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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Zagash
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 Le barde

Reyan Aïdher
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Lun 9 Jan - 17:47
Irys : 29996
Profession : Barde
My'trän +1
C'était une fraîche soirée comme une autre, où le soleil déclinant finissait d'éclairer les routes de My'trä. Quelques nuages venaient obscurcir davantage encore le ciel chaque fois moins bleu, chaque fois plus noir, et une légère brise passant entre les feuilles des arbres venait les faire bruire en douceur. Alors que le jour cédait petit à petit sa place à la nuit, une petite rivière coulait immuablement. Mais tandis que le cours d'eau traçait sa route vers le grand océan, Reyan cavalait vers le sud, agrippant les rênes avec force tandis que sa monture, une superbe jument à la robe alezane, trottait à un rythme modéré. Un souffle de vent fit voleter les cheveux bruns du jeune barde qui leva les yeux, constatant chaque fois plus l'urgence de trouver un toit pour la nuit. S'il ne se lançait pas au galop malgré sa situation compliquée, c'était d'une part parce qu'il n'était pas très bon cavalier, d'autre part parce qu'il ne voulait pas prendre le risque de faire tomber sa précieuse lyre en allant trop vite. Reyan conservait néanmoins un calme olympien : il connaissait bien les mœurs de Zagash, sa région natale, et savait qu'il tomberait tôt ou tard sur un hameau ou un village s'il restait au bord de l'eau.

Depuis qu'il avait fait l'acquisition de son instrument, Reyan profitait du voyage annuel de sa famille vers la demeure de ses grands-parents, dans un petit village de Suhury nommé Val-de-Lys, pour jouer en public dans les différents lieux habités qu'ils traversaient, un exercice qui était lui désormais familier. Lorsqu'il fut suffisamment grand pour se déplacer en autonomie, ses parents consentirent à le laisser partir seul pour lui permettre d'exercer ses talents dans les alentours de Shüren, ou de Val-de-Lys lorsqu'ils s'y trouvaient. C'était alors l'occasion pour Reyan d'expérimenter la vie de musicien itinérant, avec l'obligation toutefois de toujours rentrer avant la nuit et l'interdiction de quitter les sentiers battus. La première règle avait fini par sauter, laissant au jeune barde la possibilité de négocier avec les aubergistes afin d'obtenir une chambre contre un peu de musique d'ambiance, un commerce pas très lucratif, mais qui avait l'avantage de lui éviter de dormir à la belle étoile. Il rentrait généralement chez lui le lendemain, voire même le surlendemain lorsqu'il s'en sentait la force. Quant aux sentiers battus, Reyan se montrait habituellement assez obéissant, d'abord par respect pour ses parents, mais surtout parce qu'il était conscient de l'environnement sauvage qui pouvait se montrer relativement hostile. Par chance, il n'avait que peu de fois été confronté à de vraies difficultés, et il s'en était toujours tiré sans dommage, souvent grâce à la magie. Cependant, le Zagashien avait ces derniers temps ressenti un ennui croissant, aussi se montrait-il un peu plus intrépide que d'ordinaire. Une première fois, il s'était écarté du chemin pour finalement tomber sur un clan de nomades adeptes d'Orshin, en pleine forêt. Puis, régulièrement, comme par défi, il s'enfonçait volontairement, et de plus en plus, en pleine nature, loin des routes, et ce sans aucun problème. Jusqu'à ce jour du moins.

Sans doute Reyan s'était-il montré un peu trop impétueux puisqu'il avait fini par se perdre, allant même jusqu'à tourner en rond pendant de longues minutes avant de s'en apercevoir. Il n'était pas doué du même sens de l'orientation que Soran, chasseur habitué aux milieux sauvages et qui prêtait gentiment sa jument chaque fois que son plus jeune frère le lui demandait. Restant résolument optimiste, Reyan gardait néanmoins un œil attentif sur le ciel qui s'assombrissait de plus en plus. Il serait trop dangereux de camper au milieu de nulle part en pleine nuit, trouver un lieu pour s'abriter devenait indispensable. La chance finit par lui sourire : un petit hameau avait effectivement pris place au bord de la rivière ! Le sourire habituellement présent sur les lèvres du jeune barde s'accentua, et il autorisa même sa monture à accélérer le pas pour arriver plus vite à bon port.

La nuit était tombée lorsque Reyan franchit la porte de la taverne locale. Il baissa la capuche de sa cape de voyage, révélant son visage à l'assistance. À sa grande satisfaction, il constata qu'aucun musicien n'occupait les lieux, lui laissant le champ libre. Des rires gras se faisaient entendre tandis que des chopes s'entrechoquaient et des assiettes se vidaient. Désormais habitué à ce genre d'ambiance, notre héros s'avança tout naturellement vers le propriétaire des lieux, qui parut dans un premier temps quelque peu sceptique, mais finit par accepter de le laisser jouer en échange d'un repas, d'une chambre pour la nuit et d'une place à l'écurie. Satisfait, Reyan alla s'installer dans un coin, s'asseyant sur un grand tabouret pour se donner un peu de hauteur, et entreprit d'accorder sa lyre, quelque peu malmenée pendant ce trajet plus long que prévu. Il n'était pas nécessaire d'être un génie pour comprendre que l'ambiance n'était pas à des airs tristes et émouvants, aussi le barde choisit dans sa tête quelques morceaux idéaux pour les tavernes un peu agitées. Il prit une grande inspiration, et commença à pincer les cordes, les unes après les autres. Comme il fallait s'y attendre, personne ne fit attention à lui durant de longues minutes, jusqu'à ce qu'un petit groupe remarque enfin sa présence. Estimant qu'il serait malvenu de chanter dans une telle atmosphère, Reyan se limita à jouer de sa lyre, mais cela suffisait visiblement à satisfaire l'audience : quelques applaudissements vinrent appuyer la fin de sa ballade suhurienne, ce qui était déjà beaucoup, le public des tavernes n'étant généralement pas le plus attentif ! Parfois, le jeune Zagashien prenait quelques secondes pour changer l'accord de son instrument, avant de reprendre de plus belle. Il y eut quelques exclamations ravies d'un autre groupe, déjà ivre mort alors que la lune venait à peine de se lever, ce qui fit sourire notre petit barde. Enfin, après une autre salve d'applaudissements de ses quelques spectateurs, Reyan salua et fit signe qu'il reprendrait après une petite pause. N'ayant pas encore faim, il choisit de commander son repas plus tard, et s'installa seul au comptoir pour profiter d'une chope de bière bien fraîche, chope que le tavernier, finalement séduit par la performance de l'artiste, lui offrit de bon cœur. Se perdre avait été un mal pour un bien, se dit Reyan. Il avait ainsi pu s'exercer dans un tout nouveau lieu, auprès d'une clientèle qui, sans l'avoir jamais entendu, paraissait sensible à ce qu'il proposait, même dans ce cadre particulier où les musiciens peinaient à s'imposer. Goûtant une gorgée qui vint lui rafraîchir le gosier, il laissa son regard parcourir la salle, profitant de cette soirée animée.
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Luka Toen
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Jeu 12 Jan - 0:52
Irys : 353596
Profession : Historienne et naturaliste
Pérégrin 0
Les yeux mi-clos, la tête suavement renversée en arrière, Luka demeurait sous la lune comme un chat alangui par la caresse du feu. La terre humide et froide pulsait sous ses paumes, et quelque part sous la plante de ses pieds de malicieux poissons venaient parfois lui chatouiller la peau par mégarde puis s’éloignaient d’un sursaut dans un remous d’eau. Elle s’était assise à même le sol, profitant pour quelques instants de la douceur des roseaux et de l’herbe revêche qui poussait alentour, cueillie au cœur de la nuit par un air de fête étranger à son oreille. Sa longue chevelure encore alourdie d’eau serpentait de ses épaules jusqu’à la finesse de sa taille, distillant goutte à goutte une faible lueur dans l’obscurité ambiante, les rayons lunaires difractés comme une couronne luminescente. C’était tout autant de petits cristaux opalins qui morcelaient sa peau nue et qu’elle s’amusait à voir glisser en farandole folle au moindre de ses mouvements esquissés, à peine remise de sa frugale baignade et encore moins prête à y mettre fin. C’était là l’une de ses lubies les plus délicieuses, et un plaisir de voyageuse sauvage qu’elle entretenait avec grand soin depuis… Depuis ce temps lointain où son âme était encore complète.

Elle ferma tout à fait le rideau sombre de ses cils, se surprit à chantonner sur le rythme alléchant de cette mélopée qui envahissait la nuit. Les notes se glissaient sous sa peau, donnaient des couleurs à la campagne environnante, éclaboussaient les environs en une joie pure et non verbale d’être en vie. Soudain, elle pouvait sentir le souffle du musicien s’égrener sous ses paupières, et c’était presque comme de frôler le froissement d’air de ses doigts sur les cordes, cette pâle et allègre composition qu’il effectuait comme un funambule de haute voltige. Elle connaissait cette balade ! Elle se redressa d’une souple torsade, vive et fluide sur ses hanches qui dessinèrent des ondes à la surface de la rivière comme autant de ridules sur la matière lisse et soyeuse d’un miroir. Et la voilà désormais dansante, rieuse conscience frayant avec les feu-follets et les fées, aussi dryade qu’allumeuse dénuée de toute pudeur ! Messieurs les poissons, Mesdames les algues, salua-t-elle silencieusement l’assemblée à l’image de ces comptines d’enfance fort populaires, ondoyante et cérémonieuse, car la belle musique était quelque chose avec laquelle il ne fallait pas mentir. Oh oui, en cet instant sous la lune, Luka se fichait bien des maraudeurs –encore auraient-ils pris peur à contempler ce spectacle inédit, car les femmes dansant nues dans la nuit ont toujours ce on-ne-sait quoi d’interdit et d’un brin dangereux. Personne de toute façon ne s’intéressait à la campagne à cette heure-ci, ni au ronronnement des grenouilles ni même au furetage des animaux nocturnes dans les branchages : tous étaient à l’heure de la bière fermentée, dans l’auberge dont la lumière des fenêtres se découpaient en carrés parfaits à quelques mètres d’ici.

Elle s’étonnait. Les habitants étaient vraiment bravaches, dur de l’oreille et d’approche, peut-être rassis à force d’avoir été contraints de se tenir si loin des mouvances du monde. Un petit hameau dans tout ce qu’il y avait de pire et de mieux ! Ils ne l’avaient pas mal accueillie, loin sans faux, mais il y avait rarement sur leurs visages un sourire avenant et un air sifflotant. C’était la quatrième et dernière nuit qu’elle passait chez eux, et c’était bien la toute première fois que le village se parait d’un manteau plus festif et civilisé… C’était précisément ce qui l’avait stupéfaite tandis qu’elle se baignait dans la rivière voisine, soudain figée dans sa brassée, les lèvres entrouvertes sur une surprise qui n’en finissait pas de s’étirer ! Une kyrielle de gouttelettes avait alors coulé dans sa nuque, lui arrachant un frisson tout autant que la fixité du moment, et elle avait penché l’oreille avec une attention redoublée. Par Bolgokh et toute sa mythologie réunie, était-ce bien là de la musique qu’elle entendait ? Des notes de musique ? Elle s’était laissée allée dans la fraîcheur de ce bain sauvage, dodelinant de la tête sur la reprise de certains accords comme la baguette d’un maître d’orchestre marque le tempo. Au centre de cette vaste vasque qui renvoyait l’écho des cieux et la courbe taquine de la lune, attentive et public charmé, il lui semblait être en parfaite osmose avec le monde.

Mais l’heure avançait et le fond de l’atmosphère se teinta d’une note poivrée. Une odeur lourde et cendrée montait à présent de la terre sombre, et un goût d’humus et de forêt après l’intempérie emplit les environs mieux qu’une alerte météo. Le ciel avait la saveur d’une chaude pluie d’été. Elle se hissa sur la berge et sa silhouette se découpa dans un carré de lune : c’est ici qu’elle avait laissé séché Kharan Shar, entre autre parmi une bonne partie de ses affaires. Elle chaussa ses sandales de deux doigts habiles et revêtit sa tunique en un rien de temps. D’une torsade du poignet elle rabattit ses longs cheveux humides sur le devant d’une épaule, peu préoccupée de les essorer lorsque le temps commençait à cracher une fine bruine mélodieuse. La musique s’était tue. Dès lors, il n’y avait plus aucune raison de ne pas regagner le plancher des êtres humains normaux… Tenant Kharan Shar à bout de bras au-dessus d’elle, elle s’élança donc à travers la pluie désormais diluvienne jusqu’au portique de l’auberge, un dernier air de balade évanescent sur les lèvres.

Comparé à la froidure de la rivière, la brûlure de la salle principale lui sauta au visage lorsqu’elle entra silencieusement dans la pièce. Les villageois avaient l’habitude des voyageurs de passage, nul ne s’étonnait plus de ses allées et venues à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, ni de ses dégaines souvent atypiques. Les Zagashiens lui pardonnaient –elle était médecin tout autant que naturaliste et cela suffisait à lui donner une certaine légitimité ainsi qu’une grande liberté de mouvements. Elle salua quelques connaissances d’un léger signe de la main enjoué et se dirigea immédiatement vers le comptoir :

« Je vous ai rapporté de la bruyère pour vos rhumatismes, vous m’en direz des nouvelles. Il y en avait plein le long des berges ! »

Elle déposa devant les yeux du tenancier une petite escarcelle en cuir dont elle délia le cordon, présentant ladite plante à son logeur actuel.

« Merci, en tisane c’est bien ça ? Marjo va être contente ! Vous êtes passés voir mes Erveekhei ? »

« Une chope de bière, merci, répondit-elle tout d’abord au signe invisible qu’il lui fit. Et oui, bien sûr. Pas d’inquiétude, je n’ai rien remarqué d’anormal. Les « familles » sont simplement en période de joie et d’accouplement particulièrement remarquable, ils devraient se calmer d’ici peu et permettre à vos champs de récupérer rapidement leur fertilité. Vous aurez une bonne récolte. »

A l’origine, c’était bien de l’étude d’Erveekhei qu’elle était partie faire aujourd’hui. Mais en fin de journée, sa route avait croisé celle de la rivière, et ce plaisir d’enfant n’avait pas chômé…

« Vous avez eu bonne soirée à ce que j’ai entendu ? »

Et son sourire se fit un peu plus aguicheur tandis qu’elle tournait le feu de son regard en direction du musicien jusqu’alors silencieux juste à côté d’eux. Ses prunelles s’étrécirent et elle leva son verre à son honneur, gardant encore sous sa peau le goût de ces heures savoureuses passées à danser nue sous les airs de sa lyre. Personne ne saurait jamais, et c’était là justement que se trouvait tout le plaisir de ce méfait accompli.

« Luka Toen, pour vous servir. Vous êtes uniquement de passage pour affaires ? »



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Dernière édition par Luka Toen le Lun 30 Jan - 18:15, édité 1 fois
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Reyan Aïdher
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Sam 21 Jan - 17:27
Irys : 29996
Profession : Barde
My'trän +1
[HJ : Toutes mes excuses pour ce retard ! Mais c'était pour la bonne cause, j'ai trouvé un travail \o/]

La soirée battait son plein. On entendait des éclats de rire ici et là, et un groupe de joyeux lurons, ceux-là-mêmes qui avaient acclamé le jeune barde lors de sa prestation, prit un malin plaisir à prendre sa relève, beuglant des chansons aux textes peu chastes avec une justesse approximative. Tout en sirotant sa bière, Reyan ne put s'empêcher de sourire devant ce spectacle aussi navrant que divertissant. Au bout de quelques minutes, la porte de la taverne s'ouvrit, mais peu de têtes se retournèrent pour vérifier qui faisait irruption dans la salle à cette heure inhabituelle. C'était une femme à la chevelure flamboyante, fait déjà relativement peu commun à My'trä, et à l'accoutrement lui aussi plus qu'étrange. Son entrée, certes discrète, n'avait pas échappé à Reyan qui balayait l'assistance du regard. Son attention fut retenue quelques secondes par cette présence très magnétique, jusqu'à ce que la rouquine vienne s'installer au comptoir, non loin de lui. Ses longs cheveux dégoulinaient, et Reyan remarqua enfin à quel point la pluie tombait drue dehors, contribuant au brouhaha déjà conséquent de la taverne. Il lui faudrait redoubler d'efforts pour se faire remarquer au moment de reprendre sa performance, se dit le musicien, songeant même qu'il pourrait peut-être se permettre de chanter si l'ambiance s'y prêtait. Si ses yeux s'étaient détachés de la nouvelle arrivante, le Zagashien laissa tout de même son oreille traîner, et il ne perdit pas un mot de son court échange avec l'aubergiste. À l'évocation de la bruyère, Reyan sourit à nouveau : lui-même n'avait qu'une connaissance très vague des herbes médicinales, qu'il savait certes reconnaître grâce à la bénédiction de Möchlög, mais dont il ne savait préparer qu'une petite poignée, les plus courantes . Lorsqu'il devait guérir quelqu'un, le barde faisait habituellement usage de ses pouvoirs magiques, ce qui l'avait dispensé d'apprendre par cœur les nombreuses recettes de baumes et onguents répertoriées dans de tout aussi nombreux traités de botanique et de médecine.

C'est alors qu'il commençait à se perdre dans ses pensée qu'il sentit qu'on s'adressait directement à lui. Tournant ses yeux marron vers son interlocutrice, la fameuse rousse, il la vit rendre hommage à son art en levant son verre, ce qui ne manqua pas de le flatter.

« Je vous remercie, je n'ai pas à me plaindre, en effet. » répondit Reyan en jetant un œil vers le tabouret sur lequel il s'était assis pour jouer.

Il y avait laissé son arc et son carquois de flèches, par terre, juste à côté de sa cape dont la capuche contenait une poignée d'Irys lancées par des clients généreux. C'était en quelque sorte son « pourboire » de barde. Objectivement parlant, la somme qu'il avait récoltée lui paraissait bien maigre à vue d’œil, mais il fallait prendre en compte que la soirée n'était pas terminée, et surtout que ce public ne le connaissait pas, les villageois pouvant donc se montrer quelque peu frileux à l'idée de récompenser financièrement un musicien étranger. En ce sens, non, Reyan n'avait vraiment pas à se plaindre. Il répondit au regard ardant de la dénommée Luka par son habituel et paisible sourire.

« Je suis Reyan, enchanté, dit-il en levant à son tour son verre avant de boire une gorgée de bière supplémentaire. De passage, certainement, c'est la première fois que je viens ici. Quant aux affaires, je pense qu'il n'y a jamais de mauvaises occasions pour exercer son métier. Vous devez en savoir quelque chose, je me trompe ? » ajouta-t-il, faisant référence aux évidentes compétences médicinales de la belle rouquine.


Dernière édition par Reyan Aïdher le Dim 12 Fév - 20:14, édité 2 fois
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Luka Toen
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Lun 23 Jan - 23:02
Irys : 353596
Profession : Historienne et naturaliste
Pérégrin 0
Luka rit doucement dans la pâleur du soir, et le coin de ses lèvres dévoila l’orée de ses dents blanches en une pointe d’espièglerie.

« Vous avez bien raison cher Reyan. Il n’est pas de nuit trop claire ni de nuit trop courte pour un brin de musique. Ou de médecine. »

Elle prononça son nom avec un léger accent, une tonalité à peine plus prononcée comme l’on savourerait un bonbon acidulé. Il y avait quelque chose chez lui de très singulier. Cela allumait des étincelles et des éclats bravaches dans les prunelles de Luka, comme une envie de provoquer ce qui n’était guère provocable. Il sourdait de lui une nuance infiniment calme, peut-être la surface d’un lac, une lentille d’eau que pas un souffle de vent n’aurait effleuré. Il n’était pas impressionnant à première vue, ne possédait pas la carrure de ces lutteurs échauffés dont les muscles saillants faisaient frémir certaines filles d’envie. Et pourtant, elle l’aurait juré de prime abord, il siégeait à ce comptoir paré d’un inébranlable sourire énigmatique comme Bolgokh savait quelle muraille de palais exotiques. Cela, et toute une kyrielle d’autres détails à peine perceptibles à l’œil nu, lui faisait penser qu’il avait probablement bien des choses à cacher. Monsieur n’était sans doute pas que musicien ; prestidigitateur peut-être, ou l’un de ces grands comédiens sur les planches d'un théâtre ?

« Avez-vous rencontré des difficultés sur votre chemin ? »

Elle se pencha légèrement en avant, ses prunelles traduisant pour elle le véritable sens de sa question. Elle avait suivi le regard de Reyan, et son attention s’était posée sur la courbure protubérante de son arc comme autant d’étourneaux curieux. Le métier de musicien itinérant n’était pas de tout repos. S’agissait-il d’une arme qui n’avait d’autre fin que la prévention d’une malheureuse et infortunée attaque de grands chemins ? Savait-il tout au contraire s’en servir avec toute l’agilité et la précision que requerrait un tel type d’armes ? Bien sûr, les velléités d’agression existaient partout dans le monde. C’était une part inhérente de l’être humain, et ce, même au sein de l’une des régions les plus sûres du continent. Néanmoins personne n’était à priori encore en guerre, et la plupart des voyageurs préféraient se protéger de ces menus désagréments par la simple compagnie de gardes du corps ou d’une caravane de marchandises… Il fallait avoir du cran pour voyager seul et par ses propres moyens. Du cran, ou des compétences. Elle aimait croire que ses doigts n’étaient pas qu’agiles et allègres sur la matière râpeuse d’une corde musicale !

« Merci, remercia-t-elle à nouveau le tenancier lorsqu’il déposa sur le bois une chope de bière à son intention. »

Elle n’était pas particulièrement friande de ce breuvage, mais il déliait les langues et faisait partie de cet entier stratagème social qui consistait à se fondre dans la masse. Les villageois vous contemplaient de leurs grands yeux effrayés, droits sur leurs chaises comme des animaux aux aguets. Cela, jusqu’au moment où soudain vous trempiez les lèvres dans leur alcool, acceptant, prenant part à ce qu’ils considéraient de plus sacré et de plus naturel pour un être humain. Ne pas boire de bière était soit le signe d’un esprit dérangé soit le signe de mauvaises intentions. Forcément.

« Savez-vous jouer de plusieurs instruments ? Et, par hasard, connaîtriez-vous un air originaire de Dyen… ? »

Elle pencha doucement la tête de côté, et quelques mèches éparses glissèrent de son épaule comme de la soie liquide. Elle l’observait de ses grands yeux interrogatifs, vraiment désireuse de connaître la réponse à ses questions. Tout cela, entendre cette musique, lui avait rappelé un infime souvenir d’enfance. A présent elle rêvait d’écouter une mélodie connue, quelque chose qui n’aurait appartenu qu’à elle et à sa culture, celle de toute son adolescence. Connaissait-il donc une partition caractéristique de Dyen, en tant que fin connaisseur de ce que le monde musical avait à offrir à ses initiés ? S’il était un grand voyageur, il subsistait une maigre chance qu’il puisse répondre à sa requête…



[Hrp : Félicitations pour ton travail !! Je sortirai le champagne en ton honneur, j'espère que tu as fêté ça ! =D]



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Reyan Aïdher
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Dim 12 Fév - 20:12
Irys : 29996
Profession : Barde
My'trän +1
Reyan n'eut aucun mal à rendre son sourire à la belle rousse. Son oreille musicale fut sensible à son très léger accent, donnant à son prénom une sonorité encore jamais entendue et, il devait bien l'avouer, des plus attrayantes. D'où pouvait bien venir la mystérieuse Luka, se demanda le Zagashien en avalant une nouvelle gorgée de bière. Loin de le troubler, l'évidente vivacité de la jeune femme l'intriguait, elle sortait du lot des nombreuses personnes qu'il avait pu croiser sur les routes dernièrement. Il n'était pas si inhabituel que quelqu'un s'approche de lui pour tenir une conservation, aussi anodine soit-elle, lorsqu'il se produisait dans une taverne ou même sur la place d'un village. De cette façon, Reyan avait pu entendre le récit de vie de nombreux My'träns, alimentant ainsi sa réserve d'imagination lorsqu'il se mettait à écrire des textes. Malgré tout, ces entrevues étaient le plus souvent éphémères, et ne donnaient lieu à aucune suite. Pour une raison qui échappait encore à notre héros, Luka paraissait différente. Elle pouvait déjà se vanter de faire partie d'un groupe assez restreint : celui des gens qui interrogeaient directement Reyan, lui qui était plutôt coutumier de l'écoute silencieuse. Elle en venait même à le mettre un peu dans l'embarras, bien qu'il n'en parut rien.

« Fort heureusement non, les Architectes étaient avec moi ce soir, dit-il en quittant à son tour son arc des yeux pour se tourner à nouveau vers Luka. La nature sait se montrer fascinante et recèle bien des merveilles, mais également bien des dangers. Sachant cela, mieux vaut rester prudent. »

Le nombre de ses mauvaises rencontres ne devait pas dépasser la dizaine, et les doigts d'une main suffisaient pour compter les occasions où il avait eu à se servir de son arme pour s'en sortir. Lorsqu'il le pouvait, il préférait la fuite, exercice où il se montrait particulièrement doué grâce à la magie d'Amisgal. Mais l'Architecte des vents lui prêtait également assistance lorsqu'il se voyait obligé de réaliser des prouesses en archerie. Reyan préféra ne pas mentionner qu'il s'était perdu en chemin, tant pour garder une certaine contenance que pour préserver sa petite fierté. Il lui faudrait de toute façon tout dévoiler dès le lendemain, au moment de partir, mais il en était encore loin.

Luka paraissait sincèrement s'intéresser à lui, un geste assez touchant auquel le musicien fut sensible.

« Je pense pouvoir me débrouiller avec une flûte ou même une guitare, mais la lyre reste sans conteste mon instrument de prédilection. Je ne voudrais pas vous donner de faux espoirs ! »

Reyan accompagna ses propos d'un sourire un peu plus appuyé, plus malicieux. Il sembla néanmoins se murer en pleine réflexion suite à la demande bien précise de son interlocutrice, qui le plongea pendant quelques secondes dans un silence méditatif tranchant sérieusement avec l'ambiance animée de la taverne.

« Dyen, la cité des dragons ? Hmm... Je ne crois pas connaître de musique de cette région, mais... J'ai appris quelques morceaux auprès de fidèles d'Amisgal, où il est question de dragons naturellement. C'est ce qui s'en approcherait le plus j'imagine, peut-être que cela vous conviendra ? »

Alors qu'il chercha l'approbation dans le regard de la jeune femme, Reyan croisa également celui de l'aubergiste, qui, volontairement ou non, lui fit comprendre que sa pause avait assez duré. Il finit sa chope, puis, après un discret clin d’œil adressé à Luka, quitta le comptoir et retourna près de son instrument, qu'il prit le temps d'accorder une nouvelle fois.

« Et voici à présent la promenade d'Amisgal, pour tous les amateurs de dragons ! » annonça Reyan avant de finalement commencer.

Le morceau était sans aucun doute plus technique que les précédents, les doigts du musicien courant sur les cordes dans un flot quasi ininterrompu qui devait représenter le vol de l'Architecte des vents. C'était une des premières œuvres qui lui avait demandé énormément de travail, apprise auprès du khorog qui lui avait offert sa lyre, mais il avait fini par bien la maîtriser. Inconsciemment, Reyan employa les pouvoirs de l'air pour promener ses sons d'un bout à l'autre de la grande salle, enrobant les clients ivres dans une atmosphère très douce, les invitant dans le ciel où Amisgal régnait en reptilienne maîtresse, dans ce monde sans frontières où la liberté était la seule règle. Durant les quelques minutes que dura la promenade, le jeune barde en vint à s'oublier, s'immergeant lui aussi dans l'extase du moment, jusqu'à ce que le dernier accord résonne. Évidemment, il aurait été illusoire d'espérer un silence total en soirée dans une taverne, mais plusieurs mains applaudirent de bon cœur la prestation de Reyan, qui chercha Luka du regard, et lui sourit sereinement, espérant avoir répondu au moins partiellement à ses attentes.
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Luka Toen
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Jeu 23 Fév - 1:34
Irys : 353596
Profession : Historienne et naturaliste
Pérégrin 0
Il y avait de la délicatesse dans l’air. Un son ouaté qui coulait sur les corps, donnait grâce et légèreté à ceux qui l’écoutaient. La promenade d’Amisgal. Pourquoi l’avait-elle mandée ? Les excuses et les justifications se perdaient sur sa langue, s’embrumaient dans son esprit en larges et lourdes volutes enfumées. Tout s’effritait entre ses doigts. La salle, les buveurs d’un soir, le tavernier près d’elle qui en avait oublié de frotter son rugueux chiffon contre les verres qu’il essuyait. Elle ferma les yeux. Ferma la tenture de ses cils sur ce décor qui n’en était plus un, projetée des années auparavant par la seule mélodie de cet inconnu, déjà plus si étranger que cela. Si sa musique touchait au cœur, c’est qu’il y mettait son âme. Qui pouvait se targuer de ne pas le connaître, lorsque les notes de musique forçaient les consciences à se fracasser entre elles, se frôler, s’éviter et se contourner en un inébranlable tango collé serré ? La musique était une amante exigeante. Elle ne tolérait pas que l’on donne seulement une moitié de son attention, une part négligeable lorsque l’on pouvait s’offrir tout entier à elle. Oui, en cet instant, Reyan donnait peut-être le meilleur de lui-même, et cela seul lui donnait pleins droits sur son public, suspendu corps et âme à son rythme entraînant. Il était leur précieux joueur de Hamelin, maître en sa demeure, hypnotisant dans son jeu.

Elle n’avait jamais été particulièrement émotive. Portée sur les cris et les larmes que vous arrachait occasionnellement la vie. Alors elle demeurait là, trop asséchée et éreintée par le temps pour afficher autre chose qu’un léger sourire diffus qui n’avait rien en commun avec le bonheur qu’il singeait avec beaucoup de magnificence. Qu’était ce sourire… ? Elle laissa filer une note ou deux, murmurant doucement cette promenade qu’elle connaissait bien, accompagnant involontairement Reyan dans sa valse artistique. Comme elle regrettait… La musique avait un goût de cendre dans sa bouche, et l’air lui paraissait raréfié. Ah ah… Voilà qui lui apprendrait à se montrer trop nostalgique, mélancolie de mauvais augure et bourreau de sa propre condition.

Comment décrire le monde lorsque tu n’es pas là… ?

Et la rémanence d’un souffle éperdu sur ses mains, la tiédeur des écailles contre sa peau et l’étendue absolue du ciel dans la largeur de ses bras ouverts, tous ces sons, toutes ces odeurs qui prenaient d’assaut sa tourelle égarée. Néanmoins elle n’avait pas passé toutes ces années à construire son impénétrable forteresse pour se voir désarçonnée aussi aisément. Aussi laissa-t-elle le cours de ses pensées dériver vers un sujet un peu moins blessant, quelque chose qui ne concernerait pas l’absence de l’autre moitié de son âme. Freyr, Celwin… Brièvement, Luka se demanda même ce que pourrait donner un duo entre cette dernière et les prouesses de Reyan. Se concurrenceraient-ils, incapables de s’accorder sur un terrain d’entente ? Ou leurs musiques œuvreraient-elles pour le bien commun ?

Elle n’eut guère le temps de se pencher plus avant sur la question car déjà, la représentation prenait fin. Le monde environnant reprenait ses couleurs, les villageois s’agitaient sur leur chaise, un mouvement de cuisse par ici, une blague graveleuse lancée par là. Il fallait bien cela pour reprendre contact avec la réalité, et Luka s’aperçut alors qu’elle contemplait Reyan depuis tout ce temps, étrangère à elle-même. Son sourire brisé s’effaça immédiatement et s’étira en un fin trait de sang, cette façon qu’elle avait d’esquisser un semi-sourire brûlant et qu’elle espérait capable de faire écran. Avec lenteur et un brin de méticulosité, elle leva à son tour ses mains, non sans coincer entre ses cuisses sa chope de bière pour en maintenir le contenu, et applaudit en osmose avec le reste de la salle. Après quoi posa-t-elle son breuvage sur le bois du comptoir, puis traversa la salle d’un pas léger. Elle délia l’escarcelle lourdement remplie qui ceignait ses hanches et la posa toute entière, en l’état, dans la capuche de son musicien.

« Avec ceci, vous ne devriez pas être en mesure de me refuser une danse, annonça-t-elle, un brin renarde derrière la ligne de son sourire embusqué. »

Elle se tourna à demi vers les tables remplies des buveurs du soir, et lança à la cantonade :

« Il n’est pas dit que nous ne chanterons pas ce soir la Complainte d’Haubepois ! »

Tradition du genre, il ne se passait pas une soirée réussie en taverne sans aborder l’ambivalente question de cette chanson paillarde. Le sens des mots s’était de toute façon perdu depuis belle lurette dans l’enthousiasme absolu des fêtards qui s’amusaient à beugler tous ensemble le refrain de cette musique de comptoir. Cela s’accompagnait généralement de pas dansés et sautés où chacun virevoltait en grandes farandoles, échangeant régulièrement de partenaires à l’image de ces bals de village à la lumière des flammes. Certes, en beaucoup plus énergique, et beaucoup plus alcoolisé. Et aujourd’hui comme hier, cela ne manqua pas : l’entièreté de la salle se souleva de grandes acclamations, et les nombreux poumons des gens présents ce soir-là s’emplirent du chant de leurs ancêtres, et de ceux qui les avaient encore précédés. Les serveuses posèrent même plateaux et chiffons pour l’occasion, se mêlant sans difficulté aux corps des habitants enjoués. Sur ce coup de maître un peu traître, Luka mima une parfaite révérence amusée à l’égard de Reyan. Excuse ou invitation, lui seul pourrait en témoigner...



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