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Chroniques d'Irydaë
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 [Terminé] Un horizon nacré de néant

Ophélia Narcisse
Ophélia Narcisse
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyDim 22 Juil - 18:44
Irys : 1643821
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Sur des traces enfumées, il n’y a qu’une distinction entre ceux qui voient, et ceux soumis à la cécité. Si la brume devait retomber, un seul d’entre eux pourrait observer le paysage à nouveau. Le voyant, lui, sait percevoir l’horizon nouveau qui s’approche sous la cime du ciel et au sommet de la terre. Mais l’aveugle ne saurait jamais profiter d’un tel spectacle. Il n’y a ni vent, ni marrée. Ni montagne, ni océan. Ni soleil, ni lunes. Tout ce qu’il reste, c’est le bruit des pas qui avancent sans savoir si c’est l’Est qu’ils visent, ou l’Ouest qu’ils traversent. La frontière entre mémoire et vision et fine, et la brume qui autrefois aveuglait Ophélia s’était affaissée. Réfugiée sous un faux nom, abritée par une inconnue bien-aimée que jamais elle ne pourrait revoir, désormais, il y avait plus d’un passé qu’elle aurait souhaité oublier. Qui de la boutiquière ou de l’anomalie préférait-elle voir disparaître ? Les deux, sans doute. Les laisser s’évaporer, les laisser flotter hors de ce monde et ne jamais cesser de s’élever, jusqu’à ce que tout ne reste plus qu’un souvenir … un souvenir dont jamais elle n’aurait à supporter la mémoire.

Ses pieds nus marchaient sur la terre sauvage de terres qui se noyaient sous les flots d’une magie aussi acerbe que la mentalité des locaux. Le périple de la jeune femme avait été bien trop éprouvant pour qu’elle puisse éprouver un quelconque plaisir à cette excursion, de toute manière, ce n’était que le prix d’une rédemption. Son nez se souleva, portant son regard vers les nuages qui couvraient un ciel bien timide. Une goutte amère vint lui cogner le centre de l’arête, lui arrachant par la même un soupir désappointé. Certains pourraient se réjouir de cette pluie, après l’été qui, progressivement, commençait à s’enfuir. Pour les agriculteurs, c’était le signe de nouvelles moissons, pour les éleveurs, c’était l’occasion de rentrer les bêtes et de faire s’effacer leurs odeurs des enclos. Pour Ophélia, ce n’était que le signe qu’elle passerait une nuit de plus dans la fange et la boue. Les lueurs du crépuscule hantaient le sillage de ses pas, et pas une seule d’entre elles ne pouvaient effleurer son regard, redirigé vers l’Ouest, cherchant une réponse quelque part dans l’horizon, sans doute vers le néant, là où son cœur l’appelait.

La mort ne lui avait laissé qu’un souvenir de douleur, mais son séjour de l’autre-côté … elle n’en gardait pour mémoire qu’une douce mélancolie, presque nostalgique qui venait sans cesse la faire s’interroger sur à quel point le trépas était à regretter. Son esprit se réconforta d’une pensée toute particulière, redirigée vers la première figure familiale qu’elle avait connue … et aussi le premier être cher qui lui fut arraché. Par-delà les nuages de peur, les voiles artificielles de terreur que l’on force la Faucheuse à se revêtir, il y avait certainement un petit coin de paradis où les âmes ne peuvent pas verser de larmes. Le décès est semblable à la bêtise, ce ne sont pas les concernés qui en souffrent, mais ceux qui les entoure. Dans cette mesure, Ophélia n’avait plus personne à blesser, tous étaient partis, réfugiés dans un horizon qu’elle ne trouverait certainement jamais. Il n’y avait plus qu’elle … elle … et seulement elle.

Ses pas s’arrêtèrent, sa marche cessa. Elle était fatiguée, mais pas au point de ne plus pouvoir avancer, ce qui était à remettre en cause était l’absence de terrain sur lequel poser le pied. Le prochain pas, si pas il devait y avoir, se ferait dans un vide étoilé. Devant la vaironne, il n’y avait plus rien. Une brise silencieuse vint soulever ses mèches blanches, brisées par la vie insalubre que les derniers jours lui ont imposée. Champs de neige et champs d’épis, plaines blanches et sols de glace. Le froid ici était aussi perçant que la pointe d’une flèche, ou le plomb d’une balle. Les cicatrices sur les épaules de la frêle cristalline venaient attester de son expérience en tant que réceptacle à projectiles meurtriers. Les sifflements des munitions, la douleur qu’elles venaient creuser et le sang qui chaque fois venait orner sa joue de sa présence, lorsqu’elle finissait par s’évanouir de l’hémorragie. Le regard dans le vide et le destin entre les mains des dieux. Visiblement, ils appréciaient beaucoup de jouer avec elle. Dans sa première vie, elle avait blasphémé contre eux, si l’on en croyait un certain disciple d’Orshin … peut-être qu’elle en payait le prix désormais.

Son visage, fixé sur le sol immatériel, vint remonter jusqu’aux cieux. Le lignage bleu de l’éternel plafond qu’elle ne connaissait que trop bien venait se briser contre un océan de ténèbres sombres, dans lequel seules les étoiles pouvaient briller. Ophélia tendit la main, approchant avec prudence l’index de cette frontière sans borne, cette ligne pourpre qui n’avait ni forme, ni sens. Elle était arrivée là où rien ne pousse, là où toute existence ne peut être qu’une erreur. Une erreur … peut-être était-ce là sa place ? Les cristaux qui lui courbaient le dos n’avaient cure de ses états d’âmes lorsqu’elle tentait de se persuader qu’elle avait sa place dans ce monde. Ils demeuraient, perçant éternellement sa peau en mémorial de son statut véritable, une anomalie. Une anomalie, hein … ? Ses jambes défaillirent finalement, en dépit du reste d’énergie qu’il leur restait. C’était le choc existentiel qui était venu lui balayer les chevilles, comme l’on envoie un malfrat sur ses genoux. Elle aurait pu jurer que ce mur de noir lui parlait, lui criait sans cesse « Au-delà d’ici, rien ne subsiste ». C’était la fin de ce monde, et la fin de son voyage. Il n’y avait nulle part où avancer désormais. Si elle voulait continuer son périple, alors, ce serait en tombant qu’elle l’accomplirait.

Là où rien ne subsiste, pas même les Régisseurs ? Les mortels avaient tous leurs dieux. Ophélia n’était pas d’un naturel optimiste, mais la raison lui laissait penser que, peut-être, il y avait bien quelqu’un qui là-haut veillait sur elle ? … Non, c’était risible. Son esprit fit volte-face à cette idée, aussi vite qu’elle lui était venue. Son regard se redirigea vers le Sud, il y avait des montagnes aux pics si blancs qu’elles en illuminaient le ciel. Le Nord, lui, ne faisait que prolonger cet éternel horizon de plaines enneigées et de pins isolés dans un paysage qui lui rappelait son pays natal. Zuhause lui manquait … mais là-bas, tout le monde connaissait son nom et tous le maudissait, car personne n’ignorait l’histoire de la méchante vendeuse de jouets, désormais. Il n’y aurait pas de retour au foyer pour elle, ni même l’espoir d’y être à nouveau bienvenue. La vaironne avait repris son identité, mais elle était seule à connaître sa nature véritable. Il n’y avait d’Ophélia plus qu’un nom, et un titre de propriété qui à l’heure actuelle, devait sûrement déjà avoir changé de patronyme. Désormais, elle n’avait plus de patrie, juste un point commun avec d’autres réprouvés qu’elle se devait de cacher.

Ses paupières vinrent couvrirent ses iris, agenouillée, elle baissa la tête. Doucement, ses lèvres pâles s’entrouvrirent, faisant fi du bruit de la brise qui représentait la seule accompagnatrice à cet âcre poème que seuls quelques irrécupérables êtres connaissaient. Ophélia ne l’avait appris que d’une rencontre fortuite qui l’avait persuadée de ne pas se laisser mourir pour faire plaisir aux dieux. Leurs existences étaient des affronts, mais on lui avait appris qu’il fallait être fier d’être une immondice. Peu importe à quel point elle essayait, la jeune femme ne trouvait aucune fierté à se faire vouloir morte par la totalité de ce monde. Mais ce chant lui donnait un brin de lumière dans les ténèbres, une chandelle perdue dans un monde de noirceur, abritant une ignorante toute aussi égarée. Une caresse furtive vint croiser chemin avec l’anomalie, portant les murmures des monts du sud en une brise si douce. La voix mielleuse de la jeune femme aux cheveux de neige vint se soulever dans cet écho, malgré sa tonalité basse. Elle murmurait les premiers vers, dans une atmosphère presque monacale, dont l’effet solennel ne faisait que s’accentuer plus encore par l’écho qu’offraient les vallons vides d’habitations.

-         - Entends-tu le blâme … sens-tu la torpeur ? En suppliant … avec tant de larmes et d’ar… deur.

Elle avait modifié la tournure du poème, comme si elle pouvait se faire entendre du néant devant elle, et comme si celui-ci pouvait la comprendre. Elle cherchait désespérément une image d’elle-même dans ce vide qui l’attirait tant. Tout serait si simple si elle plongeait en avant. Ses hoquets étouffés par la peine lui avait fait briser le rythme qui déjà n’était pas digne d’une performance véritable. Mais la fadeur de cet hymne ne permettait de toute manière pas de mettre en avant les performances musicales.

-         - Quand ton cœur ré… clame et que tes yeux … imp …

Ophélia ne finit pas ce vers, un frisson en harmonie avec une impulsion de solitude vint tirer des larmes hors de ses paupières. En un hurlement qui, tant il était noyé entre angoisse et colère, aurait pu se confondre avec un rugissement aigu, la vaironne vint rabattre son visage sur ses paumes, aplaties sur le sol devant elle. Le froid parfum de la neige venait geler son souffle, déjà étroitement libéré dans une bouche qui n’en pouvait plus d’essayer de contenir des pleurs inutiles. Elle pensait avoir déjà passé le point où elle n’aurait plus de larmes à verser, mais une fois encore, elle se trompait. Le vide n’avait aucune réponse pour elle, si ce n’est la promesse d’une mort douce qu’elle s’empressait de plus en plus à rejoindre. Les gouttes opales qu’elle versait se laissaient choir là où aucune terre ne les rattraperait, tombant pour toujours, invitant leur émettrice à les rejoindre.

Ses lamentations cessèrent finalement, après de longues secondes à trembler de leur anathème. Et Ophélia, elle, fixait silencieusement l’abîme, ses mèches collées aux joues et ses doigts frémissant les uns entre les autres. Ici s’arrêtait son pèlerinage.


[Terminé] Un horizon nacré de néant 1w77

Ophélia s'exprime en #9966cc


Dernière édition par Ophélia Narcisse le Mer 24 Oct - 17:20, édité 1 fois
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Laurelin
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyMer 25 Juil - 22:12
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Quelles fantaisies, quelles intempéries, quels aléas de ma vie tortueuse avaient finis par m’amener là où je ne désirais surtout pas être ? Par quelle magie, par quels tours et détours m’étais-je retrouvée à marcher dans cette forêt d’automne en direction de la fin du monde ?

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Il y avait des années que je n’étais pas revenue sur le continent qui me vit naître. A vrai dire, je n’y étais pas retournée depuis que les païens adorateurs de métaux étaient venus détruire la vie que ma famille avait bâtie à la sueur de leurs fronts. D’honorables pêcheurs, ils devinrent martyrs. De femme et d’enfants, ils devinrent esclaves. D’êtres humains, ils devinrent objets pour finalement terminer leurs vies dans la neige froide d’Hinaus et dans les eaux turquoise bordant les côtes de Zochlom, sans qu’aucune personne ne s’en inquiète. Ils n’avaient d’importances que pour moi, unique survivante de ce carnage sans nom, errant depuis lors comme errent les feuilles tombées des branches des arbres en Automne.

Voilà plusieurs semaines que je me retrouvais sur les traces de ce qui fut mon passé. Tel un monstre tapit dans l’ombre, les fantômes du passé qui me hantent constamment prirent forme lorsque mes pas foulèrent à nouveau les plages de Zochlom. Et depuis lors, je me sens mourir. Je me sens mourir car je suis seule, je me sens mourir car rien n’a de sens. Telle la coquille vide emportée par les flots, j’avance, vers une direction inconnue que seuls mes pas et les architectes semblent connaître pour moi. Des plages de sables fins et de galés polis, je me suis retrouvée sur les terres de mon peuple, bercées par le doux soleil d’été qui baigne le monde de ses rayons chauds, à la recherche… Eh bien… Je ne sais pas ce que je cherche. Tout ce que je sais, c’est que mon esprit est perdu dans les méandres de mes regrets et de mes pensées que mes souvenirs n’en finissent pas torturer encore et encore.

Architectes, je vous honore, et je prie pour que chaque jour soit un hommage à vos noms et vos dons qui, chaque jour, me permettent de vivre pour vous et selon vos préceptes. Mais aujourd’hui, dans l’immensité automnale des plaines et des forêts créées par vos dons, je suis seule, je suis perdue. Qui suis-je ? Que fait-je ? Ai-je pu naître un jour sans pour autant vivre ? Est-ce la vie qui m’est destinée ou est-ce la fin de l’infamie que je représente ? Orpheline, anomalie… Suis-je destinée à vivre pour mourir de votre main ou d’une force commandée par vous ? Aidez-moi, je vous en conjure.

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[Terminé] Un horizon nacré de néant Paysag10


Je marche. Sous un soleil automnal, je marche. Dans les pas des animaux, j’avance. Sous les sifflements des oiseaux, je chante. Dans le balai des feuilles mortes, je danse. Dans cette spirale enivrante et touchante, je reste, attendant un signe me permettant de reprendre ma route là où elle fut laissée jadis. Dans cet environnement abandonné des Hommes, je me perds aux détours des chemins orangés creusés par la vie forestière où lapins, renards et cerfs se meuvent et vivent loin du tumulte des villes et des villages. Là, dans ce paysage authentique et idyllique aux parfums enivrants de paix et d’amour, j’erre, sans but, attendant le bout du chemin aussi loin soit-il. Dépourvue d’artifices, j’avance telle que je suis. Mes cheveux acajou tombent en cascade ondulées sur l’ovale de mon visage, quelques pointes se recourbant contre l’arrête de ma mâchoire, d’autres, ballotées par les vents, fouettent mon visage et mon nez dans des mouvements graciles et ô combien agréables. Mes yeux émeraudes se posent sur chaque détail de cette nature pensée par les architectes depuis la nuit des temps. Chaque feuille tombante, chaque brin d’herbe, chaque branche, chaque brindille, chaque être vivant virevoltant passe sous mon regard curieux naïf. Le vol hasardeux d’une coccinelle devient alors le tracé d’une plume tenue par un enfant écrivant l’histoire d’une vie se déroulant bien loin des vicissitudes de la vie. Tant de légèreté, tant de naïveté… Tant de paix dans une existence pacifique. Le gazouillis des oiseaux raisonne comme une douce symphonie à mes oreilles, un refuge pour mon âme.

Le tapis de feuilles mortes prend des couleurs affriolantes. Tantôt rouges, tantôt oranges, tantôt jaunes, ce parterre de feuilles émerveille tous mes sens, sublime spectacle catalysé par les rayons du soleil pointant au travers des arbres. Ma démarche est enjouée, sautillante, presque comme une danse joviale tandis que mon esprit, lui, se perd encore et toujours dans mes pensées torturées. Si ma démarche est celle d’une personne heureuse, mes pensées, elles, sont celles d’une femme cherchant le moindre prétexte pour s’enfuir, même seulement psychologiquement. Mais ce spectacle est si beau que, l’espace d’un instant, je me crois dans un autre monde, régit par d’autres lois. Un grand et large sourire se dessine sur mon visage lorsqu’une envolée d’oiseau se profile devant moi. Là, des merles, des rouges gorges et de petits moineaux s’envolent des branches des arbres et tournent autour des hautes cimes, plongeant ensuite vers moi et m’entourant de leurs danses grâcieuses. Tournoyant autour de moi, je crois m’envoler et léviter, rejoignant ces êtres gracieux dans un vol ô combien enivrant. Les vents d’Amisgal me portent, soulageant mes pieds du poids qu’ils avaient à supporter jusqu’alors, transition physique de mes envies de liberté et de légèreté. Telle une enfant rêveuse dont les pensées se perdent dans les nuages pour deviner des formes imaginaires, mon esprit s’abandonne à cette féerie ambiante, réchauffant mon cœur et adoucissant mon âme.

La grâce d’Amisgal vient soulever le léger tissu de ma robe révélant mes jambes, libérant mes mouvements. D’un pas léger, je m’avance, sautille de côté et tourne sur moi-même dans un sens puis dans l’autre, accompagnée par les dons de l’architecte nomade. Les vents d’Amisgal soulèvent alors les feuilles mortes dans un tourbillon aux couleurs chaudes entourant ma chorégraphie improvisée. Une rêverie aussi douce que la caresse d’une mère délivrant son enfant des tourments d’une nuit agitée. La magie de ces moments est telle que mon esprit s’égare à son tour dans les méandres de ce rêve illusionné de toute pièce et qui, pourtant, semble si réel pour moi. Si réel que, comme le dormeur se réveillant après une nuit trop courte à son goût, j’arrive à un point impossible à franchir, un chemin infranchissable. Le bout de l’horizon.

Ma rêverie se termine là où se termine le monde. Mes illusions se dissipent. Il n’y a plus de brise, il n’y a plus d’oiseau, il n’y a plus de feuilles virevoltantes sous les vents d’Amisgal. Seul subsiste le vide d’un univers froid que les architectes travaillent au fur et à mesure de leurs dessins. L’espace d’un instant, j’imagine les architectes user de leurs pouvoirs de création comme un artiste utilise le fusain pour construire le monde qui nous entoure. L’univers tout entier devant moi, sa froideur, ses mystères et ses secrets, virevoltants dans un ballet dont seuls les Architectes peuvent battre la mesure. Si l’émerveillement est permis, l’inquiétude l’est tout autant. Que fait-je ici ? Que se passe-t-il ensuite ? Est-ce là le signe de la fin d’une existence qui s’est toujours faite en votre nom et qui, pourtant, était infâme à vos yeux ? Avez-vous guidé mes pas vers le néant pour que l’ignominie que je suis soit détruite ? Est-ce là la sentence de ma misérable existence ? Le signe que vous, Architectes adorés, me faites parvenir pour que ma vie et son insignifiance prenne fin là où se termine le monde, votre monde ?

Obnubilée par mes pensées qui, il y a quelques minutes encore, étaient toutes abandonnées à la joie de mes rêveries, je songe de nouveau à mon existence et sa misérable signification. Moi qui ne savait plus qui je n’étais ni où j’allais et qui avais réussi à retrouver, l’espace d’une promenade, l’espace d’un voyage, un semblant de joie et de bonne humeur, je me retrouve à nouveau dans les ténèbres les plus obscurs et dans le froid le plus glacial. Mon existence, si tant est que j’en eu un jour une, était maintenant aussi vide que le néant qui se dévoilait à mes pieds. Les Architectes m’avaient finalement envoyé un message, un signe. Le signe que toute vie avait une fin et que la mienne, plus misérable de par son passé et plus abominable de par son statut, venait d’arriver à son terme.

Un pas devant l’autre, j’avance vers le néant de ce monde, vers le crépuscule de ma vie avant que le voile de la mort n’obscurcisse mes yeux et que mon corps ne disparaisse pour toujours. La mine basse, les cheveux tombant devant mon visage, un léger voile brouille ma vue alors que quelques larmes perlent depuis l’arrête de mes yeux jusque sur mes pâles pommettes. Mère, père, ici je vous rejoins et ensemble nous serons réunis après toutes ces souffrances. Le vide est là, à quelques mètres devant moi et la vie est tout aussi proche, à quelques mètres derrière moi lorsque soudain j’entendit le murmure caractéristique d’un larmoiement à peine caché. Quelqu’un d’autre est là, une femme, une jeune femme, pleurant au pied du monde, recroquevillée sur elle-même.

Mes yeux se posent soudainement sur elle et mes larmes tombent au sol comme tombent les dernières gouttes d’une averse fugace. Hochant mon visage sur la gauche, je dévisage cette jeune femme aux traits de visage torturés par une souffrance qui à l’air si grande que tous ses efforts ne suffiront jamais à la faire taire. C’est alors qu’un éclair traverse mon esprit, comme une fulgurance, comme si les Architectes eux-mêmes me soufflaient leurs volontés dans une langue qu’eux seuls connaissent. Serait-ce là le signe tant attendu ? Est-ce que je me serais fourvoyée et que, finalement, mon existence, aussi abominable soit-elle, puisse avoir encore de quoi satisfaire aux dessins des Architectes ? Est-ce là la mission qui m’est confiée et le but à suivre ? Aider mon prochain endeuillé et endolori par les tumultes de la vie à reprendre goût à ladite vie ? Ainsi soit-il. Je serais le soin des Architectes, dispensé aux quatre coins de ce monde pour les âmes traumatisées que la vie aura châtiée plus d’une fois pour leur plus grand malheur. Après tout… Qui de mieux placé pour venir en aide aux âmes tourmentées qu’une âme dont le passé est si douloureux qu’il en donnerait le tournis aux plus effroyables des monstres ?
Par la grâce de Khugatsaa, ici commence ma mission Pensais-je en fermant les yeux dans une prière sincère. En votre nom, je dissiperais les tourments des âmes que vous chérissez. Que vos dons soient bénis Dis-je enfin avant de me rendre invisible afin de ne point choquer cette âme esseulée. Ne pleure plus ô cœur endolori, car la grâce des Architectes est sur toi aujourd’hui et par moi, leur amour te sauvera Dis-je ensuite en regardant la jeune femme agenouillée, une étincelle de compassion dans le regard tandis qu’un large sourire illumine mon visage.


[Terminé] Un horizon nacré de néant Signat10

La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

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Ophélia Narcisse
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptySam 28 Juil - 21:33
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Couler … toujours plus bas. Chûter … sans jamais trouver de sol. Sauter … pour ne plus jamais remonter. L’esprit d’Ophélia semblait avoir pris sa décision, et au final, les seuls semblants d’hésitation qui semblaient la secouer n’étaient que simples dernières pensées adressées à ceux auxquels elle avait nui. Trop de sang sur sa lame, trop de larmes sur son sang, une joie vide dans une existence complètement vidée d’espoir, autant que d’objectif. Que restait-il pour elle sinon l’ultime échappatoire ? Ce n’était pas une décision qu’elle semblait craindre, son souvenir de la mort n’était pas si effrayant. Elle lui manquait presque, à vrai dire, mais elle ne voulait plus avoir mal. Le seul optimisme qui restait gravé dans son esprit était qu’elle ne s’évanouisse avant de retourner du vide qui l’avait remise au monde. Oui … aujourd’hui était le jour où s’arrêtait l’histoire … aujourd’hui était le jour où Ophélia redevenait maîtresse d’elle-même. Puisse-t-elle trouver un ami véritable dans le néant qui lui tendait la main.
 
Ses paupières coulèrent doucement sur le blanc de ses yeux, ses cils foncés par son propre deuil s’embrassèrent, ne battant que légèrement avant de se verrouiller chacun dans l’étreinte de l’autre. La nuque de la vaironne semblait s’alourdir, alors que doucement, sa chevelure venait tomber en arrière, se déposant dans la boue alors que leur propriétaire levait le visage haut vers les cieux. Elle se reprenait peu à peu, redevenant à nouveau la légitime héritière de sa volonté. Cachetant le sceau de son âme à la cire rouge gravée en son nom, l’anomalie se sentait ressusciter. Enfin elle pourrait choisir, enfin elle pourrait savoir où aller, enfin … elle n’allait plus devoir fuir. C’était le dernier voyage et elle l’avait tant attendue qu’elle se demandait seulement pourquoi elle l’avait retardé. La plaine était silencieuse, il n’y avait plus qu’elle, le vent et le vide. Un entretien manifeste, empreint d’une courtoisie qu’Ophélia n’avait jamais égalé avec qui que ce soit.
 
Et sa perception la vit fondre dans le néant … mais son corps, lui, demeurait au sol.
 
Quelque chose l’avait arrêtée, une sensation étrange dans son crâne, une voix plus étrangère encore dans son esprit. L’anomalie connaissait parfaitement bien ce ressenti, pour l’avoir expérimenté plus que suffisamment dans le passé. Se relevant calmement, posant le pied à terre et refaisant face au monde sans âme perceptible qui surplombait son dos. Mais ce n’était qu’une ruse, elle savait parfaitement ce dont étaient capables les enfants de Khugatsaa et elle avait cessé d’entendre ses propres voix depuis longtemps. Les mots prononcés semblaient anodins et emplis de bonne volonté, mais Ophélia n’avait que trop joué aux jeux des masques dans le théâtre du monde pour jeter son bon dévolu instantané à un murmure dans son imagination.
 
De plus, sa relation avec les Architectes était on ne peut plus conflictuelle. Combien d’enfants du griffon aux plumes irradiées avait-elle renvoyé à leur gardien ? Bien trop pour les compter était sa seule certitude. Elle les haïssait, bien que son expédition ne fût à la racine pas motivée par le mépris. Ce n’était qu’une manière détournée d’apprendre à devenir plus forte, plus endurante et au final, de gagner un esprit de fer. Mais c’était tout le contraire qui s’était produit, de son voyage elle était revenue attendrie, non plus haineuse de l’étranger mais craintive. L’inconnu entraîne la peur, et la peur entraîne la haine. Dit ainsi, la vaironne détestait toujours autant les fidèles de Khugatsaa, mais simplement d’une manière différente.
 
Rappelée à son comportement primal par ces souvenirs d’un voyage qui lui avait pesé tant sur les jambes que sur le cœur, la jeune femme aux cheveux à la couleur opaline fit serrer son regard, encore humide des larmes fraîchement écoulées. Frénétiquement, elle jette ses pupilles sur l’horizon blanc sans espérer y trouver son interlocutrice, sachant pertinemment que jamais elle ne se montrerait si elle a la possibilité de ne pas le faire, au cas échéant, celle-ci n’aurait pas pris la peine de se soustraite à son regard.
 
Le ton larmoyant d’auparavant se changea comme une étincelle se change en flamme rougeoyante de fureur. Ce n’était qu’un aspect, car Ophélia n’avait jamais aimé le contact à autrui, alors pour l’éviter, elle n’avait jamais eu meilleure solution que d’incarner elle-même une prestance de danger et d’instabilité. Sa voix tranchante comme l’acier vint offrir une réponse à la mélodique logorrhée que l’étrangère s’était bien inutilement donnée de la peine à introduire.
 
-          Leur grâce ? Ha ! Si les Architectes sont assez cons pour m’accorder leur bénédiction, grand bien leur en fasse, mais jamais je n’accepterai un présent venant d’une de ces ordures hautaines.
 
Lâchant entre ses dents un sifflement médisant, la vaironne n’hésitait pas à employer un lexique qu’elle avait perdu l’habitude d’utiliser, à force de travailler à l’Alizé. Les insultes étaient son chic durant toute une période de sa vie, et elle affectionnait tout particulièrement le terme « moucheron ». Mais la vulgarité, elle, n’a que rarement été présente et Ophélia en était parfaitement consciente. Ce n’était que l’effet du ras-de-bol qu’était devenu son introversion quotidienne qu’elle se décidait aujourd’hui enfin de libérer. Plus de mensonges, plus de masques, plus de liberté opprimée. Aujourd’hui, elle déchirait les rideaux et brûlait les déguisements de son acte, aujourd’hui, elle redevenait effectivement sa propre maîtresse.
 
-          Tu veux me sauver ? Montre-toi, donc. Si tu as peur d’affronter mon regard, alors comment pourrais-tu seulement m’aider ? Sors des ombres avant de venir juger celles que je cache.
 
Son sourire narquois accompagnait à merveille son regard froid comme l’acier d’une dague au repos. Le sarcasme latent qui hantait ses mots étaient l’harmonie parfait avec son attitude générale. Elle avait beau ne pas être armée, les paroles d’Ophélia n’étaient jamais perdues dans la brise. La vaironne avait pour habitude de prendre pour point d’honneur les engagements qui lui tiennent à cœur. Chaque enfant des dieux était bon à éliminer … elle en était presque certaine.


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Ophélia s'exprime en #9966cc
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Laurelin
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyVen 3 Aoû - 0:29
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AChers rchitectes, soyez… Attendez…
- Leur grâce ? Ha ! Si les Architectes sont assez cons pour m’accorder leur bénédiction, grand bien leur en fasse, mais jamais je n’accepterai un présent venant d’une de ces ordures hautaines.

Mais… Elle me répond là ? Comment peut-elle me répondre ? Trop enjouée par ce signe inattendu venu tout droit des Architectes en personne, je ne m’étais pas rendu compte que je venais de m’exprimer à voix haute et non seulement dans mes pensées. Invisible, je venais pourtant de trahir ma présence. Quelle cruelle erreur. Soudainement, je ressens un certain engourdissement dans ma nuque, mes mains et mes jambes. Un frisson parcourt mon échine et j’entrevois l’idée d’avoir perdu le peu d’avantages que je possède d’habitude lorsque l’invisibilité me cache et la télépathie m’éloigne de ceux que j’essaie d’aider.
- Tu veux me sauver ? Montre-toi, donc. Si tu as peur d’affronter mon regard, alors comment pourrais-tu seulement m’aider ? Sors des ombres avant de venir juger celles que je cache.

Me… Me montrer ? Elle juge ma démarche et mes tentatives sur le seul fait que je ne sois pas visible pour ses yeux mais seulement audible à ses oreilles. Elle veut que je me montre… Elle semble si aigrie, si froide, si violente.

Ses paroles acerbes et son attitude provocante me rappellent malheureusement bien trop de souvenirs malheureux et difficiles. Trop souvent je fus confrontée à ce genre de violences verbales, à ce genre d’attitudes belliqueuses… Mon visage se souvient des coups reçus, mon corps se souvient des lacérations et autres blessures et mon esprit se remémore encore les tortures subies. Elle m’effraie, et pourtant, sa tristesse m’attriste toujours autant. Je la vois scruter devant elle, de devant ses pieds jusqu’au pâle horizon ramenant vers les forêts automnales empruntées plus tôt. Ses yeux humides aux cils encore collés entre eux par les larmes sont aussi acérés qu’un millier de couteau. Anéantie par le chagrin, elle semble avoir toutes les peines du monde à garder la tête haute et le dos droit. Et pourtant sa fierté l’empêche de montrer le moindre signe de faiblesse, autre que ceux déjà observés alors qu’elle était prostrée devant les chutes de ce monde. Elle doit-être assaillie de doutes, de questions et de colère. Au vu de son attitude, elle doit me détester alors qu’elle ne me connait même pas. Que fera-t-elle si je me rendais visible pour elle ? Finirais-je ma vie ici-bas, là où le monde connait déjà sa fin ?

Soudainement, je ressens quelque chose, une pulsion, comme un choc électrique partant du plus profond de ma poitrine et traversant tout mon être. A cet instant, mon esprit semble déconnecté et mes pensées se brouillent. Certains pensent que je suis folle et… Peut-être ont-ils raison. Qui de sensé chercherait à venir en aide à toutes les âmes esseulées, torturées et tourmentées de ce monde, risquant à la fois sa vie et sa santé mentale à chaque plongeon dans le méandre des souvenirs ? Le fou ne sait pas qu’il est fou. Peut-être suis-je folle ? Cette notion subjective m’effraie et m’attire en même temps.

Je m’avance vers la demoiselle aux yeux dont les couleurs diffèrent, animée par d’étranges pensées contradictoires. Fuir, et avancer. Aider et laisser tomber. Agir ou rester passive. Le cœur battant la chamade, dansant dans ma poitrine à un rythme impossible, je m’approche d’elle. Impassible, elle semble ne se douter de rien et comment le pourrait-elle ? J’use des pouvoirs d’Amisgal pour délester mes pas de tout mon poids, marchant alors comme une plume passant au-dessus des feuilles, sans un bruit, sans une trace, sans même un seul bruissement de feuille. Je me place directement devant elle à une distance bien trop dangereuse à mon goût. Moi qui, d’habitude, m’obstinait à rester loin et en hauteur, à n’user que de télépathie et d’illusions, je me retrouve en danger car, bien qu’invisible et protégée par les vents d’Amisgal qui empêchent mes pas d’enfoncer le sol, de faire du bruit et qu’elle sente une présence, je suis pourtant à quelques dizaines de centimètres, atteignable sans le moindre problème. Si elle le savait, que ferait-elle ? Donnerait-elle toutes ses forces dans la bataille que je perdrais très probablement ? Mes affaires sont disposées un peu plus loin derrière moi, avec mes vêtements, mes instruments et mes couteaux. Je ne pourrais qu’utiliser les dons d’Amsigal et de Khugatsaa, puissent-ils être suffisant contre cette enfant perdue aux mœurs païennes.

Je tends alors mes bras et une légère bourrasque de vent s’annonce. Elle n’est pas de mon fait, ou peut-être que si – tant d’émotions peuvent troubler mes dons – et elle fait tout virevolter autour de nous : feuilles, brindilles et cheveux. Un léger tourbillon s’élève alors et disparait aussi vite qu’il était apparu, faisant retomber les quelques feuilles orangées qui s’étaient élevées autour de nous. Mes longs cheveux acajou effleurent d’ailleurs le visage de la demoiselle aux cheveux argentés, toujours stoïque. Les mèches virevoltant aux vents s’élèvent et s’envolent en une danse aussi douce qu’imprévue et effleurent le visage, les joues et le bout du nez de la demoiselle endeuillée. Moi ? Je regarde ladite ingénue dans ses yeux et me perd l’espace d’un instant dans ses pupilles vaironnes. Ses yeux m’impressionnent. Peut-être pourrais-je faire des choses similaires avec mes illusions ? Oui mais… Pourquoi ? C’est plaisant, c’est beau même, mais l’utilité n’est pas… Oh et puis, on verra bien. Je la dévisage d’un bout à l’autre, du sommet de son crâne jusqu’à ses chaussures. Elle est légèrement plus grande que moi, suffisamment pour que la différence se voit à minima. Un petit nez gracile, des pommettes hautes, un air froid et impassible, une taille fine presque maigre et des formes dissimulées sous ses habits, elle à tout d’une jeune femme au physique somme toute avantageux. Je scrute chaque aspect de son visage, chaque pli de peau, chaque mèche de cheveux, chaque cil, chaque cerne. Puis je relève un peu plus mes mains, mimant alors le geste affectueux d’une étreinte qui n’en est pas une. Je continue à relever mes mains qui arrivent alors au niveau de ses tempes. Je crois… Je crois que les feuilles tourbillonnantes il y a peu ont attirées sont attention, suffisamment pour qu’elle reste stoïque et non menaçante, si on oubli son regard toujours acéré.

Que fait-je ? Quel est mon plan ? Pourquoi suis-je en train de me jeter dans la gueule du loup ? Mes pensées semblaient si chaotiques que je ne m’étais presque pas rendue compte de ce que je venais de faire. Comme lors de ces moments où vous semblez vous réveiller alors que vous venez de marcher plusieurs centaines de mètres. Comme si votre esprit était si loin que tout ce qui fut fait le fut de manière totalement mécanique.

Je prends une bonne inspiration, rapproche mes mains de ses tempes, place index et majeur au milieu de la fosse des tempes et me concentre. Mes yeux se ferment, les battements de mon cœur ralentissent à un point où ma respiration elle-même n’est presque plus palpable et devient douce et silencieuse. Quelques mouvements subtils trahissent seulement mes inspirations et expirations, tandis que je continu à me concentrer. Ma tête s’abaisse à mesure que je m’abandonne. Ma bouche s’entrouvre et voilà qu’une nouvelle expiration passe sur mes lèvres dans un léger bruit de soupir. Mes doigts s’animent de fourmillements agréables, signe qu’une puissante magie se met à l’œuvre. Bientôt, les fourmillements prennent ma main puis mon bras et enfin tout mon être s’engourdit. Je tente un lien, je veux un lien. Je veux entrer dans son esprit et lui prouver que si je ne la juge pas, elle n’a rien à craindre de moi et je ne suis là que pour l’aider, sinon, pourquoi les Architectes auraient guidés mes pas vers cette âme en détresse. Puis vient la magie. Toutes mes capacités ne passent pas mon être et s’adonnent à cet instant. Le flux magique pénètre son esprit, doucement, tendrement. Cela ne doit lui évoquer que des fourmillements à elle aussi, pour le moment. La suite pourrait être bien moins agréable durant quelques secondes. Ne voulant pas la prendre en traitre, je cherche à la rassurer.
- Ne t’inquiète pas Dis-je de ma voix douce, calme et sucrée comme celle d’une enfant.

Je me lance. La magie qui emplissait jusqu’alors tout mon être pénétra l’esprit de la demoiselle comme l’éclair déchire un ciel de tempête. La sensation est désagréable et je le sais… Et comme à chaque fois j’en ressens une forte peine, mais je n’ai pas d’autres choix. Elle est tellement fermée sur elle-même que je ne peux faire autrement pour faire ce que je dois faire, pour faire ce que les Architectes m’ordonnent et attendent de moi. Mes yeux sont clos, mais je sens sous mes doigts le corps de la demoiselle se tordre sous l’impulsion de ma magie. Tel un frisson électrique, ma magie infiltre chaque parcelle de son esprit et de son cerveau. Je sens qu’elle se cambre, qu’elle se tortille, qu’elle se débat mais l’inéluctabilité est déjà lancée.

[Terminé] Un horizon nacré de néant Montag10

Lorsqu’enfin, je pénètre son esprit et que tout cela cesse, je retire mes mains et m’éloigne de quelques pas. Elle est plongée dans une illusion, dans mon illusion. Tout est calme, et tandis que je rouvre mes yeux, je la voix là, face à moi, la tête baissée et les yeux fermés. Elle semble ne pas oser les ouvrir, et je ne peux l’en blâmer. Tout autour de nous est magnifique. Le paysage dévasté et semi-lunaire avait laissé sa place à un univers féerique. Elle et moi sommes dans un paysage vallonné et montagneux, parsemé de plaines et de cours d’eau. L’herbe est belle bien qu’arborant là aussi des couleurs automnales. Les nuages jalonnant le ciel parsèment le paysage de tâches d’ombres, illuminant certaines faces des montagnes environnantes, cachant certaines autres. Le paysage rocheux est magnifique, et l’espace d’une seconde ou deux, je me perds moi-même dans ce paysage idyllique qui me parle énormément. Tant de sérénité, tant de calme, tant de distance avec les vicissitudes de ce monde que mon seul désir à ce moment là est de vivre ici pour toujours. Réalité, illusion… Difficile de savoir parfois. Les reliefs rocheux et herbeux forment une espèce de couloir venteux, animés par des vents doux et frais. Ses cheveux et les miens sont animés par ces flux invisibles et dansent dans les airs dans une chorégraphie involontaire. Nos vêtements dansent également, se levant et s’affaissant aux rythmes des vents qui passent sous nos jupons. Le cadre est idéal et les sensations sont… fantastiques. D’un paysage triste et lunaire où presque aucune brise ne souffle et aucun chant ne s’élève, nous voici dans un endroit vivant, paradisiaque, animé par les vents, les odeurs et les chants d’oiseaux. Certains passent d’ailleurs au-dessus de nous en ce moment même et leurs chants les accompagnent. Moi, je suis là, à quelques mètres d’elle maintenant, et j’attend de la voir s’éveillée dans ce cadre magnifique. Par sécurité, je projette une autre illusion. Je suis invisible à ses yeux, encore une fois, mais face à elle, à quelques mètres, se trouve son double parfait. Je projette son image face à elle, tandis que je demeure invisible et de côté. L’image est si nette et tangible qu’elle pourrait croire être face à un miroir poli. Lorsqu’elle ouvrira les yeux, elle se verra donc, reconnaitra sans doute ses yeux, ses cheveux et tout ce qui fait qu’elle est elle-même, tout, jusqu’aux vêtements. Je n’ai pas envie de la déstabiliser, mais je veux lui montrer que je ne tiens pas à la brusquer ni à lui faire du mal. Peut-être que son image l’aiderait à se rendre compte que rien n’est contre elle, pas même elle-même.


[Terminé] Un horizon nacré de néant Signat10

La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

Laurelin s'exprime comme cela
Laurelin pense de cette manière
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Ophélia Narcisse
Ophélia Narcisse
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyMar 7 Aoû - 20:58
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Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Quelques mots teintés d'une douceur palpable, de simples paroles laissées au creux de l'oreille qui provoquèrent pourtant un sursaut chez la vaironne. Sa surprise s'effaça alors si promptement qu'elle n'avait pas même eu le temps de devoir en supporter le haut-le-coeur. A vrai dire, tout s'envolait, ses pensées, sa conscience, son ressenti, chaque parcelle de sa psyché avait pris des ailes et commençait à les battre au loin. Un frisson vint descendre dans son échine, caressant sa peau pâlie par le froid de l'Ouest et meurtrie par le manque de soin qu'elle a pu y apporter. Il n'était que trop commun de voir une griffure ou une plaie décorer la blancheur de cette demi-teinte qui la recouvrait, comme un voile aux soies trop légères pour êtres perçues dans leur intégralité. Ses cernes pourpres s'en revenaient couvrir ses iris, laissant la noirceur prendre la place de l'émeraude et du saphir. Mais ces ténèbres-ci n'étaient pour une fois pas annonciateur d'un malheur en renouveau.

Comme si elle s'endormait, Ophélia laissa une inspiration, ou peut-être le début d'un soupir, glisser sur sa gorge, ne la relâchant qu'en un souffle aussi doux que celui qu'une mère dépose sur la joue de son enfant. Ses pupilles cachées derrière ses paupières closes ne voient rien, mais son corps, lui, n'est plus aveugle aux agitations qui remuent le climat de ce nouveau paysage dont l'endormie ne voit encore rien. Une brise sibylline se manifeste, ne projetant qu'une calme étreinte sur l'éperdue qui, peu importe les efforts fournis, n'aurait jamais pu s'égarer dans tel endroit. Car tout perdu que soit le voyageur désorienté, il existait toujours en ce plan et gardait perception des étoiles véritables. En ce monde de faux, il n'y avait pas de Lunes, ni de Soleil qui auraient pu s'en faire retourner la somnolente aux fibres neigeuses dans cette contrée qu'elle pouvait appeler foyer ... bien qu'un tel lieu n'aurait jamais sa place en ce monde.

Lentement ses yeux se rouvrirent, d'abord en une ovation timide, mi-clos pour ne pas laisser les rayons nouveaux aveugler ses rétines. Bien rapidement, la lumière devient tolérable, jusqu'à ce qu'elle en soit bienvenue. Les iris vertes et bleues se retrouvent ainsi dans un lieu où il est impossible de se situer, ni même de décrire avec précision ce qui faisait de ces landes un foyer de fantaisie. Le contraste avec le réel, peut-être, mais la jeune femme n'aurait su distinguer le vrai du faux, et tant bien même cela aurait été le cas, elle aurait grandement préféré vivre un mensonge, plutôt qu'endurer cette vérité qu'elle ne se lassait que trop de traîner. Il y avait dans les parjures un goût de miel duquel la réalité faisait abstraction de la plus cruelle des manières. 

Les lèvres d'Ophélia s'entre-ouvrirent au découvert de ce paysage aux nuances d'or, statuée par son apparition et vidée de paroles pertinentes de ne plus percevoir le vide où qu'elle regarde. Ses paupières se rencontrent l'une et l'autre à répétition, cherchant un sens à l'énigme de ce voyage qui ne lui avait pas coûté le moindre pas, mais bien plusieurs frémissements des cils. Son regard blanc se perdait dans le ciel bleu, l'observant tant dans la constatation que l'émerveillement, bien qu'elle ne montrait que la première en façade. Il n'y avait pas d'endroit en ce monde qui pouvait être si paisible, pensait-elle, comment cela se serait-il pu ? Sûrement, elle avait réussi à rentrer une nouvelle fois dans le royaume de la mort, peut-être que le néant l'avait aspirée plus vite que ce qu'elle n'avait osé espérer. Au diable cette voix étrangère, seul comptait le présent désormais. 

Sa vision suivait la trajectoire d'une plume tombante, se balançant de droite à gauche et descendant vers le sol à chaque battement, encore et encore, jusqu'à ce qu'il se bloque. Les yeux vairons s'arrondirent alors, constatant l'existence d'une jumelle à leur éclat. Ses paupières s'écarquillèrent, plongeant dans un blanc, alors orné de calme et de contemplation, la nuance bleue et verte d'une confusion au nom d'un miroir. C'était elle, trait pour trait. Elle se reconnaissait d'après ses nombreux regards dans la glace, et pourtant, c'était comme si elle faisait face à une parfaite étrangère. Elle ne voyait rien de familier chez elle, et pourtant, c'était son reflet à l'identique. Ophélia commença alors à s'approcher, la vision distante se faisant de plus en plus nette. Jusqu'à ce qu'une pensée filtre inconsciemment jusqu'au noyau même de sa conscience ... avait-elle toujours été aussi belle ? Même avec ces haillons sur le dos, avec cette blancheur aveuglante, elle se trouvait absolument magnifique.

Incapable de détourner son regard de sa propre image, elle ne put que balbutier quelques mots face à cette envoyée présumé de la Faucheuse, peu importe l'origine de cette entité. Ses défenses s'abaissèrent, persuadée d'être dans un lieu de repos éternel ... le lieu du repos éternel.

- Est-ce donc ça, la mort ? J'aurais dû la rejoindre plus vite.

Ses dernières paroles s'accentuèrent d'un rire étouffé par le soulagement d'avoir pu trépasser sans ressentir le passage. De petites perles de joie vinrent briller sous ses paupières, lustrant ses cils d'une brillance transparente alors qu'un sourire radieux illumina son visage. Elle ressemblait à l'enfant qu'elle avait cessé d'être, dix-huit ans auparavant, innocente et béate, lorsqu'elle vivait encore avec son ...

- Père ? Père ! 

Elle criait dans le néant, admettant l'existence de son reflet comme faisant partie intégrante du paysage de l'étreinte du vide. 

- Je suis revenue, père ! Ophélia est revenue, où êtes-vous ?! 

Et sa tête tournait, cherchant le portrait de son paternel dans l'horizon aux teintes d'or qui l'entourait.


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Laurelin
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyJeu 9 Aoû - 21:15
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My'trän +2 ~ Khurmag

L’illusion est complète. Elle s’y abandonne totalement et les sensations que celui lui procure sont ressenties jusqu’au plus profond de son être. Elle est persuadée d’être morte, d’être dans cet au-delà qui arrive après le trépas visiblement tant attendu ou espéré. Elle s’y perd tellement qu’elle entrevoit déjà l’espoir de revoir un être cher et aimé perdu depuis bien des années, son propre père. La connexion établie avec son esprit est forte, très forte, et à mesure qu’elle se rappelle des souvenirs de sa jeunesse et de son enfance, ceux-ci arrivent de plein fouet en mon esprit, avec leurs lots de conséquences. Ce qui devait être une illusion douce et apaisante prend le chemin d’un voyage dans un esprit torturé et tortueux. A mesure que ces souvenirs remontent à la surface, mon esprit s’affaiblit et s’offre aux affres de la magie. Mais je tiens le coup.

Elle se trouve magnifique, et, honnêtement, elle l’est. C’est un bon point, il faut travailler là-dessus. Et elle cherche son père. Alors je cherche dans ses souvenirs.

Je m’enfonce dans les méandres de ses souvenirs et de son esprit comme le caillou plonge dans les abysses des océans sans jamais pouvoir remonter à la surface. Les souvenirs oubliés et encore vivants s’étendent devant moi comme les fils d’une toile d’araignée dont il est impossible de s’extraire. Et pourtant j’avance, mais pas suffisamment. Et je sens mon esprit s’affaiblir un peu plus à chaque avancée dans celui de la demoiselle en détresse. Je vois du sang, beaucoup de sang. Trop de sang. Je vois également les signes trahissant les anomalies : des cristaux de magilithes. Elle en a, je les vois et je vois également ce comment ils sont apparus. Elle a déjà connu la mort une première fois, mais la magie des Architectes était là pour la sauver. Elle a connu tellement de vies, tellement de noms. Ophélia… Nima… Quelques-uns parmi tant d’autres. Je vois des poupées… Des cadavres… Du sang… Des viscères… Je vois une boutique à l’odeur putréfiant et fétide et aux secrets lourds, très lourds. Je vois un homme imposant au charisme atypique, prenant le dessus sur ce petit bout de femme et usant de sa force et de sa violence pour en faire son jouet. Je vois un combat sur les mers où mort et destruction s’entremêlent dans une violente férocité. Et je vois la folie, les idées qui s’entremêlent sans aucun sens ni aucune logique, la dualité entre désirs et réflexions, l’esprit qui s’abandonne à cette psychologie instable qui fait qu’aucune idée ne peut aboutir. Moi-même, je me perds. Plus le temps passe et plus cette femme m’effraie. Elle fit tellement de choses horribles par le passé… Elle a tué, voler, torturer… Elle a dispensé souffrance et peine à de nombreuses occasions et à tellement de personnes. Je ne peux plus continuer. Je sens ses souvenirs, ses sentiments, ses pensées qui m’envahissent et qui s’insinuent en mon âme. Il faut que j’arrête, je n’en peux plus, je vais devenir folle. Je sens mon esprit qui entre en ébullition, mon corps qui frissonne, les sueurs froides qui arrivent…

Mais je ne veux pas abandonner cette femme qui, aujourd’hui, en cet endroit béni des Architectes et en ce temps propice aux changements, compte sur moi pour avancer et aller mieux. Elle cherche peut-être une rédemption ? Je ressens cela. Elle cherche quelque chose pour justifier cette existence, son existence. Était-elle un monstre sans âme et sans cœur ? Ou simplement une femme à l’esprit corrompu qui n’avait jamais eu les moyens de s’en sortir ?

Je ne l’abandonnerais pas. Elle est toujours là, dans ce paysage montagneux baigné de lumière et de verdure animée par les vents. Face à elle, toujours son double parfait. Je suis toujours invisible mais j’ai une idée. Son esprit est aussi ouvert qu’une entrée sans porte pour la protéger. Je peux m’y engouffrer, certes, mais il peut aussi répondre à toutes les suggestions possibles et imaginables. Alors je matérialise une autre illusion. A côté de son double parfaitement identique apparait alors une forme humaine lumineuse. Une lumière douce, agréable, presque relaxante. Cette lumière sert de terreau pour l’esprit fertile de la demoiselle. Tel un bloc de marbre attendant d’être taillé, cette illusion humanoïde sert de catalyseur à l’esprit de cette femme, Ophélia. Là, pour elle, cette forme blanchâtre et grossière deviendra tout ce qu’elle veut, ou plutôt, qui elle veut. Et si c’est son père qu’elle désir, c’est alors son père qu’elle verra. Mais peut-être qu’il est nécessaire de l’aider un peu, encore une fois.
- Ma fille ? Dit la silhouette blanchâtre dirigée vers elle d’une voix réverbérée. Ma fille chérie, est-ce que c’est toi ?

Le but de cette voix ? Pousser Ophélia à voir son père et à le matérialiser elle-même en lieu et place de cette illusion à forme humaine. Ainsi, nul besoin de fouiller dans les méandres de son esprit et de risquer de m’y perdre totalement. Les souvenirs remonteront d’eux même, et je les utiliserais pour la soulager et la soigner. J’espère ne pas me tromper. J’espère que son père la ramènera à une époque heureuse, bien heureuse, amenant son esprit vers d’autres modes de pensées et une rédemption bien méritée.
- Ô Architectes, je loue votre grâce et votre aide en ce jour fatidique. Aidez-moi à soulager cette femme que les vicissitudes des Hommes n’ont que trop tourmentée. Laissez-moi venir en aide à cette femme, ô puissants créateurs de notre monde, et répandez l’amour et votre bénédiction dans son esprit, dans son cœur et dans son âme. Que chaque parcelle de sa peau et de son esprit soient bénis par votre miséricorde. Que ses yeux voient votre bonté, que ses oreilles entendent vos louanges, que son cœur ressente votre amour et que ses pieds l’emmènent jusqu’à vous. Amisgal, Architecte Nomade des vents qui animent notre monde, que votre souffle insuffle vie et amour en son cœur. Khugatsaa, Architecte loué depuis toujours, que vos dons soient bénis et que vos pouvoirs puissent ouvrir les yeux de cette âme tourmentée Pensais-je en mon esprit dans une prière sincère et dévouée.

Le père illusionné par Laurelin s'exprime en #cc9900


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Bolgokh
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyMer 15 Aoû - 0:06
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Profession : Créateur de monde à temps partiel
Administrateur
Ta prière a été entendue Ô disciple de Khugatsaa et d'Amisgal, j'ai nommé Laurelin. L'Architecte des subterfuges choisira-t-il de t'aider à acquérir la puissance nécessaire pour sauver cette âme en peine... ?

Si le jet de dé suivant obtient un nombre supérieur ou égal à 35 sur 50, ta prière réussie : tes pouvoirs d'illusion et de maîtrise de l'esprit seront momentanément proches du niveau Maître. L'effet s'estompera au bout de dix minutes.

Si le jet de dé est inférieur à 35 sur 50, ta prière échouera et rien ne se passera. Bonne chance !



Bolgokh a effectué 1 lancé(s) d'un Dé 50 (Image non renseignée.) :
12


~ N'hésitez pas à adresser vos questions par MP à Süns, Khugatsaa ou Möchlog, ils se feront un plaisir de vous aider ! ~
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Ophélia Narcisse
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyDim 19 Aoû - 20:00
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Profession : Cible mouvante pour Régisseur
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Le retour d'une voix censée être devenue ruine, une pierre jetée à la rivière des morts destinée à couler jusqu'à s'enfoncer dans le sable de l'oubli. Car tout le monde avait oublié l'existence de Luër Narcisse, ancien propriétaire aimable, mais pourtant réservé de la boutique de jouets éponyme. Il avait élevé pendant douze ans une petite fille dont le nom n'était pas connu de bien plus de monde. Conçue d'une engeance, le géniteur avait pourtant gardé le résultat de cette liaison pécheresse. Son enfant ne portait pas la marque des anomalies, elle était à sa place dans un monde qui reflétait son calme naturel, sa tempérance permanente et son extériorité inégalée. Mais douze années, c'était un terme bien trop court pour une fillette qui ne pouvait s'empêcher de frémir de peur en regardant tout être qui n'était pas son père. Elle avait vécu auprès de lui, pour lui, sans jamais songer qu'un jour, il n'y aurait plus qu'elle.


Il n'y avait ni nom gravé, ni pierre levée pour Luër. Seulement un autel aménagé par son enfant au deuxième étage de leur demeure. Après son départ, à chaque matinée, chaque soirée, chaque seconde de chaque heure, Ophélia priait. La petite ne savait même pas qui implorer pour revoir son père. Tout ce qu'elle voulait c'était le revoir, qu'il lui revienne et la protège de ce monde dont elle avait tout à craindre. Mais chaque syllabe, chaque mot pleuré, chaque parole prononcé avec la gorge nouée n'arrivait que dans les oreilles du néant. Il n'y avait personne pour l'entendre, personne pour l'écouter, personne pour lui répondre et personne pour l'aimer. Quatre murs lui renvoyaient ses suppliques, et la seule à pouvoir les trouver pathétique, c'était elle et seulement elle. 


Et pourtant, après dix huit années d'isolation, de souffrance, de rancune, de violence, de sang impure laissé sur des lames souillées ... il revenait à elle. Juste là, il était devant ses yeux, à quelques mètres d'elle. Son corps ne voulait pas bouger, la vaironne était trop effrayée que si un seul mouvement de trop s'effectuait, la forme imaginative de son père se volatiliserait. Le regard brouillé de larmes, elle osa avancer le talon, lentement, laissant l'herbe se plier comme une révérence sous son pas. La silhouette ne bougea pas. Sa cheville jumelle vint renouveler l'audace, dépassant sa comparse en une seconde courte enjambée. Les deux se mirent au même niveau, tenant Ophélia droite, les yeux fixés dans les pupilles luminescentes de celui qu'elle imaginait ... ou plutôt voyait comme étant son père. Faisant fi de sa faim, de sa fatigue, elle se mit simplement à courir vers lui, s'attendant à ce qu'il ne la rattrape.

Tout se mit à changer autour d'elle, sa conscience la ramena dans la boutique où elle avait été élevée. Enfin, elle voyait son père sans lumière et elle, elle était retournée à l'âge de douze ans. Elle lui arrivait à la taille, sa joue collée contre son poitrail dont la sensation de présence n'était que pur délire. Mais Ophélia s'en fichait pas mal, si elle avait pu se poser la question de réalité ou illusion, elle s'y serait juste soustraite. Il n'y avait pas de place pour le doute lorsque le bonheur menait la danse, la vaironne ne comptait sûrement pas lui en laisser. Les yeux fermées, comme une berceuse, celle qui se voyait à nouveau une enfant frottait sa joue contre le torse de Luër, persuadée de sentir son étreinte autour de son dos. La faible volonté de la jeune femme aux cheveux de neige ne faisait qu'accentuer le réalisme de l'illusion pour elle, ajouté à cela son consentement à se faire mener en bateau, si consentement elle avait pu émettre. 



- Papa ... 


Elle voulait lui dire quelque chose, ouvrant ses lèvres pour poursuivre sa phrase, sans que rien ne sorte. Sa seule réplique fut de renfoncer son visage contre lui, sans même remarquer que ses larmes ne séchaient pas du contact de son père. Mais une fois encore, la rêveuse acceptait sans complexe aucun cette réalité qui s'offrait à elle. Ses doigts ses crispèrent, s'accrochant à cette vision de rêve dont le réalisme la rattrapait peu à peu. Mais Ophélia préférait continuer à se mentir plutôt que d'envisager seulement l'hypothèse que tout ne soit dans sa tête. 


- J'ai attendu si longtemps ... tu n'es jamais revenu.


- La mort, ce n'est pas quelque chose dont on revient, Ophélia... enfin, normalement. 


- ... j'ai pas fait exprès.


Elle se retira d'elle-même de son père, n'ayant jamais été très câline de nature, pas même avec Luër. Un ton désapprobateur vint hanter son visage, baissant ses yeux sur le plancher illusoire, détournant son regard de la vision de son père, qu'elle commençait à deviner de plus en plus fausse, sans pouvoir l'expliquer. Ce n'était pas comme dans ses souvenirs, mais encore, elle n'avait qu'une mémoire bien floue de ce qu'était véritablement la réalité. Elle se laissait bercer ... 


- Je ... ne suis pas encore morte, pas vrai ? Ce n'est pas le même sentiment que celui dont j'ai souvenir. C'est moins ... triste, là-bas. 


Car tout ce décor, pourtant si agréable, ne lui faisait que rappeler la mémoire d'une famille perdue et d'un foyer destiné à ne plus jamais être le sien. La fillette redevint l'adulte, et les yeux vairons emplis d'une mélancolie attendrie se raffermirent en une expression de détresse, qu'elle redirigeait vers son père.


- Qu'est-ce que je dois faire, père ? Si je bouge en permanence, je finirai par mourir d'épuisement. Si je reste immobile, les Architectes réclameront mon âme une seconde fois ... plus personne ne veut m'aider à cause des horreurs que j'ai faites. 


Ses paupières s'abaissèrent l'une sur l'autre, délivrant une versée de larmes, pinçant ses lèvres entre ses dents alors qu'elle oscillait à dire la phrase qu'elle comptait prononcer.


- En fait... tout le monde voudrait me voir morte. Qu'est-ce que je dois faire, papa ? 


[Terminé] Un horizon nacré de néant 1w77

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Laurelin
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyLun 27 Aoû - 22:18
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Profession : Vagabond
My'trän +2 ~ Khurmag

Quelle tristesse. A mesure que la demoiselle aux yeux vairons s’abandonne à cette illusion, l’atmosphère se charge d’une ambiance aussi pesante que mélancolique. Quelle tristesse. Je ressens toute cette souffrance, toute cette peine, comme autant de maillons d’une chaîne forgée tout au long de son existence trainant autant de boulets qu’elle n’a de remords contre elle. Un esprit enchainé dans un carcan insupportable et ô combien douloureux. Et quelle douleur…

Si toute cette douleur n’avait pas été aussi oppressante pour moi, j’aurais trouvé cette illusion digne d’un maître de Khugatsaa, un véritable exploit, une des meilleurs jamais réalisés. Mais rien ne s’y prête. La seule joie que je ressens dans tout cela réside dans le fait que j’accompli ma mission avec efficacité et que l’esprit de cette femme ne possède presque plus aucun secret pour moi. Secrets que je compte bien utiliser dans la guérison à venir de cette âme ô combien meurtrie et ô combien désolée. Bien que visiblement absente, je suis bel et bien présente aux côtés de la jeune femme aux cheveux d’un blanc pur, et quelques larmes perlent bien vite le long de mes joues, chassées par les battements de mes cils comme autant de rideaux voilant mes yeux. Je ressens tout. Absolument tout.

Le dialogue entre elle et l’illusion qu’elle façonna sans s’en rendre compte est touchant et fort, alourdi par un passé douloureux et difficile qu’elle semble ne pas réussir à surmonter en totalité. Je vois tout ses gestes, je ressens toutes ses émotions, je devine toutes ses pensées et bientôt, je ressens les premières affres de ce voyage dans cet esprit aussi tourmenté qu’un maelström abyssal. Certaines idées s’entrechoquent, d’autres disparaissent et mon corps s’anime de frissons et de rictus nerveux incontrôlables. Je voyage loin, trop loin peut-être et je partage trop d’émotions puissantes pour pouvoir les gérer aussi rapidement. J’entrouvre machinalement mes lèvres pour chercher un air qui se fait de plus en plus rare alors que ces dernières tremblent anarchiquement. Les muscles de ma gorge et de mon cou se raidissent, signe des efforts que je déploie pour chercher l’air si précieux pour tout être en ce bas monde. Mon nez se pince par moments, autre signe d’une détresse respiratoire incontrôlable. Comment le serait-elle, tout ceci n’est que l’extériorisation de mon esprit qui se perd lui-même en des pensées qui ne lui appartiennent pas. Mais je décide de me ressaisir et de poursuivre la tâche qui est la mienne. Les Architectes mirent sur ma route cette âme en peine, aussi dois-je me montrer digne de leurs dons.

L’illusion ne bouge pas, bien que l’affaiblissement de mon esprit ne soit pas une aide pour la continuité de mon art. Mais pour le moment, rien ne change, pas même un seul petit nuage ni même le moindre grain d’herbe. Puisse Khugatsaa m’aider à continuer ainsi.
- Ma fille, rien dans cette vie n’est impardonnable, rien n’est immuable. Tu n’es pas faite pour vivre une vie sédentaire et morne, tu le sais au fond de toi. Ton courage et ta personnalité font de toi un être exceptionnel, pour peu que tu t’en rendes compte. Il n’est pas impensable de se mouvoir continuellement, pour peu que tu puisses te nourrir de cette vie ô combien épanouissante pour un esprit si original que le tiens. Ophélia, ma douce enfant, si tu fus l’artisans d’actes odieux et horribles en semant la mort, tu peux en être le remède en insufflant la vie. Viens en aide à celles et ceux qui en ont besoin et alors tu trouveras un but dans ta vie qui te rendra heureuse et qui, peut-être, te permettra de retrouver grâce auprès des Architectes.

Ces mots sont ceux de son père, pourtant, ils proviennent bel et bien de moi. A mesure que les syllabes sortaient de la bouche de cette homme illusionné, elles se dessinaient sur mes lèvres les unes après les autres. Tel le marionnettiste tenant les ficelles de sa poupée articulée, j’oriente l’esprit d’Ophélia vers une direction que je décide. Puisse les Architectes m’aider à emmener cette femme vers des horizons nouveaux.


[Terminé] Un horizon nacré de néant Signat10

La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

Laurelin s'exprime comme cela
Laurelin pense de cette manière
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Ophélia Narcisse
Ophélia Narcisse
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyJeu 13 Sep - 16:20
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Visage baissé, regard fixé sur un sol dont la réalité lui échappait de plus en plus, Ophélia écoutait les mots de son "père". Ils sonnaient comme un récital, une véritable tirade déliée durant l'acte après d'innombrables répétitions. Le rideau de ce spectacle était encore ouvert, mais aucun des interprètes qu'il mettait en scène ne pouvait plus croire en sa véracité. L'un parce qu'il n'était qu'une image projetée, l'autre parce qu'elle en était désormais consciente. Luër n'était pas un homme de foi, il n'était pas même ne serait-ce qu'un minimum pieux. Et si la vaironne l'aurait à jamais décrit comme le meilleur des pères et le plus généreux des amis, la vérité était belle et bien ailleurs. Mais pas même sa fille n'en avait eu conscience, pas une personne dans son entourage ne connaissait la véritable nature du vendeur de jouet amical du quartier. 

Les paupières de la jeune femme se tiraient comme des volets sur les pupilles vaironnes qu'elle dissimulait sous ses cils sombres. Un large soupir remonta le long de son échine, vidée de l'euphorie qui la motivait à conserver le peu de vérité que recelait ce mensonge. Dans sa prise de conscience, Ophélia ne put s'empêcher de penser que tout parjure qu'était cette mise en scène, elle n'en était pas moins plus douce que la réalité. Triste vie que de devoir se tourner vers le faux lorsque le vrai est plus cruel encore. L'hypnotisée secoua doucement la tête, comme pour se dégager d'espoirs qui ne seraient que de trop lourds fardeaux. Des poids sur des chaînes déjà bien trop encombrantes, les épines sur une croix bien trop pénible à porter. 

Au final, il n'y avait qu'elle dans ce paysage aux nuances de vide. Elle, et une personne bien trop timide pour avoir voulu lui présenter son visage en guise d'introduction. Si elle avait su comment, la vaironne aurait sans doute fait la même chose, du moins ... elle le pensait. A l'instant, elle se retrouvait un peu moins perdu que plus tôt, mais toujours égarée dans un recoin de son âme. N'y avait-il donc que les mensonges pour elle ? A mesure que le temps avançait, la jeune femme s'en persuadait. Ses yeux se rouvrirent doucement, se déposant sans larme aucune sur l'illusion de son géniteur. Et en quelques mots, elle se décida à rentrer dans la réalité qu'elle avait délaissé quelques instants durant.

- Je t'aime, père. Mais même ça ne saurait plus te ramener auprès de moi. 

Et son regard dériva de cette illusion-ci, se baladant sur les murs qu'elle devinait factices. Le paysage restait celui de son foyer d'antan, non plus la plaine dans laquelle elle s'était retrouvée. Son air attristé s'effaça en totalité de son visage, ses yeux serrés, sévères mais dénués de quelconque haine se balançaient ci et là. La khurmi n'était pas loin, certainement, non pas qu'elle n'espère seulement pouvoir la trouver. Si une enfant du griffon désire ne pas être trouvée, alors jamais la vaironne ne saurait poser la main dessus. Il allait falloir la convaincre.

Une crainte secouait néanmoins celle aux cheveux d'opale. Elle était dans une cage, en ce moment même, certes la plus belle de toutes, mais elle ne voyait pas au delà des murs apposés par l'étrangère. Si elle devait reprendre possession de ses sens, elle redoutait de faire face à un peloton de garde ou même son Régisseur, dans le pire des cas. Peu importait le danger, il fallait qu'elle retrouve le sens de la réalité le plus tôt possible. On la poursuivait après tout, Zagash ne la recherchait pas, mais elle ne comptait poser un risque sur l'incertitude. 

- Qui que tu sois n'aie pas peur. Je ne te ferai aucun mal, tu as ma parole. Montre-toi.

Elle ne mentait pas. Son petit séjour dans son passé lui avait rappelé l'existence d'une personne de bonne âme autrefois, une vendeuse de jouet au coeur bienveillant. Ce temps remontait à bien trop longtemps pour qu'elle puisse le regretter, mais se ressentir à nouveau innocente lui avait tant redonné le désir de le devenir à nouveau. Aussi ... elle avait oublié qu'il y avait des yeux paternels qui l'observaient depuis le ciel. Son pauvre père devait être bien éhonté de l'avoir eu pour fille ... s'il y avait un moyen de se rattraper, Ophélia l'aurait saisi. Mais elle savait parfaitement où les dieux destinaient son avenir et elle préférait avoir la liberté de tracer sa propre route. N'en déplaise aux Architectes, ce n'était pas aujourd'hui que son Régisseur aurait son âme. 

Le décor restait, mais la réalité devait certainement rester malléable derrière ces faux murs. Son meilleur moyen de persuasion restait néanmoins accessible. Une my'tranne serait certainement sensible à l'appel de la magie, aussi, la vaironne espérait que le sien ne soit pas trop bâclé. Fermant les yeux, l'anomalie se concentra sur l'air autour ... mais elle ne pouvait ni le ressentir, ni en constater l'existence. Au final, cette illusion était bel et bien une entrave à l'usage de la magie. Depuis cet incident qui avait coûté la vie à sa louve, Ophélia n'avait réussi que de manière approximative à faire se remuer l'air autour d'elle. Même ses réussites vulgaires résultaient en un épuisement presque instantané avec un sérieux tournis de plusieurs minutes. Bref.

- Je n'ai pas d'arme si c'est ce qui te fait peur ... et mes dents ne sont pas assez aiguisées pour te faire vraiment mal, alors ...


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Laurelin
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyJeu 27 Sep - 16:32
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Tout semble changer autour de moi. Comme un grain de sable dans un rouage, grippant une machinerie jusque là bien huilée, je ressens l’illusion en mon esprit devenir de plus en plus difficile à maintenir et de moins en moins tangible. Je redouble d’efforts en concentrant mon esprit sur la mission dont je suis investie par les Architectes. Mes yeux se ferment, mes paupières masquant l’émeraude de mes iris pour ne plus dévoiler qu’une peau blêmie par le froid de Zuhause. Là, je reprends quelques forces mais je sais dors et déjà que ces forces se dissiperons rapidement. Peut-être plus rapidement que prévu ?

Car tandis que j’œuvre en son esprit et que j’use de ruses et de subterfuges pour maintenir cette illusion qui, je le sens, éveilles en cette jeune femme des souvenirs enfouis et oubliés, lesquels apportent de nouveau leurs lots de joie et de bienveillance, je sens que, aussi réussie que soit ce rêve imposé, la demoiselle, elle, se doute de plus en plus que tout ceci n’est qu’illusion. Au fur et à mesure qu’elle se rend compte de cet état de fait, elle tente de reprendre le contrôle sur sa réalité, sur LA réalité. Et au fur et à mesure que je combats cet éveil prématuré, je sens mon corps subir les affres de tels efforts.

Je tremble. D’abord mes mains, puis mes bras et enfin tout mon corps. Plus ce tremblement s’étend et plus celui-ci se transforme en spasme. Mes bras, mes mains, ma tête, mon corps tout entier s’anime de mouvements incontrôlables qui trahissent un affaiblissement critique de mon esprit. Tous les enfants du Griffon savent que, plus le voyage au sein de l’esprit d’une personne est long, plus le risque de se perdre soit même est grand. D’ aucun me traiteraient de folle… Et combien le firent, d’ailleurs. Combien le pensent… Peut-être ont-ils raison ? Mon passé serait-il l’élément déclencheur d’une folie entretenue de mon plein grès sans pour autant me l’avouer moi-même ? Serais-je moi-même une âme à sauver perdue dans un océan d’incompréhension ? Est-ce folie que de vouloir sauver mes semblables sous l’égide des Architectes quand une de leurs créatures divines me pourchasse sans cesse ? Tant de questions qui ne trouvent pas de réponses, en tout cas, pas en mon esprit et pas en cet instant, mais qui révèlent bien une chose de mauvais augure : mon esprit est fissuré.

Telle la terre asséchée, morcelée de crevasses et déformée de creux, mon esprit devient perméable, perméable à tout. Perméable à l’air, à l’eau, au vent. Perméable aux idées qui ne sont pas les miennes, aux sentiments qui ne sont pas à moi, aux ressentis qui ne m’appartiennent pas, à un esprit qui n’est pas le mien. Tout juste devrais-je me sentir chanceuse de ne pas faire face à une Khurmi qui pourrait aisément utiliser le lien et ma faiblesse pour prendre possession de mon esprit. Et pourtant, suis-je chanceuse ? Je sens que tout ce qui émane de cette femme, sa folie, sa colère, sa tristesse, sa rancœur et sa stupeur, se frayent en mon esprit comme un serpent entre les pierres d’un lit de rivière asséché par un soleil ardent. Mon visage se crispe. Ma bouche entrouverte sans qu’aucun son ne sorte laisse échapper une respiration saccadée alors que je ferme mes yeux avec force, tellement fortement que le noir dans lequel je me trouve semble se tinter de couleurs inquiétantes. Puis vient ma première chute.

Une chute spirituelle et une chute physique. Mon esprit morcelé se brise net lorsque la jeune femme m’interpelle sans me nommer. Elle veut me rassurer, elle veut que je me montre. Comment ? Comment a-t-elle pu se douter que tout ceci n’était qu’illusion ? Elle semble douce, ou, tout du moins, encline à chercher celui ou celle qui avait tout fait pour l’apaiser, même quelques instants seulement. Elle ne s’en doute pas, mais l’illusion ne tient plus que par un fil déjà bien trop corrodé par les courants de son esprit. Je tente de reprendre le dessus une seconde fois, afin de pouvoir décider moi-même où et comment se terminera cette illusion. Mais un imprévu ne survient jamais seul, jamais. Ainsi vient ma seconde et dernière chute.

Elle s’adresse à moi une dernière fois. Elle n’a pas d’armes, en effet, et ses dents ne sont pas assez aiguisées… Est-ce là une réelle intention de me rassurer ? Je ne sens ni haine, ni animosité ni rancœur, en tout cas, pas contre moi, bien qu’elle ne sache pas qui je suis en réalité. Etrangement, bien que je sois toujours anxieuse à l’idée de rencontrer physiquement cette femme qui fut à l’origine de tant de souffrances et de tant de mal, je ne me sens point menacée. C’est comme si ses pulsions destructrices avaient accepté l’idée que quelqu’un autour d’elle ne lui voulait pas de mal, bien qu’elle ne sache aucunement qui était cette personne. Mais ces mots terminèrent de mettre à terre les forces que je déployais jusqu’ici. L’illusion est terminée.

Les paysages s’effritent et disparaissent comme disparait l’horizon dans un brouillard matinal. Tout ce qui était illusion devenait cette fois réalité. Il n’y avait plus de père, il n’y avait plus de demeure, il n’y avait plus de montagnes vertes et de rivières chantantes. Il n’y avait que de la neige, le froid, les vents et le vide. Et moi. Je suis là. J’ai toujours été là, mais pour cette jeune femme qui se nomme Ophélia, voilà seulement maintenant que j’apparais face à elle. Que va-t-elle faire ? Je suis prostrée, à genoux dans la terre glacial, le visage tourné vers moi dans un mécanisme inconscient de protection comme pour me rassurer quand personne n’en est capable, si personne il y avait…

Je ressemble à une masse informe. Humaine, mais informe. Mes longs cheveux acajou tombent en cascade jusqu’au sol tandis que je suis emmitouflée dans de chauds habits Myträns de couleur vert, comme mes yeux. Je suis prostrée, je suis affaiblie et je souffre atrocement. Une souffrance psychique qui rejaillit sur mon corps. J’ai mal partout, je ne sais pas quoi faire pour me relever, pour m’enfuir, pour faire face, pour m’en sortir… Je suis comme tétanisée. A ceci-prêt que, très vite, mon corps s’anime de mouvements de balancier. D’arrière en avant, je me balance là où je suis dans une tentative désespérée de me rassurée et de me dire à moi-même que tout cela n’est qu’un mauvais rêve et que je vais me réveiller. Pourtant, mon esprit brisé ne sait plus où il est. Je suis comme le comateux qui reprend conscience, ou comme l’amnésique face à sa vie d’avant. Je ne sais même plus qui je suis et très vite je sens mon esprit s’enfuir et l’inconscience qui me guette.



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Ophélia Narcisse
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptySam 29 Sep - 20:57
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Un silence monacal pesait sur l'assemblée constituée d'une seule âme. Le nombre était à douter et Ophélia en était désormais consciente, elle ne voyait juste pas les coulisses de cet acte qu'elle avait entonné. Sa demande avait été émise en hâte, peu désireuse de devoir souffrir la douceur des mensonges qui lui caressaient l'esprit. La vaironne n'avait vu ni animosité, ni volonté de lui nuire au travers des paroles que son père lui déliaient comme une marionnette. C'étaient des mots de réconfort, les mots qu'on adresse à son enfant en peine, les mots qu'elle aurait voulu entendre Luër dire avant qu'il ne la quitte. C'était la chaleur d'une étreinte perdue qu'on lui avait faite vivre, mais ce qui est mort n'a d'autre saveur que la glaciale embrassade des mémoires qui font baisser les cils et pleurer les paupières. 

Autour d'elle, ce décor vidé de sens commençait à s'effriter, brûlant dans une brise éthérée comme tapisserie dans un incendie. Derrière les pans que révélaient la fin de cette tromperie au goût sucré, le monde revenait à elle et elle revenait à ses esprits. Doucement, ses yeux trouvèrent leurs repaires, la lumière effacée par les nuages, les calmes tumultes sur les montagnes au Sud et un soleil dont l'éclat ne l'atteignait plus. Des flocons flottaient d'une dance effilée, finement esquissée de rondes et de plats, cherchant le tapis blanc qui surmontait le sol du bout de leurs membranes gelées. Les pupilles vaironnes en éveil confondaient leur blancheur avec les reflets du ciel. Tout était encore flou pour Ophélia.

Les paupières serrées, la jeune femme aux cheveux d'opale fit valser son visage par-dessus son épaule, regardant ses talons de part et d'autre du bord du monde. Elle se souvint alors ce qu'elle s'était décidée à faire, avant que la raison ne la retrouve ... où était-ce vraiment le cas ? Sa conscience, elle pensait l'avoir suivie en souhaitant la mort. Tomber pour ne plus jamais remonter et trouver la paix là où nulle âme ne peut la réclamer. Non, c'était rester en vie qui était ici un acte de folie. Une témérité ardente, une rébellion contre sa vraie nature, contre cette fin qu'elle désirait tant. Au final, Ophélia n'avait jamais été faite pour une vie raisonnée. 

Du coin de l'oeil, la vaironne perçut une seconde forme devant elle, accroupie dans la neige et immobile. Avec une douce fluidité, l'ancienne daënare tourna le visage entièrement pour dessiner des contours moins approximatifs à cette silhouette sibylline. L'air tranquille de son expression était si neutre, si blanc, seule ses lèvres s'arrondissaient d'une délicate curiosité. Une émotion nouvellement trouvée après un intermède entre vie et mort, l'intérêt pour l'existence d'autrui. Son regard naviguait du vide à l'étrangère, jusqu'à ce qu'enfin il se baisse sur ses propres pieds avant de fixement se rediriger vers la khurmi présumée. Ses talons quittèrent le néant, avec l'intention ferme de ne plus jamais y retourner. 

Ophélia esquissa un premier pas, puis un autre, sa démarche si lente, si apaisée qu'elle semblait obnubilée par chaque respiration qu'elle prenait. Ses yeux balançaient d'un pan du ciel à l'autre, son menton relevé qui n'avait que faire de mirer le sol. Les cieux étaient si beaux, même grisonnants, c'était presque comme si elle n'avait pas quitté son rêve. La silhouette devint plus limpide, jusqu'à complètement révéler le physique de son illusionniste. Des vêtements à la couleur des feuilles et des cheveux aux teintes boisées. Tout ceci était très forestier, mais pas moins inadapté. Les mêmes couleurs devaient sans doute se dissimuler sous le camouflage blanchâtre de cette neige qui maquillait l'horizon. 

La vaironne s'agenouilla, posant son regard serein dans les yeux visiblement fatiguées de l'inconnue aux plus belles intentions. Elle était sur le point de s'endormir, Ophélia se fit remarquer qu'elle n'était pas la seule que l'usage de la magie épuisait, bien que la performance de l'étrangère ait été plus remarquable que tout ce qu'elle aurait su déployer. La voyant aussi vulnérable, l'immaculée ne put s'empêcher de se faire la remarque que c'était le moment parfait pour l'achever, et tout ce qu'elle fit de cette réflexion, c'était d'en sourire. Un air radieux s'était collé sur son visage, une joie paisible, un bonheur effacé mais bien présent. De sa voix à moitié tue, la vagabonde laissa parvenir un murmure.

- Merci. 

Aucune cérémonie n'aurait remplacé la sincérité de cette gratitude. Doucement, la vaironne déposa sa main sur la joue de l'étrangère, lui poussant délicatement le visage pour l'inciter à déposer sa tête contre ses genoux tendus en oreiller. Elle l'avait aidée à retrouver l'espoir, lui servir de support l'espace de quelques heures n'était que maigre redevance. Ophélia resterait aussi longtemps que nécessaire, quitte à attendre une demi-journée, elle garderait ses yeux ouverts pour que sa bonne samaritaine n'ait pas à les ouvrir. Et au réveil de l'étrangère, ses paupières seront toujours éveillées.


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Laurelin
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyDim 7 Oct - 16:57
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Quelle sensation horrible. D’aucun penserait que tout cela n’est que folie : s’évertuer à voyager dans l’esprit torturé de personnes traumatisées pour en ressortir ce qui permet de reconstruire, tout en abandonnant une part de moi-même à chaque fois, n’est-ce pas de la folie, après tout ? Combien de fois me suis-je retrouvée recroquevillée, couchée au sol dans la position qui fut celle adoptée dans le ventre de ma mère, cette matrice génitrice qui fut ma première demeure maintenant oubliée depuis bien longtemps, incapable de bouger, incapable de réfléchir… Incapable de survivre. La bénédiction Architectes explique à elle seule ma survie jusqu’ici.

Mais je dois dire que cette fois, ce voyage spirituel, cette intrusion dans l’esprit de cette jeune femme, étaient de loin les plus difficiles jamais vécus par mon esprit, les plus douloureux et également les plus déstabilisants. Tels les échos de voix perdues dans les entrailles de la terre, réverbérés par les reliefs du monde, j’entends encore la voix d’Ophélia, celle de son père, celles de ses victimes, les hurlements des châtiments qu’elle affligea et, par-dessus tout, et c’est là le plus horrible, j’entends encore et encore en mon esprit les hurlements de douleurs, de chagrin et de désespoirs d’Ophélia. Une voix stridente, se répercutant dans mon esprit comme autant de glas lugubres et horribles. Mon esprit voyage dans cet océan chaotique où les flots prennent des formes d’hommes et de femmes défigurées par d’atroces châtiments, avant de s’estomper aussi rapidement qu’elles étaient apparues. Seule sur une barque dans cet océan de désolation, ballotée aux grés des flots, je me perds dans ce néant nimbé d’un brouillard ô combien lugubre et sombre.  Instinctivement, je lève mon visage vers les cieux : il n’y a rien. Rien d’autre qu’une immense étendue sombre, sans étoile et sans lune, comme un voile tendu au-dessus de moi pour que plus jamais je ne puisse revoir la lumière du soleil ou celle de la lune. Il n’y a pas d’air… Pas de vent… Pas de bourrasque, ni de zéphir, pas même un minuscule alizé qui pourrait au moins rassurer mon cœur dans cet océan de désolation. Rien que des hurlements alors que toujours se dessinent des formes monstrueuses dans les flots sombres et glauques de cette vaste étendue morne. L’enfer, dans toute son horreur. Cette jeune femme fut l’auteure de tant de souffrances, mais également sujette à tant de tortures… Son esprit lui-même était fait de piques et de fers, de sangs et de larmes, de peur et de violence…

Puis, plus rien. Plus d’océan sombre, plus de barque, plus de visages torturés et monstrueux, rien d’autre qu’un désert volcanique de pierres et de sables aussi noirs que l’âme d’un monstre de l’apocalypse. Je suis seule, mais au moins, il n’y a plus de remous. Il n’y a toujours pas d’airs, toujours pas de vents et toujours aucune douceur. Je décide d’avancer dans cet environnement lugubre mais c’est comme si rien ne se passait. Sous mes pas le sol reste immobile. Je tente alors de courir de plus en plus vite et pourtant rien ne change autour de moi. Il y a toujours les mêmes pierres, les mêmes grains de sables, lesquels ne s’enfoncent même pas sous mon poids. Je sens naître en moi une peur grandissante, à mesure que je réalise que cet environnement chaotique risque d’être ma demeure éternelle, sans aucune échappatoire. Mon souffle est haletant, mes pensées s’entrechoquent sans qu’aucune décision concrète ne puisse être construite, et mon cœur bat la chamade alors que sens la chaleur de mon sang qui se dérobe à l’idée de ne jamais sortir de cette prison. Mon souffle est haletant, et après une cavalcade inutile, je sombre moi-même dans la folie environnante. Sans aucun contrôle de ma part, je sens mes yeux qui s’humidifie et des larmes qui s’en échappent bien vite, recouvrant mes joues et chutant de ma mâchoire pour terminer leurs courses dans le sable noir de ce monde imaginaire. Alors je cri. Je hurle tout mon désespoir face à ce monde qui n’en a cure. Mes doigts se crispent, mon corps se penche, ma gorge et mon cou se déploient comme pour donner plus de poids et de puissance aux cris qui s’échappent de plus profond de mon être sans jamais trouver d’écho. Je suis courbée sous l’effort. Mon visage se déforme sous les grimaces et les rictus nerveux et de tristesse, et chaque cri pousse mon corps dans ses derniers retranchements alors que je me laisse choir, fourbue de chagrin et de fatigue.

Tout est si calme autour de moi, alors que seuls mes gémissements et ma respiration brisent le silence alentour. Puis vient un murmure, une voix oubliée du passé. C’est celle de ma mère, rejointe bientôt par les murmures de mes sœurs. J’entends leurs pleurs, leurs gémissements alors que se rappellent à moi les tourments et les tortures qui nous furent affligées il y a bien des années maintenant. J’entends ma mère gémir de douleur, quand soudain, un hurlement déchira l’atmosphère, puis plus rien.

Mes yeux se ferment et se rouvrent, mais je peine à entrevoir ce nouvel environnement qui fut celui que je n’avais jamais quitté. Ma vision est troublée, tant par les larmes que par les affres de ce voyage dans les tréfonds de l’âme tourmenté de cette femme. Malgré tous mes efforts, je ne peux rien distinguer d’autre que le blanc de la neige, l’éclat du soleil sur ce manteau pur, et la forme de cette femme qui s’approche de moi. Je n’ai ni la force de me lever, ni même celle d’avoir peur de ce qu’elle pourrait me faire, et pourtant je sais que je devrais avoir peur. Mon souffle est haletant, saccadé, encombré de larmes. Mon corps grelote. Pas à cause du froid, non. Seulement à cause des effets de ce voyage sur mon esprit qui s’affaiblit dangereusement. Il tressaute, signe que mon esprit envois des informations erronées et anarchiques à mon corps qui ne peut rien faire d’autre que défaillir, tressauter et s’animer de spasmes et de rictus. Je sens mon corps qui se rapproche doucement de la froideur de ce sol gelé mais voilà qu’à travers toute cette brume qui engourdit mon corps et mon esprit, je sens une chaleur bienveillante s’approcher de mon visage. Celui-ci rencontre alors un relief chaud et confortable. Ce n’est pas de la neige, mais il m’est impossible de m’en rendre compte. Tout ce que je sais à ce moment-là, c’est qu’une douce chaleur rayonne sur ma joue gelée, et que je ne suis pas seule. Je ne mourrais peut-être pas ici alors ? Cette question n’effleure que mon esprit, tant celui-ci est affaibli, et je sombre alors doucement dans un lourd sommeil, mes dernières forces m’abandonnant totalement alors que je me laisse aller à l’inconscience mille fois plus agréable que cette souffrance qui tourmente mon âme.

Vais-je me réveiller un jour ?


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Ophélia Narcisse
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Drôle de choses que les cieux, n'est-ce pas ? Tantôt tristes, larmes le long de leurs paupières, coulant le long de leurs joues et s'écrasant sur le sol. Tantôt mélancolie, laissant de froids regrets choir du nuage de ses pensées. Tantôt joie quand la lumière inonde son esprit et fuse au travers de la distante brume laissée en suspens dans un univers de bleu et blanc. Tantôt colère, lorsque le tonnerre hurle la fureur entre de sombres lignes indistinctes, mais pourtant dessinées comme des frontières entre chacun de ces états d'âme qu'adoptent le ciel. Mais qu'il soit azuré, rougeoyant, grisonnant, sombre de la nuit ou vif du jour, ce qu'il y a là-haut reste toujours le même bon vieux plafond d'étoiles. Dire qu'Ophélia en avait peut-être faite partie de ces luminescentes lueurs, en soi n'était-ce pas une fierté d'avoir arpenté le ciel ? Drôle d'idée que voilà ... mais pas moins désagréable.

La vaironne aux pensées volages avait la tête balancée en arrière, déviée vers un univers qu'elle pensait juste à portée de ses doigts, mais qui, vraiment, s'était écarté d'elle il y a plusieurs mois désormais. Elle s'était déjà surprise à être nostalgique de ce qu'il y avait là-bas, sans jamais comprendre ce qui avait rendu son séjour si complaisant. Y retourner ne serait pas plus un mal que souffrir quelques secondes. Un songe vint porter la lumière de ses observations sur une projection à laquelle elle ne préférait généralement pas penser. Serait-ce la même destination si son Régisseur venait à lui tendre la main ? Elle était déjà revenue une fois, et d'après ses propres déductions son traqueur n'était pas du type laxiste. Peut-être serait-ce mieux si elle prenait sa mort entre ses mains à elle. 

Son visage descendit sur sa ... sauveuse devenue protégée désormais. Une fragile petite étincelle dans un monde de glace, fort heureusement, il n'y a rien de tel qu'une flammèche pour faire fondre le givre des coeurs. Ophélia avait-elle même fondue, elle ne sentait plus rien de la culpabilité, de la peur, de son destin damné. Elle redevenait l'enfant qu'elle avait toujours voulu demeurer et ça lui faisait un bien fou. Un sourire se dessinait sur son visage alors que l'ancienne boutiquière observait les yeux clos de l'endormie. La respiration, le mouvement de la poitrine, le petit sifflement qui témoignait du souffle tranquille passant entre les lèvres. Tout ceci lui rappelait les jeunes diables qui venaient la voir dans son magasin, et à y repenser, conforter ces marmots de la même manière qu'elle confortait cette étrangère lui avait manqué.

Plus par instinct que par acte conscient, la vaironne fit passer sa main dans les cheveux de l'endormie. Ils étaient soyeux, lissés par les flocons qui tombaient tout autour. Elle se souvenait du temps où l'une de ses clientes, une petite fille qui faisait des cauchemars appelée Lidy, venait chez elle pour s'endormir pendant qu'elle lui chantait les vieilles berceuses de Vereist. Elles étaient connues de tous, même d'elle, son propre père les lui chantait lorsqu'il avait encore une voix pour parler. Jamais elle n'avait oublié les paroles de ces contes d'antan, à vrai dire, elle les avait gardés pour la simple raison qu'elle avait toujours voulu avoir un enfant, son enfant à elle. Mais comme les temps changent, Ophélia savait que mettre au monde un petit être n'était que condamner une existence innocente à l'emprise des Régisseurs, ou bien la condamner à ne jamais connaître sa mère, comme elle-même avant. 


A y penser, ses genoux devenaient terriblement inconfortables, presque engourdis par le poids, pourtant bien léger de l'inconsciente. Mais fallait-il garder en tête qu'elle non plus n'était pas un modèle d'endurance et il semblait que l'étrangère en aurait pour un moment, alors, en souvenir du bon vieux temps, pourquoi se gênerait-elle ? 

Sa main gauche passa sous le cou de sa protégée, saisissant son épaule et remontant son buste pour l'appuyer contre elle. Les doigts de la jumelle droite vinrent entourer la taille de la my'tranne pour la maintenir proche. Le sourire d'Ophélia se fit plus radieux encore alors que lui revenait une mélodie en tête, sans parole aucune, mais pas moins enchanteresse. Elle imaginait toujours ce qu'aurait donné cette musique pour peu que l'on n'y accorde une flûte, un violon et un choeur. Souvent, elle entendait dans son esprit cet orchestre inventé qu'elle ne faisait que réciter dans son lit lorsqu'elle était haute comme trois pommes. Sa petite voix de miel résonnait contre les murs et faisaient vibrer tant ses draps que son coeur. Et plus de vingt ans durant, elle l'avait gardé dans sa mémoire, l'avait offerte aux oreilles rêveuses de plus jeunes enfants et s'émerveillait encore de sa beauté.





De par sa voix, mais surtout de par l'âme, ce chant s'émanait une nouvelle fois d'une gorge longtemps nouée par la peur, muée d'un espoir nouveau, d'un goût à la vie qu'enfin elle pourrait savourer. Sa voix taciturne n'avait pas changé, toujours aussi silencieuse, aussi calme, aussi posée. Elle fredonnait du bout du palais, sans savoir même ce que lisait cet air, ce qu'illustrait ce chant. C'était une berceuse, simplement une berceuse à ses oreilles. Mais pour son coeur, cette berceuse était symbole d'un réconfort inlassable, inépuisable. Qu'y avait-il d'autre à chercher que la joie dans un souvenir heureux ? 

Fermant ses paupières, il ne fallut pas longtemps à Ophélia avant que sa tête ne commence à remuer au son de sa propre voix, à l'instar de ses bras qui berçaient l'endormie comme elle avait toujours fait autrefois. Si le sourire à ses lèvres n'était pas suffisant pour le rendre évident, pour la première fois depuis sa résurrection, la vaironne n'avait plus aucun soucis à léguer à ce monde. Pour la première fois en une éternité de souffrance, elle brillait enfin d'un bonheur qu'elle n'avait que trop attendu.


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Laurelin
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyJeu 11 Oct - 10:08
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Ce sommeil était loin d’être un sommeil confortable, réparateur et normal. Il était dû à une fatigue extrême et, surtout, à un abandon éphémère de mon esprit, trop fatigué, éreinté et affaibli par ce voyage dans un esprit torturé. Ce que j’avais vu, ce que j’avais entendue, ce que j’avais ressenti provoquèrent de concert cet état fébrile et terminèrent de me mettre à terre alors que mon corps réagissait à toutes ces informations anarchiques par le biais de spasmes, d’une respiration saccadée et inefficace et d’une incohérence mentale m’empêchant à la fois de réfléchir, de parler et tout simplement d’ouvrir les yeux. Un nouveau-né abandonné à dans la nature saurait mieux se défendre que moi.

L’inconscience ne me procura aucun repos, aucun rêve mais également aucun cauchemar, aucune pensée résiduelle. Tout se passe comme si j’avais simplement fermé les paupières dans un clignement tout à fait bénin, et qu’ils s’étaient réouverts immédiatement. Or, plusieurs heures ont passé. Mon corps, s’il ne réagit plus aux stimuli anarchiques qui l’animèrent quelques heures auparavant, n’est pas pour autant reposé. Mes jambes, ma tête et ma nuque sont lourdes, mes mouvements me font souffrir, une souffrance plus psychologique que physique, mais tous les enfants de Khugatsaa savent que le psychologique régit bien souvent le physique, aussi, je comprends rapidement que ces douleurs s’apaiseront à mesure que mon esprit sera lui-même apaisé. Pour ajouter à cela, je suis fatiguée, j’ai du mal à reprendre conscience et même à réfléchir. Je ne sais plus réellement où je suis et j’ai besoin d’un certain temps d’adaptation. Je regarde partout autour de moi, mais je ne reconnais rien du tout. Je passe mécaniquement mes mains gelées dans mes cheveux qui, eux, ne perdirent rien de leur chaleur. Ce contact chaud et rassurant me permet de me concentrer enfin sur quelque chose d’agréable qui change de l’humidité et du froid qui m’entourent. Je m’y focalise un instant et je sens enfin que je reprends le dessus. Je suis capable à nouveau de réfléchir, d’agir et de me concentrer. Mais cette nouvelle prise de conscience de mon corps et des sensations entraine un ravivement des douleurs, des lourdeurs ankylosantes et des fourmillements dans mes doigts, mes mains et mon visage. Je laisse échapper un long, très long soupir de soulagement. Je ne suis pas prisonnière, je ne suis pas morte et je suis toujours moi-même, enfin, je crois.

Je quitte ce qui était sans le savoir ma planche de salut, sentant immédiatement le froid s’engouffrer dans mon dos. Je réalise alors grâce à ce nouveau retour des sensations et à l’analyse que j’en fais, que quelque chose de chaud se trouve derrière moi. Quelque chose ? Ou quelqu’un ? Tout se rappelle à moi soudainement. La jeune femme, le bout du monde, l’illusion, le voyage dans son esprit, les cris, le sang, la mort, la souffrance, les remords et le monde qui s’effondre dans la demeure de mon esprit. Serait-ce cette jeune femme qui se trouve derrière moi ? Après tout, je ne sens pas d’odeur de brulé ni n’entend de crépitement de flammes sur le bois mort de cette forêt alentour, alors, comment expliquer cette chaleur ?

Je me retourne et voilà que je trouve la réponse à toutes mes questions. Soudainement, les douleurs, la fatigue, la faim et la soif s’estompent, remplacés par la stupeur et même la peur de voir cette jeune femme qui n’a rien pu me cacher tout à l’heure. Je sais mieux que quiconque de quoi elle est capable et ce qu’elle avait déjà fait aux autres. J’ai peur de cette femme. D’aucun dirait que j’ai peur de tout le monde et tout le temps, mais comment pourrait-on me blâmer, quand on sait quelles épreuves j’ai traversé et tout le mal que l’on m’a fait ?

Pourtant, quelque chose semble avoir changer. Le visage de la demoiselle aux cheveux argentés semble serein, adoucis, délivré de toute cette douleur que j’avais ressentie quelques heures plus tôt. Son visage s’accorde parfaitement à son attitude. Elle est calme, sereine, presque douce. On pourrait facilement la confondre avec ces femmes qui passent leurs vies à dispenser soins et réconforts aux âmes tourmentées. Au premier abord, je crois rêver. J’ai l’impression que c’est moi qui suis illusionnée maintenant, mais je ne ressens aucune magie autre que celle qui m’anime. Je m’éloigne un peu d’elle, dans un geste plus impulsif et apeuré que réellement volontaire, mais je ne m’enfuis pas. Je la dévisage, mais je n’ose pas prendre la parole. Pourquoi est-elle restée ? M’a-t-elle sauvée après que je me sois occupée d’elle ? Pourquoi suis-je donc incapable de parler en cet instant ? Mes pensées s’entrechoquent sans pour autant donner d’actions précises. Je suis si fatiguée…


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La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

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Ophélia Narcisse
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyJeu 11 Oct - 14:25
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L'air du vent portait sa berceuse, étrange sensation que de se faire porter par la brise comme la plus légère des plumes. Ce n'était qu'une impression, mais peu de ressentis pouvaient rendre l'âme aussi volage que ce bonheur nouvellement trouvé. Une pépite d'une rareté éphémère, pensait-elle autrefois. La joie n'était qu'un court réconfort avant que ne vienne l'éternelle lassitude, la plaine d'ordinaire, l'horizon d'ennui. Mais, Ophélia n'avait jamais le temps de s'ennuyer, il y avait toujours quelqu'un à ses trousses qui jamais ne fatiguait. N'était-ce pas que bonne guerre qu'elle en fasse de même ? Au final, les enfants de la boutique lui diraient qu'elle joue juste à un jeu de chat disproportionné. L'innocence est toujours si belle ... même lorsqu'elle a plus de 20 ans et qu'elle sait chercher dans les souvenirs. La pureté devient si précieuse après un certain temps, ce n'est que faire hommage à la vie elle-même que de conserver telles existences.
 
Quoi qu'il en fut, la vaironne ne put profiter de son instant nostalgique maternel bien moins de temps que ce qu'elle n'aurait cru. En dépit des heures, elle continuer à fredonner son air, si familier, si cher à son coeur. Le murmure de sa mélodie venait lui flatter les joues et envoyait des frissons dans son dos. La mémoire a tant de mystères qu'Ophélia ne saisissait pas, mais de la saveur de ces remembrances, elle ne savait trouver l'envie de s'éloigner. Ce fut sa protégée improvisée qui, au final, avait décidé de lui imposer cet écart. Sa posture presque maternelle n'avait apparemment pas suffit à immiscer une idée de sécurité à cette étrangère qui lui avait redonné une âme, mais dont elle ne connaissait même pas le nom. 
 

Ses genoux vidés de poids ne mouvèrent pourtant pas de l'endroit où ils s'étaient campés. En lieu et place d'une tête inconsciente, ce furent ses mains qui vinrent se déposer sur ses cuisses. La vaironne demeurait assise, fixant la réveillée avec son air éternellement serein. Sa respiration était on ne plus calme, ses paupières il y a peu gorgées de larmes avaient fini de sécher et son regard se voyait infecté par sa tranquillité. A premier abord, elle ne saisit pas la réaction de la jeune femme, la peur était si inappropriée à l'instant. Le moment se prêtait au calme, à la symbiose, Ophélia se sentait transcendante, comme immergée dans la neige qui l'entourait, comme une partie du paysage. Elle se voyait à sa place au milieu de nul part, car toute réprouvée qu'elle était, l'anomalie se considérait néanmoins belle et bien habitante de ce monde qui ne voulait pas d'elle.
 
- J'aurais aussi pu te laisser dormir dans la neige, si mes genoux ne sont pas assez bons pour toi.
 
Enfin, non pas qu'elle ne comprenne pas non plus sa réaction. La vaironne devinait que la réveillée avait lu dans son esprit, comment expliquer l'apparition de la boutique autrement. Devant cette étrangère, elle n'avait aucun mensonge à proférer et aucun secret à cacher. Parfois, elle regrettait son amnésie, au moins, elle pouvait prétendre à un semblant d'innocence. Mais son interlocutrice l'avait déjà mise en face de ses regrets, et maintenant, elle était démunie de vice. Sans doute était-ce pour le meilleur.
 
- Je pensais haïr les gens plus que quiconque en ce monde ... mais apparemment j'avais tort. 
 
Ses jambes se croisèrent, instiguant la position du tailleur. Son coude flottant dans l'air jusqu'alors vint s'apposer sur sa cuisse gauche, servant de pilier porteur à son menton, alors qu'elle fixait l'étrangère avec une singulière admiration, comme si elle observait un reflet.
 
- On a tous nos petites ombres au tableau, pas vrai ? Enfin, "petites" est un bien bel euphémisme pour certains ...


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Laurelin
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyMar 16 Oct - 10:22
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Je suis heureuse, très heureuse, à l’idée d’avoir soulagée de ses maux, cette âme en peine au passé douloureux et à la conscience torturée. Tel un chemin de terre tortueux, se frayant un passage à travers les montagnes, les canyons, les forêts épineuses et les cours d’eau asséchés, sa vie la mena à travers toutes ces épreuves, douloureuses et inconfortables, pour finir par trouver mon chemin à moi. Je vois ses yeux pétillants et pourtant paisible, son visage apaisé et pourtant neutre, et sa posture à la fois ouverte mais également quelque peu introvertie, savant mélange d’ouverture sur le monde et de protection d’elle-même, en la symbolique de la position du tailleur. Symbolique qui saurait être largement contredite, mais qui me conviens parfaitement. C’est le principal.

La demoiselle me parle, prononçant d’abord une phrase acerbe puis quelques confessions sur l’état d’esprit qui s’était éteint quelques heures auparavant et qui, je le sais, je le sens, pourrait très bien revenir si les vieux démons de cette demoiselle devaient être plus forts que l’éveil spirituel instigué par mes soins. Dans de telles actions, il est tout bonnement impossible de prédire la qualité de l’éveil. Tantôt éphémère, tantôt permanent, tantôt partiel, tantôt complet, mais jamais prévisible. Et comme le disent les maîtres de Khugatsaa – loué soit l’Architecte des songes – un esprit libéré ayant accepté son passé et tout son potentiel n’en est que plus grand, mais également, plus dangereux. Et comment peuvent-ils avoir tort ? Si cette femme décidait de renouer avec les fantômes de son passé et les mœurs qui l’animèrent jusqu’alors, elle serait un danger pour les autres, un monstre en puissance, capable à la fois de développer son esprit pour devenir toujours plus puissante, ou bien, de le museler afin de n’entendre ni remords ni regrets, ni pitié ni, ni compassion, ni conscience. Un monstre, maître de ses émotions, et donc, impossible à choquer, impossible à surprendre… Et qui causera sa propre perte.

Je chasse ces pensées morbides qui me terrorisent l’espace d’un instant. L’effet physique résulte en un frisson parcourant tout mon être, mais, dans cet environnement glacial, un frisson de plus ou un frisson de moins, qui pourrait le déceler ? Je plante mon regard émeraude dans celui de la vaironne, m’obligeant à me focaliser sur ses paroles et sur une autre forme de pensée, loin de celles, cauchemardesques, qui me hantent à chaque fois que je guéris l’esprit d’un homme ou d’une femme. Elle formule alors une des idées qui motivait jusqu’alors ses horribles agissements et ses pensées tortueuses : La haine des autres. Combien de fois ai-je entendue ce genre de phrases venant de personnes ayant subies milles et unes tortures, ou ayant infligées tant de souffrances ? D’aucun penserait qu’il n’y a pas de fumées sans feu et que les Hommes sont forcés de faire ou de refaire ce qu’on leur a apprit ou ce qu’on leur a fait vivre. Un cycle interminable en somme…

Mais sa dernière phrase montre qu’elle est capable de raisonner sur le pourquoi du comment, en ce sens que nous avons tous de « petites zones d’ombres » au tableau, et que, parfois, celles-ci ne sont pas si petites que cela. C’est bien curieuse façon d’avouer indirectement le trouble de ses propres zones d’ombres, mais au moins, elle ne s’en cache plus. A ce moment, sa voix, sa posture et son regard m’apaisent et la stupeur disparait. Je ne suis pas en totale confiance, mais au moins, je sais que ce que j’ai donné à cette femme a porté ses fruits. Ma mission est réussie, par la grâce des Architectes. Très vite, le froid, la faim et la soif m’assaillent de nouveau. Mon ventre gargouille, ma bouche est sèche, mes vêtements mouillés laissent plus facilement passer le froid, bref, il ne faut pas rester ici.
- Oui, c’est vrai.Dis-je de ma voix douce et sucrée tout en décrivant un doux sourire à l’attention et de cette femme qui m’avait sauvée la vie. Certaines zones sont plus grande que d’autres. Certaines sont plus douloureuses, plus horribles encore que d’autres, mais aucune n’est condamnée à toujours rester dans l’obscurité.

Suis-je réellement en train de dire ceci ? Et surtout, comment puis-je dire cela ? Les conseilleurs sont les plus mauvais payeurs, parait-il. Je dispense ce conseil comme la maîtresse d’école donne un proverbe à ses élèves, et pourtant, je ne l’applique pas réellement à moi-même. J’apporte la lumière et la bienveillance sur les zones d’ombres des gens que les Architectes m’envoient, et pourtant, jamais personne n’a entrepris d’éclaircir mes propres zones d’ombres, me laissant toujours avec mes cauchemars et les douleurs de mes voix intérieures. Cette petite introspection, favorisée par l’affaiblissement général et spirituel que je subis encore, est une nouvelle fois chassée par une petite bourrasque de vent, me rappelant à ce triste et glacial endroit.
- Suis-moi.

Est-ce de l’autorité ? Non, je ne pense pas non. Il n’y a dans cette demande ni fermeté, ni autorité ni froideur, seulement une proposition de se mouvoir vers un endroit meilleur et plus propice non seulement à la discussion, mais également à l’augmentation des chances de survie. Je me lève alors, doucement, afin de ne pas risquer de choir à nouveau et pour de bon cette fois. J’attrape enfin mon sac et fais un signe de la main à Ophélia afin de l’inciter à me suivre. Nous avançons sur presque 1 kilomètre jusqu’à ce que nous trouvions un petit relief rocheux se terminant par un saillant abrupt. Ce coupe-vent naturel était parfait pour lutter contre le vent glacial provenant surtout du Sud et de l’Ouest. Je m’installe derrière ce saillant, et installe à quelque-mètre, parfaitement à l’opposé et coupant cette fois-ci les vents provenant du Nord et de l’Est, une large tenture de fourrure sur les trépieds de bois trouvés dans la forêt traversée juste avant. L’établissement de ce poste ne me prend que quelques minutes, tant l’endroit choisi est propice à son élaboration. Dés lors que l’épaisse fourrure fut tendue sur toute sa longueur, la température derrière celle-ci fut soudainement plus agréable. En réalité, il faisait toujours froid, mais les vents devant presque inexistants n’apportaient plus avec eux la glace qu’ils charrient depuis des milliers de kilomètres. L’air était paisible, il n’y avait plus de vents et la chaleur de nos ne s’en trouvait que grandie. Je pose alors mon sac et en sort trois écureuils gelés, chassés il y a quelques jours par mes soins. Je pose également mon arc, mon carquois et quelques flèches, surtout pour vider mon sac mais aussi, et il faut bien l’avouer, pour pouvoir chasser à nouveau si ce blizzard ne se décidait pas à partir. Je pose également une deuxième fourrure épaisse et large, quelques autres plus petites servant soit de couvertures soit d’oreillers. Il reste juste assez de place pour qu’on feu puisse être réalisé contre le saillant du rocher, lequel renverrait toute la chaleur des flammes vers nous, nous garantissant une survie agréable et un réchauffement aussi bien physique que psychologique. Mais pour cela, il faut du bois et je n’en ai pas assez. Je décide alors de m’enquérir de morceaux de bois dans la forêt environnante. Je n’ai pas beaucoup de chemin à faire pour trouver des brindilles, des branches et même des troncs d’arbres, morts ou en mauvais état, mais tous suffisamment affaiblis pour être coupés et ramenés à l’aide d’un couteau aiguisé. La buche la plus épaisse ne doit pas dépasser la dizaine de centimètres de diamètre, mais elles sont en nombre suffisant pour pouvoir permettre de réaliser un feu de camp modeste et agréable. Je mets à contribution Ophélia, lui demandant à elle aussi de récupérer des branches afin de pouvoir alimenter le feu toute la nuit, et plus, si c’était nécessaire.

Je reviens au campement et dépose dans un coin tout le bois amassé durant ma cueillette, si l’on peut nommer cela comme ça. J’utilise tout de même quelques bouts de bois et ce qui me reste de corde pour construire ce qui servira d’étendoir pour nos habits glacés et trempés. Il ne faut pas garder sur soit des vêtements imbibés de neige et d’eau dans un tel environnement, même lorsqu’un feu est en préparation et que celui-ci apportera beaucoup de chaleur. Je remercie les Architectes pour cet endroit propice à un campement, sans quoi, nous serions probablement mortes de froid. Cette petite prière est réalisée alors que je suis debout, stoïque, la tête baissée et les yeux clos durant quelques secondes. Il n’en faut pas plus parfois. Mais je sais que cette petite prière aura été entendue par les Architectes.

Je forme donc un endroit pour le feu de camp à l’aide des nombreux cailloux de petites et grandes tailles qui se trouvent autour de nous. Je choisi de façon privilégiée ceux qui se trouvent sous la fourrure qui servira plus tard de matelas. La couche de neige est épaisse, mais le poids de deux corps la tassera suffisamment pour que les plus gros cailloux soient réellement gênant. La vie dans la nature n’est pas semblable à celle dans une villa luxueuse ou même dans une auberge avec un toit et des murs, mais parfois, un feu, un endroit sécurisant et un peu de nourriture suffisent pour créer un petit bout de paradis. Et, a vrai dire, c’est la vie que je mène depuis presque 15 ans…

Les brindilles, branches et quelques buches sont placées, et il faut maintenant allumer le feu. Ni une ni deux, je prends deux bouts de bois, un premier assez large et un second plus petit, j’arrache des morceaux d’écorces pour en faire un bon combustible et je frotte les deux bouts de bois afin de produire des braises, qui formeront ensuite des flammes, avant de créer un véritable feu de camp. Mais en attendant, il faut vider les écureuils et préparer ce qui servira de brochettes pour faire cuir la viande au-dessus du feu.
- Peux-tu vider deux des trois écureuils et tailler deux bouts de bois pour former des brochettes ? Demandais-je le plus simplement du monde à cette femme qui était maintenant ma coéquipière de survie. Nous les mangerons ce soir, en espérant que demain, la route soit plus claire pour sortir de ce terrible endroit.

Si cet endroit est terrible pour le commun des mortels, il ne l’est pas réellement pour moi. J’ai passé plus de la moitié de ma vie sur les routes sinueuses, glacées, boueuses et tortueuses de ce monde, de Myträ à Daënastre en passant par Marnaka et Zochlom. Seuls les continents d’Ecklen et de Khashin sont vierges de mes pas, pour le moment. Mon enfance, lorsqu’elle était encore libre et heureuse, s’était déroulée dans la région d’Hinaus, prêt de la ville de Tarluru, dans un des endroits les plus froids et inhospitaliers de notre beau continent. Le froid, les vents glacials, la terre gelée et les rivières toujours recouvertes d’une épaisse couche de glace étaient mon quotidien. Bien que nous vivions bien emmitouflés dans d’épaisses couches de fourrures, et que nous possédions une demeure modeste, le froid était notre environnement. Aussi, ma peau est rompue aux affres de ces températures bien négatives, mon corps est habitué à lutter contre le froid et vivre dans un tel environnement ne m’effraie pas le moins du monde. Cela explique notamment mon physique athlétique et ma petite taille, ma peau blanche et parfois tannée notamment sur mes mains et mon visage lorsque ceux-ci sont trop exposés comme c’est le cas depuis plusieurs jours.

Alors qu’Ophélia s’attèle à la tâche qui lui est dévolue – du moins je l’espère, j’avoue ne pas trop oser à lui donner d’indications et encore moins des ordres – je m’attèle à la mienne. Je tourne les deux bâtons avec le plus de force et de rapidité possible. Bientôt, une faible odeur de brulé s’éleva dans les airs et les premières cendres et braises se formèrent dans le creux de mon cocon d’écorce. Lorsque j’en eut suffisamment pour que mes doigts puissent ressentir la chaleur, je déposais tout doucement ces braises dans le lit d’écorce qui s’enflamma rapidement. Alors, très vite, mais avec délicatesse, je plaçais enfin le tout au milieu de ce qui serait notre futur feu de camp. Je soufflais doucement pour attiser les braises, et, après moultes efforts, voilà que les premières flammes pointèrent le bout de leurs nez, bientôt rejointes par d’autres, plus grands et plus puissantes encore. Heureuse, apaisée par cette source de chaleur physique mais surtout psychologique, je laisse échapper un large et grand sourire ainsi qu’un profond soulagement sous la forme d’un long soupir. Dans un tel environnement, le moral est important, et un feu peu faire la différence entre la mort et la vie.

Celui-ci prend vite, d’ailleurs, et bientôt il y eut suffisamment de flammes avec suffisamment de vigueur pour que tout notre campement soit baigné d’une chaleur douce et agréable. Alors, je retire mon manteau de fourrure et les quelques vêtements mouillés et glacés que j’étends sur cet étendoir improvisé. Je sens une légère bourrasque givrée rafraichir mon visage et ma nuque alors que je me lève et dépasse donc de quelques centimètres le haut de la fourrure coupe-vent. Ce glacial rappel n’est pas pour me déplaire tant le froid fait parti de moi et de mon passé. Je me retrouve donc légèrement habillée. A vrai dire, je ne porte là qu’un pantalon de jute au-dessus duquel se trouvait un autre plus épais, et une veste mytränne, longue et au col en V dévoilant le haut de ma poitrine, alors que l’épais manteau de fourrure était maintenant pendu sur l’étendoir de fortune. D’aucun penserait que je suis folle, dévêtue de la sorte alors que tout autour de nous souffre de températures à faire geler les morts, mais la chaleur du feu alliée à la douceur de ce moment sont agréable et je n’ai aucun problème avec le fait d’être aussi offerte au monde alentour. Je porte enfin mon attention sur Ophélia.
- As-tu terminée ?Demandais-je comme demande une enfant légèrement capricieuse et affamée. Mais la condition de cette pauvre enfant me ramène brusquement à la réalité. Si elle semble moins affectée par le froid que le commun des mortels – signe indirect d’une probable habitude à ces conditions difficiles – elle ne semble pas forcément équipée pour y faire face. Au moins, le campement tout entier est baigné de chaleur et de lumière Si tu as froids, il y a encore quelques vêtements au fonde mon sac. Une veste au col de fourrure et des tissus Myträns et Daënars. Avec ce feu, tu auras chaud au moins.


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La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

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Ophélia Narcisse
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptyMar 16 Oct - 12:38
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Pérégrins -1 (femme)
Menton posé sur sa paume, Ophélia admire en silence le réveil de sa sauveuse devenue protégée, l'espace d'un court instant. Sa berceuse lui manquait déjà, mais le silence de cet air se compensait par les premières paroles véritables que lui adressaient cette étrangère. Une réflexion profonde, mais qui avait plus vocation à s'insérer dans un dialogue que de véritablement cogiter sur de la philosophie que certains jugeraient de comptoir. Les yeux verts fixés dans les siens lui rappellent ceux que son père avait pour habitude de pencher au-dessus de son lit, son visage caché derrière les livres de contes qu'il lui lisait. Certains se finissaient bien, d'autres lui tiraient des larmes hors de ses yeux et parfois, l'histoire était si triste qu'elle ne voulait pas en entendre la fin. C'est pourquoi la vaironne n'a jamais voulu savoir à quoi ressemblerait le lendemain, ce que telle ou telle action engendrerait comme engrenage. Les mécanismes du destin étaient pour elle de simples hasards, mais la vérité était là, le hasard n'existe pas. Demain n'est que l'assemblage de fragments de ce que l'on laisse d'aujourd'hui, et Ophélia en avait marre de ramasser du verre et de s'entailler dessus.

Mais pas de colère, pas de rancoeur, juste un calme que les dieux pourraient juger d'arrogance. La vaironne imaginait leur discours, "tu es une erreur, une anomalie, une aberration, pour toi, la paix ne se trouve que par-delà la mort". Sauf que la jeune femme n'avait jamais complètement été la fille sage et obéissante. Docile, toujours, complètement dévouée, jamais. Il y avait sans cesse cette nuance d'indépendance, cette étincelle qui criait que sa vie était celle dont elle forgeait les lettres en gravures d'argent. Personne ne pouvait lui retirer ce privilège d'arrogance, et personne ne pouvait faire d'elle une marionnette attachée aux fils de la damnation. Elle était une morte en sursis, et elle comptait bien profiter du temps qui lui a été légué.

Alors, quand l'étrangère lui intima l'ordre de la suivre, Ophélia n'y vit aucune autorité, ou du moins, elle n'en supporta pas l'impact. Sans relâcher son sourire tranquille, la vaironne se relève et jette un dernier regard dans le vide qui la précède. Aujourd'hui est le dernier jour où elle restait à attendre docilement la mort. Elle se détourna définitivement du vide et suivit les pas de sa guide. A l'évidence, cette dernière connaissait les environs, ça, ou bien elle était étrangement douée pour s'orienter. Ou peut-être que le destin leur était simplement favorable, pour une fois. 

Toujours silencieuse de paroles, mais éloquente et observatrice du regard, la vaironne s'exécute aux demandes de sa sauveuse, sans y ajouter de remarque inutile. Elle l'observe, curieuse, un sourire à ses lèvres, mais surtout une question. Pas encore, en tout cas, elle avait bien des choses à faire et le bavardage n'était pas de rigueur. Commençant par rassembler les brindilles, elle se contente de les poser dans un cercle avant de s'atteler aux tâches qui concernaient le mieux son expertise : les couteaux. D'une pensée subsidiaire, la vaironne trouve l'étrangère bien imprudente de la laisser avec une arme entre les mains, mais elle sait parfaitement elle-même qu'elle n'a aucune intention de lui faire de mal, autrement, ce serait déjà chose faîte. 

Ophélia vide donc le gibier, le dépèce et les embroche des pics comme demandé par sa sauveuse. Mais cette question lui taquinait toujours les lèvres, mais le moment n'était pas encore bien choisi. Ses yeux pétillants laissaient briller toute la curiosité qu'elle contenait en elle, l'impatience luisant hors de ses pupilles. Pas encore. Bonne âme qu'elle est, la my'tranne lui propose des vêtements, elle s'étant débarrassée de son manteau de fourrure, ce qu'elle avait en-dessous semblait sec. Mais la vaironne, elle, n'avait jamais que son habit de toile, rembourré de tissu et aussi épais qu'un gilet sur elle. En dessous, elle ne portait qu'un léger haut qui ne couvrait ses épaules que de deux maigres ficelles. De meilleurs habits étaient la bienvenue. Gratifiant son hôtesse d'un sourire, elle se contente de prendre les tissus My'trans. 

Assise, elle se tourne vers l'horizon, ne laissant à l'étrangère que la vision de ses cheveux blancs qu'elle remonte tant bien que mal au dessus des plis de ses lambeaux. Retirant l'encombrement de ces vêtements gênants, Ophélia laisse son dos nu s'exhiber au froid, dévoilant la pleine vision de ses cristaux et de la ligne de ses vertèbres au travers d'un tissu déchiré. Elle enfile ensuite la robe, dont le style lui est complètement étranger. Une teinte noire, un modeste col, une finition en V et un pli recouvrant l'autre moitié. Une ceinture de lin en lie la taille et de longues manches rembourrées tiennent ses bras au chaud. Toujours retournée, elle laissa enfin sa question s'échapper.

- N'est-ce pas étrange pour une my'tranne de vouloir aider une anomalie ? Car tu le sais, n'est-ce pas ? Ce n'est pas la première fois que l'on entre dans ma tête, j'espère juste que le choc n'a pas été trop violent.

Se retournant enfin, Ophélia laisse son regard vagabonder quelques instants dans celui de son interlocutrice. Elle le baisse vite, réalisant à quel point ses mèches mouillées sont une inconvenance à son confort. Joignant les mains derrière la tête, elle s'affaire à ranger ses cheveux pour ne plus qu'ils tombent devant ses yeux. Avec un sourire fin, mais en gardant les pupilles basses, la vaironne ajouta avec sa voix de miel.

- Tu connais mon nom. La moindre des choses serait de me rendre l'honneur.


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Laurelin
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptySam 20 Oct - 18:43
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My'trän +2 ~ Khurmag

La vie est rude. Elle peut être cruelle. Elle peut être la pire des parjures mais elle peut également être source de bonheur, d’émerveillement et de féerie pour quiconque aurait l’esprit suffisamment éclairé pour s’en saisir. C’est dans cette état d’esprit, et dans cet optique, que je me mets soudainement à pousser la chansonnette. Ou plutôt, un murmure, un fredonnement, qui s’échappe de mes lèvres pratiquement closes et qui sonnent presque seulement à mes oreilles. Peut-être entendre cette douce mélodie ? Une pensée soudaine me permet de me rappeler soudainement d’où vient cet air que je me plais à fredonner. C’était l’air qu’Ophélia avait en son esprit alors que je voyageais en cet endroit. Je ne m’en étais pas rendue compte, mais ce petit air fredonné était resté en mon esprit et m’animait depuis mon réveil, il fallait bien qu’il sorte tôt ou tard.

Tandis que je fredonnais un air léger, je m’attelais à la tenue du campement. Quelle félicité que les Architectes aient conduis mes pas vers cet arche salvateur. Le grand mur de pierre gelé faisait se briser le vent venant d’un côté et empêchant celui de l’autre côté de nous atteindre. Pour s’isoler, une longue et large fourrure fut placée, par mes soins, de sorte qu’elle soit de même hauteur que le mur naturel, ainsi, le vent passerait au-dessus de nous au lieu de s’engouffrer dans la brèche et de nous geler sur i place. Cette place aménagée était un abri des plus opportuns et des plus agréable. C’était comme si le temps lui-même avait été stoppé. Comme si les Architectes enveloppaient de leurs mains ce frêle esquif, chassant le froid, chassant la neige, chassant les souffrances et l’humidité de cette région alors que l’automne était déjà glacial. Une telle région était sans cesse baignée de neige et animée par les vents froids, rendant la vie difficile et ô combien rude. Mais plus l’hiver approchait, et plus le climat devenait invivable, et seuls les plus forts pouvaient s’en sortir en vie. Heureusement que je vis le jour dans une région et dans des conditions similaires, sans quoi, la neige aurait déjà avalé mon corps, ma vie et mon âme. Je m’assurais donc de la solidité de ce mur coupe-vent fait de fourrure, que je réajustais à l’envie. Le feu prenait bien, et nous aurions suffisamment de buches, d’écorces et de petits bois pour le faire tenir jusqu’à demain matin sans grands problèmes. Autour de nous, la neige commençait déjà à fondre, tant le contraste entre la température habituelle et celle du feu, était grand. Doucement, l’herbe dévoila sa couleur humidifiée, alors qu’elle se prenait déjà à sécher rapidement. Je décide alors de prendre ma dernière fourrure et de la mettre sur le sol du campement, mais pas trop prêt du feu, il ne fallait pas risquer de s’immoler accidentellement. Quelques pierres pour agrandir la protection du foyer suffiraient à rendre ce campement propre et agréable, même pour nos pieds fatigués. Alors, libérée de cette contrainte, je me décharge de mes chaussures, trempées elles aussi, que je place contre le mur à proximité du feu de camp. Ainsi, elles sécheraient rapidement, et les remettre aux pieds sera fort agréable demain, pour reprendre mon chemin. Ma tenue, elle, est toujours en train de sécher sur l’étendoir qui se trouve dans le campement, à l’abri du froid extérieur. Celle que je porte est sèche et rayonnante. Une longue robe de couleur blanc nacré, au col d’un vert d’émeraude d’où part une broderie de la même couleur et entourant les deux rangées de boutons qui se terminent par le bas de la robe, avant de suivre ensuite les contours de celle-ci. Une ceinture de lin et de la même couleur que le col vient garder cet habit autour de ma taille gracile afin d’être toujours vêtue correctement. Toutefois, je laisse mes avant-bras et mon cou apparents, plus par confort que par esthétisme. Je suis toute à ma petite vie lorsqu’Ophélia se met soudainement à prendre la parole, tout en enfilant les habits que je lui offre afin de se réchauffer ici-bas. Je détourne le regard alors qu’elle me parle et qu’un reflet scintillant et familier apparait dans mon champ de vision. Des cristaux. Des cristaux de magilithe, témoignage visible de l’abomination de son âme, corrompue par ce dont souffrent toutes les anomalies. Et comme elle le dit si bien, j’avais vu en son âme et ni ses cristaux ni sa condition ne furent cachés à ma vue, à aucun moment. Je me suis appropriée son âme et son esprit, et tout ce qui s’y trouvait était à ma portée. Alors, je ne suis pas surprise de voir cela, bien que je ne pensasse pas en être témoin, du moins, pas tout de suite.
- Violent, ce fut. Répondis-je délicatement, d’une manière naïve, comme pour juste exprimer un ressenti à la première intéressée. Tu en fus le témoin privilégié. Mais c’est là la mission qui me fus confiée par Khugatsaa, l’Architecte des songes et des illusions. Il y a du bon en chacun de nous, mais il n’est pas chose aisée de l’arborer, tant le mal, la souffrance et l’avidité dominent le monde des Hommes. Et pourtant, c’est dans le bien que les Hommes doivent avancer, toujours grandis par l’entraide, la félicité et l’altruisme. Dis-je ensuite, comme pour plaider une cause à quelqu’un qui, visiblement, n’était plus à convertir. Je m’appelle Laurelin, mais l’on me connait plus comme « La fille aux mille lucioles ».

Je terminais ces mots ouvrant ma main vers les cieux d’un geste doux, l’éloignant quelque peu de moi pour donner plus d’ampleur à mon geste. De ma main sortirent en une longue file luminescente, un millier de lucioles illusionnées par mon esprit, s’envolant de ma main jusqu’aux alentours du camps. Certaines virevoltaient dans un balai gracile, d’autres continuaient de s’envoler, telles de braises incandescentes portées aux vents et s’envolant dans les cieux, illuminant tout sur leurs passages. Elles continuaient leurs danses autour de nous, se posant sur la peau dénudée, crochetant celle-ci de leurs pattes avant de reprendre leurs envolées dans une douceur incroyable. Un spectacle magique, un réconfort pour l’âme.

Alors que je suis entourée de cette illusion, je me redresse et écarte mes bras comme le ferait une mère face à un enfant à câliner. Et soudain, doucement, se dessinèrent sur mes bras et sur mon cou, plusieurs marques sombres et scintillantes, cerclant mes bras comme des bijoux, apparaissant doucement sans qu’aucune grimace ni qu’aucune douleur ne les accompagne jamais. Ce sont là les traces de ma singularité. Car je suis aussi une anomalie, et je dévoile cela à cette femme, dans une posture théâtrale. Debout, face à elle, les bras tendus, le regard fixe brillant de compassion et un sourire aussi doux qu’une poésie en prose, je me dévoile volontairement à celle qui s’était dévoilée à moi sans réellement le vouloir. Les rayons lumineux réussissant à percer l’épaisse couche brumeuse resplendirent sur les cristaux éclatants, alors qu’une douce brise, presque chaude, s’élevait dans le campement pourtant protégé, animant mes cheveux d’une vie gracile ô combien agréable.
- Maintenant, tu comprends Dis-je seulement, alors que mon sourire s’élargissait et que je reprenais une posture neutre et à m’accroupir sur la fourrure au sol, afin de sentir un peu plus la chaleur et l’étreinte rassurante du feu de camp.



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La folie est une douce façon de vivre.
Une vie légère est une vie sincère.
Il n'est rien de plus agréable qu'une douce folie mêlée d'une vie simple et légère.
Chaque spectacle de la vie et de la nature n'en est ainsi que plus beau et plus exaltant.

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Laurelin pense de cette manière
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Ophélia Narcisse
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[Terminé] Un horizon nacré de néant EmptySam 20 Oct - 22:50
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Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Achevant de nouer ses mèches les unes avec les autres, Ophélia tient un oeil pour le moins passif. Ses paupières basses laissent transparaître ses pupilles vaironnes en de sombres demi-lunes renversées. Les cernes n'aident pas vraiment à l'hospitalité de son regard et au final, seul reste le semblant d'une oeillade mauvaise. Oh, elle n'en signifiait rien, c'était l'angle et la fatigue qui parlait pour elle, bien que l'anomalie ne compte en aucun cas succomber au sommeil. Son interlocutrice l'avait sauvée, certes, elle lui avait apporté un réconfort plus que nécessaire, certes. Lui faisait-elle pour autant totalement confiance ? La question était légitime et hantait les pensées de l'ancienne daënare aux cheveux albâtres. Que lui voulait-elle, à la fin. Le bon dans ce monde était souvent motivé par des ambitions ou des arrières-pensées. L'étrangère avait pris des risques, mais bien souvent, ce sont ceux qui veulent le plus qui sont prêts à y laisser la peau.

Ses mèches blanches retombent, libérées du bout de tissu qu'elle ne parvient que difficilement à enrouler à cause de la moiteur de ces premières. Lâchant un soupir, elle écoute d'une oreille distraite la my'tranne, lui jette toujours ce même regard réservé. Ses paupières se closent pour se concentrer sur le noeud dans sa chevelure, tentative une nouvelle fois vouée à l'échec. Un souffle exaspéré sort de ses narines alors que la dénommée Laurelin continuait de lui exposer cette "sainte mission" qu'elle s'était vouée. Ophélia ne croyait pas en la bienveillance des Architectes, aussi, lorsque l'ingénue avoua que c'était le griffon des parjures lui-même qui lui avait dicté cet objectif de vie, la vaironne n'eut qu'une froide latence pour réaction. Ce après-quoi, elle continua à nouer sa queue de cheval. 

Alors, sa contrepartie se cabra soudainement, tendant les mains en l'air comme un appel à un écho loin, loin dans les cieux. De milliers de feu-follets s'envolent à partir de rien, seulement de la volonté de l'étrangère. Elle ressemble à une déesse bienveillante, une sainte parmi les mortels, le signe que les dieux sont finalement des âmes compatissantes. La raison de son intervention auprès d'une anomalie ... sa nature-même. Il y avait un amusant hasard dans le destin, plus encore lorsqu'il marche en notre faveur. Après quelques secondes précieusement enviées par les meilleurs des ingénieurs artistiques daenastres, la représentation s'achève enfin.

Ophélia ajuste enfin son bout de tissu d'un coup sec. Elle avait suivi ce qu'il se tramait devant elle, de son oeil timidement caché derrière sa paupière. La vaironne, à défaut de laisser s'échapper un tressaillement d'admiration, se contenta simplement d'ajuster sa coiffure, les paupières serrées. Un air exaspéré se lit sur son visage, comme ennuyé, ou bien simplement las. Car, aussi spectaculaire que fut la présentation de Laurelin, la jeune femme aux cheveux de neige la vit comme un acte de divination, une tentative de se mettre en valeur et de révérer son dieu en la présence d'une personne qui ne voulait rien à voir avec eux. Les Architectes seuls étaient responsables de leur damnation, cette imbécile l'avait-elle oubliée ? Peut-être ne l'a-t-elle simplement jamais su, quoi qu'il en fut, ses prières tombent dans les oreilles de la mauvaise entité. 

Libérant ses cheveux de ses doigts, la cristallisée dépose son menton sur son poing serré, appuyé sur sa cuisse. Assise en tailleur, sa perplexité se lit sur sa posture refermée et son visage semble fort amusé de juger l'abusive folie des grandeurs dont son anomalie comparse semble munie. D'une voix posée, mais dont la moquerie peut se faire sentir, elle plaisante.

- "Je m'appelle Laurelin, je suis une anomalie et j'aime bien mon dieu" aurait suffit. 

Il fallait dire que la dernière personne en mémoire d'Ophélia qui avait un tel sens théâtral n'était autre que ce cher Müller ... qu'elle était d'ailleurs bien loin d'avoir oublié. Il s'était bien amusé à lui sortir des racontars sur un rétablissement miracle, à travers la douleur et le sang. Oh, il n'y avait eu manquement de parole que sur la première partie du contrat, le reste avait été superbement desservi. La rancune est toutefois un bien meilleur moteur que la curiosité, n'en déplaise à ce cher docteur et lorsque la vaironne en trouvera le temps, elle parviendra à obtenir justice pour ce qu'on lui a fait au nom de sa nature.

Laurelin aussi lui faisait remonter des souvenirs et sans même avoir recours à la magie. Son attitude, sa naïveté bien-fondée, elle ressemblait aux enfants de sa boutique. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, Ophélia ne savait si elle devait s'en réjouir ou au contraire trouver cela détestable. Pourquoi ? Le monde est cruel, fourbe, vicieux, il poignarde dans la nuque et rend les gens fous. Devant elle, la vaironne voyait l'incarnation de la pureté. Mais combien de temps durerait-elle ? Si elle l'avait voulu, l'ancienne meurtrière aurait facilement pu récidiver sans que la jeune femme n'y puisse quoi que ce soit. Et si la prochaine personne qu'elle aiderait n'était pas aussi clémente ?

- Ecoute, je te suis redevable de ce que tu as fait. Mais arrête. Je suis la dernière personne qui a le droit à ta clémence, après moi, ne commets plus jamais la même imprudence que celle dont tu viens de faire preuve. Tu dis que Khugatsaa te missionne ? Eh bien je suis certaine qu'il serait très attristé de voir une mortelle si fidèle succomber à la cruauté des humains. Alors, arrête. Arrête ou soit prête à en payer le prix. Ce n'est pas en étant magnanime que tu parviendras à empêcher ton Régisseur d'accomplir sa mission que vous avez tout deux reçus du même dieu si bienveillant. 

Ophélia ne savait si elle pouvait rester plus longtemps, ni combien de temps elle avait fixé le vide du monde, ou bien combien d'heures sa berceuse à répétition avait duré. Mais chaque seconde compte dans la vie d'une anomalie et elle, elle n'avait pas de dieu pour couvrir ses arrières. Alors, elle se leva simplement, acquittée d'avoir aidé Laurelin à installer son campement. 

- Fais comme moi, fuis. Et profite bien de ce que tu as pendant que tu le peux, on ne réalise pas la valeur d'une chose avant qu'on nous l'ôte. 

C'était une salutation personnelle, le genre d'au-revoir qui évitent de dire adieu et qui ne laissent aucun remord. Enfin, il n'y avait là que rien de très extraordinaire, un simple conseil qui permettrait à la jeune fille de survivre plus longtemps pour peu qu'elle le suive. En attendant, Ophélia avait ailleurs où aller ... là où son Régisseur la suivrait, mais également là où elle saurait le garder à distance. 


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