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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Ünellia
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 Gouffre de minuit

Jameson Reef
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Mer 15 Aoû - 23:10
Irys : 44995
Profession : Peintre.
Daënar +1

Métaux en fusion et étincelles de raffinage, en veux-tu en voilà. J’erre dans ces rues forgeronnes, dans un coin du deuxième quartier d’Alexandria. Mon esprit divague, il se projette dans le brouhaha incessant des meules qui fonctionnent à l’unisson ; les coups de marteaux pleuvent comme une multitude de volées de flèches. Au loin, l’acier rougit sous les compliments de quelques impacts, il se forme et se déforme. La nuit est tombée depuis quelques heures maintenant et ces lucioles de lave enjolivent ma vue terne, insipide. A chaque crépitement, crache ses couleurs.

C’est ma deuxième semaine de survie, ici. Et j’ai déjà pour habitude de me pincer la peau, à l’aube des jours nouveaux. Malheureusement pour moi, le réveil ne vient jamais. J’ai littéralement tout perdu ; l’entrée à Ünellia ne s’est pas déroulée de la meilleure des manières. Il faut savoir que Rathram n’est pas un mot anodin ici, il suffit de commencer à racler sa gorge pour finir avec deux officiers sur le dos. Les relations diplomatiques étant tendues,  les terroristes artificiers sont des cibles de choix pour les autorités. Pas d’amalgame, bien sûr. Mon équipement m’a donc été confisqué, au motif saugrenu.  « Les chandelles, c’est dangereux monsieur. Si vous visez les yeux, vous pouvez faire des aveugles. »

J’me suis donc retrouvé à poil, sans le moindre sou parce que le sac qui comportait mes mèches, comportait aussi mes pièces. Voilà où j’en suis, actuellement. Je n’suis plus que l’ombre de moi-même, mes journées se résument à récupérer des boulons et des écrous. Pourquoi ? Je n’en sais foutrement rien. Tout  ce que je sais, c’est que ça peut servir. C’est drôle mais quand tu bouffes de la glaise à longueur de temps, t’es bien content de tomber sur un objet utile, ou inutile.

J’regarde l’heure, la demi-lune pointe le bout de son croissant ; c’est le moment pour un roi de festoyer comme il se doit. Passant d’une vitesse de marche proche d’un boiteux à celle d’un lièvre dans ses plus beaux jours, je me retrouve à côté d’une échoppe en moins de quinze minutes. Cette dernière se nomme « La raffinerie » et c’est mon havre de paix. L’artisan se nomme Pierre-Paul et presque Jacques, c’est un colosse aux mains granuleuses et à la voix tonitruante. Il entretient des relations étranges avec des gens, étranges. Mais ça m’est égal, il m’offre le gîte en échange de quelques coups de main.

Il profite de mon incroyable talent à créer des claque-doigts pour approvisionner ses clients en contrebande : des grenades à mèches qui peuvent souffler un bâtiment sans grande pression. Ce n’est pas de l’art, c’est de la survie. Et quand j’y pense, j’devrais peut-être m’y remettre. Parce que depuis tout à l’heure, depuis l’début du paragraphe, papa me toise du regard. Alors j’enfile mes gants en maille, puis j’m’engouffre dans l’arrière-boutique poussiéreuse. J’entre en bloc opératoire, chaque pesée et chaque geste est au millimètre près. L’opération se déroule sans accrocs, pendant que la famille attend au comptoir ; des gens pas fréquentables pour un sou, quoique.
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Alyvesha
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Lun 15 Oct - 22:15
Irys : 345642
Pérégrin 0

Jackpot.

La roue est en train de tourner, Alyvesha le sent. Les choses commencent à bien se goupiller, et quand elle remue le poignet, elle n’a presque pas mal. A la reflexion, c’est peut-être lié à l’opium qu’elle a pris juste avant. Elle sent encore l’odeur de la fumerie sur ses vêtements, mais ce ne sont pas des choses aussi bassement factuelles qui vont l’empêcher de quoi que ce soit. Maintenant, elle a du travail, un petit contrat pépère préparé par un type qui sort du mitard. Elle s’est faite rencarder sur un boulot tranquille, plutôt rémunérateur, évidemment avec quelques risques, et qui demande des moyens. Et qui envoyer qu’une traîne-savate qui commence à se trouver dans pas mal des combines des bas-fonds de la ville, hein ?

Ben un gars efficace et connu, par exemple. Mais ça pose des questions, demande des avances, des garanties, des commissions. Donc quand on veut se remettre dans le bain, essayer de remonter quelque chose après ce qui a un amer goût de trahison par quelqu’un qui semblait être un copain, c’est toujours bien de taper dans les indépendants un peu discret. Aly elle-même a déjà fait appel à des gars qui traînent en marge, parfois pas totalement dans l’illégalité, quand elle était à Aildor. Maintenant, les rôles sont inversés, mais ni Turino ni elle ne vont s’en plaindre. Le cachet est bon, ils sont entrés en contact par des connaissances communes relativement fiables… Le boulot ira bien.

Elle crache au sol entre les jambes d’un passant, qui commence à lui jeter un regard noir qui s’interrompt quand il voit ses cicatrices. Là. Tout va bien. Elle laisse échapper un claquement de langue de mépris avant de s’engouffrer dans une suite de ruelles obscures du deuxième. Elle a aussi ses moyens pour circuler entre les différentes zones, mais ne devrait pas en avoir besoin ce soir. Non, elle est venue ici sur quelques conseils, pour du matos et p’tet bien plus. La raffinerie ressemble vraiment à un sale bouge, et elle est pas la première à entrer. Le patron gueule, agite les mains, les bras, rit à gorge déployée. A se demander comment ça se fait que tous les condés du patelin sont pas là, ne serait-ce que pour tapage nocturne.

Bah, c’est pas tellement son problème, à Alyvesha.

Elle vient, elle achète, elle repart. Les explosifs, feux d’artifices, acides en tous genres sont exactement ce qu’il lui faut pour son petit turbin de ce soir. Elle se passe le doigt sur l’arrête du tarin, fait un pas de côté pour scruter l’intérieur de la boutique. L’Artisan est là, vend à perdre haleine, pointe du doigt son arrière-boutique dans laquelle un genre de pitre s’active. Les artificiers et sapeurs sont souvent totalement ravagés. Pas forcément par leurs explosions qui les abîment considérablement. Enfin, si, mais après, ça. Non, plutôt par les produits qu’ils passent leur temps à sniffer ou consommer sous une forme ou une autre. Même en nuages de vapeurs méphitiques, d’ailleurs. Après, pour Aly, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait quelques accidents. Et l’absence de sourcils n’est finalement qu’un écueil mineur, quand on n’a plus de doigt.

C’est finalement son tour, et elle annonce la couleur : acide pour le coffre-fort blindé comme un barron et d’éventuelles serrures récalcitrantes ; petits explosifs discrets pour dégager le chemin et les obstables ; et fumigènes si y’a besoin de se faire la malle ou distraire un peu les poulets. Et, bien sûr, elle lâche le nom de sa connaissance qui l’envoie ici. Ça fait office de sésame, et le patron lui donne une grande bourrade qui manque de la projeter par la petite fenêtre du rez-de-chaussée, rien qu’en raison de la différence de masse entre eux deux. Elle se rattrape avec ce qu’elle peut de dignité et oublie le regard noir qu’elle voulait lui lancer : il ne lui prête déjà plus la moindre attention.

Le rigolo dans l’arrière-boutique, donc. Il pourra lui filer tout ça, faire un peu de bricolage et de calibrage si y’a besoin. Elle a assez de poches pour transporter une armurerie tant que c’est pas trop lourd, t’façon.

« Hé, salut. T’as entendu ce que j’ai dit à l’Artisan pour mes achats ? »

Elle scrute sa mine plus qu’étrange.

« Je vais m’éloigner p’tet un peu pour te laisser préparer ? »

Une lueur dans ses yeux qu’est pas sans rappeler la consommation de certaines substances psychotropes dont elle-même a l’habitude. Il manque juste les autres signes. Dans le doute, pas rester trop près de la poudre.

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Jameson Reef
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Mer 24 Oct - 1:11
Irys : 44995
Profession : Peintre.
Daënar +1
J’ai l’oreille droite qui gigote, le frêne de la charpente s’exclame sous le poids de mon interlocutrice, finement adossée à l’entrée de l’arrière-boutique. Je l’observe du coin de l’œil, avec une rétine faussement persécutrice. Le relief de sa balafre s’exacerbe face à la lumière tamisée ambiante,  elle tranche son visage en deux parties distinctes. Quelle beauté, l’auteur de cette mutilation s’est sacrément lâché, artistiquement parlant. J’mets mes zygomatiques à la tâche, pendant qu’mes narines relâchent un gaz opaque. Tel un dragon de cendre, j’expire une buée de tabac, un brouillard de toxicité. J’retire délicatement mes gants, par la pointe des doigts. Et à chaque mot, son doigt qui se lève.

« Ouais, alors. De l’acide, de l’explosif, et des fumigènes. » - lui réponds-je avec nonchalance.

Pas de réponse, juste le mouvement d’une boîte crânienne rotative ; elle me dévisage, étouffant sa cordialité avec ses pupilles dilatées. Dans le mille. J’arbore un sourire moqueur, tout en attrapant quelques mèches en lin. J’en dépose délicatement sur mon plan de travail avant de préparer une mixture d’huile et de glue : un mélange inflammable que j’applique sur les cordes tressées à l’unisson. Pendant ce temps, j’amorce à mon tour un semblant de discussion. Quelque chose de bien explosif.

« Pas la peine de faire la gueule. »

Toujours aucun mouvement de lèvres, ces dernières sont cousues par un fil invisible qu’est le dédain. L’atmosphère s’alourdit, une tension s’entoile sur nos silhouettes. Tel un arracheur de dents, j’attrape mes divers outils à portée de main ; ma chaise en érable et surtout à roulette, met le feu au parquet. Une pesée de poudre par-ci, un coup de clé à molette par là. J’ai l’impression d’être dans un grand jour, d’être à deux doigts d’atteindre le parfaitement parfait.

Seulement, l’acide n’est pas prévu. Je m’improvise chimiste du dimanche, combinant des détergents nébuleux et des pesticides douteux. S’en résulte une frêle explosion de gaz qui vient à dissoudre mes quelques poils de nez. Putain. J’attrape dans la foulée une fiole en verre avant de la remplir de ce savant mélange. C’est fragile, très fragile. J’ai l’étrange impression de tenir la fin du monde entre mon pouce et mon index. Une montée d’adrénaline implose dans mes connecteurs cardiaques, comme si la mort me caressait l’épaule. Frissonnant, exaltant. Mes commissures labiales se déchirent brusquement, un sourire vicelard s’empare de mon visage. C’est un, chef d’œuvre.

Des gouttes s’échappent de mes pores, surtout de mes paluches. Quelque chose ne va pas. Le tube à essai me glisse des doigts, il me tombe dessus. La faux de la faucheuse m’enserre la gorge, mes muscles se tétanisent soudainement. Mes yeux, submergés de détresse, se plongent dans ceux de ma cliente. Désarçonnée par la situation, cette dernière est déjà en position de se protéger d’une déflagration sans équivoque. Elle ferme ses paupières.

Dans la seconde d’après, c’est la renaissance. Le tube en verre s’imbrique dans le trou d’un barillet que je tiens entre mes jambes. Mon génie diabolique et ma boutade hors du commun me font sourire plus chaleureusement qu’à l’habitude. J’attrape ma sacoche à tabac, dégainant deux clopes roulées à l’arrache. J’en lance une à la balafrée, encore sur ses genoux.

« J’ai bientôt fini, j’ai plus qu’le flingue acidulé à monter. Le reste est sur la table, là. » dis-je en pointant du doigt l’angle de mon établi.

J’inspire une longue et intense bouffée, tout en me soutenant la caboche avec le poing.

« C’est quoi l’boulot ? »
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