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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Nislegiin
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 Le Relais des Vaillants

Luka Toen
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Lun 3 Avr - 20:41
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Le Relais des Vaillants
[Pv : Celwin Zak'Val] - Juin 932



Le temps file sur les toits du monde. Il va et vient, virevolte entre les doigts hagards des humains condamnés, et s’étiole contre la peau en filaments de cendre vaporeuse… Il n’y a que les morts et les damnés pour saisir l’entièreté de ce phénomène et la vacuité qu’il y a désormais à vivre. Ce que l’on vous offre est repris par des lois immuables, mais nul n’écoute plus depuis bien longtemps les délires enfiévrés des disciples de Möchlog. Si tout était à refaire… ? Ce jour-là, aurait-elle poussé la foule d’une main impérieuse, assouplie soudain par la proximité d’un corps chaud recroquevillé dans sa coquille ? Aurait-elle volé si loin, si longtemps par-delà les confins d’Irydaë pour que jamais le moindre danger ne les rattrape ?

Oui. Elle l’aurait fait. Cent fois, mille fois, une boucle temporelle qu’elle se serait plu à redémarrer comme un simple compteur daënar, quand bien même cela signifiait chaque jour mourir un peu.

Rares étaient les voyageurs et les habitants de Dyen à s’aventurer jusqu’ici, au cœur des monts de Nislegiin. L’herbe avait repoussé depuis longtemps déjà sur certaines tombes, une mousse verdoyante qui recouvrait certains amoncellements d’un manteau chaleureux. Seules quelques âmes éplorées venaient parfois rendre hommage à ces représentants d’un temps passé, cela, lorsqu’ils n’oubliaient pas l’existence de leurs proches sous l’influence des Architectes. Ici et là des tourelles de pierres rondes témoignaient d’une époque révérée, unique vestige de ce qu’avait été une vie humaine accompagnée de son autre moitié… Car des dragons étaient enterrés aux côtés de ces dragonniers tombés au combat, et l’on disait que les esprits s’entrelaçaient à tout jamais dans la tiédeur de la terre, avant de rejoindre les vastes ailes d’Amisgal dans l’éternité du ciel.

Seule et silencieuse, Luka franchit la longue allée sinueuse du cimetière. La brise s’engouffrait par bourrasques dans les longs pans de Kharan Shar, et les délicates plumes noires lui chatouillaient le visage au gré du vent. Il y avait comme un son, ce son qu’elle avait fui des années durant. Car lorsque le souffle d’Amisgal s’engouffrait entre les pierres assemblées une longue plainte mélodieuse retentissait en échos contre les flancs des montagnes, et venait se lover dans votre nuque avec la certitude d’être entré en terrain sacré.

Elle marcha longtemps. Lentement. Alors, une fois face à la falaise qui reprenait ses droits, immense étendue que rien ne venait parasiter mis à part l’absolue majesté du ciel, elle plongea ses doigts froids dans sa poche. Il y avait là un petit galet. Poli comme un savon par le sel, le vent et la mer, mais irrémédiablement biscornu, comme frappé d’étrangeté. Il tenait dans un poing fermé, n’avait aucune couleur particulière. Il était lui. Si totalement lui… Et il lui avait semblé dès le premier instant que nul autre ne pourrait jamais porter le poids de Selhan, car leur essence était semblable.

« Désolée, j’ai tardé à venir alors que tu m’attendais… »

Elle s’accroupit avec douceur, et passa la pulpe de son pouce sur la surface lissée du galet.

« Tu n’as jamais trop aimé être au centre de l’attention. J’espère que vous vous entendrez bien, tous les deux. »

Elle posa sa précieuse offrande dans le couffin d’herbes à ses pieds, unique, minuscule petit caillou perdu à la lisière d’une falaise. Cela demeurerait comme un secret entre elle et lui. Lui qui était mort seul et avait pris un peu d’avance, anomalie dans ce cimetière où tout fonctionnait par paire...



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Celwin Zak'Val
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Lun 3 Avr - 21:46
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Musique d'accompagnement (Et référence de voix):
 

Dyen. La ville où je suis née, la ville où j'ai grandis. La ville ou j'ai promis à mes parents en même temps qu'à moi même, que je rendrais le monde paisible en mettant fin aux conflits qui le rongent. Et moi revoici, après près de cinq ans de voyage. Cinq ans pendant lesquels je n'ai pas vu mes parents, durant lesquels je n'ai même pas écrit à mes parents. Et pourtant j'y suis. Non, pas tout à fait. En réalité même si mon père était au courant de ma présence, il ne pourrait me trouver, ou alors il devrait se rendre dans un endroit où s'aventurer avec sa monture était de mauvais augure. Le Relais des Vaillants. Un nom plutôt bien choisi, quand on y pense. Certes, tout les dragonniers n'ont pas connu la célébrité, et tous n'ont pas été les meilleurs de leurs divisions. Mais tout les dragonniers ont apprivoisés un Dragon, et qu'importe ce que peuvent raconter les peuples, je sais de source sûr que ce n'est pas une tâche facile.

Mes pas me guident doucement à travers les tombes. Larges, à peine signalées. Penser que sous ces épaisses dalles se trouvent les corps des plus éminents dragonniers me laisse des picotements dans les doigts. Même les plus grand talents de ce monde finissent par mourir. Les meilleurs, les bons, les mauvais, les talentueux, les handicapés... Personne n'y échappait. J'ai toujours vu la mort comme une entité, un être bienveillant, qui se traine d'une personne à l'autre, en laissant glisser sur le sol son épaisse cape noire, et le bout de sa longue faux. Pourquoi le monde a t-il peur de la mort ? Est-ce la une bonne raison de rester en vie, que de ne pas vouloir mourir ? Non.. j'en doute. Je pense que la mort n'a pas plus envie que nous de nous voir la rejoindre. Et tandis que mon regard balaie lentement les tombes, je surprends une légère humidité sur le bas de mes paupières.

Je cligne doucement des yeux, en m'immobilisant au niveau d'une tombe, à peine visible encore une fois, dont quelques rares pierres étaient empilés. Je relève très lentement mon bras pour passer le tissu de mon brassard sous mes paupières, serrant légèrement les dents.

- "Ci-gît Niline et Edge Zak'Val et leurs fidèles compagnons. Ensemble dans la vie, Ensemble dans la mort, ensemble à jamais dans cet océan qui nous paraît si sombre et si lointain."

Je souffle doucement par le nez, avant de m'accroupir doucement. Je porte alors lentement une main dans ma tenue, pour sortir une petite pierre dont le travail méticuleux l'a rendu parfaitement poli, assez poli pour que le vent puisse s'y glisser, la chatouiller, et siffler à travers ses légers affaissements. Je ferme doucement les yeux alors que ma main se fait tremblante, je la tends avec difficulté vers les autres, pour la poser par dessus la précédente, d'un geste très lent. Je me redresse ensuite, avant d'inspirer profondément.

- "Vous verrez, je tiendrais ma promesse. Même si cela doit me prendre ma vie entière."

Je pousse un soupire, alors qu'une douce étreinte me serre une partie du cou, je tourne alors doucement la tête vers mon épaule dans les cliquetis des clochettes à mon couvre-chef pour observer la petite créature qui de son air tout triste se serre contre mon cou et ma mâchoire.

- "Tu verras, Valentine, je les rendrais tous fier de moi. Et je rendrais ce monde meilleur."

Je me fends d'un léger sourire, alors que je m'éloigne lentement de la large dalle pour me diriger vers un rocher, me permettant de me surélevé un peu, rocher sur lequel je m'assois en tailleur, avant de balayer les tombes du regard une nouvelle fois. Oui, ce monde sera meilleur, bien meilleur, un jour. Je lève alors doucement mon regard vers le Soleil d'Irydaë, m'adressant une nouvelle fois à lui, comme je le fais souvent lorsque j'ai besoin d'exprimer ma détermination à une entité que je veux impartiale. Quel qu'elle soit. Où qu'elle soit. Qui qu'elle soit. Elle nous observe, est-elle le destin ? Est-elle le hasard ? La mort ? La vie ? Ou simplement la Lumière qui rayonne dans l'obscurité ? Qu'importe au fond. Mais un jour, lorsque j'aurais rendu ce monde meilleur, tu devras te montrer à moi, entité. Me prouver que je n'ai pas eu tord, et me prouver que tu as foi en chacune des âmes qui habitent ce monde. Et tu le feras, je n'en doute pas.

Mon regard se pose alors doucement sur le vaste étendu de tombe, et presque instinctivement, le vent qui souffle autour de mon, dans mon dos, qui fait voleter mes mèches noirâtres et tinter les clochettes de mon chapeau, me donne envie de laisser entendre ma voix, mon souffle, pour qu'il se mêle au vent, et que mon message soit porté au plus profond des terres, où que soit ce lieu.



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Luka Toen
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Mer 5 Avr - 19:45
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Luka se redressa sur son petit morceau de terre. Avait-elle chaud ? Avait-elle froid ? Ce continent balayé incessamment par les vents ne lui évoquait plus désormais qu’un vide terrible. Et pourtant… Pourtant c’était ici que reposait Selhan, à présent, l’île à laquelle son âme s’était enfin amarrée après des années d’errance. Nul corps ne dormait sous ce galet, car on ne l’avait jamais retrouvé. Mais elle avait l’intime conviction que ce soir avait vu la résolution de l’un des plus grands mystères de la vie. Peu importe où il avait péri, c’était ici qu’il était né, ici qu’il avait grandi et vécu ses plus formidables moments. Oh combien de fois avaient-ils vogués dans ce ciel, parmi ces nuages et aucun autre, dragon et cavalière liés à cette terre d’accueil ? Elle n’aurait guère pu lui faire plus merveilleux hommage malgré le temps passé à réunir les forces nécessaires à cette simple pérégrination. Elle en souffrirait, mais c’était une douleur agréable et bienvenue, car elle lui permettait de ne pas oublier. Les souvenirs affadis n’avaient jamais eu la saveur du deuil lancinant, et entretenir sa culpabilité était un excellent moyen de ne pas perdre de vue les raisons pour lesquelles elle n’était plus entière à l’heure d’aujourd’hui.

Les yeux perdus dans le vague, elle ne perçut qu’alors un léger frémissement d’air qui s’alanguit sur sa peau. Puis un tintement de grelot, frêle et aérien, dont le rire partit gambader comme un feu-follet sur les falaises alentours. Luka frémit dans la tiédeur de ce début de soirée, et ses prunelles partirent fouiller les alentours à la recherche de ce petit je-ne-sais-quoi qui éveillait sa conscience comme un souvenir oublié. Il lui était néanmoins impossible de deviner la silhouette qui s’était assise là-haut, masquée par les rondeurs de l’imposant rocher sur lequel elle s’était juchée. Trop en retrait sur ces chemins escarpées, elles auraient aisément pu s’éviter et ne jamais croiser le même chemin… Si Celwin n’avait pas chanté.

Car il s’agissait bel et bien de Celwin. Une absolue conviction qui faucha comme le blé toutes les barrières de Luka et s’engouffra dans son esprit en véritable feu de brousse. Celwin. Il n’y avait plus que ce nom-là dans les fibres surchauffées de son corps, aussi tenace et irrémédiable que sa propre conscience d’être une Toen. Cette voix, elle l’avait entendu un milliard de fois par le passé. Plus encore, elle était symbolique de ces moments plein de vie et de langueur passés au coin du feu, une tasse à la main et une mélodie entraînante pour unique compagnie. Quel âge avait-elle après toutes ces années… ? Oh, Luka avait écouté tous les racontars possibles et imaginables à son sujet dans le but de ne pas la perdre de vue, et il était même arrivé qu’elle débourse quelques Irys pour obtenir les nouvelles les plus fraîches. Elle voyageait à travers le monde par utopie, conviction, et peu importe les autres mots qu’on pouvait lui accorder. Son désir était grand, et cela seul suffisait. L’enfant qui sautillait jusqu’au piano était bien loin de la femme qui se tenait plus haut… Si elle n’avait pas trop perdu le fil lors de sa pseudo inconscience d’Anomalie, il s’était écoulé ni plus ni moins que dix ans. Cela faisait beaucoup, dix ans, lorsque l’on vieillissait comme une personne normale et bien portante.

Toutefois, rien n’était simple. Et Luka demeurait écartelée entre son envie incessible de revoir la jeune femme et sa hantise de Dyen. Malgré toute l’affection presque filiale qu’elle avait pour elle, Celwin représentait tout ce qu’elle ne désirait pas voir avant un long, très long moment. Dyen. Quelqu’un qui avait connu Selhan, quelqu’un qui connaissait sa peine, et dont le visage serait frappé de pitié dès lors qu’elle s’en souviendrait. C’était ainsi que tout le monde la regardait. Avec pitié. Oh, une pitié bienveillante, certes, mais capable de s’enfoncer comme un pieu dans le cœur de Luka car il lui semblait alors porter plus que jamais le poids de ses péchés. Ne me plaignez pas, je ne le mérite pas. Être une illustre inconnue était le plus grand des bienfaits depuis ces quelques années, même si c’était de la pure couardise.

Elle fit un premier pas en avant, parut hésiter, taraudée par le chant qui s’enroulait autour d’elle avec sérénité. Pouvait-elle dire non à une telle main tendue ? Elle avait toujours été faible face à sa musique… Elle avala une grande goulée d’air, tâcha de se rasséréner. Elles n’étaient pas à Dyen. Cette ville cauchemardesque était à des kilomètres d’ici, derrière les contreforts montagneux. Que craignait-elle dans un lieu de repos et d’oubli… ? Elle s’avança donc, luttant contre ses entraves. Se posta en-dessous de la musicienne, presque avec évidence.

« Hey. Bonsoir. Tes talents sont aussi exquis qu’autrefois. »

Elle se fendit d’un léger sourire nuancé, un peu triste, un peu heureux. Un mélange mélancolique tandis qu’elle contemplait cette petite fille devenue femme, une existence qui lui avait échappé comme tous ceux qu’elle connaissait autrefois. Se souviendrait-elle d’elle… ?



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Celwin Zak'Val
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Mer 5 Avr - 20:23
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Profession : Diplomate/Musicienne
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A chaque instant, j'ai l'impression que de mes lèvres s'envolent des parties de moi même. Ma douleur, ma tristesse. Mais aussi ma joie, ma détermination, et surtout mon espoir. Nombreux avaient été ceux à faire les louanges de ma musique, ou de ma voix. Et parmi ces nombreuses personnes, il y en avait tant que je ne connaissais pas. Des personnes que les mots qu'on articuler mes lèvres ont touchés. Des personnes que ces mots ont aidé. C'est là ce que peu arrivent à comprendre, et à accepter. Le langage est un moyen de communication efficace, mais approximatif.. L'on parle, de personne à personne. De masque, à masque. Lorsque l'on chante, lorsque l'on danse, lorsque l'on joue. On parle alors d'âme.. a âme. D'être.. à être. Dans les moments comme celui-ci, les yeux clos, et le vent qui accompagne chacune de mes paroles, je ressens en moi où vont mes paroles, qui elles touchent. Je n'ai connu aucune de ces personnes. Mais j'ai connu leur âme, l'essence même de leur esprit. Et en cet instant, une personne entend mes paroles. Des paroles que je voudrais garder au plus profond de moi, enfouit avec toute ma colère, toute ma tristesse, toute ma douleur.

Des pas approchent lentement, j'entends le bruit de la pierre, qui se fait écraser, puis relâcher. Le bruit des semelles, et le bruit d'une respiration. Et alors que ces pas approchent, je sais que l'une des âmes que j'ai touché va s'adresser à moi. Mais je n'en ai pas envie, non, je ne le veux pas. Mes paroles ralentissent doucement, se font plus discrètes, plus légères, jusqu'à s'éteindre. J'éprouve les pires difficultés à rester silencieuse, à l'image d'un torrent, auquel l'on permet de se déverser, avant de le fermer d'un barrage. Je serre doucement les dents, en laissant sur ma joue rouler une larme. Une seule et unique larme, c'est ce que je me permet. Une lame dans laquelle se trouvera toute ma détresse, toute ma tristesse. Je n'ai pas envie d'entendre une personne me dire que j'ai une belle voix, ou que je chante bien. Je veux simplement exprimer ce que je ressens, ce que mon cœur veut expliquer au monde mais que mes lèvres n'arrivent pas à expliquer.

Je penche doucement la tête pour laisser mon couvre-chef masquer le haut de mon visage dans le tintement si caractéristique des clochettes qui y sont fixés. Tintement qui est si familier à présent, si rassurant, si bienveillant, et si nécessaire à mes oreilles. La petite créature qui s'était détendu sur mon épaule vient doucement se serrer contre le bas de ma mâchoire, touchée une nouvelle fois par ma détresse. C'est la seule âme devant laquelle je n'ai pas peur de me montrer dans cet état de doute. La seule âme qui a toujours été à mes cotés pendant tout mes voyages, jusqu'aux confins de ce monde.

- « Hey. Bonsoir. Tes talents sont aussi exquis qu’autrefois. »

Je ferme davantage les paupières, avant de souffler par le nez. Cette voix ne m'est pas complétement inconnue. Je dirais même qu'elle m'est... familière.. ? Non.. je ne sais pas. Je sais qu'elle est importante. Mon cœur, ma mémoire me dit qu'elle est importante. Mais qu'est-elle, à qui est-elle. Je relève doucement mon couvre-chef en ouvrant doucement les paupières, qui à l'image de se barrage arrêtant le courant violent d'un fleuve, arrêtait le flot des émotions qui par mes yeux étaient lisibles. Et je pose doucement mon regard sur la silhouette un peu plus bas. Une silhouette familière, plus grande, et plus élancée que dans mes souvenirs. Une silhouette que je pourrais peut-être ne pas reconnaître, si je n'avais pas gardé ses traits si ancrés dans ma mémoire, et si ses cheveux si caractéristiques ne me sautaient pas immédiatement aux yeux. Par mimétisme, mais également par une joie qui peu à peu m'irradie, je me fends d'un sourire.

Luka. Je n'avais pas entendu ce nom depuis tant de temps. Depuis avant mon départ de Dyen. Depuis bien avant même. Lorsqu'encore mes mains dansaient sur le piano familial, et que j'attendais une grande sœur pour lui faire écouter. Une grande sœur qui avait passé tant de temps à mes cotés. Qui m'avait tant expliqué le monde. Une grande sœur qui m'avait parfois bordée, et raconter une histoire avant que je ne plonge dans les plus profonds songes. Elle qui m'avait tant encouragée et soutenu, avec Freyr. Père avait voulu m'expliquer. Mais j'avais refusé. A quoi bon apprendre la vérité ? Chacun doit suivre sa voie, et Luka ne pouvait rester toute sa vie auprès de moi, à Dyen, auprès de mon père. Et pourtant, la revoir fit vibrer en moi une corde si sensible qu'était celle de la famille. A elle, je n'avais jamais rien promis... J'élargis doucement mon sourire, alors que de nouvelles larmes roulent sur mes joues, de joies, celles-ci.

- "Tu es toujours aussi belle, tu paraîtrais presque plus jeune, grande sœur."

Sur cette phrase, dont je n'ai pu prononcer la fin à voix haute, mais qu'uniquement à voix basse, mais suffisamment audible pour être entendu de Luka, je me laisse lentement glisser sur la pierre pour poser sur le sol mes pieds à plat, mon regard dans celui de cette grande sœur qui m'avait tant manqué.



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Luka Toen
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Mer 19 Avr - 19:30
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Cette simple phrase rendue au vent et pourtant si inattendue arracha un rire spontané à Luka. Voilà une force qu’aucune tristesse ne pouvait arrêter, une apesanteur semblable à la muée des continents et au long écoulement des saisons. Hier comme aujourd’hui, elle ne cessait de se laisser surprendre par l’étonnante candeur de Celwin. A moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’un souvenir résurgent et latent, cette vision qu’elle avait d’elle petite et qui lui collait désormais à la peau en second filtre déformé… ? N’était-ce pas le lot de toutes les grandes sœurs, que de ne jamais avouer que le temps pouvait avoir prise sur leurs adorables cadettes ?

« Tu exagères, rit-elle, de ces doux accents flutés qui vous pailletaient les yeux de picotements embrasés. Tu n’as vraiment plus rien à m’envier.  Beaucoup de nouveautés notamment. »

Elle désigna d’un léger geste de la main les quelques grelots qui s’agitaient au coin de son ample chapeau. Puis son regard dériva sur la pelote de poils lové dans le cou de sa maîtresse en tout abandon, bien que ses prunelles se hasardaient probablement de temps à autre en direction de cette nouvelle arrivée qu’il ne connaissait guère.

« Comment s’appelle-t-il ? »

Une note de curiosité cristalline cette fois-ci, les prunelles attentives telle une enfant espérant cette unique information comme l’on attend le retour d’un proche disparu. Elle se félicita d’avoir franchi ce pas psychologique, car déjà toutes pensées négatives s’éloignaient de son esprit, balayées par la bourrasque chaude qu’était Celwin. Une part de sa famille. Fidèle à elle-même, elle ne put retenir le flot de questions qui ne manquèrent pas de fourmiller contre ses lèvres telle une nuée sauvage, trop indifférente à sa façon un peu trop cavalière d’agir pour se réfréner immédiatement :

« Comment vont tes parents ? Ton père court toujours l’aventure ? J’ai cru comprendre que tu avais bourlingué depuis mon départ. Tu utilises ta musique pour vivre au quotidien ? Tu as eu des nouvelles de Freyr récemment ? Et… »

Elle se tut et eut une grimage tout à fait explicite, pour preuve qu’elle n’avait pas changé d’un millimètre depuis toutes ces années. Elle était toujours aussi impolie et peu à même à saisir le concept « d’échanges de parole », car l’envie de tout savoir immédiatement venait inonder ses maigres résistances. Oh, que de temps à rattraper ! Et qui savait s’il n’allait pas pleuvoir, si quelqu’un n’allait pas venir gâcher tout cela, rompre cette quiétude et ces retrouvailles de sorte à ce qu’elle ne sache jamais qui était la nouvelle Celwin en face d’elle ? Cette adulte qui n’avait de l’adolescente d’autrefois que de légères réminiscences, et dont l’aplomb et la manière de penser avaient probablement évolué. Qui lui raconterait tout cela à bâtons rompus, si elle n’était pas là pour poser cette kyrielle de questions… ? Elle dut néanmoins se faire violence, sautillant pratiquement d’un pied à l’autre pour égrener son enthousiasme naissant.

« … Non, pardon, je recommence avec le bon début. As-tu mangé ? Que dirais-tu de partager un repas avec moi ? »

Elle fouilla dans les poches des sacoches qu’elle avait apportées lors de ce voyage, et en sortit une pomme, plusieurs tranches de lard séchés et de quoi faire bouillir de l’eau et des plantes.

« Ce n’est pas grand-chose, mais je n’avais pas spécialement prévu d’avoir une invitée… J’ai beaucoup à rattraper, et tu as tout autant à me raconter ! Oh, et je ne crois pas que nos compagnons sous terre s’insurgeront d’un peu de compagnie. C’est plutôt désert par ici. »

Elle se fendit d’un charmant sourire, postée en contrebas avec la théâtralité d’une maîtresse de maison accueillant une hôte de renom. Et un dîner fastueux en perspective.



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Celwin Zak'Val
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Dim 23 Avr - 13:06
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Je maintiens sur mes lèvres un chaleureux sourire, en observant Luka, qui sourit à présent elle également. Rien a lui envier ? Des souvenirs resurgissent lentement dans ma mémoire, comme des réminiscence d'un temps éteint. La grande sœur, qui restait de longues heures auprès de moi, et qui m'apprenait tant de choses, elle qui savait tant de choses, au fond, qui avait toujours une vu si juste des choses. En un sens j'ai toujours voulu lui ressembler, et maintenant que je me tiens devant elle, toutes les différences qui nous séparent encore ressurgissent. J'ai encore tant à lui envier, mais nous avons toutes deux pris des routes différentes, je ne peux pas ressembler à une personne qui a pris une route différente, aussi bonne soit cette personne. Mais au final, quelle route avait pris Luka.. ? Je n'en sais rien, je ne me suis jamais posée la question, j'ai toujours préféré... ignoré ?

Alors qu'elle désigne mon couvre-chef d'un doigt, je secoue légèrement la tête pour faire tinter les clochettes qui y sont fixées, chose inutile étant donné que le vent s'en charge pour moi. Mais je les entends doucement sonné à mes oreilles, comme une mélodie familières, habituelle, une mélodie qui fait à présent partie intégrante de moi. Depuis que j'ai pris les devants et ai fait fabriquer ce couvre-chef, sans l'avis de personne, dans le simple but de me plaire à moi même. Elle montre lentement Valentine, qui alors que quelqu'un semble s'intéresser à elle, relève lentement la tête pour ouvrir les paupières, observant le doigt de Luka, tendu vers elle, avec de grands yeux globuleux, brûlant d'une lueur d'intérêt et de curiosité.

- "Comment s’appelle-t-il ?"
- "Elle, c'est une femelle. Elle s'appelle Valentine."

Je pose lentement mon regard sur Valentine, tandis que cette dernière penche la tête à l'annonce de son nom, restant dans sa position, elle cligne brièvement des yeux, en posant cette fois son regard sur Luka, comme intéressé par sa chevelure rousse. Je repose alors lentement mon regard sur Luka, et remarque un air que j'avais presque oublier, un air qui refit surface dans ma mémoire en faisant appel à des dizaines de souvenirs lointains. Ceux d'une grande sœur intéressée qui s'apprêtait à me questionner sur la musique, et les instruments, sur ce que je j'avais appris aujourd'hui, et ce que j'avais fais de ma journée.

- "Comment vont tes parents ? Ton père court toujours l’aventure ? J’ai cru comprendre que tu avais bourlingué depuis mon départ. Tu utilises ta musique pour vivre au quotidien ? Tu as eu des nouvelles de Freyr récemment ? Et…"

Je me fends d'un sourire plus large en entendant le flot ininterrompu de paroles, surgir comme dans mes souvenirs sans la moindre contenance. Et comme à mon "habitude", si l'on puis dire ainsi, je laisse Luka se reprendre seule, attendant simplement en haussant les sourcils, un sourire sur les lèvres. Je la vois esquisser une grimace, avant de se reprendre.

- " … Non, pardon, je recommence avec le bon début. As-tu mangé ? Que dirais-tu de partager un repas avec moi ?"

- "Ce serait un vrai plaisir... Luka."

Je me fends d'un sourire plus large encore, et alors que je prononce ses paroles, je prends conscience de tout le plaisir qu'a réveiller cette rencontre en moi. C'est avec le cœur chaud, et un étrange mais plaisant sentiment de sécurité et de sérénité que je me joins d'un pas lent à Luka, gardant les yeux rivés sur elle.

- " Ce n’est pas grand-chose, mais je n’avais pas spécialement prévu d’avoir une invitée… J’ai beaucoup à rattraper, et tu as tout autant à me raconter ! Oh, et je ne crois pas que nos compagnons sous terre s’insurgeront d’un peu de compagnie. C’est plutôt désert par ici. "

J'hoche doucement à ses paroles, continuant de l'observer en souriant, alors qu'elle me sourit, je garde mon regard posé sur ses cheveux, sur ses traits, je l'observe de haut en bas, et je découvre avec bonheur le sentiment de retrouver un proche, un proche jusqu'à présent perdu. Un proche qui depuis tout ce temps n'a pas changer.

- "Et pour tes questions. Je n'ai aucune nouvelle de mes parents, je ne leur ai pas parlé depuis mon départ de Dyen. Je ne vie pas que de ma musique, je vie aussi de mon métier de diplomate, même si il me reste du chemin à faire, et non, je n'ai pas vu Freyr non plus depuis longtemps."

Comme à chaque fois que la question de la famille, et surtout de mes parents, entre en jeu, mon sourire se fait plus crispé, et je fais un effort pour le maintenir, et ne pas le remplacer par une grimace, une grimace de regret, de tristesse. Les choses n'allaient pas être simple. Cela amuserait sans doute Luka de voir que je ne cache toujours pas très bien mes sentiments les plus antipathiques. Je relève cependant la tête vers elle, posant une question à mon tour.

- "Et toi, Luka.. ? Tu as un mari, des enfants ? Tu n'as pas pu continuer sans ne trouver chaussure à ton pied, ou du moins si tu me le dis, je ne te croirais pas."



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Möchlog
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Dim 23 Avr - 15:45
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Administrateur
Dans la torpeur surnaturelle du cimetière de Dyen, seuls les bavardages de Luka et Celwin tranchaient avec le silence souverain. Ils furent cependant accompagnés, très vite, par les bruits de pas pressés d'un messager à l'allure peut-être familière pour Luka, même si cette connaissance ne semblait pas réciproque.

messager:
 

- Mes excuses. Celwin Zak'Val ? J'ai un message pour vous. Il a mit longtemps à arriver, mes excuses, vous n'êtes pas des plus faciles à retrouver.

Sans un mot de plus, il repartit. Laissant les deux jeunes femmes, et cette mystérieuse missive.



Chaque action, chaque choix, ferme toujours un millier de futurs possibles, menant invariablement à la mort chaque être et chaque idée. C'est la définition même du destin.


Une question, une requête, une tasse de café ? Envoyez-moi un MP ! Je suis à votre disposition.
Möchlog
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Luka Toen
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Mar 2 Mai - 19:11
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Profession : Historienne et naturaliste
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Elle balaya des yeux les environs, avant de dénicher l’endroit parfait pour ce simulacre de repas qui se devait malgré tout d’égaler les grandes tablées royales. Un fin carré d’herbes tendres qui n’avaient pas l’air trop humides de pluie et dont le vent avait déjà assoupli et asséché ce qui devait l’être. Elle le désigna donc d’un geste de la main tout en s’y dirigeant :

« Si tu le veux bien, nous n’aurons qu’à continuer ici. »

Elle fut par ailleurs rassérénée de trouver une échappatoire à la tristesse étrange qui s’était peinte sur les traits de la jeune femme, cela lui épargnait pour le moment la nécessité de surenchérir à propos de ses parents. Celwin ne serait pas la première à avoir une relation houleuse avec ses géniteurs, mais Luka soupçonnait qu’il y avait peut-être d’autres problèmes sous-jacents à sa mimique… En tous cas, il était clair que le moment d’en discuter n’était guère encore venu. Le père de Celwin pesait lourd dans leurs souvenirs respectifs, et il n’était parfois pas aisé d’évoluer entre une mère aux rêves de musicienne perdus et l’un des plus grands dragonniers de cette époque.

Luka s’accroupit donc à même le sol et commença à s’affairer avec la gestuelle précise et machinale d’une existence faite de voyages et de débrouillardises. Elle ne comptait plus le nombre de ses expéditions, et avait même eu rarement le luxe d’une bouilloire et d’un bon feu… En revanche, son souffle marqua un bref temps d’arrêt lorsque la question de sa condition maritale arriva sur le tapis comme un cheveu sur la soupe, et si les braises finirent malgré tout par démarrer, Luka dut cacher tant bien que mal l’exacte même grimace qui frappait maintenant son visage.

« Ahah… Touché comme on dit. Je vois que l’une comme l’autre, nous avons toujours des sujets assez difficiles à exprimer. »

Elle se fendit d’un léger rire un peu jaune, qui se voulait néanmoins humoristique afin de désamorcer toute négativité dans l’atmosphère. Si elle était mariée… ? Être veuve comptait-il ? Et n’avoir, durant toute cette période, jamais rien ressenti de plus qu’un profond néant pesait-il dans la balance ? Si la question de Selhan commençait à se dénouer bien que toujours douloureuse, celle de Geal demeurait comme un rêve éveillé, un songe d’une nuit lointaine et passée qu’elle n’avait vécu qu’à titre de spectatrice. Sans doute avait-il été, dans ces moments-là, le plus fidèle meilleur ami et allié qu’elle n’ait jamais eu.

« Non je… »

Elle se tut, subitement aux aguets, les mains suspendues au-dessus de sa micro marmite d’eau tiède. Quelqu’un approchait. Les sens décuplés à cet endroit du monde où elle n’aurait plus jamais dû reparaître, elle se surprit à prier le panthéon entier pour qu’il ne s’agisse guère d’un habitant de Dyen. Et surtout pas quelqu’un susceptible de la connaître. Un retour du passé à la fois était déjà beaucoup à encaisser ! Fort heureusement, une silhouette familière se dessina dans la vallée et le jeune garçon ne s’intéressa pas même à elle : il avait toutefois une lettre pour Celwin. Curieuse, mais pas outrecuidante avec les gens qu’elle aimait, Luka dut faire un effort surhumain pour rester concentrée dans sa cuisine. Muette et faussement désintéressée, elle n’en restait pas moins attentive à toutes les réactions possibles et imaginables de sa petite sœur retrouvée. Mais comme tout effort a une fin, elle ne put s’empêcher pour autant très vite de tenter une approche :

« Bonne nouvelle j’espère… ? s’enquit-elle négligemment, l’air de rien. L’eau sera prête d’ici quelques minutes. »



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