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Chroniques d'Irydaë
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 Faut-il brûler dans la nuit... ?

Luka Toen
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Sam 8 Juil - 13:46
Irys : 461942
Profession : Historienne et naturaliste
Pérégrin 0
Faut-il brûler dans la nuit... ?
[Pv : Arkh'aïn Gahallad] - 15 août 932



« Je connais un gars, qui connait un gars, qui… » voilà sur quel refrain avait commencé cette journée. Obtenir des informations compromettantes n’étaient pas toujours une tâche aisée, surtout lorsque l’on touchait au sacrosaint univers de la truanderie et autres méfaits peu ragoutants. Oui, bien sûr, la solution la plus simple aurait été de faire appel à l’Ordre de la Pénitence dont l’un des talents était cette capacité innée à apparaître miraculeusement dès lors que vous aviez besoin d’eux. On ne les cherchait jamais très longtemps, de même que les ennuis d’ailleurs. Car Luka rechignait à nouer le moindre contrat avec un Ordre qui lui avait d’ores et déjà laissé un drôle de goût en bouche… Elle ne se rappelait que trop bien s’être fait kidnappée, droguée, et accessoirement trimballée à travers tout le vaste pays pour une histoire de paix du monde improbable. Si c’était là leur manière de régler les choses, grand bien leur en fasse : cela se ferait sans elle. Les relations humaines de l’Ordre étaient ainsi toujours, toujours impossiblement compliquées… Et bon sang ce qu’elle était épuisée d’avance à l’idée d’avoir en face d’elle l’un de leurs membres, pire que de devoir garder une nuée d’enfants gémissants en bas âge !

… Et voilà donc comment elle s’était retrouvée à chercher l’ami d’un ami d’un ami (et quelques vingt-cinq autres relations diverses et variées), mercenaire de son état, à travers les rues d’Eoril la magnifique. Au moins, les alentours étaient un véritable ravissement pour les yeux ! Le triangle supérieur s’était paré de ses plus beaux atours pour accueillir la tiédeur de l’été, et une kyrielle de couleurs diaprées se réfractaient en million de facettes sur les pavés. Cela donnait aux quartiers commerçants des allures de fête perpétuelle, un drôle d’univers duquel les yeux humains ne cessaient de s’étonner. Dans l’air flottaient des zestes de viande délicieusement cuite, de la volaille à la broche au détour d’un étal, très vite secondée d’un parterre d’épices aux nuances non moins saisissantes. Si Luka laissait promener son regard avec ravissement, ce n’était pourtant pas ce qu’elle était venue chercher. Les rues étaient en effet parsemées de devantures toutes plus alléchantes les unes que les autres, appelant le chaland à venir déguster un vin inédit, ou même une simple bière dont l’atout principal était un peu de réconfort dans la chaleur naissante.

Vêtue d’une simple tunique aux finissions brodées de couleurs, Luka ne détonnait heureusement pas dans ce milieu citadin. Une légère étoffe protégeait ses épaules de la morsure du soleil, étoffe qu’elle avait refermé d’une boucle de cuivre sur sa poitrine. Ses longs cheveux flammes allaient libre sur ses hanches et peut-être l’unique présence des sacoches à sa ceinture témoignaient d’une âme un peu plus voyageuse qu’elle ne paraissait… Le reste de ses affaires, dont Kharan Shar, avait été soigneusement déposé à l’auberge dans laquelle elle logeait. Un tenancier de confiance en conservait le secret tandis qu’elle déambulait dans les rues comme une véritable native d’Eoril. Son hâle lui-même ne risquait pas de détonner dans ce pays du feu ! Tant mieux, elle escomptait y rester encore un petit bout de temps… Juste de quoi régler ses affaires.

Elle franchit donc le palier d’une taverne précise, appréciant au passage la fraîcheur bienvenue des lieux. Il n’y avait en général pas grand monde en pleine journée, la jeunesse d’Eoril ne sortant qu’à la tombée de la nuit pour brûler d’un feu pur. Plus important encore : les rares clients étaient soit des travailleurs en repos, soit des voyageurs aux allures exotiques et chamarrées. En somme, rien dans lequel elle pourrait détonner –pas même ce petit je ne sais quoi dans la ligne incurvée de son sourire qui évoquait la lointaine descendance d’un daënar…

« Un Franc Chamaria s’il-vous-plaît, héla-t-elle la serveuse, jetant son dévolu sur l’une des tables qui longeaient l’entrée. »

Elle disposait d’une vue parfaite pour contempler la vie fourmillante d’Eoril, ces avenues piétinées par des milliers d’âmes affairées. L’homme qu’elle attendait viendrait, lui avait-on dit. Et habituée qu’elle était à frayer avec l’envers du décor depuis Aildor, elle n’avait pas souhaité posé de plus amples questions et s’était simplement jointe à cet éternel jeu du chat et de la souris… Très bien, elle était désormais assise et laissait rêveusement filer son regard de visage en visage, se laissant happer par les couleurs et les souffles qui s’agitaient ici-bas. Tout viendrait en temps et en heure, car c’était ainsi que le monde fonctionnait depuis la nuit des temps.... !



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Dernière édition par Luka Toen le Ven 14 Juil - 14:55, édité 1 fois
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Arkh'aïn Gahallad
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Dim 9 Juil - 16:40
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Profession : Mercenaire spécialisé dans le vol et l'assassinat à distance
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La lumière s’intensifia peu à peu. Je me retournai, esquivant les premières lueurs du soleil qui cherchaient à m’extirper de la torpeur du rêve. Le sable fin de la plage s’immisça à travers mes lèvres entrouvertes, laissant dans ma bouche un goût de roche iodée. Je déglutis. La texture, pâteuse et granuleuse, glissait le long de mon gosier endormi. Soudain, je me redressai. Les doux chatouillis se métamorphosèrent bientôt en une quinte de toux sèche et rugueuse.

Sympa le réveil – songeai-je alors que j’attrapai à la hâte l’outre d’eau dans mon sac de voyage. Je descendis de longues gorgées, apaisant cette agaçante irritation tandis que je m’habituais à la luminosité ambiante.

Quelle heure était-il ? Six heures ? Sept peut-être ? La course du soleil dans le ciel me livrait autant d’informations que les ouvriers viticoles qui s’activaient déjà dans le champ voisin. Assis, je restai là un instant, scrutant l’horizon. Les rayons solaires paraient la mer d’un manteau étincelant, tapis de richesses impalpable. L’œuvre des Architectes m’émerveillaient chaque jour davantage. Amisgal avait sublimé les travaux de ses frères et sœurs, tel le diamantaire qui révèle l’éclat des diamants les plus ternes.

Aujourd’hui, j’avais planifié de parcourir le dédale des rues du triangle supérieur de la cité d’Eoril. Avant de commencer tout travail, un repérage des lieux était plus que nécessaire ; que ce soit pour une filature, un vol ou un assassinat, une parfaite connaissance du terrain est essentielle à la réussite d’une mission. Seuls les néophytes se lancent sans préparation, incapables de trouver une porte de sortie dans les situations les plus délicates. Telle est l’une des règles fondamentales qui m’avaient été enseignées lors de ma captivité au sein du clan Yotar.

Avant de partir, je décidai de m’immerger dans les flots de Dalai afin de nettoyer mon corps de la crasse de la veille. Je m’approchai du bord de mer avant de me dévêtir. Je traversai les vagues, mes habits à la main, déterminé à les tremper dans l’eau saline qui m’entourait, avant de les étendre au soleil.

J’ignore combien de temps je barbotai mais, lorsque je revins me parer, mes vêtements étaient encore mouillés. Je grimaçai. J’avais une sainte horreur de l’humidité depuis ma traversée de l’océan vers My’thra. D’un mouvement du poignet, je fis virevolter mes habits dans les airs pour les sécher. Quelques minutes plus tard, je fus fin prêt à partir.

~.~.~.~.~.~.~.~.~


Les gardes postaient devant la porte sud de la ville avait décidé de faire du zèle, interrogeant chacun des migrants essayant de pénétrer la cité. J’attendis un long moment mais la file ne semblait pas se résorber, ce qui ne tarda pas à énerver les individus qui m’entouraient. L’agitation se faisait sentir ; bientôt protestation et révolte seraient de la partie. Je soupirai. Pourquoi fallait-il toujours que je me retrouve dans ce genre de situation ? Alors que je réfléchissais à un moyen d’éviter ce conflit latent, les veilleurs furent relevés par d’autres, plus souples. Quelques instants plus tard, je foulais les ruelles de la ville.

La faim commençait à tirailler mon estomac. Les effluves des stands éveillaient le nœud douloureux qui parcourrait mon abdomen. Je m’approchai çà et là pour découvrir des étals de viandes fumées, de fromage, de tarte ou de friandises sucrées en tout genre. Bien que les prix me semblèrent un peu élevé, sans doute gonflé par la masse de touristes qui arpentaient la capitale, je m’empressai de débourser quelques Irys pour apaiser mon appétit.

Repu, je repris ma route. Je m’étonnais des couleurs chatoyantes qui ornaient les bâtiments, laissant flotter un air de festivité. La cité semblait préparer un évènement important mais j’étais incapable de glaner plus d’informations ; les conversations des badauds se mêlaient aux clameurs incessantes des marchands, alimentant le tumulte ambiant. Au milieu de cette agitation, dans les airs, une silhouette familière se détacha. Je levai la main en l’air et l’oiseau fonça sur moi. J’eus à peine le temps de m’emparer de son message qu’il repartait déjà.

« Taverne du Mogoï de Cendres»

A la lecture de ces quelques mots, un sourire se dessina sur mon visage. Ainsi, quelqu’un me cherchait. J’accélérai le pas pour rejoindre ma nouvelle destination.

La façade en bois du bâtiment ne payait pas de mine. L’architecture banale de l’édifice n’attirait pas le regard. Seul l’écriteau surplombant l’épaisse porte de chêne indiquait, en lettre doré, que j’étais arrivé à destination. Je pénétrai la taverne pour y découvrir des tables et des chaises de facture grossière. Derrière le comptoir, une serveuse quadragénaire s’activait. Je m’accoudai au bar face à elle.

« Un crachin de Yamaany, s’il te plait »

Je scrutai la salle à la recherche de mon potentiel futur client.  Balayant la salle des yeux, je remarquai une jeune femme, peu assurée, aux longs cheveux d’un blond éclatant. Je m’assis à la table voisine.

« C’est vous qui me cherchez ? »

Elle rentra sa tête dans ses épaules et rougit, gênée.

« C’est…c’est…vou…vous qu…qui… av…ait acheté… mon… coo...oorps à mo…oon père ? »

Je fronçais les sourcils, sans doute n’était-ce pas mon interlocutrice. Cependant, ce qu’elle venait de dire fit écho dans ma mémoire ; durant les deux premières années de ma captivité, nombre des hommes de Yotar avaient utilisé mon corps pour leur propre plaisir.

« Non, ce n’est pas moi, et vous n’allez pas le faire. » dis-je d’un ton sec.

A sa tête, ma réponse l’avait terrorisé mais je sentais l’agacement monter en moi.

« Quel est le montant de la transaction ? Je vous paie la même chose si vous rentrez chez vous immédiatement. »
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Luka Toen
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Dim 9 Juil - 18:52
Irys : 461942
Profession : Historienne et naturaliste
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« Ne la renvoyez pas chez elle, intervint la voix calme de Luka. Nous ne sommes jamais bourreau qu’une seule fois, il la revendra dès que leurs économies ne suffiront plus à nouveau. »

Luka, qui s’était arrachée à la douce étreinte de sa table, s’était approchée subrepticement de leur singulier duo. Attentive à ce qu’il se passait dans la taverne, elle n’avait pas manqué de noter l’arrivée de cet étrange jeune homme, ni même les mots qu’il avait alors prononcés. Etait-ce bel et bien son homme ? Elle n’aurait su le jurer, mais il avait en tout cas le physique de l’emploi. Ses mains, principalement, furent immédiatement une source d’intérêt particulier pour une naturaliste que la biologie passionnait. Personne n’avait des doigts aussi agiles et précis s’il n’en avait pas un usage régulier… Pour le moins, elle s’étonnait de son « coup d’éclat ». Quel genre de voleur s’inquiétait autant de la vie d’autrui, et plus encore de victimes ? Aïe aïe aïe, voilà qui ne manquait pas de titiller sa curiosité naissante, et elle voyait d’ici où toute cette histoire allait la conduire… Elle pariait déjà sa bourse d’Irys qu’il la supplierait bientôt d’achever ses questions et ferait en sorte de disparaître à tout jamais de sa vue. Etait-ce donc sa faute si elle se montrait autant intrusive lorsqu’un sujet la passionnait ?

« Jeune fille, si voyager ne vous fait pas peur, sachez que la Guilde des Cercles de l’Aube recherche des assistants ainsi que du personnel soignant. Le travail est rude, mais il vous rendra suffisamment libre pour faire vos propres choix de vie. »

Jeune fille… ? Vraiment Luka ? Voilà qu’elle parlait comme une grand-mère du fin fond de Nislegiin ! Hé quoi la prochaine fois, la vieille sandale brandit au-dessus de la tête accompagnée d’invectives bien choisies ?

« Vous devriez y aller une fois vos Irys touchées, fit-elle diversion avant de laisser paraître la grimace qui menaçait de poindre sur ses traits, il serait mauvais pour vous que votre acheteur vous trouve maintenant. »

La vie était difficile pour les âmes pures et sensibles. Venait un jour où l’existence vous saisissait toute entière pour vous mâcher assidûment jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des os et des désillusions... Les échappatoires, trop rares et timides, se révélaient être dans la majorité des cas des pièges encore plus savamment tendus pour vous renvoyer droit dans votre enfer personnel. Rien ne pourrait sauver cette demoiselle de la concupiscence de sa propre famille si elle ne prenait pas elle-même les choses en main : là était le prix de son indépendance. Patiemment, Luka attendit que son étrange voleur finisse sa transaction promise avec la belle inconnue, son attention poliment tournée vers le vin blanc que la serveuse venait de lui apporter. Mais puisque la vie était justement une affaire de surprises et d’inattendus, il n’en fallut guère plus pour qu’une ombre oppressante ne se dresse derrière elle…

« Je vous laisse cinq secondes pour vous écarter de ma possession, les gêneurs. »

Avec la lenteur d’un quinquagénaire en fin de vie, Luka fit l’incommensurable effort de se retourner en direction de cette armoire à glace fort impudente. Alors haussa-t-elle un fin sourcil incrédule, tout l’agacement du monde dans ses mirettes d’un vert sombre presque métallique :

« Oh pardon, nous vous gênons peut-être ? »

Les clients de la taverne qui n’avaient jusqu’à présent pas saisi la tension soudaine de cette situation, cessèrent brusquement tout bruit à la ronde. Une pluie de regards se tournèrent vers leur quatuor, et surtout, déglutirent péniblement au fur et à mesure que leur conscience absorbait la silhouette de mercenaire bourru de l’outrecuidant.

« Quel dommage, poursuivit Luka, comédienne et indifférente, mon cher mari et moi-même venons justement de la racheter à son père. Si si, je vous assure. »

Elle n’eut nul besoin de se retourner pour sentir que la pauvre citadine se recroquevillait sur sa chaise dans l’espoir d’échapper à la punition qui ne manquerait guère d’arriver. Pucelle sans doute ? Par les Architectes, à quel point fallait-il en arriver pour ouvrir les cuisses face à un tel insurmontable idiot suintant la phéromone… Personne ne méritait un tel destin.

« Nous n’avons pas beaucoup de temps à perdre, un rendez-vous avec le Khorog, vous comprenez. Alors, si vous pouviez nous faire l’insigne honneur de vous détendre d’un centimètre cinquante… Vous éviteriez peut-être la crise cardiaque à notre adorable public ici-bas. »

S’amusait-elle ? Oh oui, grandement ! Et ses lèvres se fendirent d’un sourire tout en dents blanches, que la seule perspective de ne pouvoir finir son verre de vin assombrissait un tantinet. Quelle perte, un si bon cru !



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Arkh'aïn Gahallad
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Lun 10 Juil - 0:55
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Profession : Mercenaire spécialisé dans le vol et l'assassinat à distance
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Une voix douce et cristalline s’éleva derrière nous. Je m’étonnais de ne pas avoir remarqué cette présence s’approcher ; mes sentiments m’avaient brouillé l’attention. Pourquoi intervenais-je déjà ? Cette histoire ne me regardait pas et risquait de me faire perdre la vie, voire pire mon contrat. Pourtant, je ne pouvais me résigner à rester immobile, laissant l’Histoire s’accomplir. Les supplices qui avaient été les miens ressurgissaient, entêtants, telle une musique insupportable dont-on essaye de se débarrasser en vain. J’aurai sans doute dû ôter la vie de mes bourreaux, faisant disparaître jusqu’à la trace de leur existence, mais qu’aurait-il resté de mon humanité ? C’est sans doute cette part de moi, aussi douloureuse soit-elle, qui me relie à l’humain que j’étais autrefois.

Les conseils de l’inconnue aux cheveux cramoisis étaient sages. Je ne connaissais pas la guilde dont elle mentionna le nom mais j’étais convaincu qu’en quittant ce père qui la vendait au plus offrant, sa vie n’en serait que meilleure. Je me figeai un instant. C’était son père, l’homme qui l’avait élevé qui était à l’origine de cette souffrance. Comment pouvait-on infliger une telle torture à sa propre descendance ? Je ne me souvenais pas de mon père mais, quelque part au fond de moi, une voix muette me dictait qu’il aurait sanctionné ce genre de comportement.

Je n’attendis pas de réponse de la fillette pour déterminer le montant qui lui permettrait de refaire sa vie ailleurs. Bien sûr, je n’étais pas assez riche pour lui garantir une qualité de vie agréable mais, au moins, elle pourrait quitter la ville à bord d’un convoi au lieu d’avoir à se battre pour sa survie en traversant les plaines et forêt de Zolios. Je posai sur la table un amas de pièces quand une voix grave retentit. La peur s’accentua sur le visage de ma protégée. Elle semblait pétrifiée devant la masse gigantesque de l’homme qui l’avait achetée.

Je ne pensais pas que ma partenaire à la chevelure flamboyante se jouerait de lui et, pourtant, la surprise fut totale. Dans sa voix, je pouvais ressentir la raillerie et l’insolence. Je ne la connaissais pas mais elle me plaisait déjà beaucoup. Je la laissai aux griffes de l’individu tandis que j’analysais la situation.

La brute épaisse, qui nous surplombait, entravait le seul accès à la sortie. Sur le mur de droite, la fenêtre, seule autre issue potentielle, était trop exiguë pour nous permettre de fuir si les choses tournaient mal. De plus, la gamine était complètement tétanisée par la situation ; elle n’imaginait sans doute pas que la situation s’envenimerait à ce point. Il faudrait la porter ou – du moins – la soutenir pour la faire quitter la taverne. Néanmoins, le terrain était à notre avantage : les tables étaient trop rapprochées pour permettre des mouvements amples, ce qui ralentirait notre adversaire. Un regard derrière moi me permit de lire l’agacement sur le visage de la tenancière, elle n’accepterait pas un combat dans sa demeure, aussi risquait-elle d’appeler les gardes si nous commencions à nous battre. Par ailleurs, il y avait toujours mon client qui devait arriver d’une minute à l’autre…

« Si tu veux partir, très bien, mais elle, elle reste avec moi » beugla-t-il

« Je pense que le Khorog se fiche de ce qui pourrait arriver à cette garce… Et puis, j’ai quand même une preuve que son père me la cédait pour la journée. »

Un sourire mauvais se dessinait sur son visage tandis qu’il passait son énorme langue sur ses babines. Je sentais la colère me montait alors qu’il fit un nouveau pas vers la jeune fille.

« Je pense que tu n’as pas compris ce qu’on t’a dit, l’ami. Tu préfères peut-être que l’on règle cela dehors ? »

Nous ne pourrions sortir sans combattre, c’était inévitable. Sa mine se renfrogna tandis que des flammèches commencèrent à danser sur ses doigts boudinés.

« Comme ça Süns n’a aucun problème à offrir sa grâce à des êtres aussi abjects que toi ? »

Je venais d’exprimer ma pensée à haute voix. Trop tard pour revenir en arrière.

« Ça suffit vous quatre ! Si vous voulez vous battre, faites-le hors de mon commerce ! Sinon, j’appelle la garde ! »

Derrière nous, au fond de la taverne, une choppe vola d'une table vers une autre, déversant son contenu sur le client qui y était installé. Alors que, non loin de là, c'est les cartes des joueurs qui furent révélés, exposant le tricheur à la vue de tous... Ainsi, j'espérais pouvoir créer un désordre me permettant d'exécuter mon plan...
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Luka Toen
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Lun 10 Juil - 17:47
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« Hop-là, fit Luka, le plus naturellement du monde. »

Et dans un geste plein d’une candeur et d’une spontanéité pure, elle envoya tranquillement son verre de vin dans les mains de Jean-Charles Phéromone, puisqu’il fallait bien lui donner un nom. Pris de court, et surtout mu par des réflexes aussi ancestraux que l’était l’existence d’un grand buveur, son pouvoir cessa net de s’agiter et voilà que le grand dadais tendit vivement les mains pour rattraper sain et sauf l’objet qu’on lui lançait.

« Qu’est-ce que… »

Alors le poing serré de Luka vola vers sa face avec la puissance d’une brique lancée à vive allure, auquel l’harmonieux craquement de son nez répondit, une résonance qui parut sonner creux une fraction de seconde dans l’épaisseur de son cerveau. Sans attendre qu’il ne reprenne ses esprits – car assurément un tel coup ne pouvait mettre trop en branle une masse de cette taille -, Luka pivota souplement sur ses hanches et d’un coup de pied déjeté l’envoya valdinguer jusqu’à la porte sur les dallages frais du sol. Puis seulement entreprit-elle de secouer vainement sa main amochée, une grimace de fin du monde sur le visage et un grondement au bord des lèvres :

« Non mais quelle idiote ! Quand donc vas-tu te rentrer dans la tête de ne pas frapper les gens sans tes gantelets ?! »

Fort heureusement pour toute la disgrâce de la scène, le remue-ménage que son comparse avait créé parvint à couvrir sa complainte : car elle n’avait nul doute qu’il en fut l’origine. Ce qu’il avait employé pour provoquer de telles coïncidences, en revanche, lui échappait. Etait-il un croyant assidu, un maître dans l’art de l’illusion, du vent, si ce n’était même de l’eau… ? Elle qui était néophyte en la matière ne put s’empêcher de s’accorder une microseconde pour le dévisager. Peut-être correspondait-il mieux au rôle qu’elle ne l’aurait cru de prime abord, finalement !

« Il faut partir avant que la milice n’arrive. »

Et son ton pressant s’adressait principalement à la jeune fille qu’ils avaient prise sous leur aile. Lui avait absolument prouvé ses aptitudes à la survie, preuve en était de ses réflexes et de ce tour de passe-passe qu’il avait immédiatement mis en place. Le doute quant à lui était réservé aux débutants et aux victimes. Elle regrettait simplement de ne pas le connaître plus avant… Impossible pour elle de deviner ce qu’il avait derrière la tête, et qui sait si elle ne venait pas de couper court à son programme ! Le calculateur contre l’instinctive, c’était dire s’ils iraient loin.

« J’ai absolument besoin de vous, crut-elle bon de lui préciser, faisant fi momentanément de la situation présente. Ne disparaissez pas dans une ruelle, attendez-moi. S’il-vous-plaît ? »

Et elle le gratifia d’un charmant sourire ingénu, les prunelles pétillantes d’un humour qui lui était propre. Mais il y avait plus urgent ! Leur homme commençait d’ores et déjà à recouvrer pieds, tandis que derrière eux éclataient pleinement les premières bagarres de taverne de la journée… En son for intérieur, Luka prit soin de noter qu’il lui faudrait déposer une jolie escarcelle de dédommagement à cette pauvre tavernière qui n’avait sans doute rien vu venir. Sans attendre, elle se saisit donc de la main de la jeune inconnue et l’entraîna à sa suite dans une course éperdue vers la sortie. Cela, en prenant soin de contourner de plusieurs mètres l’animal qui grognait péniblement à l’entrée, tâchant de remettre ses cartilages saignant dans une position à peu près confortable… Elles débouchèrent ainsi à la volée dans la carté crue du jour et, perdue, Luka se tourna naturellement vers celui qui avait d’ores et déjà gagné sa confiance :

« Par où ? s’enquit-elle, les prunelles amarrées à celles d’Arkh comme une ancre dans l’océan. »



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Arkh'aïn Gahallad
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Mar 11 Juil - 0:39
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Comment cette femme à l’apparence si délicate avait-elle réussi à sonner cette masse de muscle en une fraction de seconde ? Sur mon visage, la surprise était totale. Si j’avais appris à ne pas juger les gens sur leur apparence, jamais je n’aurai cru qu’elle fût capable d’un tel exploit. Peu à peu, l’étonnement céda la place à la curiosité. Qui était-elle donc ? Un élément d’information fuita dans la suite de son discours : c’était elle ma cliente. Les évènements actuels me laissaient songeur quant à la besogne qu’elle allait me demander d’accomplir ; un cambriolage sans doute, à moins qu’elle ne souhaitait louer mes talents d’espion ?

« Laissez-moi trente secondes, il me reste un léger détail à régler »

Il n’était pas dans mes habitudes de m’en prendre à une proie affaiblie, du moins pas lorsqu’aucun gain monétaire n’était en jeu. Pourtant, il était hors de question qu’il recommence son manège. Je m’avançai d’un pas lent vers l’homme qui jonchait le sol.

« Jamais plus tu n’auras l’occasion de violer ces jeunes femmes… »

L’éclat joueur de mon regard disparut sous un voile obscur ; un sourire mauvais s’afficha au coin de mes lèvres. Ma main droite saisit ma dague et la sortit de son fourreau de cuir. Je m’agenouillais auprès de l’énergumène et lui planta ma dague profondément dans l’entre-jambe. Un cri atroce s’échappa de sa bouche, interpellant tous les individus encore présents dans la taverne. L’instant d’après, plus rien ; la douleur était telle qu’il venait de s’évanouir. Je retirai l’arme ensanglantée avec un contentement non feint : la blessure ne le tuerait pas mais il ne pourrait plus assouvir ses envies malsaines – et, plus largement, il ne pourrait sans doute plus voir la feuille à l’envers. Mes pulsions apaisées, je me relevai pour rejoindre mes comparses qui venaient de quitter l’endroit en toute hâte.

« Nous allons remonter cette rue et prendre la seconde à gauche. D’après ce que j’ai cru comprendre, il devrait y avoir une troupe de danse renommée qui y fait un spectacle ; la foule nous permettra de nous dissimuler. Si vous croisez la milice, marchez normalement, ne baissez pas la tête et dispersez-vous : ils rechercheront prioritairement un groupe de trois individus, nous devrions passer incognito en nous montrant en solitaire. Surtout, quoi qu’il arrive, ne vous cachez pas et n’agissez pas bizarrement, vous ne ferez qu’attirer les soupçons ! Ils n’ont pas de portrait, juste des descriptions. »

Tel le maître artisan qui éduque son apprenti, je m’étais exprimé d’un ton sec mais bienveillant, qui laissait comprendre à mes compagnes de fuite que je ne tolèrerai pas que l’on me contredise. Je pris la tête de file, avançant d’un pas rythmé. Arrivé sur la place, je me faufilai à travers la mer d’hommes et de femmes qui arpentaient les rues de la cité, me retournant régulièrement pour m’assurer que mes compères arrivaient à me suivre…
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Luka Toen
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Mar 11 Juil - 19:24
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Elle ne sut trop d’où lui vint la conscience soudaine que l’atmosphère avait changé. Peut-être l’éclat dur du regard d'Arkh, la ligne fine de ses épaules droite et déterminée et l’inflexion aiguisée qui s’était glissée dans sa voix comme la lame d’une épée. Luka sut, bien avant de voir. Et la nécessité foudroyante de masquer ce spectacle à l’âme encore pure qu’était cette jeune fille faufila ses anneaux dans le creux de ses reins comme un frémissement des sens. D’une délicate traction elle l’attira à elle, accapara son attention tandis qu’elle effectuait subrepticement quelques pas de plus pour se soustraire à la scène. Ferme mais chaleureuse, elle vint placer ses mains en coupe le long du visage de la jeune femme dont le regard ne témoignait plus qu’une inquiétude mêlée de curiosité croissante :

« Comment t’appelles-tu ? »

Ainsi forcée à ne regarder qu’elle, n’écouter qu’elle, il lui était impossible de constater ce qu’il ne manquerait pas d’arriver à son ancien bourreau à terre. La culpabilité était un dangereux sentiment lorsque l’on était encore trop fragile et hagard. Innocente et adorable, que pouvait-elle comprendre à la souffrance d’un homme, quand bien même celui-ci avait manqué la réduire à l’état de viande crue ? A cet âge, on pardonne au monde comme à tout un chacun. Rien n’indiquait qu’elle doive porter ce fardeau sur sa conscience, alors même qu’elle n’avait jamais demandé cette aide providentielle. Elle comprendrait –plus tard seulement.

« Ma-Maveen ma Dame… »

« Très bien, c’est un joli nom Maveen. Reste forte à l’avenir, c’est un long chemin qui t’attend. Nous ne pouvons t’aider que jusqu’à un certain point, par la suite, tu devras trouver ta propre voie. »

Sous sa parole souple et fluide furent engloutis comme neige au soleil les cris éphémères qui jaillirent de l’auberge à plusieurs mètres de là. Aussi tranquille et immuable qu’un fleuve, les mots de Luka s’enchaînèrent un ton plus haut sans que la dénommée Maveen ne remarque le moindre subterfuge :

« Écoute-nous attentivement pour le moment, nous allons te sortir de là. Tu ne seras en rien inquiétée, je ferai en sorte de parler à la bonne personne pour expliquer toute cette malheureuse aventure. »

Un bref coup d’œil sur son compagnon d’infortune lui appris qu’il en avait fini là-bas. Aussitôt libéra-t-elle la prison sensorielle dans laquelle Maveen s’était retrouvée prise avec la fixité d’une souris charmée par un prédateur. Elle papillonna des yeux durant quelques instants, parut soucieuse de savoir ce qu’il était advenu de son acheteur, mais les consignes du voleur vinrent immédiatement tuer dans l’œuf sa maigre tentative.

« Reçu, nous vous suivons, acquiesça Luka pour toute réponse. »

Elle espérait grandement qu’il n’aurait pas ce type de pulsions avec l’une d’entre elles… Ce n’était pas que la mort l’inquiétait depuis qu’elle y avait justement quelqu’un à rejoindre, mais elle se sentait terriblement embêtée rien qu’à l’idée de ne pouvoir lui poser aucune des questions qui lui hantaient l’esprit et lui brûlaient les lèvres. Il ne saurait pas dit qu’une seule personne sur cette vaste terre plate puisse échapper au feu de sa curiosité une fois ainsi provoquée !

Elle fit donc en sorte de flâner le long des avenues, ni trop lentement pour être semée, ni trop rapidement pour paraître suspecte. Maveen en ligne de mire, stratégiquement placée entre Arkh et elle, elle surveillait discrètement son aptitude à pouvoir passer inaperçue après un choc de cette ampleur. Diantre, c’est qu’ils n’avaient plus l’âge de jouer aux charmants parents… Enfin, lui, elle ne savait pas, mais elle pour sa part… ! L’époque du gardiennage était morte il y avait bien longtemps.

La musique battait son plein le long des carrefours d’Eoril. Dans le triangle supérieur, tous les jours étaient jours de fête, lorsque la jeunesse ne s’amusait pas à s’étriper. Il y avait de fortes chances pour que leur incident ne dénote pas plus que cela dans le décor : personne n’était mort. Un coup de couteau par-ci et par-là, d’autant plus sur un homme qui n’en était de toute évidence pas à sa première tentative de « viol »… L’esprit à pleine mesure, Luka ressassait les derniers événements avec l’analyse méthodique d’une pseudo scientifique. Sa quête se complexifiait un tantinet à présent, mais c’était toujours jouable. Si son voleur acceptait de lui prêter quelques heures de son temps libre, même après cet esclandre.

Au moins débouchèrent-ils sans le moindre problème dans un quartier plus tranquille, personne à leurs trousses, personne à l’horizon. Le cadre parfait, légèrement en hauteur, leur offrait la vue d’une succession gracieuse de balcons qui s’étalaient vers l'océan, guère fréquentés que par les grands-mères du quartier à cette heure. Le triangle inférieur songea Luka, caressant d’une main intriguée l’architecture si particulière du bâtiment à sa droite. Le verre était tiède sous sa paume, et les pierreries imprimaient sur sa peau d’infimes reflets colorés. Elle espérait avoir le temps d’étudier cela d’un peu plus près avant son départ… Mais pour l’heure… Elle tourna son regard en direction d’Arkh, attendant probablement de lui qu’il mette fin à ce qu’il avait si spontanément commencé avec Maveen. Que ferait-il d’elle… ?



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Arkh'aïn Gahallad
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Jeu 13 Juil - 22:13
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Profession : Mercenaire spécialisé dans le vol et l'assassinat à distance
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Le calme du triangle inférieur contrastait avec l’effervescence qui régnait au-delà de la rue principale d’Eoril. Autour de nous, cherchant à percer les cieux, les murs de glaise supportaient d’imposantes tours de verre. Le gigantesque du lieu me procuraient la désagréable – et pourtant si véridique – sensation de n’être qu’un grain de sable dans l’Univers. Tel un groupe de fourmis traversant les hautes herbes, nous nous enfoncions toujours plus profondément dans le quartier résidentiel.

Je ne connaissais pas vraiment la Guilde des Cercles de l’Aube, mon interlocutrice m’en avait appris l’existence en en mentionnant le nom. Peut-être y avait-il des membres de cette organisation dans cette ville qui pourrait aider la petite à s’enfuir ?

« Non pas par-là », s’écrira Maveen.

Je m’arrêtai net. Je n’eus point besoin de plus d’explications pour comprendre que la demeure de la jeune fille se trouvait à proximité. Je restai là un moment, silencieux, tournant la tête de gauche à droite, avant de finalement décider d’une nouvelle route à emprunter. Et nous continuâmes notre descente vers la maison du vieil homme que j’avais rencontré à mon arrivée. Il m’avait guidé dans la ville, me donnant des conseils, m’expliquant les légendes et traditions. C’était un homme, frôlant les quatre-vingt ans, aux teint hâlé et aux cheveux aussi blancs que la neige. Il me parut souriant, dynamique et, surtout, très cultivé. Je ne doutais pas qu’il fût en mesure de nous donner des informations capables d’aider Maveen. Mieux, je supposai même qu’il se proposerait de mener lui-même la gamine à la personne concernée.

« Nous sommes arrivés, maintenant espérons qu’il soit là. »

Je m’emparai de l’anneau de bronze du heurtoir et frappa trois fois. Un instant plus tard, un homme trapu se tint sur le pas de la porte.

« Bonjour, excusez-moi de vous importuner… J’aurai à nouveau besoin de vos services. »

L’homme me dévisageait, fronçant les sourcils, comme s’il cherchait à récupérer un souvenir bien précis parmi la myriade dont il disposait.

« Oh oui, ça y est ! Je me souviens de toi. Bonjour ! Alors que penses-tu de notre charmante cité, voyageur ? » me demanda-t-il de sa voix enjouée.

« Euh bien… Ma foi elle est… pleine de surprise ! »

Je marquai une courte pause avant de reprendre.

« J’ai rencontré cette petite et elle souhaiterait rejoindre la Guilde des Cercles de l’Aube et parcourir le monde. Aurais-tu des contacts ? »

Il sembla découvrir les deux personnes qui m'accompagnait. Il est regarda longuement en commençant par la plus âgées des deux. Son regard se posa longuement sur Maveen qui se rapetissait au fur et à mesure qu'il l'observait.

« Hé mais je te connais ! Tu es la fille qui traîne souvent près de l'animalerie !»

Un sourire s'esquissa sur les lèvres de la jeune fille tandis que le vieillard continua.

« A ma connaissance, il n'y a pas de membre de la guilde dans cette ville. De plus, je doute que la petite puisse se faire recruter sans passer par le quartier général... Je suis désolé pour vous, mais il va falloir vous rendre à Zochlom. Il y a un navire qui part tous les mois d'Eoril et qui y fait escale. Avec un peu de chance, vous devriez pouvoir y embarquer pour le prochain voyage.»
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Luka Toen
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Ven 14 Juil - 16:08
Irys : 461942
Profession : Historienne et naturaliste
Pérégrin 0
Voyageur ? s’étonna Luka. A vrai dire, elle ne s’était jusqu’alors jamais demandé d’où venait son futur associé. Puisqu’on lui avait conseillé son nom sur Eoril, la logique initiale aurait été qu’il se fut au moins agi d’un natif de Zolios. A présent, cela ne semblait plus être le cas… Et c’est tout en saluant respectueusement le très vieil homme avec lequel il discutait, que l’ancienne dragonnière se surprit à détailler plus attentivement les traits de son compagnon d’infortune. Fin, de longs cheveux bruns, des yeux d’un bleu presque cristallin… Il n’avait assurément rien de daënar. Elle mit également Kharaal Gazar immédiatement de côté : il n’avait pas leur stature de montagne mouvante, ni le teint halé des jours de soleil écrasant. Peut-être y avait-il cette légère fragrance salée… ? Non, se corrigea-t-elle pour s’épargner un rapprochement trop évident avec Zagash, l’océan leur faisait front même ici dans la capitale de Zolios, n’importe qui pouvait avoir le goût du sel sur sa peau après une baignade intempestive. Hé quoi encore ? Le monde était vaste, et les continents ne manquaient pas ! Il pouvait tout à la fois venir de Zochlom comme d’Als’kholyn à ce compte-là. La seule chose dont elle pouvait être certaine, était qu’il nourrissait un fort sentiment de loyauté envers l’un des Architectes, car jamais les verres et les cartes n’auraient bougé ainsi s’il en eut été autrement.

Elle retint sa langue pourtant, malgré toutes les questions qu’elle mourrait d’envie de poser incessamment sous peu en dépit des deux témoins susceptibles d’entendre des réponses qui ne les concernaient pas. Ah, que le temps était parfois une donnée pénible… La patience n’était pas son fort lorsqu’un sujet la turlupinait. Perdue sans ses pensées, elle ne réagit qu’avec un léger temps de retard, soudain électrisée par la mention des Cercles de l’Aube dans la bouche de quelqu’un qui n’y connaissait visiblement goutte. La ligne de ses sourcils se plissa sensiblement et ses prunelles parurent prendre une nuance un tantinet plus embêtée, tandis qu’elle retournait et retournait le problème en son for intérieur. Avec tout cela, elle en avait oublié de se présenter : il était donc impossible que son voleur connaisse son identité. Il ne pouvait pas savoir qu’elle était justement le contact qu’ils recherchaient –et bien plus encore. Néanmoins, annoncer de but en blanc sa filiation auprès des deux autres habitants aurait été une erreur fatale… Oh non, elle ne voulait pas de témoins indésirables à la langue bien pendue, car on saurait alors qui s’était tenue dans l’auberge tout à l’heure. Toutefois… Peut-être pouvait-elle couper la poire en deux en attendant d’avoir un brin d’intimité avec son mystère vivant ici présent :

« Il se trouve que je peux t’aider à te faire embaucher à coup sûr, une fois là-bas. J’ai quelques liens proches avec des membres de la guilde. Si vous avez du papier, de l’encre et de la cire, reprit-elle cette fois-ci à l’intention de leur hôte, je peux lui faire une lettre de recommandation. »

« Je devrais avoir ce qu’il vous faut, répondit-il, visiblement peu dérangé par toute cette animation. »

Ainsi sa conscience professionnelle était-elle sauvée, et nuls remords pour ne pas avoir aidé cette fille ne viendraient hanter ses nuits ! Luka s’installa donc à la table qu’on lui indiquait et griffonna quelques mots sur le vélin du parchemin, habituée à ce type d’exercices. Elle signa, rassurée quant au fait qu’on ne lui prêtait aucun intérêt –car le vieux guide avait entamé une aimable conversation avec leur protégée-, roula la missive entre ses doigts habiles et la referma d’un soigneux sceau de cire.

« Ne l’ouvre surtout pas avant de la donner en main propre à un membre du personnel soignant, ce caché fermé sera la seule preuve d’authenticité de cette lettre. Tu verras, il fait bon vivre sur les côtes de Zochlom. »

Elle lui offrit un large sourire rassurant, désireuse de lui transmettre une partie de l’amour qu’elle portait aux lieux de son enfance. Était-ce enfin venu le temps des adieux… ?



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