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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Zolios
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 Illusions et lucioles

Leynar Gale
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Dim 1 Juil - 17:13
Irys : 406236
Profession : Marchand itinérant/ Joaillier/ Arnaqueur
My'trän +2 ~ Khurmag
Ça faisait un moment que Leynar était à Eoril maintenant, le convoi de marchands avec lequel il se déplaçait avait été retardé et le départ avait été différé d’une semaine en attendant. Pas que cela gêne véritablement le khurmi, il avait encore des choses à faire dans la grande cité des fils de Süns et il avait récemment reçu une cargaison de pierres brutes de la part d’un ami marchand, contre une petite rétribution bien entendu, mais tant que Leynar avait des marchandises il ne se plaignait pas. Ainsi il avait encore une semaine pour faire des affaires à Eoril, qu’elles soient légales ou non. Rien de bien méchant, seulement le rachat d’objets de valeurs ayant été « saisis » et attendant d’être achetés dans d’autres régions de My’trä. Et Leynar prenait bien soin de faire croire que tout cela était légal. Il reprenait des poteries à ses collègues des Danseurs du Crépuscule ? Eh bien il achetait quelques autres poteries d’Eoril, histoire de ne pas attirer les soupçons. Bien entendu il n’achetait pas non plus n’importe quoi, il fallait encore qu’il réussisse à revendre le tout ailleurs, ou de troquer quelques marchandises, pour le peu qu’il n’y ait pas de pertes il s’en accommodait. Et même s’il y avait des pertes il trouverait forcément un moyen de passer outre, il saurait toujours se débrouiller pour s’en sortir.


Toujours était-il que le marchand se déplaçait d’un bout à l’autre du quartier commerçant d’Eoril, se déplaçant dans une foule grouillante de monde venu profiter des diverses activités de la ville si animée. Et on pouvait dire que les gens en profitaient bien. Rien de bien choquant pour le khurmi, lui qui avait vécu une partie de sa vie à Reoni il savait bien comment pouvaient être les gens lorsqu’ils profitaient, voir abusaient de certaines activités. Il le savait très bien même, il avait lui-même profité de l’attractivité de Reoni par le passé, quand à savoir si ça lui avait réussi… Eh bien il n’y avait qu’à voir son visage incroyablement laid pour se rendre compte que ça c’était mal finit pour lui. Il s’en voulait presque parfois d’avoir été aussi stupide, car après tout c’était sa faute s’il était devenu comme ça. Il l’assumait, mais il regrettait aussi, comment ne pas s’en vouloir d’avoir été défiguré parce qu’il était stupide ?


Soudain il sortit de sa rêverie. Il avait percuté quelqu’un, ou quelque chose dans la foule. Le problème c’est que la personne ou la chose en question n’existait pas, ou en l’occurrence, il n’y avait rien devant lui. Pourtant il aurait juré avoir percuté quelqu’un. Étrange. Il ne se savait pas fou pourtant, alors qu’est-ce qui avait bien pu se passer ? L’arnaqueur ignorait-il quelque choses dont il n’avait pas conscience jusqu’à présent ou était-il bien en train de devenir fou ?



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Laurelin
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Lun 2 Juil - 22:56
Irys : 259950
Profession : Vagabond
My'trän +2 ~ Khurmag

Que la vie pouvait être douce en ces temps estivaux. Le soleil baignait de ses chaudes volutes le monde emplit d’une vie grouillante. Les oiseaux migrateurs s’en étaient déjà retournés dans leurs demeures d’été depuis longtemps, abandonnant les territoires qui, eux, restent chauds qu’importe la saison. De leurs cris, ils bercent la vie des villes et des forêts alors que les hommes et les femmes de ce monde dorment encore d’un sommeil lourd. Leurs chants mélodieux est une source d’inspiration et de rêve pour quiconque saurait s’en délecter. Ils sont bien trop nombreux ceux qui se muent ça et là sans pourtant vivre. Pourtant qu’y-a-t-il de plus important que de vivre ? On trouve la vie dans chaque brin d’herbe, chaque bruissement de feuille, chaque envolée d’oiseau, chaque brise, pour peu que l’on daigne cueillir la vie.

Je suis de ceux-là. Ma dévotion pour l’architecte des illusions est mon bonheur et mon malheur. Je n’oublis rien, mes souvenirs restent vivaces même après les années. Je me souviens de ma mère et de mon père, de mes frères et de mes sœurs, du mage qui m’avait recueilli et qui fut comme un second père comme moi. Je me souviens des paysages de Khurmag, de la neige froide et pourtant si agréable malgré mes petits pieds d’enfant à l’époque. Mais je me souviens aussi de la mort de mon père et du flux vital qui macula la neige qu’il avait si souvent foulé afin d’aller pêcher pour nourrir sa famille. Je me souviens de mon frère battu par ceux qui venaient nous dépouiller. Et surtout, je me souviens de ce jour dans le fond d’une cale sombre et humide, où j’eut à accomplir une chose qui me hante encore aujourd’hui, pour mon plus grand malheur. Si je suis en vie aujourd’hui, c’est grâce à cela. Si je suis ce que je suis devenue aujourd’hui, c’est à cause de cela. Telle est ma malédiction.

L’illusion est à ma vie ce que le printemps est à la terre. Indispensable, une douce rêverie symbolisant le renouveau et le développement de la vie sous toutes ses formes. La barrière entre la réalité et mes illusions est parfois bien étroite et bien trop perméable. Toujours rêveuse, la vie est douce, bien que je ne possède ni foyer, ni famille, ni attache.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~


J'avais faim, comme d’habitude. Le petit déjeuner frugale de ce matin n’avait rassasié mon estomac que pour quelques heures seulement, qui s’écoulèrent bien rapidement. Aucun rêve ne me berça cette nuit-là, rien que les cauchemars de visions bien trop familières. Ma mère, la lame païenne, l’explosion, la mort de ce qui était le reste de ma famille. Je me souviens encore de l’état d’esprit de ma mère lorsque l’explosion mit fin à sa vie. Toujours liées par la télépathie, je me souviens de ce « je t’aime » de la dernière heure, et puis le vide. Le vide de la mort, le néant. Je m’éveillais soudainement, mon front perlant de sueur, courbant l’échine, rapprochant instinctivement mes genoux jusqu’à mon menton tandis que, assise dans cette position de soumission – soumise à la vie, soumise aux cauchemars – je me berçais moi-même d’avant en arrière dans un équilibre précaire avant de choir sans demander mon reste, toujours recroquevillée sur moi-même. Je fredonnais alors cette douce musique que chantait ma mère et qui me calmait jadis, malgré les tourments de la nuit.

Un déjeuné frugal disais-je, suivi de quelques heures à rêvasser devant le lever du soleil. Le ciel était si beau, teinté de leurs rouges, roses et orangées, les nuages couvrant le soleil suffisamment pour pouvoir profiter de ses rayons sans se bruler la cornée. Je rêvassais à l’envie, prisonnière de ma torpeur, que seules quelques illusions venaient troubler. Là, une envolée d’oiseaux, petits et rapides, exécutants milles et unes acrobaties dans les airs. Puis ce furent les papillons monarques, sublimes créatures aux couleurs chatoyantes et aux ailes aux motifs hypnotisant. Un millier de ces créatures m’entourèrent, se posant sur chacun de mes doigts, virevoltant avec toute leur allégresse. Je passais tellement de temps à rêvasser que la faim fit gargouiller mon ventre au tel point qu’aucune illusion visuelle ou auditive ne put le couvrir. Il fallait manger et je n’avais rien. Comme d’habitude.

Je me mis en quête d’un déjeuner, que je saisirais à l’envie dés que l’occasion se présenterait. Le vol n’est pas une chose agréable ni gentille, je le sais. Mais il faut bien manger. Comment pourrais-je vivre, rêvasser et aider les âmes tourmentées si je ne me nourris pas ? Je suis déjà bien assez mince comme cela. Svelte dirait-on, au physique athlétique penserait-on, mais mince tout de même. Alors pourquoi maigrir plus ?

Me drapant d’un voile d’illusion qui me rendait invisible aux yeux de mon entourage, je pris tout de même l’initiative habituelle : mettre ma capuche et avancer tout en maintenant cette invisibilité illusoire. Ainsi, on ne me verrait pas, ni de loin et encore moins de prêt. Il faut dire que depuis toutes ses années, l’invisibilité par le biais de l’illusion était devenue une habitude dans laquelle j’excelle ! Aussi, j’arpente les rues sans être vue, utilisant mes capacités physiques dans l’art du déplacement pour me faufiler entre les badauds sans jamais éveiller aucun soupçon, Khugatsaa en soit loué. Et les dons d’Amisgal sont forts utiles également, lorsque les vents permettent de soulager mes pas de mon faible poids. Ni trace de pied, ni bruit de pas, je passe comme une ombre dans la nuit, comme un souffle dans une brise. Ce mode de vie est devenu un jeu. Tout n’est que jeux de toute façon. Pour vivre heureux vivons léger, non ?

Et que vois-je ? Un commerçant ambulant trop occupé à satisfaire d’éventuels clients et à attirer des badauds curieux pour faire attention à son sac et son cabas. Hop, je me faufile en trottinant d’un pas toujours léger, veillant toujours à rester invisible. Sur ses arrières, j’entrouvre le sac : Deux oranges, du pain blanc et une confiture artisanale. Je prends le tout. Puis vient le tour cabas qui, lui, est plus lourd : Une salade toute fraîche, deux ou trois tomates, une pomme, un fromage et une belle pièce de viande. Je me sers encore une fois, et prend la salade, les tomates et le fromage. Je lui laisse la pomme et cette belle pièce de viande qu’il a certainement payé une fortune. Je vole, oui, mais uniquement pour survivre, et non pour m’enrichir. S’enrichir aux dépens d’autrui, user de mes capacités pour faire le mal, impossible, impensable. Non, je ne suis pas de ce genre-là, à prendre ce qui me plait qu’importe le courroux provoqué et le mal engendré. Grâce au labeur de cet homme, je vais pouvoir manger à ma fin ce midi et peut-être même ce soir. Je dois le remercier, c’est la moindre des choses non ?

Alors, après avoir enfoui mes prises entre mon bras gauche et ma robe grise, je passe délicatement ma main droite à quelques millimètres de la tempe de ce marchand et je me concentre. Je perçois un homme rusé, fin commerçant et négociant, terrifié à l’idée de finir sur la paille, mais également de finir seul. Il n’a pas encore de famille, et cela lui fait peur, lui qui vient de dépasser la trentaine. Je perçois autre chose encore. Bien qu’il soit natif de Zolios et que le feu soit sa magie de prédilection, il est également réceptif aux charmes de quelques félins. Alors, je matérialise un chat d’une extrême beauté, aux petits yeux d’un bleu nacré et au pelage tigré de noir, d’orange et de marron. Ledit félin s’approche alors doucement du marchand qui le remarque rapidement. Alors que je passe ma main contre sa cheville, lui voit un félin cherchant une caresse, avant de disparaître derrière une caisse de marchandise un peu plus loin. Pour lui, tout cela semblait naturel, et qu’un tout petit geste, mais je sens déjà en son esprit naître un sourire, le même sourire que celui illumine notre visage lorsqu’une vision touchante nous parvient. Un petit moment de douceur qui chatoie l’esprit et le cœur.

Heureuse de mon fait, de ce remerciement qui n’en est un que pour moi, je me prépare à reprendre ma route. J’allais reporter mon regard sur mon chemin semé d’embuche lorsque je rencontre ce qui s’apparente à un mur. Il bouge se mur. Un mur ça ne bouge pas ? Ce n’était pas un mur, mais une personne, un homme au visage emmitouflé et invisible ou presque. Je n’eus aucunement le temps de le voir, ni même de l’entrevoir, car ce choc inattendu provoqua un sursaut mêlé d’une grande inspiration bruyante, provoquant le bruit typique d’une personne surprise. Puis, je perds l’équilibre, chancelle puit chois, mes fesses heurtant durement le sol alors que j’écarte mes bras pour poser mes mains au sol et ne pas tomber plus en arrière, laissant encore une fois échapper un souffle forcé extirpant un léger « Humf ».

Mon nez avait heurté la poitrine de l’homme et dans mon élan, je fus quelque peu sonnée et totalement surprise. Cette dernière, associée à la chute et au choc entre mon fessier et le sol beaucoup trop dur, dissipèrent immédiatement toute illusion. J’étais maintenant visible tous comme mes cristaux circulaires sur mes bras et mon cou. Heureusement que ma robe les cachait presque tous, ceux du cou, néanmoins, pouvaient ressembler à de vulgaires tatouages. Pis, ce que j’ai volé est de nouveau visible et son précédent propriétaire n’est qu’à un ou deux mètres derrière moi et je l’entends déjà maugréer.

Et moi je suis là, assise au sol, une main posée par terre pour garantir un équilibre précaire et une autre dans mes cheveux agrippant une bonne tignasse tandis que je cherche à recouvrer mes esprits. Que c’est difficile. J’en oublis presque le contexte environnant. Le marchand qui, d’après ce que je perçois toute de même, se rend compte que ce qui se trouve à mes pieds n’est autre qu’une partie de ses courses, et celui que j’ai heurtée. Dans quel état est-il ? Est-ce qu’il va bien ? Est-il blessé ? Ces questions sont immédiatement balayées par la crainte, que dis-je, la terreur, d’être maintenant à la vue de toutes et de tous. Aussi regardais-je, l’air hagard, l’assemblée inquiète et curieuse, tandis que la détresse emplissait tout mon être et mon regard. Je suis seule, comme nue face à eux. Le visage que j'arbore est mon visage et non une illusion, mon seul bouclier est envolé et je suis maintenant face à mon destin.
- Que se passe-t-il ? Que va-t-il m’arriver maintenant ? Dans quel pétrin suis-je tombée ?Pensais-je, inquiète.
Que Khugatsaa me vienne en aide.



La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

Laurelin s'exprime comme cela
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Leynar Gale
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Ven 6 Juil - 23:11
Irys : 406236
Profession : Marchand itinérant/ Joaillier/ Arnaqueur
My'trän +2 ~ Khurmag
Inattendu, imprévu, inopiné, c’est ainsi que l’on pourrait qualifier une telle rencontre, et Leynar avait encore une pléthore de mots en tête après s’être rendu compte de ce qu’il avait heurté. Il avait fallut un léger instant pour qu’il s’en aperçoive, comprenant qu’il avait bien bousculé quelqu’un, mais quelqu’un qu’il n’avait pas vu auparavant, ou qu’il n’avait pas pu voir. Était-ce le fuit de l’art de Khugatsaa ou bien le khurmi avait-il été rêveur au point d’oublier ce qui l’entourait ? Il n’aurait su le dire précisément à l’instant ou il posait ses yeux sur celle qui l’avait, ou qu’il avait heurté. La foule en elle-même continuait de se mouvoir, quelques curieux environnants qui avaient du voir la scène et être aussi surpris que Leynar observaient ce curieux décor. Le marchand n’aurait pu leur donner tord, même à My’trä il n’était pas commun de voir quelqu’un apparaître subitement et tomber au sol. L’arnaqueur observa un court instant la jeune femme devant lui. Elle avait l’air perdu, apeuré par quelque chose, mais il n’aurait su dire par quoi. Comment aurait-il pu ne serait-ce qu’imaginer que la raison de cet affolement n’était pas un simple état de choc passager, mais la peur vivace de se retrouver à la vue de tous ? Il n’aurait pu seulement songer que c’était là les symptômes d’une angoisse profondément encrée, bien trop accaparé par ses propres pensées. De l’étonnement il passait au questionnement. Qui était-elle ? Pourquoi l’avait-elle bousculée ainsi ? Et pourquoi avait-elle ce regard terrifié ? Tant de questions qui se bousculaient inlassablement dans son esprit alors qu’il ne quittait pas des yeux la jeune femme. On aurait presque pu dire qu’elle sortait d’un rêve.


Il se pencha doucement, peu à peu, avant de tendre sa main gantée à l’inconnue. Il fallait bien que quelqu’un l’aide à se relever et à reprendre ses esprits, puisqu’à part Leynar aucune des personnes qui observaient ne semblait vouloir l’aider. Ou bien dans leur esprit il était naturel que ce soit le khurmi qui s’en charge puisqu’il lui faisait face. Mais bientôt quelqu’un vint l’interrompre en se plaçant derrière la jeune femme, maugréant et pestant à propos de sa nourriture. Il affichait une mine sévère, fixant avec mépris la jeune femme au sol. Leynar le connaissait, il s’agissait d’un de ses nombreux collègues marchands itinérant, et il avait déjà voyagé avec lui. C’était lui aussi un khurmi, un grand individu à la peau blanche comme la neige et qui habituellement gardait un grand sourire sur son visage, qui avait l’air très irrité à cet instant précis. L’homme regardait ce qui lui appartenait quelques instants plus tôt et qui était désormais par terre. Rien définitivement fichu à part le pot de marmelade qui gisait au sol dans une multitude d’éclats de verre. Et pourtant cela ne semblait que renforcer la colère de l’homme, après tout il n’étais jamais agréable de se faire voler, et Leynar le savait mieux que personne, se remémorant sa pénible rencontre avec Oskar quelques mois plus tôt. Mais le moment n’était pas à la rêverie. Leynar s’était redressé et observait maintenant ce qui se passait avec un certain recul, préférant attendre avant d’ajuster sa conduite alors que l’autre marchand se plantait juste devant lui, faisant face à Laurelin à qui il lançait un regard noir.


-Je peux savoir ce que fait la nourriture que j’ai payé dans tes mains alors qu’elle était soigneusement rangée dans mon sac et mon cabas ? Tu pense que c’est drôle de voler le dur labeur des autres ? J’en ai marre de vous les voleurs, vous vous mettez même à voler la nourriture foutus charognards !


Leynar devait bien avouer que tout ceci devenait gênant et ridicule, s’emporter à ce point pour des marchandises importantes il l’aurait compris, mais entre des biens de grande valeur et de la nourriture il y avait un monde. Le plus triste était qu’il continuait de vociférer contre la jeune femme au sol. Ce petit manège commençait à ennuyer Leynar, il n’avait pas particulièrement envie de voir son collègue se ridiculiser devant sa propre clientèle et n’avait pas non plus envie qu’il n’aggrave l’état de celle que lui-même avait bousculé peu de temps auparavant. Oui, il se souciait sincèrement de l’état de cette femme qu’il ne connaissait absolument pas. Était-ce parce qu’il l’avait heurté et qu’il se sentait responsable ? Peut-être, mais après tout, pourquoi chercher à justifier un élan de générosité chez lui ? Pour une fois qu’il faisait une bonne action. Alors il posa sa main sur l’épaule de son collègue, faisant cesser le flux de reproches dont l’autre marchand pourrait se reprocher lui-même plus tard.


-Tu t’emporte plus que nécessaire pour des broutilles. Te mettre en colère pour tes produits, pourquoi pas, mais te monter la tête pour de la nourriture c’est stupide. Note que je comprends ta réaction. Ajouta t-il rapidement après que son collègue ne lui lance un regard mauvais. Mais elle est disproportionnée, surtout que tu as dû encore négocier bec et ongles pour ton repas.


Le regard de l’autre marchand changea, ses traits qui étaient colérique prirent un petit air coupable, faisant soupirer Leynar. La situation était au moins désamorcée, restait à savoir pourquoi celle qui était au sol et à l’origine de tout cela avait fait ça. Il voulait tout de même connaître le fin mot de l’histoire. De la curiosité ? Peut-être, la vie était bien morne sans quelques rebondissements, il fallait bien que parfois la curiosité prenne le pas sur tout le reste. Aussi il laissait de côté la raison pour laquelle il faisait tant d’aller retour à Eoril. Momentanément bien sûr, il y reviendrait tôt ou tard car après tout une fois sa curiosité satisfaite il retournerait à ses occupations et mettrait ce moment dans un coin de son esprit.


Alors qu’en était-il d’elle ? Leynar n’avait pas reposé le regard sur Laurelin depuis qu’il avait calmé le marchand. Cela n’avait pas été très long, mais pas bref non plus. Qu’avait bien pu faire la fille aux milles lucioles pendant ce temps ?



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Laurelin
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Lun 9 Juil - 21:46
Irys : 259950
Profession : Vagabond
My'trän +2 ~ Khurmag

Cet homme me voit telle que je suis, comme tous les autres d’ailleurs. Je déteste cette sensation. Je me sens si seule et si frêle, comme un petit oiseau tombé du nid. Comme un moineau au milieu des corbeaux. Cette sensation me ramène malgré moi en arrière, loin dans mon passé. Mais je suis trop confuse pour réellement y penser ou réellement m’y perdre. Mes pensées sont si brouillées que je sais plus où je suis, ni qui je suis. Mes gestes sont ceux d’une femme apeurée. Ma respiration est rapide et superficielle, ponctuée de profondes inspirations. Cet état de fait provoque l’affleurement de quelques larmes sur le pourtour de mes yeux qui coulent bientôt le long de mes pommettes. Mon corps est chamboulé. La respiration superficielle et rapide provoque les larmes, les larmes brouillent la vue, le corps se raidit alors puis tremble à cause de cet impact nerveux et je me replie sur moi-même comme une enfant terrorisée. Recroquevillée sur moi-même, mes genoux rapprochés vers mon menton, je les enlace de mes bras comme pour me sentir en sécurité et je pose mon menton sur mes genoux, mon visage se crispant à chaque respiration difficile et désagréable. Que d’émotions.

L’inconnue me tend une main gantée mais je ne la saisie pas, je ne lève même pas mes yeux qui doivent être noircis de crayon dégoulinant sous mes larmes. Je ne suis pas une fanatique du maquillage, mais j’aime enjoliver mes yeux. Après tout, je reste une femme, je crois.

Le marchand à la mine mauvaise s’approche de moi et s’en prend à moi. Il hurle, il est vindicatif. Il me fait peur. Je sais que les gens sont méchants, mais pourquoi le sont-ils ? Je n’ai fait que voler de quoi manger ce midi, rien de plus. Il pourrait le comprendre ? Le comprendrais-je à mon tour si c’était moi qui avais été volée ? Je ne suis pas capable de faire de mal à qui que ce soit, jamais. Même dans les forêts et les plaines luxuriantes, je pleure lorsque je tue un animal pour manger et survivre un jour de plus. Alors faire du mal à un être humain ? Je ne sais pas. Je n’ai jamais essayé. Que dis-je, bien-sûr que j’ai fais du mal. Ma pauvre mère en attesterait si elle était vivante. Mais elle me l’avait demandée. Mon esprit est aussi brouillé que ma vue, je me perds moi-même.

Mais il y a une sensation étrange que je perçois autour de moi et qui me calme presque instantanément. L’homme fait preuve de gentillesse. De gentillesse ? Il n’est ni mauvais, ni vindicatif, ni dangereux pour moi, du moins, pas à cet instant. J’ai l’impression… Que je lui fais pitié. Khugatsaa ma béni de nombreux dons mais ma mère me donna les dons de compassion et d’empathie. Doublés de ma télépathie, j’arrive à percevoir chez cet homme de la pitié pour moi. Il s’inquiète même pour moi. Ma détresse, ma peur, ma faiblesse trouvent écho en lui, je le sens. Il… Il est gentil, bien que très renfermé. Je ressens tout cela. Il m’aiderait si je le lui demandais, ça ne fait aucun doute. Mais il semble cacher quelque chose, quoi, je ne le sais pas. Mais je sais que je n’ai rien à craindre de lui à cet instant.

Ils discutent. Le marchant et l’inconnu conversent ensemble mais je n’arrive pas à entendre ce qu’ils disent, malgré la proximité. Je crois que ce sont encore les effets de la panique. Je tourne doucement ma tête vers eux et entrevoit leurs faits et gestes. Ils parlent, l’inconnu tente de calmer le marchand qu’il semble connaitre de façon personnelle… Ou serait-ce de façon professionnelle ? Mais les tensions se calment, la discussion semble moins passionnée et les esprits ne s’échauffent plus. C’est le moment de m’éclipser. Doucement, comme une ombre dans la nuit, je m’évapore. Littéralement. J’utilise une douce illusion pour devenir invisible aux yeux de ceux qui m’entourent. Pour eux, je disparais dans de légères volutes, m’évaporant littéralement dans les airs, dans une douce odeur de rose. Pourquoi la rose ? Je n’en sais rien… Cette odeur me plait et me rassure alors peut-être pourra-t-elle plaire à ces deux hommes ? Remercier l’un pour sa gentillesse et sa compréhension, et demander pardon à l’autre pour la nourriture volée. Un pardon très peu palpable, mais un pardon tout de même. Pour moi du moins.

Je suis une nouvelle fois invisible donc, et je me sens immédiatement rassurée. Ma respiration se calme et je ferme les yeux de soulagement, durant quelques secondes. Un dernier soupir, et je m’éclipse. Je ramasse les provisions, j’ai toujours faim et je dois manger pour survivre. C’est un maigre repas mais ça fera l’affaire. Je suis invisible, mais je ne suis pas tirée d’affaire. Il me faut fuir, encore. Pourtant cet homme ne quitte pas mes pensées, quelque chose me trouble à son sujet. C’est comme si cet homme connaissait le fardeau que je portais, comme si lui aussi connaissait la peur d’apparaître au grand jour. Je suis intriguée et curieuse, mais je veux m’enfuir, il ne faut pas rester là, ça pourrait être dangereux. Tout à ma réflexion, j’observe un oiseau qui passe par là, un petit oiseau, au pelage haut en couleur et au vol rapide et fluet. Chaque battement d’aile et si gracieux et si rapide que j’en perd la notion de l’espace et du temps.

Si beau… Si beau Pensais-je intérieurement tout en m’émerveillant de ce spectacle de la nature.
Mais le brouhaha autour de moi me ramène vite les pieds sur terre. Finalement, je vais suivre cet homme. Son comportement m’intéresse et pique ma curiosité. Et je sens que je pourrais l’aider. Oui, l’aider. Un lourd fardeau embrume son cœur, je l’ai senti. Si lui a essayé de m’aider, moi, parfaite inconnue, l’ayant fait trébucher et mit en porte à faux avec un de ses collègues, alors je l’aiderais à mon tour dés que possible. Cela semblerait fou pour le commun des mortels, mais Khugatsaa veille sur moi et si les choses tournent mal, Amisgal saura porter mes pas vers une cachette suffisamment loin, suffisamment haute et suffisamment sûre pour pouvoir être en sécurité. Loués soient les architectes.

Je vais suivre l’homme, à bonne distance toutefois, il ne faut pas que ma présence soit reconnue ou même suspectée. Je veux voir qui il est, comment il est dans la vie. Donne-t-il aux mendiants ? Donne-t-il aux orphelins ? Gratifie-t-il les petites gens d’une attention qui les rends humains ? Ou est-il comme le commun des mortels : Orgueilleux, égoïste et méchant ? Je passerais par les toits, par les ruelles et j’utiliserais les dons des architectes de l’illusion et des vents pour que jamais il ne m’aperçoive ni ne me sème.



La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

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Leynar Gale
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Mer 18 Juil - 22:56
Irys : 406236
Profession : Marchand itinérant/ Joaillier/ Arnaqueur
My'trän +2 ~ Khurmag
Quelques secondes, c’était tout ce qu’il avait fallu à l’inconnue pour se volatiliser, elle et les provisions du collègue de Leynar, disparaissant aux yeux de tous alors que les esprits ne s’échauffaient plus et que la situation se détendait petit à petit. Mais alors qu’ils discutaient les deux marchands sentirent une douce odeur titiller leur odorat. Une odeur… de rose ? Une odeur douce et légère, agréable même aurait pu dire l’arnaqueur. L’homme encapuchonné tourna son regard vers l’emplacement ou l’inconnue était encore par terre quelques instants plus tôt. Disparue. Elle et les provisions. Leynar n’avait même pas besoin de regarder son collègue pour savoir quel regard dépité il devait avoir. Lui-même roula des yeux, il trouvait sa réaction disproportionnée, si l’autre marchand vendait de la nourriture il aurait compris, mais là ? C’était bien trop sérieux pour si peu, et cela l’irritait presque. Il prit congé de son collègue assez sèchement, plus qu’il ne l’aurait voulu d’ailleurs, mais il ne s’en excuserait pas, après tout il n’était pas celui qui lui avait fait du mal, c’était plutôt l’inconnue qui avait les larmes aux yeux auparavant qui était responsable. Même si au fond Leynar saluait la performance, profiter d’un tel moment était  parfaitement opportunt, lui-même aurait certainement tiré parti de la situation pour tirer sa révérence, il était question d’opportunités à saisir après tout.


Il s’interrogeait tout de même à propos de cette inconnue. Ce ne devait pas être une voleuse, ou elle n’était pas ambitieuse du tout,  il y avait mieux que de voler de nourriture. Ce devait être autre chose, la faim peut-être ? Leynar ne savait pas trop, et il essayait de mettre en ordre son esprit si distrait, d’autant plus qu’il n’arrivait pas à chasser cette femme de ses pensées. Pourquoi il ne le savait pas, il avait pourtant d’autres choses à faire, des contacts commerciaux à voir, et pourtant à chaque fois qu’il laissait son esprit vagabonder il ne pouvait s’empêcher de repenser à cette femme. C’était troublant et exaspérant, et pourtant il se posait de nombreuses questions et entretenait quelques doutes vis-à-vis de cette inconnue. Disparaître aussi rapidement et aux yeux de si nombreuses personnes n’était pas forcément dû à la chance ou au talent, la magie pouvait y aider. Peut-être était-elle une croyante de Khugatsaa ? Ça expliquerait le parfum de rose… ou peut-être pas du tout et Leynar faisait-il fausse route, il ne savait pas vraiment, et il tenta tant bien que mal de rediriger ses pensées vers des sujets plus importants pour lui, toujours en gardant dans son esprit toute ces questions incessantes qui le faisait revenir inlassablement au même sujet. C’était… Comment aurait-il pu le dire ? Fatiguant ? Oui ce devait être le mot juste, c’était fatiguant de ne pouvoir décrocher son esprit de cette pensée qui parasitait subtilement son esprit.


Il ne prit même pas conscience qu’il était suivi, à moitié dans ses pensée et à moitié occupé à se rendre presque machinalement à un endroit précis, il n’aurait pu se rendre compte de la filature, puisqu’il était vraisemblablement compliqué de se rendre compte qu’une personne invisible le suivait. Après tout, l’invisibilité était parfaite pour ça. Il s’enfonça dans une ruelle étroite d’Eoril avec un soupir de soulagement, la ruelle n’était pas assez large pour laisser passer la lumière du soleil au grand soulagement de Leynar. La chaleur lui était par moment insupportable, mais tel était son fardeau, une difformité qu’il préférait ne pas laisser passer à la lumière du jour, ne cherchant pas particulièrement à trouver du réconfort dans les illusions et ne souhaitant pas troubler ceux qui le regardaient, en particulier ses clients. Il en regrettait son ancien visage. Lui qui était si beau était devenu si horrible du jour au lendemain. C’était d’ailleurs l’illusion qu’il utilisait la plupart du temps, son ancien visage. On aurait pu le dire nostalgique, ce qui n’aurait sans doute pas été entièrement faux puisque des traces de regrets étaient toujours présent en lui. Tel était le prix pour avoir joué avec le feu, au sens littéral du terme.


Il arriva enfin à destination, une maison située dans un coin de la ruelle du quartier résidentiel. Leynar prit une longue inspiration, il avait beaucoup trop chaud sous toute cette barrière de tissu, même à l’ombre des domiciles de la ville des fidèles de Süns. Il frappa à la porte et attendit quelques instants avant qu’on vienne lui ouvrir. Un homme d’une soixantaine d’années avait ouvert la porte, et lorsqu’il vit Leynar un léger sourire se forma sur ses maigres lèvres.


-Tu as oublié ton sens de la ponctualité Leynar, ça fait un moment maintenant que je t’attends.

-J’en suis désolé Zalitai, j’ai été retardé. Un accident pas assez important pour être souligné. Ajouta t-il rapidement en voyant une lueur d’intérêt s’allumer dans les yeux de l’homme en face de lui.

-Si tu le dis. Répondit-il avec un haussement d’épaule. Enfin, entre tu dois mourir de chaud là dessous, tu pourras enlever ta capuche à l’intérieur.


L’arnaqueur n’attendit que la fin de la phrase de l’homme pour entrer dans la maison, et la porte resta ouverte assez longtemps pour qu’un visiteur invisible s’y glisse subtilement. Leynar poussa un soupir de soulagement en sentant la fraîcheur de la bâtisse sur son visage, et retira tout ce qui cachait son visage. Il aurait fait reculer n’importe qui de dégoût, la teinte brunâtre de son visage et les cicatrices de ce qui avaient été de graves brûlures recouvraient son visage. Cela ne semblait pas déranger Zalitai, il fallait dire que le vieil homme y était habitué puisqu’il connaissait Leynar depuis  de nombreuses années, même avant ses brûlures. L’homme aux cicatrices appréciait la fraîcheur de la bâtisse qui caressait son visage, et s’installa à une petite table, en face de son hôte, en profitant pour enlever ses gants qui révélèrent des mains aussi mal en point que le visage, elles avaient elles aussi ressenti la morsure des flammes. Que c’était agréable de laisser tout ça à l’air libre, l’idée d’utiliser les illusions pour avait lentement germée dans l’esprit du marchand, après tout ça lui aurait permis de laisser son visage à l’air libre sans gêner qui que ce soit, ça lui aurait donné une certaine liberté dont il se privait depuis onze longues années.


Zalitai le laissa dans ses pensées, estimant qu’il en sortirait bien assez tôt, et il avait raison, il capta l’attention de Leynar après que celui-ci ne reste songeur pendant de longues minutes. Il afficha une mine presque honteuse, il était un bien mauvais invité, mais au vu du sourire de Zalitai, ce dernier ne lui en tenait pas rigueur.


-J’imagine que c’est plus agréable pour toi de ne plus être emmitouflé sous tout ce tissu. Mais tu n’es sûrement pas venu ici pour profiter simplement de la fraîcheur de chez moi, je me trompe ?

-Non c’est vrai. Disons que j’ai quelques ambitions et que…


-Tu as besoin qu’une vieille mule comme moi te dise quoi faire ? Tu sais que ça ne marche pas comme ça, je t’ai aidé à faire des affaires et tu m’as aidé en retour, tu n’as pas besoin qu’on te tienne par la main quand même ?

-Je n’irai pas jusque là. Répondit-il d’un ton plus sec qu’il ne l’aurait voulu avant de soupirer. Pardon, je n’ai pas besoin que tu me conseil sur mes affaires, tu sais bien que je me débrouille en commerce.

-Alors pourquoi est-ce que tu es là ?

-C’est moins commercial que personnel. Enfin disons que les deux sont liés.

-Viens en aux faits Leynar !

-Rester aussi… caché me ferme des portes, j’ai l’air louche, même si ma réputation a une certaine valeur elle a été mise à mal. Je n’avais encore jamais rencontré autant de méfiance, et si je montre mon visage on se méfie encore plus.

-Et qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? Tu ne retrouveras pas une belle tête pour autant.


Leynar se concentra, repensant à son visage, le vieillissant d’une dizaine d’année dans son esprit. Ouais il aurait pu être comme ça, c’était exactement ça. Il plaça l’illusion sur lui-même, la rendant effective à tout ceux qui le regardaient. Les brûlures avaient disparues, laissant place à un visage beaucoup plus séduisant. Un teint blanc, une légère barbe avait fait son apparition, et là ou l’absence de cheveux se faisait voir auparavant, de long cheveux noir courraient jusqu’à la nuque et les épaules de Leynar. Et dire qu’il aurait pu être ainsi… quel gâchis.


-Je dis simplement qu’avec cette tête j’éveillerai moins la méfiance.

-C’est de la connerie et tu le sais, ce n’est pas parce que tu as une belle gueule qu’on se méfie moins de toi, on ne te le fais juste pas savoir, mais ça c’est juste de la politesse et du respect. Et puis tu vas faire quoi ? Vivre constamment sous illusion alors que tu disais il y a quelques années que c’est ce que tu ne voulais pas et que tu avais accepté ta tête ? Tu te moque de moi ?

-Non, j’ai accepté mon vrai visage. Pour le prouver il défit l’illusion qu’il avait mis en place quelques instant plus tôt. Je suis très lucide sur ma condition, les illusions ne me rendront pas mon visage, je vivrai toujours comme ça, ça ne changera jamais.

-Heureux de l’entendre, tu peux me croire, commercialement ce n’est pas parce que tu aurais eût un beau visage que j’aurais été plus conciliant, je ne t’aurais pas fais de cadeau pour autant, celui qui le ferait est soit un imbécile soit un mauvais marchand. Tu fais des affaires Leynar, les gens se permettent juste de dire tout haut ce qu’ils auraient pensé tout bas si tu avait encore ton visage, mais ça ce sont seulement ceux qui n’ont aucun savoir vivre, tu y gagne en honnêteté parfois, mais seulement parfois.

-Peut-être… Enfin, ne nous quittons pas sur cette note, fais moi goûter ce vin dont tu m’as vanté les mérites dans une de tes lettres !



Leynar resta dans la bâtisse encore quelques heures avant d’en ressortir. Il avait encore quelques affaires à régler, rien de bien urgent. Mais les mots de Zalitai le faisaient réfléchir. C’était vrai, il n’avait pas forcément besoin d’utiliser les illusions, mais ses pensées étaient encore conflictuelles, et il tenta de les laisser de côté en vain pendant les heures qui suivirent. Quand il fût débarrassé de tout ce qu’il avait prévu de faire dans la journée il sortit de la ville, fuyant l’animation. Les pensées de tout ce qu’il avait vécu dans la journée s’entrechoquaient dans son esprit, et il trouva refuge près de vignes assez éloignées et chercha à remettre de l’ordre dans le chaos qui brouillait son esprit.

Leynar sous illusion:
 



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Laurelin
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Lun 23 Juil - 22:10
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Que voilà une filature des plus intéressantes. Si, au début, quelques regards surpris et autres yeux ronds venaient ponctuer la scène de ma disparition aussi impressionnante pour des adeptes de la magie que pour ceux qui y sont étrangers, la vie avait rapidement repris son cours sans aucune autre agitation. L’agitation, elle, était toujours bien présente dans l’esprit de l’inconnu au turban et dans celui du vendeur que j’avais volé. Le premier avait le cerveau en ébullition. Je ne sais pourtant ce qui le faisait tant réfléchir. Etait-ce moi ? Etait-ce ma disparition ? Un peu des deux ? Le marchand lui était encore assaillit de doutes quant à la réaction qu’il devait adopter mais finalement, les mots de l’homme enturbanné finirent de le calmer pour de bon. Et la vie reprit son cours, encore une fois.

Je suivais l’homme au turban à bonne distance, scrutant le moindre de ses faits et gestes. De rues en ruelles, il va et vient, vaquant à ses occupations tandis que son esprit, lui, était toujours en ébullition. La différence entre l’activité de son esprit et celle qu’il manifestait était quelque peu déroutante. Le lien que j’avais avec cet individu n’était pas fort, mais il était réceptif et je l’étais également. Je sentais alors ses questions, ses interrogations, ses doutes et tout ce qui l’intriguait sur les derniers évènements. Par moments, je m’approchais dangereusement de lui pour pouvoir approcher mes mains devant ses tempes et ainsi ressentir plus intensément ce que lui ressentait en son fort intérieur. Mais les houles de la foule nous entrainant, il m’est impossible de renforcer le lien que j’entretiens avec lui. Une porte à peine ouverte, qui pourrait se refermer d’un instant à l’autre. Mais il n’y a pas plus ouvert d’esprit qu’une personne faisant face à l’interrogation d’un moment. Ainsi, chaque murmure à demi couvert, chaque bruissement de feuille, chaque ruissellement d’eau devient une source intarissable de questionnement et d’interprétations diverses et variées. L’esprit ainsi éveillé s’anime de pensées toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Une ombre furtive devient une source d’inquiétude aussi vive qu’une arme dont le canon est braqué vers vous.

Les pérégrinations de l’inconnu me mènent finalement devant une demeure où il était visiblement attendu. Une accolade, quelques paroles échangées et le voilà qui s’engouffre dans ladite demeure. L’homme qui lui avait ouvert avait une soixantaine d’année, un petit visage parsemé de cheveux blancs et d’une barbe grisonnante et un sourire chaleureux. Il semblait doux et doté d’une force de caractère imposant le respect. Une force tranquille que l’inconnu connaissait sans doute de longue date, au vu de la confiance et de la convivialité qu’il y avait entre eux. La porte resta entrebâillée suffisamment longtemps pour que je puisse rentrer à mon tour. Pourquoi ai-je fait ça ? Je suis entrée chez un homme que je ne connais pas et pour quoi faire ? Par curiosité ? Je n’en sais rien. A vrai dire, voilà seulement maintenant que je sors de ma transe. La porte se referme derrière moi, et tandis que l’inconnu enlève ses turbans, je me mets à paniquer. Mais pourquoi suis-je rentrée bon sang ! J’ai chaud soudainement, je sens perler une puis deux gouttes de sueur sur mon front tandis qu’arrive l’inévitable augmentation de mes respirations. Celles-ci, plus profondes et plus rapides, passent sur mes lèvres comme le vent s’engouffre dans crique étroite, un léger sifflement accompagnant ce flux venteux. Ma poitrine se soulève au rythme de mes inspirations et s’affaissent avec celui de mes profondes expirations. Je suis crispée, je sens que mes doigts se raidissent et que la panique m’empêche de bouger. Je ne suis ni une voleuse ni une cambrioleuse, et pourtant, me voilà entrée dans la maison d’un inconnu simplement car mes rêveries et mes songes avaient annihilés toutes réflexions et mécanismes de retraits. J’étais entrée dans cette demeure sans réfléchir, comme poussée par un sentiment inconnu et une volonté invisible.

Instinctivement, je veux me recroqueviller et cacher mon visage dans mes genoux pour ne plus voir ni être vue. Mais quelque chose me ramène les pieds sur terre. Les deux individus ont une discussion douce bien que difficile pour l’inconnue. Ils parlent de sa condition, de ces attributs, de ces artifices même, bien qu’ils fussent simples à utiliser. Quelques turbans pour cacher un visage taché de brun. D’horribles brulures avaient laissées là leurs marques indélébiles, vestiges de ce qui fut jadis une expérience traumatisante et dangereuse que l’inconnu regrettait encore aujourd’hui. Ils en parlent, l’autre, le plus vieux, semble bien connaître celui dont le visage m’effraie.

Une main sur le cœur et une autre devant mes lèvres, je reste stoïque devant ce spectacle et cette conversation. Si au départ, cette conversation poursuit un but prosaïque, elle dérive lentement sur les craintes de l’inconnu libéré de ses attraits de tissu. Ce traumatisme joue sur sa vie privée et se ressent sur ses affaires. On ne lui fait pas confiance et à raison. Il est difficile de faire confiance à quelqu’un dont le visage est masqué et dont les yeux sont invisibles. Mais son visage… Ce traumatisme… Comment continuer à faire ce qu’il doit faire lorsqu’un tel visage est difficile à soutenir du regard ? Une telle dualité dans un esprit déjà torturé, voilà qui doit être une véritable torture. Le pauvre homme. Lui qui s’était portée à mon secours tout à l’heure et qui avait prit ma défense se mettait à nu devant son ami, exposant son fardeau sans jamais savoir que mes yeux scrutaient tout, que j’entendais tout. Ce n’est peut-être pas plus mal en fin de compte. Se livrer devant son ami semblait lui demander beaucoup de courage, alors apprendre ma venue ne serait sans doute pas une bonne chose pour moi… Dans certains moments, la fierté d’un homme serait capable de lui faire faire les pires choses imaginables.

La logique voudrait que je prenne la fuite, que j’ouvre la porte pour m’en aller, sans retour. Que je prenne mes jambes à mon cou afin de ne plus rester dans cette position dangereuse. Et pourtant, tout ce que je souhaite, c’est m’approcher encore afin de tout entendre, de tout comprendre, de tout mesurer. Cette pièce est pleine d’émotions, inutile d’être télépathe ou empathique pour s’en rendre compte. Alors je reste dans mon coin, et j’écoute, et la discussion s’égrène comme le sable dans un sablier, comme les secondes de l’horloge du temps, jusqu’à ce qu’un nouvel évènement ne capte mon attention.

Cet homme, cet inconnu, au visage martelé par la vie et ses péripéties est en définitive un enfant de Khugatsaa tout comme moi. Son visage s’enveloppe alors d’une sorte de brume intrigante. Un visage se trouvait devant le sien et prit place petit à petit, illusionnant le premier. D’un visage difficile à soutenir du regard, il devint un bel homme aux traits virils et magnifiés par les années. Une barbe taillée, de beaux yeux bleus et des cheveux d’un noir de jais, ce visage était celui qu’il avait avant et qu’il aurait dû avoir au jour d’aujourd’hui. Je hoche la tête sur la gauche d’un air pensif tandis que je me rapproche furtivement de la tablée. Cet homme m’intrigue au plus haut point. Je sens son fardeau alors que le lien entre son esprit et le miens est au plus faible, qu’en serait-il alors si j’entrais en télépathie avec cet homme ? Bonne ou mauvaise idée… Advienne que pourra.

La discussion continue et je me remets en retrait de peur d’être découverte. Assise par terre dans un coin de pénombre, recroquevillée sur moi-même, mon menton sur mes genoux, j’écoute cette discussion comme une enfant écouterait l’histoire du soir contée par la douce voix de sa mère adorée. De temps en temps, je hoche la tête à droite ou à gauche pour soulager la pression exercée sur mon menton et ma nuque mais je ne change pas ou peu de position. Et lorsque l’inconnu décide enfin de s’en aller, je le suis à nouveau, les vents d’Amisgal portant mes pas avec la légèreté d’une plume virevoltant aux vents. De nouveau, nous empruntons les rues et les ruelles, les places bondées et les coins déserts et cette péripétie nous emmène jusqu’au milieu des vignes bordant la ville. Là, à mes pieds, s’étend un spectacle que je n’aurais jamais pu imaginer.

Sur des centaines d’hectares à la ronde s’étendent les vignes du pays de Zolios dont le vin est connu jusqu’au-delà des mers et des continents. Le paysage vallonné est jalonné de routes poussiéreuses et de chemins de promenades que certains randonneurs arpentent encore à cette heure tardive. Les vallons et les plaines donnent, vers le Sud et l’Est de la ville, sur des paysages marins aux eaux d’un bleu profond reflétant le soleil comme autant d’étoiles scintillantes bercées par les remous. Un cadre idyllique en somme, animé par une douce brise iodée ô combien agréable. L’homme est là, portant de nouveau ses rubans sur le visage et fait face à se spectacle lui aussi. Que pense-t-il ? Je n’en sais rien. A défaut de renforcer le lien qui existait entre son esprit et le miens, celui-ci fut donc perdu. Tout était à refaire. Mais pour le moment, je veux le voir dans cet environnement-ci. Peut-être trouverais-je le moyen de soulager cet homme des maux qui le rongent ? Tant de souffrances, tant de regrets… Pourrais-je lui rendre un semblant de vie agréable ? Pourrais-je soulager ce cœur endolori, cet esprit troublé, cet homme rongé par les regrets ? Après tout… Contrairement à tant d’autres, il avait su être bon lorsque les circonstances ne s’y prêtaient pas.
-Par la grâce d’Amisgal et la bonté de Khugatsaa, voilà que votre bénédiction doit être remerciée. Cet homme sera mon lot, et en votre nom, j’instiguerais la joie et la douceur en lieu et place de la tristesse et de la douleur. Pensais-je tout en m'approchant de l'homme, prête à user de tout mon pouvoir pour rendre hommage aux architecte et à la bonté de cet homme.



La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

Laurelin s'exprime comme cela
Laurelin pense de cette manière
Laurelin télépathe comme ceci
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Leynar Gale
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Mer 8 Aoû - 23:19
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La vie était cruelle et riche d’enseignement, parfois quelqu’un de malchanceux effectuait une mauvaise action, et la vie la lui renvoyait au centuple. C’était le cas pour Leynar, un petit arnaqueur qui avait reçu un châtiment qu’il ne méritait pas. Oh il n’était pas innocent, loin de là, mais à son avis, il aurait mille fois préféré passer à tabac que brûler à ce point. Mais on choisit rarement la souffrance reçu, au moins cela avait été une dissuasion à la malhonnêteté pendant un temps, mais les vieilles habitudes on la vie dure, et il était revenu à l’arnaque. Pourtant il n’avais pas fait que ça de sa vie, après son accident il avait abandonné tout ce qui se rapprochait de la joaillerie pour devenir mercenaire. Il se souvenait encore des longues chevauchées pour traverser les différentes régions de My’trä, des luttes âpres qui requéraient d’avoir l’estomac bien accroché, de la camaraderie aussi, il n’y avait pas que du mauvais dans la vie de mercenaire, même si après tout ce qu’il avait vécu la vue du sang ne le faisait plus défaillir. Mais Leynar avait quitté cette vie. Pourquoi ? Pour redevenir marchand, la vocation qu’il avait abandonné quelques années plus tôt ? Ou plutôt pour redevenir arnaqueur ? Même lui ne le savait pas vraiment. Peut-être était-il dévorait par ce démon qu’est l’avidité ? Toutes ses ambitions, ses projets, ses arnaques, tout cela n’avait-il pas comme ultime but de le rendre plus influent ? Et pourquoi voulait-il ça d’ailleurs ? Pour montrer au monde qu’il avait changé et qu’il n’était plus un petit arnaqueur ? Mais avait-il tant changé que ça, alors qu’il faisait parti des Danseurs du crépuscule ? Oh non, en vérité il n’avait pas changé d’un  pouce, il était toujours le même au fond, le même homme qui affirmait avec hypocrisie qu’il était devenu un homme meilleur, un homme bon et généreux. Il l’était oui, un peu, il n’était pas un monstre d’égoïsme après tout, mais dire qu’il était complètement bon et généreux eût été un mensonge.


Et pourtant il se trouvait devant les vignes d’Eoril, un cadre idyllique devant les yeux. En temps normal un tel paysage l’aurait calmé et apaisé, mais les pensées fusaient toujours dans son esprit, faire une bonne action le troublait t-il tant que ça ? C’est vrai qu’il était rare qu’il aide spontanément quelqu’un, en plus lorsque c’était par réelle inquiétude et pas par politesse. Et il avait tendance à plutôt dépouiller les gens qu’à les aider. Il fallait croire qu’il n’était pas complètement pourri dans le fond, qu’il y avait toujours une petit étincelle qui se souciait des gens et de leur état, peut-être même aurait-il pu aider les gens. Peut-être était-ce une question qui méritait d’être creusée, mais ce serait sans doute une question de plus qui se perdrait dans son esprit.


Heureusement pour lui il connaissait un moyen de retrouver sa concentration, un moyen qui datait de ses années de mercenariat. Il laissa glisser sa main jusqu’au fourreau de son arme, et il prit l’épée en main, et le long bruit du crissement de l’acier se fit entendre. Le khurmi effectua quelques passes d’arme, ses mouvements étaient vraiment rouillés, ça faisait trop longtemps qu’il ne s’était pas exercé. Il concentra toute son attention sur ses exercices, faisant taire les pensées parasites et insidieuses qui le rongeaient depuis le début de cette journée. Enfin, le calme, rien d’autre que sa concentration. C’était agréable. Il passa de longues minutes à effectuer tout ses mouvements, avant de remettre l’épée dans son fourreau. Il était de nouveau maître de ses pensées, enfin. Plus d’interrogations et de doutes, c’était reposant. Et pourtant malgré sa concentration, il ne se rendit pas compte qu’une présence fugitive s’approchait de lui à son insu.



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Laurelin
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Lun 13 Aoû - 20:49
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Profession : Vagabond
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Quel cadre magnifique pour une introspection constructive. Constructive ? Pour cela, il faudrait que ladite introspection soit honnête, même envers soi-même. Il faut être capable de mettre le doigt sur ses propres défauts, de décortiquer ce qui relève de la personnalité et de la bêtise. La bêtise, ça se combat facilement, il suffit de le vouloir. La personnalité… C’est une véritable torture. Changer ce qui se trouve au plus profond de vous ne peut se faire qu’en de rares occasions, et souvent, celles-ci sont des plus désagréables et des plus… Difficiles. Cet homme, ce Khurmi au visage enturbanné, semble totalement torturé. Le lien avec son esprit est rompu et pourtant, je sens par moment comme une corde lancée vers moi, comme celle que le marin lance à la volée pour arrimer son navire. Ces cordes sont en réalité des pensées, des sentiments, qui s’échappent de son esprit et qui, si elles ne sont pas attrapées au vol, disparaissent presque immédiatement. Et je ne parviens pas à rétablir se lien, malgré tous mes efforts.

Alors je le laisse aller. Il est vrai que ce paysage est magnifique. Je suis toute à ma réflexion lorsque mon regard se porte sur une coccinelle qui, avançant sur un brin d’herbe à mes côtés, tomba sur ma jambe mise à nue, éveillant tous mes sens. Alors, il n’y a plus d’étrangers, il n’y a plus de vignes, il n’y a plus de pensées. Il n’y a plus que moi et cette magnifique créature créée par les Architectes en personne. Je passe doucement mon index sur ma jambe dans une caresse tendre et douce, laquelle recueille l’insecte aventureux. Portant de nouveau ma main à ma vue, je vois la petite créature s’avancer sur mon doigt puis ma main, ses minuscules pattes agissantes telles de petites plumes provoquant de doux frissons et chatouilles. Elle s’avance sur ma main, dans un sens puis dans l’autre, m’obligeant à tourner ma main pour toujours la garder en visu et m’assurer que ce petit insecte ne tombe pas. Je l’observe longuement. L’insecte porte une belle couleur rouge, laquelle reflète la lumière du soleil d’une manière tout à fait sublime. Quelques points noirs parsèment sa carapace. D’aucun dit qu’il s’agit là de son âge, un point signifiant une année d’existence, d’autres pensent qu’il ne s’agit là que d’une divergence futile n’ayant aucune espèce d’incidence ou d’explication logique. Qui aurait pu croire qu’un si petit insecte aurait une si grande importance pour la flore locale ? Sans les coccinelles, les pucerons pulluleront et plus aucune de ces vignes ne pourrait alors produire ce délicieux nectar connu de par le monde. Petites causes, grandes conséquences, diraient certains.

Je suis toute à ma rêverie certes, mais j’entends distinctement le bruit de l’acier, le crissement d’une lame sortant de son fourreau, un bruit que je ne connais que trop bien tant il hante mes pensées depuis bien trop d’années. Ce bruit, certainement doux aux oreilles de l’épéiste, sonnait terriblement mal aux miennes et un frisson parcouru mon échine. Partant de mon dos, ce frisson incontrôlable parcourut ma colonne vertébrale d’un bout à l’autre, raidissant ma nuque, troublant mes pensées et raidissant mon corps comme le serait un bout de bois. Je dirige mon regard vers l’épéiste encagoulé qui réalise moulinets et fentes, coup d’estoc et parades et une démonstration d’art-martial quelque peu rouillée et pourtant encore bien présente. S’il ne maîtrise plus son art comme il le faisait certainement par le passé, il reste tout de même une menace pour quiconque tenterait de s’en prendre à lui. Sa lame, elle, étincelante et vibrant d’une puissance vibration à mouvement réalisé, semble si tranchante que l’air qu’elle fend émet complaintes et pleurs, matérialisés sous forme de sifflements et autres bruits sinistres et stridents.

Je ne peux pas dire que je suis rassurée soudainement. Cet homme que je cherchais à comprendre à et aider semblait soudainement être de ceux qui manient l’arme aussi bien que les mots, devenant bien plus dangereux encore que les simples pinailleurs ou les simples soldats. Je suis prise d’inquiétudes. Soudainement, vouloir aider cet homme semble aussi intelligent que d’essayer d’apprivoiser le pire des prédateurs de ce monde. Je nourri de sérieuses inquiétudes, mais celles-ci s’estompent au fur et à mesure que je décèle en cet homme la volonté de se recentrer et de se sortir de sa propre torpeur. Alors, doucement, mes inquiétudes s’estompent un peu plus à chaque instant, mon esprit s’éclaircissant peu à peu pour retrouver rapidement une certaine sérénité. Je n’oublis pas qu’il peut être une menace, oh ça non. Son épée raisonne encore en mon esprit, ses mouvements, toujours présents devant mes yeux. Pourtant il a déjà retrouvé une certaine sérénité, stoppant ses mouvements et son entrainement, réduisant ainsi sa menace.

Menace… Quel mot atroce et pourtant si révélateur. Une menace, qu’est-ce donc ? Sinon l’existence d’une inéluctabilité prochaine, inquiétante et douloureuse dont il faut se protéger à tout prix ? Une menace… Et pourtant, tout à l’heure, alors qu’il aurait pu réagir comme le commun des mortels et dégainer ses armes, user de sa force et se venger de l’affront dont je fus à l’origine, il usa des mots, de la douceur et de la compassion. Je me rappelle ses mots qui, quelques heures plutôt, anéantirent toute velléité chez le marchand que j’avais volé sans qu’il ne s’en rende compte. Je me rappelle alors qu’il s’était porté garant de moi, pour ainsi dire. Dans son attitude, il faisait preuve de compassion et d’une attention toute particulière, comme si mon inquiétude, ma terreur même, trouvaient un écho en lui et qu’il me comprenait. Maintenant que j’avais vu ce qui se cachait sous ses turbans, quelle ignominie il cachait et toutes les souffrances qui pesaient sur son âme et sa conscience, je me rends compte… Que la terreur que je ressentais alors devait être celle qu’il avait ressenti jadis lorsque son visage se déchirait sous les assauts des flammes, lorsque sa peau se détachait de ses os, conséquence d’une chaleur extrême provoquant d’insupportables douleurs. C’était comme s’il voyait en moi le miroir des évènements passés, comme si sa douleur, sa terreur et ses peurs se retrouvaient au creux de mon regard effrayé, ultimes fenêtres sur mon âme tourmentée.

Alors, je décide de descendre de ma cachette. J’avais grimpée dans un petit arbre tout proche de l’homme, afin de ne point gêner ses mouvements ni d’être malgré moi à sa portée. De tous temps, j’avais l’habitude de grimper vers les plus hautes cimes, sur les toits des bâtiments, en haut de cachettes inaccessibles afin de rester protégée et éloignée du commun des mortels. Et peut-être aussi, de mon régisseur, cette entité intemporelle et immortelle, créée par les Architectes eux-mêmes pour traquer les erreurs de la nature, telles que moi : une anomalie. S’il s’approchait de moi, peut-être que la hauteur à laquelle je me cache serait mon dernier rempart ? Les gens lèvent si peu la tête qu’ils en oublieraient presque qu’au-dessus d’eux se trouve une vie toute aussi florissante que sur la terre ferme qu’ils foulent. Je descends de ma cachette donc, et, portée par les vents d’Amisgal, ma chute est incroyablement douce et ralentie et je foule de nouveau la terre ferme sans aucun bruit. Aucun bruit, aucune poussière, rien qui ne pourrait avertir de ma présence, louée soit Amisgal.

Je me retrouve alors sur le plancher des vaches, à quelques mètres de l’homme enturbanné qui restait stoïque, tourné vers les vignes et ce splendide paysage. D’un geste mécanique, j’époussette ma robe que la poussière et des morceaux d’écorces avaient souillés. Je suis une femme après tout, j’aime être présentable bien que… Je ne sois presque jamais visible. Alors pourquoi faire cela ? Je ne le sais pas moi-même à vrai dire, peut-être les restes d’une ancienne vie…

Je m’approche tout doucement de lui, cherchant à éviter tout bruit, toute indication même minime qui pourrait mettre la puce à l’oreille de cet homme. C’est un Khurmi, un adepte de l’illusion et, même si rien ne me dit qu’il soit aussi doué en illusion qu’en mnémotechnie, il est sensible à la télépathie et aux liens psychiques comme toutes celles et tous ceux qui viennent de Khurmag, la région bénie par Khugatsaa, loué soit-il. Mais comment m’y prendre ? Comment initier ce lien sans que celui-ci ne soit une menace pour lui ou une inquiétude supplémentaire ? Trop de questions, pas assez de réponses, mais une chose est certaine, si je reste ici, toute cette filature n’aura servie à rien et je n’aurais pas réussi à rendre hommage aux Architectes en venant en aide à cet homme qui, lui, avait su m’aider lorsque j’en avais le plus besoin. Si lui s’était montré digne des Architectes, alors je le serais également.

J’approche derrière lui, marchant tel un chat en maraude, sans bruit et sans heurt, afin de ne jamais éveiller ses soupçons. Une fois suffisamment proche, j’approche mes mains de ses tempes, plaçant mes index de part d’autre, préparant le lien psychique. Mes doigts s’écartent alors que je me concentre presque machinalement. Il est bien plus grand que moi, aussi, je dois porter mes bras bien hauts pour atteindre ses tempes. Je cherche à établir un lien, et celui-ci ne tarde pas à naître. Je sens alors le bout de mes doigts s’animer de fourmillements agréables qui s’étendent ensuite le long de ma main. Lui doit certainement sentir de légers fourmillements naître dans sa nuque et son crâne, signe qu’un lien est en train de s’établir. S’il les ressent, il doit également savoir ce qu’ils signifient, aussi me faut-il agir dans la discrétion et la rapidité. Je ne veux qu’un lien, je ne veux pas illusionner son esprit, du moins, pas tout de suite.

Le lien devient plus fort. Mes yeux se révulsent quelque peu, ma tête s’abaisse et tombe sur ma poitrine. Le lien devient réellement fort. Je n’en avais plus l’habitude. Cela faisait longtemps que je n’avais plus établi de liens avec une autre personne originaire de ma contrée natale et j’avais oublié à quel point ces liens pouvaient être puissants. Et lorsque le lien est enfin prêt, je fais marche arrière, doucement, afin de ne pas tomber. L’établissement d’un lien est toujours éprouvant même pour quelqu’un d’habituer. Nausées, maux de têtes, têtes qui tournent… Se serait tout de même bête de dégringoler maintenant alors que tout est au point.
-Qui es-tu ? dis-je en télépathant d’une voix douce et réverbérée comme ceux d’une chorale chantant dans un grand et vaste temple. Ma voix est différente de celle que j’ai réellement, ultime protection pour ne jamais être découverte.

Je sens que ce lien et ma voix déchirant le voile de ses pensées le troublent quelque peu. Il ne s’y attendait pas, il n’était visiblement pas prêt. Moi, je suis invisible, comme d’habitude. Il aura beau se tourner et se retourner dans tous les sens, il ne verrait rien ni personne alentour, et pourtant je me suis bien là. Doucement, je me déporte sur sa droite afin de me mettre dans son champ de vision. Pourquoi ? Car je veux voir ses yeux, je veux voir ce qu’il fait et comment il se comporte. C’est un homme torturé, mais un homme bon. Bien plus qu’il ne le croit.
- Ne t’inquiète pas, je ne te veux aucun mal, à vrai dire, je suis là pour t’aider. Dis-je de ma voix réverbérée afin d’apaiser les doutes de son cœur et de son esprit. Je sens ta peine et ta douleur qui étreignent ton cœur. Je sens les remords qui rongent ton esprit comme le temps ronge le fer. Je connais le fardeau que tu caches, je l’ai vu. Sois béni des Architectes car tu n’es plus seul. Une douce brise se lève autour de lui et passe sur lui, de sa main droite jusqu’à son épaule et sa nuque comme une caresse féminine douce et rassurante. Autour de lui se répand alors une odeur agréable de lavande, cette fleur qui ne pousse qu’en des contrées tempérées plus lointaines. Révèle moi tous tes secrets, et laisse la grâce des Architecte emplir ton cœur et ton âme. Telle la graine plantée dans son terreau, tu grandiras, malgré les affres et les difficultés de la vie… Laisses moi t’aider, s’il te plait.


Se doute-t-il de mon identité ? De doute-t-il que la femme qu’il avait aidée ce matin n’avait en aucun cas oublié ce don altruiste et bon qu’il lui avait fait sans rien attendre en retour ? Et s’il le savait, qu’en penserait-il ?

Je me pose tout un tas de question alors que j’attends de voir ce qu’il va dire ou faire. En mon fort intérieur, je sais que c’est ce que les Architectes désirent et ici, en leurs noms, je rendrais hommage à leur puissance et leur bonté. Ô Architectes, laissez-moi venir en aide à cet homme au cœur alourdit par le chagrin, le remord et la douleur.



La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
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Leynar Gale
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Jeu 16 Aoû - 0:34
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Tout changea lorsque Leynar ressentit les fourmillements naissant dans sa nuque et son crâne s’étendant peu à peu, la sensation d’un lien naissant. Un lien ? Avec qui ? La surprise prit le pas et le marchand écarquillait les yeux, cherchant qui avait bien pu faire une chose pareille, et faisant jaillir sa lame de son fourreau dans un rapide crissement de métal. Qui avait osé établir un lien, qui en avait eu l’audace ? Il n’avait nulle réponse sous les yeux, et pour cause, personne ne semblait être à proximité. Alors comment était-ce possible ? Qu’est-ce qu’il ne comprenait pas ? Qu’il ne voyait pas ? Les effets de l’établissement du lien se firent ressentir peu à peu, et le khurmi réprima un haut-le-cœur alors que des maux de têtes ne l’assaillirent temporairement, le faisant contracter sa mâchoire autant par douleur que par colère. Oh ça oui il était furieux, d’autant plus que le lien était bien présent et que son esprit était à la merci de celui qui avait établi ce lien, un véritable livre ouvert libre d’être feuilleté. L’idée même qu’on pouvait avoir accès à ses pensées et ses souvenirs le révulsait, il se sentait encore plus vulnérable et impuissant que le jour ou sa peau avait ressenti la chaleur des flammes. Humiliant, c’était humiliant. Et d’un seul coup il entendit cette voix irréelle qui caressait son esprit. La télépathie. Bien sûr. C’était un moyen bien pratique, il le savait très bien.


-Qui es tu ?


Était-ce une plaisanterie ? Une sinistre farce dont on le gratifiait ? Quelqu’un s’était donné tant de mal pour paraître inaperçu pour simplement lui demander qui il était ? Il aurait bien rit jaune s’il n’était pas conscient de la situation dans laquelle il était, relié avec quelqu’un qu’il ne voyait pas et qu’il ne connaissait pas. C’était peu appréciable. Mais peut-être que la situation finirait par tourner à son avantage, il devait attendre son heure et faire preuve de patience. Tout était question d’opportunité, et ce lien qui avait été établi n’était pas à sens unique. Lui aussi pouvait l’utiliser, après tout après le malheureux accident qui avait ravagé sa chair et dévoré son visage, il s’était concentré sur la télépathie.


Elle était là pour l’aider, comme c’était original ! Il ne devait pas s’inquiéter puisque apparemment on lui voulait tellement de bien ! Oh oui il aurait dû croire sur parole cette voix si bienveillante, après tout c’est vrai qu’il avait si désespérément besoin d’aide. Mais avait-il seulement besoin d’aide ? L’autre disait comprendre sa douleur, connaître son fardeau et avoir vu ce qu’il cherchait tant à cacher, ce secret qu’il ne dévoilait pas au premier venu et qu’il gardait soigneusement, comme la preuve d’un méfait qu’on cherchait désespérément à cacher.


Il n’était plus seul, ça c’est ce qu’elle lui disait, mais comment avait-il porté cette marque, ce fardeau jusqu’à ce jour ? Seul, et ça ne changerait pas, il ne s’en sortait pas si mal après tout. Mais il avait assez écouté et il avait été assez poli -à sa propre surprise- pour laisser la voix finir ce qu’elle avait à dire. Soit. Maintenant il était temps de lui répondre. Le lien établit était si pratique, il aurait pu répondre à voix haute, mais la télépathie avait l’avantage d’obliger les autres d’écouter ce qu’on avait à dire, même ce qui était blessant.


-Tu veux m’aider hein ? Mais je t’en prie tu as l’air de si bien me connaître, après tout tu es comme chez toi dans mon esprit pas vrai ?
Demanda t-il d’une voix douce, presque mielleuse mais non pas dénué d'une touche sarcastique et mordante. Mais qui es-tu toi ? Tu as l’air d’être une si bonne âme, je m’en voudrai terriblement de ne pas savoir qui remercier pour cette délicate attention. Tu paraît si charitable et si bienveillante, mais tu as vu ce que je cache ? Vraiment ? Je me demande bien comment tu as pu faire… m’as-tu espionné ? Et tu pense que parce que tu l’as vu tu connais et tu comprends ce que ça signifie pour moi ? Est-ce que tu as seulement un jour sentit la caresse du feu dans ta chair ? Cette étreinte mordante pendant que tu brûle et que tu ne souhaite qu’une chose, que ça s’arrête ? Que tu implore qu’on te délivre de cette douleur ? Tu crois que parce que tu le demande je vais te dire tout ce que tu veux savoir ? Que je vais te répondre favorablement parce que tu as établi un lien télépathique entre nous deux ? Est-ce que j’ai l’air si stupide que ça sous cette capuche ? Réponds-moi, toi qui à l’air d’en savoir autant à mon sujet.


C’était une vieille plaie qu’on rouvrait, une plaie dont se déversait le remord et la douleur, et Leynar en voulait à son interlocutrice d’avoir rouvert cette plaie, autant que de l’aplomb dont elle faisait preuve pour lui demander de la laisser l’aider. Quelqu’un établissait un lien télépathique, comme ça, et demandait ensuite à ce qu’il la croit sur parole en supposant que c’était une personne sincère et généreuse ? C’était soit prodigieusement naïf, soit ça cachait quelque chose, et pour Leynar dont la méfiance était exacerbé à cet instant, il envisageait plutôt la seconde proposition, il y croyait de toute son âme. Et si les yeux étaient bien la fenêtre de l’âme, on ne pouvait y lire que méfiance et colère contenue, et toutes les deux dirigés sur la mystérieuse voix.



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Laurelin
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Mer 22 Aoû - 18:44
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La colère, la stupeur, l’incompréhension, son esprit en est envahi tant et si bien qu’il dégaine son épée et qu’il répond par la méfiance et le sarcasme piquant. Il est si… Vindicatif que j’en reste totalement surprise. D’une position dominante, je défaille et mon esprit se retrouve comme affaibli. Oh le lien reste très fort, mais il semble renforcé par la volonté de cet homme qui utilise bientôt à son tour l’art de la télépathie pour me répondre. Tandis qu’il commence sa tirade satirique, mon esprit entend et pèse chacun de ses mots. Concentrée, focalisée, ma tête hoche doucement sur le côté gauche, signe d’une profonde réflexion. Cet homme m’intrigue, et le fardeau qui hante son cœur et son esprit me semble différent du mien et pourtant ô combien familier tout de même. Ses mots raisonnent en mon esprit comme autant de coups de marteaux sur une planche à clouer. Est-il finalement si différent des autres ? Me serais-je trompée sur toute la ligne quand j’eus cru, il y a peu, que cet homme était finalement bon, bien que recouvert d’un masque de méfiance ?

Un frisson parcourt mon échine et le bout de mes doigts, m’arrachant un léger rictus nerveux qui disparait en secouant ma tête. Ses mots ressemblent tant à une menace qu’à une provocation. Moi, je suis mitigée. Une partie de moi souhaite s’enfuir, rebrousser chemin et ne plus jamais croiser la route de cet homme. Mais une autre, elle, souhaite répondre à se comportement hautain et ô combien capricieux. Cette dualité ne me ressemble pas, à aucun moment. Et pourtant elle est bien là. Pourquoi ? Je ne suis pas sûr… Peut-être que le fait qu’il soit persuadé d’être le seul au monde à avoir affreusement souffert raisonne en moi comme une complainte enfantine et égoïste d’un homme incapable de voir plus loin que le bout de son nez, tant son nez le répugne. Ce qui fut la pire expérience de sa vie était dorénavant le masque qui le protégeait des gens et du monde extérieur. Ironiquement, ce qui était son pire traumatisme était également sa carapace la plus épaisse, son cuir le plus tanné, son armure la plus large. L’orgueil, la rancœur, la fierté… Un caprice presque puéril tant il était vigoureux. Se doutait-il seulement qu’il était devenu l’esclave de sa propre ignominie ?
- Non, tu n’es pas seul, bien que tu sois esclave de ce qui est ton fardeau depuis maintenant bien trop longtemps dis-je de ma voix réverbérée mais cette fois emprunte d’une légère rancœur, comme une mère grondant un enfant.

Je n’attendais ni réponse, ni remerciement. Au contraire, j’entendais là reprendre l’avantage ou, du moins, continuer la mission qui est la mienne depuis que les Architectes avaient décidés de me sauver jadis.

Les vents d’Amisgal portèrent mes pas jusqu’au-devant de l’homme toujours inquiet, le sabre au clair, qui devait certainement être encore plus troublé ou énervé par cette nouvelle déclaration à son intention. Mon regard est fixé sur la prunelle de ses yeux, ma posture, droite et fière. Passer de la méfiance et de la peur à l’assurance et la vaillance, voilà qui conviendrait peut-être à la notion que les gens se font de la folie ? Ou est-ce seulement de l’ambiguïté ? Ou de la naïveté ? Je suis face à lui, lui qui ne se doute de rien. D’un geste doux, j’écarte les cheveux de mon visage, que le vent ne cesse pourtant de rabattre tant ses flux vigoureux fouettent mon faciès. Doucement, je place autant de mèches que possible derrière mes oreilles, pourtant, les quelques mèches rebelles de mes cheveux trop longs pour être domptés continuent de caresser l’ovale de mon visage et les reliefs de ma peau. Ma longue robe verdâtre se soulève à son tour sous les assauts du vent, douces caresses sur mes jambes mises à nue. Je place alors mes mains devant ma taille, jointes ensembles, dans une posture à la fois douce et pourtant protectrice, du moins, dans mon esprit.

C’est dans cette posture, avec mon regard d’enfant, que je me dévoile à son regard, mais pas comme cela, non. Tout d’abord, les embruns environnants deviennent de véritables bourrasques soulevant les vêtements, déformant les arbres, arrachant les feuilles des arbres. Autour de nous se lève soudainement une tempête légère mais suffisamment présente pour que l’homme puisse deviner du premier coup que ceci n’a rien de naturel. Dans tous ces tourbillons venteux apparaissent soudainement un léger nuage dont s’échappait une lumière douce et de plus en plus visible. Cette lumière prit une teinte fluorescente à mi-chemin entre le jaune et le vert tandis que le nuage devenait de plus en plus compact. D’un nuage compact, il devint une ombre fluorescente à forme humaine et c’est ensuite dans une grande et somptueuse envolée de lucioles que j’apparaissais au grand jour face à lui. Je ne porte aucune arme, rien d’autre que mes vêtements et un épais sac en bandoulière contenant mes affaires de voyage et mes instruments. Face à lui, je ne bouge pas, je ne dis rien. Je le laisse me reconnaitre. Mais je reste sur mes gardes, prête à décamper, à redevenir invisible et à fuir loin de lui et de sa lame. Je ne veux pas mourir ici et surtout pas de son fait alors que je cherche à lui venir en aide.



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Leynar Gale
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Jeu 23 Aoû - 17:21
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My'trän +2 ~ Khurmag
Leynar ne comptait pas répondre à la pique de cette mystérieuse voix, il ne voyait pas en quoi il aurait dû faire aveuglément confiance en quelqu’un qui ne se montrait même pas. D’autant plus que l’irritation lié à son orgueil blessé ne faisait que le conforter dans cette attitude de mauvaise volonté.  Il comptait attendre, la voix ferait un faux pas à un moment ou à un autre, et lui en profiterait. Pas forcément pour tuer ou faire du mal à la personne qui s’introduisait dans son esprit, mais il connaîtrait au moins le visage de celle qui lui parlait, ou en l’occurrence il verrait le visage qu’on voudrait bien lui montrer. Mais il pourrait en profiter, si l’apparence pouvait mentir, l’esprit ne le faisait pas. Alors il restait immobile, attendant une opportunité qui ne viendrait jamais.


Puis le vent se leva subitement, surprenant le khurmi qui fût déstabilisé et dû retrouver son équilibre. Les arbres se déformaient, les feuilles s’arrachaient à leur support et volaient en suivant ce vent si soudain. Leynar regardait autours de lui, surprit par cette manifestation. Il savait bien que ce n’était pas naturel, était-ce donc la voix qui avait provoqué cela ? Peut-être, non, c’était certains, comme pour montrer que ce n’était pas lui qui était en position de force malgré son arme, que malgré son attitude vindicative il n’avait pas le contrôle de la situation. Et cette démonstration n’en finissait pas, un maigre nuage dont s’échappait… une lumière ? Elle était de plus en plus visible, éblouissant presque Leynar alors que la bourrasque avait fait retomber sa capuche et tentait presque de déloger son masque de tissu, l’obligeant à le maintenir en place. Le nuage prenait forme humaine peu à peu, et une grande envolée de lucioles vint clore ce petit spectacle illusoire dont le faste n’avait cessé d’exaspérer le khurmi qui arborait une vague expression de dégoût, il trouvait bien inutile tout ce déploiement d’artifices.


Mais cette expression ne resta pas gravée longtemps sur le visage du marchand, frappé par la surprise. C’était donc elle, l’inconnue qu’il avait aidé quelques heures plus tôt en faisant preuve de générosité, et elle en avait profité pour déguerpir. Parfois aider n’amenait pas aux résultats auxquels on aspirait, jamais rien ne se passe comme prévu après tout, il faut toujours être paré à tout. Il laissa donc son épée retourner dans son fourreau avant de reprendre une posture digne, prenant le temps d’observer la femme en face de lui. Elle ne portait pas d’armes, ou alors les cachaient soigneusement grâce aux illusions. Il prit un air songeur, grattant distraitement son crâne brûlé de sa main gantée sans quitter son interlocutrice des yeux. Beaucoup de questions se soulevaient dans son esprit, et s’il s’était quelque peu calmé sa méfiance était toujours présente, alors il posa une simple question pour commencer.


-Pourquoi ?


Oui, pourquoi ? Pourquoi se donner tant de mal juste pour ça ? Pour l’aider ? A moins qu’elle ne considère avoir une dette envers lui et qu’elle souhaite s’en délivrer le plus vite possible, c’était une possibilité, certaines personne n’aimaient pas se sentir redevables, mais il se demandait aussi si elle souhaitait vraiment l’aider ? Par pure sympathie ou compassion ? Comme Leynar l’avait fait auparavant et qu’il agissait parfois, parce que peut-être qu’au fond il n’était pas qu’avide ? Non bien sûr, sa personnalité ne s’arrêtait pas à ce petit défaut qui prenait de plus en plus de place chez lui, il agissait comme une bonne personne des fois. C’était rare, mais pas improbable chez lui.


-Se donner tant de mal à rester invisible pour ça, alors que se montrer visible dès le début aurait été plus simple. Je ne comprends pas.


En fait si, il comprenait, c’était simplement hypocrite de sa part de déclarer ça alors que lui-même se cachait le visage et restait en quelque sorte « invisible » aux yeux du monde. Sur le moment c’était juste pour lui une façon de se voiler les yeux.


-Pourquoi tu veux m’aider ? Tu aurais pu partir, pourquoi t’être montrée et te donner tant de mal ?


Il se posait très sérieusement la question, ce n’était pas commun que quelqu’un souhaite l’aider à ce point, peu de gens le faisaient au quotidien, surtout dans son milieu professionnel, aussi bien pour le vol que pour le commerce, et il n’était pas non plus de ceux qui aidaient ses collègues commerciaux, surtout qu’il avait l’ambition de les supplanter, de devenir plus important dans le domaine du marchandage qu’ils ne seraient jamais, peut-être était-il trop ambitieux mais ce n’était pas le sujet de la rencontre présente.


Leynar n’avait pas pensé à remettre sa capuche, et son masque de tissu s’était à moitié enlevé, laissant apparent le visage brûlé du marchand qui se décida à le retirer à cause de la gêne qu’il procurait. Il laissait le vent caresser son visage tandis qu’il ne quittait pas des yeux son interlocutrice. Qu’allait-elle répondre ?



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Laurelin
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Mar 28 Aoû - 20:35
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Je sens les interrogations, les craintes, toutes ces pensées qui s’interpellent entres-elles sans pouvoir ne former ni idées précises ni décider de ses prochaines actions. Il reste là, stoïque, se grattant la tête en partie dénudée qui frotte sous ses doigts gantés dans une posture trahissant toutes ses interrogations. Inutile d’être devin ni même télépathe pour comprendre que son esprit est en pleine ébullition. J’espère sincèrement que cette ébullition neuronale ne provoquera aucune réaction désespérée.

Pourquoi ? Pourquoi se donner tant de mal quand il aurait suffi de rester visible dès le début ? Pourquoi user d’autant d’artifices dans cet instant qui demande pourtant d’être simple ? Pourquoi vouloir l’aider lui alors que s’enfuir aurait été mille fois plus aisé et plus logique ? Tant de questions, quantité infinitésimale comparativement à celles qui hantent l’esprit du Khurmi, auxquelles apporter une réponse serait bénéfique pour le reste de ma mission, certes, et pourtant, y répondre n’est pas chose aisée. Je sens beaucoup d’interrogations en son esprit, mais malgré cela, je n’oubli pas son insolence ni son orgueil blessé qui l’empêchent d’avancer et de voir au-delà de sa propre existence et de ses propres traumatismes. Mon esprit est quelque peu en colère contre cet homme, mais mon cœur souffre pour lui. Un ressenti mitigé, quelque peu désagréable, qui contraste avec mes défauts de femme humaine et la bonté de ma mission. Pourtant, bien que je cherche à me raisonner, je ne parviens pas à outrepasser son arrogance et sa véhémence. Il semblerait que ma mission ne soit pas uniquement à visée curative, mais aussi pédagogique, ou plutôt, andragogique, étant donné l’âge du Khurmi qui n’est plus un enfant.
- Pourquoi ? Dis-je d’un ton presque sec, point menaçant mais bien rhétorique.Pourquoi te cacher sous ces draperies depuis autant d’années alors que tout pourrait-être plus simple ? J’illusionne son visage, celui qu’il avait apposé sur le sien quelques heures plus tôt alors qu’il conversait avec son ami, avant que ce visage ne disparaisse dans de légère volutes. Pourquoi être coincé dans un carcan de douleur et de regrets, comme une chenille prisonnière de sa chrysalide ? Pourquoi fuir le bien alors que celui-ci est ancré dans ton cœur ?

Mon ton est ferme, comme celui d’une mère parlant à son enfant qui aurait besoin de conseils de vie. Mes yeux sont, eux, emplis d’une douceur soyeuse emprunte d’une touche typiquement féminine, celle-là qui fait que nous, les femmes, pouvons commander le cœur des hommes d’un simple regard. Une mère face à un enfant empli de tristesse qui aurait besoin de confier un chagrin et d’être consolé. Situation ambigüe quand on sait qu’il pourrait me couper en deux d’un seul coup de lame.
- J’ai vu ton esprit et ton esprit est miens dis-je de nouveau d’une voix cette fois-ci plus douce, bien consciente que mes mots peuvent semer la discorde dans les pensées de l’homme devant moi. J’ai sondé ton âme et j’y ai vu la douleur. J’y ai vu les flammes. J’ai senti la souffrance des flammes sur ton visage et les regrets d’un acte aux conséquences insoupçonnées. J’ai pesé la rancœur et la détresse avec laquelle tu vis depuis toutes ses années. Mais aussi douloureux soit cet évènement qui régit toujours ta vie depuis lors, tu n’es pas seul à vivre pareils traumatismes. Et pourtant tu t’empêche de vivre, te condamnant toi-même à une peine ô combien injuste que tu ne mérites pas. Tu t’es oublié toi-même pendant trop longtemps, te cachant derrière tes rubans, préférant t’enfermer dans ta détresse en occultant le monde et le bien qu’il renferme. Et pourtant… Je marque un temps de pause qui semble durer une éternité. Il est des souffrances dont tu n’as aucune idée.

Puisse son orgueil et sa rancœur laisser s’entrouvrir le voile de son cœur, qu’il puisse enfin écouter et s’ouvrir plutôt que de se renforcer encore une fois sur lui.



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Leynar Gale
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Jeu 30 Aoû - 22:31
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My'trän +2 ~ Khurmag
Son esprit était jusqu’alors en ébullition, des bribes de questions s’entrechoquaient dans le chaos le plus total sans recevoir de réponse à leurs interminables interrogations. Cependant si d’innombrables questions ne cessaient leur course vers l’esprit du khurmi, la réponse de son interlocutrice y mit un terme brutal. Tout retomba dans le néant, le calme fit place au tumulte qui agitait l’âme de l’arnaqueur. La rhétorique de son interlocutrice les menait droit à l’impasse, personne n’aimait être mis en face de ses erreurs, encore moins quand on prenait un ton moralisateur. Leynar regardait ses mains, elles étaient parfaites, on eût dit qu’elles n’avaient jamais éprouvé le contact des flammes, avant que l’illusion de disparaisse dans une volute de fumée, laissant visible uniquement les gants qui recouvraient ses véritables mains aussi meurtries que lui. De la douleur ? Des regrets ? Bien sûr qu’il en avait, c’était le lot de tout les hommes après tout. Il serra le poing sous l’effet de l’irritation, il n’appréciait vraiment pas cette conversation, et il aurait bien envisagé l’idée de partir et terminer cette discussion s’il ne craignait pas que la femme ne le suive et ne continue de la harceler.


Alors il resta planté là, soupirant en écoutant le monologue qui s’exprimait dans son esprit. Vraiment ? C’était ça qu’elle en avait conclu en faisant sienne les pensées du khurmi ? C’était décevant, il devait bien l’admettre, elle avait raison sur certains point, mais elle avait tort sur de nombreux autres. Bien sûr qu’il avait des regrets, qui n’en aurait pas en ayant le même visage que lui ? Et pourtant c’était lui qui avait choisi de rester comme ça, personne d’autre. Oh il aurait très bien pu retrouver son visage, mais il ne l’avait pas fait, il ne s’en était pas senti digne après ce malheureux accident, préférant laisser place au vrai plutôt qu’à l’artifice. Il avait accepté cette apparence, ce n’était pas pour qu’on vienne lui renvoyer ses erreurs vieilles de onze années qu’il avait fait tout ça.


Le khurmi prit de longes minutes avant de répondre à la diatribe de son interlocutrice, il voulait au fond de lui répondre avec plus de virulence que sa raison ne lui conseillait, se mâchoire et son poing se serrant tout deux sous la passion avant que la raison ne prenne le dessus. Il déglutit, pesant soigneusement dans son esprit ce qu’il allait répondre, il ne voulait pas d’une énième confrontation qui le pousserait à bout et le ferait agir d’une manière qu’il aurait préféré éviter. Alors il jeta un regard froid d’indifférence à la femme en face de lui qui lui faisait les yeux doux, plantant ses yeux polaires dans les siens avant d’enlever un de ses gants et de tirer sa manche, dévoilant l’ampleur de la cicatrice brunâtre qui filait le long de son avant-bras.


-Pourquoi je cache ça ? Tu ne pense pas que c’est plus du bon sens que du regret ? Qui veut voir ça?Qui veut croiser quelqu’un avec le même visage que moi ? Personne, c’est pour ça que je cache mes brûlure, ce n’est pas de la honte mais de la politesse, je ne vais pas imposer cette horreur à la vue de tous. J’ai un minimum d’empathie.


Le vent était capricieux, parfois doux, parfois brutal, dans la situation présente il ne faisait que gêner Leynar, son masque de tissu s’envolant au loin et laissant son visage à la vue de tous. Laissant  faisant entendre sa désapprobation, le khurmi le regarda s’envoler doucement au loin. Inutile de le rattraper, il n’aurait qu’à acheter un véritable masque, qui cacherait entièrement son visage. Il pourrait s’en occuper plus tard, son attention se porta une fois de plus sur son interlocutrice, il n’avait pas encore répondu à la longue diatribe qu’elle lui avait adressé.


-Il existe des souffrances dont je n’ai pas idée c’est vrai. Pour autant je ne me plains pas de mon sort, j’aurai pu mourir et je suis encore vivant, c’est un fait assez notable pour s’en réjouir. C’est vrai, il y a un certain traumatisme chez moi, je l’avoue je ne supporte pas que le feu soit trop proche de moi. Mais je ne te laisserai pas dire que je n’ai pas changé depuis. Parce que c’est faux, et que j’ai le mérite d’être au moins honnête envers moi-même. Je ne t’autorise pas à me juger, malgré tes apparentes bonnes intentions. Tu veux m’aider ? Soit, essaye, mais je ne te laisserai pas m’insulter en tirant des conclusions hâtive.



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Laurelin
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Jeu 20 Sep - 21:00
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M
es mots, qui se voulaient doux mais qui furent enveloppés dans une gangue trop dure pour être réellement attendrissant trouvèrent écho chez le Khurmi, mais cet écho ne provoqua pas l’effet désiré en son cœur. Je sens l’esprit de l’homme qui lutte pour que ses mots à lui ne soient pas le véritable reflet de sa pensée, bien trop acerbe pour le moment.

Tandis que ses mots quittent ses lèvres révélées par la disparition de son turban, en même temps que la peau brunâtre et flétrie de son visage, je penche incidemment la tête de côté de manière tout à fait anodine. Anodine, oui, mais un maître en l’art de Khugatsaa aurait décelé là un geste animé par la tristesse et l’empathie. Car si je suis la télépathie et l’illusion n’ont presque plus de secrets pour moi, l’empathie et la compassion sont des dons innés chez moi, que ma défunte mère avait su observer, cultiver et faire grandir durant ma prime enfance. Aussi, ce petit mouvement anodin est également une marque profonde trahissant la douleur et la peine ressentie à la vision de ce visage meurtri. Bien que je l’eusse déjà observé un peu plus tôt, le contexte était bien moins triste que maintenant, aussi, voir ces cicatrices et entre sa supplique provoquèrent chez moi la disparition de toute trace de déception, celle-là même qui m’avait poussée à parler à cet homme comme une mère parle à son enfant capricieux.

Je pense ainsi ma tête doucement sur la gauche, signe inconscient de mon empathie profonde, et mon regard se balade sur l’ovale de son visage, détaillant ses lèvres boursoufflées, ses petits yeux et son regard enflammé alors que chaque mot qu’il prononce s’encre en mon esprit comme une lame aiguisée tranchant dans la chaire. Tout aussi innocemment, je cligne frénétiquement des yeux avant de les écarquiller, signe encore une fois involontaire d’une écoute attentive de mon interlocuteur, après quoi, je joins mes mains devant ma taille, adoptant ainsi une posture quelque peu renfermée et trahissant une certaine honte intérieure. Lorsqu’il eut terminé sa supplique, un long silence s’en suivit. Quelque peu honteuse, je ne savais pas par où commencer alors que mon regard se perdait sur le sol et que je cherchais mes mots afin de désamorcer cette situation conflictuelle. Mes paupières s’ouvraient et se fermaient frénétiquement alors que j’entrouvrais ma bouche sans qu’aucun mot ne s’en échappe. Mon visage se crispait sous les assauts des émotions contradictoires alors que je cherchais toujours à aider cet homme en souffrance.
- Pardonne moi Dis-je enfin d’une voix douce et faiblarde mais qui, cette fois, était ma véritable voix, plus sucrée que celle entendue dans son esprit jusqu’alors. Je ne voulais pas sous-estimer ta souffrance, ni discréditer ton fardeau que tu caches par humanisme et bienveillance. Je ne désire ni te troubler ni te peiner, je veux simplement t’aider. Je sens le combat qui se joue entre celui que tu fus et celui qui sommeille en toi aujourd’hui. Tu fais des affaires, d’après ce que j’ai entendu, et ce monde cruel aux dents acérées ne laisse aucunement la place à la gentillesse et à l’entraide, et pourtant, tu fus le seul à m’aider ce matin. Il y a du bon en toi, bien plus que tu ne le penses.

Les vents se calment et deviennent presque inexistants, ne se dévoilant seulement que par de légères bourrasques douces semblables aux caresses d’une femme. On ne peut pas dire que je possède un avantage sur le Khurmi, plus maintenant en tout cas.
- Me pardonnes-tu ?



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Leynar Gale
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Mar 25 Sep - 21:30
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Profession : Marchand itinérant/ Joaillier/ Arnaqueur
My'trän +2 ~ Khurmag
Elle écoutait ce que Leynar disait, c’était déjà ça. Elle semblait chercher ses mots, honteuse après que le marchand n’ait rétabli un peu de vérité, ou tout du moins sa vérité. Ce qu’il pensait et ce qui était n’allaient pas de paire, mais il fallait l’accepter, il n’aurait pas été lui-même sans son horrible hypocrisie. Car si dans la forme il avait changé, était-ce pareil dans le fond ? C’était bien beau de dire qu’il avait changé, mais au fond, il avait retiré peu de choses de cette brûlure. Il n’utilisait peut-être plus les illusions pour tromper les gens mais il les arnaquait quand même, ce n’était pas forcément très différent même si Leynar s’était persuadé du contraire.


La femme en face de lui semblait chercher ses mots, entrouvrant la bouche sans qu’un moindre son n’en sorte. Le khurmi perdait patience, n’était-elle donc pas capable de parole ? Était-ce pour ça qu’elle ne s’exprimait que par la télépathie ? Et soudain des mots, faiblards oui, mais des mots quand même. Les premiers étaient pour demander pardon, mais ceux qui suivirent l’étonnèrent beaucoup plus. Leynar ne savait pas comment réagir, plus il l’écoutait plus il était partagé entre une certaine hilarité et un grand étonnement. Lui, humaniste et bienveillant ? Il n’irait pas jusque là, parfois il se souciait des gens, sincèrement de rares fois, mais cela restait des épisodes uniques. Bien sûr il avait parfois agit avec bienveillance, comme lorsqu’il avait sortit Zaël de sa torpeur à Busad en utilisant la télépathie sans arrière pensée, mais il était plus souvent capable de mesquinerie, comme avec Jaheera. Il était bien moins souvent bienveillant qu’opportuniste, et pourtant elle lui disait le contraire, qu’il était quelqu’un de bien. Il ne savait pas vraiment quoi en penser, retournant cette information dans son esprit. Etait-il quelqu’un de bien ? Il volait, mentait, trichait et arnaquait, aider quelques personnes en de rares circonstances effaçait-il toutes ces actions ? Non, absolument pas. Mais il arrivait à vivre avec sans que ça ne perturbe sa conscience, pouvait-il vraiment en demander plus ? Mais c’était vrai, il avait été le seul à aider cette inconnue, mais il ne pouvait pas laisser quelqu’un qui vole se faire avoir de cette manière, si ?


Elle lui parlait aussi du milieu du commerce, tout en lui disant des choses qu’il savait déjà. Ce n’était pas une nouveauté que les gens étaient égoïste et cupide, lui-même l’était, parfois même plus que les autres. Peut-être que c’était la raison pour laquelle elle disait à Leynar que deux versions d’entre lui se battaient. La question se posait alors, devait-il laisser les choses suivre leur cours ou devait-il essayer de changer ? Mais le voulait-il vraiment ? Après tout il ne se sentait pas mal, il avait la conscience tranquille, que pouvait-il demander de plus ? La direction à suivre était encore floue pour lui, mais il verrait cela en temps voulu. Pour le moment il devait répondre à son interlocutrice.


-Tu me demande de te pardonner, mais je pense que tu surestime la bonté des autres. Qui te dis que je ne suis pas un menteur et que je fais semblant d’être meilleur que je ne le suis vraiment ? Penses-y, je fais peut-être parfois de bonnes actions mais est-ce que je n’en fais pas d’autres bien plus mauvaises ? Tu ne penses pas être un peu hâtive dans tes jugements ?


Un peu d’honnêteté ne faisait pas de mal, et puis ce n’était pas comme si Leynar admettait qu’il était foncièrement mauvais. Non, il essayait simplement de prendre l’ascendant maintenant qu’il avait senti que son interlocutrice n’avait plus un avantage sur lui, la patience est toujours récompensée on dirait.



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Laurelin
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Mer 3 Oct - 11:09
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Profession : Vagabond
My'trän +2 ~ Khurmag

L’homme était beaucoup plus coriace que je ne me l’imaginais. Si le lien avait été facile à construire, du fait de sa prédisposition télépathique, la confiance et, surtout, le dialogue étaient bien plus difficiles à entreprendre. Sombre est son discours et large est sa carapace. Telle une bougie éclairant le néant, j’avance en cet instant sans réellement savoir où je vais, ni comment faire machine arrière. Si sa lame est rangée, ses mots n’ens ont pas moins acérés. Ses arguments sont justes, du moins, selon la représentation que j’en fais du monde et celle que le monde eut à me montrer jadis. Une bonne action suffit peut-être à cacher une vie faite de péchés. Et bien que son esprit soit encore connecté au miens, certaines zones sont tout de même nimbées de brouillards et seulement visible en mon esprit comme le seraient deux lampes dans une rue embrumée.

Néanmoins, je suis convaincue que cette action de ce matin n’est pas un cas isolé, ni un sursaut d’humanité catalysé par la surprise de notre rencontre fortuite. Il ne ressemble pas à ces gens qui sont tétanisés par la peur, ni à ceux qui, au contraire, agissent de manière désordonnée face à un évènement inattendu. Non. Cette action était voulue et forte à propos. Il y a du bon en lui, plus qu’il ne le croit et plus qu’il ne veut laisser paraître. Mais un homme avec autant de traumatismes et vivant du mensonge et de la manipulation ne peut avouer cette part de bienveillance et de gentillesse sans mettre en péril son image, sa réputation et son pouvoir sur les autres. Et ce pouvoir, il l’utilisait en ce moment même, renversant parfaitement la situation qui était en sa défaveur et qui, maintenant, lui assure une supériorité psychologique indéniable.
Rien ne peut m’assurer de ton honnêteté, toi qui utilise ton pouvoir de persuasion pour que toujours tu puisse sortir gagnant, au détriment des autres. Dis-je après avoir réfléchi quelques temps. Mais je ne pense pas m’être trompée sur toi. Spontanément, tu m’as offert une aide et un soutien alors que je n’étais pas en mesure de le recevoir dignement. Spontanément, tu as usé de ton pouvoir de persuasion pour calmer la velléité d’un homme bafoué qui avait toutes les raisons de se sentir comme tel. Je laisse un léger silence tandis que je me rapproche de l’homme, le visage éclaircit, le regard apaisé et doux. Je m’installe prêt de lui en m’asseyant sur une pierre volumineuse me permettant de ne pas trop avoir à lever la tête pour continuer à le regarder. Et pourtant, je crois fermement en l’existence du bien en chacun d’entre nous, bien que le mal soit la face qui persiste et qui est nécessaire pour pouvoir survivre. T’es-tu demandé si tu ne faisais pas semblant de faire toutes ses mauvaises actions pour refouler l’homme bon au fond de toi ?

Une question sincère, une introspection nécessaire, dans ce paysage animé d’un flot d’air iodé, le moment serait idéal à une remise en question motivée. Je ne désire pas bouleverser cet homme qui, il faut bien le reconnaître, peut se targuer d’avoir une sérieuse emprise sur moi et une stature qui m’impressionne toujours. Puisse les Architectes m’aider dans la quête que j’accomplie en leurs noms, car cet homme, qui est bon, je vous l’assure, a besoin d’aide, bien plus qu’il ne le croit.

Je suis toute à ma prière intérieure lorsque, sans m’en rendre compte, une douce brise se lève autour de nous, caressant nos êtres et nos âmes comme caresserait une maman soucieuse de sa chaire et de son sang. Un moment doux et insouciant dans cet environnement que je ne maîtrise plus réellement. Puisse son âme s’ouvrir à cette douceur sincère et apaisante.



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Leynar Gale
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Mer 10 Oct - 19:42
Irys : 406236
Profession : Marchand itinérant/ Joaillier/ Arnaqueur
My'trän +2 ~ Khurmag
Il avait l’ascendant, c’était ce qu’il avait souhaité depuis le début de la conversation, maintenant il fallait encore mettre cette position à profit. Alors qu’allait-il faire ? Il ne devait pas être hâtif, il devait prendre son temps. Mais cette rencontre était pour l’instant sans conséquences, du moins pour le moment, alors il continuerait de parler, il ne mentirait pas et dirait simplement la vérité. Pas par soucis d’honnêteté envers son interlocutrice ou envers soi-même, non, il voulait montrer qu’il pensait réellement ce qu’il disait.


C’est avec cette conviction qu’il écouta de nouveau la femme devant lui. Il ne pouvait pas lui donner tort, ce qu’elle disait était vrai. Pas de grande phrase, pas d’exagération, que la vérité. Et ça le dérangeait. Ça le dérangeait d’autant plus qu’il n’avait rien à y redire pour le moment, c’était incontestable, il l’avait bien aidé spontanément, c’était exact. Il aurait pu mentir et médire, dire que ce n’était qu’une façade pour montrer aux gens combien il était calme et généreux, mais au fond ce n’était pas complètement vrai, et ça rejoignait la fin du discours de son interlocutrice. Mais il était certain d’une chose, quoiqu’il fasse, quelles que soient les mauvaises actions qu’il faisait, il ne les faisait pas pour refouler la bonté en lui.


Alors le khurmi commençait à s’interroger, pourquoi est-ce qu’il faisait donc toutes ces mauvaises actions ? Par appât du gain ? Ca irait sans doute de paire avec sa cupidité, mais ce ne devait pas être la seule raison. Alors qu’est-ce que ça pouvait être ? Il n’en avait pas la moindre idée, et ça le perturbait, peut-être le faisait-il parce qu’il le pouvait, tout simplement. Mais qu’importe, il les faisait c’était ce qui comptait après tout, et ce ne seraient pas quelques maigres bonnes actions qui changeraient cet état de fait.


-Il y a du vrai dans ce que tu dis. Néanmoins ne te fais pas trop de fausses idées, ce n’est pas parce qu’il y a une maigre étincelle de bonté en moi que ça change quoique ce soit. Ne pense pas que je refoule quoique ce soit, je suis ce que je suis. Le reste n’a aucune importance.


Il prend un air pensif, il commence à réfléchir à ce qu’il est. Quoiqu’il en dise la conviction de l’arnaqueur est ébranlée pour le moment, de minuscules brèches qui se forment dans son esprit coriace et inchangé depuis des années. Il cherche à mettre un terme à ces interrogations, à ces « et si » insistants qui se bousculent dans son cerveau. Mais quelque chose venait de l’interrompre dans sa réflexion, une information qu’il avait omis et qui venait de le frapper de toute sa force. Il n’avait plus son masque de tissu qui cachait son visage, et il avait enlevé sa capuche. Pourquoi ça le troublait ? Hé bien, c’était peut-être une protection comme une autre pour lui, après tout.


-Il y a une question que je me pose, penses-tu vraiment que je refoule quoi que ce soit ? Penses-tu que je me cache derrière un prétexte ou un bout de tissu ? Alors réponds moi honnêtement, ou penses-tu que le mensonge se trouve ? Dans mon visage ? Leynar passa alors rapidement sa main devant son visage si affreux, et une brume épaisse l’entoura, avant de former un masque de théâtre blanc, cachant le visage du khurmi. Ou dans mon masque ? Penses-tu que je joue un rôle parce que mon véritable visage est masqué ? Que je me rends plus mauvais que je ne le suis ? Je dois te décevoir, ce n’est pas le cas. Le masque, le visage, c’est moi, pas de façade, pas de mensonge, mais MOI. Mais tu as raison sur un point, il y a du bon dans chacun d’entre nous. Après tout ce serait décevant qu’une personne soit foncièrement bonne ou mauvaise. Tu peux me croire, ou tu peux fouiller dans ma tête et être déçue. Tu as le choix.



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Laurelin
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Lun 15 Oct - 20:39
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Profession : Vagabond
My'trän +2 ~ Khurmag

L’homme est intelligent. Il est futé. Deux qualités qui pourraient être confondues mais qui sont belles et bien différentes. L’intelligence lui permet de remettre en question mes propose et de les déstabiliser jusqu’au fond de ma propre pensée. Le fait qu’il soit futé lui permet de reprendre ces arguments afin de les modifier et d’en retourner l’essence contre moi-même. SI ces deux qualités forment un cocktail fort intéressant, elles annoncent aussi une capacité accrue à manipuler les gens et les situations pour que toujours elles puissent tourner à son avantage. Cela ne m’étonne absolument pas de lui. Il est impossible qu’il ait réussi à survivre dans ce monde fourbe sans être lui-même doté de ces qualités précédemment nommées. Et il en fait preuve en ce moment, et avec brio, je dois bien l’avouer.

Voyager dans l’esprit du Khurmi serait à double tranchant. Le lien créé serait utilisable aussi bien par moi que par lui, et tandis que je serais au milieu de son esprit, il pourrait prendre le dessus sur moi. Personne, pas même le maître qui m’avait recueilli il y a des années n’avait tenté de pénétrer mon esprit. Si cet homme s’adonnait à cette pratique, je doute que ce qu’il y laisserait serait bénéfique pour moi. Les cauchemars de mon passé hantent encore les songes brumeux de mon esprit torturé. Vivre avec est tantôt un supplice, tantôt une ode à la créativité et à l’originalité. C’est à la fois mon moteur et mon cauchemar, la source de mes aptitudes et l’explication de ma folie, aussi douce soit-elle. Que ferait-il s’il possédait mon esprit ? Quels dégâts y ferait-il ? Utiliserait-il cela pour mieux me détruire ? Ou se rendrait-il compte de la profondeur de mes arguments ? Je ne doute pas de la douleur qu’il ressent, je l’ai moi-même ressentie plus tôt. J’ai vu les flammes, j’ai senti sa peau fondre sur ses os et la chaleur… Insupportable… Douloureuse et implacable. Mais alors que je me rappelle ce que j’ai vu et ressentie et que les arguments du Khurmi raisonnent en moi comme raisonne l’écho du glas, je me demande ce qu’un tel voyage dans mon esprit pourrait lui apporter. Peut-être que vivre et ressentir les douleurs de quelqu’un d’autre lui permettrait de relativiser les sienne ? Ainsi, le masque qu’il porte pour se disculper du bien qu’il soit capable de faire tomberait tout seul, lui montrant alors quel être il est réellement…
- Je ne pense pas que tu refoule quoi que ce soit.Dis-je enfin après plusieurs longues secondes de réflexion. Je ne pense pas que tu te caches d’aucune manière que ce soit. Je ne pense pas que tu joues un rôle, tu es trop intelligent pour cela. Mais, je pense que cette partie de toi qui sommeil et qui s’est exposée aujourd’hui est la résultante de cette terrible épreuve que tu as eu à vivre. Tu trompes, parce que tu sais le faire. Tu vol, parce que tu peux le faire. Tu manipule car tu es bon dans tout cela. Et dans ce monde qui est le tiens, le bien, la compassion, l’entraide, sont des faiblesses qui te feraient immédiatement perdre tout le respect que tu as gagné. User de bonté dans ce monde qui est le tiens serait signer ton arrêt de mort. N’est-ce pas ? Cette question, je la pose autant pour lui que pour moi, comme un moyen de vérifier que ce que j’ai dit est intelligent et non seulement utopique et dictée par une naïveté débordante. Je pense que le masque… Est le moyen de cacher ce que les flammes ont créées en toi. Et qu’il t’est impossible d’accepter ces changements. Comment pourrais-tu manipuler, voler et sortir ton épingle du jeu si la compassion, l’empathie et les remords se mettent soudainement à dicter tes pas ?

Un léger frisson parcourt mon échine, pour la énième fois depuis que le Khurmi et moi avions commencer à discuter. Pourquoi suis-je encore là ? Pourquoi ne me suis-je pas enfuie pour poursuivre ma vie loin de cet homme qui semble vissé sur ses positions ? Pourquoi les Architectes mènent-ils toujours mes pas là où je peine à les suivre ? Tant de questions et si peu de réponses…




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Leynar Gale
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Mer 7 Nov - 22:31
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My'trän +2 ~ Khurmag
Par tout les architectes, Leynar commencerait presque à croire qu’elle avait raison sur son compte. Mais la carapace mentale du khurmi était trop épaisse et présente depuis trop longtemps pour qu’on lui fasse complètement changer d’avis en une conversation. Et pourtant en quelques mots cette carapace s’était ébréchée, sa certitude était désormais teintée d’un soupçon de doute, pour un homme qui mentait autant que lui était-ce si fou que de croire qu’il se mentait à lui-même ? Cet infime doute pourrait peut-être un jour ébranler la carapace toute entière, ou peut-être s’envolerait-il un jour, surpassé par les mensonges et une fausse conviction. Ce que Laurelin lui disait était en réalité très vrai, Leynar ne pouvait pas le nier, en tout cas pas aisément. C’était on ne peut plus vrai, les affaires étaient un milieu difficile il ne pouvait pas dire le contraire, il ne pouvait pas se permettre une once de compassion dans un milieu si pernicieux, mais dans lequel il était tout à fait à sa place. Il était fourbe, menteur, et en plus il volait, tout en se donnant des airs d’homme sympathique et honnête, du moins il essayait. Mais il ne pouvait pas mentir sur la spontanéité d’un acte charitable. Ce n’était pas le résultat d’un rôle qu’il se donnait, ou alors c’était que le masque était tellement ancré en lui que c’était devenu une seconde peau. Leynar n’était pas stupide, pas assez pour croire qu’il se laissait prendre à un simple rôle, non c’était beaucoup plus simple que ça. Était-ce si dur à croire que quelque part, dans les tréfonds de son âme il avait bon fond ? En tout cas c’était le doute qui s’immisçait pernicieusement dans les brèches de son esprit, quelque chose qui érodait sa conviction.


Il se mit à réfléchir à ce qu’il allait bien pouvoir répondre à Laurelin. Mentir ne servirait à rien dans le cas présent, le lien télépathique entre eux deux rendait vaine toute tentative d’occulter la vérité. Il fallait croire qu’il allait devoir rester honnête, parler sans essayer de retourner les mots de son interlocutrice à son avantage. Une discussion honnête, c’était rare, et pourtant certaines de ses réponses précédentes étaient elles aussi honnêtes. Il fallait croire que même lui n’arrivait pas à vivre tout le temps dans le mensonge, une situation qui peut-être s’améliorerait, ou empirerait.  


-C’est… curieusement vrai. Il avait dit cela comme s’il cherchait ses mots et comme si ça lui coûtait de l’admettre. Mais je maintiens à dire que ce n’est pas parce que j’ai effectué une bonne action que cela que je suis quelqu’un de bien, quelqu’un de… sympathique, peut-être poli pourrait-on dire. Après tout quand quelqu’un tombe n’est-ce pas la moindre des choses que de l’aider à se relever ? Il faudrait être très méprisant pour refuser d’octroyer cette petite aide.


Leynar était sans doute secoué par un doute infime, mais il restait borné dans son opinion, on aurait presque pu dire qu’il faisait preuve de déni. Et pourtant il pensait sincèrement ce qu’il disait, ou bien il ne pouvait pas décemment admettre qu’il doutait, sous peine de se sentir plus vulnérable. Mais presque inconsciemment il cherchait déjà un moyen de détourner la conversation, un moyen de changer de sujet, un sujet qui ne porterait pas sur lui alors que c’était la priorité de son interlocutrice. Mais il y repensait, il y avait un sujet sur lequel elle ne lui avait pas répondu… ce serait dommage de ne pas reposer la question, n’est-ce pas ?


-Mais je me demande… tu n’as pas répondue à ma question plus tôt. Tu veux m’aider, mais je me demande toujours pourquoi ? Pourquoi te donne tu tant de mal à essayer de me faire changer d’avis ?


Une interrogation qui ferait peut-être légèrement dévier le sujet, même si Leynar ne se faisait pas trop d’illusions, la conversation reprendrait là ou il l’avait laissé, sans aucun doute.



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Laurelin
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Dim 18 Nov - 17:54
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My'trän +2 ~ Khurmag

Une armure ébréchée, une porte entrouverte, une façade lézardée, voilà que le masque qui cachait le visage du Khurmi, venait de se rompre sous les assauts de vérité que j’avais lancé. Enfin, moins que rompre, il s’était simplement effrité, comme si le masque lui-même avait cédé sous les flots d’une vérité jusque là tacite et profondément enfouie. Mais si les failles pouvaient laisser passer quelques rayons d’une douce lumière, ce n’était pas encore une véritable inondation lumineuse. Son cœur n’était pas encore réchauffé, son esprit, pas encore apaisé. Ses doutes et ses questionnements n’en finissaient plus de s’entrechoquer sans réellement produire d’idées. Aller plus loin serait prendre le risque de le rendre fou. S’arrêter là serait sans doute prendre le risque d’anéantir le peu qui aurait été gagné. Il fallait jouer les choses avec finesse. Mais il devenait de plus en plus clair que cette entrevue touchait bientôt à sa fin.

Alors, je décidais d’amener doucement mais surement cette pièce théâtrale jusqu’à son dénouement. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais tous les sentiments de peur et de doutes s’étaient éteints. Je m’approchais alors doucement de l’homme, sans manies ni fioritures. Aucune illusion, aucun chant ni aucune autre magie ne partageaient mes pas. Arrivée devant lui, je me rendis compte qu’il n’est finalement pas aussi grand que ce que je croyais. Il faut dire que je n’avais jamais été aussi proche de lui que depuis que nous étions entrés en collision. Mais à ce moment-là, je n’étais pas debout. Néanmoins, il mesure au moins une dizaine de centimètre de plus que moi et possède une carrure bien masculine. Heureusement, jamais il n’avait fait preuve de violence ou de menace, sinon, je sais que je prendrais déjà mes jambes à mon cou. Mais c’est animé d’un profond sentiment de douceur et de gentillesse que je me saisis de sa main, laquelle réagit d’un rictus involontaire, comme pour s’éloigner des miennes. Doucement, je pose ma main gauche sur la paume de sa main, et ma main droite sur le dessus. Là, je passe mécaniquement mon regard de sa main à ses yeux, et applique une force mesurée sur ladite main, comme pour appuyer un peu plus mes propos futurs.
-D’aucun se cacherait derrière la bienséance pour justifier le minimum de galanterie qui consiste à relever une femme tombée à terre. Dis-je doucement en plongeant mon regard dans le sien. Mais un acte de sollicitude est à différencié de l’acte de bienséance et de bien-pensant. Et ce fut bel et bien de la sollicitude que tu témoignas ce matin même. Je baisse quelque peu la tête alors que je me rappelle soudain sa question qui le taraude et que j’avais esquivée une première fois. Alors, je m’éloigne de lui, mes mains glissant tout doucement sur la sienne dans une ultime caresse rassurante. Quelques pas en arrière, puis je retrouve ma place que j’avais quitté quelques secondes plus tôt. Je ne cherche pas à te faire changer d’avis. Mon unique dessin en ce monde est de répandre le véritable message des Architectes, et montrer aux Hommes que, si le mal, la souffrance et la mort règnent en maître sur cette terre, l’amour, le bien et la compassion sont bels et bien présents en chacun de nous, pour peu que nous ayons le courage de les exprimer sans retenue ni arrière-pensées.

Ces mots étaient tout droit sortis de ma pensée, sans aucun filtre ni aucune retenue. Ils avaient pour but d’appuyer une dernière fois mes propos dans l’esprit du Khurmi avant de le laisser reprendre sa vie, en espérant que les germes plantés en son esprit seraient suffisants pour porter leurs fruits, bien que je n’en sois absolument pas sûre. Finalement, il est temps de partir, enfin, je le pense. J’illusionne alors ce qui ressemble à un tourbillon nuageux. Celui-ci part de mes pieds, et remonte petit à petit, entourant mes pieds, mes jambes puis rapidement ma taille, lesquels disparaissent aux yeux du Khurmi qui, évidemment, doit comprendre qu’il s’agit là d’une illusion d’invisibilité. Mais, avant de disparaître totalement, je porte une dernière parole à son encontre, comme un message d’espoir pour le futur.
- Il n’y a pas de mal à vouloir faire le bien, tout comme il n’y a aucune honte à vouloir être bon. Souvenez-vous de cela. Peut-être que cette terrible expérience n’est pas la fin de votre vie, mais la renaissance d’une vie meilleure, tel le phénix qui renait de ses cendres. Peut-être était-ce là la main des Architectes, et l’assurance d’une nouvelle ? Vous et vous seul, pouvez en décider. Je crois en vous. Ne laissez pas le mal des autres entacher votre cœur. Vous êtes plus fort que ça. Vous ne le savez pas encore.

A mesure que j’égrenais mes mots, le nuage vaporeux englobait un peu plus encore mon corps qui disparaissait ensuite pour devenir invisible. Les deux dernières phrases furent prononcées alors que mon visage n’était plus que le reflet brumeux de lui-même. Ma bouche prononçait ces mots alors que mon visage disparaissait, comme un nuage vaporeux soufflé par les vents. Je m’apprêtais à disparaître, bien que je resterais encore un petit peu à ses côtés, rien que pour voir ce qu’il allait faire après tout ça.



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Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

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