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Chroniques d'Irydaë
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 Le chant du Rossignol

Luka Toen
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Mar 21 Mar - 23:11
Irys : 390404
Profession : Historienne et naturaliste
Pérégrin 0
Le chant du Rossignol
[Pv : Dolores Rossetto] - Novembre 931



« N’oubliez pas que notre budget fut serré cette année. Réfléchissez-y ce soir, nous aurions tout à gagner à proposer un consensus à l’Etat. Beaucoup de hauts dignitaires ont certifié qu’ils accepteraient de nous verser une aide. »

« Contre quoi encore ? Nous les connaissons ces rats, tout ce qui les intéresse c’est de dérober nos découvertes et de les mettre à leur propre nom… Ah ça, l’opinion public, ils savent s’en servir ! »

Luka eut un léger claquement de langue agacé. Il y avait une demi-mesure entre la naïveté et la paranoïa tout de même ! Qu’était-il advenu de ses collègues durant toutes ces années… ? Non, se rectifia-t-elle, Meyer avait toujours eu un tempérament délicat et prônait à qui voulait bien l’entendre ses multiples théories du complot. Par ailleurs, c’était précisément sa méfiance naturelle qui l’avait maintes fois conduit à faire des découvertes révolutionnaires dans le domaine de la météorologie. Elle força ses épaules à se détendre, et revint se nicher dans l’embrassade si agréable de son fauteuil.

« Allons allons, mes amis. Ne serait-il pas temps de faire une pause ? Je crois que nous avons tous besoin de nous aérer l’esprit. Après tout, ce colloque est loin d’être terminé, nous aurons encore l’occasion d’y réfléchir. »

« Tu as raison, Klein, comme toujours. »

Elle laissa filer un soupir qui fit écho à sa fatigue, heureuse de ce désengagement rondement mené par quelqu’un d’autre qu’elle. C’était une chose de mener l’assemblée, c’en était une autre de devoir régulièrement reprendre le comportement de cette brochette de sexagénaires. La carrière de scientifique était exigeante et ne tolérait que peu l’ingénuité. Cela, et une touche saupoudrée de privilèges méticuleusement entretenus depuis des siècles, et vous obtiendrez aisément la teneur de ces réunions collégiales. C’était néanmoins le prix à payer pour exercer le métier de chercheur, les ressources financières fort rares dans ce vaste monde pour une poignée de délurés. Ils se réunissaient donc chaque année depuis très longtemps dans l’espoir vain de réfléchir à l’avenir de la profession et surtout de prendre des décisions bénéfiques à leurs propres travaux : cela passait notamment par la recherche éternelle du Graal, plus timorée qu’une licorne de blanc pur, autrement nommée escarcelle d’Irys sonnantes et trébuchantes. Trouver un mécène n’était pas une difficulté en soi. En trouver un bien intentionné et qui avait à cœur de vous fournir incessamment sous peu tous les moyens de parvenir à vos fins, relevait de la légende internationale.

Oh, elle était mauvaise langue. Ils n’étaient pas tous décrépis, et encore moins aigris par la vie. Pour sa part, elle trichait quelque peu : elle ne faisait pas son âge véritable. La magie des Anomalies était telle qu’elle vous laissait aussi jeune et fringante qu’antan. Néanmoins, même en comptant prosaïquement les années elle restait dans la tranche des plus jeunes de ce petit comité. Klein uniquement pouvait se targuer –sans le savoir bien sûr-, de son droit incessible de petit dernier. Elle lui donnait la trentaine à tout casser, et des airs d’adolescent oublié qu’un train de vie énergique avait conservé dans une agitation toujours grandissante.

« Tu vas voir, ce soir je t’emmène avec quelques amis à La Ruche ! lui annonça-t-il de son enthousiasme coutumier. »

« La Ruche ? Qu’est-ce que c’est au juste ? »

Elle attrapa sa veste qu’il lui tendait fort galamment, un air mi goguenard mi moqueur sur son joli minois. Elle connaissait très bien les habitudes débauchées de son collègue et ami… Et les soirées de beuverie ne lui disaient rien qui vaille cette semaine. Les tourelles de paperasse qui l’attendaient à son hôtel ne cessaient de la préoccuper.

« Ah ne rigole pas, se défendit-il immédiatement, faussement piqué au vif. Cette fois, c’est un établissement très recommandable ! Enfin, parfois. Mais la nourriture et les femmes y sont de très agréable compagnie… Et il y a cette chanteuse… ! »

Elle leva les yeux au ciel, tâchant de garder pour elle le semi-sourire amusé qui menaçait de poindre à tout instant sur le revers de ses lèvres. Voilà donc le pourquoi du comment. Klein s’était une nouvelle fois entiché d’une demoiselle, et il escomptait lui faire la cour par des fleuves d’Irys versés et son assiduité à toute épreuve. Grand bien lui en fasse, il apprendrait bientôt que les plus cruelles et facétieuses créatures sur Irydaë n’étaient pas les novshs. Elle n’en ferait qu’une bouchée, la diablesse !

« Je te suis, grand bêta. Tâche de nous commander un bon fiacre lorsque tu auras un moment d’éclaircissement dans ta fièvre. Qui doit-on rejoindre ? »

Et de fait, ils s’appelaient Erlich et Yuran. Deux compagnons d’armes de Klein, tombés également au combat. C’était en tous cas leur sujet de conversation privilégié lorsqu’ils les rejoignirent à la tombée de la nuit, esquivant avec adresse les chevaux et la vapeur au milieu des rues animées d’Alexandria. Une belle bande de joyeux lurons peu agressifs en l’état, quoique un tantinet patauds si ce n’était maladroits… Et dire qu’ils espéraient saisir au vol la fragrance de leur dulcinée, l’éclat d’un regard qu’ils ne sauraient pas même pleinement identifier au milieu des odeurs doucereuses de l’alcool !

« C’est ici, ma chère Luka. Nous avons réservé une table pour quatre près de la scène. »



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Dolores Rossetto
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Jeu 23 Mar - 22:37
Irys : 99984
Profession : Chanteuse dans un club privé
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Chanson (monovoix dans le RP o/):
 

Entrer dans la Ruche n’est pas facile, sachez-le. Si le maître des lieux a donné un tel nom à son établissement, c’est qu’il vise une clientèle de niche bien particulière : la jeunesse bourgeoise. Celle qui, forte de l’enrichissement des ancêtres, se retrouve avec une montagne de monnaie qu’ils ont toujours vu dans leurs coffres, dont ils ne savent ni la provenance, ni le labeur qu’elle a coûté. La seule chose dont ils sont sûrs, c’est que l’argent permet bon nombre de choses, et qu’ils n’ont qu’un seul réel besoin à satisfaire : le divertissement. Ils s’ennuient tellement que la moindre tentation offerte est aussitôt attrapée. Ces enfants succombent à tout, se jettent tout nu dans tous les brasiers possibles, dans le seul but de vivre un peu plus en hauteur, et un peu moins en longueur monochrome.

Lorsque vous pénétrez les portes du club, situées dans une ruelle plus connue pour ses trafics en tout genre que pour ses restaurants raffinés, vous devez vous accommoder d’une pénombre qui n’est pas sans rappeler celle que vous venez de traverser pour arriver jusque-là. Une nuit lourde, couverte, où luisent çà et là des lueurs huileuses. L’emplacement de La Ruche est connu de peu de monde, et son secret se transmet par des murmures, des cachotteries, qui sont d’une immense cohérence avec la politique de l’établissement. Le couloir qui vous accueille n’est peuplé que de deux paires de gros-bras, dont le seul but est de vérifier que vous êtes… adapté aux souhaits de votre futur hôte. Une fois cette vérification faite –il ne s’agit que de quelques questions accompagnées d’une fouille brève- vous pouvez définitivement entrer dans le temple du crépuscule.

Tout ici respire l’encens exotique, la volupté des alcools fins et de la chaleur qui fait transpirer la multitude. Une odeur caractéristique, incroyablement puissante, vous envahit dès l’entrée. On ne sait pas de combien de parfums divers elle est composée, mais le mélange vous happe, vous transporte vers une table où des serveurs endimanchés prennent votre probable commande de nourriture, qui vous sera servie sur des couverts  argentés. Un bar, tout de suite à votre droite en entrant, vous servira la boisson de votre choix que vous pourrez savourer devant une des quelques tablées qui entourent la petite scène au fond du bâtiment. C’est là qu’évolue notre somptueuse demoiselle. Le brouillard bruni des cigares contraste énormément avec la blancheur de sa robe, tandis qu’elle joue des doigts sur une harpe au cadre d’un bois noble. Derrière elle, un violoniste et un guitariste dans la pénombre. Tout ce qu’il faut pour enchanter le public et l’emmener dans une enfance bucolique qu’il n’aura jamais le bonheur de toucher du doigt.

Il n'aime qu'elle, et elle n'aime que lui
Comme un manège entre ses bras…
Un air de valse, un secret entre elle et lui,
Un pas de danse qui n'en finit pas.


Ce n’était pas Dolores qui choisissait son catalogue, sinon elle aurait été beaucoup plus incisive sur le texte. Durant ce début de soirée, il fallait qu’elle entretienne un climat plutôt serein, féérique, tranquille, d’amour pur et à la douceur sybarite. Elle y parvenait sans peine, sa voix glissant contre les joues de chacun pour l'attirer plus loin dans le rêve. Les pupilles closes, elle faisait murmurer à son instrument des promesses romantiques. Des récits que tout le monde connait sans en citer jamais l’auteur, puisque souvent c’est bien son propre cœur.

Qu'est ce que ça peut faire
Si le monde tourne à l'envers.
Le temps qui passe ne revient pas…
Qu'est ce que ça peut faire
Si le monde va de travers.
Cette nuit je dors entre tes bras…


La chanteuse devenait mythe, muse, déesse au milieu des hommes. Elle inspirait les poètes, bien que plus poétesse encore qu’ils ne le seraient jamais. Elle devenait bijou pour leur regard voilé de drogues hallucinantes. Dolores était une sirène, ici-bas. Attirant les marins dans la brume pour les faire s’échouer dans un océan de caresses venimeuses. C’était l’étage inférieur de la Ruche. Un escalier sombre, grinçant, qui vous menait à un espace de grivoiseries multiples. C’était là l’espace réservé aux plus nocturnes des abeilles, celles qui ne vivent que la nuit pour entretenir le nid. Leur rôle est capital, et pourtant on ne peut jamais les voir, à moins d’être soi-même de cette étrange espèce.



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Luka Toen
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Lun 27 Mar - 0:15
Irys : 390404
Profession : Historienne et naturaliste
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La première chose que Luka vit de Dolores fut son reflet sur le visage de Klein. Il n’est pas toujours nécessaire d’ouvrir ses prunelles, de contempler la silhouette diaphane qui nous fait face de plein fouet. Exactement comme dans les nuits les plus noires, certaines ombres nous apparaissent plus nettes d’un regard en biais et d’une dérobade que dans l’obstination d’une observation de front. Peut-être était-elle trop blanche, trop luisante en cet instant : sa vision n’aurait pas manqué de blesser les sens, et sa voix, enjôleuse et cajoleuse, aurait entraîné bien loin les pensées de Luka. Alors, sans doute toute cette histoire n’aurait-elle jamais commencé, cantonné à cette mascarade de soirée. Très belle chanteuse, se serait-elle contentée de retenir, divertie et satisfaite par ce spectacle parmi tant d’autres. Bel objet de convoitise que l’on exhibait devant la foule, Dolores Rossetto, une énigme parmi tant d’autres que personne ne connaissait vraiment. Comment auraient-ils pu ? La jolie maraudeuse avait la croupe et l’esprit vifs, il lui suffisait d’un sourire et d’un regard pour éparpiller les soupçons.

Non, rien de tout cela n’aurait pu heurter Luka de plein fouet, si elle n’avait pas croisé la lueur infime qui s’était allumée sur le visage de son ami. Son couvert en argent s’était figé à mi-chemin de sa bouche –du homard peut-être, cela faisait longtemps qu’elle n’en avait pas dégusté-, et ses yeux, subjugués, avaient détaillé la transformation physique saisissante qui s’emparait de Klein. Il y avait là un léger frémissement des lèvres, un plissement de paupière supposé chasser les embruns de lumière duveteux qui s’y perdaient en quantité, trop ébloui par l’objet de ses désirs pour oser bouger brusquement. Il continuait d’échanger de temps à autre une parole avec l’un d’entre eux, mais un accent rêveur persistait à la jointure de ses propos. Il avait alors un lent et profond mouvement de main, comme s’il soulignait la voix langoureuse de la chanteuse d’une approbation muette.

Qu’était-elle ? Quelle magie faisait-elle donc vibrer dans l’air qu’elle en transformait les hommes et les cœurs avec autant de puissance ? Incapable de l’observer elle, trop saisie par le spectacle seul que lui offrait sa compagnie masculine, Luka en oublia un long moment de se tourner vers l’estrade. Elle n’aurait pas démenti un brin d’appréhension, peur d’être déçue probablement, de découvrir à qui appartenait cet arrière-fond de voix doucereuse, peur de ne pas y trouver une silhouette aguichante en adéquation avec les phéromones qu’elle libérait dans l’espace alentour… Alors ne restait-il qu’une unique solution.

« Dites-moi, vous tous, que sait-on d’elle ? »

Ce fut Yuran qui lui répondit le premier, les yeux pétillants à l’idée de converser d’un sujet croustillant :

« Pas grand-chose. Madame est très secrète quant à sa vie privée, mais l’on dit qu’elle prend des amants toutes les nuits. »

Visiblement, voilà une hypothèse qu’ils espéraient ardemment démontrer. Perdue dans ses pensées, Luka chassa du bout de sa fourchette les légumes finement cuits par la maison.

« Tout à fait ! répondit à son tour Erlich. L’autre jour j’ai même entendu dire qu’on l’avait vue repartir accompagnée par l’un des riches académiciens d’Alexandria. Quand ce n’est pas l’un de nos hommes politiques, supposé marié. »

« Oh tu sais, vu la bedaine que certains ont, on sait pourquoi ils se tournent vers d’autres victimes… »

Ils eurent un grand sourire de connivence, et Erlich envoya un méticuleux coup de coude dans les côtes de Klein.

« Allez, cesse donc de grimacer, personne te la prendra ta jouvencelle. »

« Pourquoi ne tentes-tu pas ta chance en te postant à la sortie ? coupa-t-elle court à ces joyeuses brimades, réellement curieuse. »

« C’est que… J’ai déjà essayé… Mais elle a un garde du corps. »

« Ouais, dis plutôt que tu n’as pas cherché à comprendre et que tu as fait demi-tour sans demander ton reste ! »

Tout à fait probable, se garda-t-elle de dire à haute voix, se contentant de hausser un fin sourcil amusé.

« Vous avez éveillé mon intérêt en tous cas. Il y a peut-être quelque chose à faire… »

Elle repoussa sensiblement son assiette, et pivota sur sa chaise en toute indifférence de la mélodie qui s’égrenait dans l’air. Elle leva un doigt interrogatif à l’intention d’un serveur à la mise impeccable, soigneusement en retrait de la sphère des clients. Ici, tout un chacun pouvait être la personne à ne pas vexer, et plus encore lorsque l’on constatait les prix qui étaient pratiqués dans ces lieux. Luka était chanceuse, elle n’était pas en reste en matière de renommée, et plus encore dans les hautes sphères intellectuelles de la société…

« S’il-vous-plaît, savez-vous à quelle heure Mademoiselle Rossetto termine son service et s'il est possible de la rencontrer ? »

Un sourire impeccable sur les lèvres, elle ajouta négligemment sous le regard éberlué de ses trois compères :

« Ah, et apportez-moi l’un de vos rouges les plus délicieux, nous en aurons grand besoin. »



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Dolores Rossetto
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Mar 11 Avr - 21:07
Irys : 99984
Profession : Chanteuse dans un club privé
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Fallait-il que ma voix monte véritablement aussi haut ? Etait-ce nécessaire ? J’ai l’impression d’avoir eu les poumons écrasés pour en faire sortir tout l’air, sans en laisser la moindre miette. Ma gorge brûle horriblement, et ma voix se transforme en un grognement immonde dès que j’essaye de murmurer la moindre note un peu haute. Bon, eh bien j’ai l’impression que le reste de la semaine sera animée par un peu de musique moderne… Ils devraient apprécier un peu de... bestialité, non ? Et puis, je ne suis pas vraiment d’humeur virginale et fragile en ce moment, ce doit être l’approche toujours plus rapide de l’hiver.

C’est le genre de débat intérieur dont nous sommes tous friands, petits comme grands. Dolores était différente en cela qu’elle avait élevé ces réflexions solitaires au rang de divertissement très solide. Quand l’ennui l’enveloppait, ce qui était souvent le cas lorsqu’elle devait retourner en coulisse pour laisser la place à d’autres artistes, c’était à peu près le seul loisir qu’elle avait l’énergie de s’accorder. Des perles de sueur lui parcouraient le visage et la peau du cou, dessinant des  reflets scintillants à la lumière des lampes du corridor. Çà et là, quelques régisseurs, quelques grooms, ou même un admirateur discret –ou influent- venaient ponctuer son soliloque de quelques bavardages sans consistance.

Passant enfin la porte de sa loge, aux lumières déjà toutes allumées par une main fugace et invisible, elle se laissa tomber avec bonheur sur le fauteuil au fond de la pièce. Il était à elle, ce siège, rien qu’à elle, et personne ne lui prendrait jusqu’à ce qu’elle parte d’ici. Jetant la tête en arrière, Dolores jubilait. Elle fit quand même l’effort d’attraper une serviette posée non loin de là pour s’éponger le front et la nuque, avant de la nouer avec application autour de son cou, afin de ne pas risquer un coup de froid qui lui décapiterait sa paye pour plusieurs jours au moins. Puis soudain, alors que sa conscience vacillait délicieusement, là, sur ce fauteuil, on frappa à la porte avec toute la précaution que pouvait déployer quelqu’un qui se savait peu désiré dans le coin.

- Mademoiselle Rossetto… Pardon de vous déranger, des personnes ici m’ont demandé de les amener à votre rencontre.  Elles semblent avoir beaucoup apprécié votre performance. Souffla une voix d’homme plutôt juvénile.

La chanteuse soupira, très brièvement, très faiblement, si bien que de l’autre côté de la porte en bois il était impossible de l’avoir entendu.

Mon pauvre, ce ne seront pas les derniers à admirer ce que je fais, et pourtant ils ne viennent pas tous me voir personnellement… Pourtant, ils pourraient, rien ne les en interdit, à part les humeurs de mon cher patron, bien évidemment. Je vais aller voir qui sont ces admirateurs. Aller, du beau monde, s’il vous plait !

Elle se leva calmement, prit le temps d’enlever ce tissu disgracieux autour de son cou et de le jeter dans un coin, puis s’approcha du grand miroir collé sur la porte de sa penderie pour arranger sa toilette.

- Vous pouvez les faire entrer, merci beaucoup ! Lança-t-elle d’une voix ingénue.

La porte s’ouvrit, le serveur murmura quelque chose d’inaudible à la bande de scientifiques, probablement répétait-t-il ce que Dolores venait juste de dire. Obnubilée par la première impression qu’elle pouvait donner, la jeune femme ne tourna pas tout de suite les talons vers ceux qui avaient eu le courage de demander une entrevue. Elle fredonnait à voix basse, tout en s’examinant avec une coquetterie perfectionniste qui charmait bien du monde parmi ceux de la haute. Sans même avoir posé le regard sur ses nouveaux interlocuteurs, elle essayait déjà de déclencher chez eux quelques affectes qui la rendrait rapidement irrésistible. D’un mouvement ample du bassin, elle pivota finalement vers les chercheurs qu’elle dévisagea en un instant, mais pas l’un après l’autre, plus comme une totalité, pour ne pas déjà leur donner  trop d’importance individuelle. Dolores remarqua cependant que, parmi ces quelques curieux débonnaires, il y avait une femme.

Ça, c’est pas banal ! En plus regardez sa crinière, comme elle est chatoyante ! On a envie de poser sa tête dedans et de s’y endormir… Non, ma brave Dolores, ce n’est pas le moment de penser à dormir, tu auras l’air fatiguée après.

Cela devait se voir, mais son regard clair s’arrêta un peu plus longtemps sur Luka, mais elle fit en sorte que cela se justifie par le fait que cette dernière ouvrait la marche à la place d’un autre de ces messieurs. Chacun de ses gestes étaient décidément un coup joué dans une partie d’échec. Elle pencha subtilement la tête sur le côté, esquissant un sourire des plus rayonnants. Ses cheveux légèrement transpirants tombaient en mèches disproportionnées sur son épaule, et les plis de sa robe d'albâtre finissaient de compléter ce tableau à la fois si innocent, mais en même temps désespérément séducteur.

- Bonsoir, messieurs-dames. Vous vous amusez bien ce soir ? Je l’espère ! Pourquoi vouliez-vous me rencontrer, au juste ? Quelque question vous démange ? Demanda-t-elle avec un rire léger.



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Luka Toen
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Mar 2 Mai - 18:40
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Dolores n’aurait concrètement nul besoin de ces artifices si elle avait su combien le troupeau de scientifiques était d’ores et déjà tout entier acquis à sa cause. Aurait-elle laissé tomber sa chaussure ou la plus odieuse des frusques, les garçons se seraient sans doute empressés de se ratatiner au sol pour mieux en apprécier la saveur et espérer toucher du doigt ce qu’était cette belle emprisonnée. Pour un regard d’elle, cette individualité qu’elle leur refusait pour le moment, Luka n’aurait su dire ce qu’ils seraient capables d’accomplir. Cette rencontre les marquerait en tous cas pour les années à venir, et cette fragrance de chatte lascive leur collerait à la langue des nuits durant lorsqu’ils se mettraient à chercher son ombre et sa trace dans les autres femmes environnantes…

Indubitablement, elle était magnifique. Car Luka pour sa part ne se priva pas de la détailler des yeux, aussi spontanée que la demoiselle était calculatrice. Au moins pourraient-elles trouver un terrain d’entente : elles étaient toutes deux sans gêne. Et, habituée à observer la vie avec un regard d’enfant curieuse, l’ancienne dragonnière ne songeait que très rarement combien ces œillades franches pouvaient ébranler ses interlocuteurs, peu habitués à être le crible d’un tel feu soutenu. Pour autant celui-ci n’était pas du tout agressif, ni même ne se voulait incommodant. Non, Luka était véritablement en proie à une multitude d’interrogations muettes que faisaient naître les formes souples de la chanteuse, ses airs de reine alanguie et trompeuse, et pourtant d’une vérité crue.

Entrée la première aux côtés de Klein, que ses doux imbéciles d’amis ne cessaient de titiller d’une virile poussée dans l’épaule, Luka fit un léger pas de biais et s’immisça dans un espace libre. Sa petite tribu put ainsi tenir quasiment tous ensemble de front face à l’objet de leur convoitise, sans qu’elle n’en perde tout l’intérêt du spectacle. Plusieurs interminables secondes s’égrenèrent durant lesquelles Klein demeura incapable de prononcer le moindre mot, avant qu’il ne parvienne à esquisser un à peu près assuré « Bonsoir ».

« Si ce sont bien des questions qui le démangent… crut bon d’ajouter Yuran dans un demi-murmure moqueur dont le sens était plus qu’explicite. »

Luka eut une soudaine montée de compassion pour la jeune artiste. Malgré ses efforts pour présenter une telle apparence, sans doute y avait-il des jours où elle avait d’autres chats à fouetter que d’entendre tous les commentaires graveleux de ses possibles fans. Il n’y avait qu’à voir ce qu’un présumé scientifique était capable de sortir, le tout avec un regard vitreux et la bave aux lèvres… Alors qu’en était-il de ces machistes de taverne qu’un centimètre carré de peau nue rendait aussi fébrile qu’un yamaany ? Par politesse envers cette Dame qu’elle ne connaissait pas, elle crut bon d’arrondir un tantinet les angles de ses amis :

« Je crois que l’alcool a été assez fort ce soir, mes excuses. Ils vous adorent, vous savez. »

« Et comment ! surenchérit Erlich. Vous faites des signatures, ce genre de choses ? »

Cette fois-ci, la remarque parvint à arracher à Klein un long roulement des yeux.

« Ne l’embêtons pas avec ça. Je voulais surtout vous dire que votre voix était très vraiment ravissante ! »

Il se racla la gorge tandis que ses yeux s’égaraient un peu trop dans le décolleté de la belle, une cage thoracique qui en effet, ne devait pas manquer de faire résonnance ! Luka échangea un fugace regard avec son ami, un semi-sourire fortement amusé titillant la naissance de ses lèvres. Puisque ces idiots se dandinaient et n’avançaient en rien la possible séduction de Klein, elle opta finalement pour l’une de ses éternelles techniques de front :

« Mis à part ça, j’ai une proposition à vous faire. »

Ses prunelles revinrent s’ancrer aux merveilleuses mirettes de son interlocutrice. Elle était chanteuse, et dans un établissement classieux de surcroît : elle devait être dure en affaires.

« Acceptez-vous de temps à autre des contrats annexes à votre travail ici ? Oh, rien qui ne viendrait concurrencer les dignes activités de La Ruche. Pour tout vous dire, nous devons nous réunir cette semaine pour un colloque, et il serait de bon aloi d’organiser un petit dîner privé d’après débats pour détendre l’atmosphère. Je pense que votre voix aurait grand à gagner à nous faire l’honneur de sa présence parmi ces nombreux Messieurs. Pour cette soirée absolument occasionnelle et votre talent personnalisé, vous seriez bien entendu grassement rémunérée. »



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Dolores Rossetto
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Mar 2 Mai - 21:54
Irys : 99984
Profession : Chanteuse dans un club privé
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Le silence s’imposa de lui-même, comme témoin étrangement bavard, rapporteur de leur manque de bravoure à tous. Dolores, via son amour des récits du passé, se désolait parfois de ne pas avoir été contemporaine de l’époque où chaque être humain était capable d’en défaire plusieurs par simple réflexe de survie. Tout était plus simple en ce temps. Si vous ratiez votre marche, si vous jouiez mal à ce grand jeu de l’existence, vous mourriez.

Peut-on faire quelque chose de plus éloigné de cet idéal qu’eux ? Malheureusement, je crois qu’il n’y a rien à faire. Là où l’on attend des hommes, il n’y a plus que du sable, et c’est maintenant une femme qui me donne envie de jouer, et non pas l’un d’entre eux. Mais dans quel monde vit-on ?

Tandis que chacun des scientifiques se plaisait à essayer divers techniques pour attirer de nouveau le regard de Dolores, celui-ci étant revenu se perdre dans sa chevelure pour en arranger l’ordre précaire, elle continua de les écouter tout de même, et surtout de sourire d’un air amusé. Ils passaient à la trappe maintenant, cette bande d’impuissants, suants leurs phéromones déréglés par le biais de leur peau à la vue si peu ragoutante qu’elle semblait même gluante. La chanteuse les sentait déjà tous dévoués à son unique regard. Il n’y avait guère plus ennuyeux que cela.

Par contre, la petite rousse, là, elle ça représente déjà un peu plus de parvenir à la faire plier. Peut-être se croit-elle à l’abri, à me dévisager ainsi de haut en bas comme un fruit étrange de la nature, mais si ce n’est pas ta vue que j’hypnotise, je parviendrai tout de même à te conquérir par les autres sens. Il y a forcément quelque chose qui t’électrise le cerveau, et il ne sera pas bien difficile à trouver.

Sa pensée la fit pousser un rire charmant, enfantin sans être trop dénué d’intelligence. Le plus souvent, c’était ainsi que Dolores procédait pour commencer ses jeux malsains de séduction. Même l’ancienne dragonnière serait capable de se faire berner par cet éclat de bêtise qui pointait dans chacun de ces gestes graciles. La chanteuse consentit à se tourner complètement vers le groupe, les gratifiant d’un de ses sourires étincelants, tout en replaçant, avec malice, une mèche de cheveux récalcitrante derrière son oreille.

- Vous êtes très aimables, vous tous. Bien sûr que je peux vous accorder quelques autographes, ce serait un honneur même. Attendez ! Lança-t-elle en levant une main fluette vers le ciel, ses prunelles papillonnant d’un visage à l’autre sans la moindre intensité.

Elle fit quelques pas hâtifs vers un bureau de bois brun à côté de la penderie, et dégagea d’un des tiroirs un stylo plume aux teintes cuivrées, parfaitement mises en valeur par la lumière ambiante, à l’instar de la chevelure amarante de notre chanteuse. Tout en souplesse, elle courba son dos pour se pencher près du bloc-notes posé devant elle et joua de l’habilité de ses doigts pour y tracer une signature en bonne et due forme. Un gage, à la fois simple et fleuri, d’une estime qu’elle n’avait pas vraiment pour les hommes de lettre. Elle déchira vivement le papier de son support, posa le stylo sur le bureau, et fit quelques autres ondulations serpentines pour finalement se retrouver au plus près de ces messieurs, et surtout de cette dame.

- Tenez, je vous la donne à vous. Annonça-t-elle en tendant le papier à celui qui avait poliment demandé un tel présent.

Evidemment, notre espiègle Dolores en profita pour prendre avec douceur la main de l’homme et l’accompagna jusqu’à l’autographe susmentionné dans un échange des plus candides. Elle voulait, bien entendu, semer le trouble parmi ces âmes ivres, afin que leurs émotions sublimées s’entrechoquent et puissent laisser un petit, même un léger, moment de répit à la demoiselle pour qu’elle puisse répondre à la scientifique qui s’était un peu éloignée de tout cela. Elle l’imita d’ailleurs, se rapprochant d’un bon de la rouquine pour laisser aux damoiseaux le soin de s’entredéchirer, comme au bon vieux temps des Gaels. C’était la première fois de toute cette scène burlesque que Dolores échangeait un véritable regard avec quelqu’un, et celui-ci ne laissait aucun doute sur son ingénuité de petite fille trop tôt sortie de son palais. De surcroît, fidèle à son plan de conquête complète de l'esprit de chacun, Luka pouvait désormais savourer des narines le parfum envoûtant de lilas et de groseille que dégageait la chanteuse pourtant en sueur après sa prestation, comme si une telle fragrance émanait d'elle naturellement, par les pores de sa peau satinée.

- Mais voyons, bien sûr que j’accepte votre proposition ! Oh, autant de belles personnes ! Chanter pour elles, voir leurs visages… Vous savez, ici il fait si sombre dans la salle que je ne vois aucun visage. Je me sens un peu seule sur scène, parfois, comme un morceau de viande examiné par un régiment de bouchers. Elle marqua une pause, regardant le vide à sa gauche et mordant fugacement la lippe de ses douces lèvres vermeilles, puis elle reprit leur échange visuel. Ne vous inquiétez pas pour l'argent, je n’en ai déjà que trop à travailler ici. On va dire que je serais invitée, et non employée. Cela vous convient-il ?

C’est sûr que si Luka s’attendait à une professionnelle de la négociation, elle devait être bien déçue. Et pourtant, qui sait ce que Dolores jouait vraiment dans ce contrat ? Bien plus qu’à l’art de séduire une femme, Dolores s’était habitué aux paris risqués. Ceux que vous regretteriez de perdre, mais qui, bien heureusement, se règlent facilement lorsque l’on a la patience et la mentalité d’un logicien confirmé. Ne sachant pas ce que les hommes de la compagnie étaient en train de faire dans leur moment de perdition mutuel, la chanteuse pivota vers eux et esquissa une révérence théâtrale pour se présenter, laissant onduler sa chevelure sur ses épaules dénudées.

- Si vous avez pu demander où je me trouvais, vous devez connaître mon nom, néanmoins je tiens à me présenter tout de même. Dolores Rossetto. Ce n’est qu’un pseudonyme, bien sûr, mais il ne vous est pas utile de connaître le vrai. Je suis ravi de vous avoir rencontré, messieurs-dames.

Tandis qu’elle prononça cette dernière phrase, Dolores répéta à l’inverse le geste des talons qu’elle avait esquissé précédemment pour venir se replacer dans l’exacte position prise durant le court échange avec Luka. Ses yeux toujours plongés dans les siens, toujours aussi candides, elle lui tendait une main frêle et pâle, que la jeune femme pouvait néanmoins serrer avec toute l’énergie qu’elle voulait.

J’espère que ton esprit va au moins retenir mon visage, en plus de ma voix, très chère. Je m’essaye à un tout nouvel exercice là, et probablement que je devrais m’atteler à peaufiner la technique. Mais dans l’ensemble, elle a l’air charmée, même si ses mots restent ceux d’une froide femme de science… Par Marc Ünen, j’espère qu’elle n’est pas si distante une fois son cœur mis à nu, sinon j’aurai fait tout cela pour rien.



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Luka Toen
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Sam 8 Juil - 14:49
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Profession : Historienne et naturaliste
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Oh, Luka s’amusait follement soudain. Voir ses grands gamins devenir aussi patauds et maladroits que des pingouins dès lors qu’ils avaient l’infini malheur de frôler la peau de la chanteuse, était d’une risibilité cosmique. Où étaient donc passées leur verve et leur fierté d’hommes indociles ? Yuran et Erlich tout particulièrement étaient désormais comme frappés du sceau d’infirmité. Leur vocabulaire s’était réduit à une poignée succincte de rires gloutons et peut-être un ou deux grognements voraces. Luka avait toujours trouvé l’humanité fascinante… Lorsque ses comparses scientifiques souriaient de la voir charmée par une bestiole exotique, n’hésitant pas à courir monts et marées pour l’étudier, ils ne réalisaient pas combien l’inverse était vrai : revenir au sein de la société humaine n’était rien de plus que la continuité de ses études animalières. Il y avait peut-être juste un tantinet plus de vêtements et de faux semblants…

Désireuse de ne pas rire trop ouvertement de ce paradoxe bien trop drôle lorsque l’on était spectateur, sa mimique se mua en un fin semi-sourire diablement mutin tandis qu’elle tâchait d’apaiser la jovialité qui luisait dans ses prunelles. Elle n’aurait pas voulu que la Demoiselle ici présente pensât qu’elle se moquait d’elle, lorsqu’il en était tout autrement. C’était plutôt… Comment exprimer cela ? Une forme de connivence profonde et féminine envers une parente qui avait également hérité du sexe « faible ». Plutôt que de la concurrence, Luka ressentait surtout une forme de grande proximité avec cette inconnue absolue dont l’art résidait dans ses principaux attraits.

En revanche, elle ne vit pas du tout venir la réponse de Dolores. Fort peu sur ses gardes lorsqu’il s’agissait de matière commune et en aucun cas dangereuse ni même importante, Luka ne vit en rien venir les magouilles créatives de la chanteuse. Pourquoi se serait-elle méfiée ? Ce n’était qu’une soirée dansante et alcoolisée, dans une ville lointaine hors de son véritable monde… Qui plus est, si elle était loin d’être elle-même une âme innocente lorsqu’il s’agissait de contacts charnels, elle était en général celle qui venait saisir toute entière les opportunités, mordant à pleines dents ces hommes qu’elle avait désirés le temps d’une nuit. Elle n’était pas accoutumée à ce que ce fut l’inverse, et plus encore de la part d’une autre jeune femme. Que cela puisse être le cas était donc un scénario pour le moment inexistant dans la ligne de ses possibles, et, affable et non scrutatrice, elle prit Dolores pour ce qu’elle parut à ses yeux : un bel oiseau de parade babillant de jolies phrases enchanteresses mais guère plus profondes qu’une délicate source de forêt.

« C’est bien trop d’honneur, êtes-vous certaine que vous ne désirez aucune rémunération ? Votre voix est tout de même votre revenu, il serait dommage de passer à côté d’une telle opportunité de vous faire plaisir… »

Ainsi Luka défendit-elle la cause du loup déguisé en brebis, en partie persuadée du peu de défenses professionnelles de la charmante demoiselle. Une chanteuse étourdie et aérienne dont elle s’étonnait de la survie jusqu’à présent. Était-il possible qu’une jeune femme aussi gracile ne se soit pas encore faite dévorée dans cette vaste ville ?

« Bon très bien, lâcha-t-elle pourtant l’affaire, même si ce n’était qu’à demi. Nous verrons cela une fois sur place je suppose. Vous serez de toute façon toujours notre invitée. »

Et Luka de s’incliner subrepticement comme un véritable majordome de cours, tout à fait naturelle en face de cette jeune gazelle qui la mettait tant en confiance.

« Ce fut un plaisir également de vous avoir rencontré. »

Elle eut un geste éloquent à l’intention de son petit troupeau personnel, ses trois amis aussi joyeux et fébriles que des enfants apprenant que noël avait lieu deux fois dans la même année. Dolores avait sans doute encore bien des choses à faire, car la nuit ne faisait que commencer et la salle était pleine… Rester plus longtemps aurait été un affront à cette professionnelle, et quelqu’un se devait de modérer un tantinet les garçons.

« Dîtes au revoir, s’entendit-elle dire avec une touche de douce moquerie à son trio favori. »

Elle se tourna alors à nouveau vers leur future chanteuse, et tira une petite carte imprimée de son ceinturon :

« Voici mes coordonnées sur Alexandria, vous n’aurez qu’à nous rejoindre à l’adresse indiquée après-demain vers 18h. Vous ne devriez pas avoir trop de mal à trouver, il s’agit d’un grand manoir. Un apéritif sera également organisé. »

« A très bientôt ! » la salua-t-elle dans un murmure amical, ce qui avait également valeur de remerciements pour cette entrevue privée. Il était temps à présent d’aller poursuivre la nuit plus loin dans les rues d’Alexandria ! Elle ne souhaitait également pas trop tarder, car elle s’était promis de s’occuper dès demain de la poursuite d’une étude intéressante sur les Alkhach…



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Dolores Rossetto
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Jeu 10 Aoû - 4:21
Irys : 99984
Profession : Chanteuse dans un club privé
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Quelques jours plus tard.

- Joseeeeph ! S’il te plait, ralenti ! Je vais être décoiffée ! Hurla Dolores sur le siège passager.

- C’est pour cette coiffure que nous nous sommes mis gravement en retard en fait, mais je ne peux décemment pas vous laisser avoir une réputation d’insouciante, madame ! Rétorqua le chauffeur.

Au volant de l’élégante voiture de sa maîtresse, filant à toute berzingue dans les rues pavées d’Alexandria, on peut dire que le voyage secouait pas mal notre chanteuse. Mais il n’avait pas tort cependant, à force de fariboles et de fadaises, il ne fallut pas grand-chose pour que Dolores perde du temps et donc ne soit pas prête pour l’heure prévue. Pas d’inquiétude cependant, le majordome veillait au grain, et à la vitesse où ils roulaient, ils seraient sûrement arrivés dans les temps. Dans quel état maintenant… On ne pouvait pas le savoir.

Mais quelle immonde brute ! A qui ai-je donné le volant de ma voiture ?! A un démon sûrement ! Ça y est, je vais mourir… J’ai mal aux côtes en plus à cause de la carrosserie, et je suis sûr que je ne ressemble plus à rien ! Par Alexandre, quel vent ! J’ai l’impression d’être prise dans une tornade ! Par pitié, que ça s’arrête ! Je vais finir par vomir…

Puis, tout d’un coup, Joseph donna un douloureux coup de frein pour que le véhicule stoppe sa course infernale. Ils étaient arrivés à l’adresse donnée par Luka deux jours plus tôt. Comme promis, on était face à un manoir des plus enchanteurs. Avec ses façades striées de plantes grimpantes agrémentées de fleurs minuscules, mais en grand nombre. Il semblait n'y avoir encore personne à l'intérieur, à part l’armée de domestiques qui prenaient soin de rectifier chaque détail pour rendre la soirée la plus agréable possible. La chanteuse eut un sursaut d’orgueil, se disant qu’elle serait une sorte de point final à la décoration de cette immense bâtisse. Malheureusement, la réalité rattrapa bien vite son esprit tout de brume envahi, et elle s’écroula sur la banquette en cuir de la voiture, haletante, les yeux dans le vague. Ils se rouvrirent devant le visage de marbre de Joseph, qui fut aussitôt rougi par une claque sonore et bien sentie.

- Tu as failli me tuer ! Hurla-t-elle, ayant soudain retrouvé sa vigueur. Qu’on soit en retard m’importe peu, pourvu que j’arrive présentable et surtout vivante ! Et je ne suis sûre ni de l’un ni de l’autre… Termina Dolores, visiblement excédée. Elle détourna les yeux vers sa trousse de toilette, sortant un miroir à main de cette dernière.

- Oh, vous êtes bien vivante en tout cas, c'est certain, ironisa son majordome.

- Décidément, tu ne veux pas voir le soleil se lever… Rétorqua la demoiselle sur un ton faussement vindicatif.

Joseph savait très bien qu’elle ne levait la main sur lui que pour l’exemple. Il ne fallait pas oublier que, à l’arrière de cette belle voiture, un autre homme avait été secoué sûrement bien plus que leur maîtresse : Estéban, celui qui gérait l’approvisionnement en charbon de la bête. Lui avait passé toute la traversée debout, et pourtant Joseph n’avait pas eu plus de ménagement à conduire. Peut-être était-il tombé en court de route d’ailleurs ?

- Estéban, vous êtes toujours là ? Demanda Joseph, soudain prit de quelques remords.

- Oui oui, Joseph, ne vous inquiétez pas ! Par contre évitez de vous montrer devant moi, tout d’abord parce que je ne suis pas du tout d’allure convenable mais également parce que j’ai une folle envie de vous remercier avec quelque chose de bien plus salé qu’une simple claque !

Il est vrai que, s’étant littéralement vomi dessus, le pauvre Estéban n’avait pas spécifiquement l’allure d’un serviteur digne du rang de son employeuse. Mais qu’importe, c’était elle qui devait être montrée, exhibée, pour être à la hauteur de sa réputation de nymphe qui lui collait à la peau depuis plusieurs années maintenant. Malheureusement, il fallait bien reconnaître qu’un ravalement de façade s’imposait après une telle épopée. Devant son miroir, la jeune femme avait déjà pu arranger ses cheveux en les brossant soigneusement durant l’échange de ses deux domestiques, mais il fallait encore régler le problème de sa tenue. Sortant de la voiture, qu’elle maudissait désormais dans la plus grande intimité de sa pensée, et grimaçant à l’odeur âcre des déjections d’Estéban, elle appela Joseph d’un geste de la main pour qu’il vienne faire des miracles avec ce qu’il restait de sa robe du soir.

Des plis par dizaines, un corset bordé de fourrure, mais dont bien la moitié s’était vu sali par la poussière, ou aplati par les formes d’une Dolores brinquebalée dans tous les coins de son véhicule. D’un œil critique, le majordome jugea l’allure de sa maîtresse du regard. Il n’y avait qu’une conclusion, qu’une solution possible.

- Enlevez votre robe.

Quelle drôle de demande, en plus formulée comme un ordre pur et simple, alors qu’on était sur le bas de la porte d’un manoir dans lequel grouillaient des scientifiques au moins aussi virginales que le trio qui avait rendu visite à la jeune femme plus tôt dans la semaine. Et à cet endroit précis, maintenant, Joseph souhaitait que Dolores enlève la seule chose décente qu’elle portait sur elle et qui lui permettait de soustraire la vue de son corps gracile de n’importe quel pécore qui passerait dans le coin. Bien naturellement elle s’exécuta, comprenant tout de suite la volonté de son majordome qui apportait déjà un vêtement de rechange qu’il avait posé à ses côtés tout au long du voyage.

La demoiselle fut vite retapée, sa nouvelle robe étant bien plus légère, la demoiselle se sentait plus à l’aise. On ne saura probablement jamais si, à l’intérieur de la maison, un œil attentif avait pu admirer ce spectacle si rare, presque mystique, mais c’était bien le dernier souci de la chanteuse. Maintenant, elle pouvait sereinement envisager la soirée. Congédiant ses deux domestiques, qui escomptaient bien rentrer à l’hôtel pour faire un peu de nettoyage, elle leur fit un signe de la main étonnamment apaisé, après autant de péripéties en aussi peu de temps. Le moteur à vapeur se remit bruyamment en marche, et elle se retrouva désormais seule à traverser l’allée bordée de haies qui menait à la porte d’entrée.

Frappant trois coups à cette dernière grâce à l’anneau métallique qui y était fixé, elle attendit patiemment que quelqu’un lui ouvre. Et effectivement un domestique s’exécuta sans tarder, arborant le regard pétillant et le sourire crispé d’un homme qui avait visiblement assisté à toute la scène qui avait précédé.

Eh bah, mon pauvre ami, si seulement tu étais à mon goût, qui sait ce que tu aurais pu voir d’autre. Mais je sens que cette soirée va regorger d’hommes bien plus beaux que toi, mon garçon, et surtout des hommes qui oseront laisser le filet de bave s’écouler sur leur menton fuyant. Ceux qui montreront que même les hommes de sciences se plient aux lois de cette dernière sans en être honteux, peut-être que ceux-là auront de quoi rêver pour des années durant. Je ne sais même pas quand je vais rentrer avec ça… J’ai demandé à Joseph de revenir dans cinq heures, mais peut-être lui demanderai-je de reprendre la route. Nous verrons bien ! En attendant, bouge de là toi, je viens voir celle qui m’a invité ici…

- Bonsoir, je suis Dolores Rossetto, celle qui est censée chanter ce soir pour animer ce splendide manoir. Puis-je entrer ? Demanda-t-elle d’une voix mielleuse à souhait, très à l'opposée de ses pensées véritables.

L’homme en face d’elle n’eut ni le temps, ni l’envie de lui répondre, donc elle s’exécuta d’elle-même. Elle le savait déjà complètement fini dans son immorale cervelle. Il n’y avait qu’une minuscule antichambre sombre à franchir avant d’arriver dans la salle de bal, à croire que ce manoir était plus une salle de spectacle qu’un lieu de vie à part entière ! Le sol en parquet ciré continuait d’être foulé par nombre de pas empressés qui allaient et venaient entre les différentes pièces adjacentes afin de tout peaufiner. Dolores avait oublié qu’il n’était que dix-huit heures après tout. Mais ce qui attira immédiatement son regard, outre la tignasse rougeoyante de cette chère Luka qu’elle reconnut sans peine, s’approchant d’elle, ce fut la scène qui lui était allouée pour la soirée. Il y avait un piano ! Un piano magnifique, d’un noir mât qui brillait sous le lustre de cristal. Sa queue était immense, et laissait deviner une amplitude musicale sans pareil ! Prise d’une envie irrésistible de monter directement faire ce pour quoi elle avait été mandée, l’artiste se retint cependant, préférant tout de même saluer Luka avant de faire quoique ce soit, ce qui était de bon aloi.

toilette de la demoiselle:
 



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