Revenir en hautAller en bas
Chroniques d'Irydaë
Bonjour, et bienvenue sur les Chroniques d'Irydaë. Déjà inscrit ? N'attends plus, et connecte-toi dès maintenant en cliquant sur le bouton "Connexion" ci-dessous !

Vous êtes nouveaux, que ce soit sur ce forum ou dans le monde du RPG ? Le choix d'un forum sur lequel vous pourrez vous épanouir n'est pas anodin, et il vaut mieux pour cela connaître l'univers dans lequel vous vous trouvez ! Nous avons pensé à vous, en vous préparant un guide qui vous permettra de découvrir pas à pas le monde des Chroniques d'Irydaë.

Si malgré cela, des doutes subsistent, n'hésitez pas à adresser vos questions aux Administrateurs.

En vous souhaitant une agréable visite !



 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Le Tyorum
Page 1 sur 1


 [Terminé] Les égouts de la bonne fortune

Valduis
avatar
Lun 28 Nov - 23:47
Irys : 137580
Profession : Assassin
Pérégrin 0
« L'araignée mue. »

« Et nous l'aiderons à renaître de sa dépouille. »

Les cités Daënastres avaient comme défauts majeurs, contrairement à leurs opposants My'träns, de laisser place à une hiérarchie assez rigide où le clivage entre les plus riches et les plus pauvres était très marqué. Car à l'intérieur des villes qui occupaient les continents de l'Est, les technologies prenaient toujours plus de place dans le quotidien de ses habitants. La plupart des technologies coûtaient cher et malheureusement, beaucoup d'habitants n'avaient pas les moyens de pouvoir se les acheter.

Si en théorie les habitants qui n'étaient pas équipé en technologies ménagères n'avaient aucunes raisons de souffrir d'une vie moins moderne et plus dépendante d'objets manuels ou de technologies usagées, la réalité était malheureusement bien plus dure à accepter et bien peu de dirigeants étaient capables de l'admettre : la vitesse à laquelle les technologies évoluaient rendaient les anciens modèles obsolètes. Ceux qui n'arrivaient pas à suivre ce rythme régulier se retrouvaient dans l'impossibilité de trouver des pièces ou batteries leur permettant d'utiliser leurs anciennes machines car le marché les avait déjà remplacées... et les prix des nouveaux modèles étaient bien trop chers pour pouvoir avoir le privilège de s'en acheter un.

L'évolution des technologies proposait une vie de luxe aux plus riches mais intensifiait le clivage social pour les plus pauvres. Bien vite, il fut difficile de pouvoir vivre une vie abordable et les conditions de beaucoup d'habitants devinrent difficile à cause de ce phénomène d'avancée technologique. Incapables d'être entendus par les dirigeants - ces derniers profitant certainement des dernières innovations -, les révoltés trouvèrent la solution à leurs problèmes en plein cœur de Skingrad, à plusieurs dizaines de mètres sous les docks de la cité.

On assista pendant plusieurs années à une montée en flèche de la criminalité à l'intérieur de Skingrad. Des navires de marchandises étaient victimes de vols en grand nombre, des gardes étaient retrouvés assassinés dans des coins de rue, ou encore certaines maisons des quartiers riches étaient pillées puis brûlées.

La vérité était camouflée dans l'ombre des égouts souterrains. C'est l'histoire d'une ambition commune et d'une fraternité infaillible entre citoyens démunis qui permit la construction d'un véritable marché souterrain qui s’étendait sur des centaines de mètres de caveaux et qui offrait une panoplie de marchandises défiant toute concurrence - même le marché de la rouille ne faisait pas le poids - . On avait construit des plateformes en bois et en pierre immenses, parfois même des habitats ou des magasins qui tenaient sur des poutres branlantes, à tel point que l'on en oubliait l'odeur des égouts et la répugnance d'un tel endroit. Des caisses étaient empilées ça et là dans les recoins des égouts, juste à côté des fleuves putride, mais cette vision ne choquait plus personne à force de fréquenter les environs. En quelques années seulement, Skingrad était devenue l'une des principales cités marchandes et maritimes Daënar mais aussi du marché noir d'Irydaë.

L'accès à ces égouts était minutieusement contrôlé. Les Arachnés - le nom que se donnaient les maîtres contrebandiers des égouts car ils étaient huit au total, chacun représentant une patte de l'araignée - avaient installé plusieurs ouvertures secrètes dans les magasins publics de Skingrad. L'accès aux égouts était impossible en passant par les trappes habituelles car on y avait posé des pièges et sentinelles destinées à tuer tout individu un peu trop curieux. Il suffisait de prononcer une certaine phrase auprès des commerçants - « L'araignée mue » - afin qu'ils ouvrent l'accès secret aux égouts de Skingrad. Bien entendu, ce marché noir ayant permis de réduire considérablement le clivage social de la cité, les avis de recherche et les enquêtes menées au sujet des Arachnés avaient vite été oubliées ou archivées. Il fallait dire que beaucoup de dirigeants avaient été corrompus par les prix dérisoires et les promesses de richesse.

L'Ordre de la Pénitence avait tout intérêt à s'intéresser de près au marché noir de Skingrad : en plus d'être un commerce profitable, c'était un véritable terrain de recrutement pour l'organisation. Les égouts abritaient sous leur toit des as de la tromperie, des manipulateurs nés ou des experts du camouflage. Parfois même, certains habitants de Skingrad étaient nés et avaient grandi dans cet environnement de malfrats, s'imprégnant d'atouts qu'ils avaient développé depuis leur plus jeune âge.

C'était aujourd'hui au tour de Valduis de se rendre à Skingrad. Une fois par mois, un Shudarga devait y séjourner afin d'observer, de prendre note et éventuellement de trouver des recrues susceptibles d'être intéressées par l'Ordre de la Pénitence. A ce jour, il n'y a aucun Shudarga qui ne soit revenu seul de son séjour à Skingrad. Valduis aimait se rendre dans les égoûts de Skingrad d'une part car il aimait offrir une nouvelle vie aux plus démunis, et d'autre part car il voyait cela comme un moment de repos où il pouvait se ressourcer et se changer les idées.

Très récemment, les égouts de Skingrad ont ouvert une arène souterraine financée et dirigée par l'un des Arachnés, l'une des huit pattes de l'araignée. L'arène, faite de bois usagé, était assez petite pour pouvoir rentrer dans les tunnels des égouts, mais suffisamment présentable et espacée pour pouvoir accueillir un large public. Il fallait dire qu'au marché souterrain, les paris étaient le divertissement préféré de ses occupants : l'arène ne pouvait pas tomber au meilleur moment. Les duels se terminaient si l'un des combattants mourrait ou capitulait. Mais là où l'arène portait tout son intérêt, c'était pour la récompense qui valait la peine de se battre : le gagnant à l'issu de trois confrontations remportait la récompense de son choix parmi toutes les marchandises proposées à l'intérieur du marché noir. Et pour pimenter le tout, aucune règle n'était imposée et les combattants avaient la liberté de choisir leurs armes.

L'arène était donc devenue le symbole de réussite à l'intérieur des égouts Skingrad; elle offrait la possibilité aux plus pauvres de changer leur vie en se battant pour le produit de leurs rêves, allant d'un simple gadget robotique à un véritable aéronef dernière gamme. Mais comme à chaque fois que l'être humain voyait un moyen de pouvoir exaucer ses souhaits, il en oubliait les difficultés à confronter pour obtenir ses désirs les plus fous... et beaucoup d'individus trouvèrent la mort dans l'arène depuis son ouverture.

L'arrivée de Valduis fut accueillie avec respect - personne n'oubliait la crainte qu'inspirait l'Ordre de la Pénitence - par L'Arachné responsable de l'Arène, en personne. L'organisation achetait la plupart de leurs outils et matériaux dans ce marché noir, ce qui leur avait permis de créer des liens avec les huit pattes de l'Araignée et la globalité des commerçants des égouts. Valduis s'installa sur l'une des estrades en bois miteux et observa les combats qui allaient arriver sans louper le moindre détail.

Son regard croisa l'une des médecins qui était disposée non loin de l'arène, aux côtés d'autres médecins. Il savait qu'ils étaient réquisitionnés et payés à l'occasion de leurs services rendus à l'arène afin de pouvoir soigner les combattants trop amochés. Mais bien assez vite, son attention fut détournée par les hurlements des spectateurs qui retentirent; une façon bien rustique d'accueillir les deux prochains combattants qui pénétraient à l'intérieur de ce cirque sanglant.


Dernière édition par Valduis le Sam 8 Avr - 11:12, édité 8 fois
Voir le profil de l'utilisateur

Eryn Caela
avatar
Ven 2 Déc - 20:06
Irys : 239956
Daënar +1





Titre du RP ici
feat NOM DU JOUEUR





Quand Eryn avait rejoint les Cercles de l'Aube, elle avait juré de rendre service à tout le monde, y compris ceux qui n'avaient pas les moyens de s'offrir des soins. Et la jeune femme prenait son rôle très à cœur, apportant un peu de réconfort à ceux qui étaient dans le besoin.

Ce jour-là n'échappa à la règle : alors qu'elle était dans son cabinet, en train de ranger ses fioles de plantes après sa dernière consultation, quelqu'un toqua doucement à la porte laissée entrouverte. Tournant la tête, la jeune femme à la chevelure flamboyante put voir une petite fille dans une tenue plus que misérable, avec des yeux embués et la peau tachée de noir par-ci, par-là. Avec un sourire, elle lui fit signe d'entrer avant de lancer :

N'aie pas peur, je ne te ferai pas de mal. Tu as besoin de quelque chose ?

Nous avons besoin de vous pour intervenir dans les égouts si besoin. Vous voulez bien venir ?

Bien sûr, ne bouge pas.

Le médecin attrapa son matériel et s'empressa de suivre la fillette jusque dans les bas-fonds de la ville, jusqu'aux égouts d'où s'échappaient des murmures peu rassurants. Mais peu importait à Eryn, ce qui comptait à cet instant, c'était de rendre service à ceux qui réclamaient son aide. Dès qu'elle pénétra dans les égouts, précédée de la gamine, celle-ci disparut, laissant la place à deux hommes dans la trentaine qui vinrent encadrer la demoiselle pour l'accompagner jusqu'à une arène, dans le carré des médecins où se trouvaient d'autres confrères. Elle les salua d'un hochement de tête, un léger sourire sur le visage, avant de reporter sur l'arène une certaine attention : les combats commençaient...



© Jawilsia sur Never Utopia

Voir le profil de l'utilisateur

Amisgal
avatar
Lun 19 Déc - 15:14
Irys : 69986
Profession : Façonneuse de climats
Administrateur
[Note : Je précise qu'il s'agit d'une intervention MJ dans laquelle je ne joue pas Amisgal.]



Trouve la Dame aux cheveux de feu et aux yeux de jades, lui avait-on dit. Elle avait fait rouler entre ses doigts gourds le métal froid de l’étrange sphère, ouvrant ses grands yeux de biche apeurée mais curieuse dans l’espoir d’assimiler ce qui lui échappait tant. A sept ans néanmoins, d’autant plus lorsque l’on vit dans la misère, on a tôt fait de se laisser submerger par des nécessités beaucoup plus concrètes qu’une balle qui ne rebondissait pas. Elle tenta bien d’y mettre un coup de crocs, manquant de s’y briser quelques dents, mais renonça bien vite à lui trouver une autre utilité que celle que son employeur du moment lui avait enjoint. C’est peut-être pour cette raison parmi tant d’autres que l’artefact parvint bel et bien à son juste destinataire dans ces lieux où le vol à la tir et les mauvaises intentions faisaient figure de loi universelle. La petite fille ne tenta donc pas de garder pour elle la marchandise et s’intéressa bien au contraire à la poignée d’Irys qu’on lui avait promise en échange de cette livraison. Elle et sa sœur allaient enfin pouvoir obtenir un repas chaud ce soir ! Et qui sait, peut-être même une vieille couverture qui n’avait pas autant de trous que celle qu’elles avaient dérobée l’autre jour… ? Loin de se douter que l’objet qu’elle tenait précieusement sous ses horribles vêtements valait bien plus que son pesant d’or.

Elle passa son joli minois par la porte entrebâillée et son jeune esprit d’enfant des rues tâcha de dresser le rapide portrait de l’adulte qui s’activait dans la pièce. Des flacons partout. Des plantes qu’elle n’avait jamais vues –ce n’était pas difficile, elle n’était jamais sortie très longtemps en-dehors des égouts. Le monde était trop cruel à l’extérieur, et surtout trop étranger. Une silhouette indubitablement féminine, des cheveux comme il n’en existait pas non plus par ici. Elle décida très vite qu’après tout, il ne devait pas y avoir cinquante mille Madame dans les parages répondant au portrait qui lui avait été fait. Les paumes de ses mains la démangeaient, impatiente d’aller clamer son dû et de pouvoir savourer le contact de l’or sur sa peau sèche et noire de suie. Quelle tête allait faire sa sœur, elle serait ravie ! Peut-être allait-elle lui donner une double ration de confiture de pruneau… ? Elle adorait ça !

« Nous avons besoin de vous pour intervenir dans les égouts si besoin. Vous voulez bien venir ? »

La jeune femme acquiesça, ce qui eut pour effet immédiat de détendre l’atmosphère. La petite fille reprit sa respiration et ses épaules s’affaissèrent de quelques centimètres, soulagée que la tâche ne soit pas aussi dure qu’elle l’avait craint de prime abord. Elle n’aurait pas su comment faire face à une adulte, de front tout du moins. Elle connaissait une kyrielle de techniques pour passer inaperçue, mais sa taille toute menue et squelettique n’était certainement pas conçue pour la confrontation directe. La hiérarchie des égouts était bien trop cruelle pour cela : seuls les enfants les plus costauds imposaient leurs lois aux autres.

« Par ici s’il-vous-plaît. »

Petite fuyarde non éduquée certes, mais le respect de la supériorité d’autrui était marqué au fer rouge sur sa peau. Ici-bas, les plus jeunes apprenaient à ramper dans la boue, supplier et encenser les personnes les mieux placées dès qu’ils étaient en mesure d’articuler leurs premiers mots. Auquel cas votre vie risquait fort de se terminer à plus ou moins court terme, non que leur espérance de vie ne soit particulièrement longue autrement.

« L'araignée mue, énonça-t-elle d’une voix rôdée par l’habitude à l’attention des surveillants. »

Sitôt que la porte fut ouverte elle esquissa un léger pas de côté, rentra la tête dans les épaules et tâcha de se faire la plus invisible possible. La Dame qu’elle avait guidée jusqu’ici prit les devants, et la petite fille dut pencher la tête de côté pour apercevoir les deux gardes du corps bâtis comme des ours qui allaient bientôt l’emmener jusqu’à l’arène. Vive comme un serpent, elle referma ses doigts agiles sur la sphère et la plaça dans l’une des poches latérales du manteau d’Eryn. Pas un son, pas un mouvement. Bien intelligent aurait été celui capable de sentir que ses poches avaient été fouillées ! Vite, vite, elle tourna les talons et décampa de toute la force de ses maigres jambes avant que l’un ou l’autre de ces sbires ne la chasse à grands coups de talons. Ils n’aimaient pas la vermine qui traînait aux alentours de leurs affaires…

Plusieurs longues minutes plus tard, désormais assise dans les gradins, Eryn pouvait sentir soudainement un étrange déséquilibre dans la tenue de son manteau : un côté paraissait un tantinet plus lourd que l’autre. Si elle était d’humeur curieuse, sa main trouverait dans les tréfonds de sa poche une étrange sphère parsemée de gravures anciennes, aussi argentée que le plus poli des métaux. Un bout de parchemin plié à la va-vite accompagnait le tout, agrémenté d’un mot :

Gardez ceci et faites-en bon usage. Puisse cet objet éclairer votre chemin bien mieux qu’il ne l’a fait pour moi.

Quelque part à l’autre bout des égouts une petite fille ne tarderait pas à découvrir le cadavre de son commanditaire. Elle hausserait alors les épaules, fouillerait ses maigres affaires et s’accaparerait avec bonheur sa bourse remplie à ras bord d’Irys : elle et sa sœur auraient le ventre plein durant tout un mois !


Spoiler:
 




~ N'hésitez pas à m'envoyer un mp si vous avez le moindre soucis ou une question, j'y répondrai avec plaisir ! ~
Voir le profil de l'utilisateur

Eryn Caela
avatar
Mar 24 Jan - 20:47
Irys : 239956
Daënar +1





Les égouts de la bonne fortune
feat Valduis





Assise dans les gradins, attentive à l'action pour être sûre de pouvoir réagir rapidement si besoin était, Eryn sentit soudainement que la poche de son manteau était lourde, comme si elle contenait un objet en métal. Intriguée, la jeune femme mit la main dans sa poche alourdie, et fronça les sourcils quand elle sentit dans un premier temps quelque chose de sphérique, en métal gravé ; c'était sûrement ceci, la chose responsable du poids soudain de son manteau... Continuant de fouiller, la main d'Eryn finit par attraper un bout de parchemin, qu'elle sortit et déplia pour le lire :

Gardez ceci et faites-en bon usage. Puisse cet objet éclairer votre chemin bien mieux qu’il ne l’a fait pour moi.

Qu'est-ce que c'était que cette histoire ? La jeune femme n'eut pas le temps de réfléchir davantage à la question, des cris captivant de nouveau son attention pour qu'elle la reporte sur l'arène. Elle referma donc la poche de son manteau et reprit sa pose attentive ; décidément, elle n'était pas spécialement amatrice de ce genre de sport...

Pendant de longues minutes qui semblaient interminables à la jeune femme, l'arène continua de frémir jusqu'à ce que les combats prennent fin. Retenant difficilement un soupir de soulagement, voyant qu'elle n'aurait pas à intervenir, Eryn attendit que tous ses collègues se lèvent et sortent pour les imiter, sans se douter qu'elle allait encore devoir rester dans les parages quelques temps.


© Jawilsia sur Never Utopia

Voir le profil de l'utilisateur

Valduis
avatar
Mer 1 Mar - 22:21
Irys : 137580
Profession : Assassin
Pérégrin 0


L'intensité des fracas des pieds sur le sol et les hurlements d'impatience du public étaient l'indicateur le plus évident pour les organisateurs afin d'estimer les revenus des paris. Aujourd'hui, alors même que personne dans le public ne savait qui allait combattre, les paris avaient rapidement grimpé sur le combattant de l'entrée Ouest, celle-ci semblant plus décorée et plus espacée que l'entrée Est. Les spectateurs n'avaient absolument aucun critère sur lequel établir un pronostic; le seul moyen de pouvoir estimer la victoire du combattant se résumait donc à des détails comme celui-ci.

On fit entrer sans plus tarder le premier combattant par l'entrée Ouest. Aucun chant ni clairon n'accompagna sa venue; les organisateurs n'avaient pas jugé utile d'investir dans le spectacle et la représentation. Personne, par ailleurs, n'était là pour présenter ni raconter l'histoire de ceux qui s'affrontaient aujourd'hui. Tous les bruits ayant couru sur l'ouverture de cette arène ont, semble-t-il, titillé la curiosité de tous, allant même jusqu'aux oreilles des personnages les plus emblématiques d'Irydaë...


Kruaidh n'était à présenter pour personne. Cette légende vivante avait depuis bien longtemps marqué son nom dans l'histoire d'Irydaë, si bien que mêmes les plus jeunes générations sauraient le reconnaître sans ne jamais l'avoir vu auparavant. Cette armure luisante, recouverte d'engrenages, de fils conducteurs et de plaques renforcées, n'était portée que par un seul homme en ce monde tant le poids qu'elle faisait la rendait intransportable. Et pourtant, sans le fardeau d'un tel rempart d'acier renforcé, Kruaidh n'aurait pas été le mercenaire réputé qu'il était aujourd'hui.

Son histoire remonte à quelques décennies alors qu'il n'était qu'un simple soldat au service des autorités Daënastres. Afin de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille et surtout pouvoir soigner sa mère malade, Kruaidh accepta d'être le cobaye de nouvelles expériences scientifiques en échange d'une somme conséquente. A cette époque, les guerres étaient régulières entre les deux continents et les états de l'Est regorgeaient d'idées nouvelles pour parvenir à vaincre les mages de l'Ouest. L'une d'entre elles réussit à voir le jour jusqu'à ce qu'elle soit interdite pour les risques qu'elle encourait et les sacrifices qu'elle nécessitait.

Les avancées technologiques Daënastres aboutirent à des formules alchimiques permettant de renforcer la condition humaine et de créer en quelques sortes des « surhommes » exploitables, mis à profit pour la sécurité Daënastre. Associés avec l'avancée technologique très redoutée des Daënastres, l'idée était de concevoir des machines de guerre indestructibles, mobiles et douées d'intelligence, afin de pouvoir dominer les batailles contre les My'träns adverses. La conception d'un tel prototype demandait un investissement colossal d'une part pour concevoir les armures, les greffer sur les soldats, d'autre part pour préparer les ingrédients nécessaires aux modifications corporelles grâce à l'alchimie, mais surtout pour financer l'exploitation de magilithe qui composait l'essentiel de la prothèse de cette armure.

Mais le résultat en valait la peine. Très tôt, les premiers « modèles » arrivèrent sur le terrain, des êtres humains suréquipés et fournis en seringues de magilithes implantées dans leurs armures afin de pouvoir s'injecter le contenu et augmenter considérablement leurs capacités pendant un laps de temps. Ils furent envoyés par groupe de dizaine, comme une élite indestructible, semer le carnage et la terreur sur les champs de bataille. On leur avait donné le nom de Golems. Ainsi, les Golems bénéficiaient d'une résistance accrue contre tous types de magie, en raison de la matière qui composait leur armure. Et bien souvent, ils arrivaient à percer les lignes ennemies avant même qu'un souffle de flamme ou qu'une bourrasque ne vienne frapper leur rempart d'acier. Ils massacraient leurs victimes à l'aide de leurs poings indestructibles - et plus tard à l'aide d'armes perfectionnées intégrées dans les nouveaux modèles d'armures -.

Seulement, la réussite de telles expériences avait un coût, et celui-ci ne tarda pas à se manifester. Les individus ayant subi ces expériences furent victimes de troubles mentaux, déformations physiques, blessures progressives et d'autres nombreux handicaps qui faisaient tout simplement d'eux des Anomalies. Certains se mutinèrent de folie, d'autre moururent dans d'atroces souffrances sans qu'aucun antidote n'ait pu être trouvé. En vue de la puissance colossale de cette infanterie d'élite, les états Daënastres décidèrent de tuer purement et simplement les Golems qui montraient des signes d'anomalies et de les remplacer par d'autres recrues.

Kruaidh fut le Golem ayant été en fonction le plus longtemps de tous. Son corps était sans conteste très résistant aux effets secondaires et les décoctions n'avaient eu que des effets positifs sur lui. Il fut placé à la tête des régiments de Golems, bien que contraint à voir d'anciennes têtes disparaitre et de nouvelles têtes arriver régulièrement et avec pour obligation de garder le lourd secret des meurtres commis sur ses confrères malades.

Sa réputation était tout bonnement fondée sur la terreur qu'il apportait avec lui sur les champs de bataille. De nombreux chants et légendes racontent ses périples au combat et avec quelle cruauté il tuait ses victimes, et ce sans ne subir aucun dommage. Il disparut soudainement et personne n'entendit parler de lui pendant plusieurs années, jusqu'à ce que les rumeurs courent à son sujet quant à son retour en tant que mercenaire. Bien entendu, l'Ordre de la Pénitence avait été contacté maintes fois à son sujet; mais au nom de la neutralité absolue des assassins, ils ne préféraient pas se mêler des affaires des autorités au risque de perdre un allié de taille.

Tous les regards étaient tournés vers Kruaidh, si bien que personne ne remarqua l'arrivée discrète de son adversaire. Entre cette armure gigantesque et les bruits de pas métalliques qui faisaient vibrer l'arène, il fallait dire qu'il était assez difficile de lui voler la vedette. Kruaidh avait imposé par sa simple présence un silence de mort qui témoignait de toute cette crainte qu'il dégageait. Seules deux personnes n'étaient pas intimidées par Kruaidh : Son propre adversaire qui venait d'arriver sur le terrain, et Valduis, qui était le seul à avoir remarqué la discrète arrivée du combattant après celle du Golem.

Une légère bise vint soulever la capuche de Valduis et laissa transparaitre l'expression d'un regard belliqueux mais observateur. Visiblement peu focalisé sur Kruaidh, Valduis avait le regard entièrement tourné vers le dernier combattant à avoir rejoint le terrain. Nul ne connaissait ni son nom ni son prénom. Il suscitait même le rire de certains spectateurs en vue du décalage flagrant de taille, de corpulence et d'équipement qu'il y avait avec Kruaidh, le Golem.

C'était un homme jeune et visiblement très placide. Il ne semblait laisser échapper aucune expression particulière concernant sa situation ou ce qu'il pensait de son adversaire, Kruaidh - ce dernier le fixant pourtant avec une once de pitié et de moquerie -. Il était habillé d'un grand kimono en tissu, blanc et sans aucun symbole, mais dont les couleurs faisaient malgré tout référence à certaines écoles de magie My'träns que l'on pouvait trouver dans le nord du continent. Le kimono était recouvert sur ses extrémités de fines bandelettes gris-bleu, semblables aux couleurs des nuages lorsque le ciel était couvert, mais qui s'alliait bien mal avec le beige chaud du sable de l'arène. Enfin, le plus étonnant de tout, c'est que l'individu ne portait sur lui aucune arme autre que ses propres poings. Pourtant - et Valduis était le seul à l'avoir remarqué -, il faisait preuve d'un calme déstabilisant et semblait avoir une extrême confiance en lui-même.


« Tu ne sembles pas mériter le sort qui t'est réservé, jeune inconnu. Profite donc de ces longues années devant toi et abandonne dès maintenant ce combat. Tu me faciliteras le travail. Cette arène n'est pas faite pour les novices. »

Kruaidh parlait avec une voix grave et rauque, sans doute à cause des nombreuses potions et décoctions qui ont dû finir par modifier son corps malgré sa résistance. Quoiqu'il en soit, il ne semblait pas motivé à se battre contre celui qu'il considérait comme un avorton de bas niveau. La chance qu'il offrait à son adversaire avait été félicitée par le public, celui-ci voyant cela comme un acte de bravoure pour un homme qui n'en avait quasiment jamais fait preuve tout le long de sa carrière.

Son jeune adversaire réajusta l'anneau qui maintenait ses cheveux en une queue de cheval et accorda enfin un premier regard à Kruaidh. Sa seule réponse fut de saluer avec politesse et dans les rites de ses cultures My'träns celui qu'il allait combattre avant de soulever sa garde et de fermer ses poings. Cela ne fut pas sans réaction pour le public. Il se mit à hurler et à frapper du pied, surpris par le toupet et le courage dont faisait preuve ce jeune combattant : il venait de provoquer ouvertement Kruaidh.


« Ah, Valduis. Les paris ont soudainement grimpé. La majorité est pour Kruaidh, et rien d'étonnant, ce colosse ne fera qu'une bouchée de son adversaire. Quelles sont vos pronostics pour ce combat? Vous avez le don de toujours me surprendre. »

L'organisateur - l'une des huit pattes - était également celui qui avait ouvert les paris. Il se tenait régulièrement à jour toutes les dix minutes car cette arène était aussi et avant tout un commerce exploitable. Il revenait de sa pioches aux informations pour se réinstaller aux côtés de Valduis sur les estrades plus en hauteur.

Valduis ne fit même pas attention à l'arrivée de son interlocuteur. C'est lorsque celui-ci s'approcha d'un peu plus près qu'il put remarquer que l'assassin transpirait abondamment sous sa capuche et qu'il semblait être littéralement tétanisé. La patte de l'araignée suivit là où son regard se portait. Il se rendit compte que Valduis et le jeune combattant de l'arène étaient en train de se fixer tous les deux du regard... qu'avait-il pu se passer pour qu'un assassin d'élite soit intimidé de la sorte par un combattant lambda? La patte de l'araignée n'y comprenait rien, mais en tournant une seconde fois le regard à l'intérieur de l'arène afin de chercher des réponses à ses questions, elle remarqua qu'un rictus pervers et malsain se dessinait doucement sur le visage de celui que tout le monde voyait comme un avorton. Pire encore, ses orbites semblait changer de couleur au fur et à mesure que son regard se maintenait sur Valduis. Elles devenaient de plus en plus sombre jusqu'à cacher ses pupilles, la liqueur noirâtre s'étendant jusqu'aux veines de ses tempes.

Ce qui s'était réellement passé, c'est que le jeune combattant s'était mis en garde... mais son attention était focalisée sur Valduis et non sur Kruaidh. Il provoquait Kruaidh aux yeux du public, mais il provoquait implicitement Valduis en le fixant du regard, comme s'il savait pertinemment quel genre d'homme cet assassin était et comment le surprendre. C'était réussi : Valduis pensait être en sécurité à l'intérieur des égouts et du haut de son estrade. Avoir été repéré l'avait totalement déstabilisé. Mais il ne s'agissait pas d'une simple question de regard... quelque chose de bien plus sérieux se cachait sous ce jeu de regard pour expliquer une réaction si extrême de la part de Valduis.

Il tourna lentement la tête en direction de l'organisateur, tentant malgré lui de reprendre ses esprits. Il s'exprima avec un calme forcé, bien qu'incapable de cacher la terreur qu'il ressentait, simplement pour ne pas trop exprimer son état d'effroi instable et garder sa réputation d'assassin intrépide. Il parvint à bégayer ces quelques mots.


« Il... Il faut faire évacuer l'arène. »

Aussitôt, il se leva et s'en alla en toute discrétion, profitant du brouhaha général pour s'éclipser sans se faire remarquer, et en laissant seule la patte de l'araignée qui restait sans voix et sans réponses. Lorsqu'il sortit de l'arène, le sang lui monta soudainement à la tête et il s'accrocha à une poutre pour ne pas chuter. C'est alors que l'un médecins vint à lui, soucieux de son état et investi dans le rôle qui lui avait été confié pour cet évènement peu commun. Valduis était encore trop traumatisé par les évènements... il était persuadé que quelque chose de dramatique allait se passer.

« Vous ne pourrez rien faire pour le soigner, dit-il. Vous devriez partir pendant qu'il est encore temps. »


Dernière édition par Valduis le Ven 7 Avr - 22:58, édité 2 fois
Voir le profil de l'utilisateur

Eryn Caela
avatar
Jeu 2 Mar - 22:16
Irys : 239956
Daënar +1






Les égouts de la bonne fortune




Contre toute attente, il restait un combat. Et Eryn dut se résoudre à rester dans les gradins, montrant son mécontentement par une moue sur son visage ; décidément, ils n'avaient rien de mieux à faire aujourd'hui qu'à se taper dessus et y laisser des plumes, voire la vie. Mais bon, son devoir était d'être prête à réagir, alors elle réagirait en cas de besoin.

Elle poussa un soupir d'exaspération quand entra le champion attendu du public : Kruaidh, qui fit étonnamment preuve de "gentillesse" quand il invita, quelques instants plus tard, son adversaire du jour à partir tant qu'il en avait encore le temps.

Soudain, alors que le combat allait commencer, Eryn vit du coin de l'oeil une silhouette quitter les gradins assez précipitamment, comme si la personne ne se sentait pas bien. L'occasion idéale pour quitter un spectacle navrant, que la jeune femme saisit au vol. Se levant à son tour, elle se faufila entre les badauds pour rejoindre la silhouette, afin de s'enquérir de son état ; quelle ne fut sa surprise lorsqu'une voix masculine lança :

Vous ne pourrez rien faire pour le soigner. Vous devriez partir pendant qu'il est encore temps.

Attendez... Vous n'êtes pas en train de parler de vous à la troisième personne quand même ? Parce que là, c'est clair, vous avez réellement besoin d'un médecin, répondit Eryn en s'approchant de la silhouette, l'air déterminé. Alors vous allez me suivre, je vais m'occuper de vous dehors, on étouffe ici.

Et elle lui tendit la main, sans se douter une seconde de ce qui allait se passer par la suite.

© Jawilsia sur Never Utopia
Voir le profil de l'utilisateur

Valduis
avatar
Dim 5 Mar - 23:23
Irys : 137580
Profession : Assassin
Pérégrin 0

Il était difficile d'expliquer clairement la dangerosité d'une situation, tant l'individu meurtrier qui se trouvait dans l'arène et son histoire étaient tous les deux complexes. Valduis n'avait pas beaucoup de temps devant lui avant que le drame qu'il redoutait tant ne se produise. Bien qu'encore sous état de choc émotionnel, il n'oublia pas pour autant de jeter un regard derrière lui afin de s'assurer que ses avertissements aient été suivis.

Et c'est avec déception qu'il remarqua que personne n'avait bougé des gradins. Pire encore, tous étaient encore là à acclamer le combat qui allait se dérouler devant leurs yeux. Sombres imbéciles. Valduis jurait de tuer son organisateur, peu importe s'il s'agissait d'une patte de l'araignée. Les commerçants étaient tous les mêmes ici : arrogants, indignes de confiance et trop lâches pour risquer leur commerce de s'écrouler. Celui-ci avait préféré ne pas écouter Valduis au risque de perdre ses paris qui avaient déjà bien grimpé.

Il s'assit dos contre le mur, aidé du médecin, afin de prendre quelques secondes pour reposer son corps et son esprit. Il se concentra pour extirper cette peur qui lui resserrait les boyaux et pouvoir réfléchir convenablement. Après quelques profondes inspirations, il se tourna vers Eryn, l'expression de son visage étant devenue plus rigide qu'avant -ce qui signifiait que Valduis avait repris ses esprits-.


« J'ai besoin que vous me conduisiez dans les laboratoires des égouts. Vite ! Il doit forcément y en avoir un où vous disposez tous vos produits. Je dois fabriquer un soporifique coûte que coûte. Faites-moi confiance. »

Valduis plaçait tous ses espoirs dans les mains de cette jeune femme, espérant qu'elle se montre raisonnable et compréhensible. Les assassins de l'Ordre avaient beau être affectés de toutes les sales réputations qui puissent exister, jamais personne n'avait remis en question leur parole. Valduis espérait avoir suffisamment insisté pour qu'Eryn puisse au moins accepter le fait que la situation était aussi dramatique qu'il le laissait prétendre.


__________


Kruaidh était un être irascible et incontrôlable lorsqu'il était pris d'un accès de rage. Le toupet de son adversaire l'avait fait sortir de ses gonds. Peu importe sa carrure et sa prestance, personne en ce monde ne survivait à une provocation culottée face à un Golem.

Il souleva son énorme bras mécanique pour venir l'écraser contre la tête molle de son adversaire. Lorsque la fumée de poussière retomba, Kruaidh fut surpris de voir que son poing n'avait pas atteint sa cible mais était tombé juste à côté sur le sol mou. Celui qui lui faisait face, lui, ne semblait pas avoir bougé d'un poil et restait figé, calme et serein comme il l'était depuis son arrivée.

Kruaidh se craqua la nuque et fit quelques moulinets dans le vent. A ses yeux, cette attaqué manquée n'était que le fruit d'une mauvais préparation. Nul doute qu'il avait vieilli et que sa concentration était affectée par tout ce public qui l'acclamait. Il envoya un second coup de poing, cette-fois ci circulaire, afin de venir éclater la mâchoire de son adversaire d'un seul coup sec.

L'attaque n'affecta personne et ne fit que soulever le sable de l'arène. Kruaidh bascula même sur le côté pour avoir mis tout son élan dans cette seule attaque. Il se rattrapa de justesse en s'aidant du mur de l'arène. Il n'y comprenait rien : l'erreur était justifiable une fois, mais pas deux. C'est à ce moment là que le goût de la peur noua sa gorge lorsqu'il comprit que ces échecs répétés étaient causés par son opposant.


« Je n'ai pas de temps à perdre avec vous, Golem. Je suis ici pour obtenir un objet que je convoite. Ce combat ne se terminera que par une seule issue. »

« Qui diable peux-tu bien être ?! »

« Je suis Tha'al, le sixième Prophète, dit-il en laissant un nouveau rictus se dessiner sur son visage. »

Jamais personne n'avait vu l'expression de Kruaidh devenir aussi inquiétante en l'espace de sa longue carrière légendaire au service de l'Etat. Militaire depuis son plus jeune âge, il avait forcément été mis au courant du danger que représentaient les Prophètes en Irydaë. Il avait d'ailleurs déjà dû en affronter un et avait failli y laisser la vie.

La simple révélation de l'identité de son adversaire avait déclenché en Kruaidh l'instinct final de la survie, celui que toute espèce déclenchait lorsqu'elle se trouvait en situation extrême. La peur qui le paralysait laissa place à une rage colérique qui débloqua ses muscles figés et plaça sa conscience dans un état second d'animosité. Kruaidh se mit à hurler en chargeant Tha'al, son adversaire. Il activa l'arme qui était placée dans le poignet droit de son armure - une sorte d'épée-scie - et se mit à donner de puissants coups de lame dans tous les sens.

Tha'al contrôlait la situation comme il le faisait depuis le début. A l'aide de ses doigts agiles, il faisait mouvoir l'air qui l'entourait, profitant par ailleurs de toute la fumée qui se dégageait de la chaleur de Kruaidh pour s'en servir comme arme. Il n'avait pas besoin d'esquiver les attaques puisqu'il les déviait en quelque sorte grâce à des impulsions d'air sur les mouvements du Golem, comme des petites bourrasques qui l'empêchaient de viser droit.

Et lorsque Tha'al avait assez joué avec son ennemi, il décida de passer à l'offensive. Il rabaissa sa deuxième main qui était jusqu'ici dans son dos, puis accompagna la première de gestes vifs, rapides et précis, dessinant des mouvements que seuls des mages expérimentés seraient capables d'en comprendre le sens.

Les bourrasques se changèrent en lames invisibles qui fouettaient l'armure du Golem et fissuraient l'acier qui le protégeait. La force de ces attaques était telle que Kruaidh ne pouvait que reculer en se protégeant tant bien que mal; cet assaut était comparable à une épée de plusieurs tonnes qui frappait son corps à de multiples reprises.

Finalement, les cisailles de vent qui fissuraient successivement l'armure avaient causé quelques brèches à l'intérieur de la carapace d'acier, normalement indestructible, et ce en seulement quelques secondes d'incantation. Les attaques qui suivirent brisèrent le rempart morceau par morceau, faisant tomber des plaques d'armure comme s'il s'agissait d'une vulgaire branche de bois que l'on découpait à l'épée.

L'air tranchant tailladait l'acier et fouettait la peau qui se trouvait en dessous. La chair explosait sous les coups et le sang giclait sur le mur de l'arène. Tous étaient horrifiés par cet acte de barbarie pure qui se déroulait devant leurs yeux. L'arène était devenue silencieuse; seuls les cris agonisants de Kruaidh faisaient échos. Bien assez vite, les brigands et commerçants alentours se ruaient autour de l'arène pour observer cette scène qui semblait interminable.

Dans une danse sinistre, Tha'al exécuta un genre de moulinet avec ses mains et causa une petite tornade éphémère en-dessous de Kruaidh. La tornade le fit virevolter dans les airs et s'éparpilla instantanément afin de laisser le fardeau de sa propre armure lui briser les vertèbres en chutant de plusieurs mètres de haut. Il s'écroula au sol dans un craquement d'os répugnant... et ne se releva pas de cette attaque.


_____________


L'histoire des Prophètes remonte aux premières apparitions de la magie en Irydaë. Les légendes les plus anciennes racontent comment les dieux ont souhaité se jouer des hommes en infusant au hasard une magie dans le corps de sept nouveaux-nés et en leur offrant l'accès aux formes les plus puissantes de cette magie.

Les Prophètes se comptent au nombre de Sept, chacun représentant une magie propre existant en Irydaë : la terre, l'eau, le feu, l'illusion, le soin, l'air ou l'invocation. Il n'y a absolument rien qui puisse les différencier des autres humains, si ce n'est une petite marque colorée mais très peu visible sur leur nuque, comme un point de la couleur de leur élément - un prophète de feu aura donc un point rouge sur la nuque -.

Ce sont des mages qui ont dépassé le stade de maître dans l'art. Ils héritent dès la naissance d'un contrôle total de leur magie, et ce sans ne nécessiter aucun entraînement au préalable; seule la pratique régulière de celle-ci débloque les échelons de leur magie et leur permettra de dépasser leurs limites -bien que déjà supérieures à la moyenne-. Beaucoup définissent cela comme un véritable don offert par les dieux.

Malheureusement, cette bénédiction est à double tranchant et peut s'avérer être une malédiction. Les Prophètes sont reliés entre eux, et lorsqu'il se trouvent à faible distance d'un autre Prophète, leur magie s'active afin de prendre le dessus sur leur subconscient. S'en suit alors un combat cataclysmique durant lequel les Prophètes s'affrontent jusqu'à ce qu'un autre meurt. Tel est le tragique destin qui suit ces mages légendaires, forcés de tuer pour survivre, d'être tués, ou de s'exiler loin des sociétés.

Un nouveau Prophète apparait toutes les deux générations, soit environ tous les cinquante ans. A la fin de chaque génération, il ne reste en théorie qu'un seul prophète en vie, soit parcequ'il a tué ses autres congénères, soit parce qu’ils sont morts naturellement ou sous la main d'autres Prophètes, ou soit tout simplement parce qu’ils n'ont jamais été trouvés.

A leurs débuts, les Prophètes ont causé de nombreux problèmes au sein des sociétés d'Irydaë, notamment lorsqu'ils se rencontraient en plein milieu d'une capitale. Celle-ci était sévèrement endommagée voire détruite, et des milliers d'innocents tués pendant leur combat - car rien ne peut raisonner un Prophète dont la magie a pris le dessus sur son esprit -. Ainsi, certaines protections furent mises en place dans les cités afin d'éviter que des drames de la sorte ne surviennent à nouveau : chez les My'träns, des maîtres mages sont entraînés et réquisitionnés afin de pouvoir canaliser et amenuiser la magie des Prophètes et que leur conscient reprenne le dessus sur la magie. Chez les Daënars, on a simplement équipé les tireurs sur les remparts de fléchettes soporifiques dont la dose pourrait endormir n'importe quelle grosse bête.

Beaucoup de Prophètes ont marqué leurs noms dans l'Histoire d'Irydaë, soit en tant que protecteurs de cités, soit en tant que professeurs dans des écoles de magie, ou encore en tant que criminels extrêmement dangereux. Mais à chaque génération, l'équilibre s'imposait naturellement de par ces liaisons magiques qui les forçaient à s'entretuer lorsqu'ils entraient en contact. Les autorités n'eurent aucunement besoin de mettre en place des mesures plus sérieuses puisque les choses se résolvaient d'elles-mêmes.

Seulement... les dieux ont décidé d'être plus joueurs dans notre époque actuelle. Si en temps normal, les Prophètes étaient choisis par hasard dans le monde d'Irydaë, notre génération avait vu pour la première fois des Prophètes nés du ventre d'une même mère. Tha'al et son frère, Ghal'h, ont été respectivement touchés par la magie du vent et du feu à leur naissance. Le fait qu'ils partagent le même sang avait littéralement brisé la malédiction incontrôlable qui laissait la magie prendre le dessus lorsqu'ils se trouvaient à proximité.

Mais Tha'al et Ghal'h avaient préféré utiliser cet avantage à mauvais escient. Conscients de leur pouvoir et de la puissance qu'ils détenaient, ils décidèrent de forcer leur destin en pourchassant, à deux, les autres Prophètes qui habitaient Irydaë. En trois années seulement, ils parvinrent à éliminer trois autres Prophètes : Celui de la Terre, celui du l'Illusion et celui de l'Invocation.

Il ne restait que le Prophète de la Vie et et de la Mort ainsi que le prophète de l'Eau à pourchasser, et ils seraient parvenus à les trouver si les My'träns associés à l'Ordre de la Pénitence n'étaient pas intervenus pour les capturer. Les états de l'Ouest aidèrent l'Ordre à financer la construction d'une prison anti-magie à l'intérieur de leur château souterrain, dans les corridors les plus profonds. En échange, l'Ordre s'était engagé à solliciter ses assassins les plus talentueux pour capturer les deux individus et les enfermer à jamais.

L'Ordre de la Pénitence réussit à capturer Ghal'h, mais ne purent empêcher Tha'al de s'échapper. Les pertes furent douloureuses car le Prophète du vent tenta de protéger son frère du mieux qu'il pouvait. Il massacra plusieurs dizaines d'assassins et de Shudargas. Heureusement, les armes Daënastres qui avaient pris de l'ampleur ces derniers siècles étaient rudement efficaces, même contre les mages d'une telle renommée. Ils réussirent à repousser Tha'al - déjà bien affaibli - qui dut opter pour la fuite alors que Ghal'h fut emprisonné dans la prison des Corridors là où sa magie serait inutilisable.

Personne n'entendit parler de Tha'al jusqu'à ce qu'il réapparaisse aujourd'hui dans l'arène du marché noir, visiblement dans l'intention de s'emparer d'un objet très convoité. Il cherche toujours à libérer son frère de sa captivité et était persuadé d'y parvenir d'une manière ou d'une autre. Sa haine envers l'Ordre est telle qu'il était pris de pulsions meurtrières dès qu'il croisait l'un d'entre eux; cela explique d'ailleurs la réaction de Valduis lorsque son regard croisa celui de Tha'al.


Dernière édition par Valduis le Mer 5 Avr - 23:29, édité 2 fois
Voir le profil de l'utilisateur

Eryn Caela
avatar
Lun 6 Mar - 19:13
Irys : 239956
Daënar +1






Les égouts de la bonne fortune




Eryn surveilla l'homme qui lui faisait face, s'adossant au mur pour reprendre son souffle et ses esprits, pour vérifier que tout allait bien. Et de fait, il semblait redevenir maître de la situation assez rapidement, puisqu'il finit par reposer son regard sur Eryn, un regard dur, avant de lancer :

J'ai besoin que vous me conduisiez dans les laboratoires des égouts. Vite ! Il doit forcément y en avoir un où vous disposez tous vos produits. Je dois fabriquer un soporifique coûte que coûte. Faites-moi confiance.

Eryn se pencha pour regarder l'arène, histoire de vérifier que la situation était bien en main par la sécurité, puis reporta son attention sur l'homme à la capuche :

Bon, je veux bien vous aider, mais je ne travaille qu'assez rarement dans le coin, alors j'ose espérer que vous savez vraiment ce que vous faites...

Pour le coup, elle oublia complètement la chose dans son manteau, concentrée sur sa mission qui venait de changer ; au lieu de secourir les combattants, ce serait les combattants et le public dont il faudrait s'occuper si nécessaire. Elle attendit que l'homme à la capuche se relève avant de lui lancer de nouveau :

Bon, je devrais pouvoir quand même retrouver les labos... Mais ne traînez pas.

Et elle s'empressa de partir, suivant dans sa mémoire le chemin pour arriver jusqu'aux laboratoires, qu'elle finit par trouver après quelques minutes d'une course assez folle, vides. Etrange, qu'ils soient vides...



© Jawilsia sur Never Utopia
Voir le profil de l'utilisateur

Valduis
avatar
Ven 10 Mar - 15:15
Irys : 137580
Profession : Assassin
Pérégrin 0
Il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'ils trouvent les laboratoires vides à leur arrivée : tout avait déjà été déplacé et préparé pour l'avènement de l'arène et des combats qui allaient se dérouler. Valduis n'attendit pas l'autorisation du médecin pour se servir : il dévalisa bureaux et armoires, vérifia chaque étiquette de potion, et rassembla tout ce dont il avait besoin en un rien de temps.

La préparation de la décoction ne dura même pas cinq minutes. C'était une formule que Valduis connaissait par cœur - il préparait lui-même ses armes et potions lorsqu'il partait en mission -. Seule exception : il rajouta quelques doses supplémentaires d'ingrédients afin de renforcer les effets soporifiques et ainsi, être sûr de ne pas louper son coup. Qui sait ce qu'un mage de cette expertise était capable de faire, ou qui sait quelles résistances exceptionnelles son corps pouvait présenter...

Valduis ne tardait pas. Il était probable qu'Eryn n'ait pas eu le temps de bien suivre la préparation de la décoction, dans le feu de l'action, tant Valduis versait les ingrédients par pur automatisme, dosant à l’œil et comptant de tête. Une fois terminée, il attrapa une serviette en tissu au hasard et la découpa en deux petits carrés, au cas où la première n'atteignait pas le nez de sa victime. Puis il se dirigea à la sortie du laboratoire, accompagné du médecin.

Pendant le court trajet, Valduis prit quelques secondes pour expliquer la gravité de la situation. Il mentionna Tha'al, le prophète de l'air, et le danger qu'il représentait - même si Eryn était évidemment au courant de ce personnage et des atrocités qu'il avait commises -. Il la remercia brièvement pour l'aide apportée et n'oublia pas bien entendu de vendre les services de l'Ordre si elle ressentait le besoin un jour de les contacter. L'aide qu'elle avait fourni servirait aujourd'hui à sauver plusieurs vies.

Valduis grimpa par-dessus les piliers de l'arène, derrière les gradins, dans la pénombre des torches et l'agitation de l'arène qui camouflaient très largement son escalade silencieuse. Monter jusqu'en hauteur était un jeu d'enfant pour lui. Le plus dur serait à venir : il ne fallait ni rater son élan, ni rater son saut, et encore moins atterrir à côté de sa cible. Un bref regard en direction d'Eryn - la seule qui le regardait monter - puis sur le cadavre de Kruaidh, afin de confirmer toutes les craintes qu'il avait soulevées auprès du médecin.

Tha'al se pavanait dans l'arène tout en s'esclaffant sur l'état lamentable dans lequel il avait plongé son opposant. Il commença à agiter mains et bras, soulevant petit à petit le sable autour de lui dans une bourrasque circulaire : il était en train de former une tornade à grande échelle, ou peut-être même pire... Valduis, accroupi sur une petite voûte en hauteur, ne quittait pas Tha'al du regard. Il analysait et anticipait tous les facteurs déterminant sa réussite avant de retenir sa respiration et de s'élancer par-dessus l'arène.
Voir le profil de l'utilisateur

Eryn Caela
avatar
Ven 10 Mar - 18:52
Irys : 239956
Daënar +1






Les égouts de la bonne fortune




Quand ils arrivèrent aux laboratoires, Eryn ne put que constater qu'ils avaient été vidés en prévision des combats dans l'arène. Mais cela ne semblait pas déranger l'homme à la capuche, qui s'empressa de se mettre au travail en ramassant tout les flacons qui étaient à sa portée et préparant sa potion en un temps record, sous l’œil attentif d'Eryn qui montait la garde en attendant.

Dès qu'il eût terminé ses petites affaires, l'homme à la capuche ressortit, suivi par l'herboriste qui ne comprenait pas forcément tout ce qu'il se passait ; mais elle fut vite renseignée quand il lui raconta l'histoire de Tha'al, le prophète de l'air, et quand il lui raconta à quel point il pouvait être dangereux. Un homme charmant, donc, songea l'herboriste alors qu'ils approchaient des gradins. Elle esquissa un sourire poli quand l'homme à la capuche lui vendit les services de l'ordre auquel il appartenait, et s'arrêta quand ils arrivèrent enfin aux gradins, soufflant un "bonne chance" alors que l'homme à la capuche commençait son escalade.

C'est donc avec une certaine appréhension qu'elle attendit d'entendre un bruit, une clameur qui lui indiquerait que l'homme à la capuche avait réussi. Mettant sa main dans la poche, elle retrouva le contact métallique de la sphère qui avait été déposée là, sans oser la ressortir pour l'observer sous toutes les coutures. Elle aurait bien le temps de faire cela une fois rentrée chez elle...


© Jawilsia sur Never Utopia
Voir le profil de l'utilisateur

Valduis
avatar
Ven 7 Avr - 23:48
Irys : 137580
Profession : Assassin
Pérégrin 0
L'esprit focalisé sur sa mathématique environnementale, Valduis était concentré sur la synchronisation de son élan afin de s'assurer que, malgré les bourrasques de vent, il puisse tomber sur sa cible. Tout se passa comme il l'avait calculée : il ne chuta pas en ligne droite mais usa de sa longue cape comme "ailette" pour tenter de ralentir la vitesse et de maintenir cette ligne droite constante. Mais il avait omis un détail pourtant indispensable.

La surprise du public face à cette vue soudaine d'un assassin s'élancer depuis les hauteurs ne passa pas inaperçu, si bien qu'à seulement quelques mètres de sa cible, l'effet de surprise qui lui donnait une longueur d'avance avait été tout simplement déjouée par l'étonnement du public qui se matérialisa par un hoquet général, alertant évidemment Tha'al sur le danger qui planait au-dessus de lui. D'un élan sec et par pur réflexe, il balaya Valduis avec une bourrasque et le propulsa contre le mur. Le tissu imbibé lui échappa des mains, et son unique chance de pouvoir mettre un terme au Prophète par la même occasion.

« Chien de sous-race... Vous êtes tous les mêmes, vous, les assassins. Mais une fois que vous êtes sortis de l'ombre, rien ne peut vous protéger et vous ne devenez alors que de vulgaires insectes qui attendent d'être écrasés. Je vais m'amuser à meurtrir ton corps jusqu'à ce que tu puisses me dire ce que toi et ton Ordre avez fait de mon frère. »

Valduis était encore à moitié assommé par l'impact qu'avait causé la propulsion de Tha'al. Il ne voyait pas très clair ni ne comprenait vraiment ce qu'il venait de se passer. Ce qu'il savait, c'est que sa vie était en danger et que les secondes étaient comptées avant qu'il ne soit réduit en bouillie par les cisailles de vent. Il voulait se relever et se dépêcher d'agir, mais ses jambes ne répondaient pas : son corps était encore trop endommagé par le choc qu'il avait subi. Il ne put se contenter que d'observer son adversaire s'avancer lentement vers lui, tentant tant bien que mal de se maintenir à quatre pattes pour ne pas sombrer dans un état d'inconscience.

Lorsque sa vue commença à lui revenir et que le flou s'évapora, il était déjà trop tard : Tha'al le Prophète était entouré d'une bourrasque si intense qu'elle en soulevait les planches de bois de l'arène et faisaient trembler les poutres de l'édifice. Sa haine était si intense avait transformé son visage humain en une effigie monstrueuse, dont la cruauté n'était limitée par aucune conscience humaine : Tha'al était évidemment dénué de toute notion de pitié ou d'empathie. Khonja attendait son sort, non sans jurer sur cette seule erreur qui aurait pu lui permettre d'en finir avec tout cela. Il ferma les yeux en sentant les bourrasques de vent tournoyer autour de lui et commencer à se refermer sur sa chair fragile, comme si des scies affûtées se rapprochaient à vive allure pour le trancher et le taillader de toutes part.

Et puis... plus rien. Ce fut un silence inexplicable qui s'installa et imposa un silence instantané après tout le carnage auditif que provoquaient ces multitudes de zéphyrs déchainés. Khonja avait pensé qu'il était mort ou inconscient, et pourtant, il fut surpris de pouvoir rouvrir les yeux pour observer le sable chaud de l'arène qui ne s'était curieusement pas dérobé. Lorsqu'il leva le regard vers son ennemi pour avoir des réponses à ses questions, son regard se heurta à un cadavre inerte qui gisait sur le sol : celui qui aurait dû être son bourreau venait d'être maté.

« Hmpf. C'était moins une. Je pensais que je ne m'en sortirais jamais. Que l'on me donne ma récompense, et plus vite que ça. J'ai vaincu mon adversaire, non? »

Valduis soupira d'apaisement. En vérité, pendant que Tha'al avait le dos tourné, Kruaidh avait pressé la seringue de magilithe qui se trouvait dans le poignet de son armure - un flux de liquide certainement très rare qu'il n'utilisait qu'en cas de situation critique -. Kruaidh étant un maître de guerre, Valduis était presque persuadé qu'il avait déjà activé la magilithe pendant le combat avant d'être projeté contre le sol. Certainement qu'il attendait une occasion de se relever pour contre-attaquer, et Valduis avait été le parfait élément perturbateur qui avait suffisamment captivé l'attention de Tha'al pour laisser le temps à Kruaidh de l’assommer en beauté.

Les formules de magilithe que les golems remplissaient dans leurs seringues étaient nombreuses et variées; certaines modifiaient les conditions physiques pour rendre plus fort, d'autres plus résistant, d'autres encore plus rapide ou plus réactif. Tout était situationnel et dépendait du danger auquel ils étaient confrontés, si bien que la plupart se rajoutaient volontairement d'autres seringues au niveau de l'autre poignet ou même des cuisses afin de toujours disposer d'un arsenal capable de contrer n'importe quelle situation. Pour faire face à Tha'al et à l'étendue de ses pouvoirs, Kruaidh avai été contraint de s'injecter une double dose de magilithe dont les effets néfastes allaient très certainement arriver sous peu.

Personne ne sut ce que Kruaidh avait demandé comme récompense pour ce combat - car telles étaient les volontés des organisateurs de garder secret ce qu'ils offraient à leurs champions -. Quoiqu'il en soit, il s'en alla quelques jours plus tard après avoir été pris en charge par les infirmières, les attaques de Th'al puis les effets collatéraux des seringues ayant considérablement endommagé son corps.

Tha'al, lui, fut contraint de quitter les égouts après que son énergie magique fut absorbée par les autorités privées de l'arène pendant qu'il était encore inconscient, afin d'éviter tous dangers vis-à-vis de ce Prophète - dont personne à part Valduis, Kruaidh et Eryn n'étaient d'ailleurs au courant de la véritable identité -. Affaibli et impuissant, Tha'al ne manqua pas de jurer vengeance auprès de Valduis dès lors qu'il serait rétabli. Malheureusement, l'Ordre de la Pénitence n'avait aucun droit d'agir à l'intérieur des égouts, car ce lieu de criminalité était régi par des règles strictes et aucune autorité supérieure autre que celle des huit pattes de l'araignée n'était acceptée. Le sort des victimes dépendait de leur entière volonté et non pas de celle d'un tiers, ni même de l'Ordre de la Pénitence. Car sinon, cela voudrait dire que les criminels ne pourraient pas pénétrer dans les égouts sans risquer de se faire capturer, ce qui était contraire aux idéologies des huit pattes et à leur commerce illégall.

Valduis retourna dans les quartiers de l'Ordre seulement après que Kruaidh et Tha'al aient quitté l'enceinte des égouts. Il ne mentionna la véritable identité du Prophète à personne, ni même à l'organisateur des jeux de l'arène qui avait pourtant été confronté à l'étrange comportement de Valduis - ce dernier mentionna avoir abusé de boisson alcoolisée avant d'entrer dans l'arène afin de balayer tous les doutes sur sa curieuse réaction -. Dès son retour auprès des siens, une enquête approfondie serait établie sur Tha'al et une recherche serait lancée sur le Prophète afin de suivre ses déplacements et de trouver une faille pour pouvoir le capturer.

Évidemment, Valduis n'oublia pas de glisser un petit mot dans les affaires d'Eryn, un mot d'adieu propre aux assassins de l'ordre : celui-ci mentionnait des remerciements pour la participation et le courage dont avait fait preuve la médecine pour vaincre cette menace imminente aux côtés d'un assassin de l'Ordre. Et, comme d'habitude, une bourse de piécettes était déposée à côté du message afin d'acheter son silence, qu'elle ne parle jamais à personne de l'identité de Tha'al ni de ce qui s'était réellement passé dans l'arène ce jour-là.
Voir le profil de l'utilisateur