Revenir en hautAller en bas
Chroniques d'Irydaë
Bonjour, et bienvenue sur les Chroniques d'Irydaë. Déjà inscrit ? N'attends plus, et connecte-toi dès maintenant en cliquant sur le bouton "Connexion" ci-dessous !

Vous êtes nouveaux, que ce soit sur ce forum ou dans le monde du RPG ? Le choix d'un forum sur lequel vous pourrez vous épanouir n'est pas anodin, et il vaut mieux pour cela connaître l'univers dans lequel vous vous trouvez ! Nous avons pensé à vous, en vous préparant un guide qui vous permettra de découvrir pas à pas le monde des Chroniques d'Irydaë.

Si malgré cela, des doutes subsistent, n'hésitez pas à adresser vos questions aux Administrateurs.

En vous souhaitant une agréable visite !




 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Suhury
Page 1 sur 1


 Rétribution

Ophélia Narcisse
avatar
Mar 10 Juil - 13:10
Irys : 1472094
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Dans un ciel emplis de nuage, la fumée peut-elle se fondre sans disparaître ? Y a-t-il moyen de donner sa place à ce qui n'a aucune légitimité ? Les Architectes définissent le monde et imposent leurs lois, dictant qui doit vivre ... et qui doit être effacé. Ils ont pris en main le destin de ce plan et les desseins des vies qui l'habitent, et ainsi, il n'y aura jamais qui que ce soit de complètement libre sur cette terre. Tous sont enchaînés, attachés à cette existence bercée par une illusion éphémère. Les gens s'aiment, se haïssent, peu importe, à la fin, il n'y a jamais qu'une seule vérité, celle de la mort. Aemy commençait à comprendre que personne n'était libre, tout n'était que sensation et berceau de rêveries. Les autres se distraient en attendant la mort, servent des desseins qu'ils pensent plus nobles que la simplicité de la vie ... et pour cette simple raison, la jeune femme enviait ceux qui n'étaient pas maudits par les dieux. 

Un regard latéral vint se déposer sur une louve, qui traînait au pied de celle qu'elle accompagnait, sans même savoir qu'elle risquait la mort par sa simple fréquentation. Les animaux avaient bon sens dans leur cécité, et la vaironne se soulageait chaque jour du manque de compréhension animal. Elle, au moins, ne pouvait pas la rejeter pour les cristaux qu'elle portait dans son dos ... ce n'était pas le cas de la plupart des autres. Oh, Aemy ne se plaignait pas de la haine qu'on lui vouait, elle se haïssait bien assez pour tout ce qu'elle avait fait d'inutile, de vain, d'égoïste et de cruel. Elle aurait simplement voulu que cette rancune soit redirigée vers elle en tant que personne ... et pas en tant qu'anomalie. Aux yeux de ceux qui n'étaient pas à sa place, sa vie n'était que sommaire, elle prendrait fin avec quiconque ne puisse même apprendre son nom ... et à la fin, on ne se souviendrait plus jamais d'elle. 

Des feuilles automnales descendaient déjà de leurs arbres, anticipant la saison à venir ... l'été était passé, maintenant approchait les tempêtes. L'air était déjà frais et quelques gouttes étaient venues ricocher contre le manteau de la vagabonde. Elle longeait les arbres de la route boueuse qu'elle arpentait, sauvant ses cheveux blancs comme neige de l'humidité descendante. Pas après pas, elle avançait vers l'Ouest, sans jamais savoir où aller, ni même ce qu'elle cherchait, tout ce dont elle était sûr, c'est qu'elle devait bouger, bouger sans s'arrêter. Mais ses jambes ne le lui permettraient jamais, et après une demi-journée de marche, la cristallisée les sentait défaillir. 

Elle n'entreprit qu'une enjambée supplémentaire avant de s'affaler contre le tronc d'un arbre. Ses deux mains vinrent chercher le coude de leurs conjointes, tremblant de la brise froide qui se faufilait dans ses vêtements. Si seulement elle savait en maîtriser le cours, elle aurait pu s'en sauvegarder, mais malgré ses essais fréquents, elle n'arrivait jamais à l'influencer de quelque manière que ce soit. Mais l'espoir de pouvoir un jour imiter sa mère adoptive la faisait sans cesse répéter l'opération, et aujourd'hui ne faisait pas exception. Fermant les yeux, l'anomalie se concentra sur elle ne savait quoi, sans doute ses pensées, visualisant Kelmina qui maîtriser la brise selon son désir. Au fond d'elle, elle sentit quelque chose venir, une impression creuse, la sensation d'un vide qui remontait avant d'enfin se manifester ! Son ventre gargouilla ... la tirant hors de sa torpeur qui finalement s'était révélée être un échec. Ce n'était pas une surprise, ni même une déception, rien qu'une subtile résignation. 

Laissant une caresse s'évader le long du museau de Nilfeïm, la jeune femme prit quelques minutes pour laisser ses jambes retrouver une certaine ardeur. Et elle reprit la route, encore et toujours dos au soleil, sans jamais cesser de fixer le ciel bleu qui survolait les feuilles qu'elle ne traverserait certainement jamais. Elle avait une certaine idée de destination, en étudiant les plans et la géographie, la vaironne avait dans l'esprit l'hypothèse que le monde s'achevait un peu plus loin vers les montagnes. Elle voulait le voir, sans même savoir pourquoi. Au fond d'elle, Aemy avait besoin de savoir qu'elle n'était pas la seule chose imparfaite dans cet univers, que même le monde avait besoin d'être complété, amélioré ... et ainsi, peut-être, obtenir l'espoir qu'elle puisse un jour aussi redevenir une partie intégrante de la création. Et si la réponse devait ne pas réparer les troubles qui demeuraient dans son âme, elle pourrait toujours se jeter dans le vide et en finir avec ce gibet existentiel qu'est sa vie. 

Pour l'heure elle marchait et était affamée. Cela faisait un moment qu'elle n'avait pas croisé d'habitations, seulement quelques convois qui l'ignoraient et des marchands qui riaient à pleines dents de leurs festins bondés. Après une heure supplémentaire à se perdre sur le chemin, un groupement d'habitations se fit enfin voir. Ce n'était rien de très imposant, pas même quoi que ce soit de beau, simplement une grande bâtisse en surplomb de la route entre les arbres, suivi de quelques ateliers et cabanes. Une pancarte balançait le long d'une poutre, accrochée à la barre de bois qui saillait hors de l'entrée de l'auberge présumée. Aemy passa une main furtive le long de son flanc. La bourse que ce noble avait si bien remplie était désormais presque vide, mais sans doute était-ce assez pour se payer un repas ... même deux si elle s'économisait bien.

- Reste proche.

Sa voix mielleuse vint accompagner la paume qu'elle aplatit contre le flanc de sa louve, la rapprochant de son mollet droit. Elle espérait que son avis de recherche ne se soit pas répandu jusque dans le Nord, mais elle ne savait que bien peu comment marchait le système judiciaire en My'tra. Seul restait l'espoir, comme toujours. Son premier pas sur le palier ne fit même pas craquer une marche tant elle était légère, et le deuxième vint à peine le faire grincer. En silence, elle poussa la porte et jeta des regards prudents à l'intérieur. Il n'y avait que peu de monde, dont un ivrogne notable qui chantait tout seul un air mélancolique, étendu sur le comptoir. 

L'anomalie retira sa capuche et s'installa à la première table venue, à côté de la porte de sortie, gardant sa louve derrière elle pour ne pas attirer trop d'attention. Bien qu'à la fin, lorsque le responsable vint prendre commande, il lui demanda bien poliment de laisser l'animal attendre à l'extérieur. Aemy s'y plia, intimant à la louve de rester sur le palier après l'y avoir accompagnée. Puis elle passa commande, rien de bien onéreux, un simple potage à peine bien cuisiné qui lui fit servit après quelques minutes seulement d'attendre. La jeune femme aux cheveux de neige n'avait pas le goût du luxe de toute manière, et ce dont elle avait besoin pour le moment, c'était de survivre, pas de se plaindre de la pauvre qualité de ses aliments ...

Cela lui faisait tort de l'admettre, mais la culture daënare lui manquait presque ...


 x17

Ophélia s'exprime en #9966cc
En ligne Voir le profil de l'utilisateur

Aldartai Khargis
avatar
Dim 22 Juil - 23:11
Irys : 99986
Profession : Guerrier itinérant, maître d'armes
My'trän +2 ~ Suhury
La mort, toujours la mort. C’était tout ce qu’Aldartai voyait après toutes ces années de combats incessants à vouloir protéger ceux qui avaient besoin de lui, et pourtant c’étaient des efforts bien stériles à repousser l’étreinte de la mort si peu de temps. Il massacrait des bandits pour rendre les routes plus sûres ? D’autre prenaient leur place aussitôt, ces satanés charognards qui grignotaient auparavant les restes se sentaient pousser des ailes. Le guerrier les détestait eux et tout leurs semblables, des indésirables et des menaces, c’était tout ce qu’ils étaient pour lui. Et il avait l’habitude de réduire au silence les menaces. Et c’est pour ça qu’il était planté au beau milieu des cendres d’un convoi de marchands. On l’avait engagé pour enquêter et voir pourquoi le convoi n’était toujours pas arrivé à Darga. Maintenant il savait pourquoi au moins, les marchands et les mercenaires étaient tous morts, même les bêtes de somme y étaient passé, un spectacle bien macabre auquel Aldartai n’était que trop habitué, passant ses yeux inexpressifs sur les caravanes vides de toute marchandise. Ses yeux se posèrent ensuite sur les cadavres. Non, c’était trop horrible pour le décrire, et pourtant le Suhur ne sourcillait même pas devant cette boucherie. Ce n’était pas seulement une embuscade sur un convoi de marchands, c’était du sadisme pur et quelqu’un allait devoir mettre un terme aux exactions des meurtriers. Et il se ferait une joie d’être celui qui leur ôterait la vie, car c’était ce qu’il savait faire de mieux, pousser les criminels dans les bras de la mort.


L’homme se détourna des ruines du convoi et reprit sa route, regardant distraitement des feuilles tomber de leur arbre, c’est vrai, c’était l’automne. On aurait pu s’émerveiller des teintes riche que prenaient les feuilles dont se paraient les arbres, un magnifique spectacle de couleurs qui aurait ravit  quiconque l’aurait regardé. Mais pas Aldartai, il n’oubliait pas que ces feuilles tomberaient bientôt, des choses bien éphémères qui ne tarderaient pas à s’éteindre, dénudant entièrement les arbres pour joncher les sentiers pour mieux disparaître, des cadavres de feuilles qui s’effaceraient rapidement pour que d’autres feuilles fleurissent plus tard. La vie était ainsi, un cycle inaltérable de vie et de mort, une renaissance sans fin, les hommes n’étaient pas bien différent des feuilles de ce point de vue, ils fleurissaient, se teintaient de leur meilleures couleurs et ensuite tombaient pour que d’autres  puissent naître. C’était ainsi que les choses étaient, et qu’elles resteraient, personne ne peut déjouer la mort éternellement, c’est ainsi que le cycle fonctionnait, immuable et logique.


Le guerrier se remit en selle, il devait transmettre l’information et être payé au plus vite, et avec un peu de chance on lui demanderai aussi de rendre la route plus sûre en tuant les bandits responsables du carnage. Oh il n’y arriverai pas seul mais il pourrait compter sur l’aide de quelques mercenaires, moyennant finance, mais ce serait un moindre mal pour Aldartai, le plus important serait de mettre un terme à la menace que représentaient les bandits, le reste n’avait pas vraiment d’importance. L’envie de suivre la trace des meurtriers démangeait l’homme, mais il avait beau être un bon combattant il n’en resterait pas moins en sous-nombre, et il mourrait probablement pour rien, ce ne serait qu’un gâchis. Mais pour l’heure il devait retourner à Darga, il n’oubliait pas non plus ses obligations.


Après quelques heures de trajet il arriva à un groupement d’habitations, et il s’autorisa un peu de répit en voyant la pancarte d’une auberge. Il fût assez surpris de voir un loup sur le palier, mais qu’importe, c’était peut-être le familier d’un adepte d’Orshin. Il attacha son cheval, non sans jeter un regard méfiant au loup imposant et passa sa main le long de la crinière du cheval. Le loup ne semblait pas dangereux pour le moment, aussi Aldartai entra dans l’auberge d’un pas lourd, le poids de son armure faisant grincer les marches de l’établissement alors que l’homme ouvrait la porte de l’auberge et s’installa à l’une des nombreuses tables vides, déposant son épée à côté de lui, ne craignant pas le moins du monde que qui que ce soit puisse lui voler. Il jeta un coup d’œil distrait aux clients présent. Un ivrogne et une femme qui semblait boire un potage bien peu rassasiant. Aldartai posa les yeux sur sa bourse et son contenu, il avait encore une quantité raisonnable d’irys, et il regarda ensuite le gérant lorsqu’il vint demander ce que le guerrier désirait manger alors que ce dernier posait déjà ses irys sur la table.


-Donnez moi quelque chose de comestible et de rassasiant, pas un potage à l’air immonde que vous avez servi à la pauvre femme pas loin. Et tant que vous y êtes donnez lui quelque chose qui lui remplisse le ventre, ça n’a pas l’air d’être très nourrissant.


-Si c’est ce que vous voulez. Répondit le gérant en haussant les épaules.


Aldartai attendit donc, il n’était pas particulièrement pressé de toutes façons, et il pouvait bien prendre un peu de temps pour se reposer avant de reprendre la chevauchée. Un peu de calme dans son quotidien si mouvementé. Ainsi quand le gérant vint lui apporter son plat il se contenta de manger en silence alors que le gérant apportait un plat plus rassasiant à Aemy, se désignant simplement Aldartai du doigt si la cliente se demandait pourquoi on lui apportait cette nourriture.
Voir le profil de l'utilisateur

Ophélia Narcisse
avatar
Jeu 26 Juil - 21:12
Irys : 1472094
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Ennuyée par le silence, lassée par son ennui, Aemy était coincée dans cette boucle oppressante d’un calme aux airs d’agonie. Ce n’était pas tant l’incapacité de seulement trouver que faire, mais cette sensation omniprésente de ne pas pouvoir prévenir le danger d’être reconnue. Toute anomalie qu’elle était, cette calomnie-ci avait besoin de se nourrir, autrement, elle pourrait bien retourner dans l’au-delà, car si le destin lui a accordé une « seconde chance », il était peu probable qu’elle n’en ait droit à une troisième. Mais elle-même ne savait rien de sa situation, ni souvenir de la balle qui l’a traversée, ni même une seule fragrance de la douleur qui l’avait mise à bas. Son esprit s’était éteint à l’impact, et son dernier privilège fut de mourir aussi promptement que la foudre ne s’abat sur les plaques couvertes de rouille de l’atelier qui l’avait vu naître. Nuit de pluie, jour de soleil, l’un fut celui qui a surplombé son ciel lors de son entrée en ce monde, l’autre fut celui qui l’avait accueillie de l’autre côté. Une goutte sur son front de nouvelle née, un rayon sur son visage de mourante, quelle ironie que le climat même se réjouisse de son décès.
 
De son index blasé, et inconscient de ces souvenirs d’antan, elle caressait le bois de la table, fixant les cercles qu’elle dessinait du bout l’ongle. Ils commençaient à un point et s’y rejoignaient, bouclant la finition de leur forme si basique … mais si captivante. Il y avait quelque chose d’hypnotique à cette infinité définie, une inexplicable attirance envers ce point nul que formait le contraste entre limite et néant de complexité. Ses gravures invisibles avaient un rythme aussi varié que les intempéries à Zuhause, tantôt lente comme la plus douce des averses, et parfois aussi prompt à tourner que la brise dans un ouragan. Inconsciemment, les souvenirs de ces horizons décorés de leurs barbes grises de fumées volages, accrochées à la ligne comme l’on se pend à une corde venaient lui taquiner l’esprit, offrant cet effet de déjà-vu que personne ne peut jamais expliquer. C’était un visuel si familier, une sensation si confortable qu’elle en dictait son simple mouvement circulaire à main de maître.
 
Un grondement de son ventre vint la ressaisir à son imagination qui s’en allait bien trop haut pour que la chute se fasse sans accroc. Une brève expiration vint secouer la vaironne en l’incarnation subtile d’un sursaut évoquant l’éveil d’une somnolente. Le soupir qui vint glisser contre les parois de sa gorge se teintait d’une légère complainte, manifeste de l’état de demi-sommeil dans lequel Aemy s’était enfermée. Son nez vint se pencher vers la surface boisée qui servait de support à sa maigre assiette désormais vide. En un grognement, plus silencieux, mais bien présent, l’affamée vint chercher son ventre de ses deux mains lestes, serrant ses flancs l’un sur l’autre pour refermer ce vide béant qui creusait sa faim entre ses chaires. Sa tête s’était repliée le front presque affalé contre ses cuisses tant elle était courbée. La maigre pitance n’avait donné que quelques heures supplémentaires de répit à la jeune femme et sûrement pas de quoi continuer à survivre pour plusieurs jours. Elle allait devoir trouver une autre solution pour se procurer de quoi manger sans devoir payer.
 
Un bruit de vaisselle et une secousse vinrent lui faire lever doucement l’œil gauche, laissant sa pupille filtrer entre les cils foncés de son regard aux teintures cernées par la fatigue. En un grommellement interrogatif, elle vint admirer le diamètre supérieur du plat qu’on lui jetait devant le visage comme l’on jette sa gamelle à … une louve ?  Le regard d’Aemy se serra, fronçant les sourcils et déviant ses gemmes vaironnes vers le gérant de l’établissement qui n’avait définitivement pas plus de temps pour les explications. Encore aurait-il fallu qu’il en ait l’intérêt, non pas que la confuse aux cheveux neige n’ait pas essayé de venir chercher une réponse. De sa faible voix, intimidée par la froideur de son interlocuteur et tremblant de son incompréhension, elle avait bien tenté le dialogue, si bref soit-il.
 
-          Pardon … je … excusez-moi ! Je n’ai pas de quoi vous le payer !
 
La main qu’elle avait levée pour se faire remarquer s’était rabaissée, en dépit d’avoir pu trouver l’attention du tenancier. Il l’avait simplement ignorée, avait-il vu qu’elle n’était pas de ce continent … ? Ses habits étaient similaires à ceux de son voisin, pourtant, ou en tout cas, le style ne semblait pas si différent, alors comment ? D’ailleurs, il semblait la regarder aussi. En un réflexe presque mécanique, Aemy tourna la tête devant elle, évitant les yeux d’autrui comme l’on se protège de la peste. Elle ne supportait pas de sentir des pupilles sur elle, et l’insistance commençait à creuser son malaise. Risquant une autre œillade craintive, la vaironne souleva son poignet et pointa le plat du doigt, s’adressant silencieusement à l’homme, qui, même assit semblait … moins commode que le gérant.
 
-          Excusez-moi … ce … hum … c’était pour vous ? Je n’ai pas assez pour le payer … donc … ça ne peut pas … être …
 
Se sentant profondément débile, ainsi que légèrement inconvenante, elle retourna le visage vers le mur opposé, cherchant au fond de sa gorge où son satané souffle s’était enfui. En plusieurs expirations, elle reprit un semblant de sang-froid avant que ne suivent quelques tremblements de la tête poussés par sa stature qui était tout sauf digne. Secouant une dernière fois le nez, elle se leva de son siège en balbutiant quelques mots d’excuses.
 
-          Je … je vais juste le laisser … si vous le … hum.
 
Elle allait s’adresser à son mastodonte de voisin, mais elle se restreint bien vite de finir sa phrase tant l’atmosphère lui semblait austère. S’apprêtant à faire un pas vers la porte, l’affamée fut bien vite rappelée par son corps sur la planche du banc. Son ventre lui avait serré les entrailles si fort à cause de son jeûne forcé qu’elle avait défailli sur le support qu’elle venait juste de quitter. Contractant les membres pour essayer d’oublier sa famine, Aemy ne savait pas vraiment comment couvrir sa honte, aussi, elle préféra le silence plutôt que de risquer l’attention excessive.


 x17

Ophélia s'exprime en #9966cc
En ligne Voir le profil de l'utilisateur

Aldartai Khargis
avatar
Jeu 16 Aoû - 0:29
Irys : 99986
Profession : Guerrier itinérant, maître d'armes
My'trän +2 ~ Suhury
Une réaction bien étrange que celle de la femme assise non loin de lui. Elle lui évoquait un animal apeuré, trop faible pour se défendre par lui-même. Et pourtant elle refusait de manger. Soit, elle était libre de faire ce qu’elle souhaitait, ce n’était certainement pas Aldartai qui allait lui dicter sa conduite. Et pourtant elle s’excusait, disait qu’il devait y avoir une erreur, et essayait même de partir  avant que son estomac ne la ramène de force à la raison. Trop faible pour même tenir debout, voilà qu’elle tombait sur le banc sous les yeux impassibles du guerrier. Il fallait croire que son corps refusait de bouger. L’homme réprima un long soupir avant de regarder l'affamée dans les yeux.


-Vous avez faim et vous tenez à peine debout, mangez.



Clair et concis, avec une chaleur équivalente à une porte de prison, on eût presque dit un ordre. C’était tout lui, un mur infranchissable tant au combat qu’au quotidien. Mais que pouvait-on demander de plus d’un homme taillé pour le combat ? Il retira son épée du banc en face de lui, et la posa au sol avant de continuer de manger son repas, laissant la femme à côté de lui libre de faire ce qu’elle souhaitait. Après tout, il ne l’avait pas obligé à manger, mais son estomac ne ferait pas durer le dilemme bien longtemps, le corps avait tendance à rappeler à l’ordre l’esprit. Et puis qui voulait rester affamé ? Il fallait être bien étrange pour refuser un repas alors que l’on était torturé par la faim. Aldartai se contenta du silence, ça lui convenait très bien, d’autant plus que l’ivrogne semblait s’endormir et sa chansonnette se perdait petit à petit alors qu’il se mettait à somnoler. Pourtant le cadre austère le lassait, curieusement il n’aurait pas su dire pourquoi. Peut-être avait-il seulement l’envie de converser pour une fois, lui qui avait l’habitude de rester silencieux. Alors il se retourna vers la femme qui avait auparavant essayé de quitter sa place sans succès, cette pauvre petite chose si fragile à laquelle il lança un regard critique.


-Comment est-ce que vous vous êtes retrouvée dans un état pareil ? Vous ne tenez même pas sur vos jambes. C’est presque un miracle que vous arriviez à vous lever, à en juger par le bruit de votre estomac.



Après une question aussi triviale une autre heurta son esprit. Était-elle la propriétaire du loup sur le palier devant l’auberge ? Ce loup dont il s’était méfié lorsqu’il avait attaché son cheval ? Ce serait probable, plus logique que le tenancier ou l’ivrogne n’en soient les propriétaires.


-Le loup sur le palier, il est à vous ? C'est une bête imposante, et si c’était le tenancier il le laisserait probablement rentrer à l’intérieur, et je préfère croire que vous en êtes la propriétaire plutôt que ce ne soit l’ivrogne qui cuve. Vous êtes d’une tribu de nomades d’Orshin peut-être ?



De simples questions, prenant une voix plus calme et posée, il ne cherchait pas non plus à faire peur à son interlocutrice, et il fallait bien combler son ennui. En attendant la réponse de la femme, il but une gorgée de sa boisson avant de nettoyer la lame de son espadon. Non pas que son épée en eût vraiment besoin, il s’agissait d’un simple réflexe dont il échouait à se défaire, mais au moins cela avait le mérite de l’occuper. Et aussi de faire attention à l’entretien de son arme, pas qu’il en avait vraiment besoin pour le moment, mais les imprévus surviennent si vite qu’il faut être paré à tout et en toutes circonstances.


Couleur: #336633
Voir le profil de l'utilisateur

Ophélia Narcisse
avatar
Jeu 16 Aoû - 18:40
Irys : 1472094
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Elle avait faim. Elle tenait à peine debout. En plus d'être un colosse, le gaillard avait l'oeil vif. Tête baissée, Aemy ne fit que lui jeter un regard de côté, qui n'avait pas plus d'expression qu'une feuille blanche a de mots. Mais son ressenti vint s'exprimer de la plus explicite des manières lorsqu'elle baissa à nouveau le visage pour mieux le secouer. Elle détestait s'endetter auprès de qui que ce soit, son karma était déjà bien assez désastreux pour ne pas avoir besoin de briser plus de redevances inutiles. Mais la faim, elle, ne saurait tolérer un traitement exclusivement spirituel. Même les mages ne sauraient se nourrir d'eau fraîche et d'équilibre mental et de ce dernier, la vaironne n'avait que peu de stocks. Au moins, elle s'en rendait compte et pour un cas perdu comme elle, c'était une marge de progrès plus que significative. 


Elle soupira avec un faible gémissement, résolue à finalement accepter l'offre qu'on lui tendait ... comme une aumône offerte à une traîne-misère. Pour une personne qui n'avait jamais cessé de regarder autrui comme des moucherons, voir les rôles s'inverser représentait une sublime humiliation. Certaines âmes de ses anciennes victimes, si paradis il y avait, devaient d'ailleurs bien jubiler de la voir ainsi rabattue à mendier pour survivre. Ravalant sa fierté à grands froncements de cils, la meurtrie vint soulever son assiette pour la déposer sur la table où elle s'était vue inviter. Elle ne se gêna toutefois pas pour se mettre à l'extrémité inverse du colosse ... une épée qui faisait sa taille à elle, ce n'était clairement pas pour la rassurer. Elle en fit donc abstraction ... tout en gardant des yeux craintifs cloués sur le fil de la lame. 


Elle attendit quelques bouchées avant de répondre, la vie avait ses priorités et la conversation n'était sûrement pas partie des privilégiées. Sa faim s'étancha donc presque complètement, alors que le contenu de l'assiette, lui, s'affaissait intégralement. Et finalement, mais seulement après que son estomac ne soit apaisé, elle daigna lui répondre.


- C'est une louve. Dit-elle à toute vitesse. Elle ... s'appelle Nilfeïm et elle est bien à moi ... en quelque sorte. 


La vaironne haussa l'épaule gauche un court instant, la rabaissant doucement. Le souvenir d'Alric était encore une douce mémoire bien neuve que l'animal ne faisait qu'entretenir. Pourtant, il lui semblait que quelque chose n'allait pas, surtout depuis son exil où elle s'était remise en tête cette figure que lui avait montré cet imbécile d'illusionniste. Et lorsqu'elle pensait à son ancien amant des bois, c'était le visage de cette apparition qui revenait, sans qu'elle ne puisse se l'expliquer. Elle retrouverait le propriétaire de ce faciès un jour, trop de questions restent à trouver une réponse et les affaires en suspens lui déplaisaient immensément.


- Et oui, ma famille est ... était affiliée au Façonneur. Je n'ai pas reçu leur don, mais au moins, je me suis faite une amie. Et ... et ... je ... hum.


Son regard s'agitait de la plus explicite des manières, troublé par la fixation que commençait à manifester l'ivrogne sur son visage. Il ne la quittait pas des yeux, comme s'il cherchait une réponse à une question sur laquelle il n'aurait su poser de nom. Gênée au possible, les lèvres d'Aemy se tirèrent vers le bas alors qu'elle fit dévier sa tête vers le bois du banc, comme pour se soustraire à la fusillade qu'on lui vouait. Lentement son buste se releva alors que ses mains la faisaient se dresser, tandis que l'ivrogne en question se levait, avançant vers elle en titubant.


- Bordel, mais j'te connais toi. 


Les yeux de la concernée s'écartèrent, voyant parfaitement clair au travers du ton de l'homme. Elle avait perçu une opportunité pour lui, qu'il exprimait de manière extrêmement claire, comme s'il allait pouvoir régler une créance retenue en suspens. Ses agissements à Khurmag avaient été remarqués, mais elle n'aurait pas pensé qu'ils auraient résonné jusqu'en Suhury. Et pourtant ... 


- T'es la salope qu'a détruit mon hameau ! C'est toi ! C'est toi qu'a tué ma June ! T'auras beau changer tes ch'veux connasse, tes yeux resteront toujours aussi louffoques.


A ce point-ci, Aemy s'était déjà levée, reculant comme l'on se replie face à un ours sauvage. Une anxiété profonde vint la prendre, alors que son dos heurta finalement le mur derrière elle. Son regard injecté de sang et rond comme les deux Lunes se refixa devant elle, mais seulement pour s'obscurcir d'une figure qu'elle n'eut le temps de voir que brièvement. Le poing du consommateur, enhardi par l'alcool, vint lui frapper la pommette gauche avec une force qui l'envoya chanceler sur le sol à sa droite, juste devant la porte de sortie.


- T'en fais pas, y aura plus personne pour te reconnaître ... quand j'aurai fini d'éclater ta jolie tronche de catin sur le plancher !! 


Et il voulut lui sauter dessus, dans l'espoir de pouvoir lui asséner quelques mandales supplémentaires au sol. Mais la jambe de la vaironne vint se placer entre, repoussant d'à peine un mètre le belligérant qui heurta son flanc à la table qu'Aemy venait de quitter. Mais il n'allait pas en rester là. Dès qu'il eut retrouvé son équilibre, il revint à la charge, alors que la cible de cet assaut essayait de ramper au dehors, ouvrant la porte entrouverte avec son dos. La pluie continuait à battre sous les nuages gris de fadeur, et un hurlement vint percer le chemin, tandis que le rescapé saoul, debout devant l'anomalie se rua une nouvelle fois sur elle.


Un nouvel hurlement transperça les cieux, mais non de hargne et de rage, mais bel et bien synonyme d'une douleur vive. Car hors de cette porte, il y avait une créature qui attendait et dont les dons pour la chasse ne s'égalaient que des meilleures bêtes à gibier. Les crocs de Nilfeïm se plantèrent dans la gorge de l'étranger, le maintenant au sol alors qu'elle exerçait une pression de plus en plus nette et concentrée dans l'espace creux de son cou. Et ce, jusqu'à ce qu'un craquement ne se fasse entendre et que l'ivrogne ne devienne plus qu'une marionnette inanimée entre les dents acérées de la louve. 


 x17

Ophélia s'exprime en #9966cc
En ligne Voir le profil de l'utilisateur

Aldartai Khargis
avatar
Dim 19 Aoû - 23:25
Irys : 99986
Profession : Guerrier itinérant, maître d'armes
My'trän +2 ~ Suhury
Alors que la vaironne répondait et alimentait la discussion de réponses imprécises et évasives, Aldartai ne fit pas particulièrement attention au regard scrutateur que l’ivrogne lançait à son interlocutrice, il savourait pour une rare fois une simple conversation monotone et sans rebondissements ou échange passionné, une simple conversation. Il commença à boire une grande gorgée d’eau, sans vraiment faire attention à la gêne qu’éprouvait la vaironne sous le regard insistant de l’ivrogne qui venait de se lever. Si la première phrase de l’homme ne le surprenait pas vraiment et ne l’intéressait pas, sa seconde intervention laissa Aldartai interdit alors qu’il recracha une partie de son eau sur le sol, toussant bruyamment pour ne pas étouffer, laissant malgré lui à l’ivrogne le temps de frapper son interlocutrice et de l’envoyer au sol. Mais le guerrier devait agir, il avait beau se demander si les accusations de l’ivrogne étaient vraies, il ne pouvait pas le laisser brutaliser une personne qui n’avait pas encore était désignée comme coupable. Du moins pas encore. Il posa à peine la main sur le manche de son arme qu’il entendit trop distinctement à son goût le cri de vive douleur. Il se précipita alors au seuil de la porte, ce n’était pas un cri de femme, mais d’homme, et son interlocutrice lui avait bien dit que la louve sur le seuil lui appartenait. Une profonde angoisse s’empara de lui alors qu’il posa les yeux sur le cadavre déchiré de l’ivrogne, et ensuite sur la louve dont la gueule dégoulinait de sang.


Aldartai aurait pu lâcher son arme de surprise, il n’aurait pas imaginé que ça aille jusque-là, lui-même aurait arrêté l’ivrogne en l’assommant, et en lui demandant à lui et à la vaironne de s’expliquer. Mais c’était trop tard, il gisait en dessous de la louve pour avoir voulu faire justice lui-même, quelque soit la culpabilité de la vaironne il ne pouvait plus rien y faire. Quel gâchis. Le guerrier prit une profonde inspiration mêlé d’une pulsion colérique, ce loup avait bien protégé sa maîtresse, mais si elle était bien coupable ça ne faisait que rajouter un meurtre sur la liste de ceux qu’elle avait commis. Il n’était plus temps de réfléchir ou de parler, il était temps d’agir.


Alors Aldartai s’avança rapidement vers la louve l’arme au poing, la louve semblant sentir la menace qu’il dégageait puisqu’elle émis un grondement rauque en lui montrant ses dents avant de se jeter sur lui, lui faisant perdre l’équilibre et la prise de son arme par la même occasion. Le guerrier retint la gueule de l’animal comme il pût, se débattant et frappant la louve qui cherchait sans relâche un chemin pour déchiqueter sa gorge et éliminer une autre menace envers sa maîtresse. C’était un animal dévoué il fallait l’avouer, mais ça ne le sauverait pas. Aldartai se concentra, renforçant ses aptitudes physiques alors qu’il repoussait la louve avec plus d’efficacité. Peu importe s’il n’avait plus son arme, il était une arme. Grâce à cette force il repoussa la louve sur le côté en lui portant un coup de poing, la faisant valdinguer au côté de sa propriétaire. Il en profita pour se relever alors que l’animal se remettait sur ses pattes et lança un nouvel assaut, plantant ses crocs dans le mollet droit du suhur alors que celui-ci poussa un cri de douleur, et lui faisant mettre un genou à terre. Il sentait la pression de la gueule de l’animal se faire de plus en plus forte sur sa jambe, entreprenant de broyer ses os et de meurtrir sa chair, alors il agrippa l’animal par la peau du cou d’une main, utilisant son poing pour donner un puissant coup de poing alors que l’animal poussa un glapi de douleur et lâcha le mollet ensanglanté d’Aldartai. Alors il plaqua l’animal au sol, le saisissant par la tête avant qu’un craquement significatif se fasse entendre et que l’animal ne rende l’âme, sa tête désarticulé tombant mollement au sol.


Essoufflé et blessé, Aldartai peinait à se tenir sur son mollet meurtri, la vivacité de la douleur lui rappelait que malgré sa force il n’était pas invulnérable. Il réussi enfin à récupéré son épée, avant de lancer un regard hargneux à l’ancienne propriétaire de l’animal alors qu’il s’approchait d’elle, clopinant.


-Si l’ivrogne avait raison à ton sujet, et j’imagine que c’est le cas sinon tu te serais pas enfuis aussi vite, t’as vraiment détruit un hameau entier. J’aurai préféré qu’il vive plus longtemps pour en être sûr, mais je vais prendre aucun risque à ton sujet.



Alors qu'il prononçait cette menace, il serra la main qui tenait le pommeau de son arme, prêt à frapper à n'importe quel moment avec un seul bras.


Couleur: #336633
Voir le profil de l'utilisateur

Ophélia Narcisse
avatar
Lun 20 Aoû - 0:12
Irys : 1472094
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Aemy avait relevé les yeux lorsque le rugissement s'émit hors de la gueule de sa louve. Blême de terreur, l'anomalie ne fit qu'assister au spectacle. L'animal avait pour habitude de maintenir les proies à sa merci, avant que sa maîtresse ne lui donne l'ordre de l'exécuter ou de la laisser s'échapper. Mais cette fois-ci, rien n'y fit. L'agressivité dont avait fait preuve l'ivrogne avait valu une sentence à mort aux yeux de Nilfeïm. La situation échappait à la vaironne, ce n'était pas la première fois, mais à chacune d'entre elles, quelque chose de terrible suivait. Comme cette fois où ces éclats de bois ont failli la vider de son sang à son insu. Une seconde tentative de la part de ses cristaux de lui faire quitter ce monde, en la tuant à petit feu et sans qu'elle ne s'en rende compte.


- Nilf ! Arrête ! Nilf ! 


L'apeurée venait à peine de reprendre ses esprits, se souvenant de cette promesse qu'elle s'était faite, qu'elle avait susurré dans le creux de l'oreille de la louve. Plus jamais elle ne voulait tuer, plus jamais elle ne souhaitait faire couler un sang qui ne condamnerait que plus encore son âme à la damnation. Mais la balance de justice est implacable, et elle fit d'abord rompre un premier serment à Aemy, alors que l'ivrogne gisait devant elle. Le regard prédateur de sa louve vint la croiser, avant qu'elle ne se redirige aussi promptement dans les prunelles de son interlocuteur, sortit de la porte et dont les airs menaçants annonçaient rétribution et équilibre. Elle pouvait le voir de ses yeux éveillés, le temps ralentissant, l'air se soustrayant à sa gorge et ses yeux s'écartant comme des voiles marines. 


Des nuages là-haut, une goutte cristalline vint choir, tranchant la brume et perçant le vent. Peu à peu, elle tombait, et chaque mètre qu'elle franchissait était une seconde de trop où l'anomalie devait supporter la douleur de la seule amie qui n'avait jamais pu exprimer de regrets à la suivre. La larme bleue continuait encore sa course, se rapprochant toujours plus, presque à la fin de sa vie. Jusqu'à ce qu'elle ne devienne plus que fin sillage d'humidité dans l'air. Sur un pelage blanc, teinté de nuances trop écarlates, la marque du ciel vint s'apposer. Sur un front qui n'avait plus d'esprit à abriter, la goutte de pluie fit s'écraser l'anathème du destin.


Aemy ne faisait que constater, alors qu'une traînée humide jumelle vint perler hors de sa paupière gauche. Ses yeux étaient aussi ronds que les deux Lunes, invisibles derrière leur déguisement de brouillard. Elle n'avait pas encore réalisé que sa seule compagnie venait de la quitter. Encore au stade contemplatif, la vaironne fixait de ses yeux émeraude et saphir les pupilles toujours ouvertes de l'être qui scellait son sentiment de solitude. Cette présence sur le côté de sa cuisse, sa respiration saccadée et ses grognements annonciateurs de gibier. Une bulle d'air vint remonter dans la gorge de l'anomalie, la faisant relever son visage et écarter ses paupières d'une inspiration aux allures de suffocation.


- Nilf... eïm ...?




La vaironne se voulait tout sauf stupide. La mort, elle ne la connaissait que trop bien, mais celle d'un proche était toujours aussi insupportable à assister. Le vide que créé leur disparition, le deuil nécessaire à l'oubli, la sensation de ne jamais pouvoir combler le néant laissé ... même pour une louve, le ressenti restait abject. Aemy baissa le visage, plongeant ses yeux dans la boue alors que ses mains y trempaient. Une seule question se déposait sur ses lèvres confuses, "Pourquoi ?". Elle était venue en My'tra chercher le pardon, le salut pour son âme, racheter ses fautes, expier ses crimes. Les dieux n'avaient-ils donc pas fini de s'amuser avec elle ? 


Ses doigts se mirent à trembler, sa nuque frémissait d'un sentiment qu'elle en connaissait que de ses anciens troubles psychiatriques. Cette émotion qui lègue volonté de faire couler le sang et battre les flammes sur des restes embrasés et des corps charnus. Cette émotion qui n'est promesse que de lame, de peine et de haine. 


Et alors que le suhur s'adressait à elle, la concernée ne fit que relever des yeux emplis d'une rage qui la seyait naturellement. Ses paupières assombries par la rancune, ses pupilles rougies par le chagrin, un regard meurtrier au moins. Car il était l'auteur de cette émotion nouvellement comprise, lui. Lui qui ne ressentirait jamais peine pour ses proches perdus, lui qui baignait dans la lumière des Architectes, lui qui se foutait pas mal de devoir fuir, courir, survivre. Les dieux gâtent ceux qui leurs envoie des prières, les autres pourraient bien crever, quel mal en encourrait ce monde ? Et elle, après tout, qu'était-elle ? 


Une immondice ... une erreur de la nature ... un corps impie et en bref, une anomalie. Eh bien soit. S'il n'y avait pour elle qu'un rôle à jouer en cette existence, alors, elle en acterait la pleine étiquette. 


Un vent léger vint soulever ses mèches, alors que sur ses mains coulaient la bénédiction de son peuple, celle qu'elle ne connaissait pas, mais dont elle faisait partie. La couleur de la boue rampa sur sa peau, remontant jusqu'au creux de ses épaules et lui couvrant le visage. Autour d'elle, une brise agressive mais faible se déchaînait de la maigre ardeur dont elle était capable. Un muscle nouveau ... une sensation inexpliquée. De sa rage mêlée à sa peine avait naquit ce qu'elle pensait impossible en gardant l'espoir d'y prétendre un jour. Mais elle ne se rendait compte de rien, pas même du vent qui jouait sur ses mèches, pas même de cette force nouvelle que son esprit venait de débloquer. Seul comptait le visage de cet enfoiré. 


Seule une promesse renouvelée peut racheter un serment brisé, et Aemy n'était pas radine en rancune. La prochaine fois qu'elle verrait les yeux de cet homme, ce sera couvert de fange, entaillé à la gorge et dans un décor d'apocalypse alors que son village et tout ce qui compte pour lui deviendrait cendre. Sifflant entre ses dents, la vaironne n'eut aucun malaise à dissimuler cette promesse, la faisant clairement passer entre les lignes de son regard foudroyant.


- Prends bien soin de cette cheville ... 


Un sarcasme palpable était remonté à ses pensées, elle qui se croyait incapable de l'utiliser correctement, elle l'avait vu surgir comme un vieux réflexe. Aussi soudainement que l'éclair ne frappe le sol, l'anomalie muée à la couleur du sol bondit hors de sa position courant vers la forêt, aussi vite que ses jambes ne le permettaient. Un vent étranger la poussait parfois, mais d'une seconde à l'autre il venait la ralentir, compensant l'accélération qu'il lui offrait. 


Sa course fut longue, bien trop longue et dirigée vers l'Ouest. Jusqu'à ce qu'éventuellement, elle ne défaillisse, à court d'énergie. Quelque chose l'avait fatiguée, énormément, son camouflage s'était éteint plusieurs minutes auparavant, mais il revenait une fois encore. Rampant dans la boue, joue collée à la fange, Aemy se retrouvait seule, évanouie dans une marre insalubre au milieu d'innombrables troncs dont les feuilles laissaient couler des gouttes sur son visage blême comme les nuages sans teint. 


Le destin jouait à un jeu qu'elle ne comprenait pas. Et, de la plus subtile comme de la plus fourbe des manières, cette petite partie ne faisait que commencer pour la vaironne.


 x17

Ophélia s'exprime en #9966cc
En ligne Voir le profil de l'utilisateur

Aldartai Khargis
avatar
Dim 14 Oct - 18:08
Irys : 99986
Profession : Guerrier itinérant, maître d'armes
My'trän +2 ~ Suhury
Il avait raté l’occasion de frapper, la douleur de sa cheville était trop vive pour le moment. Aussi avait-il assisté impuissant à la fuite de la vaironne, restait inactif ne lui ressemblait pourtant pas, il aurait pu jurer qu’en faisant appel à ses pouvoir il aurait pu la toucher à son arme… Mais c’était désormais sans importance, elle devait être loin maintenant et elle laissait derrière elle deux cadavres, celui de son animal et celui de l’ivrogne. L’ivrogne… Est-ce que ce qu’il avait dit était vrai ? Ou n’était-ce que les élucubrations d’un imbécile trop ivre pour son propre bien ? Il ne pourrait jamais le savoir, il gisait toujours devant l’auberge. Mais parfois il ne fallait pas douter et il fallait frapper. Il avait pourtant été incapable de le faire. Il fallait croire que le guerrier ne devrait pas se surestimer, il était toujours vulnérable.


Il ne resta pas à l’auberge longtemps, quelques heures tout au plus. Il avait encore des obligations à remplir avant de prendre un peu de repos, et il devait encore faire le signalement de l’incident et celui de la criminelle qui s’était enfuie. Aussi il remonta péniblement à cheval, grognant péniblement à cause de la douleur. Il avait réussi à la soigner et faire en sorte que la plaie se referme mais c’était tout ce que ses maigres compétences lui permettaient. Il espérait que ça aurait une utilité, que quelqu’un la reconnaîtrait et qu’il s’en occuperait. Mais il ne fallait pas trop espérer, la vaironne avait prouvé qu’elle se déplaçait assez rapidement, c’était non négligeable.


Mais quelque chose dans cette histoire le gênait tout de même, il n’avait pas été assez réactif à son goût. Il aurait dû agir quand l’ivrogne avait commencé à menacer la vaironne, s’il avait agit il aurait pu sauver sa vie tout en mettant fin à celle de la criminelle. Ç’aurait été idéal, mais rien n’était idéal dans la vie.


Mais il fallait bien continuer à vivre, alors Aldartai reprit la route pour remplir un contrat, puis un autre. Et peut-être qu’au détours d’un contrat il recroiserait la vaironne et qu’il mettrait fin à ses jours. Il se souvenait des ses yeux avant qu’elle ne disparaisse, elle le voulait mort et vice-versa. Alors il attendrait patiemment ce jour, et lorsqu’il la reverrait il ne ne douterait pas un seul instant avant qu’elle ne tombe dans l’oubli le plus total.


Couleur: #336633
Voir le profil de l'utilisateur

Contenu sponsorisé