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Chroniques d'Irydaë
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 La Cour des Miracles

Zygan
avatar
Mer 11 Juil - 19:12
Irys : 227617
My'trän +2 ~ Mistral

Mêlé à la foule des voyageurs, j’arpente le chemin, la route pluôt, qui mène à Eoril. Le soleil tape fort, Süns nous bénit en ce jour. Je sens le vent, mais pas physiquement, davantage par le sixième sens que ma foi en Amisgal me donne. A côté de moi, les charrettes avancent au pas, qu’elles soient tractées par des bêtes de somme ou des gens venus vendre leur cargaison. On y trouve pêle-mêle de la nourriture plus ou moins cuisinée, des objets d’art, des épices, des pigments… Evidemment, chacun y va également de son petit cadeau en hommage.

Pas nécessairement si petit, à voir l’attelage formé par quatre chevaux d’un noir de jais que je suis en train de doubler et qui transportent une statue de griffon qui doit bien faire deux mètres de haut. Le passager richement vêtu invective le cocher à chaque nid-de-poule dans lequel les roues tombent et jette des regards inquiets à la représentation de Süns, à la recherche de la moindre fissure.

Un côté de la route est dévolu aux charrettes, carosses et autres moyens de locomotion, mais le gros de la presse se trouve à gauche, toute la foule qui souhaite entrer dans Eoril pour célébrer le solstice d’été. Le jour le plus long, la nuit la plus courte de l’année… Et l’occasion d’une fête mémorable dans le triangle supérieur. Dans le triangle inférieur, dédié aux résidences et au calme, la célébration sera plus tamisée, familiale, personnelle, je suppose. Je suppose car je n’y ai pas mes entrées. Je ne connais pas assez bien la ville et ses habitants pour ça, même si je suis déjà venu un certain nombre de fois.

Je double un groupe de jongleurs qui s’échangent des couteaux acérés et des blagues qui le sont tout autant pendant qu’une danseuse fait des pirouettes au milieu de leur cercle informel. Un garçon et une fille qui se ressemblent beaucoup trop pour être autre chose que frère et sœur jouent un air enjoué et aérien sur des flûtes, en rythme avec la marche, la danse, et les cris et applaudissements des badauds. Tous les corps pressés sur la route pourraient donner cette odeur de sueur un peu aigre, mais chacun est sur son trente-et-un, à part quelques voyageurs esseulés comme moi. Et la nourriture embaume quand ce ne sont pas l’encens, les fleurs, les parfums. Aucun doute, ce sera une occasion joyeuse. Je tapote ma besace pour confirmer la présence de mes offrandes. Peu de risques de se faire voler.

Un peu trop de monde à mon goût, quand même, mais je peux faire des efforts pendant deux gros jours.

Au pas, je traverse la grande porte sous le regard de gardes un peu distraits, qui essaient de regarder partout, à la recherche de quelque chose qui sortirait de l’ordinaire, alors que rien n’est normal aujourd’hui, et probablement depuis une semaine. Ils doivent aussi avoir hâte de finir leur garde ou être déçus et fiers de se sacrifier pour l’ordre public. Les visiteurs les plus prévoyants auront déjà leurs chambres, certains compteront sur l’hospitalité des jours de fête, et les plus courageux envisagent probablement de ne pas dormir pendant quarante-huit ou soixante-douze heures pour profiter pleinement du festival.

Je pense que je vais dormir hors des murs, quand l’envie s’en fera sentir.

A l’intérieur, malgré l’espace, les premières places, avenues et rues sont passablement bouchées. Ça n’aide pas que ma destination soit le lieu principal de la ville, là où tout le monde se rend pour déposer son offrande. Je ferais peut-être mieux d’y retourner plus tard, surtout que je suis attendu, et que rien ne presse tant… Oui, décision prise, je repasserai dans la nuit ou le lendemain, quand on pourra marcher. Ou par les toits, tiens, ça pourrait être pas mal. Et il y a peut-être un petit vent frais qui souffle, là-haut, contrairement au marais humide dans lequel je me trouve actuellement. L’entassement et la sueur sont tels que j’ai l’impression de subir l’orage, a fortiori quand mon voisin me touche et dépose une longue coulée de sueur sur mon bras.

Je m’engouffre dans une ruelle un peu désaffectée pour souffler, respirer de l’air un poil plus frais et m’essuyer. Je me fais bousculer par une jeune femme un peu pressée qui ne regarde même pas en arrière, rajuste mes baluchons en haussant les épaules puis je lui emboîte le pas. En évitant les grands axes, encombrés de charrettes et de gens, il me faut un certain temps, mais j’arrive finalement à une place qui longe les murailles, tout au sud-est de la ville. Pas assez loin des portes pour qu’il n’y ait personne, ce qui évidemment le but du cirque qui occupe la place. Ils ont délimité une aire avec des piquets et des fanions, et essaient d’attirer l’attention des badauds.

Les teintures bariolées accrochées à des poteaux et aux façades des carioles sont mises en valeur par les gestes des troupiers, et un musicien accorde sa harpe avec la clé idione, s’arrêtant sur chaque corde pour vérifier son état, la huiler si nécessaire, et l’accorder évidemment. Un genre d’homme fort s’échauffe tranquillement, faisant jouer sa musculature imposante et montrant son torse nu. Un adepte de Delkhii, si je me souviens bien, ce qui doit aider pas mal. Les autres membres du cirque ne sont pas là pour le moment, probablement en train de raccoler dans d’autres parties de la ville, avec le plus gros du matériel resté dehors. Pour rentrer plus tard, et alpaguer les badauds sur le chemin du retour.

Tout à l’avant, évidemment, Caeraloc s’agite dans tous les sens. Les motifs de sa belle tenue en satin et en soie jettent des éclats lumineux et les clochettes accrochées tintinnabulent gaiement. Sa gouaille et sa faconde ont rassemblé un petit groupe autour de lui, qu’il cajole, taquine, impressionne et raille tellement rapidement, le visage un kaléidoscope d’émotions, que peu arrivent à suivre. Quand il note ma présence, il me salue d’un signe de la tête, fait une pirouette et une dernière blague avant de disparaître presque par enchantement.

C’est un adepte de Khugatsaa, drôlement utile dans son métier, surtout pour des petits tours comme celui-là. Et même si tout le monde s’en doute, cela n’enlève rien à la pluie d’étincelles lumineuse qui a remplacé l’endroit où il se trouvait avant de s’esquiver. Sur le bord de l’espace délimité, il m’attrape par l’épaule et me jauge de haut en bas, puis de bas en haut. Je le trouve, personnellement, inchangé, si ce n’est cette étincelle de joie et d’excitation dans ses yeux : il est encore davantage une pile que d’habitude, probablement en raison de l’occasion.

Je le surplombe d’une bonne tête, aussi suis-je totalement surpris quand il bondit jusqu’à plus de deux mètres, sans élan, pour me placer affectueusement la main sur le haut du crâne, un grand sourire d’une blancheur éclatante sur les lèvres. Des fossettes et des rides aux coins des yeux se tirent dans son beau visage de quarantenaire alors que sa chevelure noire vole autour de sa tête. Quand il retombe fluidement au sol, il m’adresse une révérence chatoyante et enjolivée que je serais bien incapable de reproduire. C’est que sous son apparence mince et frêle, il est souple comme un roseau et aiguisé comme un couteau.

Je l’ai vu torse nu, je peux témoigner qu’il est ciselé, ce qui explique son dynamisme permanent.

« Hey, Zigan ! Un plaisir de te retrouver en cette occasion qui n’a rien de profane. Ça vole, ça fuse, ça caracole, je ruse et je te vole, fait-il en exhumant ma bourse de sa propre ceinture. »

J’ai un rire un peu jaune : je n’ai rien vu ni senti. Ni même l’idée de quand ç’a eu lieu.

« Caeraloc, pas de mauvaises habitudes, s’il te plaît.
- Pas en cette occasion sacrée, mon ami, aucun risque. Nous sommes sous le regard de l’Architecte, aujourd’hui plus que jamais, et nous allons lui rendre un hommage frémissant, émouvant, touchant, excitant ! Viens, viens… »

Il m’amène dans le cercle de ses collègues, que je salue et que je connais déjà.

« Nous allons passer une soirée dantesque à errer dans les rues d’Eoril, m’assure-t-il. J’attends encore quelques connaissances histoire de passer un festival flam-bo-yant. »

Son clin d’œil a tout du bon tour, et je me rappelle les circonstances dans lesquelles nous nous sommes connus. C’était bien entendu sur les routes…
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