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Chroniques d'Irydaë
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 Qu'est-ce qui m'arrive

Scrap
Scrap
Ven 13 Juil - 16:55
Irys : 72988
Profession : Mécanicien
Daënar 0
Pfiou… C’était une sacrée escapade quand j’y r’pense. Quel quartier d’merde n’empêche, on est bien mieux dans l’centre. Ça pue, plein d’types chelous et surtout cette histoire de peste. J’ai du faire nettoyer mes vêtements facilement trois fois quand j’suis r’venu à l’appart. Mon voisin à direct remarqué que j’étais revenu d’un sale endroit. Soit disant que j’puais les égouts… N’importe quoi. ‘Fin, y’a une part de vrai là-dedans mais bon, v’nant d’un type pareil ça l’a fout un peu mal. Ernesto qu’il s’appelle, un p’tit bonhomme, la quarantaine, qui sort jamais d’chez lui, toujours sapé d’la même manière, un vieux pull en laine, une chemise et un pantalon gris, aussi un peu fêlé sur les bords. Ça lui arrive de gueuler pour rien chez lui, comme ça d’un coup le soir.

Alors forcément quand j’suis en plein dans une nouvelle conception ou une réparation j’sursaute à cause de c’con alors on s’engueule un peu. Mais heureusement qu’c’est rare, on s’entend bien à côté d’ça. Tant mieux d’ailleurs vu l’étendue d’ma vie sociale… Bref, tout ça pour dire qu’il a pas pu s’empêcher de me taper la discute quand il m’a vu rentrer tout poisseux et puant. Parce que ouais, il fait office de concierge dans l’immeuble celui là. Y’en a pas un qui passe sans qu’il soit r’pérer par Ernest alias la Tour de Guet.

Et j’me suis dit pourquoi pas lui raconter c’qui s’est passé là-bas. Pas tout hein, j’suis pas con, mais l’gros d’l’histoire. Parce que déjà qu’j’ai personne à qui parler, ça m’en a foutu assez gros sur la patate faut dire. Tous ces malheureux, la peste, la bagarre qu’il y a eu dans le p’tit magasin tout pourri… Ca j’l’ai pas dit… J’ai juste parlé des « rumeurs » sur la peste. Du coup il s’est mis à me raconter des trucs bien flippants, du genre qu’il a connu l’oncle de la sœur de la cousine de sa mère du beau frère de Jean-Jacques qui avait contracté la peste par je sais plus quel biais, il se plaignait qu’ça lui grattait et pouvait pas s’empêcher d’tousser. Horrible…. Parait qu’il était jeune en plus… J’veux pas mourir comme ça et si jeune non plus quoi, j’ai encore trop d’choses à faire, déjà réparer tout le bric à brac que j’me suis juré de rafistoler, faire la vaisselle, cirer mes pompes… Nan, nan Scrap, t’en fais pas va, t’as rien, respire un coup, va boire un verre d’eau et tout s’passera bien.

Y’a des gens comme ça dans la vie, ils savent faire que ça, raconter des histoires à te foutre le moral dans les talons, penser aux factures et à ce qu’ils boufferont au soir. Mais bon, comme j’dis il est gentil à côté d’ça le Ernesto, quand il sait que j’bosse dur à l’atelier, il toque et me dépose des sandwichs ou des gâteaux avant de filer comme un chat. Comme si j’savais pas que c’est lui qui fait ça à chaque fois. Et putain qu’c’est bon à chaque fois, jamais il m’a déçu.

Ce soir, il a décidé de frapper directement à la porte pour tout m’donner en main-propre. Un flan au jambon et aux oignons, je sens que j’vais me régaler bordel. Il m’a demandé si ça allait, si j’me sentais bien par rapport à tout ça, j’avais simplement sorti une excuse comme quoi le livreur s’était trompé de dépôt pour ce que j’avais commandé à la base. Au moins, il fait pas plus chier que ça à vouloir entrer dans les détails, et j’aurai pas d’soucis par la suite.

Parce que bon, ceux avec qui j’ai traîné avaient l’air d’être habitués à c’genre de situations. Complètement zen, jamais inquiets, tandis qu’moi j’avais l’impression qu’j’allais m’faire dessus à chaque instant. Mais bon, tout ça c’est du passé, place à la bouffe….

….

Ouais, nan, j’arrive pas à m’sortir toutes ces conneries d’la tête. Surtout qu’Ernesto en a rajouté une bonne couche. J’ai beau manger et m’régaler mais cette pilule passe pas. J’y pense, j’y pense, et l-

-RAH, MAIS MERDEUH !

Bah voilà, y faut que j’me coupe en voulant découper les dernières parts de flan, ça m’gave. J’porte le doigt coupé à la bouche, c’est pas grand-chose mais bon. J’ai pas b’soin de ça pour en rajouter une couche à tout ce stress. Ca fait qu’empirer, surtout que maintenant ça commence à me gratter dans le haut du dos. J’me suis bien lavé ces derniers temps, pourtant…. J’repense aux paroles d’Ernest, comme quoi l’oncle de j’sais pas qui est mort de ça et qu’il se plaignait que ça le grattait…. Sacré merdier de chez MERDIER.

Bon, du calme Scrap, ce soir tu vas bien dormir, te nettoyer, et demain matin t’ira voir un m- un médecin… Mais ouais ! Y’en avait un avec moi dans les quartiers pauvres, le vieux là, qui m’appelait tout l’temps Arthur... Quel nom d’merde… Mais bon il avait l’air sympa. Ce s’rait bien si lui pouvait m’ausculter, il a vécu les mêmes choses que moi. Surtout qu’on détient des informations top-secrètes qu’on devrait pas trop divulguer, raison de plus d’aller le voir lui et pas un autre. Faudrait déjà que j’le r’trouve, va savoir où il est à l’heure qu’il est… Si ça s’trouve il est déjà à des kilomètres, il a peu une dégaine de voyageur faut dire. Quoique, il fait parti d’un groupe là, le cercle de machin-chouette… Peut-être que si je trouve un de leur QG ils pourront me dire où il est… Va falloir que j’me dépêche par contre, pas envie que l’infection se propage si elle est déjà là, je partirai à sa recherche demain à la première heure.
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William Legett
William Legett
Ven 13 Juil - 18:37
Irys : 84987
Profession : Médecin
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Son rire caractéristique résonne dans le petit séjour. Je ne pensais pas que mon anecdote aurait un tel effet. Il me ressert un verre avec dextérité et précision.

« Je ne pensais pas les soldats si idiots. Et tu as réussi à lui replacer l’os ?
- Pas avant de l’avoir anesthésié, que je répond tranquillement.
- Je pensais que t’avais les mains vides.
- C’est vrai. Il m’a tendu son arme et m’a supplié de l’assommer avec la crosse. »

Il se remet à rire et vide sa coupe cul sec. Tobias, deuxième cercle de l’Aube. Un médecin émérite, compétent et extrêmement minutieux. Beaucoup moins actif depuis ses dernières escapades en Ekhlen, cependant. Il n’en parle pas beaucoup, alors je ne le questionne pas. Tout ce que je sais, c’est qu’il y a une petite paire d’année, il est revenu avec un groupe bien diminué et n’y est plus retourné. Il ricane en toujours en se resservant un peu de vin. Si il a su garder sa bonne humeur depuis son retour d’Ekhlen, il semble y avoir laissé une partie de sa volonté. Il est plus ou moins à la retraite maintenant, s’occupant surtout de faire le lien entre les nouvelles recrues et la guilde. Il reste tout de même un grand nom de la guilde, et sa réputation le suit de près.

Je me souviens quand je l’ai rencontré pour la première fois, peu après que j’ai quitté l’armée. Un type immense, que jamais je n’aurai pris pour un médecin. C’est lui qui m’a introduit à l’Ordre. Il était encore jeune à l’époque. Il a gardé sa forme, mais ses longs cheveux noirs ont laissé place à une coupe plus courte et grisonnante, et son visage carré est marqué par les rides et les épreuves.

J’étais content en le voyant, m’attendant à la sortie des quartiers dans lesquels nous avions enquêter au sujet de l’épidémie qui les gangrenait. Cela faisait bien des années. Depuis, je séjourne chez lui. Une modeste maison en plein cœur d’Alexandria ; le tout meublé et organisé avec soin et une certaine classe. Malgré ses airs bourrus, Tobias a toujours été très propre sur lui. A côté de ses tuniques de nobliaux, mes vêtements font bien tâche. Je souris seul en imaginant le contraste que je dois amener.

« Enfin. Dis-moi franchement, Tobias. Tu ne t’ennuie pas ?
- Je n’ai pas à me plaindre. Il y a toujours quelqu’un à aider ici. Je pratique moins, mais je sais toujours me rendre utile. Et puis, beaucoup de gens passent par moi pour contacter l’Ordre. C’est tranquille, et la tranquillité ça me plaît. Et toi ? On m’a dit que t’avais tout plaqué. On m’a visiblement menti…
- Plaqué, allons… J’avais simplement besoin d’un peu d’air frais. Je me contente de me balader au gré du vent. C’est tout aussi tranquille que toi, je trouve. Même si on tombe parfois sur de l’insolite, je te l’accorde.
- Ah ! Crois-moi, reste encore quelques jours dans la capitale, et tu en verra, de l’insolite. Tiens ! Rien que ce matin… Un gamin, tout affolé, qui voulait absolument parler à un membre des cercles. Il se renseigne sur nous dans toute la ville. Un de nos membre en poste ici l’a accosté pour lui demander ce qu’il se passait. Tu sais ce qu’il lui a répondu, William ?
- Non.
- Qu’il n’accepterait de parler qu’uniquement « au vieux ». « Contacter l’vieux s’il vous plait ! ». Alors nous, au début, on pensait qu’il parlait de moi -ça ne m’a d’ailleurs pas trop plu, mais soit-, mais non. C’est pas moi, qu’il répétait. Après ça, il s’est renfermé en se grattant partout. Quand on a demandé à l’examiner, il est parti en courant en laissant juste son adresse. Les cas qu’on voit, William, tu en serais étonné.
- Oh j’en doute. Il a donné son nom, au moins ?
- Ouais. Albert. Aussi surnommé « Scrap », d’après ses dires. »

Je fouille un instant dans ma mémoire. Ce nom ne me dit absolument rien. En revanche, l’attitude décrite semble me rappeler quelqu’un, de manière lointaine. Mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. En tout cas, il pique ma curiosité.

« Je ne crois pas avoir l’honneur de le connaître. En revanche, à part échanger des bons mots avec toi Tobias, fais-je en finissant le fond de vin qu’il m’avait resservi sans que je ne lui demande, je crois pas avoir d’occupations qui m’empêcherait d’aller faire un tour par chez lui.
- Comme tu veux, mais qu’est-ce qui te fait dire qu’il te parlera, à toi ?
- Aucune idée, mais moi aussi je me fais vieux, alors bon… »

*

Le bâtiment est calme, c’est agréable après avoir traversé l’une des Grand Places, et les rues bondées de monde en ce début d’après-midi. A l’entrée, je prends soin d’essuyer mes chaussures avant de m’aventurer plus loin. Le temps de monter quelques marches, et je me retrouve face à la porte indiquée sur le petit bout de papier chiffonné que ce Scrap avait laissé à l’intention « du Vieux ». Je crois que j’ai marché sur quelque chose. Ah ! Bizarre. Le locataire a laissé tout un trait de sel devant sa porte. Souhaite-t-il se protéger d’un quelconque démon ? Avant que je ne puisse toquer, voilà que l’un de ses voisins ouvre sa porte et m’alpague.

« Je ne vous connais pas, fait-il l’air suspicieux.
- Moi non plus, je ne vous connais pas, mon brave.
- Vous ne devriez pas vous approcher. Ce pauvre Albert est malade. La peste ! Le pauvre, il ne lui reste plus que quelques heures à vivre.
- Vraiment ?
- Ah oui ! Je l’ai bien vu, moi. C’en est fini… Quelle tristesse. Vous savez, j’ai l’oeil. J’en connais plusieurs qui ont succombé à c’te saloperie. Si vous voulez, je peux vous r- »

J’entends la porte du « malade » qui s’ouvre. Sauvé. Je tourne la tête, et…

« OH PUTAIN ! LE VIEUX ! 
- … Arthur ?! »



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Scrap
Scrap
Ven 13 Juil - 23:21
Irys : 72988
Profession : Mécanicien
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Je le tire un peu par le bras et le fait entrer rapidement. C’est à peine si j’accorde un regard à Ernesto. En l’espace de quelques heures, il a été dire à tout l’immeuble que j’étais mourant de la peste, ce bouffon. De quoi j’ai l’air moi maintenant ?! Si j’dois mourir, ce sera dans mon coin, et pas avec un gueulard en guise de voisin qui m’fout la honte comme ça.

L’vieux est entré, avec toute la précipitation qu’a eu lieu dans les quartiers pauvres, j’ai déjà oublié son nom. Pourtant j’suis sur de l’avoir entendu, mais ça a plus d’importance vu qu’apparemment j’vais mourir. La nuit a été moisie de chez moisie, pas su fermer l’oeil. Et bordel que j’arrête pas de me gratter, ces putains de plaques arrêtent pas d’s’étendre, je dois avoir l’air d’un homard à c’t’heure. Mais maintenant que l’toubib est là, peut-être qu’j’ai une chance de m’en tirer. Comme disait mon grand-père : on vend pas une épave avant d’l’avoir retapé.

-Eh bien, quel drôle d’habitacle dans lequel tu vis, jeune Arthur. Et bon sang, quelle odeur, il m’est arrivé de humer bien pire dans mon existence m-

C’est vrai, l’appart est complètement calfeutré depuis hier soir et j’ai foutu du sel partout. J’ai entendu dire que c’était pas mauvais contre les maladies infectieuses. Bah ouais, j’ai pas non plus envie d’infecter tout l’quartier et que les gens terminent comme ceux des quartiers pauvres. Une armée de morts-vivants les types…. C’est quand même ici qu’j’ai grandi, et bon nombre de gens que j’ai connu étant petit vivent toujours ici. M’enfin, bref, j’suis un peu nostalgique, à avoir écouté Ernesto toute la matinée m’a presque foutu l’idée en tête que ma fin est proche. Plus que quelques heures à vivre…

-Alors, jeune homme ? Pourquoi m’avoir fait venir ? Et que diable signifient toute cette pénombre et ces bougies ? Voudrais-tu bien aérer, s’il te plaît ? Je t’avoue que je suis quelque peu perplexe, tout va bien ?
-Ouais, ouais… que j’sors fissa tout en ouvrant la fenêtre et en ouvrant le volet, en tirant un peu le rideau.
-O-Oh, mais…

C’est qu’il est un peu étonné, papy. Forcément, j’suis couvert de pustules dégueulasses de la tête aux pieds, ça m’a recouvert en l’espace d’une nuit, j’arrive même plus à m’regarder dans l’miroir comme ça, c’est immonde.

-Vous vous souvenez d’la dernière fois où on s’est « promené » dans les bas quartiers ?
-Hum ? Ma foi, je t’avouerai qu’il m’arrive souvent de voyager et d’ench-
-Mais si, si ! On était même avec la clocharde là ! De sales types m’ont courus après et vous m’avez aidé à les envoyer boulé !
-Maintenant que tu le dis, je pense que ça me revient. Serais-tu le neveu de Madame Dietra ? J’ai du récemment me rendre là-bas pour… c’est dingue, pourquoi y ai-je été, déjà ?

Putain mais… il se fout de ma gueule ou c’est comment ? Ca fait pas longtemps qu’on y a été et il est en train d’me dire qu’il s’en souvient pas ?! Raaaah… ça commence à franchement m’souler là… Le voilà qui sort un petit carnet et sort une p’tite paire de lunettes. Sur une autre planète celui-là !

-L’artefact porteur de maladies, vos collègues qui rappliquent, la clocharde avec une balafre en travers du visage, vous avez même pété la main d’un vieux con dans sa boutique, même !

C’est là qu’il s’arrête de zieuter son calepin et redresse la tête en fixant devant lui, complètement possédé. A quoi il pense, celui-là ? Je commence à me demander s’il a toute sa tête.

-Oui, oui, je pense que ça me revient.
-Ah, bah enfin ! Bah vous voyez, dis-je en tirant le col de mon maillot pour lui montrer mes rougeurs. -J’crois avoir choppé la peste à avoir traîné dans c’t’endroit maudit, recouvert de la tête aux pieds, c’en est fini d’moi ! Z’avez entendu c’qu’à dit mon voisi-

Mais j’ai même pas l’temps de finir ma phrase qu’il commence à me regarder d’un air plutôt sévère, il inspecte scrapuleusement tous ces boutons sans dire un mot. Il me tourne autour, regarde ma nuque, relève ma braie pour inspecter le dos. Le vieux me lance des p’tites questions comme ce que je portais là-bas, qu’est ce que j’ai fais en revenant, combien de temps j’ai laissé mes vêtements de ce jour avant de les laver… C’est qu’après tout ça qu’il recule et prends une bonne inspiration, qu’il relâche d’un soupir las.

-Bien, mon diagnostic est établi.
-Alors ?!
-Peste. Bubonique. Phase terminale. Seules de lourdes ablations pourraient espérer te maintenir en vie.

Là j’m’effondre dans mon esprit, c’est la fin, ça y est… Moi qui pensait qu’Ernesto racontait principalement d’la merde… Bah j’me fourre le doigt où j’pense….

-Plus communément appelées puces.
-Hein ?
-Oui, un lait de corps et quelques lotions suffiront à endiguer l’affliction. Tu sais Arthur, l’hygiène dans les bas quartiers laissent plutôt à désirer. Certains y sont plus habitués que d’autres. Ta peau frêle n’a pas pu faire le poids face à quelques habitants indésirables. Y-a-t-il un apothicaire non loin d’ici ? Je veux bien préparer et appliquer le cataplasme, mais il faudra m’indiquer le chemin.
-Quoi ?! Alors le coup d’la peste c’était une blague ?! Vous faites ça à tous vos patients ?! Oh, j’vous cause !

Mais c’est sans succès, il est carrément à l’ouest. C’est à peine s’il me regarde dans les yeux quand il parle, à peine il finit sa phrase qu’il est déjà à la porte à m’attendre. Mon cœur a fait un sacré bond dans ma poitrine. Je me voyais déjà dire adieu à mon atelier et aux p’tits plats d’Ernesto… Sa blague est passée si vite, trop vite, ça m’a un peu chamboulé faut avouer. Faut le temps que ça passe, j’ai vraiment cru que j’allais y passer. Des puces ? Nan mais sérieux, ces pouilleux m’ont refilés des puces… Plus jamais je fous les pieds là-bas, TERMINE !

-Cela sera à ta charge, évidemment.
-O-ouais… Par contre euh… j’aurai pas de quoi vous payer… Avec le loyer, le coup d’Caubun, tout ça…
-Hum, hum, je vois… Sans problèmes.
-Vous êtes sûr ?
-Oui, absolument. Je ne cherche pas systématiquement à remplir les poches à chaque prestation. Mais je vois que l’on t’a élevé de sorte à toujours rémunérer contre services ?
-Bah… ouais. C’est la moindre des choses, nan ?
-Naturellement, c’est pourquoi j’aurai peut-être besoin d’un petit coup de main après notre passage chez l’apothicaire.

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William Legett
William Legett
Sam 14 Juil - 0:48
Irys : 84987
Profession : Médecin
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Bon, il est vrai que j’ai peut-être un peu exagéré. Il n’a pas l’air d’avoir bien pris ma petite blague. Pour être honnête, je ne peux m’empêcher de taquiner ce brave Arthur. C’était donc lui ! Quelques soucis d’hygiène du à notre escapade, un stress particulièrement accru… Il n’en faut pas plus pour provoquer une telle réaction. Le pauvre n’est pas vraiment en forme. Maintenant que j’y pense, ça n’a pas dû être facile pour lui. Moi, j’ai l’habitude de ces situations. Alyvesha, elle, n’est pas vraiment du genre à être bouleverser par quoi que ce soit. Arthur, en revanche, c’est une autre histoire.

Je l’attends au pas de sa porte. Il enfile une tunique et un léger manteau avant de me rejoindre. J’ouvre la porte, pour être surpris par le voisin, nous observant par l’entre ouverture de sa porte, qui pousse un cri de terreur en apercevant le visage de Scrap. Il tombe à la renverse et entraîne avec lui plusieurs cartons dont certains contenant visiblement de la vaisselle.

« J’devrais peut-être mettre un capuchon…
- Peut-être, oui. »

*

La boutique de l’apothicaire était surprenamment remplie de monde. Les gens ont-ils entendus les rumeurs de l’épidémie des quartiers pauvres ? Ou alors est-ce simplement l’une des caractéristiques de la plus grande cité du continent ; une pollution accrue et une hygiène de vie qui en souffre. Quoi qu’il en soit, j’attends mon tour en fouinant un peu sur ce qui est exposé. Je prends un air concerné et concentré pour impressionner Scrap. Puis vient notre tour. Scrap baisse le regard, tandis que je parle tranquillement avec l’apothicaire, qui jette un coup d’œil à mon acolyte. Pas effrayé pour un sous, il soupire puis passe en arrière-boutique en bredouillant quelques mots à propos de l’inconscience des jeunes. Il revient avec les élixirs et les composants demandés, ça devrait me permettre de concocter un petit quelque chose à mon jeune ami.

« Bon… C’est pas fameux, mais je vais faire de mon mieux. Ca devrait te permettre de tenir un ou deux jours de plus…
- Arrêtez d’vous moquer de moi, réponds Scrap visiblement vexé. »

Je lui tapote son dos endoloris avant de reprendre le chemin de l’appartement. Il faut dire que j’apprécie quelque peu sa présence. Je ne saurai dire pourquoi, cependant. Est-ce important ? L’appartement est encore en sale état, mais Scrap semble avoir retrouvé du poil de la bête, et il se met à ranger un peu tout pour rendre le séjour décent. Son voisin nous a regardé d’un mauvais œil en revenant. Quand je lui ai dit que c’était peut-être contagieux, il a fermé sa porte à double-tour. On ne devrait pas entendre parler de lui avant un petit moment.

Après m’être préparé pendant quelques minutes, j’applique rapidement, mais avec soin, la lotion sur les zones infectées du corps de Scrap, qui frisonne. Tout ceci est bénin, mais il me reste encore un conseil à prodiguer à mon patient du jour ;

« Arthur ?
- Une bonne fois pour toutes, je m’appelle Albert. Quoi ?
- Je crains que tu ne souffres d’un mal bien plus dangereux que je ne le pensais…
- C’est encore une de vos blagues là ?
- Je ne pourrai être plus sérieux. Arthur, je crois qu’il faudrait que tu te détende. Petit à petit, ça va te porter préjudice. Peut-être même te tuer à petit feu. J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi angoissé, tu sais. Ce n’est tout simplement pas bon. Voilà, c’est mon avis de médecin certifié. »

Il met un temps avant de se décider si oui ou non il me prends au sérieux. Si à son âge et avec son occupation, il est déjà autant sur les nerfs, je me demande ce que cela pourrait donner plus tard. Enfin bref, il est déjà temps pour moi de partir.

« Repose toi pendant encore quelques jours, et repasse toi régulièrement la lotion. Je te laisse le tout ici. Si jamais tu as besoin de moi urgemment, passez me voir chez Tobias, un ami. Que tu as déjà rencontré d’ailleurs. Je te laisse son adresse ici. 
- … Merci. Et… pour mon paiement ?
- Ah ! Ça m’était complètement sortie de la tête. Hm... »

Je me met à réfléchir un instant, le regard dans le vide.

« Je ne compte pas rester éternellement en ville. Encore un peu, mais pas éternellement. Le temps de profiter des commerces et de la vie, de revoir quelques amis… Puis je file. Et il ne faut jamais partir les mains vides, Arthur ! Dans les prochains jours, je compte sortir des sentiers battus pour récupérer quelques plantes et ingrédients qui pourraient m’être utile, à moi et à d’autres, durant mes prochains voyages. Souhaite-tu m’accompagner et m’assister ? On dira que ça servira de paiement, et honnêtement Arthur, sortir d’ici ne te fera que du bien. Qu’en dis-tu ? »



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Scrap
Scrap
Sam 14 Juil - 17:28
Irys : 72988
Profession : Mécanicien
Daënar 0
Bon, j’ai mis un peu de temps à accepter quand il m’a proposé d’aller en forêt pour faire de la récolte mais bon, il a dit vrai l’ancêtre. Mais faut dire qu’à côté du bricolage j’ai rien d’autre à faire, et c’est pas rare que je m’énerve contre telle ou telle babiole qui déconne. Y’a qu’à voir l’atelier en ce moment, un sacré foutoir. Pour dire, il y a même des fois où je marche contre un boulon dès l’matin et là, la journée est foutue, je passe mon temps à m’énerver sur tout et rien. Donc ouais, ouais, Scrap est une sacrée boule de nerfs. Après pourquoi pas, ça pourrait me faire du bien de respirer le bon air frais, contrairement à celui de la ville. Ca va m’permettre de voir autre chose que ces bâtiments et toute cette fumée crachée par les usines.

Du coup il m’a donné rendez-vous dans trois jours à la sortie est d’la ville aux alentours de sept heures du matin. Ca va être rude pour moi qui a l’habitude de me lever vers cinq heure de l’aprèm’. Mais bon, c’est un p’tit vieux, j’suis quasiment sûr qu’il dort pas vu comme il est atypique.

Pendant ces trois jours j’ai pas fait grand-chose, j’ai nettoyé et tenté d’améliorer un peu mon matériel de base. Les lunettes, la clé et maintenant le grappin. Forcément que j’vais prendre tout ça avec moi, on sait jamais, ça peut toujours servir au final. Au bout de deux jours, une fois que les démangeaisons sont presque parties, j’ai pu aller farfouiller chez mes fournisseurs habituels pour remettre le grappin à neuf. La cartouche d’air est pleine maintenant, et le fil est de bien meilleure qualité. Rien de fou, mais le filin et le crochet pourront me permettre de mieux s’agripper aux surfaces. Forcément, ça s’appellerait pas grappin sinon, bref.

J’ai aussi bien repensé aux paroles du médecin d’ailleurs, dont j’arrive toujours pas à me rappeler le prénom, cela dit, faudra que j’lui demande dès que j’le vois. Du coup, j’ai pas du tout parlé à Ernesto pendant ce laps de temps. Il m’a déposé un peu de nourriture, c’est tout. Mais dès qu’il a essayé de me parler via n’importe quel stratagème de concierge que ce soit, j’ai toujours su l’éviter. Et j’me suis jamais senti aussi bien ! Faut dire, j’ai bien aimé comment l’vieillot l’a envoyé bouler en partant. Tranquillement, sans adresser un regard et avec classe. Pour le coup il a géré, ça change de juste avant où il a osé faire des blagues sur ma santé…

Certes, ma vie a pas trop changé en trois jours mais sa venue m’a un peu reposé l’esprit, et je sens que l’excursion dans la nature va être bien agréable. Après, j’espère qu’il y aura quand même un p’tit peu d’action. Parce que c’est pas en faisant une balade champêtre que j’vais m’amuser, ça nan. Enfin, on verra bien.



Ca y est, c’est l’jour J. J’ai pas beaucoup dormi cette nuit mais en ce moment il fait un temps super, du coup le lever du soleil me réveille très vite et me fait directement péter la forme. Lavé, légèrement habillé, quelques sandwichs préparés pour moi et l’toubib. Enfin, c’est pas moi qui les a fait, c’est Ernesto. Mais j’ai dis que j’partais un bon moment et que j’allais sûrement avoir une méga dalle pendant le « voyage ». Parce que si j’avais dit que c’était pour moi et l’autre, ça lui aurait pas plu. Il m’a dit qu’il l’aime pas, qu’il le trouve bizarre. Juste parce qu’il a osé entrer dans le bâtiment, ça…

Allez, j’boucle l’appart et j’y vais, on dirait que je pars en expédition pour des années avec mon sac bien rempli, héhéhé. Heureusement que je connais bien la ville, parce que j’ai aucune difficulté à me rendre à la périphérie. Il est tôt et la température est parfaite, peu de monde dans les rues, surtout des gardes qui patrouillent encore et toujours, à la mine éternellement lassée. Ils s’ennuient sûrement dû au manque d’action si ça se trouve. Ils ont p’tête envie de bastonner, qui sait…

Enfin, c’est pas tout mais j’arrive à destination, et c’est mon fameux acolyte que je pense apercevoir, toujours habillé de sa longue cape sombre. Il met un peu de temps à me repérer et m’accorde un p’tit signe à ma vue. C’est qu’il a l’air fatigué, enfin, est ce qu’il avait l’air éveillé les dernières fois où j’l’ai vu… ?

-Bien le bonjour, Albert ! Ta venue m’est bien plaisante. Tu n’as pas eu trop de mal à te lever ?
-N-nan, ça va. Ouais, moi aussi ça m’fait plaisir. Alors, c’est quoi l’plan ?
-Alors, aujourd’hui il me faudra cueillir bon nombre d’herbes afin de préparer diverses mixtures curatives. J’espère que tu es motivé, car mon dos commence à faire des siennes.

A-Attends mais… il vient de dire « cueillette » ? Et puis quoi encore ?!
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William Legett
William Legett
Mar 28 Aoû - 19:40
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Profession : Médecin
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Le changement d’air est absolument renversant, et me fait déjà du bien. Pourtant, nous ne sommes pas totalement sortie de l’atmosphère d’Alexandria ; de nombreux travailleurs se démène pour aménager la périphérie de la ville et s’occuper de la maintenance de l’aqueduc de fer par lequel je suis arrivé il y a maintenant un petit moment. « Scrap » est là, à m’attendre fébrilement. Pas de doute, le grand air de Daenastre lui fera le plus grand bien.

Je crois qu’il n’est pas bien emballé à l’idée de partir à la récolte… Pourtant, lui qui ne voit que la ferraille et les structures de l’immense capitale, découvrir l’extérieur ne devrait pas être une tare. Quoi qu’il en soit, je lui tape gentiment l’épaule en l’invitant à s’avancer vers l’une des étables aux abords de la cité.

« J’ai entendu parlé d’un petit village qui s’est établi à l’un des pieds de l’aqueduc, en lisière de la grande forêt qui se dessine au loin, là-bas, fais-je en lui pointant du doigt l’horizon. C’est notre destination. C’est une bourgade bien trop petite pour être ravitaillée par train, Albert, alors nous irons à cheval. Nous y seront dans trois jours environ. »

Il me regarde d’un air hébété, bredouillant quelques excuses pour annuler notre petit rendez-vous.

« Je rigole, Albert. Nous devrions arriver en fin de matinée, même pas.
- Vous me faites pas rire, m’sieur Will. »

*

La petite carriole s’arrête non loin d’un des pieds de l’aqueduc. Le chemin fut relativement simple ; nous avons simplement suivi la gigantesque construction. Notre destination fut rapidement atteinte, et la forêt se dresse maintenant en face de nous.

Quelle appréciable différence avec la capitale ! Le village n’en est qu’à ses balbutiements. C’est le moment idéal pour venir avec mon ami ici-présent ; avant que Daenastre ne transforme cette jolie bourgade en une cité de fer.

Mon ami, justement, ne semble pas convaincu par notre petite expédition.

« Vous auriez pas pu acheter vos… trucs à l’apothicaire, m’sieur Will ? qu’il fait en regardant d’un air sérieux l’immense forêt se dressant face à nous.
- Bien sûr, mais je n’en avais pas envie. Après plusieurs jours passé à Alexandria, j’avais envie de changer un peu d’air. Et… Et bien, je n’ai pas grand-chose d’autre à faire, ces temps-ci. Allez, suis-moi. »

Le village s’est construit entre deux point important ; tout proche de l’un des pieds du gigantesque aqueduc, et au bord d’une rivière qui prend sa source à l’autre bout de la forêt, dans la montage qui la précède. Elle est suffisamment grande pour y accueillir quelques pêcheurs ici et là, que je salue d’un geste de la main. Elle nous servira d’excellent guide pour notre petite aventure. Inutile de rester dans le village plus longtemps pour le moment ; nous avons de quoi manger et boire, et le soleil est haut dans le ciel.

Nous ne tardons pas à apercevoir la lisière de la forêt. Les quelques cabanons que nous pouvions encore croiser laisse petit à petit place à la nature la plus pure. Très vite, la lumière du soleil ne peut passer qu’en quelques endroits parmi les feuillages. Scrap fait craquer les feuilles sous ses pieds en marchant derrière moi. Au loin, nous commençons déjà à entendre les cris des animaux. Tout ceci me donne le sourire.

« Ne nous éloignons pas encore de la rivière, Scrap. Elle permet à plusieurs plantes aux propriétés intéressantes de vivre dans son sillage.
- Vous voulez dire qu’on va s’éloigner après ?
- Bien sûr ! Ne t’en fais pas, tu peux faire confiance à mon sens de l’orientation.
- Vous ne savez même pas retenir mon prénom… »

Je hoche la tête de gauche à droite. Qu’est-ce qu’il peut raconter comme sottises. Je marche d’un pas encore plus décidé lorsque je croise du coin de l’œil une petite région de sol couverte d’un champignon difforme aux couleurs déviant entre le marron et le jaune, poussant au pied d’un gigantesque frêne.

« Ah ! »

J’invite Scrap à me suivre.

« Fais très attention ! Dans leur état actuel, ces champignons pourraient avoir des effets très néfastes sur toi, Albert.
- C’est quoi, leur nom ?
- Très très néfastes. Tu vois leur couleur jaunies ?
- Vous esquivez la question parce que vous ne savez pas ?
- Ça signifie qu’ils sont arrivés à maturité. Prends en quelques uns dans ta sacoche, veux-tu ? Préparé avec soin et avec les bons ingrédients, ils peuvent se révéler utiles contre la fièvre, notamment.
- Euh… M’sieur Will ?
- En plus de ne pas être désagréable au goût.
- M’sieur Will ?
- Oui ?
- Ceux-là sont rouge.
- Impossible.
- Regardez !
- Hm ? Oh. »

J’observe rapidement le champignon qu’il me tends. Puis le sent, avant de passer rapidement mon pousse dessus.

« Ils ne sont pas rouge, Albert. Ils sont couvert de sang. »

Il laisse tomber ceux qu’il avait dans les mains dans un râle de dégoût. En contournant l’arbre, il nous est facile de comprendre. Un peu plus loin au abords de la rivière se trouve, harcelé par les mouches, la carcasse d’un animal que je ne saurais identifier.

« Horrible ! s’écrit Scrap.
- Approche. Regarde. »

L’animal possède un corps lourd et allongé. Quatre pattes, les quatre parfaitement ensanglantées. Sa gueule est allongée et laisse apercevoir une grande rangée de dents acérées. Deux zones ensanglantés se trouvent aux extrémité de sa gueule.

« Un chasseur peut-être ? Se met à réfléchir Scrap en portant à son nez un épais mouchoir, pour supporter l’odeur. 
- Je ne crois pas. Un chasseur n’aurait pas tué un animal pour laisser sa carcasse ainsi. Il n’a aucune blessures importantes sur le corps.
- Il est p’tete mort naturellement.
- Peut-être… »

J’ouvre l’un de ses yeux. Gorgé de sang.

« - Ou alors on l’a empoisonné, s’exclame Scrap.
- Quelqu’un s’est servi sur lui, et lui a retiré les griffes ainsi que ses défenses. Je crois bien que nous soyons venu ici au mauvais moment, et que la forêt grouille de braconniers. »



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Scrap
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Mar 4 Déc - 19:01
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-D-des braconniers, ici ?! C’est bien ma veine… Moi qui pensait profiter un peu de la forêt. Je me sens plutôt bien ici, c’est calme. Mais pas pour plusieurs jours non plus, le calme de la ville me manquerait trop. Mais faut croire que je suis maudit… Face à cette carcasse inconnue, j’me dis qu’on est pas aux bouts de nos surprises. Ce type porte la poisse on dirait !

-Je n’ai rien entendu ou repéré quelque chose d’anormal depuis notre arrivée. Et ça fait déjà un petit moment que le corps gît ici, sortit le vieil homme en regardant tout autour de lui. -Longeons la rivière, nous emprunterons des chemins plus éloignées. Avec de la chance, nous ne croiserons aucun de ces braconniers. Il faut dire que j’ignore les intentions qui les habitent.

Eh bien, La dernière phrase était plutôt rassurante... Je l’écoute attentivement et le suit à son signal. Mais soyons optimistes, si ça se trouve on croisera personne et tout se passera comme il l’avait prévu ! Pas de panique. D’autant plus que la vue sur la rivière est vachement belle, alors pas de raisons de stresser ! On longe une petite pente terreuse pour emprunter un petit sentier à l’abord du cours d’eau. On ne se parle pas trop pendant une partie de chemin. Je sens comme un mélange d’appréhension et de contemplation qui me noue un peu la gorge.

C’est sympa, par ici. Si un jour on m’avait dit que je pouvais penser ça, moi Scrap le rat de laboratoire qui commence à apprécier sa sortie en forêt, j’aurai été étonné ! Après quelques minutes de marche, monsieur William s’arrête.

-Bien, je pense que nous nous sommes assez éloignés de la zone. Prenons par ici, nous arriverons au cœur de la forêt. J’ai bien des choses à te f-

Une détonation le coupe net dans son élan. Alors qu’on se redirige vers une autre partie de la forêt, un tir assez lointain s’fait entendre, suivie d’un rire bien gras.

-Putain, c’est eux ! Et c’était pas loin en plus !
-Calme toi. La source doit se situer à quelques centaines de mètres. Et puis, nous avons juste entendu un coup de feu, on ne sait même pas qui a tiré. Pas de quoi s’alarmer. N’est-ce pas, Albert ?
-O-ouais, ouais. Et de toute façon même s’ils nous croisent, on a rien fait de mal, hein ?
-Bien sûr ! Tu es prêt à reprendre la marche ?

Il porte peut-être la poisse, parfois trop rationnel mais encore une fois il a raison. Forcément, c’est l’expérience qui parle, comme moi dans la mécanique, hé hé. On s’enfonce de plus en plus jusqu’à une clairière couverte, les arbres semblent gigantesques et les rayons de soleil pénètrent l’endroit, ça donne un sacré spectacle. J’aperçois des écureuils s’enroulant aux arbres à toute allure, un renard qui fait tranquillement sa route. Je me croirai dans un autre monde… C’est là qu’on s’arrête, peut-être que le médic veut encore me montrer des trucs ?

-C’est beau, ici.
-Content que ça te plaise, Arthur !
-Hum…
-Je veux dire… Albert, évidemment. Tiens, regarde par ici, s’exclame-t-il en pointant une plante du doigt.
-C’est de la menthe. Je suis pas bête à ce point, m’sieur Will…
-H-Hum, bien, bien ! Je vois que tes connaissances sont plus larges que je ne le pensais ! Continuons, dans ce cas, tu veux ?

Et on a fait ça pendant un petit moment. Enfin, pas trop longtemps parce qu’au bout d’un moment j’pense que mon désintérêt était un peu trop visible. Mine de rien l’heure tourne ici, et il s’est vite fait très faim après tout ça !

***

Je partage ce que j’ai avec lui et lui fait de même, simple et bon. Mais à mesure que que le cassage de croûte se fait, il semble que quelque chose nous tourne autour.

-Vous pensez qu’c’est quoi ?
-Aucune idée, mais s’il avait voulu nous attaquer, il l’aurait déjà fait.
-En tout cas ça commence à se rapprocher, dis-je en remballant vivement mon morceau de pain pour le ranger, debout.

La bestiole se met à ne plus bouger, toujours dans les buissons, pour tout à coup bondir et se dresser face à nous.

-Un chien, lâchai-je juste avant qu’il se mette à aboyer comme un dingue, sans raisons.
-Mais pas n’importe quelle race, répond William suivi d’un sourire ironique.
-De ? Quoi ?

Ça siffle, et ça crie un nom, juste à côté.

-Et merde, je viens de tilter…
-Prenons nos affaires et partons. Si quelqu’un arrive, laisse moi parler.




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William Legett
William Legett
Sam 12 Jan - 22:54
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« Quand j’étais plus jeune, Albert, j’avais récupéré un chien dans la nature, blessé. Comme on était plutôt pauvre, j’avais dû me débrouiller, avec ma mère. Je ne sais plus comment je l’avais appelé, un nom d’un héros de livre pour enfant, je crois. J’ai passé des nuits à m’occuper de lui ! Et sans trop me vanter, je m’étais plutôt bien débrouillé.
– Vous l’avez gardé du coup?
– Non, il est mort, quoi, trois jours après que je l’ai recueilli ? Je l’ai enterré derrière la maison.
– … Pourquoi vous me racontez ça…
– Eh bien figure toi qu’il lui ressemble comme deux goûtes d’eau. »

Je caresse le chien qui nous suit maintenant depuis un petit moment. Je crois qu’après avoir aboyé comme un sauvage, il s’est rendu compte que nous n’étions pas vraiment une menace. Scrap lui a donné du pain, il n’avait pas été nourri depuis quelque temps. Maigre, quelques traces de coups sur le côté. Il ne nous a étonnement pas attaqué. Peut-être a-t-il reconnu sur nous l’odeur de chien mouillé d’Alexandria, qui sait. En tout cas, Scrap semble bien s’entendre avec lui ; les deux ont comme point commun le fait d’être plutôt nerveux.

« Je crois qu’on a assez traîné ici pour aujourd’hui, mon ami, fais-je d’un ton qui se veut volontairement rassurant.
– On n’a pas entendu les braconniers depuis un petit moment, vous pensez qu’on les a semé ?
– Ils ont d’autres chiens avec eux, tu les entendus. Nous ferions mieux de ne pas prendre de risque et de rentrer tranquillement au village. Là-bas, nous les préviendrons de ce qui se trame ici.
– O-ouais, vaut p’tête mieux. Vous pensez qu’ils s’en prendraient à des gens ? Des humains, j’veux dire.
– Tâchons d’éviter d’avoir la réponse.
– Hin, ouais… On devrait traverser la rivière ! C’est ce qu’ils font dans les histoires que je lis, pour masquer l’odeur. J’sais pas si ça marche en vrai.
– Pas bête, Albert, pas bête du tout.

*

Je vais être honnête une petite seconde ; je ne pensais pas embarquer mon comparse Scrap dans une telle situation. Cependant, je suis assez surpris de voir qu’il gère plutôt bien la situation. Il a arrêté d’imaginer les pires scénario depuis un bon quart d’heure maintenant ! Et quand je lui ai dit de courir parce que nos poursuivants avaient, semble-t-il, retrouvé nos traces, il n’a pas bronché et s’est mit à bondir comme un félin. De ce côté là, tout va bien. Non, voyez vous, le problème c’est que dans la précipitation, nous nous sommes enfoncés dans la forêt. Et donc éloignés du village. Nous ne savons toujours pas quelles intentions ont précisément ces gens à notre poursuite, mais je ne tiens pas à l’apprendre à mes dépends.

« M’sieur Will, le soleil baisse.
– Hmhm.
– C’est pas un peu dangereux ?
– Hm… Si. Qu’en penses-tu, Renfi ? »

Le chien me répond par une moue peu aimable. Il renifle le sol et avance a contrecœur. Nous le suivons de prêt, et je guette les alentours pour un endroit paisible dans lequel passer la nuit.

« Dormir à la belle étoile, comme c’est rafraîchissant !
– J’trouve pas, moi… On a presque plus rien à manger, fait Albert en secouant sa besace dans tout les sens.
– Un petit jeûne de rien du tout, Albert ! Rien de mieux pour rester alerte.
– Vous allez trouver des faux bons côtés à tout nos malheurs ?
– Oui ! Regarde, ici, nous devrions être tranquille. »

Je pointe du doigt une petite clairière près d’un mince filet d’eau douce qui découle depuis les hauteurs ; la montagne semble commencé à partir de ce point.

« Cherchons du petit bois. »

*

Exténué, Albert se laisse tomber au pied du mur naturel de pierre, tandis que je souffle sur notre tout récent feu de camp. J’ai utilisé de la poudre qui me sert habituellement pour mon revolver, mais je n’en ai pas besoin d’autant. Après tout, je ne m’en sers qu’en de très rare occasions. Nous avons pris soin, tout au long de notre petit périple, de couvrir nos traces tant bien que mal. Je ne pense pas que ce soit suffisant, mais mieux vaut ne pas alarmer encore plus mon comparse. Je tâcherai de monter la garde durant la nuit. Albert a profiter de ce petit moment de calme, avant que la nuit ne tombe, pour grimper à un arbre suffisamment haut et robuste. Il a repéré de la fumée à quelques lieux d’ici, ce qui me fait croire que les braconniers ont, tout comme nous, posé leur camp. La longue rivière, visible à certains endroits depuis les hauteurs, nous indiquera plus ou moins la route à suivre pour retourner au village, à l’aube, après un détour qui devrait nous éviter les gros problèmes.

« Repose-toi, Scrap. On part dans quelques heures seulement.
– Comment vous voulez qu’je dorme, moi… J’ai faim, et puis j’ai pas envie d’me faire croquer la jambe, ou pire, dans mon sommeil.
– Ne t’en fais pas pour ça. Si tu savais le nombre de fois où je me suis perdu ainsi dans la nature ! Tiens, par exemple. En Zochlom, au quartier général des Cercles, nous élevons beaucoup de Melkis. Nous en extrayons de précieux composants, vois-tu. Parfois, certains s’échappent, mais le plus souvent, ils sont volés. Alors on nous envoie les retrouver. Je me souviens d’une fois, où… »

Scrap ronfle bruyamment. Le sommeil l’a emporté, face à mon anecdote tout à fait prenante. Je lui raconterai la suite demain, à la première heure, dans les moindre détails.



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Scrap
Scrap
Jeu 17 Jan - 23:06
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J’me suis littéralement fait faucher par le sommeil. A peine j’étais assis que mes paupières se sont fermées vite fait. D’habitude j’tiens plus longtemps, mais Will me dit que c’est le bon air de la nature qui met un coup d’barre. Soit disant que l’air de la ville manque d’oxygène donc dès qu’on inspire l’air frais, notre cerveau sait plus où donner de la tête. Pour la blague c’est pas d’moi, mais mon guide des bois. Tellement nulle que je m’en souviens, et tellement nulle que j’ai failli en rire, c’est pour dire.

Il est franchement cool ce p’tit vieux ; Moi qui pensait que son boulot et ses activités étaient pas très honnêtes -au départ, du moins-. Mais nan ! Aussi surprenant que ça puisse paraître j’ai enfin fini par rencontrer un type amical dans l’coin. Après bon, du coin, il en est pas, c’est un itinérant qu’il me dit. Il marche de ville en ville, à la recherche de personnes qui ont besoin de soins médicaux. Faut dire, il est vraiment fort, en quelques jours, même pas, il m’a soigné de la peste ! La PESTE ! Ah non c’est vrai, c’était pas la peste. C’est dommage d’ailleurs qu’il s’en aille après ça. C’est pas la mer à boire Scrappy, tu t’en feras des potes. Puis t’as vu son âge ? Impossible que vous soyez « amis ». Ça pourrait être ton père !

On a pas dormi longtemps et on s’est très vite mis en route après notre réveil. Enfin, mon réveil. Lui était déjà levé depuis un p’tit moment, à entretenir les flammes. Et c’est une bonne odeur qui m’a faite émerger, d’ailleurs. M’sieur Will a chassé un lièvre peu avant mon réveil. C’est la toute première fois de ma vie que je mange dans ces conditions. Au départ j’avais pas du tout envie de mordre dans de la viande piquée au bout d’un bâton… Jusqu’à ce qu’un énorme gargouillis me persuade du contraire. Et bordel que c’est délicieux. Simple et bon, rien à avoir avec la cuisine d’Ernesto !

Les environs sont calmes au moment du départ, tout autant que la marche qui suit la « levée du camp » -ça c’est pas moi qui l’dit, c’est mon partenaire de sortie en forêt- ; Forcément, j’suis songeur. Après, j’ai pas trouvé ça forcément dément mais bon, c’est une activité qui change bien du quotidien. Et pour le coup, ça fait plaisir. J’vois ça comme une fin en soi, entre nous. Certes on se sera rencontré sur le tas, dans des circonstances pas très folichonne ; Mais il m’a toujours aidé. J’pense que c’est quelqu’un de bien, en fin d’compte.

-Eh, m’sieur Will ?
-Ah ! Je me demandais quand tu comptais enfin briser cet affreux silence ! Mes histoires t’effraient-elles, Albert ? Qu’il me demande avec des yeux parfaitement sphériques, à quelques centimètres de mon visage.
-C’est… Juste que…
-Oui ? Je t’écoute ?
Mais là… J’ai à peine le temps d’en placer une qu’un gros « CLAC » se fait entendre. Trop tard, un piège se referme sur ma jambe. Forcément que j’hurle de toute mes forces.

-BORDEL A CULS ! C’EST QUOI C’TRUC ?! Que j’hurle, le cri se répercutant des mètres à la ronde.
-Bon sang, un piège à ours ! Ne bouge surtout pas, Arthur, tu risques de déchirer encore plus les chairs, qu’il me sort le plus tranquillement du monde en s’agenouillant.
-ET JE M’APPELLE PAS… AR-THUR! Que j’lui rétorque en lâchant toute ma douleur transformée en hargne sur le moment.
-Bon, tu as de la chance. Le piège à l’air vieux et bricolé et les dents n’ont pas l’-
-Vous m’passerez les détails mais là… FAUT L’RETIRER, VITE ! Putain, pourquoi ça tombe que sur moi c’genre de merde...

Mais qu’est-ce que c’est que ces trucs ! Des pièges ?! Manquaient plus que ça ! Sûrement à cause d’ces braconniers d’mes deux, là… Ils déchiquettent, les laissent pourrir comme de la fiente mais faut en plus installer c’genre d’engins ?! Mais qui c’est, ces mecs ?! La douleur se transforme en rage, j’serre les dents à me faire péter les molaires tellement un truc pareil s’fait pas. Surtout qu’il y a des chemins d’terre tout proche où des gens circulent, donc pourquoi ces bâtards foutent ça là ?!

-Respire, surtout, ça va bien se passer. Rien d’important n’a été touché et je pense pouvoir retirer ça facilement, rajoute le médecin sur un ton bien plus rassurant qu’avant.

Tout de suite après avoir tiré sur le piège pour m’en dégager, il le laisse se refermer sur lui même et m’applique tout de suite les premiers soins. Un cataplasme fait à une vitesse folle dans un petit mortier pendant que je maintiens un linge bien épais sur ma jambe, appuyé contre un arbre.

J’me sens faible…

Trop de sang…

C’est la fin…

-Et voilà, j’ai fini, dit-il tout en farfouillant dans sa sacoche pour en sortir une petite fiole métallique. -Bois-en une petite gorgée, ça ne peut que te faire du bien mon grand.
-Ouais, bon, mon grand, j’suis pas un gamin hein… Merci m’sieur Will, encore une f- BEURK ! C’EST QUOI CA ?! Hurle-je en crachant sur le côté pour me rincer à l’eau. -Vous vouliez m’tuer ?!
-Mais non, calme-toi, enfin, simplement un bon vieux whisky, idéal pour se soulager dans des moments pareils.
-V’z’êtes alcoolique ?
-Haha ! Bien sûr que non, jeune homme, répond-t-il, accroupi face à moi, un sourire doux et amical. Pour ça y’a pas de problèmes pour nous mettre à l’aise, plus que quand il raconte ses histoires bizarres. Bien qu’des fois j’peux avoir des doutes sur une possible alcoolémie… -Eh bien, on peut dire que tu n’es pas très chanceux ! Incroyable, cela dit, tant de péripéties en si peu de temps. As-tu déjà entendu parler du principe de SYNCHRONICITÉ, Albert ?
-Euh…
-J’ai juré avoir entendu gueuler juste p- Oh, ça alors… Lâche un mec roux et bedonnant juste en face de nous, qui sort des buissons.

Un fusil à l’épaule, une sale gueule, tiens tiens.

-B’jour m’sieurs ! Bah ?! J’vois qu’on a eu un p’tit souci !?
-C’est le cas de le dire ! Mon pauvre petit-fils a été blessé par un piège, heureusement que j’avais de quoi lui administrer les premiers soins !
-M-merde, c’est qu’j’suis confus m’ssieurs, mille excuses hein, j’t’ais sûr d’les avoir tous virés hier… Du coup v’m’avez mâché l’boulot, quand même gentil à vous, j’cache pas ! Ça va gamin ?! Pas trop d’mal ?! Ca a l’air d’aller, qu’il me lance comme à une merde, chose qui me fait me relever tout d’suite malgré la douleur.
-Vous chassez ? Demande William le plus tranquillement du monde.
-Ouais, ouais, j’chasse avec des amis. Le lièvre !
-Des lièvres avec des pièges aussi gros, bien sûr, raille-je.
-Bah, ouais ! Ca marche aussi hein ! Un peu gros comme calibre, mais bon… Marche bien quand même.

P’tit fils, il est sérieux ?! Bref… A ce moment, je pense que William voit à quel point ce discours horrible, prétentieux et mesquin commence à faire monter la température. C’est presque si j’avais oublié sa présence pendant ce court laps de temps. Il me tapote doucement sur l’épaule en m’invitant à reprendre notre « promenade » tout en m’aidant à marcher, même si j’peux l’faire tout seul. Comme j’ai dis, j’suis pas un gamin.

-Bonne journée m’ssieurs ! Par contre !
-Hm ? Lâche-t-on simultanément en nous retournant à peine, à environ deux mètres du gros porc.
-J’sais pas combien d’temps z’allez rester dans l’coin mais, trainez pas trop, un conseil. M’a dit qu’y’avait des braconniers… Pis’ y’a pas qu’ça ! Pas plus tard qu’hier soir avant d’partir, un putain d’clébard galleux m’saute dessus en sortant d’un buisson ! M’a mordu, j’ai été obligé d’lui en coller une… Y’en a p’têt d’autres faites gaffe ! Des p’tits pouilleux en veulent plus et les abandonnent, on nous file le sale boulot indirectement !

Et là… Je me fige instantanément, les yeux énormes, rivés devant moi, dos à cette sombre pourriture. Je le regarde même plus, et c’est à peine si j’arrive encore à sortir un putain d’mot. Nan mais, écoute le Scrap, il se fout de vot’ gueule depuis le début, pour qui il nous a pris ?!

-Et… ce chien. Il était comment ? Juste pour savoir.
-Hein ? Euh… L’avait des tâches blanches et noires, coquard blanc sur l’œil, maigrichon… C’était pas l’tiens, gamin, hein ?! Hinhinhin ! Mais j’rigole, l’avait sûrement chopé un sale truc, bavait trop. ‘Fin bon, pas tout mais j’ai du boulot. ‘Journée m’ssieurs, qu’il nous sort tout en s’abaissant pour ranger et reprendre son piège de mes deux.

L’enflure de première, il a osé tuer le p’tit chien qu’on a vu hier. Mais quel…

-Mince, papy, j’ai oublié un truc là-bas, j’reviens.
-Ne fais rien de stupide, Albert.

Pas de réponse, désolé m’sieur Will, je me retourne et me traîne comme un boiteux pour retourner près de l’arbre, là où j’ai cru apercevoir quelque chose d’intéressant tout à l’heure. L’ordure se trouve pile à ma portée, je suis tellement bouillonnant de rage que les larmes me viennent.

-Alors, où est-ce que j’l’ai foutu, marmonne-je en faisant mine de chercher dans l’herbe, penché en avant.
-Paumé un truc, p’tit ?
-Ouais, j’ai paumé ce que je compte te mettre dans la gueule. FILS DE PUTE ! Hurle-je tout en m’retournant.

Et là, tout s’passe à une vitesse ha-llu-ci-nan-te. Je fauche une pierre sur laquelle j’étais assis tout à l’heure, m’ayant fait mal au cul au passage. Il jette un regard vif, le sanglier. J’hurle comme un dingue sur le coup, c’est parti comme une balle.

Il lève les bras au visage, toujours accroupi. La pierre heurte son coude et il se met à gueuler en se tenant le bras pour tomber comme une masse. Le fameux « coup de foudre » du coude ! Bien fait pour ta gueule ! Sauf qu’il est plein de ressources et se saisit très vite de son fusil pour s’en servir comme d’une matraque pour me lancer la crosse en pleine face. Sonné, je tombe à mon tour pendant qu’il se relève. J’entends qu’il charge son… arme ?

Je relève les yeux vers lui, et là qu’est ce que je vois ?! Will juste derrière lui, son revolver sur la nuque. Son regard a complètement changé. C’est pas le gentil médecin là, c’est un putain de mec froid qui en impose pour un vieux ! Bien joué, quelle classe ! Tellement plus aucune expression dans le regard que j’ai l’impression qu’il va le tuer !

-Oh, là. Doucement, bonhomme, tu risques de te blesser avec ça, qu’il sort comme un papa en abaissant le canon du fusil pour s’en emparer et le jeter plus loin. -Arthur, tu peux te lever ?
-O-ouais.
-Oh ! Qu’est-ce que vous allez faire, bande de malades ?!
-Pas grand-chose, rassure toi. C’est juste que mon ami en a eu assez que tu nous prennes pour des demeurés.
-M-
-TA GUEULE ! Que je rétorque à la seconde. -Je vais l’attacher avec mon grappin.
-Non, j’ai une meilleure idée…

Suspendu par les jambes à une branche, parfait !

-C’est pas un peu sévère ?
-Non, le sang lui montera à la tête mais rien de grave. La migraine quant à elle, sera fameuse. Par contre, je te conseille de vite te détacher, ce ne sont pas les prédateurs qui manqueront face à un tel festin.
-Quoi ?! J’suis pas tout seul, y’a des collègues pas loin ! Vont vous fumer la gueule ! Comme avec vot’ p’tit chien ! Détachez-moi ! OH !

Ouais, ouais, cause toujours, enculé. C’est fou, je tremble de partout et la douleur semblait avoir disparu pendant ces longues secondes, mais ça revient vite. Pfiou ! L’adrénaline, ça fait un bien extrême -même si j’ai le cœur qui va bientôt me défoncer la poitrine- ! Après ça on a fouillé sa sacoche et on a trouvé des crocs emballés dans du tissu, drôlement ressemblant avec ceux de l’animal mort qu’on a retrouvé. Puis on a aussi balancé son fusil à l’eau. On ira reporter ses p’tites activités une fois de retour en ville.

J’suis aussi soulagé, soulagé qu’on ait pu venger le pauvre chien à notre manière, il repose en paix, maintenant. J’aurai bien voulu l’enterrer -même si c’est horrible- tout comme Will l’a fait avec le sien quand il était petit. -D’ailleurs je veux pas dire mais j’arrive pas à me l’imaginer enfant, comme si l’avait toujours été vieux. Enfin, ça le fait avec tous les papy et mamy.-

***

-Sacré retournement, dit donc ! Et quelle adresse, tu lui as porté un coup pile dans le nerf ulnaire ! Aurais-tu fais des études de médecine ? Quelle mouche t’as piqué, là-bas !? Il empestait l’alcool, ce gredin, et ne sait même pas reconnaître le son d’un revolver déchargé.
-Bah… Non, j’suis mécano vous l’savez bien. Déjà son air provocateur et trop amical alors qu’on l’connaissait même pas. Ensuite il se pointe avec un fusil et des pièges énormes et ose nous dire « qu’il y a des braconniers ». Et ce qu’il a fait au chien… J’ai pas supporté m’sieur Will.
-Je comprends, je comprends, bien que cela aurait pu très mal finir pour nous comme pour lui, tu sais ? Dit-il en marquant un temps d’arrêt. -Alalah, jeune « Scrap », tu es plein de fougue, un modèle pour cette génération, bien qu’il faille corriger ton anxiété morbide en saine évolution !
-Mouais, mouais ! Elle me va bien mon anxiété, y’en faut pour la ville, de toute façon. Les parents m’disaient toujours que si j’étais pas au taquet, j’allais m’faire bouffer. Alors on applique… comme en mécanique. -Ça rime en plus-
-Tenons-nous là une graine de poète ?
-Ha...Ha...Ha…Dites, m’sieur Will ? Je..J’ai… Vous faites souvent des voyages, devez être fatigué, nan ?
-Hum ? J’ai bien peur de ne pas voir où tu veux en venir ?
-Beh...Bah…Y’a l- J’ai mon appart’ à Unellia, si jamais vous voulez vous r’poser un peu, y’a d’la place pour deux. Voilà, c’est dit.
-Eh bien ! Quelle sympathique proposition ! Je vais y réfléchir.
-Ah. D’accord…
-C’est une blague, l’ami ! J’accepte ton hospitalité avec grand plaisir ! Nous allons pouvoir nous raconter de fantastiques anecdotes, étudier le corps humain, les vitamines et les plantes utiles p- Hein ? Tu pleures, Albert ?
-Nan, juste un truc dans l’œil.
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