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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Le Tyorum
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  [Terminé] "Croc-Rouage, ou le voleur de boulons !"

Luciole Aldebarra
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Sam 11 Fév - 18:06
Irys : 96212
Profession : Croc-Mort
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"Plic, plac, ploc..."

Tel était le bruit de mes larmes s'éclatant au contact du sol de pavés dallé devançant Skingrad, ville de la prospérité et du commerce, Capitale du Tyorum, berceau de la Compagnie des Échanges Libres, ma destination, mon destin...

Cela faisait exactement dix jours et une nuit que j'errai dans les grandes campagnes verdoyantes et fertiles composant le continent, cela faisait dix jours et une nuit que je vagabondai à la recherche d'un lieu où dormir, un lieu de repos, un lieu pour me nourrir, pouvant reposer mon faible corps, réparer mon esprit écorché par la douleur.

"M'y voila... J'Y SUIS !!! La ville, la ville, elle est là ! Sous me yeux ! Enfin...", disais-je complètement hystérique, tout en rongeant les phalanges soutenant mes pauvres doigts à ma main gauche.

Je continuai de me diriger vers l'entrée de la ville, toujours sous l'influence de la furie, elle avait élue domicile dans mon esprit depuis cette rencontre, en haut d'une des nombreuses collines bordant Blumar, près d'un verger... Celwin qu'elle s'appelait, la dame.

"Il faut que je me calme...", disais-je alors paniqué.

L'image défilante de cette luciole sans vie me terrifiait, pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ? Autant de questions sans réponses.

Voici vingts pas de plus, je suis devant l'enceinte de la ville, devant ces bâtiments aux charpentes boisées, aux grandes et massives poutres soutenant leurs lourdes et imposantes structures.

"Quel doux parfum", disais-je également à voix basse.

Je tournai la tête de droit à gauche afin d'analyser le plus scrupuleusement possible les environs, le paysage, les citadins, à la recherche de la source de cette senteur.

Je repris mon abominable cadence de marche, mes pas douloureux, le mouvement lourd permettant de distinguer ma silhouette parmis tant d'autres, cette démarche de géronte soumit à la pression de son perfide esprit.

Deux-cents pas sont maintenant passés...

Je continu mon acsencion à travers les longues artères de pierres composant la basse ville de Skingrad, j'entends à présent les cris des marchands essayant de promouvoir leurs produits de fortune, je vois les étaux bondés, et alignés en rang d'oignons tels des soldats partant au front.

Je m'arrête, je regarde.

"Des, des... ça brille ! Il me les faut, je pourrais observer les insectes avec ça ! Je dois...", disais-je en fixant l'une des vitrines se trouvant en ma direction, une boutique de technologies et rouages anciens, très certainement.

Mais je fis arraché de mes pensées quand une dame de haute bourgeoisie déferla sa haine contre moi, pensais-je à ce moment là.

"Oh ! Regarde où tu vas pauvre ivrogne !", me rétorqua-elle alors que je venais de la percuter avec mon épaule de métalle fabriquée, déchirant son froufrou dans l'euphorie du moment.

"Ferme-là...", disais-je alors avant de foncer tête baisser dans la foule.

Cette dernière, douée d'une implacable fierté et d'un égaux sur-dimensionné, se retourna à son tour tout en soulevant sa longue et encombrante pelure, puis, hurla de plus belle ces quelques mots.

"Voyou, batard, vagabond ! Vous allez voir ce que je vais vous faire !"

Les gens se retournent alors, me fixent, ils murmurent, me dévisagent... Mais qui est donc cette femme que je viens de bousculer ? Une Reine ? Non mais où vivons-nous, ça arrive...

Elle est comme les autres, elle ne mérite pas que je m'intéresse à elle.

Je ne l'écoute point, je continu mon chemin, je fais abstraction des regards fielleux, j'avance...


Dernière édition par Luciole Aldebarra le Dim 26 Fév - 14:41, édité 2 fois
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Amisgal
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Dim 12 Fév - 16:13
Irys : 109978
Profession : Façonneuse de climats
Administrateur
Skingrad, la ville aux multiples cicatrices. Oh, en surface, Erwan Brand avait fait de l’excellent boulot. L’actuel Gouverneur de la ville n’avait pas passé ces dernières années à trimer sang et eau pour des peccadilles. Les habitants avaient consenti à laisser derrière eux leur passé subversif pour accorder leurs violons sur un présent plus joyeux. La poussière des cadavres avaient été balayée sous les ponts, les visages peints d’un sourire de façade un peu grimaçant mais tenant son rôle : l’oubli commun commençait toujours par de la bonne volonté hypocrite. Il fallait bien tout cela pour aller de l’avant entre ces murs maintes fois ébranlés d’histoires sordides. Un peuple bafoué, un peuple traîné aux abois, forcé de survivre bec et ongles et réduit au rang d’animal. Cette bête épuisée par l’avarice des autres se relevait à peine d’un traitement odieux, et léchait désormais ses plaies avec le regard méfiant d’une âme sauvée, mais plus naïve. L’innocence des habitants n’existait plus.

Au temps d’avant notre voyageur épuisé aurait été jeté aux lions pour moins que cela. Voilà où se trouvait présentement sa chance, trop jeune pour avoir vécu ces jours sombres pourtant guère si lointains. Toutefois, sa mise et sa dégaine faisaient figure de fanion un peu trop voyant au milieu de ces nombreuses rues passantes… Il n’était pas le seul voyageur pourtant. Les badauds présentaient des ascendances aussi diverses qu’improbables, venus des quatre coins du monde pour quelques transactions faites à la sauvette sur des marchandises souvent périmées. Parfois, on trouvait des pépites, des objets d’un nouveau genre dans ce ramassis de denrées exotiques. Et cela seul valait le coup de longues négociations des semaines durant ! Non, ce n’était vraiment pas son étrangeté et ses airs de paysans –car tous ceux qui ne vivaient pas à la capitale étaient forcément des paysans, selon une grande partie de la mentalité locale- qui faisaient autant tâche dans cette fourmilière active de jour comme de nuit. C’était plutôt… Cette expression qu’il affichait sur son visage, et cette lueur qui passait par instant dans ses prunelles.

N’importe qui d’un tant soit peu intelligent aurait pu noter qu’il ourdissait une mauvaise action. Il y avait cette ambiance caractéristique des fous et des excités autour de lui, comme un train qui déraille… On sent la machine pencher sensiblement, un espace infime entre la roue et la raille en une perturbation de la réalité, un grain dans le décor. Il suintait l’accident qui arrive, et ne cherchait pas même à s’en cacher. Toutes ces raisons, toute cette apparence, étaient beaucoup trop proches du passé récent de Skingrad pour ne pas agacer le bon sens des promeneurs. C’était exactement comme d’avoir essayé des années durant de chasser une mouche indésirable, et de la voir soudainement revenir avec un aplomb suffisant, un écho extrêmement désagréable à l’oreille humaine.

Qui était-il ? Cet individu dont les habits d’origine de bonne facture et finement choisi arboraient désormais une épaisse couche de poussière des routes ? Un fil écharpé ici et là, comme une rainure dans un tableau, un coup de pinceau qui soudain dévie de sa course. Non, quelque chose n’allait pas chez cet homme. Ce regard lancinant et pressant qu’il jetait en tous sens, à la recherche de quelque chose avec ce désespoir caractéristique des gens mourants. Or la mort n’avait rien à faire dans les rues publiques, un bel après-midi de Skingrad. Qu’il s’en retourne chercher les ennuis là d’où il venait, et laisse les honnêtes travailleurs gagner leur pitance en paix ! Du moins était-ce là la réaction évidente de la plupart des ouvriers, dignes représentants de la classe moyenne de la capitale. Indifférents dans une certaine mesure, fielleux et méfiants dans une autre. Ils détournaient légèrement le menton sur le passage de Luciole, un regard en coin menaçant en direction de cet individu qui dérangeait tant leur paix actuelle. Les plus riches pour leur part ne se cachaient vraiment pas de leur dégoût immédiat, et se retournaient même en grappe pour le dévisager ouvertement, tout à la fois méprisants et ravis d’avoir trouvé une cible toute désignée sur laquelle étendre leur immense supériorité. Et c’est ainsi que furent accueillir les jérémiades de Lady Korsova, la nouvelle bourgeoise de la ville à la fortune fulgurante, trop heureuse de pouvoir inonder la rue de mots grossiers qu’elle avait toujours rêvé de prononcer. Elle, victime d’une telle injustice ! Et personne pour relever cet affront ! Le plaisir de se plaindre et celui d’avoir quelques palpitations dans son existence furent trop beaux pour être vrais. Elle voulut aller faire chercher la milice, et se mit immédiatement en quête d’un jeune mendiant des rues qu’elle comptait grassement payer pour ce service rendu à la communauté.

Mais tout cela, ce futur danger à venir, Luciole n’en avait pas encore conscience. Cet engrenage mit en mouvement ne prendrait effet qu’un temps plus tard, peut-être au pire moment finalement… Pour l’instant, sa chance était plutôt heureuse. Car les ouvriers et les riches n’étaient pas les seuls habitants de la zone… Une caste restait encore à découvrir. Celle des pires, celle qui rongeait des os la nuit pour adoucir sa faim, limer ses crocs toujours grandissant. Ainsi sa mise d’ivrogne et ses airs égarés faisaient-ils de lui une victime désignée. Impossible de ne pas savoir qu’il n’habitait pas ici. Il serait si facile d’attendre qu’il parvienne dans une rue désertée, et de le passer au fil d’une lame pour lui extorquer sa bourse, ses vêtements, n’importe quoi tant qu’il suppliait et montrait un brin de peur… Un homme fit donc signe à un autre, puis un troisième lorsque Luciole passa devant lui. Cette communication discrète et invisible passa à travers la foule comme un rêve sur un dormeur. Leur technique était rôdée depuis la nuit des temps. Suivre à distance la cible, attendre qu’elle s’écarte d’elle-même du troupeau. Et frapper. Mais ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’était la possibilité que l’individu louche s’arrête dans une boutique… Auraient-ils la patience et l’envie suffisante de lui porter préjudice… ?

Tout dépendait des actions de Luciole Aldebarra, descendu dans la fausse aux crocodiles.




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Luciole Aldebarra
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Lun 13 Fév - 22:24
Irys : 96212
Profession : Croc-Mort
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La pression augmente, je le sens... Mes muscles se contractent, tels un éternel fracas à la redondance assommante, tels un fracas brouillant mes sens, je n'entends plus que des sons sourds et pesants, ma vision se trouble, mon équilibre se perd, mes membres s'engourdissent, mon cœur s'emballe et se heurte à mes côtes, il exerce une pression presque insoutenable, ça fait mal, je suis épuisé...

"J'en peux plus !", disais-je d'une voix bruyante, attirant d'autant plus les regards des passants.

Je m’enfonçai de plus en plus dans la foule tel un spectre retournant au mausolée gravé de son nom. Mes jambes me font atrocement souffrir, mes pieds sont couverts d'ampoules, certainement offertes en l'honneur des kilomètres parcourus depuis mes deux semaines d'exil, mais je fais mine de ne rien sentir, je relève la tête, j'expire mon dernier litre d'air, j'intériorise tous mes malheurs, je fonce.

"Regardez-le, ce pauvre fou !", disait un passant, bouteille à la main, dévisageant ma pauvre personne.

"C'est Lady Korsova que tu viens de bousculer, tu vas morfler !", rétorqua un autre.

La méchanceté des passants ne faisait que nourrir ma profonde et décadente rage envers l'homme, celle qui, à tous moments, pouvait me faire basculer du côté obscure, ce côté endormit en chaque hommes foulant ses pieds sur Iridaê.

L'étrange magasin n'est désormais qu'à quelques mètres de moi, quelques pas, je peux le voir distinctement, il est à porté de bras.

"Cette devanture est magnifique...", disais-je à voix basse, d'un ton légèrement euphorique.

Deux pas venaient de s'écouler, je le regarde.

Son entrée était imposante et vieillissante, on pouvait le voir grâce la présence envahissante des craquèlements du bois de vert peint, ce vert pistache salit par les années passées à accueillir les mécaniciens du continent, les enfants imprudents, les criminels... Ces vitrines de verres poussiéreuse où seules les ombres laissent la trace de leurs passages, la marque de leurs présence. Je pouvais également voir le nom de l'enseigne, "Croc-Rouage" qu'elle s'appelait la boutique ! Original comme nom me direz-vous, mais c'est bien ce que je recherche, l'originalité. Son propriétaire comprendra certainement mes envies, du moins, je l'espère. Il sera courtois, agréable et à l'écoute, il sera également très présentable, sans quoi je le prendrai très mal, moi, Luciole, de la famille Aldebarra, mal accueillit ? Impossible... Et si ça ne se passait pas comme prévus, que ferais-je ? Je ne le sais point, du moins, j'essayerai d'en faire le moins possible.

Mais je me perds en conjectures.

J'entre...

"Dring, Dling, Dring, Dling..."

Cette mélodie... Oh, doux souvenirs. Détonation des tuyaux de féraille façonnés, bois fracassés contre le minerai précieux, le cuirs de mes chaussures foule enfin le palier tapissé de fourrures animales, j'observe mon nouvel environnement, je prends la parole.

"Il y a quelqu'un ?", disais-je à voix haute et prononcée.

J'attends quelques minutes, pas un bruit, je m'interroge, mon anxiété retombe.

Je me retourne alors, faisant pivoter mes deux jambes lentement vers la gauche, en direction de l'étal à dépotoirs, l'étal de la rouille, de la suie et des boulons, l'objet de mon attention.

Dans un élan de curiosité intense, j'avançai de trois pas en sa direction, quelque chose brille, je le vois, on dirait une luciole, une précieuse. Je tendis le bras, puis, saisi l'objet de mes convoitises d'un déroulé élégant de ma main gauche, une fois sûr de ma prise, je retirai mon bras de cette épaisse couche de mécanismes isolés, et scruta ma trouvaille.

"C'est... c'est exactement ce que je cherchais...", disais-je émerveillé.

Après multiples coups d’œils, je plaça ce qui semblait être une paire de monocle aux verres noirs sur le bout de mon nez, masquant mes yeux émeraudes, et me donnant, je dois l'avouer, un style très distingué. Beauté, narcissisme, avarice... tels étaient les mots me représentant à ce moment précis. Je ne me lassai point de contempler mon image à travers le long miroir bordé d'horloges toutes plus étranges les unes que les autres, me retournant d'un mouvement de va et vient, et captant les moindres facettes de ma nouvelle apparence.

"Qu'elle beauté... Merci, mère.", disais-je d'un ton légèrement arrogant.

"Qui va-là", entendais-je au loin.

Je me retournai alors d'un mouvement vif et désordonné, frustré d'avoir été interrompu en ce moment si valorisant à mon égard. En ce moment de silence, d'apaisement, de bonheur.

"Abrutit.", disais-je alors, avant de retirer violemment les monocles de mon angélique visage, me coupant le bas de la pommette droite, et en les plaçant dans l'une des nombreuses poches ornant mon noir manteau de cuirs et fourrures fabriqué.

"Calmes-toi...", me répétais-je alors une dizaines de fois dans ma tête.

Je repris une longue inspiration, gonflant mon torse de tout son possible, tel un coq dans une poulailler. Pincer mes lèvres, c'était le seul moyen d'apaiser mon anxiété, l'anxiété du premier délie, du vol à l'étalage, du mal, de la délinquance... Mais tout ceci est nécessaire, après tout, je ne suis qu'un bourgeois moi aussi, tout peut m'être pardonné, donné, payé, accordé ! Je plaça alors mes bras le long de mon faible corps, attendant l'arrivée du propriétaire de la boutique, je ne devais pas oublier mon objectif, la longue-vue au manche de cuir, je l'aurais...



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Amisgal
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Sam 18 Fév - 21:42
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Claferd Heswan était ce que l’on pourrait appeler un vieux de la veille. Il avait construit sa fortune par ses propres mains, même si en fait de fortune il s’agissait plutôt d’une confortable retraite qui excluait simplement les caprices les plus frivoles. Un honnête travailleur, pourrait-on dire, si son caractère n’était pas aussi revêche que celui d’un ours dans sa caverne. Il n’était pas aisé d’approche, il fallait le dire, et se méfiait facilement. Il était de ceux qui préféraient présupposer le pire de leurs interlocuteurs pour que le meilleur arrive… Si cela se produisait, alors l’effet n’en était que plus positif. A l’inverse pouvait-il marmonner dans sa barbe des préceptes de grand-père –et que le père de son grand-père disait déjà avant lui- sur des « je vous l’avais bien dit » sentencieux et aussi colériques et roués qu’une vieille armure assistée.

Le Croc-Rouage était encore son plus formidable trésor. Son enfant, son empire, son héritier manifeste. Chacun des objets ici-bas étaient empreints de sa dévotion envers la mécanique, ainsi que de l’énergie phénoménale qu’il avait déployée pour hisser ces murs et ses couleurs dans une rue passante et populaire de Skingrad. Les loyers étaient chers et se revendiquaient presque à l’échelle de tournois dont ne sortaient vainqueurs que les plus riches et les plus teigneux. A ce stade du portrait de ce personnage, il est facile de dire à quelle moitié appartenait le plus Monsieur Heswan, qui était allé jusqu’à sacrifier femme, mariage et enfant pour la digne réussite de ses objectifs. Il n’y avait guère que les machines qui appréciaient ses mains rugueuses et rognées par le temps, et il aimait leur murmurer ses rêves la nuit, lorsqu’il hissait des rouages plus lourds que lui à l’arrière de son atelier. Les êtres humains, eux, ne sentaient pas cette délicieuse odeur d’huile et de métal qui lui rappelait tant son enfance.

« C’est pour quoi ? aboya-t-il, à deux pas d’arriver au comptoir. »

Et deux pas étaient une bien grande expression. Sa jambe droite souffrait de raidissement depuis quelques années, lorsqu’une pièce de charrue lui était tombée sur le pied et y avait provoqué une fracture. Ses os ne s’étaient jamais véritablement remis, et il se promenait depuis avec une étrange claudication balancée, mais non moins pressée. Lorsqu’il ne s’agissait pas de machines, l’homme n’était pas patient : sa propension à mettre plus d’une minute pour traverser une pièce tendait à l’agacer considérablement. Il marqua qui plus est un certain temps d’arrêt lorsque ses yeux se posèrent sur le nouveau venu. Claferd n’était pas fou, ni expérimenté. Cela puait très clairement les problèmes, tout ça, et cela ne lui disait rien qui vaille.

A première vue, son « client » n’avait certainement pas les sous pour se payer ses services, aussi peu chers soient les plus bas de gamme. Et puis… Ce regard déluré qu’il posait sur toutes choses, le menton en avant comme un propriétaire en terrain conquis… Claferd plissa légèrement les yeux et parcourut brièvement sa devanture du regard. La rapidité de son geste afin qu’il reste discret l’empêcha de voir le principal : l’absence de l’un de ses précieux objets. Sa bouche se tordit en un méticuleux plissement équivalent à un pseudo sourire forcé. Néanmoins, cet étrange Monsieur était un client avant tout, et ma foi, Claferd Heswan était très mal placé pour préjuger de ses clients… Alors se contenta-t-il de rester méfiant, mais tout à fait cordial d’apparence :

« Excusez-moi, je n’entends plus très bien avec l’âge. N’hésitez pas à regarder nos nouveaux objets présents en vitrine car au Croc-Rouage, tout existe ! Si vous avez une demande particulière… ajouta-t-il, un ton plus mielleux. »




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Luciole Aldebarra
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Dim 19 Fév - 18:59
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Profession : Croc-Mort
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J'entends ses pas hésitants se vautrant contre le parquet de l'arrière boutique, il se rapproche, il arrive... Son ombre se dessine petit à petit sur le carrelage pourpre crasseux de poussières et d’animales morts, formant un obscure spectre à la forme discontinue. Qu'elle déchéance quand on y pense, ce petit vieux semble se laisser mourir ici, ça devient son antre, ça deviendra son tombeau, plus tard. Dix secondes sont enfin passées, à présent, il m’apparaît, il me semble très âgé, son apparence globale est très négligée, quel affront ! Moi, je me suis vêtu pour l'occasion, un premier vole, ce n'est pas tous les jours ! Et puis, regardez-moi ses jambes, prêtent à céder sous le poids des années et des malheurs l'ayant frappé, serait-il bénéfique qu'il rende l'âme dans les prochains mois, voir les prochain jours ? Le retrouverais-je un jours sur ma table de travail, les crocs aiguisés, prêt à faire tomber la terrible sentence qu'est la confirmation du décès ? Je ne le serai probablement jamais.

"Excusez-moi, je n’entends plus très bien avec l’âge. N’hésitez pas à regarder nos nouveaux objets présents en vitrine car au Croc-Rouage, tout existe ! Si vous avez une demande particulière…", disait-il d'un ton mielleux, éveillant ma méfiance la plus totale.

Ah, il s'adresse à moi, le vieux croûton décrépi ! Voyons, un nouvel objet de vitrine ? Vraiment !? Allons voir, peut être trouverais-je le Saint-Graal ! Et puis, il faut que je reste discret, je ne dois pas faire tomber le monocle à terre, au risque de passer un sale quart d'heure, et d'être obliger de commettre l'irréparable.

"Ah, ah, ah...", ricanais-je alors à voix basse.

Je m'approchai alors de la vitrine chargée d'objets en tous genres, la re-luisance du métal précieux m'était d'un agréable déconcertant, il stimulait mon esprit, mon regard, et apaisait le stresse survenu au moment du premier acte, le premier vole, celui du monocle. Cela est certainement dû à mes goûts de luxe, pensais-je, j'ai toujours aimé les choses qui brilles, lumineuses, précieuses... C'est d'ailleurs pour cela que j'élève mes lucioles, elles ont un don, elles m'apaisent.... Ce qui est assez paradoxale quand on voit mon style vestimentaire d'ailleurs, mais c'est un contraste, c'est moi... Ah !

De ma difforme main gauche, je fis glisser la porte coulissante de verre permettant l'accès au contenu de la vitrine d'exposition contre le comptoir poussiéreux, ce qui attira sérieusement l'attention et l'inquiétude du vendeur, dont les faciès variaient d'un sourire forcé, au regard de la haine, ce regard que l'on pose sur les gens de basses commodités, ces gens que l'ont croise dans la rue, tapissant nos bas côtés de leurs alcooliques corps, empestant les excréments et la pourriture que forme la crasse de l'huile de coude utilisée dans les moteurs de nos véhicules. Il avait peur de moi, je le voyais, et je m'en délectai, quelle sensation étrange que celle d'être mal-aimé des autres, d'inspirer la peur à travers nos actions et notre apparence, et je me dois d'en jouer.

Je l'avais bien vu, cette magnifique longue-vue au manche de cuir marron, je la voulais, mais ce parasite continuait de me fixer avec insistance, scrutant le moindre de mes gestes, le moindre signes suspects. Ça commence à m'énerver, ma main tremblotante se perd dans l'espace d'air, je dois vite partir d'ici...

"Vous m'avez l'air bien stressé, Monsieur...", disais-je alors à voix haute tout en ricanant légèrement, me trouvant dans la même situation de stresse que ce dernier.

A ces mots, son regard se décomposa, la raideur de ses bras s'accentuait, il l'avait bien comprit... La personne qui se trouvait devant lui n'était point stable d'esprit, en une fraction de secondes, le comportement de Luciole avait changé du tout au tout, passant d'un statut de modeste client occasionnel, à celui d'un dangereux criminel à la psychologie instable, prêt à tout pour arriver à ses fins.

"Vous savez, il y a des jours où il vaut mieux ne pas être contraignant pour les autres, et je crois que ce jours vient d'arriver, Monsieur... Vous savez ce que je veux, et vous savez également que je ne partirai pas sans, accordons nos violons en un seul et unique sens, afin d'éviter les dégâts...", disais-je d'un ton autoritaire et ferme, tout en balayant ma main gauche sur les objets comportant la vitrine, les touchant du bouts de mes doigts.

L'homme ne fléchissait pas, il continuait de dresser sa vielle carcasse en ma direction, l'élevant du mieux qu'il pouvait pour se donner une allure plus imposante, je crois. Sa jambe droite était dans un piteux état, je pouvais sentir d'ici l'odeur de la compresse imbibé de désinfectant permettant de la maintenant à son genoux, je n'avais pas besoin de sortir mes livres d'écoles pour voir qu'il s'agissait d'une nécrose des nerfs, c'est répugnant...

"Bien, je vais devoir vous laisser, Monsieur... Mais, à l'avenir, tachez de ne pas m'opposer de résistance, vous le regretteriez fortement, comme aujourd'hui, d'ailleurs..."

A ces mots, en ce moment précis, une fois la dernière lettre sortie de ma fine bouche, je pris en main la longue-vue me faisant face dans la verrière, la rangeant dans la poche intérieur de mon manteau de cuir noir, puis, me retournant d'un geste vif et imposant de mes deux jambes élongées en direction de la porte de sortie. Le vendeur l'avait vu venir, il avait prit les devants et avait entamé une marche rapide vers moi, tout en titubant. Le corps à présent emplie d'adrénaline, et  le sang chargé d'oxygène, je me propulsais d'une extension de ma jambe droite en direction de la sortie. Je devais le croiser, telle était mon destin et ma trajectoire. Oh pauvre homme ! Tu n'aurais pas dû agir ainsi, mais peut être souhaites-tu mourir, apaiser tes souffrances intérieures et donc ta seule volonté en ce magnifique jours ensoleillé ? Je ne dois pas me lamenter, ce n'est pas mon problème et encore moins de ma faute. Une fois nos trajectoires devenues communes, je l’attrapai par le col de sa chemise rayée de ma main gauche rapidement, puis, l'entraîna avec moi dans l'élan de ma trajectoire, lui décollant les pieds du sol. Son regard était figé, figé par la peur de mourir, je pouvais le voir. Cet homme ne voulait pas mourir, il se lamentait seulement sur le sort qui venait de s'abattre sur lui. Mais c'est la vie... Une fois à portée de la poignée de la porte, je dirigea ma main en direction de la fragile vitrine intérieur, lui écrasant la tête dessus. Cette dernière éclata sous la pression qu'exerçait le corps du vielle homme, il chuta alors dans le décor de son magasin, écrasant les précieux objets dont il avait la fierté, les seuls qu'il voulait exposer aux yeux des autres... Moi, dorénavant voleur, je continuai ma course effrénée en direction du marché couvert de Skingrad, espérant faire oublier définitivement mon visage des passants témoins de la scène.

"C'est tellement excitant ! Ah, ah, ah !", criais-je alors à voix haute.



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Amisgal
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Jeu 23 Fév - 0:43
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Administrateur
« Oh mon petit, vous l’auriez vu… ! Un horrible cancrelat, que dis-je, j’ai failli mourir ! »

Lady Korsova leva l’une de ses mains à hauteur de son front, un geste qu’elle supposait plein de grâce et d’appréhension pour l’avoir maintes fois travaillé devant son miroir. Voyez-vous, les bourgeois se devaient d’être parfaits en société, surtout lorsqu’une fortune trop vive, trop rapide, les avait brusquement poussés sur le devant de la scène. Un geste mal placé, voilà ce que ne toléraient pas d’eux les autres membres de leur caste, ancestraux et éternels héritiers d’une façon de faire daënar depuis que la société existait. Avoir beaucoup d’irys ne suffisait donc pas à légitimer sa présence entre leur rang, encore fallait-il faire preuve d’un comportement exemplaire, édicté par les Dames des plus grandes familles. Faisons du zèle, se disait par conséquent Lady Korsova, car c’était précisément cela que l’on attendait d’elle, la contrainte d’une odieuse personnalité et d’un brin de théâtralité.

« Comme je me sens mal brusquement, rien que d’imaginer tout ce que cet individu aurait pu faire de... De… Oh que l’on m’apporte des sels ! »

Voilà qui devrait faire jaser le voisinage et meubler leurs futures soirées, son mari apprécierait. Et celui que la Lady appelait « mon petit » avec tant d’ambages et de volupté fit un signe à l’un de ses subalternes pour que l’on satisfasse la demande de la gente Dame. Tol Ravin n’aimait pas particulièrement les surnoms affectueux, surtout lorsqu’ils étaient prononcés par une femme d’une fois et demi son âge, et mariée qui plus est. Du haut de son mètre quatre-vingt-quinze, il y avait peu de gens sur terre susceptibles de l’appeler « mon petit ». Il avait néanmoins toujours été très tolérant et diplomatique, qualités innées chez lui qui lui avaient valu une belle promotion au sein de la milice : à l’heure d’aujourd’hui il bénéficiait du contrôle d’une petite garnison, dédiée aux rondes de surveillance dans cette partie de la cité.

Les plaintes étaient choses communes dans une capitale d’une telle superficie. Skingrad avait son lot de malheurs et de vols réguliers, malgré tous les efforts du Gouverneur pour rappeler ses habitants à l’ordre. Et c’était précisément pour cela que l’on faisait appel à des hommes de talents tel que Tol Ravin, dont la tâche consistait tout à la fois à sauver la veuve et l’orphelin, mais également à les écouter déblatérer des inepties durant des heures, l’air de prendre des notes.

« Comment le décrieriez-vous ? demanda-t-il, histoire de ramener la Dame dans le droit chemin, imperturbable à ses tentatives de charme. »

C’est que l’uniforme avait toujours eu son petit effet !

« Un véritable démon ! Les yeux sanguinaires, des vêtements encrassés –et cette odeur ! »

Il n’écoutait déjà plus que d’une oreille. Un grand classique. Une bonne femme bousculée réclamant vengeance, un portrait rapidement esquissé sur une feuille, et on jurait ses grands dieux que tout serait fait pour retrouver l’abominable personnage, rendre la justice aux incompris. Ainsi la victime s’en retournait heureuse et satisfaite, déjà persuadée que l’affront qui lui avait été fait été réparé, et tout allait bien dans le meilleur des mondes. Il était de toute façon extrêmement difficile d’allouer des hommes à la recherche d’un simple gringalet bousculant un peu trop fort les gens… Comme si la milice n’avait que cela à faire, parmi toutes les affaires d’extrême urgence !

« Bien sûr, bien sûr… ponctua-t-il ici et là le discours de Lady Korsova, que rien ne paraissait arrêter. »

Et ce fut à cet instant précis, tandis que son regard pensif dérivait sur les enseignes de la rue commerciale, qu’un énorme bruit de brisure éclata dans les environs. Il fut très vite accompagné d’éclats de verre et d’une silhouette humaine qui s’extirpa péniblement de tout ce fatras, et ce, pour mieux détaler à grandes enjambées. Tol Ravin n’était peut-être pas attentif aux requêtes mineures, mais il avait la milice dans le sang. Aussi réagit-il brusquement, une fois passé un léger temps de flottement, donnant un ordre sec à ses hommes alentours et s’élançant à la poursuite du détraqué.

« Vinceol, Uchel, vous allez voir dans la boutique, les autres avec moi ! »

Si sa mémoire était bonne –et elle l’était toujours-, le suspect se dirigeait tout droit vers la place du marché couvert. D’un geste exercé par l’habitude il désigna une rue attenante à trois de ses hommes qui courraient à ses côtés, puis s’engouffra dans la ruelle opposée. Avec un peu de chance leur lapin fuirait en ligne droite et alors… L’étau se refermerait subrepticement sur lui. Il serait pris en tenaille, le chien !




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Luciole Aldebarra
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Jeu 23 Fév - 21:34
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Je continu ma course effrénée vers le marché couvert, il n'est plus qu'à quelques mètres de moi, tout comme ces imposants miliciens accourant de vives jambes en ma direction après la demande plus qu'expressive de Lady Korsova... Ah satanée bourgeoise ! Entre manières, coquetteries et vanités, j'avoue avoir été gâté ce coup-ci, pauvre vie... Mais je me vengerai ! Je le jure aux nom de tous les Architectes de ce monde corrompu par l'argent et les titres de noblesses, aux noms de tous les hommes et de toutes les femmes faisant preuve de soumission devant ces leaders bercés dans le métal doré dès leurs plus tendres enfances. Je serrai les dents le plus fort possible afin de contenir mon énervement grandissant, cet énervement qui pouvait à tous moments me faire perdre le contrôle de moi même, comme dans cette boutique ! Et puis merde, qu'est-ce qu'il m'arrive depuis quelques semaines ?! Ces crises d'angoisses à répétition, cette cleptomanie récurrente et cet esprit étouffant mon pauvre et faible corps, ça ne peut plus durer, l'un d'entre nous doit prendre l’ascendant sur l'autre, je ne pourrai tenir ainsi éternellement !

"Sort de ma tête !!!", hurlais-je alors de vive voix, attirant toute l'attention sur moi.

Les gens se retournaient les uns après les autres, tels des pions dans un échiquier géant, me fixant du regard, me dévisageant, ils avaient peur de moi, je le voyais bien, et ça me plaisait énormément. Ils me contournaient, ils m'évitaient... La milice se rapprochait de plus en plus de moi, et leurs tenues étaient tout à leur avance, un corset de cuir léger à double épaisseur, une couleur pâle à la furtivité accrue, des bottes de cuir à l'accroche fortifiée par une semelle légèrement cloutée, de très longues lances aux bouts recourbés, accentuant le tranchant, l'attirail de vrais tueurs.

"Arrête-toi ! Voyous, tu vas payer !", hurlaient-ils en me pointant du bout de leurs lances.

"Mais que quelqu'un lui saute dessus, stoppez-le !", criait une marchande de poisson à la pilosité accrue, et au allure de bonhomme viril.

A ces mots, le forgeron du bout de la rue se dressa en travers de mon chemin, l'occupant de tout son espace, les épaules dressées vers l'avant, telle une muraille infranchissable, les bras écartés, près à me réceptionner. Je l'avais bien vu, lui aussi, la tête penchée vers l'avant, je dérivai en direction d'un des nombreux étals bordants le côté gauche de la rue, son exposant vendait de magnifiques linges, étoffes et lainages, parmi elle, des chèches, noirs pour la plupart. Une idée me vint alors, j'affichai de nouveau un large sourire de tête du bout de mes fines lèvres. Je tendis le bras gauche, me positionnant de telle sorte que je ne puisse pas perdre une seule seconde au moment de l'acte du vole. J'étais très fier de moi, je suis un bourgeois voleur à présent ! ironique en un sens, n’est-ce pas ?

"Flappp...", tel était le bruit que fis le chèche fendant l'air au contact de ma main gauche, avant que je ne le ramène contre moi, et le rangea dans ma poche intérieur droite.

"Pauvre homme..", disais-je à voix basse avant de dégainer une nouvelle fois ma dague de fer rouillée par le temps, et la positionnant de telle façon à blesser mortellement mon détracteur, pulvériser la muraille, fendre le mal.

Dans un élan de folie incontrôlable, je détournai mon bras droit mécanisé en sa direction, afin de détourner le plus possible son attention de mon bras gauche, celui portant la lame, la faucheuse qui s'abattra sur le spectre du pauvre et naïf homme de muscles sculpté. Ce fût une réussite.

Cinquante pas sont passés, je suis désormais face à l'homme, je ne peux plus faire machine arrière, il est trop tard, je vais commettre l'acte le plus cruel et perfide existant dans ce monde, le meurtre...

"Aaaahhhhhh !!!", puis plus rien, le voilà à terre, le torse ensanglanté, les spectateurs de cet affreux spectacle se ruèrent vers lui tel le peuple devant son martyr, il était mort, et ceci, pour le bien de l'humanité toute entière, les cries le rendait majestueux, sa brave casquasse allait dorénavant reposer dans le caveau familiale jusqu'à la fin des temps, tel était son destin, aussi triste soit-il...

Je profitai de la cohue générale pour prendre la fuite, renversant derrière moi de nombreux comptoirs, étals et stands, afin de rendre la progression de la milice de Skingrad que plus compliquée. Je les entendais hurler au loin, débectant leurs derniers souffles d'indignation, ça me faisait sourire, c'était la première fois qu'on se préoccupait autant de moi, qu'on accordait autant d'importance, c'était agréable, et je recommencerai !

Quelques minutes de fuite plus tard, après avoir reprit pleinement mes esprits, j'utilisais le chèche noir préalablement volé sur l'étal du marché couvert, pour me camoufler entièrement le visage, ne laissant paraître que mes deux yeux couleur océan. De plus, n'étant plus suivit depuis quelques minutes déjà, je m’arrêtai donc dans un bar reculé de la vielle ville -que l'on pourrait classé de mal-famé d'ailleurs-, j'y prit alors un bon thé vert bien chaud dans une grande tasse de porcelaine, et fis l'inventaire de mes exploits de la journée.



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Amisgal
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Dim 26 Fév - 14:01
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Administrateur
Les habitants de Skingrad n’étaient pas plus résistants à l’attrait d’un événement hors norme que n’importe quel être humain de ce monde. Ils avaient certes été touchés  plus que quiconque par les conséquences des sept péchés capitaux, ils n’en restaient pas pour autant animés d’une certaine curiosité morbide lorsque l’exceptionnel venait s’inviter subrepticement dans leur menu quotidien. Une cavalcade, suivie d’un meurtre, étaient justement de cet acabit. La ville avait peut-être son lot de jeunes voyous fuyant à grandes enjambées les contrôles routiniers de la milice, ce n’était qu’un vaste jeu répétitif où chacun tenait son rôle et duquel ils étaient tous familiers. Rien à voir donc avec cet individu étranger qui venait subitement insérer son grain de sel dans ces rouages très –trop- huilés et qui en perdait le sens primaire… Alors chacun ouvrit de grands yeux choqués quand le dallage du sol se recouvrit d’étonnantes corolles rougeâtres et que les soubresauts du forgeron cessèrent dans un râle d’agonie. La marchande de poisson à la langue bien pendue fut la première à briser la glace et à s’élancer aux côtés de l’injuste victime de cette mésaventure. Son mouvement inespéré acheva de réveiller les esprits de leur lourde torpeur, et une montée des eaux saisissantes s’initia dans les corps et les cœurs : la foule déborda les environs comme autant de piranhas lâchés dans ces eaux, distillant à qui mieux-mieux leurs hypothèses quant à l’identité du tueur et ces nuées de légendes locales qu’ils avaient entendues à son sujet. Légendes bien entendu inventées tout spécialement pour l’occasion, et qui ne manqueraient pas d’alimenter les rumeurs à propos de cet étranger désormais élu au rang de dieu vivant, inhumaine faucheuse d’âme dont le plan mondial n’était autre qu’asservir le bas peuple et dévorer les enfants la nuit. Oui, les habitants de Skingrad avaient l’imagination fertile avec les faits divers…

Cette fascination morbide eut pour conséquence direct la création d’un bouchon infranchissable à la sortie du marché couvert. Tol Ravin et ses hommes se heurtèrent à ce barrage humain et flasque de badauds comme une véritable muraille, incapables de disperser ce champ d’horizon plus embourbé qu’un jour de marché en plein été. Tol Ravin ne parvint pas même à repérer le reste de son équipe supposée le rejoindre par la droite et la gauche, malgré sa taille impressionnante et les efforts qu’il mettait à se démener dans tout ce chahut. On le repéra bientôt, lui et sa figure populaire, et chacun voulut lui donner sa version des faits à grands renforts de détails superflus et d’éléments scénaristiques improbables. Cela, quand il ne s’agissait pas de pester contre la réactivité de la milice qui aurait pu empêcher la mort d’un innocent, si seulement celle-ci s’était bougée un peu plus… Et voilà à présent que les journalistes étaient lâchés sur la place, un carnet dans une main, une plume dans l’autre, déjà crocs et griffes sortis dans l’espoir de glaner un peu d’avance sur leurs concurrents directs et d’être les premiers à tirer au clair toute cette histoire dans le journal du soir. A cette ère où les médias se menaient une lutte incessante pour le monopole de l’information, ce genre d’histoire se répandait comme une traînée de poudre dans la ville, avant de se faire déclasser par une nouvelle un peu plus récente et choquante. Au grand jeu de la surenchère, les Daënars étaient de fins connaisseurs !

Toujours est-il que le dénommé Luciole Aldebarra, fauteur de trouble en herbe, put se fondre dans une certaine accalmie grâce à toute cette agitation. Pour l’heure, personne ne connaissait encore son visage. La course-poursuite avait été trop soudaine, trop rapide pour que quelqu’un ait eu le temps de graver ses particularités dans son esprit, car seul subsistait le souvenir de son bras mécanique et le sang sur les pavés. On donna l’ordre de disperser la foule et d’instaurer une surveillance plus approfondie au sortir de la ville –une kyrielle de rondes supplémentaires fut même donnée aux équipes de la milice pour quelques jours supplémentaires. On retrouva Lady Korsova et Claferd Heswan, dans un sale état pour sa part, qui purent à eux deux dresser un premier portrait-robot pas trop mal réussi bien qu’encore très lambda. La subjectivité était une grande ennemie de la réalité, et plusieurs de ses traits physiques s’en retrouvèrent disproportionnés par les esprits échauffés des deux victimes. Une bonne nouvelle pour Luciole, en somme. Avec un brin de prudence, il était probable qu’on ne puisse pas immédiatement mettre la main sur lui. Car tandis que la charmante –mais non moins sans défense- serveuse lui apportait ses consommations, il était peut-être temps pour lui d’envisager l’avenir et de réfléchir à ce qu’il ferait ensuite dans cette situation périlleuse. Il ne faudrait guère longtemps avant que les badauds ne commencent à jaser sur cette histoire et ce, même dans la tranquillité de ce petit bar reculé où il avait élu domicile. Enfin, la profusion de gardes dans les rues de la ville n’était pas pour améliorer les affaires des plus éminentes racailles de Skingrad, qui s’étaient elles aussi agacées des actions de l’étranger…




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