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Chroniques d'Irydaë
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 La ballade du Corbeau

Amon Losstarot
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Sam 18 Mar - 15:09
Irys : 29996
Profession : Contrebandier
Pérégrin 0
"Quelle poisse..."

Amon jetait un regard torve sur le verre de gnôle que venait de lui présenter un tavernier beaucoup trop distingué à son goût par rapport à ceux qu'il avait l'habitude de fréquenter dans les bas-fonds de Skingrad. Ecroulé nonchalamment sur le bar, la silhouette de notre ami se confondait au milieu des volutes de fumée qui tamisaient l'ambiance. Le dernier "emploi" du Corbeau s'était terminé en un véritable fiasco où il perdit la plupart de ses biens et de ses amitiés. Pressé de quitter Skingrad, il décida de tenter sa chance dans une autre cité: Alexandria par exemple. Cependant, pour le moment il n'avait réussi qu'à aggraver sa détresse matérielle en éclusant les stocks de tous les débits de boisson qu'il trouvait sur son chemin. Tandis qu'il ruminait ses idées noires, le forban nota que l'ambiance de cet établissement lui rappelait nostalgiquement le bordel dans lequel il avait lui-même été élevé. De même que les sourires bienveillants que les quelques courtisanes qu'il eut croisé lui donna un peu de baume au coeur. Celles-ci devaient sans doute ressentir de quel espèce il était, on sous-estimait beaucoup la sagesse d'une "travailleuse libérale" de nos jours. De ces dernières, son oeil dériva vers un vieille bourgeoise occupée à caresser l'avant-bras d'un serveur d'une manière suggestive.

"Peut-être que je devrais vendre mon corps à l'une d'entre elles, cela ne peut pas si mal payer..."

Le barman eut un rictus de dégoût en entendant ces propos. Dans le même temps Amon attira machinalement sa pipe au niveau de ses lèvres avant de la bourrer de quelques herbes qu'il commanda en sous-main à l'un des employés du lieu. Quitte à passer sa soirée à crédit, autant profiter de tous les vices de l'endroit. Le ladre poussa un soupir de contentement lorsqu'il recracha la première bouffée de fumée. Dans le même temps, et sans que ce ne soit du aux effets des herbes, il nota que l'ambiance dans la salle semblait s'atténuer comme dans l'attente d'un évènement en particulier.

La scène qu'il ignorait jusqu'alors s'illumina tandis qu'une silhouette fine s'y mut. Dans la confusion induite par la combinaison de l'alcool et des herbes, la vision d'Amon n'en distingua que peu de chose si ce n'est une couleur: le rouge. Une voix divine se mit alors à retentir dans la salle, conduisant le petit Corbeau dans un état de torpeur avancé. Affalé sur le bar, Losstarot était incapable de quitter cette forme rouge et intangible des yeux, littéralement hypnotisé par celle-ci.

Apaisé, il ne réagit pas lorsqu'une main vigoureuse le saisit par l'épaule. Visiblement il n'avait pas les moyens de régler son ardoise conséquente...C'est ainsi qu'on le conduit à l'extérieur. L'air nocturne ne suffit pas complètement à lui faire recouvrir ses réflexes et il ne parvint qu'à se laisser tomber au sol et à grogner lorsque plusieurs poings et pieds s'attelèrent à le passer à tabac en bonne et due forme.

L'aube n'était pas encore arrivée lorsqu'Amon reprit ses esprits et constata qu'il avait été dépossédé de la plupart de ses derniers effets de valeur et que le sentiment de liberté qu'il ressentait présentement était du au fait qu'il gisait à moitié nu dans une ruelle à l'odeur douteuse...Le ladre resta couché et huma l'air nocturne pendant un moment, avant de diriger son regard vers le ciel en tentant d'oublier sa mâchoire douloureuse en fichant un sourire sur son visage tuméfié...

"Eh bien, c'est vraiment comme à la maison ici..."
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Dolores Rossetto
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Sam 18 Mar - 16:38
Irys : 64990
Profession : Chanteuse dans un club privé
Daënar 0
Une soirée sans fin, l’éternité touchée du bout du doigt. Parfois, on la supporte, avec suffisamment de compagnie et de drogue qui vous endorme les pensées, parfois on en souffre. Cela doit être insupportable, l’éternité. Je ne comprends pas comment certains peuvent rêver de l’obtenir. Ce serait comme… savourer une pâtisserie, et à chaque morceau qu’on retire, le voilà qu’il repousse en un instant. Notre plus coupable plaisir, et on est condamné à le revivre sans cesse, de manière exactement identique, sans aucune nouvelle musique. Quel ennui… Autant la brûler, sa vie. Autant la consumer, qu’elle finisse vite. Le plaisir ne mérite pas une vie longue et ennuyeuse.

La diablesse de la Ruche avait très largement brûlé la nuit –on y revient sans cesse- à animer son lieu de travail où une congrégation d’insomniaques avait décidé de veiller. Ces infatigables vétérans des soirées mondaines ne rechignaient à aucun pourboire, pourvu que Dolores demeure sur scène, et leur fasse miroiter une vision charmante d’étoile pourpre qu’ils ne pourraient jamais admirer véritablement à cause de cette maudite ivresse qui leur brouillait les sens les plus essentiels. Si aveugles à la fin, que la jeune femme ne voyait plus l’intérêt de rester là, à chanter pour un banc de sardines nauséabondes. Elle demanda à son cher patron si elle pouvait enfin rentrer chez elle, ce qu’il accorda en échange d’un certain pourcentage des pourboires. Quel requin... mais chacun sa guerre.

En passant la porte de La Ruche, la chanteuse tomba sans surprise sur Joseph, tout endimanché, qui l’attendait comme un soldat de plomb devant la porte. Dolores sut, à son air taquin, qu’il était là depuis un moment et le lui en faisait le silencieux reproche.

- Pardonne-moi, Joseph, mais ces gens-là sont si insistants qu’il m’était impossible de fuir… Mais la grasse-matinée t’attend ! Je ne me sentirais pas de bouger de toute la journée, demain. Lança-t-elle avec un sourire enjoué.

Il est mignon Joseph, parfois. Je suis sûr qu’il ne croit pas un mot de mon excuse, mais il se targue de ne rien m’en dire, avec raison d’ailleurs. Même si la nuit m’hypnotise encore, je n’accepterai pas d’être brusquement redescendue de mon nuage par un de mes employés ! Aller, un peu de marche à faire avant d’atteindre la voiture. Bonté divine, quels efforts je dois faire pour ne pas m’effondrer sur le pavé !

Ainsi, Joseph et sa maîtresse arpentèrent avec détermination les ruelles malfamées d’Alexandria. Des yeux invisibles se posaient sur les formes de Dolores, elle le savait, et s’en réjouissait. Même l’admiration de pareils déchets de l’humanité la satisfaisait. Mais quelle avidité. Sa robe légère subissait les caprices du vent soufflant dans l’étroite gorge du faubourg, esquissant des chuchotements inquiétants. Joseph, lui, pressait subtilement le pas, désireux de ne pas s’éterniser dans cette rue qui pullulait littéralement de vermines divers. Comme cet ivrogne, là-bas. A demi-nu contre un mur, le corps ponctué de multiples contusions et le visage remodelé façon romantisme noir. Le majordome ne porta pas plus d’attention à cet abandonné de l’existence qu’à tous les autres qu’ils croisaient quotidiennement, mais ce ne fut pas le cas de son employeuse…

Eh bien, regardez-moi ça. Je n’ai jamais vu un homme aussi abîmé que lui. Mais admirez un peu cette œuvre d’art ! Tout recouvert de tatouages, de points de suture, de marques violentes… Sur quoi suis-je tombé ? Sûrement un marin, mais que fait-il là ? Je n’ai jamais vu la mer de toute ma vie, ça prouve bien qu’on en est loin.

- Joseph ! Reviens par ici, s’il te plait…

Elle plia les jambes devant l’homme inconscient. Admirant son visage au plus près. Sans la moindre gêne, elle passa sa main gantée de blanc sur ce dernier. La parure se teinta instantanément de boue, de sang, d’une sueur poisseuse, mais elle lui releva ainsi suffisamment la tête pour admirer le tableau de manière complète, excepté ses yeux, mais ce qu’elle voyait d’ores et déjà lui plaisait.

Toi… Toi tu es tout cassé, mon pauvre. Mais Dolores va te réparer, hein ? Elle va te remodeler ce visage tout abîmé. Tu seras tout beau, tout propre, et peut-être suffisamment potable pour me remercier comme il se doit.

Sa main glissa sur la joue du malheureux, et elle remarqua qu’il entrouvrit les yeux dans une demi-conscience caractéristique d’un tel état de délabrement humain. Sans savoir s’il la voyait vraiment, elle sourit tout de même. De ce sourire maternel qui présageait un océan sucré pour son futur. Il n’avait plus à s’en faire, entre ces mains chaleureuses. Enfin, l’espérait-on.

- Ne vous inquiétez pas. Tout ira bien, maintenant. Ne vous inquiétez pas…

Joseph arriva finalement auprès de sa maîtresse. Il soupira, sachant très bien ce qu’elle réservait à son pauvre dos de majordome. Effectivement, elle ordonna qu’il soit transporté à la voiture, bien installé, et qu’une fois retourné à l’hôtel on s’en occupe décemment. Sur le chemin, alors que son domestique peinait à porter l’ivrogne –pourtant peu habillé- elle lui fit la liste de ce qu’il allait devoir faire le reste de sa courte nuit. Le laver, l’habiller, le coucher s’il reste inconscient, ou le nourrir s’il est éveillé, et faire son possible pour qu’il s’endorme dans un lit propre. Si jamais il ne souhaitait pas se coucher, il devait l’amener dans la chambre de son hôte, même encore couchée, et lui expliquer ce qu’il s’était passé durant la nuit.

C’est la recette idéale pour vous assurer de la gratitude de n’importe qui, même d’un rebut de la société dans son genre. Tout ce que les hommes souhaitent, dans sa situation, c’est du confort. Je vais lui donner le même confort qu’un gouverneur. Il sera si bien auprès de moi qu’il ne voudra plus jamais partir… Plus jamais.  


Et l’on suivit les directives de Dolores. Rentrant à l’hôtel Mécéna, sa résidence privée, et laissant la pauvre chanteuse se délecter d’un bain brûlant et d’un sommeil cotonneux. Elle exaltait d’arriver au lendemain, lorsque son petit protégé serait dans un état décent et réceptif à tout ce qu’elle voudra bien lui raconter. Quelle joie !



Code couleur Dolores: #9900cc
Joseph le majordome: #9999ff
Parties en italique: Pensées du personnage
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Amon Losstarot
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Sam 18 Mar - 18:16
Irys : 29996
Profession : Contrebandier
Pérégrin 0
Le souvenir d'une caresse, et puis le néant. Avant qu'Amon ne perde conscience celui-ci perçu un contact qu'il jugea plutôt agréable sur sa joue, lui remémorant d'ancien souvenirs du temps où il se perdait aisément dans les bras d'une amante différente chaque soir. Peut-être étais-ce cela qui avait poussé la dernière en date à le vendre au final, plus que le simple appât du gain. Si le contrebandier dormait comme un loir sur le dos du pauvre Joseph, ce dernier devait faire tout les efforts du monde pour ne pas succomber à l'agacement et jeter le bougre qu'il se trimballait dans le fleuve. Le monte-en-l'air, non content d'être à moitié nu, ronflait bruyamment et de la manière des plus agaçantes tout en palpant inconsciemment le garde du corps qui devait réunir toutes ses ressources internes pour ne pas devenir fou devant cette situation. Le sbire de la dame préférait d'ailleurs sans doute ne pas imaginer ce qui se déroulait dans la tête du déchet qu'il portait lorsque celui-ci s'attelait à lui toucher la poitrine en marmonnant obséquieusement dans son sommeil...Ce fut donc un réel soulagement lorsqu'il puis décharger la marchandise!

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"Kof! Kof!"

C'est dans un sursaut et une quinte de toux qu'Amon s'éveilla, la lumière du jour agressait ses yeux encore habitués à l'obscurité mais notre ami s'inquiétait beaucoup plus de ce qui était arrivé lors de sa phase d'inconscience. Sa mémoire ne le ramenait en effet qu'au moment -vague- de son passage à tabac dans une ruelle où il aurait été logique qu'il se réveille. Or, force était de constater que la chambre luxueuse dans laquelle il se trouvait nu comme un ver n'avait rien de commun avec la ruelle froide qu'il avait laissé lorsqu'il sombra. De même, il constata qu'on l'avait visiblement lavé et que ses plaies avaient été pansées. Un sentiment glacial s'empara alors de l'échine du Corbeau: s'était-il finalement laissé soudoyé par l'une des vieilles richardes de la taverne désireuse de s'encanailler avec de la chair fraîche? A cette pensée, le contrebandier du se retenir de déglutir: ce n'était qu'une des nombreuses idées farfelues que son esprit pouvait inventer, il n'aurait jamais franchit le cap...A moins que...Non! Mieux valait ne pas y penser!

"Veuillez vous couvrir s'il vous plait!"

Amon tourna la tête vers la source de cette injonction et découvrit un homme dont il ne savait pas si sa propre présence l'indifférait ou l'agaçait. Au moins vu son attitude, le contrebandier était sur ne pas avoir passé la nuit avec lui. Sa jeunesse passé dans un lupanar lui octroyait un esprit ouvert, mais ses faveurs allaient tout de même avant tout en direction de la gent féminine. Devant l'air impérieux de ce nouveau protagoniste, notre larron jugea préférable d'obtempérer pour le moment, avant d'en apprendre un peu plus sur la situation. Il enfila donc les vêtements simples mais confortables que Joseph lui présentait. Ce dernier s'éclipsa avant de revenir avec un plateau chargé de mets divers. Le Corbeau les considéra d'abord avec méfiance, puis, succombant à l'appel de son estomac qui n'avait consommé que du liquide depuis quelques jours, parti à l'assaut de la nourriture. Un grognement de satisfaction s'échappa de la bouche de notre ami dont les yeux retrouvèrent leur habituel éclat vivace et dont la bouche se délia, agrémentée d'un sourire destiné à mettre son interlocuteur en confiance:


"Alors l'ami! Tu vas me dire ce qui me vaut ce traitement ou est-ce que j'dois aller frapper chez le gouverneur pour ça?"



Se contentant de pincer les lèvres et de ne pas interagir, Joseph désigna une porte au trafiquant. Ce dernier souleva un sourcil circonspect, gratifia le majordome d'une tape de l'épaule qui du sans doute l'agacer et poussa la porte en se disant que la situation sentait décidément le traquenard à plein nez. Et on peut dire que les ennuis, ça le connaissait...Après une rapide évaluation de la situation, Amon parvint à l'évidente conclusion: ses bienfaiteurs voulaient forcément quelque chose de lui. Il restait maintenant à savoir quoi, et à se préparer à prendre la poudre d'escampette si les choses tournaient mal...
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Dolores Rossetto
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Sam 18 Mar - 20:20
Irys : 64990
Profession : Chanteuse dans un club privé
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Joseph invitait le jeune homme à sortir de la chambre. La condescendance dont faisait preuve l’ivrogne l’irritait au plus haut point, mais il avait des ordres bien précis, et ses sentiments propres n’avaient pas à entrer en compte. Néanmoins, et contrairement à Dolores, il ne faisait pas preuve d’une extraordinaire chaleur à l’égard d’Amon. Celui-ci devait le sentir, d’ailleurs, mais le majordome n’en avait pas vraiment cure. La jeune chanteuse n’était pas du genre à être d’une incroyable sévérité, comme c’était le cas chez beaucoup de membres de la haute bourgeoisie Daënars. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’il lui pardonnait ces heures supplémentaires imposées par un simple caprice. Il avait sa petite idée sur ce que Dolores voulait faire de ce pauvre hère, mais n’avait pas la moindre intention d’en avertir ce dernier. Cela pourrait se révéler dangereux, cette fois-ci.

- Veuillez me suivre.

Il mena une marche tranquille jusqu’au bout du couloir aux murs bardés de tableaux bucoliques de seconde main. Cette partie de l’hôtel étant, la plupart du temps, fréquentée dans la nuit la plus profonde, cela ne servait à rien de la décorer avec un luxe impressionnant. Une fenêtre barrée de fer projetait une lumière froide et timide sur le parquet propre, mais abîmé. Elle frappait également une porte de bois, la seule qui fût à leur droite après la chambre d’ami où logeait Amon. Joseph invita ce dernier à s’approcher avec un minimum de discrétion, d’un geste de la main. Une fois tous deux devant la porte, il l’ouvrit précautionneusement pour découvrir une chambre de femme. Le premier détail frappant était les teintes résolument chaleureuses et tamisées que les fins rideaux couleur crépuscule transmettaient à toute la pièce en filtrant la lumière solaire. Ensuite, on n’avait d’yeux que pour le lit au centre. Un grand lit en bois sombre, recouvert d’une multitude de draps et d’oreillers dans les tons orangés-rouges, et qui enveloppaient une silhouette dans plusieurs couches de tissus. Couchée sur le côté, on devinait qu’elle avait un peu repliée les jambes vers son buste à travers l’étoffe.

- Cette femme est ma maîtresse, monsieur, celle qui vous a amené ici. Nous vous avons trouvé hier soir, dans un état déplorable, et elle a insisté pour vous prendre chez elle et que l’on prenne soin de vous. Selon ses directives, je dois vous inviter à passer le temps dans l’un des salons jusqu’à ce qu’elle soit prête à vous voir. Elle se présentera elle-même, je n’ai aucun doute là-dessus.

Il y eut un instant de silence, tout calculé par Joseph le domestique, afin que l’invité de Madame puisse la contempler à son aise, alors que seule sa tête et ses épaules nues dépassait des draps de soie. Cela faisait aussi partie des ordres qu’il avait reçu, mais ça, il n’avait pas à le signaler au jeune Amon. Il referma doucement la porte, avant d’indiquer le couloir d’un geste solennel.

- Si vous voulez bien me suivre, monsieur. Annonça-t-il.

Sur ces mots, il prit les devants et emmena le contrebandier jusqu’au bout du couloir, puis ils descendirent tous les deux un escalier de bois en colimaçon, pour finalement déboucher sur une petite antichambre où étaient disposés trois fauteuils, deux petites tables, et plusieurs bibliothèques garnies de livres. Le majordome fit un geste pour inviter Amon à y pénétrer.

- Veuillez patienter ici un moment, s’il vous plait. Si la lecture vous ennuie, je peux toujours vous apporter quelque collation. Ma maîtresse ne devrait pas être très longue, on a dû la réveiller par mégarde.

Sur ces mots, il passa une porte entre deux bibliothèques, et revint quelques minutes plus tard avec une tasse de thé et quelques gâteaux disposés autour, le tout sur un plateau d’argent. Il déposa tout cela sur une des petites tables du vestibule, s’inclina légèrement face à Amon, puis quitta la pièce par la même porte d’où il était venu.

A ce moment, dans une chambre de l’étage, une demoiselle enfilait avec application une longue robe en tissu fin, d’un rouge éclatant. Sa toilette lui prenait du temps, mais la hâte lui permettait d’aller plus vite.



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Amon Losstarot
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Dim 19 Mar - 22:28
Irys : 29996
Profession : Contrebandier
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Amon emboîta le pas du majordome sans plus de cérémonie. Il avait décidément beaucoup de mal avec la rigidité apparente du bougre qu'il aurait bien raillé plus en avant, sans doute à l'aide d'un trait d'esprit mentionnant un balai et l'usage qu'il pouvait en faire dans son fondement. Bien sur, sa situation visiblement précaire lui intimait de ne pas pousser la provocation pour le moment. Il en aurait certainement le loisir plus tard, et puis ce pauvre larbin ne faisait que son travail après tout. Et se méfier des personnes telles que le Corbeau en faisait partie, bien qu'il soit possible de se méfier de manière plus cordiale bien sur...

Tandis qu'il se faisait promener avec une démarche qu'il voulait nonchalante, le fripon balada discrètement son oeil dans tous les recoins de l'endroit à la recherche des issues possibles en cas de grabuge. Vieille habitude salutaire. Un rapide tour d'horizon lui indiqua que si l'endroit semblait assez sécurisé pour ce qu'il s'agissait d'y pénétrer, en sortir semblait beaucoup plus facile. Si la sensation de ne pas donc être un prisonnier ici était relativement agréable, la méfiance de notre larron n'en devenait que plus forte. Celui-ci sentait de plus en plus qu'il n'allait pas aimer ce que ses bienfaiteurs attendaient de lui...Surtout si il s'agissait bien de cette vieille grabataire lui ayant fait de l'oeil plus tôt. Un frisson parcouru alors l'échine d'Amon, qui le masqua en ayant l'air aussi rigide que Joseph l'espace d'une seconde.

Seconde à laquelle il faillit rentrer dans le domestique qui venait de se stopper net pour l'inviter à regarder à travers l'interstice d'une porte. L'attention de notre ami fut bien évidemment de suite attirée vers la silhouette aux épaules nues encore endormie dans le lit remplit de promesses gisant au milieu de la pièce. Du peu qu'Amon ait pu observer, il fut rassuré sur ses pires craintes lorsque Joseph présenta la personne comme sa maîtresse.

"Les Architectes me tripotent! Ta bourgeoise c'est pas la vieille libidineuse de l'autre soir! J'comprend pourquoi t'es à son service maintenant!"

Sur quoi il gratifia le majordome d'un sourire taquin, une lueur espiègle au coin de ses yeux. En effet, un rapide aperçu du visage endormi de la dame avait suffit au Corbeau pour être conquit par sa bienfaitrice. Le garçon n'était pas facile, non, mais il était rarement confronté à ce type de beauté sophistiqué et qui le reste même dans le plus simple appareil. Si il avait bien fricoté avec quelques bourgeoises en mal de mauvais garçons, aucun d'entre elle ne gardait cette classe dans le sommeil. Ne serais-ce que pour les ronflements. Et pour le reste, notre ami était plus coutumiers de beautés plus sauvages mais non moins intéressantes pour autant.

Malgré cela, notre gredin ne pouvait s'empêcher de penser que quoique la dame attende de lui il allait se mettre dans une mouise tellement épaisse qu'elle aurait pu être expulsée par Delkhii lui-même. Au moins, ce serait une mouise agréable à regarder et au parfum surement très doux. Le contrebandier soupira intérieurement. La dame ne lui avait pas encore adressé la parole qu'il retombait déjà dans ses vieux travers. Il faut dire que cela lui avait tellement réussi la dernière fois...

Après s'être fait entrainé dans le vestibule par Joseph, Amon reprit ses vieux réflexes de monte-en-l'air et embrassa la salle du regard à la recherche d'objets de valeurs ou utiles à une éventuelle évasion une fois le majordome éclipsé. Visiblement, rien ne pouvait vraiment servir de manière plus efficace que ses poings. A part peut-être le thé. En effet Losstarot avait noté que Joseph avait la démarche typique des Daënars portant une arme à feu sur eux, même si celle-ci devait visiblement être dissimulée. Mouiller la poudre pour rendre celle-ci inutilisable pourrait s'avérer utile à l'occasion...

Se servant une tasse, il examina alors les bibliothèques. Bien qu'il fusse de basse extraction, Amon avait appris à lire au bordel. Souhait de sa défunte vieille mère qui lui servait désormais majoritairement à décortiquer et trafiquer les manifestes des navires marchands qu'il a pu "rediriger" à une certaine époque pas si éloignée. Le contenu des étagères était plutôt hétéroclite, les traités scientifiques côtoyant les livres grivois et les recueils de poèmes. La dame semblait au moins avoir du goût, bien que le forban se sentit lui même trop peu cultivé pour apprécier pleinement cet étalage. Amon pouvait présenter fort convenablement avec les bourgeois, mais ce n'était que pour le besoin des affaires. Ces galipettes l'ennuyaient généralement profondément.

"Oh...Intéressant..."

L'attention du contrebandier venait de se porter sur un recueil de poèmes d'Hafez d'Als'kholyn qu'il se mit à feuilleter machinalement. Ceux-ci traitant majoritairement de vin et de volupté, Amon ne se lassait jamais de se les faire chanter ou lire la tête cajolé par une demoiselle lorsqu'il échouait dans un bordel...


Dernière édition par Amon Losstarot le Lun 20 Mar - 13:16, édité 1 fois
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Dolores Rossetto
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Lun 20 Mar - 7:28
Irys : 64990
Profession : Chanteuse dans un club privé
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Le parquet de l’escalier grinça de cette plainte si distinctive. Si exagérée, même, qu’à chaque fois Dolores avait presque de la peine pour cette maison si vieille, qu’elle semblait maltraiter à chaque pas. Et puis, il y avait aussi peut-être un peu de vexation de produire un tel brouhaha rien qu’avec son faible poids. Son œil était braqué vers l’antichambre, et lorsqu’enfin elle posa les yeux sur l’homme qu’elle avait secouru, tout apprêté, elle esquissa un immense sourire, découvrant ses blanches canines.

Mais regardez-moi ça, regardez-moi ça ! C’est comme si on avait mis un chat de gouttière dans la peau d’un bichon. C’est presque drôle tellement il n’a pas l’air à sa place. Je n’imagine même pas la tête de Joseph, j’aurai bien ris à sa place. Mais il est mieux comme ça, sans aucun doute. Attends… quel livre est-il en train de lire ? De l’Hafez ? Eh, mais c’est qu’il a du goût ! C’est qu’il sait lire en plus !

Le temps de suivre ce chemin de réflexions complexe, la voilà en bas de l’escalier, à quelques pas à peine de son petit protégé. Elle le salua d’un geste de la tête, comme toujours accompagné de son sourire si charmant auprès de tous. Elle portait alors une robe vermeille d’une grande légèreté, et une haute coiffure que lui avait bâtie son autre servante, qui ne venait que le matin pour s’occuper de commodités comme celle-ci.

- Bien le bonjour, mon cher ! Vous avez tellement meilleur mine qu’hier soir, je ne vous aurais pas reconnu !

Elle fit deux pas vers lui, laissant ses talons claquer sur le parquet. Elle le détailla minutieusement, comme une petite fille devant ses robes de mariées plantées en vitrine.

A mon avis, tu ne te seras jamais senti aussi précieux, mon bonhomme. C’est vrai qu’une fois lavé et coiffé, il n’est vraiment pas mal. J’aimerai juste attendre que ses vilaines contusions sur son beau visage s’en aillent. Je n’ai aucune envie d’embrasser un amas de prunes. Je serais capable de lui faire mal, en plus.

La chanteuse eut un rire léger, bien plus causé par ses propres pensés que par l’objet de sa contemplation. Elle glissa ensuite le regard vers la théière fumante, et l’autre tasse qui l’attendait sur le plateau. Elle s’en servit un en quelques instants, et prit place sur l’un des fauteuils disposés dans la bibliothèque. Humer le parfum de genévrier qui se dégageait du breuvage lui permettait de calmer un peu ses transports.

- Je m’appelle Dolores, Dolores Rossetto. Mon majordome a dû vous expliquer dans quel état nous vous avions trouvé hier soir. En tout cas j’espère, c’est ce que je lui ai ordonné de faire en tout cas. Dit-elle en prenant une gorgée de thé.

Le jeu de la sottise, du conformisme. Il se prendra pour le plus malin comme ça. Si je veux gagner la confiance de ce fieffé bagarreur, il faudra bien ça. Mais regardez-moi ces tatouages… Il a dû voyager loin… Quand j’y pense, je ne connais pas son nom, à lui. Ah ça par contre, je tiens à lui extorquer !

- Et vous, quel est votre nom ? Je n’ai pas osé vous le demander alors que vous étiez à moitié assommé par terre. Je ne sais même pas si vous vous en seriez souvenu.

Puis elle rit de nouveau, croisant les jambes sur son fauteuil de velours. L’élégance à l’état pur. Ni trop lourdement parée, à la manière d’un parvis de palais, ni trop légèrement, comme ces filles de mauvaise vie qui, comme beaucoup de passants nocturnes, ne peuvent lâcher de leur regard la jeune Dolores quand elle rentre chez elle, accompagnée de Joseph. Faire du sexe un travail, mais quelle idée saugrenue. Le travail est un labeur, une souffrance. Le mélanger avec le plus pur et le plus puissant des divertissements c’était dénaturer ce dernier. Enfin, on ne choisit pas toujours sa vie.



Code couleur Dolores: #9900cc
Joseph le majordome: #9999ff
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