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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Zolios
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 Les caprices du destin

Ash
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Ven 29 Juin - 22:53
Irys : 174969
Pérégrin 0
8 juillet 933, Skingrad


Il était rare de la voir s’interroger sur sa vie, elle qui semblait pourtant se ficher d’absolument tout. Il était d’autant plus rare de la voir douter, s’interroger sur les raisons de son existence et de l’oublie de la précédente dont elle ignorait finalement tout. La jeune voleuse erra un long moment sur le port de Skingrad, observant les dockers charger les imposantes caisses de marchandises sur les différents navires. À voiles ou à vapeur, les bâtiments se trouvaient tous en attentes de leur départ prochains, comme ce fut le cas pour les marins, le dos chargé de leur attirail et autres paquetages censés les couvrir le temps d’une traversée plus ou moins longue.

Que savait-elle du monde, cette jeune femme à la chevelure claire et changeante, ondulant au gré de la brise marine chargée d’embrun ? La réponse était pourtant simple, Ash ne savait strictement rien…


Néanmoins, une seule chose lui parut évidente. Après toutes ces années, la petite voleuse comprit que Daënastre ne lui avait finalement rien apporté de bon. Mis à part tout un tas de problèmes et quelques cicatrices supplémentaires dont elle se fichait parce que celles-ci ne faisaient que s’ajouter à une liste déjà importante et ne se distinguaient des autres que par leur couleur rosée, signe de leur apparition récente. Rien ne la retenait ici, ni les gens, ni les décors, même si les paysages du Tyorum lui plaisaient, l’attiraient étrangement tout en l’apaisant d’une façon étonnante. Ce petit côté sauvage, ces immenses étendues vertes et boisées, bien loin des autres territoires daënars où la nature se trouvait soit contrôlée soit abandonnée, à l’image des plaintes enneigées et inhospitalières de Vereist.

Il n’y avait plus rien ici pour la voleuse, le terrain de jeu ayant depuis quelque temps prit des allures de prison. Elle étouffait dans ces villes de tailles démentielles, effet probablement dû aux murs gigantesques qui les entouraient… Alors, l’idée de quitter définitivement Daënastre lui était venue tout naturellement et lui trottait dans la tête depuis quelque temps déjà, même si elle ne savait pas vraiment où aller. Les destinations ne manquaient pas et la jeune femme avait longtemps hésité entre le climat aride de Zochlom, les terres gelées de Als'kholyn ou simplement My’trä et la multitude d’opportunité que le territoire des mages avait à lui offrir. N’aimant ni la chaleur torride, ni le froid extrême, son choix se porta sur My’trä… Mais où ? L’inconnu l’effrayait autant qu’il l’intriguait… L’appelant presque, comme une aventure nouvelle sur laquelle Ash n’aurait aucun contrôle… De quoi peut-on avoir peur lorsque l’on a rien à perdre, sinon la vie et la liberté ? Ces deux choses qui étaient tout aussi bien menacées à Daënastre, alors pourquoi douter.

Assise en tailleur sur le lit de la chambre qu’elle occupait dans une sombre auberge de Skingrad, la rouquine s’était plongée dans la contemplation d’une carte volée à un marin, un peu plus tôt dans la soirée. Ses connaissances d’Irydaë étaient plus que limitées, puisque la voleuse n’avait jamais prit la peine de s’y intéresser. À quoi bon lorsque l’on se contente de vivre au jour le jour sans jamais se préoccuper d’autre choses que de survivre...

Elle avait appris qu’un bateau en partance pour Yeronkhii lèverait l’ancre à l’aube et que de là, elle pourrait facilement trouver un navire qui la conduirait tout droit jusqu’à Eoril. Ash avait offert une grande partie de ses économies au capitaine de L’indépendance pour s’offrir une paillasse dans la cale, en échange toutefois de quelques services à bord… Nettoyer le pont, chasser les rats, etc. Le reste de son argent servirait à payer le capitaine du second navire… même s’il lui faudrait probablement compléter la somme, mais tant pis… Il n’était plus temps de se soucier de ce genre de détails en sachant qu’il existe forcément une solution à tout.

23 juillet, Eoril


C’est ainsi qu’elle débarqua quinze jours plus tard en terre my’tranne. Les jours passés à travailler sur le pont, affrontant l’air marin et le soleil estival avaient finalement eu raison de son teint éternellement pâle. Son visage, ses bras, se voyaient à présent dotés d’une teinte plus dorées à l’image de ses cheveux légèrement  éclaircie par l’iode et les rayons de l’astre.

Ash avait longuement observé la ville depuis le pont tandis que le navire approchait bien trop lentement à son goût. De loin, Eoril offrait un spectacle quelque peu singuliers par ses formes géométriques, savamment calculées… Le capitaine lui avait expliqué que la capitale de Zolios était faite à l’image des mages l’ayant façonnée… Ce qui ne la rassurait guère. Néanmoins, la voleuse ne put que rester sans voix en observant la cité aux formes étrangement anguleuses pour lui donner un aspect cubique des plus étonnants. Si elle ne savait rien des aventures qui l’attendaient, une chose était certaine : aucune des villes daënares, aussi imposante furent-elles, ne ressemblaient à la capitale de la terre des fils de Süns…

Une fois sur la terre ferme, Ash prit le temps de réadapter sa marche à la stabilité du territoire en avançant lentement le long de la rue principale. La traversée avait englouti toutes ses économies, c’est donc sans un sou en poche que la jeune femme démarrait sa nouvelle vie. Malgré tout, Ash ne se souciait pas de tout cela. À quoi bon après tout, lorsque l’on a débuté sa vie en volant aux autres ce qui lui faisait défaut ? Et pour cela, rien de mieux que l’animation constante des grandes villes…

C’est ainsi qu’elle se mit à suivre la masse humaine jusqu’à la place centrale de la cité. Étrangement, celle-ci formait un cercle des plus parfait, bien loin du reste de l’architecture aux lignes droites et aux angles si pointus qu’ils lui parurent agressifs. La fameuse regorgeait littéralement de monde, visiblement trop occupés à observer un spectacle s’y jouant qu’ils ne prêtaient guère attention à leur poche. Ash se servit donc allègrement, focalisant son attention sur son moyen principal de survivre plutôt que sur la musique et les flammes qui semblaient embrasser la troupe de danseurs… Durant un temps, du moins… Sans le vouloir, Ash se retrouva absorbée tout comme les autres par cette image enchanteresse, si bien qu’elle ne se rendit absolument pas compte que ses pas l’avaient mené jusqu’aux pieds des artistes. Deux femmes dansaient aux rythmes des tambours et d’un instrument à cordes dont elle ignorait le nom… Danser…À peine pensé, le mot lui parut aussitôt ridicule et insignifiant en comparaison du spectacle qui se jouait devant ses yeux ébahis. Ces femmes ne dansaient pas seulement, elles volaient littéralement en flirtant avec le feu à la chaleur douce, tendre… presque familière… La jeune femme perdue, mais étrangement apaisée, elle se senti comme capturé par l’image de ces femmes… La musique, les gens autour… tous avaient cessé d’exister pour elle pour jouer avec ses émotions passant tour à tour de la joie à la mélancolie sans qu’elle n’en comprenne la raison.

Du moins jusqu’à ce qu’une main ferme ne se dépose sur son épaule pour la tourner vers l’arrière. Le geste la fit bousculer une jeune femme à son côté, mais Ash se trouvait trop sonnée par le spectacle pour s’en préoccuper et ce n’était certainement pas la brute épaisse face à elle qui allait s’en excuser.

-Sâle raclure, tu m’as volé ! grogna l’homme en la secouant comme un prunier avant de raffermir sa prise sur ses bras.

-Hein ? bredouilla seulement la jeune femme encore trop perturbée pour s’apercevoir qu’elle tenait encore sa dernière prise entre ses mains.

Ce n’est que lorsque l’homme baissa les yeux vers ses paumes qu’Ash réalisa son erreur. Oups… Ah! Ça ? Je l’ai trouvé par terre, je l’ai ramassé avec l’intention de retrouver le propriétaire, mais le spectacle était si passionnant que j’ai totalement oublié, mentit-elle avec un air presque sincèrement gêné.Tenez, je vous en prie. Pardonnez ma maladresse...marmonna-t-elle en lui rendant la pochette de cuir souple.

L’inconnu la dévisagea un instant avec un regard que la voleuse ne connaissait que trop bien. Il cherchait à savoir s’il s’agissait d’un mensonge ou de la vérité. Ash jouait très bien la comédie en se servant de réalité pour la transformer à sa guise. Ainsi, ils ne paraissaient jamais trop gros, ni trop éloignés de ce qu’il s’était réellement passé… Tout n’était question que de détail.

-Je vois… Excuse-moi, gamine. C’est que les pickpockets aiment abuser de ce genre de manifestations… Je suis désolé que ce soit une personne honnête qui en paye les frais.

-Il n’y a pas de mal, répondit-elle, victorieuse tandis qu’un sourire amical se dessina sur ses lèvres. C’est ma faute, j’aurai du chercher le propriétaire immédiatement...


-N’en parlons plus, profite bien du spectacle et fait attention à tes poches, lança-t-il en s’éloignant, la saluant même d’un geste de main.

Ouf, souffla-t-elle silencieusement une fois l’inconnu disparu dans la foule. Néanmoins, malgré la beauté de la représentation, Ash ne pouvait plus se permettre de rester là comme si de rien n’était. Car même si cette altercation s’était bien terminée, la rumeur de la présence d’un voleur dans la foule ne tarderait pas à se répandre comme une trainée de poudre… Ce qui ne l’arrangeait pas, puisque étant placée comme principal suspect, même disculpé, son mensonge serait aussitôt découvert… Autant ne pas traîner…

Néanmoins, plus les artistes s’enflammaient (et c’était peu dire), plus les badauds s’approchaient au lieu de s’éloigner comme l’aurait exigé un instinct de survie en parfait état. La voleuse se retrouva donc collée à la femme qu’elle avait bousculé un peu plus tôt, collée voir pressée, leur visages se frôlaient presque si bien qu’Ash se perdit un instant dans les prunelles sombres de l’inconnue.

-Euh, pardon, s’excusa-t-elle en forçant un peu sur la mêlée pour retrouver un minimum de place et surtout d’oxygène.

-Sacrebleu ! Ma bourse ! s’exclama une voix dans la foule. Au voleur !

S’en suivit une seconde, puis encore une autre… Et ce qu’elle redoutait se produisit:

-C’est elle ! la désigna directement une vieille femme.

-Et merde...

Cette fois, inutile de chercher une excuse ou d’élaborer une ruse, ils étaient nombreux et en colère… Mieux valait fuir… Mais dans une foule pareille, les échappatoires manquaient cruellement… Elle recula donc vers la scène sans perdre la masse humaine et haineuse des yeux… Les artistes ne dansaient plus, la musique s’était tu pour laisser la place aux insultes et aux menaces… Arrivée sur l’espèce de scène improvisée, la voleuse jeta un rapide coup d’œil aux alentours… Disposée comme elle l’était, l’estrade pouvait être admirée de tous côtés, mais ne lui offrait aucune porte de sortie… si ce n’est une échelle menant à la plate-forme utilisée pour s’élancer sur un trapèze… Mais à quoi bon, elle savait vider des poches, mais pas voler pour autant… Il ne lui restait donc plus qu’à se jeter dans la foule en espérant pouvoir s’en tirer.

Prenant son élan, Ash s'élança dans la masse, n’hésitant plus à bousculer les badauds, ni même à leur épargner quelques coups de coude plus ou moins placés. L’instant était critique pour la voleuse qui se retrouvait dans la pire situation possible, presque prisonnière au milieu d’eux qui ne cherchaient finalement qu'à lui faire payer ses méfaits de l’après-midi. Leur agressivité s’en ressentait dans l’atmosphère, l’alourdissant pour la rendre presque irrespirable.

Pourtant, elle finit par réussir de s’extraire de la foule, mais pas sans heurt. Durant sa rapide traversée, qui semblait avoir duré des heures, Ash ne fut certainement pas la seule à donner des coups. A mainte reprise, elle avait cru finir au sol à subir leur violence irrationnelle, chaque fois, elle s’était fermement maintenue sur ses jambes, encaissant chaque coup sans jamais plier, se contentant de se focaliser sur la sortie… Mais malgré ça, malgré son agilité habituellement remarquable, elle ne put éviter la lame qui lui entailla douloureusement le dos. Et même si un s’échappa de sa mâchoire crispée, Ash ne perdit pas son objectif de vue et s’échappa aussi rapidement que ses jambes affaiblies lui permirent pour disparaître dans ce qui semblait être une rue bien plus calme.

Afin d’apaiser ses bourreaux et de les décourager face à une éventuelle poursuite, la voleuse se délesta rapidement de son maigre butin tout en s’enfonçant dans les ruelles. Son instinct l’a poussait à rechercher les endroits sombres et exigus, dans le but d’échapper aux plus téméraires d’entre eux, ou tout du moins, de s’extraire à leur vue le temps que tout cela ne se calme. Ash finit néanmoins par dénicher ce qu’elle cherchait, une petite ruelle donnant sur un angle sombre dans lequel elle se recroquevilla...



Ash s'exprime en #ccccff et avec le sourire.
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Meylan Lyrétoile
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Lun 2 Juil - 22:16
Irys : 830315
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
18 juillet 923, Darga

En cette chaude soirée d’été, la fête battait son plein dans le quartier de Süns. Fête donnée en l’honneur de la déesse protectrice, mais aussi prétexte pour rassembler ses adorateurs de tous horizons. Par conséquent, l’aile ouest de la capitale my’tränne avait vu le nombre de ses habitants enfler à une vitesse vertigineuse ces dernières semaines, alors que des tribus des quatre coins du continent s’y établissaient temporairement.

Sur la place centrale du quartier, une estrade en bois accueillait les nombreux artistes venus égayer les festivités. Depuis l’aube, musiciens, danseurs, conteurs et amuseurs en tous genres se succédaient sans discontinuer sur cette scène, au grand plaisir de la foule assemblée tout autour. S’ils se devaient de posséder une maîtrise de soi impeccable, les disciples de Süns n’en avaient pas moins un excellent sens de la fête. On n’était certes pas à Eoril, mais l’ambiance y faisait furieusement penser.

D’ailleurs, le duo qui fascinait en ce moment le public considérable interprétait une danse zolienne particulièrement réussie. Mère et fille aux cheveux assortis aux flammes qu’elles faisaient danser effectuaient un hypnotisant ballet aussi aérien que rapide au son des tambours et d’une lyre solitaire. C’était à peine si on pouvait suivre leurs mouvements, tant elles tourbillonnaient, sautaient, s’envolaient pour atterrir et décoller à nouveau. Et à chaque mouvement, leurs voiles colorés et leurs cheveux de cuivre s’envolaient eux aussi, caressant et fendant l’air à leur suite.

La musique se fit de plus en plus rapide, les pieds des deux danseuses paraissaient ne plus toucher le seul, pas même pour l’effleurer. À la suite d’un bond vertigineux, la plus jeune danseuse agrippa le trapèze également présent sur l’estrade. Sans perdre un moment le rythme de la musique, elle tourbillonna autour du bout de bois, l’entraina dans une courbe montante et…lâcha. L’espace d’un moment, on eut pu croire qu’elle volait. Bras ouverts, jambes tendues, yeux mi-clos, elle n’était pas une jeune fille de quatorze ans, mais une créature mythique sur le point de fondre sur la place. Quand elle entama la descente, le public retint son souffle, certain qu’elle avait vécu et que le retour sur terre lui serait fatal. C’était compter sans une corde bien placée dont la jeune fille se saisit pour ralentir sa chute et décrire un dernier arc de cercle jusqu’à l’estrade. La musique s’arrêta brusquement quand ses pieds touchèrent la surface en bois, et mère et fille saluèrent, sous les applaudissements tonitruants de la foule.

* * *

23 juillet 933, Eoril

En ce chaud après-midi d'été, la fête battait son plein dans le quartier d'amusement d'Eoril. Il faut croire que la capitale de Süns avait un pouvoir d’attraction particulier sur Meylan, puisque c’était la deuxième fois en quelques mois à peine que ses pas la menaient là. Pas étonnant: la ville dégageait une énergie qu’on ne trouvait nulle part ailleurs, et ses danseurs n’étaient pas réputés sur tout le continent pour rien.

Et, comme on peut s’y attendre, cela n’avait pas tardé avant que la ménestrelle voie son attention toute entière accaparée par le spectacle de telles danses. Elle connaissait bien la musique et les gestes qui l’accompagnaient: elle-même avait jadis occupé la place de celle qui faisait en ce moment voler avec dextérité ses doigts sur sa lyre. Si elle fermait les yeux, elle pouvait presque s’imaginer à Darga. Déjà, les traits des deux Zoliennes s’estompaient et laissaient la place à… Non. Elle rouvrit les yeux, refusant de poursuivre cette pensée jusqu’au bout. Sarya était décédée il y a des années déjà, et Delyah avait disparu de la surface du disque.

Les danseuses dansaient bien, si bien que Meylan en oublia presque ceux qui l’entouraient. Elle eut vaguement conscience qu’on criait au voleur, mais la situation se calma bien vite, si bien qu’elle conclut qu’il s’agissait d’une fausse alerte. Instinctivement, elle resserra néanmoins sa prise sur la besace qui contenait sa lyre. Ses économies, elles, étaient bien en sécurité sous sa tunique. Aucune chance pour que quelqu’un lui fasse les poches (poches que sa tenue actuelle ne possédait pas, d’ailleurs).

Le calme (relatif) qui était revenu ne dura cependant pas. Le temps que son regard croise deux yeux d’un bleu étrangement familier, le cri du voleur était repris une nouvelle fois, et cette fois en plusieurs endroits. La jeune femme aux yeux bleus fut désignée, acculée, et chassée jusqu’à ce que le public lésé arrête la course-poursuite en bordure de la place. Dans l’agitation régnante, Meylan n’avait pas pu voir les bourses que la fugitive avait lâchées. Elle avait en revanche assisté à la scène précédente, celle qui avait innocenté la jeune femme. Et elle avait vu l’entaille qu’elle avait récolté dans le dos. Une telle blessure nécessiterait des soins.

S’extrayant tant bien que mal de la masse humaine dans laquelle elle était plongée, la ménestrelle entreprit de suivre la direction emprunté par la fugitive. Ici et là, une goutte de sang ou un objet déplacé par un passage en coup de vent lui confirmaient qu’elle était sur la bonne piste et, après quelques déductions correctes, elle aperçut celle qu’elle cherchait. Evidemment. Elle était loin de chercher l’aide médicale dont elle avait besoin.

"Tu es blessée. Il te faut des soins."

Elle avait parlé d’une voix douce tout en s’agenouillant à quelques pas de la jeune femme. Tout, de sa voix à sa posture en passant par l’expression sur son visage, se voulait rassurant, apaisant. "Je ne suis pas une ennemie." Voilà le message silencieux que Meylan voulait transmettre. Pourvu que ce message passe...



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Ash
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Sam 7 Juil - 9:00
Irys : 174969
Pérégrin 0
Assise à même le sol, les bras entourant ses jambes dans un étau protecteur, Ash se concentrait sur les bruits alentours. Le calme de la ruelle dans laquelle elle s’était cachée lui parut bien étrange, totalement à l’opposé de la place particulièrement agitée qu’elle venait de quitter. Cette ville semblait avoir été conçue d’une manière pour le moins originale, comme si cette partie-là de la cité n’autorisait aucun trouble. Et même si la rumeur d’une agitation lointaine résonnait entre les allées étroites, sa cachette prit des allures de nid douillet, comme une sorte de bulle isolée du reste du monde. Ce n’était là qu’une impression, évidemment, la voleuse y était toute aussi vulnérable qu’ailleurs, même en empruntant la technique des autruches en cachant son visage entre des genoux.

L’entaille dans son dos la faisait souffrir, un peu. La jeune femme avait vécu bien pire en terme de douleur, ce n’était donc pas ce qui allait l’impressionner. Sa localisation, en revanche, l’inquiétant bien plus puisqu’elle ne pourrait pas s’en occuper elle-même et ne pourrait pas non plus compter sur une guérison naturelle. La plaie en elle-même n’était pas si profonde, une simple estafilade, un peu grossière, mais nécessitant pourtant que l’on s’en occupe.

Mais où aller pour cela ? La cité Zolienne lui était inconnue et visiblement hostile envers elle. Certes, elle l’avait cherché en se montrant particulièrement inattentive, du moins sur sa tâche, car elle n’avait rien raté du spectacle offert par les danseuses. Si elle se concentrait suffisamment, Ash pouvait encore entendre la musique hypnotique. Les flammes dansaient de nouveau derrière ses yeux clos, léchant doucement la peau des deux acrobates aux mouvements envoûtant. Pourquoi s’était-elle laissée distraire par ce spectacle en particulier ? Était-ce dû à l’intensité des flammes, à cette douce chaleur étrangement… maternelle ? À la musique peut-être ? À cette manière qu’avait le tambour de capturer son rythme cardiaque pour le forcer à s’adapter à son lourd tempo...Comme si tous ses gestes auraient dû naturellement se synchroniser à ces “poom”...

Et la voilà qui se perdit à nouveau dans ses pensées, oubliant tout, de l’endroit où elle se trouvait, jusqu’à la douleur sourde émanant de son dos. Aussi, elle n’avait pas entendu les bruits de pas, délicats, mais décidés se dirigeant tout droit vers elle et sa cachette qui n’en n’était finalement pas une. Ses yeux s’ouvrirent brusquement lorsque la douce voix l’interpella, la tirant presque trop brutalement de la torpeur dans laquelle la voleuse s’était plongée. Lentement, la jeune femme releva la tête pour laisser apparaître ses perles d’azur tout en gardant le reste dissimulé. Discrètement, avec une lenteur calculée, elle dégage l’une de ses mains pour la porter à sa dague.

L’intruse s’était agenouillée non loin, respectant tout de même une distance de sécurité. Son visage paraissait doux, avenant… Bien loin de la haine et de l’agressivité subie un peu plus tôt. Voulait-elle réellement l’aider ? Pourquoi ? Elle ne la connaissait absolument pas… Et si elle avait assisté à la scène précédente, quel genre d’image pouvait-elle avoir de la voleuse acculée ?

-Et alors? répondit-elle en un grognement légèrement rauque sans pour autant montrer son visage. Qu’est-ce que ça peut te faire à toi ?

Ash ne connaissait pas la compassion, personne n’en n’avait jamais fait preuve envers elle. La seule fois qu’une personne lui avait tendue la main, c’était pour mieux se servir d’elle par la suite en allant jusqu’à exiger l’impossible. Était-ce ce que voulait cette femme ? Tout le monde pouvait paraître aimable et jouer de manipulation de façon plus ou moins visible. Ainsi, Ash avait appris à se méfier des autres et n’accordait jamais sa confiance.

-Que veux-tu en échange ? Rien n’est jamais gratuit en ce monde, je suppose que tu le sais aussi bien que moi.



Ash s'exprime en #ccccff et avec le sourire.
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Meylan Lyrétoile
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Mar 25 Sep - 17:56
Irys : 830315
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
7 septembre 922, Darga

Certaines blessures, pour impressionnantes qu’elles soient, disparaissent facilement sous l’art des servants de Möchlog. C’est toujours l’esprit qui guérit le plus difficilement. La troupe entière avait connu un moment de frayeur qui avait semblé durer une éternité quand la plus jeune des deux acrobates avait raté le trapèze censé la rattraper et était entrée en collision brutale avec le sol, mais on était à Darga. Des soigneurs, il y en avait assez dans cette métropole au cœur des terres de la Chouette. Delyah avait donc été soignée sans trainer et son corps était déjà entièrement remis. La blessure à son amour-propre, par contre, risquait de ne pas être aussi facile à guérir.

« Tu as encore mal ? »

Meylan connaissait la réponse à cette question, mais ça ne l’empêchait pas de la poser. Il fallait bien qu’elle attire l’attention de son amie perdue dans ses pensées d’une manière ou d’une autre.

« Non... »

Déçue, peut-être un peu en colère, l’adolescente était à mille lieues de la jeune fille débordante de vie qu’elle était d’habitude.

« J'ai entendu le râleur du début du spectacle admettre que nos numéros n'étaient pas truqués après tout. »

Au lieu d’attaquer directement le nerf du problème, la ménestrelle avait opté pour une approche oblique sur un ton plus léger. Peut-être que tout ce dont l’acrobate avait besoin était de relativiser un peu ?

« C'est sûr que je viens de lui offrir une sacrée preuve là. »


Le rire jaune qui accompagna cette phrase leva tout doute possible : l’accident avait fait sacrément mal à Delyah, et pas seulement physiquement.

« J'en ai marre, Mey : je le rate une fois sur deux alors que ça paraît si simple quand c'est maman qui le fait. Dis-moi la vérité, je suis nulle ? »

Que celui qui n’avait jamais réagi ainsi face à l’échec lui jette la première pierre. Cette personne ne serait en tout cas pas Meylan : elle aussi connaissait des moments de découragement pendant son apprentissage. C’est dans ces moments-là qu’elle réalisait à quel point être entourée pouvait faire du bien. À son tour d’endosser le rôle de l’entourage.

« ‘Nulle’ ?! Rappelle-moi depuis combien de temps Sarya fait ce numéro ? Et combien de personnes dans la troupe pourraient même espérer de le tenter sans se casser le cou ? À mon avis, pas plus que deux, toi y compris. »

Bonne actrice, elle avait ajouté dans sa voix juste ce qu’il fallait de surprise pour que son amie comprenne qu’elle ne pouvait en aucun cas se considérer comme « nulle ». Ses doutes étaient compréhensibles dans la situation actuelle, raison pour laquelle Meylan ne ressentait pas la surprise qu’elle feignait, mais infondés, raison pour laquelle elle se permettait de feindre.

« Je dois faire mieux qu'elle… »

Là, par contre, la ménestrelle n’eut pas besoin de jouer sa surprise. Elle s’était attendue à beaucoup de causes pour l’humeur morose de Delyah, mais le besoin de surpasser sa mère n’en faisait pas partie.

« Pourquoi ? »

Delyah elle-même n’avait pas l’air d’avoir une explication en réserve.

« Je ne saurai pas te l'expliquer. Je le dois, c'est tout. »

La voilà bien avancée avec une réponse pareille… Meylan regarda son amie ramener ses genoux vers elle et poser son menton dessus. Elle avait l’air perdue, à la dérive. C’était tout simplement inacceptable, il fallait y remédier.

« Si ça peut te rassurer, à terme tu feras forcément mieux qu'elle. Tu es plus jeune : tu ne peux que t'améliorer, alors qu'elle va au fil du temps avoir de plus en plus de mal à réaliser le numéro. Et tu es déjà une meilleure danseuse qu'elle : ton sens du rythme est meilleur. »


Elle avait commencé par des banalités, mais son dernier argument la fit réfléchir. Elle resta silencieuse un moment, pensive. Et si elle tenait une piste… ?

« D'ailleurs, je peux me tromper, mais je me demande si cette figure-là aussi ce n'est pas une histoire de rythme. »

Après tout, ce n’était ni plus ni moins qu’une question de synchronisation entre le trapèze et l’acrobate, tout comme les enchainements entre danseurs. Avec la différence, bien sûr, que rater son coup était légèrement plus dangereux.

« Qu'est ce que tu veux dire ? »

Une lueur de curiosité brillait dans les yeux azur de l’adolescente. Voilà qui était déjà un sacré progrès comparé à l’air bougon et découragé qu’elle avait gardé jusque-là. Sans savoir si oui ou non elle faisait fausse route, la musicienne développa sa théorie.

« Quand tu danses, tu ne comptes pas, tu ne calcules pas, tu te laisses porter par la musique et tu voles sur la scène. Je me demande si ce n'est pas pareil avec ce numéro-là. Le trapèze a un rythme qui lui est propre et te sert de partenaire de danse. Peut-être qui si tu ressentais son rythme au lieu d'en compter les temps, tu volerais comme c'est déjà le cas quand tu danses. Tu n'aurais pas à te soucier de calculs, et tu pourrais être entièrement à l'écoute du rythme du trapèze. »

Comment décrire ce qu’elle voyait à chaque fois qu’elle voyait son amie danser ? Cette communion avec la mélodie qui effaçait tout le reste, ne laissant que la musique au centre de son attention ? Cette aisance que Delyah avait à s’adapter au plus subtil des changements de rythme sans la moindre rupture de fluidité dans ses mouvements ? La différence qui sautait aux yeux de Meylan entre Sarya, qui connaissait ses gestes sur le bout des doigts et savait par cœur quand elle devait sauter ou tourner, et sa fille, qui n’avait pas besoin d’années d’expérience pour laisser la musique guider ses pas ? Si seulement le même instinct pouvait lui servir pour réussir ce saut qui lui donnait tant de fil à retordre… Perdue dans ses pensées, la ménestrelle marqua un nouveau temps de silence.

« Après, c'est le point de vue externe d'une musicienne. Je n'ai jamais même essayé la moindre figure au trapèze, et je tiens trop à mes os pour essayer. »


Donc oui, forcément, ses théories n’avaient aucune garantie de réussir.

« Comme ce machin bizarre qui se balance ? Pôl en a un dans sa roulotte, il dit que c'est pour le rythme »

Ah oui, ça… L’instrument avait aidé Meylan à trouver ses marques dans certains morceaux où le rythme était difficile à trouver, mais elle-même n’en raffolait pas. Le mouvement constant était stérile et mort comparé à la vie qui habitait tout morceau qui se respectait.

« Oui, un peu comme ça. Ça sert à compter le temps au début, mais après il faut apprendre à jouer sans, à ce que le rythme vienne instinctivement. Sinon le morceau aura l'air haché, sans le moindre sentiment. »

« Tu penses que je peux me servir de ça ?  En l'imaginant bien sûr. »

Dans un premier temps, sans doute… Il était vrai que le mouvement de cet instrument ressemblait fort au mouvement de balancier d’un trapèze en pleine action. Encore un parallèle intéressant à creuser.

« Je ne suis pas sûre, mais j'imagine que ça ne coûte rien d'essayer. Ça marche pour les pas de danse et les morceaux de musique, pourquoi pas pour les acrobaties ? Mais seulement dans un premier temps : le but est toujours de pouvoir se passer de cette aide à terme, de ressentir le rythme plutôt que de le subir. Par contre, essaie peut-être d'abord avec de quoi amortir le choc au cas où ça serait une mauvaise idée. Tu nous as fait assez peur comme ça aujourd'hui. »

Maintenant que Delyah ne broyait plus du noir, une petite boutade ne ferait probablement pas de mal.

« J'en ai vu d'autre. »

Le léger sourire sur les lèvres de son amie confirma à Meylan qu’elle était en train de remonter la pente. L’adolescente se releva lentement et enleva la poussière qu’elle avait récupérée du sol avant de continuer.

« Maman dit que rien ne peut être pire que l'échec. Bon d'accord, échouer reviendrait à se rompre le cou... Mais sans cette sensation de danger derrière, personne ne s'intéresserait à nos spectacles. Marche ou crève, danse ou crève... Süns nous alloue le feu de la passion. Je crois en sa magie, en sa protection. Tu devrais lui faire un peu plus confiance toi aussi. »

Et voilà que les rôles étaient inversés et que c’était Delyah qui donnait les leçons ! Meylan ne demandait pas mieux que de faire confiance à Süns ou encore en Khugatsaa, l’Architecte avec qui elle avait la plus grande affinité, mais elle hésitait. Elle avait trop longtemps appris qu’elle devait avant tout compter sur elle-même pour oser sauter le pas d’une telle foi. Mais l’heure n’était pas à de tels débats, donc elle se contenta de répondre sur un ton plus léger.

« Je fais confiance à Süns pour vous protéger des flammes, mais d'après ce que j'ai compris, il faut aussi une dose de bon sens pour éviter de brûler. Si ça ne te dérange pas, j'aimerais autant que tu restes côté marche et danse plutôt que côté crève. »

La plaisanterie acheva de dérider l’acrobate, qui éclata de rire.

« Je n'ai pas l'intention de mourir, rassure-toi. Je veux continuer de danser pour toi ma chère Mey. Les flammes de Süns brûlent chaque jour dans chacun de nous, ta musique en est la preuve. »

Delyah avait retrouvé sa bonne humeur, l’incident était clos.

* * *

23 juillet 933, Eoril


Certaines blessures physiques, même les plus bénignes, pouvaient parfois révéler une blessure de l’âme bien plus douloureuse. Et si les servants de Möchlog faisaient des miracles avec le corps, l’esprit était tellement plus difficile à guérir… Toute disciple de Khugatsaa qu’elle soit, Meylan savait qu’elle avait à peine commencé à lever un coin du voile qui recouvre l’énigme qu’est l’esprit humain. Mais il ne fallait pas plus pour réaliser que la jeune femme assise à quelques pas d’elle souffrait d’une telle blessure. Il suffisait de voir ses réflexes d’animal traqué, son ton agressif, ses mots méfiants. Elle avait peur et tentait par son hostilité de masquer cette peur. Si Meylan voulait lui être d’une aide quelconque, il lui faudrait d’abord la rassurer.

« Ce que ça peut me faire ? Tu es blessée et je suis en mesure de t’aider, donc t’offrir mon aide est la conclusion logique de ces deux faits. »

Même des années après, avoir été éduquée par des soigneuses laissait sa marque sur la musicienne. Elle n’était certes pas une sainte qui venait en aide à tous ceux qui croisaient son chemin, mais elle ne pourrait jamais croiser la route d’un blessé sans tenter de l’aider ou de chercher quelqu’un à même de l’aider.

Toujours agenouillée, la ménestrelle ne faisait pas le moindre geste en direction de la blessée. Il fallait gagner sa confiance, et la brusquer serait contre-productif. Sa voix, qu’elle savait moduler pour endosser n’importe quel rôle, restait posée, calme, rassurante. Pas un mot plus haut qu’un autre, pas de hâte dans ses paroles, rien qui puisse brusquer son interlocutrice.

« Quant à ce que je veux en échange : rien. T’aider ne me coûte rien, alors pourquoi attendrais-je quoi que ce soit en retour ? »

Qu’est-ce que l’autre avait bien pu subir pour avoir développé une telle méfiance à l’égard de ses congénères ? Quelles blessures autrement plus graves que l’estafilade dans son dos cachait-elle derrière ses yeux d’un bleu si particulier, si…unique ?



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Ash
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Ven 28 Sep - 15:28
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Perplexe, la voleuse releva finalement la tête pour observer la bonne Samaritaine avec insistance. Comme à son habitude, elle cherchait à percer la vérité derrière ces perles sombres anormalement attentionnées. De son point de vue, il lui était impossible de comprendre pourquoi cette inconnue tenait tant à lui tendre la main sans la connaître. Cela ne lui paraissait absolument pas logique, sauf s’il s’agissait de manipulation justement. Mais Ash n’avait rien sur elle à voler, ni rien tout court si ce n’est… ses armes. L’inconnue elle, semblait désarmée… Ou alors ses lames se trouvaient quelque part sur elle, bien à l’abri du regard de ses ennemis… Ou peut-être n’en n’avait-elle pas besoin, elle se trouvait bien sur un continent rempli de mages à la puissance dévastatrice… C’est du moins ce qui se disait d’eux sur les terres technologistes… là d’où elle venait, en théorie.


La rouquine ne la quittait pas des yeux, notant sa manie de répéter l’essentiel de sa question avant d’y répondre. Ainsi, elle affirmait pouvoir l’aider, comme ça, sans raison particulière… simplement parce qu’elle le pouvait. Une affirmation bien étrange qui n’eut pour effet que de lui faire froncer les sourcils. Ce n’était pas une raison valable… Personne ne faisait cela, même en ayant de telles possibilités. Les hommes n’étaient rien d’autres que des loups pour leurs congénères... C’est du moins ce que sa bien courte vie lui avait enseigné, souvent dans la douleur. Rien n’est jamais gratuit, et le prix est bien souvent exorbitant.

Malgré tout, Ash restait réaliste. Elle se trouvait à présent en terres hostiles, bien loin de chez elle, totalement isolée et vulnérable. Face à un mage, la rouquine ne pourrait pas se défendre… pas sans son revolver dont elle s’était si bêtement séparé… Enfin, elle l’avait perdu en jouant aux cartes lors de sa dernière traversée et avait oublié de le récupérer avant de débarquer… Et, malheureusement pour elle, de ces lieux inconnus, la voleuse ne savait presque rien, mis à part les rumeurs recueillis çà et là. Aussi, vu l’endroit où se trouvait sa blessure, jamais elle ne pourrait se soigner seule. Si elle était souple, elle ne pouvait voir ce qui se trouvait dans son dos… Que savait-elle de la gravité de la blessure ? De la profondeur de la plaie ? Rien d’autre que la légère douleur ressentie, mais atténuée par l’adrénaline indiquant que ce n’était pas grand-chose... Mais comment en être certaine malgré tout ?

Et si la brune pouvait réellement l’aider ? Simplement la soigner avant la laisser repartir ? Peut-être que cela se faisait sur la terre des architectes… qu’en savait-elle après tout ? Dans ses yeux noirs ne brillaient aucune lueur malsaine, alors soit elle était sincère, soit elle jouait très bien la comédie…

- De bien jolies paroles, beauté. Mais tu n’es certainement pas la première à me sortir ce petit discours pour mieux m’entuber par la suite. Personne ne fait jamais preuve de ce genre de bonté gratuite et je sais de quoi je parle.

Des mauvaises expérience, la voleuse en avait des tas. La dernière ne remontait pas aussi loin. Le souvenir de la montagne et de son paiement impossible à honorer et de ses menaces ouvertes restaient encore bien ancrés dans sa mémoire… Et ne risquaient pas d’en sortir de sitôt. Néanmoins, le visage de l’inconnu lui parut si avenant que la rouquine eut presque envie de lui faire confiance. Du moins, jusqu’à ce que son instinct de survie la rappelle à l’ordre… Le même qui lui ordonnait de faire refermer cette estafilade au plus vite. Que faire à la fin ? Prendre le risque de se montrer plus vulnérable encore qu’elle ne l’était déjà en devenant une proie facile pour quiconque lui voulant du mal ?

-Fait chier, grogna-t-elle en tournant la tête vers le mur. D’accord, je te suis...

Lentement, la voleuse se releva, dépliant sa carcasse sans pour autant se tenir droite, pour ne pas tirer sur sa plaie ouverte. Se saisissant de sa dague, Ash la plaça de sorte à la laisser bien voyante pour faire comprendre à l’autre qu’elle n’était pas si sans défense que cela.




Ash s'exprime en #ccccff et avec le sourire.
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Meylan Lyrétoile
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Dim 21 Oct - 16:05
Irys : 830315
Profession : Ménestrelle
My'trän +2 ~ Khurmag
21 mars 928, Darga

Convaincre Delyah n'était pas la plus facile des choses à faire. Elle pouvait être incroyablement têtue quand elle le voulait, et il était difficile de lui faire sortir une idée de la tête ou, comme c'était le cas dans la situation actuelle, de faire entrer une idée dans cette même tête quand sa propriétaire avait décidé de couper tous les accès. Heureusement, Meylan était aussi têtue que son amie et, à force de persévérance, elle avait réussi à l'entrainer pour assister au festival donné en l'honneur de Süns pour célébrer la fin de l'hiver. On ne fêtait l'équinoxe de printemps qu'une fois par an, après tout, et c'était simplement une coïncidence malheureuse que cela empêche la jeune fille de retrouver un certain joli coeur.

Ou pas. La ménestrelle savait exactement ce qu'elle faisait, et elle n'entraînait pas tant son amie vers les nombreuses réjouissances de la fête printanière que loin d'un certain soupirant qui en faisait un peu trop au goût de la Darguienne. Ce n'était pas qu'elle ait quoi que ce soit contre le principe d'une première romance pour la jeune fille (voilà qui aurait été assez hypocrite). C'était tout simplement que les sourires et le comportement tout sucre tout miel du nouveau-venu ne lui disaient rien qui vaille. Meylan était une excellente actrice, elle savait quand un rôle sonnait faux. Et tous ses instincts hurlaient qu'elle devait protéger Delyah d'un homme plus faux que les costumes que la ménestrelle enfilait pour incarner ses nombreux personnages. Elle ne cachait d'ailleurs pas son antipathie et, si le jeune homme avait tout d'abord tenté de l'amadouer elle aussi, il avait depuis longtemps réalisé que c'était peine perdue. Depuis, la musicienne et lui s'évitaient tant qu'ils le pouvaient, faisaient preuve d'une constante agressivité passive à l'égard l'un de l'autre quand ils ne pouvaient s'éviter, et, surtout, se disputaient jalousement la compagnie de Delyah. Pour le moment, c'était la musicienne qui avait gagné. Mais elle avait gagné une bataille seulement. L'issue de la guerre était bien plus incertaine...

* * *

23 juillet 933, Eoril

Convaincre la jeune femme n'avait pas été la plus facile des choses à faire. Qu'est-ce qui avait bien pu la rendre aussi méfiante, aussi réticente à accepter l'aide qu'on lui offrait? Des abus de confiance dans son passé, c'était clair comme de l'eau de roche puisqu'elle-même l'avait dit clairement. Mais pour laisser une marque aussi forte, il fallait quelque chose de sacrément traumatisant. La mémoire, don de Khugatsaa, permettait certes d'apprendre des erreurs passées, mais en voyant à quel point des souvenirs pouvaient paralyser, Meylan se demanda (pas pour la première fois, d'ailleurs) s'ils n'étaient pas parfois un fardeau plutôt qu'une aide.

Enfin, bon gré, mal gré, l'autre la suivait maintenant, ce qui était le principal dans l'affaire. Si offrir de l'aide à une blessée était une réaction naturelle pour la ménestrelle, elle n'était pas du genre à aller fouiner dans les affaires des autres. Elle n'interrogea pas l'autre, partant du principe que si celle-ci voulait partager une information à son sujet, elle le ferait spontanément. Par contre, elle avait la très nette impression que la rouquine n'était pas d'ici. Ce ne serait donc pas une mauvaise idée de lui expliquer l'une ou l'autre chose à propos de la médecine à My'trä.

"Je sais où trouver une disciple de Möchlog. Elle travaille entre autres pour la milice de la ville, donc elle a l'habitude de soigner des blessures en tous genres. Elle te soignera plus vite que les guérisseurs traditionnels n'en seraient capables. Ta blessure ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir."

En espérant qu'elle n'ait pas une peur bleue des mages, sinon Meylan devrait recommencer tout le processus destiné à la convaincre de la suivre, ce qu'elle ne souhaitait pas. Enfin, au moins l'autre ne portait aucune invention daënare sur elle, ce qui était déjà bon signe. Comment elle pouvait le savoir? Très simple: elle ne ressentait pas la nausée qui aurait accompagné une telle présence. Encore heureux.

Ce n'était pas la première visite de l'artiste à Eoril, et elle connaissait donc assez bien la ville pour les amener rapidement face à la porte qu'elle cherchait. Elle s'arrêta et frappa. À première vue, l'endroit était quelconque: une maison en briques claires avec une porte verte dans une ruelle tranquille de la ville. Seule la statuette à l'effigie d'une chouette qui trônait dans une niche au-dessus de la porte d'entrée révélait que la personne qui habitait la maison vénérait le Maître du Destin. La porte ne tarda pas à s'ouvrir, révélant une femme aux cheveux bruns qui aurait sans doute été belle si elle n'avait pas eu l'air plutôt austère. Mais elle excellait dans son art, ce qui était le principal dans l'affaire.

"Décidément, vous avez l'art de vous attirer des ennuis."

Son commentaire s'adressait à Meylan, qui trouvait d'ailleurs qu'elle exagérait. Qu'est-ce qu'elle y pouvait si ses deux visites à Eoril l'avaient amenée à croiser ses pas? Sans compter que la dernière remontait à plusieurs mois. Sans plus de formalités, la soigneuse libéra le passage dans l'embrasure de la porte pour permettre à ses deux visiteuses d'entrer.



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Ash
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Jeu 25 Oct - 9:09
Irys : 174969
Pérégrin 0
C’est avec une méfiance exacerbée que la voleuse suivit sa bienfaitrice présumée dans les rues de la cité. Sa dague toujours en main, bien que dissimulée dans sa manche, elle marchait en observant les alentours, dans la crainte de tomber sur l’un des poursuivants. Mais même si son regard se portait partout, autour d’elle, ses oreilles écoutaient avec attention les paroles de l’inconnue. Celle-ci affirmait connaître une disciple de Möchlog… Un nom qui ne lui était pas inconnu sans pour autant lui être familier. Les affaires liées aux Architectes échappaient totalement à la rouquine qui ne pouvait que reconnaître ses lacunes, même si elle ne voulait certainement pas les exposer à voix haute devant un mage.

Question de fierté, évidemment. Ash détestait passer pour une imbécile, en particulier devant une personne dont elle ne savait strictement rien. Pas même son nom. Mais aussi par instinct de survie. Reconnaître son ignorance revenait à exposer ses faiblesses, or, pour l’heure, elle en avait bien assez de mise à nue.

Néanmoins, selon les dires de la jeune femme, la voleuse comprit qu’il s’agissait de la chouette. Être divin, maître du destin, de la vie, de la mort… Des termes à lui donner froid dans le dos à elle qui ne croyait en rien hormis en elle-même et seulement lorsqu’elle était sobre. Malgré tout, soucieuse de parfaire ses connaissances dans le domaine, la voleuse nota précieusement ces nouvelles informations dans sa mémoire abîmée. Mais plus que les mots, c’est l’intonation de la brune qui l’intéressait. Celle-ci semblait peser ses mots, veillant à en maîtriser le timbre, le son… Elle avait quelque chose d’apaisant, mais aussi d’horripilant pour celle qui doutait constamment de tout, en particulier de la gentillesse.

Calquant ses pas dans ceux de l’inconnue, la rouquine se laissa pourtant guider jusqu’à une maison en tout point identique aux autres. Rien ne lui permettait de se distinguer de ses voisines. Aucune enseigne. Aucune marque d’originalité… Pas même un numéro. Rien… Si… Une simple statuette sans prétention représentant le fameux animal donnait une indication sur ses occupants. La brune ne sembla pas hésiter à un seul instant, et sans prêter attention à la jeune femme derrière elle, elle frappa simplement à cette porte si banale sans ajouter un seul mot.

Quelques instants plus tard, la porte s’ouvrit sur une autre inconnue à l’expression bien moins avenante que celle de son guide. Curieuse et toujours aussi méfiante, Ash l’observait avec attention, s’attardant, probablement un peu trop, sur les traits de cette nouvelle inconnue. Son regard avait beau paraître froid de prime abord, mais celui-ci semblait refléter une sorte de résignation… Comme si, finalement, rien n’avait d’importance… Ne disait-on pas que les disciples de la chouette étaient dotés d’un caractère particulier, distant… En toutes circonstances et ne se liaient qu’en de très rares occasions ? D’où tirait-elle cette information ? La voleuse n’en n’avait pas la moindre idée, néanmoins le comportement de cette femme ne fit que renforcer ce ressentis sorti d’on ne sais où.

Gardant le silence, la rouquine écoutait l’échange entre les deux femmes, avant que la plus froide des deux ne les invite à entrer. Son guide avait beau avoir confiance en cette nouvelle inconnue, Ash, elle, restait méfiante et veillait à rester à distance… malgré les raisons évidentes qui l’avaient poussée à suivre la brune à travers Eoril. Mage de soin et voleuse se fixaient, se jaugeant l’une l’autre sans que Ash ne comprenne les raisons de son silencieux adversaire.

-C’est la première fois que tu rencontres un enfant de la chouette n’est-ce pas?

Comment répondre lorsqu’on ne possède aucune réponse, ou presque. Peut-être la voleuse en avait connu durant son ancienne vie, même si cela lui semblait peu probable. Néanmoins, elle était certaine de ne pas en connaître dans cette vie-ci. Mais puisque la mage avait déjà compris ses doutes, autant jouer franc-jeu et confirmer ses suppositions, même s’il était hors de question de le faire à voix haute. C’est pourquoi Ash se contenta de hocher la tête, un geste simple, un peu brusque, son visage affichant son mécontentement.

-Tu n’as rien à craindre de moi.

-Ce n’est pas le cas, répondit-elle tandis qu’un sourire s’esquissa sur son masque de mauvaise foi.

-Dans ce cas, ne reste pas planter là, viens ici et retire ta chemise que je puisse voir l'ampleur des dégâts.

Après un regard lancé à son guide, Ash s’exécuta se débarrassant de son haut poisseux de sang et de poussière en passant devant la brune. La rouquine n’avait pas honte d’exposer ses cicatrices, celles-ci faisaient partie d’elle depuis longtemps maintenant. Le plus gros massacre étant celui de son tatouage, l’immense griffon noir balafré, déchiré, brûlé, en tout point le rendant presque méconnaissable. Ash s’installa dos à la guérisseuse et ne la vit donc pas observer son guide avec un regard étonné.

-Tu ne sentiras aucune douleur, rien d’autre qu’un peu de chaleur.

-Très bien.

Prenant une profonde inspiration, la voleuse ferma les yeux pour se laisser aller. Chaleur y avait, mais celle-ci n’était en rien gênante, seulement rassurante, réconfortante.



Ash s'exprime en #ccccff et avec le sourire.
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