d’ordre purement physique, et en rien intellectuel. C’était le ramener à la base ; à ce qu’il y avait d’important avant toute chose. Le petit antiquaire poussiéreux dut se sentir inspecté comme une bête, dont la pensée principale de l’observateur était comment le réduire en souillant le moins possible ses armes et en ne se fatiguant pas trop.

     Toutefois, faire trembler un bourgeois, activité certes rigolote, n’était pas ce pourquoi Sakari était venue. Il était par contre vrai qu’il cherchait tout particulièrement à se faire moquer, le bougre, avec son ton un peu méprisant, ses expressions étranges – comment peut-on être commerçant et s’attacher émotionnellement à ses produits ? – et surtout, son interruption dans une discussion, sans s’excuser, ni même laisser le temps à son employé de parler, ce qui aurait été pourtant bien commode, car Sakari aurait ainsi pu lever l’ambiguïté sur son sexe.
     « Me renseigner ? Je ne crois pas, non.  »
     La phrase sonna sec, et faillit finir dans un claquement de langue d’exaspération mondaine, on ne peut plus humiliant pour son receveur.
     « J’étais en train de discuter avec… avec votre employé. »
     Il fallut éviter l’utilisation d’un pronom qui aurait pu paraître très désobligeant.
     « Son avis m’intéresse plus. Sur ce. »
     Elle se retourna vers Finn, montrant son flanc gauche au vendeur, où sa lance courte était attachée.
     « Bon ! »
     Son ton fut subitement plus enjoué et rieur, comme si elle s’adressait à un égal, ce qu’allait confirmer le tutoiement et le sujet.
     « Dis, je cherche un truc à bouquiner, facile, tu vois. Genre des histoires pour les jeunes. J’suis curieuse de votre littérature, elle doit changer de celle de l’orient, tiens. Tu lis quoi, en ce moment ? On peut aller papoter ailleurs, si tu veux. »


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Finn Kalagann
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Jeu 24 Mai - 22:48
Irys : 154976
Profession : copiste
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Plus les secondes défilaient, plus la scène qui se déroulait devant Finn semblait inconcevable.

D'abord ce drôle de nom qui, identifié à Khugatsaa, avait fait à Sam l'effet d'une petite tape de stupeur sur le haut de sa caltivie. Dans un rictus nerveux, il arqua brièvement le sourcil gauche. Il ne savait véritablement que rétorquer, et bientôt son front rougi perlait d'une sueur malodorante au fur et à mesure que la cliente le fixait avec une certaine intensité. Si Finn n'était pas l'objet de ce regard, il sentait comme si celui-ci rebondissait sur la silhouette de Lécasse pour le déshabiller à son tour. Ou alors c'était cette présence assez imposante de la cliente qui le rendait toute chose. Par dépit, il se mit en retrait derrière la femme emitoufflée dans l'épais manteau qui le dissimulerait de quelque remontrance de Sam qui en avait pour sa fierté. Il attendit que l'inconnue déverse sa douche froide plutôt méritée au gros. Celui-ci déglutit, tourna les talons, balança sa main droite dans un geste nonchalant, le genre de manière qui signifie "Va au diable", puis s'en alla en arrière boutique faire quelque besogne sans grande conviction.

Le rouquin restait toujours autant en apnée alors qu'elle se retournait vers lui afin de lui demander des comptes. S'il avait peur que Lécasse entrât dans une colère noire pour la moindre contrariété, il craignait d'autant plus cet énergumène de soldat qui avait envoyé paître l'autre gros plein de soupe. C'était au tour de Finn de ressentir de la poisse. Il redevenait cet enfant sans repère et en manque de moyens. Mais il se rappelait un tant soit peu sa première leçon avec Tiha, il avait fait pire que de passer pour une andouille devant une inconnue - qui ne semblait pas lui vouloir du mal, soit dit en passant. Il avait pris des coups, douloureux pour la plupart, et ils lui avaient refait un portrait qui semblait lui donner une allure plus virile, chose dont il se souvint. Il inspira un grand coup à l'image d'une personne âgée cardiaque, et se confondit en ces propos hésitants.

- ... E-Eeehh... C-c'est que... Je... J'aimerais bi-bien mais... Faut que je travaille... Mais après... Euh...

Il détourna le regard. Plus il paraissait ridicule, plus il se raidissait et se maudissait intérieurement. Il en profita pour s'éloigner en direction d'un étalage modeste, où il fit balader son doigt parmi de petites reliures pour identifier celle qui correspondait à ce roman vulgarisé "Les jumeaux", qui enseigne aux jeunes générations sur l'existence de Süns et Khugatsaa dans un style plutôt enfantin. Il revint en direction de son interlocutrice, tendant timidement l'ouvrage artisanal d'une main moite.

- J'aime assez celui-là. Si vous avez besoin de vous famalara... famile... familiariser - sa voix tremblait, tant il n'arrivait pas à calmer sa nervosité du moment avec Khugatsaa, vous pouvez commencer par lire ça... V-voilà...

Il attendait un instant, déglutissant, avant de poursuivre, hésitant plus que jamais, pour...

- E-est-ce que je peux... vous poser une question ?

Juste pour ça. Mais quel trou du cul.


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Sakari Naasoqineq
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Sam 26 Mai - 1:18
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
     Ce garçonnet alla se planquer derrière la stature de Sakari. Voilà qui était amusant. Ce vioque était-il un ennemi, et Sakari rassurante ? En tout cas, il semblait contrarié que son employé fut ainsi l’objet d’une plus grande considération que lui, ce qui en disait long sur son état d’esprit.
     Est-ce qu’elle était si impressionnante que ça ? En voyant Finn tremblant sur les étagères de-ci de-là, et en entendant sa voix chevrotante, Sakari ressentit quelque incompréhension pendant son attente. Il est vrai qu’elle avait menacé tacitement son patron, et qu’elle se trimballait armée, ce qui pouvait en effet inquiéter, mais elle n’allait pas lui mettre un gnon. Sakari n’était vraiment, et en toute ingénuité, venue que pour acheter de la littérature jeunesse. comme elle ne voulait pas l’inquiéter, elle posa son attirail de chasseresse.
     « Cul gâté ça… Oui, c’est vrai que vous lui donnez ce nom. Il a l’air bien, ce livre auquel tu portes estime. »
     Et en plus, elle ne fit aucun effort pour améliorer sa prononciation, ce qui donnait un ton cocasse aux patronymes, et à ses tournures un ton terriblement exotique, qui devait gêner bien des grammairiens caustiques.
     Sakari n’enfourna pas le livre dans son sac, mais elle le feuilleta au hasard, ce qui devait à Finn causer un certain trac, car il ne semblait vraiment pas peinard. En tout cas, Sakari se félicita, en lisant quelques phrases, que son niveau de lecture eut dépassé la phase où le moindre mot un peu technique était en exagérant un peu source de panique.
     « Une question ? Ben ouais, sous pas timide. Oh, hé, hein, je vais pas te manger. »
     Cette expression convenue et complètement stupide, faisait écho pour Sakari à un vrai danger, elle qui vivait à proximité d’un peuple anthropophage. Elle ignorait que le jeune du pays des mages devait sans doute ne rien savoir de son sens profond, et le ton sérieux employé devait donc lui sembler abscons.
     « Mais d’abord, moi c’est Sakari Naasoqineq, d’Aildor. Au fait, tu peux me tutoyer, d’accord ? »
     Allez savoir pourquoi, mais elle était toute enjouée, et ce n’était pas dû qu’à ce qu’elle allait acheter.


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Finn Kalagann
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Sam 2 Juin - 0:07
Irys : 154976
Profession : copiste
My'trän 0
"Sois pas timide, sois pas timide.". Elle était drôle, la mercenaire, tant ses paroles étaient emplies d'éloquence et tant elle ridiculisait - non à dessein - le rouquin qui cherchait un point de fuite pour son regard ; une zone de repli. Il frémissait presque, tant la capacité de son interlocutrice à le mettre à l'aise pouvait être, paradoxalement, déconcertante.

Le rouquin se tenait droit, maintenant au possible une respiration sereine et diminuant son stress au fur et à mesure qu'il appréciait la présence de celle qui disait s'appeler Sakari Naasoqineq d'Aildor - un nom qu'il peinerait sans doute à retenir, lui étant plutôt familier des visages.

- Finn... répondit-il à son tour en guise de présentation, n'étant pas familier de titres ni de manières révérentes. - Et donc, tu... Tu viens pas de My'trän, dis ? C'est que, je sais pas, t'as pas l'air... D'ici. Je sais pas... je sais pas comment t'expliquer. T'as pas l'air d'être un Daënastre non plus... M-mais dit, t'es dé-déjà allé à Daënastre ? J'en pose, des questions. Je devrais pas... Désolé.

Son regard trouva un point de fuite sur un étalage qui avait besoin d'un coup de neuf. Il se faufila l'air de rien dans la direction souhaitée alors qu'il tirait un morceau de tissu d'une poche de son vieux jean pour épouser la forme d'un vase poussiéreux qui reprenait quelque splendeur sous les caresses du rouquin. Puis il s'arrêta un instant, souriant, puis, regardant par-dessus son épaule :

- E-écoute, Sakari... J'aimerais vraiment discuter, m-mais... J'ai du travail. E-Est-ce que... Euh... On peut se voir ce soir ? 'Fin, je demande ça pour discuter, hein ! C'est pas ce que tu crois !

Il rougit à nouveau, s'imaginant qu'elle s'imaginait qu'il la draguait. Le rouge lui montait aux joues. Mais quel trou du cul.


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Sakari Naasoqineq
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Dim 3 Juin - 12:15
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
     Plus elle l’observait, avec ses petites mimiques et tics de langage, plus Sakari appréciait ce gosse. Allez savoir pourquoi, elle ne le savait sans doute pas elle-même et ne se serait pas donnée la peine de l’expliquer, se contentant d’un « Je l’aime bien lui, c’est comme ça. » si d’aventure on lui avait posé la question.
     Sans qu’elle puisse le dire, il s’agissait en fait de ses manières. Il semblait très inquiété par tout ce qu’il pouvait dire, et tentait de surveiller la moindre syllabe, naturellement sans y parvenir. Cette espèce de crainte, toute à fait justifiée devant une mercenaire inconnue qui parlait fort et se trimballait armée, lui était en fait totalement étrangère. À Nunaqortoq, les enfants participaient aux chasses avec leurs parents pour devenir des adultes, et à Aildor, ils étaient tous des tire-laines, des héritiers de barons de la mafia, des bagarreurs avec des massues à clous rouillés, ou des munitions. Il n’y avait pas cette innocence de ceux qui n’ont pas connu le monde.
     Sa remarque quant à ses origines ne fit que corroborer cela. Ne pas connaître Aildor, il fallait le faire. Toutefois, Sakari nota qu’il avait prononcé le nom de ceux qui étaient les ennemis mortels de son peuple sans trop sourciller. Toute de suite, elle se sentit proche de lui, de part le fait qu’il ne s’incluait pas dans ce conflit.
     « Finn, enchantée. »
     Il n’avait pas dévoilé son nom de famille. Sakari avait bien eu vent de certains Mÿ’trans qui ne portaient pas de prénom, pour honorer leur Architecte, et il était possible qu’elle fût là en présence d’un équivalent. Mais on n’était pas sur leurs terres, et ils étaient très peu nombreux. Avait-il simplement honte de son patronyme ? Curieux.

     « Mais non, Finn, pas de soucis, tu peux m’poser des questions, hein. Je viens de Nunaqortoq. Non, ce n’est pas dans ton pays, mais ce n’est pas en orient non plus. C’est au nord. Le pays le plus au nord qui soit, en fait. Tu chercheras Marnaka sur une carte. »
     Elle qui n’arrivait déjà qu’à peine à prononcer proprement Daënastre et Mÿ’tra, voilà qu’elle donnait des cours de géographie. Ça lui semblait totalement impensable. Pour elle, le fait qu’il puisse exister des habitants du fin fond de leur cambrousse ne sachant rien à rien n’allait pas du tout de soi. En effet, elle n’en avait jamais rencontré avant, et c’était plutôt les siens, ceux qui ne savaient rien du monde.
     « Ce soir ? Ouaip, pas de souci, bonhomme. On se retrouve ici. J’ai des trucs à faire, t’façons. »
     Après lui avoir remis l’argent du livre mais sans avoir remarqué qu’il avait rougi, elle lui fit un dernier petit coucou et passa la porte, le livre dans le sac à dos.

     Le reste de la journée fut plutôt mouvementé, pour dire le moins. Elle devait, sur ordre de son patron du moment, retrouver et assassiner un petit notable local qui avait osé interférer dans son commerce. Naturellement, pour des raisons politiques, le meurtre devait être signé Daënastre, ce qui impliquait de faire parler la poudre.
     N’étant pas suicidaire, Sakari avait tout de même attendu que sa cible soit en voyage vers une ville voisine pour l’exécuter. D’où le choix du livre, qui faisait très bien passer le temps pendant qu’elle attendait sur une branche d’arbre en embuscade, au bord de la route, planquée sous un camouflage.
     Elle abordait un passage assez intéressant de l’histoire de l’Architecte, quand la caravane tant attendue se profila. Elle jeta un coup d’œil à travers les branchages, vérifia une dernière fois les munitions de ses fusils, et rangea le livre dans une poche intérieure. Ça allait saigner. Dès que le véhicule passa à portée, elle visa le cocher, lui tira une balle en pleine nuque, puis tomba sur le toit de la caravane, son goliath dans une main, son pistolet de paume dans l’autre. Les escortes furent prestement éliminées, puis les survivants finis au couteau. Mais alors qu’elle traînait les cadavres réduits en charpie de l’habitacle, Sakari remarqua qu’aucun ne correspondait à la description qui en avait été faite de sa cible.
     En effet, celle-ci savait qu’elle allait être pris en chasse, et avait monté ce leurre. À quelques centaines de mètres de là, des cavaliers observaient toute la scène. Puis ils chargèrent. Au bruit des sabots dans la neige, Sakari estima qu’ils étaient trop nombreux pour elle, et les mages de Khugatsaa utilisaient des sortilèges étranges pour masquer ou augmenter leur nombre, et autres étrangetés dangereuses. La fuite était donc la meilleure opportunité. Elle détacha un cheval de l’attelage, et détala dans les bois, pour espérer distancer ses poursuivants.
     Cela n’allait pas arriver, et elle le savait. Aussi, elle profita d’une branche un peu basse pour s’y accrocher et laisser sa monture filer afin de tromper ses ennemis.
     Une journée banale dans une vie d’homme de main. Qu’à cela ne tienne, Sakari retenterait demain.

     Après un très long détour, où elle dut prendre garde à ne pas être traquée par les sous-fifres de sa cible qui battaient la campagne, Sakari put enfin revenir en ville et se fondre dans le paysage. Déjà, les rumeurs d’un meurtre atroce à base d’armes à feu s’y étaient répandues, mais sans qu’on ne sache rien de l’identité du coupable.
     Naturellement, Sakari se fit passer un savon pour son échec, mais comme elle avait malgré tout affaibli le camp de sa cible, l’éliminer plus tard n’allait être que plus facile. C’était déjà ça.
     Alors qu’elle se promenait dans les quartiers marchands, elle se souvint de son rendez-vous avec le petit gamin dont elle avait déjà presque oublié le prénom. Il serait dommage de lui faire faux bond, et Sakari n’avait aucune envie de tuer qui que ce soit d’autre aujourd’hui, donc pas de seconde tentative pour cette journée. Elle se rendit donc en sifflotant au magasin. Elle n’allait pas y entre, cette fois-ci, mais plutôt attendre devant l’entrée que Finn le remarque.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Finn Kalagann
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Sam 9 Juin - 0:18
Irys : 154976
Profession : copiste
My'trän 0
Finn avait machinalement tendu la main, recevant l'argent que son hôte lui donnait pour l'ouvrage qu'elle venait d'acquérir. Tout allait vite dans son coeur et dans sa tête, et voilà qu'elle était déjà sur l'allée à lui adresser un signe de main amical, signe avant-coureur d'une retrouvaille qu'il espérait du plus profond de son âme. Ses joues étaient rouges et son sourire était presque stupide. Même la mine morose de Lécasse ne parvint pas à refroidir Finn. Et puis, il avait satisfait une cliente, alors le gros n'avait rien à dire.

C'était la deuxième journée depuis longtemps où il avait fait une rencontre aussi passionnante. Il passa une partie de l'après-midi à donner du coeur à l'ouvrage, rêvassant, ne voyant plus que sa retrouvaille ce soir. Car s'il projettait de rester le plus longtemps possible aux côtés de Tiha, il ne pouvait en dire autant pour cette Sakari. Une vraie femme libre qui vivait de mercenariat et d'aventures. Ah, elle en avait sans doute, des choses palpitantes à raconter.

Il avait passé la journée à ne penser qu'à ça. Le très peu d'autres clients qui s'étaient présentés étaient partis aussi vite qu'ils étaient venus, et ce malgré l'engouement de Finn. Il n'arrivait peut-être pas à contrebalancer la mauvaise humeur de son chef, lui-même en proie à quelques remords que d'avoir été tenu en respect par une femme comme Sakari.

Il s'accorda un soupçon de répit en fin de journée. Il était rapidement remonté dans sa chambre mansardée pour étudier un peu - et notamment situer Marnaka... Dans des terres bien éloignées du lieu où il se trouvait présentement. De quoi rêver encore plus. Il rangea soigneusement ses affaires, se dirigeant à la salle d'eau où il pourrait se faire un brin de toilette et rêvasser, ou méditer, tant sur ses nouvelles rencontres que sur ses devoirs de piété vis-à-vis d'Orshin. Il fermentait un peu plus chaque jour un dilemme douloureux ; celui d'embrasser la culture My'trän et de devenir un guerrier comme le sont la grande majorité des individus de son peuple et celui de garder ad vitam eternam le souvenir de la seule femme qui l'ait jamais aimé : sa mère. Dans ce calme reposant, il s'accorda un instant de faiblesse, quelques larmes perlant sur ses pomettes pâles, le visage toujours aussi ferme mais les prunelles larmoyantes.

- Pas facile.

Mais il ne se fit pas prier, parce que d'une part le gros prendrait sa place, et d'autre part on l'attendait au dehors, histoire de passer une douce soirée. Il se sécha à la va-vite, ses cheveux roux encore un peu humides - ce qui leur donnait un éclat encore plus vivant, encore moins discret. Son visage rayonna à la vue de la mercenaire, tandis qu'il se surpris à fendre son visage d'un sourire stupide. Il sortit de la boutique, rougissant à nouveau, le dos voûté et les mains dans les poches, comme à l'accoutumée. Son coeur, lui, batait son plein. Il crut faire des efforts phénoménaux pour lui dire ceci :

- Je suis content de te revoir.

Comme si cela faisait une éternité. Il se mit ensuite à marcher, invitant tacitement la mercenaire à la suivre. Il projettait de faire un détour chez un épicier, histoire d'attraper de quoi se sustenter. Il lui montrerait ensuite sa "cachette", celle qu'il avait montrée à Tiha en passant par la porte dérobée d'une charpenterie. Il jetait de temps à autre des coups d'oeils à sa comparse, tant parce qu'il vérifiait qu'elle continuait de le suivre mais aussi parce qu'elle était agréable à regarder. Elle dégageait quelque chose qui inspirait le jeune garçon. Entre temps, il entendait de la part des passants des rumeurs de meurtres à armes à feu non loin de Khurmag. Il lança un regard à la mercenaire, le plus innocent du monde :

- Tu en sais quelque chose, toi ?

Ce n'était pas sans compter des miliciens qui barraient le passage aux deux protagonistes. Par instinct, Finn se dissimula derrière la grande mercenaire, un peu comme un chat apeuré.

- Toi là, t'as pas l'air d'être du coin. Mets-toi sur le côté qu'on te fouille, inspection surprise. lança froidement l'un des comparses sur les trois.

Le roux voulut mettre en garde la grande d'éviter de faire du zèle comme il avait pu le faire avec Sam, mais... Et si elle avait une meilleure manière de gérer la chose ?


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Sakari Naasoqineq
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Sam 9 Juin - 17:22
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
     « Yup, moi aussi j’suis contente qu’tu sois là, bonhomme. »
     Après tout, la concernant, ça aurait très bien pu ne pas arriver, si elle avait manqué de prudence et de chance. La vie des enfants de ce pays est quand-même bien plus simple, eux qui peuvent se promener dans les ruelles accompagnés d’inconnues en arme sans que ça ne pose problème. À Aildor, on appelait ça une très mauvaise idée – ou une super soirée, selon la personne à qui on demandait.
     Il ne faut pas croire que Sakari avait la moindre once d’envie pour cet était de fait. Elle était en effet meilleure combattante que les fruit de cette éducation protégée, où les nouveaux-nés n’étaient pas exposés, et où les enfants n’accompagnaient pas leurs aînés à la chasse puis à la guerre. S’il y avait pourtant une chose qu’elle avait appris de ses voyages, c’était qu’il était bien sot de juger des sociétés qui fonctionnaient selon ses propres critères. Contrairement à tout Als’Kholyn, les gens ici étaient riches et n’avaient pas besoin d’utiliser la violence de façon aussi fréquente qu’elle.

     Sakari essaya de deviner où Finn voulait l’emmener. Sans doute dans un lieu isolé qu’il connaissait, et où… hé bien où il aurait quelque chose à lui montrer et où ils pourraient papoter dans le calme.
     Hélas, voilà qu’ils étaient interrompus en pleine ébauche de discussion. Naturellement, Sakari allait répondre qu’elle n’en savait rien, mais son allure d’étrangère était déjà un problème en soi, surtout que ce genre de crimes impliquant des techniques du camp opposé se multipliaient, de part et d’autre de l’océan, ce qui augmentait les tensions entre Mÿ’tra et Daënastre, et donc envers tous les étrangers.
     Elle tâta sa manche. Bien entendu, elle avait planqué ses armes à feu dès que possible, car ils étaient des balises que des mages un peu expérimentés auraient aisément pu repérer. Elle avait cependant oublié le petit dernier : son pistolet de paume. Il était trop petit pour être aisément détectable, mais cas mages, lors de leur fouille au corps, allaient le trouver très vite, c’était certain. Quelle poisse de l’avoir oublié.
     Ils étaient trois, on était en fin de journée, et à part celui à l’air un peu patibulaire, tous avaient plus envie de rentrer chez eux que de faire du zèle. Sakari pourrait les neutraliser vite et bien. Il y avait quelques témoins, donc il faudrait ensuite très vite décamper, mais ça restait dans la mesure du possible.

     Le vrai problème était Finn.
     Si elle partait après avoir cassé le nez de ces gardes, il allait être impliqué sur une scène d’agression de la force publique, comme complice, ce qui allait lui causer des tas d’embêtements. Sakari savait que les petits commis dans son genre ont un emploi très précaire, et qu’au moindre problème ils pouvaient finir à la rue. Entre la réprimande de Sakari à son patron et cette histoire, le pauvre petit gars pourrait bien finir dans le caniveau juste pour avoir voulu tailler une bavette avec elle.
     En temps normal, elle n’aurait eu pas grand-chose à foutre de la vie de ce dégât collatéral en puissance, mais pour une raison qu’elle ignorait, il lui était très sympathique.
     Aussi et surtout, d’un point de vue purement pratique, c’était un témoin de première main, qui pourrait aider à l’identifier.
     Pas le choix, donc, il fallait en faire un complice.

     « Ouaip messieurs, sans problème. »
     Elle s’approcha doucement, l’air de rien, puis dès qu,un des troufions posa la main sur elle, son couteau glissa dans sa main gauche, et elle frappa au front avec la poignée. Dans sa main gauche tomba son pistolet, qui tira à presque bout portant une balle en pleine tête du chef de la bande. C’était une balle en bois, largement suffisante pour le faire tomber dans les pommes, à cette distance, mais pas assez pour le tuer. La dernière garde se prit un coup de crosse dans le ventre, puis fut prestement assommée aussi. Le tout avait été exécuté avec vitesse et maîtrise, comme il convenait pour quelqu’un qui faisait ça depuis des années.
     Le bruit de la détonation, bien que faible, avait été remarqué par quelques badauds, mais Sakari n’allait pas leur laisser le temps d’analyser la situation. Elle saisit Finn comme s’il n’était qu’un fétu de paille et s’engouffra dans la ruelle.

     L’avantage des villes de Khurmag, c’est que depuis que ce pays avait été ravagé, plusieurs maisons, voire quartiers, n’étaient que des ruines laissées à l’abandon. Dès qu’une maison ainsi condamnée se présenta, Sakari y entra après avoir forcé la porte. Elle relâcha ensuite Finn, et planqua son pistolet.
     « Mm, bon, désolée de t’avoir fait participer à ça. »
     Une situation qui arrivait rarement : la présence d’un témoin de première main que Sakari ne pouvait pas supprimer, comme elle en avait l’habitude. À chaque fois, c’était compliqué et ennuyeux.


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Finn Kalagann
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Ven 15 Juin - 22:38
Irys : 154976
Profession : copiste
My'trän 0
Tout était allé si vite que le roux s'était retrouvé frappé de stupeur, en apnée ou presque, en état de choc devant cette scène de violence extra-ordinaire où cette femme tantôt gentille se montrait chirurgicale auprès de ceux qui osaient l'importuner. Qu'est-ce qu'elle aurait fait de Sam Lécasse s'il avait été trop contrariant ? Ce n'est sans compter qu'elle pourrait briser Finn en deux. Mais ça n'était présentement pas ces pensées qui occupaient son esprit. Il avait peur, très peur, et si ses instincts profonds lui hurlèrent de prendre ses pieds à son coup, la volonté de la mercenaire fut plus forte, et le frêle garçon qu'il était se voyait ramassé comme un vulgaire sac à patate par Sakari qui ne se faisait pas prier pour déserter les lieux de ses méfaits.

Impuissant, le paysage urbain grisâtre et désolé, baigné dans un crépuscule fade et morose défilait désagréablement sous ses yeux, alors qu'il semblait perdre tout espoir de conquête d'idéaux ; lui qui s'était entraîné durement avec Tiha la veille, il venait d'assister à quelque démonstration fortuite d'une femme qui possédait au moins le dixième de son aisance. Et puis, alors que ses pensées macéraient cette obnubilation de la peur, de la violence, de la mort, une question point dans son esprit.

*Qu'est-ce qui peut pousser une personne à devenir aussi forte ?*

Mais pas le temps de philosopher. De surcroit, le calme légendaire et froid de cette personne glaçait presque le sang du gamin qui restait étendu sur le sol, rampant le plus loin possible.

- J-je ferai tout ce que tu veux, n-n-ne me fais pas de mal ! Je t'en prie !

C'était les seules paroles dont il eût été capable, en proie à des émotions irrationnelles et démesurées. Son regard cherchait un point de fuite, une issue vers laquelle il pourrait s'engouffrer. Puis il repéra une brèche dans cette vieille bâtisse abandonnée. Ni une, ni deux, il bondit sur ses petites jambes mais il ne fit que quelques enjambées avant de tomber la tête en avant sur le sol poussiéreux, incapable de se relever.

Il se rendit à l'évidence.

- Par Orshin... Je suis si faible... A quoi ça sert de se battre...!

Le visage enfoui dans ses avant bras, étalé sur le ventre, sa chevelure rousse toute poisseuse, il sentait ses paupières s'humidifier, déversant sa frustration, se retenant de ne pas hurler au désespoir comme il l'eût fait lors de la perte de la seule personne qui l'avait jamais aimé...

- MAMAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAANNN ! clâma-t-il contre le sol avant d'éclater en sanglots.


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Sakari Naasoqineq
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Dim 17 Juin - 21:45
Irys : 886236
Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)

     Il est bon de préciser que Sakari n’avait que peu affaire à des enfants étrangers, de par son métier, qui interdisait la fréquentation des éléments les plus faibles d’une société. Certes, Finn n’était plus vraiment un jeune poupon, et selon les critères des Nunaqortoqut, il aurait été en âge de chasser et de faire la guerre, mais ce ne semblait pas être le cas en Occident.
     C’était difficile pour elle de se mettre à sa place, mais elle savait comprendre des réactions aussi basiques que hurler à la mort en se planquant derrière ses propres membres. Comportement qui risquait en plus de compromettre sa position. Elle s’approcha de lui, avec douceur et sans un bruit.
     D’un côté, il serait très simple de lui transpercer la nuque et d’en finir là avec ses gémissements, et il était un étranger, donc Sakari n’avait a priori aucun blocage à lui ôter la vie. Toutefois, elle l’avait embarqué avec elle, au lieu de le planter sur place ou de l’abattre, plus tôt dans la rue. Au point où elle en était, elle pouvait bien le prendre en charge quelques instants encore, et s’assurer qu’il ne soit pas inquiété de ses propres actes délictueux.
     Sans parler du fait que Finn avait le même âge que son petit cousin, qu’elle considérait comme un frère. Ce genre de projection n’est jamais bienvenue quand il s’agit de commettre un meurtre. La comparaison s’arrêtait là, car son cousin avait un jour abattu d’une seule flèche un Khashan qui tentait de violer le cadavre à demi-dévoré d’un jeune garçon. Oui, c’était vraiment un autre monde, et intérieurement, Sakari eut un léger sourire en pensant aux récits de bataille des étrangers, qui paraissaient si terribles. Une guerre entre deux peuples qui produisaient ce type d’enfants ne devait pas avoir quoi que ce soit de terrible.

     Dès qu’elle fut juste au-dessus de l’adolescent geignard, elle le prit dans ses bras, le recouvrant de son épais manteau et le faisant pleurer dans la fourrure, pour atténuer le bruit. Ses armes avaient été dissimulées dans sa tenue – car la moindre des choses quand on câline un ennemi potentiel, c’est de ne pas être victime de sa gentillesse.
     « Là… là… Ça va aller. Ils ne sont pas morts, tu sais, juste assommés. Et il ne va rien t’arriver.  T’entends ? Rien. Détends-toi. Je pouvais pas te laisser là, où ils allaient t’emmener pour avoir été avec moi. »
     Sakari se souvint qu’il lui avait demandé de le suivre dans un but précis. Comme une distraction serait bienvenue pour lui faire oublier plus vite cet épisode traumatique, elle changea de sujet.
     « Dis, Finn, tu voulais pas me montrer quelque chose ? »


« Il nous arrive de partir en guerre, oui. On rassemble les clans, ce qui doit faire cinq mille lances, et les chefs marchent les premiers. Ils sont chefs, car à la fin, on trace un chemin dans la neige devant leurs pas, comme marque de respect. Mais nous ne combattons pas les gens de magie de l'ouest ou les gens de ville de l'est. Nos ennemis, vous les appelez les Kashans. Voilà nos adversaires. Voilà aussi pourquoi vos guerres me font bien rire. »
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Finn Kalagann
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Dim 1 Juil - 22:00
Irys : 154976
Profession : copiste
My'trän 0
Dans ce moment de désespoir où Finn pleurait presque à la mort - celle du seul être chéri et jamais aimé - plus rien d'autre n'avait réellement d'importance. Il était décidément trop faible pour mériter de vivre. Il ne serait jamais le guerrier my'trän qu'on pût espérer de lui ; que ses camarades deviendraient dans son clan d'origine, contrairement à lui, la frêle rouquine. Il se lovait instinctivement contre sa grande comparse, qui faisait montre d'une affection et une douceur semblables à celle que pouvait montrer sa mère une fois l'orage passé ; lorsqu'elle montrait ce côté horrible et monstrueux de la mère dont on agresse la progéniture. la tête dans l'épaisse fourrure aux odeurs enivrantes, il étouffait ses sanglots et reprenait très, très lentement ses esprits, jusqu'à se rappeler qu'il avait sur-réagit, qu'il était faible... Et autres pensées noires qui lui firent à nouveau monter les larmes, mais qu'il réfrénait. Il ne pouvait pas se permettre de perdre la face à nouveau face à Sakari. Et si c'était Tiha ? C'était inconcevable.

Il redressa la tête lorsque la mercenaire salvatrice lui fit comprendre qu'il n'y avait eu aucun mort. Le garçon rasséréné, acquiesça timidement, son regard encore humide posé sur celui de Sakari. Il s'essuya les paumettes humides d'un revers de manche, encore un peu secoué, et finit par complètement se redresser pour observer le décor autour de lui. Nul doute que la maison n'avait pas été officiellement habitée depuis au moins un an. Retrouvant sa timide posture ordinaire, il tournait la tête comme un félin vers la jeune femme lorsqu'elle l'interrogea.

- C'était une espèce de planque comme celle-ci, où la vue est plutôt... Agréable... Mais, dis... On pourrait peut-être rester ici un peu ? J'ai un peu peur qu'on soit à notre recherche... A-ah... Imagine qu'on m'a reconnu, avec mes cheveux roux... Si Sam sait que j'ai fait quelque chose de mauvais... Il va me tuer... Oh non...

Il se cambra, s'arrachant presque la tignasse, fermant les yeux, essayant d'évacuer une frustration passagère. Il n'était pas question de craquer à nouveau. Encore moins devant une femme. Et puis il inspira un bon coup, encore, avant de se redresser, l'air de rien, à frotter le plancher du pied, cherchant quelque chose à dire pour se convaincre que "ça irait", puisqu'elle était là. Et puis...

- ... Tu sais... Les us et coutumes font qu'à mon âge les jeunes sont éduqués à la chasse et à la pêche. A devenir des guerriers. Moi, je ne suis rien de tout ça. Alors avec Tiha, on s'entraîne au moins à se battre. Ca fait mal, mais si je veux devenir plus fort et arrêter de pleurnicher comme je viens de le faire, alors... Il faut le faire... J'ai besoin d'évoluer. Car si Mère n'est plus là pour protéger, personne ne le fera à sa place. Ni même Orshin, à qui je dois un culte néanmoins...

Il haussait les épaules alors qu'il faisait les quatre cents pas. Puis son regard cherchait des fissures dans la bâtisse à travers laquelle il aurait loisir à observer au dehors. Mais rien. Il était plutôt bien à l'abri, avec Sakari, sur qui il posa à nouveau un regard un peu timide.

- Mais toi, comment t'as fait pour devenir aussi forte ? T'es vachement balèze ! Rien de ce que j'ai pu voir avant. Tu tiendrais tellement en respect certaines personnes de mon clan d'origine. Et puis rien que penser au fait que tu es mercenaire et que tu offres tes services aux plus offrants là où d'autres se battent au nom de leur peuple, d'idéaux... C'est... Un peu blasant, je dois dire...

Tellement blasant qu'il baissa les yeux, cherchant un point de fuite pour son regard. Lui qui pensait que les meilleurs guerriers étaient ceux qui allaient au devant des flèches sans faire cas de leur vie, celle-ci qui maniait les armes à feux avec une dextérité hors du commun à la solde de qui voulait bien payer... Quelque part, une certitude s'effondrait, et tout n'était pas comme dans les contes et les ouvrages, décidément.


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Sakari Naasoqineq
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Jeu 5 Juil - 13:42
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Profession : Homme de main
Pérégrins -1 (femme)
     Il était mignon, quand-même, à essayer de combattre sa terreur et de faire le fiérot. Tout ceci était pour Sakari plus comique qu’autre chose, en fait, mais d’un comique tellement léger qu’il n’y avait pas vraiment lieu de se moquer. C’était pour elle à peu près aussi triste que ça pouvait être amusant. Elle avait du mal à concevoir que des individus puissent être aussi faibles.
     D’un autre côté, à l’écouter, Finn n’avait pas vraiment eu la chance qu’a eu Sakari d’avoir un clan entier pour participer à son développement. Le sien ne semblait pas porter un intérêt aussi profond que les Nunaqortoqut à l’éducation de leurs membres, sa famille avait disparu, et la seule chose qui pouvait le protéger était une figure divine qui, aux yeux de Sakari, était au mieux allégorique.
     Sa question était un peu étrange, car la réponse allait de soi. Elle haussa les épaules et répondit simplement.
     « Ben, tu sais, je viens d’un pays où nos deux voisins immédiats sont une région peuplée de cannibales et de monstres, et une cité n’accueillant que des bandits et des pirates. Si je suis forte, c’est parce que si je ne l’étais pas, je serais morte. »
     Tout bien considéré, c’était là une réponse assez froide, qui allait faire l’effet d’une douche froide sur ce petit jeune. Il avait en outre assez bien compris, déjà, que si visiblement les siens respectaient la puissance – qui était en fait de la magie, donc de la piété – en tant que telle, Sakari avait une vision bien plus utilitariste, rationnelle et froide. Elle était ce qu’elle était parce  que sinon elle serait morte, et elle était mercenaire car ça lui permettait de voyager beaucoup, et parce qu’elle ne savait pas faire grand-chose d’autre que tuer des trucs.

     Sans prévenir, une idée surgit sous ses nattes. Finn n’avait pas fait de remarque sur son pistolet. Était-il en vrai croyant ? Si oui, jusqu’à quel point ? Elle avait elle-même de nombreuses questions sur la foi, et voulait savoir comment on pouvait rendre compatible la technologie et la magie. Le simple fait qu’il n’ait pas eu de réaction épidermique à son attirail lui suffisait pour penser qu’il détenait peut-être le secret de cette coopération.
     En effet, Sakari ne savait pas grand-chose des effets exacts de la malédiction qui empêche aux Mÿ’trans de porter des armes. Elle ignorait ainsi son point le plus important : sa gravité augmentait à mesure que la foi envers les Architectes croissait.
     « Hé, Finn, attrape. »
     Elle lui lança son pistolet, qui vu sa forme ronde ressemblait plus à un galet. Il allait l’attraper instinctivement et se rendre compte de ce que c’était une fois qu’il serait dans ses mains. La réaction allait être intéressante. Ou en tout cas amusante.


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