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Chroniques d'Irydaë
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 Sur place ou à emporter ?

Ophélia Narcisse
avatar
Mer 10 Oct - 18:41
Irys : 1316968
Profession : Cible mouvante pour Régisseur
Pérégrins -1 (femme)
Montagnes et plaines, collines et marais, champ de fleurs ou champs de neige, tant de paysages qu'aucune palette n'était assez large pour dessiner l'horizon qu'avait exploré Ophélia. Dans la vie, dans la mort, dans les rêves ou l'imagination, y avait-il une personne qui pouvait se vanter d'avoir plus voyagé encore ? La vaironne se sentait céleste, légère, comme si plus rien ne pouvait l'atteindre, la mettre à genou, la faire pleurer, la blesser. Elle se voyait grandie, toujours insouciante, mais d'un fait volontaire. Pour vivre un restant de vie heureux, l'anomalie n'avait trouvé d'autre manière que faire tomber le dramatique dans l'oubli. La mort lui manquait, elle s'était accoutumée à la souffrance, au final, tout ce qui l'attendait au terme était un joyeux retour au foyer. Enfin, elle s'accrochait tout de même à son existence. Lointaine d'elle l'envie de déjà tout abandonner. Seulement lorsque la visage de la mort braquerait son regard sur elle, seulement alors cédera-t-elle à son emprise et seulement alors mourra-elle de sa main, et sa propre main seule. L'ultime revanche contre les Architectes, passer leurs limites, s'approprier son âme, se reconquérir.

Et quelqu'un lui avait donné ce but, ou plutôt l'espoir de vivre pour aider ses semblables. C'était une voie qu'elle avait choisi, une récompense à un cruel pèlerinage, la réponse à une énigme irrésolue. Pour cette même lueur sur le chemin, Ophélia continuait à l'arpenter, ne se souciant ni des feuilles tombantes, ni des ténèbres qui se couchaient par-delà les arbres. Le vent soufflait dans son dos, la marche forcée qu'elle avait vécu s'était enfin apaisée. Ne restait désormais plus que la plus tranquille des balades, et pourtant, rien sur le chemin n'avait changé. La seule différence demeurait dans la perspective de la vaironne. Les nuances grises s'étaient envolées, les ombres aveuglantes mises en exil. Les rayons nouveaux du soleil venaient faire scintiller un sourire sur son visage de pureté renouvelée. Alors qu'en la situation même, pas une seule lumière n'était visible.

Car là où nulle herbe ne se dresse, tout est blanc. Un lit de neige sous chaque pas, un frisson de plus à chaque brise. Ils étaient cinq, des nomades itinérants qui voyageaient d'eux-mêmes, en famille. Partis de l'Est, ils s'étaient donnés le soleil pour aiguillage. Mais l'hiver avait rattrapé leurs bottes, et les manteaux qu'ils portaient arboraient désormais les couleurs du givre. L'anomalie les avait trouvés au milieu de la steppe de glace, en-dessous des montagnes éternellement dressées en gardiennes. Une sensation étrange s'en dégageait d'ailleurs, comme un déjà-vu. Quoi qu'il en fut, le vérin d'une des roues de leur charrette s'était pris de givre, et avait finalement cédé sous le poids du convoi. Ophélia les avait aidés à recharger le tout, et après quelques demandes peu subtiles, avait réussi à infiltrer leur repas du soir. Le lendemain, elle avait finalement décidé de les accompagner dans leur trajet, ne serait-ce que pour un temps. De plus, elle avait ses propres vivres et bien que la maternelle fut réticente à cette idée, le reste n'eut pas l'air de s'en déranger. 

Deux jours passèrent seulement, avant que le froid ne recommence à mordre, plus férocement encore que la veille. La vaironne voyait le convoi s'affaiblir, et elle avec. Mais elle était une fille de Vereïst, la glace n'était pas une étrangère pour sa personne. En revanche, les nomades, eux, ne semblaient pas du tout avoir anticipé l'arrivée du blizzard. La fille aînée fut la première à mourir, elle était la moins consistante de tous, mais aussi la plus stationnaire. Le père lui avait raconté qu'elle aimait rester dans des grandes villes pour leurs bibliothèques. Vint ensuite le dernier garçon, puis la mère et enfin, le père. Le dernier demeurant était le frère cadet, un habitué de la chasse et des balades pour le moins risquées. 

Ils étaient tous deux assis au milieu de quelques arbres perdus, un feu fébrile grommelant sur un sol dégarni de neige. Un cercle de pierre en dessinait le contour et les sacs des défunts servaient de sièges. Ophélia s'était doutée qu'un seul manteau de fourrure ne serait pas assez pour survivre au froid. A chaque défunt, le reste de la famille insistait pour conserver les cadavres à l'arrière de la caravane, sous un immense drap qui était censé leur servir de tapis. Ils s'étaient refusés de toucher à leurs possessions, par pur respect, mais la vaironne ne désirait pas mourir par stupidité. A chaque cadavre de plus, elle attendait que tout le monde ne dorme et rajoutait les manteaux des défunts qui lui allaient à ses couches déjà existantes. Elle en portait actuellement trois, celui de l'aînée, de la mère, puis le sien par-dessus. Au moins, elle avait attendu que le père soit assez faible pour se décider à cette désacralisation. Enfin, ce n'était pas comme s'ils en auraient besoin là où ils allaient. 

Le cadet, à peine moins vieux qu'elle, restait grelottant avec sa couche singulière de manteau. Il faisait peine à voir, avec ses dents claquantes et ses pieds gelés sous ses bottes trempées. Le pauvre avait plongé le pied dans un lac givré, après que la glace ne se soit fissurée sous son pas. Ophélia n'imaginait pas l'état de ses orteils après ça. Il était probable que le garçon ne tienne pas plus d'une nuit, son état physique aussi dégradé que son état moral. 

- Tu ne veux toujours pas prendre le manteau de ton père ? 
- Jamais. La mort est bien plus froide que n'importe quelle tempête.
- ... je suis presque sûre du contraire. murmura-t-elle à elle-même.

Il était borné et il s'appelait Logan, rien de plus qu'un fils de chasseur, un jeune homme bondé de présence d'esprit et d'instinct. Mais aussi un idiot obsédé par sa fierté, aveuglé par son amour à une charogne. Enfin, la vaironne pouvait difficilement le blâmer, elle savait ce qu'était la fixation à la vanité, mais la mort est meilleure conseillère que le sommeil. C'était dommage, tout de même ... vraiment dommage, elle l'aimait bien, ce garçon. Toutefois, là où il en était rendu, sans doute était-ce une meilleure fin pour lui que de rejoindre sa famille plutôt que de survivre seul avec leur souvenir à l'esprit. Une fois encore, Ophélia savait parfaitement que la mémoire de la mort était un sort bien pire que la mort elle-même. Cette dernière ... eh bien, elle lui avait laissé un chaleureux souvenir, presque doux.

- ... tu es vraiment sûr ? La mort ça a beau être reposant, ça ne va pas sans mal.
- Qu'est-ce que vous en sauriez de toute manière ? 
- Oh oui, c'est pas comme si j'avais déjà péri ou ... quoi que ce soit. 

L'avantage des cristaux par ailleurs, c'était qu'elle ne sentait absolument rien de la morsure du froid, l'idéal aurait été qu'ils grimpent jusqu'à sa nuque. Enfin, ça en addition des trois couches de fourrure, plus celle de tissu, non pas qu'elle soit d'importance capitale ... c'était plus confortable qu'un seul manteau. Elle plaignait le garçon, vraiment, mais que pouvait-elle y faire ? Elle voulait l'aider, et elle lui avait d'ailleurs répété plusieurs fois qu'il allait mourir s'il continuait à s'entêter. La fierté a eu raison de tous ses arguments. D'ici une nuit, la vaironne s'était donc préparée à avoir un cadavre sur les bras, enfin, un de plus. Quoi qu'elle ne s'encombrerait pas d'eux, elle ferait plutôt un immense feu de joie pour faire d'une pierre deux coups. Et puis l'odeur dans la caravane commençait à devenir insupportable ! Certes, la viande était congelée, mais il restait cet arrière-parfum dont elle n'arrivait pas à se débarrasser. 

- Et ... tu es sûr de vouloir mourir ? Enfin ... ça ne te dérange pas ?
- Je survivrai à cette tempête. Je le jure devant Orshin.
- ... continue à t'obstiner et tu pourrais bien le rencontrer, oui.
- Vos remarques ne m'amusent pas plus qu'elles me confortent, Ophélia. Nous aurions dû écouter ma mère et vous laisser dans la nature.
- Ne sois pas ridicule, si vous aviez fait ça, il n'y aurait personne pour brûler vos corps.
- JE NE SUIS PAS ENCORE MORT !

Le jeune homme voulut se lever pour imposer son point de vue, finalement, ses jambes étaient belles et bien trop faibles et ses pieds ne le portaient plus. Il se maintint fléchi, le temps d'exprimer sa douleur et surtout de la réaliser, avant de se rasseoir sur le sac de sa soeur aînée. Si les paroles d'Ophélia paraissaient dures et acerbes, elle n'en signifiait pourtant aucun de ces traits. Elle était simplement directe, elle n'avait plus aucun filtre à ses pensées, travers de caractère qui lui avait d'ailleurs fait défaut dans un passé proche. Mais le garçon l'avait déjà envoyée bouler assez de fois pour qu'elle n'en puisse plus de se soucier de son sort. Sans plus d'espoir pour lui, elle lâcha finalement.

- Non. En effet. Mais ça ne saurait tarder.

Le garçon ne dit pas un mot de plus, son silence plus éloquent que n'importe quelle insulte. La vaironne, elle, contemplait l'énormité de ce gâchis sans en ressentir la peine. A force de trop pleurer, on perd ses émotions, Ophélia n'avait que peu d'empathie à partager.


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Ophélia s'exprime en #cc0066
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